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ISSN 0299 - 0342

CINÉMAS STUDIO : 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS

N°307 • décembre 2012

LES INVISIBLES un film de Sébastien Lifshitz

Vendredi 7 décembre Partenariat avec le CCNT voir page 5


semaine

5 du 26 décembre 2012 au

1er

janvier 2013

Le lundi 31 décembre, les dernières séances de 21h ne seront pas assurées. Le mardi 1er janvier 2013, les séances ne seront assurées qu’à partir de 17h.

14h15 17h45 19h45 21h45

1h36’ VF

1h30’

de Jean-Pierre Améris

de Stéphane Schesch

À suivre.

14h00

SKYFALL

19h15

À suivre.

16h00 NIKO 17h30 LE PETIT RENNE 2 + dimanche Jorgen Lerdam & Kari Juusonen 11h15 1h20’ 14h15 ERNEST ET 16h00 + CÉLESTINE dimanche de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier 11h00 1h15’ VF

2h23’

14h15 17h45 21h30

JEAN DE LA LUNE

L’HOMME QUI RIT

de Sam Mendes

1h25’

MAIN DANS LA MAIN de Valérie Donzelli

À suivre.

52’ VF

2h16’

LA BALADE DE BABOUCHKA

14h15 UN ENFANT DE TOI de Jacques Doillon 19h00

de divers réalisateurs

À suivre.

19h15

LES BÊTES DU SUD SAUVAGE

JOUR DE PÊCHE EN PATAGONIE de Carlos Sorin

À suivre.

dimanche

À suivre.

16h00 17h30 21h45

HÉRITAGE de Hiam Abbass

1h37’

4H44 DERNIER JOUR SUR TERRE

21h15

Mon Makhzen et moi

20h00 DÉBAT avec Mohamed Jaite & JF Troin C

I

N

É M 1h25’

A

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H

È

Q

U

E

de Wilhelm Murnau :

19h30 LE DERNIER DES HOMMES FAUST 1h46’ 21h30 Soirée présentée par Denis Jourdin, professeur à l’École des Beaux-arts de Tours.

14h15

2h30’

21h15 14h30

AU-DELÀ DES COLLINES

dimanche CINÉ DÉJ’ 10h30 Ciné P’TIT p’tit dèj’ ERNEST ET CÉLESTINE 11h00

1h20’ de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier

JEAN DE LA LUNE

de Andrew Dominik

1h55’

LOVE IS ALL YOU NEED de Susanne Bier

de Michel Leclerc

À suivre.

Le film imprévu www.studiocine.com 08 92 68 37 01

14h30

de Jack Arnold

3D VF

16h00

3D VO

16h00

mer-sam dimanche

1h22’ VF

LITTLE BIRD 1h53’

LE CAPITAL

1h49’

OPERACION

E

14h15 19h30

19h45

16h00

17h00 19h15

LES LIGNES DE WELLINGTON

17h00

de Valeria Sarmiento

2h16’

ROYAL AFFAIR

THE BROOKLYN BROTHERS

de Nikolaj Arcel

1h37’

de Ryan O’Nan

Rencontre avec le réalisateur dimanche 2 décembre après la séance de 17h45

ÊTRE LÀ de Régis Sauder

21h30 17h00 21h30 17h45 21h45

1h20’

RENGAINE

21h30

de Rachid Djaidani

1h30’ + court métrage 9’

REBELLE 1h42’

de Kim Nguyen

AUGUSTINE

21h45

de Alice Winocour

2h02’

17h30

dimanche

de Miguel Courtois

14h30 19h30 LES INVISIBLES + de Sébastien Lifshitz

21h45

17h30 + mer-sam

de Costa Gavras

de Frédéric Fonteyne

1h38’

14h15

Toutes les salles des Studio sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.

14h15

L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR

TANGO LIBRE

19h30

19h30

?

2D VF

2h31’

17h45

TÉLÉGAUCHO

mer-sam-dim

1h19’ VF

de Boudewijn Koole

1h37’

11h00

1h36’ VF de Stéphan Schesch

de Cristian Mungiu

19h45

dimanche

1h52’

COGAN 19h30 LA MORT EN DOUCE

21h30

CNP jeudi

Quel Printemps pour le Maroc ? FILM :

1h55’

de Abel Ferrara

17h00

1 du 28 novembre au 4 décembre 2012

1h25’

1h28’

16h00

de Benh Zeitlin

16h30 + 11h15

1h32’ VF

1h18’ + court métrage 8’

14h15

14h15 16h00 17h45 + dimanche 11h00

semaine

APRÈS MAI de Olivier Assayas

www.studiocine.com

Le film imprévu www.studiocine.com 08 92 68 37 01

?

Film proposé au jeune public, les parents restant juges.

Cinémas Studio – 2 rue des ursulines - 37000 TOURS (derrière la cathédrale) – 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com


semaine

semaine

semaine

2 du 5 au 11 décembre 2012 3 du 12 au 18 décembre 2012 4 du 19 au 25 décembre 2012

CNP jeudi 20h00

Animation : MERCREDI 14h15

mer-sam-dim Les Indignés : une perspective pour les jeunes L’HISTOIRE DU 14h15

PETIT PAOLO

ELEGIA

19’

de Thomas Guillot

59’ de divers réalisateurs

C I N É M A T H È Q U E

lundi

de Robert Siodmak :

19h30 LES HOMMES LE DIMANCHE 1h12’ 21h00 PIÈGES 1h49’ Soirée en partenariat avec le CCNT

1h19’ VF

L’ÉTRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR

de Jack Arnold

3D

mer-sam-dim

16h00

17h15 + mer-sam-dim

2D

16h00

CNP jeudi 20h00

Influence des religions dans un État laïque FILM : ET LA LAÏCITÉ

DANS TOUT ÇA ?

1h19’ VF

mercredi samedi L’ÉTRANGE CRÉATURE dimanche

de Philomène Esposito

DU LAC NOIR

DÉBAT avec Jérôme Anciberro

de Jack Arnold

C I N É M A T H È Q U E

2h25’

lundi

METROPOLIS

19h30

de Fritz Lang

3D

1h20’

ERNEST ET CÉLESTINE

de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier Atelier mercredi

1h53’

HANNA HALPRIN

16h00

1h20’ + court métrage 8’

2h00’

14h30 HANNA HALPRIN

1h49’

14h15

TABOU

19h00

de Miguel Gomes

OPERACION E 17h00 19h45 de Miguel Courtois

LE SOUFFLE DE LA DANCE de Ruedi Gerber

14h30 LES HAUTS DE 19h30

HURLEVENT

de Frédéric Fonteyne

de Andrea Arnold 1h38’ + court métrage 10’

14h30 THE BROOKLYN BROTHERS de Ryan O’Nan

www.studiocine.com

TANGO LIBRE 17h45

Le film imprévu www.studiocine.com

08 92 68 37 01

21h45

?

19h00 14h15 17h30 19h30

de Stéphane Schesch Goûter de Noël : mercredi après la séance de 14h15

1h20’

ERNEST ET CÉLESTINE

sauf jeu-ven

+ 17h45 + dim 11h 14h15 + 16h15 sauf jeu-ven

19h45

de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier

+ 17h45 + dim 11h

14h15 16h00

1h25’

52’ VF

16h15

MAIN sauf jeu-ven LA BALADE DE 17h45 DANS LA MAIN 19h45 21h45

de Valérie Donzelli

1h55’

14h15 19h30

sauf jeudi vendredi

BABOUCHKA

dimanche

de Divers réalisateurs

11h15

+

1h41’

LOVE IS ALL YOU NEED

TROIS MONDES

de Susanne Bier

de Catherine Corsini

1h25’ + court métrage 8’

14h15 4H44 DERNIER 19h30 JOUR SUR TERRE

19h30

1h28’

HÉRITAGE de Hiam Abbass

de Abel Ferrara

17h30 21h30

2h08’ 14h15 1h32’ AU-DELÀ LES HAUTS 16h00 DES COLLINES 21h15 sauf jeu-ven LES BÊTES DU DE HURLEVENT 21h30 de Cristian Mungiu 19h45 SUD SAUVAGE 1h59’

de Benh Zeitlin

1h52’

TABOU

ARGO

de Miguel Gomes

de Ben Affleck

14h15 21h30 17h45 TÉLÉGAUCHO de Michel Leclerc 19h45

1h37’

COGAN

Le film imprévu

LA MORT EN DOUCE

www.studiocine.com

de Andrew Dominik

08 92 68 37 01

Tous les films sont projetés en version originale (sauf indication contraire).

STUDIO

JEAN DE LA LUNE

14h15 + 16h00

Rencontre avec le réalisateur après la projection

21h30

14h30

1h37’

ET LES

1h36’ VF

2h30’

21h45 2h00’

2h08’

de Stéphane Horel DÉBAT avec André Lefranc

16h00 + UN ENFANT DE TOI 17h30 vendredi 2h16’ de Jacques Doillon

mer-sam-dim

de Cristian Mungiu

CNP LA GRANDE INVASION

mer-sam dimanche

1h32’ 59’ VF LE CAPITAL 19h45 14h15 mercredi 17h45 vendredi 1h20’ de Ruedi Gerber samedi L’HISTOIRE DU LES BÊTES DU de Costa Gavras avec le réalisateur, 19h45 dimanche 19h45 Rencontre proche de la chorégraphe 21h45 SUD SAUVAGE PETIT PAOLO 16h15 1h55’ de Benh Zeitlin 14h15 1h37’ de divers réalisateurs 16h00 COGAN 17h30 LES 17h45 LA MORT EN DOUCE 1h41’ 14h15 1h52’ INVISIBLES 19h45 21h45 TROIS 17h45 de Sébastien Lifshitz 17h15 TÉLÉGAUCHO 21h45 de Andrew Dominik MONDES 19h30 de Michel Leclerc 2h16’ 2h31’ 21h45 de Catherine Corsini ROYAL LES LIGNES 14h15 21h45 21h15 DE WELLINGTON AFFAIR 1h28’ 2h08’ 19h00 de Valeria Sarmiento de Nikolaj Arcel LES HAUTS 17h30 14h15 HÉRITAGE DE HURLEVENT 2h30’ 14h15 1h41’ TROIS de Hiam Abbass 19h45 21h30 AU-DELÀ de Andrea Arnold MONDES 17h15 DES COLLINES 21h15 de Catherine Corsini

Les poisons de notre quotidien : un coût pour la santé

jeudi 14h15 20h00 +

LE SOUFFLE DE LA DANCE

19h15

Le lundi 24 décembre, les dernières séances de 21h ne seront pas assurées. Le mardi 25 décembre, les séances ne seront assurées qu’à partir de 17h.

de Andrea Arnold

1h36’

SUR LE CHEMIN DES DUNES 21h45 de Bavo Defurne

1h37’

?

17h45 21h45

COGAN

Le film imprévu

LA MORT EN DOUCE

www.studiocine.com

de Andrew Dominik

08 92 68 37 01

?

Films pouvant intéresser les 12-17 ans, (les parents restant juges) au même titre que les adultes.

Cinémas Studio – 2 rue des ursulines - 37000 TOURS (derrière la cathédrale) – 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com


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décembre 2012

Éditorial

.....................................

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CNP . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

Vous n’avez encore rien vu

...........

Anna Halprin - Le Souffle de la danse . . . . 5

LES FILMS DE A à Z

............

5

rencontre

24

Interférences

César doit mourir/Dans la maison

PARTENARIAT CCNT

...

26

Interférences

La pirogue/Après la bataille Les femmes du bus 628 . . . . . . . . . . . . . . . 28

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16

rencontre

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18

Vos critiques

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33

Jeune Public

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34

FILM DU MOIS : LES

INVISIBLES

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Louis-Do de Lencquesaing Bande annonce

Sortir du nucléaire

à propos de

à propos de

Vous n’avez encore rien vu. . . . . . . . . . . . 19 courts lettrages

Vous n’avez encore rien vu

...........

22

Olivier Assayas . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

GRILLE PROGRAMME

La cafétéria des Studio

......

...............

pages centrales

Horaires d’ouverture :

gérée par l'association AIR (chantier d'insertion),

accueille les abonnés des Studio tous les jours de 16h00 à 21h45

lundi mercredi jeudi vendredi samedi

sur présentation des cartes abonné et cafétéria.

La cafeteria sera fermée du 24 décembre au 1er janvier inclus.

: : : : :

de 14h00 à 19h00 de 14h00 à 17h00 de 14h00 à 17h00 de 14h00 à 19h00 de 14h30 à 17h00

La bibliothèque est fermée les mardis, dimanches et les vacances scolaires.

Tél : 02 47 20 85 77

Site : www.studiocine.com et un lien vers notre page Facebook : cinémas STUDIO Les STUDIO sont membres de ces associations professionnelles :

EUROPA

AFCAE

ACOR

GNCR

ACC

REGROUPEMENT DES SALLES POUR LA PROMOTION DU CINÉMA EUROPÉEN

ASSOCIATION FRANÇAISE DES CINÉMAS D’ART ET ESSAI

ASSOCIATION DES CINÉMAS DE L’OUEST POUR LA RECHERCHE

GROUPEMENT NATIONAL DES CINÉMAS DE RECHERCHE

ASSOCIATION DES CINÉMAS DU CENTRE (Membre co-fondateur)

(Membre co-fondateur)

LES ÉDITIONS DU STUDIO DE TOURS - 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS - Mensuel - Prix du numéro 2 €. ÉQUIPE DE RÉDACTION : Sylvie Bordet, Éric Costeix, Isabelle Godeau, Jean-François Pelle, Claude du Peyrat, Dominique Plumecocq, Claire Prual, Éric Rambeau, Roselyne Savard, Marcelle Schotte, avec la participation de la commission Jeune Public. DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Éric Rambeau – MISE EN PAGES & EN IMAGES : Francis Bordet. ÉQUIPE DE RÉALISATION : Éric Besnier, Roselyne Guérineau – DIRECTEUR : Philippe Lecocq – IMPRIMÉ par PRÉSENCE GRAPHIQUE, Monts (37)

Présence graphique contribue à la préservation de l’environnement et atteste être reconnu IMPRIM’VERT.


