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Revue du Collectif Accident NumĂŠro DEUX


You’re welcome… Que penser de HOLLYWHHD PROD. ? Au mainstream de masse, à l’entertainment divertissant, à votre culture diversifiante contre leur culture culturante, aux périphéries des flux. La guerre des contenus ? : The Whole Question. AC.C Prod. presents The Big Picture – a local big event review !

« Tous ces mots sont en anglais. Ce n’est pas un hasard. C’est ici au cœur de l’Amérique mainstream, que tout a commencé. » So, being « colorful ».

Extrait de Mainstream, Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde de Frédéric Martel (2010).


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Troisième numéro du collectif Accident. Noir sur fond flambant rose, raffiné, double épaisseur. Nous assistons à une attitude longuement répétée pour laquelle les interrogations demeurent : pourquoi nos mères s’assouplissentelles devant le poste de télévision, les yeux brillants et le sourire aux lèvres ? Après les repas, l’accalmie au sein du foyer facilite la confrontation avec les personnages figurant à l’écran. Le tout pour profiter d’un confortable moment d’extase, un septième ciel, le huitième art. Some NeverEnding Stories, des soupapes soporiphiques et du désespoir : Stay Tuned… Le moment Soap Opera.

Face aux flux : voici notre ancre.


« Il n’y a pas de vie intérieure, il n’y a que des doubles fonds. »

Guillaume Pinard dans le catalogue de son exposition de dessins organisée à Monflanquin lors de sa résidence d’artiste (juin-juillet 2002). Lire Les histoires de Con-Con.


Tomorrow Never Dies Drag And Drop Funny Sanctuary

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TOMORROW NEVER DIES 8

espaces historiques et domestiques

II

Une petite histoire du savon américain qui pique les yeux. I

Les soap operas tiennent leurs noms des sponsors de ce type de fiction : les fabricants de produits hygiéniques tels que Procter & Gamble, Colgate-Palmolive, Lever Brothers et Pepsodent (P. & G. est par ailleurs toujours propriétaire de certains soaps encore diffusés). Ces derniers ont alors “ciblé” la ménagère, se doutant du formidable potentiel publicitaire en leur diffusant en pleine journée, des programmes vantant leurs produits savonneux. C’est ici l’avènement d’une diffusion massive clairement inspirée d’émissions sponsorisées.

Les feuilletons possèdent leur propre temporalité : d’un quart d’heure à une heure, ils ont la particularité d’être diffusés tout au long de l’année, sans être regroupés par saison. Pouvant compter jusqu’à deux cent cinquante épisodes par an, leur attrait réside dans leur très longue période de diffusion. Les premiers soaps furent des programmes radiophoniques dont The Rise of the Goldbergs (1929), chronique d’une famille juive en voie d’américanisation programmée un quart d’heure de manière sporadique, elle devient quotidienne à partir de 1931.


HHHHHHHHH

Clara, Lu ’n Em, dont le trio composé de Louise Starkey, Isobel Carothers et Helen King, a été émis sur les ondes de WGN Chicago en 1930. Ces gossip girls partageaient le même duplex. Repérées par Colgate en 1931, leurs émissions de radio furent produites par la multinationale et les trois actrices commencèrent elles-mêmes à utiliser le qualificatif “soaps”. L’autre radio soap de référence s’intitule Painted Dreams (1930) scénarisé par l’inventrice du genre, Irna Phillips. Celle-ci donna notamment naissance à onze radio soaps et huit soap operas — dont Guiding Light qui fêta ses 70 ans d’existence en 2007, le record. Painted Dreams se caractérise comme étant le premier rendez-vous quotidien entre une famille américanoirlandaise, les Moynihan, et les auditrices chicagoanes. Le premier radio soap diffusé à l’échelle nationale sur NBC Blue fut Betty & Bob (1932) créé par Frank & Anne Hummert. Scénaristes et surtout producteurs, le couple instaura une véritable “usine” à soaps, la Air Features, Inc., où ils dirigèrent scénaristes, relecteurs, sténographes ainsi que des dialoguistes chargés d’enrichir leurs scripts. John Dunning nous précise d’ailleurs, dans son ouvrage On the Air : The Encyclopedia of Old-Time Radio que les Hummert concoctèrent une formule assurément efficace pour leurs scénarios : “Faites appel au plus petit dénominateur commun, clarifiezle, captez-y les sentiments, et récoltezen les fruits.”

