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ISSN 0299 - 0342

CINÉMAS STUDIO : 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS

N°309 • février 2013

Wadjda un film de

Haifaa Al-Mansour

Vendredi 8 février, 19h Soirée Rude Boy Story voir page 6


semaine

du 20 au 26 février

4 C

I

N

lundi 19h30 VF -2D

14h15 VO -3D

É

M

19h30 14h30

21h45

E

1h20’ VF

de Enzo d’Alo samedi à 14h15

À suivre.

14h15 16h00 17h30

52’ VF

L’OGRE DE LA TAÏGA 16h15 de Divers réalisateurs

de Peter Jackson

1h21’ sans paroles

LES LUMIÈRES DE LA VILLE

1h44’

ANTIVIRAL 1h30’

1h42’

SYNGUE SABOUR PIERRE DE PATIENCE de Atik Rahimi

1h55’

À suivre.

LES CHEVAUX DE DIEU de Nabil Ayouch

DES MORCEAUX DE MOI

1h36’

TU HONORERAS TA MÈRE ET TA MÈRE

17h30

de Brigitte Roüan

SUGAR MAN de Malik Bendjelloul

1h42’

de Cate Shortland

À suivre.

SHADOW DANCER

19h15

de Pablo Trapero

2h05’

À suivre.

jeudi 19h45 C

I

N

21h30

LA POUSSIÈRE DU TEMPS

de Sacha Gervasi

À suivre. 1h42’

GOODBYE MOROCCO de Nadir Moknèche

HAPPINESS THERAPY

LE VÉRITABLE ROBINSON CRUSOÉ

14h15

É

M

A

T

H

È

Q

U

E

GARDEZ LE SOURIRE 1h20’

1h40’ VF

LE CHEVAL VENU DE LA MER

THE MASTER

HAPPINESS THERAPY de David O. Russell

de Philippe le Guay

14h30 19h45

21h30

1h44’

de Quentin Tarentino

BLANCANIEVES de Pablo Berger

1h50’

RENDEZ-VOUS À KIRUNA de Anna Novion

21h45

17h00 21h30

1h53’

L’IVRESSE DE L’ARGENT

17h45

de Im Sang-Soo

21h45

LE GRAND RETOURNEMENT

21h45

1h17’

de Gérard Mordillat

de David O. Russell

Toutes les salles des Studio sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.

14h30

1h37’

21h30

www.studiocine.com

19h00

1h44’

2h44’

7 PSYCHOPATHES

sauf jeudi lundi

de Paul Thomas Anderson

ALCESTE À BICYCLETTE DJANGO UNCHAINED

17h15

2h17’

19h30

Le film imprévu

14h15 16h15

de Mike Newell

2h02’

21h00

17h15

A T E L I E R mercredi 14h15

mercredi samedi dimanche

DÉBAT avec Yves Prigent

21h00 14h15 17h15 19h30 21h45

de Walter Tournier

de Vincent Trintignant-Corneau

SOIRÉE PAUL FÉJOS

1h38’

HITCHCOCK

MÊME UN OISEAU A BESOIN DE SON NID

de Martin McDonagh

de Theo Angelopoulos

2h02’

SELKIRK,

1h10’

lundi 1h15’ 19h30 MARIE LÉGENDE HONGROISE

14h15

de James Marsh

ELEFANTE BLANCO

CNP

2013

1h15’ VF

Un toit, c’est un droit

17h30

1h25’

À suivre.

LORE

17h45

de Nolwenn Lemesle

1h48’ + court métrage 4’

1h45’

17h15

de Charles Chaplin

de Brandon Cronenberg À suivre.

du 30 janvier au 5 février

1

2013

PINOCCHIO

UN VOYAGE INATTENDU

21h55 17h45

U

LE HOBBIT

19h30 17h15

Q

2h49’

19h45 14h30

È

de Jacques Becker

19h30 14h30

H

FALBALAS

21h15 14h15

T

1h35’

19h00

14h15

A

semaine

1h34’ + court métrage 8’

14h30 19h45

UNE ESTONIENNE À PARIS

Le film imprévu www.studiocine.com

de Ilmar Raag

www.studiocine.com

Film proposé au jeune public, les parents restant juges.

Cinémas Studio – 2 rue des Ursulines - 37000 TOURS (derrière la cathédrale) – 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com


semaine

du 6 au 12 février

2

Et demain, quelles prisons ?

CNP jeudi

LE DÉMÉNAGEMENT 54’

I

de Ang Lee

É M A T H È Q U E Partenariat Cinémathèque/Studio Hommage à MICHAËL CIMINO 1h55’

LE CANARDEUR

1h15’ VF

SELKIRK,

LE VÉRITABLE ROBINSON CRUSOÉ de Walter Tournier

Rencontre avec Jean-Baptiste Thoret, historien et critique de cinéma.

3h39’

LA PORTE DU PARADIS

1h25’

14h15 17h15 19h15 21h15

1h38’

RUDE BOY STORY–DUB INC

14h15 17h00 21h15

2h02’

14h30 19h30 21h30

HITCHCOCK

14h15

19h45

mer-sam-dim

mercredi et le Festival À Tours de bulles

de Sacha Gervasi

2h44’

DJANGO UNCHAINED de Quentin Tarentino

vendredi

jeu-ven lun-mar

16h00

mer-sam-dim

21h00

17h30

1h44’

1h37’ +court métrage 11’

RENDEZ-VOUS À KIRUNA

de Brigitte Roüan

de Anna Novion

1h37’

14h30

WADJDA de Haïfaa Al Mansour

19h45

ALCESTE À BICYCLETTE

19h15

de Jean-Claude Brisseau

N

É

M

1h42’

19h30

A

T

H

È

U

LE TROU

1h38’

VF -2D

2h49’

14h00

HITCHCOCK de Sacha Gervasi

14h30

E

52’ VF

L’OGRE DE LA TAÏGA de Divers réalisateurs

2h02’

de Peter Jackson

de David O. Russell

LE HOBBIT

GOODBYE MOROCCO

1h36’

TU HONORERAS TA MÈRE ET TA MÈRE de Brigitte Roüan

de Nadir Moknèche

2h05’

LA POUSSIÈRE DU TEMPS de Theo Angelopoulos

1h30’

19h45

sauf jeudi vendredi

dimanche 10h30 11h00 LES ARISTOCHATS de Wolfgang Reitherman

HAPPINESS THERAPY

1h42’

VO-2D

19h15 16h00

CINÉ P’TIT DÉJ’ CONCERT

UN VOYAGE INATTENDU

21h00

14h30

de Ang Lee

17h15

1h15’ VF

DES MORCEAUX DE MOI

1h37’ + court métrage 4’

WADJDA de Haïfaa Al Mansour

17h00 21h30 17h30 21h30 17h30 21h45

1h50’

7 PSYCHOPATHES de Martin McDonagh

de Nolwenn Lemesle

7 PSYCHOPATHES

17h30 21h45

Le film imprévu www.studiocine.com

14h15 17h00 19h00

1h42’

de James Marsh

1h37’

17h30

SHADOW DANCER RENDEZ-VOUS À KIRUNA de Anna Novion

www.studiocine.com

Q

sauf jeudi vendredi

VF-3D

L’ODYSSÉE DE PI

de Jacques Becker

14h15 17h15 19h15

17h45

1h31’

19h45

I

19h15 21h45

2h07’ VF

14h15

21h15

1h50’

de Martin McDonagh

LA FILLE DE NULLE PART

de Charles Chaplin

proposent la 2e session de lecture BD et cinéma

19h30

de Philippe le Guay

TU HONORERAS TA MÈRE ET TA MÈRE

C

14h30

SHADOW DANCER

19h00

14h30

DÉBAT avec les associations

18h30

VO -2D de Pablo Berger

de James Marsh

PRÊT À JETER de Cosima Dannoritzer

19h00 14h15

LES LUMIÈRES DE LA VILLE

La Bibliothèque des Studio

lundi

1h44’

BLANCANIEVES

1h42’

sauf jeu-lun

Kamir Merdja

HAPPINESS THERAPY de David O. Russell

16h15 17h30

Soirée Vague jeune

RENCONTRE avec le réalisateur :

1h36’

14h15

CNP jeudi

1h15’

2013

1h21’ sans paroles

Produire, consommer, jeter

mercredi samedi dimanche

Isabelle Larroque, Elsa Durant et la réalisatrce

N

lundi 19h30 mardi 19h30

L’ODYSSÉE DE PI

du 13 au 19 février

3

2013

2h07’ VF

DÉBAT avec Catherine Lison-Croze,

20h00 C

de Catherine Rechard

semaine

Tous les films sont projetés en version originale (sauf indication contraire).

1h31’

LA FILLE DE NULLE PART

21h45

de Jean-Claude Brisseau

Le film imprévu www.studiocine.com

Films pouvant intéresser les 12-17 ans, (les parents restant juges) au même titre que les adultes.

Cinémas Studio – 2 rue des Ursulines - 37000 TOURS (derrière la cathédrale) – 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com


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O

M

M

A

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Février 2013

.....................................

3

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4

partenariat Cinémathèque/Studio Michaël Cimino . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

5

Vidéo en poche

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Éditorial CNP

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Soirée Vague jeune . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 ............

en bref . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Brigitte Roüan

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22

rencontre

Jacques Doillon

Animation Bibliothèque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6

LES FILMS DE A à Z

rencontre

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24

rencontre ......................

26

à propos de Amour . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Sébastien Lifschitz

rencontre

6

Rudi Gerber

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30

16

Vos critiques

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33

Jeune Public

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34

FILM DU MOIS : WADJDA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

36

Bande annonce

Le cinéma militant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 Humeur

Gérard Depardieu

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19

GRILLE PROGRAMME

......

pages centrales

courts lettrages

Télégaucho. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20

La cafétéria des Studio

Horaires d’ouverture :

gérée par l'association AIR (chantier d'insertion),

lundi mercredi jeudi vendredi samedi

accueille les abonnés des Studio tous les jours de 16h00 à 21h45 sur présentation des cartes abonné et cafétéria.

Tél : 02 47 20 85 77

: : : : :

de 14h00 à 19h00 de 14h00 à 17h00 de 14h00 à 17h00 de 14h00 à 19h00 de 14h30 à 17h00

La bibliothèque est fermée les mardis, dimanches et les vacances scolaires.

Site : www.studiocine.com et un lien vers notre page Facebook : cinémas STUDIO Les STUDIO sont membres de ces associations professionnelles :

EUROPA

AFCAE

ACOR

GNCR

ACC

REGROUPEMENT DES SALLES POUR LA PROMOTION DU CINÉMA EUROPÉEN

ASSOCIATION FRANÇAISE DES CINÉMAS D’ART ET ESSAI

ASSOCIATION DES CINÉMAS DE L’OUEST POUR LA RECHERCHE

GROUPEMENT NATIONAL DES CINÉMAS DE RECHERCHE

ASSOCIATION DES CINÉMAS DU CENTRE (Membre co-fondateur)

(Membre co-fondateur)

LES ÉDITIONS DU STUDIO DE TOURS - 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS - Mensuel - Prix du numéro 2 €. ÉQUIPE DE RÉDACTION : Sylvie Bordet, Éric Costeix, Isabelle Godeau, Jean-François Pelle, Claude du Peyrat, Dominique Plumecocq, Claire Prual, Éric Rambeau, Roselyne Savard, Marcelle Schotte, avec la participation de Daniel Chapoton, Jean Claude Stockel et la commission Jeune Public. DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Éric Rambeau – MISE EN PAGES & EN IMAGES : Francis Bordet. ÉQUIPE DE RÉALISATION : Éric Besnier, Roselyne Guérineau – DIRECTEUR : Philippe Lecocq – IMPRIMÉ par PRÉSENCE GRAPHIQUE, Monts (37)

Présence graphique contribue à la préservation de l’environnement et atteste être reconnu IMPRIM’VERT.


éditorial

Fêtons ensemble 50 ans de passion du cinéma !

L

e 9 mars 2013, cela fera cinquante ans que Henri Fontaine – avec la projection de Psychose – initiait une aventure unique.

