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[Théâtre] « 7 janvier(s) » : sans humour et ses dérangeants trublions, point de démocratie !

L’ensemble de la pièce, fragmentée par des passages au noir, apparaît comme une uchronie pas si fantasmée que ça, portant en elle un conseil, urgent : il faut se battre et se faire entendre dès aujourd’hui pour éviter que le pire n’arrive demain. (photo Tania Feller)

Avec l’auteur de sombres polars Caryl Férey et le metteur en scène Gérald Dumont aux manettes, on est prévenus d’avance : la pièce « 7 janvier(s) » qui, comme son nom l’indique, revient sur le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo cette triste journée hivernale de 2015, ne sera pas une franche partie de rigolade.

C’est que les deux hommes, marqués dans leur chair par l’abominable attentat et l’atmosphère anxiogène en place depuis lors – combinée à la montée dangereuse du populisme – comptent bien utiliser le porte-voix qu’est la scène théâtrale pour mettre en garde leurs contemporains : sans humour et ses dérangeants trublions, point de démocratie ! Voilà le message d’une création, estampillée en partie « Kulturfabrik », et organisée dans une scénographie aux allures de ring : les acteurs au centre, et le public autour, afin de lui faire mieux sentir les souffles des combattants – qui s’acharnent à survivre – et éprouver cet univers proche d’un conte cauchemardesque détourné de Lewis Carroll, avec un chapelier fou (Serge Wolf, convaincant) et un lapin (Pierre Piétras, lubrique). En guise de décor, une décharge, et d’atmosphère musicale, la noise étouffante de Marc Sens. Au milieu de ce champ de perdition, un homme et une femme. Le premier, Anton (Damien Olivier), ancien journaliste-écrivain, est traqué par une milice pour vol. La seconde, Leïla alias Lilas (Nathalie Grenat) – pseudonyme pour cacher ses origines comme la peinture blanche qui recouvre son visage – , est une réfugiée qui a fait 3 000 kilomètres pour quitter son ancien monde « qui n’existe plus », et qui cherche son fils, perdu en cours de route. Son pays d’accueil est malheureusement peu reluisant, mélange de dictature policière, libéralisme à tout crin et morale religieuse. Youpi… Forcément, dans cette société, implantée aux alentours des années 2050, le rire y est proscrit, les mots « sous haute surveillance », la dénonciation monnaiecourante, la paranoïa à la mode et la population reléguée à de simples numéros, parmi laquelle certains sont des véritables parias, des SIF (« sans identité fixe ») comme ils disent. Mais comme « un peu d’humanité ne fait pas de mal », notre duo va s’efforcer à faire refleurir les « souvenirs » d’un passé perdu… En guise de préambule à cette plongée au cœur d’une civilisation d’immondices, Gérald Dumont, parfois la gorge étreinte, débitait une série de petites histoires, d’anonymes, sur leurs occupations le jour J, ce déprimant 7 janvier 2015. Vingt-quatre heures durant lesquelles « le temps s’est arrêté », suggérant que tout le monde se souvient, à sa manière, de la tragédie. De petits moments de vie face à un silence de mort. Ces deux parties réunies, l’ensemble de la pièce, fragmentée par des passages au noir, apparaît comme une uchronie pas si fantasmée que ça, portant en elle un conseil, urgent : il faut se battre et se faire entendre dès aujourd’hui pour éviter que le pire n’arrive demain. Sinon, des clowns seront morts pour rien.

Grégory Cimatti

article publié le 10/03/17 à 11h45


Coulisses d'un musée La dernière semaine de l'exposition «Sang & Larmes. Albrecht Bouts et les Images de la Passion» au MNHA fut palpitante. On pourrait croire que la thématique d'une exposition, quand il s'agit d'une exposition collective, ou que le choix de l'artiste exposé, quand il s'agit d'une monographie, relève de la mission d'un musée de divulguer un patrimoine de qualité ou la plus grande diversité artistique possible au public. Certes, mais pas uniquement. Revenons à la genèse de Sang & Larmes. En 2009, le Musée national d'histoire et d'art (MNHA) reçoit de la part des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame un diptyque d'Albrecht Bouts. Le peintre flamand (1451/55-1549) reprend à Louvain l'atelier de son père, le primitif Dirk Bouts, à la mort de ce dernier et en développe le succès et le rayonnement européen. Albrecht Bouts, depuis longtemps reconnu par les historiens de l'art, a été de surcroît très prolifique. Or, à ce jour, aucune exposition monographique ne lui avait été consacrée. Une double occasion rêvée pour le MNHA: étudier et restaurer le diptyque et organiser la première monographie au monde de Bouts. Qui s'adjoint l'expertise de la spécialiste du peintre, la Belge Valentine Henderiks de l'Institut royal du patrimoine artistique de Bruxelles (IRPA).

