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L'ACOR est une association inter-régionale implantée dans six régions de l'Ouest de la France – Bretagne, Centre, Haute-Normandie et Basse-Normandie, Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Elle regroupe des structures tournées vers la défense de l'art et essai et de la recherche dans le cinéma.

COMMUNIQUE Association des cinémas de l'ouest pour la recherche

N°01

Vendredi 13 janvier 2012

Du côté des adhérents de l'ACOR (p.1) Soutiens GNCR (p.2) Soutiens ACID (p.3) Soutiens AFCAE (p.4 et 5) ; info distributeur (p.5)

Directeur de publication : Yannick Reix, président de l'ACOR • rédaction : Catherine Bailhache et Soizig Le Dévéhat • contact@lacor.info • www.lacor.info Avec le soutien du CNC et des DRAC des régions Centre, Pays-de-la-Loire, Poitou-Charentes, Bretagne, Haute-Normandie, Basse-Normandie

Du côté des adhérents de l'ACOR Au Studio de Tours Vendredi 13 janvier 2012 « Refaire le monde, de Vincente Minnelli à Jacques Demy » par Hervé Aubron Pour leur quatrième édition, les Rencontres de la Bibliothèque du Studio ont invité Hervé Aubron, rédacteur adjoint au Magazine littéraire, critique et enseignant en cinéma.

18H00

Exposé d'Hervé Aubron (dans la Bibliothèque, entrée gratuite)

19H45

Quinze jours ailleurs de Vincente Minnelli (USA • 1962 • 1H47) projection suivie d'un échange du public avec Hervé Aubron

L'acteur Jack Andrus sort d'asile psychiatrique, où il était soigné pour des troubles graves dus à l'alcoolisme. Un télégramme de son ami Maurice Kruger, réalisateur, l'invite pour quinze jours à Rome pour l'aider sur un tournage. Il s'y rend, pour découvrir que Kruger ne lui a pas réservé un rôle d'acteur, mais juste la charge de la postsynchronisation du film. Il se met néanmoins au travail avec ardeur et plaisir, pour se prouver qu'il en est capable. Andrus va devoir affronter le mépris, la trahison, et surtout le désenchantement, le cynisme de tout ce petit monde du cinéma... Quinze jours ailleurs est un film troublant sur la décomposition du monde hollywoodien, et sur les rapports entre l'artifice cinématographique et la réalité du monde.

Vendredi 20 janvier 2012 à partir de 19H00 la Nuit du Genre 8ème édition : « Les D`jeuns au cinéma » Cette année l'équipe de la Vague Jeune a décidé de rendre hommage, sous cet intitulé, à la jeunesse au cinéma. Ce qui nous a le plus frappés lorsque nous avons dressé la liste des films qui nous passaient par la tête à l'annonce du thème, c'est qu'ils ont en commun cette idée que les réalisateurs évoquaient leur propre expérience du passage de l'adolescence à l'âge adulte. Ce passage est d'ailleurs très souvent difficile parce qu'il s'agit des premières expériences amoureuses, des confrontations avec les parents, des conflits avec la société en générale, bref une période d'incompréhension et d'incertitude. On peut citer pêle-mêle les précurseurs tel Nicholas Ray (La Fureur de vivre), François Truffaut (Les 400 coups), ou encore Georges Lucas (American Graffiti) (…). Nous vous proposons de venir nous rejoindre lors de la Nuit du Genre et de vous y donner rendez-vous pour en discuter toute la nuit s'il le faut... et (re)découvrir :

19H00

Le Péril jeune de Cédric Klapisch

21H00

Peggy Sue s’est mariée de Francis Ford Coppola

23H00

Donnie Darko de Richard Kelly

••••••••••••••••••••••••••••• En 2007, le collectif 100jours avait réuni soixante réalisateurs et réalisatrices pour créer et diffuser 100 films, les 100 jours précédant le deuxième tour des élections présidentielles. Cinq ans plus tard, le rituel des élections reprend son cours, les protagonistes sont identiques, la représentation spectaculaire et les enjeux confisqués et nous renouvelons donc l’expérience.