Depuis, elle rassemble dans une même passion spectateurs, bénévoles et salariés de l’association. Pour cela, nous avons à cœur de vous proposer plusieurs événements qui renforcent encore nos liens et valorisent nos choix culturels et militants, alors que la concurrence se fait très menaçante. Et, pour donner un écho national à nos engagements, nous organisons le mardi 5 mars une table ronde sur l’avenir du cinéma art et essai, animée par Serge Moati, avec la participation de nombreuses personnalités du monde du cinéma et de la politique. Et le jeudi 7 mars, nous accueillerons Le Masque et la Plume pour un enregistrement de l’émission aux Studio. Vous aurez bien sûr une information complète sur le programme des festivités que nous avons préparées pour vous dans les Carnets de mars, sur le tout nouveau site Internet que nous mettrons en ligne pour l’occasion, sur notre page Facebook et dans les média tourangeaux. Ce programme, vous y avez d’ailleurs contribué en vous inscrivant avec enthousiasme aux deux concours auxquels nous vous invitions1, en votant massivement pour choisir, dans la liste des cinquante chefs d’œuvre

que nous avions publiée, le film que vous souhaitiez revoir. Ainsi, notre Soirée du public du vendredi 8 mars commencera par la projection du film La Leçon de piano de Jane Campion, que vous avez choisi et elle se prolongera par un What you want ! d’improvisations chorégraphiques sur des musiques de films, proposées par Thomas Lebrun et les danseurs du CCNT. Le samedi 9 mars, jour anniversaire, nos séances de 14h15 seront gratuites pour tous ! Et la Compagnie Off, qui aura pour mission de dynamiter l’ambiance, vous entraînera ensuite dans un tournage délirant et vous conduira en fanfare vers les trois expositions dédiées aux Studio au Château de Tours2. Puis ce sera l’anniversaire officiel présidé par notre prestigieux parrain Bertrand Tavernier, qui a choisi, pour sa carte blanche, de vous inviter à revoir Que la fête commence ! La fête, justement, se prolongera dans le nouveau hall avec un concert jazz et cinéma donné par le Carole Lebrun sextet et dans la cour, avec quelques surprises… Des surprises, il y en aura aussi tout le mois de mars, préparées pour vous par la commission Jeune Public, le CNP, la Cinémathèque, Ciclic… Alors, que vienne vite le 50e printemps de notre cinéma et… Que la fête commence ! DC, pour le groupe 50 ans des Studio

58 personnes ont participé au concours de nouvelles ! Jean-Marie Laclavetine présentera les résultats le vendredi 8 mars à 18h et l'acteur Bernard Pico fera une lecture publique des nouvelles gagnantes.

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Le vernissage de ces expositions aura lieu le vendredi 1er mars au Château de Tours à 18h30.

Les CARNETS du STUDIO

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Partenariat

Studio

Michael Cimino jeudi 31 janvier - 19h45 Le CNP, Amnesty International Tours, Peuples Solidaires et la Cimade proposent :

Un toit, c’est un droit : populations expulsées et enjeux économiques La libéralisation de l’économie a entraîné une multiplication des conflits fonciers. Du Brésil au Nigeria ou au Cambodge, chaque année, des milliers de familles sont expulsées et dépossédées du peu qu’elles avaient construit. Tandis que diplomates et bailleurs de fonds jouent de la carotte et du bâton suivant leurs intérêts géopolitiques, au sein même des communautés victimes de ces expulsions, des hommes et des femmes, avec le soutien d’ONG, trouvent le courage de se mobiliser. Le DOCUMENTAIR E de Christine Chansou et Vincent Trintignant-Corneau, Même un oiseau a besoin de son nid (1h10), raconte le combat des habitants du lac Boeung Kak (Phnom Penh), chassés de leur quartier par la cupidité d’investisseurs soutenus par les autorités cambodgiennes. Le film sera suivi d’un DÉBAT animé par Yves Prigent (Amnesty International France), en présence d’un des réalisateurs.

jeudi 7 février - 20h00 Le CNP, le GENEPI, la Ligue des Droits de l’Homme, Convergences 37, la Cimade, la Ligue de l’Enseignement et le Comité d’Aide aux Détenus proposent :

Et demain, quelle prison ? La société est-elle ou bien se croit-elle protégée ? La prison, c’est pour l’autre, le méchant, le faible, le dangereux. On l’enferme pour le punir et mettre la société à l’abri. Mais qui

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décide où commence et s’arrête le danger ? Pourquoi enfermer avant de juger ? La prison est-elle le commencement de la raison ou le haut-fourneau de la haine, de la récidive ? Les prisonniers sont-ils encore des citoyens, des parents ? Et les gardiens, que les prisons soient flambant neuf ou délabrées, ne sont-ils pas enfermés eux aussi ? Quel est le sens de la peine ? Autant de questions dont nous pourrons débattre, après le FILM Le Déménagement (54’), en présence de la réalisatrice Catherine R echard (sous réserve), Catherine LisonCroze, avocate honoraire, Isabelle Larroque, éducatrice, Elsa Durand, représentante du personnel pénitentiaire

jeudi 14 février - 19h45 Le CNP, les Réseaux d’échanges réciproques de savoirs, Attac et Peuples solidaires proposent :

Produire, consommer, jeter : comment agir ? Notre société dite « de consommation » est soumise aux multinationales, qui imposent leurs choix aux effets parfois néfastes, ce dont les consommateurs ne peuvent endosser l’entière responsabilité. Les profits à engranger, seuls, commandent, le plus souvent au détriment de l’intérêt général. Sur quelles séquences de vie d’un produit pouvons-nous influer ? Comment ? La solution ne peut-elle être d’agir sur ce qui est accessible aux consommateurs : le «jeter », séquence finale qui dépend d’élus de proximité, et contrer ces choix en remontant la filière ? FILM : Prêt à jeter de Cosima Dannoritzer (1h15) suivi d’un DEBAT avec les associations.

Michael Cimino est un cinéaste aujourd’hui injustement oublié, réalisateur de quelques films seulement, sa carrière ayant été brisée par l’échec monumental de La Porte du paradis, film sur la violence meurtrière qui accompagna la conquête de l’Ouest. Le film, pourtant magnifique, mais très politique, fut outrageusement mutilé par les producteurs. Michael Cimino est un remarquable créateur de personnages, notamment dans son film le plus connu, Voyage au bout de l’enfer, qui met en scène trois amis confrontés à l’horreur de la guerre au Vietnam. Il filme ses personnages avec sensualité et amour, les rendant attachants et profondément humains. Peu de cinéastes ont su autant que lui parler du temps qui passe et de l’usure de la vie. Redécouvrons ce maître de l’image et de la bande-son. mardi 12 février à 19h30 lundi 11 février 2013 à 19h30

Le Canardeur USA – 1974 – 1h55, de Michael Cimino, avec Clint Eastwood, Jeff Bridges, Geoffrey Lewis, Catherine Bach…

Premier film du réalisateur, avec Clint Eastwood ! L’histoire d’une complicité forte entre un vieux braqueur de banque et un jeune chien fou qui lui sauve la vie et qui s’allie pour récupérer un gros magot. La cachette du trésor ayant disparu, ils s’attaquent à une banque. Amitié, dérision, trahison, désillusion, déjà un grand Cimino. Rencontre avec Jean Baptiste Thoret, historien et critique de cinéma.

La Porte du paradis USA – 1980 – 3h39, de Michael Cimino, avec Kris Kristofferson, Christopher Walken, Isabelle Huppert, John Hurt.

Le film qui provoqua la faillite de la United Artists après avoir été honteusement mutilé. Aujourd’hui restauré en version complète, c’est un film magnifique, lyrique, qui raconte comment, en 1890, à l’achèvement de la conquête de l’Ouest, des émigrants venus de l’Europe de l’Est sont massacrés par de riches propriétaires terriens déjà installés. L’histoire est contée par le marshall, James Averill, pacifiste, humain, mais impuissant à enrayer le déchaînement de la violence… Film politique certes, mais aussi histoire d’un amour romantique et naïf voué à la désillusion.

Vidéo en poche : une diffusion de films différente La bibliothèque des Studio dispose désormais du catalogue Vidéo en poche, qui vous propose un choix de films trop rares sur les écrans, qu’il s’agisse de fictions, de documentaires, de films d’animation. Le principe est très simple : vous arrivez à la bibliothèque avec une clef USB, choisissez le film qui vous intéresse et le faites transférer sur votre clef pour un coût de 5 euros. Au catalogue on trouve des films aussi divers que : (côté fiction) Des idiots et des anges, de l’impayable Bill Plympton et Où est la maison de mon ami ? de Abbas Kiarostami ou bien encore (côté documentaire) Les Nouveaux chiens de garde (Gilles Balbastre) et Elle s’appelle Sabine (Sandrine Bonnaire). Pour en savoir plus : videoenpoche.info

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la bande dessinée à la rencontre des studio

retrouver son chien Shih Tzu adoré, un mystérieux tueur masqué, un serial killer à la retraite et d’autres psychopathes du même acabit vont alors très vite prouver à Marty que la réalité peut largement dépasser la fiction… L’histoire de cette bande des kidnappeurs de chiens commence comme une farce mais cet aspect est vite remplacé par une intrigue plus sérieuse avec la cavale des trois amis. Après l’excellent Bons baisers de Bruges (2008), Martin McDonagh sort son deuxième film, à la hauteur du premier si ce n’est mieux. On retrouve le côté criminels-losers du premier film. Le réalisateur réussit, néanmoins, à garder un côté comique y compris dans les scènes de carnage. Scènes qui sont pour la plupart à prendre au second degré avec des effusions de sang dignes d’un film de Tarantino.

La Bibliothèque des Studio et le Festival À Tours de bulles présentent :

La deuxième Session club de lecture BD et cinéma. Mercredi 13 février, à 18h30 • Un club de lecture convivial en public, consacré aux bandes dessinées et animé par l’association Le Off du Vendredi 13. • Dans le cadre de la sortie aux cinémas Studio du film Le Grand retournement de Gérard Mordillat.

• Avec un choix d’albums autour du thème : la crise, en relation avec le film de Gérard Mordillat, et les coups de cœur du mois. Ce club est ouvert à tous, spectateurs ou participants, chacun pouvant présenter un ou plusieurs albums, coups de cœur ou en rapport avec le thème. Venez nombreux !

soirée Rude Boy Story – vendredi 8 février En partenariat avec La Smala Connection, Les Tontons Filmeurs et la Vague Jeune des Studio 19h00 - Projection du film : Rude Boy Story, Dub Inc, de Kamir Meridja (1h25)

Rude Boy Story est un documentaire sur le parcours musical atypique du groupe de reggae français : Dub inc. Une bande de potes qui construit sa route hors des sentiers battus, en prônant l’indépendance et l’autoproduction,

au large des circuits médiatiques traditionnels. Le réalisateur, qui a suivi le groupe durant trois ans, a autoproduit un film qui met en lumière une aventure délicate et profondément humaine, celle qui permet à Dub inc. de préserver ce qui fait d’eux un groupe différent : leur liberté. 20h30 - Échange avec le réalisateur du film sur le thème de l’autoproduction.

w w w . s t u d i o c i n e . c o m

Sur le site des Studio (cliquer sur : pluS d’infoS, pour entrer dans la fiche film), vous trouverez des présentations signées des films que les rédacteurs auront vus après leur sortie en salle. Les fiches non signées ont été établies de manière neutre à partir des informations disponibles au moment où nous imprimons.

Les films de A à Z 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com avant leS filmS, danS leS SalleS, au moiS de février 2013 : • Poetry in Time de Nocolas Pfeiffer Granada (studio 1-2-4-5-6) • Manu Katché de Manu Katché (studio 3 et 7). Musiques sélectionnées par Eric Pétry de RCF St Martin.

7 psychopathes

Grande-Bretagne – 2013 – 1h50, de Martin McDonagh, avec Colin Farrell, Woody Harrelson, Abbie Cornish…

Marty est un scénariste hollywoodien en panne d’inspiration. Confronté à l’angoisse de la page blanche, il peine à écrire son

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nouveau projet de film au titre prometteur : 7 Psychopathes. Son meilleur ami Billy, comédien raté et kidnappeur de chiens à ses heures, décide de l’aider en mettant sur sa route de véritables criminels. Un gangster obsédé par l’idée de

Sources : dossier de presse.

A

Alceste à bicyclette France – 2013 – 1h44, de Philippe Le Guay, avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson, Maya Sansa…

Serge Tanneur était un grand comédien, avant de se retirer des feux de la rampe. Depuis trois ans, il vit en solitaire sur l’île de Ré qu’il sillonne à vélo par tous les temps. Son confrère Gauthier Valence, dont la carrière est au sommet, se prépare à reprendre Le Misanthrope de Molière, et souhaiterait voir Serge dans le rôle-titre. Pour le convaincre, il lui suggère de venir le voir et de répéter pendant une semaine la grande scène 1 de l’Acte I, entre Philinte et Alceste. Autour d’eux, il y a le microcosme de l’île figée dans la morte saison : un agent immobilier, la patronne de l’hôtel local, une italienne divorcée venue vendre une maison.

