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Propositions / Mission d’étude sur le cinéma numérique et les films et salles de patrimoine et de répertoire Comment faciliter le passage au numérique pour les salles de cinéma de patrimoine et répertoire, et les distributeurs et détenteurs de films de catalogue ?

Martine Esquirou (rapporteur) I - Introduction sur quelques points principaux La variété et la richesse de programmation des salles de films en France , et singulièrement à Paris fondent la qualité et la diversité du cinéma proposé en salles à travers la France. Cette diversité ne saurait se perdre à l’occasion du passage au numérique. Dans un cadre où, par définition, le répertoire s’offre sur peu de salles et à travers peu de copies pour chaque film de patrimoine , le modèle économique général, défini pour les films récents et fondé sur le VPF ( virtual print fee), ne pourra pas s’appliquer facilement. Par nature , le film de répertoire, réédité sur peu de copies et distribué dans très peu de salles, sur une période de temps longue, a une économie « inverse » de celle du film inédit dont la sortie en salles est brève et sur des écrans plus nombreux. Le film de répertoire ne générera pas d’économies pour le distributeur dans le passage au numérique : son édition sur master numérique à partir d’une bobine en 35 mms ou même à partir d’un fichier numérique simple ( pour la VOD ou le DVD) coûtera sensiblement plus cher dans un premier temps qu’une copie neuve en 35mms. Il ne générera donc pas de VPF susceptible d’aider au remboursement des équipements de projection ad hoc dans les salles dédiées. Quel modèle appliquer dès lors, à ce segment de marché particulier, pour faciliter son passage vers le numérique ? C’est à cette question que nous nous sommes attachés, en essayant de tenir compte des spécificités actuelles , et des contraintes particulières appliquées aux films de patrimoine et de catalogue. 1.

Les salles entièrement dédiées au cinéma de répertoire sont peu nombreuses à Paris comme en province (moins d’une douzaine au total). Près de 120 salles d’art et d’essai ont également le label patrimoine. Nous suggérons qu’elles puissent indistinctement bénéficier du fonds mutualisé, mais sur la base du volontariat uniquement pour les salles de patrimoine, sur un calendrier à négocier et sous conditions particulières compte tenu du petit nombre de séances et de copies en circulation (voir plus loin).

2.

L’accessibilité des films, et dans un format satisfaisant, semble de loin, le point le plus difficile à résoudre.

- La copie numérique moins chère sur des grands volumes de copies ou dans un processus technique homogène ( à partir d’une post-production numérique) se révèle en revanche à la fois plus chère et plus complexe dans ses étapes de fabrication pour un film de patrimoine de 35 mms. Le coût des masters numériques comparé à celui d’une copie neuve en 35 mms est multiplié aujourd’hui par six environ, selon nos estimations, et malgré l’opacité et la variabilité des tarifs. Même si on peut espérer une baisse de ces coûts à terme, l’obstacle est d’importance. Un fichier « pivot » en revanche, pour une version DVD, BluRay ou VOD est


nettement moins cher mais dans un format de compression insuffisant pour la qualité de projection en salles. Assez logiquement, l’ayant droit ou le détenteur de catalogues aura donc tendance à numériser jusqu’au fichier pivot, pour des déclinaisons commerciales en VOD et en DVD s’il doit investir et exploiter son catalogue en numérique. - Les détenteurs de catalogues vont convertir leurs films en numérique selon un calendrier, un type de format et des choix de titres « phares » ou prioritaires qui leur sont propres. De leurs choix, dépendra la disponibilité des films de répertoire en numérique. - Le format numérique n’est pas stable. Tout film devra donc être conservé aussi en 35 mms pour en garantir la pérennité, ou en tout cas, voir sa version numérique, convertie régulièrement pour en renouveler la durabilité. RESUME DES PROPOSITIONS

Pour une aide ciblée et concertée des salles du patrimoine et des films de catalogue 1. La création de sous-commissions dédiées : Nous suggérons la création rapide de deux commissions au sein des dispositifs existants -l’une pour les salles de patrimoine et les salles d’A&E avec le label patrimoine et répertoire. Une telle commission pourrait réunir les professionnels concernés, le CNC , le CIN, la CST, l’AFCAE , les exploitants de salles de films du patrimoine et d’A&E avec le label PR, les représentants des collectivités territoriales , mais aussi de l’IFCIC. Elle devrait examiner, affiner et modéliser les critères de financement et d’amortissement de coûts de leur équipement numérique, mais aussi les projets de spécialisation d’écrans par salles dans la période de transition et de programmation. Les équipementiers pourraient être associés également. Enfin elle examinerait les restrictions pour maintenir les conditions de la concurrence, imposées aux salles spécialisées comme aux grandes salles en matière de flexibilité nouvelle dans la programmation alternative – en marge de leurs lignes de programmation et de leur cible, d’une part, et d’autre part des spectacles « hors cinéma ». - l’autre pour les films de patrimoine et de répertoire Cette commission qui réunirait le CNC, des représentants des exploitants de salles, des distributeurs spécialisés, des détenteurs de catalogues, des laboratoires, des techniciens de la CST (…) pourrait examiner les conditions d’accès aux aides et les incitations nouvelles, pour la numérisation des films, permettant d’en faciliter et d’en accélérer les versions mastérisées en 2K. elle examinerait aussi la gestion de la pénurie, pour les salles dans la période de transition (avec des normes de projection abaissées ?) .