• c'est 100 court-métrages documentaires diffusés en ligne à partir du 27 janvier, au rythme d'un nouveau film chaque jour, jusqu'au résultat des élections présidentielles françaises. • c'est aussi 100nuits, un espace en ligne, ouvert à toutes formes de création pour des artistes ou auteurs qui souhaitent collaborer au projet. De janvier à mai 2012, il s’agira de faire des films et des créations, organiser des diffusions, débattre, faire de la politique. En réinventant notre place, en tant que créateur et spectateur, individu et collectif, nous souhaitons réaffirmer que ce sont les rencontres qui produisent le politique.

Vendredi 27 janvier 2012 à 20H30

au Dietrich à Poitiers soirée de lancement des « 100jours » Au programme : le premier film de la série, ainsi qu'une sélection de court-métrages documentaires réalisés par des cinéastes ou vidéastes engagés dans l'aventure. Soirée présentée par des membres du Collectif 100jours. Séance suivie d'un apéro. Toutes les infos, la liste des réalisateurs et l'actualité 100jours sur www.100jours.org


Soutiens GNCR Ulysse, souviens-toi ! de Guy Maddin

Canada • 2011 • N&B • 1H34 • avec Jason Patric, Isabella Rossellini, Udo Kier ED distribution • 22 février 2012

Plus d'infos sur le site du distributeur ici Edition d'un document d'accompagement 4 pages GNCR

Ulysse Pick est un gangster égoïste, un mari violent et un père mal aimant. Après une longue absence, il rentre enfin chez lui. Une maison qu’il ne reconnaît plus, une maison hantée par les fantômes du passé. Chaque recoin cache un secret dont il cherche la clé. Pièce après pièce, il entreprend une odyssée au plus profond de ses souvenirs. Denny, une jeune femme noyée et miraculeusement revenue à la vie l’aide dans sa quête. Elle est aveugle, mais son regard vide perce au-delà de la réalité présente. Accompagnés de Manners, le propre fils d’Ulysse que ce dernier ne reconnaît même pas, ils arpentent les couloirs et les passages secrets pour se rapprocher de la vérité. Un voyage qui le rapproche pas à pas de Hyacinth, sa femme, enfermée dans une des chambres.

Extrait d'un entretien avec Guy Maddin : […] Je voulais travailler à partir des codes d’un genre. J’ai pensé aux films de gangsters, aux films de maisons hantées, et je me suis dit que les deux allaient bien ensemble. (...) J’avais en tête les étonnants films hybrides du siècle dernier, tels que Deux nigauds contre Frankenstein ou Spooks Run Wild dans lequel les Bowery Boys, qui ne sont PAS des gangsters, côtoient Bela Lugosi, etc. Le choix d'un genre hybride s'est donc fait très naturellement, d'autant plus qu’il incluait des fantômes (...) Vampyr de Cart Theodore Dreyer m’a aussi beaucoup apporté. C’est un film emblématique du genre “horreur”, mais c’est surtout un film abstrait et poétique, qui plonge le spectateur dans une errance en songe et s’attache à des émotions déstabilisantes et inconfortables. [...] C'est (...) mon premier film entièrement tourné en numérique, et c'était passionnant. Les caméras numériques sont de petite taille, comme les caméras Super 8 que j'ai l'habitude d'utiliser. (…) Seule la direction artistique a dû être abordée différemment, du fait de la résolution HD. Les détails sont forcément plus visibles. Il faut savoir que le détail est l'ennemi des films à petits budgets comme les miens. Je me suis toujours sorti d'affaire en créant des décors bon marché et en utilisant le grain de l'image pour estomper le manque de détails. Pour ce film, je me devais d'être plus attentif aux détails, mais quand je n'obtenais pas un résultat satisfaisant, je devais en faire un choix artistique radical. J'aime cette impression d'entre-deux. [...] « La Poétique de l'espace” de Gaston Bachelard (…) est la plus belle étude sur la phénoménologie de l'espace intérieur. Il décrit ce que chaque pièce, chaque recoin, chaque armoire d'un espace habité peut signifier pour les personnes qui y vivent, les sentiments qu'ils font naître en eux, et les souvenirs ou plutôt les fantômes - qu'ils leur évoquent. (…) Pour ce film, j’ai choisi de déconstruire la maison pour la reconstruire en m’aidant de la structure d’une histoire tombée dans le domaine public. L’architecture de ce type de narration permettra peut-être au spectateur de s’immerger dans les rêveries de Bachelard tout en y trouvant un écho personnel. (...) Ainsi, j'ai réuni Homère et Bachelard, tout comme j'ai réuni des fantômes et des gangsters dans “Ulysse, souviens-toi !”. Ils composaient les couleurs d'un drapeau qui flottait au-dessus de mon bureau, une alliance inattendue agissant tel un baume au coeur.