Les spectateurs des Studio avaient plébiscité en 2011 Les Femmes du sixième étage, précédent film de Philippe Le Gay et troisième du réalisateur avec Fabrice Lucchini. On attend donc beaucoup de cette comédie douce et légère sur fond de littérature et de théâtre qui réunit un duo d’acteurs amoureux des jolis mots. Sources : dossier de presse.

Antiviral

Canada – 2012 – 1h44, de Brandon Cronenberg, avec Caleb Landry Jones, Sarah Gadon, Malcolm McDowell…

Il s’appelle Cronenberg, il est « fils de » et il respecte l’adage : « Les chiens ne font pas des chats ». Donc, pour sa première réalisation, Brandon Cronenberg se lance dans une histoire de virus. Soit une époque où l’obsession narcissique et le culte de la célébrité régissent le quotidien et où la communion des fans avec leurs idoles ne connaît plus de limites. Syd March est employé d’une clinique spécialisée dans la vente et l’injection de virus ayant infecté des célébrités. Mais il vend aussi ces échantillons pour son propre compte, à de puissantes organisations criminelles. Sa méthode pour déjouer les contrôles de la clinique : s’injecter les virus à lui-même... Sous influence paternelle, peut-être, mais capable de trouver sa voie. Cet Antiviral a sa propre personnalité, celle d’un film entre thriller et réflexion sociologique, une œuvre qui pourra marquer par la force de ses images et la peur qu’il diffuse. Sources : dossier de presse.

Les Aristochats Voir pages Jeune Public

film proposé au jeune public, les parents restant juges.

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B

Blancanieves

Espagne – 2013 – 1h44, de Pablo Berger, avec Maribel Verdú, Ángela Molina, Daniel Gimenez-Cacho…

Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, elle se lance dans une aventure excitante avec ses nouveaux amis, une troupe de nains qui lui donnent le surnom de Blancanieves. Il fallait oser adapter – qui plus est en muet et noir et blanc – le mythe si célèbre de Blanche neige. Mais ici, l’héroïne n’a rien de la bonne ménagère façon Disney, elle a juste les yeux enfantins et émerveillés de ceux qui n’ont pas grandi. Quant à la beauté que désire la marâtre, elle se transforme en soif de célébrité et de jeunesse éternelle figée sur des photos et des couvertures de magazines. Blancanieves, qui a déjà obtenu le prix spécial du jury et celui d’interprétation féminine au prestigieux festival de San Sebastian, a été choisi pour représenter l’Espagne aux Oscars. Après le triomphe de The Artist, et les commentaires très élogieux de ceux qui ont vu le film, tous les espoirs sont permis. Sources : dossier de presse.

C Le Cheval venu de la mer Voir pages Jeune Public

Les Maroc Chevaux de Dieu – 2012 – 1h55, de Nabil Ayouch, avec Rachid Abdelhakin, Hamza Souidek, Rachid Abdelilah…

Yachine a dix ans. Il vit avec sa famille dans le bidonville de Sidi Moumen à Casablanca et son quotidien est fait de violence, de misère et de drogue. Un jour, l’un de ses frères ainés, Hamid, se retrouve en prison. Quand il en sort quelques années plus tard,

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il a changé. Devenu islamiste radical il persuade Yachine et ses amis de rejoindre leurs « frères ». Une longue préparation physique et mentale auprès d’un chef spirituel commence alors. Un jour on leur annonce qu’ils ont été choisis pour devenir des martyrs… Inspiré par les attentats de Casablanca du 16 mai 2003, Les Chevaux de Dieu peut être mis en parallèle avec La Désintégration, de Philippe Faucon, au sujet très proche. Mais le traitement n’est pas le même, Nabil Ayouch est moins distancié et son film touche plus immédiatement. Cette très belle réussite à la réflexion sociale profonde va bien au-delà du contexte marocain. Fluide et nerveuse la mise en scène nous attache aux personnages et nous tient en haleine. Pas une comédie, c’est sûr, mais l’assurance tout de même de voir un beau film. JF

DesFrance morceaux de moi – 2012 – 1h30, de Nolwenn Lemesle, avec Zabou Breitman, Tchéky Karyo, Adèle Exarchopoulos…

« J’appartiens à une famille vraiment particulière : mon père est vieux et lunaire avant l’âge, ma mère est malade et tyrannique, ma sœur a disparu il y a quatre ans, et moi, Erell ? J’ai 17 ans. J’habite la même ville ouvrière depuis toujours. On y naît, on y meurt. J’aime filmer tout, tout le temps... Je n’ai pas le choix : filmer pour moi est une nécessité pour exister. Une nuit, Sarah, ma sœur, réapparaît. Les morceaux de moi s’assemblent... » Le film est avant tout le portrait d’une adolescente contemporaine. C’est elle qui donne le ton, parfois insolente, insoumise, mais aussi tendre et drôle. « Pour ce premier film, j’ai eu à la fois envie de parler du passage à l’âge adulte, du désenchantement,

de réparation familiale... Et encore plus de la vie dans ce qu’elle a de plus simple et de plus fort,» déclare la réalisatrice qui a obtenu le Bayard d’Or de la Meilleure Première Œuvre au festival international francophone de Namur 2012. Sources : dossier de presse

Django Unchained

USA – 2012 – 2h44, de Quentin Tarantino, avec Christoph Waltz, Samuel L. Jackson, Leonardo DiCaprio…

C’est l’histoire d’un chasseur de primes allemand qui propose ses services à un homme noir, pour l’aider à retrouver sa femme qui serait retenue en esclavage par un homme puissant et mystérieux, lequel possède une grande plantation. C’est un western où l’on tire beaucoup de coups de feu (ah, ce Tarantino !) Un western violent (eh, oui, Tarantino !) Mais, avec le réalisateur de Reservoir Dogs, on sait que la réalité n’est jamais aussi simple qu’elle paraît. Les personnages ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Rien n’est sûr. Après Boulevard de la Mort et Inglourious Basterds, ses deux opus précédents, on peut s’attendre à toutes les surprises. Django Unchained s’annonce comme un grand cru. Un cocktail d’humour et de férocité (ou l’inverse) à déguster et à savourer avec gourmandise.

D

Sources : dossier de presse

E

Elefante blanco Argentine – 2012 – 1h45, de Pablo Trapero, avec Ricardo Darin, Jérémie Renier, Martina Gusman…

Au cœur du bidonville de la Vierge, dans la banlieue de Buenos Aires, l’éléphant blanc est le nom d’un hôpital jamais fini où deux prêtres tiers-mondistes luttent contre la corruption, la pauvreté et les narcotrafiquants qui gangrènent la vie du quartier. Leur mission les amène à s’opposer aussi bien aux pouvoirs policiers et mafieux qu’à

la hiérarchie ecclésiastique… Caméra au poing, dans de longs plans séquences, avec un travail d’orfèvre sur la lumière, et trois interprètes magnifiques, Pablo Trapero nous plonge avec émotion dans la misère d’un monde livré à la violence. Dans ce film foisonnant, en suivant ceux qui s’attachent à préserver le tissu social, il ne cède jamais au désespoir. « Je crois qu’il faut se retourner en permanence sur son passé et l’utiliser comme un miroir. Ce que l’on peut retirer d’une situation traumatisante, c’est qu’il faut la garder en mémoire pour améliorer l’avenir », déclarait Pablo Trapero à Cannes. Il nous prouve une nouvelle fois après les films de Carlos Sorin, Pablo Giorgelli, Maria Victoria Menis, l’excellente santé du cinéma argentin. Sources : agoravox.fr – laterna-magica.fr – dossier de presse

Filmographie : Mundo grua (99) – El Bonaerense (02) – Leonora (08) – Carancho (10)

La Fille de nulle part

France – 2012 – 1h31, de et avec Jean-Claude Brisseau, Virginie Legeay…

F

Un professeur de mathématiques retraité recueille une jeune SDF. Dès lors, des phénomènes mystérieux se produisent… Le nouveau film de J.-C. Brisseau a été fait avec rien (67 000 €), tourné dans l’appartement de ce dernier qui incarne le rôle principal avec sa scénariste. Mais l’ambition artistique de ce tout petit film est inversement proportionnelle à son budget : sous l’histoire attendue des relations ambigües entre un homme âgé et une jeune fille, La Fille de nulle part est un vrai film fantastique qui traite du mysticisme, des fantômes et des réincarnations. C’est ce curieux mélange d’ultra réalisme (renforcé par le tournage en DV) et l’étrangeté qui a dû fasciner Apichatpong Weerasethakul, Palme d’or à Cannes pour Oncle Boonmee : prési-

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dent du jury du festival de Locarno, il lui a décerné à la surprise générale Le Léopard d’or ! L’occasion peut être de redonner les moyens de tourner à un cinéaste hors norme qui avait fait une entrée fracassante avec De bruit et de fureur (88) pour connaître le succès avec Vanessa Paradis dans Noces Blanches (89) à avant de s’égarer dans des films érotiques… et des histoires de mœurs. Sources : filmdeculte.com – les inrocks.com

G

Goodbye Morocco France – 2012 – 1h42, de Nadir Moknèche, avec Lubna Azabal, Rasha Bukvil, Ralph Amoussou…

Doumia, divorcée avec un enfant, a une liaison jugée scandaleuse par sa famille marocaine : elle vit à Tanger avec un architecte Serbe et ne rêve que d’une chose, quitter ce pays avec amant et enfant. L’occasion, assez délictueuse, lui en est présentée, lorsque des travaux de terrassement, dans le chantier immobilier que le couple dirige, mettent à jour des tombes chrétiennes du quatrième siècle. Commence alors un trafic lucratif à partir des fresques et des objets issus des fouilles. Tout bascule lorsqu’un ouvrier du chantier disparaît. Ce film, d’un réalisateur Algérien interdit de tournage dans son pays, est d’une construction non linéaire qui rend le drame d’autant plus percutant. Il pose un regard sans concessions sur la société marocaine et sur le Maghreb en général : statut de la femme, entre domination dans le domaine privé et aliénation dans la sphère publique ; rapports nord-sud, entre trafic de drogue et homosexualité monnayée. Sources : dossier de presse.

« séjour » en hôpital psychiatrique, il trouve refuge chez ses parents. Pas simple quand on a trente ans ; mais IL reste malgré tout et tous, op-ti-mis-te  ! Il veut reconstruire sa vie et retrouver celle qu’il considère comme son unique amour. La seule qui le comprend c’est Tiffany, une jeune veuve dépressive, instable et nympho certes, mais pleine d’empathie. Ces deux éclopés vont s’associer pour se reconstruire et redonner du sens à leur vie respective. Psychodrame satirique et comédie romantique (mais pas niaise), Happiness Therapy a été salué par la critique internationale et a déjà été primé dans plusieurs festivals.

Le Grand retournement France – 2012 – 1h17, de Gérard Mordillat, avec Jacques Weber, Edouard Baer, François Morel, Franck de la Personne…

Un trader a quelque peu dérapé, sa banque est à la peine, sa banque frôle la faillite… mais c’est tout le système bancaire et, partant, le système économique qui va partir à l’égout si l’on ne fait rien… La solution, en fait, nous la connaissons tous : l’État va renflouer les banques en empruntant, et en créant ainsi une dette qui le livre pieds et poings liés… à ceux-là même qu’il a sauvés. C’est beau comme de l’antique, disait ma grand-mère et, justement, c’est sur un mode ultra-classique (en alexandrins) que l’économiste iconoclaste Frédéric Lordon a écrit une pièce exposant de manière très drôle les mécanismes de ce génial hold-up. Son ami Gérard Mordillat – auteur de romans tels que Les Vivants et les morts, Notre part de ténèbres mais aussi de films comme Billy-ze-Kick ou bien de sa propre adaptation télévisuelle de Les Vivants et les morts – a décidé d’en faire un film court, incisif et décapant. Pratiquement sans budget (tous les comédiens ont été payés au minimum syndical) il a adapté la pièce, avec sa pléiade d’excellents acteurs parfois très réputés, pour en faire une vraie œuvre de cinéma, qui ne ressemble à rien d’autre et souvent très drôle (dans un registre tout de même assez grinçant, il est après tout question de nos vies volées par des financiers roublards…) ER

Happiness Therapy USA – 2012 – 2h02, de David O’Russell, avec Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Robert De Niro…

Pat va mal, c’est le moins que l’on puisse dire : il a perdu sa femme, son emploi et sa maison… alors, après huit mois de

Sources : dossier de presse, Studio Ciné Live n° 44

Filmographie succincte : Les Rois du désert (1999), J’adore Huckabees (2004), Fighter (2010)

Hitchcock

USA – 2013 – 1h38, de Sacha Gervasi, avec Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson…

H

Alfred Hitchcock, réalisateur reconnu et admiré, surnommé : « le maître du suspense », est arrivé au sommet de sa carrière. À la recherche d’un nouveau projet risqué et différent, il s’intéresse à l’histoire d’un tueur en série. Mais tous, producteurs, censure, amis, tentent de le décourager. Habituée aux obsessions de son mari et à son goût immodéré pour les actrices blondes, Alma, sa fidèle collaboratrice et épouse, accepte de le soutenir au risque de tout perdre. Ensemble, ils mettent tout en œuvre pour achever le film le plus célèbre et le plus controversé du réalisateur : Psychose (1960). Premier long métrage du scénariste Sacha Gervasi (Le Terminal, Steven Spielberg, 2004), Hitchcock situe son action lors du tournage du mythique Psychose, adaptation

à l’écran du livre Alfred Hitchcock and the Making of Psycho de Stephen Rebello. La fascination qu’entretient le réalisateur pour le tueur en série Ed Gein fera du film un succès, malgré les bras de fer avec les comités de censure américains ou les difficultés de production, un chef d’œuvre culte demeurant aujourd’hui encore, dans l’imaginaire collectif, l’un des moments les plus terrifiants de l’histoire du septième art. Sources : dossier de presse.

