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Numéro 218 juillet 2016 Lettre d’information du Collectif Guatemala

Contre-offensive

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Sommaire

Edito: Contre-offensive

p.1

par Cyril Benoit

« Le gouvernement actuel est idéal pour l’ambassade nordaméricaine » : entretien avec Gregorio Chay par Cyril Benoit

par Cyril Benoit

p.2-3

Tz’ikin TeVé : la communication comme moyen d’émancipation par Kim Aumonier

p. 4-5

Brèves

p. 6-7

Collectif Guatemala 21 ter, rue Voltaire Collectif Guatemala 75011 Paris - France 21 ter, rue Voltaire Tel: 01 43 73 49 60 75011 Paris - France collectifguatemala@gmail.com Tel: 01 43 73 49 60 collectifguatemala@gmail.com www.collectifguatemala.org

Direction de publication: DirectriceTauty Isabelle de publication Chamale, : Isabelle ISSN 1277 Tauty 51 Chamale 69 ISSN 1277 51 69

Ont participé à ce numéro : Ont participé à ce numéro : Kim Aumonier, Cyril Benoit, Bérénice Boukaré, Amandine Amandine Grandjean, VanessaGrandjean, Góngora, Isabelle Marilyne Tauty Griffon, Sandra Lengwiler, Thibaud Marijn, Zuleika Romero, Isabelle Tauty, Martin Willaume.

e 30 juin dernier se célébrait comme chaque année au Guatemala le « Jour de l’armée ». Dans un pays où, selon les Nations unies, 97% des 245 000 morts du conflit armé interne ont été provoquées par les forces armées et les groupes paramilitaires, une telle glorification représente une véritable insulte pour les victimes, leurs familles et plus généralement toutes les personnes attachées au respect des droits humains. Du fait de la mobilisation de celles-ci, le traditionnel défilé militaire dans les rues de la capitale Ciudad de Guatemala avait été annulé en 2008 par le président Álvaro Colom, se tenant désormais dans l’enceinte d’une base militaire. Cette pratique avait été poursuivie par Otto Pérez Molina, pourtant lui-même ancien général et porteur d’un bilan plus que douteux en matière de respect de la démocratie. Mais cette année, pour son premier Jour de l’armée en tant que président, Jimmy Morales a annoncé son intention de renouer avec les défilés publics, annonçant une parade pour le 3 juillet sur l’une des principales artères de la ville. La décision a finalement été annulée du fait des protestations, mais elle démontre la volonté du gouvernement de redorer l’image de l’armée (« lavarle la cara ») et de renforcer son rôle dans le pays, comme le précise dans nos pages Gregorio Chay, secrétaire général de l’URNG. L’axe central de cette opération de relations publiques a été la fabrication et la livraison par l’armée de pupitres scolaires, et l'annonce de la mise à contribution des soldats pour la rénovation des routes du pays. Cette volonté est due en partie au récent scandale provoqué par le viol d’une jeune fille dans les locaux de l’institut militaire Adolfo V. Hall de Retalhuleu et la volonté des autorités militaires et gouvernementales d’étouffer l’affaire. Plus profondément, on assiste actuellement à une « militarisation du gouvernement » dénoncée par le sociologue Virgilio Álvarez Aragón, qui y voit une continuité avec le gouvernement précédent malgré l’incapacité démontrée de l’armée à réduire l’insécurité et son rôle actif dans la criminalité et la corruption. Vingt ans après la signature des Accords de paix qui ont mis fin au conflit armé interne, la militarisation ne touche pas uniquement le gouvernement mais imprègne toujours de larges pans de la société. Dans un contexte d’offensive contre les structures mafieuses menée conjointement par la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) et le Ministère public, les groupes illégaux formés dans la lutte antipopulaire se réactivent. Le 8 juin dernier était ainsi assassiné Daniel Choc Pop, dirigeant paysan de la communauté de San Juan Los Tres Ríos (Alta Verapaz), suivi le 19 juin à Ciudad de Guatemala par le meurtre de la syndicaliste Brenda Marleni Estrada Tambito. Alors qu’avance le procès historique pour crimes contre l’humanité contre d’anciens hauts gradés, connu comme le « procès Creompaz », les attaques contre la justice se multiplient. Le 26 juin, des hommes armés sont entrés, par la force et en plein jour, dans les locaux de l’ONG Impunity Watch, à la recherche de documents sur les cas de justice transitionnelle. Un mode opératoire provenant directement des méthodes contre-insurrectionnelles développées pendant le conflit armé par le renseignement militaire. Figure de proue de la lutte contre l’impunité, la procureure générale Thelma Aldana a de son côté récemment dénoncé « la possibilité que le crime organisé prépare un attentat à [son] encontre » et demandé en conséquence de mesures protectrices à la Commission interaméricaine des droits humains. « Pour la première fois dans l’histoire du Guatemala, nous sommes en train de désarticuler des structures incrustées au sein de l’Etat et ceci est la réaction ».■

