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Numéro 207 mars 2014 Lettre d’information du Collectif Guatemala

Guatemala, pays des improbables possibles Par Marilyne Griffon Sommaire

« L’existence du racisme a servi de base pour le crime de génocide » - Entretien avec Yassmín Barrios p.2-3

Avancées dans le projet Xalalá : stratégies de l’INDE et résistance des communautés p. 4-5

Brèves

p.6-7

Collectif Guatemala 21 ter, rue Voltaire Collectif Guatemala 75011 Paris - France 21 ter, rue Voltaire Tel: 01 43 73 49 60 75011 Paris - France collectifguatemala@gmail.com Tel: 01 43 73 49 60 www.collectifguatemala.org collectifguatemala@gmail.com www.collectifguatemala.org

Directrice de publication : DirectriceTauty Isabelle de publication Chamale : Isabelle ISSN 1277 Tauty 51 Chamale 69 ISSN 1277 51 69

Ont participé à ce numéro : Ont participé à ce numéro : Bérénice Boukaré, Laure JacBérénice Amandine Boukaré, Grandjean, Amandine quemin, Grandjean, Vanessa Góngora, Vanessa Góngora, Marilyne Marilyne Griffon, Levayer, Sandra LengGriffon, Louise Thiwiler, Marijn, ThibaudPauline Marijn,Matteoni, Zuleika baud Romero, IsabelleDavid Tauty, Martin Isabelle Tauty, Verdejo, Willaume. Martin Willaume.

A

u Guatemala, avec du pouvoir, de l’argent et peu de scrupules, tout est possible. Vladimir Poutine avait rêvé de faire venir de la glace de Russie pour en faire une patinoire en plein Guatemala tropical afin de mettre à sa botte les jurys du Comité International Olympique et organiser les JO 2014 à Sotchi. Il l’a fait et obtenu ce qu’il voulait.

Les génocidaires et autres commanditaires et profiteurs des massacres commis durant le conflit armé interne (1960-1996) du Guatemala ont rêvé de s’offrir la tête de la procureure générale, Claudia Paz y Paz, afin de couler des jours heureux en toute impunité. Ils l’ont fait et obtenu ce qu’ils voulaient. Ils l’ont fait en combattant la représentante de la Justice guatémaltèque par les voies de la « justice ». C’est en effet, la plus haute instance de juridiction du pays, la Cour Constitutionnelle (CC), qui a validé la fin de mandat anticipée de Paz y Paz sept mois avant échéance. Elle devra donc quitter son poste en mai et non plus en décembre 2014, au prétexte d’avoir pris ses fonctions plus tôt, du fait du départ avancé de son prédécesseur. Cette même Cour, rappelonsle, s’était déjà octroyé le droit d’annuler la sentence du premier procès pour génocide de l’histoire du continent américain en mai 2013. Claudia Paz y Paz était d’ailleurs l’un des maillon d’une courte chaîne de défenseurs des droits humains ayant permis cette avancée inespérée au royaume de l’injustice. La procureure mène actuellement diverses enquêtes sur les liens entre le crime organisé et le financement des partis. La décision de la CC n’est on ne peut plus politique. Dès le début de son mandat, en 2010, Paz y Paz s’est mis à dos les malfrats du pouvoir, en permettant des avancées inédites dans la justice du pays (comme le jugement de l’ex-dictateur Efraín Ríos Montt pour génocide et crimes contre l’humanité, des réformes cruciales dans le système judiciaire qui ont permis de faire avancer nombre d’affaires notamment grâce à la mise en place d’un système de protection des témoins, etc.). C’est ce vrai travail de procureure générale, dangereusement pratiqué dans des pays de non-droit comme le Guatemala, qui lui a d’ailleurs valu d’être nominée pour le prix Nobel de la paix en 2013. Un coup porté une nouvelle fois aux victimes du conflit armé. Et les mauvaises « surprises » ne risquent pas de s’arrêter là puisqu’hormis le poste de procureur général, ce sont également les juges de la Cours Suprême qui doivent être renouvelés cette année. De plus, la justice, qui semble bloquée du côté guatémaltèque, a pris aussi un sérieux revers côté espagnol. En 1998, le pays avait consacré le principe de compétence universelle lorsque le célèbre juge Garzón lançait un mandat d’arrêt à l’encontre de l’ex-dictateur chilien, Augusto Pinochet. Selon ce principe, il est des crimes qui, de par leur ampleur dans l’horreur, dépassent le cadre des frontières du pays où ils sont commis. Ils affectent et concernent l’humanité même, et peuvent ainsi être jugés dans un pays tiers sans qu’aucune des victimes ou auteurs n’en soit ressortissant. Or l’Espagne en crise s’apprête à modifier sa législation, rendant ce principe quasi inapplicable. Ce sont plutôt les affaires concernant la Chine et le Tibet, ou encore les Etats-Unis et Gantánamo, qui ont motivé le gouvernement espagnol actuel pour des raisons diplomaticoéconomiques. Cela pourra avoir des conséquences dans le suivi de la plainte déposée par Rigoberta Menchú en 2000 devant l’Audience nationale espagnole.■

