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Numéro 222 juillet 2017 Lettre d’information du Collectif Guatemala

Vers la reconnaissance de la criminalisation des défenseurs du territoire ?

Sommaire

par Clara Le Gac

Edito : Vers la reconnaissance de la criminalisation des défenseurs du territoire ?

p.1

par Clara Le Gac

Petén : prétexte environnemental pour expulsions forcées par Geoffrey Renimel

p.2-3

El Estor : le nickel de la discorde par Marie Peretti

p. 4-5

Brèves

p. 6-7

L

e 22 juillet 2016, sept défenseurs étaient libérés par un jugement rassemblant trois affaires de manifestations contre l’implantation de projets hydroélectriques dans le nord du département de Huehuetenango, après une période de détention préventive comprise entre 15 mois et trois ans.

Cette décision reste remarquable car elle s’est basée sur cinq expertises sociologiques et anthropologiques mettant en exergue le racisme institutionnel vécu par les peuples autochtones, l’installation brutale des entreprises hydroélectriques sur un territoire marqué par le conflit armé, le rôle de médiation entre la communauté et les autorités officielles exercé par les autorités ancestrales, et surtout le phénomène de criminalisation des défenseurs des droits humains au Guatemala. Le tribunal a également formulé nombre de recommandations aux opérateurs de justice, beaucoup d’entre eux ayant accusé les défenseurs de délits qui n’ont pas été reconnus. Il a même démontré que certaines déclarations étaient mensongères. Les juges ont alors exhorté les fonctionnaires à ne plus utiliser le droit afin de réprimer les mouvements sociaux. Les débats ont enfin mis en avant le lien entre entreprises, autorités de l’État et criminalisation, ce qui a peut-être poussé l’entreprise Hidro Santa Cruz, impliquée dans les faits de Barillas, à annoncer son départ du pays en décembre 2016. Mais si cinq défenseurs ont été déclarés innocents, deux ont été condamnés pour entrave à la justice et délit de contrainte. La présidente du tribunal, Yassmín Barrios — juge qui avait condamné Ríos Montt pour génocide — a émis une opinion dissidente de ses deux assesseurs, qui ont voté les condamnations. À croire que, malgré la reconnaissance du phénomène de criminalisation, on a voulu sanctionner un leader de Barillas et un de Santa Eulalia.

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Direction de publication: DirectriceTauty Isabelle de publication Chamale, : Isabelle ISSN 1277 Tauty 51 Chamale 69 ISSN 1277 51 69

Ont participé à ce numéro : Ont participé à ceCyril numéro : Kim Aumonier, Benoit, Bérénice Dagna, Boukaré, Amandine Amandine Sofia Grandjean, Góngora, Grandjean, Vanessa Clara Le Gac, Marilyne Griffon, Marie SandraPeretti, LengJulia Maunder, wiler, Thibaud Marijn, Isabelle Zuleika Geoffrey Renimel, Romero, Isabelle Tauty, Martin Tauty Willaume.

Les cas jugés ne sont malheureusement pas terminés pour les autres personnes dénoncées. En effet, toutes n’avaient pas été arrêtées et plusieurs dizaines vivent donc dans l’angoisse de l’exécution de mandats d’arrêts à leur encontre. La décision a semblé faire jurisprudence pour deux de ces cas à l’automne. Ainsi, un défenseur, conseiller juridique, a été libéré après 8 jours de détention pour absence de preuves et une autorité ancestrale condamnée il y a un an a été mise hors de cause d’une affaire, la juge répétant qu’elle reconnaissait son œuvre de défenseur des droits humains. Ces débats auront tout du moins mobilisé la communauté internationale. Après avoir consacré une audience sur les cas de criminalisation liés à des projets hydroélectriques au Guatemala, la Commission interaméricaine des droits de l’Homme s’en est préoccupée publiquement en juin dernier. Elle a poussé ses États-membres à « adopter des mesures urgentes pour reconnaitre et protéger le travail des défenseurs ». Des efforts restent à faire au Guatemala. La détention préventive y est toujours utilisée contre les opposants à des projets miniers - comme Abelino Chub Caal, d’Izabal, incarcéré depuis février - et des mandats d’arrêts continuent d’être émis contre des leaders, comme Bernardo Caal qui s’oppose à des projets hydroélectriques en Alta Verapaz.■

Solidarité Guatemala n°222 juillet 2017

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Actualités Petén : prétexte environnemental pour expulsions forcées par Geoffrrey Renimel

Le 2 juin dernier, un effectif de plus de 1000 policiers et militaires faisait marche vers la communauté de Laguna Larga pour réaliser l'expulsion forcée de la centaine de familles qui habite cette communauté située dans le Parc National Laguna del Tigre, département du Petén. Anticipant l'expulsion, les familles avaient fui pour se réfugier de l'autre côté de la frontière dans l'Etat mexicain du Campeche. Jusqu'à présent ils se maintiennent au Mexique dans des conditions extrêmement précaires et dépendent de l'aide humanitaire.