Réflectographie

Grâce à des prêteurs privés – dont des Luxembourgeois – et institutionnels, la National Gallery, le Prado, le Louvre, etc., une cinquantaine d'œuvres de Bouts ont pu être réunies. Un résultat exceptionnel. Dont il fallait tirer au maximum parti. Car l'atelier d'Albrecht Bouts, spécialisé dans des portraits du Christ et de la Vierge «destinés à la dévotion privée», produisait à foison. D'où la question scientifique: qu'y a-t-il sous la peinture? Quelle est la nature du dessin sous-jacent? Est-il libre, de la main du maître ou exécuté au poncif, c'est-à-dire reproduit mécaniquement? Une équipe d'experts de l'IRPA et des caisses de matériel se sont donc déplacées au MNHA pour examiner aux infrarouges quelques œuvres de Bouts. Ce procédé de réflectographie – un système de rails verticaux et horizontaux qui quadrillent l'œuvre avec une caméra thermique – a permis de catégoriser les peintures analysées en deux choix: premier pour les modèles et second pour les reproductions, et également de pouvoir faire des datations plus précises. Mais certains mystères resteront entiers; le dessin représentant une couche de carbone impénétrable pour l'infrarouge, qui sait ce qui pourrait se cacher sous la couche de préparation. Et ce que l'analyse scientifique ne dit pas, c'est si les propriétaires de second choix se sentent désormais lésés. F LORENCE B ECANNE

* Infos: www.mnha.lu

«Il ne faut rien lâcher» «7 janvier(s)», à la Kulturfabrik, de Caryl Férey et Gérald Dumont* Le 7 janvier 2015 «Charlie Hebdo» est décimé. Mais le spectacle ne parle pas d'attentat; il puise dans cette date devenue symbole, une matière à polar. D'anticipation. Donc, de l'humour... surtout noir. 7 janvier(s) est la création qui boucle «Voyage en politik», un projet pédagogique transfrontalier – qualifié pour la cause de «balade citoyenne» –, initié en 2016 par la Cie Théâtre K – fondée par l'auteur, comédien et metteur en scène Gérald Dumont – et qui engage donc le scolaire – sensibiliser les jeunes au monde politique par la création, en l'occurrence théâtrale –, mais aussi la Kulturfabrik «parce qu'un centre culturel n'a pas le droit de lâcher», dit Serge Basso, le directeur, qui rappelle la rencontre-débat du 27 avril 2016 avec Pelloux et Fischetti, chroniqueurs à Charlie – et annonce dans la foulée la venue prochaine, le 20 avril, de six dessinateurs, dont Willem. «La parole, même étranglée par la tristesse, est là», la colère aussi, toujours. «On fait quoi avec ce merdier, avec ce nœud dans le ventre, avec sans doute l'impression que faire un spectacle est vain, presque indécent? On fait quoi? Et si jamais cela Gérald Dumont et Caryl Férey, complices, dans un spectacle «hors du sillon» recommence?» Et ça a recommencé. «Cette journée du 7 janvier 2015 m'a bouffé la gueule», dit Gérald Dumont. «J'étais incapable d'écrire, avec, pourtant, l'envie de travailler l'absurde. Ça ne fait pas mal, c'est davantage gens seront disposés tout autour du plateau, de dessus.» Et c'est alors, à ce point de doute, barré. Non penseur, mais populaire. D'ailleurs, six mètres sur six, là, tout proches des coméqu'est intervenu le complice Caryl Férey, bour- la dernière phrase, c'est: "On va bien se marrer". diens, où, coproduction oblige, un Luxembourgeois fera partie de la distribution, Serge Wolf, lingueur et auteur-orfèvre du noir. Qui a toute- Parce que déconner, c'est aller hors du sillon…» Le spectacle comprend deux parties. La pre- aux côtés de Nathalie Grenat, Damien Olivier fois pensé jeter l'éponge après le massacre du mière, courte, rappelle la quotidienneté, ce que et Pierre Piétras. En ajoutant qu'avec Gérald Bataclan... le quidam (dont Anton) faisait «à la minute Dumont, une création n'en serait pas une sans «On va bien se marrer» près» le 7 janvier 2015, de 0.02h à Montpar- riffs incongrus, confiés du coup à Marc Sens, Mais le 7 janvier reste un deuil: «C'est le 11 nasse jusqu'à 23.04h sur la Place de la Républi- grand guitariste improvisateur. septembre pour nous, francophones.» Et par que. La seconde est une fiction. Une autre atPour Gérald Dumont, qui ne s'en remet toucrainte que «cette date tombe dans l'oubli, vu mosphère. On retrouve Anton 30 ou 40 ans jours pas et qui ne trouve pas normal qu'il faille l'actuelle vitesse des infos, le synopsis – qui a failli plus tard. Le monde a changé, les repères égale- demander une sécurité dès lors que l'on s'intituler "Catastrophe(s)" – a gardé la force du ment. Dans ce futur chaotique, il y a une réfu- (re)parle de tout ça, «on est passé dans un autre symbole; il ne faut pas, en aucun cas, lâcher sur le giée, Leila, qui se peint en blanc et vit dans une monde à cause de la peur». Et Serge Basso de symbole, et donc, voilà le pourquoi du "7 janvier", décharge... privée, là où le chiffre prime sur le souscrire: «Aujourd'hui, on ne pourrait plus mais avec un "s" pour signifier qu'il y aurait d'au- mot. Le méchant reste attachant, le quidam faire "Mélanie" de Brassens…» tres attentats aveugles…» vire parfois à la caricature et les enjeux de soM ARIE -A NNE L ORGE Ce que ça raconte est de l'ordre du présent ciété trébuchent en échos. élargi, «on regarde l'actualité mais en bougeant * Les 9 et 11 mars à 20.00h à la Kulturfabrik La particularité scénique de cette création, un peu le curseur, avec de l'humour, en tout cas de c'est «le quadri frontal», autrement dit: les d'Esch/Alzette. Réserv. www.kulturfabrik.lu Photo: Kulturfabrik

