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le moulin du roc . SCÈNE NATIONALE . NIORT

cinema

août.septembre . N°246


Laurence anyways l Je n’ai pas choisi le thème de la transsexualité mais celui de l’amour mis à l’épreuve des décisions les plus importantes, existentielles. D’où les questions du film : Vivre ou aimer ? Vivre sans aimer ou aimer sans vivre ? Il y a quelques années, une amie m'a raconté que son copain lui avait un jour annoncé “Je veux devenir une femme”. J’ai écrit 30 pages dans la foulée. Et puis, je voyais dans la transsexualité une vitrine exceptionnelle pour parler de la façon dont la société marginalise les gens différents, comment elle les ostracise, comment elle les éconduit. Tant que les gens marginaux vivent en communauté dans les

bois et roulent leur pain sous les aisselles, ça ne pose pas de problème. Les gens qui vivent reclus, on les accepte, on les tolère. Mais lorsqu’ils s’immiscent dans notre vie, quand ils sont intégrés, qu’ils travaillent à nos côtés, c'est autre chose. Les gens les plus évolués éprouvent un malaise avec les transsexuels. Moi-même, quand j'en croise un dans la rue, je ressens une petite fierté à me dire : “Lui, c’est un transsexuel, je l’ai démasqué, il ne m’a pas eu”. C’est une réaction en réaction. Très superficielle. Xavier Dolan Propos recueillis par Nicolas Schaller CinéObs 19 mai 2012

l Quitté deux ans plus tôt sur un petit film parfait, Les amours imaginaires, bijou pop au ciselage de feu, Xavier Dolan, le juvénile Québécois, revient avec un film moins parfait mais peut-être plus grand. Plus hétérogène, tout en cassures de ton entre chromos chantilly (ralentis, musique à fond, feuilles mortes qui tournoient au vent) et violence parfois cassavetienne des échanges, le film n’est pas seulement long (2h39) : il est ample. Et aussi complexe, dans sa façon par exemple de légèrement biaiser le sujet annoncé (le crossgender) pour en traiter un autre, en apparence plus commun, mais qu’il traite de façon particulièrement habitée : les rechutes et les rémissions d’une histoire d’amour qui ne peut ni continuer ni mourir. Sur plus de dix ans, Laurence (c’est le garçon) et Fred (c’est la fille) n’en finissent pas de ne pas se quitter tout à fait et Dolan sismographie de façon ultrasensible ces bizarres sautes du temps et des sentiments. La belle réussite du film, c’est aussi sa direction d’acteur. Une alchimie opère entre le jeu expressif, appuyé, spectaculaire de l’actrice québecoise Suzanne Clément et celui au contraire très infra, d’une délicatesse inouïe, de Melvil Poupaud. Faire tenir ensemble l’outré et l’imperceptible, le criard et le sombre, c’est le grand mérite du cinéma fougueux et accueillant de Xavier Dolan.

Canada, France - 2011 Réalisation, scénario, montage : Xavier Dolan Photographie : Yves Bélanger Musique : Noia avec : Melvil Poupaud Suzanne Clément Nathalie Baye Monia Chokri Durée : 2h39 Prix d’interprétation féminine, Un Certain Regard, Cannes 2012 Grand Prix, Prix de la Jeunesse, Festival de Cabourg

Jean-Marc Lalanne Lesinrocks.com 21 mai 2012

Jeu 16/08 : 15h . 20h Ven 17/08 : 17h . 21h Sam 18/08 : 17h . 20h Dim 19/08 : 15h . 18h Lun 20/08 : 17h . 20h Mar 21/08 : 17h . 20h


Lola J’aime que tous les jeunes cinéastes ne se laissent pas glisser sur la même pente. Voilà encore du neuf. Jacques Demy déroule une manière de féerie réaliste où Anouk Aimée se montre admirable et symbolise cette nursery de “marins de tristesse” et des “filles de joie” qui rêvent ensemble d’une pureté mystérieuse. Jean Cocteau l Lola, danseuse de cabaret, élève un garçon dont le père, Michel, est parti depuis sept ans. Elle l’attend, elle chante, danse et aime éventuellement les marins qui passent. Roland Cassard, ami d’enfance retrouvé par hasard, devient très amoureux d’elle. Mais elle attend Michel…