Au sein de l’équipe de WGN Radio à Chicago puis auprès des radios nationales, Irna Philips, de son côté, augmente la durée des épisodes de quinze à trente minutes, et crée sous sa plume des ressorts dramatiques toujours utilisés de nos jours, tel que le cliffhanger — fin ouverte mettant en haleine l’auditeur…

To be continued

HHH

À consulter, le site : www.shemadeit.org À lire, Radio voices : American broadcasting, 1922-1952, de Michele Hilmes et l’article Soap Opera de Robert C. Allen sur www.museum.tv À écouter sur le site de l’Université de tous les Savoirs, la conférence de Martin Wincker, Les séries TV et les soap-opéras. Téléchargeable gratuitement.


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Irna Phillips sera également la première à utiliser des spécialistes pour ses personnages (avocats, docteurs…). Elle introduit, grâce à sa technique d’écriture et son implication dans le scénario, l’image du personnage perfide voire machiavélique. Painted Dreams et la douzaine de soaps créés au début des années 30 continuent de s’attarder sur la sphère privée et domestique. Le contexte socio-économique est également abordé. Aux critiques lancées à Anne Hummert à propos de cette narrativité à l’eau de rose qui ne fait que prolonger les dilemmes familiaux, elle répond : “Personne ne peut comprendre le succès phénoménal des soaps sans appréhender l’environnement dans lequel ils ont été écrits. Lorsque les ménages ont connus des difficultés pendant la Grande Dépression, les soap operas apportèrent un soutien moral de masse. Le mari craignait de ne pas conserver son travail et sa femme, anxieuse, ne savait si elle serait en mesure de trouver suffisamment de vivres pour préparer le prochain repas. Les radio soaps ont donc maintenu le lien social pour ces gens issus de la classe moyenne entre la Crise de 1929 et la Seconde Guerre mondiale”. La télévision américaine commence à se commercialiser au début des années 40 et vient supplanter la radio qui rapidement apparaîtra comme un média complémentaire pour les annonceurs. Elle est le médium bénéfique de l’immédia-télé. Au fur et à mesure que la présence du téléviseur

se démocratise, les émissions radiophoniques se voient “transposées” dans la lucarne avec plus ou moins de succès. En effet, le rapport entre les acteurs et leur environnement ne sont plus les mêmes qu’il s’agisse du simple micro ou de l’intimidante caméra. La télévision fait émerger de nouvelles formes visuelles. En 19511952, les journalistes démontrent que la télévision peut attirer des spectateurs en pleine journée. Ainsi, CBS, avec Guiding Light, devient la première radio à adapter ses programmes à la télévision. Au début des années 1960, les radio soaps sont démodés et “soap opera” signifie dorénavant un programme télévisé. C’est respectivement NBC et ABC qui portent en premier lieu un grand intêret au “savon médical” : The Doctors (1963-1982) et General Hospital (1963-…). Le contexte de la maisonfoyer disparaît au profit de l’hôpital et de ses longs couloirs aseptisés, traversés par des médécins, infirmières, personnels hospitaliers et leurs patients. Cette famille professionnelle et fraternelle repose notamment sur un principe commun: être au service de l’autre. Le succès commercial se confirme et les scénaristes peuvent varier et complexifier leurs récits. L’une des trouvailles fut de mettre en avant les relations amoureuses entre familles d’horizons divers. Dans One Life to Live (1968-…), une richissime famille WASP côtoie une famille ouvrière polonaise et catholique ainsi qu’une famille juive ou encore afro-américaine.