Histoire d'une auscultation

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ÉCOLE FONDAMENTALE LUXEMBOURGEOISE LYCÉE TECHNIQUE LUXEMBOURGEOIS ÉCOLE MATERNELLE ET PRIMAIRE FRANÇAISE COLLÈGE FRANÇAIS

PORTES OUVERTES

LE MERCREDI 1ER MARS 2017 DE 16H À 19H Informations et programmes sur www.saintesophie.lu 4, rue Marguerite de Busbach L-1269 Luxembourg +352 43 40 91 - secretariat@saintesophie.lu

Persönlich erstellt für: Céline Suel Centre culturel Kulturfabrik Esch

LA CULTURE Théâtre/Musée

du 16.2 au 22.2.2017


CULTURE 31

mercredi 22 février 2017

Le metteur en scène Gérald Dumont et l'auteur Caryl Férey prennent la pause à la Kulturfabrik. Leur pièce, 7 janvier(s), y sera présentée dans deux semaines.

Le jour où tout a basculé...

THÉÂTRE Création «originale» de Gérald Dumont et Caryl Férey, 7 janvier(s) remonte au massacre de Charlie Hebdo pour mener une réflexion sur l'après-2015. Une pièce proche du polar d'anticipation, mais non sans humour. Tous deux marqués par les attentats de janvier 2015, et l'étrange atmosphère qui en découle depuis, ils ont décidé d'en parler pour «résister». L'un des maîtres du polar français, Caryl Férey, et le metteur en scène Gérald Dumont signent, à quatre mains, une pièce exutoire, rappelant au passage que laïcité, démocratie, droits de l'homme et liberté ne sont pas de vains mots.

De notre journaliste Grégory Cimatti

I

l y a, en amont, un projet pédagogique : «Balade citoyenne - Voyage en Politik», mené avec deux classes de Longwy et d'Esch-sur-Alzette. Un travail sur la citoyenneté mené par la compagnie Théâtre K et codirigé par Gérald Dumont. «Je voulais, au départ, faire une pièce sur le monde de la politique, explique ce dernier. Mais il faut être honnête, ça me fait gerber. Les bras m'en tombent quand je les entends parler. Je n'y arrivais pas.» Puis arrive le 7 janvier 2015, jour du massacre de Charlie Hebdo par des fondamentalistes bas du front. Le peuple brandit des pan-

cartes noires et pleure ces trublions de la presse plutôt habitués, d'ailleurs, à le faire rire. «Ça m'a vraiment bouffé la gueule, poursuit celui qui connaissait Charb. Je ne pensais qu'à ça. C'était devenu obsessionnel.» C'est naturellement vers le théâtre que se tourne le comédien aux allures de rockeur. Et pour mettre des mots sur des maux profonds, il convoque l'aide de Caryl Férey, un des maîtres du polar français (Zulu, Mapuche, Condor...). En résulte la pièce 7 janvier(s), à laquelle, logiquement, s'est associée la Kulturfabrik, car «un centre culturel ne doit pas être lâche», soutient, avec force, Serge Basso, directeur des lieux. Rappelons que l'année dernière il avait invité à un débat avec Patrick Pelloux et Antonio Fischetti, chroniqueurs à Charlie, et il promet de remettre ça en avril prochain avec six dessinateurs, dont l'illustre Willem. Création «originale», la pièce remonte donc, sans s'appesantir, à cette sale journée qui a marqué les chairs et les esprits, quand les cœurs peinaient à se réchauffer dans la gri-

saille du l'incompréhension. «Tout le monde se souvient de ce qu'il faisait le 7 janvier», lâche le duo d'une même voix. Une date symbolique qu'il dépasse, toutefois, à travers une mise en scène coupée en deux parties. Ainsi, la première, «sorte d'introduction», est constituée «de petits flashs, de détails», ceux d'anonymes qui se souviennent de ce jourlà, ô combien «fondateur». Autant de petites histoires insignifiantes, donc utiles, se déroulant de Montmartre à la place de la République.

