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Solidarité Guatem la

Lettre des adhérents du Collectif Guatemala Bimestriel

n° 195 juillet - août - sept 2011

Guatemala : le retour des militaires ?

Sommaire

par Emilio Chuah

L

e changement de cycle du calendrier maya se produit dans un contexte délicat pour l'ensemble des peuples originaires du Guatemala, non seulement parce que 2012 est devenu un événement ésotérique et médiatique qui n'a pas permis de parler de l’héritage culturel et de l'expérience politique des ces peuples, mais aussi parce que les conditions d'exploitation, de domination et de racisme sont toujours enracinées au sein de la société.

L’arrivée à la tête de l'État guatémaltèque du général Otto Pérez Molina du Parti Patriote (PP)1, est envisageable à la lumière des résultats du premier tour. Pendant la guerre, sous le nom de Commandant Tito, il a dirigé les plans de contre insurrection dans les terres mayas de l'Altiplano, les mêmes territoires qui ont connu les massacres, les disparitions forcées, les tortures et d'autres actes de barbarie qui peuvent être comparés seulement aux actes de génocide commis au Rwanda ou au Cambodge2. Comme les structures contre insurrectionnelles n'ont pas été complètement démantelées avec la signature des Accords de Paix en 1996, certaines d'entre elles ont infiltré le crime organisé, le trafic de stupéfiants et la contrebande. Ces "pouvoirs occultes" mettent à profit les positions et les réseaux construits et maintenus dans le secteur public et privé, non seulement afin de s'enrichir mais aussi pour commettre des crimes et des extorsions3. La faiblesse du système électoral et la volatilité des partis politiques ont été mises à profit par ces secteurs, les élections du 11 septembre en sont un clair exemple : 20 partis politiques ont participé au combat électoral. Leurs sources de financement sont complètement méconnus. De même, les postes à responsabilité sont attribués selon des modalités de relation clientélistes. Une autre caractéristique du système électoral et des partis politiques est la forte présence de partis de droite et leur flou idéologique : trois partis de droite et un du centre détiennent près de 80% du pouvoir législatif, alors que sur 158 députés, seuls trois appartiennent à des partis de gauche. A gauche de l’échiquier politique l’unité n’a pas été au rendez vous pour préparer les élections. Diverses organisations sociales et partis politiques ont réussi à créer el Frente Amplio (Front Élargi),

Édito

avec Rigoberta Menchú (Prix Nobel de la Paix) et Anibal García (député indépendant), respectivement candidats à la présidence et à la viceprésidence. Cependant, des différences politiques et idéologiques ont entrainé le départ de certains des groupes fondateurs de cette initiative, comme le Front National de Lutte (FNL) et le Mouvement Tzuk Kim Pop. L’initiative d’Encuentro por Guatemala (EG) de Nineth Montenegro a créé polémique et est taxée d’opportunisme politique. Plutôt que de construire un programme politique et une alliance avec les travailleurs et les secteurs populaires, Encuentro a préféré s'allier avec le parti libéral Visión con Valores (VIVA) de Harold Caballeros, un ancien leader néo-pentecôtiste. Ce comportement est imité par certains leaders populaires et de gauche qui se recyclent à chaque nouveau mandat. En ce sens, les Comités Civiques continuent d'être une possibilité réelle d'organisation politique et sociale au Guatemala, puisqu'il s'agit d'organisations politiques locales et régionales qui peuvent postuler et élire des maires municipaux. L'appui des communautés indigènes et populaires à ces comités est direct et, loin de chercher à faire de la politique une profession et une manière de gagner sa vie, est un moyen d’organiser et de politiser les communautés et de transformer la réalité dans laquelle elles vivent. L'aube et le réveil politique, que les peuples mayas ont cherché pendant des siècles, est toujours lointain et il semble qu'une période obscure et violente s'approche. Le travail organisationnel et la recherche d'unité des organisations populaires, ainsi que l'incorporation des nouvelles générations d'hommes et de femmes, blancs, métis et mayas, continuent d'être une des tâches à accomplir. ■ 1 Avec 36% des suffrages, le PP est arrivé en tête du premier tour, suivi du parti Lider (23%) puis de Creo (16%). Le Frente Amplio n’a obtenu que 3% des suffrages exprimés. 2 Pour plus d’informations, consulter le rapport Para la Recuperación de la Memoria Histórica (REMHI), Guatemala, 1998 et celui de la Commission pour la vérité historique (CEH), Guatemala memoria del silencio, tome III - Las violaciones de los derechos humanos y los hechos de violencia. Guatemala, 1999. 3 « Les groupes illégaux dans le Guatemala de l’après conflit et les forces qui sont derrière eux », La Oficina en Washington para Asuntos Latinoamericanos (WOLA) (en espagnol).

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Guatemala: retour des militaires ? par Emilio Chuah Actualités

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Massacre de Dos Erres: une décision historique après 29 ans de lutte par Vanessa Gongora « Priver le poisson de son eau », un leitmotiv en Ixil par Alexandra Marie Occupations de fincas: expression de la concentration historique de la terre au Guatemala par Rodrigo Batres Conflit à ciel ouvert par Jean Guilloton Quel droit du travail au Guatemala ? par Héloïse Squelbut Bilan et avenir de notre campagne « Perenco, exploiter coûte que coûte » par Louise Levayer Brèves

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Bloc Notes

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Collectif Guatemala 21 ter, rue Voltaire 75011 Paris - France Tel/Fax : + 33 (0) 1.43.73.49.60 collectifguatemala@gmail.com http://collectif-guatemala.chez-alice.fr/

Permanence : Du lundi au vendredi 10h-18h Directrice de publication : Isabelle Tauty Chamale ISSN 1277 51 69 Ont participé à ce numéro : Emilio Chuah, Vanessa Gongora, Alexandra Marie, Jean Guilloton, Marine Pezet, Héloïse Squelbut, Cynthia Benoist, Isabelle Tauty, Louise Levayer.

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Actualités Massacre des Dos Erres : une décision historique après 29 ans de lutte pour la justice par Vanessa Gongora

Le 2 août dernier, le Tribunal de Haut Impact de la capitale rendait une sentence historique pour les victimes du conflit armé et pour la justice guatémaltèque: 6060 ans de réclusion pour chacun des quatre militaires ayant participé au massacre de 201 habitants de la communauté des Dos Erres, département du Petén. Si la justice s'est fait attendre, le procès lui, n'aura duré que six jours, six jours pour retracer l'horreur d'un crime contre l'humanité.

L

e tragique destin des habitants des Dos Erres est l'un des nombreux exemples de l'application par les régimes militaires latino-américains de la Doctrine de Sécurité Nationale nord-américaine dans la lutte contre le communisme. De mars 1982 à août 1983, le gouvernement du général José Efraín Rios Montt met en œuvre une politique de terre brûlée en massacrant systématiquement et de façon indiscriminée la population civile suspectée de soutenir la "subversion"1. Dans le cas des Dos Erres, suite à la perte par l'armée de 21 fusils dans un affrontement avec la guérilla, cette communauté est classée "zone rouge" et ses habitants déclarés "ennemis internes".

du détachement militaire de la communauté voisine Las Cruces, Carlos Carías López, donne l'ordre de brûler la communauté. Seuls deux enfants survivront au massacre : Armando, 11 ans, réussit à s'enfuir, et Ramiro, 5 ans, est enlevé par le kaibil Santos López Alonso qui le réduit en esclavage pendant plusieurs années.

