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Gilbert Mayer

Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle 110 ans d’aventure humaine et économique

© 2010, Mettis Éditions ISBN 978-2-916172-26-2 Mettis 36 avenue de Thionville 57140 Woippy 06 11 82 75 86 E-mail / lafrad@mettis.fr www.mettis.fr

Mettis éditions


Sommaire 6 8

Préface Éditorial

L’innovation chevillée au cœur

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Chapitre 1 Pionnière de 110 ans Chapitre 2 Développer, mais durablement Chapitre 3 Revivifier l’Artisanat Chapitre 4 Cœur de métier Chapitre 5 Former, servir, représenter Chapitre 6 Investir pour éviter de taxer

Une aventure chaotique

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Chapitre 7 Ne pas baisser les bras face à l’urgence Chapitre 8 Retour à la France et autonomie mosellane Chapitre 9 Bref entracte avant la renaissance Chapitre 10 Immobilier moderne au service de l’innovation Chapitre 11 Les corporations inventent la société Chapitre 12 Investir pour éviter de taxer

Des services utiles et dynamisants

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Chapitre 13 La Moselle reste originale Chapitre 14 Qualification : La valse hexagonale

Chapitre 15 Mission tous azimuts Chapitre 16 Formation : des filières et des outils Chapitre 17 Économie, 100 000 actifs dans la balance Chapitre 18 Des services à forte intensité Chapitre 19 L’économie au service de demain

Annexes

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Ils ont dirigé la Chambre de Métiers de la Moselle Les élus de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle


Préface

L’Artisanat force de progrès Les artisans sont des passeurs. Ils transmettent le savoir et le savoir faire, qui à travers les siècles, ont assuré l’activité économique, son développement, ainsi que la satisfaction des besoins. Les talents mis au service d’un travail de qualité ont aussi engendré les évolutions technologiques. Tout à la fois tradition et patrimoine, l’artisanat est aussi l’expression innovante d’une économie de proximité. Elle irrigue et fait vivre les territoires en offrant, aux hommes des débouchés et des parcours professionnels et à la société, une cohésion bien indispensable en ces temps incertains. En 1975, l’artisanat mosellan comptait 9 000 entreprises qui employaient 45 000 actifs. Trente cinq ans plus tard, 15 500 entreprises donnent du travail à plus de 100 000 personnes. Quel bilan ! Dans une Moselle qui a vécu tour à tour, le désengagement sidérurgique et son cortège de conséquences, le plan charbonnier et ses douloureuses reconversions, le monde des métiers n’est pas seulement un pivot. Il est devenu l’une des énergies majeures de l’économie départementale. Ne délocalisant pas, restant fidèle à ses exigences de qualité, à ses obligations de formation, l’artisanat est tout à la fois une chance pour les territoires et ses habitants.

Véritable vivier d’initiatives, l’artisanat offre, par la diversité des métiers qui le composent, des réponses aux attentes de ses clients. Il ouvre aussi la voie à des filières de formation qui débouchent sur des parcours professionnels. L’apprenti a vocation à devenir maître, s’il s’en donne les moyens et à être demain celui qui transmettra le savoir. Autant par sa richesse que par son contenu, le travail artisanal est là pour nous rappeler que la maturation est à la base des succès. Qu’importe l’origine et les trajectoires des femmes et des hommes qui rejoignent ses rangs. à travers ses traditions et valeurs, ses règles de fonctionnement et exigences de qualité, l’artisanat est en mesure de façonner ceux qui le servent et concourent ainsi à un développement économique bien inscrit dans son tissu social. à travers le rôle majeur du secteur de l’artisanat en matière de formation, la ressource humaine de la Moselle est tirée vers le haut. Car les métiers offrent, en plus de l’épanouissement personnel, une réelle possibilité d’insertion à ceux qui opèrent le choix de la formation par l’alternance. Dans une économie mosellane en quête de personnels formés, la voie des métiers se présente donc comme un passeport pour l’embauche. Plus tard, comme un titre pour être son propre patron. Le lien entre formation et capacité à s’installer est ainsi renoué et il est un gage de satisfaction des consommateurs des produits et services issus de l’artisanat.

Trop longtemps dévalorisé dans les têtes de nos concitoyens, l’artisanat, les chiffres et la pratique quotidienne en attestent, est en réalité une véritable chance pour ceux qui l’intègrent. Ils y acquièrent savoir-faire, mais aussi savoir-être. Un double titre pour une vie d’homme debout, au service d’une société en quête de repères, de racines, mais aussi de solutions efficaces. La Chambre de Métiers et de l’artisanat de la Moselle incarne et représente pleinement ces valeurs et ces intérêts. En la voyant aujourd’hui célébrer son 110e anniversaire, elle qui est née dans des provinces annexées et a ensuite servi d’exemple à la constitution du réseau consulaire national, je ne peux que me réjouir. Son dynamisme, son caractère précurseur, son message d’innovation vont continuer à faire merveille au service des Mosellanes et des Mosellans si souvent ballotés par les déchirements de l’histoire. L’artisanat est avant tout une force de progrès, à dimension humaine. Bernard Niquet Préfet de la Région Lorraine Préfet de la Moselle Préfet de la Zone de défense Est

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Éditorial Un nouveau bâtiment, une fête des Métiers, un grand livre, c’est un florilège pour ces 110 ans. Vous restez confiant dans le rôle de l’Artisanat ?

Il faut y croire plus que jamais et la crise que le monde économique traverse me conforte encore davantage dans cette conviction. L’artisanat a prouvé depuis des décennies qu’il était un facteur de stabilité économique et social en France. Il tire sa force dans le maillage des territoires, dans sa capacité d’adaptation et d’innovation, dans son système de transmission des savoirs qui permet l’intégration sociale, dans la place qu’il réserve aux femmes et aux hommes au centre de tous ses projets. Alors que des pans entiers de l’industrie, sous l’effet d’une mondialisation des échanges, se sont effondrés, l’Artisanat est resté un moteur du développement économique et a continué à créer des emplois et de la richesse. Je suis donc confiant pour son avenir. L’histoire le montre, la France a du mal à reconnaître l’indispensable lien entre qualification et droit d’installation. Pourquoi cette frilosité ?

Pierre Streiff : « l’Artisanat stabilisateur économique et social » Dans un environnement chamboulé, rien n’est plus actuel, ni plus porteur d’avenir que l’Artisanat. Il constitue aussi un stabilisateur économique et social. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle, qui célèbre son 110e anniversaire, s’emploie, avec détermination et efficacité à épauler le secteur et à lui permettre d’intégrer les innovations. Aussi marque-t-elle ce moment de célébration, par la construction d’un nouvel équipement immobilier, une fête des Métiers et la publication de cet ouvrage qui retrace l’aventure consulaire et donne la parole à ceux qui en sont les acteurs. Un triple acte de foi en l’avenir, que l’actuel Président de la Compagnie, Pierre Streiff nous explique. Interview.

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C’est une bataille que les Chambres de Métiers et de l’Artisanat mènent avec conviction depuis toujours et je regrette que les plus hauts responsables politiques n’aient jamais vraiment entendu notre appel. Il n’y a pourtant dans cette demande aucune volonté de restreindre l’envie d’entreprendre, mais au contraire d’assurer la sécurité des projets de création d’entreprise et des futurs chefs d’entreprise tout en garantissant à leurs clients un savoir-faire incontestable et des produits et services irréprochables. Des avancées ont été obtenues dans ce domaine sans jamais prendre totalement en considération l’intégralité de nos propositions. C’est regrettable, car cela conduit à une déstabilisation des marchés sous couvert d’une idéologie libérale erronée. Je garde toutefois l’espoir que des progrès puissent encore être réalisés dans l’avenir. Le pays retisse son réseau consulaire en le contractant. La Moselle, sans échapper totalement à ce mouvement, conserve ses prérogatives. Quels arguments ont prévalu pour ce maintien ?

La réforme qui envisage une reconfiguration des réseaux consulaires a eu pour origine l’indispensable rationalisation des politiques publiques pour combattre l’escalade sans fin des déficits.

Sur le fond, tout le monde peut se retrouver dans cet objectif vertueux et nous avons donc légitimement participé à la réflexion engagée par l’État. Au cours des travaux préparatoires à cette grande réforme, nous avons démontré que l’organisation issue du Droit local, dans les départements d’Alsace et de la Moselle, avait, depuis son origine, démontré toute sa pertinence. Grand nombre de nos collègues espéraient d’ailleurs qu’elle soit généralisée à tout le territoire. Nous avons fait la démonstration que l’on pouvait conjuguer responsabilité locale et efficacité, indépendance et rationalisation. Nous devrions donc garder toute notre capacité d’action au service des artisans de la Moselle et cela confère aux élus de notre Compagnie une responsabilité à leur encontre. Même si, en Moselle, le nombre des apprentis croît, les jeunes ne semblent pas encore assez convaincus par les perspectives professionnelles qu’offre l’Artisanat. Pourquoi ? Que faut-il entreprendre ?

Nous avons effectivement doublé le nombre d’apprentis formés dans les entreprises artisanales au cours de la dernière décennie. C’est le résultat d’une politique très volontariste que nous avons menée, notamment en communicant directement en direction des jeunes et de leurs familles pour valoriser les métiers. C’est aussi la suite logique de notre politique d’investissements dans nos centres de formation d’apprentis qui sont aujourd’hui tous équipés des outils de formation les plus modernes et les plus performants. Il n’en demeure pas moins que cet effort doit être poursuivi, car de nombreux jeunes méconnaissent encore totalement les perspectives qu’offrent les entreprises artisanales. Mais c’est aussi au niveau de l’orientation qu’il faut agir. Tant que l’on favorise à tout prix les filières longues et classiques de formation qui n’aboutissent souvent à rien, on trompe notre jeunesse et l’on dessert l’économie locale.

Pendant 110 ans, la Chambre d’Alsace-Lorraine, puis de la Moselle a montré la voie et mis l’accent sur l’innovation. Quel est l’enjeu de demain ?

Encore et toujours l’innovation ! Cela doit être le maître mot de toute l’action de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat et de toutes les branches professionnelles. Nous devons accompagner les indispensables évolutions de notre secteur, faire

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en sorte de soutenir l’émergence de nouveaux métiers, faciliter l’intégration des techniques les plus récentes en sollicitant le secteur de la recherche, aider les entreprises à aborder de nouveaux marchés. Tels sont les défis que nous devons relever avec les artisans et, pour cela, nous devons imaginer en permanence les réponses à apporter à leurs nouvelles attentes. Notre offre de services doit en permanence évoluer. Nous devons rester à l’écoute de nos clients pour qu’elle soit le plus précisément adaptée à leurs besoins. Nous devrons également poursuivre notre action de promotion et de défense des intérêts de l’Artisanat et sans doute mieux les faire connaître. L’enjeu est de rester dans l’action, ne jamais dire que la partie est gagnée. Dans un monde en permanente évolution, il faut se remettre en question tous les jours. Vous achevez quatorze années de mandat à la présidence de la Chambre. Quel regard portez-vous sur le travail accompli ?

Comme vous le dites, j’ai la satisfaction du travail accompli. Avec les élus qui m’entourent, le Secrétaire Général et les collaborateurs de la Compagnie, nous avons profondément transformé la Chambre de Métiers et de l’Artisanat. Nous l’avons entièrement mobilisée au service des entreprises en repensant son organisation. Tous les moyens ont été concentrés sur ses missions principales, à savoir : l’accompagnement des entreprises et la formation initiale et continue. Ses moyens immobiliers et mobiliers ont tous été modernisés pour que l’accueil de nos clients soit à la hauteur de l’image que nous voulons donner de l’Artisanat. Je pense aussi pouvoir affirmer que nous avons réellement innové dans nos modes d’organisation et de travail. Cela nous vaut aujourd’hui l’intérêt de nombreuses Chambres de Métiers et de l’Artisanat qui, de toute la France, viennent découvrir nos outils pour les déployer sur leur territoire. Nous avons également réussi à mieux faire connaître et reconnaître le secteur des métiers tant auprès du grand public que des décideurs politiques. Nous avons renforcé nos partenariats avec les services de l’État et des collectivités territoriales qui prennent bien davantage en compte nos propositions. Aujourd’hui, l’artisanat est reconnu à sa juste place et est entendu comme un acteur

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de premier plan. Tout cela dans un contexte pas toujours facile, notamment sur le plan économique, lorsque le socle industriel de la Moselle s’ébranlait et avec le souci permanent d’une grande rigueur financière pour limiter au maximum la pression fiscale sur nos entreprises. Avez-vous des regrets ? Estimez-vous avoir manqué de temps pour conduire le plan que vous aviez tracé ?

Le programme que nous nous étions fixé est globalement atteint. Je n’ai donc que peu de regrets. Compte tenu de mon caractère, il est certain que j’aurais souhaité encore en faire davantage et c’est donc peut-être là que l’on peut trouver une pointe de regrets. Mais soyons réalistes, nous avons progressé en qualité, en projets portés et développés, en innovation et en proximité. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle est actuellement un outil performant au service des 15 500 entreprises du département et, malgré ses 110 ans, elle reste terriblement en avance sur son temps ! Pôle des Métiers de Metz au parvis décoré des caractères « artisanat ».

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Chapitre 1 Pionnière de 110 ans

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Voilà 110 ans qu’elle se bat. 110 ans qu’elle représente les intérêts généraux de l’Artisanat. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle n’a cessé d’être à la pointe de l’innovation de ses entreprises ressortissantes, afin de mieux servir les territoires qu’elle maille et dynamise.

Bâtir pour mieux construire ! Tel pourrait être le slogan résumant l’opération d’extension du Pôle des Métiers de Metz, qui a démarré en ce printemps 2010. L’adjonction d’un bâtiment de 2 600  m2, sur l’avant du siège consulaire, doit se comprendre comme une démarche destinée à mieux servir les entreprises artisanales au cours de la décennie qui s’engage. Car derrière ces murs, la Compagnie disposera d’un système de salles modulables et multifonctions, qui lui permettra tout à la fois d’accueillir des publics, d’être une fenêtre ouverte de l’artisanat sur l’extérieur et d’en faire un lieu d’exposition et de promotion de tous les savoirfaire des entreprises. Les étages seront destinés à accueillir les organisations professionnelles souvent disséminées dans la ville et à constituer un outil de formation continue doté des moyens techniques modernes. Un centre de comptabilité et un centre de gestion rejoindront à leur tour ces murs et grâce à l’offre de stationnement ménagée, le pôle tertiaire ainsi constitué armera la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle. 9,5 M€ sont ainsi engagés afin de relever le défi posé à un secteur économique de tout premier plan dans le département. Car avec ses 15 500 entreprises

La future extension du Pôle des Métiers de Metz. 1. Côté jardin. 2. Côté boulevard de la Défense.

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ressortissantes qui génèrent 100 000 actifs, c’est bien le maillage économique du territoire qui est en jeu. Une économie non délocalisable et qui produit de la richesse et des services dans la proximité des habitants du département. Mais voilà ! Les temps sont difficiles pour toutes les entreprises et le secteur des métiers affronte des menaces qui lui sont propres. En raison d’une pyramide des âges vieillissante des dirigeants de ces entreprises, 4 500 d’entre-elles sont menacées de disparition dans les dix ans si rien n’est accompli pour en assurer la transmission-reprise. Pionnière dans ce secteur de l’action en faveur de ses clients, la chambre consulaire mosellane a déjà permis de sauvegarder plusieurs centaines de ces entreprises. Parce que la transmission-reprise ne se décrète pas et ne se gère pas dans la précipitation, c’est toute une stratégie d’écoute, d’analyse et d’accompagnement qui a été engagée par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle. Avec succès. « C’est une vis sans fin » indique Pierre Streiff, le Président de la compagnie consulaire qui tempère cependant : « Nous vivons cette obligation avec plus d’acuité dans cette période, parce que ceux qui ont été les baby-boomers de l’aprèsguerre deviennent en masse les papy-boomers aujourd’hui. D’ici dix ans, la situation aura évolué car la démographie des dirigeants aura changé et aussi parce que la mutation des entreprises s’opère désormais différemment. » N’empêche, comme le développement économique s’est d’entrée de jeu présenté comme un enjeu fondamental à Pierre Streiff lorsqu’il a pris la présidence de la CMA 57, ce développement passe aussi de façon pressante, par la sauvegarde d’un tissu d’entreprises existant. D’où les efforts accomplis par une organisation consulaire désormais entièrement tournée vers le service au monde professionnel qu’elle incarne, défend et soutient. Une aventure économique et sociale à laquelle la CMA 57 s’identifie et se consacre totalement en étant le partenaire de toutes les Collectivités et de l’État. C’est-à-dire en jouant son rôle indispensable de corps intermédiaire entre le citoyen et le politique. Une fonction fluidifiante que l’on aurait tort de négliger dans une société de plus en plus complexe et cependant prompte à se débarrasser de ce qu’elle considère parfois comme d’inutiles outils !

110 années durant, la Chambre de Métiers de la Moselle a donné le « la » en matière de réponse efficace à la nécessaire articulation entre l’économie et les pouvoirs publics. Elle l’a accompli dans la mouvance d’Alsace-Moselle d’abord, puis à son rythme propre à partir de 1923. Mais toujours en devançant les sujets et en s’échinant à proposer des solutions pratiques et efficaces à des artisans trop souvent seuls dans leurs fonctions productives. Promue au rang de véritable parlement des intérêts des entreprises ressortissantes, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle est connue et reconnue. Les anciens territoires d’Empire que sont les trois départements d’Alsace-Moselle ont même inspiré la législation française, tant l’initiative allemande de 1900 était novatrice et porteuse d’un vrai développement. Alors que se jouent dans les prochaines années, la nouvelle articulation régionale des Chambres de Métiers, la Moselle, ce n’est pas un hasard, est comme l’Alsace parvenue à préserver son autonomie. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle sera demain un acteur soudé au sein de la compagnie régionale, mais conservera par devers elle, son droit à ses ressources et à sa stratégie politique. C’est une reconnaissance de plus du travail accompli et de sa pertinence, mais aussi du Droit local d’AlsaceMoselle qui a fondé les Chambres dans les territoires autrefois arrachés à la France. Après avoir, hors de l’Hexagone, servi de phare à la structuration nationale, voici que la CMA 57 voit cette lumière rejaillir sur elle. 110 ans après ses premiers pas quelle plus belle reconnaissance imaginer !

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1. Le Pôle des Métiers de Forbach, flanqué de son Centre de formation d’apprentis. 2. L’Espace Conseil de Sarreguemines rapproche la Compagnie du territoire... 3. tout comme celui de Sarrebourg.

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Thierry Polo — fait parler la pierre Installé à Peltre, au cœur du Val Saint-Pierre, Thierry Polo ne cesse de polir sa pierre afin d’en révéler toutes les subtilités de structures. À la tête d’une entreprise de trente personnes, il est l’archétype de l’artisan de pointe. Portrait. Récemment, un entrepreneur libanais téléphone à Thierry Polo. Il souhaite le rencontrer et lui explique qu’il dirige une marbrerie de 300 salariés à Beyrouth. Malgré cette différence de format avec celle de son interlocuteur, l’homme insiste pour venir à la rencontre de l’organisation et du savoir-faire de notre mosellan. Fait du hasard ? Pas du tout. Lors du salon du marbre et de la pierre de Vérone, Thierry a aussi rencontré un collègue Australien qui connaît la renommée de son entreprise. Une société qui a beaucoup évolué depuis que son grand-père, originaire de Vénétie et installé à Montigny-lès-Metz, a décidé de voler de ses propres ailes en 1931. Après l’aïeul, c’est son père qui reprend le métier. Elevé dans cette tradition du travail de la pierre, Thierry s’imagine cependant un autre avenir. « J’ai suivi une formation de génie civil, puis passé un BTS de gestion-compta » rapporte Thierry qui n’a pas très envie de renouer avec la vie d’artisan.

« Je me compare à un bijoutier, car malgré la taille des matériaux, nous rencontrons les mêmes problèmes de précision. » L’existence décide pour lui. En 1985, convaincu par son épouse, il reprend la tête de la maison familiale et en 1990 entreprend de quitter le creuset montignien pour s’implanter à Peltre sur la zone artisanale. « Très vite nous sommes passés de six à quinze, puis vingt et puis trente salariés. Les bâtiments aussi ont évolué. Trois extensions consécutives lui confèrent leur allure actuelle, avec les bureaux et le hall d’exposition. » Car la marbrerie Polo produit et pose pour le bâtiment, les granits et marbres. « À 90 % je travaille pour la rénovation en aménageant cuisines, salles de bains. J’ai la chance d’opérer dans un domaine où l’on produit du beau et j’offre des sensations à mes clients en révélant tout ce que la pierre brute peut révéler après des traitements très fins. Je me compare à un bijoutier. Car malgré la taille des matériaux, nous rencontrons les mêmes problèmes de précision » raconte Thierry. Or, il le sait, la matière est souvent capricieuse. Polir, affiner, mettre en lumière ce que la nature a produit, voilà l’engagement quotidien de ce professionnel de talent reconnu pour la précision de sa production. S’il n’est pas entré en artisanat la fleur au fusil, il a très vite appliqué ses idées nouvelles destinées à favoriser le développement. Une stratégie à succès qui passe aussi par la formation d’apprentis. Logique pour un membre suppléant de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat et pour un lauréat du Grand Prix de l’Artisanat décerné par le Département. Une récompense obtenue pour…le dispositif de retraitement des eaux de polissage, qui lui vaut un brevet d’éco-citoyen. Mais aussi des retombées positives de cet investissement qui économise le fluide, protège les égouts et permet de recyclage. Du gagnant-gagnant !

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Chapitre 2 Développer, mais durablement

La Compagnie s’applique à elle-même, les évolutions qu’elle prône auprès des artisans. La construction de son nouveau bâtiment s’inspirera ainsi totalement des exigences de développement durable. Il sera ensuite une vitrine du savoir-faire des entreprises en la matière.

Les 2 600 m2 du futur édifice permettront d’ouvrir le secteur de l’artisanat sur l’extérieur, en particulier grâce à l’espace multimodal.