Oslo, 31 août de Joachim Trier Norvège • 2011 • 1H35 • avec Anders Danielsen Lie, Hans Olav Brenner, Ingrid Olava Memento films • 29 février 2012 • Un Certain regard 2011

Plus d'infos sur le site du distributeur ici | Entretien (vidéo) avec le réalisateur sur Arte Tv ici | Entretien avec le réalisateur sur Cineuropa ici Edition d'un document d'accompagement 4 pages GNCR

En fin de cure de désintoxication, Anders se rend en ville pour une journée, à l’occasion d’un entretien d’embauche. Il en profite pour renouer avec sa famille et ses amis, perdus de vue. Une lutte intérieure s’engage en lui, entre un profond sentiment de gâchis face aux occasions manquées, et l’espoir d’une belle soirée et, peut-être, d’un nouveau départ…

"Oslo, 31 août" : à Oslo, la balade du temps perdu d'un jeune solitaire […] On avait déjà repéré l'art de Joachim Trier à conjuguer littérature et désarroi mental dans Nouvelle donne (2006), où un jeune romancier devenu écrivain à succès se retrouvait en hôpital psychiatrique. Ancien champion de skate, enfant de la culture pop fasciné par Robert Bresson, ce cinéaste trentenaire affine son étude du spleen suicidaire dans cette adaptation libre du Feu follet de Drieu La Rochelle, dont Louis Malle réalisa un très beau film en 1963. (…) Dans la version très existentialiste de Joachim Trier, la drogue a remplacé l'alcool, et l'influence de la Nouvelle Vague est perceptible, y compris dans l'évocation du milieu social dont est issu ce blond désemparé errant dans Oslo, interprété par un remarquable comédien, Anders Danielsen Lie. (...) Avant de commettre son geste fatal, cet exclu du bonheur, incurable solitaire, s'offre donc une journée de rencontres placée sous le signe d'un "Je me souviens" à la Georges Perec, teinté de dérision. Après une vaine tentative pour retrouver un emploi de journaliste, il tente de renouer avec d'anciennes petites amies, rencontre une jeune femme irradiant la sérénité qui ne parvient pas à le guérir de sa tristesse, boit avec des potes qui l'enfoncent dans son mal-être. Il s'accroche, il a besoin de parler, il aimerait qu'on lui redonne une chance, il constate que personne ne peut l'aider, il se met au piano... Un nouveau jour va se lever sans lui. Balades du temps perdu soulignant la troublante confusion entre identité et mémoire, ces dernières 24 heures de la vie d'un homme distillent un sentiment physique de l'espace, comme chez Antonioni, autant que l'impuissance d'un athée à se trouver une lumière spirituelle autrement que dans l'art. (…) Jean-Luc Douin – le Monde ici […] Le film raconte vingt-quatre heures dans la vie d’un jeune homme sensible et lucide qui retrouve ses proches et ses repères après s’être un temps coupé du monde. Ces retrouvailles douces-amères sont surtout prétextes à un portrait en creux de la jeunesse, du passage à l’âge adulte et de ses désillusions. La principale différence avec son film précédent vient avant tout d’un apaisement de la mise en scène, devenue plus discrète et jouant moins sur des effets de montage. (...) la maturité du scénario d’Oslo 31 Aout tient justement dans l’incroyable justesse de la description de cette nostalgie postadolescence, de ses rêves déchus. Une sincérité et une authenticité émouvantes, qui rappellent parfois le beau Les Amours imaginaires de Xavier Dolan […]. Oslo 31 Aout est une œuvre forte, moins facile qu’il n’y parait. Un film surprenant à la fois humble, inventif et touchant sur la solitude, qui possède son propre ton, rarement croisé ailleurs, tout en restant très accessible. De quoi largement confirmer la talent de Joachim Trier, placé désormais très haut parmi les espoirs du cinéma européen. Gregory Coutaut – www.filmdeculte.com ici Autres critiques : Bénédicte Prot – Cineuropa ici | Nicolas Gilli – www.excessif.com ici


Soutiens ACID Bovines de Emmanuel Gras France • 2011 • 1H02 • documentaire 22 février 2012 • Happiness Distribution Programmation ACID • Cannes 2011 Edition d'un document d'accompagnement ACID /CCAS

Plus d'infos sur le site du distributeur ici | sur le site de l'ACID ici

Des séances scolaires à destination d'élèves (de 3 à 8 ans) peuvent être organisées. Brouter, ruminer, contempler mais aussi s’émouvoir, meugler sa peine ou tout simplement se délecter d’une pomme... Au rytme de l'animal, au milieu d'un troupeau, Bovines raconte la vie des vaches, la vraie.