Depuis 1994, l’association de Détenus-Disparus du Une rose à la main, les familles attendent la sentence pour le massacre Dos Erres (source: Prensa Libre) Guatemala, FAMDEGUA, partie civile dans le procès, Dans la nuit du 6 décembre 1982, la force porte cette affaire dans les méandres de de deux témoins protégés, anciens kaibils de combat Patrouille d’Élite Kaibil2 la justice guatémaltèque avec le Cabinet présents pendant le massacre, qui ont (PEK), composée d’une soixantaine juridique des Droits Humains. Ce n'est détaillé la préparation puis le déroulement d'hommes, débarque dans la communauté qu'après une sentence de la Cour Intera- de l'opération. Tous deux ont confirmé la des Dos Erres. Se faisant passer pour des méricaine des Droits de l'Homme en participation au massacre des trois kaibils guérilleros et fermant les accès à la 2009 que les mandats d'arrêt à l'encontre accusés et ont décrit les actes de brutalité communauté, les soldats sortent les habitants de 16 membres de l'armée sont commis. Ces déclarations ont été de leurs maisons en séparant hommes, "réactivés", donnant lieu à l'arrestation complétées par le récit clair et poignant femmes et enfants. Le 7 décembre, après en 2010 des 4 accusés dans ce procès : des deux survivants qui ont assisté aux avoir violé et obligé les femmes à préparer Reyes Collin Gualip, Manuel Pop Sun, tortures, viols et exécutions de leurs proches. leurs repas, le massacre commence. En Daniel Martínez Mendez, ex-kaibils, et Chacun des témoins a raconté, la voix brisée, la détresse dans laquelle ils se l'espace de 18 heures, 252 personnes3 Carlos Carías López, lieutenant. sont torturées, assassinées puis jetées Le procès a été marqué par la déclaration sont retrouvés après le massacre, demandant dans un puits4. Le 9 décembre, le lieutenant via vidéo-conférence depuis le Mexique en vain des informations au lieutenant Carías, ou quand plusieurs jours après ils sont retournés à leur communauté, vide Jugement à venir Le procès en chiffres et dévastée. - 6 jours de débats D’autres ex-kaibils accusés L'expertise militaire aura sans doute été la plus importante du procès. Elle prouve - 9h de déclarations par jour sont en attente de jugement : que le chef du détachement de las Cruces - 27 témoins pour la partie civile - 6 témoins pour la défense Pedro Pimentel Rios, détenu au était au courant des détails du massacre - 9 expertises (militaire, historico-social, 2 experts en Guatemala, Jorge Sosa Orantes, en cours et qu’il l’a facilité. Selon l'expert, détenu au Canada, Santos Lopez il s’agissait d’une opération militaire balistique, psychosocial, 4 anthropologues légistes) Alonso aux Etats-Unis, et soigneusement préparée, qui impliquait - 45 minutes de sentence - 6030 ans de prison pour l´assassinat de 201 per- Gilberto Jordan, condamné à les plus hauts niveaux de la hiérarchie dix ans de prison aux Etats- militaire. Sa conclusion est que tous les sonnes et 30 ans pour crimes contre l'humanité - 6 ans de prison additionnels pour le délit de vol Unis pour avoir menti sur sa militaires de cette patrouille kaibil ont participation au massacre dans participé au massacre et qu'aucun d'eux ne aggravé pour le lieutenant Carías López sa demande de naturalisation. s'y est opposé. Des centaines de roses en symbole de justice... Il sera extradé au Guatemala Selon la juge Jazmin Barrios, « les kaibils après avoir purgé cette peine. ont massacré les habitants des Dos Erres 2

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Actualités d'une façon inhumaine, alors qu’ils n'étaient que d'humbles agriculteurs, une population civile qui n’a opposé aucun type de résistance (…), les hommes, femmes et enfants de la communauté ont été l’objet de traitements inhumains, ce que démontrent l’acharnement et la perversité brutale avec lesquels ils ont été traités, les soldats allant jusqu’à rayer totalement la communauté de la carte ». Une peine de 30 ans a été retenue pour l’assassinat de chaque victime, soit un total de 6030 ans de prison pour chaque coupable. « Nous ne pouvons pas dissimuler la mort des 201 personnes assassinées pendant ce massacre. Cela pourrait paraître incongru, mais ça ne l´est pas, 201 personnes sont mortes et nous imposons une peine de 30 ans pour chacune d´elle », a déclaré la juge Barrios. Les coupables ont également été condamnés à une peine additionnelle de 30 ans de prison pour crimes contre l´humanité. Toutefois, selon le code pénal guatémaltèque, ils ne purgeront qu'une peine de 50 ans maximum.■ 1 Terme employé dans le plan de campañaVictoria 82, élaboré para l’État Major de l'armée guatémaltèque en application de la Doctrine de Sécurité Nationale. Voir article ci-dessous. 2 Selon la Commission d’Éclaircissement Historique (CEH, Cas illustratif 31), la patrouille est une “force spéciale contre-insurrectionnelle de l'armée” dont l’école d’entraînement se trouvait, jusqu'en mai 1982, dans le département du Petén. 3 L'accusation compte seulement 201 victimes, ce qui correspond au nombre d'ossements retrouvés lors de la première exhumation réalisée en 1995. Une deuxième exhumation fut réalisée en 2010 afin d'effectuer des prélèvements d'ADN pour identifier les victimes. 4 Larry Kapplow, Unearthing a massacre. Global Post. 29/04/2010

« Cette sentence est un pas important dans la lutte contre l’impunité » Ramón Cadena, de la Commission Internationale de Juristes et juge ad hoc sur le cas des Dos Erres lors du jugement de la CIDH, nous livre ses impressions sur cette décision historique. « Ce verdict reconnaît les droits des victimes et c’est un pas important dans la lutte contre l’impunité. Lorsque j’étais juge dans le cas des Dos Erres à la CIDH, j’avais déjà été ému lorsque nous avions signé la sentence car nous condamnions l’Etat guatémaltèque pour l’un des pires massacres du conflit armé. Cependant, la sentence de la CIDH ne mentionnait pas de crimes contre le droit humanitaire international, alors que cette nouvelle sentence le fait, reconnaissant qu’il y a eu crimes contre l’humanité et que l’armée a violé les règles de la guerre. Cette condamnation ouvre la porte pour que soient jugés les responsables d’autres massacres mais surtout, les responsables du génocide, c’est une opportunité pour que soit dictée prochainement une sentence pour le génocide qui s’est produit au Guatemala. Enfin, je voudrais saluer spécialement les victimes qui, en conservant leur espoir en la justice si longtemps, ont permis de garder espoir pour que cesse un jour l’impunité dans le pays. »

« Priver le poisson de son eau » : un leitmotiv en Ixil par Alexandra Marie

Un génocide jugé par un tribunal national, voici l’histoire inédite que le Guatemala est en train d’écrire. Mettre fin à l’impunité et juger les coupables des pires atrocités que ce pays ait connues durant le conflit armé qui dura 36 ans, voilà un enjeu de taille afin de garantir la non-répétition de telles cruautés. Créer un état de droit et renforcer le système juridique, voilà la lueur d’espoir créée par les personnes qui ne se laissent pas intimider. Et ceci en vue de la reconnaissance des années les plus sombres de son histoire mais également en vue d’améliorer la situation actuelle du pays.

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e 17 juin, la juge Carole Patricia Flores a statué en faveur de l’ouverture d’une enquête judiciaire impliquant l’ex-général Héctor Mario López Fuentes pour les chefs d’accusation de génocide, disparition forcée et crime contre l’humanité. Cette arrestation fait suite à la plainte déposée par l’Association pour la Justice et la Réconciliation (AJR) voilà maintenant plus de 10 ans. Les résultats de l’enquête ont été présentés le 6 septembre en vue de l’accusation formelle du procureur du 21 septembre, à l’issue de laquelle la juge d’instruction décidera de la tenue du procès. L’ex-général est accusé d’avoir été l’un des cerveaux dans l’opération militaire dénommée Sofia (POS)1, durant le conflit armé interne. Chef de l’état-major des armées du 23 mars 1982 au 21 octobre 1983 durant le gouvernement d’Efrain Rios Montt, il aurait commandité 12 massacres

lors desquels ont péri au moins 317 personnes dans le « Triangle Ixil »2. Les survivants quant à eux connurent la torture, les viols et un exil pour plus de 9000 d’entre eux3. « La guérilla, soutenue par le peuple, se fond parmi ce dernier comme un poisson dans l’eau ». Durant le conflit armé, l'armée s'est inspirée de ce célèbre concept maoïste. L’armée a donc appliqué la stratégie de priver le poisson de son eau pour mater la guérilla. Voilà pourquoi Héctor López Fuentes devra répondre devant la justice pour les massacres qu’il a dirigés. La guérilla (ou « l’ennemi interne ») devait être exterminée car considérée comme subversive pour la population. L’armée avait pour but de reprendre le contrôle du territoire de manière physique et mentale. Tout comme les habitants de Rio Negro ont été massacrés afin de réaliser le barrage hydraulique de Chixoy (1982), la population du triangle Ixil, selon un

membre de Resistencia de los pueblos, a été décimée pour des intérêts similaires. Une autre interprétation de « Priver le poisson de son eau » est alors possible dans la région Ixil. La politique de destruction massive et systématique des communautés au travers de la stratégie de la terre brûlée a permis non seulement de vider les territoires convoités pour leurs richesses mais également d’effacer toutes traces de propriété. La disparition des intellectuels, tout comme celle des dirigeants des communautés au moyen des « escadrons de la mort », permettait également d’asservir plus aisément une population apeurée et affamée. Enfin, la création des « pôles de développement » a permis de contrôler les survivants en les parquant dans des villages modèles. Crées de toutes pièces, le gouvernement en décidait la localisation afin d’assurer un soi-disant développement