l “Je suis parti vraiment de souvenirs personnels de ma vie d’adolescent à Nantes. Je me souviens que celle qui était Lola et qui était une petite fille de dix ans qui habitait le même immeuble que moi prenait de l’argent dans le sac de sa mère pour m’emmener à la foire. J’avais neuf ans et après la classe on partait à la foire tous les deux. Ce sont des souvenirs impérissables. Et ça me plaisait beaucoup de faire quelque chose sur la fidélité, la fidélité à un souvenir, et d’y mêler ces

souvenirs de Nantes, de l’époque où j’étais au collège et où je séchais les cours pour aller au cinéma… le moment où on cherche sa vie, sa raison d’être. Et le film est fait d’un mélange, ainsi… J’avais deux tantes qui s’appelaient Claire et Marie et qui m’ont un peu servi de modèles (pour les personnages de Claire et de Jeanne). Toute création est faite de présent, de passé et d’avenir, des choses qu’on a connues, rencontrées…” Jacques Demy

La chanson de Lola “C’est moi, c’est Lola Celle qui rit à tout propos, Celle qui dit l’amour c’est beau Celle qui plaît sans plaisanter, Reçoit sans les dédommager Les hommages des hommes âgés, Et les “Bravos” des braves gars, Les “Hourras”, les “Viens avec moi” Celle qui rit de tout cela, Qui veut plaire et s’en tenir là C’est moi, c’est Lola.”

France - 1961 Réalisation, scénario : Jacques Demy Photographie : Raoul Coutard Montage : Anne-Marie Cotret Musique : Michel Legrand avec : Anouk Aimée Marc Michel Annie Dupeyroux Corinne Marchand Durée : 1h25 Grand Prix de L’Académie du Cinéma, 1961

Jeu 16/08 : 18h Ven 17/08 : 17h . 21h Sam 18/08 : 16h . 18h Dim 19/08 : 18h . 20h Lun 20/08 : 20h Mar 21/08 : 18h


les enfants de belle ville Avant de réaliser Une Séparation, qui a connu le succès que l'on sait, Asghar Farhadi avait déjà à son actif ce très beau film. l Le film raconte la con­fron­tation de deux fa­mil­­­­les à propos d’un meur­tre sans que person­ ne ne puisse jamais se prononcer en faveur de l’une ou de l’autre de ces familles. Mon idée était ainsi de montrer que la frontière entre le bien et le mal n’existe pas, que nous ne possédons pas forcément assez d’éléments pour pouvoir dessiner cette frontière. C’est en ce sens qu’il est question de ce que j’appelle “la guerre du bien contre le bien”. Asghar Farhadi

l (...) Un jeune homme attend son exécution pour un crime passionnel - il a tué sa petite amie, promise à un autre, et a, sans doute, raté son propre suicide. Seul espoir pour qu’on le laisse en vie : obtenir la grâce du père de la victime, ce à quoi s’attelle Ala, compagnon de cachot récemment libéré.  “Le plaisir que donne le pardon, la vengeance ne le donne pas”, tente le jeune homme. Le vieil homme, pieux, semble ne rien vouloir entendre. Mais parce qu’on est en Iran et parce qu’on est dans un film d’Asghar Farhadi, les choses sont encore plus compliquées : à la voie possible de la simple charité se superposent, inextricablement, loi civile et loi religieuse. Celle-ci demande, par exemple, que

Iran - 2004 Réalisation, scénario : Asghar Farhadi Photographie : Ali Loghmani Montage : Shahrzad Pooya Musique : Hamid Reza Sadri avec : Faramarz Gharibian Babak Ansari Taraneh Alidoosti Ahoo Kheradmand

la sentence de mort ne soit exécutée qu’après versement à l’Etat d’une somme d’argent. C’est simple - et terrifiant : pour que le père de la victime fasse exécuter son assassin, il doit acquitter la “loi du sang”, une somme importante qui double parce que la victime était une fille... Selon le cinéaste, qui mène son récit de main de maître, rien ne peut jamais se résoudre, dans son pays, sans une transaction, symbolique ou financière. A la différence d’Une séparation, qui met en scène une nouvelle classe moyenne, Les Enfants de Belle Ville  (le titre est une antiphrase, “Belle Ville” une maison de redressement) sont des gens de peu. Le drame, ici, a des airs néoréalistes : Ala a rendu visite à la soeur de son ami condamné ; cette beauté des faubourgs a trouvé refuge non loin d’une voie de chemin de fer, auprès d’un dealer qu’elle n’aime pas. Magnifique personnage féminin, qui résiste coûte que coûte. (...) Pour Asghar Farhadi, il n’y a qu’une certitude : seule la femme peut ébranler les traditions liberticides de la société iranienne.