éditorial

Studio : Une aventure, un livre 9 mars 1963, il y a bientôt 50 ans. Une nouvelle salle de cinéma, le Studio, ouvre à Tours. Son créateur : Henri Fontaine. Il est prêtre à Ambillou et aussi un des dirigeants du Comité diocésain pour le cinéma , plus connu sous le nom de Tec ( Technique Éducation Culture). Cette naissance est un défi au bon sens car Henri Fontaine veut que le Studio ne soit pas confessionnel, mais laïc et ouvert à tous. Néanmoins l’association qui va gérer la salle est constituée d’un groupe de catholiques, issus pour beaucoup de l’ Éducation populaire et surtout de cette mouvance très vivante à l’époque, les cathos de gauche. Et puis, à Tours il y a pléthore de salles de cinéma et elles sont en difficulté, concurrencées par la télévision. L’initiative d’Henri Fontaine est donc un pari impossible. Et pourtant : la réussite du Studio dépasse toutes ses espérances. Il a choisi la difficulté en programmant du cinéma d’art et essai en refusant la logique commerciale. C’est peutêtre sa chance et son idée de génie. La salle réalise plus de 20 000 entrées la première année, plus de 35 000 cinq ans plus tard. Les abonnés sont 318 en 1963 et 2 500 en 1968, alors qu’il n’y a qu’une salle et une seule séance par jour ! 1968 : une deuxième salle de 48 places, acceptant les fumeurs (mais si !) ouvre. Suit une troisième en 1971 : elle est située rue Édouard-Vaillant. Cette ouverture n’était pas souhaitée : elle a été imposée par la concurrence. Incroyable, mais vrai : c’est une réussite qui fait blêmir le camp des salles commerciales. Elle fait doubler le nombre d’entrées annuelles.

Une quatrième salle – voulue cette fois – s’ajoute en 1975. En 1980, le Studio 3 quitte la rue Édouard-Vaillant pour s’installer rue des Ursulines. Tout semble réussir aux Studio. Arrive alors la catastrophe : le 26 février 1985, un incendie détruit le complexe, seules deux salles sont épargnées. Loin de baisser les bras, les associations qui les animent relèvent le défi de les rebâtir. Les habitués, abonnés et spectateurs, ont manifesté vivement leur solidarité et leur envie que les Studio restent vivants. Et leur reconstruction est une nouvelle réussite. Aujourd’hui, sept salles accueillent le public tourangeau. Le chiffre annuel des entrées dépasse les 370 000, vous êtes plus de 25 000 abonnés. Et l’enthousiasme est toujours grand. Malgré la perspective de la création d’un troisième multiplexe à Toursnord, qui menacerait sérieusement leur fragile équilibre économique, les Studio sont déterminés à défendre leur existence et à poursuivre leur œuvre. Cette aventure d’un demi-siècle, pleine de péripéties, cette épopée d’un cinéma horsnorme résolu à affronter les difficultés pour défendre ses idéaux, retrouvez-la dans un livre de 300 pages (environ), accompagné d’une riche iconographie et édité par les Studio. Son titre : Cinémas Studio de Tours, 50 ans d’aventure. À paraître début février 2013. À lire absolument pour ceux qui nous aiment et nous soutiennent, pour ceux qui veulent tout savoir de leur cinéma préféré… Et pour les autres. Il sera en vente à l’accueil et à la bibliothèque du complexe, ainsi qu’à la Boîte à Livres. CdP

N’oubliez pas qu’il est toujours possible d’offrir des chèques cadeaux des Studio (pour un montant unitaire de 5 euros), chèques qui peuvent servir à l’achat de places comme de la carte d’abonnement. Pour tous renseignements : http://goo.gl/xxsw3

Les CARNETS du STUDIO

n°307

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PARTENARIAT AVEC LE CENTRE CHORÉGRAPHIQUE NATIONAL DE TOURS jeudi 13 décembre - 20h00 Le CNP, l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité, les Amis du monde Diplomatique, Convergences Service Public 37 proposent :

jeudi 29 novembre - 20h00 Le CNP, la LDH, le NPA et l’ACET proposent :

Quel printemps pour le Maroc ? Au Maroc, une élite proche du roi (le Makhzen), refuse de lâcher prise malgré les appels à plus de démocratie et au respect des Droits de l’Homme. C’est ce que nous montre Nadir Bouhmouch dans un documentaire qui fut difficile à tourner, parce que la peur dominait les habitants des quartiers populaires qu’il filmait et aussi du fait des confiscations de matériel par l’administration marocaine. Film : mON mAkhzEN ET mOi (2011). DébAT sur la situation explosive du Maroc, son avenir et sa place dans le monde arabe, avec les associations ainsi que mohamed Jaite, militant, membre du Collectif du 20 février, de «  l’Association marocaine des Droits de l’Homme, et J.F. Troin, géographe spécialiste du monde arabe. jeudi 6 décembre - 20h00 Le CNP, la FOL, Attac et le NPA proposent :

Les Indignés : une perspective pour les Jeunes ? En mai 2011, naissait en Espagne une mobilisation de masse de la jeunesse face à la crise du chômage. Ayant pris une ampleur européenne et mondiale depuis, ce mouvement des indignés interroge le politique. Est-il lui-même porteur d’une proposition de nouveau projet politique par les jeunes ? Les jeunes les plus précaires se reconnaissent-ils dans ce mouvement ? Quels changements laisse-t-il entrevoir dans les formes d’engagement de la jeunesse ? Nous vous proposerons une fiction de 19 minutes réalisée par Thomas Guillot à Tours : ElEGiA. Cette projection sera suivie d’un DébAT.

4

Les CARNETS du STUDIO

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Inluence des religions dans un état laïc Tout le monde s’accorde pour constater un déclin sensible de la pratique religieuse. Cela est vrai pour le catholicisme, religion majoritaire, mais aussi pour les autres confessions. La société se laïcise. Malgré cela, les autorités religieuses cherchent toujours à édicter des règles de conduite à leurs concitoyens. Comment la France laïque peut-elle s’accommoder de ces pressions, au risque d’en oublier les fondements mêmes de la laïcité ? Film :  ET lA lAÏCiTE DANS TOUT CA ? de Philomène Esposito – 2012 – 52’. DébAT avec Jérôme Anciberro, rédacteur en chef de Témoignage Chrétien. jeudi 20 décembre - 20h00 Le CNP, la SEPANT, Fondation Sciences Citoyennes et Saint Avertin Avenir proposent :

Les poisons de notre quotidien : un coût pour la santé Notre environnement est envahi par la prolifération de molécules incontrôlées issues des produits chimiques : ceux-ci occupent indifféremment, air, eau et sols, objets et assiettes. Il ne s’agit pas d’en nier l’aspect positif mais l’overdose a gagné. C’est surtout l’absence de mesure des impacts sur la santé et l’environnement qui est en cause. On invente environ 5 000 molécules par an, quelques centaines seulement sont contrôlées. Mais ni les faibles dosages, ni les cocktails ne sont évalués. Combien de produits dits hygiéniques « plus blanc, plus actif, plus fort » – et surtout plus nocifs –, s’entassent sur nos étagères ? Film : lA GRANDE iNVASiON de Stéphane Horel, dresse l’inventaire « d’une bombe à retardement ». DébAT avec André Lefranc du Réseau Environnement Santé.

Vendredi 7 décembre à 19h45, en partenariat avec le CCNT, les Studio proposent une avant première du film Anna Halprin, LE SOUFFLE DE LA DANSE et rencontre avec Ruedi Gerber le réalisateur, proche de cette chorégraphe et danseuse qui a marqué l'histoire de la danse contemporaine. w w w . s t u d i o c i n e . c o m

Sur le site des Studio (cliquer sur : PlUS D’iNFOS, pour entrer dans la fiche film), vous trouverez des présentations signées des films que les rédacteurs auront vus après leur sortie en salle. Les fiches non signées ont été établies de manière neutre à partir des informations disponibles au moment où nous imprimons.

Les films de A à Z 08 92 68 37 01 – www.studiocine.com AVANT lES FilmS, DANS lES SAllES, AU mOiS DE DéCEmbRE : • Supplément d’âme de Jean-Philippe Viret (studio 1-2-4-5-6) • Sunken Condos de Donald Fagen (studio 3 et 7). Musiques sélectionnées par Eric Pétry de RCF St Martin.

4h44, dernier jour sur terre USA – 2011 – 1h22, de Abel Ferrara, avec Willem Dafoe, Shanyn Leigh, Natasha Lyon…

l’apocalypse est pour demain matin à 4h44. À New York, Cisco, un acteur talentueux, et sa compagne, Skye, artiste peintre, s’apprêtent à passer leur dernière soirée ensemble. Comme la plupart des humains, ils ont accepté leur destin, pourtant, tout n’est pas si simple et flambées de panique ou de colère scandent l’approche de l’heure fatidique… « Que mes films parlent de la fin du monde ou de vampires, explique Abel Ferrara, quel que soit leur genre cinématographique, ils s’intéressent en fait à l’individu, à des hommes confrontés au quotidien, au cauchemar de la vie ou au bonheur de la vie  ». Pointant la fascination naturelle de l’homme pour les catastrophes, ainsi que la fringale d’images de la société actuelle, Abel Ferrara (Mary, Nos funérailles ou Bad lieutenant) se situe à l’opposé  des productions pyrotechniques bardées d’effets spéciaux. Cet amateur

de violence et de provocation, raconte ce dernier jour sur terre avec sérénité. Comme si une nouvelle page venait de s’ouvrir, dans sa vie comme dans sa filmographie. JF + COURT méTRAGE semaine du 19 au 25 décembre

La Fille en face Belgique –2010 – 8’, de Renaud Callebaut, avec Clamar Brüls, Aurore Valentine, Safya Latrèche.

Anna Halprin, le souffle de la danse Suisse – 2012 – 1h20, documentaire de Ruedi Gerber.

A

Portrait d’une pionnière de la danse contemporaine, c’est le premier long-métrage à raconter les 70 ans de carrière de la lumineuse Anna Halprin. Chronologiquement, basé sur un spectacle new yorkais où la danseuse raconte ses multiples expériences, le film mélange documents d’époque et interviews de ses proches. En introduisant une approche expérimentale des gestes du quotidien et des interactions posLes CARNETS du STUDIO

n°307

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sibles avec l’architecture et le paysage, Anna Halprin révolutionna la danse aux côtés des plus grands (Trisha Brown, Merce Cunningham…) Mais c’est un film qui ne s’adresse pas qu’aux passionnés de danse car c’est aussi le portrait d’une vieille femme (elle a dansé à presque 90 ans) qui a toujours essayé de mélanger l’art, la nature, les pratiques thérapeutiques et la vie. « La danse a toujours été un moyen pour comprendre le sens de la vie. » « Les oiseaux dansent. Les nuages dansent. Tout est mouvement perpétuel. La vie est mouvement. » Passionnant. DP + COURT méTRAGE semaine du 12 au 18 décembre

Barbara France – 2011 – 08’, de Erwin Lee, Scénario : Solveig Anspach, avec Tyssia Gatuhau Wahnawé, Philippe Charette.

Vendredi 7 décembre à 19h45 en partenariat avec le CCNT, les Studio proposent une AVANT PREmiÈRE du film et rencontre avec Ruedi Gerber le réalisateur, proche de la chorégraphe.

Après mai France – 2012 – 2h02 – de Olivier Assayas, avec Clément Métayer, Lola Creton…

Région parisienne, début des années 70 : « Ce n’est plus le moment authentiquement révolutionnaire de Mai 68, mais son sillage. » Le fond de l’air est rouge, et le petit groupe de terminales d’un lycée de banlieue suivi par Assayas est ultrapolitisé. Cette fresque autobiographique – le personnage principal, Gilles, peint, dessine, et deviendra bientôt cinéaste –, est avant tout un film d’apprentissage, où chacun cherche son chemin personnel à travers les sentiments amoureux, les études et le choix d’un métier. Des manifs parisiennes parfois ultra-violentes aux conflits entre les diverses fractions de la gauche, de l’explosion du rock à l’avènement des drogues, sans oublier les escapades initiatiques en Ardèche, Italie et Népal, nous baignons en permanence dans la contre-culture musicale et politique du temps. « Aujourd’hui, dit

Assayas, on a tendance à représenter une adolescence rigolarde, allant de fête en drague. Ce n’est pas le sentiment que j’ai gardé de la mienne, où l’amour de la vie s’alliait à la mélancolie et au sérieux. » Après mai a obtenu le Prix du meilleur scénario au festival de Venise. SB Filmographie récente : 2007 : Boarding Gate ; 2008 : L’Heure d’été ;2010 : Carlos.

