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Chapitre III

Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint !

CAPITALISME

THESE

ANTITHESE

Chinpokomon :  La pub manipule les L’individu est-il esprits, noyé dans les  Tout pour la frime, tendances de masse  La mode déchaîne les ??? passions animales.

Les parents ont un droit de regard sur ce qui anime leurs enfants,  La mode n’est pas forcément au goût de tout le monde,  Les gamins ont quand même un minimum de sens critique.

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SYNTHESE 

Les enfants ont besoin d’avoir leur propre style/mode,  La mode se démode vite,  Il faut apprendre à ne pas suivre aveuglément le groupe comme un mouton de Panurge.

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Rock chrétien :  Certains ne font de l’art L’argent est-il le que pour l’argent et la seul moteur de l’art reconnaissance, ???  Tout est dans la comm’,  Télécharger gratuitement est le pire des crimes.

Les artistes ont un train de vie luxueux qu’ils veulent préserver coûte qu’il en coûte,  Plus cher que gratuit, c’est argent trop cher,  L’amende est chère payée.

Wing : Un  Certains ont la chance artiste (ou un d’avoir du talent, et ça employé) est-il un peut rapporter, esclave de l’art (ou  Tout pour la gloire, du capital) ???  Un agent permet de se concentrer sur l’important et de faire toujours mieux et plus.

Tout le monde n’a pas de talent, mais certains sont malins,  Les agents sont chers payés pour pas grand chose,  Bienvenue dans un monde sans foi ni loi.

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Être artiste ne s’improvise pas,  Être artiste n’est pas que philanthropique, il faut en vivre aussi,  Être artiste c’est ouvrir son art en grand pour les autres. La vie d’artiste est loin d’être facile tous les jours,  Les personnes ne sont pas des marchandises,  Laissons les gens exprimer leurs talents.


03 – LE CAPITALISME C'EST DÉJÀ MOYEN, MAIS EN ABUSER ÇA CRAINT !  Le bonheur est dans le  Au consommateur de Supermarché des ténèbres : Les prix, savoir ce qu’il veut : un consommateurs  Le bonheur est dans la seul grand magasin ou sont-ils esclaves de consommation (même plein de petits, leurs propres imposée),  Il faut prendre pulsions d’achat  Nous sommes manipulés conscience de son ??? par le marketing et la impact d’acheteur, communication.  Place à l’action : mobilisation contre la fermeture des commerces de proximité.

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Faut-il tout bétonner pour nos besoins/envies de consommation ?,  Contre l’hyperconsommation, la modération est la solution,  L’important est de répartir ses achats, un peu partout, selon les prix ou la qualité recherchés.

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Gnomes voleurs  Les petits établissements de slips : Les petits ne sont pas des c’est toujours bien marchandises, et les gros ça craint  David a beaucoup de ??? soucis à se faire face à Goliath,  A l’inverse du communisme, le capitalisme était censé être contre les monopoles.

Varicelle : La Être pauvre ça craint ! répartition des richesses et du travail par la chance de la naissance

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Petite entreprise qui  Face au boycott marche bien deviendra stupide, les entreprises grande, peuvent aussi réagir  Avec les grosses stupidement, entreprises on a la  On ne peut juger ce quantité, à défaut d’avoir qu’on ne connaît, la qualité (qui peut être  C’est aux Citoyens de là aussi), décider ce qu’ils  Laissons chacun veulent faire de leur défendre son projet, sans ville. préjugé (ni pour l’un ni pour l’autre) ni manipulation des masses. Selon Bourdieu, la reproduction sociale des inégalités.

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La société fonctionne, tant bien que mal, par l’« équilibre » grands et glands.


03 – LE CAPITALISME C'EST DÉJÀ MOYEN, MAIS EN ABUSER ÇA CRAINT !  Les porte-paroles ne Le petit  On se gave sans penser à  On aide au moins une Ethernopien : Les autrui, fois par an, sont pas toujours très riches sont-ils  On paye déjà pour  La télé aide à représentatifs et insensibles envers l’aide, sensibiliser, dignes, les pauvres ???  On veut bien aider, mais  Chaque pays ou des gens  Le don n’est pas un jeu juste avec quelques sous, que l’on connaît sont ou un vide frigo, pas plus. déjà passés par là.  Il faut prendre le problème à bras le corps.

Les Gluants :  S’il y en a un, d’autres L’immigration estsuivront, elle une fatalité  Ils nous volent notre nuisible ??? travail car ils sont trop peu chers,  On peut en arriver à des situations extrêmes.

Ils font ce que nous ne voulons plus faire,  Tout le monde a le droit d’être là,  On émigre seulement pour trouver mieux ailleurs, sinon on est bien mieux chez soi.

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Tant qu’ils sont peu nombreux on les aime bien,  Tout le monde veut gagner des sous,  S’ils veulent rester, il doit y avoir des adaptations. 

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Catégorie : III] Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint ! Thème : 1) (Ab)us et coutumes

Fiche de visionnage n°13 : Épisode 41 (saison 3, épisode 10) – Chinpokomon

Analyse philosophique des extrêmes : L’individu est-il noyé dans les tendances de masse ???  

Les pros : les parents, Les antis : les enfants.

Thèse : On ne peut lutter contre le rouleau compresseur manipulateur ; Antithèse : L’individu est capable de prendre un peu de distance ; Synthèse : Le groupe c’est bien, en abuser ça craint !

 

Il était une fois à South Park, Cartman qui bloquait devant la télé en mangeant des beignets de poulet.

Introduction :

Le jeu est très important dans la vie de tout animal évolué, puisqu’il permet la socialisation, la connaissance de la force de chacun et le respect de certaines règles et limites à ne pas enfreindre.

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Le monde du jouet et du jeu en général s’est consolidé autour de grands acteurs industriels qui se battent à coup de millions de dollars de matraquage publicitaire et de recherche en marketing et développement. Pour amortir ces sommes pharamineuses, ces compagnies se doivent de séduire un maximum de clients en lançant leurs propres modes et à les faire durer le plus longtemps possible en surfant sur le développement de l’offre dérivée et leur renouvellement par tranche. Une personne, et encore plus un enfant, est influençable par les techniques modernes de communication, mais à force de manipulation a développé des armes de contrôle de ses pulsions d’achat, mais jusqu’à quel point ? En somme, l’individu est-il noyé dans les tendances de masse ???

Thèse en faveur de la manipulation à l’insu de notre plein gré Avec l’avènement de l’enfant-roi après la seconde guerre mondiale pour reconstruire un monde dévasté par les grands glands, les gamins sont devenus des cibles de choix. Étant donné que les besoins fondamentaux vitaux sont moins difficilement pourvus depuis quelques décennies, une partie des revenus familiaux est plus généreusement octroyés à l’amusement des enfants. L’industrie du jouet s’est alors engouffrée dans cette brèche à grands coups de campagnes publicitaires et la concurrence acharnée a nécessité toujours plus de finesse dans la manipulation des esprits pour créer l’engouement sur certains produits. On le voit clairement avec Cartman qui scotche littéralement devant la télé quand il regarde le dessin-animé Chinpokomon. Non seulement il singe les mimiques du héros bridé, mais il répond aussi à la voix-off qui s’adresse à lui. Il devient comme un robot écervelé : « Tu aimes les Chinpokomon ? / Oui ! // Maintenant, tu peux acheter le tien ! / Faut que j’achète un Chinpokomon ! ». Cartman se doit de devenir Grand Maître Chinpoko extra-mon en achetant tous ces super jouets numéro un. Du coup, Founix, Donkeytron, Pingouin, Chaussure, Lambtor, deviennent tous top priority sur sa shopping liste ! Dans le magasin de jouet, la

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mère de Stan a beau se demander ce que les enfants leur trouvent de si amusant et la mère de Cartman les considérer comme étranges, le vendeur justifie que c’est la dernière folie au Japon. Ils sont forts ces Japonais pour vendre aux enfants ! Même dans le magasin, la télé diffuse ses messages mercantiles poussant à la surconsommation avec l’achat de tous les Chinpokomon, les meilleurs amis des enfants, pour devenir un Grand Maître Chinpoko extra-mon ! Il suffit que le spot clame haut et fort qu’il veut être Grand Maître Chinpoko extra-mon pour que les gamins récitent en chœur qu’ils doivent acheter tous les Chinpokomon. Le paroxysme est atteint avec l’ouverture du camp Chinpokomon, où le matraquage joue sur la corde sensible du « il faut en être » : « Venez tous, ça va être Chinpoko fun ! Tu dois acheter ton ticket. Acheter, Acheter. C’est samedi et dimanche. Tu dois être impatient. » Toute cette communication à outrance ouvre la porte à un monde parallèle avec ses propres codes et son univers fantasmagorique. L’idée générale est d’avoir tous les Chinpokomon pour accomplir le premier méga-objectif, à savoir détruire le pouvoir obscur. Devant l’incurie de Kyle qui n’est pas dans le coup, Cartman lui explique que ce pouvoir, très obscur au demeurant, se révèle quand un Grand Maître Chinpoko extra-mon réunit tous les Chinpokomon. Victime de la mode, Stan enjoint Kyle à vivre avec son temps. Il s’y plie enfin au camp, où tous les enfants veulent être Chinpokomon dans leurs cœurs ! Mais les gamins sont tellement dans leur bulle que les adultes ne les comprennent plus. Quand M. Garrison demande en classe (alors que c’est le bordel, mais il recommencera autant qu’il le faudra) combien font 6 fois 3, tous les enfants répondent en chœur, avec des yeux de manga frit, ju hachi ! Puisque le prof s’énerve, Stan lui traduit que ju hachi, c’est 18, Garrison San. En ayant marre de se faire traiter de « Garrison San » et sa marionnette de « Toc San », puisqu’on n’est pas au Japon, il exige qu’on lui parle dans une langue qu’il comprenne ! Cartman lui balance alors une phrase, que Stan traduit par « Garrison San sabushii da na ! » (M. Garrison est incompétent, ce qu’on savait depuis moult temps !) et les autres gamins enchaînent avec un « so desu ne ?! » (c’est le cas, n’est-ce pas ?!). Cartman ajoute « Minasan ! Kite kite churi » (tout le monde, écoutez !) et balance un gros prout qui fait bien rire tous les élèves. Même Wendy la studieuse s’y lance avec un mélange culturel d’avec

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« Terrance et Philip » par un « Dare ga pu shita no » (qui a pété ?). A la mairie, tous les parents n’en peuvent plus de ce décalage génératioculturel. Pour M. Garrison, il faut interdire ce camp Chapokomon (ah le vieux, il n’y entend rien, même pas le nom du jouet). La mère de Stan se plaint de ne plus comprendre son fils et le prêtre Max estime que ces Japonais essaient de corrompre l’esprit de la jeunesse américaine ! Les boss de l’entreprise viennent tenter de désamorcer la colère en pratiquant la langue de bois en disant que leur humble compagnie de jouets est toujours très préoccupée de satisfaire ses clients. Au-delà de la manipulation mentale mercantile de la jeunesse, le besoin de faire partie d’un groupe et d’y être reconnu est un des fondamentaux humains et animal au sens large. Tout individu se positionne par rapport à sa tribu, d’origine ou d’adoption de mœurs, et ressent le besoin intrinsèque de se valoriser auprès des autres afin d’affirmer son statut social et ainsi gravir les échelons de la reconnaissance pour s’approcher des cercles d’influence des leaders ! Se mettre en avant est ainsi une démarche de hiérarchisation pour être bien noté par ses congénères. Cartman est bien évidemment le stéréotype même de ce type de positionnement communautaire. Dès qu’il voit la pub à la télé, il lui faut ces Chinpokomon et presse instamment sa mère d’aller au magasin de jouets. Les figurines Chinpokomon viennent de sortir et il en est tout retourné, sautant dans tous les sens. Alors que sa mère prépare le déjeuner, sa passion dévorante n’écoute déjà plus son bidon : il doit absolument être le premier à avoir un Chinpokomon pour frimer à l’école ! Sa mère, tendre naïveté qu’elle est peut toujours demander si ça ne peut pas attendre le lendemain, mais non : si Cartman n’est pas le premier à en avoir, il ne pourra pas frimer à l’école. Comme d’habitude, Mme Cartman ne peut rien refuser à son rejeton et ils y vont. Cartman se réjouit d’avance que tous les autres seront jaloux en voyant son Chinpokomon. Il suffit de gratter un peu sous l’apparence de la surface pour voir que l’animal ne dort que d’un œil en nous ! Et qu’il ne demande qu’à se réveiller de la torpeur civilisationnelle pour reprendre ses droits naturels.

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La jalousie, l’appropriation par tous les moyens, sont des instincts animaliers destinés à favoriser la survie alimentaire d’un individu mais aussi sa reproduction par la force de son statut social obtenu aux poings. La culture et l’éducation nous apprennent à mettre un couvercle sur ces pulsions, mais chassez ce naturel et il reviendra au galop, comme on peut le voir lors des soldes ou de la sortie du premier/dernier ceci cela. Quand Cartman arrive tout fou au magasin de jouet (estampillé « oui nous avons des Chinpokomon ici ») il est loin d’être le premier sur place et les autres gamins se livrent déjà bataille pour avoir tel ou tel jouet siglé. Stan après avoir vu la pub en a déjà récupéré trois (Roostor, Lambtron et Chaussure), mais Cartman veut Pingouin, le plus cool. Comme c’est son préféré et qu’il n’y en a plus, il tente de le voler à Kenny qui a pris le dernier. Il revient à la charge le lendemain à l’arrêt de bus en faisant une proposition échangiste : Chu Chu Nézumi contre Pingouin. Sauf que l’échange selon Cartman n’est pas basé sur un accord, mais sur une obligation, mais Kenny ne se laisse pas faire. Pour obtenir gain de cause dans sa manie Chinpokomon (autant pour les jouets que pour le camp), Cartman est prêt à tout, même à se les geler derrière une guitare de merde à jouer comme un connard de hippie pendant tout un week-end (même si au final il ne récupère aucune thune, normal vu sa chanson mal chantée : « Allez mes frères et mes sœurs. Unissez-vous et soyez cool. Cotisez-vous et donnez-moi les sous pour que je m’achète des Chinpokomon. Je chante aussi pour la Paix »). Antithèse en faveur du temps de cerveau pas forcément dispo A l’approche de Noël et de Pâques (dans une moindre mesure), la télévision est encore plus envahit par les publicités pour des produits dérivés de séries et dessin animés que d’habitude dans les tranches horaires où les enfants regardent sans trop de surveillance (le matin avant la classe, en fin d’après-midi après la classe). Face à ce déferlement mercantile et aux troubles que cela provoque chez les enfants, les adultes ne doivent pas rester impassibles devant des jouets qui ont pour but d’être ludiques et permettre de passer de bons moments à jouer entre amis. En outre, comme pour les images violentes ou rudes, ils doivent avertir leur enfant, remettre les choses dans leur

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contexte imaginaire/irréel, voire interdire si cela marque trop certains publics trop sensibles. Ainsi, la mère de Stan se donne la peine de regarder ce que visionne son fils afin d’essayer de comprendre pourquoi il adore ça et si la série lui enseigne de bonnes valeurs morales (qui ne doit être qu’un complément à la préparation citoyenne et au sens critique inculqués par les parents, la famille, l’école et la société). « Mettons-le dans ce sac où il mourra ou vivra selon son destin. / Est-ce une bonne idée ? / Les Roostors sont plus braves que les Chu Chu Nézumis ! » Les parents hésitent à savoir si ce sont de bonnes valeurs morales, puisqu’ils n’y comprennent rien ! « Lambtron ! Tu dois remporter ce combat ! / Son niveau lui permet une revanche. Gagnera-t-il ? / Je suis triste, Lambtron va se sentir seul. II reste si peu de Lambtron. Trouvera-t-il un ami ? ». « Tu es Roostor. Je ne t’ai pas encore acheté. Mais je pari que je peux te transformer en Rootiger si tu trouves le diamant 7 ». Même en y prêtant plus d’attention, ça n’a toujours aucun sens, et on ne sait même pas si ce sont des animaux, des robots ou autres. Toujours est-il que la série a bien été calibrée puisque le père de Stan ignore tout également de leur nature mais a envie de tous les acheter. La mère de Stan propose d’interdire cette série à leur fils à titre préventif : même si ce n’est ni vulgaire ni violent, c’est stupide et ça peut être pire pour l’esprit d’un enfant ! Souvenons-nous toujours des dégâts qu’a pu engendrer « La petite maison dans la prairie » sur toute une génération !!! Les parents de Stan réunissent alors les autres parents pour leur demander leur avis, ne sachant pas trop quoi en penser. Bien sûr, Cartman a le droit d’aller au camp Chinpokomon (mais sa mère est tellement permissive et manipulé – pour elle il ne s’agit que d’une mode inoffensive – que ce n’est pas une référence), Kyle ira aussi puisque pour être sûr il a fait tous ses devoirs à l’avance. Pour une fois le père de Stan fait preuve de bon sens en pensant que tout ce mercantilisme à outrance est mauvais pour les enfants. Tout individu est indivisible autant que duel ! Ses goûts dépendent de sa culture, de son environnement et de ses affinités propres ! Le marketing essaye de détecter le plus grand dénominateur commun aux envies des enfants, puis la communication fait tout pour

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standardiser les goûts qui dépassent et les faire rentrer dans le moule de l’offre industriel packagée. Toutefois, il n’en reste pas moins qu’il est très délicat de faire aimer tout par tout le monde : certains ont essayé, ils ont eu des problèmes ; mais les professionnels de l’entertainment, c’est vous qui voyez ! Ainsi, après que Kyle ait réussi à expliquer à ses parents pourquoi il lui fallait absolument un Chinpokomon, alors qu’il ne savait même pas ce que c’était concrètement, ni pourquoi il lui en fallait un, arrivé chez le magasin de jouet, il tombe d’accord avec le vendeur : aucun des deux ne sait ce que les enfants leur trouvent ! Malgré cet exemple, force est de constater que les enfants savent depuis leur plus tendre enfance ce qu’ils aiment (les frites et les pâtes) et ce qu’ils détestent (les légumes et la soupe) ! En-dehors des phénomènes de masse, l’individu est plus difficilement manipulable à sa guise car son sens critique n’est alors plus annihilé par l’euphorie communautaire où être différent signifie être exclu du troupeau. Ainsi, tous les efforts et ressorts psychologiques, marketing et promotionnels ne pourront rien si un enfant n’accroche pas sur un produit. La démonstration est flagrante au laboratoire de recherches commerciales. Des professionnels montrent aux enfants quelques pubs, où ils doivent préciser le jouet qu’ils préfèrent. On leur présente alors – avec tout l’enrobage habituel – le vélo super dingo : difficile à conduire, presque impossible à manœuvrer, il brille dans le noir ! Comme le précise la pub, on a beau essayer toute la journée, on va se ramasser. Bien sûr les enfants trouvent cette idée naze (pfff, ces marketeux voudraient vraiment faire prendre des vessies pour des lanternes !). La pub suivante indique que si on aime les Chinpokomon, on va forcément adorer Alabama Man. Lui au moins, c’est un mec : on doit l’emmener au bowling prendre une cuite, puis le faire jouer au bowling et picoler ainsi que chiquer du tabac toute la soirée. Si sa femme lui demande où il était, Alabama Man lui éclate la tête (avec un « très galant » « Ta gueule, morue ! » comme argument commercial). II bat sa femme et va pioncer. Pour info, la femme d’Alabama Man est vendue séparément. Heureusement le message publicitaire précise quand même que tout le

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monde ne bat pas sa femme en Alabama, mais le mal est fait puisque les gamins dans la réclame trouvent qu’Alabama Man est « un exemple pour la jeunesse ». L’honneur est sauf quand, même Cartman, trouve ce jouet complètement naze. Synthèse L’adolescence, et même un peu avant, marque la rupture définitive du cordon ombilical avec la famille et le monde des adultes au sens large. Le jeune, certes encore en construction, affirme son identité de futur grand. Qui dit sortie du cocon par l’ex-poupon, entraîne recherche de nouvelles affinités du papillon auprès d’un groupe correspondant au style de vie qu’il souhaite expérimenter. De fait, au-delà des spécificités individuelles, les jeunes se créent leur propre univers, avec des codes particuliers relatif à cette communauté générationnelle, que les parents ou les adultes ne sont pas censés décryptés et encore moins faire leur ! En parlant de cette mode des Chinpokomon et du camp, la mère de Kyle a bien raison de dire que plus on leur interdira et plus ils aimeront ça ! La mère de Stan se range à cet avis : il faut laisser faire, les enfants finiront par s’en lasser ! Alors que la compagnie japonaise donne les instructions pour attaquer Pearl Harbor, les parents déjouent avec ruse ces plans, tout simplement en se rangeant du côté de leurs enfants. Stan hallucine : « Nan da kore ? » (Qu’est-ce qu’il se passe ?). Son père lui répond, avec les mêmes yeux bridés que lui : « Chinpoko ga dai suki yo ! » (J’aime les Chinpokomon !). Même M. Garrison les adore, ils sont si chinopoko-géniaux, lui qui a Chaussure. Quand la mère de Cartman lui propose une bataille Roostor contre Donkeytron, il décline l’offre, dégoûté. Le père de Stan enfonce définitivement le clou avec son autocollant sur le pare-choc de sa voiture (« My kid is a Chinpokokid »), que Stan trouve loin d’être cool ! Comme par magie, les jouets le gonflent et il part tuer des fourmis, suivi en cela par Cartman qui en a ras-le-cul de ces fringues militaires de merde. Tous les enfants balancent leurs Chinpokomon et marchent dessus. Comme le pensait la mère de Stan, les enfants détestent ce qu’aiment leurs parents : tout ce que les vieux aiment devient instantanément nul ! M. Garrison transmet alors

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par télégraphe le point faible à tous les parents pour se débarrasser de ces enfoirés. Tout comme l’Histoire, la mode n’est jamais qu’un éternel recommencement sous des visages différents ! Pour autant, dans notre civilisation actuelle, les cycles sont de plus en plus courts. Que ce soit parce que les consommateurs sont toujours plus exigeants et veulent encore et encore de la nouveauté, ou parce que les industriels ont besoin de se différencier et lancer de nouvelles tendances pour contrer les attaques de leurs concurrents, toujours est-il que les modes défilent à vitesse Grand V devant les vaches à lait que sont les consommateurs, et d’autant plus les jeunes par essence versatiles et enragés d’être leaders et non suiveurs (enfin pas tous heureusement, il reste de l’espoir). Ainsi, quand Kyle débarque à l’arrêt de bus, il se demande bien ce que peut être le jouet de ses potes. Cartman en déduit de suite qu’il n’est pas à la page, ce qui n’est pas une nouvelle. Lui vient plutôt d’acheter un Cyborg Bill, ce qui est top ... ringard ! Kyle est vert de rage qu’on ne lui dise jamais rien. A présent, il faut des Chinpokomon ! Quand il en a enfin un, les figurines ne sont plus du tout dans le coup. Maintenant qu’il y a le jeu vidéo, il faut une manette spéciale Chinpoko. Lorsqu’il l’a, Cartman le supplie d’arrêter d’être à la masse et de suivre le programme : le jeu Chinpokomon n’est plus du tout tendance ; les enfants ne pensent plus qu’au camp où les créateurs organisent des stages pour apprendre à détruire le pouvoir obscur. Quand Stan lui demande s’il était au courant, Kyle balbutie affirme qu’il le savait, hum, il les testait. Il a du coup hâte d’y être pour devenir le plus balaise des Grand Maîtres et est sûr qu’ils rigoleront moins. En s’en allant, il leur dit « Ayit » comme Lauryn Hill, mais plus personne ne dit ça, depuis au moins ... 8 jours ! Alors que tous les enfants abandonnent leurs jouets, Kyle a encore un avion de retard et veut s’envoler pour bombarder Pearl Harbor. Encore une fois, Stan est obligé de lui dire que les Chinpokomon sont dépassés, Cartman précisant que c’est devenu un truc de vieux. Mais Kyle reste sur sa lancée, pensant que ses potes sont justes jaloux qu’il soit un Grand Maître Chinpoko extra-mon ! Comme l’avaient compris bien plus tôt les parents, il était inutile de paniquer :

