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Revue du Collectif Accident NumĂŠro Trois


“Savourer les mêmes plaisirs comme si c’était toujours la première fois est le privilège des mémoires défaillantes”. Friedrich Wilhelm NIETZCHE


m BIENVENUE

Fidèles aux postes, tout se passe derrière /\ devant notre écran. Après nous enfants, futurs super-héros sur fond bleu ; nos mamans, anciennes soap-addicts habillées de rose ; nous, maintenant (et nos enfants d’ores et déjà embarqués dans l’ère numérique). C’est la relation à notre outil de compagnie — ORDI – qui est ici pointée entre excitation et lassitude. Que signifie être graphiste au milieu d’amoncellements, d’immenses indices qui permettent de concevoir une image ? Nos chemins favoris, les signets, abrègent la démarche. Mais à quoi ces réservoirs d’octets facilement obsolètes contribuentils à donner naissance ? Certains de leurs contenus percent parfois le flux de l’information et nous touchent. Nous savons que le cheminement d'une image se fait par la pratique, par des manipulations sous OS. Cependant demeurent ces signes d’une  créativité standardisée qui défilent tous les quarts d’heure… Pour continuer à rencontrer autant d’images, le regard – critique – doit dire méfiance, mais doit-il dire Stop !.? Au format A5, notre cycle se termine. La volonté de travailler ne faiblit pas, elle se déplace ; de l’écriture des textes à des dessins architecturés, des typographies se bâtissent… Avant de quitter les lieux ne laissons pas notre premier texte se “périmer”, entassons nos premiers jpg et republions ainsi nos lost data-lost format pour boucler une boucle…

En piste, PIGEON ! Piégeons des formes fécondes.


L’image s’allume de nouveau et le texte boucle la boucle

MS ou Les Confiantes inconsciences

À l’heure de l’iconophage


Ms

ou les confiantes inconsciences… Et si je suis là pour m’éclater, je ne suis pas là pour me con­centrer. J’aurai subi un agréable bombardement de sti­muli qui m’auront distrait. Ce blitzkrieg me fait lever ma tête mais pas réfléchir. On ne pense pas pendant un feu d’artifice. Marin DE VIRY, Tous Touristes (2010)

rv www.manystuff.org n’est plus un objet virtuel non-identifié. Bon nombre d’autres blogs énumèrent, invoquent et ex­posent leurs trouvailles plastiques, photographiques et/ou graphiques. Des additions qui, pour la plupart des cas, proposent… mais proposent quoi ? Retour en 2007. Charlotte Cheetham, administratrice du blog Many­Stuff envisage une pratique légère de son œuvre. Son conseil : “Every Morning, I check Manystuff ”, ou ce qui adviendra pour nous la pêche en enclos piscicoles, la cueillette sous serres. Ses posts (publications) nous ont entraîné vers des univers fréquemment funny & cool, à la rencontre de partis-pris graphiques en gestation. Un tas d’objets graphiques mal­léables s’y manifestent jour après jour. Partisans d’en émettre éga­ lement, nous suivons de près ce laboratoire. MS c’est d’abord un annuaire du streaming, une in­­dexation, un catalogueur de l’espace graphique, nourri d’un appétit sans fin. Photographie, architecture, design, graphisme, il­lus­tration, images diverses et variées sont les catégories qui com­posent les rouages de Manystuff. Son mécanisme oblige un renouvellement continu, un réapprovisionnement programmé de formes car tous les matins, nous vérifions ce qui pourrait nous surprendre.


Catalogue éphémère de nos blogues 

. http:// haw-lin. com . www. aisleone. net . www. itsnICE that.com . http:// butdoes itfloat. com . http:// ffffound. com . http:// timolvo. tumblr. com . http:// blog. yimmyayo. com . …


À quoi correspond cette boulimie des images ? MS & consorts semblent chercher LE signe. À travers cette quête, ils font de nous des chercheurs inépuisés de pixels bien agencés. Leur activité de chercheurs-compilateurs va de pair avec la mise en place de systèmes de reproduction d’images où les modules sont simples et la grille de présentation basi­que. Ces outils permettent une autonomie de la diffu­sion –  nos pdf-zines ayant eus également cette propriété… et cette simplicité permet de ne pas perturber les formes présentées. Le contenant doit être concis et épuré pour afficher des contenus éclectiques. La première règle sera la cadence forçée. Par sa pratique, les Many ManyStuff (MMS) semblent capturer chaque jour un truc de la toile. Ils filtrent, épurent afin d’ar­racher et de protéger des raretés aux qualités graphiques certaines ; ils se chargent de colporter une histoire salutaire de l’image. Le danger pour tous ces passeurs serait-il alors de faire émerger les spectres d’une réalité devenue “totalitairement” digitalisée ? Leurs boucles finissent par se répandre inces­samment et c’est peut-être une des raisons qui pousse ManyStuff à s’engager dorénavant dans la production éditoriale et le commissariat d’exposition ; à essayer de résoudre cette équation complexe : Volume ≥ virtuel. V3 > Vpx _

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copier une source, c'est du plagiat ; en copier deux, c'est de la recherche.