Argo

2012 – 2h, de Ben Affleck, avec Ben Affleck, John Goodman, Bryan Cranston…

Après la révolution iranienne, les membres de l’ambassade étasunienne de Téhéran se retrouvent pris en otage. Alors que leur captivité dure, la CIA cherche un moyen de faire sortir ceux des otages qui sont parvenus à se réfugier chez l’ambassadeur du Canada. La solution adoptée sera de monter une fausse équipe de cinéma canadienne censée tourner un film en Iran, qui fera sortir les évadés en les faisant passer pour des membres de l’équipe de tournage. Le projet est délicat et doit être monté très vite avant que les autorités iraniennes ne comprennent ce qui se prépare. Pour ajouter encore à l’invraisemblance du projet, il est question de tourner un film de science-fiction en plein désert iranien… oui, un film de SF hollywoodien tourné en Iran en pleine crise des otages… La presse a abondamment loué les qualités du scénario de Argo (une histoire vraie demeurée secrète pendant près de vingt ans !) mais aussi celles d’une mise en scène qui sait manier le suspense et la tension sans avoir recours aux trucs habituels des films d’action et de suspense. Sources : rogerebert.com, sfgate.com

Au-delà des collines Roumanie – 2012 – 2h30, de Cristian Mungiu, avec Cosmina Stratan, Cristina Flutur, Valeriu Andriuta…

Amies depuis l’enfance, Alina et Voichita se sont connues à l’orphelinat. Séparées, Alina

revient un jour d’Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et il est bien difficile d’avoir Dieu comme rival. Voichita voulant faire partager sa foi à Alina, héberge son amie au monastère. L’expérience va se révéler bien particulière, Alina entrant en conflit avec l’institution… Le réalisateur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours (Palme d’or 2007) s’est inspiré ici d’une histoire véridique. En abordant « la peur et l’hypocrisie (ce qui perdure de la Roumanie de Ceausescu), [sur] l’injustice et l’indifférence (les corps sociaux défaillants de la société postcommuniste) » et ce que l’on peut faire par amour, Au-delà des collines a reçu à Cannes 2012 les Prix du scénario et d’interprétation féminine ! Sources : dossier de presse, lemonde.fr, lexpress.fr

Augustine

France – 2012 – 1h42, de Alice Winocour, avec Vincent Lindon, Soko, Olivier Rabourdin, Chiara Mastroianni…

1885, Paris, l’hiver. Augustine, une jeune femme de chambre de dix-neuf ans, est sujette à de nombreuses crises d’une maladie mystérieuse : l’hystérie, qu’étudie le professeur Charcot. Elle devient rapidement son cobaye favori et la vedette de ses démonstrations d’hypnose. Mais, peu à peu, l’objet d’étude devient objet de désir… De la photo à la musique en passant par les décors, Augustine est une superbe réussite esthétique. Mais ce sont les êtres humains qui ont la part belle du film. Superbement incarnés, Charcot et Augustine sont des personnages passionnants historiquement mais aussi de magnifiques sujets de cinéma. Pour son premier long métrage, Alice Winocour n’a pas choisi la facilité mais a réalisé, loin de toute momification passéiste, un film plein de vie qui pose des questions sans asséner des réponses et qui amène une intéressante réflexion sur les jeux du simulacre et du réel, bref sur le cinéma. JF

La Balade de Babouchka

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Voir pages Jeune Public

Les Bêtes du sud sauvage USA – 2012 - 1h32, de Benh Zeitlin, avec Ouvenzhané Wallis, Dwight Henry, Jonshel Alexander…

Dans le sud de la Louisiane, un peuple d’irréductibles villageois vit dans un paradis en sursis, derrière une digue non faite pour les protéger de la montée des eaux mais pour protéger des intérêts pétroliers. Là, un père (Wink) prend soin de sa petite fille de six ans (Hushpuppy) de manière rude, dans un abri de fortune. Il lui apprend à résister à tout et jusqu’au bout, même quand une tempête apocalyptique se déclenche… Tout au long du film, nous sommes totalement sous le charme de cette fillette au regard vif et intelligent, au caractère candide mais aussi fort face à la dureté de la vie qui est la sienne. Entre son père et elle, valsent des sentiments mêlant grâce, rudesse, tendresse, brutalité. Benh Zeitlin fait preuve d’une écriture cinématographique originale. Son premier film est envoûtant, la nature sauvage et dévastée d’une beauté stupéfiante, la musique saisissante. Les Bêtes du sud sauvage a été couronné au festival de Deauville et à Sundance après avoir remporté trois prix dont la Caméra d’or à Cannes. MS

Le Capital

France – 2012 – 1h53, de Costa-Gavras, avec Gad Elmaleh, Gabriel Byrne, Natacha Régnier, Céline Sallette…

C

À la tête de Phénix, une des premières banques européennes, Marc Tourneuil joue au « Robin des bois moderne » qui va « prendre aux pauvres et donner aux riches ». Cet homme fascinant est aussi détestable, sans pitié, assoiffé d’argent et de pouvoir. Il nous entraîne dans les coulisses des hautes sphères bancaires, entre Paris,

Film proposé au jeune public, les parents restant juges.

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Miami, Tokyo, New York… Costa-Gavras nous revient avec une adaptation du roman satirique et éponyme de Stéphane Osmont. Il dénonce le cynisme financier et dresse le portrait des hommes avides et sans scrupules qui font fonctionner ce système. Le réalisateur a choisi Gad Elmaleh dans un rôle où on ne l’attend pas. « C’est une métamorphose totale », souligne-t-il, lui qui ne dévie pas de l’engagement politique qui le caractérise depuis Z (1969), L’Aveu (1970), État de siège (1973), Missing (1982), Amen (2001) ou Le Couperet (2004). Venez découvrir ce thriller politique et financier, à l’intrigue internationale et doté d’un casting séduisant ! MS

Cogan, la mort en douce USA – 2011 – 1h37, d’Andrew Dominik, avec Brad Pitt, Richard Jenkins, James Gandolfini…

Après son étrange western, très réussi, L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (2007), le réalisateur s’attaque au genre du thriller avec un sujet original : de petits gangsters braquent une partie de poker illégale organisée par la mafia. Celle-ci, qui ne peut tolérer un tel crime de lèse-majesté, engage un tueur, Jackie Cogan, pour éliminer les trublions. Mais la situation dégénère, les commanditaires ne savent plus ce qu’ils veulent, les assassins sont las… Par le biais d’un sujet volontairement malmené, comme ses personnages, Andrew Dominik dresse le portrait d’une Amérique en décomposition, ayant perdu ses repères et dominée par la corruption. Tout cela avec un humour caustique qui est la marque du cinéaste. Sources : dossier de presse, cinema-france.com.

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Ernest et Célestine

France – 2012 – 1h20, film d’animation de Benjamin Renner, Stéphane Patar et Vincent Patar.

Dans le monde conventionnel des ours, il est mal vu de se lier d’amitié avec une souris. Et pourtant, Ernest, gros ours marginal, clown et musicien, va accueillir chez lui la petite Céles-

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tine, une orpheline qui a fui le monde souterrain des rongeurs. Ces deux solitaires vont se soutenir et se réconforter, et bousculer ainsi l’ordre établi. Ernest et Célestine est une série de 25 albums pour enfants de Gabrielle Vincent. Sur grand écran, on retrouve la douceur pastel de son univers, la folie douce des créateurs belges de Pic Pic et André, la poésie de Daniel Pennac qui a signé le scénario. Le résultat semble convaincre à la fois les enfants et les adultes : « un enchantement, une fable irrésistible où l’invention visuelle est au service des hilarants personnages et d’un récit qui ne souffre d’aucun temps mort. » « Cette histoire de fraternité entre deux êtres différents, dont les mondes sont normalement amenés à s’affronter, devrait enchanter les petits et donner du baume au cœur à leurs parents.. » Quant à la musique, signée par Vincent Courtois, elle est interprétée par de grands musiciens (Louis Sclavis, Dominique Pifarély) avec deux chansons chantées par Thomas Fersen.

phibien, c’est surtout l’atmosphère mystérieuse du film qui en fait un chef-d’œuvre incontournable. EC

Être là

France – 2012 – 1h37, de Régis Sauder.

À la prison des Baumettes une équipe de soignants reçoit les prisonniers qui, devant eux, deviennent aussi des patients. Pour ces ergothérapeuthes, infirmiers ou psychiatres, les hommes qui passent devant eux ne sont plus seulement des détenus et le lieu de leurs rendez-vous n’est plus seulement une prison, il devient un espace, un temps de liberté très surveillée, espace et temps qui ne peuvent exister que parce que les professionnels qui y travaillent s’échinent à le maintenir en vie. Même si certains d’entre eux peuvent en arriver à questionner le bien-fondé ou l’efficacité de leur démarche. Régis Sauder a choisi de porter sa caméra dans un espace encore moins filmé que les prisons : les lieux de soin en prison. Et il l’a fait sans chercher à en masquer les défauts, les brutalités qui finissent par atteindre même ceux qui y oeuvrent avec conviction et détermination.

Sources : liberation.fr – le nouvelobs.com – rue89.com – abusdecinema.com

L’Étrange créature du lac noir USA – 1954 – 1h20, de Jack Arnold, avec Richard Carlson, Julie Adams, Antonio Moreno…

Un explorateur découvre par hasard une main palmée fossilisée en Amazonie, figée dans la roche. En contre-champ, une même main identique, mais bien vivante, émerge lentement du lac voisin et se pose sur la rive. Les explorateurs reviennent pour étudier le spécimen dans le cadre d’une expédition, tournant à la traque de la bête qui, pour se défendre, s’en prend à l’équipage. Réalisé par un maître de la série B (Tarantula et L’Homme qui rétrécit, devenus des classiques par la suite) ce film ressort en 3D restaurée et numérique. L’un des premiers films en relief, dont le résultat fut décevant à l’époque, compte tenu des mauvaises conditions de projection. Célèbre pour sa créature qui vaut le détour, terrifiant croisement entre l’homme et l’am-

Sources : dossier de presse

H

LesGrande-Bretagne Hauts– 2011 de Hurlevent – 2h08, d’Andrea Arnold, avec James Howson, Kaya Rose Scodelario, Shannon Beer…

Andrea Arnold, réalisatrice de Red Road en 2006 et Fish Tank en 2009, primés à Cannes, s’attaque au roman mythique d’Emily Brontë. On connaît le sujet : un fermier recueille un jeune vagabond, Heathcliff, qu’il va élever avec ses deux enfants, Hindley et Cathy. Entre Cathy et Heathcliff naît une grande affection, mais le frère de Cathy haït le jeune intrus. Le père meurt, Cathy se marie, Heathcliff se sent trahi et abandonné, il s’enfuit mais ne peut renoncer à Cathy.

Ce roman trouble et romantique a passionné de nombreuses générations, et de nombreux cinéastes – dont Wyler et Bunuel –l’ont adapté. Une version de plus ? Pas seulement : le film d’Andrea Arnold s’annonce comme une adaptation libre et réussie, où la réalisatrice a fait d’Heathcliff un personnage noir avec beaucoup d’habileté. Et il semble qu’elle n’ait pas son pareil pour filmer les landes sombres et tragiques de l’Angleterre. Sources : dossier de presse, ed-wood.net, abusdecine.com.

Héritage

Israël-France – 2012 – 1h28 de Hiam Abbass, avec Hiam Abbass, Hafsia Herzi…

Sur fond de guerre du Liban avec Israël en 2006, une famille palestinienne se rassemble dans le nord de la Galilée pour célébrer le mariage de l’une de leurs filles. Lorsque le patriarche tombe dans le coma, les conflits internes font exploser peu à peu l’harmonie familiale, révélant secrets et mensonges jusqu’alors enfouis… Héritage est le premier long-métrage de Hiam Abbass née dans un village de Galilée en Israël en 1960 mais installée en France depuis les années 80, où elle a commencé sa carrière d’actrice. Devenue célèbre avec Satin rouge de la tunisienne Raja Amari, elle a travaillé à la fois avec les meilleurs réalisateurs proche-orientaux (Noces en Galilée de Michel Khleifi, La Porte du soleil de Yousry Nassrallah, Free zone et Désengagement d’Amos Gitaï, Les Citronniers d’Eran Riklis) mais aussi avec des réalisateurs français (Patrice Chéreau, Jean Becker, Nicolas Saada, Thierry Binisti) ou américains (Jim Jarmusch, Thomas Mac Carthy, Julian Schnabel). « On sait tous que si on se met ensemble, les êtres humains, les frontières réelles on peut les casser. Avant de casser les frontières réelles, il faut être prêt à casser les frontières psychologiques qui nous séparent. » Sources : dossier de presse – arte-tv.com

les fiches paraphées correspondent à des films vus par le rédacteur.

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L’Histoire du petit Paolo Voir pages Jeune Public

L’Homme qui rit

France – 2012 – 1h30 de Jean-Pierre Améris, avec Marc-André Grondin, Gérard Depardieu, Emmanuelle Seigner, Christa Théret…

Gwynplaine, enlevé puis abandonné par des voleurs d’enfants qui l’ont atrocement défiguré, est recueilli par Ursus, colporteur bourru, en même temps qu’une orpheline aveugle (Déa). Ursus vit en vendant des potions médicinales mais, lorsqu’il découvre que le visage de Gwynplaine fascine les foules autant qu’il les repousse, il se fait comédien et metteur en scène pour porter sur les tréteaux des pièces inspirées de la vie de ses protégés. Le succès est tel que le spectacle se fait remarquer jusqu’à la cour, au point qu’une duchesse jettera son dévolu sur Gwynplaine… Dans le même temps, la révélation des origines de Gwynplaine va bouleverser sa vie et celle de la petite troupe qui lui sert de famille depuis son enfance. Après le beau succès des Émotifs anonymes, Jean-Pierre Améris s’est tourné vers un sujet en apparence moins intimiste que pour ses précédents films. Tout en restant très proche de ses personnages, il parvient ici à donner à son Homme qui rit un souffle presque épique, costumes, décors et musique concourant à la création d’un univers frôlant parfois le gothique ou le fantastique, sans oublier la dimension politique si chère à Victor Hugo, dont ce film est l’adaptation. ER

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Les Invisibles Film DU mOiS, Voir au dos des Carnets

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Jean de la lune Voir pages Jeune Public

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tumes, une épopée aux multiples personnages. La cinéaste réussit le tour de force de rester fidèle à l’idée de départ de son mari tout en nous livrant un film abouti, fascinant et très personnel.