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Dans cette pertinente course à l’innovation scénaristique, ABC propose All my Children (1970-…) qui aborde la guerre du Viêtnam en opposant les visions conservatrices et pacifistes. CBS avec Love Is a Many Splendored Thing (1967-1973) choisit l’histoire d’amour interraciale avec une jeune femme asio-américaine pour personnage principal. Suite aux pressions exercées par les sponsors sur les diffuseurs et le lobbying des spectateurs sur les scénaristes, les soaps suivants s’inscriront dans une lignée beaucoup plus conventionnelle satisfaisant la tranche d’âge la plus assidue : la ménagère de moins de 50 ans. Les savons s’hollywoodisent. Les mélodrames sont infinis et l’éclairage “trois points” magnifie le visage des acteurs : pour preuve Santa Barbara (1984-1993) ou The Young and the Restless [Les Feux de l’amour (1973-…)]. Les années 70 voient une compétition acharnée entre les trois chaînes nationales et leur grille des programmes affiche “complet” l’aprèsmidi : du soap, du soap et du soap. Cela révèle un véritable succès répondant aux exigences du Marketing, du Courrier des téléspectateurs et bien sûr de l’Audimat. Les évolutions scénaristiques des années antérieures se sclérosent. Cependant, chacun essaiera de s’accorder avec “son public” en alternant des principes fantastiques vs. réalistes, personnage-phare vs. communauté soudée, progressistes vs. traditionalistes… Parallèlement, la durée de vie de certains débats télévisés fait

preuve d’une telle longévité que cette stabilité s’inscrira également dans les gènes du soap. Dans les années 1980, les soaps s’inscrivent au patrimoine culturel du mass media américain. Une nouvelle famille émerge dont la figure de proue est Dallas (1978-1991). Hebdomadaire et mettant en scène une famille élargie où les liens familiaux tissent une trame narrative exponentielle, Dallas enfantera un grand nombre d’autres “univers impitoyables glorifiant la loi du plus fort”, dont Dynasty (1981-1989). Certains qualifieront ces soap operas d’impérialistes, en raison d’une diffusion mondialisée allant jusqu’à leurs “adaptations” locales : en France avec Châteauvallon (1985) et en Allemagne, Die Schwarzwaldklinik [La Clinique de la Forêt-Noire (1985-1989)]. Ce type de programmes finit par évoluer : le système vidéo domestique (VHS) et le câble élargissent la gamme de programmes télévisuels, avec notamment, la chaîne Lifetime TV (1984) entièrement dédiée aux femmes de 18 à 45 ans… Tous ces éléments amènent les sponsors vers d’autres programmes comme les talk-shows moins coûteux. À travers cette histoire américaine déjà très dense, il serait difficile d’évoquer un supplément sur la quinzaine d’autres pays adeptes de ces programmes tels que les “telenovelas” brésiliennes, les “mousalsalets” égyptiens en passant par les “dramas” coréens…


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espaces-temps télévisuels

DRAG AND DROP « Je regardais défiler devant mes yeux ces femmes trompées, victimes, généreuses, compréhensives, maternelles, altruistes, calmes, douces, sensibles, philosophes, caféinomanes, enclines à évoluer à travers les épreuves qu’elles vivaient, femmes éprouvées mais fortes. Et auprès d’elles, ces hommes instables, courailleurs, éducateurs, infidèles, vantards, agressifs, ivrognes, pourvoyeurs, superficiels, intolérants à voir leur femme se libérer, incapables ou presque de communiquer, et parfois même, disons-le, … crétins. » Extrait de l’article de Véronique Ngutên-Duy Le téléroman et la volonté d’une télé originale dans Variations sur l'influence culturelle américaine de Florian Sauvageau, citant l’écrivaine Suzy Turcotte (1988) à propos des téléromans de Lise Payette.


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« Les femmes : bulles de savon ; l’argent : bulles de savon ; la renommée : bulles de savon. Les reflets sur les bulles de savon sont le monde dans lequel nous vivons. »

Extrait de Le Pavillon d’Or de Yukio Mishima (1956).


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« Dans un soap opéra, l’important, c’est de laisser aux personnages le temps de réfléchir aux ramifications d’une remarque, de parler et d’écouter leur soûl. Les actions et les nœuds de l’intrigue n’ont qu’une importance secondaire. »

Extrait de l’article de Tania Modleski, Les morales du soap dans l’ouvrage collectif Fresh Theorie (2007).