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Actualités « L’existence du racisme a servi de base pour le crime de génocide » - Entretien avec Yassmín Barrios Iris Yassmín Barrios présidait le tribunal qui a condamné, en mai dernier, le dictateur Efraín Ríos Montt pour les crimes de génocide et crimes contre l’humanité. Elle faisait partie, il y a treize ans, du tribunal qui condamnait les responsables du meurtre de l’évêque Juan Gerardi. Il y a quelque mois, une des dernières reconnaissances à sa trajectoire professionnelle a été le Prix des Droits Humains 2013, remis par le Conseil Général du Barreau Espagnol. Extraits de l’entretien mené par Luis Nieto, coordinateur de l’association Paz con Dignidad et publié le 24 janvier dans le numéro 60 de la revue d’information et débat Pueblos. Retrouvez l’interview complète, en espagnol, sur www.revistapueblos.org - En quoi consiste le travail du Tribunal de Haut Risque ? - Il a été créé pour juger les crimes qui frappent le plus la capitale du Guatemala, comme les féminicides, parricides, meurtres, les délits d’association de malfaiteurs et également les génocides. Il assure la sécurité des juges, des avocats de la défense, et surtout des témoins. Les affaires du conflit armé y sont jugées maintenant. - Le Guatemala dispose-t-il aujourd’hui d’une législation appropriée pour traiter les cas de violation des droits humains, ou faut-il juger ces affaires en dehors du pays ? - Nous avons une législation appropriée. (…) Le Ministère Public est obligé d’enquêter et les organes juridictionnels doivent juger et sanctionner ce genre de délits. Parfois, nous ne sommes pas seulement juges au niveau du Guatemala, mais également au niveau américain, et nous devons faire appliquer les jugements de la Cour Interaméricaine. Nous avons les outils pour travailler, pas uniquement au niveau des lois pénales et du droit interne, mais aussi au niveau du droit international. - Qu’avez-vous ressenti lors de votre nomination comme juge pour une affaire comme celle de Ríos Montt ? - Rien de particulier, cela fait partie de mon travail. Je me consacre tous les jours à traiter des affaires de Haut Risque. - Mais Ríos Montt n’est pas un citoyen comme les autres, il a une certaine projection internationale. C’est l’ancien président, l’ancien chef de l’armée … - Le Droit Pénal est d’acte et non d’auteur. Il juge les actes commis par les individus. - Quel a été l’élément central du verdict, dicté par le tribunal que vous présidiez, à l’encontre de Efraín Ríos Montt ? - Par exemple, dans l’expertise historique, le docteur Andrés Estrada fait état de la culture des Ixils, comment ils communiquaient avec la nature, la façon dont les femmes éduquaient les enfants et maintenaient la culture de génération en génération. Il expliquait également pourquoi ils se sont sentis autant agressés, mortifiés, lorsqu’ils furent réduits au déplacement forcé. Par ailleurs, Paloma Soria, dans son expertise expliquait ce qui concernait les abus sexuels aux femmes dans la région ixile. Si 2

