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SEMAINE

1h25’ de Iciar Bollain Débat avec Emmanuelle Doineau et Céline Jamenot, psychologues cliniciennes.

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lundi LA NUIT DE VARENNES

19h30

SEMAINE

mercredi samedi LES OISEAUX dimanche Samedi DE PASSAGE 26 novembre 14h15

NE DIS RIEN

19h45 I

2016

Femmes battues, hommes battants 1h24’ VF

CNP jeudi C

du 23 au 29 novembre

4–

2h30’

de Olivier Ringer

46’

LA CHOUETTE

ENTRE VEILLE ET SOMMEIL de divers réalisateurs MERCREDI : Conte & film

de Ettore Scola

Soirée présentée par Jean A. Gili

14h15

mercredi samedi dimanche

16h15 mercredi

1h23’ V0

samedi 14h15 2h08’ GRAINE dimanche 17h00 LA FILLE DE BREST DE CHAMPION 19h15 de Simon Lereng Wilmont & Viktor Kossakovsky 16h15 de Emmanuelle Bercot 21h30 À suivre. 53’ Sans paroles mercredi sam-dim WALLACE & GROMIT : 14h15 1h42’ LES INVENTURIERS 16h30 17h15 PLANÉTARIUM de Nick Park 17h30 de Rebecca Zlotowski 21h30

Sauf lundi

14h30 17h15 19h30 14h15 19h30 14h15 19h45

14h30 19h45 LOUISE EN HIVER mer-sam-dim de Jean-François Laguionie 16h00

À suivre. 1h15’

1h59’

UNE VIE de Stéphane Brizé

À suivre. 1h35’

TOUR DE FRANCE

2h05’

LE CLIENT

de Rachid Djaïdani

de Asghar Farhadi

ABLUKA SUSPICIONS de Emin Alper

SWAGGER 1h40’

À suivre.

MAMAN A TORT de Marc Fitoussi

17h30 21h15

1h52’

À suivre.

POLINA, DANSER SA VIE

Angelin Preljocaj & Valérie Müller

www.studiocine.com

QUAND LES ACTIONNAIRES S’EN CNP jeudi PRENNENT À NOS EMPLOIS 60’

de Édouard Perrin

20h00 C

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RÉPARER LES VIVANTS

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21h45

de Katell Quillévéré

1h25’

DERNIÈRES NOUVELLES 21h45 SAUF DU COSMOS jeudi de Julie Bertuccelli

Le film imprévu www.studiocine.com

Cases orangées : programmation Jeune Public: voir pages 34 et 35

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Partenariat Cinémathèque/Studio L’Amérique paranoïaque

lundi

LES HOMMES DU 2h10’ PRÉSIDENT 19h30 de Alan J. Pakula

de divers réalisateurs

1h30’

MA VIE DE COURGETTE de Claude Barras

1h55’

LA MORT DE LOUIS XIV

Rencontre avec Juliette Goffart

mardi

KLUTE

19h30 de Alan J. Pakula SECRÈTE 21h45 CONVERSATION de Francis Ford Coppola 14h15 1h40’ RÉPARER 17h45 LES VIVANTS 19h45 de Katell Quillévéré 21h45

14h15 1h37’ 17h45 19h45 MOI, DANIEL BLAKE 21h45 + mer-sam-dim de Ken Loach 16h00

14h15 19h30

de Albert Serra

de Nicole Garcia

14h30 19h00

MANUEL DE LIBÉRATION

21h15

de Alexander Kuznetsov

1h02’

ANNA HALPRIN ET RODIN 17h30 de Ruedi Gerber

21h45

1h40’

UN PETIT BOULOT 17h30

21h30

2h00’

CAPTAIN FANTASTIC 21h30 de Matt Ross

2h25’

14h15 19h00

16h15 17h30

1h20’

de Pascal Chaumeil

MAL DE PIERRES

mercredi samedi dimanche

de Luc & Jean-Pierre Dardenne

1h56’

14h30 19h15

14h15 16h15 + mer 10h00

LA FILLE INCONNUE 17h15

SING STREET de John Carney

mer-sam dimanche

1h46’

VOYAGE VERS LA SENSUALITÉ

1h46’

21h45

LA CHOUETTE

ENTRE VEILLE ET SOMMEIL

Débat avec Maître Philippe Baron, bâtonnier de l’ordre des avocats de Tours

2016

de Olivier Babinet

1h50’

19h15

À suivre.

17h45 21h45

2016

Licenciements boursiers : fatalité ou indignité 40’

1h24 À suivre.

1h59’

À suivre.

du 2 au 8 novembre

1–

MADEMOISELLE de Park Chan-Wook

Le film imprévu www.studiocine.com

Toutes les salles des Studio sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Cinémas Studio – 2 rue des ursulines - 37000 TOURS (derrière la cathédrale) – 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com


SEMAINE

CNP jeudi 19h45 C

I

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du 9 au 15 novembre

2–

2016

Tchernobyl, 30 ans, Fujushima, 5 ans, au suivant ! 1h24’ 1h35’ LES

OISEAUX DE PASSAGE

LA SUPPLICATION de Pol Cruchten

de Olivier Ringer Débat avec David Boilley, physicien

É

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1h40’

lundi 19h30

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1h06’

MA VIE DE COURGETTE

LES HOMMES CONTRE

de Claude Barras

de Francesco Rosi

46’

14h30 2h05’ LE CLIENT 17h00 19h15 de Asghar Farhadi 21h30 14h30 1h44’ RÉPARER 17h00 LES VIVANTS de Katell Quillévéré 21h30 14h15 17h15 19h15

LA CHOUETTE

ENTRE VEILLE ET SOMMEIL de divers réalisateurs

MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS

1h37

14h15 19h30

MOI, DANIEL BLAKE

2h25’

de Park Chan-Wook

1h55’

LA MORT DE LOUIS XIV de Albert Serra

SING STREET

2016

de John Carney

1h25’

après la séance de 19h30.

16h15 mercredi vendredi samedi dimanche

16h00 19h15 17h00 21h15 17h00 21h15

Deux documentaires :32’ + 25’

20h00 I

Débat avec Federica Bertelli, réalisatrice

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LA SOCIALE de Gilles Perret

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GRAINE DE CHAMPION de Simon Lereng Wilmont & Viktor Kossakovsky MERCREDI : atelier sport et cinéma

1h24’

LES OISEAUX DE PASSAGE

lundi VERDUN, VISIONS D’HISTOIRE 19h30 2h30’ de Léon Poirier Vendredi : soirée Bibliothèque

18h00 rencontre avec Cédric Anger (réalisateur) LA PROCHAINE FOIS, JE VISERAI LE CŒUR 19h45 1h51’ de Cédric Anger 14h30 17h00 21h30

2h05’

14h15 17h00 19h15

1h42’

de Olivier Ringer

40’

LA CHOUETTE

ENTRE VEILLE ET SOMMEIL de divers réalisateurs

mercredi sam-dim

14h15 16h15 mercredi samedi dimanche

16h15 mercredi sam-dim

16h15 17h45

2h07’

MISS PEREGRINE

LE CLIENT

ET LES ENFANTS PARTICULIERS

19h15

de Tim Burton

de Asghar Farhadi

1h25’

PLANÉTARIUM de Rebecca Zlotowski

14h15 1h35’ 19h45 TOUR DE FRANCE mer-sam-dim de Rachid Djaïdani

16h00

21h15

14h15 19h45

21h30

14h30 17h15 19h15

1h52’

14h15 19h15

1h24’

Le film imprévu www.studiocine.com

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2016

1h23’ VF

Centenaire de la Grande Guerre

1h44’

1h56’

MAL DE PIERRES

MOIS DU DOCUMENTAIRE Entre circulation des cultures et repli sur soi, quel avenir pour l’interculturalité

CNP jeudi C

du 16 au 22 novembre

3–

RÉPARER LES VIVANTS

DERNIÈRES NOUVELLES 17h45 DU COSMOS 21h45 de Julie Bertuccelli

1h50’

MAMAN A TORT de Marc Fitoussi

LA SOCIALE 2h25’

POLINA, DANSER SA VIE

de Park Chan-Wook

SWAGGER de Olivier Babinet

21h15

de Gilles Perret

MADEMOISELLE

Angelin Preljocaj & Valérie Müller

17h45 21h30

1h25’

de Katell Quillévéré

de Nicole Garcia

1h24’

14h15 19h30

mercredi vendredi samedi dimanche

1h46’

de Ken Loach

14h15 DERNIÈRES NOUVELLES DU COSMOS Julie Bertuccelli 19h30 Mardi 15, de rencontre avec la réalisatrice

14h15 17h30

de Tim Burton

MAMAN A TORT de Marc Fitoussi

mer-ven sam-dim

2h07’

MADEMOISELLE

1h50’

SEMAINE

1h37

MOI, DANIEL BLAKE

2016

21h15 21h30

de Ken Loach

Le film imprévu www.studiocine.com

Tous les films sont projetés en version originale (sauf indication contraire) Cinémas Studio – 2 rue des ursulines - 37000 TOURS (derrière la cathédrale) – 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com www.studiocine.com

Cases orangées : programmation Jeune Public: voir pages 34 et 35


ISSN 0299 - 0342

CINÉMAS STUDIO : 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS

N°350 • Novembre 2016


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Novembre 2016 - n° 350

Édito

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CNP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 .....

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Soirée Bibliothèque

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5

LES FILMS DE A à Z

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6

Cinémathèque/Studio : L’Amérique paranoïaque

En bref

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16

Pour permettre au public une plus grande fréquentation de ses collections (les plus riches de région Centre), la bibliothèque propose de nouveaux horaires.

Horaires d’ouverture : lundi : de 16h00 à 19h45 mercredi : de 15h00 à 19h45 jeudi : de 16h00 à 19h45 vendredi : de 16h00 à 19h45 samedi : de 16h00 à 19h45 FERMETURE PENDANT LES VACANCES SCOLAIRES

Bande annonce

Front populaire

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Cafétéria des Studio gérée par l'association AIR (chantier d'insertion),

Pages et images

Jean-Paul Dubois

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accueille les abonnés des Studio tous les jours de 16h00 à 21h45 sur présentation des cartes abonné et cafétéria.

Interférence ...

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20

Viva, Man On High Heels, D’une famille à l’autre, Hôtel Singapura Courts lettrages

Nocturama

Toni Erdman, Nocturama, Divines, Rester vertical . . 22 À propos de .................................................

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À propos de

Mimosa

Les STUDIO sont membres de ces associations professionnelles : EUROPA

À propos de

Frantz

Tél : 02 47 20 85 77

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REGROUPEMENT DES SALLES POUR LA PROMOTION DU CINÉMA EUROPÉEN

AFCAE ASSOCIATION FRANÇAISE DES CINÉMAS D’ART ET ESSAI

ACOR

Face à face

Clash

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ASSOCIATION DES CINÉMAS DE L’OUEST POUR LA RECHERCHE (Membre co-fondateur)

Rencontre avec

Muriel Coulin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30 Face à face ...............................

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Juste la fin du monde

GNCR GROUPEMENT NATIONAL DES CINÉMAS DE RECHERCHE

ACC

Jeune Public

ASSOCIATION DES CINÉMAS DU CENTRE (Membre co-fondateur)

FILM DU MOIS : ABLUKA-SUSPICIONS GRILLE PROGRAMME

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pages centrales Prix de l’APF 1998

Site : www.studiocine.com page Facebook : cinémas STUDIO

LES ÉDITIONS DU STUDIO DE TOURS - 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS - Mensuel - Prix du numéro 2 €. ÉQUIPE DE RÉDACTION : Sylvie Bordet, Isabelle Godeau, Jean-François Pelle, Dominique Plumecocq, Éric Rambeau, Roselyne Savard, Marcelle Schotte, André Weill, avec la participation de Françoise Chapoton, Dominique Chenu et de la commission Jeune Public. DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Éric Rambeau – MISE EN PAGES & EN IMAGES : Francis Bordet. ÉQUIPE DEgraphique RÉALISATION contribue : Éric Besnier, Guérineaude – DIRECTEUR : Philippe Lecocq – IMPRIMÉ par PRÉSENCE GRAPHIQUE, Monts (37) Présence à Roselyne la préservation l’environnement et atteste être reconnu IMPRIM’VERT.