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Actualités dont les communautés devaient jouir après le conflit armé, selon le décret -loi 771-83, ce qui reste à prouver.

à Sacapulas, une consultation populaire, suivant le modèle maya de prise de décision, s’est tenue sur l’introduction dans le paysage de nouveaux projets. La population de 108 communautés a répondu massivement à cet appel en se mobilisant contre les nouveaux projets miniers et surtout les projets hydrauliques, avec pour slogan « L’eau et la terre au peuple et non aux entreprises ». 28.209 habitants sur environ 45.000 ont rejeté les projets d’exploitation minière et les centrales hydrauliques. Ce qui a donné lieu, non sans difficulté, à un accord municipal qui permet d’officialiser et de légaliser la consultation et ses résultats.

Les régimes militaires, soutenus par des investissements privés, se lancent dans la réalisation de barrages hydrauliques au début des années 80. Álvaro Arzú (1996-2000), quant à lui, privatisa la commercialisation de l’électricité en 1996. Dès lors, des multinationales espagnoles ont le monopole de la commercialisation de l’électricité par le biais de l’entreprise Électrique du Guatemala Iberdola et de la DEOCSA DEORSA, succursales de Union Fenosa4. Le président Álvaro Colom a suivi la même politique énergétique. Les principaux investisseurs guaté« Priver le poisson de son eau » maltèques ont largement contribué signifie le sacrifice d’une population aux investissements du secteur qui à des fins de développement économique s’avère l’un des plus juteux aumalgré les promesses d’hier et jourd’hui. Le gouvernement, lui, d’aujourd’hui de développement des Fresque réalisée sur le Parque Central par la Coordination assure la construction des routes Genocidio Nunca Más. Photo : Douglas Franco, www.caldh.org communautés autochtones. La confrontaénergétiques afin d’acheminer cette tion d’idéologies, avec une dissoénergie vers l’Amérique centrale ou le hydrauliques ou des retombées économiques nance importante de la signification Mexique. Dans le contexte actuel et dans le cas des exploitations minières et de du mot développement, reste intacte qu’il spéculatif des MDP5, il s’agit de projets la production d’électricité. Nombreuses s’agisse du gouvernement et des entreprises d’envergure, surtout pour le continent sont les entreprises qui font miroiter des d’une part, et d’autre part du souhait de latino-américain qui possède de grandes projets de développements aux communautés réduire les inégalités du pays en redistriressources hydriques. Les projets de centrales voisines, sans pour autant y donner suite. buant équitablement les retombées éconohydroélectriques sont particulièrement Ilom, communauté voisine de la centrale miques des richesses naturelles du pays hydroélectrique Xacbal, en est un parfait nombreux dans la région Ixil. pour les communautés. ■ exemple. Depuis peu, cette communauté Consciente qu’il s’agit d’un seul et même est censée jouir d’un accès à l’électricité 1 Dans le cadre de la plainte pour génocide, l'AJR a conflit, la population est organisée et milite mais celui-ci est dérisoire car les coupures demandé à l'armée qu'elle rende différents plans dont l'Opération Sofia. L'armée a remis deux contre ces mégaprojets. Les principaux sont plus fréquentes que l’accès effectif. publics, plans d'opérations, mais a déclaré avoir perdu le Plan arguments avancés par ces communautés Le gouvernement n’est pas sans responsa- Sofia. Fin 2009, l'analyste Kate Doyle (National sont la perte des ressources naturelles et bilité dans ces projets puisqu’il permet Security Archive) a reçu l'une des 20 copies originales POS. Ce plan d'opérations démontre que durant le l’appauvrissement de la terre. Ce qui l’exportation des ressources par les fameux du gouvernement de Rios Montt, en 1982, un plan a été signifie pour la majorité de la population couloirs électriques, et participe du même élaboré jusqu'au dernier détail pour détruire tout signe paysanne un danger concernant leurs coup à l’appauvrissement d’une partie du de vie et réduire la région Ixil en cendres. 2 Le “triangle Ixil” se situe dans le département du cultures et, par conséquent, une dégradation territoire et de sa population. Quiché et regroupe les villes de Nebaj, Chajul et Cotzal. de leurs conditions de vie. La population 3 Les populations locales défendent leur Au sujet de ce procès, vous pourrez retrouver plus locale est totalement exclue des projets d´informations sur le blog des accos droit en faisant appel à leurs traditions et des entreprises, qu’il s’agisse de l’accès (www.accoscollectif.blogspot.com), avec notamment à l’électricité dans le cas des centrales à leur cosmovision. Ainsi, le 20 mai dernier, un entretien avec Edwin Canil, avocat et membre de Avancées dans le cas de Plan de Sánchez Cinq personnes ont récemment été arrêtées et placées en détention pour leur participation présumée au massacre de Plan de Sánchez (Rabinal) le 18 juillet 1982, durant lequel 268 personnes avaient été assassinées. Il s’agit de 4 ex-patrouilleurs d’autodéfense civile (PAC) et d’un ex-commissionado militaire, accusés d’assassinats et de crimes contre l’humanité. Ce dernier aurait également pris part à la planification du massacre. Devant l’inaction de la justice nationale, le cas de Plan de Sánchez avait été porté devant la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme, qui avait condamné en 2004 l’État du Guatemala pour violation des droits humains. Ces arrestations sont donc une lueur d’espoir pour qu’une partie de la justice soit faite au Guatemala pour l’un des plus importants massacres du conflit armé interne. 4

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l'équipe juridique de CALDH, Centre d´Action Légale pour les Droits Humains. 4 En mai dernier, l’on apprenait que l’espagnole Gas Natural, propriétaire de Union Fenosa, vendait sa filiale guatémaltèque au fonds britannique Actis pour une somme proche de 350 millions d’euros. www.elconfidencial.com/en-exclusiva/2011/natural-vendefilial-guatemala-millones-serial-20110518-78798.html 5

Élaboré lors du protocole de Kyoto, le Mécanisme de Développement Propre est un mécanisme économique du marché du carbone. Il vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les pays en développement à moindre cout grâce au financement de projets par les pays du nord. Ces derniers récupèrent alors un droit d’émission de gaz à effet de serre à hauteur de leur investissement dans les pays du sud.


Actualités Occupations de fincas : expression de la concentration historique de la terre au Guatemala par Rodrigo Batres, chercheur en sociologie et en sciences politiques. Extraits de la revue Enfoque. Nº17 du 3 août 2011.