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Actualités « Le gouvernement actuel est idéal pour l’ambassade nordpropos recueillis par Cyril Benoit américaine » : entretien avec Gregorio Chay Du 22 au 26 juin dernier s’est tenue à San Salvador la XXIIème édition du Forum de São Paulo, rencontre annuelle des mouvements sociaux et partis politiques progressistes d’Amérique latine. Les trois principaux partis de la gauche guatémaltèque y étaient représentés : Winaq, Convergence pour la révolution démocratique (CRD) et Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG). Profitant de cet espace d’échanges d’analyses sur la conjoncture régionale latino-américaine, nous avons pu rencontrer Gregorio Chay. Maya quiché, ancien dirigeant de l’Armée guérillera du peuple (EGP), il a été élu en mai 2015 secrétaire général de l’URNG 1. Il partage avec nous ses réflexions sur la situation au Guatemala. L’année dernière, il y a eu de très grandes manifestations au Guatemala, qui ont suscité de grands espoirs, suivies par un changement de gouvernement, après des élections qui, pour beaucoup, ont été une déception. Comment évaluez-vous ce processus et quelle est votre analyse de la situation actuelle ? Ce qui se passe actuellement est le résultat de la crise d’un modèle politique, développé depuis la contrerévolution de 19542, quand a été créé un modèle de partis politiques contrerévolutionnaire. Ce modèle a par la suite acquis un caractère contreinsurrectionnel puis, dans les années 80, un caractère néolibéral. Ce système, pour des raisons propres à sa nature, est entré dans de sérieuses contradictions, car il s’est maintenu en grande partie sur la base de la corruption. La contre-insurrection elle-même a créé des pouvoirs parallèles afin de piller l’Etat, dans un but d’enrichissement personnel, mais également pour financer la guerre contre-insurrectionnelle. Dans le cadre de ce modèle, ce sont ces structures parallèles qui sont entrées en contradiction. C’est à ce moment qu’intervient l’ambassade états-unienne, qui canalise ces contradictions, coïncidant ce faisant, dans une certaine mesure, avec une revendication que nous avions lors des Accords de paix : combattre ces groupes parallèles. Cela fait déjà six ans que la CICIG (Commission internationale contre l’impunité au Guatemala) a été créée, mais elle n’avait pas été efficace. Aujourd’hui de nombreux facteurs convergent et on 2

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commence à mettre à jour et à démanteler ces mafias. Nous savons que tout cela répond à des objectifs propres aux EtatsUnis, propres à leur politique d’ingérence, avec des objectifs dans la région, de nature géopolitique et géostratégique. Mais ceci nous place également dans une conjoncture favorable, car la corruption est néfaste pour le pays, les groupes parallèles sont néfastes. C’est donc une opportunité pour le mouvement révolutionnaire, le mouvement de masses, de nettoyer les structures de l’Etat et de nous réarticuler pour que dans cette conjoncture ne jouent pas seulement les intérêts extérieurs, mais aussi les intérêts propres du peuple du Guatemala. La mobilisation est moindre aujourd’hui et le parti FCN (Front de convergence nationale), qui a gagné les élections, est formé de militaires de ligne dure. Dans cette situation, quels sont les espaces pour le mouvement populaire, tant social que politique, pour se développer ? Une grande partie des mobilisations de l’année dernière n’a pas été provoquée par des intérêts nationaux. Au contraire, ceux qui sont intervenus ont réussi à modifier le résultat électoral et le mouvement social organisé n’a eu qu’une faible participation. Néanmoins, il est en train de se remettre et en ce moment il participe plus et avec son propre programme. Nous soutenons ce mouvement. Nous savons que le gouvernement actuel est idéal pour l’ambassade nord-américaine car c’est un gouvernement sans pouvoir, totalement manipulable et représentatif des intérêts de la haute hiérarchie militaire. Ce dernier aspect se reflète actuellement dans le refus du gouvernement d’augmenter le budget de l’Etat, et dans le transfert de travaux publics et de budgets au ministère de la Défense, alors que ceux-ci relèvent du ministère des Communications. On assiste même à la fabrication de pupitres scolaires par l’armée, tâche qui ne lui revient pas, sur le budget de l’Etat. Ce gouvernement essaie ainsi de sauver ou de fortifier la hiérarchie militaire et le pouvoir de l’armée. Tout ceci constitue un retour en arrière, c’est négatif. Ces pouvoirs profitent de la faiblesse de ce gouvernement. C’est un gouvernement qui n’a remporté aucune municipalité des plus de 300 qui existent dans le pays, qui n’a remporté que dix sièges de députés. C’est donc une force très faible et très manipulable.