Jour de pêche en Patagonie Argentine – 2012 – 1h18, de Carlos Sorin, avec Alejandro Awada, Victoria Almeida…

marco parcourt un long chemin afin de « changer de vie ». Il part s’initier à la pêche au requin en Patagonie. Ce nouveau loisir n’est pas l’unique raison de son arrivée dans la petite ville de Puerto Deseado. Après avoir connu la dépendance à l’alcool, il veut récupérer tout ce qu’il a perdu : ses sentiments, sa famille, son envie de vivre... Pour Carlos Sorin, « Le cinéma ne doit pas seulement se produire sur l’écran mais aussi et surtout dans la tête du spectateur. L’écran n’est qu’une illusion. Le cinéma ne prend véritablement sa dimension que dans l’esprit des gens. » Après avoir été sélectionné au festival de Toronto, le film a reçu le Coquillage d’or du meilleur film, le Coquillage d’argent du meilleur réalisateur et le Prix spécial du Jury au festival de San Sébastian.

Sources : dossier de presse.

Filmographie sélective : Elle (1996) ; L’Inconnu de Strasbourg (1997) ; Rosa la Chine (2001) ; Secretos (2008).

Little Bird

Pays Bas – 2012 – 1h21, de Boudewijn Koole, avec Rick Lens, Ricky Koole, Loek Peters…

Sources : dossier de presse.

+ COURT méTRAGE semaine du 26 décembre au 1er janvier

Je maudis ma nuit France – 2011 – 8’, de Félicie Haymoz, avec Thierry de Brouwer, Gabrielle Haymoz.

LesFrance-Portugal Lignes de Wellington – 2012 – 2h05, de Valeria Sarmiento, avec Nuno Lopes, Soraia Chaves, John Malkovich…

En septembre 1810, Napoléon envahit le Portugal. En face, Wellington dirige l’armée portugaise, alliée des Anglais. Il tente d’attirer les troupes françaises dans un piège. La cinéaste relate la longue fuite des Portugais, soldats et civils, épuisés par une guerre dévastatrice, devant l’avancée des troupes napoléoniennes. C’est une horde affamée, où se mélangent riches et pauvres, femmes et hommes, enfants et vieillards : certains généreux, d’autres lâches ou égoïstes. Valeria Sarmiento reprend un projet de son époux, Raoul Ruiz, mort avant d’avoir pu le mettre en œuvre. Après Les Mystères de Lisbonne, il souhaitait réaliser un autre film en cos-

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Jojo a dix ans. Avec une mère absente et un père gardien de nuit taciturne et sujet à des accès de colère, il passe le plus clair de ses journées en solitaire. Le jour où il découvre au pied d’un arbre un bébé choucas tombé du nid, il le recueille en cachette, le soigne, le nourrit, le caresse et l’éduque, bien que son père s’y oppose… Ce joli film est entièrement teinté d’une couleur bleue verte – « Nous voulions une touche légère, la sensation des aquarelles pour capter la fin de l’enfance… Nous voulions créer un monde nouveau, le monde de Little Bird », confie la réalisatrice, qui s’est largement inspirée d’images de sa propre enfance. Quant aux rapprochements avec le film Kes de Ken Loach : « Je suis très influencé par son travail, sa manière d’aborder la réalité sociale et sa direction d’acteurs. Bien que je n’aie jamais eu l’intention de lui rendre hommage, je crois que ses films vivent en moi. » Plusieurs fois primé, Little bird a entre autres, obtenu le Prix du meilleur premier film, à Berlin. Sources : dossier de presse.

Love is all you need

2012 – Danemark, France, Italie… 1h52, de Susanne Bier, avec Trine Dyrholm, Pierce Brosnan,  Kim Bodnia…

D’origine anglaise, Philip, la cinquantaine, s’est établi au Danemark où il vit seul depuis qu’il a perdu sa femme. De son côté, Ida, coiffeuse danoise, se remet progressivement d’un cancer et de sa chimiothérapie, tandis que son mari vient de la quitter pour une femme plus jeune… Les trajectoires de ces deux êtres malmenés par la vie vont se croiser en Italie, à l’occasion

du mariage de Patrick, le fils de Philip, et d’Astrid, la fille d’Ida… Voilà une « pure » comédie sentimentale qui se déroule le temps d’un week-end à Sorrente. Et comme « le bon goût est le pire obstacle qui soit, il faut accepter les clichés et les conventions », dit la réalisatrice. Résultat : couchers de soleil idylliques, personnages archétypes – de la bellesœur langue de vipère au mari stupide, en passant par la maîtresse ultra-sexy – pour raconter une jolie histoire qui parle de passion, de peur, de jalousie et de solitude, mais aussi du courage de changer sa vie même quand on croit que c’est trop tard. Sources : dossier de presse, cinémovies.fr

Main dans la main

France – 2012 – 1h25, de Valérie Donzelli, avec Valérie Lemercier, Jérémie Elkaïm, Béatrice de Staël, Valérie Donzelli…

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hélène Marchal et Joachim Fox n’auraient jamais dû se rencontrer tant leurs vies sont différentes, lui employé d’un miroitier en province ; elle, directrice de la prestigieuse école de danse de l’Opéra Garnier. Pourtant, une force étrange les unit, et, depuis que leurs destins se sont croisés, ils ne peuvent plus se séparer. Littéralement. C’est physiquement impossible, sans qu’ils puissent comprendre ni comment ni pourquoi… Cette histoire aussi étonnante qu’étrange et intrigante est le point de départ du nouveau et très attendu, film du duo Valérie Donzelli/Jérémie Elkaïm, après le succès public et critique de La Guerre est déclarée. Ce projet sacrément culotté, mêle humour, fantastique et de nombreux moments dansés portés par Valérie Lemercier en tête d’affiche. Et il semblerait que l’énergie, l’urgence qui faisaient aussi le sel de La Guerre est déclarée soient toujours au rendez-vous. Très prometteur. Sources : dossier de presse.

Niko le petit renne 2 Voir pages Jeune Public

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Operacion E

France/Espagne/Colombie – 2012 – 1h49, de Miquel Courtois Paternina, avec Martina Garcia, Luis Tosar, Gilberto Ramirez…

Décembre 2007. En Colombie, on attend la libération de deux otages des FARC, Clara Rojas et son fils Emmanuel né en captivité. Quelques années auparavant, le bébé a été confié par la guérilla à Jose Crisanto, un paysan qui doit le nourrir, le soigner jusqu’à ce que les FARC viennent le récupérer. Crisanto va devoir engager un combat solitaire contre les services secrets colombiens et les Farc pour survivre et protéger sa famille… Le film est basé entièrement sur des faits réels Ce n’est pas un documentaire, pas un reportage, c’est du cinéma mais c’est une histoire vraie. Il nous conte l’histoire d’un homme qui était un inconnu, un anonyme et qui fait l’histoire avec un grand H. Le réalisateur s’empare d’un sujet hors du commun, à la fois authentique et fascinant et tourne un film avec réalisme et émotion. Sources : dossier de presse.

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Rebelle

Canada – 2012 – 1h30, de Kim Nguyen, avec Rachel Mwanza, Alain Bastien, Serge Kanyinda…

À 14 ans, enceinte du commandant qu’elle déteste, Komona décide de raconter son histoire à l’enfant qui est dans son ventre et qu’elle n’a pas voulu. Comment à douze ans, elle a été enlevée par des soldats rebelles dans son village isolé de l’Afrique subsaharienne. Comment ils l’ont forcée à tuer ses propres parents. Comment elle est devenue une guerrière. Comment elle a rencontré le Magicien, son premier amour… Cinéaste globe-trotter encore peu connu, qui avait déjà reçu de nombreux prix pour Le Marais (02), Truffe (07) ou La Cité (09), Kim Nguyen voulait tourner depuis des années un film sur le drame des enfants-soldats. Il a choisi les magnifiques paysages congolais et le chaos de l’après Mobutu et a eu la chance de trouver sur les trottoirs de Kinshasa une magnifique

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interprète, Rachel Mwanza, qui a reçu le Prix d’interprétation de la 62e Berlinade. « Je ne voulais pas faire un film didactique sur les enfants-soldats mais plutôt un mélange de lyrisme, de magie, de poésie, de violence, une histoire d’amour aussi. » Visuellement magnifique, porté par une formidable jeune actrice, lyrique et violent, Rebelle est une vraie réussite. DP

vivant, libéral, humaniste, auteur de textes anonymes largement inspirés de Voltaire et Rousseau. Cet homme ordinaire et courageux va gagner la confiance du roi et le cœur de la reine qui partage ses convictions… Primé dans les plus grands festivals, Royal Affair est un film brillant, d’une extrême élégance, magnifiquement interprété par des comédiens qui nous font croire au trouble de leur esprit comme aux élans de leurs corps et de leurs cœurs avides de liberté. SB

+ COURT méTRAGE semaine du 28 novembre au 4 décembre

Manque de preuves France – 2011– 9’, de Hayoun Kwon, avec Bakary Diallo.

Rengaine

Français – 2012 – 1h15, de Rachid Djaïdani, avec Slimane Dazi, Sabrina Hamida, Stephane Soo Mongo…

Nous sommes à Paris. Sabrina est algérienne, musulmane. Dorcy est noir, chrétien. Ils s’aiment et veulent se marier. Mais c’est impossible : la famille de Sabrina veille au respect de la tradition. Une Arabe ne peut épouser un Noir. Et pour la mère de Dorcy, un chrétien ne peut épouser une musulmane. Sur ce sujet explosif, Rachid Djaïdani évite l’écueil du film militant, aux idées convenues. Il filme avec respect les personnages, leurs visages surtout, mais aussi leurs corps en mouvement dans les rues de la capitale. Il dresse un portrait saisissant de la ville et du quotidien de ses habitants. Le film a été très remarqué à Cannes : tourné sans aucun argent, il a demandé neuf ans de travail, pour aboutir à un résultat surprenant de maîtrise cinématographique. Sources : dossier de presse.

Royal Affair

Danemark, France, Allemagne – 2012 – 2h17 – de Nikolaj Arcel, avec Mads Mikkelsen, Alicia Vikander, Mikkel Boe Folsgaard…

Danemark, 1769. La jeune Caroline Mathilde quitte son Angleterre natale pour épouser Christian VII, roi cyclothymique et débauché plus occupé à festoyer avec des « putes aux gros seins » qu’à gouverner. Les ministres décident de lui trouver un médecin pour s’occuper en permanence de lui. Ce sera Struensee, bon

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Skyfall

USA – 2012 – 2h23, de Sam Mendes, avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem…

Après une mission ratée, James Bond se retrouve mis à l’écart. Cependant, la liste des agents infiltrés dans le monde entier a été perdue, ce qui fragilise toute l’organisation  : meurtres, attaque du MI6, il est urgent de rappeler Bond, seul agent en qui M ait confiance. Pourtant, cette pionnière, en poste depuis 1995, se voit reprocher son manque d’efficacité, voire même proposer une mise à la retraite. Discrètement, s’organise une coursepoursuite, pour retrouver l’homme qui détient dorénavant les codes informatiques de tout le système : qui est Sylva, hacker burlesque et que veut-il ? Bond commence la traque du personnage, avec l’aide d’Eve, agent de terrain… 23ème volet de la franchise James Bond, l’opus signé Sam Mendes est tout en nostalgie et références aux 50 ans de la série (ah, l’Aston Martin !). Craig incarne Bond avec élégance, sans séduction excessive, tandis que Bardem incarne un méchant jubilatoire, à la fois pervers et paumé : «  un gramme de finesse dans ce monde de brutes ? » CP

Sur leBelgique chemin des dunes – 2011 – 1h36, de Bavo Defurne, avec Ben Van den Heuvel, Eva Van der Gucht, Thomas Coumans…

belgique, années 60 : Yvette est une ancienne reine de beauté devenue chanteuse de cabaret.

Elle s’ennuie, rêve de partir au loin. Son fils, Pim, 16 ans, se réfugie dans ses rêves. Il dessine et collectionne des objets qu’il cache en secret dans une boîte de chaussures. Il a un ami, Gino, qui rêve d’avoir une moto. Les relations des deux adolescents vont prendre une direction imprévue, celle de l’amour. Pour son premier long métrage, Bavo Defurne aborde ce sujet tabou, difficile, avec plein de délicatesse et de poésie. Il évoque avec tendresse un monde où les enfants, devant la démission des adultes, doivent s’inventer leur vie et découvrir seuls les secrets de la sexualité et de l’amour. Sources : dossier de presse, lepasseurcritique.com.