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certes ces Chinpokomon sont un vrai problème, mais les enfants sont versatiles. Il suffit de lancer une nouvelle mode avec un nouveau jouet qui fera fureur. Pendant leur voyage au « Pays des Lanternes » (de l’autre côté de celui des vessies), Panurge (compagnon de Pantagruel, le fils de Gargantua : personnages de Rabelais) se querella, en mer, avec le marchand Dindenault. Pour se venger, il lui acheta un de ses moutons, qu’il précipita dans la mer. L’exemple et les bêlements de celui-ci entraînèrent tous ses congénères et le marchand lui-même, qui, s’accrochant au dernier mouton, se noya. L’humain est un animal ambigu, autant grégaire (tendance à chercher le contact avec ses semblables, forme la plus simple de comportement social ; à distinguer de la foule, rassemblement qui se produit sous l’effet de stimuli environnementaux) qu’individualiste. Apprendre à gérer ses deux tentations sociales permet d’éviter les phénomènes de masse où l’on fait quelque chose parce que l’autre le fait (sans savoir pourquoi, mais bon, c’est comme ça) et limite également les risques de mise à l’écart. Alors que Kyle négocie auprès de son père un Chinpokomon car tout le monde en a un et que son Cyborg Bill craint, son père fait son juif justement parce qu’il vient juste de lui payer sa figurine à présent jugée ringarde. Son père lui explique alors que ce n’est pas parce que tout le monde a quelque chose qu’il faut acheter la même chose, car les modes vont et viennent (et que ça vient, ça va). Kyle n’est pas obligé de suivre cette nouvelle mode, qui vient s’ajouter à tant d’autres ! Il serait même plus fort en disant à ses camarades « Je refuse de suivre cette mode, je ne suis pas un mouton ». Tout ceci est bien beau en théorie, mais le père de Kyle ne connaît rien au monde réel : en pratique, si Kyle a un Chinpokomon, ça va, mais s’il est le seul à ne pas en avoir, on se moquera de lui et on lui cassera la gueule ! Son père est scotché par son fils si fort et lui file 10 $, et même 20 $ pour en prendre un pour son petit frère Ike. Malgré cet exemple, Stan a appris que tout ce délire Chinpokomon est arrivé parce qu’ils ont suivi le groupe et la mode. Et voilà les dégâts ! Mais Kyle a décidément un problème pour s’affirmer (ce qui est étonnant de sa part, d’habitude c’est plutôt Stan) : il ne

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devrait plus aimer les Chinpokomon, comme les autres ; mais du coup ce serait encore suivre le groupe (tout comme le slogan : « Just be yourself » : ouais, comme tout le monde quoi !). Ne voulant pas être un mouton, il décide tout de même d’aller à Pearl Harbor. Stan revient alors sur ce qu’il a dit : des fois, suivre le groupe, ça a aussi ses bons côtés ! Kyle est tout embrouillés mais lâche finalement l’affaire ne sachant plus quoi faire ni penser de tout ça. Content que tout soit fini, Stan s’excuse d’être devenu fou et demande 5 $ à ses parents pour un ballon. La raison l’emporte ... sauf qu’un peu plus tard, à l’arrêt de bus, Stan lance l’idée d’aller chez le marchand de jouet pour acheter des vignettes Spaceman, mais Kyle a eu sa dose des modes, et Cartman va à présent choisir luimême ses jouets !

Conclusion :

Voyez, on se couchera moins bête car on a appris un truc aujourd’hui : l’humain a souvent tendance à attendre l’avis du groupe pour savoir ce qu’il doit penser. Toutefois, il reste capable d’exercer son libre arbitre, mais cela nécessite de prendre du recul par rapport au phénomène supra-dominant. En tant qu’animaux sociaux, il nous est difficile de nous exclure par nous-mêmes du groupe en ayant une ligne de conduite ou un mode de pensée trop à contre-courant de la majorité. Nous avons besoin des autres, mais les autres n’ont pas forcément besoin de nous ! L’équilibre entre la tendance de fond d’une communauté et les principes d’un individu est un subtil mélange de « reniement » et de respect de soi : nous devons savoir faire des compromis, mais être capable aussi de mettre le holà quand ces compromis deviennent compromettants pour notre identité propre ! Même si le groupe peut amener à faire des choses qu’on ne ferait pas tout seul (en bien comme en mal), l’important est toujours de se respecter assez pour ne pas se laisser embarquer dans des histoires qui

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contreviennent à nos principes supérieurs, ceux qui font que chaque individu est unique ! Et comme on dit : un groupe trop sectaire de perdu, dix plus ouverts de trouvés !!!

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Catégorie : III] Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint ! Thème : 2) Le monde musical n’est pas une marchandise !!!

Fiche de visionnage n°14 : Épisode 105 (saison 7, épisode 9) – Rock chrétien

Analyse philosophique des extrêmes : L’argent est-il le seul moteur de l’art ???  

Les pros : Metallica, Faith + 1, le FBI, Les antis : le rock chrétien, Moop (à la fin).

Thèse : Artiste est un métier comme un autre où l’argent est aussi important qu’ailleurs ; Antithèse : La culture est le fruit de la société donc tout le monde doit en bénéficier ; Synthèse : Être artiste n’est déjà pas évident, laissons-les vivre de leur art !

 

Il était une fois à South Park les enfants qui répétaient avec leur groupe Moop (acronyme anglais de « Matter Out Of Place », terme associé au festival underground en plein désert Burning Man, définissant un objet trouvé à un endroit auquel il n’appartient pas) dans le garage chez Stan.

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03 – LE CAPITALISME C'EST DÉJÀ MOYEN, MAIS EN ABUSER ÇA CRAINT !

Introduction :

La musique fait partie intégrante de la culture humaine depuis des dizaines de milliers d’années, pour communiquer avec les esprits, favoriser la transe ou manifester sa joie après une partie de chasse fructueuse. Depuis l’avènement des moyens de diffusion et d’enregistrement à grande échelle, la question du piratage des œuvres et donc de la protection des revenus et des droits des artistes se pose de manière cruciale, d’autant plus ces derniers temps avec la rapidité d’internet et la facilité de partage. La musique est devenue un business industriel qu’il faut protéger, mais en même temps les citoyens se sont appropriés de manière démultipliée cet art en lui ouvrant les portes de l’hyperconsommation, gratuite toutefois ! Il faut trouver un équilibre entre la diffusion de la culture, et sa juste rétribution. En somme, l’argent est-il le seul moteur de l’art ???

Thèse en faveur de l’art mercantile A l’instar des sportifs (et dans un autre registre, des politiques ou des religieux), les artistes ont toujours été adulés pour le bien-être sensitif qu’ils procurent au Peuple. Par voie de conséquence, l’humain étant mû par le besoin de reconnaissance, certains ont décidé d’employer ces voies afin d’acquérir un statut social élevé leur assurant amours, gloire et fortune. Il n’y a pas plus gratifiant que d’exercer un métier où l’on donne du bonheur aux gens et où l’on joint à cet agréable l’utile de la tune (également « air, mélodie » en anglais). De fait, il y a certaines personnes qui ont un minimum de talent qui exploitent leur don et leur travail uniquement pour les aspects bling-bling de l’art, sans aucune prétention réellement créatrice puisqu’il n’y a que la maille qui leur aille.

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Cartman en est l’exemple type, ce à quoi on pouvait si attendre. Alors que les enfants se creusent la tête pour savoir dans quel style évoluer, pour Cartman la solution est toute trouvée : l’inspiration doit provenir du rock et ils doivent former un groupe de rock chrétien. Comme il le reconnaît lui-même, il n’y a pas plus ringard et plus facile, donc il suffit de faire des textes sur l’amour de Jésus et les Chrétiens achèteront leurs disques ! Kyle peut trouver ça débile, il n’empêche que ça a marché pour Creed (groupe de rock américain originaire de Floride classé dans la catégorie alternatif post grunge chrétien : il concilie à travers sa musique les difficultés de la vie avec les valeurs traditionnelles chrétiennes et réussit le mariage difficile d’une musique anticonformiste avec une vision plus structurée du monde ; cette modernisation de valeurs traditionnelles est l’une des clefs du succès fulgurant de ce groupe dans des pays prêts à accepter un retour à des valeurs fédératrices). Même si Stan ne veut pas faire de rock chrétien, comme le propose Cartman, ils peuvent toujours démarrer comme ça puis changer après. Kyle expulse Cartman, jugé trop peu sérieux pour faire partie du groupe, mais le gros lard ne se laisse pas faire et parie avec Kyle 10 dollars que s’il fait du rock chrétien il sera album de platine avant leur groupe. Il se lance de suite dans la compétition en allant chercher Butters et sa batterie, puis Token et sa basse (celui-ci ne croit pas en avoir et sait qu’il ne sait pas jouer, mais comme tous les blacks il a bien une basse et il la maîtrise). Pourtant, quand Cartman annonce son plan de se lancer dans la plus fantastique et financièrement enrichissante des expériences en fondant un groupe de rock chrétien, Token est le premier à vouloir partir. Mais le public chrétien représente 180 millions d’américains, et si chacun achète un album à 12,95 ça leurs fera...2 milliards 331 millions de dollars, ce qui est plus que motivant pour s’asseoir sur sa dignité ! D’autant plus que l’entreprise est très facile : il suffit de prendre une vielle chanson normale et de mettre Jésus partout : « Tu es toute ma vie Jésus, Je peux pas vivre sans toi, Jésus, Et je sens ta présence, Tout au fond de moi, Jésus ». Avec de telles paroles d’amour, Faith Records qui a adoré leur performance à la Christ Fest, veut être sûr que ses artistes travaillent pour Dieu, pas pour l’argent. Pour Cartman, c’est vexant, lui qui n’a jamais rien fait juste pour de l’argent (ça c’est lui qui le dit, on lui laisse l’entière responsabilité de

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ses propos !). S’il ment, que Dieu le terrasse à l’instant. Évident il ne se passe rien, donc les producteurs sont rassurés, sous le charme, et font signer le contrat du siècle au groupe de Cartman. Pour célébrer ses ventes exceptionnelles, Cartman nous sort le grand jeu (notamment avec une grande roue et un buffet somptueux), claquant tout le blé du groupe. Pour lui, il ne fallait pas mégoter, d’autant plus qu’ils regagner dix fois ce qu’il vient de dépenser. Lors de cette cérémonie en l’honneur de Faith Plus One, la pire journée de la vie de Kyle et la plus belle de celle de Cartman, en récompense de plus d’un million de disques vendus, l’industrie du disque chrétien leur remet un album de myrrhe. Cartman s’étonne de cette matière, d’habitude c’est or ou platine, mais en rock chrétien, c’est or, encens puis myrrhe. Cartman réalise alors qu’il a perdu son pari, qui concernait un album de platine, alors que lui pourrait avoir au mieux un double album de myrrhe. Sa déraison l’emporte et il se met à jurer, disant le nom de dieu en vain. Preuve de leur incompréhension mutuelle, tout ceci n’est pas important pour le producteur puisque le groupe répand la bonne parole de Jésus, sauf que Cartman emmerde Jésus ! Butters et Token tentent bien de calmer leur « leader » en lui expliquant qu’il ne faut pas dire de gros mot en parlant de Jésus sous peine de nuire au groupe, Cartman s’en fout complètement, lui qui focalise sur le fait que Kyle va lui piquer 10 dollars. Réexprimant son blasphème d’avant, le public se barre et Token fout une raclée à Cartman, même Butters y met du sien en lui lâchant un pet au visage. Certains ont un talent plus que caché mais sont très visibles, et d’autres ont un génie trop méconnu, tout est dans la communication ! Selon le dicton, « ce n’est pas ceux qui parlent le plus qui ont les choses les plus intéressantes à dire » ! On peut tout aussi bien le mettre à la sauce artistique, car la fibre de ces métiers d’art ne se confond pas toujours avec la grosse artillerie marketing et communicationnelle déployée, ce serait même plutôt l’inverse : quand on est bon et apprécié du public, on n’a pas autant besoin d’un tel tintamarre pour faire parler de soi ! Malheureusement de nos jours, industrie artistique et majors obligent, l’artiste est vendu sous cellophane comme un produit packagé où tout est étudié et rien ne doit dépasser du plan stratégique prévu des

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mois à l’avance de la sortie d’un album pour être sûr que les bacs soient dévalisés. Cartman, maître es manipulation, est un pro de la communication et sait exactement ce que les gens attendent pour pouvoir assurer son succès ! Quand il fait les photos pour la pochette de l’album, les autres membres du groupe viennent bien sapés et se font diriger. Ils doivent l’air sain et détendu, se mettre n’importe où et avoir l’air de s’en foutre ! L’important est de ne pas sourire sur une pochette, ça fait ringard. Évidemment, les chansons se doivent aussi d’être racoleuses et faciles à retenir. Ensuite, il faut également participer à de grands évènements, tels que la Christ Fest, un grand rassemblement chrétien, où plein de croyants vont y claquer du fric et où il suffira de vendre l’album bien packagé comme il faut. Certes Cartman n’y connaît rien en chrétienté, mais il en sait assez pour savoir exploiter ce filon juteux ! Kyle n’a plus qu’à préparer ses 10 dollars !!! A côté d’un stand de bibles reliées, Cartman propose à la vente le meilleur de tous les CD de rock chrétien. Pour une vieille dame, ce sera parfait pour ses petits-enfants : de la musique de jeune avec des paroles inspirées, tout ce qui va bien pour faire passer le message biblique. Comme le dit Cartman le bon commerçant, c’est ce qu’il faut à tous. Malheureusement Butters vient gripper cette belle mécanique si bien huilée en avouant qu’ils ne sont pas vraiment chrétiens, qu’ils font semblant. Encore un coup comme ça, et Cartman lui broie les couilles : on ne déconne pas avec le business et la réputation ! Quand le leader entend la foule en délire pour un super concert, il devient évident pour ce jeune va-t-en-guerre du commerce artistique du pacifisme chrétien que pour vendre leur CD ils doivent monter sur scène. Lorsque les Sanctified, un groupe de métal punk inspiré par la foi dans le Christ, arrive et cherche les coulisses, Cartman flaire le gros coup et leur propose d’aller prier ensemble avant qu’ils n’aillent sur scène. Ils partent tous s’isoler, car c’est toujours bien de prier, sauf que Cartman le fourbe les enferme dans un placard à balais. Ainsi, le train du Salut continue sa route avec le groupe Faith Plus One. A la suite de cet énorme succès scénique, K-Tal fait une publicité présentant le groupe de rock chrétien le plus inspiré au monde, qui interprète les meilleures chansons chrétiennes. Un CD à commander tout de suite !

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Comme certains ne voulaient pas payer un CD et allaient le voler, aujourd’hui la chose est encore plus facile car le risque de se faire attraper est minime : le téléchargement gratuit est ainsi vite devenu la plaie de l’industrie de l’art. Que ce soit par manque de moyens, par défi ou par esprit subversif contre la marchandisation de l’art, de plus en plus de gens téléchargent gratuitement de la musique ce qui revient à piller l’œuvre d’artistes et le catalogue artistique de grandes maisons de production. Ces pirates des temps modernes ne peuvent justifier de tels actes de pirateries car ils sont tels des voleurs de couleurs pour les films ou de chanteurs pour la musique. Ce crime ne doit rester impuni sous peine de voir ce phénomène devenir un véritable mode de consommation alternatif, endehors du système marchand et le mettant d’ailleurs en péril dans sa logique même de fonctionnement. Pour préserver les privilèges et intérêts de certains, la culture de tous doit être surveillée et entravée dans son libre accès. Quand les enfants téléchargent quelques morceaux pour se faire un avis sur leur futur style, en moins de deux les bleus débarquent en force tels des commandos face à un forcené. Le FBI défonce tout sur son passage dans la chambre de Kyle, mais il ne sait quoi répondre quand son père lui demande ce qu’il a encore fait. Au poste, un inspecteur constate beaucoup de titres piratés, même du Judas Priest, à croire qu’ils cherchaient vraiment les ennuis. Toutefois, « preuve » de leur bonne foi, les enfants ne pensaient pas que c’était si grave que ça. Après que l’inspecteur leur ait expliqué ce qu’il en était des conséquences effroyables du téléchargement gratuit, leur groupe Moop décide de faire grève tant que les pillages numériques n’auront pas cessé ! Ils sont vite rejoints en cela par Metallica puis d’autres vedettes internationales pour protester sous forme de festival de grévistes contre le pillage sur le Net et interdire ces pratiques criminelles. Antithèse en faveur de la culture de masse, à pas cher Avec leur vente de disques, de dvd, leurs tournées et les produits dérivés, les stars brassent un énorme paquet de fric et vivent dans un luxe inimaginable pour leurs fans modestes.

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Même s’il est bien connu que plus on a d’argent moins on en a besoin, les stars deviennent vite accros à leur débauche de luxe. On dit également que l’argent est un bon valet, mais un mauvais maître, et on le voit clairement quand ce dernier prend le dessus sur l’artiste et fait que ce drogué à qui il en faut plus toujours plus devient la marionnette d’un système de pensée basé sur le carriérisme et l’appât du gain facile, notamment avec des compils et autres facilités de vie sur les droits d’auteur. C’est que l’argent appelle l’argent et c’est un domaine dans lequel nul n’est jamais rassasié. Alors que les enfants estiment que télécharger de la musique pour rien n’est pas si grave, un inspecteur de police s’en va leur montrer des choses qu’ils ne vont pas aimer. Ils rencontrent ainsi Lars Ulrich, le batteur de Metallica, pleurant près de la piscine. Il voulait mettre un bar aquarium à requin plaqué or à côté de la piscine. A cause de ceux qui volent sa musique, il devra attendre des mois avant de l’avoir. Mais il y a pire encore ! Britney Spears avait avant un jet privé type Gulf Stream 4. Mais à cause des gens qui pillent sa musique, elle a maintenant un Gulf Stream 3, qui n’a même pas de télécommande pour le DVD son surround. Ils se rendent ensuite chez la famille de Master P. C’est bientôt l’anniversaire du petit, et il rêve depuis toujours d’une île en Polynésie. Ses parents vont-ils lui offrir ? Rien n’est moins sûr si les choses continuent ainsi : il n’aura jamais son paradis tropical et l’île restera sans propriétaire. Alors, pirater de la musique, ce n’est pas grave ? C’est bien la folie des humains : il faut penser aux conséquences atroces que produisent ces actes égoïstes, sinon il y a fort à craindre que les stars ne vivent plus qu’à moitié dans le luxe. Face à ceux-là, nous avons les internautes mélomanes qui se ruinaient à acheter des CD justement pour financer le train de vie fastueux de leurs idoles riches aux as. Alors que la culture s’est largement développée et que les coûts de production ont plutôt tendance à baisser notamment concernant la fabrication des albums, le prix de la musique quel que soit le support n’a pas beaucoup évolué les dernières années. La révolution numérique a ébranlé un ancien modèle de production et de distribution, qui peine à mettre en place des alternatives crédibles. Bien sûr, plus cher que gratuit

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c’est argent trop cher ! Mais s’il y avait une réelle valeur ajoutée à payer pour avoir une offre plus attrayante du côté légal, la balance commerciale serait sûrement moins mal en point. Quand le groupe des enfants veut acheter des CD pour se faire son style, Kyle demande 300 dollars à son père. Malheureusement, Kyle a déjà eu son argent de poche, et son père fait son juif (ce n’est pas bien beau de dénigrer son propre peuple !) en ne voulant rien lâcher. Pour Kyle, tout est foutu, mais Kenny révèle alors aux autres membres du groupe que l’on peut avoir de la musique gratos sur le Net : il suffit d’un clic ! Les gens copient les disques sur leurs PC et on peut ensuite les télécharger gratos. Pour ceux qui ne peuvent faire autrement, avoir de la musique à l’œil c’est géant ! Mais tout acte illégal, quel que soit le jugement qu’on peut porter à cette orientation juridique, entraîne une sanction, notamment financière. Pour tenter d’enrailler un phénomène déjà bien lancé, les autorités ont mis en place des échelles financières pour taper fort là où ça fait mal aux fesses, dans la poche de derrière du pantalon, au portefeuille. C’est toujours la même technique : on chope quelques criminels de haute volée de droits et on leur fait payer les pots cassés par tous en espérant faire un exemple et que le pillage s’arrête faute de rentabilité entre le bénéfice du vol et le coût de la sanction légale. Suite à l’arrestation des affreux jojos, les parents doivent payer 400 dollars d’amende. Pour le père de Stan, la somme est disproportionnée car ce n’est pas si grave que ça que d’avoir téléchargé des chansons. Encore une fois, l’inspecteur du FBI emmène les parents voir les dégâts que cela peut provoquer sur la luxure des stars. Synthèse Être un artiste n’est pas un métier comme un autre, c’est un grand travail sur ses capacités pour atteindre un certain niveau d’excellence. A contrario d’autres professions, on ne peut pas devenir artiste sur un coup de tête, du jour au lendemain. On peut certes avoir des facilités à chanter, peindre ou écrire, mais cela ne fait pas le talent ! Pour cela, il faut de la créativité, du sens critique pour séparer le bon grain de l’ivraie

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artistique, et beaucoup de persévérance pour faire sa place dans un milieu particulièrement fermé. On le voit très bien dès les origines du groupe Moop : le père de Stan arrive inquiet, croyant qu’on torturait des Vietnamiens en leur arrachant les intestins par la bouche, alors que les enfants répétaient. En outre, définir son style musical est loin d’être si aisé qu’il peut y paraître : Kyle joue plutôt funky, Kenny est latin jazz, et Stan plutôt hip-hop et R’N’B dans ce qu’il fait. La solution, pour eux, serait d’écouter d’autres groupes pour trouver l’inspiration puis définir son style en fonction de cela. Il faut dire que c’est le rêve de Kyle, la musique c’est sa vie ! Sauf que ce n’était pas ce qu’il disait la veille. Mais la fougue de la jeunesse de Kyle lui fait croire que sa place est sur une scène, qu’il arrivera au top car il a la musique dans l’âme (sachant qu’en tant que juif, il n’a déjà pas le rythme dans la peau, cf. la chorale dans la forêt tropicale). Alors qu’ils sont en grève contre le piratage, Stan se rend compte que c’est dur d’être dans un groupe (de musique comme autrement). Heureusement, Kyle est là pour le remotiver, car c’est dans ce genre d’épreuves qu’on voit si le groupe est uni et solide : il faut arriver à tenir bon dans les moments difficiles, comme Les Beatles. Dans tous les métiers, il y a des hauts et des bas, et quand enfin ça vient, alors ça va ! Les professions artistiques sont les premières soumises aux aléas de la fortune (en ancien français, fortune = chance). Tout travail mérite salaire ! N’importe quel stagiaire en conviendra ! Il en est de même dans les milieux culturels, car même un artiste, si perché soit-il, ne peut vivre d’amour et d’eau fraîche. Un créateur sait qu’il risque de manger du riz et des pâtes pendant un certain temps avant que son œuvre soit connue puis reconnue, mais il attend qu’en même de pouvoir en vivre, ne serait-ce qu’en complément d’une activité parallèle si le succès n’est pas tant au rendez-vous. On peut faire de l’art bénévolement dans le cadre d’une passion du dimanche (et de tous les autres jours de la semaine si on veut quand même faire ça bien), mais si on s’engage dans une voie professionnelle il faut tout de même un minimum de retour, rien que pour payer au moins les frais fixes de déplacement ou de production de l’œuvre (location d’un studio d’enregistrement, pots de peinture, rames de papier, etc. ...).