L

e Parc National Laguna del Tigre a été déclaré zone protégée en 1990 grâce à la Loi sur les zones protégées (1989). Il fait partie de la Réserve de Biosphère Maya, un territoire qui s'étale sur plus de 21 000 km², soit près de 20% du Guatemala, et reconnu par l’UNESCO comme aire protégée. Le Conseil national des zones protégées (CONAP) est chargé de la conservation environnementale et de la gestion de cet espace naturel gigantesque qui abrite de nombreuses espèces animales, dont certaines se trouvent en danger d'extinction.

2005. La même institution décrit les communautés installées dans le parc naturel comme des « envahisseurs »3 et reste ferme sur les expulsions même si un processus de dialogue avec le gouvernement a été ouvert en novembre 2016 suite à la présentation d'une « Proposition de développement intégral et soutenable »4 de la part des communautés affectées du Parc Laguna del Tigre.

Cette proposition cherche à établir un dialogue avec les plus hautes instances étatiques pour trouver des solutions à la situations précaire de ces La présence humaine dans communautés. La nécessité le parc est aujourd'hui de résoudre l'accès à la terre évaluée entre 15 et 30 mille et à des titres de propriété habitants. Les trois quarts ainsi que la démilitarisation sont des agriculteurs qui de la zone sont les thèmes vivent surtout de la culture centraux de cette proposition du maïs, du haricot et de la qui se veut comme un point « pepitoria »1. Durant les de départ pour le dialogue années 1970, les © Marie Perreti avec l'État. Même si des gouvernements militaires ébauches de dialogues ont © Simone Dalmasso/Plaza Publica successifs ont réparti les été réalisées, la menace terres du Petén entre grands persistante d'expulsion Les restes d’une maison de la Laguna Larga propriétaires et paysans à continue d'exercer une travers l'Entreprise nationale de promotion et de développement pression directe sur les communautés et met en doute les économique du Petén (Empresa Nacional de Fomento y possibilités d'un dialogue ouvert et respectueux. Desarrollo Económico de Petén – FYDEP). Au début des années 1990, le processus de concentration des terres s'est accéléré. Les Criminalisation et harcèlement paysans ont été acculés à vendre leurs terres pour de multiples raisons comme la précarité, les urgences médicales, les pressions L'expulsion de la communauté de Laguna Larga ainsi que les de narcotrafiquants ou d'autres acteurs, ainsi que la nécessité de autres expulsions programmées pour les semaines à venir vont financer les études des enfants. Des entreprises et des grands dans le sens d'une paralysie du dialogue. Rupert Colville, portepropriétaires terriens ont ainsi massivement acheté des parcelles parole du Haut-commissariat de l'ONU pour les droits de l'Homme, de la région. Le rapport « Terre et égalité » de la Banque a souligné dans une déclaration que cela pourrait mener une mondiale2 décrit avec précisions le phénomène. Entre 1999 et « situation de crise et de violence »5. De même, le 28 mars 2003, la colonisation du parc s'est fortement accentuée. En 2017, dernier, Jovel Tobar, défenseur du territoire et résident de La entre 33 et 39 communautés sont établies dans le parc. Mestiza (une des communautés du Parc Laguna del Tigre), a été arrêté à Flores, après avoir donnée une conférence de presse Entêtement du CONAP sur les expulsions malgré une dans laquelle il dénonçait la négation du dialogue de la part des ébauche de dialogue autorités. Il est accusé d'usurpation de zone protégée. De plus la Commission internationale de juristes (CIJ) a pu observer que le La menace d'expulsion planait depuis de nombreuses années CONAP, conjointement avec l'armée, a mis en place des puisque le CONAP avait entamé les procédures d'expulsion en opérations de harcèlement permanent des communautés qui 2

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Actualités mènent à des « états de pression psychologique, matériel et militaire »6.

cas des paysans déplacés.