SALLES 2. L’accès sans distinction des salles de patrimoine et d’A&E avec le label PR au fonds mutualisé Une concertation devra réunir les acteurs contributeurs du fonds, sous l’égide du CNC , comme les collectivités territoriales pour maximiser et coordonner les aides et subventions dont bénéficieront les salles dédiées au patrimoine et au répertoire pour leur passage au numérique. Une concertation entre les différentes parties prenantes pourrait ainsi adapter : 1) les règles d’éligibilité au fonds mutualisé, applicables à ces salles 2) les règles de la péréquation financière qui leur seront appliquées. Nous recommandons une vraie réflexion sur les plafonds de MG demandés, et sur le VPF – nous suggérons qu’il n’y ait pas de VPF à verser par le distributeur dans la période de transition. 3) les modes de financement additionnant les différentes sources ( fonds mutualisé, aides spécifiques, aides de la Ville…) Trois modèles d’équipements/ de choix de transition sont possibles 3. L’équipement en numérique des salles de patrimoine devra se faire sur la base du volontariat Certaines salles feront volontairement le choix de rester en projection 35 mms : Le choix sera particulièrement pertinent : . pour les salles mono-écrans pouvant difficilement accueillir la double projection (pas assez de films de répertoire disponibles en numérique) . pour les salles dont les exploitants feront du 35 mms un critère marketing différenciant et attractif 4. La spécialisation des écrans pour la période de transition ou la double projection Des salles qui ont deux écrans et plus , vont choisir : . Soit de spécialiser un écran en numérique : La spécialisation par écran est un modèle qui permet de basculer tout de suite dans la projection numérique, mais qui ne permettra pas les séances de continuation. . Soit la double projection pour l’un des écrans Ce modèle de transition s’appliquera également aux salles d’Art et d’Essai avec le label PR 5. Le calendrier : il sera négocié au cas par cas selon les salles Un projet de programmation précis, avec un business plan prévisionnel , ainsi la garantie d’accès à suffisamment de films devra aider la décision Une concertation permettant un équipement choisi et assumé de la part de l’exploitant sera la clé de la réussite, avec une vraie mobilisation à la fois du fonds mutualisé et de toutes les aides existantes 6. Un VPF à revoir : Il augmente singulièrement le coût de circulation des films numériques de patrimoine pour le distributeur : il doit déjà payer un surcoût de mastérisation de la copie, et préférera se priver d’une salle que de lui verser un VPF. . Les salles de patrimoine pourraient ne pas y prétendre, à condition d’un remboursement spécifique pour leur équipement numérique . . Un VPF pourrait être calculé et pris en charge sur une enveloppe spécifique, abondée par un pourcentage des VPF sur les films récents à l’intérieur du fonds. Sauf bien sûr dans les cas où l’équipement des salles de patrimoine serait entièrement pris en charge par le fonds mutualisé et des subventions associées des collectivités.