éditorial

Apporter le monde au monde L

e 13 mars 2013, 50 ans jour pour jour après la première projection au cinéma Stu(qui dio n’avait alors qu’une seule salle) du film d’Alfred Hitchcock Psychose, Bertrand Tavernier avait improvisé deux magnifiques discours1. Dans l’un d’entre eux, il avait déclaré se sentir l’héritier des frères Lumière qui pensaient que « le cinéma, c’était apporter le monde au monde. En juillet 1896, 3 000 spectateurs, dans le port de Shanghai, découvraient les rues de Lyon, les rues de Paris, de Berlin, découvraient la Ciotat, le goûter de bébé et ce qui les bouleversait, c’était que les feuilles des arbres bougent. Apporter le monde au monde, montrer des films et les montrer dans une salle, bataille énorme entre Louis Lumière et Edison, pour qui le cinéma devait être dans une boîte, réservé à un spectateur individuel qui mettait une pièce. Lumière était héritier de quelque chose de plus fort, l’idée qu’un spectacle était fait pour être partagé. Moi, je me sens le fils de Lumière et pas le fils d’Edison. Je ne travaille pas pour une boîte. Je travaille pour montrer des images pour des gens qui les voient ensemble, qui apprécient et peuvent en discuter ensemble… et que les salles comme les Studio, et heureusement elles sont encore nombreuses, qui ne sont pas uniquement des usines à dévider on ne peut plus dire maintenant de la pellicule en tous les cas des images… sont un des facteurs les plus importants de ce qu’on nomme et que l’on décrit souvent de manière ridicule l’exception cultu-

relle française. » Pourquoi reparler de ce réalisateur que nous aimons tant et dont nous étions ravis de projeter, le mois dernier, son Voyage à travers le cinéma français ? Peut-être parce que, nationalement, le débat autour de l’avenir du cinéma, ses financements, son organisation n’a jamais été aussi vital (notamment autour du Rapport Raude remis dernièrement au CNC) ? Peut-être parce que, localement, la fin officielle des recours et la construction de nombreuses salles à Tours nord au printemps prochain laissent planer un doute sur la santé des salles indépendantes comme les nôtres ? Peut-être parce que, dans les temps sans horizon clair dans lesquels nous sommes plongés, aussi bien nationalement qu’internationalement, le cinéma que défendent les Studio confronte ses spectateurs à des films qui interrogent le monde, non pas avec la soi-disant impartialité des journalistes mais avec le regard aigu et subjectif d’un créateur. Par exemple, Divines, Rester vertical, Nocturama proposaient trois visions paradoxales de la réalité française2. Clash de Mohamed Diab nous plongeait au cœur des violentes contradictions de la révolution égyptienne3. Le Ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar1 suivait le parcours de deux adolescentes séduites par le djihadisme… « Je n’ai pas fait un film à message mais un film de questions, » déclarait Houda Benyamina, la réalisatrice de Divines. 4 Soit la formule de Jean-Luc Godard « Il ne faut pas faire du cinéma politique, il faut faire politiquement du cinéma. » DP 1 Voir les vidéos sur le site des Studio dans la rubrique : Ça s’est passé au Studio 2 Lire pages 22-23 3 Lire pages 27-29 4 Télérama n° 3 477

Mercredi 26 octobre Bertrand Tavernier sera parmi nous pour débattre de son film Voyage à travers le cinéma français après la séance de 19h. Les CARNETS du STUDIO n°350 – Novembre 2016 –

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FILM DU MOIS

Abluka-Suspicions Turquie – 2016 – 1h59, de Emin Alper, avec Mehmet Özgür, Tülin Özen, Müfit Kayacan....

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stanbul, dans un avenir proche mais indéfini. La ville est secouée d’explosions quasi quotidiennes et des groupes armés se cachent dans les bidonvilles. Kadir a été condamné à vingt ans de prison pour crime. Deux ans avant la fin de sa peine on lui propose une liberté conditionnelle s’il accepte de travailler pour la police en devenant informateur et en intégrant un groupe qui fouille les ordures pour y trouver des objets qui auraient servi (ou pourraient servir) à la fabrication de bombes. Dès sa sortie, il rend visite à son jeune frère, Ahmet, qu’il a quitté enfant et qui l’accueille froidement. Celui-ci, abandonné par sa femme, a été engagé par la municipalité pour tuer les chiens errants. Logé chez des amis d’Ahmet, Kadir se met à épier tous leurs faits et gestes... Derrière la colline, le précédent film d’Emin Alper était superbe, et Abluka Suspicions n’est pas moins beau. Mais autant le premier était campagnard et solaire, autant celui-ci est urbain et nocturne. L’atmosphère créée par le

réalisateur est particulièrement réussie ; cadrages, lumières, sons nous entraînent dans une spirale infernale qui est une métaphore vertigineuse de la société turque et bien au-delà. Emin Alper nous place dans une relation proche avec les personnages ; partagés entre Kadir et Ahmet, il nous embarque (avec bonheur) dans la déraison, nous fait douter et produit une grande tension qui rapproche le film d’un thriller aux accents hitchcockiens (le titre anglo-saxon en est d'ailleurs Frenzy). Sans avoir besoin d’effets spéciaux compliqués, il fabrique un climat paranoïaque dont le suspense et le malaise nous maintiennent sur le quivive et nous scotchent à notre fauteuil. Cette allégorie kafkaïenne se nourrit aussi d’onirisme, joue sur les fausses pistes et démonte implacablement le mécanisme qui mène de la suspicion à la folie. En permanence surprenant, Abluka - Suspicions est une expérience peu banale et très intense. JF

LES CARNETS DU STUDIO – n° 350 – Novembre 2016 – 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS - CPPAP n°0219 K 84305

www.studiocine.com – 08 92 68 37 01


JEUNE PUBLIC

France/Belgique – 2016 – 1h24, de Olivier Ringer, avec Clarisse Djuroski, Léa Warny, Alain Eloy…

Cathy, et Margaux qui est en fauteuil roulant, font éclore un œuf de canard. Mais pour l’élever, elles devront fuguer et se lancer dans un périple où elles apprendront beaucoup sur elles-mêmes.

Un très beau voyage initiatique en images réelles.

Samedi 26 novembre 14h15 Tout public à partir de 9 ans

France/Suisse – 2016 – 1h06, film d’animation de Claude Barras.

Tout public à partir de 8 ans

Courgette est le surnom d’un petit garçon de dix ans qui a perdu sa maman. Placé dans un foyer, il va revivre en découvrant l’amitié et même… le bonheur !

Un petit bijou d’animation bouleversant même pour les plus grands, qui vient de recevoir deux prix et six nominations au Festival de Cannes, Quinzaine des réalisateurs, et au Festival international du film d’animation d’Annecy. À partir de 4 ans

France/Belgique – 2016 – 40 mn, courts métrages d’animation de divers réalisateurs.

Par une soirée de pleine lune, la Chouette du Cinéma se pose sur sa branche et salue les enfants. Voyageuse curieuse, elle récolte les histoires que les parents leur racontent le soir. Cinq petits films pour vivre ces aventures… BONUS : À l’occasion de chaque projection, un court making of montrera aux enfants comment est conçu un film en papier découpé.

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LE QUART D’HEURE DU CONTEUR Une chouette qui raconte des histoires ? Eh oui c’est possible, car les oiseaux sont entourés de légendes… Mercredi 23 à 16h, le conteur tourangeau Gaël Prioleau viendra raconter la légende de l’oiseau blanc.


Tout public à partir de 9 ans

VF

Tout public à partir de 8 ans

JEUNE PUBLIC

VO

Danemark/Suède/Norvège – 2016 – 1h23, de Simon Lereng Wilmont et Viktor Kossakovsky.

Ruben vit au Danemark, Nastya en Russie, Chikara au Japon et tous pratiquent un sport de haut niveau. Ce documentaire nous entraîne à la découverte de jeunes sportifs pleins de talent, filmés au plus près de leurs émotions… Ils ont tout sacrifié pour devenir les meilleurs ! Mercredi 16 après la séance de 14h15, RV avec Chloé dans la bibliothèque : elle aura bien des choses à partager avec les enfants sur le thème Sports et cinéma

sans paroles

GB – 2016 – 53 mn, film d’animation de Nick Park.

Wallace, inventeur farfelu, et son flegmatique chien Gromit, enchaînent les aventures rocambolesques et les rencontres improbables. (Re)découvrez leurs folles péripéties, pour la première fois en version numérique.

Tout public à partir de 5 ans

France – 2016 – 1h 15, film d’animation de Jean-François Laguionie, avec la voix de Dominique Frot… Tout public à partir de 11 ans

Voir page 8

Miss Peregrine et les enfants particuliers USA/Belgique/GB – 2016 – 2h06, de Tim Burton, avec Eva Green, Asa Butterfield, Samuel L. Jackson, Ella Purnell…

VO

Tout public à partir de 11 ans

Voir page 11 35


Lundi 7 & mardi 8 novembre Partenariat Cinémathèque/Studio jeudi 3 novembre - 20h00

jeudi 17 novembre - 20h00

La LDH, ATTAC, le MFRB (Mouvement Français pour un Revenu de Base), les Amis du Monde diplomatique et le CNP proposent :

Le CNP et le CID-MAHT (Collectif Semaine de la Solidarité Internationale) proposent :

LES LICENCIEMENTS BOURSIERS : FATALITÉ OU INDIGNITÉ ? Sanofi, Molex, Continental, Goodyear : les licenciements de salariés d’entreprises pourtant bénéficiaires scandalisent l’opinion publique et interpellent le pouvoir politique. Conformes aux souhaits des actionnaires d’obtenir la rentabilité la plus forte, ces licenciements sont-ils inévitables ? Symbolisent-ils l’impuissance des États face à un capitalisme plus que jamais débridé et arrogant ? Ou bien sont-ils le symptôme de la soumission du pouvoir politique aux injonctions « des maîtres des forges » actuels, comme semble suggérer le passage en force de l’adoption de la récente Loi Travail ? Film : Quand les actionnaires s’en prennent à nos emplois d’Edouard Perrin (2015 – France – 60’), suivi d’un débat avec Maître Philippe Baron, Bâtonnier de l’ordre des avocats de Tours.

Dans le cadre du Mois du documentaire, ENTRE CIRCULATION DES CULTURES ET REPLI SUR SOI, QUEL AVENIR POUR L’INTERCULTURALITÉ ? Dans le cadre de la Semaine de Solidarité Internationale, deux documentaires posent la question de la richesse de l’interculturalité et de sa modernité dans ce monde hyper-connecté et sous tension : Un imaginaire pour une mondialité à faire, fragments de deux rencontres avec Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant de Federica Bertelli (2002 – France – 32’) : le contact de cultures différentes n’est pas destructeur mais au contraire créateur. Film : Moi, un je de Sébastien Juy (2010 – France - 25’) : des élèves d’une classe multi-ethnique débattent de leur identité nationale et prennent conscience qu’elle est multiple et ne tient pas qu’à leur origine. Suivi d’un débat en présence de la réalisatrice Federica Bertelli.

TCHERNOBYL, 30 ANS, FUKUSHIMA, 5 ANS, AU SUIVANT ! Les catastrophes nucléaires laissent des territoires dévastés pour des centaines de milliers d’années. C’est un passé aux conséquences présentes invisibles mais totalement toxiques pour les hommes et la vie en général. C’est un présent menaçant, pas vraiment pris en compte. Que valent les mesures de prévention actuelles quand les menaces perdurent ? Au suivant ? Film : La Supplication (en avant-première) de Pol Cruchten (2016 – Luxembourg – 1h35), d’après le livre de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015, évoque le quotidien des habitants, et puis la catastrophe. Suivi d’un débat avec David Boilley, physicien de l’Acro.

4

– Les CARNETS du STUDIO

n°350 – novembre 2016

La fin des années 60 et les années 70 voient les pratiques politiques, le fonctionnement même de la démocratie, les idéologies en général, de plus en plus contestés. Les médias sont eux aussi remis en cause : au service du pouvoir ou vrai contre-pouvoir ? Dans un monde qui a perdu ses repères, ses illusions, sa confiance en lui, les apparences sont suspectes et la vérité semble de plus en plus inaccessible. « On nous cache tout on nous dit rien », chantait Jacques Dutronc en 1967. Le cinéma américain ne pouvait manquer d’exprimer ces doutes, ces angoisses, cette « ère du soupçon » (Nathalie Sarraute), à travers un certain nombre de films remettant en cause la vision résolument optimiste de ses prédécesseurs. À l’affiche de ces deux soirées passionnantes trois films emblématiques qui ont marqué leur époque et l’histoire du cinéma. LUNDI 7 NOVEMBRE – 19H30 À 21H45

Les Hommes du président USA – 1976 - 2h10, d’Alan J. Pakula avec Dustin Hoffman, Robert Redford, Jason Robards

Le scandale du Watergate et l’enquête des deux journalistes du Washington Post qui entraîna la démission de Richard Nixon, à mi-chemin du documentaire et du polar. Un modèle d’efficacité. Quatre Oscars dont celui du meilleur scénario. Rencontre avec Juliette Goffart,critique de Cinéma MARDI 8 NOVEMBRE – 19H30 À 21H30

jeudi 10 novembre - 19h45 L’Acro (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest), le groupe local Sortir du nucléaireTouraine et le CNP proposent :

L’Amérique paranoïaque

jeudi 24 novembre - 19h45 Athoba (Entre-Aide Ouvrière – Comité d’Aide aux Détenus), le Collectif Féminisme et Révolution, Osez le féminisme ! 37, le Mouvement du Nid, le Café des Femmes, le CIDFF, le Planning Familial et le CNP proposent :

FEMMES BATTUES, HOMMES BATTANTS Comment briser le silence qui entoure les violences conjugales ? Prévention, protection, responsabilisation, tels sont les objectifs de la lutte contre ces violences. A Tours, les dispositifs présents autour des victimes, des enfants exposés aux violences du couple et des auteurs permettent de sortir de l’emprise psychologique présente au sein de ce phénomène. Prévenir la récidive c’est prendre en charge la souffrance de tous les membres de la famille et libérer la parole. Rencontre avec Emmanuelle Doineau, psychologue clinicienne ATHOBA et Céline Jamenot, psychologue clinicienne CIDFF après le film Ne dis rien de Iciar Bollain (2003 – Espagne – 1h25).