Durée : 1h41

Aurélien Ferenczi Télérama 12 juillet 2012 Jeu 16/08 : 16h . 18h . 20h Ven 17/08 : 19h Sam 18/08 : 15h . 20h Dim 19/08 : 16h Lun 20/08 : 18h Mar 21/08 :  20h


broken l C’est un premier film typiquement british avec sa dimension sociale mais qui a une petite flamme en plus, onirique. Une œuvre au noir sur les illusions perdues qui tend irrésistiblement vers la lumière, sans passer par la case paradis. Elle est imprégnée par la grâce de la jeune Eloise Laurence et par la profonde humanité de Tim Roth. Une réussite. Emmanuèle Frois Le Figaro 16 mai 2012 l Skunk, 11 ans, diabétique, est rayonnante et fragile. Mais tout son univers bascule le jour où, témoin d’une agression brutale, elle voit les certitudes rassurantes de l’enfance laisser place à l’injustice, au danger et à la peur… Même si Skunk trouve un refuge auprès de Rick, son voisin, un gentil garçon abîmé par la vie, elle doit faire un choix : rester dans une vie à laquelle elle n’était pas destinée ou en laisser les lambeaux derrière elle pour prendre un nouveau chemin ?

Broken est il une mé­­ ditation sur l’inno­cence ? La plupart d’entre nous répondons à l’amour, voulons être aimés. Je crois que c’est plutôt une méditation sur ce sujet-là, et ses différentes formes : désiré ou nondésiré, ardent, romantique, platonique ou bien incon­ ditionnel. L’innocence a bien un rôle dans Broken - à différents niveaux, on peut le percevoir comme l’histoire de sa perte pour beaucoup des personnages. C’est aussi une méditation sur l’art impossible de la parentalité; le prix à payer quand on a tout faux. Parfois l’amour n’est pas suffisant... Le cinéma réaliste social britannique est lié à Alan Clarke, Ken Loach, Mike Leigh, Shane Meadows, John Crowley ou Paddy

Considine. Vous sentezvous partie de ce mou­ vement ? J’admire ces cinéastes. Broken est évidemment lié à quelques-uns de leurs thèmes, donc dans ce sens, oui. Mais je n’ai pas grandi en Angleterre, ni en Europe, et les sujets qui m’intéressent peuvent probablement s’appliquer partout dans le monde. Même si inévitablement, ils sont affectés par l’endroit où je vis, qui est aujourd’hui l’Angleterre. Il y a beaucoup d’aspects du mode de vie britannique qui me frustrent énormément ; en même temps, j’adore cette île et ses étranges manières. J’espère que mon travail, quel que soit le medium utilisé, met à nu les inadéquations de cette société tout en célébrant son esprit.

Grande-Bretagne 2012 Réalisation : Rufus Norris Scénario : Mark O’Rowe D’après l’oeuvre de Daniel Clay Photographie : Rob Hardy Montage : Victoria Boydell Musique : Electric Wave Bureau avec : Tim Roth Eloïse Laurence Cillian Murphy Zana Marjanovic Durée : 1h30 Semaine Internationale de la Critique, Cannes 2012

Entretien avec Rufus Norris Broken juxtapose ten­ dresse et redoutable vio­­­lence. Comment pré­ server la sensibilité des personnages ? Dans la vie, chaque action est justifiée si l’on se met à la place de ceux qui la font. Un des grands attraits de Broken était de devoir se mettre à celle de personnes très différentes les unes des autres, mais ayant des comportements asociaux. Je ne les condamne pas, sans avoir non plus de temps à perdre à tomber dans le piège si facile d’une diabolisation de la société contemporaine. La compassion n’est pas une faiblesse : c’est ce qui nous rend humain, mais aussi un outil essentiel pour donner du relief à un récit. Mais bien sûr, rien n’existerait sans de grands acteurs.