Le Hobbit : un voyage inattendu

USA/Nouvelle-Zélande – 2012 – 2h48, VO-VF, 2D, 3D, de Peter Jackson, avec Ian Mckellen, Martin Freeman, Richard Armitage…

Un voyage Inattendu est le premier film de la trilogie Le Hobbit de Peter Jackson. Il nous conte les aventures de Bilbon Sacquet avec treize nains et le magicien Gandalf le Gris pour récupérer un des royaumes des nains, la Montagne Solitaire, riche et prospère grâce à l’or et autres minerais précieux collectés en son sein. Le dragon Smaug garde le trésor qu’il leur faudra combattre... Le réalisateur nous offre un spectacle brillant, foisonnant, gavé d’effets visuels stupéfiants, aux créatures et décors époustouflants dans des scènes épiques. Le Hobbit ne dépaysera pas les fans du Seigneurs des anneaux. Allez goûter Le Hobbit avec des yeux d’enfants et des envies d’aventures... Sources : Dossier de presse.

L’Ivresse de l’argent Sud-Corée – 2012 – 1h53, de Im Sang-Soo, avec Kim Kang-Woo, Yun-Shik Baek, Yun Yeo-Jung…

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Un jeune homme ambitieux, Young Jack, tente d’obtenir tout ce qu’il désire en devenant le secrétaire particulier de Madame Baek, détentrice d’un puissant

les fiches paraphées correspondent à des films vus par le rédacteur.

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empire industriel coréen. Pris dans un engrenage d’affaires douteuses et de secrets familiaux, il va rapidement devoir faire des choix entre ses principes moraux et la réussite sociale, dans un monde où dominent l’argent, le pouvoir et le sexe. Ce drame érotique reprend le registre de Housemaid, sorti en 2010. « La vision de la société sud-coréenne que je présente est désolante, mais véridique », affirme le réalisateur. Le film avait été présenté à Cannes et apprécié pour ses qualités formelles, loin de l’orientalisme des films asiatiques, dixit Im Sang Soo… Sources : dossier de presse, L’Express, Le Parisien.

L

Lore

Allemagne/Australie/UK – 2013 – 1h48, de Cate Shortland, avec Saskia Rosendahl, Kai Malina, Ursina Lardi…

En 1945, à la fin de la guerre, Lore -une jeune adolescente, fille d’un haut dignitaire nazi- traverse l’Allemagne avec ses frères et sœurs. Livrés à eux-mêmes, au milieu du chaos, leur chemin croise celui de Thomas, un jeune rescapé juif. Pour survivre, Lore n’a d’autre choix que de faire confiance à celui qu’on lui a toujours désigné comme son ennemi… D’après la nouvelle La Chambre Noire de Rachel Seiffert, par l’une des meilleures réalisatrices australiennes actuelles, qui a déjà réalisé Somersault (2003). Prix du public à Locarno et remarqué au festival de Toronto entre autres, ce film australien a été tourné en langue allemande. Un film sur la perte de l’innocence à l’adolescence, une réflexion sur l’identité et la découverte de la sexualité.

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L’Odyssée de Pi L’Ogre de la Taïga Pinocchio Voir pages Jeune Public

avec Willem Dafoe, Bruno Ganz, Michel Piccoli, Irène Jacob…

Un cinéaste américain d’origine grecque arrive à Rome pour réaliser un film sur le destin tragique de ses parents. Leurs amours ont été contrariées par l’Histoire au temps de la guerre froide, sous les événements tragiques de la seconde moitié du XXe siècle, de la mort de Staline à la chute du mur de Berlin… Pour son film, après l’Italie, le réalisateur va enquêter en Allemagne, en Russie, au Canada et aux ÉtatsUnis. Avec ce voyage à travers le monde du XXe siècle, T. Angelopoulos propose un travail de mémoire sur l’Histoire, une élégie sur la destinée humaine et l’absolu de l’amour… Un prénom symbolique, celui de la mère, relie ce film au précédent de ce prestigieux cinéaste, disparu depuis : Eleni (2003). « J’ai l’impression qu’on essaie d’être sujet de l’Histoire mais que finalement, on en est l’objet. C’est l’histoire du monde qui nous influence tous ».

avec Jean-Pierre Darroussin, Anastasios Soulis…

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France – 2010 – 10’30, de Didier Blasco, avec Magloire Bena, Elias Zenasni, Jérôme Domenge, David Rousseau, Marie Payen, Asil Raïs.

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Ernest, un architecte parisien renommé, reçoit un appel de la police suédoise lui demandant de venir reconnaître le corps

Selkirk, le véritable Robinson Crusoé Voir pages Jeune Public

Shadow Dancer

Grande Bretagne – 2012 – 1h42, de James Marsh, avec Clive Owen, Andrea Riseborough, Gillian Anderson…

Sources : dossier de presse, telerama.fr

+ COURT MÉTRAGE The sick boy and the tree

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+ COURT MÉTRAGE semaine du 6 au 12 février Avenue de France

Filmographie sélective : L’Apiculteur (1986) ; Le Regard d’Ulysse (1995) ; L’Eternité et un jour (1998).

Rendez-vous à Kiruna France – Suède – 2013 – 1h37, de Anna Novion,

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P

La Poussière du temps Grèce – 2008 – 2h05, de Theo Angelopoulos,

Sources : dossier de presse.

France – 2009 – 4’, de Paul Jaeger, Animation.

de son fils, un étranger pour lui puisqu’il ne l’a jamais connu, ni désiré. Au cours du long voyage qui le mène en voiture jusqu’à Kiruna, en Laponie, il rencontre Magnus, un jeune homme sensible et perdu qui aurait pu être ce fils dont il n’a pas voulu. De quoi ébranler bien des certitudes… « Le genre du road-movie offre une grande richesse visuelle, donne beaucoup à filmer et permet à un personnage d’évoluer en même temps que les paysages » confie la réalisatrice. Pari réussi avec ce joli film dans lequel elle retrouve les acteurs de son précédent opus, Les grandes personnes. SB

Les Lumières de la ville

R

À priori le sujet du film est politique : Collette est une jeune veuve républicaine qui vit à Belfast, avec sa mère et ses frères, militants de l’IRA. Après un attentat, elle est arrêtée. Mac, un agent secret du MI5, lui propose d’échapper à ses 25 ans de prison si elle accepte d’espionner sa propre famille… Mais c’est surtout un film sociologique, qui met en évidence avec subtilité la dégradation du tissu familial autour de Collette. Il pose également la question des relations de confiance, forcément mises à mal dans une communauté terroriste obligée de se dissimuler. James Marsh prend son temps pour filmer avec efficacité la dégradation des rapports humains dans un milieu où

l’on ne sait plus qui manipule qui. Le doute s’installe partout, comme dans les meilleurs thrillers. Sources : kritikat.com, buzzmygeek.com, dossier de presse.

Sugar Man

Suède/ Grande-Bretagne – 2012 – 1h26, de Malik Bendjelloul, avec S. Rodriguez, S. Segerman…

Au début des années 70, Sixto Rodriguez a enregistré aux USA deux disques de folk qui n’ont rencontré aucun succès… mais sont devenus d’énormes tubes en Afrique du Sud où, au plus fort de l’apartheid, ses textes trouvaient un écho et une résonance toute particulière. Depuis lors, Sixto Rodriguez avait disparu et on le disait mort… Et puis, au début des années 2010, un réalisateur suédois a entrepris de se rendre en Afrique du Sud pour, en compagnie de deux grands fans de musique, observer ce qui restait là-bas de la ferveur que Rodriguez y avait suscitée. Leur enquête va également les mener à découvrir que Rodriguez est en fait encore vivant et habite aux USA… Pourquoi révéler ici ce moment clef de l’histoire ? Eh bien, parce que ce documentaire aux accents de polar est tellement bon que L’Atlantic s’est permis de dire à son sujet : « Connaître la fin d’un vraiment bon film ne parvient pas à le gâcher…  » et que, manifestement, ce documentaire parfaitement hors norme ne repose justement pas sur le coup de théâtre que représenterait la découverte de Rodriguez, il obtient bien plus que cela : une émotion profonde et une remarquable énergie qui font que les Inrocks ont parlé à son sujet d’un « bouleversant documentaire à la BO sublime. » Sources : theatlantic.com, lesinrocks.com, urbancinefile.com

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Syngué France Sabour -Pierre de patience – 2012 – 1h42, de Atiq Rahimi, avec Golshifteh Farahani, Hamidreza Javdan, Hassina Burqan…

Une femme encore jeune veille son héros de mari, paralysé et inconscient, tout en assurant la survie de leurs deux filles. Les troupes ennemies avançant, elle part de réfugier à l’autre bout de la ville, chez une tante qui tient une maison close. Elle y découvrira l’absolue domination masculine et son cortège d’humiliations. Elle va ensuite entamer quelque chose qui pourrait ressembler à une histoire d’amour avec un soldat qui a pourtant failli la violer. De retour au chevet de son mari, elle entreprend de vider sa mémoire sur lui, de tout lui dire de ses espoirs déçus, de ses frustrations, tout jusqu’à un secret inavouable. Son mari lui sert alors de « pierre de patience », cette pierre qui reçoit tous vos secrets jusqu’au jour où… Après avoir reçu le Prix Goncourt en 2005 pour son roman initiatique, Atiq Rahimi a entrepris de l’adapter pour l’écran en s’entourant de Jean-Claude Carrière, co-scénariste et en confiant le rôle principal à la lumineuse Golshifteh Farahani (A propos d’Elly, Si tu meurs, je te tue). On ne peut qu’attendre avec impatience de voir le résultat d’une telle collaboration. Sources : dossier de presse

T

The Master USA – 2012 – 2h17, de Paul Thomas Anderson, avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams…

Cinq ans après le magistral There Will Be Blood, Anderson nous revient avec un sujet fort, l’histoire d’un américain que la vie et la guerre contre le Japon ont brisé. Quand il est démobilisé, il a perdu toute identité, nous ne savons pas son nom. Devenu violent et alcoolique, il ne maîtrise plus sa vie. Mais il rencontre Lancaster Dodd, qui se fait appeler « Le Maître » et qui dirige une

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organisation nommée « La Cause ». Celuici lui redonne son nom, Freddy Quell, et le prend en main. Freddy perd toute volonté et se laisse manipuler par un Maître qui prend plaisir à abuser de son pouvoir. The Master n’est pas un film sur les sectes, mais sur les rapports de pouvoir, sur le besoin humain de se trouver un maître. Les personnages sont filmés de près, avec brio, les scènes sont saisissantes de virtuosité. L’être humain y est scruté, disséqué, pour tenter de trouver une réponse à la question majeure : qui sommes-nous ? Saisissant ! CdP

Tu honoreras ta mère et ta mère France – 2013 – 1h36 de Brigitte Roüan, avec Nicole Garcia, Eric Caravacca…

C’est devenu un véritable rituel familial : tous les ans, Jo (Nicole Garcia) retrouve ses quatre fils (Eric Caravacca, Patrick Mille, Gaspard Ulliel, Mickaël Abiteboul) dans une petite île de Grèce où, avec les habitants, elle a mis en place un festival de théâtre. Mais cette année, à son arrivée, le maire lui apprend que le festival, à cause de la crise financière qui frappe le pays, a été annulé et qu’on ne lui a pas réservé de logement. Toutefois, pour elle, pas question de renoncer : elle squatte une maison et décide de créer malgré tout une version du mythe d’Œdipe. D’abord comédienne, Brigitte Roüan est devenue une réalisatrice aboutie avec trois longs métrages au ton singulier : Outremer (90), Post coïtum animal triste (96) et Travaux, on sait quand ça commence (03). Sur les très belles images d’Agnès Godard, elle poursuit dans la veine comique de ce dernier film dans une comédie sur les relations mère-fils à la fois drôle et tonique et qui privilégie le symbolique au psychologique.