Klute USA – 1971 – 1h54, d’Alan J. Pakula avec Donald Sutherland, Jane Fonda, Roy Scheider

Enquêtant sur la double vie d’un savant disparu, le privé John Klute s’immerge dans un New York

trouble et dangereux, cité du sexe, du crime, de tous les fantasmes. Des personnages ambigus dans un classique du film noir et politique. MARDI 8 NOVEMBRE – 21H45 À 23H40

Conversation secrète USA – 1974 – 1h53, de Francis Ford Coppola avec Gene Hackman, John Cazale, Frederic Forrest

Privé spécialiste des écoutes téléphoniques, le solitaire, secret, introverti Harry Caul découvre sur un de ses enregistrements que le couple qu’il a été chargé d’espionner est en danger de mort. Après son refus de remettre les bandes à son commanditaire, un mystérieux Mister C, son appartement est cambriolé et les bandes disparaissent. Palme d’or au festival de Cannes 1974. AW

Vendredi 18 novembre Soirée Bibliothèque Rencontre sur le thème : De l’écrit à l’écran : écrire pour soi, écrire pour les autres. 18h00 - Rencontre en bibliothèque avec Cédric Anger, ancien collaborateur des Cahiers du Cinéma, scénariste pour plusieurs réalisateurs dont Xavier Beauvois (sur Selon Matthieu et Le Petit lieutenant) et André Téchiné (sur L’Homme qu’on aimait trop et le prochain Nos années folles). Il a écrit et réalisé luimême trois films : Le Tueur, L’Avocat et La prochaine fois je viserai le cœur. 19h45

La prochaine fois je viserai le cœur France – 2013 – 1h51 de Cédric Anger, avec Guillaume Canet, Ana Girardot, Jean-Yves Berteloot...

Entre 1978 et 1979, les habitants de l’Oise sont plongés dans l’angoisse, terrorisés par un maniaque qui prend pour cibles des jeunes femmes. Tentant d’en renverser certaines avec son véhicule, il finit par blesser et tuer des autostoppeuses. L’homme sévit ici et là, évitant les barrages et passant au travers des pièges des enquêteurs. Cela lui est d’autant plus aisé qu’il est en réalité lui-même un gendarme, modèle, menant par ailleurs une vie ordinaire. Chargé d’enquêter sur ses propres crimes, les cartes de son périple meurtrier risquent de lui échapper…

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w w w . s t u d i o c i n e . c o m Sur le site des Studio (cliquer sur : PLUS D’INFOS, pour entrer dans la fiche film), vous trouverez des présentations signées des films que les rédacteurs auront vus après leur sortie en salle. Les fiches non signées ont été établies de manière neutre à partir des informations disponibles au moment où nous imprimons.

donc au programme. Mais lorsqu’un drame survient, la famille va être amenée à se confronter à ladite civilisation pourtant si décriée jusqu’alors. Ceci ne va pas aller sans créer quelques péripéties, ni quelques questionnements… Présenté dans la sélection Un certain regard au Festival de Cannes, le film a reçu pas moins que le Prix de la mise en scène, ainsi que les Prix du jury et Prix du public à Deauville ! RS

Les films de A à Z www.studiocine.com AVANT LES FILMS , DANS LES SALLES , AU MOIS DE NOVEMBRE : Blues And Ballads de Brad Mehldau Trio (Studio 1-2-4-5-6) et Diwan Of Beauty And Odd de Dhafer Youssef (Studio 3-7)

Musiques sélectionnées par Eric Pétry de RFL 101.

Séance Ciné-ma différence : Les Oiseaux de passage, samedi 26 novembre - 14h15

A

Abluka, suspicion Film du mois, voir au dos du carnet

Anna Halprin et Rodin Voyage vers la sensualité

Suisse - 2015 - 1h02, documentaire de Ruedi Gerber

Sur une plage californienne, la chorégraphe Anna Halprin a réuni sa troupe du Sea Ranch Collective. Elle parle, avec passion, des créations de Rodin, de la posture des sculptures, de leur érotisme. Chorégraphe et danseurs s’emparent de l’œuvre, et donnent vie et sensualité à ces corps jusque-là figés dans la pierre, arrêtés dans le mouvement, et nous entraînent dans un Voyage vers la sensualité où les corps, nus, en évoluant au sein même de la nature, sur une musique de Fred Frith, révèlent une incroyable puissance esthétique et attestent du toujours extraordinaire sens du mouvement de la chorégraphe de 96 ans, ainsi que de son espoir indéfectible en la vie et l’humanité. En 2009, pour Le Souffle de la

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La Chouette entre veille et sommeil

danse, Ruedi Gerber avait déjà travaillé autour de la figure d’Anna Halprin. Pour ce second opus commun, en captant une œuvre en train de s’élaborer, le réalisateur dresse un portrait émouvant de l’artiste, mais parvient aussi à saisir l’essence de sa démarche créatrice même, et à nous emmener sur des chemins troublants et précieux !

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Captain Fantastic

Dans une magnifique forêt reculée du nord-ouest des États-Unis, vivant éloignés de toute habitation et d’une société mercantile honnie, Ben et sa femme ont décidé d’élever leurs six enfants en leur inculquant eux-mêmes une éducation devant les préparer à devenir des adultes endurants, autonomes, respectueux et éclairés. La chasse, la lecture de Noam Chomsky, les entraînements physiques quotidiens, le développement de l’esprit critique par l’argumentation, etc… sont

Dernières nouvelles du cosmos France – 2016 – 1h25, film documentaire de Julie Bertuccelli.

Le Client Iran – 2016 – 2h03, de Asghar Farhadi, avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi...

Sources : swissfilms.ch/film/fr, avoir-alire.com

USA – 2016 – 1h58, de Matt Ross, avec Viggo Mortensen, Franck Langella, Missi Pyle, George Mackay…

sur les apparences, ce n’est pas pour rien que l’on voit le couple répéter et jouer Mort d’un commis voyageur. Très prenant, sans temps mort et avec de nombreux rebondissements, cette description d’une société rongée par l’hypocrisie et où tout le monde surveille tout le monde est effarante. Tout comme de constater que, plus que la vérité ou la loi, c’est la honte qui fait peur et est quasi mortelle. Impressionnant. JF

C

Rana et Emad, un jeune couple d’acteurs de théâtre, est obligé de déménager car leur immeuble menace de s’effondrer. En s’installant dans leur nouvel appartement, ils s’aperçoivent que l’ancienne locataire a laissé de nombreuses affaires. Un soir, Rana est seule et attend son mari. Quand l’interphone sonne, elle croit lui ouvrir et va prendre une douche, elle se fait alors attaquer par un inconnu. Emad va mener l’enquête et tout faire pour retrouver le coupable... Asghar Farhadi enchaîne les réussites, et après Une séparation et Le Passé, Le Client ne déroge pas à la règle. Prix du scénario au dernier festival de Cannes, le film se suit comme un polar qui joue Film proposé au jeune public, les parents restant juges.

D

Hélène, à bientôt 30 ans et l’air d’une adolescente, est l’auteure de textes puissants à l’humour corrosif. D’ellemême, elle se dit faire partie d’un « lot mal calibré, ne rentrant nulle part » ! Créatrice d’une poésie télépathe évoquant autant son monde intérieur que le nôtre, celle que l’on surnomme Babouillec n’a pourtant jamais appris à écrire et à lire. C’est à ses 20 ans que sa mère découvre qu’elle peut communiquer en agençant des lettres plastifiées sur une feuille. Des lettres qu’Hélène manipulait pour échanger avec Pierre Meunier, metteur en scène, qui lui proposait de travailler au théâtre autour de son texte, Algorithme Eponyme… Après, notamment, Depuis qu’Otar est parti (2002) récompensé du Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, L’Arbre (2010), film superbement trou-

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blant et l’un de ses nombreux documentaires, toujours plein d’humanité, La Cour de Babel (2013) sur des collégiens de toutes nationalités arrivant en France, J. Bertuccelli propose ce regard sur cette jeune femme sensible et mystérieuse, aux rires communicatifs. La réalisatrice n’a pas cherché à faire un film sur le handicap ou l’autisme, mais en questionnant encore la différence et ce qui nous construit, s’est intéressée à la difficulté à communiquer. Ce film intense est né de leur belle rencontre. Sources : dossier de presse.

Mardi 15 novembre rencontre avec Julie Bertuccelli, la réalisatrice après la séance de 19h30

F

La Fille de Brest

France – 2016 – 2h08, d’Emmanuelle Bercot, avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Charlotte Laemmel, Gustave Kervern…

À l’hôpital de Brest, Irène Frachon, médecin pneumologue, découvre qu’il existe un lien direct entre la survenue de morts suspectes et la prise du Médiator, un médicament commercialisé depuis une trentaine d’années. Isolée, face à des interlocuteurs qui refusent de l’entendre, cette femme va mener un combat afin que la vérité sur cette réalité funeste puisse se faire connaître au grand jour, jusqu’à connaître une explosion médiatique de l’affaire… La réalisatrice de Elle s’en va (2013) et de La Tête haute (2014), porte à l’écran l’histoire courageuse d’Irène Frachon, ce médecin qui a lancé l’alerte sur les effets secondaires mortels du Médiator, que Sidse Babett Knudsen – l’héroïne

de la prestigieuse série danoise Borgen – incarne remarquablement. Il en advient « un film intense et bouleversant ! » Sources : dossier de presse, lemonde.fr.

La Fille inconnue

Belgique/France – 2016 – 1h46, de Luc et Jean-Pierre Dardenne, avec Adèle Haenel, Olivier Bonnaud, Jérémie Renier, Louka Minnella…

Jenny Davin, médecin généraliste, refuse un soir d’ouvrir la porte à une jeune fille venue sonner bien après l’heure de fermeture de son cabinet. Peu de temps après, la jeune femme est retrouvée morte et non-identifiée par la police. Se sentant coupable, Jenny n’a plus alors qu’un unique but : retrouver l’identité de la jeune inconnue afin qu’elle ne soit pas enterrée anonymement… Après L’Enfant (2004), Le Silence de Lorna (2008), Le Gamin au vélo (2011)… les frères Dardenne, réalisateurs d’un cinéma humaniste, nous livrent ce nouveau « diamant brut ». Adèle Haenel – déjà remarquable dans Les Combattants (2014) de Thomas Cailley – qui incarne Jenny, est absolument impressionnante !

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Louise en hiver

France – 2015 – 1h15, film d’animation de Jean-François Laguionie

Louise est une vieille dame qui, après avoir raté le dernier train, se voit

adapte Du bout des doigts de Sarah Waters, et pour apprécier pleinement cette histoire à rebondissements, jeux de dupes et autres chausses-trapes, sur laquelle plane l’ombre d’Hitchcock, mieux vaut en savoir le moins possible. En tous les cas, tout le monde s’accorde sur la réussite formelle du film : cadrages, couleurs, mouvements de caméra, composition des plans… Époustouflant ! Les dialogues évoquent, eux, ceux de Mankiewicz pour Ève ou L’Affaire Cicéron : leur l’élégance est le masque de la cruauté et des fauxsemblants. Si la violence, une des marques de fabrique du réalisateur, est mise en sourdine, la tension sexuelle, elle, est très palpable. Park Chan-woo s’amuse, tout en offrant un film intelligent, beau et inventif : de bonnes raisons de se laisser manipuler !

Sources : annecy.org – telerama.fr

Filmographie sélective : Old Boy (2003), Lady Vengeance (2005), Je suis un cyborg (2006), Stoker (2013)

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M

Sources : dossier de presse, lesinrocks.com, lemonde.fr.

Graine de champion

contrainte de rester dans une station balnéaire désertée en cette fin d’été. Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées surviennent, condamnant électricité et moyens de communication. Pour survivre, Louise va devoir apprivoiser les éléments naturels et la solitude. Ses souvenirs profitent de l’occasion pour s’inviter dans l’aventure, ainsi qu’un compagnon inattendu… À 76 ans, le célèbre réalisateur de Gwen, le livre de sable (85), Le Château des singes (99), L’Ile de Black Mor (04) et Le Tableau (11), présente son « film le plus intime », réalisé en peinture animée en 2 D, avec la poésie et la délicatesse qui caractérisent son auteur. Une robinsonnade traversée de souvenirs, portée par la facétieuse voix off de Dominique Frot. Un film magnifique qui a été salué par une admirative standing ovation au dernier festival d’Annecy.