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Après le sermon de l’inspecteur du FBI sur le téléchargement, Stan est impatient de rentrer chez lui pour jouer à nouveau. Mais Kyle réfrène ses envies, il n’en voit plus l’utilité : s’ils font un album, de toute façon les gens téléchargeront leurs chansons gratos sur le Net et ils ne vont donc pas gagner un rond ! Pour eux, tant que les gens voleront la musique, ils doivent refuser de jouer pour des clous ! Quand Cartman arrive la mine joyeuse car son album sera bientôt album de platine (oui enfin, c’est pas encore gagné car il n’en a vendu pour l’instant que 13 sur le million nécessaire), Kyle le rafraîchit car tout ceci ne servira à rien puisque les gens auront son CD à l’œil sur le Net. Et si c’était justement ça le but ultime de l’art : la culture de masse ? Plutôt que quelques uns achètent un CD, autant que tout le monde l’écoute ! Un artiste n’est pas un producteur de marchandise comme n’importe quel manufacturier ! Sa production n’est pas utile au sens pratique du terme, mais elle est nécessaire à la bonne vie d’une société (pensez un monde sans musique, ni cinéma ni peinture ni livre, beurk), à l’épanouissement individuel : si le monde d’aujourd’hui n’avait pas de soupape artistique partagée par un grand nombre, ce système qui s’ennuierait au boulot sans opportunité de fuite de la triste réalité dans le mondes des arts serait rapidement en danger par le propre stress qu’il génère et qu’il ne pourrait plus éliminer en le cachant temporairement sous le tapis du divertissement. Alors que Stan en a vraiment ras le bol de faire grève (pour rien en plus) et qu’il est prêt à oublier le groupe, Moop reçoit un recommandé indiquant que l’album de Faith Plus One vient d’atteindre un million d’exemplaires. Cartman a réussi, il a un album de platine. Le groupe Moop voulait tellement protéger sa musique, qu’ils en ont oublié de jouer. Lars Ulrich de Metallica s’emporte, se demandant bien de toute façon pourquoi jouer si on ne gagne pas des milliards ? Mais pour Kyle, la vérité est ailleurs : c’est ça être un vrai artiste, jouer pour être écouter ! Les CD seront toujours copiés et échangés gratos, mais un musicien est vraiment heureux de jouer quand un public l’écoute. Certes les chansons seront piratées, mais si elles sont bonnes, un public plus large et grand viendra voir les concerts. Moop se fout du fric car seule la

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musique compte ! Le groupe arrête la grève, pour mieux rejouer, mais il n’est pas suivi en cela par les stars accrochées à leurs dollars !

Conclusion :

Voyez, on se couchera moins bête car on a appris un truc aujourd’hui : la musique en particulier et l’art en général ne sont pas des marchandises tout à fait comme les autres. Étant donné que la culture apporte son lot de bien-être au niveau des sens et qu’elle favorise le brassage des idées, elle a un rôle social majeur. Tant et si bien que certains n’hésitent pas à passer par cette case artistique pour flatter leur ego et récolter pas mal d’argent. Le fond du problème est bien que la culture est devenue trop chère et que face à la gratuité, l’industrie ne peut pas lutter, si ce n’est par des offres intelligentes qui compensent le prix de services à forte valeur ajoutée. Comme la motivation principale d’un politique doit être de faire le devoir pour lequel il a été élu, la force d’un artiste doit être de mettre au service de tous son art afin que le plus grand nombre en bénéficie, le créateur bien sûr y compris. Il faut ainsi trouver un juste équilibre entre la culture et donc l’ouverture d’esprit de masse et la juste rétribution des artistes qui ne sont pas là que pour nous servir en offrant du plaisir à perte !

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Catégorie : III] Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint ! Thème : 2) Le monde musical n’est pas une marchandise !!!

Fiche de visionnage n°15 : Épisode 128 (saison 9, épisode 3) – Wing

Analyse philosophique des extrêmes : Un artiste (ou un employé) est-il un esclave de l’art (ou du capital) ???  

Les pros au début : Les enfants, la mafia japonaise, Les antis à la fin : Les enfants, la mafia japonaise.

  

Thèse : Pour développer son art il faut passer par un agent ; Antithèse : Une agence pratique l’abus de confiance ; Synthèse : Un artiste n’appartient qu’à son public et à son art !

Il était une fois à South Park M. Garrison qui annonce à sa classe que Token vient de gagner le concours de chant des enfants du Colorado, grâce à son incroyable voix. Stan ne savait même pas qu’il chantait, alors que la chose était évidente pour Cartman vu que Token est black !

Introduction :

Les arts sont le plus gros dénominateur commun à toutes les cultures humaines, même s’ils s’expriment de manières fort différentes. Toujours est-il que l’humain a besoin d’eux pour oublier le dur quotidien et faire évader son esprit de la réalité.

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Le talent est un don à travailler qu’il est plus que dommage de gâcher ! Cela peut rapporter, au-delà du plaisir aux spectateurs, certaines sommes d’argent tout comme cela peut amener la gloire à laquelle chacun aspire à son niveau. Pour autant, certains abusent de leur position dans ce milieu très fermé et dur pour se faire tranquillement une place au soleil. Déjà que la vie d’artiste n’est pas évidente, il faut au moins que ces personnes talentueuses soient considérées à leur juste valeur. Pour perfectionner son art, développer sa visibilité et sa notoriété, un artiste doit affronter un tas d’embûches et effectuer le parcours du combattant. Le tout en gardant le sourire ultra-bright ! En somme, un artiste (ou un employé) est-il un esclave de l’art (ou du capital) ???

Thèse en faveur du « il faut tirer – un maximum – profit de son talent » Être artiste n’est pas donné à tout le monde, et le talent encore moins. Quand tout ceci peut en plus rapporter de l’argent, il n’y a pas d’hésitation à avoir. Beaucoup de personnes sont des artistes amatrices éclairées (ou pas d’ailleurs, l’art ne se mesurant pas forcément à la qualité mais plutôt à la créativité) mais de là à devenir professionnel il y a un large fossé. Avoir des capacités et des facilités ne signifie pas avoir du talent, mais quand ce dernier est là et qu’en plus il est connu et reconnu, cela peut ouvrir les portes du succès et des revenus liés. Token, grâce à son incroyable voix, a gagné le concours de chant des enfants du Colorado, et Mme Garrison encourage les autres élèves à le féliciter. Preuve que le talent ne suffit pas à être connu, Stan ne savait même pas qu’il chantait. En fait, il va chanter devant un large public pour l’élection de Miss Reconstitution Historique à Denver, et sera payé pour ça $200 ! Les enfants hallucinent de jalousie ! Bien qu’en tant que femme Mme Garrison est contre ces reconstitutions machistes, elle

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espère tout de même que les enfants prendront un moment pour féliciter Token d’être si spécial. D’ailleurs, lors du show, Mme Garrison fera une confidence entre filles à la principale Victoria en avouant que rien ne lui détrempe la moule autant qu’un noir qui chante. Le but ultime de tout artiste est de faire vibrer son public certes, mais aussi – voire surtout – de connaître la gloire à laquelle son talent ouvre les portes. La faim de gloire justifie les moyens pour étancher cette soif de reconnaissance qui brûle le cœur de tout humain et encore plus des artistes. Pour arriver jusqu’en haut des marches et du tapis rouge, tout est bon du moment que cela apporte une certaine notoriété qui pourra s’avérer payante dans le temps : plus on se créé d’opportunité en développant sa visibilité, plus son talent sera connu et avec de la persévérance la gloire pourra devenir immense. Les enfants agents sont prêts à tout pour placer leur cliente Wing. Plutôt que d’attendre longtemps dans la queue (alors qu’ils doivent être à l’école lundi), la chance leur sourie au petit bonheur. Un producteur s’entend dire au téléphone qu’un invité ne peut venir alors que l’émission est enregistrée le lendemain. Kyle ayant entendu que cette personne cherchait quelqu’un pour son émission, Stan propose quelqu’un qui est prêt à passer à la télé immédiatement. Cartman ne perd pas le nord et demande de suite s’il y a de l’argent à gagner dans cette émission aussi, et il se voit rassurer d’apprendre que le gagnant empoche $1000. Pour Stan c’est parfait : leur cliente le fera ! Kyle se renseigne quand même pour savoir si cette émission est aussi bien qu’American Idol, mais le producteur le rassure, c’est encore mieux. Sauf qu’aucun des enfants ne sait ce qu’est « Le Compétiteur » ! Le principe de cette nouvelle émission de Sylvester Stallone est simple : deux personnes vont se battre pour la gloire, un va rester, l’autre rentrera chez lui. Dans le coin rouge, en short bleu et blanc, le destructeur de Del Fuego, Mexique, Manuelo Furrrrrrrnanda ! Dans le coin bleu, dans une magnifique robe de soie au motif floral, Wing ! La pauvre déguste, se prenant une sacrée rouste. Ce qu’il ne faut pas faire pour la gloire ! Mais, comme Cartman, on peut au moins accorder à Wing qu’elle encaisse bien les coups avec son menton en acier.

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Lorsque quelqu’un de talentueux veut lancer sa carrière, il est important de passer par un agent qui connaît bien le milieu et ses pièges. Pour se rendre visible au milieu de la multitude, il faut se faire remarquer par tous les moyens pour que certaines personnes, influentes découvreuses de talents, sachent déjà de quoi on est capable. Par la suite, le rôle d’un agent est de faire fructifier son investissement en temps en plaçant son client dans tous les starting-blocks qui pourraient être utiles au développement de sa notoriété et donc de ses cachets. Alors que Token s’est fait alpagué par l’Agence Artistique Super Géniale dirigée par les enfants, il se demande bien pourquoi il aurait besoin d’une agence, à qui en plus il faut céder 10% des gains. La vérité (s’ils mentent), c’est que sans leur protection, des gens risquent de profiter de Token. Stan précise les propos de Cartman : on va faire à Token des offres dans tous les sens, une tempête médiatique va le frapper, et il ne peut pas la gérer tout seul, car personne ne le peut ! Kyle confirme que Eminem, Justin Timberlake, Hootie... ont tous un agent. Token a donc besoin de quelqu’un pour tout contrôler à sa place : le spectacle de Denver n’est qu’une miette, avec l’aide de l’Agence Artistique Super Géniale, il aura toute la tarte ! Vu que tout ceci lui paraît cohérent, Token signe le contrat d’exclusivité artistique. Et effectivement les offres commencent à tomber. Alors qu’il chante pour les 16 finalistes du concours de plus belles femmes du Colorado en tant que gagnant du concours de chant pour enfant du Colorado, Token est remarqué par un couple. Ils le trouvent tellement génial qu’ils pensent à l’engager pour la bar mitzvah de leur fils Tommy. Ayant entendu cela juste devant eux, Stan vérifie qu’ils veulent engager leur poulain, puis Cartman prend le relais : ils représentent Token, ces gens n’ont qu’à les appeler et ils trouveront un arrangement. Antithèse en faveur de la jungle des profiteurs Tout comme le pétrole, certains n’ont pas de talent, mais ils ont des idées, que l’on peut classer tantôt dans la philanthropie artistique tantôt, et le plus souvent, dans l’appât du gain. Comme dans beaucoup de domaines, certains ont le savoir-faire et

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d’autres le faire-savoir. Vu que rarement une personne possède ces deux facultés indispensables à la notoriété, car si on est le seul à savoir qu’on fait des trucs géniaux cela ne sert pas à grand chose si ce n’est à se désespérer, une symbiose est obligé de se mettre en place, idéalement pour le bien des deux. Mais comme partout, il y a toujours des travailleurs et des profiteurs du labeur d’autrui. Et quand en plus la filouterie s’en mêle ... Alors que Stan hallucine sur les 200$ que va se faire Token juste pour chanter, Kyle se demande bien pourquoi eux n’ont jamais d’opportunités comme ça. Cartman connaît la réponse (mais Kyle aussi après son expérience Moop) : ils n’ont aucun talent ! Ils ne seront jamais le côté artistique, mais peuvent toujours essayer le côté qui réfléchit. Pour Stan c’est évident : ils sont trop intelligents pour avoir du talent ! A partir de là, Cartman va avoir une idée géniale : vu que Token va arriver au somment et qu’il va être une immense star, pourquoi ne pourraient-ils pas avoir un peu de cet argent ? L’idée est d’être les agents de Token et de prendre ainsi 10% de tout l’argent qu’il fera ! Stan est emballé, puisque pour lui ils méritent cet argent tout autant que lui ! Pour Cartman, il suffit d’un bureau qui troue le cul, de quelques beaux costumes, et une fontaine dans l’entrée, puisque toutes les meilleures agences ont une fontaine dans leurs entrées. Ensuite, le plus dur sera de faire croire à Token qu’il a besoin d’eux, alors qu’ils vont juste lui taxer de la thune. Quand Token regarde l’affiche publicitaire placardée partout dans la ville, Cartman donne ses ordres : lorsqu’il arrivera au bureau avec Token, il faut que Kenny se cache dans une autre pièce et appelle le téléphone sur son bureau ; Cartman fera semblant de parler à quelqu’un de célèbre et super important et quand Token verra ça, il pensera que c’est une agence sérieuse (sauf que Cartman fera semblant de parler à Abraham Lincoln, mort depuis 200 ans, pensant que Token ne le sait pas, mais il le sait puisqu’il écoute en cours contrairement au gros lard). Excellant dans la feinte du loup, Cartman fait mine de parler au téléphone et de dire à un gros coup qu’il n’est pas intéressé. Il tombe alors « par hasard » sur Token et lui demande comment ça va, s’il est toujours noir. Après cette entre en matière, il va au vif du sujet et annonce à Token qu’il a entendu qu’il faisait quelque chose à Denver le lendemain soir. Il présente alors son Agence Artistique Super Géniale et

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l’invite à passer au bureau pour convaincre Token d’être représenté par cette agence. Vantant les mérites de son agence, dont la plus belle preuve d’efficacité est sa belle fontaine, Cartman présente un futur potentiel client à son équipe. Stan se réjouit et félicite Token d’avoir bien fait de venir chez eux ! Le fond du problème n’est pas tant l’a(r)gent en tant que tel, mais surtout son rapport qualité / prix ! Une association honnête sous-entend que les deux parties soient également bénéficiaires des arrangements passés entre elles. Si l’un des associés tire toute la couverture à lui, on peut considérer qu’il y a abus de confiance, voire de faiblesse dans le cas d’un artiste qui a besoin d’un représentant pour trouver puis négocier des prestations à sa place. A présent que Token a signé son contrat, les enfants sont une équipe de divertissement dont les rôles sont clairement répartis : Token « n’a qu’à faire » tout le chant, tout le spectacle et tout le divertissement, et ses agents feront le reste. Dès la fin de son spectacle à Denver, ses agents congratulent Token pour ses 200$ et Cartman fait tout de suite les comptes. Alors qu’il calcule laborieusement 10% de 200$, Kyle vient à sa rescousse : comme le dit Stan, leurs 20$ et les 200$ de Token ne sont qu’un début, à présent les offres vont se multiplier ! D’ailleurs le cuisinier de City Wok vient leur rendre visite après avoir vu l’affiche dans la rue. Il cherche en effet un agent pour sa femme, Wing, qui vient juste d’arriver clandestinement de Chine, aidée en cela par la mafia chinoise. Mais les enfants sont désolés, faire décoller sa carrière leur demanderait trop de travail étant donné qu’elle est loin d’être une dancing&singing queen ! C’est ballot, quel dommage sachant qu’elle vient d’être acceptée pour « American Idol » à Los Angeles mais que son mari ne peut pas l’emmener car il doit s’occuper du restaurant. Si comme le pense Cartman tout le travail est déjà fait, et qu’en plus l’émission paye $1000, Kyle et son équipe seraient ravis de signer avec Wing. Cartman confirme et précise les termes du contrat : ils iront à L.A. avec Wing, et tout ce qu’elle aura à faire sera de faire le spectacle, chanter et gagner l’argent ensuite eux feront le reste ! Notamment la faire manger : dans le bus pour L.A., Stan téléphone pour savoir si Wing a besoin de manger ou de quelque chose. Même pas, ils n’ont pas à

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s’inquiéter pour elle, fleur si délicate qui n’a pas besoin de beaucoup manger. C’est parfait pour ces agents, qui se contenteront de rappeler quand Wing sera passée à la télé. Mais ils feront quand même leur possible pour rentrer au pays une fois la gloire envolée : Stan fera la manche pour que les gens aident quatre pauvres garçons et une chinoise à rentrer au Colorado, Cartman précisant que ce geste d’espoir en aussi déductible des impôts. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’ils rencontrent Stallone, qui veut que Wing chante au mariage de son fils, prestation qu’il paiera 4000$. Même si, Cartman le premier, ils ne voient que les 400$ pour eux, il n’empêche que ça troue le cul et que les enfants ont réussi leur mission. Le monde du show-business est comme Dallas, un univers impitoyable où tous les coups, y compris ceux sous la ceinture bananeportefeuille, sont permis ! De par la globalisation et tout simplement le besoin vital de divertissement, la découverte de nouveaux talents est devenue une industrie juteuse. Mais lorsque l’offre dépasse amplement la demande, un goulot d’étranglement se crée et la concurrence compétitionnelle se fait de plus en plus forte. La loi de la jungle reprend alors ses droits : que le plus fort gagne et que les autres marchent ou crèvent ! A peine le concert de Denver terminé, une personne vient féliciter Token pour sa superbe performance. Il se présente comme étant Don Eisman, Creative Art Agency, Los Angeles. Comme il pense que Token est prometteur, il lui propose de signer avec CAA. Stan intervient et rappelle que Token a déjà des agents ! Mais Eisman sort sa botte secrète : il a quelques spectacles à L.A. Auxquels il aimerait que Token participe. S’il monte dans sa limousine, ils pourront en discuter en chemin. Cartman ne peut laisser filer la poule aux œufs d’or mais Token se justifie car c’est une énorme opportunité pour lui. Cartman tente bien le coup de la fontaine, mais CAA a une fontaine à deux étages et les enfants ne peuvent donc lutter. Pour Stan tout ceci est trop injuste, mais Eisman lui réplique que les affaires sont les affaires, c’est le showbusiness et la jungle. Kyle se désole de tout ce temps passé à aider Token, tout ça pour ça. Cela aura au moins le mérite de prouver à Cartman que travailler dur ne paie pas : à partir de ce moment, il sera un

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clodo accro à la drogue ! Après avoir remis le pied à l’étrier avec leur contrat avec Wing, Stan la cherche de partout : il faut la retrouver vite, car si cette grosse agence artistique CAA sait qu’elle a du travail, ils vont encore essayer de la leur piquer ! Malheureusement le mal est déjà fait : Wing a bel et bien disparue. Kyle fulmine qu’on leur ait encore fait le coup : cette saloperie d’agence leur a encore volé un client ! Sauf que cette fois les jeux ne sont pas faits : Cartman a trouvé leur carte de visite, ils vont y aller et récupérer leur cliente ! Arrivés à l’adresse, les bureaux sont plutôt impressionnants, ce qui est facile pour Cartman vu que l’agence vole les clients des autres ! Alors que Cartman hallucine grave devant leur fontaine incroyable, Kyle s’énerve : ces trous du cul leur ont volé leur cliente ! Que font-ils de cette putain d’éthique dans les affaires ? Ils croient que le marché du divertissement leur appartient mais c’est faux ! Il exige qu’ils leur rendent Wing, tout de suite !!! Sauf que la mafia n’est pas du genre à se laisser donner des ordres, encore moins par quatre gamins. Devant le déluge de feu et les tirs nourris, Kyle propose finalement d’abandonner, mais pour Stan c’est hors de question car si jamais ils laissent la CAA leur piquer tous leurs clients, leur agence ne réussira jamais ! Kenny meurt, mais Kyle lui jure qu’il n’est pas mort pour rien : Wing va de nouveau être une cliente et ils vont faire un paquet de pognon ! Synthèse Il plane un doux parfum de rêverie autour du métier d’artiste, mais non seulement ce n’est pas donné à tout le monde, mais en plus c’est loin d’être aussi glamour qu’il n’y paraît. Il n’y a pas de métier facile ou parfait, et ceux qui font le plus rêver sont souvent les plus compliqués à pénétrer puis gérer au quotidien ! Comme le disait Andy Warhol, tout le monde veut tellement son quart d’heure de célébrité que beaucoup sont prêts à tout y sacrifier, en premier lieu leur patience. Car être artiste c’est courir à droite et à gauche les castings, les plateaux ou les studios d’enregistrement, attendre pendant des heures pour avoir l’occasion de montrer ses talents et donner de la voix ! Le tout pour de maigres résultats sauf si un jour le prince signant se penche sur vous !