Actualités Vous avez mentionné à plusieurs reprises les intérêts des Etats-Unis et leur intervention dans la politique guatémaltèque. A ce sujet, que pensez-vous de l’Alliance pour la prospérité ? Ce qui est rendu public, ce qui est écrit sur le papier, c’est qu’il s’agit d’un objectif de l’ambassade du gouvernement des EtatsUnis pour réduire l’émigration vers leur pays. Il s’agirait donc de créer les conditions pour la promotion de l’emploi dans trois portions territoriales de chacun des trois pays du plan. C’est ce qui est sur le papier. Mais nous savons que ce plan a des objectifs géostratégiques très clairs face à la révolution sandiniste [au Nicaragua], à la révolution salvadorienne et au mouvement révolutionnaire en général. Cette Alliance pour la prospérité créerait une espèce de zone franche où il y aurait de l’investissement mais avec des incitations fiscales et probablement des salaires différenciés. Ceci attirerait du capital nord-américain et des entrepreneurs des trois pays participants. Tout ceci fournira certainement plus d’emploi, mais dans des conditions moins favorables pour les travailleurs. Les gouvernements ont accepté cela et vont le promouvoir. Pour notre part, nous pensons qu’il y a des objectifs qui vont plus loin et nous allons y être attentifs, bien que sa concrétisation soit désormais un fait. Cette année seront célébrés les vingt ans de la signature des Accords de paix. Néanmoins, de nombreux sujets demeurent en suspens, nous l’avons récemment vu avec la Marche pour l’eau par exemple3. Quel est votre regard sur la situation vingt ans après ? Il n’est pas très difficile d’arriver à la conclusion que les objectifs fixés dans les Accords n’ont pas été atteints. Du point de vue stratégique et des intérêts nationaux, l’objectif avait été fixé de surmonter les causes qui avaient provoqué le conflit armé interne et d’établir les bases d’un nouveau développement du pays. Cet objectif n’a pas été atteint. Il y a eu beaucoup d’investissements, beaucoup d’institutions ont été créées. Nous pouvons même dire que, proportionnellement, il y a eu une grande application numérique des engagements pris, mais l’essence n’est pas là. Nous pouvons donc dire très clairement que les pouvoirs derrière les gouvernements ont réussi à changer l’essence, à dénaturer, à

fausser le contenu des Accords de paix. Leur application a été beaucoup plus périphérique et formelle que substantielle. Nous sommes au Salvador, au Forum de São Paulo. Que représente cette rencontre pour l’URNG ? C’est une rencontre qui renforce l’unité des peuples, l’unité des révolutionnaires, l’unité latino-américaine. Elle est très bien organisée par le FMLN4 et réussie dans ses résultats. Tous les évènements ont été chargés de mystique, d’un grand contenu révolutionnaire et je crois que, comme nous, tous les participants repartent très renforcés. Quels sont les défis de l’URNG dans les années à venir? Notre grand défi est de nous réarticuler, car ce que l’armée n’a pas réussi à faire pendant la lutte armée, le système a réussi à le faire durant la période de paix, c’est-à-dire nous diviser et nous affaiblir. Cela, nous devons le reconnaître. Mais toutes les personnes qui ont participé, lutté, ont rêvé à une patrie libre, sont là, elles ne sont pas devenues contre-révolutionnaires, elles ne sont pas parties ailleurs. Notre défi est donc de réarticuler cet ensemble social et de l’unir avec les nouvelles générations qui veulent un pays pour le peuple. Nous allons nous dédier à cet effort, qui ne va pas avoir de résultats immédiats mais à moyen et long terme, en faveur des nouvelles générations. Pour conclure, un message au peuple de France ? Bien sûr, dans tous les pays il y a des peuples opprimés, marginalisés. Au peuple de France, qui a donné de nombreux enseignements au monde, nous voulons simplement lui dire que nous devons lutter, chacun dans notre pays, et établir des liens de solidarité et de luttes en commun.■

1. Ancienne guérilla, devenue parti politique légal suite aux Accords de paix. 2. Année du renversement du gouvernement progressiste de Jacobo Árbenz, dans une opération directement soutenue par la CIA, ouvrant une longue période de dictatures militaires. 3. Sebastián Escalón et Simone Dalmasso , « Six marcheurs pour l’eau », Plaza Pública, 22.04.16, traduit sur le site du Collectif Guatemala : http://bit.ly/2aA7FT2 4. Front Farabundo Martí pour la libération nationale, ancienne guérilla et parti actuellement au pouvoir au Salvador.