Crise au Sahel, Brassens et Gotlib

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Mais si Caryl Férey et Gérald Dumont ont leur franc-parler, ils cultivent un sens aigu de la subtilité. D'où ce «s» à la fin du titre, rappelant qu'aujourd'hui est aussi problématique qu'hier était cruel. «Quelles sont les conséquences» du 7 janvier?, martèle ainsi le premier, qui s'est occupé à écrire une «nouvelle» sur l'après-2015 – elle constitue la seconde partie de la pièce. «On part d'un point précis pour aborder

quelque chose de plus large, de plus universel, explique-t-il. Quelque chose de barré, avec de l'humour noir.» Parmi les témoins anonymes, on retrouve ainsi l'un d'eux, Anton, près de 30 ans plus tard. Le monde a changé, les repères aussi. En fuite, il rencontre une réfugiée, Leila – «elle se peint le visage en blanc et vit dans une décharge». Elle aussi victime de cette société en plein bouleversement. Un futur chaotique ou les protagonistes tentent de sauvegarder ce qui peut l'être encore : l'humour... Gérald Dumont : «Il suffit juste d'amplifier la situation actuelle et ses problématiques – information, écologie... – en quelque chose d'un peu absurde, d'un peu marrant.» Sur scène, ils seront cinq comédiens, dont le Luxembourgeois Serge Wolf, à se renvoyer la balle, et à montrer ce qui nous pend au nez si personne ne réagit aux nombreux tourments actuels. Et c'est là que Caryl Férey, bourlingueur invétéré, s'emporte... «Vu la démographie mondiale, le problème des réfugiés ne va pas se résoudre d'un claquement de doigts. Au Sahel, par exemple, la

prochaine génération, ils seront 120 millions! Forcément, ils vont partir, et pas pour la région des Grands Lacs. Soit pour Boko Haram, soit pour les écoles coraniques d'Arabie saoudite, soit pour l'Europe, où on les accueille à coup de xénophobie, d'islamophobie ou avec des partis populistes de droite. Je ne vous dis pas le bordel!» Mais 7 janvier(s) montre aussi, et surtout, qu'il ne faut jamais se taire. Créer et agir devient, en effet, plus que nécessaire en ces temps franchement brumeux. «Aujourd'hui, on ne pourrait plus faire Mélanie de Brassens, ou Ragnagna de Gotlib sans être visé par une fatwa», soutient Serge Basso, aux côtés de Gérald Dumont qui acquiesce, lui qui a vu certaines de ses lectures de Charb annulées, par peur de représailles. Mais le metteur en scène lutte, car il a à cœur de prouver que son job, c'est «d'appeler un con, un con». Comme Charlie le fait toujours, malgré des blessures toujours béantes. Kulturfabrik - Esch-sur-Alzette. Les 9 et 11 mars à 20 h.

«Depuis le 7 janvier 2015, on est passés dans un autre monde» Caryl Férey, auteur, et Gérald Dumont, metteur en scène, expliquent la pièce 7 janvier(s), de sa genèse à son importance.

LE TITRE

«

Caryl Férey : L'important est la parenthèse et le «s». Le 7 janvier, c'est un peu le 11 septembre 2001 pour nous, Français ou francophones. Vu que tout va très vite aujourd'hui, on s'est dit que cette date risquait, un jour, de passer à la trappe, que Charlie Hebdo serait relégué dans quelques oubliettes de l'information... Mais on se doutait aussi qu'il y aurait d'autres attentats aveugles. Malheureusement, on avait vu juste... D'où, donc, le «s», et l'idée aussi de cette pièce d'anticipation qui se passe 40-50 ans plus tard. Gérald Dumont : Avec ce titre, la chose était très claire : on avait la rancœur tenace, l'envie d'en découdre. On savait sur qui porter nos coups et nos mots d'amour. Mais le 13 novembre, jour des attentats de Paris, ça a failli changer. Caryl m'a envoyé un mail, le lendemain, intitulé "catastrophe(s)". Tout devenait alors lourd, compliqué. Quoi faire? Comment faire? Cela ne finira-t-il jamais. Et on fait quoi, avec ça? Finalement, le titre est resté le même. Car c'est ainsi que tout a commencé...

7 JANVIER 2015 Gérald Dumont : Je connaissais Charb (directeur de la publication de Charlie Hebdo). Cette tuerie, c'est presque un deuil familial. Un truc

violent, car tout se cassait la gueule. Quand j'y pense aujourd'hui, ça me bouleverse encore. C'est l'horreur absolue... S'attaquer à Charlie, c'est s'attaquer à l'humour, à la connerie et à la laïcité. Comment flinguer des mecs qui dessinent? Je suis triste, et toujours en colère contre les frères Kouachi (auteurs de l'attentat contre le journal), mais aussi contre les politiques qui n'ont rien fait avant, qui ne les ont pas soutenus à l'époque des caricatures. (...) Bref, c'est toujours là, en moi. Si ça se trouve, mon prochain spectacle sera encore sur cette tragédie. Caryl Férey : Le 7 janvier, c'est un symbole! Il y a un avant et un après, plus compliqué encore. On est passés dans un autre monde. Et si on lâche sur la laïcité, c'est perdu! D'où cette piqûre de rappel, vitale. Gérald Dumont : Dans Moravagine, Blaise Cendrars fait dire à son personnage : «La vie, c'est le crime, le vol, la jalousie, la faim, le mensonge, le foutre, la bêtise, les maladies, les éruptions volcaniques, les tremblements de terre, des monceaux de cadavres. Tu n'y peux rien, mon pauvre vieux, tu ne vas pas te mettre à pondre des livres, hein?» Eh bien si, mais à notre façon...