Avec, pour la première fois à l’écran, Demis Roussos, méconnaissable… en pope ! DP

U

Une Estonienne à Paris France/Belgique/Estonie – 2012 – 1h34, de Ilmar Raaq, avec Jeanne Moreau, Laine Mägi, Patrick Pineau…

Profitant d’une proposition inattendue, Anne, la cinquantaine, quitte l’Estonie pour venir à Paris s’occuper de Frida, vieille dame estonienne installée en France depuis de nombreuses années. Mais Anne est confrontée au tempérament acariâtre et tyrannique de Frida qui tente de la décourager. Elle n’attend rien d’autre de la vie que l’attention de Stéphane, son jeune amant d’autrefois. Anne résiste à sa manière. À son contact, Frida va retrouver sa fougue d’éternelle séductrice.

Situé dans un contexte particulier (Paris fut la destination privilégiée d’exilés estoniens dans les années 1920 et 1940), Une estonienne à Paris repose sur l’évolution de ces deux femmes esseulées et explore avec subtilité « emprise du sentiment et désir d’affranchissement ». Film primé au festival de Locarno et à Saint-Jean de Luz (prix d’interprétation pour Laine Mägi). Sources : dossier de presse, la-croix.com

Filmographie : The Class (2007).

+ COURT MÉTRAGE French Roast France – 2010 – 8’, Animation, de Fabrice O.Joubert.

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Wadjda film du mois, voir au dos du carnet

19h30

Le Canardeur 1974 USA Couleurs 1h55

Rencontre avec Jean-Baptiste Thoret, historien et critique de cinéma. lundi 4 février SOIRÉE PAUL FÉJOS (2 films) 19h30

Marie légende hongroise de Paul Féjos-1932 Fr. / Hongrie Noir et blanc 1h15’

21h00

Gardez le sourire

mardi 12 février 19h30

Les Portes du paradis 1980-USA Couleurs 3h39

lundi 18 février 19h30

Le Trou

de Paul Féjos-1933 All. Noir et blanc 1h20

de Jacques Becker-1959-Fr. Noir et blanc 1h55

lundi 11 février Partenariat Cinémathèque/Studio

lundi 25 février 19h30

HOMMAGE À MICHAEL CIMINO

Falbala

de Jacques Becker-1944-Fr. Noir et blanc 1h35

programme détaillé dans le dépliant disponible à l'accueil et sur www.cinematheque-tours.fr

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L’Ogre de la Taïga

À partir de 5 ans

Uruguay – 2012 – 1h15, film d’animation de Walter Tournier. À part ir de 4

Selkirk, jeune pirate indiscipliné, navigue sur les mers du sud à la recherche de trésors... Ce film d’aventures est une adaptation de l’histoire du marin écossais Selkirk, naufragé sur une île déserte. Sa vie inspira Daniel Defoe pour écrire Robinson Crusoé.

VF

ans

VF Russie – 2013 – 52 mn, courts métrages d’animation de divers réalisateurs.

Quatre contes, dans l’esprit de La Balade de Babouchka, qui évoquent le mensonge et la quête du bonheur.

Mercredi 30 après la séance de 14h15, atelier pâte à modeler.

Tout public à partir de 8 ans

Jeune Public

Jeune Public

VF

Festival PLANÈTE SATOURNE * Ouverture Dimanche 17 à partir de 10h30. CINÉ P’TIT DÉJ’ CONCERT avec le duo Aquarius

GB – 1993 – 1h40, de Mike Newell, avec Gabriel Byrne, Ellen Barkin, Ciarán Fitzgerald, Ruaidhrí Conroy…

Fils d’un nomade irlandais sédentarisé, Ossie et Tito voient un jour revenir leur grand-père suivi d’un superbe cheval blanc qu’ils adoptent aussitôt. Avec lui, ils vont devoir prendre la fuite… Ce voyage mi-fantastique mi-réaliste aborde avec émotion la question du racisme envers les nomades, la quête d’amour paternel.

VF USA – 1970 – 1h18, film d’animation de Wolfgang Reitherman.

La richissime Mme de Bonnefamille a décidé de léguer sa fortune à ses chats bien-aimés. Mais son maître d’hôtel, le diabolique et rusé Edgar, leur prépare un bien mauvais tour…

VF

* programme complet du Festival dans les bacs à l’accueil et sur les différents sites.

Tou à part t public ir de 4 ans

USA – 2012 – 2h05, de Ang Lee, avec Suraj Sharma, Irrfan Khan, Adil Hussain…

2D 3D

Le jeune Pi, seul survivant d’un naufrage Tout public à partir de 10 ans en plein Pacifique, doit partager son canot de sauvetage avec un tigre du Bengale. Tous deux devront lutter pour survivre…

France/Italie/Luxembourg/Belgique – 2012 – 1h20, film d’animation de Enzo D’Alo, d’après le livre de Carlo Collodi.

VF USA – 1931 – 1h27, de Charles Chaplin, avec Charles Chaplin, Harry Myers, Virginia Cherrill… Tout public à partir de 7 ans

sans paroles

Le célèbre vagabond réussit à sauver un millionnaire suicidaire et une jeune aveugle ! Dans cet avant-dernier film muet de Chaplin, vous pourrez assister à de pures scènes burlesques, même si le film suit une trame mélodramatique.

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À partir de 6 ans

Le menuisier Geppetto a créé Pinocchio, pantin de bois fantaisiste et malicieux qui préfère les bêtises à l’école. Heureusement, la bonne fée aux cheveux bleus veille sur lui !

• Chimpanzés de Alastair Fothergill et Mark Linfield • Rose et Violette, programme de trois courts métrages d’animation • Monstres... pas si monstrueux ! programme de cinq courts métrages d’animation … et des séances exceptionnelles pour fêter les 50 ANS des Studio ! Les CARNETS du STUDIO

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FILM DU MOIS

Wadjda Arabie Saoudite – 2012 – 1h37, de Haifaa Al-Mansour, avec Waad Mohammed, Reem Abdullah…

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adjda a douze ans. Comme beaucoup de filles de son âge elle porte des jeans et des baskets, aime le rock et voudrait avoir un vélo pour pouvoir faire la course avec Abdallah, son meilleur copain. D’ailleurs, elle a déjà demandé au marchand de lui réserver le beau vélo vert de ses rêves. Mais Wadjda habite en Arabie Saoudite et les bicyclettes sont destinées aux hommes car elles constituent une menace pour la vertu des jeunes filles. C’est pourquoi sa mère refuse de la lui acheter. Déterminée, Wadjda ne se laisse pas abattre et décide de participer au concours de récitation coranique organisé par son école car le premier prix est doté de la somme tant désirée… Wadjda est le premier long métrage jamais réalisé en Arabie Saoudite (un pays où le cinéma n’existe pas ou très peu et où montrer des films est illégal ; d’ailleurs les salles de cinéma y sont interdites depuis les années 70). Et c’est une réalisatrice pour une œuvre parlant de la place de la femme dans la société du royaume qui a réussi cette première, donnant ainsi au film une portée symbolique très forte. Paradoxalement, c’est avec autorisation et à Riyad même qu’Haifaa Al-Mansour a tourné, même si cela n’a pas été sans difficultés : « Je devais régulièrement courir pour me cacher dans le camion de la production dans les quartiers les plus conservateurs qui n’admettent pas qu’une femme réalisatrice travaille ainsi aux côtés des hommes ». Si le travail de résistance auquel participe la réalisatrice est vital par sa portée politique et symbolique,

cela ne suffit pas à faire de son film une œuvre de qualité. Le miracle de Wadjda est d’être aussi très bon. Son héroïne, touchante et entêtée, en rappelle d’autres. Aussi bien ses pendants masculins comme ceux, sujet oblige, du Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica ou du Gamin à vélo des frères Dardenne ; que ses alter égo féminins comme les nombreuses héroïnes des films de Jafar Panahi (Le Ballon blanc, Le Miroir), qui, rappelons le, est toujours victime d’une condamnation à la prison, avec l’interdiction de réaliser des films et de quitter son pays. À travers le personnage de Wadjda, on devine aussi beaucoup de la société qui l’entoure et plus particulièrement de la vie des femmes saoudiennes grâce au beau personnage de la mère, qui, ne pouvant plus avoir d’enfants, tente de convaincre son mari de ne pas prendre une seconde épouse afin d’avoir un fils. « Je viens d’une petite ville en Arabie Saoudite où on trouve beaucoup de petites filles comme Wadjda. Des petites filles qui ont de grands rêves, de fortes personnalités et tant de potentiel. Des petites filles qui peuvent – et pourront – refaçonner et redéfinir notre nation… J’espère sincèrement que le film offre une vision intérieure unique de mon pays et qu’il parlera à tous à travers ces thèmes universels que sont l’espoir et la persévérance ». Avec elle, persévérons à croire que le cinéma ouvre sur le monde et espérons que ce beau premier film soit suivi de pleins d’autres. JF Prix du meilleur film art et essai, Mostra de Venise 2012

LES CARNETS DU STUDIO – n°309 février 2013 – 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS - CPPAP n°0214 G 84305

www.studiocine.com – 08 92 68 37 01


En bref…

Ici. . . ` marCHe BlanCHe Nabil Ben Yadir (Les Barons) a écrit son deuxième long métrage, La Marche, avec Nadia Lakhdar et Ahmed Hamidi, en s’inspirant de faits réels. Le trio a donc mis ses pas dans ceux de jeunes du quartier des Minguettes, dans la banlieue lyonnaise, qui, en 1983, voulant dénoncer les discriminations que subissaient les Français issus de l’immigration, effectuèrent une démarche non-violente, avec le soutien d’un curé local : une longue marche de Marseille à Paris. Leïla Bekhti (Tout ce qui brille), Ramzy Bedia (de Eric et Ramzy), Vincent Rottiers (Avant l’aube), Charlotte Le Bon (une des rares miss météo de Canal + brunette et drôle) et le grand, l’unique Lambert Wilson devront être vigilants quant au choix de leurs chaussures. ` l’éCole de la vie… et de la mort Thomas Lilti a plusieurs cordes à son arc, c’est le moins que l’on puisse dire : médecin généraliste, il est aussi scénariste (Télégaucho) mais également réalisateur (Les Yeux Bandés). Pour son deuxième film, Hippocrate, il a choisi de s’inspirer de son expérience de carabin (c’est à dire d’étudiant en médecine, pour ceux qui ignoreraient le sens de ce terme quelque peu désuet). C’est Vincent Lacoste (Les Beaux gosses) qui endossera la blouse blanche du jeune Benjamin et effectuera un stage d’internat dans le service de son père, interprété par Jacques Gamblin. Ambitieux et sûr de lui, Benjamin s’apercevra à cette occasion, que la vie n’est pas forcément ce qu’il imaginait. Ses collègues auront pour nom : Félix Moati (interprète dynamique et rafraîchissant de Télégaucho), Reda Kateb (Trois Mondes) et la rare Marianne Denicourt. ` l’enfer C’eSt leS autreS, mais pas que… Clémence/Zabou Breitman vit le parfait amour avec Gabriel/Olivier Marchal. Son problème c’est qu’elle est jalouse et que, même quand tout va bien, cela cache forcément quelque chose. Alors quand Gabriel lui demande sa main, elle décide de mettre à l’épreuve ses sentiments, en engageant une « testeuse » de fidélité, pendant un voyage à la Réunion. On a beau bien aimer Zabou Breitman, on peut tout de même s’interroger sur sa participation à ce film de Catherine Castel, Belle comme la femme d’un autre, dont l’argument ne brille pas par son originalité : L’Enfer, Ma femme est une actrice, Étreintes brisées, L’Arnacoeur entre autres ont déjà exploré ce filon. Mais peut-être seronsnous heureusement surpris par cette relecture des rapports homme/femme.