Le territoire du Parc National Laguna del Tigre est une zone frontalière avec le Mexique. L'activité des trafiquants y est particulièrement importante. Le crime organisé dans la région La Réserve de Biosphère Maya du Petén où se situe le Parc possède de multiples facettes comme le narcotrafic, le trafic de Laguna del Tigre est en danger. La déforestation et les incendies bois ou de personnes qui cherchent à passer la frontière. Toutes détruisent chaque année des milliers d'hectares d'un écosystème ces activités, combinées à l'absence de l'État, font de la Laguna pourtant vital pour le pays et le continent. Entre 2015 et 2016, ce del Tigre une zone de non-droit où la loi du plus fort s'applique. L es com mu na ut és sont 15 461 hectares de paysannes installées forêts qui sont partis en dans le parc subissent fumée7. Le CONAP donc des pressions place parmi les raisons multiples. L'État, qui doit principales des dégâts être le garant de la écologiques du Parc sécurité des citoyens, ne Laguna del Tigre la remplit pas ses déforestation sauvage fonctions, voire des communautés augmente l'insécurité de vivant à l'intérieur du ces populations avec parc. Qu'en est-il une pol i ti que de vraiment ? D'autres harcèlement répété. Il acteurs importants sont est évident que les présents dans le parc expulsions forcées ne comme l'entreprise © Sandra Sebastian/Plaza Publica règleront pas les pétro lièr e f ranco 8 p r o b l è m e s britannique Perenco environnementaux qui qui exploite des © Simone Dalmasso/Plaza Publica menacent le parc naturel gisements de pétrole Laguna del Tigre. sur une surface de Des conditions inhumaines dans le campement à la frontière avec le Mexique 307km². L'impact écologique de cette activité est d'ailleurs conséquent puisque Le 6 juillet, sous l'impulsion du député Leocadio Juracán11, une qu'elle contribue à la réduction de la faune, à la déforestation ainsi commission de vérification indépendante a été crée avec pour qu'à la pollution de l'air et de l'eau par les déversements et enquêter sur la situation des communautés et sur les violations émissions d'azote et de souffre. Pourtant la licence d'exploitation des droits humains dans les parcs Laguna del Tigre et Sierra de l'entreprise a été renouvelée en 2010 contre l'avis du CONAP, Lacandón. Les conclusions de ce rapport sont attendues pour la publié postérieurement. Plus qu'une simple reconduction, le fin du mois de juillet.■ contrat prévoit même l'ouverture de quatre nouveaux puits. Les vrais envahisseurs

En avril dernier, des journalistes d’investigation du média en ligne Plaza Pública ont pu survoler le parc pour rendre compte de la dégradation de celui-ci. Leurs observations pointent la responsabilité majeure des propriétaires terriens. « Toute la zone centrale est un interminable pâturage : d'immenses fermes succèdent à d'immenses fermes jusqu'à l'horizon » souligne le journaliste Sebastián Escalón9. Roan Balas McNab, directeur de la Wildlife Conservacy Society, qui a également participé au survol, estime que la zone déforestée est occupée à 95% par des pâturages. Les 5% restants représentent les cultures de subsistance des communautés. Le plan de gestion de la Biosphère de Réserve Maya10, établi par le CONAP, reconnaît également que les plus grandes menaces pour l'intégrité du parc sont l'élevage bovin, l'exploitation pétrolière et les incendies. Le même plan recommande que les politiques publiques doivent tendre vers l'expulsion des grands usurpateurs des terres et la recherche de solutions de relocalisation dans les

1. Sebastián Escalón, « Temporada de desalojos en la Laguna del Tigre », Plaza Pública, 19.06.17, http://bit.ly/2w38oTM 2. Jorge Grunberg, « Tierra e igualdad : desafíos para la administración de tierras en Petén Guatemala », Banque mondiale, 01.12.12, http://bit.ly/2u14CJp 3. Rigoberto Escobar, « PNC desaloja a 70 familias de Laguna Larga, área protegida de Petén », Prensa Libre, 05.06.17, http://bit.ly/2v1LoYh 4. Collectif Guatemala, « Des communautés du Petén présentent leur proposition alternative de développement », Solidarité Guatemala 219, 11.16, http://bit.ly/2uAKYaJ 5. Centro de Noticias ONU, « ONU-DH expresa preocupación por desalojo de campesinos guatemaltecos », 30.06.17, http://bit.ly/2w2R15r 6. CIJ, « Guatemala: la CIJ condena desalojos en el departamento de el Petén », 05.06.17, http://bit.ly/2v1MDXj 7. Sistema Nacional de Prevención y Control de Incendios Forestales (Sipecif), Informe de resultados 2015-2016 8. Collectif Guatemala, « Perenco : exploiter le pétrole coûte que coûte », 2011, http:// bit.ly/17Yngqw, p.7 9. Sebastián Escalón, op. cit. 10. CONAP, « Plan Maestro de la Reserva de la Biósfera Maya (segunda actualización) »,12.15, http://bit.ly/2vMl9Tu 11. Amandine Grandjean et Clémence Minet, « « Construire un Etat plurinational et un buen vivir » : entretien avec Leocadio Juracán », SG 217, 04.16, http://bit.ly/2vaDsEL

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Actualités El Estor : le nickel de la discorde par Marie Peretti, journaliste indépendante

Au cœur du territoire autochtone q'eqchi’, les pêcheurs essaient de connaître la vérité sur la pollution du lac d'Izabal. Ils mettent en cause CGN-Pronico, la plus grande mine d'extraction et de transformation du nickel d'Amérique latine. Blocage de route interdit par les forces de l'ordre, affrontement : un pêcheur est abattu par un policier, un autre est blessé par balles.