La parole est aux bâtisseurs. Mais leur feuille de route a été tracée. L’extension du Pôle des Métiers de Metz a certes été pensée en termes de moyens immobiliers à mettre à disposition de la Compagnie, avec une structuration de chacun des trois niveaux. Mais les 2 600 m2 attendus ne seront pas abrités par un immeuble banal. Parce que toujours anticipatrice, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle s’est engagée dans une politique d’incitation au respect de l’environnement par ses ressortissants. Elle a aussi voulu que son bâtiment ouvre sur le boulevard de la Défense et soit un modèle. Une référence en matière énergétique. L’immeuble sera érigé et devra correspondre aux normes de haute qualité environnementale (HQE), mais plus que cela, il ambitionne d’être à énergie positive. En clair, il produira plus d’énergie qu’il n’en consommera contribuant ainsi à rendre son fonctionnement plus indolore pour les comptes de la CMA 57, donc pour la fiscalité des entreprises, mais surtout il constituera un véritable témoin. Une démonstration de ce vers quoi il convient de tendre. Un message franc et massif en direction des entreprises, mais aussi des apprentis. La Compagnie consulaire mosellane, temple

du respect de l’environnement et du développement durable, voilà un signal fort qui, une fois de plus, doit en faire un acteur pionnier. « Nous serons l’un des premiers établissements publics à nous inscrire dans une telle stratégie » glisse Pierre Streiff, qui évoque déjà le toit végétalisé de l’immeuble ainsi que le recours au photovoltaïque et à triple vitrage isolant. « Il s’agit de limiter notre consommation globale en recourant aussi à des puits canadiens offrant tantôt le chaud, tantôt le froid » rapporte le Président de la compagnie. Pas de climatisation non plus, mais au contraire un jeu de persiennes métalliques mobiles en fonction de l’ensoleillement afin de limiter le rayonnement intérieur. Une ventilation à trois voies, très sophistiquée pour compléter le dispositif, tout cela devrait conférer des valeurs très positives à ce bâtiment. « C’est une démarche sur laquelle nous nous étions engagés. Il s’agit ainsi de donner l’impulsion au bon usage de l’énergie. C’est notre rôle de former et cela constituera un signal fort de nôtre nouvelle orientation au service de l’activité des artisans de demain » poursuit Pierre Streiff. Ayant quitté son siège de l’avenue Foch et ses bâtiments de services de la rue du Tombois à Metz, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle s’est installée en 1994 sur le Technopôle de Metz. Tous moyens rassemblés dans une structure moderne et en mesure de répondre aux besoins de formation des différents métiers, le Pôle des Métiers de Metz a vu le jour. En un peu plus de quinze ans, le Président et ses services ont cependant profondément fait évoluer leurs locaux en transformant les lieux en pôles de compétences au service des artisans. Outre son rôle départemental, malgré son bon maillage territorial dans les arrondissements, le Pôle des Métiers est aussi au service direct du bassin de Metz. Un périmètre qui réunit un quart des artisans de la Moselle, mais attire aussi 40 % des porteurs de projets et la moitié des stagiaires de la formation continue, ainsi que des apprentis. Résultat, malgré son caractère récent, le Pôle des Métiers de Metz qui n’a cessé de repousser les murs de l’intérieur est parvenu aux limites physiques de l’exercice. Le besoin d’un nouvel espace a fait son chemin, sa formalisation est intervenue, les travaux ont démarré. Comme autrefois la Maison des corporations de l’avenue Foch, l’extension

Le Pôle des métiers de Metz, un lieu bien adapté à ses multiples fonctions.

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du Pôle des Métiers permettra de réunir en un seul lieu les organisations professionnelles éparses. Ainsi, les coiffeurs, les installateurs électriciens, les menuisiers, les cordonniers, mais aussi le Centre lorrain de Gestion et le Centre de comptabilité – CEGEME – trouveront à s’installer au second étage. Bénéficiant de moyens informatiques et de l’internet à haut débit, ils auront en mains les outils propres à satisfaire le service de leurs adhérents et de leurs clients. La formation continue en évolution permanente est un axe de développement fort de la compagnie. Certifié ISO 9001, le centre de formation de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle se doit d’équiper ses salles des outils propres à satisfaire les besoins des stagiaires en quantité et en qualité. Six salles de formation seront donc aménagées au premier étage et elles seront entièrement informatisées. Les réseaux informatiques offrant accès aux bases de données seront l’un des outils essentiels du futur centre, accessible aux apprentis du CFA. Le cœur de la maison se trouvera en rez-de-chaussée. Une salle de 600 m2 d’un seul tenant occupera l’espace disponible. Son intérêt résidera dans son caractère modulaire : « Plus d’amphithéâtre comme actuellement, mais un espace que l’on pourra utiliser selon les besoins, en accueillant jusqu’à 400 personnes assises. Mais aussi un lieu qui pourra être fractionné selon des besoins à caractère multiple » indique Pierre Streiff. Conférences, assemblées, expositions durables ou temporaires, salons professionnels, cet équipement confèrera au Pôle des Métiers les moyens de l’ouverture vers l’extérieur qui lui font encore défaut. Une vitrine en quelque sorte, qui se doublera d’une capacité à accueillir des manifestations à caractère technologique. L’aire en question étant dotée de l’accès à tous les fluides nécessaires, cela contribuera à en faire un outil de transfert de technologies en direction de l’Artisanat.

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1. Siège de la Chambre de Métiers de la Moselle au 46 avenue Foch. 2. Ensemble immobilier du Tombois sur la colline Sainte-Croix de Metz qui accueillait notamment les apprentis et servait aussi à l’assemblée plénière.

Pilier de la stabilité économique et sociale, mais également moteur de sa croissance, la CMA 57 joue pleinement la carte de l’innovation. Sans renier des traditions d’excellence et de savoir-faire, elle se positionne à nouveau en chef de file au service des territoires et de ceux qui les font vivre au profit de leurs populations. En clair… l’économie de proximité !

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Gérard Schaming — pâtissier pétri d’humanisme Il a mis la main à la pâte par défi. Mais ensuite, il n’a plus fait que de relever les défis qu’il s’est imposés. Gérard Schaming, boulanger-pâtissier à Yutz, est de cette pâte d’homme, qui fait lever toutes les barrières. À la clé, une réussite professionnelle et une belle aventure humaine. Rencontre. « Je suis devenu ingénieur physico-nucléaire en…pâtisserie puisque je fabrique des éclairs » plaisante Gérard Schaming. Ce solide et jovial Lorrain, natif de Forbach, se voit proposer à l’heure du choix de vie « la carrière d’ingénieur comme le souhaitait mon père qui était cheminot ou celle de médecin, parce qu’à l’époque le pays en manquait. Mais moi j’ambitionnais d’être acteur de théâtre sans oser en parler à mon père. Habitant la cité à Yutz, j’ai entrepris une tournée des commerçants pour me proposer en tant qu’apprenti. C’est le boulanger, M. Wagner qui me voyant derrière son comptoir m’a donné ma chance » se souvient Gérard. Il se forme à la rude école de l’apprentissage. Jamais avare d’aventures et après avoir tourné dans plusieurs boulangerie CAP en poche, Gérard accomplit ses obligations militaires à bord du d’Estienne d’Orves. Il renoue avec la Moselle et décide de s’installer. Il trouve une affaire en déshérence à Bouzonville, retrousse ses manches et tape dans la butte. Brevet de maîtrise en bandoulière, il a vingt-cinq ans et profite du dynamisme d’une commune qui à l’époque compte autant d’habitants que d’emplois. « Un beau jour, au détour de l’an 2000, mon ancien patron Yussois me fait savoir qu’il aimerait bien me céder son affaire, mais que je dois décider sur l’heure » explique le boulanger. En 2001, le voici à la tête d’une affaire, d’où tout est parti, mais avec 18 salariés.

« C’est très enrichissant de rencontrer les Meilleurs Ouvriers de France nous livrer leurs secrets.» N’allez cependant pas imaginer que l’homme se considère comme parvenu. Il a été laurier d’or au concours européen avec son biscuit poire au chocolat et médaillé de la Confédération nationale de la boulangerie. Mais Gérard n’hésite pas à se remettre en question en fréquentant les cours de l’École nationale de la pâtisserie : « C’est très enrichissant de rencontrer les Meilleurs Ouvriers de France nous livrer leurs secrets » confie le professionnel. Lorsqu’il crée « Nuances impériales », mousse de mandarine à l’armagnac, il en dépose le brevet, comme il le fait pour sa « Schlitte de Haute-Yutz ». Autant il adore inventer en laboratoire, le calepin toujours dans sa poche, autant il adore relativiser le fruit de son travail et de son génie par une formule humoristique. Chez ce perfectionniste couve aussi l’humaniste. Président de son Rotary Club, il a accompagné un groupe de handicapés du côté de Bandol. Parce qu’il mesure la difficulté de l’insertion des jeunes, Gérard n’a jamais cessé de former des apprentis : « Une trentaine depuis le début » confesse-t-il. Gérard n’a jamais voulu imposer de choix professionnel à son fils. Pourtant, au terme d’une seconde année universitaire en électronique, Pierre-Alain vient voir son père et lui dit : « Je viens ! ». Un pur instant de bonheur pour le papa qui mitonne désormais la montée en charge de son fils avec en perspective, un beau jour, la transmission de l’entreprise. Quelle plus belle façon de quitter la scène, pour ce comédien rentré, mais qui n’a pas fini de nous réjouir ? Salut l’artiste !

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Chapitre 3 Revivifier l’Artisanat

Revivifier l’Artisanat suppose que celui-ci trouve des bras. Le Président Pierre Streiff plaide donc en faveur d’un accroissement du nombre des apprentis. D’abord pour fournir les professionnels qualifiés indispensables, ensuite pour constituer le futur vivier d’entrepreneurs.

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Les multiples facettes de l’apprentissage. 1. Les métiers des métaux. 2. Les métiers du bois.

La nouvelle orientation que se donne la Chambre de Métiers et de l’Artisanat se traduit à travers le signe fort que constitue l’investissement immobilier. Il s’agit rien moins que de former les futurs artisans. Ceux qui incarneront la relève en exerçant des activités correspondant aux besoins de l’époque dans laquelle ils évolueront. « Nous voulons convaincre les jeunes d’y venir en leur proposant de véritables parcours de formations qui débouchent sur des carrières professionnelles. L’apprentissage oui, mais aussi des cursus pour des gens qui ont d’abord accompli des formations longues avant de vouloir rejoindre le secteur des métiers » explique le Président Pierre Streiff. C’est ainsi toute la gamme de la ressource humaine que la compagnie veut offrir aux entreprises de son ressort : depuis le professionnel de base jusqu’au dirigeant d’entreprise. Or, en ce domaine, l’heure n’est plus à tergiverser. Si l’on prend l’exemple de la boucherie, en quelques années l’effectif est passé de 900 à 600 dans le département. Pourtant le nombre des points de vente est demeuré sensiblement stable. Beaucoup de rachats d’entreprises ont marqué ce paysage professionnel et la grande

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La grande diversité des métiers. 1. La boucherie. 2. Les arts graphiques. 3. Le carreleur. 4. L’art floral.

distribution a aussi attiré nombre de personnes formées vers ses établissements. « Autrefois pour devenir artisan, il suffisait d’être un bon technicien. Désormais, il faut aussi savoir gérer, se servir d’un ordinateur, maîtriser le droit » précise Pierre Streiff. Pour ce secteur, il faut des artisans et des emplois. Aujourd’hui 100 000 personnes y sont employées en intégrant les conjoints d’artisans, les épouses et les apprentis et dans les quatre Centres de Formation d’Apprentis 3 800 jeunes suivent les enseignements. « Nous avons cependant un problème inquiétant : seulement un quart de nos patrons acceptent de former des apprentis. Si l’on pouvait doubler la mise ce serait déjà très intéressant » souhaite le Président de la CMA 57 pour lequel : « Cela nous permettrait, à terme, d’accroître le nombre des entreprises gérées par des professionnels aguerris plutôt que d’avoir à subir des concurrences aussi fugitives que ravageuses de la part d’opportunistes. » Dans une Lorraine, qui plus que les autres régions de France, a subi les conséquences de la crise en 2009, l’Artisanat mosellan entrevoit un rayon de soleil. 1 200 créations d’entreprises ont été enregistrées dans le secteur et dans le même temps seulement 800 radiations sont intervenues. « Nous avons donc un solde positif de 400 entreprises. C’est une dynamique importante qui vient confirmer le slogan national des métiers, selon lequel nous sommes la « première entreprise de France » apprécie Pierre Streiff, qui martèle à nouveau : « Notre problème reste de savoir quelles entreprises forment, alors que le besoin est partout. Nous apportons toute la gamme des services qui contribuent aux besoins des entreprises à tous les moments de son existence.» De leur création à leur développement en passant par la transmission, mais aussi en les aidant à trouver de nouveaux marchés ou à recevoir des personnels formés, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle est un véritable levier. Encore faut-il, cependant, que nos artisans veulent et sachent y recourir.

gisement d’intentions de la part des entreprises qu’il faut absolument faire fructifier. La démarche de contact direct se poursuit d’ailleurs et comme le résume Pierre Streiff « il faut tout à la fois penser création, développement, suivi et transmission des entreprises. En face de ces exigences, la Compagnie consulaire place son écoute, ses conseils et son accompagnement. Tel est le mot d’ordre qui sert de viatique à nos agents. » Tandis qu’elle mobilise ses hommes, ses moyens et ses stratégies au service de cette politique de renouveau de l’Artisanat, la CMA 57 mesure aussi qu’en 2011, elle devrait bénéficier d’un appel d’air supplémentaire. Car le succès du statut juridique d’auto-entrepreneur est tel, que lorsque ceux qui ont choisi de démarrer de cette manière évolueront vers le haut, ils viendront nécessairement accroître les rangs des ressortissants de la Compagnie. « Bien qu’ils ne cotisent pas chez nous en raison de ce statut nouveau, nous les aidons dans leurs démarches et ceci sans arrière pensées. Demain, leur succès les rapprochera de nous et contribuera au développement de l’économie du département » confie Pierre Streiff, qui démontre ainsi que loin d’être un dogmatique il a surtout une vision à long terme. Une perception et une ambition en faveur du secteur qu’il incarne et il affectionne d’en faire la démonstration, n’hésitant jamais à mettre la main à la pâte !

En quatorze mois, les visites aux entreprises voulues par le Comité Directeur de la Chambre ont permis de faire éclore 6 000 dossiers de développement envisagés avec à la clé 1 080 emplois à créer et 100 millions d’euros à investir. Un véritable

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Cyrille Bartolacci & Charlotte-Marie — La nature apprivoisée à quatre mains Originaire du creuset sidérurgique de Villerupt, Cyrille Bartolacci a, logiquement suivi un parcours professionnel commençant par une technique industrielle. Pourtant à l’intérêt pour l’électricité, a bientôt succédé une immense envie de grand air et de dialogue avec les plantes. Ainsi est née Terra Floris. Maturation. Assurer la sécurité du centre commercial Saint-Jacques Metz pendant une certaine durée peut susciter chez un individu un besoin pressant d’oxygène. C’est ce qui s’est passé pour Cyrille Bartolacci. Ayant rencontré une jeune personne qui officiait sur le golf du Technopôle, il se prend aussi de passion pour les espaces verts et la nature. Il la rejoint donc sur les greens et trois années durant, se charge de domestiquer cet espace dédié aux golfeurs tout en s’échinant à respecter l’écologie des plantes. Charlotte-Marie Marécaux, devenue la compagne de Cyrille, est diplômée de CourcellesChaussy. Paysagiste, elle imagine des jardins, des espaces de nature et comme chez-elle aussi, la fibre verte se double d’un souci de respect de la nature, elle exclut de ses pratiques les méthodes agressives et le recours aux phytosanitaires. Cyrille qui suit de près la formation de sa compagne, passe à son tour un brevet professionnel en travaux paysagers, profitant ainsi de la formation pour adultes. Désormais, dans la tête de ces deux jeunes gens, tout est mûr pour aller de l’avant et créer une entreprise. Avec le soutien de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, Charlotte-Marie et Cyrille fondent leur « Sarl » Terra Floris, dédiée aux travaux paysagers écologiques. Le siège est installé à Cattenom-Sentzich, mais les deux nouveaux artisans sont domiciliés à la lisière de Metz et de Montigny-Lès-Metz.

« Nous travaillons uniquement des jardins écologiques, qui font appel à la régulation des plantes. » Avec quelques clients en portefeuille, ils démarrent leur activité en février dernier, en ayant bénéficié des aides à la création de la Région. « Charlotte-Marie imagine les jardins sur ordinateur et moi je les réalise. Mais attention, nous travaillons uniquement des jardins écologiques qui font appel à la régulation des plantes. Nous commençons en général par enlever le plus possible de gazon » rapporte Cyrille. À côté de ce service complet, Terra Floris développe aussi un concept de coaching pour ceux qui veulent créer leurs jardins eux-mêmes : « Nous leur présentons des croquis, une planche chromatique, des choix d’essences et les aiguillons durant leurs travaux. Lorsqu’ils rencontrent une difficulté, ils peuvent trouver du conseil auprès de nous. » Conception, réalisation, coaching et croisement de toutes ces spécialités constituent l’arme et l’originalité de cette entreprise artisanale, qui se conjugue au quotidien sous la forme d’une passion partagée. De quoi faire éclore des compositions nature pur jus !

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Chapitre 4 Cœur de métier

Un homme, une volonté, une politique. Quand il accède à la présidence de la Compagnie, Pierre Streiff hérite d’une situation difficile. Il s’emploie à remodeler l’organisation, à mailler le territoire départemental, à repenser les missions de ses services. Le tout au service d’une politique en accord avec les défis actuels. 1

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En 1996, après quelques années au cours desquelles il vit dans une opposition aux pratiques qui créent une instabilité pour la Compagnie, Pierre Streiff se fait élire Président, il tire immédiatement de son sac un programme de relance. « Nous avons entrepris de nous dégager de l’inutile et de nous recentrer sur nos cœurs de métiers. Mieux, nous avons décidé de mailler le territoire avec des Pôles de Métiers, qui constituent autant d’outils au service de l’artisanat. Les implantations sont venues dédoubler cette présence de proximité » rapporte un président qui opte aussi pour un nouvel usage de l’outil consulaire. Il ne s’agira plus désormais d’attendre derrière des hauts murs, mais d’aller au contact des entreprises pour leur rendre des services. Une démarche proactive qui ne retranche rien du pouvoir de la Compagnie, bien au contraire.

1. Le ferronnier d’Art 2. Le joaillier.

Longtemps en charge du développement économique, l’élu Pierre Streiff devenu Président, transforme cette expérience en stratégie pour tous. La création, le soutien, le développement, la transmission, mais aussi la formation à tous les niveaux, tous les moyens sont mobilisés au service des entreprises. Dans les Pôles des Métiers

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et les Espaces conseil, s’installent des Plates-Formes, qui permettent à tout porteur de projet ou artisan, de trouver clé en main des réponses à ses questions de base. La topographie des Pôle des Métiers s’adapte à cette nouvelle approche et lorsqu’un dossier ou une demande est plus complexe, les spécialistes de la maison sont consultés. Cet outil de service unique est très précieux pour des professionnels dont le temps est compté. Dans la mouvance de cette politique, il n’est donc pas illogique que Dominique Klein, l’ancien responsable du service économique devienne Directeur général de la CMA 57.

Nous avons vendu ce parc immobilier et mobilisé les moyens pour réaliser notre déploiement en Moselle. Car depuis l’ouverture du CFA Camille Weiss à Forbach, plus rien n’avait été entrepris. Heureusement, nous avons su bénéficier de l’exemple des voisins allemands pour inverser la tendance et mettre à la disposition de l’économie les outils et les hommes dont elle avait besoin.» Le chemin parcouru surprend et étonne, mais la roue n’a pas fini de tourner.

L’avenir ? Il commence en principe par l’élection consulaire qui devrait avoir lieu en octobre 2010. Or, ce scrutin va se dérouler selon de nouvelles Sur le terrain de la formation, des efforts très règles du jeu. Désormais, tous les artisans pourimportants sont consentis afin que les équipements ront voter, mais ils auront toujours à désigner 26 dédiés répondent aux exigences les plus actuelles membres titulaires et autant de suppléants. Ceuxet qu’ils soient dotés des matériels les plus perfor- ci composeront la nouvelle Assemblée plénière qui mants. Le grand amphithéâtre du Pôle de Metz a se dotera d’un Comité directeur et d’un Président. d’ailleurs été dimensionné dans cette perspective. L’autre évolution structurelle concernera le passage « Il faut aussi savoir évoluer avec les besoins des à une Chambre de Métiers et de l’Artisanat régiométiers, dont certains changent alors que d’autres nale sur le territoire national. Mais la Moselle a su disparaissent » insiste Pierre Streiff. Un respon- faire valoir sa spécificité fondée sur le Droit local, sable qui a aussi toujours veillé à l’indépendance dont sa Chambre départementale est directement économique en cherchant sans cesse à générer des issue. Certes les artisans de la Moselle auront donc ressources propres. Une approche qui lui confère une représentation régionale, mais à l’exemple de la liberté de ses choix. l’Alsace, la Moselle conservera sa Compagnie avec ses prérogatives et surtout ses ressources financièLes entreprises artisanales sont clairement celles res. « Nous pourrons mutualiser des actions sur qui ne délocalisent pas. Or, dans une Moselle qui le plan régional, mais pour défendre et épauler voit croître les friches qui résultent du désengage- nos entreprises, nous aurons toujours les coudées ment des grandes industries, le développement franches et les moyens de notre politique » assène économique départemental passe prioritairement Pierre Streiff. Un responsable qui ne réfute pas la par le secteur des Métiers. « Pour réussir, il nous logique de l’échelon régional, mais qui demeure faut travailler avec le Luxembourg, pays à fort taux résolu à défendre l’exception du Droit local. Quesde croissance qui est notre partenaire. Il est une tion de pragmatisme. chance pour nous. Sachons l’utiliser » invite Pierre Streiff. Malgré le travail accompli en quatorze années de mandat, l’homme piaffe et enrage. Il déplore que les à coups de démarrage et la longue procédure judiciaire avec laquelle il a fallu compter lorsqu’il a repris les commandes de la maison se traduisent « par dix années de retard dans la mise en œuvre de ce que je souhaitais. Au début des années 90, la Chambre de Métiers de la Moselle était très en retard. Elle gérait des centres de vacances, mais ne se consacrait pas totalement aux artisans.