Tabou

Portugal – 2012 – de Miguel Gomes, avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira…

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Dans un immeuble banal de Lisbonne, Aurora, une vieille femme dominatrice, phagocyte l’espace vital de sa voisine et asservit sa femme de ménage Cap-Verdienne. Quand elle ne dilapide pas ses revenus dans les casinos, elle évoque ses relations difficiles avec sa fille ou son passé colonial. Tout cela semble mystérieux et ce n’est que lors de son décès que l’on découvre la vérité : Ventura, un homme qu’elle a connu autrefois a été appelé, trop tard, à son chevet et révèle leur épopée romanesque… Ce film, tourné en noir et blanc, presque muet dans la seconde partie, traverse sans mièvrerie l’histoire coloniale du Portugal. Ce voyage sur la mémoire allie le réalisme des rapports humains et le sens du merveilleux. Il a remporté 3 prix et 17 nominations. Sources : dossier de presse

Tango libre

France, Belgique, Luxembourg – 2012 – de Frédéric Fonteyne, avec Sergi Lopez, François Damiens, Anne Paulicewich…

JC est gardien de prison ET grand amateur de tango (sa seule petite fantaisie…), dont la partenaire de danse préférée est Alice, une jolie maman trentenaire… qu’il retrouve un jour au Les CARNETS du STUDIO

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parloir en compagnie de deux hommes, deux amis, dont l’un est son mari et l’autre son amant ! Intrigué par ce surprenant trio, JC va revoir Alice à l’extérieur de la prison et s’intéresser à l’histoire mouvementée de ces trois personnes, si différentes de lui et de sa vie bien ordonnée. Et, puisqu’Alice aime deux hommes, pourquoi ne pourrait-elle en aimer trois ? L’une des belles idées de ce film est d’avoir refusé de choisir entre le rire et le sérieux, d’avoir choisi de filmer avec toute la belle liberté que le titre annonce. Sources : lalibre.be, dossier de presse

The Brooklyn Brothers

USA – 2011 – 1h38, de Ryan O’Nan, avec Ryan O’Nan, Michael Weston, Arielle Kebbel, Melissa Leo…

largué par sa petite amie, Alex Logan, chanteur-compositeur, est sur le point d’abandonner son rêve d’être artiste, lorsqu’il rencontre Jim, musicien révolutionnaire autoproclamé, qui le convainc de poursuivre son idéal. Ils fondent les Brooklyn Brothers et s’embarquent dans un road-trip à travers les États-Unis. Leur style musical personnel (sons de jouets pour enfants) les emmène dans une série de concerts frôlant parfois la catastrophe… Avec la jeune manager Cassidy, Alex et Jim tentent de réaliser leurs rêves de jeunesse. Acteur et scénariste, Ryan O’Nan réalise son premier long-métrage. S’inspirant de ses propres expériences, il a voulu avant tout créer une histoire humaine, un film sur la musique parlant de la relation à l’art. The Brooklyn Brothers (Prix du public au festival de Floride 2012) perpétue la tradition du road-movie américain mêlant comédie et musique. Sources : dossier de presse

+ COURT méTRAGE semaine du 5 au 11 décembre

Tomatl, chronique de la fin d’un monde France – 2011 – 10’, de Luis Briceno, Animation.

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anarchiste et anarchique ! Tout cela n’est pas légal, mais ça n’en est que meilleur… En adaptant un épisode de son histoire personnelle, Michel Leclerc signe, après le très réussi Le Nom des gens, une comédie qui s’annonce tout aussi politique et joyeuse. Comme devrait l’être la révolution… comme devrait l’être la vie !

Trois mondes

France – 2012 – 1h41, de Catherine Corsini, avec Raphaël Personnaz, Clotilde Hesme, Arta Dobroshi…

Tout réussit à Al, jeune homme d’origine modeste. Se mariant bientôt avec la fille de son patron, il va prendre la tête de l’entreprise de son futur beau-père. Mais tout bascule. Après une soirée arrosée à fêter ces projets d’avenir, il renverse un inconnu. Poussé par ses amis, il abandonne le blessé et s’enfuit. De son balcon, Juliette a tout vu. Elle va aider Véra, la femme du blessé, une Moldave sans-papiers, à retrouver l’homme qu’elle a vu fuir. Le lendemain, rongé par la culpabilité, Al va prendre des nouvelles de l’accidenté. Lorsque Juliette le reconnait à l’hôpital, elle ne parvient pas à le dénoncer… Comme dans Partir (2009), Catherine Corsini parle d’aujourd’hui, d’« un monde dans lequel on ne prend pas le temps, où l’on veut réussir à tout prix ». Dans un monde gangréné par l’argent, jusqu’où est-on prêt à aller pour protéger sa vie même si on a fait quelque chose de répréhensible ?

Sources : dossier de presse

U

Un enfant de toi

France – 2011 – 2h16, de Jacques Doillon, avec Lou Doillon, Samuel Benchetrit, Malik Zidi…

Aya et Louis ont une fille, Alina, qu’Aya élève avec son nouvel homme, Victor. Les relations de Louis et Aya semblent n’avoir jamais été simples mais prennent un tour nouveau et autrement plus complexe encore, lorsqu’ils entreprennent une série de retrouvailles mi-

improvisées, mi-organisées, retrouvailles tournant notamment – mais pas exclusivement – autour d’Alina qui, du haut de ses sept ans, observe tout cela avec amusement et détachement. Filmé (à Tours !) en cadres souvent très serrés qui emprisonnent les personnages dans leurs marivaudages (les dialogues sont très riches et très écrits), Un enfant de toi est une comédie désenchantée dans laquelle les trois acteurs principaux s’ingénient à donner corps et présence physique à cette éternelle histoire de rivalité amoureuse. ER Vendredi 21 décembre à 19h45, Ciclic et les Studio proposent une AVANT PRÈmiERE du film : UN ENFANT DE TOi et une rencontre avec Jacques Doillon, le réalisateur.

08 92 68 37 01 studiocine.com

Sources : dossier de presse

Filmographie sélective : La Nouvelle Ève (1998) ; Mariées pas trop (2003)

lundi 10 décembre

Télégaucho

France – 2012 – 1h52, de Michel Leclerc,avec Félix Moati, Eric Elmosnino, Maïwenn, Emmanuelle Béart, Sara Forestier…

Vous souvenez-vous… l’arrivée des premiers caméscopes ? Vu avec le recul, c’était lourd, encombrant, ne permettait qu’un montage laborieux mais, dans les années 80 et 90, ils semblaient promettre que tout un chacun allait pouvoir faire son propre film, ou, plus fou… monter sa propre chaîne de télévision ! C’est le pari que font un groupe de jeunes et moins jeunes, très en colère, qui entendent bien saisir là l’occasion de faire une télévision différente, aux antipodes de la télé abrutissante et formatée qui occupe les écrans cathodiques, une télévision révolutionnaire, quelque peu

lundi 3 décembre

D’Europe à Hollywood En écho à l’exposition Tournages au Château de Tours 19h30

Le Dernier des hommes de Friedrich Wilhelm Murnau, 1924, All. Noir et blanc 1h25

21h00

Faust

19h30

Les Hommes le dimanche de Robert Siodmak, 1929, All. noir et blanc 1h12

21h00

Pièges de Robert Siodmak, 1939, Fr. noir et blanc 1h49

lundi 17 décembre

de Friedrich Wilhelm Murnau, 1926, All. noir et blanc, 1h46

19h30

Soirée présentée par Denis Jourdin, professeur à l’École des Beaux-arts de Tours.

de Fritz Lang, 1927, All. noir et blanc 2h25

Métropolis

Programme détaillé dans le dépliant disponible à l'accueil et sur www.cinematheque-tours.fr

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FILM DU MOIS

Les Invisibles France – 2012 – 1h55, de Sébastien Lifshitz

«

Les médias ne s’intéressent pas aux vieux, et encore moins aux vieux homos. De son côté la presse gay focalise presque exclusivement sur les trentenaires, comme si, après, on n’était bon que pour la casse. Pourtant nous sommes tous amenés à vieillir. Je trouve que cette invisibilité des personnes âgées est incroyablement malsaine, elle ne fait qu’accroître notre angoisse face à la mort et au vieillissement. Les vieux homosexuels eux-mêmes semblent accepter ce sort en s’éloignant de la vie sociale. » C’est ainsi que Sébastien Lifshitz (Presque rien, Wild side, La Traversée) explique son envie de réaliser ce réjouissant documentaire. Il a focalisé son regard sur des hommes et des femmes, urbains ou ruraux, célibataires ou en couples, aisés ou modestes, sur ces Invisibles, un titre qui désigne tout aussi bien ceux que la société refusa de voir, ceux qui s’appliquèrent à devenir transparents et ceux, qu’à leur âge, on ne remarque plus ; bref, ceux qui sont absents de toute représentation. Le cinéaste a trouvé en Pierre, Yann, Catherine ou Elisabeth (entre autres) des témoins extraordinaires. Chacun retrace sa vie et, à travers eux, c’est toute la France depuis les années quarante qui revit, les normes morales, les inhibitions douloureuses ou le fléau qu’a pu représenter le mariage, par exemple. En leur donnant la parole, le film leur rend hommage et nous offre des parcours étonnants, des témoignages justes pouvant passer de la drôlerie à une émotion profonde. On se souviendra longtemps, parmi tant

d’autres, de cette scène de retrouvailles posthumes devant une gare entre une fille et son père, de ce berger à la faconde joyeuse ou de ce dîner si doux entre une merveilleuse grandmère et ses enfants. Sébastien Lifshitz sait ouvrir la parole et écouter avec empathie toutes ces paroles intimes si touchantes, tous ces récits de vies uniques filmés dans des décors qui leur sont familiers. Pourtant le film n’est pas étouffant ; de nombreux et superbes plans de nature apportant respirations et plénitude. Car le cinéaste n’a pas négligé la forme : « Je me suis dit à quel point chaque vie est un roman, et j’ai essayé de traduire ce romanesque en utilisant, par exemple, le format scope ou de la musique de film. J’ai employé délibérément les moyens du cinéma de fiction à l’intérieur d’un projet documentaire pour affirmer un point de vue et rendre le film le plus expressif possible. La picturalité des images nous éloigne ainsi du côté reportage et nous ramène, je l’espère, du côté du cinéma ». Les Invisibles ne se situe pas uniquement dans le passé, le regard du cinéaste n’oublie pas le présent en regardant ce que c’est que d’aimer et de vieillir pour des homosexuels de plus de soixante-dix ans. Mais le film n’est pas corporatiste et encore moins victimaire, car ce dont il se fait le porte parole calme et délicat, c’est de la transmission de la liberté et du plaisir. Au-delà de l’homosexualité, il montre la valeur du combat et la puissance des esprits libres. Et ça, ça concerne absolument tout le monde. JF

Rencontre avec Sébastien Lifshitz, le réalisateur, dimanche 2 décembre, après la séance de 17h45.

LES CARNETS DU STUDIO – n°307 décembre 2012 – 2 rue des Ursulines, 37000 TOURS - CPPAP n°0214 G 84305

www.studiocine.com – 08 92 68 37 01


Ernest et Célestine

France/Belgique – 2011 – 59 mn, de divers réalisateurs.

À partir de 5 ans Tout public à partir de 5 ans

Programme de quatre courts métrages musicaux d’animation, entre techniques traditionnelles et numériques. Le dernier est raconté par l’accordéoniste Marc Perrone.

France – 2012 – 1h20, film d’animation de S. Aubier, B. Renner, V. Patar.

Quand une souris grise et un ours clown et musicien se rencontrent.

Mercredi 5 après la séance de 14h15, un accordéoniste viendra finir la séance en beauté !

Mercredi 12 après la séance de 14h15, les enfants pourront découvrir d’autres aventures d’Ernest et Célestine dans les albums prêtés par la librairie Libr’enfant. Mercredi 19, après la séance de 16h, il y aura des surprises de Noël !

Jean de la Lune

France/Allemagne/Irlande – 2012 – 1h36, de S. Schesch, avec les voix de T. Ungerer, K. Talbach…

De son astre lunaire, Jean de la Lune envie les terriens. Quand l’occasion lui est donnée, il rejoint la Terre. Mais il va être mal accueilli…

VF

Jeune Public

Jeune Public

DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 11h00 : deux films en avant-première au choix CINÉ P’TIT DÉJ’ : 10h30 : petit déjeuner offert

Une fois redescendus sur Terre, les enfants pourront nous rejoindre pour le goûter de Noël, offert le mercredi 19 après la séance de 14h15.

Tout public à partir de 6 ans

À partir de 3 ans

VF

Russie – 2012 – 52 mn, de divers réalisateurs.

Quatre histoires d’hommes et d’animaux à travers la Russie… Ce film est idéal pour une première séance de cinéma. Mercredi 19 après la séance de 16h, il y aura des surprises de Noël !

Les Bêtes du sud sauvage USA – 2012 – 1h32, de Benh Zeitlin.

VO

Un film superbe avec quelques scènes affectivement difficiles.

VF USA – 1954 – 1h20, film fantastique en noir et blanc de Jack Arnold avec Richard Carlson, Julie Adams…

2D 3D

En Amazonie, une expédition part à la recherche d’une créature amphibie… Devenu culte, ce film fantastique n’a pas pris une ride et s’offre même le luxe d’une superbe restauration !

Tout public à partir de 8 ans

Pays-Bas – 2012 – 1h21, de Boudewijn Koole, avec Rick Lens, Ricky Koole, Loek Peters…

VF

Tout public à partir de 8 ans

B. Koole a créé un univers réaliste et onirique autour de Jojo, dix ans, qui partage sa solitude avec un choucas adopté. Little Bird , à la symbolique maîtrisée, aux cadrages et au chromatisme originaux, a reçu le prix du Meilleur premier film de la Berlinade 2012. Les CARNETS du STUDIO

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VO

À partir de 5 ans

VF

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Tout public à partir de 12 ans

VoirLes films de A à Z, page 7 Grand prix de Deauville 2012

Irlande/Danemark/Finlande/Allemagne – 2012 1h21, film d’animation de K. Juusonen et J. Lerdam.