Bovines est un film magnifique. Les vaches mènent la danse. Majestueuses, sensibles, volontaires, maternelles, mécontentes, blessées, prisonnières, résignées. La vie d’une vache est riche d’événements infimes : un orage duquel il faut se protéger, un sac plastique courant dans l’herbe… L’approcher, se méfier. Emmanuel Gras filme le temps, la manière dont il modifie imperceptiblement le déroulement de la vie et du visible. Sa caméra se fige. Petit à petit, par une contemplation patiente et sereine, l’image se plie, s’échappe du réel pour se contracter en une forme abstraite et plastique. Le vivant devient contour. La toile d’araignée, une fragilité cosmique. Les premières gouttes d’un orage animent une flaque d’eau, troublent et rident le reflet du soleil par des cercles concentriques qui jaillissent, se fondent, s’affolent puis s’acceptent. Ces images construites donnent un relief très beau au bocage normand, coeur de la scène. Un nuage devient une forme obscure quand il passe devant la lune. Pour seule musique, insectes et oiseaux rendent hommage au soleil et, bien entendu, les protagonistes de taille n’ont pas la langue dans leur poche. Jamais je n’avais réellement regardé de vache. Regarder de cette manière si précise que la chose devient tout à coup étrange, comme disséquée. La vache, son regard intransigeant quand elle broute l’herbe, son air résigné quand elle attend que la pluie passe, sa nonchalance à mettre bas (…) Par des gros plans sur la bête – car ce sont des monstres, pacifiques et étonnants – Emmanuel Gras livre un portrait de caractère. L’histoire. Tout semblait commencer dans le meilleur des mondes. Un troupeau blanc mène une vie de vache : brouter, ruminer, naître, se lécher les uns les autres. Dans ce paisible bocage, l’homme est un étranger. Quand il apparaît, l’étrangeté est manifeste. Tracteur, anorak et « Allez » répétés le rendent… presque abstrait. Puis quelques scènes chargent une tension dramatique manifeste. Une camionnette arrive, immatriculée 14. L’inscription « viande charolaise » au dos. Certains membres du troupeau ne reviendront plus. Et les autres ne peuvent s’arrêter de hurler. Pourtant les pissenlits recommenceront de frémir sous la caresse du vent. Avec simplicité, Emmanuel Gras signe un film profondément calme. Entre le land art et le pamphlet végétarien, les angles choisis apportent une charge émotionnelle et narrative insoupçonnée… à cette vie normande vue sous l’oeil de boeuf. Amalia Casado - www.grand-ecart.fr ici Autres critiques : Christophe Kantcheff - Politis ici |Diane - www.leblogducinema.com ici | Pierre Murat - Télérama ici | Sarah Elkaïm – www.critikat.com ici Bovines est présenté dans le dernier N° de Premiers pas ? (janvier et février 2012). Deux courts-métrages du réalisateur sont notamment disponibles à l'Agence du court métrage : Une petite note d'humanité (2003 • 35 mm • 18') | Tweety Lovely Superstar (2005 • vidéo • 18')

Bi, n'aie pas peur ! de Phan Dang Di Vietnam / France / Allemagne • 2010 • 1H32 • 35 mm/DCP • avec Phan Thanh Minh, Tran Tien, Nguyen Ha Phong, Nguyen Thi Kieu Trinh, Hoa Thuy, Mai Chau Acrobate distribution • 14 mars 2012 Semaine de la Critique 2010 : Soutien ACID/CCAS / Prix SACD | Festival Premiers Plans : Grand prix du Jury | Festival de Cinéma Asiatique de Tours : Prix du Jury ...