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nous regardons l’analyse des témoignages, la plupart des femmes ont parlé de violations commises par des soldats. Nous retrouvons les mêmes modèles ou schémas de conduite utilisés pour donner la mort de façon violente à des milliers de personnes appartenant au groupe ixil. Nous avons réussi à connecter la planification des plans militaires Victoria 83, Victoria 82 et Opération Sofía. Les deux premiers permettent de connaître la façon de pratiquer la mort sur ces personnes ixiles. Le Plan Sofía constitue directement l’exécution de ces plans, la pratique. - A combien de temps Ríos Montt a-t-il été condamné ? - Dans le verdict, nous disons que nous condamnons à 50 ans pour le délit de génocide et à 30 ans pour crimes contre l’humanité. L’autre accusé a été acquitté. Dans la partie fondamentale du verdict nous exprimons que Ríos Montt, en tant que chef d’Etat, avait connaissance de ce qu’il se passait dans la région ixile et qu’il pouvait l’éviter. Néanmoins, il ne l’a pas fait. Il avait la capacité de le faire mais il ne l’a pas fait. - C’est la première sentence pour génocide au Guatemala. Qu’est-ce que cela suppose ? - Ce procès revêt plusieurs aspects. D’un côté, il fait connaître l’Histoire de tous les Guatémaltèques. De l’autre côté, il rend justice aux victimes, il applique le droit à un procès équitable et reconnaît l’existence d’égalité face à la justice, sans considération sur la personne qui a commis le délit, et qui a une responsabilité devant le peuple du Guatemala et la justice guatémaltèque. - Certains secteurs au Guatemala ont soutenu que les juges qui ont condamné, ont reçu des pressions ? - Nous n’avons reçu aucune pression, sauf peut-être celle des médias. Nous n’avons reçu aucune menace à notre encontre. Nous croyons fermement en l’indépendance judiciaire et nous l’avons manifesté avec nos agissements. Personne ne nous a obligé à rendre ce verdict, nous avons juste rempli notre devoir. Ce qui a existé, et je souhaite mettre l’accent sur cela, est une pression à travers des médias, une campagne systématique : en changeant l’information, en ne faisant pas connaître ce qui était véritablement en train de se passer au cours du


Actualités Le Collectif Guatemala aura l'honneur de recevoir la juge Yassmín Barrios fin mai à Paris. Suivez l'information prochainement sur notre site internet ou notre page Facebook.

« Ríos Montt, en tant que chef d’Etat, avait connaissance de ce qu’il se passait dans la région ixile et pouvait l’éviter. Néanmoins, il ne l’a pas fait. » © Revista Pueblos

Yassmin Barrios

procès… Je pense que ceux qui en ont effectivement rendu compte, ont été les médias internationaux, contrairement aux médias de mon pays qui se sont concentrés à aider la défense des accusés. - Quelle opinion avez-vous sur ce qui est arrivé postérieurement, sur le traitement judiciaire reçu par Efraín Ríos Montt ? Certains secteurs soutiennent que cette sentence est lettre morte. - La sentence a été annulée. A aucun moment, il n’a été dit que celle-ci était mal élaborée ou mal fondée. Elle a été annulée pour la laisser sans effet, sans chercher à connaître son contenu. Je respecte la décision de la Cour Constitutionnelle, mais je ne la partage pas. - Après avoir présidé le tribunal qui a rendu la sentence sur Ríos Montt et suite à l’annulation de celle-ci, quel est votre avenir dans la carrière judiciaire. Certains disent qu’elle est terminée. - Je ne crois pas que ça soit le cas. L’année dernière, j’ai été confirmée à mon poste pour continuer à travailler comme juge présidente du tribunal de Haut Risque. Il n’y a aucune raison pour laquelle je ne puisse exercer comme juge. L’évaluation correspondante le prouve. Si ce n’était pas le cas, il y aurait violation de mon indépendance judiciaire et de mes droits du travail.

judiciaire, ce sont deux choses différentes. Le racisme est un aspect à tenir en compte depuis le point de vue purement sociologique, il ne dépend pas du juridique. En tant que juges, nous devons appliquer le principe d’égalité sans distinctions économiques, politiques, sociales ou d’appartenance à un groupe ethnique. Ce qui a été effectivement prouvé pendant le procès est l’existence du racisme, et de son utilisation comme base pour commettre le délit de génocide. -Une juge honnête et de renommée internationale comme vous, a-t-elle peur ? Vous sentez-vous menacée ? - J’ai reçu beaucoup de menaces depuis ma première année dans la magistrature, mais dans l’affaire du génocide, elles n’ont pas été directes. J’ai reçu des menaces dans l’affaire Gerardi, également dans d’autres affaires, mais il est difficile parfois de déterminer à quelles affaires elles sont liées. Dans l’affaire de génocide, les menaces sont venues au travers des médias. Ils ont utilisé une autre procédure, pour ainsi dire, un mécanisme différent. - Y-a-t-il une question que vous souhaitez clarifier ou développer ? - Vous pouvez continuer d’avoir confiance en la justice guatémaltèque. Les magistrats, mes collègues et moi-même, sommes des personnes intègres et nous avons dicté la sentence de génocide sur la base des preuves présentées. ■