7. Des nouvelles formules pour les publics jeunes afin de faciliter l’accès aux œuvres de patrimoine Dans un contexte où les salles de patrimoine, comme les salles d’A&E avec le label PR vont se trouver fragilisées pendant la période de transition numérique, quels que soient les garde-fous mis en place et les aides à la numérisation, nous recommandons vivement une plus grande circulation des oeuvres de patrimoine, pour inciter et éduquer les publics jeunes notamment à découvrir ou re-découvrir des films de répertoire. (Les jeunes publics ( moins de 26 ans) abonnés aux cartes illimitées , disposant par ailleurs d’un budget limité pour découvrir des films de répertoire en DVD ou sur VOD via des plateformes payantes, pourraient d’une part bénéficier de séances dédiées dans les circuits mais aussi d’entrées « gratuites » ou à très bas tarifs dans les salles indépendantes pour les films masterisés en 2K. Ceci supposerait une concertation sur les conditions d’accès et les modalités de péréquation financière soit interprofessionnelle soit sous l’égide éventuelle du CNC.) 8. Une réflexion sur le type de formats de projection Dans la mesure où certains films jugés « mineurs » ou peu « rentables » ne connaîtraient pas d’autre versions numérique que le master HD ( le fichier pivot) pour le DVD, peut-on imaginer, dans certains cas exceptionnels, comme les rétrospectives, que les salles puissent projeter des films de moindre qualité numérique pour exposer un film qui ne le serait pas autrement ? 9. Un juste équilibre dans la flexibilité des programmations = des nouvelles règles en concertation avec le CNC Le numérique va permettre aux grands circuits de proposer plus facilement une programmation alternative, y compris sur des films de patrimoine, pour des ressorties importantes notamment. Il va aussi permettre aux salles jusqu’ici entièrement dédiées à un genre ou à vocation particulière, d’aérer leur programmation par des films récents plus faciles d’accès (en théorie). Il conviendra sans doute de maintenir un juste équilibre dans la concurrence par la fixation de « quotas » éventuels de séances pour ne pas risquer de voir des dérives importantes de part et d’autre des anciennes « frontières » naturelles qui ont permis de maintenir en France un tissu unique en Europe de propositions en matière de cinéma.


FILMS Comment au delà de la subvention pour l’équipement, garantir l’accessibilité des catalogues aux salles de répertoire ?

Note préalable : Le coût du numérique ( selon les estimations à ce jour) Pour réaliser un fichier pivot déclinable ensuite en formats DVD ou VOD, il faut donc a minima entre 15.000 et 20.000 euros. La version encodée pour la salle coûte 3.000 à 5.000 euros de plus. Si le fichier pivot n’existe pas, ou si l’internégatif est scanné puis encodé, le coût global est équivalent, soit entre 20.000 et 30 .000 euros. La copie numérique moins chère sur des grands volumes de copies ou dans un processus technique homogène ( à partir d’une post-production numérique) se révèle en revanche à la fois plus chère, et plus complexe dans ses étapes de fabrication, pour un film de patrimoine en 35 mms. 10. Une définition du film de patrimoine et de répertoire à revoir : Les films classiques (et les plus anciens) comme les grands films de répertoire des dernières années seront numérisés, y compris en 2K, voire en 4K. Pour ne pas risquer de perdre la mémoire en numérique de la production plus récente, des 30 à 40 dernières années, rarement ré-éditée en salles ( sauf rétrospectives particulières) , un élargissement de la définition devrait être proposé, avec une réduction du délai de « 20 ans » pour l’éligibilité au rang de « film de patrimoine ». Une définition revisitée pourrait s’appuyer plutôt sur la notion de film de « catalogue », et ramener à 10 ans par exemple la date butoir pour les aides sélectives, accélérant ainsi le mouvement de numérisation. A la clé, des incitations particulières devraient être mises en place pour la numérisation des films plus récents. Une réflexion au niveau européen permettrait d’identifier les critères et les périodes les plus « discriminants » pour le passage au numérique afin d’essayer de corriger par une politique publique les effets mécaniques du marché dans la sélection des œuvres pouvant passer à la postérité. 11. La création d’un fonds spécialisé pour la numérisation des catalogues / avec une section spéciale et une majoration des aides pour le master 2K a) Seuls la Culture et l’Etat peuvent débloquer les fonds nécessaires pour la création d’un « guichet » dédié à la sauvegarde du patrimoine cinématographique. b) Une ventilation nouvelle des aides sélectives peut être imaginée, avec un « bonus » accordé aux détenteurs de catalogues qui choisiraient la version 2K plutôt que le master HD pour la VOD et le Blu Ray. c) Une taxe sur les revenus issus de la VOD ( et le Blu Ray ?) ? Le grand « boom » de la numérisation des catalogues semble être tiré en avant par la croissance du VOD et le Blu Ray, profitant aux distributeurs sur les grandes plateformes comme aux éditeurs de vidéo. Pour inciter les détenteurs de catalogues à aller plus loin que le master HD ( fichier pivot) , jusqu’au master 2K, une taxe sur les versions numériques permettant une exploitation commerciale immédiate viendrait alimenter l’aide accordée au meilleur format pour les salles.