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l est à peine midi ce samedi 27 mai et il fait plus de 35 degrés. Une réunion improvisée des représentants des pêcheurs d'El Estor, la Gremial de Pescadores, vient de s'achever à la paroisse. Alors qu'ils devaient rejoindre la table des négociations avec les représentants du gouvernement, de la mairie et de la mine de nickel CGN-Pronico, ils viennent de décider de bloquer la route principale pour la seconde fois en deux semaines. Leur but : stopper l'export de ce métal du diable, le surnom du nickel sur le marché des minerais. « Nous venons d'apprendre qu'il y a sept dépôts de plainte du maire et de son conseil municipal, dont un à mon encontre », explique Eduardo Bin, le porte-parole de cette Gremial. « Je ne sais pas s'il y a des mandats d'arrêt d'émis mais je ne peux pas prendre le risque d'aller à une table des négociations avec les accusateurs et de finir la journée en prison ! Ils veulent nous criminaliser mais nous n'abandonnerons pas. » D'où vient la pollution du plus grand lac du Guatemala ? Le mouvement de protestation avait commencé en début de mois. D'importants dépôts rougeâtres, pailletés et visqueux se déposent sur le lac, suivant les vents et les courants, de plus en plus souvent. Le lac d'Izabal est le plus grand lac du Guatemala et ses rives abritent des aires protégées pour sa biodiversité. De quoi alarmer les milliers de pêcheurs q'eqchi'es qui transmettent leur savoir-faire de pères en fils.

CGN-Pronico fait alors venir une partie de son personnel par barque depuis une autre ville et les hautes cheminées de la mine ne recrachaient plus leur fumée que de nuit . De son côté, le maire d'El Estor affirme avoir été pris à partie, a fui la ville et demandé audience au président de la République invoquant « l'ingouvernabilité ». Pendant son absence, une manifestation d'environ 200 salariés de CGN-Pronico défile dans le centre de la ville, conduite par un pasteur évangéliste, bible à la main. Ils se sentent pris en otage et perdent de l'argent. Étonnamment, le lendemain, CGN-Pronico se paiera une pleine page de publicité dans l'un des quotidiens les plus populaires, affichant des photos de cette manifestation. L'entreprise annonce même à la presse offrir le salaire non gagné à ses salariés. Un climat de défiance ancien La Gremial de Pescadores finit par obtenir des institutions la réalisation d'études de l'eau. Le blocage de la route est suspendu en attendant ses résultats. Mais personne ne s'en réjouit. « Ils vont nous mentir », voilà ce que la plupart des habitants croit. « Tout l'État est corrompu. Ils ne diront jamais que ça vient de la mine. La mine s'en sort toujours. » C'est un sentiment qui peut paraître manichéen et exagéré. Mais ici, il reflète avec justesse un passé douloureux dont les cicatrices ne sont pas refermées. En 2004, le gouvernement guatémaltèque reconduit pour 40 ans une licence d'exploitation sans réaliser aucune concertation locale pourtant obligatoire en territoire autochtone, d'après la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail. La mine est donc imposée à la population.

© Santiago Botón

Des Canadiens gèrent alors la Compagnie guatémaltèque de nickel (CGN)-Pronico et deviennent, de fait, propriétaires d'importantes terres sur lesquelles vivent de nombreuses communautés q'eqchi'es. Sur les 66 000 habitants que compte El Estor, les deux tiers vivent en dehors du bourg et perpétuent un mode de vie traditionnel, souvent sans eau courante ni électricité. Beaucoup sont installés sur la plaine fertile du lac où ils font pousser du maïs, des haricots, de la cardamone, des ananas... Près de 80% d'entre eux est dans une pauvreté dite extrême, avec moins d'un dollar par jour.

Des réunions ont alors lieu mais le Maire comme CGN-Pronico affirment, sans aucune étude scientifique à l'appui, que la mine n'est en rien responsable. Les tensions montent et un premier blocage de la route principale est mis en place. Il durera dix jours.