- Peut-on soutenir qu’il n’existe plus de racisme envers les peuples autochtones, ou du moins dans l’appareil judiciaire ? - L’existence ou non du racisme ne dépend pas de l’organisme Solidarité Guatemala n°207 mars 2014

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Actualités Avancées dans le projet Xalalá : stratégies de l’INDE et résistance des communautés Par Thibaud Marijn et David Verdejo 1

Tout semble indiquer que le projet de barrage hydroélectrique Xalalá, en Ixcán (Nord du département de Quiché), devrait avancer considérablement en 2014 avec la conduite annoncée des études de faisabilité. Afin de tenter de déstructurer l’opposition des communautés en résistance - plus de 15 000 personnes directement affectées - l'Institut National d’Electrification (INDE) emploie diverses stratégies pour les isoler et les réduire au silence. Une consultation de façade Après trois refus au printemps, l’INDE a finalement accepté de participer à une réunion publique dans la zone affectée le 13 novembre 2013 afin de présenter son projet. Lors de cette réunion, l’INDE a conditionné la réalisation de projets de développement locaux, tels que la construction de routes, à la construction du barrage. Les communautés ont pour leur part rappelé les résultats des Consultations Communautaires de Bonne Foi réalisées en 2007 en Ixcán et en 2010 en Uspantán qui rejetèrent à plus de 90% les projets miniers, hydroélectriques et pétroliers dans la région. Enfin, elles ont ajouté que leur droit aux infrastructures vitales ne saurait être conditionné au projet de barrage et que les promesses en termes de santé, de voies de communication et d’éducation réalisées il y a plus de 30 ans lors de la construction du barrage Chixoy sont restées lettre morte. Divers analystes de la région pensent que pour l’INDE cette réunion était un jeu à somme nulle qui ne pouvait que leur profiter. En effet, si les communautés avaient fait preuve d’animosité ou fait usage de violence, il eut été facile de “criminaliser" leur opposition. En revanche, et comme ce fut le cas, si elles se montraient pacifiques, il serait facile pour l’INDE de minimiser leur opposition, de mettre en scène le rassemblement et d’affirmer que la consultation a bel et bien eu lieu ; ainsi, pour le gérant de l’INDE, cette réunion fait partie du “travail social” sur la zone. Une analyse allant dans le sens d’une “consultation de façade’” semble se trouver confirmée par les faits ; en effet, au début du mois de décembre, des médias indépendants ont révélé que le 7 novembre, avant même la réunion publique avec les commu1 Thibaud, accompagnateur international du Collectif Guatemala, et David, pour le comité espagnol d'ACOGUATE, Plataforma de Solidaridad con Guatemala y Chiapas 2 Il faut savoir qu'il existe des liens historiques entre les populations de Barillas (nord du département de Huehuetenango) et la région de l'Ixcán, voisine, à l'Est de Barillas : une partie de la population Maya Q'anjobal a fui vers les “Communautés de Population en Résistance” (campements de réfugiés internes) lors des massacres de la guerre civile, dans la forêt de l'Ixcán.

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Le fleuve de Chixoy dans la région d’Ixcán

nautés, l’INDE avait accordé (par un mécanisme secret dit d’achat d’urgence) un marché à une entreprise brésilienne, Intertechne Consultores S.A., afin de réaliser les études de faisabilité géotechniques, sismiques, géologiques et géophysiques nécessaires á la construction du barrage. Ces manœuvres reflètent une stratégie sibylline donnant les apparences d’une volonté de dialogue avec les communautés tout en ignorant dans les faits le fond et la consistance de leur opposition et en avançant en toute discrétion vers la construction du barrage. Face à l’opposition des communautés, l’INDE cherche également à isoler l’Association de Communautés pour le Développement, la Défense de la Terre et des Ressources Naturelles (ACODET) fondée à la suite de la Consultation Communautaire de 2007 en Ixcán. Afin d’atteindre cet objectif, il utilise diverses tactiques, allant des promesses de “développement” à la diffamation des opposants. Diviser pour mieux régner Les promoteurs de l’INDE cherchent à gagner la confiance des habitants des communautés à travers diverses promesses de projets ne relevant pas de sa compétence, mais de celle des