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1. Pôle des Métiers de Thionville. 2. Des professionnels au service de la précision. 3. Le Président Streiff met la main à la pâte.

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une aventure chaotique


Chantal Zuger — éclaire NOS ENSEIGNES et guide nos pas Elle s’est, à telle enseigne, prise de passion pour le métier de son beau-père, que Chantal Zuger l’a fait sien. Depuis plus de trente ans, elle développe sa PME artisanale de Marly spécialisée dans la signalétique et les enseignes. Coup de projecteur.

« Nous avons créé Atelier enseignes en 1979 et dès 1985, l’arrivée des ordinateurs a tout changé. » La récente loi qui autorise les collectivités à prélever un impôt local sur les enseignes de magasins n’est pas qu’une mauvaise nouvelle pour les contributeurs. Chantal Zuger, qui fabrique ces outils de communication et d’information qui nous guident, nous facilitent la vie ou nous représentent une image de marque, redoute aussi les conséquences de ce texte. Mais chez elle, l’impact craint, concerne le cœur de métier, puisque son entreprise fabrique ces enseignes. Et pourtant, en trente et une années de métier, elle en a vécu des mutations et des combats. « à l’origine, mon beau-père était peintre en lettre et décorateur. Mais à la fin des années soixante-dix, la demande du commerce a évolué et l’entreprise a connu des difficultés » se souvient Chantal Zuger. Elle qui était laborantine, se prend soudainement de passion pour ce métier, où le slogan, l’information voire la raison sociale, s’expriment en grands caractères. Mais la peinture ne suffit plus. Il faut la lumière en plus. Le savoir-faire évolue, l’entreprise aussi. « Nous avons créé Atelier enseignes en 1979 et dès 1985, l’arrivée des ordinateurs a tout changé » rapporte Chantal. De fait, autant pour la création que pour la découpe, c’est désormais le numérique qui prend le pas. La société qui s’est installée à Montigny-lès-Metz après avoir quitté la rue Saint-Jean à Metz, croit et embellit. Elle conquiert des marchés et ne cesse de s’adapter. Chantal suit des cours de gestion à la Chambre de Métiers afin d’affiner son management général. Son fils engagé dans des études d’ingénieur, manifeste le désir d’effectuer un stage d’été dans l’entreprise. « Je l’ai envoyé à l’atelier. Il a eu le déclic. Peu de temps après, il m’a dit qu’il voulait intégrer l’entreprise. C’est désormais fait et il apporte un sang neuf » explique Chantal. Elle sait désormais pouvoir travailler pour un futur qui la dépasse. Avec 14 salariés et une très récente installation sur la zone des Garennes à Marly Ateliers enseignes s’est donné les moyens dictés par sa croissance. « Nous venons de réaliser les enseignes de l’UEM qui ont été confectionnées avec des diodes afin d’économiser l’énergie » conte Chantal Zuger qui insiste sur l’adaptabilité de son entreprise artisanale. économie d’énergie et développement durable sont des exigences à satisfaire pour une société qui illumine nos villes, nos zones d’activités, mais aussi les lieux accueillant le public. En bon artisan, soucieuse de préparer le lendemain, Chantal s’est aussi échinée à former des apprentis. « Nous en avons trois en ce moment et j’en ai déjà eu une dizaine » explique cette sportive en diable, qui dès qu’elle a un instant, enfourche son vélo. À la clé 80 km de randonnée. Elle a du souffle et de l’allonge cette chef d’entreprise !

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Chapitre 5 Former, servir, représenter Enfin dans l’agglomération, la CMA 57 gère avec les professions du BTP, le CFA dédié de Montignylès-Metz. Après sa récente rénovation, il accueille au top de ses moyens 1 700 jeunes ! Si l’on y ajoute les apprentis de Sarrebourg, Sarreguemines qui souvent sont accueillis en lycées professionnels, ce sont près de 4 000 jeunes qui suivent les enseignements. « Ce n’est pas encore assez » tempête Pierre Streiff qui assène : « Nous devons parvenir à un apprenti par entreprise.»

Véritable parlement des entreprises artisanales et sûrement corps intermédiaire entre l’économie et les pouvoirs publics, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle forme, sert et représente. Le tout dans une démarche de qualité accrue, de proximité serrée et de dynamisme.

À la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle, la trilogie qui inspire l’action peut s’écrire : former, servir, représenter. Une approche qui n’est pas un slogan, mais une ardente obligation et une pratique quotidienne pour l’établissement.

Former Former n’est pas que transmettre le savoir. C’est aussi contribuer à fournir les ressources humaines aux entreprises, tout en assurant leur pérennité. Comment dès lors s’étonner de ce que 55 % du budget de la CMA 57 serve les actions et les outils de formation. Que ce soit à travers son ancienne maison des Métiers de l’avenue Foch à Metz, son centre de Thionville et surtout une grande diffusion des ses moyens pour former les apprentis, compagnons et maîtres, jusqu’au dispositif actuel, une longue histoire de la formation aux métiers s’est écrite en Moselle. En 1968, la Chambre de Métiers de la Moselle a acquis le domaine du Tombois, qui malgré son caractère hétéroclite sur le plan immobilier est très vite devenu le point focal messin de l’action formatrice consulaire. Mais c’est surtout en 1977, avec la création du CFA Camille

Troisième pilier de cette mission de formation, les parcours qualifiants ou requalifiants. Malheureusement, la Moselle a été frappée de plein fouet par les conséquences des désengagements sidérurgique et charbonnier et par leurs impacts sur l’économie. Résultat, des milliers de salariés au profit desquels il a fallu mobiliser le savoir afin de les réinsérer dans la vie professionnelle. Avec le soutien des collectivités, durant les périodes de crise, de nombreux stages spécialisés ont été montés par la compagnie. Enfin, comme elle souhaite Dès les années 70, le Président de l’époque, Ernest que les créateurs d’entreprises ne connaissent pas Meyer manifeste des ambitions pour des for- la déconvenue dès le premier vent contraire, la mations de niveaux plus élevés. Ainsi l’Institut Chambre de Métiers de la Moselle a mis sur pied Supérieur National de l’Artisanat (ISNA) voit-il le 60 stages de formation de créateurs, contribuant jour avant de s’installer dans l’hôtel particulier de ainsi à armer 1 300 nouveaux artisans. la rue de la Glacière à Metz. Trois filières y sont développées : la prothèse dentaire, l’imprimerie et la photo. Aujourd’hui, ces deux dernières ont disparu, mais 90 élèves recrutés au plan national, bénéficient toujours du cursus de prothésiste dentaire. « Nous allons du CAP à la maîtrise et nous Proximité ! Le mot d’ordre a été donné par le travaillons à la mise en place d’une licence profes- Président de la Compagnie afin que celle-ci soit sionnelle avec l’Université » confie Pierre Streiff, mieux à même d’épauler les entreprises des diffél’actuel Président. rents territoires. Ainsi, en quelques années, la La loi de 1971 sur la formation professionnelle structuration en Pôle des Métiers s’est-elle opérée. continue donne le «la». Quelques années plus tard, Metz, Thionville, Forbach et deux Espaces conseil la Chambre de Métiers de la Moselle enfourche ont été créés à Sarrebourg et Sarreguemines. Le cette monture et quarante ans plus tard, elle s’ap- maillage de présence et de service est donc désorprête à offrir à la formation continue un bâtiment mais bien serré et partout évoluent des femmes tout neuf. Preuve que ce créneau est essentiel. Pas et des hommes qui assurent le service, le conseil moins de 205 000 heures stagiaires ont été dispensées en 2009. « Il s’agit de formations transverses, comme la gestion, l’informatique, l’administration Le Comité Directeur accueilli à la base aérienne de Frescaty. ou la commercialisation. Pas moins de 2 800 stagiaires fréquentent ces sessions » explique Dominique Klein, le Directeur général de la CMA 57. A la clé également 200 Brevets de Maîtrise par an, mais aussi des Brevets de conjoints collaborateurs d’entreprises artisanales (BCCEA).

Servir

Weiss à Forbach, que sonne l’heure du renouveau. Dédié à l’automobile, à l’électricité, aux métiers de l’alimentaire et à la coiffure, il rassemble 500 élèves. Il est conçu de façon moderne et a su se doter d’outils de pointe. Le Ministre Renaud Dutreil, qui s’y rend au début des années 2000 est agréablement surpris par ce qu’il y découvre. La Compagnie vient juste de procéder à une modernisation importante et cela se voit. Présente à Thionville en face du Parc Napoléon, la CMA 57 traite avec d’autres établissements pour assurer ses formations, jusqu’à ce qu’en 1999 Pierre Streiff inaugure le Pôle des Métiers qui abrite le CFA École Pratique des Métiers.. La Ministre Marlyse Lebranchu le porte sur les fonts baptismaux. Métiers de l’alimentaire, coiffure, électricité et électrotechnique, pas moins de 300 jeunes viennent se former dans ces spécialités. Lorsqu’en 1994, la Chambre de Métiers de la Moselle se recentre sur le Technopôle de Metz, elle vend son siège de l’avenue Foch, mais aussi et surtout son ensemble immobilier de la colline Sainte-Croix. Exit « le Tombois », voici le Pôle des Métiers de Metz. Près de 900 jeunes le rejoignent et y suivent des parcours pour accéder aux métiers de l’alimentaire, de la coiffure et de l’esthétique, de l’électricité ou encore de l’ébénisterie.

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et le suivi aux entreprises et leur assurent la possibilité d’accomplir les différentes démarches. « Le principe consiste à disposer d’un agent économique pour mille entreprises. Ce qui leur permet de bien les connaître et d’être reconnus d’elles. S’ajoutent dans le paysage, des spécialistes qui peuvent intervenir selon les besoins formulés» indique Pierre Streiff. Partout aussi fonctionne la Plate-Forme multiservices, qui permet à tout artisan ou créateur d’obtenir en un lieu unique les réponses de base à ses préoccupations dans les domaines de son activité. Les différents locaux de la CMA 57 contribuent aussi à gérer l’apprentissage ainsi que les examens de fin d’année.

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1. L’Artisanat présent à la foire internationale de Metz. 2. et 4. La bataille pour la défense de l’apprentissage. 3. Catalogue de l’exposition artisanale de Thionville (années 50).

Au gré de l’évolution des lois et règlements, mais également de l’évolution des marchés, la Compagnie peut grâce à son dispositif dispenser conseils, informations et enseigner les bonnes pratiques, pour la préservation de la ressource en eau, la gestion des déchets ou pour inciter les entreprises à entrer dans les pratiques de développement durable.

Représenter Plus de cent cinquante institutions, organisations, groupements ou collectivités bénéficient de la participation, de l’expertise ou des conseils des femmes et des hommes de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle. Véritable parlement des entreprises artisanales, la CMA 57 est d’abord l’interlocuteur des pouvoirs publics et des grandes collectivités territoriales. Elle joue ainsi pleinement son rôle de corps intermédiaire entre ses ressortissants et tous les milieux qui en sont les partenaires. Sur le plan institutionnel, elle tient son rang à l’Assemblée Permanente des Chambres de Métiers à Paris, parmi les autres organisations consulaires, mais aussi à la Banque de France ou encore à l’Institut de Droit local. Très présente dans tous les organismes qui concernent l’emploi, la CMA 57 est aussi bien à l’AFO-BTP que sur le terrain de la lutte contre le travail illégal, ou encore à ARDAN et ADIELOR. Au capital du Centre européen d’entreprise et d’innovation Synergie et encore à Metz-Congrès, la Compagnie se soucie aussi d’aménagement du territoire. Ses représentants sont dans le Fonds de l’après-Cattenom, au Comité départemental du Tourisme ou encore dans les comités de pilotage des zones franches. Les intercommunalités sont également des partenaires de premier plan et la CMA 57 dépêche ses représentants dans les instances de régulation, sur le terrain du social ou bien encore dans les Missions locales et PAIO. Pierre Streiff, au titre de la Chambre régionale siège par ailleurs au Conseil économique et social de Lorraine. « Autant de lieux au sein desquels nous accomplissons la promotion des métiers et nous défendons leur place sur les territoires ainsi que leur capacité d’intégration sociale. Bref nous touchons à tous les secteurs de la vie des Mosellans » rapporte Dominique Klein, le Directeur général.

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Jean-Louis Hurlin — prince du Damas Ni turban, ni taffetas pour Jean-Louis Hurlin. Mais au contraire un bonnet de laine et d’épais effets pour résister au feu. Car son royaume n’est pas celui de la ville syrienne de Damas, mais celui d’une technique du travail de l’acier, qui confère force et beauté aux objets qui en résultent. Parcours.

« C’est en repliant sur eux-mêmes des aciers en teneurs variées en carbone, chrome ou nickel, que l’on réalise une sorte de millefeuilles. Il compte 120, 200, 300 couches, est ensuite poli, puis plongé dans l’acide.» Récemment installé dans un garage route de Plappeville au Ban-Saint-Martin, Jean-Louis Hurlin a le sentiment d’avoir bouclé une boucle. Car pour lui, l’aventure du travail du fer et de la forge démarre à quelques centaines de mètres de là : à Cormontaigne. Il choisit de devenir forgeron-métallier, ce qui le conduit à pratiquer la serrurerie et l’électricité. Jusqu’à ce jour de 1976, où lassé, il opte pour une forme alternative de vie. Il met le cap sur le Lot, cultive le coté « baba-cool » de son environnement, mais fait une rencontre déterminante. « J’ai eu le contact avec un ferronnier d’art qui m’a remis sur les rails » confie Jean-Louis qui demeure néanmoins douze ans dans le Lot. Il change trois fois d’atelier, travaillant tantôt à la réfection de grilles de châteaux, tantôt à de la création. Au fur et à mesure qu’il se confronte au métal, c’est l’envie de créer dans un registre contemporain qui s’impose à lui. Aussi quand il renoue avec Metz en 1986 et qu’il s’installe rue Basse-Seille, c’est pour créer. Il bouge alors vers Plappeville, mais une nouvelle rencontre à Strasbourg vient encore à infléchir son parcours vers l’excellence. Dans la conversation entre ferronniers, il est question cette fois de Damas. Une technique, qui conférait résistance et beauté aux armes d’acier. Mais pour maîtriser cette technique séculaire, il faut une connaissance fine des différents métaux et un très sérieux coup de poignet. « C’est en repliant sur eux-mêmes des aciers en teneurs variées en carbone, chrome ou nickel, que l’on réalise une sorte de millefeuilles. Il compte 120, 200, 300 couches, est ensuite poli, puis plongé dans l’acide. Cette réaction chimique pilotée ou non révèle alors les qualités des différents aciers et le forgeron dispose alors d’une matière première de premier choix pour créer » rapporte Jean-Louis Hurlin. La suite de ses efforts et de son imagination doublée d’un tour de main sans pareil, génère un cortège de succès. Primé à Aix-la-Chapelle en 1991, l’année suivante à Paris, il expose au musée du fer de Jarville et grâce au conseil général de Moselle, à Berlin. En 2000, Jean-Louis est nommé maître d’art par le Ministre de la Culture, ce qui l’amène à former. « Je me suis posé la question de ce qu’il fallait faire au XXe siècle avec du Damas et il m’a semblé que des objets et du mobilier contemporains s’imposaient» confie Jean-Louis qui a un nouveau projet. Avec son épouse d’origine péruvienne, il veut aller créer une école de ferronnerie de l’autre côté des Andes. Le Damas à Lima, comme projet de développement d’un prince au grand cœur.

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Chapitre 6 Investir pour éviter de taxer

La politique immobilière de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat est destinée à offrir une plus grande performance à ses moyens. En se rapprochant des différents bassins d’emploi, elle facilite l’accès aux services et à la formation de tous ceux qui sont concernés ou souhaitent l’être. Un investissement productif. Espace Conseil de Sarreguemines.

Centre de formation des apprentis Camille Weiss, Pôle des Métiers deForbach.

En mobilisant 9,5 M€ pour se doter d’un nouveau bâtiment à Metz, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle manifeste autant son désir d’avenir, que sa foi en un futur porteur pour ses métiers. Il ne s’agit cependant pas d’une démarche ponctuelle, mais d’un acte fondateur et d’une volonté d’investir, qui s’étire au fil des mandats du Président Streiff. Dès son arrivée aux affaires, l’un des premiers actes a consisté à se dessaisir des centres de vacances autrefois acquis par la Chambre. Il a aussi mis en vente le siège du 46 avenue Foch à Metz, puis l’ensemble immobilier du Tombois. La même logique a prévalu avec le CFA de Thionville. Au total, près de 50 millions d’euros ont pu être dégagés. « Nous les avons réaffectés à la création de nos deux pôles de Metz, Thionville et à la rénovation de celui de Forbach, sans oublier les Espaces conseil de Sarrebourg et Sarreguemines. 30,5 millions d’euros d’investissements ont ainsi été réalisés, sans appel à l’emprunt depuis 1996. Seul le Pôle messin avait fait appel à un financement par recours à l’emprunt, mais c’était au début de la décennie » explique Dominique Klein, le Directeur général.

Au-delà de cette politique immobilière, qui a permis à la CMA 57 de se doter de moyens modernes et proches de territoires, la Compagnie n’a pas cessé d’investir. « Nous consacrons un million d’euros par an depuis 1996, dont 400 000 euros pour les seuls moyens pédagogiques et 250 000 euros en faveur de l’informatique. Il s’agit d’un effort soutenu qui nous permet d’être au top des moyens et des outils de travail » ajoute Dominique Klein.

au-delà de la moyenne des chambres de France, qui se situent aux alentours de 25 %, mais nous veillons à ce que cela ne monte pas en valeur pour nos artisans. Comme il s’agit d’un impôt de répartition, nous parions plus sur le développement économique qui partage mieux l’effort, que sur l’activisme fiscal. C’est un choix du Comité Directeur » assène Dominique Klein. Une compagnie qui investit pour développer et ainsi éviter d’avoir à alourdir la pression fiscale sur Un coup d’œil au budget de la Chambre révèle les entreprises. aussi que 55 % des moyens sont engagés pour la formation initiale et que 12 % vont à la formation continue. 17 % sont consacrés aux missions de conseil et de développement économique et 15 % seulement à l’administration générale. Côté ressources, sur les 14 millions d’euros inscrits au budget, pas moins de 18 % proviennent de prestations facturées, 5 % de la Taxe d’apprentissage, 28 % des subventions publiques, mais 44 % de la Taxe pour frais de Chambre de Métiers. Une valeur qui, à elle seule explique l’énergie développée par la Compagnie pour, malgré la réforme régionaliste des Chambre de Métiers, conserve son libre arbitre en la matière. « Avec 44 %, nous sommes bien

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Alain Stella — la lutherie n’est pas son violon d’Ingres Son aventure professionnelle commence par la culture des métaux. Pourtant petit à petit une petite vibration s’instille dans sa tête. En finesse d’abord, entêtante bientôt, elle conduit Alain Stella, enfant du Pays-Haut à devenir luthier. Le travail du bois oui, mais uniquement pour le bien faire sonner. Les vernis appliqués avec soin ont, en quelque sorte, figé le travail de la main. Alain Stella, en parachevant ses violons, ne leur a pas seulement offert beauté et protection. Il leur a conféré cet indispensable brillant qui caractérise une certaine façon de faire. « Moi j’aime les instruments aux sonorités chaudes et rondes. C’est un peu ma marque de fabrique, bien dans l’esprit des maîtres italiens, comme Pietro Guarneri » explique Alain Stella. Pour ce luthier, les instruments ne seront jamais un violon d’Ingres. Natif de Boulange, dans le creuset des anciennes mines de fer, Alain est un pur enfant d’une Lorraine multiple : un grand-père polonais qui aimait et pratiquait la musique et une maman italienne. Mais voilà à l’époque, la Lorraine c’est encore le fer, aussi quand Alain accomplit son parcours de formation au lycée de la Malgrange, c’est en tant que serrurier-métallier. L’atavisme familial et les rencontres bouleversent cependant ce choix. « En réalité j’ai eu envie de toucher les instruments de musique, mais Mirecourt et son école n’étaient plus possible pour moi, car j’avais dépassé l’âge » confie Alain, qui cependant rencontre M. Platini à Thionville. La transmission du savoir peut commencer et en 1991, le premier violon sort de ses mains. Bientôt il expose à Musicora à Paris et décide d’installer son propre atelier. C’est à Veymerange, annexe de Thionville, au cœur de l’ancien village. Il trouve le calme et l’espace pour concevoir et fabriquer. « C’est une passion dévorante qui me pousse » rapporte Alain qui cultive son art avec une telle précision qu’il est bientôt connu et reconnu. Ses instruments sont vendus dans le monde, des États-Unis au Japon en passant par l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Voisin du Luxembourg, mais aussi proche de tous ces conservatoires qui font vivre la tradition musicale du secteur, il participe bientôt au collectif lorrain, qui a repris les anciennes fonctions du « Graal », né dans le giron de la Chambre régionale de Métiers. Promotion de l’artisanat d’art et de la région s’opèrent à la faveur d’événements comme la création d’un quatuor à cordes à Saint-Pierre-aux-Nonnains de Metz, la fabrication d’un alto devant le public au Conservatoire national de région ou encore la présence des membres au festival de Beauvais. Alain trouve ses bois à Mirecourt, mais aussi désormais en Europe de l’Est, voire dans des vallées italiennes quand il s’agit de résineux.

« Moi j’aime les instruments aux sonorités chaudes et rondes. C’est un peu ma marque de fabrique, bien dans l’esprit des maîtres italiens, comme Pietro Guarneri » Lui qui s’est formé en regardant les gestes des autres a entrepris de transmettre le savoir en accueillant apprentis et stagiaires. Empoignant une pièce de bois et la brandissant Alain glisse : « de cet élément il faut sortir le manche bien ourlé et à la fin après tout le travail, la finalité est que l’instrument sonne bien. » Car même s’il aime les choses bien faites, pour lui il ne suffit pas de faire joli. Musique.

