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Secteur PrimAire en MorbiHan

lA PecHe Agriculture OStreiculture

SOmmAire

Agriculture

p.20 PrESSION fONCIèrE

le littOrAl, PeAu de cHAgrin p.21 rICHArD fATOUT à LOCMArIAQUEr

PAySAn PrèS de lA mer

p.22 rEPrÉSENTATIvITÉ POLITIQUE

qui VA à lA cHASSe Perd SA PlAce

OStréiculture p.24 ACCèS à LA MEr

lA Perle à cHOyer

p.25 jULIEN ET bENjAMIN MAHÉ à LArMOr bADEN

mOtiVéS

lA PêcHe

p.26 COQUILLES SAINT-jACQUES

un giSement PArAlySé p.27 frANçOIS DOrSO à SÉNÉ

mArin mAlgré tOut 16

Le Mensuel Mensuel/janvier /janvier 2012

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agriculture, pêche, Ostréiculture

fou pour y

Faut-il être POLITIQUES CADrES

croire encore ?

façonneurs de paysages, sentinelles de la mer, ils nous nourissent et pourtant, leurs métiers se heurtent à d’importantes difficultés : économiques, environnementales, sociologiques… En Morbihan, leur place est grignotée par toutes les convoitises. Pour exister demain, agriculteurs, pêcheurs et ostréiculteurs mobilisent la société tout entière.

Q

u’il paraît loin le temps de la prospérité. Le miracle breton, véritable dynamique économique propulsée dans les années 60 pour favoriser la production intensive et le développement du secteur agroalimentaire en bretagne, semble avoir vécu. « Le passage rapide d’une agriculture étriquée à un système agroindustriel pose problème aujourd’hui, ayant atteint sans doute ses limites de productivité et porteur essentiellement de problèmes environnementaux », signe Alain Miossec, recteur de l’académie de rennes, dans la préface du récent atlas de bre-

Des jeunes décident toujours de tenter l’aventure au plus près de la nature tagne publié par le géographe morbihannais ronan Le Délézir. Concernant la pêche, « on a bradé en moins d’un siècle la ressource halieutique », constate joseph Gauter, professeur à l’Agrocampus de rennes, ancien directeur du site de beg-Meil et conseiller, dans les années quatre-vingt-dix, auprès du ministre de l’aménagement du territoire. L’arrivée du chemin de fer, à la moitié du XIXe, a facilité l’exportation des produits de la mer. « A partir du moment où la

Par Maude Duval maude.duval@lemensuel.com Photos romain joly

pêche a eu accès au marché national, et plus tard international, une réserve multimillénaire de ressources naturelles s’est vu tarie », fragilisant aujourd’hui considérablement l’économie et l’activité portuaire. A cela s’ajoutent les aléas du marché concurrentiel mondial, et les métiers du secteur primaire se retrouvent touchés de plein fouet par des crises structurelles et conjoncturelles de grande ampleur. Non sans séquelles. Le Morbihan n’échappe pas à la règle. Crises du porc, du lait, de l’huître. restriction drastique de la pêche à la coquille saint-jacques en baie de Quiberon… A chaque fois, des hommes et des femmes crient leur malaise, leur mal-être aussi dans ces métiers qui se précarisent. Alors faut-il être fou pour y croire encore ? Poussés par leurs tripes et par une passion indéfectible, des jeunes décident toujours de tenter l’aventure au plus près de la nature (lire la galerie de portraits à suivre). Non sans difficultés. Confrontés le plus souvent aux rigueurs administratives, diverses et complexes sur ce territoire à la fois terrien et marin qu’un millefeuille de règlements arbitre pour tenter de canaliser les multiples convoitises. Paradoxalement, ces crises professionnelles induisent autant de défis à relever pour ces nouveaux motivés, qui se trouvent parfois obligés de repenser leur métier, ou tout du moins de l’adapter, pour le faire durer. L’agriculture hier, l’ostréiculture aujourd’hui, ces secteurs

deS initiAtiVeS lOcAleS Sollicitées pour intervenir sur l’avenir de l’économie primaire en Morbihan, les politiques locales se démarquent par quelques initiatives concluantes et favorables au développement de ces métiers de terrain. fEP-axe 4 Tout nouveau, tout beau et déjà encensé. En septembre 2009, le syndicat mixte du pays d’Auray se portait candidat au fonds européen pour la pêche. Précisément à son axe 4 en faveur des activités maritimes et de leur intégration économique et sociale. « On avait la conviction qu’il fallait défendre les métiers du secteur primaire basés sur le littoral du pays d’Auray. On les savait en difficulté autant qu’on en avait besoin », explique joseph Gauter, président du conseil de développement et chef de file de ce projet de territoire. Après études et diagnostic, les élus ont ciblé leur stratégie sur la qualité de l’eau, la valorisation des produits et de la filière halieutique, l’intégration de ces professionnels dans la gouvernance territoriale, le tout pour un développement écoresponsable. retenu, le pays d’Auray a reçu une enveloppe d’un million d’euro sur trois ans (2010-2013), financée à 50% par l’Europe, 25% par l’Etat et le reste partagé entre la région et le Département. Plusieurs projets locaux ont déjà été financés, dont la mise en place d’un observatoire de l’eau à destination des conchyliculteurs, ou encore l’atelier de valorisation des produits de la mer sous la criée de Quiberon (lire p.26). Nouvelle alliance agricole régionale A la suite d’une tournée bretonne d’échanges et de rencontres initiée par le conseil régional, la bretagne a scellé une Nouvelle alliance agricole se déclinant en 56 actions distinctes en faveur de l’activité agricole dans son ensemble (aménagement foncier, aides à l’installation, soutien des pratiques écologiques, de la formation, de la diversification…) Clusters morbihannais Après la création d’un cluster agroalimentaire il y a deux ans, le conseil général du Morbihan installe un cluster dédié aux cultures marines. L’idée : réunir l’ensemble des acteurs de la filière pour venir en aide aux conchyliculteurs touchés dans leur production par des atteintes sanitaires et environnementales. Chercheurs, universitaires, conchyliculteurs,