Teletravailleurs,

continuons à triturer les boutons-têtons

de nos télévisions


Bo et Hope réussissent à échapper à Jess et sa bande. 09.30 Ridge demande à Taylor de cesser toute relation avec Rick. 13.55 Devon est arrêté pour le meutre de Carmen Mestra. 09.05 Tony part en voyage sur son yacht. Il emporte avec lui le laser de Rex. 09.30 Taylor essaie de convaincre Rick qu’il ne peut rien se passer entre eux. Ils doivent seulement être amis. 13.55 Tout le monde prépare le repas de Thanksgiving. Rex 09.05 est sur le point de découvrir qui est sa mère. Pam joue de mauvais tours à Donna : elle sabote son rendez-vous 09.30 chez le coiffeur et s’arrange pour qu’elle ressorte la peau brûlée de sa séance d’UV. Tony a embarqué sur un navire 09.05 et découvre rangé dans une caisse, le laser conçu par Rex en pièces détachées. Le cauchemar continue pour Donna : ses dents virent au gris après une séance 09.35 de blanchissement. Elle finit par comprendre que Pam est à l’origine de tous ses malheurs. 13.55 Nikki fait part à Victor du désaccord entre Ji Min et Jack au sujet des photos de Sharon. 09.05 Lucas et Cassie s’apprêtent à vivre leur première nuit d’amour. De son côté, Rex découvre que sa mère est Kate Roberts. Lucas est donc son demi-frère… 09.30… … 09.05


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note pour des espaces noirs

FUNNY SANCTUARY « Nous avons tous des moments de profonds désespoirs, mais lorsqu’on décide d’affronter le problème, on en ressort encore plus fort » , annonce la voix suicidée de Mary Alice Young, notre desesperate housewife . D’outre - tombe, elle pactise avec Kierkegaard et nous convie à regarder nos peurs et nos angoisses en face. Je vous l’écris : Nous existons comme des processus en instance de déséquilibre. Risques d’éboulement ! Ballotés et polis comme des galets, nous dévalons les affaires du monde. Manifeste télégénique d’une asphyxie. Tout le monde est désespéré. Au fond. Sous le fond de teint, sous le vernis, au fond de l’être, le désespoir. Ce fond sur lequel nous sommes dépeints. Sous nos peignoirs, face à nos miroirs, le désespoir. Mélange d’angoisse, d’anxiété, de complexes physico-moraux, d’aliénation sociale et de désordres amoureux. Cocktail d’ambitions bafouées, de compromissions mal assumées, de comparaisons à l’excès, de manque d’épiderme, de frayeur du terme, de doutes insurmontables, de peurs incontrôlables, de désirs refoulés, de routines reniées…

Cela ne nous empêche pas, la plupart du temps, d’exister. On se déroule. Mais ça remonte par bouffées, à l’occasion. C’est notre consubstantiel. Notre inséparable époux. Peu l’assument et encore moins l’avouent… Enfin spontanément… Car brisé par dix litres de bière, franchissant la barrière de la confidence, une fois le filet protecteur de l’amitié posé, j’entends le même ronronnement, celui qui grince un peu, comme un piaulement transcendant, cette forme d’aveu du manque. Le manque de soi, le manque de l’autre, le manque de circonstances.


HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH

Jamais de joie glorieuse à l’aube des nuits blanches. Jamais d’extase au fond des choses… Bien sûr, je ne doute pas que certains soient heureux. Mais grattez les vingt minutes et vous vous apercevez que leur contentement n’a pas de fondement. Creusez les une heure et vous verrez apparaître la couche d’angoisse. Le désespoir comme dessin préparatoire. Ah ! j’en aurais entendu des paroles désespérées, des confessions au p’tit matin, des retours du refoulement, des introspections spontanées… à chaque fois surpris par la forme que cela prenait, mais désormais habitué à son ubiquité… Chez des gens que je n’aurais jamais soupçonnés d’être accablés… Chez ceux qui ne laissaient rien transparaître… là encore désespoir… Désespoir partout… extase nulle part… Il a fallu me faire à l’idée… Ça a l’air grave comme ça, mais ça ne l’est pas tant que ça. On peut toujours graver de jolies choses, même sur un fond merdique. Ou alors on peut tout effacer… Changer de toile… J’y arrive… Mais pourquoi ne pas poser tout cela comme préambule… Introduction à la Constitution : « l’homme est affliction »… crève-cœur… supplication… catastrophe plate… Ça nous remet à notre place… Celle d’une promesse inachevée… l’homme comme projet… Parce qu’on fait tous comme si tout allait de soi… On a nos petites fiertés… nos intentions… toujours à venir… on discute… on parlote… comme si nous n’étions pas posés près de la faille… J’suis au bord du gouffre, dit-elle en riant… Mais tu l’es réellement ma pauvre… Nous