CGN-Pronico commence à faire expulser des centaines de familles. Le 8 janvier 2007, le quartier La Unión voit arriver 450 policiers et 250 soldats pour déplacer ses habitants, considérés comme occupants illégaux. L'une d'entre eux hurlait « nous avons le droit de vivre ici. Nous sommes autochtones. Nous sommes

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Actualités q'eqchi’es. Nous sommes les gardiens de notre terre. Ils nous font partir. Nous les ferons partir. » Le lendemain, des dizaines de maisons d'une autre communauté seront directement brûlées par l'armée, la police et les forces de sécurité de la mine. La population est traumatisée. La lutte pour la fermeture de cette mine débute alors, dans une colère qui ne se taira plus. La lutte pour la terre au centre de tout Quelques semaines auparavant, la communauté de Lote 9 indique avoir dû se battre avec l'équipe de sécurité de CGN qui voulait prendre possession d'une partie de leurs terres. La communauté ira même jusqu'à se séparer en deux groupes « pour protéger notre territoire, nos richesses naturelles. », raconte Arturo Maaz Pop, père de famille de 36 ans. « C'est la terre de mes grands-parents. Je suis né ici, j'ai grandi ici et je veux que mes enfants continuent ici. »

CGN-Pronico est aussi poursuivi en justice au Canada Mynor Padilla est désigné responsable de ces actes et part en cavale pendant trois ans. Son procès, en première instance, s'est terminé en avril dernier. Il est ressorti libre1. Germán Chub s'est senti « insulté. J'ai eu le sentiment qu'on se moquait de moi. La justice au Guatemala... il n'y a aucun espoir pour nous, autochtones... la justice ne nous aide pas. » Angélica Choc, veuve du représentant autochtone assassiné sous les yeux de son fils, a dû déménager après avoir essuyé 16 impacts de balle sur la façade de sa maison en septembre dernier2. « Un procès va également se tenir au Canada. C'est une première dans l'histoire du pays. Les entreprises ne vont plus pouvoir agir en toute impunité dans des pays corrompus », espère Grahame Russel, responsable de l'ONG Rights Action. « C'est la pire mine au monde » Depuis 2011, la CGN-Pronico a été rachetée par un groupe chypriote, désormais suisse. Et Solway Group développe une ambition : être le premier producteur de ferronickel de toute l'Amérique latine. L'entreprise ne fait plus seulement qu'extraire (déforester et creuser) le nickel de la montagne. Elle réalise aussi la transformation sur place du métal en ferronickel : un mélange de fer à 65 % avec 35% de nickel. Pour cela, elle a immédiatement investi 551 millions de dollars « dans la région économique la plus sinistrée du Guatemala » avec le soutien du président de la République d'alors, Otto Pérez Molina.

© Marie Peretti

Affrontement entre pêcheurs et policiers le 27 mai 2017

Leur combat sera juridique et n'est toujours pas terminé. Leur représentant, Rodrigo Tot, vient de recevoir le prix Goldman de l'environnement, saluant ainsi la pugnacité et la dignité de ce pasteur illettré à se défendre jusqu'à la Cour interaméricaine des droits de l'Homme. La communauté de Lote 8 estime avoir payé un autre prix pour rester sur ses terres. Onze femmes disent avoir été violées par des hommes portant les uniformes de sécurité de la CGN. Traumatisées, elles mettront plusieurs années à en parler et à porter plainte contre Mynor Padilla, le responsable de la sécurité de la mine. Entre l'équipe CGN de Mynor Padilla et les communautés q'eqchi'es, de nouveaux heurts éclatent le 27 septembre 2009 et virent au drame. Adolfo Ich, représentant du quartier La Unión, est assassiné devant les yeux de son fils. Germán Chub, un agriculteur de 22 ans se fait, lui, tirer dessus alors qu'il est venu voir un match de football ce dimanche après-midi. Il est handicapé à vie, paraplégique.

Une nuit d'août 2016, une explosion fait six morts sur le site. Milton Gutiérrez3 claque la porte, écœuré par un productivisme sans foi ni loi. « C'est la pire mine au monde. Manque de sécurité, de compétences, pollution, répression et corruption sont leurs méthodes. C'est une mafia politique et financière. Les étrangers sont payés 3 000 à 5 000 dollars par mois alors que les Guatémaltèques les mieux diplômés n'auront pas plus de 5 000 quetzales [environ 650$]. » Le 27 mai dernier, Carlos Maaz Coc s'effondre sur le bitume en plein soleil. Le pêcheur de 27 ans est atteint d'une balle dans la poitrine tirée à moins de 40 mètres par un policier. Aucune autopsie mais beaucoup de témoins. Pourtant, l'Etat niera sa mort pendant 24h, préférant s'attarder sur la suite. Une vague humaine de plusieurs centaines de personnes a immédiatement déferlé dans El Estor, poussée par la colère et l'indignation. Le commissariat et la maison du maire ont été saccagés et brûlés. Aujourd'hui, ces bâtiments sont remis en état. Mais Christina Xol Pop continue de pleurer l'assassinat impuni de son mari. Les algues rougeâtres s'accumulent encore parfois sur les rives du lac. Et la Gremial de Pescadores attend toujours que la table des négociations reprenne… ■ 1. «L’ex-chef de sécurité d’une mine de nickel accusé de meurtre est remis en liberté en toute impunité», Solidarité Guatemala 221, 05.17, http://bit.ly/2u17aXM 2. ACOGUATE accompagne depuis janvier 2015 Angelica Choc et German Chub Choc. 3. Le nom a été changé pour préserver l'anonymat de la personne.