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Actualités Tz’ikin TeVé : la communication comme moyen d’émancipation propos recueillis par Kim Aumonier

En février dernier, Kim Aumonier, accompagnatrice du Collectif Guatemala au sein du projet ACOGUATE, a pu rencontrer Andrea Ixchíu, membre du collectif Réalisateurs Tz’ikin. Andrea est une femme maya quiché de 27 ans, originaire de Totonicapán, communicatrice communautaire et activiste des droits humains et de la défense de la vie et du territoire. Nous vous invitons à découvrir avec elle le collectif Réalisateurs Tz’ikin et le projet Tz’ikin TeVé1. Pour commencer, peux-tu nous en dire plus sur le Collectif réalisateurs Tz’ikin ? Le Réseau de réalisateurs Tz’ikin est un groupe de jeunes, en majorité autochtones [mayas], originaires de diverses régions du pays. Nous sommes environ trente jeunes à faire de la documentation audiovisuelle, dans la logique et avec le mandat de faire des vidéos pour la défense de la vie et du territoire. Ce réseau apparaît entre 2011 et 2012 comme résultat du modèle d’implantation extractiviste, qui a commencé à être beaucoup plus agressif et présents dans plusieurs territoire, et du besoin qui existait de construire nos propres récits à partir du cinéma et de la vidéo. En effet, beaucoup d’entre nous avons perçu la façon dont nous étions criminalisés depuis la télévision traditionnelle et les médias corporatistes et comment l e s l e a d e r s communautaires qui s’opposaient à la spoliation étaient traités comme des terroristes et des opposants au développement. Ils ignoraient toute l’histoire de comment les entreprises arrivent dans les communautés, mentent, trompent, agressent, ainsi que la conduite des propriétaires terriens. Le Réseau Tz’ikin a commencé comme une initiative de formation en vidéo et cinéma. Notre première activité est la réalisation d’ateliers de cinéma et de vidéo dans les communautés, plus spécifiquement dans les communautés en résistance. La deuxième activité est la réalisation d’un festival itinérant annuel de cinéma et de vidéo « Vie et territoire » (Muestra Vida y Territorio), qui voyage de communauté en communauté pour projeter et présenter tant les documentaires que nous réalisons lors des ateliers, que les films et documentaires d’autres parties du monde qui racontent les mêmes luttes et résistances des peuples dans leurs territoires. L’initiative la plus récente, qui a débuté mi-2015, est notre projet Tz’ikin TeVé, un projet de télévision communautaire. Nous avons commencé à fonctionner en août et aujourd’hui nous produisons deux émissions mensuelles et d’autres contenus. 4

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Comment se construit une émission de Tz’ikin TeVé ? L’émission de Tz’ikin TeVé a plusieurs segments, qui varient en fonction de la disponibilité du contenu et de la pertinence du sujet au moment de la diffusion. Nous avons commencé à un moment où le Guatemala était plongé dans une crise politique liée à la corruption et à l’écocide du fleuve La Pasión2. Nous avons donc vu le besoin de traiter la lutte qui se déroulait à Ciudad de Guatemala en défense de l’argent public, mais aussi d’avoir une vision assez critique de la position de la population, qui était très en colère contre le vol de l’argent public, mais pas contre la spoliation du territoire, la pollution des cours d’eau, contre le fait que l’État vende notre territoire aux transnationales et ne nous laisse rien. Le premier segment, que je présente, s’appelle Claro y pelado [« Clair et pelé » soit, en guatémaltèque, « clair et sincère », sans détours]. C’est un éditorial qui présente ce que nous pensons en tant que Réseau Tz’ikin sur l’actualité, et qui précède un autre segment intitulé Micrófono Abierto [Micro ouvert], dans lequel les femmes et les hommes du Réseau vont dans leur communauté, quartier, rue, village, pour demander aux personnes ce qu’elles pensent d’un sujet en particulier. Vient ensuite Noticia de Actualidad, où nous abordons une nouvelle sans commentaire éditorial, que ce soit la présentation d’un petit documentaire sur une lutte spécifique, une action, etc. Nous donnons la priorité aux luttes liées à la défense du territoire et à l’incarcération politique comme conséquence directe de cette défense. Nous avons ainsi parlé de la conjoncture électorale, des licences minières, de certains procès à l’encontre des prisonniers politiques, de la signature des Accords de paix etc. Nous passons ensuite à la partie Nuestras Historias [Nos histoires], où nous partageons davantage le matériel produit par les jeunes du Réseau, qui est surtout le produit des ateliers de formation annuels.