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Les enfants en tombent des nues en voyant la file d’attente interminable pour le casting d’American Idol. Passant devant tout le monde, ils se font rappeler à l’ordre, mais Stan se justifie en disant que leur cliente doit passer une audition pour cette émission. Certes, mais les autres aussi ! Et d’ailleurs ça fait 70 jours d’attente pour l’une des personnes de la queue. Stan ne veut rien entendre ni attendre et il va voir directement la dame à la porte, mais se fait rembarrer vite fait au motif qu’il doit faire la queue comme tout le monde. Stan tente le tout pour le tout vu qu’il pense qu’il s’agit d’une erreur : ils sont ici avec Wing, LA Wing ! Cartman vient à son aide en arguant qu’ils sont une agence artistique très influente et que si ses producteurs savaient qu’elle renvoyait des gens aussi importants qu’eux faire la queue ... justement, son portable sonne et il a au bout du fil le Colonel Sanders (icône des fast food KFC, ou Georges Washington en VF). Il lui dit qu’une grognasse d’American Idol ne connaît pas Wing, mais Kyle décide de laisser tomber. Pour Cartman, le Colonel Sanders devrait arrêter de lui donner du poulet (ou bien il confirme avec son ami Georges que c’est qu’une pétasse). Pour Token c’est encore pire, la désillusion est de taille quand on sait qu’il se retrouve à faire le service lors du mariage du fils Stallone. Les enfants hallucinent de le voir là, mais en fait son agence n’a rien fait pour lui du coup il essaye de travailler pour se payer son billet de retour. Cartman ne laisse pas passer une si belle occasion et enfonce le clou du spectacle en lui demandant de ramener du pain et de l’huile d’olive, en se magnant ! Tout comme dans le milieu de l’entreprise, on a tendance à considérer le capital humain comme une ressource humaine, et les artistes avec leur contrat de licence sont encore plus considérés comme une marchandise, ou plutôt comme un centre de profit ! L’esclavage a régné durant des milliers d’années et n’est, officiellement, aboli que depuis une centaine d’années. Toutefois, il n’est pas faux d’envisager les artistes (comme les sportifs de haut niveau) comme une valeur marchande sur lesquels on investit un peu pour avoir de gros retour en rentabilité. Un artiste se doit de faire ce qu’on lui demande, d’aller là où on lui dit d’aller, le tout après avoir cédé ses droits sur ses œuvres à une grosse compagnie qui le rétribue en

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lui jetant quelques miettes du bénéfice engendré ! Alors que tout semble aller bien pour le cuisinier de City Wok et sa famille, voilà que débarque la mafia chinoise. Elle qui a fait rentrer clandestinement Wing aux USA, le cuisinier devait leur payer $10 000 pour ce service, or ils n’ont toujours pas été payé. Liu Kim se justifie en disant qu’il y travaille, et même que Wing a engagé un agent et qu’elle va faire beaucoup d’argent. Mais pour la mafia c’est trop tard : Wing est maintenant leur propriété ! Ils vont l’emmener à Los Angeles, où elle travaillera dans un salon de message, jusqu’à ce qu’elle ait remboursé la dette. Liu Kim essaye bien de gagner du temps, de mettre la mafia sur une fausse piste en Alabama, mais on ne la fait pas à la mafia. Elle se rend vite compte que Liu Kim ment et le retourne avant de s’en prendre à son riz crottes de nez, à sa salade pignons de pine, mais il craque quand ils s’attaquent aux Couilles sautées ! Ayant lâché le morceau, la mafia met la main sur Wing car on n’échappe pas à cette organisation. Stan a beau crier qu’elle est LEUR cliente, rien n’y fait : quand on fait affaire avec la mafia, on met en jeu sa vie en tant que propriété inaliénable ! Au siège de la mafia, le chef justifie que Wing a un contrat avec lui et que donc elle lui appartient. La mafia aide des citoyens chinois à s’infiltrer aux USA, mais quand ils arrivent, ils deviennent leurs esclaves : c’est un trafic très ancien, mais personne n’a assez de tripes pour les arrêter ! Mais Kyle s’insurge car ils avaient un contrat avec elle avant, donc elle leur appartient ! Sans parler de contrat, pour la mafia sa vie leur appartient, mais pour Kyle sa vie appartient à son agence !!! Heureusement Stan fait entendre la voix de la raison : tout le monde doit se rendre compte de ce qu’ils sont en train de faire ! On ne parle pas d’un objet ici, on parle d’un être humain ! Il suffit de voir ce qu’ils sont tous devenus : toute cette violence, cette colère et pour quoi ? Pour contrôler la vie de quelqu’un ...dont chacun essaie juste de profiter. Wing n’appartient ni à l’agence ni à la mafia, et c’est bien malheureux de faire juste un métier où on traite les gens comme des produits ! Le chef de la mafia craque : ils ont passé tellement de temps à profiter des rêves et des espoirs des autres, en oubliant que ce sont des êtres humains ! Kyle confirme que ce n’est pas un sentiment très gratifiant. Les deux parties tombent d’accord sur le fait qu’ils en ont marre de ce business malhonnête et malsain. C’est un métier pourri, ils arrêtent ! La

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mafia se repent : il est temps pour elle de trouver un autre moyen de faire de l’argent, et à partir de maintenant tous ses contrats sont nuls et non avenus ! Trop peu de gens ont un réel talent, qu’ils savent en plus exploiter à bon escient, pour que celui-ci et les plaisirs qu’il pourrait provoquer chez tous soient sacrifié pour des aspects bassement matériels ! Il est déjà assez dur de travailler ses capacités et de les faire remarquer aux bonnes personnes aux bons moments, pour que tout ceci soit gâché par des notions de droits et de licences. Un artiste est là pour exprimer son talent et en faire bénéficier le plus grand nombre, qu’on le laisse donc ainsi s’épanouir en émerveillant tout un chacun ! Même si le chef de la mafia a du respect pour les garçons car ils ont réussi à se frayer un chemin jusqu’à lui, s’ils approchent de trop près, il fera sauter la cervelle de Wing. Cartman ne se laisse pas avoir car morte elle ne sert plus à rien à la mafia. Stan renchérit, car comme il fait le même métier que le mafieux, il sait que le chef ne la tuera pas parce qu’elle ne pourrait plus lui rapporter d’argent ! Heureusement que rien ne fut fait : Stallone était désolé que le combat ne se soit pas mieux passé et que Wing ait perdu, mais il pense que la chanteuse a beaucoup de talent. Il aime vraiment sa voix, et avec la façon qu’elle a de vocaliser la mélodie, il en avait les larmes aux yeux. Cartman le remercie et s’excuse qu’elle ne soit pas meilleur boxeuse. Mais là n’est pas le propos : Wing chante si bien qu’il la veut pour le mariage de son fils. Le cuisinier de City Wok est ravi que les enfants aient si bien aidé sa femme, ce que confirme le chef mafieux : la voix de Wing est si magnifique, c’aurait été dommage d’avoir empêché le monde de l’entendre chanter ! Stan finit par une belle leçon : il faut laisser le talent aux gens talentueux !!!

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Conclusion :

Voyez, on se couchera moins bête car on a appris un truc aujourd’hui : les artistes n’appartiennent à personne si ce n’est à leur public et à leur art ! Certes un artiste peut avoir besoin d’être épaulé dans sa quête artistique pour développer son talent puis pour le faire fructifier au mieux auprès de sa cible. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de sa propriété de sa carrière ni contre son indépendance créative. Ceux qui ont du talent savent comment le mettre en œuvre, même s’ils peuvent avoir besoin d’une aide, complémentaire, pour assurer la meilleure stratégie de pénétration des marchés. On peut toujours avoir besoin d’un coup de main pour entrer dans un réseau et se faire connaître, mais le talent appartient à l’artiste et c’est à lui de savoir comment et avec qui il peut faire en sorte d’en faire profiter un large public.

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Catégorie : III] Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint ! Thème : 3) La grande distribution c’est nous, petits consommateurs !

Fiche de visionnage n°16 : Épisode 120 (saison 8, épisode 9) – Supermarché des ténèbres

Analyse philosophique des extrêmes : Les consommateurs sontils esclaves de leurs pulsions d’achat ???  

Les pros : tous les south-parkois, Les antis : les enfants (moins Cartman).

Thèse : Qu’on le veuille ou non, Wal-Mart est si pratique et peu cher qu’on en redemande encore et encore, Antithèse : Nous ne sommes pas que des cons-ommateurs, nous avons le pouvoir de faire et défaire, Synthèse : Pour avoir les avantages sans les inconvénients, il faut apprendre à répartir ses achats !

 

Il était une fois à South Park ses habitants qui devinrent tout fou à la seule idée de savoir qu’un supermarché Wal-Mart allait s’ouvrir chez eux. A l’heure dite, le tocsin sonna et tout le monde stoppa ses activités sur le champ pour se rendre enthousiaste à Metzger Field, là où allait commencer l’inauguration de ce géant de la consommation à bas prix. A présent, pour bon nombre des citadins, South Park devenait une vraie ville !

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Introduction :

A notre époque, où nous avons délégué notre alimentation et notre équipement matériel à d’autre plutôt que de cultiver et fabriquer ce dont nous avons besoin pour assurer notre autosubsistance et notre confort, nous nous rendons régulièrement dans des lieux propices à satisfaire nos exigences consuméristes. Depuis l’avènement au -Vè millénaire de l’artisanat et du commerce de bouche, l’offre des marchands s’est multipliée en quantité de produits et en nombre de surfaces de vente autant qu’en taille de celles-ci. Alors qu’auparavant la diversité des étales et de l’origine des produits primait, nous sommes rentrés avec la consommation de masse, à la fin de la seconde guerre mondiale, dans une spirale de concentration des propositions consuméristes. Avant, il fallait flâner, discuter des produits, comparer les offres en qualité et en prix, mais au moins nous n’avions que l’embarras du choix. A présent, le modèle capitaliste tend à ne nous proposer qu’une sélection restreinte de produits référencés, concentrée dans de vastes ensembles dépourvus d’âme et dans lesquels le consommateur doit se débrouiller tout seul pour faire les bons achats à partir de produits standardisés et sans caractère affirmé. Avons-nous encore une once de pouvoir pour pouvoir faire évoluer différemment ce qui peut paraître inéluctable, à savoir la fermeture des petits commerces de proximité, la désertification des centres ville, l’homogénéisation par le bas de la diversité de l’offre et des points de vente ? En somme, sommes-nous encore un tant soit peu libres dans nos choix de consommation ou sommes-nous d’ores et déjà devenus des esclaves de nos propres pulsions d’achat ???

Thèse en faveur de l’esclavagisme consumériste Dans notre monde hypermatérialiste et de surconsommation, nous

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nous « devons » de nous équiper d’une multitude d’appareils et de les renouveler régulièrement pour être à la page. Étant donné que nous sommes dans une culture du beaucoup avoir mais aussi d’être épanouie, il arrive forcément un moment où nous devons faire des choix quant à nos capacités financières d’être satisfait sur ces deux tableaux. Ainsi, si l’on veut avoir le confort matériel et les possibilités immatérielles (loisirs, culture, arts, ...), il est plus facile de partir à la chasse au gaspillage monétaire en cherchant les remises et les bonnes affaires que d’avoir à choisir ce qui est prioritaire et ce qui ne l’est pas et de renoncer à certaines envies. En outre, de manière générale, en complément de la recherche de quantité au détriment de la qualité : pourquoi continuer à payer trop cher ? Autant faire en sorte d’avoir le beurre, l’argent du beurre et de taper dans la motte de la crémière ! Ainsi, lorsque la mère de Stan arrive avec trois excellents steaks qui viennent de la boucherie de South Park, mais qu’il faut se partager, la première réaction du père est de se souvenir qu’ils pouvaient s’offrir six steaks quand ils faisaient les courses au Wal-Mart. Il en va de même pour Cartman qui est prêt à acheter trois exemplaires du même film du moment qu’à l’unité cela lui coûte moins cher (Time Cop en DVD, les trois pour 18 dollars, alors que cette pauvre tâche n’a besoin que d’un exemplaire, mais vu qu’un seul coûte 9$98, il les prend en croyant qu’il va économiser genre 20 dollars – alors que non, seulement un peu moins de 12), pensant ainsi faire une bonne affaire. Le père de Stan est le plus touché par le virus du prix bas. En pleine nuit, alors que Mme Marsh dort du sommeil du juste prix, le père de Stan « rêve » ou cauchemarde des prix exceptionnels de chez Wal-Mart. Une voix d’outre-caisse lui annonce des prix défiants toute concurrence, à profiter tout de suite. Il se lève, aveuglé par le halo de lumière autour du supermarché des ténèbres, foudroyant avec ses remises éclaires de tous les côtés de la ville. Il offre son torse à la fenêtre dans une sensation de jouissance absolue. A minuit passé il « faut » qu’il aille faire un tour au Wal-Mart en vitesse ! Pour lui, s’il y va maintenant, il n’y aura personne dans les rayons, et il aura tous les rabais pour lui tout seul ! Mais arrivé au Wal-Mart, il se rend compte que tout le monde a eu la même idée que lui (les parents de Kyle l’y ont traîné trois heures). Résultat des courses, Stan croit que son père

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se meurt dans la maison remplie de carton : en réalité, il est seulement très fatigué, ayant fait des courses au Wal-Mart toute la nuit (preuve de ses achats compulsifs, ayant vu juste avant les caisses des petits autocollants super cools à seulement 99 cents les 50, il n’a pas pu résister et sa figure en ressort maculée). Il ira même jusqu’à devenir vendeur au Wal-Mart : en plus des rabais habituels, il a des remises de 10% en bossant là-bas. Certes il est géologue et est donc moins bien payé dans son nouvel emploi, mais tant qu’il fait toutes ses courses au Wal-Mart, il s’en sort très bien. De même, alors que les enfants font tout pour détruire l’hypermarché (il remarque déjà, en courant alors qu’il a une mission bien plus importante, que les duos salières-poivrières sont à 2 dollars alors qu’ils coûtaient trois dollars cinq minutes plus tôt, le WalMart baissant ses prix pour essayer de les stopper), il ordonne aux enfants de ne pas regarder les rabais (notamment des lecteurs mp3, et encore pire des vélos, à 29,99 $), mais il marque l’arrêt (comme un chien devant sa proie) à propos de rabais trop tentant pour lui. Il se sent obliger d’acheter ces tournevis ! Cartman est de la même veine en ne comprenant pas pourquoi les enfants vont chez Jim acheter des cartes de combat alors qu’au Wal-Mart elles coûtent trois dollars de moins. Quand ces potes s’en prendront à l’ « intégrité » de l’hypermarché, une chose sera sûre pour lui, le Wal-Mart c’est trop cool et il ne laissera pas trois connards le priver de ses rabais géniaux : le bonheur est dans le prix ! Depuis la chute du Mur et la fin du communisme, le seul modèle « viable » actuellement impose ses vues et fait de nombreux adeptes au plus grand profit de la secte mercantile. Dans nos sociétés de surabondance d’offre (mais pas trop de demande), où le seul critère qui compte est la consommation des ménages et le taux de croissance, le message totalitaire ultradominant consiste à hurler dans les antennes sur les toits et à afficher sur les murs que le seul vrai bonheur accessible ici-bas se trouve dans l’acte d’achat, cette nouvelle religion opium du Peuple. Comme le martèle le représentant de Wal-Mart, lors de l’inauguration du magasin (en s’en frottant les mains d’avance) : « maintenant achetez mes amis, achetez ! ». Et force est de constater que le père de Stan est épanouie : « Regardez moi un peu la famille Marsh !

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Une télé toute neuve, un nouveau service de table en plastique, et suffisamment de paquets de pâtes pour se nourrir pendant des années ! » (3 palettes devraient faire l’affaire effectivement). Idem lorsque Kyle explose le violon de Cartman (qui en usait et abusait pour marquer le côté pathos du discours décliniste des petits commerçants), celui-ci n’en à rien à foutre car il ira en acheter un autre au Wal-Mart, vu que ça ne coûte que cinq dollars ! Mais il faut bien se rendre compte que les consommateurs ne sont que des cobayes du bon vouloir de Wal-Mart : après que les habitants l’aient brûlé, celui-ci renaît tel le phœnix de ses cendres encore chaudes par les seules ordres du siège central de la société, alors que personne ne veut de Wal-Mart à South Park. Harvey Brown, fondateur de Wal-Mart en 1987 sur la simple idée d’une grande surface où l’on trouve de tout à des prix incroyablement bas en pratiquant la vente par lot, est bien conscient des dérives. A l’époque, il ne savait pas ce qu’il faisait : en tout juste quatre ans, Wal-Mart était hors de contrôle ! Pour lui c’est impossible de l’arrêter car le Wal-Mart sait se défendre ! Beaucoup s’y sont essayés – leaders syndicaux, activistes écolos, grands cabinets d’avocats – et maintenant ... ils vont tous faire leurs courses au Wal-Mart ! Pour son créateur, il est évident qu’il ne s’arrêtera que lorsqu’il n’y aura plus que des Wal-Mart sur Terre ! (il demande alors pardon au monde et se suicide devant les enfants). Mais que peut-on faire contre cet état de (dé)fait(e) ? Sommes-nous tous devenus des moutons de Panurge suivant bêtement le mouvement ou des adeptes de la secte de Skippy, ce grand gourou avec un dollar pendu autour du coup en guise d’amulette ? Il est indéniable que les sciences humaines, basées au départ sur une meilleure compréhension des attitudes humaines, ont été détournées de leur vocation première de comprendre pour « améliorer l’espèce » afin de mieux domestiquer le consommateur et canaliser puis diriger ses pulsions (et avec son pouvoir) d’achat. Les professionnels du marketing et de la communication ont ainsi aujourd’hui toutes les clés en main pour nous manipuler « sans que l’on s’en rende compte ». Cela passe par des petits riens, mais qui bout à bout font un grand tout. Le représentant de Wal-Mart commence en qualifiant le jour

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d’inauguration d’historique, un jour qui restera dans les mémoires comme celui où la ville est devenue meilleure (rien de moins) ! De même, quand les south-parkois entrent dans son bureau pour clamer qu’ils ne veulent plus du Wal-Mart chez eux, le représentant les accueille avec un « Oh, bonjour acheteurs futés » ! Toutefois, en cachette et se frottant les mains, il ne tarde pas à les traiter d’imbéciles, d’ignorants imbéciles ! Quand Stan demande à son père comment WalMart peut vendre tout ça aussi peu cher, son père ne peut que répondre que c’est de l’économie élémentaire, qu’il n’y comprend rien du tout, mais dieu qu’est-ce qu’il aime ça. Il faut dire en outre que Wal-Mart sait se vendre en écoutant puis en retournant contre eux les arguments de ses clients. Alors que tout le monde s’était entendu pour ne plus mettre les pieds au Wal-Mart pour faire les courses, lorsque Stan casse malencontreusement un verre, son père est tout catastrophé. Il croit que là, ils n’ont plus le choix : la famille doit aller au Wal-Mart ! Où sinon trouver un verre à cette heure-ci (d’ailleurs tout le monde s’y trouve déjà, le père de Kyle – se faisant interroger sur sa présence – arguant pour sa défense que c’est le seul endroit où l’on trouverait un distributeur de serviettes à 21h30) ? Alors que le père de Stan fustige tout le monde pour ne pas avoir respecté la consigne de ne plus aller au supermarché, M. Garrison lui demande ce que lui fait là, ce en quoi il répond qu’il n’était venu que pour s’assurer que personne n’y faisait ses courses. Poussé par son fils, il admet qu’il devait acheter un verre. Mais un seul verre !!! ... et puis aussi des chips ... et du beurre (sortant sa liste de commission) et un tournevis. Comme le fait remarquer le père de Kyle, personne n’aime le Wal-Mart, mais ils ne peuvent pas s’empêcher d’y venir malgré tout ! Pour le père de Stan, le Wal-Mart a un pouvoir sur eux auquel ils ne peuvent pas résister : pour Jimbo (demi-frère de Randy Marsh), l’établissement a une mystérieuse force démoniaque, alors que pour le père de Stan, celui-ci n’est pas un ennemi mais plutôt un voisin amical. Les consommateurs sont peut-être dupés par la force de propagande de Wal-Mart, mais pas ses employés. Le représentant taquine la bouteille pour oublier qu’il n’est pas content d’être là. Il hait cet endroit, mais on ne le laisse pas partir ! Quand Kyle lui rappelle qu’il dirige le Wal-Mart, il s’empresse de corriger : ce Wal-Mart n’est dirigé par personne ! Il précise ensuite la teneur du piège : d’abord il

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vous attire avec ses rabais, et sans vous rendre en compte vous devenez employé de Wal-Mart parce qu’il a tout le travail (les petits commerçants ayant plié boutique), et vous êtes assis dans un petit bureau sans espoir d’en sortir ! On sent que la pression est très forte, car lorsque Chef demande pourquoi le directeur ne démissionne pas, celuici lui conseille de parler moins fort car Wal-Mart entend tout, et lorsque Kyle l’interroge pour savoir s’il le déteste aussi, le responsable se défausse (parce que le magasin commence à gronder) en disant qu’il n’a jamais dit ça. Pour lui (qui officiellement adore Wal-Mart), avec ses fantastiques remises et tous ces produits, on est forcé de l’aimer, car Wal-Mart a su rendre les courses à la fois abordables et amusantes (il griffonne toutefois vite fait un mot : « pas prudent de parler ici ») et qu’il fait beaucoup pour la communauté ! De même, quand Kyle, au siège de Wal-Mart, vient se plaindre en disant que les south-parkois ne veulent pas de cet hypermarché dans leur ville, la standardiste (après avoir regardé à droite et à gauche) acquiesce en se demandant bien qui en voudrait ? Personne n’aime ce que Wal-Mart fait, mais il continue malgré tout à le faire ! Tant que les gens ne seront pas conscients de tous les tenants et aboutissants du système, ils ne se rebelleront pas ! Antithèse en faveur de la reprise en main de leur pouvoir d’achat et de choix par les citoyens consommateurs On peut certes critiquer Wal-Mart (et consorts) pour son emprise hégémonique, mais il faut bien prendre en compte qu’il s’agit d’un choix de société et d’aménagement du territoire. Si ce genre d’entreprise peut s’installer, c’est bien parce qu’on les y a autorisé. La question de fond qui se pose est de savoir ce que les citoyens (au-delà même des consommateurs) souhaitent pour le développement et, encore plus, l’épanouissement de leur ville. Soit on concentre l’activité de tous les petits magasins dans une superstructure au banc de la bourgade, soit on favorise la vitalité du centre-ville. Le représentant de Wal-Mart avait prévenu qu’après l’inauguration du magasin, les south-parkois constateront que leur ville allait considérablement changer ! (en s’en frottant les mains d’avance). Malheureusement, comme d’habitude, seuls les enfants se sont rendus