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et ailleurs. . . ` Homme orCHeStre Si on connaît le Michel Legrand compositeur mythique (d’un nombre invraisemblable de bandes originales de films français et américains entre autres), pianiste, arrangeur, chef d’orchestre, on connaît moins le Michel Legrand scénariste et réalisateur ! Pourtant en 1988, il a mis en scène Cinq jours en juin, réminiscence de son enfance avec notamment Annie Girardot et Sabine Azéma et devrait passer de nouveau derrière la caméra pour raconter une histoire d’amour (guère étonnant de la part du compositeur des Parapluies de Cherbourg, d’Un été 42 et du Sauvage) et utiliser la musique à l’écran comme personne ne l’a jamais fait auparavant selon sa propre expression. ` maJuSCuleS CapitaleS HOLLYWOOD, neuf lettres mythiques, ayant fait rêver des générations de candidats à la célébrité, frontière symbolique entre le monde des mortels et celui des divinités du grand écran (Peg Entwistle, en 1932, choisit le H pour se jeter dans le vide, désespérée de ne pas parvenir à faire partie des élus). 90 ans qu’elles règnent sur les hauteurs de Los Angeles, même si plus personne ne se souvient que c’était pour promouvoir un programme immobilier baptisé Hollywoodland (rappelons-nous que les studios de l’époque étaient définis comme des usines à rêves : l’industrie jamais loin des paillettes. Les quatre dernières lettres ont été supprimées en 1940, l’essence du mythe est restée). Mais les légendes, ça s’entretient et celle-ci, c’est avec de la peinture : 1 365 litres d’une peinture blanche et brillante, réfléchissant les rayons du soleil. ` JoHnnY S’en va-t-en Guerre Depuis 2011, Johnny Depp est producteur et a déjà participé à la création de deux films, Rhum Express de Bruce Robinson et Hugo Cabret de Martin Scorsese. Cette nouvelle activité semble l’avoir satisfait puisqu’il va récidiver avec un autre projet dont le thème prouve qu’il a de la suite dans les idées : en effet, il a choisi de soutenir une nouvelle adaptation de Don Quichotte ! Est-ce pour conjurer le sort qui s’était acharné sur L’Homme qui tua Don Quichotte que Terry Gilliam n’a pas été sollicité pour l’aider à combattre ces nouveaux moulins à vent ? Le comédien s’est en effet associé à Walt Disney Pictures, société de production et de distribution, également à l’origine de la franchise Pirate des Caraïbes dont le personnage principal, le fameux capitaine quelque peu baroque Jack Sparrow, fait partie des prestations d’anthologie de… Johnny Depp. IG

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Bande annonce

humeur Gérard Depardieu

Le cinéma militant : un cinéma engagé, un cinéma innovant, un cinéma à part entière a littérature engagée a conquis une place incontestée en utilisant l’éventail des formes littéraires disponibles : le roman, l’essai, la nouvelle, le pamphlet, le pastiche… Les plaidoyers de Victor Hugo contre la peine de mort, le J’accuse d’Émile Zola ont marqué l’histoire de la littérature et des mouvements d’opinion. Le cinéma militant, donc engagé, en est le pendant dans le 7e art, sous forme de fiction, de documentaire, ou encore de ciné-tract, ce précurseur version combattante, du clip ou du film sur téléphone mobile. Les réalisateurs assignent aux personnes, aux situations, une fonction utilitaire dans leur narration : les cinéastes militants, eux, assignent personnes et situations au service de leur démonstration. Charlie Chaplin, Vittorio De Sica, Jean Rouch, Robert Bresson, André Cayatte, Costa-Gavras, Raymond Depardon, Michaël Moore… ont utilisé – utilisent encore – tous les procédés cinématographiques disponibles au service de leur thèse. Selon que nous sommes en accord ou non avec leur position, nous trouvons le procédé louable ou immonde. De par leur forme, certaines œuvres émerveillent ou irritent, parfois par leur sophistication esthétique. C’est pourtant une affaire de goût qui masque bien souvent implicitement notre jugement sur le réalisateur ou sur son œuvre, quand ce n’est pas notre adhésion ou notre hostilité aux thèses émises qui engendrent res-

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e me souviens du jeune homme des films de Ferreri, avec son couteau électrique dans La Dernière femme ou ne parlant plus qu’avec un sifflet dans Rêve de singe, le loulou irrévérencieux chez Pialat ou faisant la paire avec son pote Dewaere dans Les Valseuses, l’amoureux fou de Dites-lui que je l’aime de Claude Miller… nous l’avons tant aimé, le Gégé ! Sa filmographie s’allonge à n’en plus finir, preuve répétée, année après année, de son immense appétit de jouer et de son immense talent. Des rôles ? Tous les rôles ! Qui peut la même année triompher dans Le Dernier métro de Truffaut et dans La Chèvre de Zidi ? Qui peut vouloir rafler l’audience de TF1 avec son Edmond Dantès après avoir conduit le camion de Marguerite Duras cinéaste ? Resnais, Blier, Sautet, Bertolluci, Comencini, Monicelli, Scola, Pialat, Wajda, Coppola, Rappeneau, Corneau, Beinex… C’est aussi l’auteur tendre de Lettres volées, le chanteur doué des textes de sa femme Elisabeth, le fan qui voulut relancer la carrière de Barbara en se lançant avec elle sur les routes dans Lily passion, le réalisateur discret d’Un Tartuffe et d’Un pont entre deux rives plutôt réussis. On a tous sans doute pensé un jour ou l’autre qu’on en avait marre du Depardiou, qu’il en faisait trop, lui qui se pensait au temps d’Uranus de Claude Berri comme un effet spécial humain. Mais dernièrement, on redécouvrait un acteur tout en retenue par exemple dans Les Temps qui changent de Téchiné ou Quand

pectivement notre enthousiasme ou notre répulsion. Mais, au fond, quel est le rôle du cinéma militant ? Rappelons-nous les cinés-tracts initiés par Chris Marker et Jean-Luc Godard en 196869, ils organisaient une contre-information, certes partisane, mais qui voulait pallier les lacunes des informations résolument partiales et partielles de l’ORTF, la télévision d’alors ! J-L Godard explique la fonction dévolue à certains exemplaires de l’époque qui vaut aussi pour décrire l’un des rôles, primordial, du cinéma militant : « Les cinés-tracts se sont schématiquement opposés à la voix du pouvoir; ils ont été réalisés et diffusés pour dévoiler ce que l’ORTF et certains journaux de droite ont refusé de montrer ». C’est tout le travail aujourd’hui, par exemple d’un Michael Moore, qui ne fait pas précisément consensus ! En complétant une opinion de Marie-José Mondzain pour l’appliquer au cinéma militant, le cinéma engagé veut « donner à voir » un point de vue différent « pour d’abord savoir » ce que taisent le pouvoir et ses médias.

j’étais chanteur de Xavier Giannoli. Sa vie devenait une épopée, de la zone castelroussine aux palais parisiens avec ses excès en tout genre. Dans une longue interview télévisée, il expliquait qu’il avait l’impression de n’être personne, dans son gros corps qu’il déteste, qu’il enchaînait les tournages sur un rythme effréné pour exister par les personnages qu’il incarne. Jusqu’à ce qu’il se découvre homme d’affaire, pathétique et souvent grotesque (incontinent aérien aux enthousiasmes politiques douteux sarkozyste ou poutinocastriste). Obélix est non seulement tombé dans la potion magique mais aussi dans le goût du pognon pour le pognon. Minable, son exil belge ? «Vieillir, c’est devenir l’homme que l’adolescent qu’on était haïssait », écrivait Philippe Val (qui en sait quelque chose). Peutêtre faut-il essayer d’oublier l’homme public et ses exaltations pochtronesques pour ne garder que le magnifique acteur qu’il est encore. On pouvait admirer l’auteur Gainsbourg et ne pas supporter Gainsbarre, l’alcoolique tremblotant et piteusement provocateur des plateaux télé. On peut essayer d’oublier le gros Gégé, l’ogre boulimique et fort en gueule pour ne garder que la voix d’outre tombe d’Ursus portant le texte de Victor Hugo : « La vie n’est qu’une longue perte de ceux que l’on aime. » DP Ne sachant comment évoluera cette mascarade, je tiens à préciser que ce texte a été écrit en décembre 2012.

JSC, pour le CNP Depuis 50 ans, les STUDIO, le CNP proposent films et débats qui nourrissent la réflexion : Nous y reviendrons prochainement.

© Dominique Plumecocq

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Courts lettrages Télégaucho de Michel Leclerc

Victor expérimente, Victor tombe amoureux, Victor est entouré de gens qui voudraient faire la révolution. Et puis finalement, Victor se rend compte que là n’est peut-être pas sa place : pas assez radical pour être militant, il se verrait plutôt artiste. A vingt ans près, la trajectoire de ce Victor ressemble un peu à celle de Gilles dans Après Mai, d’Olivier Assayas. Deux jeunesses à deux époques, en mode majeur ou mineur. On dirait bien que le souffle libertaire n’a pas disparu avec mai 68… LB Après Le Nom des gens, on est un peu déçu par le film. Mais c’est une petite comédie alerte, bon enfant, pleine de rebon-

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dissements loufoques. On ne boude pas son plaisir et on en ressort réjoui. CdP Pourquoi est-ce qu’on trouve ce deuxième film moins passionnant que Le Nom des gens ? Pourtant on ne s’y ennuie pas une seconde, on y rit très souvent, la galerie de personnages est excellente joués par des acteurs qui le sont aussi : Eric Elmosnino en leader magouilleur, Maïwenn en pasionaria du petit écran, Sara Forestier en miss catastrophe peroxydée, Zinedine Soualem en ex star du porno et Félix Moati en alter ego charmeur du réalisateur. Tout cela est de nouveau joyeusement politique... et c’est déjà pas si mal ! DP

L’un des seuls reproches que l’on pourrait faire à Télégaucho serait de laisser entendre que les télés libres n’ont pas réussi à exister parce qu’elles étaient animées par des magouilleurs ou des incapables en passant sous silence le poids écrasant des médias nationaux, qu’ils soient privés ou publics. Il n’en reste pas moins que Télégaucho est traversé d’une réelle énergie communicative et d’une salutaire auto-dérision. ER Michel Leclerc réalise des films à son image : chaleureux, sincères ! Et malgré un côté foutraque, bruyant, certaines naïvetés

et maladresses, il nous rappelle, l’air de rien, que si l’idéalisme est louable, l’intégrisme même de gauche finit immanquablement par s’associer à la Terreur ! IG Comment fait-on pour faire financer par TF1 (et France 2) et distribuer par UGC, un film qui répète à longueur de plans sa détestation du pognon et dont l’un des personnages, Emmanuelle Béart en présentatrice vedette, affirme que la télévision, c’est de la merde ? Il y a là un pouvoir de persuasion (ou de trahison) dont Michel Leclerc doit avoir le secret ! DP

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rencontre Brigitte Roüan

Ça commence un peu comme une comédie : une venue de dernière minute*, pas annoncée dans les Carnets, une comédienne vedette qui ne peut plus venir (Nicole Garcia), une réalisatrice qui n’est pas là au début du film… ni quand les lumières se rallument (heure d’arrivée au train oblige) et un public (malgré tout assez nombreux étant donné les circonstances) qui attend patiemment plus de dix minutes. Et qui n’aura sans doute aucune raison de regretter sa patience : Brigitte Roüan déboule, essoufflée, aussi passionnante que passionnée.