Site du film ici | dossier pédagogique du festival du film de Fribourg ici Edition d'un document d'accompagnement ACID /CCAS

A Hanoi, Bi, un enfant de 6 ans, vit avec sa famille dans une maison proche d’une usine de glace, terrain de jeux mystérieux. Après des années de silence, son grand-père paternel, gravement malade, revient dans la maison familiale. Pendant que Bi tisse avec lui une relation complice, son père fuit la famille et cherche réconfort auprès d’une jeune masseuse. Sa mère ferme les yeux sur cette relation et reporte son affection sur le grand-père. Sa tante, prude et célibataire, est submergée par son attirance subite pour un jeune lycéen. Dans ce monde où les adultes souffrent en silence de leurs désirs contrariés, le jeune Bi découvre la vie...

Succession de sensations. Moiteur. Froid intense. Désir. Tristesse. Amertume. Pour entrer dans ce premier film du Vietnamien Phan Dang Di, il faut se dépouiller des exigences rationnelles de l'esprit pour se laisser simplement porter par ses sens. Peu importe ce qui meut les personnages, et pourquoi ils agissent de telle ou telle manière, seuls comptent leurs actes, les relations ténues qu'ils tissent entre eux, l'atmosphère générale dans laquelle ils évoluent. Le réalisateur joue ainsi sur les associations d'images (comme on parle d'associations d'idées), les scènes en écho ou en miroir, les contrastes : il passe d'un regard (intense) à une scène d'amour crue, puis d'un corps à un autre. Saisissant sens de l'ellipse. Cette manière de suggérer, de rester dans l'implicite, parfois l'inexpliqué, apporte au récit poésie et sensualité, mais aussi délicatesse car à aucun moment le film ne bascule dans le drame, et rien de spectaculaire n'a jamais lieu. On est simplement dans le quotidien, fragile et tendu, souvent sur le point de basculer (c'est en tout-cas ce que suggère le travail sur le son, qui rend le brouhaha angoissant et les voix lointaines) mais ne succombant jamais. Il y a de quoi se perdre - avec bonheur - dans ce labyrinthe sensoriel (et sensuel) où les femmes ont le beau rôle. Plus fortes et plus volontaires, ce sont elles qui s'occupent des hommes. Les soignent, les protègent, leur pardonnent. Moins soumises qu'inconditionnellement aimantes. Les personnages masculins sont eux plus bravaches et finalement plus fragiles. Représentants de trois générations distinctes, ils ont en commun un immense besoin de leurs alter egos féminins. De leur regard, de leurs bras, de leur corps, ou tout simplement de leur présence. Les femmes du film sont ainsi comme ces bulles de savon qui s'envolent vers le ciel : libres et fières. Mais aussi tour à tour eau ruisselante et glace fondante. Autant d'éléments symboliques qui reviennent sous différentes formes dans le film et procurent réconfort et soulagement autour d'elles. Comme un hommage discret rendu aux femmes de toutes conditions qui luttent à leur manière pour apporter poésie et légéreté dans un quotidien en demi-teinte. MpM – Ecran noir ici Autres critiques : Nicolas Bardot – www.filmedeculte.com ici | critiques de lycéens sur Critikat ici


Soutien AFCAE actions promotion la Désintégration de Philippe Faucon France • 2011 • 1H18 • avec Rashid Debbouze, Yassine Azzouz, Ymanol Perset Pyramide • 15 février 2012

Plus d'infos sur le site du distributeur ici | page Facebook ici Edition d'un document d'accompagement 4 pages AFCAE

Une cité dans l'agglomération lilloise, aujourd'hui. Ali, Nasser et Hamza, âgés d'une vingtaine d'années, font la connaissance de Djamel, dix ans de plus qu'eux. Aux yeux d'Ali et ses amis, Djamel apparaît comme un aîné aux propos acérés et au charisme certain. Habile manipulateur, il endoctrine peu à peu les trois garçons, connaissant mieux que quiconque leurs déceptions, leurs failles et leurs révoltes face à une société dans laquelle ils sont nés, mais dont aucun des trois ne pense plus désormais faire partie.