Mer 22/08 : 16h . 18h . 20h Jeu 23/08 : 16h . 18h . 20h Ven 24/08 : 17h . 19h . 21h Sam 25/08 : 16h . 18h . 20h Dim 26/08 : 16h . 18h . 20h Lun 27/08 : 18h . 20h Mar 28/08 : 18h . 20h Mer 29/08 : 18h Jeu 30/08 : 16h . 20h Ven 31/08 : 17h . 19h Sam 1/09 : 16h . 20h Dim 2/09 : 20h15 Lun 3/09 : 16h . 18h Mar 4/09 : 18h . 20h


a perdre la raison La famille est le lieu d’apprentissage de la démocratie, et aussi le meilleur endroit pour observer la dictature. Je sais que c’est un lieu de violence. Ce qui m’intéresse dans la famille, ce sont les dysfonctionnements. Toutes ces choses qu’on n’arrive pas à déceler, mais auxquelles on participe. Les raisons pour lesquelles on est mal à l’aise, sans trop savoir d’où vient le problème. Pourquoi on n’arrive pas à se détacher d’une forme de lien. Joachim Lafosse

l (...) Sur son char de triomphe, un crime a eu lieu. C’est dit dès le début, une fois pour toutes. Afin d’empêcher l’obscénité d’un quelconque suspense. Une procession de petits cercueils sur le tapis roulant menant aux entrailles d’un avioncargo. En contrepoint, le visage amoché d’une femme allongée sur un lit d’hôpital, qui marmonne un vœu : “Qu’ils soient enterrés au Maroc.” Ainsi débarrassé, le récit va s’obséder d’autres questions autrement secouantes. Certainement pas le pourquoi, si peu le comment. Mais, de plein fouet, celle du regard qui d’ordinaire se détourne pour ne pas voir l’inhumain ou la monstruosité. Sobrement philosophe, Joachim Lafosse ne pense pas que la monstruosité est inhumaine. Il n’y a rien de plus ordinaire, presque fade, que la vie de Murielle. Elle rencontre un beau garçon, Mounir, aussi sexuel que sentimental, s’en éprend faute de saisir ce qui lui arrive, l’épouse à la hâte et lui fera plein d’enfants. Seul relief dans cette morne plaine, un certain docteur André Pinget, cinquantenaire qui partage la vie de Mounir sans qu’on sache de quoi est fait ce partage. Amant, père de substitution, mentor, bienfaiteur ? Plutôt un adopteur convulsif qui, ogre en embuscade, prend tout et surtout la nouveauté : la mariée, la mère, les enfants. Ce qui arrange tout le monde, surtout ses “otages”, le moindre souci financier étant épongé par un coup de chéquier et des logements de plus en plus grands quand la famille devient une tribu. “Y a pas de soucis”, comme on dit pour dénier que si, justement, il y a un gros souci. Insistant sur les gestes de la vie domestique, le film est un reportage sur la femme au foyer, un foyer qui va peu à peu virer à l’incendie : la femme à tout faire est débordée et bientôt submergée par un raz-demarée de couches, de crèches, de courses et de “qu’est-ce qu’on mange ?” L’hypothèse

sur son “geste” terminal, qui n’est ni jugement ni explication, est la suivante : Murielle fait des enfants à la chaîne, tannée par un mari culturellement clivé par son origine marocaine et qui, après trois filles, attend toujours un garçon. Mais “pondre” à tour de bras est aussi une vengeance, un bras d’honneur à son aliénation. N’ayant pas grand-chose à offrir et ne recevant pas grand-chose sinon des mortifications, Murielle donne des enfants. Malédiction à ce qui pourrait contester cette offrande. Visage. L’agneau pourrait devenir carnivore. Il suffit d’une scène pour ouvrir cet abîme : Murielle, dans sa voiture, écoutant un vieux tube de Julien Clerc, Femmes, je vous aime. Elle chante à l’unisson, elle pleure. Quelle connerie, quelle merveille. Tout remonte à la surface de son visage : le silence, les faux oublis, la peur. Visage, c’est rien de le dire, car si Tahar Rahim est parfaitement parfait dans le rôle du mari marri et Niels Arestrup idoine en croquemitaine, c’est à genoux qu’il faut louer Emilie Dequenne. Par sa grâce, Murielle est son prénom d’actrice majeure comme Rosetta fut celui de son baptême cannois, il y a treize ans, à Cannes, chez les Dardenne.