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Secteur PrimAire en MorbiHan

OStreiculture

en un an, entre

la production

2009 et 2010, a chuté de 50%

ostréicolesurmortalité les premiers effets des vagues de

sur le

volume commercialisable

L'activité concHyLicoLe en MorbiHan en 2006

ria d'éteL 52 entreprises, 161 etp

*

374

*

baie de pLouHarneL 40 entreprises, 101 etp *

47

rivière de cracH 42 entreprises, 174 etp

entreprises GoLfe du MorbiHan secteur de pénestin 124 entreprises, 404 etp

5Ha465 1 335 *

34 entreprises, 53 etp*

de concessions dont 93% en Bretagne sud

ans

L'âge moyen des chefs d'entreprise

rivière de pénerf 52 entreprises, 108 etp

1 100

eMpLois

*

rivière de saint-pHiLibert 28 entreprises, 97 etp *

empLois à temps pLein

(source : dernier recensement réalisé par le crc Bretagne-sud)

etp* emploi à temps plein

ACCèS à LA MEr

lA Perle à cHOyer

F

bousculée par la crise qu’elle traverse depuis quatre ans, l’ostréiculture se mobilise aujourd’hui pour exister demain. Et préserver son accès à la mer, tant convoité.

ini la poule aux œufs d’or. Les vagues successives de mortalité ont mis un terme à la surproduction au sein de la profession ostréicole (lire Le Mensuel de septembre 2010). Ajouter à cela une qualité du milieu de plus en plus fragile, et le métier se précarise jusqu’à limiter de façon drastique les installations. « Notre président (hervé Jénot, président du Comité régional de la conchyliculture en bretagnesud) s’est étonné de constater que des jeunes souhaitaient encore s’installer », commentent les frères Mahé, la vingtaine chacun et une volonté forgée à toute épreuve (lire p.25). Des anciens, vieux loups pourtant rodés aux crises de l’huître, dissuadent aujourd’hui fortement leurs enfants ou autres prétendants à la succession de reprendre le chantier après eux. Trop de risques et d’incertitude. « Actuellement, la profession navigue à vue, sans visibilité. Dans un schéma où personne ne peut définir une stratégie construite pour demain, l’ostréiculture repose sur l’élaboration de stratégies individuelles d’adaptation », analyse Alain Dréano, secrétaire général du CrC bretagne-sud. « jusqu’à il y a quelques années, le savoir-produire pouvait

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suffire. Désormais, il faut ajouter le savoir-vendre, tout ça dans un environnement réglementaire extrêmement contraint », continue le technicien.

Se diversifier sans se perdre Avec la crise, la profession réclame la possibilité de diversifier son activité. A l’instar de l’agriculture il y a quelques années, les ostréiculteurs envisagent, ou organisent déjà pour certains, l’accueil du public sur leurs chantiers, l’hébergement touristique, l’hivernage de bateaux… « Aujourd’hui la difficulté reste le décalage entre notre temps d’entrepreneurs et le temps administratif », souligne fabrice Lizée, "traiteur de la mer" à Séné. Les pistes envisagées par les ostréiculteurs butent rapidement sur les règlements terrestres et maritimes en vigueur, reconnaît l’instance consulaire. L’idée, précise Alain Dréano, reste de trouver des solutions à court terme qui ne prédominent pas sur l’activité première, la conchyliculture, tout en assurant sa pérennité sur le long terme. Derrière ce dilemme se cache là aussi la problématique de la pression foncière. Très convoité, l’espace conchylicole peut vite glisser dans la sphère immobilière

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ou plaisancière, par exemple. « Tout espace perdu ne pourra plus être reconquis. » D’où l’instauration d’une charte, voulue par le CrC et les services de l’Etat, pour cadrer son utilisation et les demandes de diversification.

Préserver l’espace et sa qualité L’objectif : préserver l’activité et l’espace pour l’exercer. Corollaire de ce postulat : en préservant l’ostréiculture, on veille aussi à la qualité du milieu. « Nous sommes et resterons les sentinelles de la mer », s’accordent ces paysans maritimes et leurs observateurs. Là aussi, la profession en appelle à la vigilance et l’intervention des élus pour garantir leur avenir. La mise en place du récent Observatoire de l’eau, sous l’égide du syndicat mixte du pays d’Auray et de son programme européen (lire p.18), illustre cette nécessaire mutualisation des consciences. « L’ostréiculture est une activité qui a tout son sens en Morbihan. Elle participe à l’équilibre de la société. Il revient donc aux élus de l’envisager dans le cadre plus global de l’aménagement du territoire », apporte ronan Le Délézir, géographe et universitaire breton.


entre 2007

et 2010, le nombre de conchyliculteurs

a diminué

17%

1157 emplois

(emplois affiliés mSA et enim) de près de . Passant de en 2007 à en 2010 (source : analyse succincte diligentée par le crc Bretagne sud, à partir des données mSA et enim 2007-2010).

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jULIEN ET bENjAMIN MAHÉ à LArMOr-bADEN

mOtiVéS

bloqués par quelques lenteurs administratives, julien et benjamin « profitent » du chantier de leurs aînés pour démarrer. En attendant de pouvoir accéder au leur.

romain joly

« S'AdAPter »

M.D.