Philippe Faucon (…) mêle intimisme et problématiques sociales : séropositivité dans Sabine, choc culturel dans Dans la vie, lutte d’une ado maghrébine dans Samia. Avec La Désintégration, il s’intéresse au terrorisme moderne, ces kamikazes et fous d’Allah, prêts à sacrifier leurs propres vies au nom de leurs idéaux. Qu’est-ce qui pousse un individu à la folie extrémiste ? Comment l’être peut-il basculer dans la violence et la haine ? Le sujet est épineux, le traitement -lui- intelligent. Ses trois futurs meurtriers, Faucon les filme dans leur quotidien lillois, familial. Dans leur banlieue triste et leur galère de tous les jours. Ils sont socialement exclus, ne trouvent pas de boulot, n’arrivent pas à s’intégrer, ont des mères, des sœurs, des frères. Le titre annonce la couleur : désintégration pour un processus inverse à celui désiré (l’intégration dans la société française), désintégration pour un corps sacrifié, qui part en miettes, symbole d’une non issue, d’une revendication ultime. Ces trois jeunes de banlieue, qui basculent peu à peu dans un groupe islamiste radical, jusqu’à commettre le pire au siège de l’OTAN à Bruxelles, Faucon les filme comme des mecs lambdas, désespérés, humains, décortiquant l’engrenage du mal à hauteur d’hommes, sans excuser, sans vouloir comprendre, préférant les faits aux grands discours. (…) L’envie simple, mais puissante, d’exposer au grand jour les causes, et conséquences du pire. La pourriture progressive d’une situation. L’envers du concept de terrorisme. Formellement, le film a de beaux atouts de son côté. La mise en scène est forte, le montage sans bavure, l’interprétation saisissante (...). Le drame de société, politique, ancré dans l’actualité, ne se limite alors pas à l’illustration documentaire, mais possède de vraies forces cinématographiques. Impressionnant, au vu du budget réduit. Celine Diane - www.paperblog.fr ici […] L'exercice est difficile. Contre les stéréotypes, la seule réponse est humaine : en permettant à ses personnages d'exister en esprit et en chair, Faucon démonte les clichés comme il ne cesse de le faire dans son cinéma. Même issu d'un casting approfondi, on retrouve dans La Désintégration l'esprit de Samia (2000) : un cinéma qui sort des personnages plutôt que des personnages choisis pour mettre en scène une histoire comme c'était le cas dans La Trahison (2005) ou Dans la vie (2008) (…) ce type de cinéma est forcément documentaire : il puise son acuité dans la spontanéité du jeu d'acteurs sans grande expérience professionnelle, voire non professionnels, placés en situations pour réagir. […] Suivant ainsi l'implacable mécanique avec la précision d'un polar, Faucon divise son film entre les causes et leur conséquence. S'il échappe à la démonstration pédagogiste, c'est qu'il préserve en tout moment la charge humaine. Ali et ses compères sont tout le contraire des tueurs à gages ou des monstres qu'on fantasme dans les médias : ils conservent leur faiblesse jusqu'au bout. Les comprendre n'implique ni de leur pardonner ni de les déresponsabiliser, mais les stigmatiser n'aurait servi à rien tant il est aujourd'hui essentiel, face à la pensée du tout-répressif, de démonter les conditions qui concourent à la violence. C'est en s'inscrivant dans ce projet par toute son esthétique et son rapport à ses acteurs que le film de Philippe Faucon contribue avec une impressionnante justesse à prévenir la désintégration de ces hommes de chair et de sang qui constituent notre société. Olivier Barlet - www.africultures.com ici Autres critiques : Mathieu Macheret - Critikat ici | Yaël - toutelaculture.com ici |

Soutien AFCAE Répertoire Five easy pieces de Bob Rafelson

Etats-Unis • 1970 • 1H38 • avec Jack Nicholson, Karen Black, Susan Anspach Solaris Distribution • 15 février 2012

Plus d'infos sur le site du distributeur ici Edition d'un document d'accompagement

Issu d’une famille bourgeoise, Robert Dupea est un révolté. Par réaction contre son milieu, il a renoncé à sa carrière de musicien pour devenir ouvrier spécialisé et vit avec une serveuse nommée Rayette. Pour lutter contre l’ennui, il boit et joue au poker... Un jour, Robert décide de partir vers le Nord, là où se trouve la riche demeure familiale. Il rencontre, alors, Catherine, la petite amie de son frère...