Niko doit se surpasser pour accepter l’ami de sa mère et sauver le petit Johnny. Il fait preuve d’une belle maturité qui lui fera connaître les joies de la famille.

• Les Mondes de Ralph de Rich Moore • Les Cinq légendes de Peter Ramsey • Lili à la découverte du monde sauvage de Oh Seon-gyun Les CARNETS du STUDIO

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À l’occasion de la programmation au Studio du premier film de l’acteur LouisDo de Lencquesaing Au galop (dans lequel il joue avec sa fille Alice) le père et la fille sont venus rencontrer le public à l’issue de la projection du vendredi 19 octobre à 19h45.

B

eaucoup dans la salle manifestent d’emblée leur plaisir d’avoir vu un film où l’atmosphère est tranquille et sereine, et les rapports entre les personnages quasiment sans conflits. Au contraire, il règne entre eux beaucoup d’amour, d’affection et de complicité. Peut-être est-ce dû à la force des liens familiaux dans le film, bien sûr, mais aussi dans l’équipe de tournage, puisque le réalisateur joue le rôle de Paul, le père du personnage de Camille, joué par sa fille. Certains même sont surpris que le film échappe ainsi au sempiternel conflit de génération attaché à ce genre de situation : dans Au galop, les personnages se respectent, s’apprécient, en dépit de quelques inévitables incompréhensions réciproques. Louis-Do Lencquesaing confirme qu’il a voulu éviter les situations d’affrontement. Son idée est de mettre l’accent sur l’amour, vécu par trois générations, aux trois âges de la femme, précise-t-il. L’axe central est celui d’Ada et de Paul, personnages centraux. S’y ajoute la génération des mères, avec celle de Paul, et des filles, avec Camille, fille de Paul. La vie, l’amour deviennent ainsi une succession de moments, qui s’ajoutent, se suivent et qui vont composer une histoire. Il

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a d’ailleurs choisi que Paul soit écrivain, parce que l’écrivain est à la fois une présence (il raconte le monde) et une absence (il observe le monde). Cela lui confère une neutralité qui permet d’éviter les situations conflictuelles. La voix off soutient cette position en retrait. L’élaboration de son personnage a posé peu de problèmes au cinéaste : il est assez neutre, intervient peu, comme s’il était spectateur. Il est d’ailleurs souvent seul, devant une fenêtre ou dans une pièce : il convenait juste de suivre son cheminement, de comprendre où il allait. C’est ainsi qu’il évolue tout doucement, de l’immaturité à la responsabilité. Le travail du montage a bien sûr été essentiel dans cette reconstruction de l’itinéraire de Paul. Il fallait qu’il reste le pivot central du récit. Un premier montage faisait passer Ada trop au premier plan dans la dernière partie. Il a fallu recentrer sur Paul, pour garder une cohérence de point

de vue. D’autres choix ont été nécessaires. Le travail de montage est toujours une reconstruction : une professionnelle est intervenue dans cette tâche, bien sûr. Le cinéma est un travail d’équipe : le réalisateur est celui qui amène le sujet et les idées et qui dirige. Mais il s’appuie sur le regard d’un opérateur, le travail d’un décorateur, sur le jeu des acteurs, sans parler du son et de la lumière… Il n’est pas seul. Mais c’est lui qui est à la manœuvre et qui opère les grands choix. C’est ce que confirme sa fille : elle était sous la direction de son père, elle jouait le personnage de Camille comme lui le souhaitait. Du coup elle n’a eu aucun problème à travailler avec lui. Au contraire, elle s’est sentie protégée, il la connaît, il sait jusqu’où il peut être exigent avec elle. Louis-Do ajoute qu’il a effectivement écrit le scénario en pensant à sa fille : il l’a choisie aussi parce qu’elle est sa fille, et qu'ainsi elle apporte à Camille son regard de fille Le cinéaste tient à affirmer que son film n’est pas exactement autobiographique, même s’il s’appuie fortement sur la composante familiale. On n’y retrouve en fait aucun événement réellement vécu, tout a été recomposé, reconstruit. Se retrouver de l’autre côté de la caméra tout en restant acteur ne lui a pas paru une

grosse révolution. Il a fait de la mise en scène au théâtre dans ses jeunes années et même si ce n’est pas la même technique, il y a la même recherche avec l’acteur de la vérité du personnage. Et il pense qu’en jouant, un acteur se met quelque peu en scène de toute façon. Le plus gros changement pour lui, c’est le type de personnage qu’il incarne : alors qu’on lui confie plutôt des rôles de « mauvais garçon », il a pu, dans Au galop, incarner un personnage doux et tranquille. Il termine en répondant à un spectateur qu’il n’y a dans son film, à sa connaissance, aucune référence cinéphilique, aucune influence d’autres films. Il ne sent pas cinéphile, juste réalisateur, cinéaste. Le débat se poursuit amicalement dans le hall autour d’un pot. CdP

Alice de Lencquesaing aux Studio © Nicole Joulin

Louis-Do de Lencquesaing aux Studio © Nicole Joulin

Rencontre Louis-Do de Lencquesaing et sa fille Alice

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Bande annonce

à propos de Vous n’avez encore rien vu

Démantelement des réacteurs nucléaires Des fûts bétonnés renfermant des déchets nucléaires dans un centre de stockage de l'Andra, le 28 novembre 2005 à Soulaines-Dhuys, dans le nord-est de la France © Olivier Laban-Mattei, afp.com

E

n France, depuis 2006, la loi prévoit, lors d’un projet de centrale nucléaire, que les réacteurs usés seront démantelés et l’installation déconstruite, démontée méthodiquement. Le coût doit être provisionné. PROBLEMES STRATEGIQUES ET TECHNIQUES : Le démantèlement peut être différé ou immédiat. Cela signifie : – la mise à l’arrêt définitive après déchargement du combustible placé en piscine de désactivation, – la destruction et la décontamination des bâtiments, – le confinement et le démantèlement total de la cuve du réacteur… le retour à l’herbe! Pour les neuf réacteurs français arrêtés, cela n’a jamais été fait complètement. En fait, le démantèlement différé permettait de remettre, à la génération suivante, la charge du risque. Depuis 2005, EDF a changé de stratégie, s’est engagée à déconstruire ces 9 réacteurs à l’arrêt définitif. Ils sont actuellement en cours de démantèlement complet et immédiat ?

MAIS QUE FAIRE DES DÉCHETS ? Il faut réduire les volumes. Pour A3, à Chinon, 115 000 tonnes deviendront des colis de déchets à gérer. Il faut des installations de stockage ! LE PROBLÈME DU COÛT. Le coût du démantèlement des centrales n’a jamais été chiffré. Brennilis devait servir d’étalon : la dépense dépasse la provision. Ainsi, EDF avait provisionné 23,5 milliards d’€, mais avec la cotation en bourse, cette provision est-elle encore disponible ? La déconstruction n’est pas la fin de l’activité mais le début d’une longue aventure pour des millions de tonnes de déchets radioactifs et des millions d’années. Malgré les coûts, il faudra bien démanteler près de 300 centrales nucléaires dans le monde dans les décennies à venir, sans attendre de nouvelles catastrophes. C’est un marché prometteur, d’un coût exorbitant certes, mais aussi avec des emplois en nombre pour de grandes compétences. Elles existent en France qui peut devenir spécialiste de la déconstruction… J.P. Thiébaux, pour Saint-Avertin avenir et le réseau Sortir du nucléaire

«

Allo, Lambert Wilson ? Je vous appelle pour vous faire part d’une sombre nouvelle ». La voix de Marcellin (Andrzej Seweryn) annonce la mort d’Antoine Anthac (Denis Podalydès), auteur dramatique, et convie les acteurs ayant joué sa pièce, Eurydice, à se réunir. Les appels se succèdent, Marcellin contacte, les uns après les autres, Sabine Azéma, Anne Consigny, Michel Vuillermoz, Hippolyte Girardot, Anny Duperey, Mathieu Amalric, Michel Piccoli, Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, Michel Robin, Gérard Lartigau, Jean-Noël Brouté. Tous (excepté Denis Podalydès et Andrzej Seweryn) jouent, supposément, leur propre rôle. Conviés à une cérémonie funèbre, ils arrivent dans une maison superbe et immense, ou plutôt, dans un décor immense et superbe tant il est évident que nous sommes dans l’artifice et que c’est volontaire. L’utilisation des mates paintings (peintures sur verre donnant l’illusion de paysages, par exemple) et ces décors pleinement dans le faux-semblant sont données courantes chez Alain Resnais et rappellent, entre autres, La Vie est un roman ou Smoking/No Smoking.

Dans la maison, c’est donc toute une troupe qui se réunit dans le salon. Salon mortuaire autant que salon de télévision, ou même salle de cinéma (avec le droit d’y fumer cependant) vu les dimensions de la pièce. Apparaît sur l’écran au dessus de la cheminée, Antoine Anthac, qui explique à ses invités que, comme ils ont tous joué dans sa pièce, sa dernière volonté est de leur en montrer une nouvelle version. Commence un film dans le film : la captation des répétitions d’Euridyce par la troupe du Théâtre de la Colombe. Cette captation est réalisée par Bruno Podalydès. Ce n’est pas la première fois qu’Alain Resnais l’invite dans son univers (il était déjà responsable d’une fausse émission de télévision que l’on voyait dans Cœurs). Tout comme il a déjà invité certains membres de sa bande, Michel Vuillermoz dans Cœurs et Les Herbes folles, JeanNoël Brouté dans Les Herbes folles, mais il manquait sa pièce principale, Denis Podalydès, c’est désormais chose faite. Est-ce par l’intermédiaire de ce dernier que, outre lui-même et Michel Vuillermoz, se retrouve Andrzej Seweryn, autre sociétaire de La Comédie Française ? En tous cas,

NOUS EN REPARLERONS PROCHAINEMENT…

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à propos de Vous n’avez encore rien vu

sa présence dans ce film aux liens si forts avec le théâtre, se justifie pleinement. Mais si on retrouve les acteurs fétiches de Bruno Podalydès dans les films d’Alain Resnais, l’inverse existe aussi, on a vu Pierre Arditi, fidèle parmi les fidèles d’Alain Resnais, dans Adieu Berthe, Bancs publics, Le Mystère de la chambre jaune, Le Parfum de la dame en noir ; tout comme Sabine Azéma, autre grande fidèle, qui jouait dans les deux derniers cités. Alain Resnais a toujours été ouvert aux autres, il a toujours sollicité et travaillé avec des créateurs de toutes origines et de toutes sortes  ; auteurs (Jorge Semprun, Marguerite Duras et tellement d’autres), dessinateurs, peintres (Enki Bilal, Jules Feiffer), cinéastes. Alain Resnais a toujours montré son ouverture, sa jeunesse d’esprit, sa curiosité, son envie de découvrir. Mais revenons à notre troupe maintenant confortablement installée dans cette salle/salon. Le film dans le film commence, et rapidement, un jeu d’interactions avec l’écran démarre. Les deux troupes face à face commencent à se répondre. Dans le

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salon, les acteurs se surprennent à rejouer le rôle qu’ils voient à l’écran. D’étranges dialogues se mettent en place. Curieux vertige  : Lambert Wilson et les autres jouant leur propre rôle incarnant le personnage d’une pièce qu’ils ne jouent pas vraiment tout en la jouant. La situation semble compliquée mais à l’écran, c’est simple et très ludique. Les places des personnages, dans le salon, changent miraculeusement, des cartons de films muets surgissent, les décors se transforment, des transparences apparaissent. Les répliques sont jouées une fois ou répétées, parfois, selon le nombre d’interprètes (car un même rôle peut en avoir plusieurs). Les angles changent, l’écran se sépare en deux, voire en quatre parties. Les décors étonnent et des motifs s’y répondent, des trains passent et entrent dans des tunnels à gueules de monstres, gueules qui sont aussi les âtres des cheminées qui renvoient aux arcades, aux gouffres d’autres décors. Tout est faux, tout est artifice, mais, en même temps, on y croit, tout semble vrai. Vous n’avez encore rien vu est un fascinant

objet formel. Les spectateurs, comme les personnages, avancent vers l’inconnu ; on tombe aux enfers, on ne peut regarder l’être aimé, la vie ne tient qu’à une promesse. Dans ce bal des fantômes qui convoquent habitués (Pierre Arditi, Sabine Azéma, Lambert Wilson, Anne Consigny), revenants (Anny Duperey, Stavisky ; Michel Piccoli et Gérard Lartigau, La Guerre est finie ; Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, On connaît la chanson) et nouveaux venus (Denis Podalydès, Michel Robin, Andrzej Seweryn, Hippolyte Girardot), les histoires d’amour et de mort sont aussi un jeu. Alain Resnais a toujours été le roi de la surprise, sa réputation d’auteur austère est étonnante car c’est un joueur, un facétieux qui a toujours eu plaisir à s’amuser avec le spectateur, et à toujours été prêt à tenter de nouvelles expériences, cet opus n’échappe pas à la règle et il porte bien son

nom. Funèbre, peut-être, glaçant, sans doute, mais aussi malin, ironique, et ne dédaignant ni l’humour ni l’émotion. Vous n’avez encore rien vu ressemble à un film somme, de nombreuses réminiscences des autres films de l’auteur nous arrivent en permanence en tête, jusqu’à apercevoir à travers les vitres d’un café et collée sur le mur d’un quai, l’affiche de Hiroshima mon amour. Sur le générique de fin, Franck Sinatra nous caresse les oreilles avec It was a very good year (et si on changeait le dernier mot par film ?), mais une angoisse nous étreint tout de même, et si la boucle était bouclée ? Vous n’avez encore rien vu seraitil testamentaire ? Rassurons-nous, pour le testament, on repassera, car Alain Resnais travaille déjà sur Aimer, boire et chanter le beau programme de son nouveau projet. JF