i

nsouciance, inconscience ? Non, conviction et assurance. Agés de 28 et 24 ans, julien et benjamin Mahé sont installés ostréiculteurs depuis un an et demi à Larmorbaden. En pleine crise de l’huître. « On savait où on mettait les pieds. » Expérimentés dans le métier, les frangins ont tout planifié. Et profité justement de cette période creuse pour saisir les opportunités : un chantier abandonné et un coût du bâti dévalué. reste la production, plutôt en berne depuis quatre ans et sur laquelle il est difficile de bâtir un business plan. Accompagné d’un conseiller financier et soutenus par leurs aînés, les jeunes entrepreneurs ont déployé une kyrielle d’arguments pour séduire la banque. En mettant en avant leur expérience saisonnière sur le chantier familial, leurs formations au lycée maritime d’Etel, ainsi que le maillage de marchés et de points de vente qu’ils ont tendu sur tout le Grand-Ouest. Producteurs la semaine dans le Golfe, les frangins deviennent vendeurs ambulants le week-end. Une nécessité pour pouvoir asseoir leur entreprise et leur nom, bien que celui-ci soit déjà bien installé dans le métier. Depuis quatre générations. Marin au long cours, leur arrière-arrière grand-père a acheté des parcs dans le Golfe. Leur arrière grand-père a, le premier dans la famille, sorti des huîtres. Et puis leur père et leur oncle sont toujours producteurs à Pen en Toul. « ça aide », forcément. ça forge un caractère aussi. « Ils ont aussi connu des crises et réussi à les traverser. » forts de ce patrimoine familial, viscéral, de leurs convictions et de leur passion, les nouveaux Mahé sont parés. « On s’est octroyé nos premiers salaires il y a deux mois. » Le minimum pour pouvoir développer au maximum la production. D’ici à cinq ans, ils escomptent sortir entre 30 et 40 t et embaucher un ou deux salariés. « Là, on vivra bien. Nous on y croit. »

romain joly

Les jeunes frères Mahé se sont installés ostréiculteurs à Larmorbaden depuis un an et demi. Ils se lancent alors que la profession est au creux de la vague, à cause des mortalités successives. Motivés !

«

On essaie de se bouger. Avec cette crise, je ne suis pas à l’abri d’avoir moins de production. Il faut donc anticiper, penser à une alternative pour vivre. Ce bar en est une. Je cherche aussi à valoriser mon produit et à le faire connaître. Mickaël Tanguy, 32 ans La Trinité-sur-Mer

»

ostréiculteur la semaine, mickaël tanguy devient barman le week-end. sur une partie privative de son chantier, il a ouvert le bar à huîtres le Kermancy, à la trinité-sur-mer. une idée simple et pourtant innovante qui séduit une large clientèle entre vannes et lorient.

«seLedéclinera métier d’ostréiculteur en plusieurs

métiers. En plus de producteur et vendeur, on devra coiffer d’autres casquettes pour pouvoir vivre de notre profession. Il va falloir s’adapter. Fabrice Lizée, 35 ans Séné

»

installé depuis trois ans sur un chantier abandonné à séné, fabrice lizée démarre le métier en pleine crise. l’opportunité de le repenser et d’innover. en plus de la dégustation, le jeune entrepreneur souhaite développer des visites pédagogiques et promouvoir la cuisson de l’huître. une façon originale de valoriser son produit et de tendre, selon lui, à une ostréiculture durable.

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CULTURE JEANBERNARD VIGHETTI Président du conseil culturel de Bretagne

Brouillon de culture En janvier, Jean-Bernard Vighetti, maire de Peillac (Morbihan), a été élu président du conseil culturel de Bretagne. Le fondateur du festival rennais Les Tombées de la nuit se voit là récompensé pour quarante ans d’activisme forcené dans le domaine de la culture et du tourisme.

A

ttribuer sa faconde à ses origines piémontaises serait tentant. Mais le cliché de l’Italien bavard rendrait mal compte du phénomène. Intarissable, Jean-Bernard Vighetti ? Mieux : il y a du Fidel Castro chez cet homme-là. En quatre heures d’entretien avec Le Mensuel, JBV a parlé quasiment non stop. Comme le lider maximo, on l’imagine taillé pour faire des discours de quatorze heures. Avec Jean-Bernard Vighetti, la conversation passe sans crier gare des marais du pays de Redon à la réappropriation des répertoires populaires hongrois et finlandais par les compositeurs Béla Bartók ou Jean Sibelius. « Ah… S’il part dans une de ses digressions, tu sais jamais où t’arrives », s’amuse Jean-Louis Fougère, président de la Communauté de communes du Pays de Redon (CCPR). Une intercommunalité où JBV siège en tant que vice-président : depuis 1989, il est maire de Peillac (Morbihan), commune de 1 900 habitants située près de Redon (Ille-et-Vilaine). Jean-Bernard Vighetti parle à la cadence d’une mitraillette, avale ses mots, passe du coq à l’âne. « Son débit oral dit sa passion », déclare Dominique Irvoas-Dantec, qui lui a succédé à la tête

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Le Mensuel Mensuel/mars /mars 2013

de l’Office de tourisme de Rennes en 2004. Il y a peut-être plus de logique qu’on ne croit dans ces tirades échevelées. De l’ordre du maraboutde-ficelle-de-cheval : une idée à peine abordée, JBV passe à une autre. Il faut suivre, d’autant que l’homme peut manifester de l’impatience devant les esprits lents. Ça turbine sec et ça vole souvent haut.

« Moi, je » Dans ce tsunami verbal, un mot émerge clairement : « Culture. » A 16 ans, JBV avait déjà créé un festival dans la ville où il a grandi, Saint-Nazaire. Le credo vighettien ? « La culture est indispensable au développement local. Elle crée des emplois et du lien social », martèle-t-il en menant au pas de charge une visite de la médiathèque de Peillac. « C’est sa vision. Certains disent qu’il rabâche, mais il est cohérent », affirme Fabienne Mabon, du Groupement culturel breton des pays de Vilaine (GCBPV). Une structure travaillant sur le patrimoine oral en pays de Redon créée dans les années 70 par… JBV. Cette vision lui a valu d’être élu président du conseil culturel de Bretagne, à 69 ans, le 26 janvier. L’assemblée consultative de la Région rassemble les représentants des institutions et associations culturelles bretonnes. Une nou-