Note n°358. Evernote : “Remember Everything” URL de la source de la note : www.moire.ch/index.php?pict=748


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h+

a l’heure de l’iconoPhage Elles [les nouvelles technologies] ont créé ‘un monde narcissique [qui] passe la moitié de son temps à fabriquer des images de lui-même, et l’autre moitié à les contempler’. George MINNOIS, cité dans La Tyrannie Technologique, L’emprise des Écrans de Cédric BAGIANI (2007)

Il est temps de mettre de côté, d’aller voir avant, de préférence en paquet, de créér du consultable. Un nouveau signet : www. But does it float. Encore une fois, une profusion d’images à vous créer des connexions… De voir défiler autant d’images pour n’en retenir qu’une, au mieux deux. Ces favoris ne nous entraineraient-ils pas à faire glisser nos yeux le long des écrans ? On y délace ses chaussures Nike et dénude les mannequins ano­ rexiques. Une micro-fiction du voyeur se met en place. JE VEUX VOIR défiler verticalement le paysage qui se construit autant que l’espace utile de mon écran le permet. Ce vague Vogue virtuel, MOOD emmagasine dix à quinze images par jour. Les sensations se dilatent et les émotions se fanent sauf lorsque j’y reviens 72 heures après, lorsque la surprise parvient à me réenchanter. Différents grains, différentes époques et l’espace du podium voit défiler un tas de concepts. ffffound.com est un incinérateur-incitateur. J’y gobe des visuels qui ne se prononcent pas. Il est vrai qu’en tant qu’internauteexplorateur, ici les aventures sont vécues comme un spectacle où l’action est seule reine. Les images s’acculent. Du “un petit peu de tout”, c’est ça ://errthng.com. Je tombe à la bonne heure, un brin d’émotion, sur des domaines de prédilection : mise en page, architecture, packaging, sensualité…


Il y a des canaux à la cadence plus ou moins fulgurante où des images, des paysages se composent. Ils méritent parfois que l’on appuie sur la gâchette pour les enregistrer. Voilà comment résumer cette somme d’images : des dépôts d’humeurs, des traces de ma veille artistique, technologique et littéraire… Ici, on brûle les images comme on viendrait brûler les litres de gasoil pour réaliser le plus beau road-movie. La route, notre bande passante, est de moins en moins étroite. Le macadam est blanc, le voyage a bien lieu : le jaune suit le bleu. Timolvo

Notes issues de notre politique mystique :

Comment en finir avec le lieu commun qui fait du spectateur un aveugle, un être vivant dans l’illusion, un sujet passif, un prisonnier de la Caverne, un captif du spectacle, un com­plice du Grand banquet des images. […]

L’émancipation, c’est ce brouillage de la frontière entre ceux qui agissent et ceux qui regardent, entre individus et membres d’un corps collectif. […]

Une communauté émancipée est une communauté de conteurs et de traducteurs. […]

Présupposons que les incapables sont capables, qu’il n’y a aucun secret, aucune fatalité à être enfermés dans un système nous assignant à l’ignorance. [issue de Le Spectateur Émancipé de J. Rancière > dechristallisation.blogspot.com]


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“Lorsque vous retournez à l’INA pour visionner une pellicule enfermée dans sa boîte pendant vingt ans, vous sentez une forte odeur de vinaigre à l’ouverture. Je n’ai jamais pensé qu’un DVD pût puer un jour, l’avenir nous le dira.” Jean-Marc CHAPOULIE, Notes en marge d’un monument aux médias morts, dans Fresh Theory II (2006)”.


L’

image s’allume de nouveau et le texte boucle la boucle Cf. le texte Quand l’image s’allume – numéro 0. En effet, insistons sur ce qui est bon de rééditer pour que nos données 2006 ne deviennent pas obsolètes si rapidement : Il est intéressant de constater que le terme “graphisme” est tou­jours difficile à qualifier ; il mêle plusieurs disciplines et passe constamment de la généralité à la spécialisation. L’ori­ gine de ce terme induit avant tout un geste… Du latin graphicus, du grec ancien graphikos, issu de graphein, “graphisme” introduit le verbe “écrire”. “Design” pourrait également être passé au crible étymologique. Du latin designo, qui signifie “dessiner à dessein”, nous nous retrouvons donc à écrire, des-