COÉCRITURE Caryl Férey : «On a beaucoup discuté ensemble. J'ai d'abord écrit la première partie, que l'on a jouée sur scène en mai dernier. Ensuite, j'ai écrit un petit roman, une nouvelle en somme, en guise de seconde partie. Dans le théâtre, on est obligé de se soumettre à la vérité du plateau, à comment les comédiens vont s'approprier le texte. D'où cette coécriture. Comme je suis toujours en voyage, j'ai dit à

Gérald : "Fais-en ce que tu veux!" Bref, je lui ai donné une base. Pour le reste, c'est freestyle! Gérald Dumont : Moi, j'étais inquiet. C'est quand même Caryl Férey! Alors, je lui envoyais régulièrement mes retouches. Si c'est pourri, il y a quand même son nom sur l'affiche, non? J'avais sans cesse peur du contresens. C'est une sacrée responsabilité! Caryl Férey : Bon, il exagère! Je savais quand même qu'il n'allait pas faire du Guillaume Musso! En plus, il s'est laissé aller : il a quand même zigouillé tout le monde dans la pièce! (il rit).

HUMOUR Caryl Férey : La dernière phrase de la pièce, c'est quand même : "On va bien se marrer!" 7 janvier(s) parle en effet de ça, de la déconne, de l'importance de rire, comme l'aurait dit Gilles Deleuze. Rire, c'est sortir du sillon! Charlie Hebdo le fait à sa manière, mais il y a plus de mille façons de rire. D'ailleurs, si les animaux rigolaient, on serait végétariens... Gérald Dumont : Aujourd'hui, beaucoup de choses ont changé. Au niveau de la peur, de ce qu'on peut dire, de ce qu'on peut faire... C'est insupportable, terrifiant. Dans ce sens, le rire est un bon moyen d'aller au-delà de ces barrières. Caryl Férey : Si personne ne sait où nous mèneront ces tueries, une chose est sûre : un monde où on ne peut pas déconner serait la pire de nos défaites. Recueilli par G. C.

«


KULTUR

Tageblatt Freitag, 10. März 2017 • Nr. 59

L’humour au noir

Drummer-Legende

7 JANVIER(S) Une pièce sur l’après des attentats de Charlie Hebdo à la Kufa Jeff Schinker

Tout commence par une voix et une chronologie. Tout commence et tout finit le 7 janvier 2015, jour où la haine et le mépris de la vie humaine refirent irruption dans le monde occidental, qui s’en pensait comme protégé. Une voix, donc, égrène une chronologie au départ tout ce qu’il y a de plus quotidienne: un auteur met un point ultime à son 13e roman, qu’il a fini sans difficultés (commentaire laconique de la voix narrative: c’est qu’il doit être mauvais), un bébé naît, une femme fait une pipe avec une méticulosité pour laquelle elle est appréciée, une mamie meurt d’une pneumonie pulmonaire. Bref, le monde se déroule, rythmé de hauts et de bas, et avec lui s’écoule le flux du temps, imperturbable. Comme la voix de Gérald Dumont le proclame, le temps s’arrête au moment de l’attentat, se déboîte, puis continue sur sa lancée. „Parce que c’est sa fonction.“ L’accumulation de ces bribes de moments quotidiens nous interpelle immédiatement, nous rappelle comment nous, spectateurs, avons passé ce 7 janvier. Car il s’agit d’un de ces jours où chacun, pour soi, sait encore ce qu’il a fait – et ce jusque dans les moindres détails des inepties qui, habituellement, passent aux oubliettes une fois qu’elles ont été accomplies et que la journée est écoulée. Et si chacun le sait, c’est que la friction entre ce qu’on a fait, nous, et ce qu’ont vécu les autres, les victimes, est trop grande pour ne pas nous jeter dans un gouffre. Au bout de cet incipit drôlement bien écrit (et drôlement drôle, par moments) surgit en guise de transition une scène de violence sur fond de métal industriel avant que la scène ne s’illumine véritablement sur une arrière-cour jonchée de détritus: le monde est en pièces et l’unique décor possible est un amas de

Photo: Tania Feller

Bienvenue dans un monde en ruines où la milice blanche chasse les SIF („sans identité fixe“) et dans lequel la peur et la méfiance sont devenus des réflexes d’autodéfense. Bienvenue dans le monde post-apocalyptique imaginé par Gérald Dumont (mise en scène) et Caryl Ferey (auteur), qui ressemble un peu à ces cauchemars dont sont tissés les films de David Lynch.

Leïla et Anton sont deux êtres perdus dans un monde en pièces lambeaux, de chiffons, de haillons, rappelant un peu l’univers désolant d’Antoine Volodine, où circulent des chiffonniers et autres résidus du lumpenprolétariat. Ce décor s’anime soudain, les loques s’anthropomorphisent et deux silhouettes arpentent la scène, que les spectateurs, comme s’ils figuraient le mur infranchissable de la pièce, encadreront sur huit rangées à dix chaises chacune.