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Courts lettrages Vous n’avez encore rien vu

Tout est vraiment admirable : l’atmosphère à la fois funèbre et facétieuse, la virtuosité des découpages, le jeu des acteurs, ceux, multiples, entre la réalité et son image, le théâtre et son double… L’ennui qui s’est malgré tout peu à peu emparé de moi vient sans doute de l’inanité du texte d’Anouilh. DP On peut sans aucun doute mettre au crédit d’Alain Resnais d’avoir réussi à procurer ce sentiment de vertige et de pure jubilation que j’ai ressenti devant ce film en dépit de la relative faiblesse du texte d’Anouilh… ER Non, je n’ai rien vu, ou presque. Le tourbillon des acteurs et la valse des répliques autour d’Eurydice m’ont épuisée. J’ai

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fermé les yeux et je suis tombée dans les bras de Morphée… MS Ah, comme j’eusse aimé un peu moins d’Azéma-Arditi et bien plus de Wilson-Consigny ! DP Comme dans Holy motors et dans Amour, on trouve dans Vous n’avez encore rien vu des spectateurs dans une salle. Filmés de face ; l’écran, la scène qu’ils regardent, c’est nous. Nous sommes leur spectacle. Troublante inversion des rôles. JF Dans un décor onirique, un festival d’acteurs d’une rare intensité. Mais l’Euridyce d’Anouilh, quelle lourdeur  ! Et quel ennui ! SB

La trouvaille visuelle pouvant s’approcher d’une forme de triptyque artistique mêlant trois couples pour un même drame est lumineuse. Pourtant, quand nous eûmes passé certaines images, les fantômes d’Hypnos, de Nyx et de leur fils Morphée – encore une histoire de famille – vinrent parfois à notre rencontre… sans doute bercée par le chant mystérieux d’Orphée ? Il était bien dit qu’il ne fallait pas regarder. Calliope Ils sont presque tous là ceux de « la bande à Resnais ». Mais il en manque un : où est donc passé André Dussolier ? BS

Antoine d’Anthac : son personnage, dramaturge, que sa compagne, plus jeune de 25 ans, vient de quitter. Le cinéaste nous invite au pays des fantômes, aux portes de mort, où seuls revivent les souvenirs. Retour sur soi, sur sa création. Orphée vulnérable. Ombre dans la nuit qui vient. Resnais ne dresse pas un bilan, ne tire pas un trait : il regarde, rejoue, revoit ceux avec qui il a partagé sa passion du cinéma. Ses interprètes. Ses amis. Celle qu’il aime. Orphée sait que le temps lui est compté. L’autre côté du miroir l’attend. Un film sublime, fort… et dérangeant, car s’y joue l’essentiel, sans concession. CdP

Alain Resnais, cinéaste, 90 ans. Sabime Azéma, actrice, sa femme, 27 ans de moins.

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à propos de Vous n’avez encore rien vu

Fantômes de Marienbad

L

e dernier film d’Alain Resnais est un film déroutant, qui met mal à l’aise le spectateur, tant par sa forme que par son sujet. Il faut dire que la rencontre Resnais-Anouilh est en elle-même contre-nature. Le dramaturge, ami de Brasillach, sympathisant de l’Allemagne nazie, n’a jamais eu une position claire sur la Collaboration, qui ne le choquait pas. Ses pièces se préoccupent plus de «  pureté  » que de liberté et de rébellion, contrairement à ce que son Antigone laisse entendre. Dans le texte d’Eurydice, l’héroïne elle-même s’inquiète de l’impossibilité de rester pure ou de retrouver la pureté perdue. Aucune trace de ces mains sales qui nous souillent ne peut être effacée, dit-elle. C’est toute la thématique du théâtre d’Anouilh. Beaucoup de critiques universitaires ont vu dans cette obsession comme un écho de la pureté aryenne chère aux nazis. A tort ? A raison ? Que Resnais ait choisi cette œuvre d’Anouilh pour sujet ne peut que surprendre tous ceux qui le connaissent comme réalisateur de L’Année dernière à Marienbad, de Hiroshima mon amour et surtout du bouleversant Nuit et brouillard, dénonçant la barbarie nazie. Alain Resnais, homme engagé dans sa vie encore plus que dans ses films : militant antifranquiste, militant contre la guerre d’Algérie… A l’opposé d’Anouilh. Rencontre contre-nature donc, comme insinué plus haut. Sans doute : mais Vous n’avez encore rien vu n’est pas du théâtre filmé. Le tournage sur la répétition d’Eurydice est laissé

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à Bruno Podalydès, pour qu’il n’y ait pas de confusion possible. Ici, la pureté n’est qu’accessoire, concession inévitable à la thématique d’Anouilh. Le cinéaste revient aux sources de sa poétique cinématographique : la fascination de la mort, si prégnante dans l’inoubliable L’Année dernière à Marienbad. Ou dans Providence : on se rappelle cette scène inaugurale où le spectateur assiste à la dissection d’un cadavre humain en fac de médecine : une scène très « crue » qui est en fait un cauchemar. On retrouve cette fascination dans l’entassement des cadavres montré à satiété dans Nuit et brouillard, ou dans les morts d’Hiroshima. Retour aux sources donc : la mort comme sujet. La mort comme poétique, comme principe artistique (revoir tout le début de L’Année dernière à Marienbad, ces phrases qui fonctionnent en boucle, ces murs sans cesse longés, aux motifs répétitifs, comme des leitmotive incantatoires, logorrhées filmées et dont la force poétique envoûte le spectateur). « Toujours des murs, toujours des couloirs, toujours des portes, et de l’autre côté encore d’autres murs. Avant d’arriver jusqu’à vous, avant de vous rejoindre, vous ne savez pas tout ce qu’il a fallu traverser » murmure l’amant renvoyé. La mort ou le rêve. L’interprétation sage de L’Année dernière à Marienbad, encouragée par le cinéaste lui-même, veut que le récit soit celui d’un rêve qui tourne en boucle. Il est vrai que la scène d’ouverture de Providence

se révèle être le cauchemar d’un vieillard (qui sent la mort arriver et ses héritiers aux aguets). Le rêve chez Resnais serait ainsi le double de la mort : monde de fantômes, de désirs éteints ou frustrés. Monde d’ombres, comme les Enfers de la Grèce antique. Monde du manque et des souvenirs stériles. La mort ou le rêve donc, mais la répétition à coup sûr. Obsession poétique. La répétition fonctionne comme une suspension du temps : la mort suppose cet arrêt du temps, comme une entrée dans l’éternité, une éternité qui contrairement à celle d’Anouilh, ressemble fort à ces Enfers évoqués plus haut. Rêve ou monde mortuaire, l’univers de Resnais tourne en boucle, parodie d’éternité. Dans Vous n’avez encore rien vu, les comédiens convoqués pour la « cérémonie » sont déjà des fantômes. Devant la pièce jouée par la jeune troupe, ils se souviennent de leurs rôles passés et les rejouent comme en rêve. Les répliques se répètent, en écho, comme à l’infini. Les lieux clos s’ouvrent sur d’autres lieux plus larges, mais quasi-déserts, où flotte un parfum de mort. De la répétition des lieux, des répliques, des situations naît un temps immobile, figé qui est celui de la mort d’Eurydice, mais tout aussi bien des autres protagonistes. Depuis le début, nous nous en doutions, nous sommes aux Enfers, au pays des morts. Les souvenirs tournent en rond, la vie s’est enfuie. Quand le générique final apparaît, on peut lire : « Mathieu Amalric : lui-même », « Pierre Arditi  : lui-même », et ainsi de suite. Les acteurs ne jouent plus qu’eux-mêmes. Ne représentent plus. Solitude. Monde sans issue : nous sommes au bout du possible. Après : plus rien. Vous n’avez encore rien vu sonne comme un adieu au cinéma. Comme le dramaturge du film, André d’Anthac, Alain Resnais (90 ans !) a convoqué ses comédiens préférés pour un dernier tour de piste : il les regarde, plus

exactement il les filme, avec amour, pour poser une dernière question : qu’est-ce que la magie du cinéma ? Des ombres, des souvenirs, des rêves enfuis : théâtre sans réalité, miné par la mort. Restent des visages, des larmes, des émotions. Du sublime. Me revient cette phrase prophétique de la femme, au début, dans L’Année dernière à Marienbad : « …Cet espoir est désormais sans objet… Toute cette histoire est du passé. Elle s’achève quelques secondes… » Et ces propos hallucinés de l’homme  : « …Cet hôtel luimême, avec des allées désormais désertes, ses domestiques immobiles, muets, morts depuis longtemps sans doute, qui montent encore la garde à l’angle des couloirs, le long des galeries, dans les salles désertes, à travers lesquelles je m’avançais à votre rencontre… » Déjà, en 1988, le critique Marcel Oms écrivait à propos de ce film : « Nous serions alors aux Enfers, parmi les morts en transit, là où Orphée va tenter de reprendre Eurydice… » Nous avions déjà tout vu… sans le savoir. Retour aux sources, disais-je… Pour conclure ces quelques vers extraits de l’ultime poème de celui que les camps de la mort anéantirent, Robert Desnos : « J’ai tellement rêvé de toi, J’ai tellement marché, tellement parlé, Tellement aimé ton ombre, Qu’il ne me reste plus rien de toi. Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres… » Tout un pan de l’univers d’Alain Resnais qui a alors vingt-trois ans : cette époque cauchemardesque reviendra le hanter dans Nuit et brouillard ou Hiroshima, mon amour. Et dans beaucoup de ses films sans doute, singulièrement Vous n’avez encore rien vu. CdP PS : Les Cahiers du cinéma consacrent un très bel article, Théâtre d’ombres, au dernier film de Resnais dans leur numéro d’octobre 2012 : on y trouvera une réflexion sur les décors et les lieux. On peut bien sûr le consulter à la bibliothèque du Studio.

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Interférences César doit mourir Dans la maison

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ntre le film documentaire des frères Taviani César doit mourir et le dernier opus de François Ozon, Dans la maison, un sujet commun : la limitation de liberté, celle qui résulte de la transgression des règles de la société, l’emprisonnement, et celle que l’on s’impose à soi-même, par obéissance à une éthique ou à la morale. Dans César doit mourir, certains détenus du quartier de haute sécurité d’une prison italienne, sont choisis pour jouer dans une pièce inspirée librement du Jules César de Shakespeare. Ce choix n’est pas neutre : il les confronte à leur propre vie, à ce qui les a amenés derrière les barreaux, pour de longues années voire à perpétuité. Ces hommes, qui incarnent la barbarie, sous nos yeux, peu à peu, évoluent. Les questions essentielles posées par la pièce de théâtre, celles de l’honneur, du respect de soi et de l’autre, de la confiance, les amènent à une prise de conscience de leurs actes antérieurs. Pour certains, la notion chrétienne du bien et du mal s’insinue, pour

d’autres, la loi du talion, l’idée de vengeance, restent prégnantes. Mais ce qui est magnifique, dans ce documentaire, c’est la manière de restituer dans un espace clos, le souffle épique de Shakespeare, tel que l’a montré également Orson Welles, notamment dans Macbeth, filmé en noir et blanc. Cadrages serrés, gros plans de visages durcis, surplombs de cours étroites et de cellules exigües, le contraste entre la limitation des lieux et la liberté imaginaire n’en est que plus fort. Ainsi, les prisonniers repoussent les murs en se vivant acteurs, en s’identifiant à des personnages historiques, qui transcendent leurs actes et les confrontent à l’idée de destin. Alors, une fois la pièce jouée, à guichets fermés bien sûr, devant un public constitué par les autres prisonniers, les geôliers et la famille, le rideau tombe, après six mois de répétition. Enfermé à nouveau, l’un des prisonniers-acteurs nous assène la phrasechoc du film : « Ma cellule est devenue une

prison ». Et c’est à nous qu’elle s’adresse, spectateurs libres, confrontés à l’extraordinaire pouvoir de libération de l’art… jusqu’à une certaine limite, celle des murs de la prison et des actes qui peuvent y conduire. Tout l’art de Paolo et Vittorio Taviani consiste ici à explorer, sans voyeurisme, ni misérabilisme, l’univers carcéral et la possibilité d’y exprimer son individualité. Et, à propos d’art et de liberté, je voudrais vous rappeler, aux antipodes de leur approche, celle de Leni Riefenstahl, égérie d’Hitler, qui n’hésita pas, pour réaliser un film ou elle jouait une bohémienne, à faire sortir des camps plus d’une centaine de Bohémiens, utilisés comme figurants… et qui y furent renvoyés, une fois l’œuvre achevée. (c.f. la superbe exposition Bohèmes, actuellement au Grand Palais, à Paris). Dans la maison, un couple affadi, lui professeur de Français désabusé, elle galeriste piégée par les outrances de l’art contemporain, mais crédule encore. Ils lisent, comme un feuilleton, les rédactions  d’un élève de seconde, dédiées au professeur, qui lui a demandé de « coller au réel ». D’un côté, un couple où lui est voyeur et elle arbitre, de l’autre, un adolescent, plus ou moins pervers, qui s’introduit dans une autre