Éloge de la fuite À l’aube des années 70, l’Amérique traverse une terrible crise existentielle : non seulement le modèle de la réussite individuelle et de la “prospérité au coin de la rue” est à l’agonie, mais la contre-culture offre des alternatives à l’American way of life, mis à mal par la guerre du Vietnam et les révoltes estudiantines. Deuxième long métrage de Bob Rafelson, Five Easy Pieces est né sur ce terreau-là : tourné en six semaines pour moins de 900 000 dollars, il jouit de la même liberté narrative et formelle qu’Easy Rider. Sans construction dramaturgique classique, le film est une magnifique errance à travers des espaces dont la banalité même est signifiante : des bowlings, des terrains pour caravanes, des stations-service, des “diners” ou de sinistres motels, qui semblent échappés d’un album de photos des années 50 de Robert Frank. Une Amérique momifiée, figée dans le conservatisme d’Eisenhower, qui n’a pas su répondre aux attentes nouvelles de la jeune génération. […] dans ce monde d’une vacuité devenue abyssale, la révolte n’a plus aucun objet. Elle n’est plus qu’une fuite vaine et éperdue, d’un lieu vide de sens à un autre tout aussi dérisoire. Mais le personnage de Jack Nicholson, qui trouve ici l’un de ses premiers grands rôles, a aussi une forte résonance sociale. Issu d’une famille bourgeoise d’artistes et d’intellectuels, il a rejeté son milieu, frayant désormais avec des ouvriers, des serveuses ou des joueurs de bowling. Néanmoins, Bobby n’est à son aise nulle part et méprise tout autant les musiciens de sa famille que les gens modestes qu’il se plaît à fréquenter. Cette confrontation conflictuelle de types culturels et sociaux opposés est au cœur du cinéma de Rafelson. Constamment pris en étau et incapable de se fixer ou de s’engager avec qui que ce soit, le protagoniste campe le malaise des Américains qui ne se reconnaissent ni dans la “majorité silencieuse” chère à Nixon, ni dans la communauté hippie. Ne reste alors que la fuite… (Dossier de presse)


Soutiens partenariat AFCAE Répertoire Train de nuit de Jerzy Kawalerowicz Pologne • 1959 • 1H42 • N&B • avec Leon Niemczyk, Lucyna Winnicka, Teresa Szmigielówna UnzéroFilms • 28 mars 2012 • DCP

Plus d'infos sur le site du distributeur ici | revue de presse ici Un homme, qui désire s’isoler, se trouve contraint de partager sa cabine avec une femme en fuite de son amant. Alors que le train part, sans retour possible, la police montée à bord traque sans relâche un mystérieux assassin mêlé aux voyageurs. Le train fonce dans la nuit, les rencontres improbables des uns des autres, nous mènent vers une chasse à l’homme cruelle et violente, qui fait basculer de simples vacanciers en des êtres assoiffés de vengeance.

« Jerzy Kawalerowicz est un auteur énigmatique qui travaille dans l'énigme. L'Ombre, déjà, on s'en souvient, avait fait évoquer Hitchcock – et pas seulement à cause de son allure policière. On relevait chez l'un comme chez l'autre un même goût du mystère, le même « matériel » psychologique dont ils disposent comme d'un clavier. Train de nuit précise et dément à la fois ces tentatives de classifications. Au jeu des familles, Jerzy Kawalerowicz dame le pion aux plus futés des limiers de la critique.[...] Quoi qu'il en soit, Train de nuit appartient à un cinéma résolument composé. Mais les recherches esthétiques – séquelles de l'expressionnisme – qui aboutissent chez un Wajda à un symbolisme pesant et souvent naïf, se fondent ici dans un projet secret dans lequel Kawalerowicz a, de son propre aveu, donné la part du lion à l'indicible, à l'informulé, à cette frange imprécise et nocturne qui auréole ses personnages. Kawalerowicz affectionne le mystère comme la taupe les entrailles de la terre. Son train n'est qu'un long tunnel dont l'issue – cette plage blanche de la Baltique – ne dissipe guère la nuit. Train fantôme, train de fantômes, rempli de menaces latentes qui entretiennent un sempiternel suspense. Voyage au bout d'une nuit inquiète, dont même les diversions (l'arrestation spectaculaire d'un assassin) n’exorcisent pas les spectres. Les personnages sont là, devant nous, sans nous, jamais pour nous, bouclés à double tour dans des plans glacés, barricadés derrière leur mystère, lançant seulement dans le vide des appels qui demeurent sans réponse. » André S. Labarthe - Cahiers du cinéma (N°120 • Juin 1961)

The Plague dogs de Martin Rosen

Grande Bretagne • 1982 • dessin animé • 1H43 • À partir de 11 ans Splendor Films • 4 avril 2012