« Le problème le plus important de la société guatémaltèque est la mauvaise distribution de sa première richesse, la terre, laquelle se retrouve concentrée entre quelques mains, alors que la grande majorité de la population qui se consacre à l´agriculture en manque, soit parce qu'elle n´en a pas du tout, soit parce que celle qu'elle possède est insuffisante ou mauvaise. » Severo Martínez Peláez. La Patria del Criollo. 1970

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ans la nouvelle terminologie utilisée en temps de paix, on entend souvent dire que pour s’occuper de - ce qui n’est pas la même chose que résoudre - la problématique de la terre, la « volonté politique » des gouvernements au pouvoir est un élément primordial. Cependant, il faut noter que cette « volonté politique » s’est traduite précisément par le maintien intact de la structure agraire actuelle. Cet état de faits se manifeste de manière répétée aux moments où les communautés et le mouvement autochtone et paysan décident d’occuper des fincas1, action revendicative répondant à la distribution inégale de la propriété et de la possession de la terre. Face aux occupations de terres, l’État et les propriétaires terriens serrent les rangs, mettent en œuvre des actions répressives de manière conjointe et élaborent des discours destinés à présenter la population paysanne et autochtone comme agitatrice, radicale, fainéante et improductive, mais surtout comme violant l’État de droit, la gouvernance du pays et le droit à la propriété privée. Le processus de récupération des terres Pour les communautés indigènes et paysannes, la lutte pour la terre représente le fondement matériel et symbolique de leur existence. Cette lutte, qui dure depuis plus de 500 ans, se manifeste actuellement par une série d’actions dénommée « processus de récupération de terres », en contraste avec ce que l’oligarchie des propriétaires terriens, l’État et l’opinion publique appellent les « invasions de terres ». D’un côté, les occupations de fincas mettent en évidence leur revendication centrale : dénoncer la spoliation historique de terres communales, commencée avec le développement de la production de matières premières dans la division internationale du travail ; et d´un autre côté, se libérer des mécanismes autoritaires de contrôle

social et des formes coercitives de travail auxquels ils ont été soumis dans les fincas d’agroexportation. Les expulsions : la prérogative historique de la répression sur la négociation Afin de respecter l’obligation de défendre la propriété privée, plus de 800 familles qui occupaient 12 fincas dans la vallée du Polochic (département de la PNC et 60 de l'armée entrent dans la finca Los Cafetales d'Alta Verapaz) ont été expulsées 450 agents pour expulser 138 paysans qui l'occupaient (Prensa Libre). de force en mars dernier (voir brève sur les expulsions violentes), en l’expulsion de la finca Nueva Linda en présence et avec la participation des pro- 2004 en est un exemple concret (voir priétaires de l’entreprise Chabil Utzaj de brève sur les expulsions violentes). L’action production de canne à sucre, la famille des forces de sécurité publique et privée, Widmann, des forces de l’ordre, du Minis- dans le cas précité comme dans ceux de tère Public, et des effectifs militaires et des la vallée du Polochic et tant d’autres, est paramilitaires embauchés par l’entreprise. soutenue par l’État à tel point que, pour Ces actions, exécutées en toute impunité la justifier, il indique de façon récurrente en présence d’employés du Bureau du qu’il agit dans le cadre de la loi et pour Procureur des Droits Humains et des faire respecter la loi. avocats généraux du Ministère Public, ne sont pas considérées comme des violations Ainsi, il est important de réfléchir aux de l’État de droit ni comme des actions voies et aux mécanismes par lesquels de caractère terroriste, mais sont jugées pourrait se concrétiser le besoin urgent de réforme agraire et de la renaissance de la nécessaires pour le respect de la loi. lutte pour les droits politiques et territoriaux L’État, qui participe de cette structure de des peuples autochtones, face à un État relations de domination, agit et laisse incapable de défendre la population agir des propriétaires terriens et leurs paysanne qui souffre des effets du modèle forces de sécurité de manière arbitraire, d’accumulation capitaliste dans l’agriculture privilégiant ainsi les actes répressifs plutôt guatémaltèque. Ce qui pose le défi de que la négociation. En effet, la recherche trouver de nouvelles formes d'organisation et du consensus impliquerait d’aborder de de mobilisation, qui permettraient de dépasfaçon sérieuse la problématique qui ser le piège démobilisateur des espaces émerge avec les occupations, celle de la de dialogue et de négociation qui ont été concentration des terres. proposés par les gouvernements au pouvoir Toutefois, dans le cadre de la défense de depuis des années, comme palliatifs à ce la propriété privée, les forces de sécurité problème structurel. ■ de l’État et les groupes paramilitaires des 1 Les “fincas” sont de grandes extensions de terres propriétaires s’acharnent contre les familles dédiées soit à la culture de matières premières qui se trouvent dans les fincas occupées, d'exportation (canne à sucre, café, palme africaine, en commettant de façon préméditée et en etc.), soit à l'élevage bovin. Au Guatemala, les toute impunité, des exécutions extrajudi- propriétaires des fincas font souvent partie de ciaires. Ce qui s’est passé dans le cas de l'oligarchie nationale. Solidarité Guatemala n °1 9 5 j u i l l e t - s e p t 2 0 1 1

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Actualités Conflit à ciel ouvert par Jean Guilloton

Avec la flambée du prix de l’or, l'entreprise canadienne Goldcorp Inc. annonce des bénéfices record1. La mine Marlin, dans le département du San Marcos, est un cas emblématique de capitalisme transnational sauvage, suivi de prés par ACOGUATE. Retour sur les avancées des quatre derniers mois.

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a mine Marlin est accusée par ses contradicteurs de polluer les cours d'eau et l'environnement, de causer des dommages à la santé des habitants et d'être à l'origine d'une forte désorganisation et conflictivité sociale au sein des communautés environnantes. En mai 2010, la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme (CIDH) a émis des mesures préventives et proposé de fermer provisoirement la mine en attendant des études sérieuses sur ces différentes atteintes au territoire et aux personnes.

Mine Marlin

Peu après mon arrivée à San Marcos, j'ai assisté à une réunion entre les représentants des communautés et le ministère de l'énergie et des mines (MEM). Cette rencontre fut un dialogue de sourd. Du côté des « anti-mines », les différents problèmes des populations étaient évoqués ainsi que la nécessité de mettre en place les mesures préventives de la CIDH. Les représentants du gouvernement, quant à eux, se retranchaient derrière la Loi de l'activité minière, et n’ont montré aucune forme d'intérêt pour ces revendications. Trois semaines après cette réunion, le 12 juin 2011, le gouvernement a annoncé publiquement qu'il n'appliquerait pas les mesures préventives car il est prouvé selon lui que la mine Marlin ne pollue pas2. Ces études, effectuées par la mine et le gouver6

Solidarité Guatemala

nement, sont critiquées pour leur manque d'indépendance et de prise en compte de la réalité sociale. L'arrivée de la mine Marlin en 2003 au Guatemala a marqué le début d’une vague de protestations au sein des populations autochtones. Le 18 juin 2005, une première consulta a été réalisé à Sipacapa, avec pour résultat le NON à la mine. Depuis cette date, plus de cinquante municipalités ont organisé des référendums communautaires. Le résultat est sans appel : les populations sont contre l'industrie minière. Ces consultations sont un droit des peuples autochtones, protégé par deux textes internationaux, la convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail et la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, ratifiées par le gouvernement du Guatemala. Pourtant en 2007, la Cour Constitutionnelle (CC) du Guatemala définit les consultations comme non contraignantes, prétextant l’absence de cadre juridique pour ces consultations. Le 24 février 2011, le gouvernement propose unilatéralement une réglementation visant à mettre autour de la table des représentants du gouvernement, des communautés et de l'industrie extractive. Les rapports de force sont déséquilibrés aux détriments des représentants des communautés. En outre, l'esprit de la consulta est complètement bafoué. Un recours juridique a été déposé auprès de la CC le 23 mars 2011 qui se prononce le 24 mai en faveur des peuples autochtones sur cette question. Le problème des consultations populaires reste donc en suspens. Enfin, le dernier évènement important est l'étude présentée par des chercheurs américains sur le coût de la fermeture de la mine Marlin. Une mine à ciel ouvert

comme celle-ci engendre des dommages irréversibles sur l'environnement. Les métaux toxiques lourds comme l'arsenic, utilisés pour l’extraction, se déversent petit à petit dans la terre et les cours d'eau. Le paysage est littéralement transformé et la terre rendue stérile. Ces ingénieurs ont évalué à 38 millions d'euros le coût de fermeture de la mine3. L'entreprise Goldcorp Inc. a prévu seulement 0,8 millions. Personne ne va donc nettoyer. Les terres resteront en l'état. Le coût d’un éventuel nettoyage sera supporté par le gouvernement guatémaltèque. De plus, cette estimation ne prend absolument pas en compte le coût social, difficilement chiffrable. Le défi pour les communes affectées par la mine Marlin sera de se remettre des divisions et des transformations brutales suscitées et entretenues par une telle entreprise. Malgré la lutte acharnée des communautés et de leurs représentants, la mine Marlin sera très difficile à fermer. Seule la chute du prix de l'or et de l'argent pourrait permettre de l’envisager. Pourtant la résistance à la mine continue. Le 18 mai 20114 la déclaration du peuple Mam contre l'entrée de l'industrie minière dans le département de Huehuetenango a été rendue publique. Des initiatives comme celle-ci peuvent contribuer à limiter l'entrée de ces grands projets destructeurs sur le territoire du Guatemala. Le nouveau gouvernement du Guatemala, qui sera prochainement élu, aura aussi son rôle à jouer dans l'entrée ou la sortie des entreprises transnationales sur le territoire guatémaltèque. ■ 1