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velle casquette pour celui qui en a tellement collectionné qu’il pourrait devenir fournisseur de la ligue américaine de base-ball. Cumulard ? JBV s’en défend. Il prend cette présidence car des élus le lui ont demandé. « C’est la reconnaissance d’une action permanente », s’exclame Jean-Louis Fougère. Ce bâton de maréchal récompense quarante ans d’(hyper)activisme à la croisée de deux chemins : le tourisme et la culture. Personnage haut en couleurs, Jean-Bernard Vighetti demeure néanmoins relativement méconnu du grand public. Les médias, eux, le voient comme un homme influent. En 2007, la revue Ar Men l’a retenu parmi les 111 « Bretons des temps modernes ». En 1990, Télérama le plaçait au troisième rang des « dix qui comptent » dans le milieu culturel rennais. JBV était alors directeur de l’Office de tourisme de la capitale bretonne et du festival Les Tombées de la nuit. « Ils ont refait ce classement dix ans après, j’y étais encore », sourit Jean-Bernard Vighetti, toute modestie bue. C’est l’un des traits frappants du bonhomme. Une propension à commencer ses phrases par un « Moi j’ai fait, moi j’ai créé… » Mégalo, JBV ? Ceux qui le connaissent bien assurent que non. « Ce côté "Moi je", c’est le revers de la médaille »,


Lionel Le Saux

assure Jacques Faucheux, ancien journaliste il revient sur sa scolarité (brillante), c’est moins aux Infos du Pays de Redon. En 20 ans passés à pour se faire mousser que pour parler d’une la rédaction de l’hebdo local, il a beaucoup époque où l’école jouait son rôle d’ascenseur pratiqué l’animal. « Il sait mettre en valeur ce social. On sent un attachement viscéral à la qu’il fait. Mais sa démarche est sincère, il met en Bretagne et à certaines valeurs, notamment le avant des idées. Pas lui. » personnalisme cher au philosophe Emmanuel Ses idées ? Une croyance, plutôt : « La culture et Mounier, « qui valorise l’individu ». le tourisme sont des moteurs de Sa mère le voyait devenir chirurdéveloppement », résume l’élu gien. Le jeune Jean-Bernard apparenté PS, qui se dit résos’oriente vers la géographie, lument à gauche et européen qu’il étudie à Nantes. Déjà, il convaincu. « C’est un socials’intéresse au développement démocrate avec un ancrage rural. Il met la théorie en prarégionaliste », indique Jacques tique en tant que chargé de misFaucheux. JBV fait remonter sion au Comité de coordination Jean-Bernard Vighetti, ses convictions à son plus pour l’aménagement des pays sur lui-même jeune âge. Il a grandi dans un de Vilaine, à Redon, à partir de « milieu modeste » mais politisé 1969. « A l’époque, c’était le coin et cultivé. Une enfance « heule plus pauvre de Bretagne », se reuse » malgré un « climat un peu morbide » et rappelle JBV. La ville subit de plein fouet la crise, une famille décimée par la tuberculose sévissant avec la fermeture des usines Flaminaire et Gardans les baraquements de fortune construits nier. Bilan : 1 600 employés sur le carreau. JBV fait après les bombardements de 1942. souffler un vent nouveau sur le territoire. Père comptable pour un chantier naval nazaiIl y a dans sa démarche un côté presque punk rien, syndicaliste et violoniste à ses heures. version « breizhou », une éthique du do it yourMère « courage » longtemps clouée au lit par la self (« faites-le vous-même »). Redon s’étiole ? Il maladie. Sa grand-mère, femme de ménage, va décide de miser sur les ressources locales. Créé régulièrement voir des opéras à Nantes. Quand le Groupement culturel breton en 1975 et le

« L’homme

à abattre des bobos rennais

»

Jean-Bernard Vighetti, chez lui, devant le corps de ferme qu’il a restauré aux bords de la vallée de l’Oust, à Peillac (Morbihan). Le nouveau président du conseil culturel de Bretagne se fait l’avocat de la culture gallèse. « Elle n’a rien à envier à la culture bretonne. »

JB VIGHETTI 1943. Naissance à Pontchâteau (Loire-Atlantique) 1969. Chargé de mission à Redon (Ille-etVilaine). Création du premier Pays d’accueil touristique en France 1975. Création de La Bogue d’or, à Redon 1976. Création du label Petites cités de caractère 1980. Directeur de l’Office de tourisme de Rennes. Création des Tombées de la nuit 1984. Création de l’Union bretonne des villes d’arts 1989. Maire de Peillac 1999. Décoré de l’Ordre de l’Hermine 2004-2007. Membre du conseil économique et social 2013. Président du conseil culturel de Bretagne

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COMMENT

VANNES VA CHANGER

GRANDS PROJETS

Théâtre Anne-de-Bretagne et d’une activité congressiste au Palais des arts plaide pour une nouvelle structure, selon Pierre Le Bodo. Sur le sujet, rien ne réussit à doucher l’optimisme du président de Vannes agglo. Rennes, plus proche de Paris, a lancé un projet pharaonique de centre des congrès au Couvent des Jacobins ? « Il y a le cadre de vie du Golfe du Morbihan ! » A l’heure de la vidéoconférence et des économies d’énergie, certains professionnels jugent ces équipements obsolètes ? « Les congrès auront toujours leur place. Ils dureront peut-être moins longtemps », rétorque le président de Vannes agglo. Le centre des congrès n’est pas pour l’instant

« ON VA

d’actualité. Pierre Le Bodo parle de projet « à moyen terme ». Une certitude : Vannes et la communauté d’agglomération le voient s’installer au Parc du Golfe. Un Sylvain Coquerel, élu emplacement idéal Vannes projet citoyens, à pour faire venir du toupropos du futur casino risme d’affaires, avec un hôtel trois étoiles, sa proximité avec le centre-ville et son offre de loisirs. Et –cerise sur le gâteau– son casino. Un type d’établissement prisé par une clientèle de

DEVENIR LE NICE DE LA BRETAGNE

»

congressistes. Double jackpot : cette dernière a la réputation d’être peu regardante sur la dépense. Ce futur visage du Parc du Golfe désole l’opposition. Pour Sylvain Coquerel, ces équipements ne s’adressent qu’à un public financièrement aisé. Un mauvais signal en termes d’image, peste l’élu VPC : « La génération des baby-boomers va arriver à la retraite. Vannes va attirer plein de retraités parisiens friqués. Alors avec un casino… On va devenir le Nice de la Bretagne. » *Le ministère de l’Intérieur doit encore donner son approbation. Un recours a également été déposé par Nicolas Le Quintrec. L’élu estime que l’établissement, qui servira de l’alcool, est trop proche de l’espace Diorren, qui accueillera un jeune public. **Libération du 2 janvier 2013