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compte de ce qui était en train de se passer. Alors que les gamins partent dans la grande rue pour soutenir les commerçants, ils sont interloqués en trouvant le centre ville désert, aussi vide et en ruine que les villages fantômes des westerns. Seul Butters erre dans les rues, jouant au monstre car l’endroit est devenu effrayant. Comme souvent, il faut que ce soit les enfants qui montrent aux parents ce que Wal-Mart fait à leur ville ! Ainsi, tel le petit épicier Jim Farkle, beaucoup de commerçants ont du fermer boutique car ils n’arrivaient pas à lutter avec les prix de Wal-Mart ! Tout le monde va faire ses courses là-bas, et les boutiquiers sont au bord de la faillite (Cartman sort son violon et entonne une musique à faire pleurer les morts) et ont vendu leur boutique en tentant de faire un autre boulot. Pour Kyle, ça craint vraiment, mais (pour ne pas changer) Cartman considère lui que c’est simplement ce qu’on appelle le progrès. Bien sûr, lui ne pense pas aux employés de l’épicerie qui vont perdre leur boulot (il ressort son violon et rejoue son sol pleureur. Kyle, excédé par autant de mépris – même si habituel, on s’y fait jamais vraiment –, explose le violon). Quand les parents réagissent enfin, devant le fait accompli, le père de Stan comprend que si on préfère le charme des petites villes aux grandes surfaces sans âme, il faut accepter de payer un petit peu plus ! L’argent est bel et bien le nerf de la guerre commerciale que se livrent les commerçants (petits et grand) mais pas que. Cela fait partie d’un ensemble de choses (telles que la fréquentation des magasins, l’attention portée au matraquage publicitaire, l’intérêt devant les promotions, ...) qui caractérise l’impact de chaque acheteur sur le marché. Pour pouvoir faire évoluer les choses et être vraiment acteur (à défaut d’être totalement maître) du tissu économique local, il faut bien sûr que chacun prenne la mesure de son pouvoir de consommateur. En effet, chaque système et structure solide est établi sur une base stable qui lui permet de fonctionner et éventuellement de s’élever. Mais si le socle bouge, on se rend vite compte qu’il s’agit d’un colosse aux pieds d’argile. Ainsi, lorsque le père de Stan va à l’encontre de la décision des south-parkois de ne plus aller faire ses courses au Wal-Mart et qu’il se

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justifie en disant que ce n’est pas une famille achetant un verre qui fera la différence, il se trompe grandement (la preuve en est que les autres ont pensé pareil et du coup tout le monde est au supermarché comme si rien n’avait été décidé la veille). De même, quand le père de Kyle affirme que si on ne peut pas détruire le Wal-Mart il faut apprendre à vivre avec, c’est d’une faiblesse d’esprit affligeante. Ce en quoi le père de Stan (bien longtemps après que les enfants aient découvert le cœur du Wal-Mart, un miroir) aura enfin la bonne réponse : le symbolisme du miroir signifie tout simplement que le Wal-Mart c’est ... eux, les cons(ommateurs) ! [tout comme l’état c’est les con(tribuable)s, et sans leurs impôts il n’est plus rien]. Après avoir pris conscience de son pouvoir, encore faut-il l’exprimer (qui plus est correctement, à bon escient). Pour protéger les commerces de proximité, il faut se mobiliser, sur le long terme, afin de marquer ses préférences et faire comprendre aux grandes structures que leur cerveau est sorti de l’encéphalogramme plat de la mort clinique du consommateur passif devant la publicité et les arguments trop alléchants pour ne rien cacher de louche. C’est ainsi que les south-parkois, après s’être concertés, décident de boycotter le supermarché. Étant donné que beaucoup de petits commerces sont en train de crever et beaucoup de gens perdent leur travail, la sanction ira même jusqu’à renvoyer le Wal-Mart de South Park. Mais comme les habitants n’ont jamais appris à se tenir tranquille, afin de mettre le Wal-Mart hors d’état de nuire une bonne fois pour toutes, ils se consultent : alors que le père de Butters croit que le mieux est de discuter avec lui, Chef propose de le congeler. Bien sûr, la solution la plus radicale, celle de M. Garrison (bien connu pour ses excès), l’emportera et les south-parkois brûleront cette saloperie sur l’air du Kumbaya, my Lord, Kumbaya ! (les gens chantent en se donnant la main devant ce grand feu de joie. Cette chanson est un classique des chants enfantins près du feu. Les paroles pourraient être traduites par « Passe par ici, seigneur, passe par ici »)

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Synthèse Face à notre gloutonnerie matérialiste, le béton envahit nos champs et remplace au fur et à mesure le vert par du gris « moderne ». Alors que notre monde ne peut plus feindre d’ignorer que nous scions sciemment la branche sur laquelle nous sommes assis, doit-on encore construire à tour de bras de brouette ces immenses ensembles que sont les temples consuméristes, nouveaux lieux de culte des pigeons d’or ? Au-delà de la pollution visuelle et des nuisances occasionnées sur la nature, nous devons également prendre en ligne de compte que nous sacrifions, lentement mais sûrement, nos derniers espaces verts de liberté. Lorsque Kyle s’esclaffe que là où se dresse à présent le Wal-Mart, il y avait la mare de Stark avant, là où on se baignait et où on pêchait, il pointe à juste titre le danger de tout bétonner et de vivre au milieu d’une cité artificielle, sans plus aucun coin de verdure où nous pouvons nous ressourcer et nous détendre comme n’importe quel animal au bord d’un point d’eau. Quel avenir irradié prépare-t-on pour nos enfants quand nous devrons leur expliquer qu’avant on pouvait se baigner en-dehors des piscines chlorées et que non seulement les poissons ne nagent pas carrés et panés, mais qu’en plus auparavant on pouvait les pêcher soimême ! Encore plus qu’aujourd’hui, ces saines activités de plein-air se dérouleront en vase clos et devront se payer, cher pour ce que c’est ! Nous devons arrêter de nous voiler la face : nous sommes et nous avons le pouvoir ! Comme le dit le proverbe : Mieux vaut ne jamais manquer du nécessaire que d’avoir en abondance du superflu ! Si nous ne voulons plus être dépendant de notre addiction à la consommation compulsive, nous devons clairement remplacer le besoin d’acheter pour le simple « plaisir » de se suréquiper par l’envie ponctuelle de se faire plaisir en faisant, de temps en temps (et encore, modérément), des folies. Lorsque les enfants sont au siège de Wal-Mart et qu’ils demandent à voir le cœur de celui-ci (au rayon télé, à côté d’un écran plasma), une porte marquée « réservé aux employés » s’ouvre et déçoit Stan et Kyle par la seule présence d’un miroir. Mais il faut bien comprendre que c’est

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ça le cœur de Wal-Mart : nous, les consommateurs ! Finalement, ce cœur revêt bien des formes : Wal-Mart, KayMart, Target ! Mais il n’est qu’une seule entité : le désir ! La preuve en est avec Cartman qui se rue pour acheter 3 exemplaires de Time Cop en DVD (sous prétexte, mal calculé en plus, de rabais intéressant à ne pas laisser passer). Lorsque Kyle rappelle à cette pauvre tâche qu’il n’a besoin que d’un seul exemplaire, Cartman lui lance que si Kyle veut, il n’a qu’à en acheter qu’un seul, mais que dans ces conditions il n’est pas doué en affaire (ce qui ne manque pas de l’étonné, juif que Kyle est). Piqué au vif, C’est ce que Kyle s’apprête à faire, jusqu’à ce qu’il réfléchisse et se rende compte qu’il n’a pas du tout envie d’acheter Time Cop. Finalement, comme il le dit si bien aux adultes, pour combattre son hyperconsommation chronique, il « suffit » de décider de ne plus venir et puis c’est tout ! Pour se débarrasser du Wal-Mart, c’est « juste » une question de self-control et de responsabilité personnelle ! Ne serait-ce que pour une question de manque de temps et de praticité de concentration de ses achats en un seul lieu, il serait idiot de ne pas profiter des avantages des supermarchés. Cependant, si nous voulons que nos petits commerçants, avec leurs conseils et leur accueil humain et « chaleureux » (pas tout le monde, mais toujours plus que chez les marchands du temple), puissent vivre de leur activité, que le centre de nos villes reste vivant, bref si nous voulons cumuler les avantages des petites et grandes surfaces, nous devons apprendre à nous autoréguler en répartissant nos achats. On peut être un jour pressé et concentrer vite fait bien fait nos courses en un seul lieu, mais le mieux est de répartir nos achats sur différents types de structure, en fonction du conseil prodigué, de la rareté de certains produits, mais aussi et surtout des prix ou de la qualité recherchés. Comme les habitants de South Park tirent rarement des leçons de la morale que viennent à peine de leur expliquer les enfants, ils feront la bêtise south-parkienne de tous faire leurs courses chez Jim au coin de la rue. Mais évidemment, si tout le monde ne va, à nouveau, qu’à un seul endroit, cette épicerie grossit vite et finit également brûlée. Preuve de leur stupidité légendaire, bien que le père de Stan affirme qu’ils vont essayer de ne pas refaire la même erreur, M. Garrison emmène tout le

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monde faire ses courses chez True-Value !

Conclusion :

Voyez, on se couchera moins bête car on a appris un truc aujourd’hui : le problème n’est bien évidemment pas la consommation en tant que telle, puisque nous n’avons plus de jardin ni de bêtes pour nous nourrir, mais bien la surconsommation irraisonnée dans des lieux hyperconcentrés au détriment de la pluralité des petits commerces. Pour autant, il serait tout aussi idiot d’abandonner les aspects pratiques et low-cost des grandes surfaces pour nous en retourner aux petits commerces comme si nous n’avions jamais goûté aux facilités des supermarchés. Comme d’habitude, plutôt que le tout ou rien, la voie du milieu est dans la nuance de gris : nous devons apprendre à tirer avantage de ce que nous proposent de grands acteurs de la distribution (économie d’échelle, concentration de biens et services, facilité d’accès et de stationnement, ...) tout en continuant à profiter des conseils avisés, des produits rares et de qualité, ainsi que de l’humanité des commerces de proximité. Au-delà du fait que nous ne devons pas toujours nous écouter, afin de plus entendre notre voix de la raison que la pulsion de nos désirs, il est cruciale pour le dynamisme de notre économie locale que nous nous demandions quel serait le meilleur endroit (cette fois) pour aller faire nos courses en fonction de nos critères de temps, de qualité, et de prix recherchés. Sans cela, arrivera un jour où tout le monde devra faire ses emplettes dans un seul hyper titanesque, face auquel nous seront démunis puisque lui seul aura le pouvoir de nous nourrir et de nous équiper matériellement. Si nous continuons avec Wal(l)-Mart et consorts, nous allons droit dans le mur, qui plus est en se « marrant », « insouciants naïfs » que nous sommes !

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Catégorie : III] Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint ! Thème : 3) La grande distribution c’est nous, petits consommateurs !

Fiche de visionnage n°17 : Épisode 30 (saison 2, épisode 17) – Gnomes voleurs de slips

Analyse philosophique des extrêmes : Les petits c’est toujours bien et les gros ça craint ???

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Les pros : quasiment tous les south-parkois, Les antis : les enfants, la mère de Tweek, les gnomes voleurs de slips.

Thèse : Tester c’est tromper : ne changeons rien, pas besoin d’aller voir ailleurs et de comparer car notre production artisanale nous convient ! Antithèse : N°1 oblige : si ça marche, c’est que c’est bien ! Synthèse : On ne parle pas de ce qu’on ne connaît pas et il faut goûter avant de juger : les grosses boîtes ne sont pas forcément mauvaises, comme les artisans ne sont pas forcément bons !

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Il était une fois à South Park le professeur M. Garrison qui était menacé d’être viré car l’académie estimait qu’il faisait mal son travail de prof car il ne traitait pas assez de l’actualité (sauf celle des séries télé). On l’obligea alors à ce que sa classe présente un exposé sur l’actualité devant le grand conseil du rectorat. Les enfants furent mis avec Tweek pour traiter d’un sujet paru dans le journal. Si leur exposé n’est pas excellent, M. Toc se fera un plaisir de leur péter la gueule !

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Les enfants se creusèrent la tête pour trouver un sujet d’exposé sur l’actualité de South Park. Tweek proposa de traiter des gnomes voleurs de slips. Tout le monde trouva l’idée conne comme la lune et eut peur de se faire saquer par M. Garrison. Alors que les enfants étaient bien embêtés pour trouver un sujet qui ferait l’affaire, le père de Tweek leur suggéra d’expliquer comment les petites entreprises familiales sont absorbées par les grosses compagnies. Finalement, les enfants préférèrent partir sur le sujet des gnomes voleurs de slips. Les gamins tournèrent et sautèrent dans tous les sens, complètement prodés à la caféine : boire du café c’est cool, voyez. Mais ils en devinrent vite accros, tournant même au seul café, en grain, encore disponible. Dur fut le mal d’estomac après 5h30 de trip moka. N’ayant pas avancé sur leur sujet, le père de Tweek leur donna un exposé tout fait, traitant de sa thématique sur la mort des petits commerces. Pendant que le père expliquait comment discourir l’exposé pour qu’il fasse mouche, les gnomes volaient les slips dans la commode; seul Tweek les vit faire et s’envoler en même temps ce si beau sujet d’exposé.

Introduction :

Dans tout système, il existe des gros leaders qui sont des locomotives, des moyens challengers qui veulent devenir calife à la place du calife, et des petits « suiveurs » qui n’aspirent qu’à continuer d’exister. Pour autant, alors que tout le monde a le droit de se faire sa place sur le marché, il peut arriver que les consommateurs citoyens aient des choix à faire entre un envahisseur puissant et un petit artisan local. Certes, les deux types de structure ont des qualités spécifiques, sinon elles auraient déjà été sanctionnées par la dure loi du marché (la loi est dure, mais la loi est juste), mais peut-on pour autant stigmatiser et privilégier une forme par rapport à une autre sur les seuls critères de la taille, de l’enracinement local ou de l’humanisme des rapports mercantiles acheteur-vendeur ?

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En somme, par chauvinisme ou protection des commerces locaux, peut-on systématiquement affirmer que les petits producteurs sont bien parce qu’ils sont petits (signe de qualité ?) et les gros entrepreneurs sont caca du simple fait de leur taille imposante (signe de seule quantité ?) ???

Thèse en faveur des petits artisans Dans le monde capitaliste dans lequel nous vivons (pour l’instant, puisque aucun système n’est éternel), cela fait partie de la coutume que de racheter les concurrents pour asseoir sa position sur le marché ou permettre de faire des économies d’échelle (pour le vendeur, pas pour l’acheteur qui n’en bénéficie que peu au final, la marge justifiant les moyens). Pour autant, peut-on considérer qu’une entreprise, avec ses employés et ses clients, est un bien comme un autre qu’un plus gros peut acheter sans vergogne du moment qu’il a de l’argent ? Il faut tout de même prendre en compte qu’un établissement (et d’autant plus un petit) est un micro-univers dans lequel des personnes évoluent, s’épanouissant dans leur travail (pour ceux qui ont de la chance et pour qui tout ce passe bien avec la direction et les autres membres du personnel) ou ayant leurs petites habitudes d’achat par rapport à la qualité des conseils prodigués ou à l’ambiance générale qui fait que l’on aime faire ses emplettes à cet endroit. Ainsi, lorsque le représentant des cafés Harbucks propose de racheter le fond de commerce au père de Tweek, celui-ci répond de suite qu’il ne doit pas y compter car sa boutique n’est pas à vendre ! Malgré le fait que la compagnie soit prête à faire une offre extrêmement généreuse, qu’elle propose un attaché-case tout en cuir, avec quatre compartiments et serrures codées vide à la première tentative ou complété avec 500 000 $, le père de Tweek refuse que sa boutique représente beaucoup pour lui. Quand son père a ouvert cette boutique il y a trente ans, une seule chose comptait pour lui : faire le meilleur café de la ville ! Pour le père de Tweek (et encore plus pour sa femme), même si le rachat de la boutique représente beaucoup d’argent, il y a des choses plus

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importantes que ces liasses de billets : les habitants de South Park comptent sur lui pour leur préparer leur première tasse de café chaque matin ! A partir du moment où l’on est confronté au choix de lutter ou d’abandonner, il est nécessaire de bien réaliser quelles vont être les opportunités et les menaces qui pèsent sur son activité. Dans cette bataille du pot de fer contre le pot de terre, nous retrouvons l’allégorie du combat biblique de David contre Goliath. L’issue de l’affrontement n’est pas fixée, mais en économie il faut savoir comment se différencier suffisamment pour se créer une valeur ajoutée que celui qui est mieux armé ne pourra pas forcément mettre en œuvre, et bien définir sa stratégie pour avoir le temps (et les ressources vitales suffisantes) d’affirmer sa spécificité dans son positionnement actuel ou dans les nouvelles orientations prises pour affronter le danger de la banqueroute. Le père de Tweek est de fait dans une sacrée panade : le café Harbucks ouvrira juste à côté de sa boutique un établissement gigantesque, créant le risque d’une faillite ! Ces salopards lui mettent les couilles dans un étau, mais comme lui répond le représentant Harbucks : « on est dans un pays capitaliste mon pote, faudra vous y faire » ! La lutte sera âpre entre sa petite cafétéria et cette grosse compagnie multimilliardaire en dollars qui va s’installer à côté et essayer de récupérer ses clients. Il sait déjà qu’il risque de mettre les clés sous la porte et de devoir vendre son fils comme esclave ! L’une des critiques les plus virulentes (à raison) contre le communisme marxiste était qu’il imposait une centralisation absolue, entre quelques mains (officiellement dans celles de ceux qui savent, « pour le bien du Peuple » « ignorant »), des outils de production. Le problème avec le capitalisme « moderne » est qu’il était censé favoriser la liberté d’entreprise pour encourager la diversité et développer ainsi l’esprit de compétition dont les consommateurs devaient être les grands bénéficiaires, mais que le pouvoir sur les fournisseurs et la puissance commerciale lui ont fait tourner la tête de gondole. A la manière des dealers ou des mafias en général, on

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s’aperçoit qu’actuellement la mode est plutôt à la concentration des acteurs d’un secteur (voire même d’un éparpillement, par rachat, sur des marchés qui n’ont pas forcément à voir avec l’activité principale de la compagnie) afin de se renforcer et de pouvoir imposer sa loi et ses prix. Les monopoles de fait, puisqu’il ne restera que quelques petites structures sur des marchés de niche, sont bel et bien en route, alors que la loi anti-trust de 1890 devait pallier à ce genre de phénomène (le Sherman Anti-Trust Act est la première tentative du gouvernement américain de limiter les comportements anticoncurrentiels des entreprises : le droit de la concurrence moderne était né. Le sénateur Sherman s’éleva contre le pouvoir émergent de certaines entreprises constituées en quasi-monopoles : « Si nous refusons qu’un roi gouverne notre pays, nous ne pouvons accepter qu’un roi gouverne notre production, nos transports ou la vente de nos produits ». L’expression d’ « anti-trust » vient du fait que la proposition de loi visait à contrer les agissements d’un groupe pétrolier, la Standard Oil fondée en 1870 par Rockefeller, qui était constitué en trust et non sous la forme d’une société dont les droits étaient, à l’époque, limités – en 1911 la Standard Oil est obligée d’éclater en 30 firmes). Lorsque les enfants font leur exposé devant des inspecteurs du rectorat, ils (enfin le père de Tweek, vu que c’est lui qui a tout écrit) sont bien conscients que les grosses compagnies font disparaître inexorablement les petits commerces en Amérique, se demandant même ce qu’il adviendra de l’esprit d’entreprise des familles américaines. En effet, non seulement il n’y aura plus que des grosses compagnies et c’est dommage pour le pays, mais cela risque surtout de ruiner l’économie. Antithèse en faveur des grandes entreprises Certes on peut critiquer les grandes entreprises, mais il faut bien comprendre que leur puissance (tout comme celle de Rome) ne s’est pas construite en un jour. On peut même dire que c’est plus que facile de taper sur les grosses compagnies car l’humain a toujours peur des titans qui peuvent vite devenir des tyrans, ne serait-ce que grâce à leur taille imposante. Mais c’est oublier un peu vite que tout a commencé modestement un jour

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(comme tous les pros ont débuté en tant que novices et que les seins aussi démarrent leur carrière petits – certains deviendront du 100E et d’autres resteront au stade 85B) et que si certaines sociétés en sont là où on leur reproche d’être c’est en grande partie grâce ou à cause de nous, les consommateurs, qui faisons nos achats chez elles pour des raisons divers et variées, ou par la faute des investisseurs qui ont confiance en la structure pour se développer, par le biais du chiffre d’affaires que lui engendre ses clients et ainsi son pouvoir d’achat de plus petites entités. Comme le mentionne Stan, sur l’exposé que les enfants ont écrit suite à leur visite chez les gnomes voleurs de slips, les cafés Harbucks étaient au début une petite entreprise, mais comme ils faisaient un excellent café et qu’ils savaient très bien gérer leurs affaires, ils ont réussi à se développer vachement jusqu’à devenir la boîte qu’on connaît aujourd’hui. Nous sommes depuis des millénaires (notamment avec l’apparition de l’agriculture) dans des civilisations de l’avoir plutôt que de l’être. Au-delà de l’idéologie économique, ce qui est vraiment important de savoir est si l’on a besoin ou non de grosses entreprises. En la matière, force est de constater que nous sommes dans une culture matérielle d’hyperconsommation, où nous « nécessitons » une grande quantité de produits à renouveler régulièrement sous l’effet des modes et des innovations technologiques. Pour Kyle, les grosses sociétés sont une bonne chose, parce que sans elles on n’aurait pas de voiture, pas de soupe en boîte et pas d’ordinateur. Il est en effet évident que la consommation de masse nécessite des infrastructures et des modes de production industrieux, sans lesquels les produits seraient beaucoup plus inaccessibles (chers et difficiles à trouver car rupture partout et stock nulle part) et les progrès moindre car chaque petite entité réinventerait l’eau chaude ou n’aurait pas les capacités de développer de vastes programmes de R&D. Finalement, l’important dans toute cette histoire est bien qu’il puisse y avoir débat serein afin que chacune des deux parties expriment librement ses arguments et que les cibles choisissent en toute connaissance de cause chez qui elles préfèrent boire leur café.

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Malheureusement, sur des thématiques aussi houleuses que celle de la défense des petits commerces locaux face aux invasions barbares des grosses compagnies, il est plus que difficile que chacun défende son projet, sans préjugé (ni pour l’un ni pour l’autre) ni manipulation des masses. Ainsi, le bouchon est de suite poussé trop loin lorsque le père de Tweek se sert d’enfants de huit ans pour son profit, alors qu’ils ne comprennent rien à ce qu’on leur fait dire. Ce dernier essayera bien de se justifier en disant que les enfants ça attire plein de gens de son côté, mais (comme le fait remarquer sa femme) c’est honteux d’utiliser des enfants dans un spot publicitaire uniquement parce que c’est plus vendeur ! Qui plus est, ce clip publicitaire en faveur du Prop 10, message de l’association pour virer légalement les cafés Harbucks de South Park à coups de pompes dans le train, est une manipulation sans foi ni loi des esprits. On y entend les enfants ressasser ce qu’on leur a appris (eux qui feront l’avenir de l’Amérique, au-delà de l’argent gagné et des conquêtes), en mentionnant que le Prop 10 est pour les enfants et que donc si on ne vote pas oui, c’est qu’on est contre les enfants et que ça serait égal aux citoyens que leurs visages soient brûlés vifs. De même, lors du débat télévisé sur le Prop 10, le présentateur présente les enfants comme cinq jeunes garçons aux yeux innocents (ce qui est déjà assez fallacieux, les connaissant), issus de l’Amérique profonde, mais discrédite de suite le gros porcs puant (aussi appelé M. Trou de balle ou M. Tête de cul) d’une grosse compagne de New-York (sous les bouhouh du public). Lorsque celui-ci tente d’exposer ses arguments comme quoi l’Amérique est fondée sur la liberté d’entreprise et qu’Harbucks est une société qui a pour point d’honneur de servir un excellent café, il se fait sans cesse interrompre et ne peut pas se faire entendre. De leur côté, alors que les enfants ne savent pas trop quoi dire, Cartman lance que l’autre là, c’est un connard (en pointant du doigt – ce qui n’est pas poli – le représentant des cafés Harbucks), le public est en liesse devant cet argument imparable et ils remportent le débat. Dans la même veine, le café Harbucks étant sur le point d’ouvrir, une manifestation s’agite et une femme lance que des sociétés comme celle-ci sont le déshonneur du pays alors qu’au contraire elles devraient en être la fierté car l’entreprise marche très bien et exporte même son concept à l’étranger.