Actualités

« Une expérience que tu dois vivre, un tour pour se remplir d’énergie », « Apporter l’électricité à une communauté augmente la productivité » : exemples de la campagne de promotion de l’INDE

ministères concernés et/ou des pouvoirs publics locaux (routes, santé, éducation, etc.). Le 4 décembre 2013, l’INDE a invité 9 communautés à Asunción Copón afin de parler de leur électrification. Il a été tenté d’interdire l’accès à la réunion aux personnes identifiées comme opposants au projet de barrage, ainsi que tout enregistrement audio ou vidéo de la réunion, l’INDE se réservant le droit d’être le seul à réaliser de tels enregistrements. Marinus Boer, gestionnaire général de l’INDE, a profité de la réunion pour défendre la construction des projets hydroélectriques de Barillas et de Xalalá afin d’électrifier l’Ixcán et la Zona Reyna (municipalité d’Uspantán, Quiché et sud de l'Ixcán) ; ceci apparaît clairement comme une tentative de diviser la résistance entre les deux régions, l’électricité qui servirait à chacune d’entre elles devant selon lui provenir de barrages différents.2 A la suite de cette réunion furent distribuées des caisses de sodas à la population et dans les semaines qui suivirent, quatre leaders de ces communautés voisines se seraient vu proposer dans la ville de Playa Grande la somme de 150 000 quetzals chacun (15 000 euros) afin de convaincre les populations sur le terrain. Au courant du mois de janvier, quatre équipes d’ingénieurs de l’INDE ont fait d’Asunción Copón leur base arrière et mettent une pression directe sur les communautés voisines (visites surprises, survols en hélicoptères, etc.). Officiellement, cette présence fait partie de la mise en place d’un plan officiel d’électrification dans la région annoncé à la surprise générale 14 janvier 2014. Officieusement, les ingénieurs sont chargés de mener à bien les études de faisabilité pour le barrage et de convaincre les populations sur le terrain. Isoler et diffamer la résistance

tout soutien de la part de la société civile. Pour ce faire, à destination de la population urbaine, l’INDE a financé diverses campagnes de communication promouvant les avantages de l’énergie “propre” et les emplois créés (encarts dans les journaux, publicités radio et TV, voir photo ci-dessus) . Pour diviser les populations rurales des communautés, certaines personnalités locales à forte légitimité (ecclésiastiques, professeurs des écoles) promeuvent également le projet de barrage, dénoncent ce qu’ils appellent “les mensonges d’ACODET” et font courir le bruit que l’association négocierait des indemnisations personnelles (entre 1 et 3 millions d’euros au total), afin de mettre fin à son opposition au projet. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un projet qui déplacerait et ôterait des conditions d’existence dignes à des milliers de personnes, mais d’un processus plus ample de destruction des mécanismes de solidarité communautaires et transcommunautaires qui utilise chaque facteur éventuel de diversité (politique, économique, ethnique, religieuse, etc.) pour créer des lignes pérennes de division. La Commission de Suivi de la Consultation Communautaire (CSCC), dans un communiqué en date du 9 décembre, dénoncait “la stratégie visant à conditionner les projets de développement à la construction du barrage, et à tromper et diviser les communautés, ce qui est une violation du droit des peuples autochtones à s’informer et à décider de ses priorités en termes de développement, du droit à une consultation libre et transparente, ainsi que du droit à la non discrimination”. La Commission ajoutait que “l’imposition des plans gouvernementaux de construction de mégaprojets, sans prendre en compte la décision ou les droits des populations indigènes affectées pourrait causer des confilts et affrontements semblables à ceux de Barillas, San Mateo Ixtatán et Monte Olivo [Alta Verapaz]”. ■

L’INDE cherche également à isoler ACODET afin de couper Solidarité Guatemala n°207 mars 2014