DIORREN,

FUTUROSCOPE À LA BRETONNE ? Le projet de centre ludo-éducatif est ambitieux. Budget : 3 millions d’euros. Casse-gueule aussi. Hervé Paquet le sait : « Notre comité scientifique a fait un gros boulot. Il faut être inattaquable sur le plan historique. » Deux périodes de l’histoire bretonne seront expliquées aux visiteurs : celle des dresseurs de pierre et la période galloromaine. Avec un parcours conçu pour être aussi rigoureux qu’amusant pour les familles. Sa philosophie ? « L’edutainment ou apprendre en jouant. » Il sera composé de quatre salles. « La première, consacrée aux dresseurs de menhirs, montrera la naissance d’une culture sur l’arc atlantique », annonce Hervé Paquet. La deuxième salle reconstituera une forêt. Le but ? « Montrer que la civilisation celte avait déjà des compétences dans le domaine de l’agriculture. » Une troisième pièce « préparera » le public au clou de la visite, un film en quatre dimensions. Le tournage de ce dernier est actuellement en cours : il reconstitue la bataille des Vénètes. Les spectateurs le verront grâce à un équipement de pointe. Outre le relief, l’impulsion mécanique des sièges permettra d’avoir la sensation de mouvement ou, par exemple, de ressentir les embruns. Tout est fait localement. Les équipes de tournage et de post-production sont basées en Bretagne. Les sièges viennent d’une entreprise rennaise. Pour les décors, une pointure a rejoint le Diorren project : Gilles Le Floc’h, qui travaille pour le cinéma et la télévision. On lui doit notamment ceux de la série Dolmen sur TF1. En cas de succès, Hervé Paquet ne s’interdit pas de se lancer dans la production de films à un rythme plus soutenu. Diorren pourrait devenir un acteur montant de la 4D en France, même si

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Le Mensuel Mensuel/février /février 2013

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X.Brunet & Entre-Sols

La salle « celtique » du Diorren project, précède dans le parcours la projection d’un film en 4D.

pour l’instant, l’équipe se limite au film sur la bataille des Vénètes. Car c’est extrêmement coûteux : un million d’euros pour une dizaine de minutes. Au total, la visite de Diorren durera un peu plus d’une heure. Elle s’achèvera par le passage obligé à l’espace boutique et restauration. Autre particularité du centre : le personnel parlera français et breton. Selon son fondateur, le parcours doit montrer une continuité historique entre la culture celte et la Bretagne d’aujourd’hui avec des technologies dernier cri. L’équipe a visité des structures équivalentes en Suède, ou des parcs comme Vulcania, en Auvergne, qui ont essaimé après le succès du Futuroscope de Poitiers. Le pari est osé, mais la situation géographique de Vannes assure à Diorren un atout que l’ingrate capitale poitevine n’avait pas à son lancement.


Arka Studio

La livraison du Coeur de Ménimur marquera la fin de l'opération de rénovation du quartier situé au nord de Vannes. Un chantier à 67 millions d'euros.

LE NORD RETROUVÉ KEREDEN ET MÉNIMUR

typique de l’habitat social des années 70. Le quartier va « verdir », un parc paysager d’un hectare remplaçant l’actuelle esplanade des Droitsde-l’Homme. La voirie a également été repensée. Elle comporte notamment une nouvelle rue qui partira de l’avenue du 4 août. Une fois n’est pas coutume à Vannes, les Au nord de Vannes, deux chantiers très attendus prennent forme : artères ont été réaménagées pour la réhabilitation de Ménimur et l’aménagement autour de la Gare. donner une plus grande place aux Les deux quartiers, composés essentiellement de logements, doivent piétons et aux bus. répondre à la croissance démographique vannetaise. Les habitants du quartier vont sentir la différence, selon le maire. Avec des immeubles labellisés Bâtiment basse est au nord que la ville se déveDavid Robo se fait un malin plaisir de comparer consommation (BBC), la facture énergétique doit loppe. » Le constat du maire, aux 71 millions du très contesté tunnel de Kérino, diminuer de 40%. Ils bénéficieront d’équipements David Robo, peut déjà se vérifier. en appuyant sur le message : « Il n’y pas de quarde quartier modernisés avec la livraison de l’îlot Deux chantiers d’envergure tier abandonné à Vannes. » central : une nouvelle médiathèque, « plus grande », font subir une cure de jouvence à une façade un bureau d’accueil de la Ville, le Centre communal « Résidentialisé » septentrionale bien décatie. A Ménimur, le lifting d’action sociale et un commissariat. Ménimur souffre d’être « très enclavé ». La rénovaest déjà bien avancé. Une première phase de la De quoi « désenclaver » le quartier ? La Ville veut le tion du « cœur de quartier », qui lui donnera son réhabilitation s’est achevée en 2011, avec 542 croire. Elle compte aussi attirer de nouveaux habiaspect définitif en 2016, doit permettre d’y faire logements rénovés. Une seconde tranche de tratants pour assurer une certaine mixité sociale à ce revenir les Vannetais, selon le maire. Le nouveau vaux doit s’achever ce printemps. Ménimur new look. Pour Nicolas Le Quintrec, tête centre commercial –1 700 m², une douzaine de Une opération initiée en 2005 par l’ancien de liste de la Gauche vannetaise, « la rénovation cellules– doit attirer les Vannetais « rentrant du tramaire, François Goulard. Le bilan ? 1 034 logeétait le moins que l’on puisse faire. Ce quartier a vail, grâce à un stationnement facile », assure l’élu. ments réhabilités, 138 démolis et 300 nouvelles quarante ans. » L’ancien candidat PS à la mairie Autre argument pour appâter le chaland : Méniconstructions. Son coût en fait l’un des plus gros regrette néanmoins « un manque de réflexion sur mur sera rendu plus agréable. L’ensemble a été chantiers vannetais. 67 millions d’euros financés l’humain et le social ». Sylvain Coquerel, conseiller « résidentialisé ». Les cours, aménagées en jarpar la municipalité, l’Etat, la Région, le Déparmunicipal Vannes projet citoyens, estime de son dins, rompent avec la monotonie nord-coréenne tement et Vannes Golfe habitat. Un chiffre que côté que la Ville n’est pas allée assez loin. « Il