Enfer façon Lynch Il s’agit d’abord d’Anton, dont la voix narrative du début avait égrené un fragment de quotidien. On le retrouve des années après. Anton, écrivain devenu braqueur de supermarchés ou de banques, est inquiet. Poursuivi et recherché par tous, il rencontre la jeune Leïla, qui se fait appeler Lila parce que c’est plus simple par les temps qui courent. Son visage est blanchi par le maquillage, pour tromper la milice. Tous deux semblent avoir quelque chose à cacher et, au fur et à mesure que la méfiance et les masques tombent, le dialogue se met en route, les deux SIF se reniflent comme des chiens puis décident bon gré mal gré de se faire confiance.

Surgira alors Kevin, un fou furieux (accent sur les deux termes, tant il est à la fois fou et violent) qui arbore une minerve et un costume à mi-chemin entre dompteur de cirque et militaire pédant. Kevin proclame être le proprio du dépôt et accepte de louer son terrain pour que Leïla (qui se fait appeler Marie-France) et Anton (qui se fait passer pour Jean-Pierre) puissent y dormir – contre rémunération pécuniaire, s’entend. Le frère de Kevin, Roscoe, revêt un costume de lapin et tient à la main une ficelle, sur quoi tire, comme pour se libérer de l’emprise de la folie terrestre, un ballon blanc rempli d’air. Le frère reste muet et passe son temps à vouloir, comme l’explique Kevin, se „pignoler“ devant des films de cul. C’est l’élément le plus éminemment lynchien et l’on pense parfois, autant par la constellation des personnages (deux sortes de clodos rejoints épisodiquement par un duo loufoque et inquiétant) que par le décor, au Beckett de „En attendant Godot“, avec un air plus surréel, plus saugrenu et plus loufoque dans les gestes, dans le jeu et dans la mise en scène. Comme le confirme Kevin quand il dira: „mais on y est déjà, en enfer.“ Alors, sans vouloir trop en révéler de l’intrigue, sachez qu’on est

parti pour quelque chose de très peu drôle en fin de compte, que la pièce a tout d’une tragédie dans les règles de l’art, que l’intrigue tourne autour d’un monde où l’humour a été complètement éliminé, que l’un des personnages essaie de commettre un acte subversif en reversant le rire dans le monde comme on dissoudrait un médicament dans un verre d’eau, que la pièce compte bon nombre de bons mots excellents („les textes sacrés, c’est sacrément pas drôle“ ou encore „tu es à l’image du monde: vicelard et sans scrupules“), que le jeu des acteurs est dans l’ensemble très convaincant et que le son, riche en guitares saturées, ajoute des touches et des nuances de menace. Tout cela fait que, malgré quelques segments textuels où ça traîne un peu en longueur et malgré quelques ruptures ou passages à vide rythmiques – les scènes sont souvent fragmentées par des passages au noir –, la pièce est d’une actualité inquiétante.

Info Samedi, le 11 mars à 20.00 h à la Kulturfabrik

72 Jahre alt und noch immer auf Tour! Billy Cobham stammt aus Panama und gilt als weltbester Jazz-FusionSchlagzeuger. Seine Spielweise reicht von hauchleise über rockig bis funky, mit Jazz ergibt dies den Begriff „Fusion“. Gespielt hat Billy Cobham schon mit allen Größen der Musik: Miles Davis, The Brecker Brothers, Stanley Clarke, Larry Carlton, Grateful Dead, John Patitucci, Frank Gambale, John Scofield, Carlos Santana, Mark Almond, Chaka Khan, George Duke, Manu Katché usw. Mit dem Jazz-Gitarristen John McLaughlin gründete Cobham das Mahavishnu Orchestra, bei dem auch ein gewisser Jan Hammer mit von der Partie war ... die „Miami Vice“-Titelmusik, sagt Ihnen doch etwas, oder? Genauso beeindruckend ist seine Albenproduktion, die 1973 anfing: mehr als 30 Einzelalben und unzählige Gastauftritte bei Musikerkollegen der Extraklasse. Auf seinen Aufnahmen ertönt er musikalisch durchwegs als überaus experimentell, als unerschöpflich kreativ, als technisch versiert und sogar als rhythmisch überbegabt. Und diese Drummer-Legende gastierte am Mittwochabend im Atelier, um mit dem Luxembourg Jazz Orchestra aufzutreten. Mit freundlicher Ansprache zeigte sich Cobham teilweise besorgt um das Wohlergehen seiner Zuschauer, und zwar des Wetters wegen ... Doch von dem beschriebenen musikalischen Prestige und von Jazz Fusion waren keine Töne zu hören, es klang eher nach Big-Band-Musik ohne viel Energie. Keine Extraklasse, die Stücke waren eine regelmäßige Aneinanderreihung von Soli, die teilweise von Noten abgelesen wurden. Keine furiosen Improvisationen, keine knalligen FunkRhythmen, keine polternden Rockeinlagen ... eher brave Hausmannskost. Auch das Publikum fieberte kaum mit, die Lightshow war zudem ein kompletter Ausfall, und statisch war das Ganze allemal. Eine überfüllte Bühne rundete den enttäuschenden visuellen Aspekt ab. Das Konzert war technisch in Ordnung, doch ohne mitreißende Drives und Einlagen. Natürlich ließ der Meister sein Können immer wieder aufblitzen, besonders bei den SongIntros. Doch dieser hochkarätige Musiker konnte dabei den Auftritt nicht überstrahlen. Es bleibt also zu hoffen, dass Cobham das nächste Mal in einem Trio oder Quartett auftreten wird, um so seinem Prestige eher gerecht zu werden. Dass viele Köche den Brei verderben können, traf leider auf dieses Konzert zu. c.s.