France, Belgique, Suisse, Luxembourg 2012 Réalisation : Joachim Lafosse Scénario : Joachim Lafosse Matthieu Reynaert Thomas Bidegain Photographie : Jean-François Hensgens Montage : Sophie Vercruysse avec : Niels Arestrup Tahar Rahim Emilie Dequenne Baya Belal Stéphane Bissot Durée : 1h51 Prix d’interprétation féminine, Un Certain Regard, Cannes 2012

Gérard Lefort Libération 23 mai 2012 Mer 22/08 : 16h . 18h . 20h Jeu 23/08 : 16h . 18h . 20h Ven 24/08 : 17h . 19h . 21h Sam 25/08 : 16h . 18h . 20h Dim 26/08 : 16h . 18h . 20h Lun 27/08 : 18h . 20h Mar 28/08 : 18h . 20h Mer 29/08 : 16h . 20h Jeu 30/08 : 18h Ven 31/08 : 19h . 21h Sam 1/09 : 18h Dim 2/09 : 16h . 18h . 20h Lun 3/09 : 16h . 20h Mar 4/09 : 16h . 18h Mer 5/09 : 18h Jeu 6/09 : 16h Ven 7/09 : 21h15 Sam 8/09 : 20h Dim 9/09 : 16h Lun 10/09 : 18h Mar 11/09 : 16h . 20h


cherchez hortense l Damien, professeur de civilisation chinoise, vit avec sa femme, Iva, metteur en scène de théâtre, et leur fils Noé. Leur histoire d’amour s’est enlisée dans une routine empreinte de lassitude. Pour éviter à une certaine Zorica d’être expulsée, Damien se trouve un jour piégé par Iva, qui le somme de demander l’aide de son père, conseiller d’Etat, avec lequel il entretient une relation plus que distante. Cette mission hasardeuse plonge Damien dans une spirale qui va bouleverser sa vie…

Entretien avec Pascal Bonitzer Comme vos précédents héros (l’un prof de philo, l’autre critique, un autre éditeur), Damien est un intellectuel… Pourquoi privilégiez-vous ce type de personnage ? Je sais, c’est très mal vu, mais que voulez-vous, on ne se refait pas. Parce que je parle toujours un petit peu de moi dans mes films, même si ce ne sont pas des films autobiographiques, non que je me trouve particulièrement intéressant, mais c’est un moyen d’ac­ quérir une certaine sincérité, une authenticité, une vérité psychologique. Damien est chargé par sa femme d’intervenir en haut lieu pour éviter à une jeune fille sans papiers d’être expulsée. Votre film n’est pourtant pas une comédie politique… L’histoire que je raconte s’inspire en partie d’une histoire vraie (comme disent

les films américains) que m’a rapportée Agnès de Sacy, ma coscénariste : l’histoire de quelqu’un qui, à la suite d’un divorce, se retrouvait privé de sa carte de séjour et dont un coup de téléphone donné à quelqu’un grâce à quelqu’un etc. pouvait modifier le sort. Je voulais parler, à ma façon, de la question des sanspapiers, plus largement des contrôles d’identité. Dans les années que nous venons de passer, au-delà des contrôles basés sur le faciès, on pouvait se retrouver devoir prouver que ses arrière-grandsparents étaient bien nés sur le sol français. C’est quelque chose qui me concerne, mes racines sont cosmopolites. Et donc l’identité, celle qu’on croit avoir et celle qui peut être questionnée par les autorités, est une question qui me préoccupe profondément. L’identité dans le film est d’ailleurs une question multiforme, elle est posée aussi au niveau sexuel : qu’est-ce que ça veut dire, pas seulement être français, être étranger, mais aussi bien être homosexuel, être hétérosexuel, sachant que cette façon de cataloguer, ou de s’auto-cataloguer, est finalement assez récente… C’est l’amour qui pousse le héros à devenir hu­main ? C’est lorsqu’il comprend

que l’engagement abstrait qui lui est demandé pour une inconnue coïncide avec l’intérêt concret qu’il ressent pour une jeune femme rencontrée par hasard, lorsqu’il mesure concrètement le tort qu’il a fait à cette dernière, qu’il se mobilise vraiment. Et ce mouvement - même s’il n’est pas couronné de succès est à la fois un mouvement vers l’autre, vers cette jeune femme, et une conquête de soi, un pas vers soi-même, vers cette confiance en soi qui est le contraire de ce que la société exige de nous, à savoir nous conformer, être conformistes…