G L

Mademoiselle

Corée du Sud - 2015 - 2h25, de Park Chan-wook, avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Jung-Woo Ha…

Pendant les années 30, en Corée, une jeune femme, Sookee, est engagée comme servante au service d’une riche Japonaise, Hideko, qui vit recluse dans un vaste manoir, sous la domination d’un oncle tyrannique, érotomane et bibliophile. En réalité, Sookee a une mission très précise : gagner la confiance de sa maîtresse et faire en sorte qu’elle fasse la connaissance d’un certain comte… Park Chan-wook

Sources : telerama.fr, filmdeculte.com

Mal de pierres

France/Belgique – 2016 – 2h01, de Nicole Garcia, avec Marion Cotillard, Alex Brendemühl, Louis Garrel, Brigitte Roüan…

Dans les années quarante, Gabrielle, issue de la petite bourgeoisie agricole, est une jeune fille rebelle et fragile. On la croit même folle. Celle qui rêve d’une passion absolue à une époque où les femmes doivent penser au mariage, épouse sous pression de la famille, José, un ouvrier agricole catalan. Gabrielle n’est pas éprise et ne voit

Les fiches paraphées correspondent à des films vus par les rédacteurs.

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guère d’issue à son sort jusqu’à un séjour en cure thermale pour remédier à ses calculs rénaux, son mal de pierres. Elle y rencontre André Sauvage, un bel officier blessé en Indochine, qui ravive en elle l’urgence d’aimer. Ils fuiront ensemble, elle se le jure, car Gabrielle s’accroche à son rêve… Après Un balcon sur la mer (2010), Un beau dimanche (2013), Nicole Garcia, en adaptant le roman éponyme de Milena Agus, nous propose une œuvre pleine de sensibilité autour d’un trio d’acteurs remarquablement dirigé ! Sources : dossier de presse, lemonde.fr, telerama.fr.

Maman a tort

France – 2016 – 1h50, de Marc Fitoussi, avec Jeanne Jestin, Emilie Dequenne...

À 14 ans, Anouk découvre qu’elle ne connaît pas vraiment sa mère lorsqu’elle fait un stage d’observation de troisième dans l’entreprise où celle-ci travaille. La découverte brutale d’un autre visage de sa mère, alors qu’elle est immergée dans le monde de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés, va sceller son jeune destin... Marc Fitoussi est un des auteurs de comédies françaises qui arrivent à concilier succès critique et public avec La Vie d’artiste (07) qui lui avait valu le prix Michel d’Ornano récompensant la meilleure première œuvre française, Copacabana (10) et Pauline détective (12). Il abordait un registre plus grave avec La Ritournelle (14) où Huppert et

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Darroussin incarnaientt un couple d’éleveurs miné par la routine. Avec Maman a tort, c’est à un parcours initiatique auquel il nous convie, une forme d’adieu à l’enfance... Sources : dossier de presse

Manuel de libération France – 2016 – 1h20, documentaire d’Alexander Kuznetsov.

En Sibérie, Yulia et Katia, transférées de l’orphelinat à l’internat neuropsychiatrique, sont privées de la totalité de leurs droits de citoyennes : pas de liberté, pas de travail, pas de famille. Face à l’injustice, elles amorcent ensemble un combat afin que l’État leur restitue leurs droits et rende possible leur émancipation. Après Territoire de la liberté (2014), Alexander Kuznetsov propose ce 3ème documentaire, primé, où il revient à l’internat filmé déjà dans son 1er film, Territoire de l’amour (2010). Son intention est ici de montrer qu’entre espoirs et déceptions, changer son destin est possible, comme aussi d’échapper à la prison psychiatrique en s’appuyant sur la législation russe même. Le réalisateur filme « la machine étatique et, face à elle, la fragilité et la force de ceux qui tentent de résister ». Sources : dossier de presse.

Ma vie de courgette Voir pages Jeune Public

MissUSA/Belgique/GB Peregrine– 2016 et les enfants particuliers – 2h07, de Tim Burton, avec Eva Green, Samuel Jackson, Asa Butterfield

Le grand-père de Jacob, 16 ans, meurt sous les yeux de son petit-fils dans des circonstances mystérieuses qui lui font découvrir peu à peu l’existence, sur une île au large du Pays de Galles, d’un incroyable pensionnat pour enfants particuliers tenu par Miss Peregrine. Ces enfants ont tous d’étranges pouvoirs mais aussi de redoutables ennemis. Avec des effets spéciaux artisanaux et quelques images de synthèse, Tim Burton crée un univers féerique avec des moments très noirs. On retrouve tout son univers et les thèmes qui lui sont chers : l’opposition entre un monde réel ennuyeux et un monde imaginaire flamboyant, le difficile passage à l’âge adulte, la marginalité, la monstruosité, le rejet. Selon Télérama Tim Burton renoue ici avec la poésie et l’inspiration de ses meilleurs films. Sources : dossier de presse

Voir pages Jeune Public

Moi, Daniel Blake

Angleterre – 2016 – 1h39, de Ken Loach, avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan...

Daniel Blake, 59 ans et menuisier, se voit interdire de travail par son médecin suite à des problèmes cardiaques. Mais il est néanmoins obligé de rechercher un emploi sous peine de sanction du Job center, le Pôle Emploi local. Pris dans une situation ubuesque, il croise la route de Katie, mère célibataire de deux enfants et qui, comme lui, se

trouve prise dans les filets des aberrations administratives... Palme d’or du dernier festival de Cannes, Ken Loach avait pourtant annoncé sa retraite. Grand bien lui a pris de revenir sur sa décision, car après la petite déception de Jimmy’s Hall, il revient là à son meilleur. Infatigable défendeur des exclus d’une société de plus en plus délirante, il est ici plus délicat que parfois. Son œil est vif, sans sentimentalisme et il réussit superbement certaines scènes assez casse-gueule dont une réellement extraordinaire dans une banque alimentaire, une des plus belles de l’année à n’en pas douter. JF

La Mort de Louis XIV

France-Espagne – 2016 – 1h55, d’Albert Serra, avec Jean-Pierre Léaud, Patrick D’Assumçao, Marc Susini…

À son retour de promenade en août 1715, Louis XIV ressent une vive douleur à la jambe. Les jours qui suivent sont agités : fièvre, gangrène qui gagne, lente agonie du souverain au chevet duquel se relaient en silence courtisans, conseillers, médecins plus ou moins charlatans... Après Honor de Cavalleria, Le Chant des oiseaux et Histoire de ma mort, Albert Serra continue de se confronter aux grands mythes de l’histoire. Il offre ici un rôle magnifique à Jean-Pierre Léaud, mythe encore vivant de la nouvelle vague, devenu un vieillard en décomposition. Ce huis clos dans la pénombre d’une chambre est d’une beauté à couper le souffle – lumière des bougies, décors, matière des objets… Et

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si, comme disait Cocteau « Le cinéma c’est filmer la mort au travail » ? Sources : dossier de presse, Cannes 2016

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Les Oiseaux de passage Voir pages Jeune Public

Planétarium

France – 2016 – 1h45, de Rebecca Zlotowski, avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, Pierre Salvadori…

À la fin des années 30, deux jeunes mediums américaines, Kate et Laura Barlow, se produisent à Paris, terminant ainsi leur tournée mondiale. Absolument fasciné par leur don, André Korben, un célèbre producteur de cinéma, les engage pour tourner dans un film follement ambitieux. Emportée par ce tourbillon du cinéma, riche en expérimentations et sentiments, cette nouvelle famille ne perçoit pas ce que l’Europe se prépare à vivre… Après Grand Central (2013) et Belle Épine (2010) récompensé du Prix Louis Delluc, Rebecca Zlotowski a ressenti « la nécessité de commenter le monde glissant, crépusculaire, dans lequel on est entré, avec les outils du romanesque ». Portée par son intérêt pour les sœurs américaines Fox à l’origine du spiritualisme de la fin du 19ème siècle, et après deux tournages courts, la réalisatrice souhaitait également mener un certain travail avec ses acteurs, en les mettant en transe physique, notamment. Planétarium sélectionné au Festival de Toronto réunit aussi une superbe distribution ! Sources : dossier de presse

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parti pris qu’a adopté Katell Quillévéré dont on avait beaucoup aimé Suzanne en 2013. Son adaptation délicate, pudique et sensible, a ému l’auteure du livre et les critiques lors de sa présentation à la Mostra de Venise.

Polina, danser sa vie

France – 2016 – 1h52, de Valérie Müller et Angelin Preljocaj, avec Anastasia Shevtsova, Juliette Binoche, Niels Schneider...

Polina conte le trajet tant artistique que personnel d’une jeune danseuse russe qui va rejoindre la troupe du Bolchoï. Entraînée à la dure par un professeur d’une parfaite intransigeance, Polina est persuadée que seul un dévouement parfait et total à la cause de la danse lui permettra de devenir la danseuse étoile qu’elle rêve de devenir. Cette détermination, cette abnégation, impliquent un renoncement complet à sa vie personnelle puisque tout ne peut être que danse. Une rencontre avec une chorégraphe contemporaine va pourtant l’amener à reconsidérer ses choix et quitter Moscou pour Paris (dans un premier temps) pour une quête artistique et une remise en cause personnelle.

Sources : dossier de presse Festival de Venise

S

Source : imdb.com, unifrance.org

Réparer les vivants France – 2016 – 1h44, de Katell Quillévéré, avec Anne Dorval, Emmanuelle Seigner, Tahar Rahim…

Petit jour : trois jeunes surfent sur une mer déchaînée ; sur le chemin du retour, un accident terrible ; Le jeune Simon est en état de mort cérébrale à l’hôpital du Havre. Au même moment à Paris une femme attend la greffe qui pourra lui sauver la vie… Le livre poignant de Maylis de Kerangal connut un succès incroyable en 2014. Son écriture précise, « chirurgicale », se concentrait sur les faits et leur implication, comme s’il ne fallait pas se laisser déborder par l’émotion. C’est le même

R

Sing Street

Irlande/GB/USA – 2016 – 1h46, de John Carney, avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boyndon, Jack Reynor…

En difficulté dans son nouveau lycée dublinois, Conor doit faire face à des camarades hostiles et des professeurs qui ne lui laissent rien passer. Comme si les choses n’étaient pas assez compliquées comme ça, il tombe amoureux de Raphina, la plus belle fille du quartier. Sans connaissances musicales et sans appui, il décide pour la séduire de monter un groupe de rock et de lui proposer de jouer dans son prochain clip. Sur cette trame classique John Carney a réalisé un film musical qui a été très chaleureusement accueilli par la critique. D’une rare énergie, le film s’appuie sur la musique des années 80 : The Cure, Spandau Ballet, Duran Duran, A-ha, The Clash etc. Enthousiasmé, le festival de Deauville lui a réservé une standing ovation. Sources : dossier de presse

La Sociale France – 2016 – 1h24, film documentaire de Gilles Perret

Il y a 70 ans, un vieux rêve émanant des peuples voyait le jour avec la promulgation des ordonnances d’application de la Sécurité sociale : vivre sans

l’angoisse du lendemain. Plus personne ne connaît Ambroise Croizat qui fut le bâtisseur de cette formidable construction humaniste. La Sociale retrace l’histoire de cette lutte vers la dignité en dressant, parallèlement, le portrait d’un homme injustement oublié. Dans ses documentaires, Gilles Perret a commencé à parler du pays qui est le sien, les Alpes, à partir de réalités économiques et sociales qu’il connaissait bien (Ma Mondialisation, Walter, retour de résistance, De mémoires d’ouvriers...) puis il a élargi son propos, notamment en 2013 dans Les Jours heureux (sur le programme du Conseil national de la résistance). La Sociale « n’est pas seulement un outil d’éducation populaire. C’est aussi une œuvre cinématographique qui prend son temps pour développer, interroger et bousculer des protagonistes du film et par là-même émouvoir et interpeller le spectateur. » Michel Caré, cinéma La Turbine. Sources : dossier de presse

Swagger France – 2016 – 1h24, de Olivier Babinet, avec Régis Marvin Merveille N’Kissi Moggzi, Aïssatou Dia...