SORTIR À PARIS • De Zurbaran à Rothko, collection Alicia Koplowitz, jusqu’au 10 juillet 2017, au Musée Jacquemart-André (158, boulevard Haussmann, 75008, www.musee-jacquemart-andre.com). Cette collection met à l’honneur l’une des plus grandes collectionneuses de notre époque. Les cinquante-trois œuvres retracent les choix de celle qui parcourt, depuis plus de trente ans, le chemin de l’art et nous invite à partager ses émotions esthétiques. Maîtres anciens et modernes dialoguent à travers les temps. Les tableaux de Zurbaran, Tiepolo, Canaletto, Guardi et Goya, voisinent avec les peintures, les dessins et les sculptures de Tou-

tention de ces deux personnages, sur leur rapport au temps, et sur l’espace qui les sépare de ceux du dehors. De cette introspection naîtra également une histoire romanesque pleine de rebondissements, sur le plateau nu de cette prison.“ (Alexis Michalik)

louse-Lautrec, Gauguin, Van Gogh, Picasso, Modigliani, Giacometti, Bourgeois et Richier, entre autres ... • Intra Muros, texte et mise en scène Alexis Michalik, jusqu’au 16 avril 2017, au Théâtre 13 (30, rue du Chevaleret, 75013, www.theatre13.com). Richard, metteur en scène sur le retour, vient donner son premier cours de théâtre en prison. Il espère une forte affluence, qui entraînerait d’autres cours. Mais voilà, deux détenus seulement se présentent: Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine, mutique, venu là pour l’accompagner. „De ce cours découlera une introspection sur les raisons de la dé-

De notre correspondante Clotilde Escalle

• Ann Van Den Brok, The Black Piece, les 10 et 11 mars à 20.00 h, au Théâtre de la Cité internationale (17, boulevard Jourdan, 75014, www.theatredelacite.com). Un groupe danse dans le noir. Tantôt une image, captée par une caméra, surgit sur un écran fantomatique. Parfois des fragments de corps sont éclairés à la lampe torche. Que se trame-t-il? Une fiction, une me-

nace, un cauchemar? Serionsnous dans un film de David Lynch, où la nuit et la danse nous transporteraient dans un autre univers? • Du traverso aux différentes flûtes à clés, Anne Putslauk / flûtes historiques, Toby Sermeus / pianoforte, le samedi 11 mars à 17.00 h, au Conservatoire à rayonnement régional de Paris (14, rue de Madrid, 75008, www.theatredelaville-paris.com). Au programme: J.S. Bach, Weber, Hummel. Ce récital se présente comme la découverte d’un instrument, la flûte à clés, dans son évolution à travers les époques, ceci de la fin du XVIIe siècle au début du XIXe siècle.

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Photo: (C) Gallimard

Donnerstag, 16. Februar 2017 • Nr. 40

Caryl Ferey est l’auteur d’une autobiographie qui „parle des autres“

Caryl brûle-t-il? LECTURE L’écrivain voyageur Caryl Ferey fait l’éloge de l’excès Claire Leydenbach L’écrivain Caryl Ferey se raconte dans une autobiographie. Il était lundi 13 février à la Kulturfabrik pour une lecture de son „Petit éloge de l’excès“. Et un projet qui verra le jour en mars à Esch: „7 janvier(s)“. Quand Gallimard lance une collection intitulée „Petit éloge de“, Caryl Ferey, auteur de polar pour la même maison, choisit naturellement l’excès pour objet. Nous sommes en 2007 et l’excès, c’est le rock au son duquel se jeter contre les murs érigés pour formater l’individu. L’excès, c’est résister à la passivité, „faire tonner le volcan qui grogne en nous“; ne pas être des consommateurs mais des acteurs; ne pas abdiquer son libre-arbitre. Dans le „Petit éloge“ comme dans l’autobiographie parue en ce début d’année, „Pourvu que ça brûle“, on entend la révolte individuelle d’un homme qui gueule. Mais ce même homme dénonce aussi l’individualisme triomphant, lui qui emmène sa bande de potes dans les voyages qu’il entreprend pour ses romans.