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Chapitre 7 Ne pas baisser les bras face à l’urgence

Vingt-trois ans après sa création la Chambre de Métiers d’Alsace-Lorraine perd son unité. Les Mosellans veulent voler de leurs propres ailes et le Président de la République installe la compagnie désormais autonome avenue Foch à Metz. Un instant clé, qui ne remet pas en cause la philosophie initiale de sauvegarde de l’Artisanat face à la grande industrie.

Alexandre Millerand, Président de la République, installe la Chambre de Métiers de la Moselle à Metz. Nous sommes en 1923. Le geste symbolique du premier des Français, au cœur du quartier impérial est aussi un acte politique destiné à effacer quarante-huit années d’annexion en même temps qu’il scelle l’autonomie de l’assemblée consulaire de la Moselle. Après d’âpres discussions et une somme d’arguments déversés sur le bureau de la Chambre de Métiers d’Alsace-Lorraine à Strasbourg, les artisans de la Moselle tiennent enfin leur autonomie. Ils ne rayent pas pour autant d’un trait de plume les vingt-trois années qui viennent de s’écouler. C’est-à-dire depuis qu’un certain 20 Juin 1900, la Compagnie des trois anciens départements désormais inclus au Reich allemand par le traité de Francfort, a été créée. Car l’antériorité est bien celle-là et historiquement, comme techniquement, c’est à l’esprit pratique germanique que l’Artisanat doit sa structuration en Chambre de Métiers. Un geste qui place ces entreprises de tradition, de proximité et de modernité dans un mouvement de défense active, plutôt que derrière de hauts murs protectionnistes. Car c’est cela l’esprit consulaire des initiateurs : donner la capacité aux entreprises

d’évoluer vers le haut, vers l’innovation, tout en étant soutenues et défendues par un corps intermédiaire efficace et doté de moyens. Le Droit local auquel s’adosse la création institutionnelle est un corpus pratique et moderne, qui tient compte de l’évolution de l’économie allemande au carrefour des XIXe et XXe siècles. Il est d’ailleurs si efficace et probant, que demain encore, c’est en référence à ce droit que la Moselle conservera sa Chambre de Métiers de plein exercice, alors qu’ailleurs sur le territoire nationale, les compagnies seront désormais régionales. Mais c’est une autre tranche d’histoire à écrire ! Revenons à ce mois de juin 1900. Le Ministère impérial a convoqué la Chambre de Métiers. Elle est alors baptisée Chambre de Métiers d’AlsaceLorraine et les représentants des métiers réunis pour la circonstance entendent le discours du Prince Hohenlohe-Langenburg, alors Gouverneur impérial. Ce dernier insiste d’ailleurs sur le fait que « Pour la première fois, les représentants des métiers de notre pays se retrouvent dans une institution juridiquement constituée pour discuter des intérêts des métiers. » C’est bien un établissement public qui désormais réunit les professionnels de l’Artisanat, confrontés qu’ils sont depuis quelques décennies à ce que le Prince qualifie « d’état d’urgence que l’on ne peut nier. » Car en Allemagne, mais en France aussi, une très forte période d’industrialisation a bouleversé les économies et les équilibres anciens. Il est donc urgent pour le secteur des métiers d’en prendre acte et surtout de se grouper dans un esprit d’assistance mutuelle. La priorité de l’action est d’ailleurs fixée par l’intervention princière : « L’accent sera mis sur l’éducation des jeunes gens. Car sans apprentis et compagnons bien formés, nous ne pouvons pas attendre de résultats notables en ce qui concerne les travaux réalisés par les maîtres. » Cent ans plus tard, cette ardente obligation tracée n’a non seulement pas pris une ride, mais c’est devenu le leitmotiv du Président de la compagnie de Moselle, Pierre Streiff. Ce dernier n’hésitant pas, encore récemment, à guerroyer avec le Secrétaire d’état, lorsque ce dernier annonce des chiffres erronés en matière d’apprentissage ! Reconnaissant à ce jour fondateur que « l’industrie a pris une bonne part du travail aux métiers » le Prince ajoute cependant : « Une grande part

du mérite revient encore à l’artisan habile et le moment n’est pas venu de baisser les bras ! » Cent ans plus tard, le propos ne manque pas de sel, surtout dans une région qui a vu s’étioler les grandes activités industrielles de base et qui subit le choc en retour des délocalisations. L’entreprise qui reste les pieds fixés dans le territoire et qui est en mesure d’assurer son développement, ses emplois et de rendre les services attendus est bien l’entreprise artisanale ! Alors revanche ? Sans doute pas, mais l’incitation princière à ne pas baisser les bras et à retrousser les manches pour former et accompagner dans un esprit d’excellence et de performance n’en prend que plus d’actualité. L’histoire a décidément de ces revers.… Faire, bien faire, mais aussi…faire savoir. Les fondateurs comprennent qu’il leur faut un outil de rayonnement. Ainsi se créé la Gewerbezeitung für Elsass-Lothringen. En français, la Gazette des Métiers, qui dès 1905 se transforme en hebdomadaire. L’outil d’information accompagne la création de la Compagnie et permet ainsi aux instances dirigeantes de diffuser l’information pratique aux corporations et métiers, ainsi qu’à tous les ressortissants. L’organe officiel de la Chambre de Métiers sera même bilingue, le dernier numéro de 1918 paraît sous le titre de Gazette des Métiers ! Selon la cohérence allemande, le ressort de la Chambre de Métiers coïncide avec les limites du Land d’Alsace-Lorraine. Il recèle alors près de 38 000 artisans indépendants, alors que l’ancienne Moselle en compte 12 000. Le siège est donc à Strasbourg et la Chambre s’articule sur le territoire en quatre sections, ( Strasbourg, Metz, Colmar et Mulhouse) tenant compte des bassins économiques. Faisant pleinement sienne l’injonction princière, la Chambre d’Alsace-Lorraine consacre ses premières années d’existence à l’apprentissage, avant de se charger de l’organisation des examens. Mais surtout la compagnie entreprend de rendre des avis à propos des différents sujets et thèmes qui concernent le monde des métiers. Enfin, pour être autonome dans son fonctionnement et être mieux à même d’exercer ses différentes missions, la Chambre se dote de locaux en propre. Ce sera l’immeuble de l’avenue des Vosges, donnant aussi sur la rue Baldung-Grien de l’époque. La Ville

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de Strasbourg accepte de louer le terrain pour 99 ans et en 1905 l’accord est scellé. Jusqu’au 31 décembre 2004, la Chambre de Métiers d’Alsace est chez elle dans l’immeuble qui reste à construire. Mais comme le foncier en question ne suffit pas, la compagnie acquiert encore un terrain voisin et le 3 mai 1905, l’assemblée plénière décide de contracter un prêt de 300 000 Marks. Un concours est lancé, trente-sept projets déposés sur le bureau présidentiel et ce sont finalement deux Messins qui emportent la mise. Les ingénieurs Edmond Rudloff et Adrian Collin sont les lauréats en 1906. Il faut cependant patienter jusqu’au 18 mars 1908 pour que soit donné le premier coup de pelle. Le chantier va ensuite bon train, puisque dès octobre le gros œuvre est achevé. Le 1er novembre 1909 l’ensemble immobilier est achevé et en janvier 1910, le Prince Hohenlohe-Langenburg inaugure ce qui sera le siège consulaire pour une très longue période. Bureaux, salles de conférences, salles de cours et mêmes ateliers sont aménagés. Le Reich offre même un vitrail dédié à la Corporation des bouchers et datant de 1605, pour décorer la grande salle. Un peu plus tard, le 6 mai 1911, l’Empereur Guillaume II est accueilli en ce lieu par Frédéric Schleiffer, Président et son Comité Directeur. En homme soucieux du concret, le Kaiser assiste alors à un examen professionnel et se soucie de la formation des jeunes, avant d’être acclamé par l’auditoire. Trois ans plus tard éclate la Première Guerre mondiale. L’Alsace-Lorraine germanique y est engagée, mais les artisans s’emploient surtout à essayer de sauvegarder les valeurs du travail qui sont les leurs. Les métiers connaissent cependant les contrecoups de la guerre, qui se traduisent par l’arrêt des importations et la mobilisation de la main d’œuvre pour le front. La phase de naissance et de structuration de la Chambre de Métiers s’achève dans le drame d’une Europe qui joue à se suicider.

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L’immeuble des Corporations réunies de Metz, érigé au début du XXe siècle, devient le siège de la Chambre de Métiers.

Le Président de la République Alexandre Millerand inaugure la Chambre de Métiers de la Moselle autonome en 1923.


Nicole Kling — la restauration cultuelle pour sacerdoce Pinceau à la main, ayant revêtu sa blouse, Nicole s’échine a restituer sa polychromie à une statue de Sainte-Anne. Bien défraîchie par le temps, elle provient de l’église d’Herny, où l’entreprise artisanale Peintures Kling a entrepris une restauration. Normal, c’est son métier depuis plus d’un siècle : peintre d’église. Lorsqu’elle perd son époux au détour du millénaire, Nicole Kling ne demeure pas l’arme au pied. Elle qui assurait déjà la gestion et l’administration de l’entreprise familiale, choisit en outre de se rendre sur les chantiers. Pas seulement pour en prendre la mesure, mais bien pour se colleter avec le défi que son entreprise relève depuis 1902 : rendre leur lustre aux lieux de culte.

« J’ai des pigments qui datent de l’époque du fondateur de l’entreprise et ils me permettent de créer les nuances dont j’ai besoin. » L’aventure démarre en 1902 à Haguenau et à l’époque l’aïeul qui travaillait déjà beaucoup en Moselle, venait avec ses échafaudages dans le train. Ensuite parvenu en gare la plus proche du lieu de son intervention, le monde agricole acheminait son matériel jusqu’à l’église promise à un air de rajeunissement. « Il partait pour plusieurs mois et vivait chez les gens. Toute la communauté rurale se mobilisait pour favoriser l’accomplissement du chantier » rapporte Nicole. Elle incarne la quatrième génération aux commandes de cette maison artisanale, qui conserve son originalité. En 1980, lassé des mouvements entre Alsace et sa terre de chantiers, l’époux de Nicole décide de s’installer au cœur de Lixing-lès-Saint-Avold. À raison de six à sept lieux du culte par an, l’entreprise a son rythme de croisière, mais elle travaille sous haute surveillance des Bâtiments de France. Nicole, qui a force d’observer, s’est forgée une technique imparable a voulu labelliser ce savoir-faire. Elle obtient son titre Qualibat et est reconnue par la Direction Régionale des Affaires Culturelles entreprise du patrimoine vivant. Un titre fort peu partagé, qui prouve la qualité des prestations. « J’ai suivi les cours de l’école d’Avignon et n’ai cessé de me former. Ma fille Muriel, qui représente la cinquième génération, part pour trois ans de formation à Paris » explique Nicole. Comptant trois salariés, tous fidèles à l’entreprise, elle maîtrise toutes les techniques, qui permettent de rendre vie aux lieux de culte. Badigeon, dorure à la feuille, faux marbres, rien n’échappe à cette perfectionniste qui continue d’emporter ses pigments sur les chantiers. Car pour elle, la précision de la restauration passe par le juste choix des couleurs d’origine : « J’ai des pigments qui datent de l’époque du fondateur de l’entreprise et ils me permettent de créer les nuances dont j’ai besoin. » Nicole, autodidacte pure, évolue dans son atelier au milieu de la statuaire déposée de l’église d’Herny. Déjà les saints ainsi symbolisés ont quitté leurs habits de grisaille et la misère du temps a été effacée de leurs effigies. Mieux, ils ont renoué avec la couleur, souvent vive et bientôt les ornements dorés seront parachevés. Elle a rendu son âme au Temple Neuf de Strasbourg et restitué au chœur de l’église de Pettoncourt, un dais vermillon d’une luminosité absolue. C’est cela l’art de Nicole Kling : relever une tradition familiale pour conférer jeunesse et fraîcheur au patrimoine cultuel. Un sacerdoce.

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Chapitre 8 Retour à la France et autonomie mosellane

Des démêlés tumultueux opposent Alsaciens et Mosellans, lors du retour à la France des deux provinces. Nos voisins défendent le concept de régionalisme de la compagnie, les Lorrains ne veulent plus être quantité négligeable. Derrière le combat pour l’autonomie perce aussi le combat des hommes et l’aspiration au libre arbitre.

Les lois sur l’apprentissage et la formation continue de 1971 mises en application en 1973, coïncident avec un double rendez-vous pour la Chambre de Métiers de la Moselle. Elle fête, en cette année-là, ses 75 ans d’existence et ses cinquante ans d’autonomie. En cet instant doublement symbolique, Ernest Meyer, son Président écrit : « Nos champs d’actions s’élargissent considérablement. Nous avons désormais à faire dans tous les domaines de l’économie et du social où les intérêts de l’artisanat sont en jeu. En conséquence, notre Chambre de Métiers est appelée à diversifier ses services, à la spécialiser et à s’entourer d’une équipe de permanents de haut niveau. »

Plaque apposée à l’immeuble des Corporations réunies, avenue Foch à Metz.

Ces défis-là sont nouveaux et étendus, mais dès la fin de la Première Guerre mondiale, les chantiers qui attendent les responsables consulaires d’Alsace-Lorraine sont énormes. Durant le conflit, les métiers ont connu de graves difficultés, la pénurie de matières premières n’étant pas le moindre des handicaps ! Comme la guerre prime tout, des contrats sont passés avec l’autorité militaire et il n’est pas rare de voir cordonniers ou selliers fabriquer… des munitions. Au passage cela permet

au secteur des Métiers de faire la preuve de son adaptabilité et de ses ressources de qualité. Quand s’éteint enfin l’incendie qui laisse mort, misère et désolation derrière lui, la victoire des Alliés signe, pour l’Alsace et la Moselle, le retour dans le giron français. Après 48 années d’annexion et une structuration sur le mode allemand, ainsi qu’en est la preuve vivante la Chambre de Métiers, il va falloir réintégrer la patrie. L’incertitude prévaut d’autant plus que la guerre a fait subir de graves préjudices au secteur et à la compagnie elle-même. Non seulement le secteur est sinistré, mais les bâtiments consulaires ont souffert. Et puis se pose la question des personnels allemands. Ils sont invités à démissionner et il faut à la Compagnie apprendre à créer un nouveau réseau, de ce côté-ci du Rhin cette fois. Tandis que le redéploiement s’organise sur des bases bienveillantes de la part de la patrie retrouvée, le premier des soucis consiste à trouver des professionnels et des jeunes. Or, enrôlés dans l’effort de guerre dans de grandes entreprises, ils rechignent à rejoindre les entreprises artisanales. Si 9 150 apprentis sont recensés en 1913, ils ne sont plus que 3 140 en 1918. Et dans ce panorama, c’est encore Metz qui paye le plus lourd tribut avec… 73 % de perte d’effectifs ! Dans certaines branches c’est même quasiment le sinistre total, les carences dépassant les 90 % en plâtrerie, boucherie ou encore tonnellerie. Il est urgent de tout reprendre à la base et de se retrousser les manches. La Chambre de Métiers tente alors de mettre en place une aide en direction des jeunes de 17 à 20 ans, qui sont sans emploi, afin de les amener vers les métiers de l’Artisanat. Les fonds manquent cependant, et le dossier n’aboutit pas.

à endurer. Le passage du Reich à la République devra donc s’opérer en douceur. Trois commissaires de la République sont nommés avec pour mission de conduire la nouvelle administration des territoires, tandis qu’un haut-commissaire chapeaute cette équipe afin d’assurer les services qui étaient communs aux trois territoires. La question de la langue n’étant d’ailleurs pas la moindre des difficultés à contourner. Durant la période d’annexion, la France a pratiqué un centralisme croissant alors que l’Allemagne a plutôt vécu de façon inverse. L’introduction de la législation française, passe par l’adoption de la loi de 1919, plus souple que les textes du Traité de Versailles. Le principe de cette loi consiste à maintenir en vigueur le Droit local, jusqu’à ce que le corpus français soit à même de le remplacer dans tous les domaines de la vie.

Pour la Chambre de Métiers, le retour à la France se traduit d’emblée par une remise en cause de la prééminence alsacienne. Les délégués qui siègent en 1919, veulent rebaptiser l’institution en Chambre de Métiers de la Moselle et du Rhin. Avec cette proposition défendue par les Mosellans, ce n’est pas seulement le concept d’Alsace-Lorraine qui est dynamité, mais bien l’émergence d’une conscience identitaire mosellane qui est affirmée. Le Préfet refuse cette mutation en 1920 en argumentant que « la Chambre de Métiers est fondée sur le principe du régionalisme !» Une remarque qui prend tout son sel en 2010 alors que se dessine la régionalisation des Chambres de Métiers ! En décembre 1920, alors que les délégués élisent leur Président, un membre de la section de Metz revendique qu’un Mosellan soit élu Vice-président. Comme la même démarche est opérée par le Haut-Rhin. Pour satisAvant d’imaginer pouvoir rebondir, la Chambre faire cette double demande, il faut cependant faire de Métiers est en mesure d’offrir un véritable ins- évoluer les statuts. Lors de la séance qui doit s’y tantané de l’état de son secteur. En Moselle, parmi atteler, Henri Nominé, Maire de Sarreguemines les 12 561 exploitants qui maillent les neuf arron- et candidat à la Vice-présidence mosellane rapdissements, il s’avère qu’aucune infraction n’a été pelle à l’assemblée : « La Lorraine n’est pas une constatée parmi 80 % d’entre-elles. C’est dire que quantité négligeable. » Mais charbonnier n’est pas l’éthique de ces professionnels a permis de tenir maître chez lui, puisqu’un serrurier messin s’opla ligne, malgré les bouleversements. Il convient pose à cette élection de deux Vice-présidents et il néanmoins de rétablir les conditions de l’excel- suggère : « Disons que Bas et Haut-Rhin ont élu le lence dans la pratique des métiers. La France qui Président et que les Lorrains élisent le Vice-présis’intéresse à l’intégration des trois départements dent. C’est cela l’union sacrée. » Finalement après est résolue à tenir compte de leurs spécificités, bien des arguties juridiques, le vote a lieu, Henri qui résultent des avatars historiques qu’ils ont eu Nominé est élu et bientôt s’ouvre un second poste

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pour un représentant du Haut-Rhin. La tempête pourrait donner le sentiment qu’elle s’est calmée. En réalité, il n’en est rien. Car dès 1921, la section de Metz a pris le parti de se séparer de l’Alsace. Elle trouve que sa contribution au fonctionnement consulaire est trop élevée et surtout que ces moyens servent surtout les intérêts alsaciens. Le Président Frédéric Schleiffer a beau rappeler aux Mosellans que les sections n’ont ni personnalité juridique, ni budget. Mal lui en prend, car dès lors les Messins critiquent le budget, ce qui suscite une remarque du Président Schleiffer qui dénonce une mauvaise interprétation des chiffres. Une réplique qui provoque l’ire des Mosellans : « Nous ne sommes plus allemands, le ton de commandement n’a plus sa place entre-nous. » Cette fois le ver est dans le fruit et entre les quatre sections, le ton s’aigrit. Les Mosellans ne veulent plus de la langue allemande dans les débats et malgré les temporisations et les tentatives de conciliation du Président Schleiffer, la séparation de l’Alsace et de la Moselle des métiers s’impose. Henri Nominé tente une dernière fois de sauver l’union tout en purgeant le différend et il propose une assemblée le 17 juillet 1922. Sa motion est repoussée et Henri Nominé démissionne. Immédiatement les Mosellans se tournent vers le Commissaire de la République pour réclamer l’autonomie de la Chambre de Métiers de la Moselle. À partir du 1er janvier 1923 cette dernière voit le jour.

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1. En Mai 1930, le président Marlier convie les élus et le Préfet à l’assemblée plénière de la CM-57. 2. Le président de la compagnie rend compte de la décision d’achat de la Gazette des Métiers en précisant qu’elle sera désormais éditée en français. 3. Lors de la présentation du tableau de bord de l’économie des Métiers dans les années vingt, il est déjà fait mention de la faible qualité de service des chemins de fer. 4. L’opuscule recueil des statuts de la Chambre de Métiers d’Alsace-Lorraine.

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3 4 2 1-2. L’autorité militaire et la police formulent des avis négatifs à l’implantation d’une entreprise dirigée par un allemand. Nous sommes en 1935. 3. Le Ministère de l’Intérieur émet une mise en garde par rapport à la présence d’entreprises allemandes dans le secteur de la ligne Maginot. Nous sommes en 1934 et déjà le militaire prend le pas sur l’économie.

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JEAN-LOUIS METZ — de la pâte des verriers imaginatifs À priori, il y a loin des colonnes de chiffres au vitrail décoratif. Et pourtant, c’est en accomplissant son métier d’expert comptable auprès d’un artisan du verre, que Jean-Louis Metz a basculé. Conquis par le travail de cette matière, il est devenu le premier fabricant régional de vitrages décoratifs et de vitraux.Verrissima ! L’enseigne donne le ton. Cette PME artisanale implantée à la sortie de Goetzenbruck près de Bitche, en plein pays verrier, ne se contente pas de travailler le verre. Elle s’y applique dans un souci de création, selon un mode artistique, que la raison sociale italianisante, éclaire d’un jour imaginatif. L’affaire voit le jour en 1923. Elle s’installe à Meisenthal et développe une activité de miroiterie. Le fils succède au père dans les années cinquante, puis en 1975, il déménage à Goetzenbrück.