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Brèves La CC met fin de manière prématurée au mandat de la procureure générale La Cour Constitutionnelle (CC) a résolu que la procureure générale et chef du Ministère Public, Claudia Paz y Paz, terminerait son mandat en mai au lieu de décembre 2014. La Cour avait été saisie par l’avocat Ricardo Sagastume, ancien directeur exécutif de la Chambre d'industrie et représentant notoire des intérêts des militaires et du secteur privé. La procureure générale avait pris ses fonctions en décembre 2010 suite à l’élection controversée d’un premier procureur, Conrado Reyes, qui avait provoqué de fortes réactions de la communauté internationale et notamment la démission du © Plaza Publica commissaire de la CICIG. Elle avait pris ses fonctions le 9 décembre 2010 et devait logiquement assurer son mandat de quatre ans comme il est stipulé dans l’accord gouvernemental qui la nommait. Elle a courageusement défendu cette position avec le soutien de nombreux activistes du mouvement social et défenseurs des droits humains. La Cour Constitutionnelle a néanmoins confirmé sa décision et annoncé que la procureure devra quitter ses fonctions le 17 mai prochain. Cette décision brutale et illégale a pour objectif clair de mettre un terme aux poursuites judiciaires récentes engagées dans les cas de graves violations aux droits humains du conflit armé interne, tant contre les militaires que des responsables du secteur privé. De nombreuses voix ont dénoncé cette décision illégale et pas seulement du côté des mouvements sociaux : l’ancien président de la Cour Constitutionnelle, Rodolfo Rohrmorser, a fait part de son désaccord à Plaza Pública* et critiqué la recevabilité même du recours déposé par M. Sagastume ayant abouti à cette décision : « C’est une violation de la loi. La CC apparaît comme législateur alors qu’elle doit appliquer la loi et non pas la faire. ». La Commission de Postulation en charge de l'élection du prochain procureur général a été formée et ses premières déclarations sont inquiétantes car elle a déjà décidé de ne pas évaluer les mérites éthiques ni l'honorabilité des candidats au Ministère public en se basant sur une résolution de la CC d'août 2010 qui estime impossible d’évaluer ces facteurs de manière quantitative. C’est pourquoi la préoccupation du mouvement social est très forte quant au profil du prochain procureur si les groupes de pouvoir parviennent à placer un personnage de leur bord, ce qui pourrait renforcer la persécution pénale envers les défenseurs des droits humains, contre laquelle s’efforce de lutter la procureure actuelle. Claudia Paz y Paz est désormais candidate à sa propre succession et devra affronter 29 autres personnes. Elle a annoncé que l’important était de « ne pas perdre ce que nous avons obtenu au cours de ces 3 ans et 2 mois de gestion ». C’est le président Otto Pérez Molina qui décidera début mai quelle personnalité dirigera le Ministère Public pour les quatre prochaines années. * « La ultima estocada de la CC », Plaza Pública, 11 mars

Nouvelles élections municipales à Nebaj En septembre 2011, Pedro Raymundo Cobo de la coalition UNE-GANA (Unidad Nacional de la Esperanza – Gran Alianza NAcional) remporte les élections municipales de Nebaj et remplace Virgilio Guzmán, allié d'Otto Peréz Molina en territoire ixil. Plus près du peuple, et moins opposé à la lutte pour la justice et la vérité sur les crimes de la guerre civile que son prédécesseur du Partido Patriota (PP), le nouvel élu s'était fait remarqué en affirmant publiquement qu'il y avait eu génocide contre le peuple ixil. Pour 2012-2015, son principal rival, l'ancien maire Gúzman du PP, n'avait pas rempli les prérequis à son inscription comme candidat et avait déposé un recours en justice. En 2013, la Cour Constitutionnelle ordonnait, dans une résolution illégale, au Tribunal Suprême Electoral d'annuler les précédentes élections et de les refaire. La multiplication des mégaprojets dans la région donne tout interêt au gouvernement à ce que Gúzman poursuive ce qu'il a commencé lorsqu'il était au pouvoir : permettre aux diverses entreprises l'exploitation des richesses naturelles et ce, en dépit d'une forte opposition populaire. C'est dans un climat d'intimidations et de violences que se sont déroulés la campagne puis le nouveau vote, le 12 janvier dernier. Des centaines d'agents de police avaient été mobilisées pour l'occasion et de nombreux observateurs nationaux et internationaux convoqués afin d'éviter tout type de fraude.