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Brèves

© Nelton Rivera/Prensa Comunitaria

Lolita Chávez en danger pour avoir protégé les forêts de la région du Quiché Le 7 juin 2017, la défenseure des droits des populations autochtones Aura Lolita Chávez, ainsi que des membres de son organisation, le Conseil du peuple K'iche’ pour la défense de la vie, de Mère Nature et du territoire (CPK1), ont été intimidés physiquement et sexuellement par 10 inconnus armés alors qu'elle et ses collègues accompagnaient un camion chargé de bois coupé illégalement vers les autorités de Santa Cruz del Quiché. Lolita Chavez et les membres du CPK se sont enfuis, suivis par les hommes armés qui ont continué à les chercher pendant la nuit, comme en témoignent les habitants de Santa Cruz del Quiché. Lolita Chávez a depuis quitté le pays pour des raisons de sécurité. Lolita Chavez bénéficie des mesures de précaution de la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH) depuis 2005, dans le cadre de sa lutte pour protéger les forêts qui entourent les communautés et surveiller l'abattage illégal des arbres.

Aura Lolita Chávez

Lolita Chávez depuis des années lance des alertes au sujet de la destruction que les compagnies forestières réalisent sur la zone et continue de recevoir de nombreuses menaces. Les récents actes d'intimidation ne sont pas des incidents isolés, mais s'ajoutent à une longue liste de menaces et d'incidents contre elle et le CPK. Ces actes se produisent dans le contexte d'une intensification et aggravation alarmantes des attaques contre les défenseur.e.s des droits humains au Guatemala, dont 14 meurtres, 7 tentatives d'assassinats et 233 attaques enregistrés au cours de l'année 2016. Le sujet de l'exploitation illégale des forêts, dénoncée par le CPK, a été reconnu par certaines des autorités locales et le Bureau du procureur des droits humains, mais les instances responsables ne s'en saisissent pas. D'autres entités, comme le corps diplomatique et le Bureau du Hautcommissariat de l'ONU aux droits de l'Homme ont été alertés de l'extrême vulnérabilité vécue par le CPK. Le CPK exige l'arrêt de cette déforestation immodérée qui est en train de détruire les forêts et de rendre difficile l'accès à l'eau pour les communautés, en les mettant en situations d'extrême insécurité. Il est urgent que l'Etat enquête sur ces actes d'intimidation contre Lolita Chavez et le CPK et prenne les mesures appropriées pour protéger les défenseur.e.s contre les périls de leur travail. Et il est nécessaire de légitimer publiquement l'importance du travail réalisé par ces défenseur.e.s des droits humains. Plusieurs réseaux2 en Amérique latine dénoncent les attaques contre les femmes défenseures à la fois parce qu'elles sont des femmes et pour leur travail de défense des droits. Ainsi, selon la déclaration de Lolita Chavez: « nous devons avoir des territoires libres d'entreprises et sans violence contre les femmes, pour avoir la force d'avancer vers le plein sens de la vie ». 1. Le CPK coordonne le dialogue, les consultations communautaires et l'action collective contre les violations des droits humains engendrées par l'expansion des mines, des exploitations forestières, des activités hydroélectriques et agro-industrielles sur leur territoire sans l'accord préalable, informé et libre des propriétaires. 2. La Iniciativa mesoamericana de mujeres defensoras de derechos humanos, la Coalición internacional de mujeres defensoras de derechos humanos, el Comité de América latina y el Caribe para la defensa de los derechos de la mujer.

Quatrième anniversaire de la sentence pour génocide contre Ríos Montt Le 10 mai 2017 a marqué le 4ème anniversaire de la sentence pour génocide contre José Efraín Ríos Montt. En 2013, la Cour constitutionnelle avait annulé la sentence de la juge Yassmín Barrios quelques jours après qu'elle ait été prononcée. Depuis, un nouveau procès contre l’ex-dictateur a recommencé en mars 2016 sans qu'il n'y ait d'avancées jusqu'à présent. A l'occasion de cet anniversaire, le Centre d'action légale pour les droits humains (CALDH) a déposé une plainte pour prévarication (manquement à leurs obligations) contre les 3 ex-magistrats de la Cour constitutionnelle qui avaient voté en faveur de l‘annulation de la sentence et la régression du processus pénal vers une phase intermédiaire. Les ex-magistrats Héctor Hugo Pérez Aguilera, Roberto Molina Barreto et Alejandro Maldonado Aguirre auraient commis des illégalités en prononçant l'annulation de la sentence, notamment la falsification de dossiers juridiques. Selon CALDH, « juger ces trois ex-magistrats de la Cour constitutionnelle est nécessaire pour solder la dette du système judiciaire envers les victimes et le peuple guatémaltèque ».