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ne première question ? « Quand on a aimé, on n’a pas envie d’en parler tout de suite. Quand on n’a pas aimé, on n’a pas envie d’en parler du tout », dit-elle. Alors, elle nous raconte une anecdote. Une projection de Bouge pas, meurs et et ressuscite de Vitali Kaneski. Le réalisateur arrive après la projection. Pourquoi avez-vous donné ce titre  ? lui demande-t-on. Il a répondu qu’il avait tourné cette histoire puis qu’il avait eu l’envie de lui donner ce titre et… il est parti. « Pourquoi avoir appelé ce film Tu honoreras ta mère et ta mère ? Vous êtes allés au catéchisme ? La Bible dit : « Tu honoreras ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent et que tu sois heureux sur la terre. » Les mères sont un peu comminatoires. Elles ne peuvent pas dire à leurs fils

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« Aime-moi ! » mais il est impensable de ne pas faire autrement. Je voulais faire un film sur les relations garçons-mère. Les relations mères-filles, je ne connais pas, je n’en parle pas. Pour une femme, un fils c’est un trophée : il est ce qu’elle n’est pas  ! Elles sont amoureuses de leurs fils, complices de leurs filles. Pas besoin d’être une mère juive ! Pour l’homme que vous aimez, vous faites tout bien pour qu’il reste : la cuisine, l’amour… Pour un fils, vous faites tout bien pour qu’il parte. Il y a des mères qui pleurent, d’autres qui font des films ! » Pourquoi la Grèce  ? Parce que la mère Méditerranée comme le suggère une spectatrice  ? «  J’aurais pu filmer en Dordogne. Mais ça me plaisait qu’elle soit prof de grec, elle a fait un peu d’archéologie, elle n’a pas les moyens, elle est obligée de

squatter. » Les paysages filmés par Agnès Godard sont magnifiques. «  Je cherchais un blockhaus. Je voulais une villa entourée d’un mur avec la mer au loin. Où l’on ne peut rentrer que par effraction. Je n’aime pas le naturalisme, je n’aime pas la psychologie, j’aime le symbolique. Dans Post coïtum animal triste, il était écrit qu’elle marchait sur un nuage. C’est une expression mais je voulais avoir l’image, le nuage. Il y en a quelques unes ici. Si j’avais les moyens, je ferais plein d’effets spéciaux… Elle lévite comme Sainte Thérèse d’Avila. À la fin, elle monte au ciel. Il y a l’idée aussi de la mort. Ça aurait été plus cohérent mais je n’en ai pas eu le courage. J’ai choisi une fin moins élégante mais moins dure. » Une spectatrice a trouvé le film très gai, très tonique. «  Ce n’est pas un film sur la famille ni sur les vacances. C’est un film sur les mères et les fils. Toutes les femmes du film sont des mères aux différents âges de la vie. Il évoque ce lien catastrophiquement charmant.  » Nicole Garcia était déjà là dans Outremer. « C’était il y a 22 ans. On a beaucoup tourné au théâtre quand on était jeunes. Le soir, les garçons jouaient au poker. On se baladait. On est devenues amies intimes. Heureusement que c’était elle car on a eu très peu de temps, faute d’argent : seulement 36 jours de tournage. Il y a eu 25 heures de rushs alors que, pour Polisse par exemple, il y en a eu 250 heures  ! » Et pourquoi le personnage joué par Emmanuelle Riva  ? «  Il y a des personnages qui viennent tout seul. Avant six ans, on a un surmoi pas très formé, on dit ce qu’on pense. Quand on devient très vieux, le vernis s’écaille… J’ai connu des grands-mères pestes  : c’est très drôle  ! Ça

va avec le rôle de la Pythie. Comme elle dit n’importe quoi, elle peut dire aussi la vérité ! » Et le tournage avec les enfants, les ados  ? «  Leur casting a été trop rapide… Le tournage avec les petits prenait un temps fou. Ça tourne au chantage. Au début, le bébé avait peur de tout le monde puis il a fallu le mettre de dos car il surjouait tout, faisant des grands sourires à tout le monde ! » Pas d’ouzo ni de raki dans le hall des Studio, mais Brigitte Roüan exprime l’envie d’aller « boire un coup ». Rendez-vous le 6 février prochain pour la sortie de ce film revigorant qui honore les mères. « Même si elles sont agaçantes » comme le concède la réalisatrice à une spectatrice qui a trouvé que Nicole Garcia l’était. DP * Brigitte Roüan et Nicole Garcia étaient à l’affiche du CDRT dans La Mouette de Tchekov.

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rencontre Jacques et Lou Doillon

doillon père (et fille) Un Studio 1 presque plein pour cette rencontre avec un réalisateur hors norme, auteur d’une trentaine de films. En ce premier jour d’hiver, les spectateurs tourangeaux sont-ils venus voir à quoi ressemblait leur ville vue l’été dernier par Jacques Doillon ? Il nous prévient tout de suite que les quartiers que nous ne reconnaitrons pas ont été filmés… à Lille, montage financier oblige.

Jacques Doillon aux Studio © Nicole Joulin

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ourtant, Tours a une belle présence. Notamment dans la longue scène d’exposition en bord de Loire, devant les escaliers qui mènent aux terrasses de Tours sur Loire lorsque Lou Doillon et Samuel Benchetrit se retrouvent devant le fleuve et les arches du Pont de Pierre. Mais quand il sera interrogé sur ce tournage à Tours, Jacques Doillon dira qu’il a choisi ce lieu … pour des raisons de financement, parce la région Centre a soutenu son projet (la venue du réalisateur était d’ailleurs coorganisée par les Studio et par l’agence régionale Ciclic). Il a été beaucoup plus prolixe sur les lofts où vivent ses personnages, s’excusant presque de ce choix : « Si c’est vraiment la fin du monde ce soir, en retrouvant les films tournés en France, les sur-

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vivants penseront que tous les Français vivaient dans des intérieurs bourgeois ! » Mais il a besoin de place, pour que la caméra tourne autour de ses personnages. Alors dans un 60 m², c’est impossible  ! Et sa caméra tourne autour du curieux trio formé par Aya, Louis et Victor. Les gros plans ? Un réflexe ou des habitudes ? Pas une forme vraiment choisie. D’ailleurs à l’entendre, tout le processus de création d’un film, chez lui, est assez aléatoire. Il écrit des scènes. La nouvelle scène pousse une autre scène devant elle jusqu’à ce que ça puisse former un film. Jacques Doillon ne sait pas bien ce qui en résultera avant de les tourner avec des acteurs. D’habitude, il aime filmer les scènes dans l’ordre « pour voir ce que ça donne » mais pour Un

enfant de toi, il a été dans l’obligation de filmer des scènes à Lille et à Tours. Les spectateurs étaient unanimes pour reconnaître la performance d’actrice extraordinaire de Olga Milshtein (qui avait 7 ans lors du tournage). L’auteur de La Drôlesse et de Ponette s’étonne de notre étonnement de spectateur. Olga était certes très douée mais c’est facile de travailler avec les enfants car « pour eux le jeu est une évidence. Les enfants vivent dans le jeu. » C’est beaucoup plus difficile avec les acteurs hommes à cause de problèmes d’ego et d’une éducation qui persiste à faire cacher les sentiments des garçons. L’espiègle Alina observe les errements des adultes avec une maturité étonnante… que n’ont pas les adultes qui l’entourent. « Tous les gens que je connais ont des vies complètement en bazar comme ceux du film. Je suis content de voir quelqu’un qui a une vie ordonnée ! » Jouer avec sa fille ? « Je connais son inventivité et son goût pour la nostalgie. » C’est donc plutôt plus facile mais pas foncièrement différent du travail avec d’autres acteurs dont on essaie également de toucher la sensibilité. Un film bavard ? Comme tous ces autres films. Et comme il ne va pas voir les films de ses collègues, il ne peut pas comparer. En tout cas, il ne comprend pas le reproche parfois émis que son cinéma soit du « théâtre filmé » car il ne voit pas de différences fondamentales entre le théâtre et le cinéma, même si, au niveau de la parole, « le cinéma permet d’avoir la

parole murmurée ». Ses personnages jouent sans arrêt. Jacques Doillon est un joueur (il ne lit qu’un quotidien : Pari Turf !) Chez lui, il y a un billard et il parle à propos de ses personnages, «du hasard des boules qui s’entrechoquent » en précisant que c’est parce qu’il joue mal au billard. Quand une spectatrice lui dit que son film « oscille entre marivaudage et libertinage », il ne veut retenir que le verbe : « Mon film oscille ! » Et l’avenir du cinéma ? « Le financement est aux mains des divertisseurs de la télé. Fellini ou Antonioni, pour prendre l’exemple de l’Italie, ne pourraient plus tourner. Il faut beaucoup de ruse aux jeunes réalisateurs pour rester inventifs. » Des projets ? Un tournage l’été prochain. Sur quoi ? Il faut écrire des scènes. « On a trop appris à attendre les aides. Il faudrait se prendre par la main, filmer une scène sur trois ou quatre jours. Ça pourrait peut-être faire un film intéressant. » Le courageux public toujours présent à cette heure tardive partira avec cette image incertaine d’un cinéaste désabusé ou… ironique. DP

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rencontre Sébastien Lifshitz

Sébastien Lifshitz aux Studio © Nicole Joulin

Une salle 7 archi comble et enthousiaste attendait Sébastien Lifshitz, après la projection de son documentaire Les Invisibles, donnant à voir et à écouter les témoignages de dix (belles) personnes, nées entre les deux guerres et ayant choisi d’assumer leur homosexualité même si pour certaines le parcours fut plus douloureux que pour d’autres. Habitué des Studio depuis Terres froides en 1999, le réalisateur est venu y présenter tous ses films à l’exception de Plein sud. Les échanges entre le réalisateur (se réjouissant de voir autant de monde) et le public furent à l’image du film : pleins d’humour, de respect, de chaleur et d’émotion.

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À l’oriGine Amateur de vieilles photos, Sébastien Lifshitz explique qu’il a déniché aux Puces de Vanves, une série d’albums de photos de deux femmes, dont les plus récentes avaient été prises dans les années 50 « était-ce deux sœurs, deux amies, ou deux amantes ? » En observant tous ces clichés, il finit par comprendre qu’il s’agissait d’un couple de femmes : « Faire tirer des photos voulait dire se rendre visibles, pourtant, ces femmes avaient une apparence bourgeoise. Ces clichés ne correspondaient pas à l’image victimaire que l’on donne habituellement de l’homosexualité. À partir de là, je me suis posé la question de savoir comment des gens âgés de 60 à 90 ans ont pu réussir à vivre leur homosexualité et à être heureux ? » leS témoinS Comme le réalisateur tenait à se dégager des clichés rattachant les homosexuels à un milieu plutôt urbain et artistique, il a cherché des témoins issus de lieux géographiques et de couches sociales variés. Il fallait qu’ils aient une réflexion sur leur homosexualité et sur leur vie, et qu’ils possèdent des documents qui évoquent leur passé. Il fallait aussi qu’ils habitent des lieux cinégéniques et qu’ils ne soient pas impressionnés par la caméra. Si soixante-dix personnes ont été contactées, dix seulement témoignent dans le film. « Ces personnes, Yann et Pierre, Jacques et Bernard, Elisabeth et Catherine, Thérèse, Monique, Pierrot et Christian, en dehors de leur homosexualité, n’ont rien de commun… Arrivés à un certain

âge, homo ou pas, les gens ont envie de raconter ce qu’ils ont vécu, mais peut-être davantage pour les homosexuels puisque n’ayant pas d’enfant, il n’y a pas de transmission de leur histoire. » Quand mÊme On sent, par la délicatesse avec laquelle il les filme, que Sébastien Lifshitz aime ces gens qui ont essayé d’être heureux et libres quand même, malgré le rejet de la société, de leur famille, de leur milieu professionnel : « C’est niais de le dire, mais cette vie qui est difficile, ils l’ont accomplie. Ils sont allés au bout du voyage. Ils ne sont pas amers même s’ils ont eu des difficultés. Ils ont de l’humour et de la force de caractère et, chose très importante, une certaine idée du bonheur et de la liberté. Ils ont participé à la construction et à la transformation de leur époque. Les femmes, dans le film, ont une parole plus forte parce qu’elles ont dû se battre en tant que femmes et en tant qu’homosexuelles. La première fonction des femmes de cette génération était de fonder un foyer. On ne se pensait pas soi, on se pensait une personne parmi un groupe, la famille. » JuSteS noCeS Actualité oblige, le débat s’oriente inévitablement sur la question du mariage pour tous : « Les gens de cette génération se sont construits en opposition avec le modèle du mariage, de la famille traditionnelle. La société a changé et aujourd’hui, les homosexuels ont une visibilité. Les familles homoparentales existent : l’État doit protéger ces familles. »

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rencontre Sébastien Lifshitz

du Cinéma Si Sébastien Lifshitz a voulu réaliser un documentaire, il a tenu à ce que celui-ci soit un film de cinéma, d’où un travail spécifique au moment des prises de vue et du montage : « Les documentaires à la télévision sont très montés. Je voulais éviter cette manipulation qui crée une parole contractée. Il fallait que les moments d’entretien avec les différents intervenants tiennent en un bloc, pour créer quelque chose de très épuré et de très simple au montage et donne une impression de liberté… Certains témoins du film, comme Monique, Thérèse et Pierrot ont participé à la présentation du film. Ils se sont vus presque comme des personnages. L’utilisation du format Scope contribue à rendre la dimension romanesque de leur trajectoire et à les faire devenir des personnages de cinéma. »