Plus d'infos sur le site du distributeur ici Un fox terrier et un labrador s'échappent d'un laboratoire d'expérimentations scientifiques sur les animaux isolé dans les Highlands. Traumatisés par les "hommes en blanc", ils cherchent à retrouver un maître qui saurait les aimer sans torture. Perdus dans les montagnes, ils rencontrent un renard qui accepte de les aider à retourner vers la civilisation. Seulement, une rumeur se répand : les deux chiens pourraient être porteurs de la peste…

L’animation connaît depuis dix ans un regain d’intérêt et un succès foudroyants. Il est temps d’aller en chercher les perles. Et voici un chef-d’œuvre méconnu des profanes. Le film, sorti en 1982, dépeint le relief accidenté du Lake District en Angleterre. […] Ce classique des dessins animés britanniques est un grand film. À travers la cavale des deux chiens, c’est bien entendu une parabole critique sur la société contemporaine qu’adresse Martin Rosen : pour les chiens, le pire n’est pas derrière eux, la vie en cage était un moindre mal et la liberté un mirage, qui ne leur fait rencontrer que méfiance et agressivité. Le film frappe par sa tristesse, sa musique mélancolique et tantôt angoissante, et plusieurs scènes crues ne le destinent pas aux enfants. Martin Rosen met en exergue une vive accusation des sévices aux animaux, de la désinformation de la presse et de la méchanceté humaine. Loin d’un Hollywood qui simule l’autocritique irrévérencieuse au final bienveillante, voilà un dessin animé qui cogne. Certes les animaux ont la parole, mais c’est là le seul point commun avec les films d’animation habituels. The Plague Dogs est un film bouleversant, qui ose l’animation réaliste au service d’un récit fataliste, à l’ambiance délétère et à la tonalité sombre. Festival Lumières ici

Info distributeur le Chemin noir documentaire de Abdallah Badis 1H18 • beta Sp • A3 distribution • 14 mars 201

Plus d'infos sur le site du distributeur ici De la campagne française aux paysages sidérurgiques sinistrés de Lorraine, le chemin noir traverse la France d’aujourd’hui et celle d’hier ; l’enfance enfouie renaît et avec elle son cortège de fantômes : les vieux Arabes invisibles, le métal en fusion et l’usine disparue.

Dans Le Chemin noir, Abdallah Badis utilise la puissance du saxo et la voix rocailleuse d'Archie Shepp qui font résonner la transcendance de la défaillance des corps. Les corps du Chemin noir, ce sont ceux des manœuvres algériens de la sidérurgie dont le réalisateur est issu, ceux de ces retraités qui regardent leur reste de vie passer, se demandant où ils seront enterrés. [...] sur quoi appuyer cette mémoire alors que les usines sont en ruines ou ont disparu, remplacées par un parc d'attraction ? Attentif mais impassible comme un Elia Suleiman, Abdallah Badis illustre avec Archie Shepp sa mélancolie sans jamais tomber dans la nostalgie. Sa présence à l'écran et la multiplication d'artifices de distanciation lui permettent de ne pas s'enfermer dans la perte de ce qui n'est plus là, mais d'en construire un présent qui pose la question angoissée de l'avenir. Son film très écrit a pourtant l'ouverture d'un jazz improvisé : ses dispositifs poétiques sont là pour capter ce qui veut bien rentrer dedans, et quand ça fonctionne, c'est de l'or en barre (...).Olivier Barlet – Africultures « le voyage au pays de naissance n’est pas un déplacement des plus simples ; (...) Il y a de la couture à faire, il y a un fil secret à suivre et ce fil m’emmène dans les paysages français de mon enfance. C’est là le cadre de l’essentiel des souvenirs que j’ai de mes parents. Le cadre est en miettes, les lieux de mon enfance méconnaissables. On a tué le travail qui unissait et les cités sidérurgiques de Lorraine sont orphelines. (…) Le monde a changé, mais les Arabes sont restés des « invisibles ». Attirés par la sidérurgie comme des papillons par la lumière, beaucoup s’y sont brûlés. Certains en sont morts. Je les vois, ces rescapés, réunis près du foyer de travailleurs où il n’y a plus de travailleurs. Ces vieux Arabes ont l’âge de mon père. » Abdallah Badis

2012 | Communiqué N°01  

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