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Synthèse Lorsque le débat n’est pas possible, on peut vite en arriver à des extrêmes toujours déplorables car justement les mots n’ont pu apaiser les maux et les incompréhensions qui en découlent. Ainsi, chaque camp peut être amené à mettre en place des actions pour faire entendre sa voix en-dehors d’un débat serein et argumenté. De fait, lorsqu’on ne veut pas écouter l’autre tout en le forçant à se plier à ses exigences, le boycott peut être une arme redoutable (s’il est suffisamment promu puis suivi). Mais une entreprise ne peut laisser faire sans réagir, et son besoin continuel en espèces sonnantes et trébuchantes peut l’amener à de nouveaux excès en élargissant son marché sur de nouvelles cibles non encore touchées par la vague de mise à l’index (ou autre doigt, peu importe en définitive). C’est dans ce cas que le représentant d’Harbucks, voyant que personne ne veut prendre son café chez lui, décide de cibler une clientèle plus jeune. Alors que des manifestants défilent lors de l’ouverture de son méga-[st]ore (de maison du café), il se déguise en homme sandwich ridicule pour courtiser des esprits plus perméables à sa propagande. Ce Jo le chameau aime par-dessus tout le bon café qui lorsqu’il en boit le met en super forme. Il propose à un gamin le nouveau Kiddiccino, plus sucré, avec du lait et de la chantilly, sachant qu’il contient autant de caféine qu’un double expresso bien serré. Heureusement, la mère du petit arrive, taillant un short au dealer qui devrait avoir honte de faire des choses pareilles, se déguiser en chameau pour rendre les enfants caféinomanes ! L’origine de tout ce méli-mélo n’est autre que le refus de la nouveauté, les south-parkois préférant se satisfaire de ce qu’ils ont sans chercher à voir plus loin que le bout de leur bouche. Mais comment peut-on juger et encore plus sanctionner quelqu’un ou quelque chose sans savoir concrètement de quoi il retourne ? Les southparkois réagissent vraiment comme des gamins qui diraient qu’ils n’aiment pas les choux de Bruxelles alors qu’ils n’y ont même pas goûté (après on aime ou on n’aime pas, mais on « sait » pourquoi – même si

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les goûts évoluent aussi avec l’âge). Alors que le père de Tweek reconnaît qu’il met peut-être plus de temps qu’ailleurs pour servir son café et qu’il ne vend pas de mélange fantaisie, l’important pour lui est qu’il fasse ses cafés avec amour, toujours moulus à la main à partir de grains soigneusement sélectionnés : c’est simplement du café comme on l’aime en Amérique. Pour le père de Tweek, le représentant Harbucks a encore beaucoup de chose à apprendre sur l’art de faire le café, ce en quoi l’intéressé lui répond que son café a le goût d’une diarrhée passée à travers une chaussette ! Finalement, c’est la propre femme de l’artisan qui lancera un vrai pavé dans le marc de café en pointant que les gens manifestent et se plaignent, mais sans qu’un seul d’entre eux ait seulement songé à goûter le café de chez Harbucks, qui ont réussi à grandir parce qu’ ils sont les meilleurs. Lorsque la masse essaye d’y goûter, elle se rend compte que ce café est vraiment très bon, qu’il n’a pas cet espèce d’arrière goût dégueulasse d’eau de vaisselle comme chez Tweek, ce que lui-même admet en déclarant que le café Harbucks est excellent (car torréfié en Colombie nous indique le représentant Harbucks), subtil et délicat comme les premiers rayons de soleil d’avril. En somme pour lui, ce café est une féerie de saveurs (comme quoi, il n’y a que les imbéciles – ignorant tout du sujet – qui ne changent pas d’avis) ! Que peut-on et doit-on faire dans ce genre de situation ? Il est évident que les choses ne peuvent rester en l’état car les esprits sont trop échauffés (et esprits bouillus, raison foutue) pour s’apaiser d’un coup de touillette magique. La solution, après bien sûr avoir discuté puis testé ce que chacun proposait, est de faire un choix personnel et de l’exprimer citoyennement. En effet, les individus ont la possibilité (et même le devoir) de faire part de leur opinion, tant de consommateur que de citoyen. C’est ce qu’on appelle la Démocratie, en complément ou en amont des chiffres que donne le marché par la fréquentation de l’un ou l’autre établissement. Alors qu’une des inspectrices (après avoir assistée à l’exposé des enfants) est à la mairie pour dire à la mairesse que les gamins veulent que le café Harbucks soit détruit (alors que ce n’est que son opinion

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personnelle), et au plus tôt, la première magistrate de la ville indique à raison qu’elle n’a pas le droit de le faire détruire étant donné que c’est un pays libre. Devant l’argument « même s’il ruine notre ville vous ne ferez rien ? », la mairesse propose de faire un référendum en 10 propositions, nom de code Prop 10. Les citoyens voteront et si la majorité est pour, ils pourront le détruire.

Conclusion :

Voyez, on se couchera moins bête car on a appris un truc aujourd’hui : les préjugés, qu’ils soient favorables ou défavorables, ont la vie dure. Pour autant, on nous a toujours appris qu’il ne fallait pas parler de ce qu’on ne connaissait pas. En effet, comment peut-on juger quelque chose, en bien comme en mal, sans s’être fait sa propre opinion par soi-même ? Si nous ne nous basons que sur des impressions ne reposant que sur des rumeurs et ouïdire non vérifiés et mais vérifiables avec un peu de bons sens et de volonté, nous prenons non seulement le risque de passer à côté de grands moments d’émotion, mais en plus d’entrer dans une dictature de la pensée de masse. Arrêtons de nous voiler la face : il y a des artisans qui font de la merde, et des industriels qui font de très bonnes choses ! Même si l’on déteste le capitalisme (et il y a de quoi, par bien des aspects de sa doctrine), en matière de qualité et d’adéquation avec les attentes des consommateurs il ne fait que reproduire la sélection naturelle : on tente tout (voire n’importe quoi) et que le mieux adapté gagne ! Si un produit ou un service n’est pas en phase (car trop précurseur pour les mentalités/usages, pas assez ceci ou trop cela), tant pis pour lui : il aura été essayé, ça n’a pas marché, essayons de comprendre le pourquoi du comment et faisons en sorte de faire mieux la prochaine fois. L’important est de laisser sa chance à tout le monde, les clients reconnaîtront les siens qui vont bien !

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Catégorie : III] Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint ! Thème : 4) Justice et Question Sociale : vieux dilemme de la répartition des richesses

Fiche de visionnage n°18 : Épisode 23 (saison 2, épisode 10) – Varicelle

Commentaire d’épisode : La répartition des richesses et du travail par la chance de la naissance

Il était une fois à South Park, Kenny le pauvre qui a attrapé la varicelle. Les parents des enfants se concertent pour qu’ils aillent choper la maladie chez lui en y faisant du camping.

Introduction :

La misère est partout, même à nos portes et pas seulement là-bas au loin où on peut faire semblant de ne pas la voir en changeant de chaîne à la télé ! Mais comment diable se fait-il qu’il y ait toujours plus de milliardaires et de millionnaires alors que la pauvreté reste un fait de société ? Le développement économique a certes permis de sortir de l’ornière un grand nombre de familles en les propulsant dans les classes moyennes. Mais le problème de base de l’infortune est toujours loin d’être réglé et ceux même depuis ce fameux hiver 54 qui a vu l’abbé Pierre médiatiser l’action de quelques uns au profit de beaucoup trop (un pauvre c’est déjà trop dans nos sociétés du gâchis).

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Nous devons déjà nous rendre compte par nous-mêmes de ce qu’est la pauvreté dans nos sociétés si riches et de ce que cela peut signifier pour des citoyens qui n’ont que leurs yeux pour pleurer face à la publicité omniprésente et si alléchante. Pour ceux-là il ne reste que le lèche-vitrine ! Mais quelles sont les explications de cette fracture sociale criante et béante, qui entache nos quartiers et relativise l’action des politiques économiques menées depuis belle lurette ? Peut-on considérer qu’il est sain que notre civilisation laisse bon nombre de ses enfants sur le carreau sous le prétexte que tout le monde n’est pas « intelligent », « habile » ou « utile » au sens large ???

Être pauvre ça craint ! Nul ne souhaite vivre dans l’indigence, ne serait-ce que pour des raisons alimentaires, suivies immédiatement par des notions de confort matériel auxquelles beaucoup aspirent. La pauvreté est peut-être « plus difficile à vivre » dans des sociétés industrielles où l’abondance de l’offre et la surconsommation semblent être la norme ! En effet, face au matraquage publicitaire et aux besoins de base qui sont difficilement satisfaits par les maigres ressources de bon nombre de familles, le niveau des revenus peut laisser sur sa faim quand on a du mal à boucler les fins de mois, surtout à partir des vingt derniers jours avant les allocs ou le faible pas assez perçu. Ainsi, quand la mère de Kyle propose aux enfants d’aller camper chez Kenny, Cartman refuse d’aller chez les pauvres, dans le ghetto. Kyle suggère immédiatement de plutôt faire du camping chez lui mais la mère de Stan les oblige à tous aller dormir chez Kenny, point final. Kyle espère au moins qu’ils ont une Nintendo, sinon ça craint grave. Arrivés à la maison, la mère préparait à bouffer et bien sûr Cartman ne peut s’empêcher de chantonner « Dans le ghetto, Dans la nuit glaciale de ce faubourg, Encore un bébé qui voit le jour, Dans le ghetto, Et sa maman pleure, Car rien ne peut arriver de pire, Encore une bouche à nourrir, Dans le ghetto ». Sa première question est de savoir, lui aussi, où est la Nintendo ? Mais le père de Kenny, tout désolé, doit leur avouer qu’ils n’en ont pas, ils n’ont qu’un vieux truc branché sur la télé noir et blanc.

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Pour Kyle, c’est vraiment le Tiers-Monde ce taudis ! Cartman se réjouit enfin de passer à table, lui qui crève la dalle (malgré ses réserves adipeuses largement suffisantes), mais il faudra encore patienter un peu le temps que le père dise les grâces : « Seigneur, merci pour cette débauche extraordinaire de gaufres surgelées que tu nous as accordée. Et comme on a foi en toi, on sait qu’un jour, tu nous accorderas la fortune. Même si t’as pas l’air pressé. Amen. » Mais tout ça pour ça ?! Cartman, sur un ton bienséant que nous ne lui connaissions pas, interroge quels autres mets ils dégusteront, hormis ces gaufres, s’inquiétant qu’il n’y aurait que ça à grailler. Las, cette simple question, pour autant largement ironique de la part du porcelet, entraîne un débat de fond violent entre le couple de l’année McCormick. Monsieur reprochant à madame de ne pas savoir faire à bouffer, celle-ci se défend auprès de ce connard qu’elle ne peut pas faire grand chose d’autre avec des gaufres à part les réchauffer (même si, comme le précise monsieur, en ajoutant des épices ce serait meilleur). Et en plus les gaufres sont rationnées, le frère de Kenny (Kevin) devant partager avec son frère. Comme le dit Cartman, on se fout de leur gueule ! Il se fait toutefois vite remettre en place par le père, puisqu’on ne doit pas dire de gros mots à table (compris, trou du cul ?), même si on ne dit pas « ressers-toi » non plus. Une gaufre surgelée le dîner, c’est sûr que c’est craignos. Cartman a bien raison de dire que cette famille craint, d’autant plus que Stan voit un rat, et que Kenny doit arrêter d’être pauvre sinon le gros lard va lui lancer des pierres. Pour autant, Kenny claque des mains et la lumière s’éteint, la grande classe quoi. Quand la mère de Kyle demande si c’était bien et s’il voudra y retourner (puisque Kyle n’a pas chopé la varicelle comme prévu), il se plaint qu’il n’y avait que du sandwich au pain pour le petit déj, et en plus ils n’ont même pas le câble ! Sa mère a beau le sermonner qu’il faut consacrer du temps à ses amis, on apprend alors que Kyle n’en a rien à foutre de lui. Sa mère va plus tard voir de quoi il retourne, et elle ne va pas être déçue de la tisane : elle prendrait bien du thé ou du café pour mettre dans son eau chaude, mais ces trucs-là, c’est pour les riches. Elle avait bien remarqué qu’ils avaient une très humble demeure, mais pas à ce point là. Il faut dire que tout ça est à cause du connard d’alcoolo de mari. D’ailleurs, quand il propose une bière au père de Kyle alors qu’ils sont à la pêche, le riche avocat a les siennes,

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six bières différentes d’un assortiment des meilleurs brasseurs d’Aspen. Se demandant ce qu’est devenu la cabane derrière chez sa mère, un tas de planches pourries qu’ils avaient mis deux ans à construire, le père de Kenny est étranglé de répondre que c’est devenu sa maison. Pauvre un jour, pauvre toujours ! Selon Bourdieu, la reproduction sociale des inégalités Être pauvre dans une société globalement riche et opulente, revêt beaucoup de significations et de jugements tant sociaux que moraux ! Au-delà du regard social (« Oh le pauvre, il n’a même pas ... »), on peut se demander ce qu’à branler la personne pour ne pas avoir bénéficié de l’ascenseur social ! Il faut dire, pour la défense des indigents, que dès le départ ils ne sont pas partis avec les meilleures chances de réussite dans la vie ! Il est bien évident que celui qui bénéficie d’un bon encadrement familial, qui peut avoir tous les livres nécessaires voire des cours particuliers en cas de difficulté, n’a pas les mêmes opportunités que celui dont les parents ne peuvent aider à faire les devoirs, limitent le budget scolaire (pas de calculatrice mais un boulier) et ne pourront pas financer des études longues même si l’enfant à le niveau requis ! On le voit bien quand le père de Kenny demande à Kyle si son père gagne toujours autant de blé en tant qu’avocat. Il faut dire qu’ils étaient très copains puisqu’ils bossaient ensemble chez Pizza Shack. Mais lui a eu une bourse d’études et pas le père de Kenny. Pour lui, jalousie mal placée et stéréotypes « obligent », c’est parce qu’il est juif (ce que Cartman ne manque pas d’entendre). Mais pour madame, ça n’a rien à voir, c’est juste parce que son mari est un alcoolo attardé et que lui, il se voyait pas bouffer des gaufres toute sa vie. D’ailleurs, le père de Kyle, à la pêche espère et est sûr qu’il retrouvera du boulot. Mais pour le père de Kenny, c’est loin d’être évident, lui qui n’a pas eu la chance du père de Kyle. Certes, ses parents pouvaient lui payer les meilleures écoles, mais il s’est aussi crevé le cul pour arriver où il est : il voulait devenir quelqu’un et à tout fait pour ! Le père de Kenny « aussi » (mouais, faut le dire vite), mais lui se trouve l’excuse de ne pas être né avec une poire à lavement en argent dans le cul ! Comme le pense le père de Kyle, il est

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juste jaloux, et ce n’est finalement qu’un pauvre con d’alcoolo, comme son père. S’ensuit une lutte de catch mémorable, n’ayant rien dans la tête, le père de Kenny a tout dans les bras (et malheureusement d’ailleurs il s’entraîne souvent sur son punching-ball qu’est sa femme après s’être mis la tête à l’envers pour oublier sa condition sociale « inextricable »). La société fonctionne, tant bien que mal, par l’ « équilibre » grands et glands Même si ce n’est pas un état de fait (puisqu’au cours de la préhistoire, jusqu’au néolithique et l’avènement des chefferies vers le Vè millénaire, les sociétés étaient relativement égalitaires), il n’en reste pas moins qu’il y a toujours eu et qu’il y aura toujours des meneurs et des suiveurs. Face à la croissance de la population et surtout à la spécialisation des tâches, certains se sont arrogés les pouvoirs politiques/religieux/économiques et ont transformé le reste de la masse en serviteurs. Ainsi, depuis quelques millénaires, la société se compose de commandeurs de croyants en l’obligation de ce système et d’esclaves englués dans la servitude volontaire. Malgré quelques rébellions et Révolutions, l’ordre établi continue de régner en maître sachant qu’il n’a plus (de nos jours) de contre-système crédible aux yeux du Peuple. Ainsi, Kyle cherche à comprendre pourquoi chez le père de Kenny (anciennement meilleur ami de son propre père : ils travaillaient avant ensemble et étaient inséparables, mais la vie les a séparés ; Stewart fut jaloux que Gerald quitte la pizza pour devenir quelqu’un.) il y a des rats et rien à bouffer alors que chez lui c’est cool, son père lui explique que c’est « simplement » parce qu’ils ont moins d’argent qu’eux. Innocemment, Kyle propose de leur donner la moitié de ce qu’ils ont, mais pour son père il a des choses à apprendre : nous vivons tous en société et pour qu’elle fonctionne, il faut des grands et des glands. Son père a passé de longues années à la fac de droit et il a fait des études parce qu’il était légèrement plus intelligent que les autres. Mais il faut bien des pompistes, des serveurs, ou des réparateurs de machine à laver. Pour lui, chez Kenny, ils sont heureux tels qu’ils sont. Et de toute façon,

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c’est comme ça que fonctionne l’Amérique. Justement, allant à la partie de pêche manigancée par Mme Broflovski, Gerald n’avait plus de matériel et a donc dû tout racheter, une canne, un moulinet et des hameçons. Pour lui, le week-end est le meilleur moment de la semaine. Mais pour le père de Kenny, au chômage on ne voit pas la différence. En parlant de ça, M. Garrison veut que ses élèves fassent une rédaction avec pour sujet « Comment puis-je rendre l’Amérique meilleure ? ». Pour Kyle, son père dit que le pays fonctionne avec des grands et des glands, mais il a une meilleure idée : sa solution finale ! Son père, super intelligent, dit que les pauvres sont des glands. Donc, pour avoir une Amérique de grands, il suffit de mettre les glands dans des camps. Ainsi, il y aura que des riches, parce que les pauvres, ils seront tous morts. Le père, lisant cela avec toutes les connotations historiques que cela peut avoir pour un juif, comprend qu’il a présenté les choses de manière simpliste. Il s’excuse auprès du père de Kenny d’avoir été dur avec lui qui a eu moins de chance que lui dans la vie. Sur ce, le père de Kenny s’excuse aussi !

Conclusion :

Voyez, on se couchera moins bête car on a appris un truc aujourd’hui : la pauvreté est un épineux problème de société. Que celleci soit subie après un des nombreux coups du sort que réserve la vie, ou quelle soit quasiment acceptée comme une fatalité familiale, toujours est-il qu’elle est loin d’être agréable et évidente à vivre au jour le jour ! Il est certain qu’en plus du manque de confort alimentaire et matériel, il existe une certaine forme de culpabilisation sociale par l’image des foyers modestes que renvoie le reste de la société. Comme l’a prouvé le sociologue Pierre Bourdieu, il persiste même (voire surtout) aujourd’hui une réelle « fatalité » en terme de reproduction sociale des infortunes dans le sens où si l’on naît pauvre, on a plus de « chance » de le rester de par ses conditions sociologiques d’origine. Malheureusement, certains (les pas pauvres bien sûr) considèrent que le

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monde en va ainsi et que c’est normal, voire nécessaire : la société ne peut fonctionner correctement que s’il y a des riches toujours plus riches et des pauvres bougres un tout petit peu moins démunis. Comme le disait Coluche : « Le capitalisme est l’exploitation de l’humain par l’humain, le communisme (autoritaire) c’est l’inverse » ! Est-il normal que dans nos sociétés dites « modernes » il y ait toujours autant de pauvre que lors de la Révolution française (environ 10%) et que certains se gavent alors que d’autres font la queue devant les Restos du cœur ??? Tant que nous n’aurons pas réglé la fameuse Question Sociale posée depuis cette époque (et même bien avant, la première grande Révolution – dont l’humanité ait trace – ayant eu lieu à la suite de la mégalomanie des grandes pyramides d’Égypte), nous ne pourrons dormir sereinement, sans scrupule par rapport à ceux qui crèvent la gueule ouverte et le ventre vide !!!

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Catégorie : III] Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint ! Thème : 4) Justice et Question Sociale : vieux dilemme de la répartition des richesses

Fiche de visionnage n°19 : Épisode 9 (saison 1, épisode 9) – Le petit Ethernopien

Analyse philosophique des extrêmes : Les riches sont-ils insensibles envers les pauvres ???

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Les pros : M. Garrison, Pascal la dalle (ou Marvin la famine), Kyle, Stan, Wendy, Les antis : Cartman, la mairesse.

Thèse : On y pense et on oublie ; Antithèse : On est sensibilisé et on aide ; Synthèse : Quoi qu’on puisse en penser, la solidarité est un problème de société !

Il était une fois à South Park les enfants qui s’éclatent devant « Terrance et Phillip » spécial Thanksgiving.

Introduction :

Avec le développement des sociétés occidentales, la fracture alimentaire et matérielle n’a jamais été aussi criante, non seulement avec les pays pauvres, mais également avec les populations défavorisées

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des nations riches ! Alors que les derniers siècles du IIè millénaire voyaient encore des cas de disettes voire de famines dans les pays en voie d’industrialisation, ceci est pour une large majorité de la population actuelle un passé lointain. Pour autant, malgré la révolution industrielle et le capitalisme moderne, un pourcentage non négligeable de nos concitoyens continue de vivre dans une précarité certaine. Face à ces problèmes de pauvreté, autant proches que lointains, certains estiment que l’on en fait déjà largement assez, là où d’autres tentent d’éveiller nos consciences quelque peu assoupies. En somme, les riches sont-ils insensibles envers les pauvres ???