France - 2012 Réalisation : Pascal Bonitzer Scénario : Agnès de Sacy Pascal Bonitzer Photographie : Romain Winding Montage : Elise Fievet Musique : Alexei Aigui avec : Jean-Pierre Bacri Kristin Scott Thomas Isabelle Carré Claude Rich Durée : 1h40

La psychanalyse vous intéresse. Peut-on qua­ lifier votre film d’oe­ dipien ? L’incompréhension en­tre père et fils, incom­pré­ hension poussée jusqu’au ressentiment, est un des thèmes du film, effectivement. Il y a deux relations père-fils d’ailleurs puisque Damien est à la fois fils et père, fils par rapport à Sébastien (Claude Rich) et père par rapport à Noé (Marin). On peut trouver freudien tout récit où quelqu’un a des difficultés à affronter son père ou son fils… Mais je ne pense pas en termes de psychanalyse. J’essaie que ce soit surtout drôle, et j’espère que ça l’est.

Mer 5/09 : 16h . 18h . 20h Jeu 6/09 : 16h . 18h . 20h Ven 7/09 : 17h . 19h . 21h Sam 8/09 : 16h . 18h . 20h Dim 9/09 : 16h . 18h . 20h Lun 10/09 : 16h . 18h . 20h Mar 11/09 : 16h . 18h à l'affiche jusqu'au 25 septembre


Confession d’un enfant du siècle Face à  Pete Doherty, parfait dans le rôle du ténébreux Octave, Charlotte Gainsbourg livre une composition ren­ versante à  tous égards, elle tient sa partition avec une maîtrise proprement sidérante, qui lui offre d’accéder à  une totale liberté d’elle-même et de son propre corps. (...) Pascal Mérigeau Le Nouvel Observateur 22 mai 2012

Entretien avec Sylvie Verheyde En quoi le roman de Musset a suscité cette envie d’adaptation ? C’est après avoir réalisé Stella que j’ai eu l’idée de ce film. Stella était très autobiographique et j’avais envie de m’évader. Je suis venue au cinéma par la littérature : j’adore Balzac et le XIXe siècle notamment. Je n’étais pas fan de cinéma et les cinéphiles étaient, à

mes yeux, des gens qui ne vivaient pas (rires). J’ai bâti ma culture à travers les livres. J’avais l’impression d’y apprendre plus de choses sur moi-même. J’avais lu le roman de Musset et il m’est revenu en mémoire, certainement parce qu’il m’inspirait des envies de premier rôle masculin. Musset est une figure du romantisme français, il parle de la fin des illusions et de l’amour comme tentative de réponse au désenchantement, même si les sentiments peuvent être subversifs. A travers Octave, il traite d’une époque où l’on ne sait pas de quoi demain sera fait mais où l’on sait qu’hier est mort. Un malaise historique qui se transforme en angoisse métaphysique, en mélancolie, le mal du siècle. Ca résonnait vraiment comme quelque chose de contemporain : aujourd’hui on découvre que le progrès ne mène pas forcément vers le mieux, que c’est la fin des idéaux… Et puis, je n’avais jamais filmé une histoire d’amour. Le “carcan” du roman vous a-t-il obligée à vous reposer davantage sur les dialogues que dans vos précédents films… Je tenais à rester le plus fidèle possible au roman, et c’est vrai que la plupart des dialogues sont ceux de Musset. J’étais aussi sensible à la beauté de sa langue avec l’envie de la faire partager. Le personnage auquel je m’identifie en lisant le roman, c’est celui d’Octave. Il n’est pas si étranger à ceux de mes autres films… On peut avoir une image très mièvre du romantisme, alors qu’il véhicule beaucoup de violence, de souffrance, une lutte intime entre le bien et le mal, tout cela sous un vernis sophistiqué. Je voulais garder ce côté un peu précieux, élégant des répliques, tout en explorant le sous-texte.