Prensa libre, 12 juin 2011: http:// www.prensalibre.com/noticias/comunitario/ Guatemala-descarta-minera 2 Prensa Libre, 28 juillet 2011: http:// www.prensalibre.com/noticias/Cierre-tecnicocostaria-Q389-millones_0_525547478.html 3 Déclaration du peuple Mam pour le département de Huehuetenango sans industrie minière : h ttp :// www.alb ed rio .o rg /h tm/o tro sd o c s/ comunicados/cpo-004.htm 4 Déclaration du peuple Mam pour le département de Huehuetenango sans industrie minière : h ttp :// www.alb ed rio .o rg /h tm/o tro sd o c s/ comunicados/cpo-004.htm


Actualités Quel droit du travail au Guatemala ? L'exemple de la liberté syndicale par Héloïse Squelbut

Le cas du syndicat de travailleurs des eaux SITRAPETEN est emblématique de la réalité des droits des travailleurs au Guatemala. Renvoyés de l’entreprise pour avoir créé ce syndicat, ils luttent depuis plusieurs années pour que soit reconnue leur situation et pouvoir toucher des indemnisations. Pourtant le 12 mai dernier, la Cour Constitutionnelle du Guatemala a rendu un verdict représentatif de la situation actuelle des libertés syndicales.

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e cas SITRAPETEN

Quatre années de mobilisation, un mort1, le sacrifice d’une vie de famille normale pour Oscar, le gardien à temps plein de la tente plantée sur le parc central de Guatemala Ciudad... et pourtant le 12 mai tout espoir d'une résolution équitable du conflit s’envole.

à un appel des avocats de l’entreprise. La lutte des syndicalistes a continué malgré l’expulsion violente dont ils ont été victimes en décembre 2009. Ces derniers ont fait appel auprès de la Cour Constitutionnelle qui a donc confirmé la décision de la Cour Suprême de Justice et rejeté l'ordre de réintégration émis par le tribunal du travail. La Cour considère qu’il s’agit d’un licenciement économique pour fermeture d’entreprise et non d'un licenciement abusif. Dans ce cas, un employé ne peut pas prétendre à sa réintégration dans l’entreprise. Toutefois, la Cour a admis que les syndicalistes avaient le droit de « réclamer des indemnisations et d'autres prestations, dues à la cessation définitive des activités de leur ancien employeur ».

son rapport janvier-avril 2011, recense 15 assassinats contre des défenseurs des droits humains parmi lesquels se comptent des leaders syndicaux. Le rapport précise que, pendant cette période, huit agressions ont eu lieu contre des syndicalistes, c’est-à-dire plus de la moitié des crimes commis contre des défenseurs des droits humains.

La violence anti-syndicale reste préoccupante

Le niveau d’impunité est si grave qu’il est souligné par la Commission d'application des règles de la 100ème Conférence Internationale du travail dans le paragraphe spécial publié le 6 Juin 20115. Le paragraphe spécial s’applique aux cas d’extrême gravité dans lesquels les gouvernements font preuve d’un manque de volonté, d’une carence de progrès et d’une absence de collaboration avec les organes de contrôle de l’OIT.

Actuellement, dans un contexte de dérégulation du droit du travail, la violence anti-syndicale reste préoccupante. Un article de Marielos Monzón2 laisse penser que l’intensité de cette violence peut expliquer la faiblesse, voire l’insignifiance du taux de syndicalisation. Selon un rapport du Mouvement syndical des paysans autochtones MSICG3, le mouvement syndical représentait 2% du total de la population économiquement active. De ce taux, seuls 12,48% se constituent dans le secteur privé. Le MSICG dénonce l’État d’avoir littéralement développé une politique syndicale contraire aux principes du droit du travail établis dans la Convention 87 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT).

Membres de Sitrapetén, devant leur tente sur le Parque Central

SITRAPETÉN est un syndicat d'anciens

salariés de l’entreprise Distribuidora del Petén - Agua Pura Salvavidas. Fin 2008 ce syndicat réussit à s'inscrire auprès du Ministère du travail après un an de démarches. Quelques jours plus tard, le 15 janvier 2009, l'entreprise se déclare en faillite et licencie ses salariés. Elle rouvre sous une autre identité juridique et réembauche les salariés licenciés hormis ceux impliqués dans le syndicat. Cette manière de procéder est souvent utilisée par des entreprises au Guatemala pour tuer dans l’œuf les tentatives d’organisation syndicale. En 2009, un tribunal du travail ordonne à deux reprises la réintégration des membres de SITRAPETEN au sein de l’entreprise, considérant qu’il n’y a pas eu fermeture d’entreprise mais simplement « remplacement de direction ». Dans ce cas, selon la loi, les droits des travailleurs ne peuvent pas être affectés par ce changement.

En effet la violence anti-syndicale a deux facettes. Elle se matérialise d’abord par un nombre toujours croissant d'atteintes à l’intégrité physique et ensuite par le fonctionnement déficient du système judiciaire et l’impunité.

Cette décision a été annulée le 7 juillet 2009 par la Cour Suprême de Justice suite

L’Unité de Protection des défenseur(e)s des droits humains - UDEFEGUA, dans

L’usage de la force et de la violence n’est pas le seul apanage des groupes privés employés par les propriétaires des fincas4 ou des patrons de grandes entreprises. L’État en partage bel et bien la responsabilité. L’impunité et le fonctionnement déficient de la justice tuent tout espoir de parvenir au respect du droit du travail et de voir la liberté syndicale un jour honorée. Un espoir apporté par les déclarations de l’OIT

Malgré ces chiffres et ces analyses négatifs, le MSICG considère le contexte plutôt positif allant jusqu'à parler de « moment d'espoir » pour la situation syndicale guatémaltèque dans le sens où le paragraphe spécial de l’OIT constitue un premier acte de justice pour les travailleurs guatémaltèques. ■ 1 Fredy Morales, dirigeant de SITRAPETEN tué le 8 juin 2008. Sa mort reste dans l'impunité. www.blogger.com/img/blank.gif 2 Voir article dans la Prensa Libre du 31 Mai 2011 www.prensalibre.com/opinion/Violencia-antisindical/ _0_490751016.html 3 Publié en mai 2011, voir: www.movimientosicg.org/index.php? option=com_k2&view=item&id=114:p%C3% A1rrafo-especial-para-guatemala-la-am%C3%A9rica -obrera-unida-porla-libertad-sindical&Itemid=78 4 Finca : grande propriété à vocation agricole. 5 Ibid

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Actualités Bilan et avenir de notre campagne « Perenco, exploiter le pétrôle coûte que coûte » par Louise Levayer Du 20 au 26 juin dernier a eu lieu la tournée du député guatémaltèque Aníbal García avec le Collectif Guatemala autour de la sortie de notre rapport d’enquête sur l’entreprise pétrolière franco-britannique Perenco au Guatemala. Retour sur une semaine intense de rencontres et aperçu des perspectives d’actions à venir.