« Nous avons de nouveaux produits, des panneaux de portes en verre qui intéressent aussi bien les privés, que les professionnels. Nous venons aussi d’acquérir une machine qui permet d’imprimer sur verre en quadrichromie. » Dix ans plus tard, le dirigeant perd son épouse et lorsque son expert-comptable lui rend visite depuis Metz, il tente de le convaincre de reprendre son entreprise. « Il y est parvenu, mais je lui ai demandé de rester avec moi pour assurer la transmission. N’étant pas verrier, j’avais besoin de son savoir. Voilà comment j’ai quitté mon métier de fiducie pour devenir artisan et comment, venant de la ville centre, j’ai été amené à renouer avec mon terroir d’origine » explique Jean-Louis Metz, le président de la SAS Verrissima. Très vite, sous l’impulsion de Jean-Louis, l’entreprise artisanale qui comptait 18 salariés et exerçait son activité dans quelques créneaux du travail de verre évolue. Elle compte en 2007, 47 salariés et a multiplié les niches d’intervention. « Durant des années, nos fils nous ont accompagnés dans les salons, en particulier en Italie. Ils ont été frappés par la difficulté que nous éprouvions à nous faire entendre. C’est là qu’ils ont décidé de leur avenir professionnel. Samuel est devenu graveur sur verre et Jonathan est vitrailliste. Tous exercent désormais des fonctions de direction dans l’entreprise.» Durant des années Verrissima a, de façon soutenue, produit des vitraux pour les cuisinistes. Puis soudain la mode a évolué. Il a fallu s’adapter : « Nous avons de nouveaux produits, des panneaux de portes en verre qui intéressent aussi bien les privés, que les professionnels. Nous venons aussi d’acquérir une machine qui permet d’imprimer sur verre en quadrichromie.» Malgré sa croissance Verrissima est restée une entreprise familiale et artisanale. Elle ne produit pas de verre, mais le transforme sous toutes ses formes, depuis le double vitrage isolant jusqu’aux panneaux sablés et des verres gravés aux vitraux. Jean-Louis a aussi acquis un point de vente à Metz et un autre en Alsace, pour assurer le commercial et la pose dans la proximité. Et puis comme il est passionné par la création, il n’hésite pas à argenter les boules de Noël de Meisenthal, à contribuer à un coffret de Noël de chez Vuitton ou à argenter des bijoux pour le cristallier Lalique. Membre suppléant de la Chambre de Métiers, il est l’exemple même de ce que peut produire « l’intelligence des mains. »

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Chapitre 9 Bref entracte avant la vraie renaissance

L’autonomie dans la paix et la liberté française est de courte durée. Le joug nazi s’abat. Sa vraie renaissance intervient après la seconde Guerre mondiale. La compagnie se dote des services économiques, sociaux, des bâtiments et des outils de formation. L’aventure redémarre dans un contexte peu propice aux Métiers.

Chacun pour soi, mais le Droit local pour tous. Car quand la Moselle gagne son autonomie, elle ne renonce pas pour autant à son socle fondateur. Il faut certes répartir les biens entre les deux nouvelles entités et parfois liquider des outils communs. C’est le cas pour la Gazette des Métiers à laquelle les Mosellans ne veulent plus contribuer arguant d’une fait qu’elle est peu lue chez eux. Une consultation des artisans est cependant organisée à ce propos et 65 % des votants se déclarent en faveur du maintien de la publication. Les élus mosellans sont ainsi désavoués et durant des années, ils continueront d’affirmer que les Alsaciens s’arrogent le meilleur dudit journal ! Afin de ne pas totalement couper les ponts, une conférence interdépartementale voit le jour, tandis qu’en 1926 l’Union générale artisanale d’Alsace et de Lorraine est créée. Sa mission est d’essayer de mettre fin à l’émiettement des forces de l’Artisanat. La nouvelle Chambre de Métiers de la Moselle démarre avec modestie et elle s’installe dans l’immeuble des Corporations construit en 1909 à l’angle des avenue Foch et rue Gambetta. Très vite, elle se structure en se donnant un Comité Directeur et elle compte en 1927, 8 782 entreprises ressortissantes, qui acquittent la Taxe

pour frais de Chambre de Métiers. Onze corporations obligatoires, 38 corporations libres et neuf associations et syndicats de métiers donnent leur force à la nouvelle Compagnie. La même année, elle peut compter sur 4 908 contrats d’apprentissage, 1 473 candidats au Brevet de Compagnon et 163 candidats au Brevet de Maîtrise. On revient de très loin ! Mais désormais, la Moselle de l’Artisanat est maîtresse de son destin. Dès 1930, elle établit son propre règlement d’apprentissage et des autres examens et commence à dispenser des cours de perfectionnement et de préparation au Brevet de Maîtrise. Les activités de la Chambre se développent, si bien qu’en 1938 elle éprouve le besoin de se doter de locaux propres. Elle acquiert l’immeuble du bas de l’avenue Foch, un hôtel particulier installé au numéro 46, à partir duquel elle va conduire son action jusqu’au détour des années 90. Seule la Seconde Guerre mondiale vient à nouveau interrompre sa montée en puissance et engendrer son retour à l’immeuble des Corporations. L’entracte aura été de courte durée, mais il aura donné aux responsables consulaires le parfum d’une action autonome, moyens propres en mains. La Moselle, comme les deux départements du Rhin tombent à nouveau sous le joug allemand et les compagnies consulaires sont dissoutes. L’organisation nazie prévaut alors et les commandes des institutions sont installées en territoire allemand. À la Libération, il faut repartir de zéro. La première conférence interdépartementale entre Alsaciens et Mosellans a lieu le 5 septembre 1945. Mais pour rendre pleine légitimité aux Chambres qui redémarrent, il convient d’en passer par les urnes. La mandature précédente aurait dû cesser en 1940, or en 1945, c’est l’ancien personnel qui arme le navire. 1946 signe donc le vrai moment du renouveau. À Metz, la Compagnie réintègre le 46, avenue Foch et installe le Répertoire des Métiers. Elle développe aussi son activité dans le domaine économique avec l’exposition artisanale de 1950 à Forbach, de 1956 à Thionville et en 1958 à Sarreguemines. Un service d’assistance technique des métiers voit le jour en 1959, qui deviendra quatre ans plus tard, le Service économique.

Une exposition artisanale pour promouvoir le savoir-faire des artisans à tous leurs stades d’évolution.

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Après la deuxième guerre mondiale, la compagnie consulaire promeut l’Artisanat et ses réalisations à la faveur d’une exposition à Thionville.

La Compagnie a aussi le souci du social. Elle mène une action volontariste à destination de la jeunesse artisanale, en créant des centres de vacances. Une démarche qui se développera et permettra d’offrir des séjours au soleil à ceux qui ont fait le choix d’être les acteurs des métiers. Caisses de maladie, d’assurance vieillesse, de décès et d’invalidité, s’agrègent au fil des années afin de développer le volet social. Mais c’est surtout en son cœur de métier que la Chambre consent son effort le plus important : la formation professionnelle. Dès 1966, elle lance un Centre Régional de Promotion et de Qualification des Métiers de Lorraine (CRPM) et, en 1968, la Chambre acquiert l’ensemble immobilier du Tombois à flanc de colline Sainte-Croix, pour y créer un Centre de Formation d’Apprentis, désigné par la suite CFA Ernest Meyer. La même logique se décline ensuite à thionville en 1970 et à Forbach en 1977. Tandis que le CFA Ernest Meyer s’ancre à flanc de colline, un ancien hôtel particulier voisin abrite une création innovante : l’Institut Supérieur National de l’Artisanat. Le concept est d’offrir des formations très qualifiantes et de haut niveau. L’exemple allemand fait des petits. Un Fonds d’assurance formation est constitué pour les travailleurs non salariés des professions artisanales et en 1973, voit même le jour un Service économique Régional de l’Artisanat Lorrain (SERAL). Une nouvelle page s’apprête à se tourner en attendant que les Régions administratives voient le jour dans leur pleine expression. Encore et toujours, la Chambre de Métiers de la Moselle anticipe…

Une grande fête populaire en guise de vitrine pour l’Artisanat.

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Jacques Alexandre — l’alchimiste du Macaron de Boulay 2 000 boîtes en deux jours ! C’est la quantité de Macarons de Boulay que les Japonais se sont arraché à Tokyo à la faveur d’une opération commerciale consacrée à la Lorraine. Seul regret de Jacques Alexandre, le fabriquant de ces délices : il a été empêché d’aller au Japon par la colère du volcan islandais. Heureusement son produit emblématique de Boulay l’a précédé dans les rayons. Dans leur boite de tradition ou dans leur nouvelle livrée, qui rappelle l’emblématique hôtel de ville local, les Macarons ont frappé fort. Un beau réconfort pour ce Mosellan, qui chaque matin dresse ses macarons à la cuiller, comme cela s’opère depuis 1854. Au départ dans le cœur de Boulay, il y a deux familles commerçantes. Les Lazard qui à côté de l’ancienne mairie se lancent dans le macaron et rue de Saint-Avold, le grand-père Alexandre, qui est boucher. Le rapprochement entre les deux s’opère en 1963 lorsque les Lazard décident de vendre leur boutique et la fameuse recette qui va avec. La maman de Jacques Alexandre, dont le mari a repris le commerce de bestiaux familial se manifeste. Elle rachète l’affaire des voisins et l’installe dans le local de l’ancienne boucherie. « Elle n’a obtenu la recette de la pâte que lors de la signature de l’acte » se souvient Jacques. Pourtant la femme de caractère qu’est sa maman retrousse ses manches et se met à l’ouvrage. Durant près de trente ans elle incarne cette savoureuse tradition qui fait briller l’étoile de Boulay. Jacques, qui est né à Thionville à l’époque, où son père travaillait pour la famille Cerf, passe un bac scientifique, tâte de la biologie et finit par un Dut de technique de commercialisation. Il rejoint le groupe de distribution Sgaf, puis passe de l’alimentaire à l’acier. Ses qualités de commerçant, lui font prendre la direction de sa société dans le Nord. « Mais quand maman m’a dit qu’elle voulait arrêter, je me suis dit que je ne pouvais pas laisser tomber, parce qu’il s’agissait de notre patrimoine familial » confie Jacques. Il renoue avec Boulay en famille. Il reprend le fonds et les murs et aux côtés de sa maman pendant un temps, puis seul, il donne une nouvelle inflexion à cette tutélaire production. Il dépose la marque Macarons de Boulay, embauche un peu et surtout se partage entre le labo et la commercialisation de ses produits.

« Mais quand maman m’a dit qu’elle voulait arrêter, je me suis dit que je ne pouvais pas laisser tomber, parce qu’il s’agissait de notre patrimoine familial. » Ces Macarons sont strictement conformes à la recette d’origine, qui semble puiser ses origines parmi les Juifs Sépharades d’Espagne. Sucre, amandes émondées...…ne cherchez pas à en savoir plus : le secret demeure bien gardé. C’est tout juste si Jacques travaille un peu le packaging, tout en conservant pieusement la boite vermillon ornée de caractères noirs. Le général de Gaulle succombait déjà aux délices de Boulay, qu’il trouvait chez Fauchon. Jacques a développé son circuit de vente dans la région Lorraine, mais aussi à Paris, Troyes ou en Meuse et grâce à l’internet, le Macaron de Boulay est devenu planétaire. À bientôt cinquante ans, Jacques qui s’échine toujours dans la boutique familiale refuse de transiger avec la qualité. C’est pourquoi, dès le matin avec l’une de ses salariées, il dresse encore chaque Macaron à la cuiller.

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Chapitre 10 Immobilier moderne au service de l’innovation

Signe des temps, mais également nécessité, à Metz comme à Strasbourg, la Chambre de Métiers quitte le centre ville. En créant des Pôles des Métiers hors les murs, elles offrent un meilleur accès aux ressortissants tout en se dotant de locaux plus adaptés aux missions de cette fin de XXe siècle.

Thionville, École Pratique des Métiers, avenue Général De Gaulle.

« Metz la commerçante » est aussi un centre artisanal de tradition. De longue tradition, puisque les membres des corporations ont un temps conduit la République messine. Pourtant en cette fin d’années 80, la cité a pris le virage des hautes technologies. Son Maire, Jean-Marie Rausch, convaincu qu’il ne faut désormais plus compter sur la grande industrie pour générer le développement économique est convaincu qu’il résidera dans le futur dans les technologies de l’information et de la communication. Visionnaire ? Certes, mais surtout pragmatique, il décide de créer ex-nihilo son Technopôle. La première pierre est scellée en 1983 et très vite en bordure de route de Strasbourg se développent entreprises et lieux de diffusion du savoir. Un brassage voulu, pour donner au Technopôle sa vocation de creuset dans lequel le savoir donne naissance à des technologies développées par des entrepreneurs, qui eux-mêmes trouvent le savoir supplémentaires dans les laboratoires. Dans le même temps, la Chambre de Métiers de la Moselle qui vit en cœur de cité à travers une série d’immeubles dispersés, n’entend pas rater le coche. Mais le déclic se produit lorsque la salle aux colonnes de l’immeuble du Tombois devient inutilisable.

Elle menace de s’effondrer et à partir de cet instant l’Assemblée plénière de la Compagnie doit se réunir ailleurs. Elle trouve des solutions de remplacement, qui ne sont guère satisfaisantes, mais qui permettent de se donner le temps d’un diagnostic. Or, celui-ci révèle l’extrême fragilité de l’édifice au profit duquel il faudrait très lourdement investir, en prenant en compte d’imposantes contraintes architecturales. Naît alors dans les esprits une solution alternative : le déménagement ! Un crève cœur en raison du caractère du siège de l’avenue Foch, mais en même temps un pari d’avenir et un désir de s’ancrer dans une dynamique. Ce sera le Technopôle ! Le nouveau Pôle des Métiers de Metz voit le jour au détour des années 1994-1995, juste en face du Lycée hôtelier de Metz. Une longue façade blanche étirée réunit derrière son fronton vitré l’administration, les services, mais aussi les moyens pédagogiques du CFA Ernest Meyer, l’ISNA et offre même un restaurant pédagogique. Voici la Chambre de Métiers de la Moselle parée pour entrer dans son second siècle d’existence et ainsi mieux être à même d’accomplir ses missions. Un grand parking rend même l’accès au pôle infiniment plus pratique et les responsables consulaires ont voulu se doter d’un amphithéâtre propre à permettre les réunions de l’assemblée plénière, mais aussi à accueillir des manifestations extérieures. À quelque temps de là, la Chambre de Métiers d’Alsace, qui connaît les mêmes tracas avec la dispersion de ses moyens et une inadaptation croissante de ses locaux de l’avenue des Vosges, choisit d’aller hors les murs. Ce sera Schiltigheim, où elle inaugure en 1999, son nouveau bâtiment à la façade également traitée en blanc et dont les murs abritent tous les moyens. Un siècle après sa création réunie en une seule main la Chambre de Métiers d’Alsace-Lorraine, qui au détour des années 1920 s’est séparée en Compagnies d’Alsace et de la Moselle, conduit encore les mêmes logiques immobilières. Elles quittent les cœurs de ville et choisissent les espaces périphériques dédiés aux services, en quête de plus d’efficacité. C’est cependant cette même recherche, qui au début du XXe siècle, avait conduit le secteur des métiers d’Alsace-Lorraine à construire. Cela s’est opéré dans la foulée de sa structuration en Chambre de Métiers. À l’époque Strasbourg siège

de la Compagnie d’Alsace-Lorraine, fait appel à un architecte messin pour réaliser son siège de l’avenue des Vosges. Par bien des aspects architecturaux, celui-ci offre d’ailleurs une apparence française. À Metz c’est tout le contraire. L’architecte est strasbourgeois et il réalise l’immeuble des Corporations dans un style résolument germanique. Le grès rose choisi plutôt que la pierre de Jaumont de tradition à Metz, accroît encore cette impression. Mais ce qui relie les deux sièges, c’est leur année d’achèvement 1909, ainsi que la contribution qu’ils apportent à la constitution d’un quartier neuf ! À Metz en particulier, l’îlot d’angle qui est dévolu au futur hôtel des corporations vient d’être gagné sur l’ancien glacis des fortifications enfin mises à bas par les Allemands. La parcelle offre cependant une allure un peu biscornue et le programme immobilier qui doit s’y dresser pour accueillir les Corporations réunies de Metz va très vite engendrer des mauvaises surprises. Ainsi le sol composé de remblais, se révèle impropre à supporter l’immeuble souhaité. Il faut alors battre des pieux pour lui offrir une assise digne de ce nom. Leur surcoût absorbe la quasi-totalité des moyens mobilisés pour lancer le chantier. Dans l’urgence il faut alors revoir le plan de financement et les premiers souscripteurs font passer leur crédit de 300 000 à 360 000 Marks. À l’arrivée, cet hôtel des Arts et Métiers approchera les 700 000 Marks ! Les dérapages des coûts immobiliers ne sont pas l’apanage du XXe siècle ! La première pierre est posée en octobre 1907 et ce que les Allemands nomment Gewerbehaus est porté sur les fonts baptismaux le 22 septembre 1909. À la fois néobaroque, néo-renaissance et néo-gothique l’immeuble conçu par l’architecte alsacien Gustave Oberthur déploie ses façades à la fois sur l’avenue Foch (baptisée telle après la Guerre) et sur la rue Gambetta. Derrière le maniérisme des styles très en vogue à l’époque dans le Reich et qui qualifie le quartier impérial, c’est un immeuble très moderne qui se dresse. Les matériaux traditionnels comme les moellons voisinent les charpentes métalliques, tandis que les bétons armés ont permis d’asseoir la construction. Les couloirs et les escaliers sont traités en terrazzo et un chauffage central équipe l’ensemble. La ventilation artificielle fait même partie du package moderne, de même que l’éclairage électrique, toutefois doublé d’un dispositif au gaz en cas de panne.

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Dans cette enveloppe, prennent place les corporations du cuir, de l’horlogerie, des photographes ou encore des arts du livre, mais également le Tribunal des Prud’hommes et la Chambre commerciale. La section «lorraine» de la Chambre de Métiers installe ses bureaux dans les étages. Mais surtout, cette grande nef est flanquée de salles d’exposition et d’un large passage permettant d’y présenter des pièces. Une grande salle des fêtes, comprenant une tribune, est déjà traitée de façon modulaire. Les grands accès à l’immeuble sont ménagés par l’architecte sur la rue Gambetta. En revanche les entrées du tribunal se situent sur le «Ring». Si dans la conception, chacun des espaces dédiés à des vocations précises sont séparés, ils sont aussi reliés entre eux par des cheminements repoussés en soussol. Un autre passage en rez-de-chaussée, permettait les circulations, tout en préservant les vocations spécifiques de chaque espace. Aujourd’hui encore, l’audace de cette architecture surprend en arrivant place Mondon, d’autant que la saillie des arcades au-dessus du trottoir de la rue Gambetta semble vouloir rejoindre le pignon d’en face. Plutôt française sur les rives du Rhin, plutôt germanique entre Seille et Moselle, l’architecture des immeubles dédiés aux Métiers, fait de part et d’autre appel à des décorations allégoriques. Des vitraux retraçant le patrimoine des corporations ont également été utilisés pour enluminer ces bâtiments voulus fonctionnels pour servir un secteur des Métiers résolu à entrer dans le XXe siècle avec les armes indispensables à son rayonnement et à son efficacité. Aujourd’hui à Strasbourg comme à Metz, ces hôtels des Métiers ont trouvé de nouvelles vocations. Mais rappelons tout de même qu’à Metz, la Chambre de Métiers de la Moselle séparée de celle d’Alsace y a trouvé son premier toit. La présence forte de sens, du Président de la République de l’époque, Alexandre Millerand, est encore palpable en ces lieux. Il vint inaugurer cette prise d’autonomie, qui se conjuguait avec le maintien d’une démarche tonique et innovante initiée par la Compagnie d’Alsace-Lorraine au service d’un artisanat soucieux de perdurer et de croître.

1

2

3

1. Assemblée Plénière (Mai 2005). 2. Comité Directeur de la Chambre de Métiers de la Moselle sous la présidence de Henri Nass. 3. Années 70, Ernest Meyer et son Comité Directeur à l’établissement du Tombois.

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Saverino Neri — L’ENVOL DE MOSELLE DÉCAP Il vous décape aussi bien un portant industriel, qu’une jante d’Airbus. Dans son entreprise artisanale installée en rive de voie ferrée à Téting-sur-Nied, Saverino Neri accomplit d’indispensables tâches de sous-traitance tout en ayant développé la structure rachetée. Il est né à Créhange, a habité Folschviller, enfant d’une famille de Siciliens de Palerme, venus travailler dans les houillères. Pourtant l’exemple paternel ne lui chante pas. Il lâche le côté « gueule noire » et opte…pour le blanc de la farine. Son CAP de pâtisserie en poche, il exerce un temps, mais décide d’infléchir son parcours. Saverino Neri rejoint une société de Saint-Avold qui fabrique des boîtes à air pour les véhicules. Juste avant, il suit une formation de peintre industriel, puis entre à la production. Ses qualités de leader le font accéder à la maîtrise au bout de quatre ans, après une formation en management et le voilà bientôt cadre et responsable de la production. Il choisit cependant de changer encore d’entreprise.

« Nous pratiquons le décapage thermique et chimique de toutes sortes de pièces. Des trains d’atterrissage d’Airbus, des jantes de voitures, nous traitons les métaux afin de les rendre propres à l’usage. » À la faveur de ce mouvement, il croise la route de Jean-Michel Soulet. Bientôt tous les deux forgent des rêves d’entrepreneurs. C’est ensemble, qu’en 2007, ils rachètent Moselle Décap à Téting-sur-Nied. Une société spécialisée dans le décapage de métaux qui emploie quatre salariés. « Le dirigeant était âgé et souhaitait arrêter. Nous avons donc repris, mais aussi entrepris de la développer et de la rendre plus performante » explique Saverino Neri. Résultat : trois ans après, l’entreprise compte dix salariés et a vu son chiffre d’affaires passer de 350 000 à 850 000 euros. « Nous pratiquons le décapage thermique et chimique de toutes sortes de pièces. Cela va des éléments qui ont connu des désordres à la production aux supports de pièces à peindre. Des trains d’atterrissage d’Airbus, des jantes de voitures, nous traitons les métaux afin de les rendre propres à l’usage ou en mesure d’être réintroduits dans un cycle de production, voire encore servant à la production. Nos clients sont essentiellement les industriels et à la marge seulement les particuliers » explique Saverino Neri. Opérant au profit du tissu industriel du Grand Est, Moselle Décap accomplit du dégraissage d’inox, de fonte, d’acier. « Il s’agit de techniques lourdes qui réclament des hommes aguerris et déterminés » explique le gérant de cette Sàrl, qui compte tenu de ses activités, est sous la haute surveillance de feu la Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement. Déjà certifiée qualité, l’entreprise vise aussi le label 14 001 confirmant son caractère respectueux de l’environnement. « Chez nous tous les effluents sont recueillis dans une cuve. L’eau est recyclée et sert à nouveau, tandis que les boues sont envoyées en centre de traitement des déchets industriels » rapporte Saverino Neri. Moselle Décap a aussi obtenu sa certification aviation, ce qui l’autorise à assurer la maintenance d’éléments aussi complexes que les trains d’atterrissage d’avions commerciaux. Bel envol !