France - 2012 Réalisation, scénario : Sylvie Verheyde D’après l’oeuvre de Alfred de Musset Photographie : Nicolas Gaurin Montage : Christel Dewynter Musique : NousDeux The band avec : Charlotte Gainsbourg Peter Doherty Agust Diehl Lily Cole Guillaume Gallienne Durée : 2h Un Certain Regard, Cannes 2012

Mer 29/08 : 15h45 . 18h . 20h15 Jeu 30/08 : 15h45 . 18h . 20h15 Ven 31/08 : 16h45 . 21h Sam 1/09 : 15h45 . 18h . 20h15 Dim 2/09 : 15h45 . 18h . 20h15 Lun 3/09 : 18h . 20h15 Mar 4/09 : 15h45 . 20h Mer 5/09 : 15h45 Jeu 6/09 : 20h Ven 7/09 : 16h45 . 19h Sam 8/09 : 15h45 Dim 9/09 : 18h Lun 10/09 : 20h Mar 11/09 : 18h . 20h15


La Servante “Hanyo de Kim Ki-young, ou plutôt La Servante, est l’un des véritables classi­ ques du cinéma sud-coréen. Lorsque j’ai enfin pu le voir, j’ai été stupéfait. Le fait que ce film si intensément - voire passionnément - claus­trophobe n’est con­ nu en Occident que des plus fervents cinéphiles constitue l’un des grands accidents de l’histoire du cinéma. (...) J’ai hâte que de nouveaux spectateurs découvrent et se mettent à aimer La Servante.” Martin Scorsese l Une famille vient d’em­ ménager dans une grande maison neuve. Le père, Dongsik, enseigne la musique dans une usine pour femmes. Afin de soulager son épouse qui souffre de fatigue, il accepte d’accueillir une servante recommandée par une jeune ouvrière à qui il donne des cours particuliers de piano et qui ne le laisse pas indifférent. Possédant un comportement ambigu, la nouvelle venue s’amuse à espionner les conversations ou à effrayer les enfants. Lorsqu’elle entame une liaison avec Dongsik, le foyer tombe lentement sous l’emprise de la servante…

Corée du Sud - 1960 Réalisation, scénario : Kim Ki-young Photographie : Kim Deok-jin Montage : Oh Young-geun Musique : Han Sang-gi avec : Lee Eun-shim Kim Jin-kyu Ju Jeung-nyeo Eon Aeng-ran Durée : 1h50

l“Pour un Occidental, la découverte d’un film comme La Servante, plus de 50 ans après, offre un sentiment merveilleux. Merveilleux non seulement parce qu’on découvre un extraordinaire faiseur d’images en la personne de Kim Ki-young, à la fois auteur et réalisateur, mais aussi parce qu’il s’agit d’une oeuvre absolument imprévisible. Luis Buñuel possédait donc un frère coréen ! (…) Ce qui rend La Servante si stupéfiant

réside dans l’intensité de la passion entre le com­ positeur et sa servante, les mécanismes visibles du triangle amoureux composé par le mari, la femme et la maîtresse, et la possibilité, à tout moment, que ce triangle soit perturbé, voire explose, à cause de la longueur inhabituelle d’un plan, ou de l’utilisation pop art des objets du quotidien, ou encore de la présence intrusive du corps féminin…” Jean-Michel Frodon

Mer 5/09 : 20h Jeu 6/09 : 18h Sam 8/09 : 18h Dim 9/09 : 20h15 Lun 10/09 : 16h

PROCHAINEMENT SUR LES ECRANS DU MOULIN DU ROC La Vierge, les coptes et moi de Namir Abdel Messeeh Rencontre avec le réalisteur le mardi 18 septembre.

Supplément mensuel du magazine du Moulin du Roc, Scène Nationale de Niort. 9 boulevard Main . 79 000 Niort tel : 05 49 77 32 30 internet : http://www.moulinduroc.asso.fr courriel : moulinduroc@moulinduroc.asso.fr Achevé d’imprimer sur les presses de l’Imprimerie Nouvelle Sté Angevin à Niort sur papier Consort Royal Silk 135 g. en caractère Baskerville, en 5000 exemplaires. Conception graphique-réalisation : Sylvie Bourdin. Rédaction et choix des textes : Jacques Morel, Marc Lanel. Directeur de la publication : Jacques Morel.