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atinée du 20 juin 2011 : c’est l’inauguration pour la presse de l’exposition « Maya, de l’Aube au Crépuscule » au Quai Branly qui ouvrira ses portes au public le lendemain. À quelques rues de là, c’est à l’Assemblée Nationale que le Collectif Guatemala et le réseau Une Seule Planète ont aussi donné rendez-vous aux journalistes, mais cette fois pour en savoir plus sur une entreprise française méconnue, Perenco, principal mécène de l’exposition. Le soir même, Aníbal García avait rendezvous au Ministère des Affaires Etrangères et Européennes (MAEE) avec la rédactrice de la région Amérique Centrale, Mme Baraghini. Il a notamment était suggéré de s’adresser directement à l’ambassade et de leur faire parvenir le rapport, ce que nous avons fait. Le 21 juin, jour officiel de l’ouverture de l’exposition, ainsi que les jours suivants, de nombreux articles ont paru dans la presse, exposant la plupart de nos arguments de manière développée1 ou apportant une nuance au cœur d’un article dithyrambique sur l’exposition mettant en lumière et questionnant son mécène, Perenco2. Au cours de cette semaine, Aníbal García a rencontré des élus et représentants de partis politiques afin d’exposer les principaux griefs reprochés à Perenco. L’objectif

est que la responsabilité de Perenco, et plus généralement des multinationales à l’étranger, soit prise en compte tant par des positions officielles que dans les agendas des partis. Le rapport du Collectif a été distribué et présenté dans ses grandes lignes et les conversations se sont souvent élargies à la situation politique et sociale au Guatemala, notamment concernant les perspectives pour les élections de septembre 2011. Nous avons rencontré des représentants des Verts (élus nationaux, européens et membres des commissions du parti), du Parti de Gauche, du Parti Communiste et du Parti Socialiste. Nous avions sollicité des rendez-vous auprès d’élus UMP mais n’avons pas obtenu de réponse. Répercussions Aux lendemains de ces rencontres, des élus ont écrit aux membres de l’administration française les plus directement concernés par le sujet. Ainsi, Catherine Grèze (eurodéputée Europe Ecologie – Les Verts) a émis un communiqué de presse co-signé par Aníbal García, et envoyé à l’Ambassadeur de France au Guatemala, avec copie au MAEE et à l’UNESCO, une lettre soulignant sa préoccupation concernant l’exploitation de Perenco dans la réserve protégée de la Laguna del Tigre sans étude d’impact environnemental. Le député Alain Néri (PS) a également écrit au Président du groupe d’amitié parlementaire avec le Guatemala (JeanMichel Ferrand) et au président de la Commission des Affaires Etrangères à l’Assemblée (Axel Poniatovski) afin de leur faire part de sa préoccupation sur ce sujet. Le MAEE a quant à lui répondu à une question générale sur le Petén le 4 juillet3. Nous attendons de la part des représentants politiques français qu’ils exigent de l’entreprise le Rencontre avec Catherine Grèze au Parlement européen

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respect de la législation guatémaltèque et internationale, ainsi que du contrat de renouvellement de l'exploitation 2-85 dans le Petén, contrat qui stipule clairement l’obligation de la réalisation d'une étude d'impact environnemental pour la perforation de six nouveaux puits dans la région. Au niveau de la sensibilisation du public, le bilan est très positif. Les sorties médiatiques ont été très nombreuses (journaux, hebdos, radios, télé) et les deux soirées publiques organisées à Bruxelles et à Paris ont réuni un large public. Nous sommes également allés à la rencontre du public à plusieurs reprises devant le musée du Quai Branly afin de sensibiliser les visiteurs, lesquels se sont révélés curieux et attentifs à la problématique. Enfin, le Collectif Guatemala a rencontré certains archéologues travaillant au Guatemala dans des projets de fouilles recevant des financements de Perenco et leur a présenté une image plus contrastée de l’entreprise. Notre coordinatrice au Guatemala est allée présenter le bilan de la tournée, ainsi que la version finale du rapport, auprès de communautés du Petén qui se sont montrées plutôt satisfaites de voir que leur situation commence à être connue à l'étranger, ce qui leur a donné de l'énergie pour continuer leur lutte4, dans un contexte actuel extrêmement complexe qui tend à désarticuler le mouvement social5. D'autres visites de présentation aux communautés sont prévues dans les prochaines semaines. Perspectives Nous continuons aujourd’hui la sensibilisation du public en participant à diverses rencontre avec nos partenaires : Convergence citoyenne pour une transition énergétique à Lézan en août, Fête de l’Humanité à Paris en septembre, semaine de la solidarité en octobre. Nous présenterons aussi le dossier Perenco aux Prix Pinocchio organisés par Les Amis de la Terre. Il s’agit de prix décernés aux entreprises championnes du « Green Washing », de la dégradation de l’environnement et des violations de


Actualités droits humains. Le vote sera ouvert au public sur le site de l’évènement début octobre pour une annonce des lauréats le 18 novembre6. Enfin nous travaillons à la réalisation d’un documentaire long métrage sur Perenco pour lequel nous cherchons encore des financements7. Nous étudions également la possibilité d’organiser une seconde tournée cette année avec des membres des communautés du Petén. Si vous faites partie d’un groupe intéressé par cette thématique et intéressé à recevoir un militant guatémaltèque,

contactez-nous. Vous pouvez vous procurer le rapport « Perenco, exploiter le pétrôle coûte que coûte » en vous rendant sur notre site internet. Le rapport et ses annexes sont téléchargeables en page d’accueil. Il s’agit d’une nouvelle mise en page réalisée grâce au soutien d’Une Seule Planète. Un compte-rendu de tournée accompagné d’une revue de presse sont également prochainement disponibles sur le site. Un rapport édité peux aussi vous être envoyé sur demande contre fait de port (5euros). ■

1 Voir notamment sur LeMonde.fr « Commerce de l'or noir et fouilles archéologiques au pays des Mayas », 21/06/2011 2 « Audaces et beautés du puzzle maya », publié dans Le Monde le 25/06/2011 et dans Direct Matin le 06/07/2011 3 Posée en 26 Octobre 2010 par le député Gilbert Le Bris, consultable sur : http://questions.assembleenationale.fr/q13/13-91885QE.htm 4 Lutte qui va au delà du cas Perenco, voir article LA n°194 « Les plans de développement du Petén : résistances et défis des populations au sein d’un territoire abandonné », parAmandine Grandjean. 5 Etat de siège de 3 mois suivi d'un état d'alarme de 30 jours décrété le 12 août dernier. 6 Voir : http://www.prix-pinocchio.org// 7 Appel à dons dans notre dernier bulletin et à télécharger sur notre site internet en première page

Brèves Colom demande pardon au nom de l´État pour disparition forcée Le 27 juin 2011, au Palais National de la Culture, le Président Álvaro Colom a participé à un acte de pardon auprès des familles de huit personnes victimes de disparition forcée dans la communauté de El Jute, département de Chiquimula. Colom a reconnu la responsabilité de l'État pour ces crimes et a remis aux familles des lettres dans lesquelles il demande officiellement pardon au nom de l'État. Les familles des victimes se sont montrées satisfaites de cet acte, qui les encourage à continuer la lutte pour la vérité et la justice. Les faits Le 19 octobre 1981, huit habitants de la communauté de El Jute sont arrêtés illégalement et enlevés dans le cadre d’une opération militaire contre-insurrectionnelle. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Le 17 décembre 1981, les soldats retournent au Jute où ils torturent et violent plusieurs personnes. Le 3 décembre 2009, au terme d’un processus juridique de 9 ans, trois anciens comisionados militaires et un colonel ont été condamnés à 53 ans de prison pour disparition forcée et crime contre l’humanité. Les faits du 17 décembre n’ont pas encore été jugés. Ce jugement représente la première condamnation d’un officier de haut rang pour des crimes commis pendant le conflit armé interne et la deuxième pour disparition forcée au Guatemala. Aujourd’hui, après une deuxième plainte déposée en 2010, le comité des victimes de El Jute attend toujours que soient jugés les auteurs des crimes commis le 17 décembre 1981.