Lier révolte individuelle et mouvement collectif Alors comment lier révolte individuelle et mouvement collectif? On pense à cette phrase qu’on trouve dans son éloge: „Ce n’est pas moi qui clame, c’est la terre qui tonne.“ L’écrivain comme caisse de résonance de tout un peuple? On l’a en face de nous à la Kulturfabrik ce lundi 13 février, avant que ne démarre la lecture par le metteur en scène Gérald Dumont. Caryl brûle-t-il? Oui. Mais comment faire d’une étincelle personnelle un incendie déme-

suré? Caryl Ferey commence par rendre à César ce qui lui appartient. On avait bien reconnu dans l’extrait cité une chanson de Noir Désir et la voix de Bertrand Cantat. Mais à l’origine, c’est un poème du hongrois Attila József et il nous en lit de mémoire la suite. „Sois la lame de la petite herbe/Et tu seras plus grand que l’axe de l’univers“. L’écrivain peut être porteplume de tout un collectif. Et quand Caryl Ferey écrit les mots qu’on a cités, il n’est d’ailleurs pas seul, on l’a vu: avec lui, un chanteur de rock et un poète hongrois. Alors, faire tonner un collectif derrière la clameur personnelle? Caryl Ferey dit oui. Et que l’autobiographie qu’il vient de faire paraître est une „autobiographie collective“, ou encore, une „autobiographie qui parle des autres“.

„Je ne serai pas à vendre, mes livres si“ Dans „Pourvu que ça brûle“, Caryl Ferey, connu pour des polars qui se déroulent souvent à l’étranger, raconte son arrivée en littérature et dévoile les arcanes de ses œuvres. On l’y rencontre jeune breton dans les années 80, révolté contre une décennie où le sens du collectif se délite, où l’enrichissement personnel est valorisé. On l’y entend hurler et les soirées arrosées n’éteignent pas ce feu, pas plus que les veines qu’il se taille ne rendent moins bouillonnant le sang qui s’en échappe. Alors il se taille, autrement: et c’est parti pour un premier tour du monde dont la Nouvelle-Zélande reste la plus grande découverte. Des deux livres, on préfère le „Petit éloge de l’excès“, avec son écriture dont l’urgence hurle parfois. Caryl Ferey y cite Jacques

Brel qui, dans le dernier quart du siècle dernier, déplorait que l’homme soit encore à vendre. On se saisit de cette clef là pour s’ouvrir les pages de l’autobiographie qui, elle, nous résiste un peu – il est en effet difficile d’en profiter pleinement quand on n’a pas lu les polars dont il raconte les dessous de fabrication). A la suite de Brel, Ferey enchaîne: „Je ne serai pas à vendre, mes livres si.“ Jusque dans les pages de l’autobiographie (qui, il le dit, est aussi un exercice d’autopromotion), il arrive pourtant à camper sur ces positions-là.

Droit dans ses bottes et bon enfant Pour ne pas trop se vendre en se pliant aux desideratas de son éditrice qui suggère ici et là de couper, il ne coupe pas, refusant le formatage, mais intègre la critique en faisant d’elle un personnage qui s’agite dans les notes de bas de page. L’arroseuse se retrouve arrosée. Que c’est fin, que c’est rusé! Caryl Ferey, droit dans ses bottes et en même temps si bon enfant! Voilà ce qui, dans l’homme et dans son écriture, ne peut que vous plaire. A la Kulturfabrik, à la suite d’une lecture très réussie, les jeunes d’Esch se lancent dans le débat. Ils participent au dialogue comme ils participeront aux ateliers de théâtre animés par Gérald Dumont – tout ça dans le cadre du Projet „7 janvier(s)“ qui, en mars, reviendra de manière futuriste sur l’attentat contre Charlie Hebdo il y a deux ans maintenant. Lire plus loin: • Caryl Ferey, „Pourvu que ça brûle“, Albin Michel 2017, 298 p. • Caryl Ferey, „Petit éloge de l’excès“, Gallimard 2007, 144 p.

En 2016, le Centre culturel Kulturfabrik menait en collaboration avec la Compagnie Théâtre K (co-dirigé par Gérald Dumont), un projet interdisciplinaire, pédagogique et transfrontalier intitulé „Balade citoyenne – Voyage en Politik“. Le spectacle „7 janvier(s)“ en est l’aboutissement. L’action de la pièce se situe le 7 janvier 2015 à Paris. Des anonymes vivent cette journée tragique, comme ils peuvent. Ils savent seulement que l’attentat de Charlie Hebdo va bouleverser leur journée, et même plus. Bien des années plus tard, on retrouve l’un d’eux. Anton. Le

monde a changé, les repères également. En fuite, il rencontre une réfugiée, Leila, elle aussi victime de ce monde en plein bouleversement. Nous entrons alors dans un futur chaotique où les protagonistes tentent de sauvegarder ce qui peut l’être encore. L’humour. Selon Gérald Dumont, après les attentats du 13 novembre, les auteurs, désespérés, ne savaient même plus s’il fallait maintenir le titre. Mais une fois les nouvelles avalées – non pas digérées, car certaines choses ne se digèrent point – ils ont vu la nécessité de continuer à écrire – et de maintenir le titre.

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KULTUR LITTÉRATURE

Tageblatt

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Dossier de presse du spectacle 7 JANVIER(S) écrit par Gérald Dumont et Caryl Ferey et mise en scène par Gérald Dumont. Avec Nathalie Grenat...

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