Actualités Le segment suivant, En Comunidad [En communauté], est une note communautaire sur quelque chose qui se passe dans une communauté et que les jeunes ont suivi, qui a retenu leur attention et qu’il leur semble important de partager avec le public.

laquelle nous racontons les histoires, et non sur celles venant de ceux qui veulent nous démobiliser et nous censurer. En 2015, il y a eu beaucoup de répression, et même des assassinats, contre les journalistes au Guatemala. Avez-vous des craintes avec le nouveau gouvernement ? Avec ce gouvernement, nous n’avons d’attentes d’aucune sorte. Peur, non. Je crois que la peur est quelque chose qui nous empêche de nous mobiliser.

© Realizadores Tz’ikin

Nous faisons notre travail en toute honnêteté. Nous sommes des jeunes de communautés, de villages, qui allons à un endroit, nous installons et documentons ce qui se passe et c’est ce que nous présentons. Celui qui a peur de ce parti-pris est le pouvoir traditionnel car il est habitué à implanter ses récits dans d’autres médias, mais pas nous.

Atelier audiovisuel communautaire dans la Zona Reyna, Ixcán, 2014

Enfin, vient le segment le plus alternatif, Chilearte, où nous parlons d’art et de culture, tant d’expressions urbaines que communautaires. Il y a également Semana Anawaka, qui traite d’informations internationales, en essayant de privilégier les luttes des peuples en défense de leur territoire. C’est un programme qui dure entre 30 et 40 minutes et est disponible sur notre site internet3 et sur YouTube. Bien sûr nous restons ouverts, nous ne présentons pas que des réalisations de jeunes du Réseau, il y a aussi d’autres jeunes qui nous envoient du matériel. Comment faites-vous pour diffuser l’émission dans les endroits où il n’y a pas Internet ? Quelque chose de très intéressant est arrivé : le contenu a beaucoup plu à des petites chaînes locales. Il y a donc des chaînes câblées qui diffusent Tz’ikin TeVé à Totonicapán, San Lucas Tolimán, Huehuetenango, San Marcos et Antigua Guatemala. C’est très intéressant car ça a été un saut d’Internet à la télévision. Il y a donc la possibilité d’arriver à d’autres endroits. Par exemple, dans la communauté La Primavera, en Ixcán, où il y a une chaîne de télévision communautaire, nous sommes diffusés. A Chisec, la radio communautaire transforme le contenu de l’émission en audio pour pouvoir le diffuser. C’est ainsi que fonctionnent les réseaux de solidarité de l’information. Quelles ont été les réactions au lancement de l’émission ? Certains journalistes culturels comprennent la construction de notre espace et en ont parlé. Le journal La Hora a publié une note positive, ce qui est une véritable surprise pour nous. Nous avons reçu des critiques constructives, de bons retours. Il y a aussi de la censure et de la criminalisation mais c’est ce à quoi nous faisons le moins attention. Nous nous focalisons sur la création de contenus et essayons de concentrer notre énergie sur les bonnes critiques qui nous servent à améliorer la qualité et la forme sous

Ce qui existe, c’est un peu de vulnérabilité des jeunes à certains moments de risque, de forte criminalisation. Il y a eu des moments tendus où on a cassé l’équipement des jeunes du Réseau, où on a essayé de les intimider, surtout près de Xalalá où plusieurs d’entre eux ont été retenus, menacés, frappés et où leur équipement a été détruit. Quelles sont les attentes du Réseau pour l’avenir ? Nous avons de grands et intéressants défis pour 2016 et 2017. Le premier est de nous renforcer à travers nos formations car nous fonctionnons de façon autogérée, nous n’avons pas de revenus en tant que Réseau. La gestion des ressources pour pouvoir offrir des ateliers de formation et fournir de l’équipement est un défi, c’est une de nos limitations. Nous recherchons des soutiens solidaires, surtout auprès d’organisations internationales, car nous savons qu’au niveau local il n’y a pas de ressources et que d’autres sujets sont prioritaires. En 2017, le Guatemala va accueillir le sixième Festival international de cinéma et de vidéo autochtone, une rencontre internationale de cinéastes autochtones de diverses parties du monde, qui propose des ateliers et des projections. La décision a été prise de le réaliser en 2017 en Amérique centrale à cause des conditions actuelles de criminalisation, avec ce qui est arrivé à Ayotzinapa, au Guatemala, ce qui continue à se produire à Oaxaca, dans les communautés du Salvador, du Honduras et du Guatemala. Nous sommes donc très contents. Le Réseau Tz’ikin va avoir beaucoup de travail mais c’est aussi l'opportunité de nous améliorer et de nous lier avec les luttes du reste de l’Amérique centrale.■ 1. « Le nahual Tz'ikin est l'oiseau. Il est le gardien des villageois. Les oiseaux chantent, les oiseaux conseillent, les oiseaux transportent les graines. Les oiseaux créent toute une communication avec la nature » (Andrea Ixchíu). 2. Voir «Sayaxché : écocide et homicides, les vrais fruits de la palme africaine», Solidarité Guatemala n°214, juin 2015 3. http://realizadorestzikin.org/ et https://www.youtube.com/user/realizadorestzikin