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famille, dite normale. Fable intimiste où l’on analyse, encore et toujours, les états d’âme des familles françaises, leur conformisme, leurs peurs étroites et leurs jouissances limitées. Malgré les tentatives d’effraction et de séduction, (mais nous sommes loin du Théorème de Pasolini !) la « cellule » familiale des gens dits normaux se consolide, tandis que le couple donné comme anticonformiste, se sépare. Morale de l’histoire ? La liberté intérieure n’existe pas : ceux qui sont « modélisés » ne se poseront pas la question de la séparation, car ils ont besoin d’un « être ensemble », il n’y a pas d’autre choix ; celui qui « pense », le professeur, incarné par un Luchini terne, est incapable de modifier le cours de sa vie. Seuls êtres capables de s’ouvrir, d’être libres, la galeriste, en quête de sens, celui de l’art, celui de l’amour, et le jeune homme, prêt à tout expérimenter. Dans le documentaire, l’appropriation de la culture classique offre une brève évasion à des hommes enfermés dans une prison ; dans le film, les tâtonnements créatifs d’un adolescent soulignent la difficulté à se conduire en être libre, à se choisir un destin plutôt qu’à le subir. Barreaux du réel, barreaux de l’imaginaire, coercition des deux… CP

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Interférences La Pirogue Après la bataille Les femmes du bus 628

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l y a quelque chose de majestueux et d’insensé à voir la proue de l’immense pirogue colorée (qui doit conduire les aspirants à un monde meilleur d’un village près de Dakar jusqu’en Espagne) fendre les flots. Quelque chose de totalement désespéré. Tenant fièrement le cap, le capitaine Baye Laye n’y croit pas vraiment. Il ne se berce pas d’illusions comme Lansana (celui qui a organisé ce voyage clandestin) qui s’écrie face au large : « Je suis un homme africain qui a décidé de rentrer dans l’histoire ! »* Sur les écrans, on avait déjà vu ces boat people aborder d’autres films : Eden à l’ouest de Costa Gavras ou Terra ferma de Emanuele Crialese, visions cauchemardesques de hordes d’affamés abordant aux rives de l’Eldorado européen… mais la vertu du film de Moussa Touré est de nous le faire vivre de l’intérieur, du point de vue africain. Et la perception en est tout autre, notamment parce que la majeur partie du film se déroule à l’intérieur de la coque, dans un huit clos étouffant qui ne bercera jamais le spectateur

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dans les bons sentiments. Les candidats à l’exil sont des hommes avec toutes leurs petitesses et l’angoissante traversée exacerbera les peurs, les jalousies, les lâchetés de chacun d’entre eux. Face aux éléments déchaînés, leur odyssée vire au drame et après une lente agonie, les quelques rescapés, sauvés par la croix rouge espagnole, se verront ramener à Dakar où les attendront un humiliant billet de 15 € et un sandwich. Cruelle morale : il n’est pas si facile d’entrer dans l’histoire…

fiction, de l’histoire en train de se faire, en mélangeant des images tournées en vidéo lors des manifestations de la place Tahrir et une histoire écrite pendant les événements. Reem est une jeune femme occidentalisée, publicitaire aisée qui a vécu avec passion la révolution en cours. Par hasard, elle rencontre Mahmoud, un cavalier illettré des faubourgs du Caire qui participa à la contre manifestation organisée par Moubarak. Elle veut comprendre pourquoi un homme du peuple a soutenu le tyran. Elle tombe amoureuse de lui avant de rencontrer sa femme Fatma et ses enfants et de découvrir la vie de leur quartier, sans travail depuis que les touristes ont fui l’Egypte. Fatma et Massoud sont interprétés par deux acteurs magnifiques Nahed El Sebaï et Bassem Samra qu’on avait pu découvrir quelques mois plus tôt dans Les Femmes du bus 678 de Mohamed Diab qui racontait comment trois femmes du Caire décidaient de lutter contre le machisme ambiant et la violence faite aux femmes dans les espaces publics. Les deux

films semblent se répondre  : la même volonté d’être en phase avec l’histoire de leur pays (le film de Diab est basé sur un fait divers réel et un procès qui a eu un grand retentissement dans le pays) tout en essayant de soigner la forme cinématographique (les trois histoires qui se rejoignent sur une même place centrale comme dans le cinéma d’Inarritu), la volonté de mettre à nu les insupportables différences sociales (Une femme instruite peut-elle aimer un analphabète ? Des femmes de classes différentes peuvent-elles lutter ensemble ?) et de montrer qu’une véritable révolution politique ne pourra avoir lieu sans un authentique changement du statut de la femme. DP * Allusion ironique au célèbre et scandaleux discours de Dakar du président Sarkozy tout juste élu (26/07/12) : « L’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. […] Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès ».

Il n’y a pas si longtemps, on nous prédisait la fin de celle-ci. Et l’impossibilité des peuples arabes, englués dans un immobilisme atavique, d’entrer dans la modernité. Les différentes étapes de ce qu’on a appelé : Le printemps arabe renvoya les prophètes à leurs boules de cristal. Apr��s la Tunisie, l’Egypte s’est embrasée et nous avons suivi la chute du dictateur sur nos écrans. Avec Après la bataille, Yousry Nasrallah essaie de rendre compte, dans une

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i le cinéaste ne cachait pas son plaisir de « rencontrer ce public dans les très belles salles des Studio ».Il avouait aussi « avoir le sentiment de s’exposer plus que d’habitude avec un film de génération très personnel  ». En tentant de refaire vivre les années 70 il espérait « transmettre les convictions des jeunes de l’époque à ceux d’aujourd’hui ». C’est donc naturellement un de ces jeunes, Clément Métayer, 19 ans, principal personnage du film, qui prend la parole à l’issue de la projection. Aucun problème pour lui dans le fait d’endosser le rôle d’Olivier

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Assayas quelque 40 ans plus tôt, car « le personnage que j’incarne me ressemble beaucoup…On m’avait interdit d’imiter Olivier ; je ne suis ni son clone ni son sosie… Il nous a laissé une grande part de liberté et si les années 70 sont loin, les jeunes d’aujourd’hui se posent plus ou moins les mêmes questions : quelle place dans la société va-t-on avoir ? Quel chemin va-t-on prendre ? Certes, les décors, costumes et dialogues nous ramenaient en arrière mais les préoccupations de notre génération ne sont pas si éloignées ». Et le réalisateur confirme  : «  Il y a quelque chose d’universel dans les années de jeunesse, même si autour de 70 on se projetait dans un futur de révolution, on avait la conviction que dans les six mois à venir on allait chambouler le monde, ce qui est impensable aujourd’hui. On était dans le rêve, l’abstrait, on explorait des pistes – les notions de vie en communauté et de solidarité nous portaient ». Plutôt que de poser des questions, la majorité des spectateurs ayant vécu ces années ont exprimé le besoin de témoigner  : « C’est comme si on était tombés dans la marmite de la révolution… On était sûr que ça allait arriver… On porte toujours le deuil de cette utopie… Les jeunes d’aujourd’hui aiment

encore nos musiques, sont curieux de cette époque même s’ils ne nous ressemblent pas… Aujourd’hui le monde ne fait plus rêver…». Olivier Assayas rajoute : « Il y a eu un élan qui s’est construit et est retombé. Tout a été remis en question, pas seulement la musique mais aussi les arts, la littérature… Aujourd’hui, la société s’est incroyablement durcie, on ne sait plus où est l’ennemi… Les politiques passent leur temps à exhiber leur impuissance face aux profits et à la mondialisation… Les jeunes ne peuvent plus les croire… Si les questions qu’ils se posent sur leur devenir sont sensiblement les mêmes, ils n’ont plus droit à l’erreur… La liberté existe sans doute individuellement mais n’est plus envisagée de façon collective… Les excès de l’époque – recherches spirituelles, voyages initiatiques en Asie, etc… sont incompréhensibles, voire paraissent ridicules… Si on nous avait dit, il y a 40 ans, que tout ce qu’on a rejeté – télé, journaux, les politiques que nous considérions comme tous pourris – deviendrait aussi formaté, on ne l’aurait pas cru… On était savant en histoire politique ; aujourd’hui c’est une langue étrangère pour les jeunes… » À la réaction d’une jeune spectatrice qui affirme avoir aussi des rêves et parle de la possibilité, grâce à internet, d’être informé, d’échanger… le réalisateur répond : « Je n’identifie pas les jeunes à la société d’aujourd’hui, je constate simplement qu’ils subissent ce monde. À eux de déterminer ce qu’ils vont en faire. D’autant qu’il semble qu’il y ait en ce moment un renouveau de convictions et de foi au sein de la jeunesse – les révolutions du monde entier, le mouvement des indignés en donnent la preuve ». Olivier Assayas nous apporte ensuite des précisions sur son parti pris en ce qui concerne la direction d’acteurs dans

Après mai : « J’ai voulu préserver une forme d’innocence, d’inconscience sur le tournage, donc ne pas imposer ». Et sur la dimension esthétique qui donne le ton au film : « le choix de focales courtes (inhabituel chez lui), celui de plans larges qui correspond à « L’envie de regarder les lieux, de prendre du recul, de montrer l’univers dans lequel vivent les personnages, de saisir la présence sensuelle de la nature ». Le cinéaste évoquera enfin son parcours – dont on découvre le départ dans le film : « Je n’ai pas fait d’école de cinéma mais appris sur le tas ; quasiment tous les réalisateurs de ma génération ont commencé par le cinéma militant. Ils défendaient l’idée que les films n’avaient de valeur que s’ils étaient en prise avec les combats et les luttes du quotidien, et qualifiaient de cinéma de petits bourgeois celui de l’époque… Leurs réalisations étaient un peu « primaires », « lourdingues ». Le mélange

Clément Métayer aux Studio © Nicole Joulin

Nous étions nombreux ce mercredi 24 octobre à la projection en avantpremière du dernier film d’Olivier Assayas Après mai, présenté par le réalisateur lui-même et les deux jeunes acteurs Clément Métayer et Carole Combes.

Olivier Assayas aux Studio © Nicole Joulin

Rencontre Olivier Assayas Clément Métayer Carole Combes

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Rencontre Olivier Assayas Clément Métayer Carole Combes

Vos critiques

QUElQUES hEURES DE PRiNTEmPS

d’élan, de foi et de convictions rendait aveugle… ça fait partie des ambiguïtés de l’époque… Moi, j’étais attiré par la fiction, mais ne m’en vantais pas ! » La rencontre se termine sur la genèse d’Après mai : « J’avais réalisé L’Eau froide en 1994, qui montrait déjà la jeunesse des années 70, mais pas dans le collectif ; il s’agissait d’une fiction resserrée et violente. J’ai eu besoin d’approfondir avec une histoire plus intime qui évoque davantage l’ambiance de l’époque. Nous avons une vision fantasmée de mai 68, mais les années qui suivent ont été un peu occultées ». La conclusion de cette soirée riche en échanges est donnée par une spectatrice : « Votre film vient combler un manque ; tous les ingrédients de l’époque et de sa jeunesse sont là ». SB

de Stéphane Brizé Bouleversé par ce film. Complètement retourné, en larmes pendant une heure. […] L’émotion est constante, dans les regards, dans les silences, dans l’incapacité de cette mère et de ce fils à se parler, et, en se parlant, à comprendre leur trajectoire, leur vie, à accepter ce qu’ils sont et à continuer à vivre, au mieux… Et pourtant, les absents sont omniprésents… le père, l’enfance, l’amour, la tendresse, le désir même (une scène bouleversante avec un voisin qui essaye de rompre cet iceberg de non-dits…) lls sont là, pas loin, mais ils sont muselés et ne s’expriment que par des actes manqués, par des pulsions de violence, par des transferts (le chien, la cafetière… ) Cette confrontation entre la pulsion de vie et la chape de plomb du non-dit et du renoncement est terrifiante, traitée admirablement par les deux acteurs et par une multitude de scènes incroyables de réalisme et de froideur […] Seule la mort a le pouvoir de retisser un lien, de faire sauter les verrous […] Des moments qui m’ont fait penser à ce film avec Signoret et Gabin, Le Chat je crois… Thierry D

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Carole Combes aux Studio © Nicole Joulin

likE SOmEONE iN lOVE

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de Abbas Kiarostami Il y a dans la mise en scène un enchevêtrement de détails qui rythme le propos dramatique qui s`intensifie tout de même en donnant vie et crédibilité aux personnages dont la vie s`éclaire en cours de route. Un film pudique et très

intense sur les limites du mensonge, qu`il reste voilé ou soit dévoilé. GG DESPUÈS DE lUCiA de Michel Franco En fait ce film a pour thème les usages contemporains du téléphone portable, et non les déboires d’une gamine irresponsable et d’un père violent. À ce point que les dialogues sont des demi-dialogues : ils ont quasiment tous lieu au téléphone ! Ce qui fait de ce film une demi-histoire. XS Film un peu déroutant au début par sa lenteur mais ensuite prenant, bouleversant, sans complaisance mais superbe et déroutant au final. On ne peut oublier ce film, il marque et interroge. DANS lA mAiSON de François Ozon Jubilatoire… manipulateurs manipulés […] AS Très décevant ! L’intrigue s’enlise dans tous les stéréotypes. Un long moment à passer. BG Enchaînement de stéréotypes ou réflexion éclairée sur les liens étroits entre littérature et cinéma ? Je penche sans hésiter pour la seconde proposition. […] Le jeune lycéen raconte une histoire à son professeur comme un cinéaste tend la main à un spectateur et nous rend ainsi complices jusqu’à la fin de cette fiction dont on ne sait vraiment qui du prof ou de l’élève est celui qui manipule l’autre. Le meilleur Ozon sans aucun doute depuis longtemps. LN Rubrique réalisée par RS Les CARNETS du STUDIO

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