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à propos de Amour

pour mémoire « Il était important de filmer ces gens aujourd’hui, car ils ne sont pas vus, pas écoutés. Une fois qu’ils ne seront plus là, ce sera fini. Sur les soixante-dix personnes rencontrées, trois sont mortes. Il ne fallait pas attendre. La vieillesse est toujours racontée du côté de la souffrance, alors que ce n’est pas forcément un naufrage. » On ne peut qu’abonder dans le sens d’une spectatrice qualifiant le film de positif : positif par la vitalité de ces septua/octogénaires et le regard à la fois curieux et bienveillant que le réalisateur porte sur l’humain. IG

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’est une histoire dans laquelle on entre par effraction. Avec les pompiers et les policiers. En cassant la porte. Rarement le terme « huis clos » aura autant été à prendre au pied de la lettre. D’emblée, tout est joué, comme une terrible évidence d’espèce. La seule échappatoire aura été dans la scène d’exposition  : une salle de concert où le public s’installe, le noir se fait, le concert commence mais la foule continue à nous regarder et, comme le faisait remarquer JF le mois passé : « Nous sommes leur spectacle ». Pourtant, comme le dira plus tard Georges à sa fille : « Rien de tout cela ne mérite d’être montré. » Et cependant, Michael Haneke nous montre. Frontalement, sans détourner le regard. Des choses qu’on aimerait ne pas avoir à voir. Un homme et une femme. En un tête à tête effrayant, bouleversant. Avec la méticulosité qu’on lui connaît, il met en scène dans le moindre détail cette lente descente aux enfers de la chair ponctuée de brutales et cruelles ellipses. Les réactions des critiques sont très contrastées, enthousiastes ou choquées : « un film immense… porté par la foi dans l’homme et dans le libre arbitre », « tant de froideur et d’insensibilité … de la pure complaisance », «  un film totalement détestable », « un grand film sur l’inéluctable de la condition humaine  », «  un film sadique »…

peut-être parce que ce film renvoie chaque spectateur à sa propre angoisse du vieillissement, à son rapport personnel avec la maladie et la mort, à sa propre histoire dans ce qu’elle a de plus intime. L’appartement devient, petit à petit, un monde refermé sur lui-même. Dont tous les autres, peu à peu, sont exclus. On a l’habitude de dire qu’Isabelle Huppert est toujours excellente, quelque soit le contexte ou le réalisateur. Je l’ai trouvée « mauvaise » ou plus exactement « pas à sa place ». Dans cette histoire d’amour finissante, douloureuse, poignante, il ne reste plus de place pour les autres. Au début d’un amour, dans cette période de totale exclusivité, peu importe le monde, la famille, les amis, seul compte celui de qui l’on est tombé amoureux. Pour Anne et Georges, c’est la même chose. On aurait pu croire qu’il fallait lire ironiquement le titre de ce film, il n’en est rien : ce qui est beau et fort et troublant ici, c’est cet amour qui, dans un sens, et malgré la souffrance et la déchéance, sera plus fort que la mort. Lors du dernier festival de Cannes, plutôt qu’une inutile nouvelle Palme d’or, il aurait été tellement plus grand d’attribuer à Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant un double Prix d’interprétation. DP Les CARNETS du STUDIO

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Rencontre Rudi Gerber

Un souffle de danse et de vie… contagieux ! Le 7 décembre dernier, Ruedi Gerber est venu dans nos murs présenter Anna Halprin, le souffle de la danse, dans le cadre d’un partenariat entre le CCNT et les Studio. « Je suis ravi d’être ici car c’est la première des avant-première françaises… C’est plus fort en France car ici il y a une atmosphère : on aime l’art ». Le réalisateur, attentif et soucieux de bien entrer en lien avec le public s’est exprimé en français, bien qu’étant de langue allemande. Avant que l’obscurité ne vienne gagner la salle, Ruedi Gerber nous a tous invités à prendre ensemble un souffle. Un beau moment collectif nous préparant à découvrir Anna Halprin dans l’élan d’un mouvement de vie partagé ! Cela allait donner le ton à toute la soirée…

S

uite à la projection, la rencontre s’est poursuivie. « C’est un film pas facile pour le marketing. Quand les gens l’ont vu, ils sont de mon côté, mais quand ils ne l’ont pas encore vu… ». R. Gerber, qui a débuté sa carrière comme comédien, a déjà réalisé plusieurs œuvres. Pouvoir filmer Anna Halprin a demandé un peu de temps… « Quand j’ai rencontré Anna la première fois, c’était en 1984. J’étais comédien de répertoire et je m’intéressais aussi au théâtre expérimental. Anna était pour moi une femme de théâtre. Je n’ai pas pensé à une danseuse, mais en ce temps-là, elle était très portée sur le traitement, le New-Age, par le chamanisme même. Mais, lorsqu’elle a eu plus de 81 ans, elle est entrée sur le plateau pour danser […] on a perdu ensuite le contact. Quand elle est allée danser au Theater à New York, elle m’a demandé de venir danser. Je lui ai dit «non, je ne suis pas danseur» ». Mais Ruedi Gerber s’est aperçu que personne n’avait encore enregistré le spectacle. « Alors j’ai filmé der-

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rière, avec un copain. J’ai parlé avec les autres, c’était vraiment touchant et je suis allée voir Anna : « Je veux faire un film sur ta vie ! » Elle m’a dit : « dépêche toi, j’ai 83 ans ». Mais elle a ensuite refusé ! « Anna est difficile mais je l’aime beaucoup. Elle m’a appelé en 2005 lorsqu’elle faisait «Seniors Rocking» et j’y suis allé ». Le réalisateur l’a interpellée sur le testament, le témoignage qu’elle voulait laisser, et le fait d’aider ainsi la créativité de l’autre. Bien que consciente de tout cela, « Anna a beaucoup résisté et en même temps, elle a une certaine sympathie pour moi. Nous sommes proches… et il y a aussi une certaine friction ». Le public salue le film. Une cinéphile témoigne d’une expérience sensorielle extraordinaire, lui faisant oublier l’existence même du montage, des plans, … Des aspects largement partagés par le public qui se questionne sur la réaction d’Anna Halprin sur le film. Ruedi Gerber n’en a d’abord pas reçu de sa part, puis ce

Anna Halprin

fût un écho « bien poli ». Une séance a été offerte en Californie où Anna a invité tous ses étudiants. « Après 20 minutes de film, Larry [son mari] a pris ma main et il a dit : it’s very very very good ». Il y a eu une standing ovation ! Six mois après, Anna interpelle Ruedi : « qu’est-ce que tu as changé ? Le film est tout différent ! ». Ce qui n’était pas le cas… Le long-métrage a été très bien accueilli aux Etats-Unis. La difficulté se pose désormais en termes de marketing. Le film n’étant pas grand public, R. Gerber évoque même un combat ! Une spectatrice se dit bouleversée par l’œuvre de R. Gerber. Ayant elle-même rencontré Anna Halprin dans les années soixante, elle retrouve à travers les va-etvient subtiles du film une correspondance avec la danse, les mouvements dont il fallait faire l’expérience, … ce que cette femme très courageuse a tant apporté à cet art, ce qu’elle a bouleversé aussi. La

correspondance entre la forme filmique, la danse d’Anna Halprin et la nature californienne est saluée. Ruedi Gerber a également bénéficié des enseignements d’A. Halprin. Comment cela a-t-il cheminé chez le réalisateur ? « C’était un long processus […] j’ai fait des dessins, c’est important pour changer de points de vue, j’ai réalisé beaucoup de versions pour trouver comment développer l’histoire », et « si j’ai des émotions, mon expérience privée avec le matériel est la clé ». Du fait de son parcours, R. Gerber a en effet une certaine connaissance du mouvement dans la danse. Ceci l’a conduit à changer plusieurs fois de monteuse, souhaitant essayer des idées allant dans le sens du mouvement, ce qui n’était pas toujours conforme au montage classique. « J’ai pensé, nous avons perdu l’expérience. C’est aussi un peu le message du film : j’ai le droit de l’expérience, j’ai même le droit de bouger ».

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Rencontre Rudi Gerber

Anna Halprin était constamment en recherche et en lien avec les évènements : la guerre au Vietnam, les Flower Power, l’avant-garde, le SIDA, le cancer (suite à sa propre maladie), … « Elle voulait vraiment aller aux racines des choses : pourquoi nous dansons ? Pour qui nous dansons ? Elle utilise la danse pour faire de la philosophie sur la vie. Quand elle est allée en avant avec son histoire de cancer, elle a dit que c’est l’art qui lui donnait une raison de vivre ». Ruedi Gerber raconte « une histoire avec de petits moments de performance et la fiction devient réalité et la réalité devient fiction. En tant que réalisateur, on a toujours affaire

Vos critiques

à la fois à la réalité et à la fiction[…] Quelquefois je regarde des images et je me dis : ah, je peux apprendre quelque chose du film, alors que je l’ai vu cent fois ! La relation avec la nature est fondamentale. On peut découvrir la nature intérieure avec la nature extérieure et inversement. Anna a beaucoup travaillé avec l’anatomie. Travailler avec les choses qui existent dans la nature et mettre en contact aide beaucoup. Par exemple, très souvent elle commence avec le contact et les contours ». Considérant la danse comme la mère des arts, l’origine impulsant l’instrument – le corps – A. Halprin a en effet été beaucoup influencée par les enseignements en anatomie de la biologiste Margaret H’Doubler (qui dirigea le Wisconsin Institute). « On est à la fois spectateur et acteur dans son corps ». R. Gerber évoque encore une seconde influence chez A. Halprin : le Bauhaus. Finalement, le réalisateur conclut en interpelant le public, qui n’a pas tari d’éloges : « racontez à tout le monde que ce film existe ! ». Cette belle soirée chaleureuse concoctée par le CCNT et les Studio s’est ensuite poursuivie autour d’un verre dans le hall des cinémas où Ruedi Gerber s’est encore montré enthousiaste et disponible pour les échanges. Un sacré souffle nous a transportés ce soir-là ! RS

leS inviSiBleS de Sébastien Lifshitz Il est rare qu’un film parvienne à rassembler des qualités aussi diverses que l’intelligence, la sensibilité, l’humour et l’humanité sans oublier un vrai plaisir esthétique. Cet improbable existe. Il s’agit du dernier (chef-d’)œuvre de Sébastien Lifshitz, Les Invisibles. Un pari qui était pourtant loin d’être gagné puisque ce long métrage traite de l’homosexualité de personnes âgées. Mais, en finale, ce sont deux heures de pur plaisir passées à suivre le récit de ces vies malmenées mais qui ne se sont jamais brisées. Sept histoires d’hommes et de femmes racontées dans des décors et des environnements sonores qui ne peuvent pas laisser indifférents. Elles disent avec justesse et simplicité, sans pathos, sans artifice, comment on peut surmonter tout obstacle, autour et à l’intérieur de soi. Au milieu des incertitudes et des violences, des renoncements et de la vénalité décomplexée… de notre époque, ce film vient à propos nous rappeler qu’une autre vision de l’humain restera toujours possible. MF Ce docu/vrai film est une merveille d’humanité ! On passe de l’émotion au sourire, des larmes aux rires, et l’on sort de là prêt à livrer toutes les luttes pour plus de liberté, de vérité intérieure et de vie ! Les femmes sont toniques et résistantes, les hommes drôles et touchants. […] Tristan roYal affair de Nikolaj Arcel De loin, le meilleur film que j’aie vu cette année aux Studio. Cette page de l’His-

toire m’était inconnue. Les comédiens sont époustouflants notamment Mads Mikkelsen (très bon également dans La Chasse). […] Un film réellement brillant, un moment de délectation. Béatrice G. leS HautS de Hurlevent de Andrea Arnold Andrea Arnold a essayé de rendre son souffle et sa violence à cette histoire écrite par Emily Brontë et sans cesse adaptée de façon bien trop académique. C’est une proposition qui peut paraître radicale et dérangeante mais elle a le mérite de vouloir donner à voir la véritable teneur de ce récit bouleversant. […] anna Halprin, le Souffle de la danSe de Ruedi Gerber Une très belle rencontre avec une grande dame, danseuse/comédienne/performeuse hors-pair, en prise avec les mouvements de la société. A travers Le Souffle de la danse, le souffle de la vie et un très beau film. Tristan taBou de Miguel Gomes Tabou, un pur diamant en noir et blanc, c’est un peu In the mood for love en Portugais : dans l’Afrique coloniale, un amour fou et impossible qui ne se laisse découvrir que dans la dernière partie d’un film superbement filmé et construit. Monsieur HR Attention chef d’œuvre ! Magnifique travail sur le temps et la mémoire, véritables sujets du film. Scènes d’amour sublimes ! Un ravissement. Rubrique réalisée par RS

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