12. Des incitations nouvelles La numérisation des catalogues va entraîner un surcroît de travail pour les laboratoires. Une étude sur le potentiel d’emplois supplémentaire et la croissance de leur chiffre d’affaires, permettrait de proposer un accompagnement spécifique : par exemple, une exonération de la TVA aujourd’hui à 19,9% sur les masters 2K, pour en diminuer les coûts , ou encore une exonération de charges patronales si les tarifs étaient plafonnés. 13. Une contribution de l’Education nationale Les 3 dispositifs « d’école et cinéma », de « collège au cinéma » et de «lycéens et apprentis au cinéma » qui concernent chaque année plus d’un million d’enfants grâce à un fonds alimenté sur le compte de soutien pour les 2/3 et pour la Culture pour un tiers sont un vrai succès. L’Education nationale en acceptant de participer au coût des copies neuves permettrait d’alimenter un fonds dédié à la préservation et la numérisation des films et du patrimoine cinématographique. 14. Un dialogue constant avec les détenteurs de catalogues sur leur politique de numérisation des catalogues pour adapter et coordonner dans le temps les aides accompagnant leur investissement On peut aussi imaginer une aide à la numérisation du catalogue plutôt qu’un VPF versé par le distributeur à la salle quand les deux rôles d’exploitant et de distributeur sont si intimement liés. 15. Une réflexion sur les droits Comment garantir un accès des droits en 35 mms et en numérique de façon unifiée en Europe ? Les droits sur les films de patrimoine risquent d’être vendus par « tranches » quand les droits sur les films inédits seront cédés par « paquets » . Une concertation ou une incitation réglementaire devrait lever l’hypothèse. De même, une réflexion sur l’accès aux films numérisés par les Archives pourrait s’ouvrir pour permettre, par contrat avec les ayant-droits et les détenteurs de catalogues, lors de la prise en charge d’une restauration, d’offrir une plus grande flexibilité aux lieux de projection dédiés au patrimoine, publics et privés. 16- Courts métrages Une mission spéciale pourrait proposer des solutions spécifiques à la numérisation des films courts, dont le patrimoine reste intégralement en 35 mms. Elle devrait permettre d’identifier les publics, les exploitations commerciales éventuelles , les prix et les coûts de numérisation et de stockage/ de conversion. Martine. ESQUIROU / AOUT 2009


Remerciements Je remercie tous les interlocuteurs qui ont bien voulu me recevoir, partager avec moi leurs informations et leurs interrogations, et les prie par avances de m’excuser pour les approximations éventuelles qui ne restitueraient pas fidèlement leurs propos ou leurs pensées. Je n’ai pas vu tous les acteurs de ce marché, et prie donc également ceux là qui ne se retrouveront pas dans ce document de m’excuser de cet oubli ou de ce manque de temps. Je veux remercier d’abord les responsables du CNC, et bien sûr en premier lieu Véronique CAYLA, sa présidente, et Anne DURUPTY, directrice générale adjointe, pour leur confiance. Un grand merci, pour leur patience et leur professionnalisme à ceux qui ont bien voulu partager un peu de leurs connaissances du dossier avec moi ,et plus particulièrement au CNC:

Philippe LEVRIER Olivier WOTLING Boris TODOROVITCH Béatrice De PASTRE Nicole DELAUNAY Emma CLIQUET Lionel BERTHINET Guillaume BLANCHOT Anne COCHARD Hélène RAYMONDAUD André SANTELLI Je remercie également :

Michel GOMEZ et Isabelle SVANDA de la Mission Cinéma à PARIS Patrick BROUILLET de l’AFCAE Rodolphe LERAMBERT et Jean Michel GEVAUDAN de l’ADRC L’Agence du Court Métrage Thierry DELPIT de CI Films pur ses informations techniques précieuses Jacques FANSTEN, président de la SACD J’étais heureuse de rencontrer à cette occasion des exploitants de salles et distributeurs très motivés, parmi lesquels -Jean Max CAUSSE , propriétaire de la Filmothèque Sophie DULAC, productrice, distributrice et propriétaire de 3 salles à Paris dont les Reflets Médicis Jean Michel RODON, propriétaire des salles Action à Paris, et de la société du Théâtre du Temple


Vincent Paul BONCOUR, fondateur de la société Carlotta Films et copropriétaire de la salle Latina à Paris : un grand merci pour l’immense temps qu’il m’a consacrée ! Jacques MARECHAL pour la société les Grands Films Classiques Simon SIMSI, président de la société ACACIAS Martin BIDOU, de HAUT et COURT

Les détenteurs de catalogues et les responsables de circuits m’ont également tous reçue avec un grand souci de transparence et un vrai intérêt pour le film de patrimoine Je ne pourrais pas citer tous ceux qui étaient présents, parfois nombreux sur chaque rendez-vous, mais je voudrais tout particulièrement remercier : François CLERC, directeur de la distribution chez GAUMONT Franck LE BOUCHARD , directeur du circuit EUROPALACES Marc LACAN directeur général de PATHE Martine AUDIARD, directrice technique de PATHE Laurence GACHET directrice de la distribution à MK2 Camille TRUMER, responsable de la


Rapport CNC Esquirou