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Brèves Mine San Rafael : Nouvelles violences policières pendant une manifestation pacifique Depuis 2010, année à partir de laquelle l'entreprise minière canadienne Tahoe Resources opère au Guatemala à travers sa filière Minera San Rafael S.A., la criminalisation, les attaques, la diffamation et les assassinats contre les défenseur.e.s des droits humains des communautés du département de Santa Rosa n'ont cessé d'augmenter. Bien que le pic de ce conflit ait eu lieu en mai 2013 lors de l'état de siège, si la population s'oppose au projet minier, elle risque encore aujourd'hui d'être victime de violences et de violations de ses droits. Dernièrement, suite aux dommages et fissures apparues dans leurs maisons, les habitants de Casillas, municipalité située à quelques kilomètres du mégaprojet, ont bloqué le passage aux véhicules de l'entreprise pour dénoncer que la proximité avec la mine avait provoqué ces dégâts. Pendant près de deux semaines, du 8 au 21 juin, ils ont manifesté de manière pacifique pour exiger la fermeture de la mine. Mais le gouvernement n'a pas voulu les entendre. Dans l'après-midi du 22 juin, les forces anti-émeutes de la police nationale ont fait usage de gaz lacrymogène contre la résistance pacifique pour permettre aux véhicules qui se dirigeaient vers l'entreprise de passer et pour que ses activités reprennent. L'affrontement n’a pas réussi à dissoudre la manifestation pacifique qui prévoit de rester jusqu'à la fermeture définitive de la mine. Les habitant.e.s ont bon espoir car le 5 juillet, la Cour suprême de justice a ordonné la suspension provisoire de la licence d’exploration et d’exploitation des projets El Escobal et San Juan Bosco, de la mine San Rafael. Cette décision fait suite à un recours présenté par le Centre d’action légale, environnemental et social du Guatemala (CALAS) à l'encontre du Ministère de l’énergie et des mines qui n'avait pas consulté le peuple autochtone Xincas comme le prévoit la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, ratifiée par le Guatemala.

Solidarité avec les 56 niñas du Guatemala Le 8 mars 2017, alors que les femmes du monde entier se mobilisaient pour revendiquer le respect de leurs droits, au Guatemala 56 jeunes filles brûlaient vives dans le foyer pour mineur.e.s Hogar « seguro » Virgen de la Asunción géré par l’État. La veille, elles avaient voulu s'en échapper à cause des violences psychologiques, physiques et sexuelles qu'elles subissaient. Ramenées par la police, elles avaient été enfermées dans une pièce du foyer, dans laquelle s’est déclenché l’incendie. Les forces de l’ordre qui contrôlaient le bâtiment ne sont pas intervenues et ont empêché quiconque de leur porter secours. Trois mois après le drame, le Collectif Guatemala, le Collectif Ayotzinapa, le Front antipatriarcal et Chapines en Paris por Guatemala, se sont réunis au sein du collectif Les 56 niñas du Guatemala, et ont organisé un concert de soutien afin d’exprimer leur solidarité avec les familles des jeunes filles décédées et de récolter des fonds pour aider celles qui ont survécu et ont aujourd’hui besoin de soins médicaux. Grâce à la solidarité des 200 personnes présentes le samedi 10 juin, nous avons ainsi pu envoyer 1 000€ à l’Association nationale contre la maltraitance des enfants au Guatemala. Merci pour votre générosité !

Festival Rencontres et Racine d’Audincourt Du 30 juin au 2 juillet 2017, le Collectif Guatemala était présent au Festival Rencontres et Racines à Audincourt (Doubs). Entre deux concerts, le public a pu reprendre des forces en goûtant nos délicieuses empanadas et se rafraîchir à la rosa de jamaica. L’occasion de faire connaître nos actions dans une nouvelle région et également de croiser nos amis du Comité de solidarité avec les peuples d'Amérique latine (CSPAL) de Vesoul. Merci aux organisateurs du Festival pour nous avoir accueillis dans le village des associations.

Nouvelles et nouveaux volontaires en partance pour le terrain Chaque année, le Collectif Guatemala recrute quatre volontaires pour partir sur le terrain en tant qu’accompagnateurs internationaux. Cette année, c’est Floriane Basile, Morgan Calise, Cécile Gendreau et Fanny Toubin qui ont été choisis pour intégrer l’équipe du projet ACOGUATE, pour des périodes allant de 6 à 8 mois. Alors que Cécile s’est envolée pour le Guatemala quelques jours après le week-end de formation-sélection qui a eu lieu les 17 et 18 juin, les trois autres la rejoindront en octobre. Sur place, la mission est d’offrir un accompagnement physique et politique aux personnes menacées pour leur travail de défense des droits humains. Le recrutement commence chaque année autour du mois d’avril. A bon entendeur...