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Brèves Rencontre autour du livre Dans les cicatrices de la ville A l’occasion de la publication du livre de Jaime Solo Dans les cicatrices de la ville1, le Collectif Guatemala était invité par les Editions Quart Monde à participer à la rencontre-débat «Guatemala : démocratie, droits humains et grande pauvreté. Face à la misère et à la violence, comment briser le mur du silence ? Comment agir ici et là-bas ? », qui s’est tenue dans la mairie du 2ème arrondissement de Paris le 28 juin. Jaime Solo, volontaire permanent d'ATD Quart Monde, a vécu 5 ans avec sa famille au Guatemala. Il y a mené des actions éducatives et culturelles auprès des familles habitant dans la gigantesque décharge de la capitale. Les gestes quotidiens de ces femmes, hommes et enfants ont inspiré les 28 nouvelles du recueil qui, suivant les valeurs d'ATD Quart Monde, « exaltent le beau au creux même de la misère » et deviennent « la belle voix du combat muet » mené par ces familles.

©François Philiponeau

©François Philiponeau

Aux côtés de l’auteur, de Vicky Sommet (journaliste), Anne de Margerie (conteuse) et Michel Bibard (traducteur), Kim Aumonier, récemment de retour d’une mission d’accompagnement international dans la région Ixil, est intervenue pour présenter son expérience sur le terrain et offrir quelques clés de compréhension du contexte politique actuel dans le pays. Présente dans le public, Luisa nous partage ses impressions : « Ayant grandi au Guatemala, je suis sensible à ce qui se dit sur mon pays et, cette fois -ci, j’ai été surprise par un mélange encourageant, rarement fait dans ce type de discussion : la misère et l’injustice ont bien été pointées du doigt, mais la résilience et la solidarité ont été valorisées. Ce double message était aussi présent dans le rythme de la soirée qui alternait belles lectures d’extraits du livre et témoignages. Kim Aumonier et Jaime Solo ont présenté une image juste de mon pays et leur travail est indispensable : certaines choses, seule la communauté internationale peut les réussir. Sur d’autres, nous les Guatémaltèques, devons agir. » Nous remercions chaleureusement ATD Quart Monde et les Editions Quart Monde pour leur invitation et espérons qu'elle n'a été que le début d'une longue collaboration. 1. Jaime Solo, Dans les cicatrices de la ville, Editions Quart Monde, 2015, 135 p., 9 €. Disponible en ligne ici : https://www.atd-quartmonde.fr/produit/dans-les-cicatrices-de-la-ville/

Libération des sept prisonniers politiques de Huehuetenango Le 22 juillet dernier, le Tribunal de haut risque A a ordonné la remise en liberté des sept autorités communautaires du nord de Huehuetenango emprisonnées depuis plus d’un an en détention préventive 1. Rigoberto Juárez Mateo, Domingo Baltazar, Ermitaño López Reyes, Francisco Pedro Juan, Arturo Pablo Juan, Sotero Adalberto Villatoro et Mynor López, étaient accusés d’enlèvement et séquestration. Ils étaient en réalité criminalisés du fait de leur opposition résolue à l’implantation de projets hydroélectriques sur le territoire de leurs communautés, imposée à celles-ci malgré leur refus explicite, exprimé lors de consultations communautaires de bonne foi. Cinq d’entre eux ont été acquittés de toutes les charges pesant à leur encontre. Rigoberto Juárez et Ermitaño López ont quant à eux été reconnus coupables respectivement de pressions et d’entrave à la justice, mais leur peine a été commuée du fait du temps déjà passé en prison. La juge Yassmín Barrios, présidente du tribunal, a elle exprimé son désaccord, affirmant notamment « moi, je crois en votre innocence ». Cette sentence est un soulagement pour les autorités criminalisées, leurs familles et leurs communautés, ainsi que pour celles et ceux qui luttent pour le respect des droits humains au Guatemala. Une sentence historique qui restera comme « Le moment où le système judiciaire démasqua ceux qui criminalisent les défenseur-es des droits humains » et « révéla le rôle des entreprises et de leurs légions d’avocats, ainsi que de l’appareil étatique et des médias dans la persécution illégale et illégitime des dénommés sept prisonniers politiques »2. 1. Oscar Rodriguez, « Début du procès contre sept autorités communautaires du nord de Huehuetenango, prisonniers politiques pour avoir défendu leur territoire », Collectif Guatemala, 22.07.16, http://bit.ly/2aeFomR 2. Daniel Butler, « La sentencia que liberó a los presos políticos », Plaza Pública, 27.07.16, http://bit.ly/2agnbPM