Thèse en faveur de la radinerie organisée Dans notre monde où la corne d’abondance tourne à plein régime, on use et abuse de la surconsommation sans se poser la question de ceux qui sont dans la privation ! Tout en se goinfrant comme des porcs devant la télé, nous regardons d’un œil distrait la misère s’étaler dans le monde. On y pense et puis on oublie, c’est la vie ! Pour ne pas nous couper l’appétit et éviter de trop y penser, nous sommes devenus blasés face aux drames humains que vivent trop de populations de par le monde. Alors qu’il y a encore quelques décennies nous faisions attention à ce qu’il n’y ait pas de gâchis, aujourd’hui la gabegie a envahi nos vies, sans plus trop se soucier de la vie misérabiliste d’autrui. Alors qu’ils sont en train de regarder « Terrance et Phillip » spécial Thanksgiving, la mère de Cartman demande s’ils veulent encore des chips. Plutôt que de manger correctement à table, ou de grignoter juste un peu, pour Cartman fils la question ne se pose même pas : évidemment qu’ils veulent des chips ! Et pas qu’un peu, puisque chacun d’eux se retrouve avec son paquet perso de Cheesy Poof ! Cartman préfère ne penser qu’à sa gueule et à son bide, d’ailleurs, ça ne lui viendrait même pas à l’idée de donner de la bouffe aux pauvres, qui le Collectif des 12 Singes

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font chier ! Wendy peut être interloquée par ce rejet d’aider ceux qui sont dans le besoin, mais pour Cartman c’est plutôt un sujet de moquerie puisqu’il la traite de fille de mère Teresa ! Cartman, bien connu pour son égocentrisme, n’est malheureusement pas le seul à penser ainsi, du moins tout le monde pense d’abord à s’exploser le bide qu’aux ventres creux partout dans le monde. Il en est ainsi du King Jimmy’s Buffet, selon Stan le parfait reflet de l’Amérique, un buffet à volonté où tout le monde se rend le jeudi soir pour se péter la panse avec tout ce qu’on veut pour seulement 6,99$ ! Cartman explique à Pascal la Dalle (autrement appelé Marvin la famine, leur Ethernopien adoptif) ce que sont les hors-d’œuvre : des encas pour manger avant de manger, pour avoir encore plus faim. Mais dès que la bouffe arrive, Cartman vire ces amuse-bouches dans la poubelle, sous le regard médusé de Pascal, pour passer aux choses sérieuses. Non seulement il est insensible à la douleur d’autrui, mais en plus Cartman n’est pas partageur pour un sou, gueulant sur Pascal qui a grave la dalle qu’il ne doit pas toucher à tel plat, étant sa purée à lui ! Stan remet ce gros porc à sa place car c’est l’époque de l’année où on partage, mais Cartman le comprend à sa façon : comme il pense que Pascal ne pourra tout manger de sa part de gratin de carotte, qu’il va caler, puisque ce serait dommage de gâcher, il pousse Pascal à partager avec lui ! Dans les états providences, une partie des impôts sert justement à rééquilibrer la fracture sociale, et certains estiment que c’est déjà pas mal ! La solidarité nationale a été mise en place par des gouvernements de droite, plutôt conservateurs, afin que les troubles économico-sociaux ne remettent pas en question la structure de la société. Ainsi, bon nombre estiment qu’ils payent déjà assez pour les infortunés, leur conscience étant d’emblée apaisée par des prélèvements obligatoires qui alimentent tout un système d’aide aux moins favorisés. En conséquence, certains pensent que vu que l’état s’occupe de tout, les citoyens n’ont plus rien à gérer et peuvent dormir le ventre plein et l’esprit tranquille ! Justement, Cartman pense que les impôts sont déjà nettement suffisants, d’autant quand on considère les maisons de pauvre qui ont été construites avec « ses » thunes ! Certes, bon nombre de démunis

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refusent cette aumône et comme le précise Wendy, préféreraient mourir plutôt que d’y habiter. Chose à ne pas dire à Cartman ! Pour lui, ils devraient mourir, cela réglerait la surpopulation. M. Garrison calme les passions, estimant qu’ils ont assez glosé sur la pauvreté, tels des Dickens, pour la journée. Dans la droite lignée de l’achat de la bonne conscience par l’impôt, les dons financiers sont l’autre effort que l’on consent éventuellement, mais pas plus ! Dans beaucoup de domaines, tant sociaux qu’affectifs, bon nombre de personnes pensent que l’argent est un bon moyen de se racheter une conduite, de se soulager le cœur à peu de frais. Pour autant, l’argent ne fait pas le bonheur (même s’il y contribue) et beaucoup de démunis apprécieraient l’effort humain plutôt que celui du portefeuille ! Si le temps c’est de l’argent, on pourrait consentir à donner de soi autrement que par un simple rapport marchand ! Les enfants sont justement dans l’humain ! Même s’ils sont déçus, Stan le premier, d’avoir eu un Ethéropien livré par erreur à la place de la montre cadeau suite à leur don, ils prennent très vite Pascal la dalle sous leur aile. Kyle croyant que parrainer un enfant veut peut-être dire qu’on est forcé d’en adopter un, ils lui trouvent un nom (Marvin la famine dans certaines versions) et se partagent sa garde. C’est Cartman qui l’a adopté, mais avec la carte de la mère de Stan. Kyle décide alors qu’ils le garderont chacun son tour : il restera une semaine chez Cartman, après chez Stan, puis chez Kyle. Cartman n’empresse évidement de dire qu’il n’ira jamais chez Kenny, Pascal connaît déjà assez la pauvreté chez lui ! Mais contrairement à eux, les adultes sont plus dans le rapport financier ! La principale Victoria appelle très vite la Croix Rouge, qui passera reprendre Pascal dans la soirée même. Alors que Kyle s’étonne de tout ceci car à Thanksgiving on doit s’occuper des pauvres, la principale recadre qu’il faut effectivement aider, mais pas au point d’élever un de ces enfants : on est censé envoyer de l’argent, c’est tout ! En plus elle leur sort un faux argument, comme quoi Pascal n’a pas grandi dans un endroit normal comme ici (faut le dire vite !). Stan demandant encore une fois pourquoi il ne peut pas rester, la principale ne sait trop comment se justifier ! Surtout quand Kyle lui dit que si eux

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à huit ne peuvent pas être parents, elle n’a qu’à le prendre. Pour elle, c’est juste impossible : elle a trop de travail ! Et de toute façon, elle envoie déjà ses 5 dollars par mois !!! Antithèse en faveur de la sensibilité à la solidarité Même si bon nombre de citoyens ne font pas grand-chose, on ne peut pas non plus considérer qu’ils ne font rien du tout ! Afin de réveiller les consciences de ceux qui se sont endormis sur leurs lauriers, il existe depuis très longtemps des moments spécifiques où tout un chacun est prié de penser à ceux qui ont moins de chance que soi. Que ces opérations soient menées par des associations à date précise ou dans le cadre d’un passé culturel ou religieux, tout pays possède un jour ou une période où l’on soulage sa conscience et son portefeuille en faisant un geste pour les plus mal lotis. Aux USA, cela se passe le jour de Thanksgiving (102 colons installèrent leur colonie et fondèrent la ville de Plymouth en décembre 1620. En raison de leur peu de connaissances agricoles et d’un hiver particulièrement rigoureux, la moitié d’entre eux ne survécut pas. Au printemps suivant, un indien Wampanoag du nom de Squanto entra en contact avec les immigrants et, avec sa tribu, leur offrit de la nourriture et leur apprit à pêcher, chasser et cultiver du maïs. Pour célébrer la première récolte, à l’automne suivant, le gouverneur William Bradford décréta trois jours de prière et de fête. Les colons invitèrent le chef Massasoit et 90 indiens à partager leur repas, en guise de remerciement pour sceller une amitié durable et un pacte commercial. Des dindes sauvages et des pigeons furent servis à cette occasion). M. Garrison apprend aux enfants que pour fêter ce jour si particulier, l’opération les « conserves du cœur » est lancée. Il s’agit d’une collecte de conserves pour ceux qui ne peuvent pas s’offrir de repas de Thanksgiving, comme Kenny et sa famille ! Tous les enfants devront apporter une boîte de conserve, et plus tard la mairesse les distribuera à Kenny et aux autres pauvres de la ville. Wendy a bien compris le message, elle : s’il y a bien un jour de l’année où on doit apporter notre aide à ceux qui meurent de faim, c’est bien Thanksgiving. On se doit d’aider les plus démunis !

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En plus des opérations habituelles et régulières, la sensibilité des gens est continuellement piquée au vif grâce à la télé et ses spots publicitaires en faveur d’actions caritatives ! Pour se rappeler au bon souvenir de ceux qui ont la chance de ne pas être trop pauvres, la télévision diffuse régulièrement des messages incitant à aider et à donner à ceux qui sont dans le besoin. Cela peut concerner aussi bien des enjeux locaux que des luttes contre la faim à caractère internationales, chacun pouvant ainsi y trouver une cause pour laquelle il veut se mobiliser, d’autant plus que des images chocs sont là pour frapper les esprits et nous obliger à constater le gouffre entre nos richesses et la misère des autres, jouant ainsi sur la corde sensible pour favoriser le don. Alors que les enfants sont scotchés devant « Terrance et Philip, spécial Thanksgiving », un message du sponsor de l’émission est diffusé. Sally Struthers (héroïne de « La fête à la maison ») rappelle qu’en Afrique des enfants meurent, non pas de maladie ou à cause des guerres (enfin, si, aussi !), mais de faim ! Ces enfants attendent désespérément qu’on les aide et nous seuls pouvons le faire. Idem, alors que cette fois Pascal la dalle est seul devant la télé, également au milieu de « Terrance et Philip, spécial Thanksgiving », le spot martèle que la famine est un ennemi que nous devons tous combattre, et que ces enfants attendent désespérément notre soutien. D’ailleurs Cartman, filmé et présent sur place par erreur confirme : là-bas ça craint ! Nous devons avoir pitié, et le mieux est de téléphoner dès à présent pour adopter un de ces enfants ! Au-delà des images de sensibilisation de la télévision, chaque pays se souvient avoir traversé des périodes difficiles, et tout le monde connaît – de près ou de loin – des personnes ayant souffert d’infortune ! Que ce soit à travers des fêtes culturelles ou par le biais de l’enseignement de l’Histoire, bon nombre de pays commémorent des disettes passées afin de se rappeler que l’opulence d’aujourd’hui n’était pas le cas hier. En outre, en parallèle de voir des pauvres s’étaler dans nos rues riches, tout un chacun sait que telle famille est démunie, soit en connaissant plus ou moins personnellement l’un de ses membres, soit simplement en passant devant leur taudis.

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La deuxième partie de « Terrance et Phillip, spécial Thanksgiving » rappelle à point nommé les débuts des pèlerins américains : ils ont froid et espèrent bien ne pas crever de faim ; être un pèlerin, ça craint ! Quand Cartman explique le fonctionnement du buffet à volonté à Pascal la dalle, il ajoute qu’ils viennent là tous les jeudis, sauf pour la famille de Kenny pour qui les 6,99 $ du buffet représentent deux ans de salaire, ce qui fait bien marrer tout le monde. Cartman se demande même comment on peut encore être pauvre aujourd’hui, si ce n’est si le père de Pascal est également alcoolo, comme le père de Kenny. Quand les enfants apprennent que Pascal doit retourner chez lui alors qu’il est leur pote, Cartman propose de partir avec lui au pays des pauvres. Kyle l’enjoint à faire gaffe à ce qu’il dit, car lui aussi pourrais être pauvre et affamé un jour. Justement, quand une équipe débarque chez Cartman pour récupérer un enfant africain sous-alimenté, livré par erreur à la place d’une montre, Pascal oriente du doigt les gorilles qui mettent Cartman dans un sac et lui obtient la montre. Arrivé au bled, Cartman espère bien trouver un fast-food dans le coin et demande de l’aide aux locaux qui, ne comprenant rien, se font envoyer se faire foutre. Avec sa délicatesse habituelle, Cartman se plaint de toutes ces mouches à merde à la con, à croire qu’ils ne connaissent pas l’insecticide ! Alors qu’il est au bord de l’évanouissement, qu’il ne veut que manger, ne serait-ce qu’un tout petit hors-d’œuvre, il demande pardon à dieu de s’être moqué des pauvres, d’avoir été insensible. Il ne le refera plus, promis. Il a beau crier pitié, c’est à croire que dieu l’a abandonné ! Mais quand il tombe sur la CroixRouge qui se rend compte de la confusion et le rapatrie immédiatement, il oublie tout ce qu’il vient de vivre, gueulant sur les pauvres pour qu’ils lui fassent place, il est Américain après tout ! Alors que Pascal doit aussi retourner chez lui, Stan est déçu qu’il s’en aille, et Kyle encore plus, lui qui l’aimait mieux que Cartman (normal). Au moins Stan aura appris que c’est facile de croire que dans la télé ce n’est pas des vrais gens, et c’est pour ça qu’on ne donne rien. Mais les gens dans la télé, ils sont aussi vrais que nous ! On en voit une dernière preuve, avec des gens bien de chez nous, la famille de Kenny. En ce jour d’action de grâce ils sont pleins de gratitude pour l’incroyable bonté du seigneur, le remerciant pour ce festin de haricots verts. Bien qu’il ait cru bon de leur enlever leur fils, et qu’apparemment il aime les voir souffrir, malgré

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tout, ils le remercient. Sauf qu’ils n’ont même pas d’ouvre-boîte pour atteindre ce festin scellé ! Synthèse Pour que l’on ait envie de donner, encore faut-il que les ambassadeurs de ces opérations soient représentatifs et dignes de confiance ! Face à la sollicitation de toute part dont nous sommes les proies, cela est malheureux à dire, mais la communication joue un rôle important. Surtout, il faut que les porte-paroles de ces campagnes soient crédibles dans leur rôle sensibilisateur. Mais tout ceci ne vaut rien si par la suite on se rend compte que ces personnes ne sont pas honnêtes, notamment avec des cas récents de détournement de fonds. Alors que Stan demande qui est la grosse vache qui dit qu’en Afrique la nourriture est rarissime, il se moque que pour elle-même elle sait où en trouver de la bouffe, puisqu’elle est même plus grosse que Cartman, c’est pour dire ! Mais le pire est à venir, quand Cartman, sur place, pénètre par une entrée interdite. Alors qu’il crevait la dalle, il tombe sur le stock de caisses de bouffe que Sally Struthers récolte pour l’Afrique, elle qui s’empiffre de gâteau au chocolat pendant que dehors la misère règne ! Non par honnêteté mais simplement parce qu’elle ne voulait rien partager de son gâteau, Cartman hurle alors aux Africains qu’elle taxe toute la bouffe qu’on leur envoie, et Sally se grouille de tout finir ! La solidarité, par sa portée altruiste, ne doit pas être prise à la légère, ni comme un jeu ni comme un moyen de se débarrasser de ce que l’on ne veut plus ! Non seulement beaucoup font une b.a. annuelle pour simplement ôter ce fardeau du poids de leur conscience, mais en plus certains sont amenés à considérer cela quasiment comme un « divertissement », où, en échange d’un petit geste qui ne leur coûte pas grand chose, ils reçoivent non seulement un sourire mais également éventuellement une petite compensation pour leur solidarité. Mais le pire réside chez ceux qui profitent de l’occasion pour donner aux pauvres ce qu’ils ne veulent plus, que ce soit de la nourriture quasi périmée ou qui ne convient plus

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au goût du jour, ou des habits sales ou troués ! Plutôt que de jeter, autant donner aux pauvres : belle mentalité que de se débarrasser de ce qui encombre, en pensant soulager sa conscience à moindre frais ! Alors que la pub explique que pour 5 dollars par mois on peut parrainer un enfant, Cartman trouve ça débile et se demande bien qui ferait un truc pareil ! Mais quand le spot annonce que si on appelle tout de suite on reçoit gratuitement une montre à quartz de chez Taiko, il trouve que ça troue le cul ! Ça tombe bien, Stan a le numéro de carte de crédit de sa mère. Il appelle alors pour adopter un petit Ethéropien. Kyle demande si la montre est waterproof, puis lui et Cartman insistent pour savoir s’ils envoient le cadeau tout de suite ! Oubliant leur geste, puisque c’est la mère de Stan qui paye, ils n’attendent qu’une seule chose, leur montre, que Cartman veut absolument mettre en premier ! Présentant Pascal la dalle à l’école, tout le monde en veut un comme lui, en plus de la montre. Pip est même prêt à mettre 50 dollars pièce par Ethéropien ! A la mairie aussi on rentre dans le domaine du jeu : quand ils auront toutes les boîtes de conserve de l’opération « conserves du cœur », la mairesse souhaite une idée amusante pour les distribuer aux pauvres, quelque chose de festif selon son assistant ! Lors de la phase de collecte, M. Garrison est déçu par l’esprit de Thanksgiving des enfants : ils n’ont rien donné aux « conserves du cœur », et ils auraient pu faire mieux que ne ramener que de la crème de marrons. Ils devraient diversifier un peu, sinon Kenny et sa famille seront marrons pour Thanksgiving (ce qui ne fait rire que M. Garrison) ! Toujours est-il que les boîtes collectées seront placées dans une soufflerie, comme à Las Vegas. Mais au lieu de billets, on met des conserves qui volent dans la machine, et le CSSP (Citoyen Sous le Seuil de Pauvreté) à l’intérieur essaye d’attraper ce qu’il peut pour nourrir sa famille. Kenny entre dans la machine, encouragé par son père pour qu’il en chope plein ! La mairesse lance le jeu et la soufflerie. Résultat après s’être fait secoué dans tous les sens, Kenny rapporte à sa famille une seule boîte de haricots verts ! En tant qu’humains, riches qui plus est, nous ne pouvons accepter de telles situations de pauvreté dans un monde où l’abondance n’est que pour certains !

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Si ce n’est lors d’événements particulièrement dramatiques et bien relayés par la télé, nous nous endormons trop souvent sur nos lauriers et avons vite tendance à oublier la misère quotidienne qui sévit un peu partout dans le monde ! Les ONG ont beau tirer régulièrement la sonnette d’alarme, nous ne les attendons plus solliciter notre aide pour qu’ils mènent à bien leurs actions, pourtant si cruciales pour bon nombre de gens dans le dénuement le plus total ! Cartman, en Afrique, meurt sérieusement de faim, il faut qu’il mange, ses réserves pharamineuses de graisse ne lui suffisant plus ! Heureusement, il tombe sur la Croix-Rouge et commande un poulet frit et une assiette de purée. Malheureusement, ils n’ont plus rien à manger ! Ils n’ont plus d’argent car ils n’arrivent pas à collecter assez de fonds en Occident. Même si Cartman n’est pas Ethernopien et qu’il demande à être remballé avec le reste de leurs affaires, cela non plus n’est pas possible puisqu’ils n’ont plus assez d’argent. Mais au moins il reçoit sa montre. Le Dr Mephisto, le généticien fou qui habite sur la colline, tente au moins des choses, à sa manière. Lui qui voulait faire des dindes transgéniques pour nourrir les pauvres a « peut-être » commis une terrible erreur puisque tout a mal tourné, et qu’elles se sont évadées. On dirait des dindes normales, mais le mal est en elles, et le pire c’est qu’elles sont vraiment furax. Il faut les arrêter sinon elles détruiront tout ! Finalement, tout est bien qui finit bien puisque les dindes se font exploser façon Braveheart, et Pascal les ramène chez lui pour offrir un énorme gueuleton à ses congénères crèves la dalle !

Conclusion :

Voyez, on se couchera moins bête car on a appris un truc aujourd’hui : la solidarité n’est pas un vain mot et il est important de faire ce qu’on peut pour aider ceux qui n’ont pas eu autant de chance que nous ! Il est facile de considérer que l’on aide déjà assez par le biais de ses impôts, et ce n’est pas une raison non plus pour se gaver comme des

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porcs sans penser à ceux qui aimeraient bien avoir ne serait-ce que les miettes des gâteaux que nous ne faisons qu’entamer ! C’est bien beau de se dire qu’on aide déjà une fois par an à l’occasion d’opérations spéciales, mais sortir le chéquier n’est pas réellement une preuve d’engagement ! Tout le monde connaît plus ou moins directement les résultats de la pauvreté, grâce à la télé ou par le biais de son environnement, et l’on ne peut donc ignorer qu’il faut prendre le problème à bras le corps pour trouver de vraies solutions, sur le long terme ! Même si certains ambassadeurs caritatifs ne sont pas les mieux placés pour parler, il n’en reste pas moins que le don n’est pas un « jeu » à prendre à la légère. Nous devons tous nous mobiliser pour que la prise de conscience soit planétaire et que les grandes institutions fassent leur devoir afin d’enrailler des phénomènes qui, s’ils sont naturels par certains aspects, n’en sont pas moins inacceptables dans notre monde moderne où certains gâchent ce que d’autres ont besoin pour leur survie au jour le jour !

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Catégorie : III] Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint ! Thème : 4) Justice et Question Sociale : vieux dilemme de la répartition des richesses

Fiche de visionnage n°20 : Épisode 117 (saison 8, épisode 6) – Les Gluants

Analyse philosophique des extrêmes : L’immigration est-elle une fatalité nuisible ???

 

Les pros : Les enfants, le beauf conservateur raciste en colère, Les antis : Les parents de Stan (au début), le vieux hippie progressiste libérale un peu gland.

 

Thèse : Plus il y en a, moins ça va ; Antithèse : C’est un droit, pour eux une nécessité, pour nous une aubaine, qu’ils soient là ; Synthèse : Tout le monde doit faire des efforts pour que la cohabitation se passe bien !

Il était une fois à South Park, sur la Route 285, un être sorti d’un nuage électromagnétique qui se fait écraser sur la voie rapide.

Introduction :

L’immigration a toujours existé, libre ou forcée (esclavage), et grâce à elle nos pays ont pu se développer après des événements tragiques

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(guerres, famines, épidémies) ou pour concurrencer nos voisins ennemis. Si la race humaine sapiens sapiens est la seule actuellement sur la planète, c’est bien parce qu’elle a émigré au gré des besoins de survie ou de la curiosité d’aller voir ailleurs. Cela s’est rarement produit sans heurts, mais finalement les locaux comme les expatriés y trouvaient rapidement leur compte, créant alors un nouvel équilibre jusqu’à ce que les deux populations se métissent et forment une nouvelle culture, multiforme. Certains estiment que l’immigration engendre beaucoup de problèmes, notamment en terme de perte d’emploi pour les locaux, et que cela tourne assez fatalement vers de grandes tensions sociales. Pour d’autres, l’immigration est un droit, d’autant plus quand elle sert nos intérêts, et les immigrés ne le font pas par plaisir mais par besoin vital. En somme, l’immigration est-elle une fatalité nuisible ???