«C’

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COMMENT

VANNES VA CHANGER

GRANDS PROJETS

Giboire

Les quatre îlots composant le projet Nord-Gare doivent être terminés en 2017. Il compte 600 logements, dont 20% d’habitat social, des commerces et un hôtel construit le long de la voie-ferrée.

faut injecter des équipements, des bureaux. Il faudrait aussi prévoir des manifestations culturelles à rayonnement intercommunal. »

600 logements à Nord-Gare Reste qu’en l’absence de nouveau pont, une grosse partie du quartier demeure coupée de la ville par la 2X2 voies. Le désenclavement est-il possible ? Beaucoup demeurent sceptiques. Tout peut se jouer avec la réussite d’un autre projet voisin, initié sous l’ère Goulard : Nord-Gare, nouveau quartier qui doit permettre de créer un tissu urbain cohérent. Un serpent de mer de l’urbanisation locale. « Il est attendu depuis une quinzaine d’années », admet David Robo. Les causes du retard ? La crise économique, répondent en chœur la mairie et Giboire, le promoteur immobilier. « Les écoulements ont été moins rapides », affirme Sophie Veillon, chargée de développement Bretagne sud pour le groupe rennais. Les travaux ont enfin pu commencer en 2012. Nom de code de cette revitalisation urbaine : Kereden. Date de livraison des quatre îlots en 2017. 600 logements doivent sortir de terre sur 53 ha. Un quartier principalement destiné à l’habitat. « Il y aura aussi des commerces en rez-de-chaussée, rue de Strasbourg », indique Sophie Veillon. Kereden accueillera également de l’activité tertiaire, avec 7 500 m² de bureau. Près de la voie ferrée, un bâtiment doit abriter un hôtel. Cette vocation essentiellement résidentielle en fait

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NORD-GARE, UN PROJET ARCHITECTURAL PLUTÔT PLAN-PLAN

bondir plus d’un. « Il devrait y avoir beaucoup plus de tertiaire, ça se fait partout ailleurs ! », peste Hervé Pellois, député-maire de Saint-Avé. Sa commune, limitrophe du quartier, est concernée par le projet. L’élu divers-gauche juge sévèrement l’aménagement de Nord-Gare : « Il aurait fallu y installer l’université, au lieu de l’envoyer à Tohannic. » Même son de cloche du côté de l’opposition vannetaise. « La proportion de bureaux est trop faible, estime Sylvain Coquerel. C’est typique de la gestion du foncier à Vannes : vendre le plus cher possible. » Quant à la trouée verte de 4 750 m² qui structurera le quartier, elle lui paraît ridiculement petite.

Passerelle Certains mauvais esprits critiquent un projet architectural timoré. Ceux qui espéraient voir un très tendance éco-quartier avec des formes urbaines audacieuses en seront pour leurs frais. En comparaison d’un chantier comme la Courrouze, à Rennes, Kereden paraît bien pâlot. Pour Sylvain Coquerel, la Ville a encore loupé le coche. David Robo rétorque que le projet s’inscrit dans une « démarche verte » avec la fameuse trouée et

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des bâtiments BBC. « Les parkings pour les voitures seront sous les bâtiments, il y a un grand espace piétonnier, un espace vert entretenu et un autre sauvage. » Pour le maire, Kereden a de sérieux atouts. L’hôpital, premier employeur de la ville, situé juste à côté, constitue un vivier d’habitants. Autre « plus » avancé par Giboire : la proximité du groupe scolaire Brizeux. Autant d’arguments qui incitent la mairie et le promoteur à se dire confiants sur la viabilité économique du projet. « Et le nouveau dispositif Duflot devrait persuader les investisseurs de saisir cette opportunité », assure Sophie Veillon. Demeure une échéance. Nord-Gare ne dispose pour l’instant que d’une voie d’accès sur la ville, l’axe constitué par les avenues du PrésidentWilson et Saint-Symphorien. Une autre paraît indispensable pour raccrocher le quartier à la ville. La municipalité a opté pour une passerelle piétonne qui enjambera la gare. Estimée à trois millions d’euros, elle devrait voir le jour dans le cadre du futur Pôle d’échanges multimodal. Pour David Robo, ce raccordement doit redynamiser les abords nord du centre, notamment la partie située entre le boulevard de la Paix et la gare. Un no man’s land résidentiel qui offre aujourd’hui une bien piètre image de Vannes au visiteur débarquant du train. En creux se dessine l’un des grands enjeux du chantier : déplacer le centre de gravité d’un cœur de ville largement déconnecté de sa desserte ferroviaire. Vaste programme.


Chasseboeuf et vous-même êtes partis via un collectif militant, Les Dessinacteurs. Les bénéfices tirés des ventes de l’ouvrage sont allés à une association. Cet engagement était important pour vous ? Le travail d’un dessinateur est assez… monastique. on est seul dans son atelier, avec pour ma part, cette culpabilité de ne pas vivre dans

A l’inverse, vous avez ramené des aquarelles pleines de couleurs et de vie. Comment cela a-t-il été perçu à votre retour ? on nous a dit : « Ce n’est pas Tchernobyl. » Peutêtre que des gens se sont sentis trompés. Nousmêmes avons cherché des signes tangibles de la catastrophe. Des enfants difformes, des monstres, des morts par milliers… je suis allé

vodka, raconter son histoire, jouer du violon. Il y a une sorte de vie irréductible. Pourtant, tous ces gens sont malades. Tous les enfants sont contaminés. Ils ne ressemblent pas à ce que j’ai vu sur ces photos horribles postcatastrophe. Il doit y en avoir… je ne les ai pas vus. Tous ceux que j’ai rencontrés, cependant, avaient un cancer de la tyroïde, une leucémie,