Swagger nous entraîne au cœur des cités les plus défavorisées d’Aulnay et de Sevran à la rencontre de onze enfants et adolescents afin de voir le monde à travers leurs regards et leurs réflexions... Loin des clichés sur les films de banlieue, Swagger nous propose une mosaïque épatante de personnages sin-

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guliers et inattendus dont les discours sont parfois drôles, parfois édifiants et souvent percutants. De plus, Olivier Babinet soigne la forme de son film ; les lumières sont superbes, elles mettent en valeur les intervenants, et les genres se multiplient (jusqu’à un passage de comédie musicale) apportant fantaisie et liberté. Swagger respecte au mieux ces jeunes qui se confient de façon tout aussi surprenante que touchante et qui malgré les difficultés sont porteurs de rêves et d’ambition. Le constat posé n’est pas forcément joyeux mais le film, lui, est énergisant. JF

métrage a lui aussi été sélectionné dans la même section. Malgré des situations convenues et des faiblesses de scénario, son nouveau film est un petit miracle qui doit beaucoup au jeu des comédiens, Depardieu grâce à son culot hors-norme et le jeune rappeur Far’Hook qui tient tête au monstre sacré: « le duo génère une espèce de tempête magnétique qui rend épiques les épisodes les plus prévisibles. » « L’harmonie du film... est un tour de force de cinéma : rendre hautement contagieux le désir de croire à cette histoire. »

phane Brizé à mettre en lumière, avec pudeur et empathie, les laissés-pourcompte, les maladroits, les éclopés de la vie, on se doute que ce portrait de femme sera fort et bouleversant. Sources : avoir-alire.com, telerama.fr, dossier de presse

Filmographie sélective : Je ne suis pas là pour être aimé (2005), Mademoiselle Chambon (2009), La Loi du marché (2015)

Un petit boulot

France – 2016 – 1h37, de Pascal Chaumeil d’après un scénario de Michel Blanc, avec Romain Duris, Michel Blanc, Alex Lutz…

Mis sur la paille suite à un licenciement boursier, Jacques – Romain Duris plus cool que jamais – accepte de tuer la femme du mafieux local quand celui-ci

Sources : telerama.fr – lemonde.fr

T

Tour de France

France- 2016 – 1h35, de Rachid Djaïdani, avec Sadek, Gérard Depardieu...

Misanthrope et peintre du dimanche, un ancien ouvrier revenu de ses illusions militantes, épuise ses maigres économies en entamant un tour de France à la limite de l’absurde : comme Vernet répondant à la commande de Louis XIV trois siècles plus tôt, il veut aller peindre tous les ports de France. Il se retrouve affublé d’un jeune rappeur parisien qui doit fuit un caïd de son quartier. Entre le gamin issu de l’immigration et le vieux beauf’ dont l’amertume vire au racisme, la greffe a du mal à prendre... Ancien assistant sur La Haine de Kassovitz, puis champion de boxe et comédien, Rachid Djaïdani avait eu son heure de gloire en 2012 à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes avec un film intitulé Rengaine. Son deuxième long-

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Une vie

France/Belgique - 2016 - 1h59, de Stéphane Brizé, avec Judith Chemla, Yolande Moreau, Jean-Pierre Darroussin, Jalil Lespert…

Une vie, c’est celle de Jeanne Le Perthuis des Vauds : de son enfance normande, auprès de ses parents, chaleureux et aimants, à la fin de sa vie, en passant par son séjour au couvent, mais surtout par sa vie d’épouse et de mère de famille. Ou comment passer de la joie de vivre au malheur, car une fois mariée à Julien de Lamare, son quotidien ne sera que frustrations, humiliations et chagrins, parfaite illustration de ce qu’écrivait George Sand : Nous les élevons comme des saintes, puis nous les livrons comme des pouliches ! Dans cette nouvelle adaptation du roman de Maupassant, Judith Chemla, révélée par Camille redouble de Noémie Lvovsky, apporte à Jeanne une innocence à la fois gracieuse et rageuse. Quand on connaît la capacité de Sté-

U

le lui demande. Mais devra-t-il, avec son nouveau complice, récidiver comme tueur à gages ? Après L’Arnacoeur, comédie sur les briseurs de couple, Pascal Chaumeil (décédé prématurément à la fin du tournage), nous propose cette nouvelle comédie qui oscille entre cynisme, humour noir et scènes loufoques. C’est rondement mené, plein de rebondissements et servi par une pléiade d’acteurs au mieux de leur forme. Sources : dossier de presse

Wallace & Gromit : Les Inventuriers Voir pages Jeune Public

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Lundi 14 novembre – 19h30 CENTENAIRE DE LA GRANDE GUERRE

Les Hommes contre

de Francesco Rosi (1970) Italie/ Yougoslavie Couleurs 1h40, avec Alain Cuny et Gian Maria Volonté

Lundi 7 novembre – 19h30

Soirée présentée par Louis D’Orazio

Partenariat Cinémathèque/Studio L’AMÉRIQUE PARANOÏAQUE

Lundi 21 novembre – 19h30 CENTENAIRE DE LA GRANDE GUERRE Ciné concert

Lesde Alan Hommes du Président J. Pakula (1976) USA Couleurs 2h10, Soirée présentée par Juliette Goffart

Verdun, vision d’Histoire de Léon Poirier (1928) France Noir et blanc 2h30,

Mardi 8 novembre – 19h30

Accompagnement au piano par Hakim Bentchouala.

avec Robert Redford et Dustin Hoffman

Une soirée, deux films

avec Albert Préjean

Copie restaurée et en provenance de la Cinémathèque de Toulouse

19h30-Klute

Lundi 28 novembre – 19h30

21h45-Conversation secrète

de Ettore Scola (1981) France/Italie Couleurs 2h30 avec Marcello Mastroianni, Hanna Schygulla, Jean-Claude Brialy, Jean-Louis Trintignant.

de Alan J. Pakula (1971) USA Couleurs 1h54, avec Donald Sutherland et Jane Fonda

La Nuit de Varennes

de Francis Ford Coppola (1973) USA Couleurs 1h55

Soirée présentée par Jean A. Gili Programme détaillé dans le dépliant disponible à l'accueil et sur www.cinematheque.tours.fr

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Bande annonce

Ici… ` FAMILLE RECOMPOSÉE Le roman autobiographique d’Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, va être adapté au cinéma par Anne Fontaine (Les Innocentes). Entre une réalisatrice au parcours filmographique atypique et un récit à la fois cru et poignant, le projet intrigue forcément, d’autant que la distribution est particulièrement alléchante : Finnegan Oldfield (Ni le ciel, ni la terre) dans le rôle titre, ainsi que Grégory Gadebois (Angèle et Tony), Catherine Mouchet, Vincent Macaigne, Charles Berling et Isabelle Huppert ! ` SA SAISON PRÉFÉRÉE Invariablement, depuis son premier long-métrage en 1969, Paulina s’en va, tous les deux ans en moyenne, André Téchiné réalise un nouveau film. En 2017, il nous plongera dans la période s’étendant de la Première guerre mondiale au début des années 20. Nos années folles est l’adaptation d’un roman de Fabrice Virgili et Danièle Voldman, La Garçonne et l’assassin : histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des Années folles, lui-même inspiré d’une histoire vraie : celle d’un homme qui pour échapper à la guerre, se fait passer pour une femme. Les choses se compliqueront quand il refusera d’accéder au souhait de son épouse, de le voir de nouveau dans des vêtements masculins. Le couple sera incarné par Pierre Deladonchamps (L’Inconnu du lac) et Céline Sallette (L’Apollonide).

et ailleurs… ` CORPUS CHRISTIE Agatha Christie, la génitrice d’Hercule Poirot et de Miss Marple, ayant été fort prolifique, son œuvre demeure une source inépuisable d’inspiration pour la télévision et le cinéma. On peut même encore y trouver des titres n’ayant jamais été adaptés. La Maison biscornue ne devrait bientôt plus faire partie de ces inédits car Gilles Paquet-Brenner (Elle s’appelait Sarah) va en faire un long-métrage avec Glenn Close, Gillian Anderson et Gemma Arterton. ` LES MOTS POUR LE DIRE. ENFIN ! Vingt ans qu’il en rêvait ! Mel Gibson va enfin voir porté à l’écran le roman de Simon Winchester, The Professor and The Madman ! Cette histoire, basée sur des événements réels, raconte la collaboration entre James Murray, philologue et lexicographe écossais, et W. C. Minor, un médecin militaire interné et considéré comme dangereux. Ce duo, pour le moins singulier, sera à l’origine, en 1857, de l’Oxford English Dictionary, et ce sont Mel Gibson et Sean Penn qui l’interpréteront ! IG

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Le Font populaire, une actualité brûlante 80 ans après.

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éritier notamment de la Commune de Paris et de la Charte d’Amiens de 1906 au 9e congrès de la CGT qui instaure la grève générale comme un moyen des luttes révolutionnaires, le Front Populaire rassemble plusieurs organisations de gauche : c’est l’alliance inédite entre les partis communiste, radical et socialiste. Ce rassemblement est le résultat d’un extraordinaire et vaste mouvement collectif, sans équivalent en Europe, débuté après la crise de 1933 et consécutif notamment à plusieurs grèves générales. Le gouvernement dirigé par Léon Blum entre juin 1936 et juin 1937 constitue le moment le plus marquant d’un régime qui s’achève en 1938. Pour la première fois, un gouvernement est présidé par un socialiste qui applique un programme directement favorable aux classes populaires validé par les accords de Matignon, signés le 8 Juin 1936 : la semaine de 40h, les congés payés, les conventions collectives, les loisirs pour tous, le développement des transports... Et pour la première fois aussi, des grèves et des occupations d’usines, précèdent puis accompagnent l’avènement de ce gouvernement qui tire sa légitimité non seulement des élections mais également de la mobilisation d’une partie de la société. C’est aussi la première fois que des femmes – 2 000 couturières d’entreprises textiles entre autres – ont pris un rôle important dans ces mouvements.

Mais, si le Front populaire a permis des avancées sociales durables, il n’a pu ni redresser l’économie du pays, à cause, notamment, de la fuite des capitaux, ni stabiliser son pouvoir politique. Il se disloquera au bout de quelques mois. C’est bien aussi une crise politique, avec la montée du danger fasciste qui va enclencher cette dynamique. L’expression Front populaire est employée pour la première fois par Marcel Cachin en octobre 1934 suite aux campagnes de l’extrême droite et à la manifestation du 6 février 1934. L’embellie du Front populaire a été brève, mais sa portée politique (union des forces de gauche), sociale (lois en faveur des travailleurs) et symbolique (occupation des usines) lui a donné une place à part dans la mémoire collective française. Freiné par ses dissensions internes (guerre civile en Espagne etc), par ses contradictions, notamment entre le réformisme de Léon Blum et les aspirations révolutionnaires d’une partie de son électorat, le Front populaire réalisera en un temps très court une transformation sociale durable de la condition ouvrière et apportera un supplément d’âme aux travailleurs. 80 ans après, ces acquis résisteront-ils aux assauts du capitalisme et de l’ultra-libéralisme ?

NOUS EN REPARLERONS PROCHAINEMENT…

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Pages et images

Interférences D’une famille à l’autre Viva Man On High Heels Hôtel Singapura

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’aime les romans de Jean-Paul Dubois pour leur écriture sobre, la nostalgie mêlée d’humour, les héros désabusés, le rythme mesuré… Deux films récents adaptent avec un égal bonheur les récits imaginés par l’écrivain et, s’ils ne collent pas complètement aux histoires initiales, sont d’une grande fidélité au ton et à l’ambiance, restituent à leur manière la subtilité et la pudeur chères à l’écrivain. C’est suffisamment rare pour être noté tant nous sommes souvent déçus par les adaptations de livres que nous avons aimés. Le premier est La Nouvelle vie de Paul Sneijder (d’après Le Cas Sneijder, 2011), sorti en juin et réalisé par Thomas Vincent. Comme dans la plupart des livres de JeanPaul Dubois, le héros s’appelle Paul (et sa femme Anna) et déambule solitaire dans un monde devenu hostile. Il est désabusé, silencieux et sacrément attachant ! Paul, donc, est l’unique survivant d’un accident d’ascenseur dans lequel sa fille a perdu la vie. La sienne est fracassée : comment continuer à vivre avec un tel traumatisme ? En devenant spécialiste des problèmes de monte-charge puis promeneur de chiens ? Improbable ! Et pourtant, comme dans le roman, on se laisse captiver par cette histoire de mécanique des ascenseurs et de déjections canines… Parce qu’à côté de ces obsessions – comme celle du nouveau patron sur les nombres premiers – il n’y a pas seulement un changement de vie mais la transformation d’un homme qui tente de renaître dans un monde qu’il ne comprend plus : « J’avais compris que,

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croyant examiner la simple structure des ascenseurs, c’était en réalité la véritable architecture du monde que j’étais en train de découvrir ». Cette quête existentielle (constante de l’écrivain) est rythmée par les pas lents de Paul dans l’hiver glacé de Montréal tout en gris et bleu. Le film prend son temps, comme le roman, pour dérouler le scénario d’une rédemption. Le tout sans pathos, mais avec une force et une dignité admirables, une grande tendresse, et un humour désenchanté digne de celui de l’écrivain. Si Paul Sneijder est en quête de son avenir, Le Fils de Jean, Mathieu – (Philippe Lioret, septembre 2016, d’après le roman Si ce livre pouvait me rapprocher de toi,1999), voyage à la recherche de ses origines. C’est parce qu’on lui annonce que son père, qu’il n’a jamais connu, vient de mourir à Montréal et a laissé un paquet pour lui, qu’il décide d’aller sur place et de faire la connaissance de deux frères dont il ignorait l’existence. Dissimulations et non-dits parsèment l’itinéraire de Mathieu jusqu’à ce qu’il découvre le secret de son histoire aussi inattendu que bouleversant. Un minimum de dialogues pour ce voyage introspectif à la dimension humaine très forte, et une mise en scène d’une grande sobriété qui n’a d’égale que l’écriture simple et précise de Jean-Paul Dubois ; ajoutons un scénario subtil qui nous amène avec douceur jusqu’à la révélation finale. C’est avec regret que j’ai quitté Paul Sneijder, puis Pierre et Mathieu, le même regret que celui éprouvé quand je referme, au terme de sa lecture, un livre de Dubois. SB