1 D'après les propos de la dirigeante du Comité civique des organisations populaires indigènes et noires du Honduras, Berta Cáceres. Le soir, on annonça la nouvelle victoire de Pedro Cobo avec 11 692 voix contre 9 790 pour le candidat du PP. Pour les autorités 2 Celle-ci s'est improvisée en cortège funèbre alors qu'un militant connu indigènes (Alcaldías Indígenas de la région, à cette répétition d'élections, « le peuple ixil a confirmé sa décision du parti Libre, José Antonio Ardón, Ixiles) a été assassiné la veilleopposées au soir par et fait entendre sa voix, exactement comme il l'avait fait en dénonçant le génocide ». La région ixile est l'une des plus fortement balles, s'ajoutant à la longue liste des assassinats politiques (plus de 30 au affectées par le conflit armé, nombre de ses habitants sont des témoins du procès contre Ríos Montt. total) survenus en contexte électoral.

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Brèves De grands petits pas dans laCas justice génocide pour les crimes du passé Depuis l'annulation de la sentence pour génocide et crimes contre l'humanité, qui condamnait à 80 ans de prison l'ex-général et Par et Vanessa Góngora dictateur José Efraín Ríos Montt*, le recours de l'accusé pour bénéficier de l'amnistie n’est toujours pas résolu un nouveau procès a été programmé pour le 5 janvier 2015. Au sujet de l'amnistie, celle-ci avait déjà été refusée par le juge Miguel Angel Gálvez mais en octobre dernier, la CC ordonnait au tribunal de haut risque qu'il préside, d'émettre une nouvelle résolution afin d’argumenter sur son acceptation ou rejet. Mi-février, CALDH a déposé un recours auprès de la Cour d'appel contre l'amnistie. Le dossier a entre temps fait des allers et retours entre les différentes cours d'appel, qui se refusaient à connaître le dossier. Une audience a lieu le 26 mars à la CC qui pourrait être décisive au sujet de l'amnistie. En janvier, CALDH déposait un recours auprès de la Cour Constitutionnelle contre la résolution de la Cour d'appel qui confirmait le retour du processus contre Ríos Montt au 23 novembre 2011, alors que celui-ci n'était pas encore inculpé (26 janvier 2012) et était toujours sous couvert de son immunité parlementaire. Sofia Duyos, reçue par le Collectif Guatemala et Amnesty International France en juin dernier à Paris, dénonçait en janvier**, l'amnistie « de facto » de Ríos Montt avec l'annulation de son procès et exprimait ses craintes pour le devenir de la plainte déposée en Espagne face à la volonté du gouvernement espagnol de porter atteinte au principe de juridiction universelle. * La Cour Constitutionnelle (CC) annulait le procès le 20 mai 2012, 10 jours après le verdict du Tribunal de haut risque A, présidé par la juge Yassmín Barrios, pour supposé vice de procédure, en ordonnant de revenir au 19 avril 2013. ** lors d'une conférence et commémoration de l'incendie de l'ambassade d'Espagne du 31 janvier 1980, lors duquel 37 personnes ont perdu la vie. « Denuncian en España “amnistía de facto” a Ríos Montt tras anulación de juicio », Prensa Libre, 30 janvier 2014 ; voir aussi : « L'Espagne dit « adios » à la juridiction universelle ». Blog Le Monde, 27 janvier 2014. et « Carpetazo a la justicia universal », El País, 27 janvier 2014.

Sipakapa : la lutte contre l'exploitation minière persiste Depuis presque 10 ans, l'entreprise multinationale canadienne Goldcorp Inc. exploite la mine d'or Marlin, qui n'a cessé de se développer et a atteint aujourd’hui une ampleur impressionnante. Les défenseurs du territoire ont dénoncé les effets nocifs pour l'environnement et la santé ainsi qu'une forte conflictivité sociale entre les différentes communes touchées, les autorités locales, les travailleurs de l'entreprise, et l'entreprise elle-même. Les communautés de San Miguel Ixtahuacán et de Sipakapa, la municipalité voisine, n'ont toujours pas bénéficié des mesures dictées par la CIDH en 2010.* A travers la consultation communautaire de 2005, première consultation populaire au niveau municipal effectuée au Guatemala, la population de Si© Rights Action pakapa a rejeté tout mégaprojet sur son territoire. Récemment, s’est formé le Conseil Maya de Sipakapa, membre du Conseil des Peuples de l'Occident (CPO), pour institutionnaliser et renforcer la lutte pour la défense de la Madre Tierra et dénoncer la récente autorisation par le ministère de l’Energie et des Mines (MEM) de la licence d'exploration minière « Los Chocoyos » sur le territoire sipakapense. Le 11 décembre 2013, des représentants de ce nouveau Conseil ont déposé une plainte devant la Cour Suprême contre le directeur du MEM, recours qui n'a pas eu de suite juridique. Le 14 janvier dernier, entre 3 000 et 6 000 personnes ont manifesté dans la commune « Pie de la Cuesta » contre l'autorisation de cette licence à l’entreprise Entre Mares, autre filiale de Goldcorp. Venus de tout le département de San Marcos, les manifestants exigeaient le respect de la convention 169 de l’Organisation International du Travail (OIT) relative aux peuples indigènes et de la consultation de 2005, en soutien à la lutte de la population de Sipakapa. Depuis, plusieurs leaders du Conseil Maya De Sipakapa ont reçu une convocation au parquet. La criminalisation recommence. * La Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme exige au gouvernement de fournir en eau potable les communautés. Celles-ci ont déposé plainte en février pour obligation aux travaux forcés car les bénéficiaires doivent travailler gratuitement et payer pour accéder au circuit d'eau potable, alors qu'il s'agit d'une obligation de l'Etat.