Solidarité Guatemala n°222 juillet 2017

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Le Collectif Guatemala Qui sommes-nous ? Fondé en 1979 par des réfugiés guatémaltèques et des militants français, le Collectif Guatemala est une association loi 1901 de solidarité internationale. Il est constitué de bénévoles et de deux coordinatrices sur lesquels repose la vie de l’association. Depuis mars 2006, l’association a ouvert un bureau de coordination pour ses activités au Guatemala (accompagnement international et campagne de soutien aux militants luttant contre le pillage de leurs ressources naturelles).

Les activités du Collectif au Guatemala

Les activités du Collectif en France

● L’accompagnement international

● L'appui aux organisations de la société civile guatémaltèque qui luttent pour plus de justice et de démocratie

√ des populations autochtones victimes du conflit armé, impliquées dans des procès contre les responsables de crimes de génocide, crimes contre l’humanité, disparitions forcées et violations sexuelles, √ des personnes et organisations menacées du fait de leurs activités de défense des droits humains et des droits collectifs (droits des peuples autochtones et défense du territoire). Comment ? √ à la demande des groupes, victimes ou témoins menacés, √ en recherchant et en préparant des volontaires qui resteront au minimum 6 mois sur le terrain. Pourquoi ? √ pour établir une présence dissuasive, √ pour avoir un rôle d'observateur, √ pour relayer l'information. Les accompagnateurs/trices sont des volontaires majeur-es, de tous horizons, désirant s’engager sur le terrain. Des sessions d’information et de préparation ont lieu en France avant le départ. Au Guatemala, les accompagnateurs sont intégrés au projet international d’accompagnement ACOGUATE.

● L’outil vidéo √ réalisation de films documentaires comme outil de campagne et de sensibilisation, √ soutien à la diffusion de films documentaires à la capitale Ciudad de Guatemala et dans les communautés au Guatemala.

√ en relayant des dénonciations de violations des droits humains, √ en organisant des campagnes pour soutenir leurs revendications, √ en recherchant des financements pour soutenir leurs projets, √ en recevant en France et en Europe des représentant-es de différentes organisations pour leur permettre de rencontrer des décideurs politiques ainsi que d’autres mouvements sociaux et de défense des droits humains.

● L’information et la sensibilisation du public français Sur quoi ? √ la situation politique et sociale au Guatemala, √ la situation des droits humains, √ l'action des organisations populaires, autochtones et paysannes. Comment ? √ par la diffusion d’une lettre d’information bimestrielle, Solidarité Guatemala, √ par l'organisation ou la participation à des conférences, débats, projections documentaires, √ par des réunions mensuelles ouvertes à toute personne intéressée, √ par la diffusion d’informations via les réseaux sociaux (Twitter, Facebook), √ par l’organisation de réunions de plaidoyer.

● Le travail en réseau avec différents types de partenaires présents au Guatemala √ associatifs, √ diplomatiques.

Merci à nos partenaires: Contact: collectifguatemala@gmail.com

ADHÉSION / ABONNEMENT Le Collectif Guatemala vous propose plusieurs formules de soutien : 

Adhésion au Collectif, permettant de recevoir la Lettre d’information - Solidarité Guatemala

23 €

Adhésion à tarif réduit (étudiants, chômeurs etc. joindre justificatif)

15 €

Don, un soutien supplémentaire pour nos activités

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Total :

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Nom .................................................................................... Prénom ....................................................................................................... Adresse ..................................................................................................................................................................................................... Code Postal ...................................................... Ville ............................................................................................................................... Téléphone ......................................................... Courrier électronique ....................................................................................................

□ Je souhaite être informé(e) par e-mail des activités du Collectif Guatemala □ Je souhaite faire partie du Réseau d’alertes urgentes électronique Les dons et cotisations peuvent être déductibles des impôts à hauteur de 66%.

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Solidarité Guatemala n°222 juillet 2017

Chèque à l’ordre du Collectif Guatemala, à envoyer à l’adresse suivante: Collectif Guatemala 21ter, rue Voltaire 75011 Paris


Solidarité Guatemala 222  

Sommaire: - Vers la reconnaissance de la criminalisation des défenseurs du territoire ?, par Clara Le Gac - Petén : prétexte environnemen...

Solidarité Guatemala 222  

Sommaire: - Vers la reconnaissance de la criminalisation des défenseurs du territoire ?, par Clara Le Gac - Petén : prétexte environnemen...

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