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Brèves Où en est le procès pour génocide contre Ríos Montt et Rodríguez Sánchez ? Reprise – Après de nombreux rebondissements depuis l'annulation de la sentence de 2013, le procès pour génocide contre Efraín Ríos Montt et José Maurico Rodríguez Sánchez a finalement repris le 16 mars 2016. La reprise du procès ne s'est pas faite sans débats. Les organisations plaignantes (Association justice et réconciliation - AJR et Centre d'action légale pour les droits humains - CALDH), qui ne reconnaissent pas l'annulation de la sentence de 2013, dénoncent l'illégalité intrinsèque de ce nouveau procès. Elles ont cependant décidé de jouer le jeu, mais à la condition que les cas de Ríos Montt et Rodríguez Sánchez soient séparés. En effet, pour des raisons de santé, Ríos Montt a cette fois-ci droit à un procès exceptionnel, à huis-clos, c'est-à-dire sans la présence du public ni de la presse. Rodríguez Sánchez, lui, devrait être soumis à un procès normal. Pour les plaignants, traiter ces deux cas conjointement viole les droits de l'accusé et des victimes et le principe de publicité dont devrait bénéficier un procès portant sur des crimes de cette envergure et invisibilise encore plus le procès en cours, déjà considérablement moins médiatisé que celui de 2013. La juge María Eugenia Castellanos, à la tête du Tribunal de haut risque B en charge du procès, a cependant décidé de commencer le procès sans que les cas ne soient séparés. Après avoir écouté la lecture des plans militaires et entendu les experts légistes, le Tribunal s'est rendu pendant trois jours à Nebaj, capitale de la région Ixil, pour recevoir les témoignages des victimes les plus âgées et malades ne pouvant se déplacer à Ciudad de Guatemala. Cet événement, symbolique et historique, a été l'occasion pour les organisations de victimes de la région de se retrouver autour du Tribunal afin de soutenir les témoins et d'affirmer que les survivantes et survivants lutteront pour la Justice aussi longtemps qu'il le faudra. Suspension – De retour à la capitale le 25 avril, le Tribunal a eu le temps d'entendre une trentaine de témoins (sur une centaine prévus) avant que le procès ne soit suspendu le 4 mai. Ce jour-là, la Cour d'appel a déclaré suspensif le recours interposé par les plaignants pour la séparation des cas de Ríos Montt et Rodríguez Sánchez. Quelques jours plus tard, le Tribunal s’est prononcé sur ce recours en décidant de séparer les cas des accusés. Cette décision, déjà appelée par les avocats de Rodríguez Sánchez, doit encore être approuvée par la Cour constitutionnelle. Si elle la sanctionne, cela impliquera l’annulation de ce second procès. Tous les témoins devront alors venir raconter ce qu'ils ont vécu deux fois de plus – une fois pour chaque accusé. Les avocats parlent d'une triple victimisation. Cela impliquera également des questions logistiques car aucun tribunal actuel n’est en mesure de juger les deux nouveaux procès à venir étant donné que tous les Tribunaux de haut risque constitués ont déjà jugé ou sont constitués par des personnes qui ont déjà connu le cas. Ainsi, deux nouveaux tribunaux doivent être mis sur pied pour juger les cas indépendants des deux accusés. Alors que le 10 mai 2016 était célébré le 3ème anniversaire de la sentence historique de 2013 1, ces nouveaux obstacles ralentissent une fois de plus ce procès « sans fin »2 et les organisations plaignantes craignent que le début des deux nouveaux procès tarde encore plusieurs mois. Pourtant, les témoins vieillissent. Deux d’entre eux sont déjà décédés et la santé de plusieurs décline. 1. La AJR et CALDH ont célébré l'événement à la Casa de la Memoria (Maison de la Mémoire) de la capitale. Discours et prestations artistiques ont ponctué l’après-midi. Un autel cérémoniel maya était en place pour que des membres de la AJR, survivants du génocide, puissent s’y recueillir. Deux jours plus tard, la sentence fut commémorée dans le territoire ixil, à Nebaj. Le public, en compagnie des témoins, s’est réuni dans le salon municipal où une cérémonie maya fut réalisée. 2. Sandra Sebastián et Alejandra Gutiérrez Valdizán, « El juicio sin fin », Plaza Pública, 25.08.15, http://bit.ly/29i4xGX