Une marche pour la vie et la paix : la jeunesse mobilisée Dans un pays où la moyenne d'âge est de 19 ans, voir un mouvement de jeunes revendiquer la vie et la paix est un beau message d’espoir dans un contexte de violence quotidienne. La sixième « marche de la vie et de la paix », réalisée le 1er juillet dernier, a voulu transmettre ce message tout au long des 3 kilomètres parcourus dans la joie et la musique. Organisée par le « Réseau pour la vie et la paix », cette marche a pour objectif de manifester contre la violence à travers la promotion des expressions artistiques et culturelles. Ce réseau, intégré par 7 organisations, souhaite contribuer à la cohésion sociale et à la diversité culturelle grâce à un processus de formation visant à promouvoir le jeu et la culture comme des éléments dynamiques et faisant évoluer les individus, les groupes et les communautés. Il organise des ateliers communautaires de sensibilisation à la récupération de l'espace public, des ateliers récréatifs et de coexistence pacifique, des ateliers d'expression artistique, des après-midi ou semaines culturelles et enfin, organise une marche annuelle. La marche s’est réalisée à Ciudad Quetzal et pour la première fois a traversé le barrio de Carranza, particulièrement touché par la violence, dont les jeunes sont les premières victimes. Échassiers, jongleurs, danseurs de break dance, musiciens sont sortis dans les rues et accompagné le cortège, suivis par plus de 500 habitants de ces communautés urbaines oubliées et délaissées par les autorités. Une belle initiative donc, qu’ ACOGUATE a accompagnée pour la première fois cette année.

Figueroa, Vielmann et Sperisen Le feuilleton continue dans l’histoire des exécutions extrajudiciaires en 2005 et 2006 et impliquant le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Carlos Vielmann, l’ex-directeur de la Police nationale - PNC, Erwin Sperisen et l’ex sous-directeur de la PNC, Javier Figueroa. Rappelons que ces trois personnages sont également accusés d’être responsables dans le cas de l’expulsion violence de la Finca Nueva Linda en 2004, qui avait fait 9 morts parmi les paysans. Aux dernières nouvelles donc, l’extradition de Vielmann (il se trouve actuellement en Espagne) devrait se faire pour qu’il puisse être jugé au Guatemala et ce, malgré l’avis contraire de la CICIG et de la procureur générale Claudia Paz y Paz qui avancent que le système judiciaire guatémaltèque et l’État en général ne disposent pas de la stabilité et de la transparence nécessaires pour assurer à Vielmann à la fois un procès impartial et sa propre intégrité physique. Erwin Sperisen sera quant à lui jugé en Suisse (dont il possède la nationalité) puisqu’il n’existe pas d’accord d’extradition entre les deux pays. La Suisse a d’ores et déjà ouvert une enquête et réclamé des documents au Guatemala, sur le cas des exécutions mais également sur d’autres cas dans lesquels Sperisen est impliqué, dont le cas de l’expulsion de la finca Nueva Linda. Javier Figueroa, détenu en Autriche en mai dernier puis libéré sous caution, a de nouveau été arrêté en juin, dans l’attente de la décision d’extradition de la part de l’Autriche, qui n’a pas non plus d’accord d’extradition avec le Guatemala. À suivre… Solidarité Guatemala n °1 9 5 j u i l l e t - s e p t 2 0 1 1

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Brèves Expulsions violentes Les expulsions ne cessent malheureusement pas, même à la veille des élections. Après les événements de mars dernier dans le Polochic, qui ont coûté la vie au paysan Antonio Bec Ac, deux nouveaux cas d'expulsions violentes ont eu lieu dernièrement. Le 28 juillet, à Retalhuleu, c'est au tour de Sergio de León de succomber à l'impact d'une bombe lacrymogène lors du délogement de la finca Los Cafetales par 450 éléments de la Police Nationale Civile - PNC et 60 soldats (alors que seuls 138 paysans étaient présents sur les lieux). Une bombe lacrymogène avait été elle aussi à l’origine du décès d’Antonio Bec Ac. Plusieurs témoignages et certaines vidéos concordent sur le fait que la Police Nationale Civile utilise ses lance-lacrymogènes en direction des personnes, puis justifient les blessures et les morts comme des “accidents”. Le 10 août, c’est de nouveau dans le Polochic que des agents de sécurité privée de l’entreprise agricole Chabil Utzaj ont attaqué des paysans vivant au bord de la route et brûlé leurs maisons et leurs biens. Résultat : 3 blessés par balle, dont une fillette de 9 ans et 4 personnes frappées, dont 3 femmes. Ces faits tragiques sont irrémédiablement liés à la possession de la terre dans un pays où la répartition de cette dernière est historiquement inégale. Les grands propriétaires terriens, quant à eux, revendiquent leur droit à protéger la propriété privée dont ils ont officiellement le titre… ou du moins, en apparence. En effet, le Commissaire de la CICIG1, Francisco Dall’Anese, a récemment révélé que les archives cadastrales et de propriétés antérieures à 2005 concernant cette zone du Polochic étaient introuvables, ce qui peut laisser supposer la présence d’une structure de pouvoir cherchant à favoriser les grands propriétaires. En attendant, la situation des familles expulsées reste extrêmement précaire, puisque leurs habitations et leurs cultures de maïs et de haricot ont été détruites lors des opérations des forces de l’ordre et que l’État ne prévoit aucun plan de relogement pour les familles expulsées. Pourtant, dans le cas de l’expulsion du mois de mars, la CIDH2 a émis en juin des mesures de protection (relogement, sécurité alimentaire, etc.) pour 800 familles mais ces mesures ne sont toujours pas appliquées. Comme le soulignait dans la presse le représentant de l’OACNUDH3 en référence à l’expulsion du 28 juillet, “nous avons averti les autorités que les expulsions ne respectent pas les standards internationaux et violent les droits humains, et l’on parle toujours de droit à la propriété mais pas du fait que les personnes ont droit à la vie et à l’alimentation.” 1

CICIG: commission contre l’impunité du Guatemala CIDH: Commission inter-américaine des droits humains 3 OACNUDH: Bureau Amérique centrale du haut commissariat des nations unies pour les droits humains 2

Pedro García Arredondo inculpé pour disparition forcée Pedro García Arredondo, ancien chef du Commando 6 de la Police Nationale (service des investigations) entre 1974 et 1982, a été arrêté le 24 juillet à Nueva Santa Rosa. Il est accusé de la disparition forcée de l´étudiant Édgar Sáenz Calito, détenu pendant plusieurs mois en 1981 pour avoir distribué des documents de propagande de l´Organisation Révolutionnaire du Peuple en Armes (ORPA). Quelques jours après sa sortie de prison, il avait été enlevé et son corps n'a jamais été retrouvé. Le 25 juillet dernier, les juges ont donné trois mois aux procureurs du Ministère Public pour qu'ils présentent leurs conclusions. Ces derniers ont informé qu'ils enquêteraient également sur d'autres crimes auxquels Arredondo est soupçonné d'avoir participés. «Les crimes de García Arredondo sont innombrables» affirme le Groupe d'Appui Mutuel-GAM, dans un communiqué qui souligne que « ses victimes se souviennent de lui avec terreur, pour avoir été celui qui a dirigé des actions répressives contre des étudiants, des syndicalistes, des dirigeants sociaux et religieux et toute personne qui osait braver la pensée dominante pendant la dictature ». Arredondo est également accusé d'avoir participé à l'incendie de l'ambassade d'Espagne, le 31 janvier 1980, dans lequel ont péri 39 personnes. En 2003, dans le cadre de la Compétence universelle de la justice espagnole, l'Espagne avait émis un mandat d'arrêt à l'encontre de García Arredondo, accusé de terrorisme, homicide et enlèvement. Les personnes ayant porté plainte en Espagne, dont Rigoberta Menchú, demandent qu'il soit jugé au Guatemala pour ces crimes.