marchons tous sur la fragile banquise de la dépression… qui n’est que l’expression manifeste de notre fond primordial… Encore une fois tout cela n’a rien de tragique… Enfin si… Ça nous empêche d’être sublime… Mais ce qui est sublime c’est que tout cela est commun… partagé… Si nous nous l’avouons simplement, il n’y a pas de raison d’évincer la désolation… Il faut nationaliser le désespoir ! Régie Nationale de la Détresse ! Mutuelle Syndicale de la Tristesse ! Ça ne demande pas une grande cérémonie du chouinement… Les plaintes piaulées sont inutiles en plus d’être fatigantes… Non juste un constat froid de notre accablement… De là, on pourra éviter la manque de substance de nos paroles… De ces phrases dégueulasses qui ne signifient rien, de celles qui surfent à la surface par crainte de profondeur… Il suffit d’avoir mis en commun une fois pour toutes nos doutes… Le conscient collectif… au lieu du repli individuel des nuits cuivrées… Même les chiens sont moins seuls… Attention ! je ne renie pas l’immense grâce de la solitude et des traversées de mers intérieures… Ce que j’insulte c’est d’en rester là… D’apparaître lissé le lendemain… et que chacun patauge dans son p’tit malheur personnel la nuit d’après… Le courage ponctuel de s’avouer moinsque-rien et l’Odyssée suit son cours… Je respecte les gens qui portent le masque de la quiétude mais je supporte de moins en moins leur « insincérité »… Comme à chaque fois toute vérité a deux facettes… la dialectique…


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En somme éviter deux excès, celui de l’insignifiant Tout va bien et celui de l’hyperchiant Tout va mal… Non… Tout est désespoir… c’est entendu… on est d’accord… Mais rien n’est insurmontable… une fois partagé… Du communisme des affects… « La Joie est plus profonde que la Tristesse » (Friedrich Nietzsche), “Happiness is better than Desesperate Housewives”… Bon, ce qu’il y a de tragique dans le désespoir, j’y reviens, c’est qu’il nous empêche d’atteindre le merveilleux car le désespoir n’a rien de sublime. C’est au contraire un frein risible, une œuvre minime, le sordide sans le grandiose. Rien d’eschyléen làdedans, plutôt Amour, Gloire et Beauté que Prométhée enchaîné… Oui la tristesse n’est que surface… pellicule de laid… Elle ramène tout à soi… à la plus petite part du soi… La mélancolie ne transcende rien, elle est repli sur soi… confort dans la douleur. Dans le désespoir, pas de risques… pas de rencontres… tout est déformé pour la position fatale… On se tient chaud… Alors que la joie est expansive… elle est ouverture, brèche extensible, capture du monde… Elle part de soi… pas besoin de cette perpétuelle envie d’ailleurs… de voyages… de grands départs… Voilà encore une manifestation du désespoir. La joie transporte… avion à réaction. Définition : sourire irrépressible, agrandissement du moi. Elle m’est arrivée… au milieu de l’ivresse collective… au détour d’un paragraphe… au fond d’une danse de salon… percutée par

une conversation… au bout de certaines lèvres… le grand débordement… l’émotion qui ruisselle… Et surtout cette métamorphose en smiley incontrôlée… Et contrairement à la tristesse, la joie ouvre les bras… On délire le monde… on s’étend univers… opération cœur ouvert. La joie c’est l’acuité à son sommet… Putain de tic célinien dont il faut que je m’échappe… Aller contre soi… toujours… Si la joie est plus profonde, c’est qu’elle nous élève, tandis que le désespoir nous élague… Ah ! Le tourment romantique des grands sentiments… Voilà une autre promesse inaboutie… le syndrome Bovary… On nous dépeint le tragique et on vit dans le gris fade… on nous annonce le lyrique et c’est le quotidien qui règne… En tout cas le grand sentiment ne passe pas par le supplice… L’anxiété ratatine… le baroque c’est la joie qui s’entortille… l’euphorie qui cabotine… J’me résume… Assumons nos désespoirs, et arrêtons de nous persuader de vivre dans une société pacifiée… Aux idoles, les éclats… Notre Viêtnam, c’est le vide de joie… Aller contre soi… toujours… le voilà notre accès à la passion promise… « Avant tout, être un grand homme et un saint pour soi-même », disait Charles Baudelaire. Déclaration d’intention :.. facilité de salonnard… Mais, il y a un chemin bien précis pour éliminer le désespoir et parvenir à la joie… devenir Saint… c’est-à-dire ne pas vivre dans la séparation… Qu’est ce qu’un saint ? Un être non séparé… Un saint n’a pas


HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH

trente-six identités… il est soi… toujours… Il ne renie pas une partie de luimême en fonction du moment de sa journée… Il suit sa voie… Cela ne l’empêche pas d’aller contre lui même… toujours… Mais il ne se trahit pas en s’adaptant à chaque instant à son audience… Soumis quand il faut l’être, poli aux instants symboliques et libre temporairement. Le parfait petit assemblage qui ne renverse rien… Ma vie de bureau, mes sortie familiales, mes compromis génitaux… Merde de Paon ! Gloire à la glaire des caméléons ! Non viser la sainteté c’est devenir un et inaliénable… Ne pas céder à ses désirs… ne pas être séparé de soi… voilà le radical… Le martyre à s’infliger… la provocation ultime… Dire je partout et tout le temps… Assumer tout ce qui mijote plutôt que patauger dans le zigzag… Parce qu’on a toujours le choix… matériellement sûrement pas… on se subit… Mais au niveau métaphysique… c’est libre arbitre… Kant a raison… Kierkegaard au Panthéon… Il suffit d’accepter de se brûler… de choisir pire… de se quitter… Le choix du transcendant… pas évident… effrayant… Mais, il y a malheureusement toujours une ligne de fuite pour nous rendre coupable de rester sur les quais… Il faut accepter de brûler ses vaisseaux sans gains… Alors oui concrètement on est pris dans le tissu de la causalité… Étouffer par l’étoffe des motifs que l’on n’a pas choisi… pris dans l’injustice primordiale d’être né dans un corps aléatoire… jeté au hasard dans une famille imparfaite… entraîné dans une culture singu-

lière… mais il y a toujours un choix, qui, la plupart du temps, va contre soi, son confort, ses habitudes, qui permettra de quitter le régime des nécessités… Le choix moral… tout un programme… Devenir saint… Saint-Sébastien… Enfléché notoire… Gloriole à tafiole… Je suis moi… Se le dire comme un Mantra… Pour ouvrir une voie vers la vallée… Une voix originale… Je ne me sépare pas… Pas de diffraction, pas de dispersion… Se creuser… et aller contre soi… la dialectique… la négation… Pour ne pas devenir un con imbuvable… et toujours envisager les autres comme des promesses… Alors peut-être le désespoir pourra disparaître et la joie se dévoiler… Alléluia ! Le mal c’est la séparation… Saint-Antoine, qui se couche sur le lépreux, rompt la ségrégation… Le saint excise le vide… Le saint remède au nihil… Donnez-moi le Saint… Rompre le séparé… Pour retourner au commun… Devenir saint… Devenir Saint…


(it’s not) The end… The next big thing coming soon… HHHH !

with 300 copies.

Le collectif décline (.) toute responsabilité concernant le contenu des textes, les illustrations, les photographies et les dessins qui impliquent seuls leurs auteurs. Toute reproduction, même partielle, est possible avec l’autorisation préalable de AC.C (accidentcollectif@yahoo.fr)

> http://flavors.me/collectifaccident

Copy Safe.


Graphic Design : Accident Collectif Editorial board : Accident Collectif (Alban Gervais, Franck Marry et Xavier Lefebvre) with SĂŠbastien Dufay. Proofreading : Sandra Macoine and RaphaĂŤl Leboucher. Printing : Stipa, Montreuil First Internet release, October 2006 : www.accident-collectif.net Late time print issue : September 2010.

ac.c

Soap Opera

www.paygraphisme.net www.mopisland.com dechristallisation.blogspot.com


- Édition 2010

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