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omme un documentaire fictif, l’été cinématographique nous a permis, à travers quatre films, D’une famille à l’autre, Viva, Man On high heels, Hôtel Singapura, de suivre le parcours d’un personnage qui, à travers pays et époques, aurait pu être le même. Quand on le rencontre la première fois il est encore un adolescent qui aime porter des sous-vêtements féminins. En cachette tout d’abord, puis de moins en moins, jusqu’à vouloir mettre des robes en famille. Mais, dans D’une famille à l’autre, sa recherche identitaire n’est pas son seul souci, ne serait-ce que parce qu’il découvre qu’il a été volé à la naissance et que sa mère n’est pas sa mère. Quelques années plus tard, ayant émigré à Cuba, sa décision est prise. Il veut faire du travestissement son métier, mais là encore, et bien qu’il joue dans un film nommé Viva, le chemin est non seulement difficile mais également peu rémunérateur. Qu’à cela ne tienne, il part en Corée du sud et s’engage dans la police. Dans Man on high heels, il est devenu l’un des meilleurs, et des plus violents, inspecteurs du pays, il n’hésite pas à prendre des risques, et ses nombreuses prothèses métalliques dues à ses multiples accidents en témoignent. Lit-

téralement coupé en deux personnalités, masculine à la virilité exacerbée le jour et féminine la nuit, il finit par découvrir son aspiration profonde, devenir une femme. Il entame alors un traitement hormonal, même si, trop musclé et trop réparé, ce dernier tarde à faire son effet. Quelques années encore et ça y est, il est enfin prêt. Parti à Singapour, il est maintenant en attente de l’opération terminale. La veille, il retrouve dans la chambre numéro 27 de l’Hôtel Singapura celui qui partage sa vie et qui a l’air beaucoup moins convaincu que lui du bienfait de la transformation. Pour cette dernière soirée, il fêtent la « disparition du pénis » car, oui, le film est assez incroyable. L’été a donc été trans, et si ces quatre films se sont étalés du début juillet à la fin août sans aucune préméditation de la part de leurs différents distributeurs, ce n’est peutêtre pas un hasard de retrouver à travers continents et époques des thématiques communes. Comme toujours, le cinéma est le reflet d’un état du monde et si les œuvres nous disent qu’en fait ce sujet n’en est plus un tellement il se répand, c’est une bonne nouvelle. Il vaut sans doute toujours mieux la banalisation plutôt que la stigmatisation. JF

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Les rédacteurs ont vu :

Nocturama de Bertrand Bonello

Nocturama : un magnifique survol de Paris puis une plongée dans le métro, couloirs, sorties, entrées, wagons…; le montage est saccadé, répète des scènes prises sous un angle différent ; les mouvements d’appareil épousent la vitesse du métro ; c’est aussi beau que rapide… Deuxième partie : le grand magasin La Samaritaine devient un décor onirique à plateaux multiples. On avait déjà croisé les fantômes du lieu – décidément très photogénique – dans Holy Motors de Leos Carax. Place ici à la rêverie et au cauchemar qui mettent en abyme le chaos au milieu de mannequins recouverts de plastique. Nocturama est un incroyable exercice de style, un film hors norme, fascinant, troublant et éblouissant de bout en bout. Quant au fond, je laisse à d’autres l’expression de leur mécontentement… SB

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Comme dans L’Apollonide et SaintLaurent, ses deux précédents films, Bertrand Bonello dépeint un univers en pleine déliquescence. Mais, cette fois, le sujet est d’une actualité brûlante et certaines critiques ont été assassines. Pourtant, on ne peut être qu’interrogés par cette jeunesse sans repère qui commet des horreurs sans réaliser l’ampleur de l’énormité de ses actes. Il y a beaucoup de morts dans Nocturama mais, dans ce monde glacial, qui est encore vivant ? Et puis, ce n’est pas tous les jours que l’on a devant les yeux un pari formel aussi exigeant qu’excitant. Une pure et très belle leçon de mise en scène. JF Peut-être parce que persiste en moi un peu de la sidération ressentie lors d’attentats récents hélas bien réels, j’ai eu du mal à voir le film de Bonello comme un pur objet esthétique (par ailleurs très maîtrisé),

d’autant qu’il a la prétention de dire quelque chose sur notre époque et j’ai été, petit à petit, gagné par un sentiment de malaise puis par une étrange et sourde colère. DP

le souvenir d’une chorégraphie contrastée des images. Tension, marche maîtrisée, cadrée, millimétrée... Puis, attente, détente, tourbillon délirant, ivresse folle jusqu’à l’ultime pause. MS

Nocturama nous montre des « rebelles sans cause » bien définie, idéalistes immatures, extrémistes irresponsables, commettant des attentats et tuant comme on joue à la Playstation. Comment ne pas penser à Elephant de Gus Van Sant ? Scénario, suspense millimétré, scènes dupliquées sous différents angles lui rendent clairement hommage. Mais le film de Bertrand Bonnello n’est pas un simple remake, il est passionnant, riche et profond, en tous points digne de son modèle. Ce n’est pas un mince compliment. AW

On serait tenté de dire que ces jeunes terroristes (?) manquent de motivations politiques manifestes, mais le titre initialement prévu pour Nocturama (Paris est une fête...) permet de lever cette ambiguïté et de se dire qu’ils manquent surtout manifestement de motivations politiques... Nocturama n’est pas une belle machine esthétique qui tournerait à vide, c’est une très belle machine qui entend tourner notre regard vers le vide sidéral et sidérant de ces très jeunes gens pris en étau entre une société qu’ils rejettent et les codes que celleci leur dicte et dont ils ne savent se défaire ; ils sont dès lors condamnés à être broyés, coquilles légères et inconsistantes... qui ont tout de même quelques morts sur leur (absence de) conscience. ER

Outre la question de la motivation du groupe pour réaliser des attentats, me reste

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À propos de Toni Herdman Nocturama Divines Rester vertical

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l y a un an, les Cahiers du cinéma faisaient leur une avec un provocateur gros titre, Le Vide politique du cinéma français, une attaque en règle qui sentait quand même un peu le règlement de compte, notamment contre Audiard et son Dheepan palmé d’or. Comme un écho lointain, Télérama répond en cette fin d’été : Le Nouveau cinéma politique en mettant en avant un trio de films récents : Divines de Houda Benyamina, Rester vertical d’Alain Guiraudie et Nocturama de Bertrand Bonello. Malgré l’immense succès de son film El Clan, primé à Toronto et Venise et plus grand succès public de toute l’histoire du cinéma argentin*, Pablo Trapero reste parfaitement modeste quant au pouvoir du cinéma de changer la vie ; certes, il est très fier qu’après son film Leonora la loi sur les accouchements en prison ait été adoptée et qu’après Elefante Blanco des règles nouvelles aient été instaurées pour le travail dans les bidonvilles. Il explique : « Le cinéma est né comme un art politique. Les premiers spectateurs qui ont vu le train entrer en gare ou les ouvriers sortir de l’usine, filmés par les frères Lumière, ont fait

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une expérience nouvelle : ils ont eu peur ou ont été fascinés mais en tout cas, ils ont réagi. Le cinéma a changé quelque chose à l’image qu’ils se faisaient du monde. Sa dimension politique est là. Et Godard a raison quand il dit que le cinéma est une arme. Même quand un film ne parle pas de politique, il offre une vision du monde, donc il est politique. » Une vision du monde. Sous la farce loufoque et inattendue de Toni Erdmann transparaît, comme par inadvertance, le monde glacé – et glaçant – du libéralisme triomphant. Dans ce fin fond d’Europe, là où régna l’autoproclamé Génie des Carpates, alias le Danube de la pensée, une caste de prédateurs est venue prendre la place encore chaude et dépecer le pays. Ils viennent de toute l’Europe, sont polyglottes, jeunes, surbookés, vivent entre eux dans des appartements lumineux d’où l’on aperçoit à peine la misère sociale environnante. Ce petit monde arrogant vit entre soi et, avec une froideur économique chirurgicale, « modernise » le pays,... Sous son aspect fantasque et débonnaire, Erdmann en devient l’involontaire témoin, celui aussi de l’ultramoderne solitude d’une société où tous les liens

familiaux et sociaux sont en train de se dissoudre. Dans son dossier, Louis Guichard de Télérama se réjouit de l’émergence Des films qui refont le monde. Les trois films mis en exergue semblent répondre, point par point à l’attaque de Stéphane Delorme contre le cinéma social, l’échappée utopique, le cinéma de genre… Mais plutôt qu’une refonte du monde, ils dressent un constat d’une noirceur certaine, celui d’un monde qui se défait. Film social, Divines semble emprunter tous les clichés du film de banlieue avec émeutes, décrochage scolaire, trafics en tout genre, violence verbale et physique, mais la réalisatrice a choisi d’inverser radicalement le genre du film en plaçant tous les personnages marquants du côté féminin, les deux héroïnes que l’on suit et qui n’ont pas froid aux yeux, la cheffe de gang, brutale et avide, et le seul personnage masculin notable est là pour être regardé, désiré, d’abord comme un corps, en mouvement, un corps vu et érotisé… Utopique, Rester vertical l’est frontalement puisqu’il refuse l’assignation à un territoire donné en réinventant la géographie, dans un processus de déplacement et de condensation propre au rêve un peu cauchemardesque dans lequel erre le personnage principal, alter ego du cinéaste. Une société rurale en bout de course, une ville fantomatique. Et l’angoisse de se perdre. Avec des raccourcis brutaux qui plongent, par exemple, le spectateur de l’origine du monde au cri primal, de la jouissance à l’agonie, et le laissent, à proprement parler, dérouté… Du film de

genre, Nocturama, dans une première partie, en a l’efficacité presque hollywoodienne, une suite de gestes précis, minutés, quelque chose se prépare, porté par une jeunesse où se mêlent les classes sociales, dans une colère froide qui mène à des déflagrations coordonnées. Puis à l’enferment de cette bande de jeunes (marxistes version Groucho) dans un grand magasin pour un presque huis-clos (un ancien Charlot clochardisé viendra y faire ses ultimes emplettes) d’une heure qui m’a semblé très très longue, balades oiseuses, scènes de boîte de nuit où une jeunesse sans idée grappille les symboles luxueux d’une société fatiguée. « Fondamentalement, le politique n’est pas dans le contenu mais dans la forme. » affirme Alain Guiraudie. Formellement, j’ai trouvé cette deuxième partie, baignée dans la musique de l’auteur, prétentieuse et vaine. Mais peut-être est-ce la collusion avec les images des attentats réels qui m’a mis mal à l’aise (bien que je sache que le film a été écrit avant les attentats parisiens). Parce qu’elles ne disent rien, n’apportent aucune réponse, ressemblent à un dispositif d’art contemporain qui tourne un peu à vide. Et quand les forces d’intervention ont abattu froidement les apprentis terroristes, les uns après les autres, je n’ai ressenti aucun empathie, rien, une indifférence totale parce qu’ils n’étaient que des personnages sans épaisseur, silhouettes 3 D de ce qui devient un jeu de massacre sur ordi. DP * Lire les Carnets d’octobre page 30

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À propos de Frantz

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n le sait depuis son premier film, avec François Ozon les apparences sont toujours trompeuses : ainsi dans Sitcom, la présence d’un rat provoquait la mutation d’une famille bien sous tous rapports, en une bande de fous furieux sans aucune limite, tandis que dans Huit femmes, on comprenait petit à petit que chacune d’entre elles dissimulait un secret difficilement avouable et pouvait être à l’origine du meurtre du chef de famille ! Si Angel, Potiche, Jeune et Jolie ou Une nouvelle amie puisaient aussi dans le registre du secret, du masque, de l’illusion, Frantz, le dernier film de François Ozon, en constitue en quelque sorte l’acmé, une sorte de parcours labyrinthique au cœur du mensonge. La première illusion est de penser que le titre désigne le personnage central du film, alors que comme dans Rebecca d’Hitchcock, c’est un leurre et un révélateur : Frantz est le prénom d’un jeune Allemand, tombé au front en 1918. C’est un prénom gravé sur une tombe vide, puisque le corps n’a pas été retrouvé. C’est aussi le prénom qui hante Adrien (Pierre Niney), soldat français rescapé de la guerre et un sésame pour qu’il fasse la rencontre d’Anna (Paula Beer : intense et palpitante révélation du film), la fiancée du disparu et des parents de ce dernier. Si leurs échanges nous éclairent sur le jeune homme qu’était Frantz, dans le même temps ils nous installent peu à peu