Thèse en faveur de l’explosion sociale par l’envahissement Comme pour beaucoup de domaines, mieux vaut pas assez que trop, et un étranger ça va, deux immigrés bonjour les dégâts ! Dans le délicat problème de l’immigration, le point de friction n’est pas tant que des gens viennent trouver leur bonheur ailleurs, c’est-à-dire chez nous, mais tout dépend de leur nombre ! Tout naturellement, lorsque seules quelques personnes émigrent pour tenter leur chance ailleurs, si elles parviennent à se construire une situation meilleure, il est évident que l’info tournera vite au pays. Et cela ne manquera pas d’ouvrir une brèche spatiale où tous les démunis du coin voudront suivre l’exemple des premiers arrivants et eux aussi profiter des bienfaits de leur nouvelle terre d’accueil. Le journaliste à proximité du portail temporel nous donne des nouvelles car une autre personne vient juste d’arriver. En fait, le travail du premier immigrant chez Wendy’s a porté ses fruits puisque le second arrivant déclare que la famille de ce premier va désormais beaucoup

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mieux. Du coup, grâce à l’exemple du premier comme quoi il est possible de faire mieux ailleurs, le second espère la même chose pour sa famille. A travail égal salaire égal, sinon c’est de l’exploitation et ce sont les anciens employés qui en payent l’addition ! La différence peut être enrichissante dans le cadre professionnel, ne serait-ce que parce qu’un étranger arrive avec d’autres méthodes de travail et peut donc ouvrir de nouvelles pistes de réflexion grâce à sa culture différente. Malheureusement, justement parce qu’ils viennent de pays moins développés, ces personnes sont prêtes à accepter une paye de misère, sachant que ce sera toujours beaucoup mieux rémunéré que chez eux. Les patrons profitent alors de ces différences de salaire pour augmenter leurs marges bénéficiaires en diminuant leur masse salariale grâce aux bas revenus de leurs nouveaux employés venus d’ailleurs, au grand dam des anciens travailleurs jugés trop chers alors qu’ils sont le juste prix à payer par rapport à leur activité ! Les enfants arrivent pleins de bonne volonté et demandent à Mme Landis si elle désire encore en ce jour leurs services de déblayage de neige. Malheureusement, pour eux, elle a déjà employé quelqu’un d’autre pour le faire. Cartman est furibond : « Quoi ?! Qui ??? ». En fait elle fait travailler un de ces immigrants du futur, qui fait le boulot pour 25 cents ! Pour Kyle, à ce prix-là ça ne vaut plus le coup ! Stan ne se laisse pas décourager et pousse les autres à essayer la maison à côté. Sauf que toutes les maisons sont pelletées par des Gluants. Apparemment, les gens du futur n’ont pas mis longtemps pour trouver du travail. Étant donné qu’ils proposent de travailler pour des salaires défiants toute concurrence, on les embauche dans toute l’Amérique ! C’est le sujet de discussion d’une réunion syndicale à South Park. Un des représentants se plaint que ces gens du futur pointent leur fraise et acceptent de faire le même travail que nous pour presque rien ! Ils leurs volent leur travail !!! Dans le transport routier, les employés n’ont jamais compté leurs heures pour livrer à temps ! Ils ont travaillé 14 ans à la sueur de leur front et sont toujours sur le marché ! Mais depuis que ceux du futur sont là, ils leurs piquent carrément leur boulot ! Un dernier intervenant, travaillant dans le domaine des fast-foods est indigné que

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les restaurants virent leurs employés habituels parce que les gars du futur travaillent pour beaucoup moins ! Ils leurs volent leur travail !!! D’ailleurs, même le père de Stan en fait les frais ! Alors que son chef indique à un nouveau où trouver les photocopieuses et les imprimantes, il est surpris de voir le père de Stan au travail ! Celui-ci est étonné, c’est son bureau après tout. Beh justement non, enfin plus : son chef est embêté qu’il n’ait pas eu son message, mais le fait est qu’il a été remplacé. L’entreprise a trouvé un immigrant du futur qui connaît la géologie et qui propose de travailler pour presque rien. Avec les coupes budgétaires et le reste... Bref, son chef lui laisse du temps pour ranger ses affaires, mais le père de Stan hallucine grave : ILS ONT VOLE SON TRAVAIL ! Ce que confirme Stan qui prévenait depuis longtemps : ils ont volé son travail !!! Lorsque trop de personnes se voient voler leur travail par d’autres qui cassent les prix, les tensions montent et on peut basculer dans le drame ! Tant que le bâtiment va, tout va, chacun en profite et l’arrivée d’autres pour renforcer la croissance est tolérée. Mais si le marché de l’emploi se tend, le naturel communautaire chassé par la prospérité revient au galop ! On a alors vite fait d’accuser l’autre, le pas-pareil, d’être la cause de tous les maux économiques du moment : « déjà qu’il n’y a pas beaucoup de travail, avec tous ceux-là qui sont là, il ne nous reste plus grand chose à nous, les locaux ! » Cette pensée peut dégénérer en conflit ouvert entre communautés, afin de protéger leur dernier pré carré du vivier d’emplois. C’est bien ce qu’il se passe à South Park, où certains commencent à demander que le portail soit fermé. Lors d’un débat télévisé, pour l’un des participants, un beauf conservateur raciste en colère déclare qu’on ne devrait plus autoriser quiconque à traverser le portail temporel. Il estime que les gens du futur volent tous les emplois qui reviennent aux américains qui vivent dans le présent ! Ils leurs volent leur travail !!! Après s’en être plaint à son sénateur, il reçoit la réponse de ce dernier : « Chers beaufs intolérants en colère, nous compatissons vis-à-vis de vos pertes d’emplois, cependant, nous trouvons que votre solution consistant à tirer sur tous ceux qui longent la frontière temporelle est inhumaine ».

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Pour beaucoup des sympathisants du beauf conservateur raciste en colère, c’était pourtant une bonne idée, et ils estiment que la réaction du sénateur est ridicule, qu’il ne peut pas faire ça ! Puisque le gouvernement ne les aidera pas, ils doivent prendre leur destin en main et régler le problème tout seul ! Pour eux, la seule manière d’arrêter l’invasion des gens du futur est d’empêcher le futur d’arriver ! En effet, s’il n’y a pas de futur, il n’y aura pas de gens du futur pour revenir dans le passé et leurs voler leur travail ! Un des participants à la réunion syndicale propose alors de renforcer l’effet de serre, de manière à ce que les calottes polaires fondent, et fassent entrer la Terre dans une nouvelle période glaciaire ! Mais cela prendrait bien sûr des millions d’années pour qu’un changement climatique ait lieu (pas si sûr, mais bon !). Un autre a une meilleure idée : ils devraient tous se foutre à poil, faire une énorme partouze et commencer à devenir gays. Et pourquoi pas : s’ils parviennent à faire que tout le monde vire pédé, alors il n’y aura plus d’enfant pour enfanter à leur tour, et les gens du futur n’existeront jamais pour leurs voler leur travail ! Pour Jimbo c’est hors de question, mais on sait très bien que c’est un refoulé, et de toute façon il le faut, sinon ils ne parviendront pas à les arrêter de leurs voler leur travail ! Tout ce monde va alors dans la partie de la ville où les gens du futur se sont installés et ont transformé les lieux en ghetto, et ils commencent à s’enfiler les uns les autres jusqu’à ce que les gens du futur disparaissent ! A Little Futur, la cité des futuristes, les Gluants hallucinent de voir ça, mais ça semble marcher ! Le beauf conservateur raciste en colère appelle alors tous ceux qui ont foi en l’Amérique à les rejoindre afin de rendre ces connards du futur inexistants ! Plus tard, sur le site de la frontière temporelle, une sorte de protestation de masse éclate : des centaines d’hommes sans emplois à cause des immigrants temporels, se font l’amour en un tas. Ces hommes se sont apparemment sucés et baisés à travers tout l’état depuis plusieurs jours, et se trouvent maintenant sur le site de la frontière temporelle afin d’essayer de capter l’attention de la Nation. Leur porte-parole, le père de Stan explique la démarche : ils sont attaqués, ils se défendent ! Ils procèdent à la seule chose qu’ils puissent faire. Pour eux, si le gouvernement entend laisser entrer n’importe qui dans leur époque, ils doivent prendre leur destin en mains et tenter de convertir tout le monde en gay, de façon à ce qu’il n’y

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ait pas d’humains dans le futur ! L’Amérique du jour présent doit rester numéro 1 !!! Antithèse en faveur du droit, et de la nécessité, de l’immigration C’est un peu facile de dire que certains volent le pain et le travail d’autrui, sauf que ce qu’ils font personne ne voudrait le faire à leur place ! Le bâtiment et autres secteurs peu attractifs souffrent régulièrement d’un manque de main-d’œuvre criant, et n’arrivent pas à recruter parmi les locaux. Seule solution pour continuer de construire et de servir des plats chauds : l’appel aux travailleurs immigrés ! Les grands patrons le disent eux-mêmes : pour maintenir l’activité et trouver des gens capables et volontaires afin de faire le « sale boulot », il faut en passer par l’immigration ! C’est bien beau de râler, mais peu nombreux sont ceux qui veulent bien se lever et se casser le cul très tôt pour gagner des clopinettes ! Quand Stan revient de sa réunion syndicale pour protester contre les immigrants du futur qui viennent et essaient de voler le travail des locaux, il tombe nez-à-nez avec une femme du futur. Sa mère lui indique que la machine à laver est au sous-sol et qu’elle va pouvoir préparer le dîner. La nouvelle bonne, Madame Bleurk, fera les tâches ménagères les mardis et jeudis ... le tout pour la modique somme de 10 cents de l’heure. Même si Stan s’inquiète après ce qu’il a entendu à sa réunion, son père le rassure : on ne les engage que pour des petits boulots misérables que personne d’autre ne veut faire. Et d’ailleurs, dans le cas présent, ils ont même engendré un emploi à partir de rien, puisque avant c’était la mère de Stan qui se chargeait de tout, mais vu le bas prix de la bonne, pourquoi se priver de ses services ! D’un strict point de vue philosophique, la Terre n’appartient à personne, elle appartient à tout le monde ! C’est une vision passéiste que d’envisager les choses uniquement sous un aspect territorial marqué par des frontières infranchissables. Nos nations modernes ne sont plus liées à des conceptions communautaires géographiques, mais à la notion de partage de valeurs et d’insertion dans

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un cadre commun ! De fait, toutes les âmes de bonne volonté ont le droit de s’installer où elles veulent et de participer à la vie de la communauté, nationale et multiforme ! C’est même d’ailleurs ce qui fait la richesse de celle-ci, sa diversité, source d’originalité et donc d’innovation, dans de nombreux domaines de la vie sociale ! C’est tout le discours d’un vieux hippie progressiste libéral un peu gland lors du débat télévisé avec le beauf conservateur raciste en colère. Pour lui, il est classique de la part des conservateurs de voir les immigrants comme le problème, mais en fait, le problème, c’est l’Amérique. Ce sont les multinationales assoiffées de profits qui font qu’il y a tant de pauvreté. Et surtout, les ancêtres des Américains sont venus en Amérique en tant qu’immigrants, ainsi, de quel droit expulserions-nous ces gens ? De toute façon, essayer d’arrêter l’immigration n’est qu’intolérance et ignorance. Ces immigrants ont le droit de poursuivre le bonheur ! Quand son pays d’origine n’offre plus d’opportunités ni même d’espoir, c’est à ce moment-là que l’on veut gagner sa vie ailleurs, mais que les choses aillent mieux et on a à nouveau envie de rejoindre son vrai chez soi ! Il n’est jamais évident de tout plaquer pour tenter l’aventure d’une nouvelle vie, en terre inconnue – éventuellement même au niveau de la langue –, voire hostile ! Si on le fait c’est qu’on a plus le choix, et que l’instinct de survie et la quête d’une vie meilleure ailleurs prennent le dessus. Abandonner les siens, se couper de ses racines, vivre dans un pays froid où l’on est mal considéré, ne font rêver personne, mais l’attrait de l’argent est plus fort que tout ! Mais une fois le pactole amassé, beaucoup repartent chez eux pour finir leurs vieux jours là où ils sont nés. Au début de l’épisode, un flash spécial annonce des nouvelles incroyables et absolument ahurissantes : un homme du futur a voyagé dans le temps et se trouve dans une base de l’armée après avoir été heurté par une voiture. Alors que les spéculations sur les raisons de son voyage tablent au départ sur sa venue pour nous apporter un remède contre le cancer, ou pour arranger quelque chose de terrible dans le passé, on apprend que l’homme ayant traversé un millénaire est venu à

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notre époque ... pour du travail ! En effet, cet homme a d’expliqué que le futur est carrément surpeuplé, qu’il n’y a simplement pas de travail à son époque, et que c’est pour cela qu’il a construit un portail temporel et qu’il est revenu dans l’Amérique du 21ème siècle, pour y trouver un travail ! Ainsi, il pourra placer l’argent gagné sur un compte épargne, à partir duquel les intérêts atteindront une valeur de quelques milliards de dollars en 3045, lesquels, bien sûr, n’équivaudront dans le futur qu’à une valeur de quelques centaines de dollars, mais assez, dit-il, pour nourrir sa famille. Malheureusement pour lui, il se sacrifie pour sa famille, car l’ouverture temporelle suit les règles de Terminator, c’est-àdire un seul aller et on ne peut pas revenir ! De fait, l’homme du futur est là pour rester ! Stan est d’abord ébahi, puis a les glandes qu’on lui vole son travail ! Son père lui explique qu’il doit comprendre quelque chose : ces gens du futur ont connu la vie dure ! Ils viennent d’un endroit pauvre, sale et surpeuplé. Nous ne pouvons pas concevoir le genre de dépression qu’ils ont connu ! Si bien que pour nous, qui avons la vie agréable et tout ce qu’il nous faut, il ne nous est pas autorisé de les juger ! La prochaine fois que Stan songera à les appeler « Gluants », il ferait mieux de méditer une seconde sur la condition merdique du futur ! Sa mère rappelle qu’ils n’élèvent pas leur fils pour qu’il devienne un tempciste ignorant, un raciste contre les gens du futur ! Stan a bien compris la leçon : c’est incorrect de les appeler « Gluants », parce qu’ils ne sont pas différents de nous. Ce ne sont que des humains qui essaient d’avoir une vie meilleure ! Pour autant, il reconnaît que, même si ça craint que l’époque des immigrants soit si merdique, la triste vérité est que si nous les laissons tous revenir à notre époque, ça va rendre notre époque aussi merdique que la leur ! Pour lui, la solution ne consiste pas à tenter d’empêcher le futur d’arriver, mais à rendre le futur meilleur ! En effet, si nous nous mettons dès maintenant à travailler pour un futur meilleur, alors le futur ne sera pas si pourri, et ces immigrants n’auront pas besoin de revenir à notre époque chercher du travail ! Tout le monde se met alors à commencer à travailler pour des lendemains plus glorieux et qui chantent ! Tous les habitants plantent des arbres, recyclent les déchets, apportent de la nourriture aux Ethernopiens, repeignent une palissade, ramassent les déchets dans la nature, installent des panneaux solaires, dépolluent le sol, construisent des éoliennes, roulent à

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l’électricité, donnent des cadeaux aux clochards. Le tout en chanson : « Nous devons travailler pour un futur meilleur, nous devons joindre nos mains pour nos lendemains. Franchis le premier pas et tu verras, le futur commence avec toi et moi. Nous pouvons refaire la vie différemment, si nous le voulons pour nos enfants. Recycle cette canette et plante cet arbre, puisque le futur commence avec toi et moi ». Et ça marche ! Le beauf conservateur raciste en colère est ravi de voir les immigrants disparaître, tout comme eux sont heureux de rester à leur époque, plus mieux qu’avant ! Synthèse Comme toujours et partout, c’est la quantité qui engendre les difficultés de cohésion sociale car tant que les étrangers sont peu nombreux, on est toujours curieux de connaître leur culture ! Lors des premiers arrivages d’immigrants dans les pays occidentaux, étrangers que nous sommes souvent allés chercher nous-mêmes pour nos besoins de bras, les choses se passaient plutôt bien, nos pays ayant déjà reçu d’autres vagues (italiennes, polonaises, portugaises, etc. ...). Ces gens nous étaient utiles et en plus ils apportaient avec eux d’autres façons de vivre, de manger, de s’amuser, choses que nous avons expérimentées puis adoptées ou non, ce qui a enrichi notre culture. Au départ, Stan est émerveillé par la nouvelle et a hâte d’aller voir les hommes du futur car il a un paquet de questions à leur poser. Sa mère trouve également ça excitant, et est sûre que beaucoup de gens le font déjà. D’ailleurs, dans son émission débat « Sans tourner autour du pot » dont le sujet du jour est « Les immigrants du futur », Bill O’Reilly nous indique que la plupart des gens sont plus qu’heureux de tendre la main à ces gens qui en ont de toute évidence besoin. Que Stan prononce le slogan « Les Gluants nous volent notre travail ! » à ses parents après avoir été à la réunion syndicale, et ça chauffe ! Son père est outré que son fils puisse prononcer de telles insultes contre ceux qui traversent le temps, et sa mère tient à savoir qui lui a appris à parler comme ça ! Son père ne rigole pas et il punit Stan à venir à son travail avec lui. Il s’assied sur une chaise, son père ne veut plus entendre un seul mot sortir de sa bouche intolérante, et il doit réfléchir à tout ce qu’il a dit et fait !

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Dans un monde où l’avoir est plus important que l’être, tout un chacun souhaite avoir un travail lui permettant d’acheter le confort qu’il désire ! Le problème fondamental du marché de l’emploi est la répartition de l’offre et de la demande : tant que l’équilibre est là tout va, que l’offre d’emploi soit supérieure à la demande et tout va pour le mieux, mais que la situation se retourne et voit la demande d’embauche exploser face à l’offre de travail et c’est le drame ! Une partie de la solution réside dans la création de son propre emploi par l’établissement d’une activité en nom propre ou la reprise d’une entreprise, mais là encore la concurrence veille : si le marché est porteur, certains n’hésiteront pas à casser les prix pour se faire leur place sur le dos des autres ! Les enfants sont motivés pour gagner par eux-mêmes leur argent de poche : ils font le tour de la ville pour offrir leurs services de déblayage de neige, pour la modique somme de 8 000 dollars. Mme Landis pourrait effectivement employer des petits pelleteurs de neige, mais 8 000 dollars lui semblent un peu excessifs. Elle propose alors 10 dollars à Cartman le négociateur, mais cette somme ridicule lui brise les couilles. Finalement les enfants obtiennent une rallonge de 5 dollars supplémentaires. Sauf que tout le monde ne bosse pas comme il devrait et certains abusent du travail d’autrui, Cartman en premier bien sûr ! Alors que les autres bossent, lui est accroché à son putain de téléphone depuis que les autres ont commencé. Ce n’est pas tant qu’il fasse une pause, vu qu’il n’a rien foutu pour l’instant, mais Cartman justifie son rôle de négociateur des prix avec les clients qu’il trouve. Qu’il ait obtenu un supplément de 5 dollars en parler de ses couilles n’est pas le propos : s’il veut sa part, Kyle le prévient qu’il va falloir que Cartman déblaye comme les autres ! S’en suit un malheureux accident de pelletage, dont le profiteur de la sueur des autres est la victime. Il faut dire que la vie est dure et qu’il faut se battre pour avancer, comme nous l’enseigne Darryl Weathers, de l’Union des Travailleurs du Bâtiment, lors de la réunion syndicale. Ses collègues et lui ont travaillé longtemps et durement, autant qu’ils ont dû lutter pour gagner de quoi s’élever à un niveau de vie décent grâce à des augmentations de salaire ! Il bosse avec des mecs bien, qui ont des familles à nourrir, et voilà que les Gluants débarquent. Et ça atteint aussi les gosses ! Stan prend la parole lors de la

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03 – LE CAPITALISME C'EST DÉJÀ MOYEN, MAIS EN ABUSER ÇA CRAINT !

réunion et explique que lui et ses amis commençaient leur propre affaire de déblayage de neige, essayant de devenir responsables en gagnant de l’argent. Et puis les autres Gluants se sont amenés et ils se retrouvent également sans emplois ! Ils leurs ont volé leur travail !!! Qu’il y ait ou non assez de travail pour tous est une chose, en attendant il faut apprendre à vivre ensemble car l’immigration temporaire peut durer ! Pour que l’alchimie prenne avec de nouveaux arrivants, il est important d’apprendre à se connaître et à se comprendre, afin d’éviter le repli communautaire et favoriser le brassage des idées et des populations ! Personne ne dit que c’est facile, entre le respect de la culture locale et l’ouverture à l’autre et à ses spécificités, mais l’enjeu est de taille et tout un chacun doit faire des efforts pour ne pas sombrer dans une société divisée entre les eux et les nous, des deux côtés d’une barrière invisible mais bien existante ! C’est ainsi que le Rectorat a insisté pour que M. Garrison enseigne à la fois le langage présent et la langue du futur. Pour Kyle tout ceci est des conneries, car si les Gluants veulent vivre à notre époque, ils doivent apprendre notre langue ! Heureusement, le vieux hippie progressiste libérale un peu gland vient nuancer tout ceci, arguant que ces immigrants ont le droit de conserver leur culture et d’avoir une éducation ! C’est vrai, qui sommes-nous pour dire que notre langue est meilleure ? D’un côté ils s’adaptent trop bien, notamment quand on voit des Gluants frimer à la façon gangsta avec leur caisse futuriste montée sur ressort – d’autant plus qu’ils balancent de la fumée d’échappement dans la gueule des enfants –, de l’autre ils doivent encore faire beaucoup d’efforts ! Dans un fast-food, Stan demande à ce qu’on lui parle en langue du présent. Il commande alors un double cheeseburger et des frites, mais même après avoir répété plusieurs fois, le serveur comprend toujours qu’il veut un sandwich poulet. Cartman s’énerve car ce trou du cul ne comprend rien, et justement un chef arrive et engueule son employé, puis prend sa place. Stan recommence, disant qu’il essaie de commander un double cheeseburger ! Mais même le manager comprend de travers et montre un sandwich au poulet. Stan n’en peut plus : « Non, c’est pas un sandwich au poulet ! Je veux un putain de cheeseburger

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avec des putains de frites, enfoiré de Gluant ! ». Sauf que ses parents viennent juste de rentrer dans le fast-food, il va encore en prendre pour son grade après avoir traité de la sorte de pauvres travailleurs qui font ce qu’ils peuvent !

Conclusion :

Voyez, on se couchera moins bête car on a appris un truc aujourd’hui : L’immigration est un sujet délicat, mais alors que l’on en aura toujours besoin, si on veut la limiter il faut aider les pays d’origine à se développer ! Même s’il est politiquement incorrect de dire que plus il y a d’étrangers, plus il y en aura et qu’ils déstabilisent le marché de l’emploi avec leurs bas salaires, il faut admettre qu’il y a une part de vérité là-dedans, et il suffit malheureusement de voir certains situations tendues pour comprendre l’ampleur du malaise, de part et d’autres ! Pour autant, non seulement ils ont le droit d’être là et heureusement, d’autant plus s’ils font les tâches ingrates que personne ne veut plus faire, mais en outre ils viennent chez nous non pas par plaisir, mais par nécessite vitale, sinon ils seraient bien mieux chez eux, avec leurs proches et respectés dans leur culture ! Auparavant, nous ne cherchions qu’à développer nos pays riches, ou à les reconstruire suite à nos guerres, en important de la main-d’œuvre comme n’importe quelle marchandise. Aujourd’hui, globalisation oblige, nous devons participer au développement des pays émergents et du tiers-monde en cessant de piller leurs ressources humaines et en les accompagnant. Les pays du Nord ne peuvent héberger toute la misère du monde, au risque d’une implosion sociale continentale, et les pays du Sud ne demandent pas mieux que de devenir attractifs à leur tour. Tous ensemble nous pouvons réussir à bâtir une prospérité mondiale où tout le monde y trouvera son compte, sans avoir besoin de risquer la mort et de vivre caché pour survivre tant bien que mal loin de chez soi !

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Chap 3 : Le capitalisme c’est déjà moyen, mais en abuser ça craint !