siner à dessein. Dans le monde de l’écrit, nous savons que le graphisme et les images peuvent associer la typographie, l’illustration, la photographie, l’espace et/ou la mise en page ; les combinaisons sont multiples. Comment agencer et révéler la pertinence d’une image ? Faut-il faire partie d’une élite de lecteurs-crypto-graphistes ? ou coexiste-t-il différents régimes d’images – les comprises (claires et concises) et les insoumises (frôlant l’insouciance collective) ? Nous continuons de chercher la dé­finition d’une image “active” ; c’est-à-dire une image dont l’œil, “ce poste avancé de l’esprit” (E. GOMBRICH), est inévitablement (et intelligemment…) sollicité – au point de la capturer. Certaines images y arrivent, par­­fois, aux dé­tours des couloirs de bus, de métro et de plus en plus sur les ci­maises des galeries, mais finalement – jamais à l’entrée de nos villes. En effet une affiche est, par nature, éphèmère : elle si­g nale un événement, rarement une revendication et de plus en plus vante un produit. Aujourd’hui, le souhait des annonceurs et des publicitaires est de répandre leur mobilier urbain – devenu des écrans – afin de modifier le paysage pour en faire un espace dédié aux informations consuméristes.


Ne reposons pas en paix mais que nos méninges s’immobilisent. La lecture – si elle est répétée – développe le regard et la critique. Alors, accordons ici, un espace nécessaire, qui n’aura pas au final l’équivalent du temps consacré à tous nos rendezvous virtuels mais qui insiste sur l’emploi que nous faisons d’Internet et plus précisément à toutes les visites rendues sur les blogs multimédia. Symbole d’une technologie devenue in­dustrieuse et souvent ludique, le Web véhicule une idée de la démocratie de masse (liberté, égalité, communautés). Doré­ navant, les échanges passent par le plasma, l’écran plat de notre téléphone intelligent ou par messagerie instantanée. Si notre culture se refonde à partir du silicium et s’y rend dépendant ne serait-il pas intéressant de savoir comment des Digital Natives, maintenant fièrement dénommés Geeks – questionne le processus de lecture des ima­ges  : leur diffusion ? En effet, Internet est-il aussi collaboratif qu’il semble l’être ? x reblogged this from y. Telle est l’indication donnée sur des blogs fast-food (tumblr.com) où les images devenues fu­gaces mais finalement persistantes finissent par être perçues comme molasses. Elles sont les témoins d’un relai sans fin qui n’encourage pas à apporter sa contribution. Ce www, c’est celui de la connectivité  et du ici, tout, tout le temps. Néanmoins, il peut y avoir là, devant l’écran, une infime quantité d’images – actives – rencon­trées parfois fortuitement qui méritent d’être relevées. Com­pulsion de la compilation, la rare­té n’est pas née avec nous, rajoutons une couche. AC. Combler les vides, vivre les temps morts. Câbler les vies, pourrir dehors.

La promenade. L’observation. Le silence. Une salle informatique dans une école d’art. Un lieu où la lumière naturelle perce avec paresse et où l’éclairage artificiel renforce l’aspect aseptisé des machines. Les salles caverneuses se bâtissent, mais elles isolent particulièrement les futurs faiseurs d’images. Comme un retour en avant, c’est au final faire preuve d’une grande adaptabilité que d’intégrer cette collectivité intimiste.


Les trois derniers numéros imprimés, initialement prévus chaque trimestre, font suite à une première impression de notre numéro 0 gracieusement offerte par l’École d’art du Havre – lieu dans lequel les quatre membres fondateurs du collectif se sont rencontrés. ¶ Depuis trois ans, le collectif vacille. La démission de l’un des membres et des rencontres essentiellement virtuelles ne nous ont pas permis de développer une effervescence comparable à celle du Club des Chevreuils avec lesquels la revue étapes : (n°135, août 2006) a consacré une page en regard l’un de l’autre. L’emploi de notre temps, l’énergie liée à son économie et la distance physique ont été les fléaux de notre collection.

C’est pourquoi s’achève avec ce numéro cette série-revue entamée en 2005 et qui constitue le carrefour de réflexions écrites et imagées. Pour pousser le bouchon toujours plus loin, cette revue autofinancée, est imprimée à 400 exemplaires ; elle vous est offerte dans le seul but d’être partagée. Dissolution — des formats a5 sur fonds colorés.

Le collectif Accident se compose de Alban Gervais, Xavier Lefebvre et Franck Marry. Ancien membre, mais toujours attentif à nos actions : Raphaël Leboucher. Aides précieuses et morales : Sébastien Dufay, Sandra Macoine, Olivier Marbœuf et Vincent Perrottet. Conception graphique : Alban Gervais et Franck Marry Direction éditoriale : Accident Collectif avec la participation de Sébastien Dufay, Jérôme Lanon et le collectif www.lesgraphistesenchantier.fr Relecture : Sandra Macoine. Impression : Escourbiac Papier : Sirio Color Limone, 115 g/m² Mails : al.gervais @ trameways.net — mopisland@ yahoo.fr Sites internet, réseau social : accident.collectif.free.fr flavors.me/collectifaccident — www.mopisland.com www.paygraphisme.net — dechristallisation.blogspot.com


- Édition 2011


Acc_revue 3_Lost Data