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Chapitre 11 Les Corporations inventent la société

Former pour qualifier. Etre qualifié pour s’installer et produire de la qualité au service des consommateurs. Les Corporations sont très structurées. Combattues en France parce que soupçonnées de freiner le progrès économique, elles sont, au contraire, mises en ordre de bataille en Allemagne pour sauvegarder l’économie des territoires.

À l’heure de l’économie mondiale et du marché global, il pourrait paraître surréaliste de voir revenir en force le Secteur des métiers. Lui qui ne délocalise pas, trouve à s’exprimer dans la proximité en demeurant au contraire les pieds bien ancrés dans ses territoires fait aujourd’hui figure d’antidote à la crise. Cultivant son amour du travail bien fait et la recherche de la promotion professionnelle des femmes et des hommes, l’Artisanat suit la courbe inverse des dégâts engendrés par la crise. Ses entreprises sont en nombre croissant et surtout leur solde annuel demeure positif, preuve qu’elles obtiennent des marchés et incarnent une réalité économique. En clair, non seulement elles offrent leurs prestations et services selon l’éthique qui leur est propre, mais en évoluant dans une réalité des prix.

« L’artisan cultive son amour du travail bien fait. ».

Dans cette équation d’aujourd’hui sont réunis les éléments qui ont donné le jour aux Corporations. Une forme d’organisation séculaire qui a permis aux métiers de s’organiser, de trouver puis de former les professionnels, dont les entreprises artisanales avaient besoin, mais aussi d’éviter qu’une concurrence échevelée, vienne anéantir tous leurs

efforts. Ces Corporations ont vu le jour dans les villes et spécialement dans les villes libres comme Metz ou Strasbourg, dont elles accompagnent la renaissance et souvent la croissance. Allant jusqu’au bout de la logique, les agents économiques groupés au sein de ces Corporations en viennent un jour à assumer le pouvoir dans la ville. Metz en est un exemple brillant, avec sa république d’échevins, qui a pris la relève des évêques. Aujourd’hui encore, les tours subsistantes de l’ancien rempart messin portent les noms des Corporations qui avaient la charge de les entretenir. Un impôt plutôt juste pour ceux qui profitaient de la sécurité urbaine afin d’y exercer leurs professions ! Dès l’Empire de Charlemagne, certains métiers éprouvent le besoin de se grouper afin d’assurer des missions de mutualité, mais l’Empereur n’aime guère ces tentatives. Il y perçoit un empiètement sur ses prérogatives. Plutôt adepte du serment à sa personne, il interdit les groupements, qui pourtant subsistent jusqu’à la période médiévale. Et c’est justement grâce à ces guildes et autres formes d’organisation des boulangers, meuniers, bateliers et autres entrepreneurs du bâtiment, que les techniques traversent intactes les époques. Même au Moyen âge, adepte du serment de féodalité au seigneur, les associations de gens de métiers se multiplient. Elles servent à la fois à la protection et à la défense des intérêts contre les seigneurs trop avides de taxes, qui entravent l’expansion économique. Pour assurer la pérennité des métiers, il s’avère aussi indispensable de contrôler la qualité des marchandises. Un levier pour combattre les faux professionnels sans aptitudes, dont les agissements nuisent à tout le monde. Professionnels et acheteurs de l’époque. Les associations sont donc en quelque sorte, inéluctables pour permettre aux métiers de faire face. Un statut légal finit par être accordé aux groupements et associations. Et en même temps qu’ils disposent d’un statut, ils se donnent aussi des règles. Des dispositifs qui ont vocation à assurer la survie et la croissance des entreprises, tout en limitant les abus pouvant s’exercer. Les règles en question portent très vite sur l’apprentissage, car pour durer les métiers ont besoin d’ouvriers, puis de maîtres. Les modalités d’installation, les relations entre patron et les personnes employées, la reconnaissance des statuts et

enfin, surtout l’organisation des Corporations sont autant de dispositions prises en compte. Car voici déjà l’époque des produits réalisés en série, qui sont signés afin d’en assurer ce qu’on qualifierait aujourd’hui de… marques. Pour être à même de réussir dans cette voie, il convient de s’assurer de la qualité de production, donc de la bonne formation de la main d’œuvre. L’apprentissage est très sérieusement encadré et organisé, incluant les obligations réciproques de l’apprenti et du maître. Cette première formation achevée, l’apprenti devient compagnon et il entre dans un compagnonnage au sein duquel les relations, entre le maître et ses compagnons, sont très précisément ordonnées. Le troisième pilier de cette organisation est constitué par le statut du Maître artisan, qui avant d’être en mesure d’ouvrir son activité, devra avoir adhéré à la Corporation. Les premières Corporations rayonnent en général à l’intérieur de la ville, rarement beaucoup plus loin. Mais bientôt leur influence s’étend à des régions entières. Il s’agit donc bien d’une délégation de gestion des métiers aux hommes de l’art, qui sont ceux qui savent et pratiquent. L’idée est révolutionnaire pour l’époque et surtout en ce XVe siècle européen, elle plante les racines de l’artisanat que nous connaissons et qui, au détour des XIXe et XXe siècles, font bourgeonner le concept de Chambre de Métiers. Cette structuration ne s’opère cependant pas sans heurt et souvent le Roi en vient à interdire les Corporations ou à limiter leur portée, voire à encadrer certaines professions, mais pas d’autres. Ces dernières ne doivent dépendre que du pouvoir régalien. La liberté économique oui, mais pas trop ! Rien n’a été simple pour les Corporations, même dans des villes comme Metz ou Strasbourg, pourtant non inféodées au pouvoir royal. Le combat s’engage en Alsace comme en terre lorraine contre l’Évêque, maître de la cité, et bientôt les artisans organisés battent en brèche le pouvoir. Puis se l’arrogent. Ils se structurent alors de façon quasi militaire et chaque Corporation dispose de son siège, jouant un rôle de plus en plus grand dans la gestion de la cité. Dès lors pour s’établir à Metz comme artisan, il convient non seulement de faire la preuve de sa qualité de maître, mais également d’adhérer à la Corporation. Guerres et crises économiques auront des retentissements

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lourds de conséquences sur les métiers et leurs organisations, qui choisiront parfois de recourir au protectionnisme pour sauvegarder l’activité. En matière d’entraves, les Corporations sont d’ailleurs loin d’en avoir terminé. Au XVIIIe siècle, avec la montée en puissance du mouvement des Physiocrates, convaincus de la prééminence de la nature, ils en viennent à diffuser des idées sur l’organisation économique. Des lois, qui ne prennent en compte pour seule source de richesse, que la terre et l’agriculture. Dans cette conception du monde, industriels, commerçants et artisans sont considérés comme stériles par opposition au groupe humain productif que sont les agriculteurs. Par voie de conséquence, le système physiocrate est favorable au laisser faire et cela aboutit au fameux Édit de Turgot, alors Maître des finances de la France. Pour lui, les Corporations et les abus qu’elles engendrent constituent un empêchement à ce « laisser-faire » résultant des lois naturelles. Donc une entrave à la baisse des prix. Turgot choisit d’interdire les Corporations. Leur réaction est vive et immédiate. Des protestations sont envoyées à sa majesté et dans les villes comme Metz, toute une argumentation juridique est développée afin de montrer que les inconvénients pointés du doigt par le grand argentier de Louis XV n’ont pas cours. Finalement le Parlement rejette l’Édit en qu’il s’attaque, à travers les Corporation à la structure de la société. Pour les Corporations, le répit n’est cependant que de courte durée. La Révolution qui intervient treize ans après cette algarade, ne tarde pas à tirer un trait sur les corporations. Les décrets de mars 1791 remettent fondamentalement en cause les règles d’organisation des métiers, donc de l’économie. Tout cela échauffe les esprits et suscite polémiques et… revendications et conduit à l’adoption de la fameuse Loi Le Chapelier. Elle tire un trait sur les Corporations et cloue au pilori le statut des métiers. C’est une nouvelle fois l’esprit physiocrate qui triomphe. La Déclaration de l’Homme et du Citoyen prônant l’individualisme, par voie de conséquence la formation de corps constituée de métiers est contraire à l’esprit du texte. C’est la porte ouverte aux négociations entre travailleur et patron, qui n’avantage guère les premiers. La loi s’assortit de sanctions graves, mais à Metz, comme en Alsace, les Corporations persisteront, souvent

La diversité des métiers est la maîtrise du savoir-faire font la force de l’Artisanat.

sous le couvert des confréries religieuses. Il n’en demeure pas moins que cette situation engendre de graves difficultés pour les métiers, dont la survie est parfois en cause, en particulier parce que la formation fait désormais défaut. Fort heureusement lors de la Restauration, Metz est autorisée à se doter d’un Conseil de Prud’hommes, mais c’est la guerre franco-prussienne de 1870 qui va résolument changer le cours des choses. Avec le Traité de Francfort, Moselle et Alsace basculent dans le Reich. Une nouvelle approche va s’imposer, mais en France il faut attendre 1884, pour que les syndicats professionnels acquièrent à nouveau droit de cité. Pris entre cette législation française qui s’applique jusqu’en 1897, le Secteur des métiers entrevoit enfin un avenir plus radieux, lorsque le Reich décide de créer des Chambres de Métiers. Les Corporations, jusque là déguisées, reviennent en pleine lumière et peuvent à nouveau prospérer.

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José Avila — cordonnier devenu podo-orthésiste José Avila travaille une chaussure, qui pour être bicolore, n’en est pas moins orthopédique. Car le cordonnier de formation qu’est ce professionnel installé au cœur de Sarreguemines, est devenu podo-orthésiste. Il est membre d’une corporation qui en compte moins de 200 en France, mais elle rend des services de précision à tous ceux qui sont victimes de malformations, d’accidents ou de troubles squelettiques. Originaire de Château-Salins, José choisit son métier : il sera cordonnier. Il se forme, obtient son CAP et se met au travail. Pourtant bien vite l’univers de l’échoppe ne lui suffit plus. Il choisit de rejoindre une société spécialisée dans la vente de matériel orthopédique. Avec son frère Francisco, José développe son réseau commercial. Mais une idée trotte dans la tête des deux hommes : ils ont envie d’être leurs propres patrons. Ils se forment donc et obtiennent leur diplôme de podo-orthésiste, puis d’orthopédisteorthésiste. En 2001, ils prennent l’initiative et s’installent au centre de Sarreguemines : « Nous habitions le secteur et connaissions bien la clientèle. Nous avons donc opté pour ce pas de porte » rapporte José. À partir de là, démarre l’aventure : chaussures, ceintures, orthèses de main, ils fabriquent tout et surtout adaptent ces produits aux besoins des patients. Le diplôme d’orthopédiste-orthésiste leur permet d’ailleurs de se soucier de toutes les parties du corps humain. « Pour en arriver là, il a fallu consentir bien des efforts, car les cours étaient dispensés à Paris et la formation s’opérait en alternance » confie José. Le résultat est à la mesure de cette application et du travail accompli.

« Nous maîtrisons désormais tous les aspects du métier, mais pour cela il fallait l’avoir dans l’âme. » « Nous maîtrisons désormais tous les aspects du métier, mais pour cela il fallait l’avoir dans l’âme. Aujourd’hui nos clients viennent du secteur, mais aussi de Metz, de Thionville et d’Alsace. Nous travaillons même avec la Belgique pour les enfants handicapés » explique José. Membre de sa chambre syndicale nationale, José Avila s’échine surtout à prodiguer les bons gestes à ses clients. « Nous adaptons chacune de nos productions à la personne, car tout le monde a une conformation différente. C’est à la fois une question d’efficacité et de confort. Les gens nous sont gré de cette personnalisation. C’est du sur mesure, que nous effectuons » indique le chef d’entreprise. L’affaire compte aujourd’hui huit salariés et forme des apprentis. « Nous avons du mal à en trouver, mais nous avons aussi formé un ancien, qui à 48 ans à souhaité changer de travail. » Avila, entreprise artisanale est une belle aventure familiale et professionnelle au service de ceux qui souffrent et connaissent des troubles. Le professionnalisme des deux frères qui animent cette maison fait la différence et les clients votent en leur faveur avec…leurs pieds !

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Chapitre 12 Le modèle Alsacien-Lorrain s’exporte en France

L’approche différente des Allemands s’impose à l’Alsace-Moselle. Du coup, en y créant une Chambre de Métiers, c’est un véritable laboratoire qui est mis en place. Au lendemain de la Grande Guerre, le dispositif Alsacien-Mosellan inspire à la France son réseau consulaire. Mais jamais l’Hexagone ne lui confére la même portée.

Allemande quand la France émerge à peine de ce passé chaotique si peu propice aux métiers, l’Alsace-Lorraine renoue avec la France après la Première Guerre mondiale en y apportant son Droit local. Car c’est bien de cette expérience consulaire des provinces perdues, que l’Hexagone va s’inspirer pour construire son réseau de Chambres de Métiers. Mais pour bien saisir la portée du phénomène, il faut revenir au Code professionnel allemand de 1889. Très vite au début du XIXe siècle les états allemands (l’Allemagne n’existe pas encore) s’attachent à la modernisation des Corporations. La révolution industrielle qui s’opère promeut ses propres intérêts souvent en contradiction avec ceux de l’Artisanat. Afin de maintenir un équilibre entre les différentes formes d’activités économiques, les responsables politiques d’Outre-Rhin naviguent au plus près. Ils s’attachent à protéger la liberté des industries en assurant la survie des Corporations. Pour cela, elles sont dotées de nouvelles compétences et doivent assurer le lien entre intérêts généraux et particuliers. Il est aisé de constater que la France révolutionnaire et la Prusse ascendante enclenchent des logiques différentes : suppression

des Corporations coté français, mais conjugaison de la liberté d’entreprendre et de la nécessaire régulation régie par les Corporations. Au milieu de ce XIXe siècle triomphant, les Corporations sont confirmées en Prusse et dans les états qui lui sont liés, mais c’est aussi à cette époque que naît et se développe chez les artisans un mouvement antilibéral. Ils en viennent à réclamer le rétablissement des corporations obligatoires et revendiquent la création de compagnies consulaires. La bataille entre libéraux et artisans est loin de se terminer et tandis que certaines forces veulent imposer la Corporation obligatoire pour tous, d’autres militent pour éviter le retour à une période qu’ils qualifient de médiévale. Un peu plus tard, les Corporations sont confirmées, mais perdent leur statut d’associations obligatoires. L’industrie croissante absorbe de plus en plus la main d’œuvre, quand ce ne sont pas les artisans eux-mêmes qui rejoignent les grandes unités de production. Les rapports de concurrence deviennent alors insurmontables et le Secteur des métiers revendique une remise à plat législative. Elle intervient en 1881 en confirmant le pouvoir des associations d’artisans, qui ont pour fonction d’assurer la régulation des relations entre maîtres et compagnons, mais aussi et surtout de se charger de la formation des apprentis. C’est d’ailleurs ce dernier angle qui est surtout pris en compte et les artisans insistent pour que les seules personnes habilitées à former des apprentis soient maîtres en leur métier. Logiquement, la question du financement de l’apprentissage vient sur le tapis. Le texte de 1887 instaure la participation des artisans, même non membres d’une Corporation, à la formation des apprentis. Ce qui revient à pousser tous les membres d’une profession à rejoindre la Corporation. Ainsi naît ce concept nouveau de Corporation obligatoire et de Corporation libre, qui vont désormais toutes deux avoir droit de cité. À la seconde, les artisans peuvent adhérer, mais ils n’y sont pas obligés pour exercer leur métier. En revanche, en ce qui concerne la première, c’est l’ancienne logique issue du Moyen Âge qui s’impose. Tous ceux qui exercent le même métier s’y réunissent obligatoirement. Pragmatiques, les Allemands n’ont pas cherché à qualifier la notion d’artisan, préférant permettre au professionnel du secteur d’évoluer dans un cadre économique souple. L’artisan est donc celui qui exerce

un métier qui relève du Gewerbe (le métier), hors des champs commercial et industriel. Mais surtout l’organisation conçue en 1897 dédiée à une Chambre de Métiers, la représentation des intérêts de l’artisanat. Cette fois le pas est franchi, dicté par la volonté d’aider l’artisanat à se redresser dans un climat économique aussi difficile que concurrentiel. L’État trouve dans ces Chambres de Métiers l’interlocuteur indispensable entre les artisans et le pouvoir politique. Le corps intermédiaire est né et ses missions bien définies par les textes de cette loi de 1897. Assemblée représentative, la Chambre de Métiers voit sa composition réglée par ses statuts et elle doit élire parmi les élus de l’artisanat qui la composent, ceux qui assureront la gestion et donneront l’inflexion à la politique consulaire. Mais bien entendu le pouvoir politique conserve une tutelle sur cet organisme. L’Alsace-Lorraine intégrée au Reich par la défaite de 1870 et les traités qui en règlent les implications, entre alors de plain-pied dans cette nouvelle manière de penser les rapports entre l’État et les métiers. Le 6 décembre 1899, la Chambre de Métiers d’Alsace-Lorraine est créée. Elle se calque ainsi sur les bassins économiques qui ont servi de base à la création des Chambres de Commerce et d’Industrie. Le 20 juin 1900, la Chambre de Métiers est convoquée par le ministère impérial. Sa première mission sera de gérer l’urgence face à laquelle l’Artisanat est confronté. L’assemblée est conviée à l’imagination et à l’innovation pour relever le défi du XXe siècle naissant. Les artisans retroussent leurs manches et entreprennent de soutenir et d’accompagner la dynamique et la prospérité du secteur. Malheureusement la Grande Guerre vient interrompre cette avancée et même ruiner en grande partie les efforts. Cela n’empêche pas le Président de la Chambre de Métiers d’Alsace-Lorraine de prendre son bâton de pèlerin et d’aller porter la bonne parole en France, aussitôt que celle-ci a retrouvé ses provinces perdues. Pour l’Alsacien Frédéric Schleiffer, la voie d’avenir et surtout les moyens de lutte contre la crise de l’apprentissage et des métiers, c’est le dispositif de la Chambre de métiers. L’argument porte à Paris et l’écoute y est bonne, mais très vite les débats se préoccupent plus de l’apprentissage que des métiers et de leur situation. En France,

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le monde de l’industrie n’est pas enclin à voir renaître le dispositif corporatiste. Pourtant dès 1919, le pays commence à se doter de Chambres de Métiers, souvent générées par la CCI. La première de ces compagnies a vu le jour à Limoges en 1911, c’est-à-dire avant la Loi Astier de juillet 1919 qui donne le ton au maillage national en créant les cours professionnels obligatoires pour les apprentis. Le rayonnement de l’expérience extra-muros d’Alsace-Lorraine va s’exercer à travers tous les départements de France. Le concept de gouvernement professionnel des métiers d’une région et tout ce qui l’accompagne fait florès en un temps, où les artisans sont exposés aux « excès du mercantilisme et du laisser faire ». Plus encore, par son rôle en matière de formation professionnelle, la Chambre de Métiers, modèle Alsacien-Lorrain, contribue à offrir de nouvelles perspectives à la jeunesse. Autrement dit un sérieux coup de pouce en faveur d’une harmonie sociale retrouvée. Un mouvement fort voit le jour au détour des années vingt, qui aura même son groupe parlementaire à l’Assemblée nationale. Tant et si bien qu’à la fin de 1922, les Chambres de Métiers de France organisent une rencontre d’artisans à Strasbourg. 700 délégués et le Ministre du Travail concoctent un véritable projet pour l’Artisanat, qui doit aboutir

à un texte de loi. Il est voté le 31 décembre de la même année et quelques mois plus tard, la Chambre de Métiers d’Alsace-Lorraine approuve ce texte qui est quasiment la charte fondatrice. Tout n’est cependant pas gagné, loin s’en faut. Car c’est durant cette période que la Moselle se détache de l’Alsace et prend son autonomie en se dotant de sa Chambre de Métiers, mais aussi parce qu’en 1924, la Confédération Générale de l’Artisanat français met en demeure, Alsace et Moselle, de renoncer au régime corporatif local pour revenir en droit français de 1884. Après avoir donné le ton et le mouvement, le monde des métiers des trois départements quitte la Confédération et contribue à former avec d’autres dissidents l’Union des fédérations régionales d’artisans de France et des colonies. Il faut cependant attendre 1931 pour que se crée l’APCM : l’Assemblée Permanente des Chambres de Métiers. Le modèle Alsacien-Lorrain s’est bien exporté avant toutefois de revenir vers lui-même en défendant une originalité qui fait aussi son efficacité en s’adossant au Droit local. Un corpus d’avenir pour une législation européenne, qui pourrait alors contribuer à faire de nos trois départements un nouveau laboratoire au service de l’économie de proximité.

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1. À l’origine, Alsaciens et Mosellans travaillaient main dans la main. Une harmonie rompue à l’issue du premier conflit mondial. 2. La campagne nationale de valorisation de l’artisanat lancée par le Fonds National de Promotion et de Communication de l’Artisanat (FNPCA) en 2010.