le réel. je le dis dans la BD : j’ai parfois l’impression de regarder le monde à travers une vitre. je voulais vivre la vraie vie en allant dans un endroit qui craigne. C’était de l’ordre du défi. vous savez ? Ce « même pas peur » que l’on se lance. Du même coup, je voulais comprendre cette sorte de pulsion de vivre… je ne souhaite pas me cacher derrière mon petit doigt en me disant militant. Dans tout engagement, il y a d’autres motivations plus inavouables, plus intimes. Il y a des causes bien au-delà des motivations positives. L’humain se trouve dans cette frange-là. Ni blanche, ni noire. Plus floue. « Flou », c’est aussi le terme qu’on pourrait choisir pour décrire votre ressenti pendant votre séjour. on ne part pas vierge à Tchernobyl. on a tous des images dans la tête. Des idées reçues. Des peurs, beaucoup de peurs. je me suis aperçu, par la suite, que le matériel que j’avais emmené témoignait de ce que je voulais ramener : fusains, crayons noirs, encres… La catastrophe, pour moi, ne pouvait se représenter que sous une forme sombre. C’est d’ailleurs ce que nous demandaient les Dessinacteurs. Et nous aurions pu nous en tenir au cahier des charges après la première journée passée dans la ville fantôme de Pripiat ou près du sarcophage de la centrale. Heureusement, on est resté plus longtemps. on a vu autre chose. Cependant, est-ce qu’on a le droit de dire que Tchernobyl, c’est beau ?

jusque dans les cimetières pour chercher ces signaux angoissants. Mais je n’ai pas vu tout ça. L’honnêteté était de ne pas les inventer. Ensuite, tout notre travail, à Gildas et à moi, ça a été de dire que ça n’en n’était pas moins terrible pour autant. voir que l’enfer a cette image de paradis champêtre est assez vertigineux en fait… D’où vient ce vertige ? Du trouble de ne rien voir… on remplit l’absence de signes, tous ces silences, par notre imaginaire.

parfois des crises d’eczéma… Des choses qui ne se voient pas au quotidien. De l’invisible angoissant, là encore. Vous dites que vous n’avez jamais été un farouche opposant au nucléaire, mais vous semblez secoué. je suis en colère. je rentre du japon. j’ai passé une journée à Fukushima. Comment est-ce possible que tout ait pu recommencer ? vous savez, il y a autre chose derrière ces catastrophes. on pense tout de suite aux irradiés. Ceux qui fondent de l’intérieur et meurent en quelques jours. on pense aux contaminés. Le césium 137 se trouve dans l’air, dans l’herbe, dans les poissons et le gibier. Il se fixe sur votre génome et le modifie. Cependant, on oublie que, quand on vit à proximité d’une zone contaminée, toute l’activité s’effondre. Personne n’a envie de manger un poisson pêché près de Tchernobyl ou du riz cultivé à Fukushima. Pour ceux qui n’ont pas les moyens de fuir, il n’y a plus que la misère, le chômage, la dépression… Est-ce qu’on compte les suicidés et les morts de cirrhose dans les victimes d’une explosion nucléaire ? Le désespoir, c’est ce qui reste de ce genre de catastrophe. Tiphaine réto tiphaine.reto@lemensuel.com

« C’était de l’ordre du défi. Vous savez ? "Même pas peur" » on sait que c’est dangereux, mais on ne voit rien. vous passez par des phases où vous êtes happés par le calme de la nature laissée à l’abri des hommes. Et d’un coup l’angoisse vous rattrape. vous vous rappelez où vous êtes. Mais le danger n’est jamais palpable. Tchernobyl, c’est ça. Une vision qui vous renvoie à l’intimité de vos peurs… j’aurais vu des monstres, limite, ça m’aurait rassuré. Cela aurait été concret. A la place de monstres, vous rencontrez les habitants de la zone. Vous vous attendiez à cet accueil ? je m’attendais à aller au pays de la mort et en fait, je rencontre la vie. Notre maison devient peu à peu un grand phalanstère où les enfants viennent jouer. où chacun passe trinquer à la

Les Fleurs de Tchernobyl, carnet de voyage en terre irradiée, aux éditions La Boîte à Bulle, 17,90 € un Printemps à Tchernobyl, aux éditions Futuropolis, 24,50 €

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dossier

Rennes

Vue de l'étranger économie

La stratégie business Dans un climat de concurrence accrue entre les territoires, Rennes tire son épingle du jeu économique mondial. Agroalimentaire, numérique, électronique… La ville est portée par les savoir-faire de certaines filières.

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n jargon métropolitain, on appelle ça « rayonner ». S’il y a un domaine sur laquelle la ville ne lésine pas, c’est bien celui-là. La capitale bretonne, entre autre avec son projet EuroRennes, a un objectif clair : exister sur l’échiquier économique européen, voire mondial. « La France a toujours été très centralisée. Mais depuis deux ou trois ans, la province s’est emparée de la question de son attractivité », observe Anne Miriel, directrice de l’agence Bretagne développement innovation (BDI). L’organisme a pour mission de flécher les investissements étrangers vers la région. Il est épaulé par le tout nouveau Bretagne commerce international et par l’agence de développement économique d’Ille-et-Vilaine, Idéa 35. Cette armada d’outils permet-elle à la ville de se démarquer ? « On bâtit une stratégie de coopération sur l’ensemble du territoire breton, tempère Anne Miriel. Ne serait-ce que parce que Rennes et Brest n’ont pas les mêmes atouts à proposer. » Ou parce que la marque « Bretagne » s’avère simplement plus porteuse à l’international que l’estampille « Rennes »...