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dans le doute quant à la nature des relations qu’entretenaient les deux jeunes gens : pourquoi Frantz n’a-t-il jamais prononcé le prénom d’Adrien, ni évoqué leur amitié, leurs sorties parisiennes ? Que cache Adrien ? Notre intérêt se déplace alors de la figure de l’absent à celle du « hanté » par le souvenir et au secret qui l’étouffe, le terrasse. Alors quand, pour libérer sa conscience, il révèle l’indicible à Anna, il sait qu’il trahit la confiance de cette famille qui a osé braver la réprobation générale de leur petite ville allemande en accueillant un ennemi, potentiellement responsable de la mort de ses fils, mais aussi l’amour naissant entre lui et Anna. Une révélation qui nous tétanise nous aussi spectateurs, car inimaginable : Adrien et Frantz ne se sont rencontrés qu’une seule fois, dans une tranchée. Deux humanités, deux terreurs, face à face. La peur, plus forte chez Adrien, le fera tirer sur Frantz. Adrien, debout mais plus vraiment vivant, trouve la dernière lettre d’Anna dans une poche de Frantz, et décide alors d’aller voir la famille du jeune homme, pour tenter d’expliquer cette horreur et ainsi, peut-être, obtenir le pardon qui lui permettra de ne plus être rongé par le remords… Anna se trouve face à celui qui a tué l’homme qu’elle aimait, qui est aussi celui qu’elle a commencé à aimer, malgré l’hostilité du voisinage et son devoir de mémoire. Dépositaire d’un secret qui n’est pas le sien mais qui la touche au plus profond d’elle-même, la jeune femme devient à son tour une dissimulatrice : contrairement au souhait d’Adrien, elle

omis de lui dire qu’il est engagé auprès d’une autre. Et même si aucun des protagonistes n’ignore que c’est Anna dont il est épris, il ne sera pas dit que ces deux-là feront route ensemble ! Mélo sublime, le film pourrait s’arrêter là, mais dans un nouveau rebondissement, nous suivons Anna alors qu’elle retourne au Louvre, contempler le tableau de Manet. Un jeune homme, également de dos, fait déjà face au tableau. Anna va s’asseoir à côté de lui (difficile de ne pas penser à la scène du tableau dans Vertigo d’Hitchcock). Ultime paradoxe : l’Éros peut enfin avoir voix au chapitre, sous l’égide du corps renversé d’un suicidé, comme les vies de tous les fracassés de la guerre (hommes et pays), avec leurs traumas visibles et invisibles, vont devoir se reconstruire sur des ruines. La couleur peut alors irradier l’image ! IG n’informe pas les parents de Frantz des raisons de la mort de celui-ci, mais affirme le contraire à Adrien, ainsi que le fait qu’ils ne veulent plus jamais le voir. Après avoir tenté de se suicider (un autre motif récurrent du film, avec la référence au Suicidé de Manet, tableau qu’Adrien prétendait aller admirer avec Frantz, au Louvre), Anna choisit de partir retrouver le jeune homme à Paris. Alors que rien ne se passe comme elle l’espérait, dans ses lettres elle continue à faire croire à ses « beauxparents » que le jeune homme est digne d’être un fils de substitution : autre situation paradoxale et tragique du film, c’est celui qui est à l’origine de la mort de leur fils qui leur redonne goût à la vie ! Quand enfin Anna retrouve Adrien, on se prend à espérer que le cycle du mensonge se rompe, qu’enfin ces deux-là trouvent la paix. Comme Anna, on se prend à respirer, à espérer. Mais la vie et les scénaristes sont décidément bien cruels : Adrien a

Ruines du cœur Mon cœur était jadis comme un palais romain, Tout construit de granits choisis, de marbres rares. Bientôt les passions, comme un flot de barbares, L’envahirent, la hache ou la torche à la main. Ce fut une ruine alors. Nul bruit humain. Vipères et hiboux. Terrains de fleurs avares. Partout gisaient, brisés, porphyres et carrares ; Et les ronces avaient effacé le chemin. Je suis resté longtemps, seul, devant mon désastre. Des midis sans soleil, des minuits sans un astre, Passèrent, et j’ai, là, vécu d’horribles jours ; Mais tu parus enfin, blanche dans la lumière, Et, bravement, afin de loger nos amours, Des débris du palais j’ai bâti ma chaumière. François Coppée

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À propos de Mimosas

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aut Atlas marocain, époque indéterminée. Deux larrons, Ahmed et Saïd, se mêlent à une caravane de mules et de chevaux conduisant un vieux cheikh, par-delà d’abruptes et sauvages montagnes, au village de ses ancêtres pour y mourir. Leur projet : profiter d’une bonne occasion pour voler les (supposées) richesses du vieillard.

métaphysique ou spirituelle en plus. Certaines images, parfois fugaces, frappent par leur beauté sans apprêt : le vieux cheikh vu de dos titubant dans la caillasse, s’éloignant lentement pour mourir seul dans la montagne, ou ces paysages hostiles, effrayants, qui semblent littéralement vouloir expulser toute intrusion humaine.

Plat pays marocain, de nos jours. Le responsable d’une compagnie de taxis (vieilles Mercedes jaunes essoufflées) charge Shakib, nigaud illuminé, de protéger la caravane du vieux cheikh. Mission étrange, qui semble chevaucher deux histoires hétérogènes, l’une intemporelle, l’autre contemporaine.

Au-delà de la mise en scène, ce qui fait la force et l’originalité du film, c’est son opacité même. Le pitch ultra-classique de la quête, de la caravane westernienne confrontée aux périls, est transfiguré par un scénario qui multiplie dédoublements et ambiguïtés. Jusqu’aux personnages eux-mêmes, difficiles à cerner dans leurs évolutions et apparentes contradictions, impossibles à catégoriser en bons ou méchants, forts ou fragiles, héros ou comparses. Le dénouement lui-même reste ouvert, indécidable.

Voilà donc notre bigot ridicule embarqué dans ce fantomatique desert movie à travers une montagne rocailleuse aux multiples pièges, sans compter les pillards sanguinaires. Loin de tout esthétisme épatecouillons ou de contemplation décorative, Mimosas fait au contraire de la montagne et du désert un élément majeur de la dramaturgie, toujours filmé à hauteur d’homme, un ennemi à vaincre dans une cauchemardesque odyssée dont l’objectif ultime et le sens s’effilochent peu à peu : quête d’héroïsme ? de rédemption ? acte d’amour ? recherche de la vérité profonde des choses ? de la mort ? On y retrouve toute l’imagerie du western, la dimension

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Mimosas est un film fascinant parce qu’il est manifestement cohérent mais ne dit pas tout : que signifie sa division en chapitres ?1 Que signifie le titre lui-même ? Si nous ne possédons pas toutes les clés et restons parfois perplexes, il est clair cependant que cette oeuvre traite le spectateur en adulte et n’essaie jamais de lui faire prendre des AW sottises pour argent comptant.2 1 1. Position de révérence 2. Position debout 3. Position de prosternation. 2 Pour quelques dirhams de plus ?

n 1880 paraît l’un des chefs d’œuvre de la nouvelle, Boule de Suif de Maupassant. Toute l’action prend place dans une diligence qui fait route pendant l’occupation prussienne de 1870, avec à son bord un véritable échantillonnage de la société. L’histoire est d’une rare férocité dans sa dénonciation des égoïsmes, des hypocrisies et des comportements odieux liés aux préjugés idéologiques et sociaux. Le génie de Maupassant consiste à mettre en place une double dialectique : intérieur/extérieur et microcosme/macrocosme. Le dispositif est tellement riche en potentialités dramatiques et psychologiques qu’il sera repris presque à l’identique par John Ford dans Stagecoach en 1939 et qu’on en retrouvera de nombreuses variantes au cinéma, de No Man’s Land de Danis Tanovic (2001) à Taxi Téhéran de Jafar Pahani (2015), de Snowpiercer de Bong Joon-Ho (2013) aux Femmes du bus 678 de ce même Mohamed Diab qui nous propose aujourd’hui Clash. Disons-le tout de suite : Clash est un film oppressant, inconfortable par le recours systématique aux très gros plans et aux mouvements saccadés caméra à l’épaule. Il n’empêche que cette technique de filmage suggère très efficacement la violence des situations, des paroles, des comportements. Comme dans Boule de Suif se trouve réuni, ici dans un panier à salade au Caire, un groupe hétérogène de personnes que tout oppose : des

partisans de la république laïque et des Frères Musulmans, séparés par leur agressivité mutuelle qui confine au fanatisme, et qui ne trouvent qu’un seul terrain d’entente, leur haine commune de deux journalistes enfermés avec eux, accusés par les uns d’être des menteurs, par les autres des espions. La tension monte et touche à son paroxysme lorsque l’attente, la peur, l’entassement, la chaleur accablante, le manque d’air, la soif, les besoins naturels deviennent insupportables. Il n’étonnera personne que les premiers signes d’un retour à la raison émanent des deux seules femmes présentes, l’une laïque, l’autre voilée. Leur fragile solidarité aura un effet bénéfique sur leurs compagnons bornés et querelleurs, bien obligés finalement de suivre, à contrecœur, leur exemple et de trouver un modus vivendi minimal acceptable par tous. À l’opposé, le monde extérieur sombre dans la violence aveugle. Manifestations, contremanifestations, charges policières, explosions, jets de pierres, coups de feu… Dans cette nuit apocalyptique, le panier à salade ne protège même plus ses prisonniers contre la folie meurtrière de la foule. Percé par les balles, ballotté, renversé, il devient un piège mortel. La dialectique intérieur/extérieur trouve là son aboutissement, en même temps que s’est peu à peu dissocié le couple microcosme/macrocosme dans la mesure où il y a évolution différenciée, opposée même, entre les deux : rapprochement (certes mal assuré et toujours menacé) dans le fourgon, écla-

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Face à

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CLASH tement violent de la société à l’extérieur. Ce que semble suggérer le film de Mohamed Diab, c’est que tout espoir n’est pas perdu et que la proximité physique, l’intérêt commun, l’humanité des femmes, le dialogue peuvent finir, qui sait, par atténuer, voire oblitérer les intolérances et les haines. En cela Clash est beaucoup plus profond qu’une simple métaphore de la guerre civile égyptienne. Chacun des prisonniers du panier à salade (et même deux des soldats chargés de les surveiller) affronte ses propres doutes, est obligé de faire face à ses contradictions (idéologie vs raison, devoir vs compassion…). Chacun devient comme une image condensée des oppositions qui traversent le groupe des captifs, qui eux-mêmes sont une représentation de la société égyptienne fracturée. Mais qu’est cette dernière sinon le reflet de toutes les sociétés du Maghreb, du Proche et du Moyen-Orient ? Peut-on aller jusqu’à suggérer que celles-ci figurent à leur manière les divisions idéologiques inhérentes à toute société humaine ?

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lash de Mohamed Diab part d’une recette connue : enfermer dans un lieu clos des personnages aux opinions très différentes, les laisser mariner, puis mijoter et cuire à petit feu. Le résultat final est souvent corseté, un peu lourd et Clash n’échappe pas totalement à cette règle. Son principe formel (on ne sort pas d’un fourgon de police) montre ses limites, tout n’y est pas inattendu, ni parfaitement digeste, mais il contient néanmoins quelques ingrédients de première qualité et sait, par moments, transcender ses matières premières.

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Pardon de paraître pompeux, mais ce que nous avons ici, avec cette cascade d’analogies emboîtées les unes dans les autres, c’est très exactement un film fractal, c’est-à-dire « une forme dont le détail reproduit la partie et la partie le tout, quelle que soit l’échelle », selon la définition de Pierre Barthélémy. C’est le découpage des côtes rocheuses, de forme identique qu’on le voie d’avion, au cinquante millième, au millionième ou au microscope. On l’appelle aussi parfois théorie du choufleur, autre exemple évident de structure fractale.