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Philippe Reinhardt — le traiteur épaule le charcutier L’artisan est celui qui s’inscrit durablement dans un territoire. À Sarrebourg, la maison Reinhardt, incarne parfaitement cette conception du métier. Fondée en 1904, elle se développe en se diversifiant sous l’impulsion de la troisième génération de bouchers-charcutiers-traiteurs. Philippe est aux commandes. Un restaurant à 120 places adossé au laboratoire central, à deux pas de la voie rapide qui longe Sarrebourg, constitue le nouvel ancrage de la maison Reinhardt. Un complexe destiné à résister aux très vives concurrences d’autres formes de distribution, pour ces artisans qui ne sont pas nés d’hier. L’aventure démarre en Alsace bossue en 1904. Le grand-père boucher-charcutier fait ensuite mouvement vers Abreschviller avant de finalement s’établir au cœur de Sarrebourg. Une boutique, puis deux et à nouveau une seule, puis enfin en 1994 l’installation sur la zone de la Bièvre. Le laboratoire est flanqué d’un restaurant, qui connaît très vite le succès et doit donc être agrandi. Mais c’est surtout la partie technique qui devient le cœur battant de l’entreprise, sous la direction du père de Philippe. Lorsque se présente le moment du choix professionnel pour ce dernier, il opte pour le métier. « J’ai passé mon CAP à Sarrebourg en travaillant en alternance dans l’entreprise familiale. La voie était en quelque sorte tracée. J’ai ensuite obtenu mon Brevet de Maîtrise à Metz et mon frère qui avait travaillé au Club Méditerranée s’est joint à moi pour, petit à petit, assurer la relève » déclare Philippe Reinhardt. Entretemps, le père de Philippe a commencé à développer le rayon traiteur, avant d’en endosser la fonction sur un plan bien plus large. Récemment aussi le magasin de centre ville a été entièrement repensé sur 150 m2, ajoutant à ses cordes propres, une cave à vin, de l’épicerie fine et même un beau choix de légumes. « C’est notre réponse de proximité à la grande distribution » glisse Philippe. Dix-neuf salariés animent désormais l’entreprise, qui compte huit personnes à la production. « Nous avons aussi pour tradition de former des apprentis. Ils sont quatre actuellement dans les différents métiers » explique le dirigeant.

« Nous avons aussi pour tradition de former des apprentis. Ils sont quatre actuellement dans les différents métiers. » Reinhardt est un label dans le secteur sarrebourgeois, mais aussi au-delà, puisque le traiteur rayonne sur la Moselle et l’Alsace voisine. « Nous sommes des défenseurs des produits régionaux et visons la qualité. Pour notre fuseau lorrain et nos conserves nous avons même déposé la marque Le Donon. Ces produits phares ne composent cependant qu’une partie de notre offre, qui dans son ensemble se place sous le signe de l’exigence d’artisans du goût que nous sommes » indique Philippe. L’ouverture d’un Center Parcs dans le secteur est jugée positive et déjà les Reinhardt sont résolus à faire découvrir les produits de leur savoir-faire aux visiteurs venus de tous les horizons. Une autre façon de les fidéliser en Moselle. Par le palais !

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Des services utiles et dynamisants 86 L E S A R T I S A N S D U P R O GR È S

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Chapitre 13 La Moselle reste originale des métiers. Il résulte de cette approche différente et sans doute plus pragmatique, qu’en Moselle, la Chambre de Métiers est un établissement public dont l’institution est de droit. Elle est chargée de la représentation des intérêts généraux du Secteur des métiers auprès des pouvoirs publics. Une caractéristique originale, qui résulte des conditions de sa fondation et de l’esprit qui a guidé le pouvoir allemand de l’époque et manifestement plus soucieux d’établir un équilibre entre mondes des métiers et de l’industrie.

En France, les Chambres de Métiers sont les organes représentatifs des intérêts généraux des Métiers. Au sens de la Loi locale d’Alsace-Moselle, la Chambre de Métiers n’est pas un cercle de travail facultatif. Elle s’impose de droit et son caractère représentatif s’étend à l’ensemble du Secteur des métiers.

Renaud Dutreil, Secrétaire d’état, en visite au CFA Camille Weiss (Forbach) en compagnie du Président Pierre Streiff.

Les ministres s’y succèdent. Parfois même un Président de la République l’honore de sa visite. Mais toujours les pouvoirs publics se préoccupent de ce que fait la Chambre de Métiers et de la manière dont prospèrent ses clients. Véritable pouls de l’économie de proximité, qui maille les territoires et leur confère le dynamisme et la vie, la Compagnie consulaire est en même temps sous la surveillance de l’État. Car l’un de ses représentants, le Préfet ou son délégué y incarne la tutelle, qui accompagne le statut d’établissement public. Puisqu’elle lève l’impôt, il est naturel que la puissance publique s’enquiert de son bon et juste emploi. Pourtant cette tutelle, plus que d’être ressentie comme une épée de Damoclès, est plutôt comprise comme une sorte de label. Une reconnaissance étatique qui légitime l’action consulaire et offre à ce corps intermédiaire, l’aura et la capacité d’action au service de l’Artisanat. L’organisation, le fonctionnement, les missions des Chambres de Métiers, sont inscrits dans leurs statuts et résultent de l’esprit qui a conduit à leur création. Cependant, ceux qui s’interrogent à propos des Chambres de Métiers et de leur efficacité, même parfois parmi les artisans, sont encore nombreux. Il n’est donc pas inutile de revenir sur

Logiquement cette différence d’approche engendre une incidence sur l’ensemble de la Chambre de Métiers, en commençant par sa constitution. En France de l’intérieur, la Compagnie est constituée par 24 chefs d’entreprise immatriculés au Répertoire des Métiers représentant les activités relevant de l’artisanat, chaque électeur votant dans sa catégorie et 12 membres représentants les organisations syndicales du monde des métiers élus par l’ensemble des électeurs. Rien de semblable en Alsace ou en Moselle. Jusque récemment, la Loi locale disposait que les élus de la Chamles fondamentaux, surtout en cette seconde décen- bre (26 membres titulaires et autant de membres nie du XXIe siècle qui s’annonce porteuse d’une suppléants) étaient désignés par les Corporations profonde révision consulaire. et les associations ou syndicats représentatifs des métiers. Ce régime électoral particulier a été En France, les Chambres de Métiers sont les orga- modifié par un décret du 5 décembre 2008 qui sera nes représentatifs des intérêts généraux des métiers appliqué à l’occasion des prochaines élections préde leur circonscription. Établissements publics vues en octobre 2010. Désormais tous les ressorcréés par décrets, leur marche en avant a com- tissants de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat mencé avec la Loi de 1925. Soit un quart de siècle de la Moselle pourront participer au vote. Les élus après que l’Alsace-Lorraine eut elle-même pris en resteront toutefois désignés par les Corporations main l’avenir de son artisanat à travers une telle ou les syndicats professionnels représentatifs, ce Chambre de Métiers. Car comme nous l’avons lon- qui garantira une forte implication de ces instanguement mis en évidence dans la deuxième partie, ces dans la définition de la stratégie politique de la les trois départements revenus à la Nation après compagnie consulaire. 48 années d’annexion par l’Allemagne, ont fortement profité d’une autre conception de l’économie Les membres de la Chambre de Métiers et de l’Artiartisanale et de son rôle dans la société. De ce fait, sanat se réunissent en Assemblée plénière (AssemAlsace et Lorraine (entendez la Moselle) ont, dès blée Générale en France de l’intérieur). Celle-ci élit 1900, disposé d’une Chambre de Métiers, dont le un Président et les membres du Comité Directeur rôle consistait à représenter les intérêts des métiers. (bureau en France de l’intérieur) composé de Vous ne percevez pas la nuance ? Allons plus 12 membres. C’est le Comité Directeur qui assure avant. Au sens de la Loi locale d’Alsace-Moselle, la gestion courante de la Chambre dans le cadre la Chambre de Métiers n’est pas un cercle de tra- du budget et des orientations générales fixés par vail facultatif. Elle s’impose de droit et son carac- l’Assemblée. Leurs réflexions et leurs décisions sont tère représentatif s’étend à l’ensemble du Secteur nourries par le fruit du travail de commissions.

Pierre Streiff accueille Alain Griset, Président de l’Assemblée Permanente des Chambres de Métiers (APCM).

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La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle, organisme de droit public est soumise à l’approbation de certaines de ses décisions par l’autorité de tutelle représentée par le Préfet du département. Par ailleurs, l’État désigne un Commissaire du gouvernement près la Compagnie. Celui-ci dispose de pouvoirs étendus pour contrôler l’activité et les décisions de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat. Il participe de droit à toutes les réunions de ses instances. Cette présence est le pendant logique du pouvoir de réglementation autonome dont dispose les Compagnies en Moselle et en Alsace. Ce qui leur vaut d’ailleurs de conserver leurs prérogatives et leur existence dans un avenir proche qui conduit le monde consulaire à s’organiser de façon régionale. La Moselle sera présente en Chambre régionale, mais conservera ses capacités de choix stratégiques et ses moyens. Continuons la démonstration. Lorsque la France choisit de créer des Chambres de Métiers, elle entend regrouper un ensemble d’activités disparates dont les entreprises sont de taille plutôt modeste. L’organisme de droit public étant dédié à la représentation de leurs intérêts. Car le plus souvent, et malgré leurs activités qui confinent parfois à l’industrie, les entreprises artisanales n’en relèvent pas. La Compagnie consulaire devient donc le porte-parole du Secteur des métiers. Une approche plutôt minimaliste de la question, si l’on compare cet état de fait national à ce qu’à mis en place le Droit local. En Moselle et en Alsace, le texte assigne à la Chambre de Métiers l’obligation de représenter les intérêts généraux des métiers. Alors que la loi française assied la compétence consulaire sur des personnes, la loi locale la fonde sur le « Handwerk ». En français le « métier ». À travers cet ensemble économique, la Chambre exerce son influence sur les personnes et les entreprises. La loi locale règlemente d’ailleurs très sérieusement le « Handwerk », qui réunit sous un même concept une catégorie professionnelle, un état et un niveau de qualification technologique. Ce « Handwerk » est conçu comme un phénomène à la fois économique et sociologique, qui subit au fil du temps des transformations. Représenter les intérêts généraux du « Handwerk » engage la Chambre de Métiers à suivre l’évolution, à veiller à l’adaptation et

à l’actualisation. « Elle doit aussi garantir dans le temps, les qualités essentielles et durables qui le caractérisent et le rattachent à l’homme dans son génie, son savoir-faire et sa culture » écrivait Ernest Meyer, Président de la Chambre de Moselle en…1975. En 2010, il n’y a rien à retrancher à ces lignes, qui au contraire paraissent même très actuelles et dont le message est indispensable à qui veut développer l’économie en Moselle. Au fil des 110 années qui viennent de s’écouler, le règlement électoral a maintes fois évolué. La Chambre d’Alsace-Lorraine est créée le 6 décembre 1899 et le premier règlement électoral est daté du 21 décembre de la même année. Des instructions complémentaires suivent en 1908 afin de préciser les modalités d’organisation de l’élection. Le 23 novembre 1923, les trois départements étant revenus à la France. Les Chambres de Métiers n’existent pas dans le pays, mais elles sont provisoirement maintenues dans les terres fraîchement retrouvées. En juin 1924, une loi rend ce maintien définitif et une simple traduction des textes allemands sert de règlement électoral. La seule différence tient à la prise d’autonomie de la Compagnie mosellane. Il faut ensuite attendre le 3 octobre 1983 pour que le texte soit réécrit. Il s’agit en réalité de favoriser une meilleure représentativité territoriale au sein de l’Assemblée plénière. Afin d’éviter que les membres de la Chambre ne soient que des élus des grandes agglomérations, le nouveau règlement impose une représentation des territoires. Chaque arrondissement est, à partir de cette date, représenté par un membre élu et un suppléant, a minima. Le changement suivant intervient le 23 janvier 1996. Un arrêté précise alors que sont éligibles les chefs d’entreprise et les représentants des personnes morales. La situation des dirigeants sociaux, dont l’éligibilité avait été contestée est ainsi affirmée. Le nouveau texte permet aussi aux sociétés d’être représentées par une autre personne que le dirigeant. Un décret étend à l’Alsace-Moselle, le 25 août 1999, la réforme de la durée des mandats. Ils passent de six à cinq ans et le renouvellement des membres s’opère désormais en totalité au lieu de l’ancien système qui prévoyait un renouvellement de moitié à mimandat. C’est une réforme a minima, qui n’ouvre le droit de vote qu’aux membres des Corporations, mais empêche les personnes exerçant dans

des métiers où il n’existe pas de Corporation de se présenter. Enfin ceux qui font partie d’une organisation non corporative, en sont aussi le plus souvent écartés en raison d’un effectif insuffisant. Pour compléter un décret, un texte prévoit le vote par correspondance et rend éligibles, les représentants originaires de l’Union Européenne. Après les élections de 2005, la Chambre de Métiers engage une action destinée à moderniser son système électoral. Après une longue période de négociations et de concertation, un décret paraît le 5 décembre 2008. À partir de cet instant, tous les ressortissants de la Compagnie peuvent participer à l’élection. Les organisations professionnelles créées dans

les métiers où il n’existe pas de Corporation peuvent présenter des candidats. Les conjoints d’artisans et les représentants de métiers dans lesquels il ne peut exister d’apprentis peuvent maintenant figurer sur une liste. Les différentes branches professionnelles devront être représentées en fonction de leur poids respectifs. Cette réforme-là est sans doute la plus importante jamais intervenue dans l’organisation des élections consulaires. Elle sera très prochainement mise pour la première fois en application, conférant ainsi à la future Assemblée plénière une plus large représentativité. Donc une légitimité plus en phase avec l’état du secteur dans le département.

1. Sur la colline Sainte-Croix de Metz, le Président Ernest Meyer, en compagnie du Préfet Jean Brenas, accueille le Secrétaire d’état Maurice Charlier à l’ISNA. 2. Marlyse Lebranchu, Secrétaire d’état, entre Nathalie Griesbeck et Pierre Streiff, visite les locaux consulaires.

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GILLES SOMME — la marche en avant du fabricant d’escaliers Il aurait pu se contenter de rejoindre l’entreprise familiale et d’y accomplir sa formation. Gilles Somme a choisi le parti de la difficulté et de recherche de la perfection. Il s’en est allé, comme Compagnon du Tour de France, avant de revenir en Moselle prendre la direction de la menuiserie et lui appliquer les préceptes et les gestes de l’excellence. Sur la zone d’activité de Dieuze, en rive de route de Saint-Avold se dressent désormais les Escaliers Somme. Un bâtiment tout neuf, qui par son bardage de bois et de métal annonce la couleur. Cinq ans après son installation à cet endroit, l’ancienne menuiserie familiale qui a vu le jour à Bourgaltroff en 1928 a résolument changé de pas. Elle n’a cependant pas abandonné les fondamentaux. Loin s’en faut. D’ailleurs le parcours de formation de son dirigeant en atteste. « Je suis parti pour sept ans de Tour de France en tant que Compagnon et j’y ai tout appris. Y compris de m’y forger l’esprit » explique Gilles Somme. À l’école de la perfection et de l’exigence maximale de savoir-faire Gilles en a eu tout son saoul. « C’est ainsi que je me suis construit au fil des expériences dans différentes entreprises. C’était à la fois très exigeant et riche sur le plan humain. Je me souviens de cette expérience à Six-Fours-les-Bains dans le Midi, où le maître était d’une intransigeance totale. Sur le moment cela a été dur à vivre, mais je reconnais que je lui dois beaucoup. On m’avait prévenu en me demandant si j’avais un moral d’acier. J’avais répondu que j’étais un optimiste » conte Gilles.

« Je suis parti pour sept ans de Tour de France en tant que Compagnon et j’y ai tout appris. Y compris de m’y forger l’esprit. » Ce parcours de formation le mène ensuite à Limoges : « Pour y accéder on m’a demandé si je maîtrisais la technique du lamellé-collé. J’ai répondu oui, mais j’ai dû en apprendre les bases en deux semaines intensives. Ensuite je n’ai pas pratiqué, mais n’ai rien oublié. » En 1987, il revient et pose son sac à Bourgaltroff avec une idée en tête : fabriquer des escaliers. Car jusque là la menuiserie familiale était généraliste. « Tout a commencé par une expo à la Foire de Nancy et le succès a très vite suivi. » Gilles a choisi le bon créneau, qui au surplus est une technique qu’il a cultivée durant son compagnonnage. En quelques années l’entreprise artisanale passe de 7 à 25 salariés. « Désormais nous réalisons 500 escaliers par an » se réjouit le dirigeant. Il emploie d’ailleurs d’autres compagnons, ainsi que des apprentis, s’obligeant à assurer la transmission du savoir, tout en produisant dans une grande exigence de qualité. Et comme l’escalier n’est pas seulement un vecteur d’échanges entre deux niveaux, Gilles y adjoint des équipements complémentaires et travaille ses conceptions en associant bois, verre, métaux. L’escalier élément central de décoration s’entoure de tout un environnement qui permet de valoriser l’espace. Sa clientèle est largement régionale et s’étend bien au-delà depuis que Gilles a développé un point de vente-pose à Paris. Sur place à Dieuze il travaille avec ses partenaires spécialistes du verre ou de l’inox afin de répondre aux attentes de sa clientèle et des exigences de la mode. « Nous mettons tout en œuvre pour concevoir les escaliers avec nos clients, de façon à ce qu’ils se les approprient. Nous travaillons des bois de la grande région et faisons en sorte de valoriser nos rebuts. Grâce à cela nous sommes autonomes en chauffage. » Défenseur d’une filière bois lorraine performante, Gilles siège à Gipeblor et est membre d’un réseau européen de fabricants d’escaliers. Ce n’est pas une marche qu’il a franchie, mais toute une volée d’escaliers !

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Chapitre 14 Qualification : La valse hésitation hexagonale

Le monde consulaire d’Alsace-Moselle se bat, pour une règlementation de l’accès aux professions. Il s’agit pour les responsables consulaires du moyen d’assurer la pérennité du métier et la protection du consommateur. Pourtant, malgré promesses et visites ministérielles, rien ne change. Chargée de représenter les métiers, la Chambre éponyme de Moselle est légitimée par la France, en 1918 d’abord, puis en 1923 lorsqu’elle devient autonome. Ensuite, malgré les accidents successifs de l’histoire, la mission n’a pas été remise en cause, Quoique bien calé dans sa logique qui résulte de ses lois fondatrices, le dispositif consulaire d’Alsace-Moselle se bat bec et ongles, pour une règlementation de l’accès aux professions. Il s’agit pour les responsables consulaires du seul moyen d’assurer la pérennité des métiers et la protection du consommateur. La Loi Raffarin de 1996 tente d’aller dans ce sens, mais pas forcément jusqu’au bout, illustrant au passage, à quel point il est difficile de conjuguer deux cultures : celle du Droit local, plus haut longuement évoqué dans son esprit d’une part, et celle du Droit français toujours porteur des thèses physiocrates. D’un côté l’organisation, la structuration, les règles et une exigence de qualité, de l’autre le laisser-faire, en encadrant, mais pas trop et à l’arrivée parfois bien des déconvenues.

L’exigence de la qualité a toujours été recherchée par le secteur artisanal.

La bataille est permanente, puisque dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le rétablissement de la liberté de commerce et d’industrie pose en filigrane la question de l’Artisanat et de son statut. Les Chambres de Métiers sont saisies de cette affaire. Elles rédigent un contre-projet

en essayant de définir l’Artisanat par rapport à la qualification. Il faut attendre une décennie pour qu’en émerge une loi prévoyant que pour exercer les métiers, il faut être qualifié. Las, le texte n’est jamais appliqué ! Quand au début des années 70, l’ancien Maire de Tours et Ministre Jean Royer fait voter la Loi d’orientation du commerce et de l’artisanat, un espoir naît. Mais la proposition de soumettre l’exercice d’une activité artisanale à une qualification est rejetée. On se souviendra surtout de la Loi Royer, pour avoir été celle qui a organisé… l’urbanisme commercial et généré ses vices et ses dérives. Les Alsaciens-Mosellans ne se lassent cependant pas et, dès le début des années 90, n’ayant pu aboutir avec leur projet liant l’installation à la qualification, ils imaginent une approche plus souple et ménageant la liberté du commerce et de l’industrie. Le succès n’est pas au rendez-vous et quand Alain Madelin, devient Ministre de l’Artisanat, l’espoir renaît. Car quoique très libéral, l’homme politique n’est pas opposé à un dispositif qui lierait l’installation artisanale à la qualification, mais en limitant sa portée aux entreprises de moins de onze salariés. Le Ministre quitte son fauteuil avant que, quoi que ce soit de tangible, n’émane de la réflexion initiale. Au passage rappelons que le même Alain Madelin n’avait guère épargné les Chambres de Commerce et d’Industrie. Réunies en Assises à Lille, elles avaient été sommées de se réorganiser, sous la menace à peine voilée, d’une refonte d’autorité ! Finalement rien ne change et si Jean-Pierre Raffarin donne le sentiment d’écouter les gens de l’Est et leurs arguments, la loi qui porte son nom est bien votée en 1996, mais doit attendre deux ans ses premiers décrets d’applications. Ils sont désolants pour le monde consulaire. La qualification requise pour s’installer dans les métiers est ravalée au seuil minimal et les Chambres de Métiers se voient refuser le droit de contrôler la qualification des entreprises qui se créent. Plus dur : la Compagnie ne peut refuser d’immatriculer l’entreprise au Registre des Métiers ! La seule consolation vient du strict encadrement de la notion d’Artisan ou de Maître artisan et de la répression d’un emploi dénaturé que cela inclut. Au détour du XXIe siècle rien ne bouge et il faut le retour de Jean-Pierre Raffarin, cette fois Premier Ministre, pour que se mette en chantier la Loi d’orientation de l’artisanat et des PME.