The We and the I de Michel Gondry

La salle de cinéma du Moulin du Roc est adhérente à l’a.c.o.r. (Association des Cinémas de l’Ouest pour la Recherche), à l’a.f.c.a.e. (Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai) à l'A.C.I.D. et à l'A.D.R.C.


ao没t septembre

16H

18H

20H

PETITE SALLE

GRANDE SALLE

PETITE SALLE

Les Enfants de Belle Ville

15h : Laurence Anyways

Les Enfants de Belle Ville

17h : Lola

17h : Laurence Anyways

Lola

15h : Les Enfants de Belle Ville

Lola

17h : Laurence Anyways

Les Enfants de Belle Ville

15h : Laurence Anyways

Lola

Laurence Anyways

LUNDI 20

Les Enfants de Belle Ville

17h : Laurence Anyways

Lola

Laurence Anyways

MARDI 21

Lola

17h : Laurence Anyways

Les Enfants de Belle Ville

Laurence Anyways

JEUDI 16 VENDREDI 17 SAMEDI 18 DIMANCHE 19

GRANDE SALLE

PETITE SALLE

GRANDE SALLE

Lola

Les Enfants de Belle Ville

Laurence Anyways

21h : Lola

21h : Laurence Anyways

Les Enfants de Belle Ville

Laurence Anyways

19h : Les Enfants de Belle Ville

Lola

MERCREDI 22

A perdre la raison

Broken

A perdre la raison

Broken

A perdre la raison

Broken

JEUDI 23

A perdre la raison

Broken

A perdre la raison

Broken

A perdre la raison

Broken

17h : A perdre la raison

17h : Broken

19h : A perdre la raison

19h : Broken

21h : A perdre la raison

21h : Broken

SAMEDI 25

Broken

A perdre la raison

Broken

A perdre la raison

Broken

A perdre la raison

DIMANCHE 26

Broken

A perdre la raison

Broken

A perdre la raison

Broken

A perdre la raison

LUNDI 27

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A perdre la raison

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A perdre la raison

MARDI 28

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A perdre la raison

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A perdre la raison

VENDREDI 24

A perdre la raison

15h45 : Confession d'un enfant ...

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Confession d'un enfant ...

A perdre la raison

20h15 : Confession d'un enfant ...

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15h45 : Confession d'un enfant ...

A perdre la raison

Confession d'un enfant ...

Broken

20h15 : Confession d'un enfant ...

17h : Broken

16h45 : Confession d'un enfant ...

19h : Broken

19h : A perdre la raison

21h : A perdre la raison

21h : Confession d'un enfant ...

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15h45 : Confession d'un enfant ...

A perdre la raison

Confession d'un enfant ...

Broken

20h15 : Confession d'un enfant ...

15h45 : Confession d'un enfant ...

A perdre la raison

Confession d'un enfant ...

A perdre la raison

20h15 : Broken

A perdre la raison

LUNDI 3

A perdre la raison

Broken

Confession d'un enfant ...

Broken

20h15 : Confession d'un enfant ...

A perdre la raison

MARDI 4

A perdre la raison

15h45 : Confession d'un enfant ...

A perdre la raison

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Confession d'un enfant ...

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15h45 : Confession d'un enfant ...

Cherchez Hortense

A perdre la raison

Cherchez Hortense

La Servante

Cherchez Hortense

A perdre la raison

Cherchez Hortense

La Servante

Cherchez Hortense

Confession d'un enfant ...

Cherchez Hortense

VENDREDI 7

16h45 : Confession d'un enfant ...

17h : Cherchez Hortense

19h : Confession d'un enfant ...

19h : Cherchez Hortense

21h15 : A perdre la raison

21h : Cherchez Hortense

SAMEDI 8

15h45 : Confession d'un enfant ...

Cherchez Hortense

La Servante

Cherchez Hortense

A perdre la raison

Cherchez Hortense

DIMANCHE 9

Cherchez Hortense

A perdre la raison

Cherchez Hortense

Confession d'un enfant ...

Cherchez Hortense

20h15 : La Servante

LUNDI 10

Cherchez Hortense

La Servante

Cherchez Hortense

A perdre la raison

Cherchez Hortense

Confession d'un enfant ...

MARDI 11

Cherchez Hortense

A perdre la raison

Cherchez Hortense

Confession d'un enfant ...

A perdre la raison

20h15 : Confession d'un enfant ...

MERCREDI 29 JEUDI 30 VENDREDI 31 SAMEDI 1er sept DIMANCHE 2

MERCREDI 5 JEUDI 6

I.S.S.N.1161 - 7799 . Licences spectacles en cours. I.S.S.N.1161 - 7799 . Licences spectacles en cours


NIort • Moulin du roc