Augmentation de la pauvreté au Guatemala Présenté le 13 juin dernier, le rapport annuel sur le développement humain élaboré par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) alerte sur l’augmentation de la pauvreté dans le pays. De 2000 à 2011, le taux de pauvreté extrême est en effet passé de 22,5% de la population totale à 27,2%. La part de population en situation de pauvreté très extrême (moins de 1,25 dollar par jour) est elle passée de 11,8% à 13,9%. En termes concrets, le pays compte trois millions de pauvres en plus. La classe moyenne a quant à elle diminué, passant de 12,3% à 9%.

Erratum : dans l’éditorial du numéro 217 de Solidarité Guatemala, il fallait lire « Bien que la lutte contre la corruption soit la « pierre angulaire » du gouvernement » et non pas le contraire ! Toutes nos excuses pour ce contresens.

Le Guatemala est de ce fait le seul pays latino-américain ayant connu une hausse de la pauvreté sur la période. Pour Gustavo Arriola, coordinateur du rapport, « ceci est très lié, d’un côté, aux inégalités et, de l’autre, au manque de protection sociale »1. 1. Carmen Quintela Babio, « Guatemala: El único país latinoamericano en el que aumentó la pobreza », Plaza Pública, 14.06.16, http://bit.ly/25UZcku

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Le Collectif Guatemala Qui sommes-nous ? Fondé en 1979 par des réfugiés guatémaltèques et des militants français, le Collectif Guatemala est une association loi 1901 de solidarité internationale. Il est constitué de bénévoles et de deux coordinatrices sur lesquels repose la vie de l’association. Depuis mars 2006, l’association a ouvert un bureau de coordination pour ses activités au Guatemala (accompagnement international et campagne de soutien aux militants luttant contre le pillage de leurs ressources naturelles).

Les activités du Collectif au Guatemala

Les activités du Collectif en France

● L’accompagnement international

● L'appui aux organisations de la société civile guatémaltèque qui luttent pour plus de justice et de démocratie

√ des populations autochtones victimes du conflit armé, impliquées dans des procès contre les responsables de crimes de génocide, crimes contre l’humanité, disparitions forcées et violations sexuelles, √ des personnes et organisations menacées du fait de leurs activités de défense des droits humains et des droits collectifs (droits des peuples autochtones et défense du territoire). Comment ? √ à la demande des groupes, victimes ou témoins menacés, √ en recherchant et en préparant des volontaires qui resteront au minimum 6 mois sur le terrain. Pourquoi ? √ pour établir une présence dissuasive, √ pour avoir un rôle d'observateur, √ pour relayer l'information. Les accompagnateurs/trices sont des volontaires majeur-es, de tous horizons, désirant s’engager sur le terrain. Des sessions d’information et de préparation ont lieu en France avant le départ. Au Guatemala, les accompagnateurs sont intégrés au projet international d’accompagnement ACOGUATE.

● L’outil vidéo √ réalisation de films documentaires comme outil de campagne et de sensibilisation, √ soutien à la diffusion de films documentaires à la capitale Ciudad de Guatemala et dans les communautés au Guatemala.

√ en relayant des dénonciations de violations des droits humains, √ en organisant des campagnes pour soutenir leurs revendications, √ en recherchant des financements pour soutenir leurs projets, √ en recevant en France et en Europe des représentant-es de différentes organisations pour leur permettre de rencontrer des décideurs politiques ainsi que d’autres mouvements sociaux et de défense des droits humains.

● L’information et la sensibilisation du public français Sur quoi ? √ la situation politique et sociale au Guatemala, √ la situation des droits humains, √ l'action des organisations populaires, autochtones et paysannes. Comment ? √ par la diffusion d’une lettre d’information bimestrielle, Solidarité Guatemala, √ par l'organisation ou la participation à des conférences, débats, projections documentaires, √ par des réunions mensuelles ouvertes à toute personne intéressée, √ par la diffusion d’informations via les réseaux sociaux (Twitter, Facebook), √ par l’organisation de réunions de plaidoyer.

● Le travail en réseau avec différents types de partenaires présents au Guatemala √ associatifs, √ diplomatiques.

Contact: collectifguatemala@gmail.com

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Solidarité Guatemala n°218 juillet 2016

Chèque à l’ordre du Collectif Guatemala, à envoyer à l’adresse suivante: Collectif Guatemala 21ter, rue Voltaire 75011 Paris

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Solidarité Guatemala 218  

juillet 2016

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juillet 2016

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