Clash est un film qui « permet d’observer ce qui est à la fois trop grand, trop lent et trop complexe pour nos yeux, comme la société humaine, cette organisation gigantesque qui nous est totalement invisible » (Joël de Rosnay, Le Macroscope, 1975). Peut-être est-ce là d’ailleurs la caractéristique de très nombreuses autres œuvres cinématographiques, littéraires, peut-être même de l’art en général. Il est manifestement plus efficace de suggérer, de stimuler l’intelligence analogique du spectateur, plutôt que de vouloir, directement et sans distanciation, montrer et démontrer. AW

qui se veut le reflet de la société égyptienne de 2013, mais qui, plus largement, va dépeindre un monde de fous, un monde qui ne tourne pas rond. Toujours littéralement, les personnages enfermés et stationnés en plein soleil cuisent, et un en meurt, sans pouvoir ni boire ni s’aérer. Progressivement, et c’est tout l’intérêt, Mohamed Diab va s’éloigner du littéral. Notamment lors de la scène de l’attaque aux gaz lacrymogènes. Pour les empêcher de pénétrer, les hommes se déshabillent afin d’occulter avec leurs vêtements les ouvertures. Dans cette boîte devenue nocturne, les seules lumières sont celles de lasers verts (les armes des policiers et le jeu d’un enfant présent dans le fourgon). Elles créent une scénographie trépidante et trouent la fumée en se reflétant sur les torses nus et en sueur. Pour un peu, on se croirait dans Théo et Hugo dans le même bateau. Humour involontaire ? Sûrement, mais qui donne une dimension étrange au film. Inutile de dire que les deux femmes présentes sont restées habillées. Il serait indécent de montrer leurs corps mais, quand on est un homme, on exhibe le sien. Ceci dit, tout a ses limites, dans ce concentré de virilité, un blessé refuse qu’une femme (l’une des deux est infirmière) le touche pour le soigner.... tant qu’il n’a pas trop mal. Il accepte même, pour que sa plaie

puisse être suturée, que le second personnage féminin, une jeune fille, donne à cette fin les épingles qui tiennent son voile. Voile qui tombera, révélant rapidement les cheveux proscrits. Du coup, il est assez ironique, parmi ces mâles qui exacerbent leur testostérone, d’en entendre deux se préoccuper autant de leur chevelure, l’un parce qu’il craint de devenir chauve, l’autre parce que la bousculade l’a décoiffé. Dans ce lieu clos les repères s’estompent et on finit par ne plus trop savoir où se situent les frontières. Face à la survie, les idéaux se fanent et l’hallucinante scène finale en est une belle image. Dans une apocalyptique confusion générale, plus personne ne sait trop où se situer. Un groupe de manifestants va attaquer le fourgon, mais qui sont-ils ? Agresseurs, certainement, mais contre qui ? Une partie des occupants, mais lesquels ? Dans cette ambiance de panique générale, toujours rythmée par les rayons verts des armes à feu, le tonnerre des coups contre la tôle du fourgon afin de tenter de l’ouvrir, les cris de ceux qui l’occupent et la fureur de tous, le film se clôt. Aucun apaisement, Clash n’est pas tout confort, mais ne serait-ce que pour ces quelques moments hors normes, il vaut vraiment le déplacement. JF

Au début, Mohamed Diab suit pas à pas la recette, il fait les courses et remplit peu à peu son panier à salade d’individus variés. Une fois celui-ci bien rempli, il commence par rincer le tout. Littéralement, en faisant arroser à grands jets les occupants du fourgon par la police armée de lances à incendie. Dès cette scène très surprenante, notre esprit est emmené ailleurs et on ne peut s’empêcher d’associer des images archétypales telles que celles des douches dans les asiles psychiatriques ou celles des chambres à gaz. On comprend très vite que l’on est tombé sur un film

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Rencontre avec Muriel Coulin

Le mardi 13 septembre, Muriel Coulin est venue présenter Voir du pays qu’elle a co-réalisé avec sa sœur Delphine. Elle était déjà venue aux Studio il y a quatre ans pour présenter leur premier long métrage intitulé 17 filles qui avait rencontré un très bon accueil critique et public.

Muriel Coulin aux Studio © Roselyne Guérineau

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u départ de cette histoire, une réalité, les trois jours de décompression mis en place par l’armée française à partir de 2008 pour permettre aux soldats intervenant sur des conflits extérieurs de souffler un peu avant de rentrer chez eux* et de pouvoir repérer ceux qui auraient besoin d’un suivi plus important (5 000 soldats sont suivis pour des souffrances psychologiques par les services de santé de l’armée). Il y avait aussi l’idée que « la violence n’était pas que l’apanage des hommes. » Delphine s’est lancée sur cette piste pour écrire un roman. Dans 17 filles, l’un des frères était un ancien sol-

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dat revenu d’Afghanistan et c’était un personnage qu’elles avaient aimé construire. Les deux sœurs avaient déjà adapté pour le cinéma un roman de Delphine intitulé Samba pour la France et le travail de transposition pour le film avec Omar Sy s’était bien passé, Delphine avait été très ouverte et elles se sont donc lancées dans l’aventure, ce qui leur vaudra notamment un prix du scénario dans la section Un certain regard à Cannes. Dès le début, elles avaient l’idée de ne filmer que les trois jours dans le sas. L’indécence du contraste entre les corps dénudés de l’hôtel et ce qu’ils avaient vécu était d’autant plus fort que dans ces séjours « all inclusive », il y a beaucoup d’excès, on boit, on mange toute la journée. Il y avait quelque chose d’irréel entre le contexte de guerre et ce monde totale-

ment artificiel qui déclenche une cascade de questions : Pourquoi est-on allé se battre ? Quels idéaux a-t-on défendu ? Le film commence par un gros plan sur l’œil d’une des soldates. Comme l’indique le titre, le film s’interroge sur ce que chacun a vu. Ils sont partis pour « voir du pays » et ils n’ont rien vu. Tous les témoignages concordent, on arrive au camp en blindés et les sorties sont très rares. Comme dans 17 filles, elles ont aimé jouer sur les images du corps, corps dans l’amour, au combat, dans la culture physique. Filmer le passage du corps militaire, anonyme, à un individu qui redécouvre son propre corps, et en particulier, pour les trois personnages principaux, leur féminité. La première baignade est vécue comme une véritable renaissance. Lors du séjour, des séances de prise de parole sont organisées : individuellement, chaque soldat revient sur un épisode douloureux alors que sont projetées des images reconstituées de la scène. Les projections 3 D lors des débriefings sont utilisées par l’armée américaine. L’armée française ne les utilise qu’à titre expérimental ou pour l’entraînement mais pas

à des fins thérapeutiques comme dans le film. Ce procédé avait deux fonctions : « ne pas montrer les combats de façon réaliste et d’autre part, n’ayant ni les moyens ni le talent de Spielberg ou Coppola, d’éviter le côté cheap du tournage au Maroc avec trois chars et quinze fusils ». Il leur semblait aussi être complètement dans l’actualité d’une guerre qui se fait de plus en plus à distance, par écrans interposés. Les images animées ayant été conçues six mois avant le tournage, l’acteur devait caler son jeu sur celles-ci, ce qui donnait un maximum de tension dans son jeu d’autant que les autres acteurs, dans la salle, ne connaissaient pas les détails du scénario et qu’une caméra captait leurs réactions. Cette rencontre s’est achevée par les salutations de la réalisatrice à un jeune spectateur indien qu’elle avait rencontré quatre ans auparavant, perdu dans une gare parisienne. Elle l’avait aidé à trouver son train pour Tours où il y vient de finir une thèse… Le sujet peut-être, dit-elle, d’un film à venir… DP * Les Américains nomment ces sas Don’t kill your wife when you come back home !

Retrouvez une vidéo de la réalisatrice sur notre site dans la rubrique : Ça s’est passé aux Studio.

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Face à JUSTE LA FIN

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uste la fin du monde, nouveau film coup de poing de Xavier Dolan, est de ceux qui nous laissent sonnés, pas tout à fait semblables à ce que nous étions avant d’entrer dans la salle. Le sujet : un homme, jeune encore, revient dans sa famille, après douze ans d’absence, pour annoncer qu’il va mourir ; mais comment renouer des liens totalement distendus par la distance, spatiale et temporelle, et les incompréhensions passées et présentes ? On voit bien ce qui a attiré le jeune réalisateur dans la pièce de Jean-Luc Lagarce : la solitude, la difficulté à devenir ce que l’on est, l’impossibilité de communiquer, l’enfer familial, les relations amour-haine entre mère et fils… des thèmes qu’il a déjà explorés dans ses cinq précédents opus. Le film n’est pas confortable, ses protagonistes pas aimables (comme souvent chez Dolan d’ailleurs) mais exprime une intensité, une sincérité, une cohérence entre le fond et la forme, à la fois rares et singulières. Et puis il y a les comédiens. Jusqu’alors le réalisateur ne travaillait qu’avec des acteurs canadiens, mis à part Melvil Poupaud et déjà Nathalie Baye, dans un second rôle, pour Laurence Anyways ; cette fois , tous les interprètes qu’il a choisis sont des valeurs sûres du cinéma français, aux filmographies bien fournies : Nathalie Baye donc, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux, et Gaspard Ulliel. Xavier Dolan confirme ici qu’il est un très grand directeur d’acteurs : Léa Seydoux et Marion Cotillard sont parfaites dans leur rôle respectif de la jeune sœur tentant de sortir de l’adolescence et de la belle-sœur introvertie et brimée. Mais Nathalie Baye et Gaspard Ulliel sont prodigieux : la première en

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livrant une prestation inédite. Jamais on ne l’a vue se livrer ainsi, ne se laissant brider par aucun frein. Elle y va : maquillage, gestuelle, verbe outranciers ! Elle est trop, mais on y croit. Et elle parvient en plus à rendre cette Martine, mère totalement hystérique, touchante. Le second endosse la partition du fils prodigue, incompris. On savait déjà Gaspard Ulliel bon comédien (dans Saint Laurent notamment), il se révèle, là, excellent : tout en retenue mais d’une intensité bouleversante. Il est celui qui doit dire, mais qui ne peut pas. Avec une grande économie de jeu, il parvient à faire sourdre blocages, désarroi et souffrance. Magnifique ! Et puis il y a Vincent Cassel, dans le rôle du frère aîné. Dès sa première apparition, on sent qu’il va nous rejouer la carte de la brute épaisse, hâbleuse, au jeu pas vraiment subtil comme dans Le Pacte des loups, Sur mes lèvres, Les Promesses de l’ombre pour ne citer que quelques exemples. Mais, contre toute attente, quasiment à la fin du film, alors qu’il n’a cessé de s’agiter sur le ring familial en gestes et en paroles, toujours plus fort, toujours plus douloureux, sa voix se fêle, son regard se noie et sous la panoplie de l’homme en colère se dévoile toute la souffrance du petit garçon, de celui qui ne comprend pas, mais qui n’a pas les mots pour le dire. Trois fois rien qui exprime le gouffre impossible à franchir, et témoigne du bel interprète que peut être Vincent Cassel, quand il accepte de ne pas se laisser emprisonner et déborder par ses tics de comédien. Xavier Dolan, déjà scénariste, réalisateur, comédien, monteur, costumier, peut, assurément désormais, être qualifié d’expert en maïeutique ! IG

face DU MONDE

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e pourrait presque être une famille ordinaire, une famille qui s’appellerait Dupont (ou Dupond), Dupuis ou Durand... Enfin... presque... parce que X. Dolan ne nous laisse pas trop le temps de nous y méprendre : dès la première scène où l’on suit Louis, le personnage peut-être principal la voix off laisse entendre que la famille

est traversée de conflits et d’incompréhensions nombreuses, variées (et qui ne seront jamais vraiment explicitées par les dialogues ou le scénario). Il y aurait beaucoup à dire sur l’importance de ces premières secondes en voix off qui, de manière quasi automatique (« réflexe » serait-on tenté de dire), nous place d’autorité dans le point de vue de Louis. Il ne dit pas pourquoi il n’est pas retourné dans sa famille depuis 10 ou

12 ans (il y a comme une incertitude ici) mais son ton de voix est si doux, si douloureux que l’on est tenté de lui faire immédiatement confiance... Or, ce qui est intéressant ici, c’est que, à deux ou trois reprises, cette confiance s’effrite devant les questions ou observations faites par d’autres membres de la famille. Il y a ainsi l’admirable scène où la mère, sortant de son personnage de mère quelque peu outrancière, explique à Louis que son statut social pourrait (devrait?) faire de lui l’aîné de la famille, celui sur qui l’on peut compter ; le renversement de perspective, ici, touche juste et fort : Louis n’a peut-être pas tout compris à ce qui se passait dans sa propre famille... Et puis, il y a la longue scène en voiture où Louis raconte à son frère (Vincent Cassel) qu’il a attendu à l’aéroport avant de se rendre à la maison. Le frère, que nous avons appris à détester tout au long du film, pose alors une question inattendue mais que l’on peut trouver très pertinente : « mais pourquoi tu me racontes ça ? Tu espères quoi en me racontant ça ? » Ce faisant, il nous amène à nous poser la même question : l’anecdote racontée par Louis n’est pas destinée qu’à meubler le silence ; Louis parle peu, donc s’il dit cela c’est qu’il en attend quelque chose... Et là, ma confiance en ce personnage a vraiment commencé à s’effriter, l’idée qui avait été plantée en nous au début (il est rentré pour annoncer qu’il va mourir) s’estompe un peu et j’ai été tenté d’accorder du crédit aux doutes agressifs de cette grosse brute de frère... ER Les CARNETS du STUDIO n°350 – novembre 2016 –

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02.11 au 29.11 2016