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Une licence d’exploitation peut en cacher une autre…. Fin avril, le Ministère de l’Environnement annonçait qu’il ne validait pas l’étude d’impact environnemental remis par l’entreprise Tikal Minerals pour l’exploration et exploitation de 100 km2 de plages sur la côte sud du pays. Le projet visait à extraire le fer des plages de sable noir d’origine volcanique de la côte Pacifique du pays et avait été dénoncé par différentes organisations de défense de l’environnement et de citoyens. Cette décision a été confirmée fin juin par le Ministère des Mines, invoquant le non respect des pré-requis exigés. Voilà donc une bonne nouvelle pour les mangroves et les tortues de la région… Au même moment, l’exécutif cherche par tous les moyens à faire accepter le projet d’installation d’un terminal de gaz de l’entreprise mexicaine TOMZA, sur la pointe de Manabique, zone protégée. Et ce, malgré le fait que le CONAP1 a déjà émis par deux fois des avis défavorables concernant ce projet et conseillé au Ministère de l’Environnement de refuser leur étude d’impact environnemental. Peutêtre l’actuel président de la république, Alvaro Colom ne veut pas perdre son moyen de locomotion, puisque TOMZA lui prête son avion pour ses déplacements internationaux. Cela explique sans doute le limogeage en juillet du directeur du CONAP et son remplacement par un proche du président aux compétences douteuses concernant les zones protégées. Ce dernier vient d’ailleurs d’être remplacé à son tour, quelques jours après le recours en justice déposé par CALAS2 devant la Cour constitutionnelle sur ce cas. Selon A. Colom, ce remplacement s’est fait uniquement pour éviter « d’inutiles suspicions » et en a profité au passage pour traiter les écologistes et défenseurs de l’environnement « d’écohystériques »… En attendant, l’étude d’impact est toujours en étude au CONAP qui devrait prochainement rendre son avis. 1 2

CONAP: Conseil national des zones protégées CALAS: Centre d’action légale environnementale et sociale


Bloc notes Elections à San Miguel Ixtahuacan et comités civiques. Les résultats électoraux de la municipalité de San Miguel Ixtahuacan étaient fortement attendus au sein d'ACOGUATE. La campagne du Comité Civique de San Miguel a animé le front de lutte contre la Mine Marlin ces derniers mois. Quelques militants ont créé ce comité pour s'intégrer à la politique de la municipalité. Pendant trois mois, ils se sont présentés dans les villages et hameaux afin de se faire connaître. Leur programme, en ce qui concerne la mine, était de réaliser en premier lieu de grandes études internationales et indépendantes sur la pollution et la santé. Les candidats des autres formations voulaient quant à eux plus d'argent venant de la mine. L'optimisme pré-électoral était très fort. Le 12 septembre, nous avons appris que le maire sortant (UNE) était réélu et que le Comité Civique arrivait en troisième position après le Partido Patriota (PP). Ces deux derniers dénoncent une forte corruption de la UNE, le Parti du président sortant, Alvaro Colom. Les résultats peuvent sembler décevants. Mais le Comité Civique a été créé tardivement et n’a eu que trois mois pour faire campagne. De plus, après les manipulations électorales, les deux partis perdants semblent se rapprocher. Certains activistes espèrent que les électeurs du PP s’allieront au Front de lutte. Cette campagne du Comité a permis selon son dirigeant de conscientiser les communautés sur les problèmes liés à la mine. Le Comité Civique a maintenant quatre ans pour préparer une nouvelle campagne pour les prochaines élections.

Des nouvelles du terrain - Marine Pezet est arrivée en juin pour compléter la désormais grande équipe du Collectif sur le terrain composée de Vanessa Gongora (acco depuis juin 2010), Héloïse Squelbut (avril 2011), Alexandra Marie et Jean Guilloton (mai 2011). - Les accos ont désormais leur blog qu’ils actualisent (en français…) au gré de leurs intérêts et de leur temps libre! Visitez-le: www.accoscollectif.blogspot.com

AGENDA Expo photo pour l'anniversaire de PBI à travers la France A l'occasion de l'anniversaire de PBI, 30 ans dans le monde et 20 ans en France, la section française met en place une exposition photo itinérante pour présenter le travail de PBI dans le monde. Retrouvez là près de chez vous: - A Grenoble les 14 et 15 octobre - A Toulouse du 5 au 9 novembre - A Cergy du 11 au 20 novembre - A Lyon du 24 au 26 février Les Remolacha en concert en France C’est l'union de 6 musiciens de ska guatémaltèques : djembé, guitare, contrebasse, bongo, harmonica et charango sont lesingrédients de ce cocktail sonore hors du commun ! A Paris le 30/09, Nantes le 01/10 et Toulouse le 4/10

Festival Ciné Alter’natif Entre Nantes et Paris, l’association De la Plume à l’Ecran vous propose de découvrir la production cinématographique et documentaire de réalisateurs autochtones des Amériques. Cinq documentaires courts réalisés dans les ateliers organisés par le Collectif Guatemala seront présentés à Nantes le 3 octobre! Plus d’info : www.delaplumealecran.org

Sortie du film Los Herederos (Mexique, 2008, 78’) Dans les campagnes mexicaines, la pauvreté se transmet le plus souvent par héritage. De génération en génération, les jeunes reproduisent les gestes des anciens dans un même combat pour survivre. Un enfant joue, rit, blague. Et celui que l'adulte fait travailler... aussi ! Pour en savoir plus et connaître les salles où aller le voir en France : http://www.losherederos-lefilm.com/ Solidarité Guatemala n °1 9 5 j u i l l e t - s e p t 2 0 1 1

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Le Collectif Guatemala Qui sommes-nous ? Fondé en 1979 par des réfugiés guatémaltèques et des militants français, le Collectif Guatemala est une association 1901 de solidarité internationale. Il est composé d’associations et de particuliers, dont une bonne dizaine de membres actifs, sur lesquels repose la vie de l’association. Depuis octobre 2002, l’équipe s’est étoffée avec l’arrivée d’une permanente, passée à temps-plein en 2011. Depuis mars 2006, l’association a ouvert un bureau de coordination pour ses activités au Guatemala (accompagnement international et campagne de soutien aux militants luttant contre le pillage de leurs ressources naturelles).

Les activités du Collectif au Guatemala ● L’accompagnement international √ des populations indigènes victimes du conflit armé impliquées dans des procès contre les responsables de violations massives des droits de l'Homme, √ des personnes menacées du fait de leurs activités militantes. Comment ? √ à la demande des groupes ou personnes menacées, √ en recherchant et en préparant des volontaires qui resteront au minimum 6 mois sur le terrain. Pourquoi ? √ pour établir une présence dissuasive, √ pour avoir un rôle d'observateur, √ pour relayer l'information. Les accompagnateurs/trices sont des volontaires majeurs, de tous horizons, désirant s’engager pour une durée minimum de 6 mois. Des sessions d’information et de préparation ont lieu en France avant le départ. Au Guatemala, les accompagnateurs sont intégré au projet international d’accompagnement ACOGUATE. ● L’outil vidéo √ organisation d’ateliers vidéo destinés aux membres d’organisations communautaires pour la réalisation documentaire √ soutien à la diffusion de ces films à la capitale et dans les communautés √ réalisation de film-documentaires comme outil de campagne et de sensibilisation en France

Les activités du Collectif en France

L'appui aux organisations de la société civile guatémaltèque qui luttent pour plus de justice et de démocratie

√ en relayant des dénonciations de violations des droits de l'Homme, √ en organisant des campagnes pour soutenir leurs revendications, √ en recherchant des financements pour soutenir leurs projets, √ en recevant en France et en Europe des représentants de différentes organisations pour leur permettre de rencontrer des décideurs politiques et financiers. ● L’information et la sensibilisation du public français Sur quoi ? √ la situation politique et sociale au Guatemala, √ la situation des droits de l'Homme, √ l'action des organisations populaires, indiennes et paysannes. Comment ? √ par la diffusion d’une lettre à l’adhérent bimensuelle, √ par l'organisation ou la participation à des conférences, débats, réunions, projections documentaires √ par des réunions mensuelles ouvertes à toute personne intéressée. ● Le travail en réseau avec différents types de partenaires présents au Guatemala

√ associatifs, √ institutionnels. Contact: collectifguatemala@gmail.com

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