Marché prospère Il n’empêche : dans la région, Rennes demeure la tête de pont des marchés. En 2011, avec l’accueil de 17 nouveaux investissements étrangers, la Bretagne s’est hissée au neuvième rang des régions d’accueil de capitaux extérieurs. 62% des 494 emplois créés par cette manne internationale ont vu le jour en Ille-et-Vilaine. La majeure partie dans l’aire urbaine rennaise. « Rennes est perçue comme l’une des capitales de l’Ouest », précise Andrea Ravarino, directeur d’Idea 35. Et pas n’importe laquelle : « La ville a le vent en poupe et dispose d’un rythme de croissance bien plus important que d’autres, confirme l’expert. Sa démographie explose et son taux de chômage reste parmi les plus faibles de France. Pour les investisseurs, c’est le signe d’un marché prospère. Ce va-tout est énorme, notamment dans la concurrence avec des villes comme Montpellier*. » Autres atouts : le haut niveau de formation des étudiants et le maillage routier qui dessert la ville. « Les Rennais ont de quoi se vendre, affirme Eric Beaty, attaché économique et commercial du consulat des Etats-Unis pour la Bretagne, la Basse-Normandie et les Pays-de-la-Loire. Il faut juste qu’ils soient moins modestes… » Une cinquantaine d’entreprises américaines est installée dans le bassin rennais. L’Oncle Sam dispute régulièrement la

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place de « premier investisseur » de la métropole à nos voisins teutons. « Rennes a la cote auprès des entreprises allemandes parce qu’elle est considérée comme une ville en pointe sur le développement durable », affirme Suzanne Baker, consul honoraire d’Allemagne. « Pour une implantation, on ne va pas chercher une ville, mais une filière », surenchérit Jean-Claude

«qu’ils Lessoient Rennais ont de quoi se vendre. Il faut juste moins modestes… »

Eric Beaty, attaché économique et commercial du consulat des Etats-Unis Buchet, directeur du club d’affaires franco-allemand. Electronique, numérique, agroalimentaire… Ces étendards assurent à la région rennaise une existence internationale. En 2012, le Salon des productions animales (Space) de Bruz a attiré 11 080 visiteurs venus de 110 pays différents. Une belle vitrine. Idem pour Rennes Atalante, qui diffuse l’image de pointe de la ville grâce à son label « technopole ». De la japonaise Renevas à l’américaine Envivio, les entreprises débarquent de loin pour s’implanter dans le cocon des TIC. Il y a dix ans, la technopole recensait déjà 80 nationalités dans les rangs de ses entreprises. « Le centre de recherche rennais de Canon est le mieux noté au monde, souligne Corinne Bourdet, responsable communication de Rennes Atalante. Il recrute sur toute la planète pour développer les meilleures technologies. »

krach Un effet boule de neige qui profite à l’image de la ville. « C’est parce que les compétences sont déjà là que le territoire séduit », décrypte Anne Miriel, à BDI. Des compétences et un marché. Andrea Ravarino acquiesce : « Les entreprises sont intéressées par un terreau fertile. Nous sommes la première région productrice de lait. Il y a donc un savoir-faire spécifique développé sur tout un pan de notre économie. Prenez les systèmes de transports et de logistique de maintien du froid : on n’en trouve pas de plus performants ailleurs. » On finirait par considérer Rennes comme un eldorado de l’investissement étranger... « En réalité, on a beaucoup attiré dans les années 1990-2000, mais il y a eu un ralentissement des implantations depuis quelques années », observe Corinne Bourdet, à Rennes Atalante. La faute à la crise. « Etrangers ou non,


«asp  eRcetnmneésdiéa covanl,serervpnrofoé uchrcnée t plus par un climala rumeuse de celui de uebde Paris, Londres q eux heures pourtant à d de train.

»

k Times, Journal New-Yor états-Unis

les investisseurs sont plus prudents, avance Andrea Ravarino. Il y a davantage de rachats d’entreprises déjà existantes que de créations nettes. » Le « krach » de 2008 n’est pas seul responsable de cette frilosité. « Nous pâtissons aussi d’un certain éloignement, poursuit le directeur d’Idea 35. Pour un Italien ou un Espagnol, il n’y a aucun intérêt à venir s’implanter chez nous. Quant aux Anglais… ils développent souvent leurs propres produits. » La ligne à grande vitesse qui reliera Rennes à Paris en 1 h 20 est attendue par tous les professionnels. « On verra aussi si Notre-Dame-des-Landes sort un jour de terre, confie Sylviane Baker. Aujourd’hui, beaucoup d’Allemands sont étonnés de ne pas avoir de connexions directes avec l’aéroport de Rennes. » Un point noir, selon certains, pour la compétitivité de la ville. « On est accessibles, martèle Anne Miriel. D’autant que les déplacements ne sont plus toujours nécessaires pour faire du business. » Dans un contexte de forte concurrence territoriale, beaucoup attendent l’inauguration du nouveau quartier d’affaires EuroRennes. Mais il ne permettra pas forcément à la région rennaise de rivaliser avec les aspirateurs à investissements que sont le couloir rhodanien et la métropole lilloise. Pas sûr, non plus, que le centre de congrès prévu pour 2016 et l’institut de recherche technologique B-com (2014) ne transforment Rennes en place forte de l’économie européenne. « On ne boxe pas dans la même catégorie », souffle Andrea Ravarino.

Les crêpes, plus françaises que bretonnes Ses gavottes et crêpes dentelles s’émiettent sur toutes les tables du monde, comme un symbole fragile et délicieux du savoir-faire breton. Pourtant, rares sont ceux qui savent que l’entreprise Loc Maria est basée à Saint-Grégoire, en banlieue de Rennes. « Nous communiquons très peu sur notre image rennaise, explique Marie Tacquard, fondatrice de la marque. Surtout parce que ce serait mensonger de notre part. Nos produits sont depuis toujours fabriqués à Dinan. » L’entreprise réalise 30% de ses ventes à l’export. Une part qu’elle aimerait gonfler prochainement à 60%. Mais pas forcément en vantant les mérites de la Bretagne. « Nous faisons découvrir la culture bretonne à nos clients étrangers. Mais pour se développer sur un marché international, Rennes et la Bretagne ne sont pas assez identifiables. » La gavotte devrait prochainement coloniser Hong-Kong… en laissant sa bigoudène au placard. « Le spot télévisé que nous diffuserons soulignera plutôt le raffinement que véhicule notre origine française. »

*Mi 2012, selon l’Audiar, dans le bassin d’emploi de Rennes, il atteignait 7,4%. A la même période, la moyenne nationale était de 9%. A Montpellier, il approchait 13%.

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ExtraitMGM  

extraits du Mensuel du Golfe du Morbihan et de Rennes

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