Nouvelles du terrain * Bérénice a terminé sa mission avec le Collectif Guatemala début février après avoir été membre de l’équipe mobile et de l’équipe de la région ixile. Nous lui souhaitons bonne chance dans sa nouvelle mission en Bolivie! * Thibaud et Pauline ont prolongé leur mission sur le terrain pour rester plus de temps au sein de leur équipe respective en Ixcán et en Ixil. Solidarité Guatemala n°207 mars 2014

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Le Collectif Guatemala Qui sommes-nous ? Fondé en 1979 par des réfugiés guatémaltèques et des militants français, le Collectif Guatemala est une association 1901 de solidarité internationale. Il est composé d’associations et de particuliers, dont une bonne dizaine de membres actifs, sur lesquels repose la vie de l’association. Depuis octobre 2002, l’équipe s’est étoffée avec l’arrivée d’un permanent à mi-temps. Depuis mars 2006, l’association a ouvert un bureau de coordination pour ses activités au Guatemala (accompagnement international et campagne de soutien aux militants luttant contre le pillage de leurs ressources naturelles).

Les activités du Collectif au Guatemala

Les activités du Collectif en France

● L’accompagnement international √ des populations indigènes victimes du conflit armé impliquées dans des procès contre les responsables de violations massives des droits humains, √ des personnes menacées du fait de leurs activités militantes. Comment ? √ à la demande des groupes ou personnes menacées, √ en recherchant et en préparant des volontaires qui resteront au minimum 6 mois sur le terrain. Pourquoi ? √ pour établir une présence dissuasive, √ pour avoir un rôle d'observateur, √ pour relayer l'information.

Les accompagnateurs/trices sont des volontaires majeurs, de tous horizons, désirant s’engager pour une durée minimum de 6 mois. Des sessions d’information et de préparation ont lieu en France avant le départ. Au Guatemala, les accompagnateurs sont intégré au projet international d’accompagnement ACOGUATE. ● L’outil vidéo √ organisation d’ateliers vidéo destinés aux membres d’organisations communautaires pour la réalisation documentaire √ soutien à la diffusion de ces films à la capitale et dans les communautés √ réalisation de film-documentaires comme outil de campagne et de sensibilisation en France

L'appui aux organisations de la société civile guatémaltèque qui luttent pour plus de justice et de démocratie

√ en relayant des dénonciations de violations des droits de l'Homme, √ en organisant des campagnes pour soutenir leurs revendications, √ en recherchant des financements pour soutenir leurs projets, √ en recevant en France et en Europe des représentants de différentes organisations pour leur permettre de rencontrer des décideurs politiques et financiers. ● L’information et la sensibilisation du public français Sur quoi ? √ la situation politique et sociale au Guatemala, √ la situation des droits humains, √ l'action des organisations populaires, indiennes et paysannes. Comment ? √ par la diffusion d’une lettre à l’adhérent bimestrielle, √ par l'organisation ou la participation à des conférences, débats, réunions, projections documentaires √ par des réunions mensuelles ouvertes à toute personne intéressée. ● Le travail en réseau avec différents types de partenaires présents au Guatemala

√ associatifs, √ institutionnels. Contact: collectifguatemala@gmail.com

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Solidarité Guatemala n°207 mars 2014


Solidarité guatemala 207