Renaud Dutreil, alors Secrétaire d’État fait halte au CFA de Forbach. S’il entend bien la demande pressante qui lui est faite, il n’y donne pas suite. En Chambres de Métiers, une fois de plus le soufflé retombe. Aussi, lorsque Renaud Dutreil revient aux affaires en tant que Ministre de plein exercice cette fois, les consulaires d’Alsace et de la Moselle, infatigables, tentent à nouveau de convaincre. Malgré sa venue aux Assises de l’Artisanat d’Alsace en 2006 et les échanges chaleureux, l’affaire n’ira pas plus loin. La France demeure bien ancrée dans sa conception et en 2008 l’instauration du statut d’Auto-entrepreneur est considérée comme une véritable régression par le monde des Chambres de Métiers. Car si le dispositif convainc bien des personnes souhaitant s’installer, il va à l’encontre de l’exigence de qualification formulée de façon continue par les Chambres de Métiers. Pire, il prive la Compagnie de tout contact avec ces créateurs, puisqu’ils ne sont pas immatriculés au Répertoire des Métiers. Non seulement la Chambre de Métiers voit lui échapper ces entreprises et leurs contributions, mais leur présence sur le marché vient troubler le jeu économique déjà très tendu. Même si ces Auto-entrepreneurs ne témoignent que d’une durée de vie professionnelle courte, les dégâts qu’ils génèrent parfois pour se faire une place engendrent des conséquences graves pour les entreprises artisanales. Il est aisé de comprendre la défiance du monde consulaire à cet égard, lui qui plaide et travaille depuis 110 ans, à élever le niveau de ses entreprises ressortissantes, pour qu’elles incarnent la relève de l’économie mosellane et sa dimension humaine. Cela n’empêche d’ailleurs pas la Compagnie de tenter de leur apporter un service. Soucieuse de répondre aux attentes des porteurs de projets, la Chambre de Métiers propose un nouveau rendez-vous qui s’adresse à toutes les personnes désireuses de choisir le statut d’Auto-entrepreneur, ou ayant déjà franchi cette étape. Il s’agit d’une journée d’information et d’aide à l’Auto-entrepreneur. Elle doit lui permettre de comprendre les obligations réglementaires, fiscales, sociales, administratives et financières liées à ce statut et de trouver des repères qui lui permettront d’aborder son activité en toute connaissance et dans les meilleures conditions.

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Mickaël Marx — la sculpture sur bois chevillée au corps Grand, longiligne, il avait toutes les qualités pour être champion de course sur haies. Il a renoncé à ce brillant avenir sportif pour adopter le métier de son père. Un autre parcours d’obstacles, qui le conduit à être ébéniste. Mickaël Marx se présente au Bac pro, la passion de la sculpture sur bois chevillée au corps. Tempérament d’artiste et en particulier de dessinateur, Mickaël Marx fréquente son collège de Kédange-sur-Canner jusqu’à la troisième, puis décide d’obliquer vers…l’apprentissage. Comme le papa dirige une entreprise artisanale d’ébénisterie à Monneren et que manifestement il perçoit en lui sa fibre pour le bois et son travail, Mickaël rejoint le lycée de Neufchâteau, où il passe son CAP. Il renoue ensuite avec sa Moselle natale pour s’engager à Metz, dans sa préparation au Bac pro. « J’aime le côté créatif et ce rapport au bois qui se cultive chez nous de A à Z. En partant du produit brut, nous menons tout de la conception à la réalisation en passant par une phase de création » confie Mickaël. Aujourd’hui, il accomplit la phase d’alternance de sa formation chez son père, mais il rapporte : « C’est le meilleur moyen d’apprendre, car on confronte sans arrêt la théorie aux exigences de l’entreprise et de la clientèle. Le patron de l’entreprise vosgienne où j’avais travaillé lorsque j’étais à Neufchâteau, m’a proposé de revenir chez lui. » La preuve qu’entre Mickaël et son maître la relation a été favorable et que l’artisan a discerné chez notre jeune mosellan, les qualités et le tour de main. S’il confesse que l’ébénisterie n’est pas un métier facile, en même temps Mickaël se prend au jeu et il reconnaît « à l’école on n’apprend pas les problèmes générés par la pose, en revanche avec le bac pro, le jeune est prêt à travailler. En tout cas, c’est un mode de vie qui me plait et une perspective de vie intéressante, parce qu’on essaye de créer. »

« En partant du produit brut, nous menons tout de la conception à la réalisation en passant par une phase de création. » Au collège ses anciens camarades ont plutôt pris le parti de poursuivre vers le bac, ne manquant pas de lui faire remarquer qu’il avait choisit une filière au rabais. Ce dont se défend Mickaël : « Avec 13 de moyenne je n’étais pas un mauvais élève. Ce n’est pas par dépit que j’ai opté pour l’apprentissage, mais parce que j’avais envie de quelque chose de pratique et de créatif. » Avec une sœur vouée à la fonction commerciale au Luxembourg et un frère organisateur d’événements, Mickaël est le seul de la famille à avoir choisi de marcher sur les traces de son père. « Pour autant on ne se marche pas sur les pieds à l’atelier. Mickaël sculpte dans son coin et nous nous épaulons lorsque cela est nécessaire » déclare son papa, qui n’en est pas à son premier apprenti. La différence, c’est que Mickaël est son fils. Un brin de fierté en plus.

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Chapitre 15 Missions tous azimuts

Outil de simplification administrative, le Centre de Formalités des Entreprises (CFE) de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat permet aux artisans et futurs artisans, d’effectuer en un seul lieu, toutes les déclarations liées à la création, à la modification ou à la cessation d’activité. Il ne s’agit que de l’une des missions pratiques de la Compagnie consulaire qui se déploie tous azimuts.

Tel un leitmotiv, Pierre Streiff, Président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle scande : « Formez des apprentis ! » Il fustige au passage ceux d’entre les siens, qui ne s’adonnent pas suffisamment à l’indispensable transmission du savoir. Le Président incarne ainsi, à travers sa croisade permanente, l’une des actions majeures de la Compagnie : la formation professionnelle ! L’une des très nombreuses missions de la Compagnie. Car selon l’élu, il faut former pour offrir de la main d’œuvre qualifiée et contribuer ainsi à assurer la relève des maîtres de demain. Le parcours de formation consulaire a ceci de passionnant et de gratifiant qu’il permet à l’apprenti de devenir chef d’entreprise. Une véritable filière de formation pour des parcours professionnels variés et dynamiques. Pour assumer cette fonction formatrice, la Compagnie s’est dotée des outils nécessaires et des formateurs qui les animent dans les différentes spécialités propres au territoire mosellan. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle est aussi allée plus loin, en assumant son rôle auprès de toutes les instances qui s’occupent de formation professionnelle, lorsque ses métiers sont concernés.

La CMA 57 joue aussi pleinement son rôle représentatif dans le domaine économique en siégeant dans de très nombreux organismes. Sur le terrain social aussi, la Compagnie assure sa présence auprès de la Caisse Régionale d’Assurance Vieillesse, mais aussi à la CAF. Dans les commissions d’attribution des aides en faveur d’artisans âgés, comme au Comité départemental des prix ou aux commissions départementales des impôts, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat intervient partout où sa mission de représentation l’engage. Au total, les mandats des élus consulaires sont très nombreux et permettent à la Compagnie de faire entendre sa voix dans tous les cercles. Donc de s’employer à y faire prévaloir les intérêts de l’Artisanat.

La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle a en charge depuis toujours, la tenue du Registre des Métiers. Toutes les entreprises, dont l’objet porte sur la production, la transformation et la réparation de biens, ou bien encore sur la prestation de services à caractère matériel, sont tenues de se faire immatriculer. Cet acte est obligatoire pour toutes les entreprises quels que soient leur taille et leur statut juridique, contrairement à ce qui se passe dans le reste du territoire national où les entreprises de plus de dix salariés sortent du Secteur des métiers. Le Registre alsacien et mosellan a permis de tenir compte de la croissance des entreprises artisanales, tout en les maintenant dans le giron des métiers. Hormis les bénéficiaires du statut de l’Auto-entrepreneur, l’inscription auprès de ce Registre est obligatoire, conformément aux dispositions de l’article 19 de la Loi de juillet 1996. Les formalités d’inscription, de modification ou de radiation à ce Registre s’effectuent par l’intermédiaire du Centre de Formalités des Entreprises (CFE) de la Compagnie consulaire de la Moselle. C’est le Registre des Métiers qui attribue les qualités d’Artisan et d’Artisan maître. N’est, en effet, pas artisan qui veut ! Seule la satisfaction de conditions réglementaires permet à leurs utilisateurs de se prévaloir de la qualité d’Artisan ou d’Artisan maître, et d’utiliser les logos qui leur sont rattachés. La qualité d’artisan est reconnue de droit par le Président de la Chambre de Métiers aux personnes physiques, y compris les dirigeants sociaux des personnes morales, qui justifient d’un Certificat d’Aptitude Professionnelle ou d’un Brevet d’Études Professionnelles délivré par le Ministre de l’Education nationale. Un titre homologué d’un niveau au moins équivalent dans le métier exercé ou un métier connexe ou une immatriculation d’au moins six ans dans le métier ouvrent également droit à cette reconnaissance. Le Centre de Formalités des Entreprises, créé au milieu des années 1970 saisit les déclarations et les transmet en lieu et place du déclarant aux organismes destinataires. Un service précieux pour tout créateur ou développeur. Outil de simplification administrative, le CFE de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle permet aux artisans et futurs artisans d’effectuer en un seul lieu, toutes les déclarations liées à la création, à la modification ou à la cessation d’activité.

La Plate-Forme multiservices de Metz : offrir en un même lieu des réponses à toutes les sollicitations des artisans.

Grâce au Registre des Métiers, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle est en mesure d’effectuer des enquêtes, de conduire des études statistiques et d’avoir, en temps réel, une bonne connaissance des évolutions et mouvements de l’Artisanat. Donc de caler sa politique en fonction de ses besoins et attentes, mais aussi le plus souvent d’anticiper des mouvements sur les terrains technologiques, en matière d’évolution économique, ou comme cela se fait désormais sentir de façon pressante en ce qui concerne la transmissionreprise d’entreprise. Que ce soit par des actions individuelles personnalisées ou des programmes d’actions collectives, la CMA 57 informe et conseille les porteurs de projet et les chefs d’entreprise, à toutes les étapes de la vie d’une entreprise : création, reprise, développement, transmission. Elle propose également des conseils individuels dans les domaines juridiques, sociaux, financiers ou bien encore environnementaux.

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Nassim Benyettou — la pâtisserie pour péché mignon Nassim avait plus envie de travailler que d’étudier. Et surtout, il cachait un appétit sans limite pour la pâtisserie. Un plaisir des sens qui s’est développé très jeune chez lui en observant sa maman et qui est devenu son projet professionnel.

« Ce qui me pousse le plus, c’est bien mon goût pour l’alimentaire. » Alléché par la perspective de devenir un jour chef de partie pâtisserie dans un restaurant, Nassim a choisi de transformer sa passion pour les délicatesses en métier. À 16 ans, ce grand jeune homme a intégré le Centre de Formation d’Apprentis Ernest Meyer de Metz, où il s’emploie à obtenir son CAP. Pour en arriver là, il lui a cependant fallu en passer par le Dispositif d’Initiation aux Métiers par l’Alternance (DIMA), mais aujourd’hui il rêve déjà de BTM en pâtisserie et même de Mention Complémentaire pour parvenir à ses fins : intégrer un restaurant en tant que chef pâtissier. En attendant, le jeune homme ne manque ni de conviction, ni d’ambition. Pour autant, il ne réfute pas les difficultés de l’apprentissage : « Moi j’aime ce travail, je le prends comme une chance, pas comme une contrainte et lorsque mon patron de l’avenue de Nancy à Metz, hausse la voix pour se faire entendre du laboratoire, je sais retenir ses conseils qui percent derrière l’exigence. J’apprends mon métier au milieu de trois apprentis et ma motivation est totale. » Chez Nassim, l’alchimie de crèmes, de chocolats et l’appareillage des pâtes est quasi innée. Pourtant dans sa famille, hormis sa maman, personne ne s’adonne à cet art. « J’aimais observer ma mère confectionner des pâtisseries à la maison et j’adorais les déguster. Si bien que j’ai fini par m’y mettre aussi. Je suis incroyablement gourmand de ces produits sucrés » confesse Nassim. Un garçon qui a choisi de transformer la passion de ses papilles en métier de passion. Mais, Nassim n’est pas qu’un homme de laboratoire. Il confie adorer la nature « pour observer. Quand je vais au bord de l’étang, c’est un pur moment de bonheur. Mais ce qui me pousse le plus, c’est bien mon goût pour l’alimentaire. » Une double approche, qui nous annonce des consommations futures aussi savoureuses que compatibles avec les exigences du développement durable. Pour faire durer le plaisir en bouche !

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Chapitre 16 Formation : des filières et des outils

Former par l’alternance en offrant des parcours complets. Tel est le leitmotiv de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat. Pour développer la qualité de l’apprentissage, elle a créé trois Centres de Formation d’Apprentis et, en collaboration avec le Syndicat du Bâtiment et des Travaux Publics de la Moselle, un Centre de Formation d’Apprentis à Montigny-lès-Metz.

L’apprentissage, une des clés de la réussite professionnelle.

avec le Service Formation Continue et Enseignement Supérieur (SFCES) qui est en mesure de lui proposer des solutions cousues main. La CMA 57 propose aussi aux demandeurs d’emploi des Pour faire face au développement de ses activités contrats de professionnalisation, outils uniques en constante progression et afin d’améliorer la qui remplacent les contrats d’orientation, d’adapqualité de ses prestations, la Chambre de Métiers tation et de qualification. La formule s’adresse aux et de l’Artisanat engage un programme immobi- jeunes entre 16 et 25 ans ainsi qu’aux demandeurs lier ambitieux. Il est destiné à doter l’Artisanat de d’emploi de 26 ans et plus. Elle doit permettre de la Moselle d’infrastructures modernes, adaptées favoriser l’insertion ou la réinsertion professionà ses besoins et intégrant les dernières Techno- nelle des bénéficiaires à travers l’acquisition d’une logies de l’Information et de la Communication. qualification reconnue par la branche professionCe programme se concrétise par la construction nelle. Là encore, le parcours est fondé sur le prind’un bâtiment de 10 000 m² sur le Technopôle de cipe de l’alternance entre séquences de formation Metz. Ainsi, le Pôle des Métiers de Metz voit le et activité professionnelle. jour, regroupant alors en un même lieu l’ensemble des services de la Compagnie et plusieurs parte- Bien entendu dans tous les métiers des grands naires. La création du Pôle des Métiers de Thion- secteurs qu’elle recouvre, la CMA 57 propose des ville intervient cinq ans plus tard suivie de celui formations de base, puis des modules de formade Forbach qui reçoit la visite de Renaud Dutreil, tion continue. De la formation initiale à celle qui Ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du permet une réorientation professionnelle, voire Commerce, de l’Artisanat et des Professions libé- même l’intégration du Secteur des métiers pour rales. Le représentant de l’État est bluffé par ce qu’il des jeunes ayant suivi des cursus universitaires, la découvre et par les résultats engrangés par l’éta- Compagnie ne laisse rien en friche. Elle dispose blissement consulaire. Ainsi équipée, la CMA 57 de toute la gamme des possibilités de cours de ratdispose dans tout le département des moyens trapage pour apprentis aux stages préparatoires à nécessaires au développement de ses services de l’installation de chef d’entreprise, de conduite au conseil, d’assistance et de formation auprès de l’en- CAP dans un très large éventail de métiers, en passemble de ses publics. sant par toutes les spécialisations nécessaires à l’artisan installé. Sans oublier, bien entendu le Brevet Le tissu économique allemand qui réussit si bien, de Maîtrise, qui est un titre de la filière artisanale en particulier à l’exportation, présente l’originalité homologué de niveau III (niveau BTS). La formad’être composé de PME familiales ou de petites tion peut être suivie en formation continue (cours unités artisanales. Des entreprises qui recourent du soir) ou dans le cadre d’un contrat d’apprentistrès souvent à l’apprentissage pour se donner les sage. Les titres accessibles sont les suivants: Brevet moyens humains de leur performance et de la qua- de Maîtrise coiffure, boulangerie, pâtisserie, fleulité qui concourent à leur réussite. Cet enseigne- riste, esthétique. Les clés pour de nouvelles entrement professionnel, fondé sur l’alternance entre prises artisanales bien construites et pérennes, cours théoriques et parcours en entreprise est aussi parce que fondées sur la qualification de ses diricelui qui est promu et accompli par la CMA 57. geants, compagnons et apprentis. La Chambre de Forte de son expérience dans ses domaines pro- Métiers et de l’Artisanat de la Moselle joue un rôle fessionnels, elle propose une étude pédagogique déterminant en matière d’apprentissage. En 2010, et financière en vue d’un parcours individualisé de plus de 1 700 apprentis sont accueillis dans ces formation. Ce dispositif pédagogique est basé sur trois Centres de Formation d’Apprentis gérés par l’alternance et ce parcours est ajusté aux capacités la CMA 57 et situés à Metz, Forbach ou Thionville. du candidat. Il peut être réalisé sur un cycle d’un Avec ses 200 formateurs et collaborateurs, la an ou de deux ans. Afin d’optimiser ses chances Compagnie œuvre au développement quantitatif de réussir son projet professionnel, le jeune ou la et qualitatif de l’apprentissage. Une entreprise qui personne en quête de reconversion prend contact se traduit par des actions d’information auprès

a pour mission de renseigner les entreprises, les parents et les jeunes en matière d’apprentissage, et donc de faciliter leur orientation.

La mission prioritaire de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle est la formation professionnelle spécifique à chaque corps de métier. Pour favoriser son accomplissement, elle a créé un Centre régional de promotion et de qualification des Métiers de Lorraine géré en commun par les quatre Chambres de Métiers de Lorraine dès les années soixante. Elle ouvre ensuite un bureau à Sarreguemines, appelé aujourd’hui Espace conseil, offrant ainsi aux entreprises artisanales un service de proximité. Dans le souci de développer la qualité de l’apprentissage, elle crée trois Centres de Formation d’Apprentis (Metz, Thionville et Forbach) et, en collaboration avec le Syndicat du Bâtiment et des Travaux Publics de la Moselle, un Centre de Formation d’Apprentis à Montignylès-Metz. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle crée l’Institut Supérieur National de l’Artisanat (ISNA), en partenariat avec la Faculté de chirurgie dentaire de Nancy en 1979. L’ISNA forme des étudiants de toute la France. En trois ans, à temps plein, les étudiants en prothèse dentaire obtiennent un diplôme de haut niveau qui débouche immédiatement sur l’emploi. La création ultérieure du Centre d’aide à la décision (CAD)

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des jeunes et des familles, mais aussi par la mobilisation des artisans pour accueillir les jeunes en apprentissage. L’organisation de formations par apprentissage (600 000 heures de cours), la formation des maîtres d’apprentissage et la qualification des formateurs, ainsi que des actions pour améliorer la qualité de vie des apprentis ont constitué autant d’axes de développement. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle est un acteur majeur dans l’élaboration et l’accomplissement de formations répondant aux besoins de développement et de perfectionnement professionnel et managérial du secteur. Elle développe une filière de formation professionnelle qualifiante qui délivre des diplômes reconnus. Celle-ci s’organise autour de plusieurs titres que sont le Brevet de Maîtrise à destination des chefs ou futurs chefs d’entreprise artisanale ; le Brevet d’Assistant Dirigeant d’Entreprise Artisanale (ADEA) ; le BCCEA destiné plus spécifiquement au conjointcollaborateur et aux proches collaborateurs du chef d’entreprise ; le Brevet Technique des Métiers (BTM) à connotation technique et enfin le Certificat Technique des Métiers (CTM). Cette filière de professionnalisation donne un rôle prépondérant à la formation continue. L’offre actuelle est appelée à évoluer et à s’enrichir de nouvelles certifications pour les managers de l’artisanat et leurs salariés. La Compagnie édite chaque année, à l’intention de ses clients, un catalogue de ses formations continues, qui peut les guider en fonction de leurs besoins et projets.

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1. Depuis des décennies, les formations consulaires sont à la pointe de la technologie. 2. Le traiteur, une valorisation du savoir-faire alimentaire. 3. Alain Griset, Président de l’Assemblée Permanente des Chambres de Métiers (APCM) avec les apprentis boulangers.

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Alexis Teychon — en phase avec les courants faibles Alexis est revenu sur les traces de ses crimes. Mais c’est en maître de son savoir, qu’il intervient cette fois, pour permettre à la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle de retrouver la totalité de ses capacités de communication. L’ancien apprenti en électrotechnique est devenu chef de chantier. Avec une maman institutrice, Alexis Teychon aurait pu s’embarquer pour un parcours de longues études. Sauf, que l’étude n’est pas sa tasse de thé, mais que, pour autant, il n’a pas d’idée précise de ce qu’il pourrait entreprendre. « Parce que des amis avaient opté pour l’électricité, j’ai choisi cette voie.

« Moi en tout cas, je suis heureux, j’ai un bon boulot qui me plaît et est porteur d’avenir. » J’ai donc commencé par un CAP d’électrotechnique ici au CFA, puis j’y ai passé un Bac pro. Pendant ces quatre années, j’ai effectué mon apprentissage à l’entreprise Perrin. J’y ai tout découvert : le métier, la technique, les exigences de l’entreprise. Très vite il m’est apparu que mon choix était judicieux » déclare Alexis. Pour ce solide et tonique grand garçon au physique bien découplé, le déclic s’est produit. Il s’est piqué au jeu et s’est pris de passion pour la fibre optique, mais aussi pour les courants faibles. Des technologies avec lesquelles il est si bien en phase, qu’il a fini premier au concours général à la Sorbonne. « Il nous a fallu réaliser un câblage domotique et mon travail a été apprécié » se souvient le lauréat. Un professionnel qui ne se contente pas des reconnaissances de la Nation, mais qui veut aussi transformer son savoir en performance dans l’entreprise. Et cela marche, puisque l’entreprise Cottel qui l’emploie, en a fait un chef de chantiers tertiaires. À 23 ans Alexis n’est plus le même qu’à son arrivée au CFA. L’élève à la dérive est devenu un pro fier de ce qu’il accomplit. « Nous travaillons sur de gros chantiers hospitaliers pour y effectuer du câblage informatique. Moi en tout cas, je suis heureux, j’ai un bon boulot qui me plaît et est porteur d’avenir. Je n’ai même pas eu à rechercher du travail, grâce à la formation que j’ai suivie. Mais je dois aussi une fière chandelle à mon maître d’apprentissage qui m’a enseigné savoir-faire et savoir-être. Il avait des clients de haut niveau, chez lesquels il fallait savoir se présenter. Tout cela m’a servi. Trop souvent on m’a affirmé que l’apprentissage était pour les mauvais. Voyez le résultat ! » Spécialiste en fibre optique, il a contribué à l’arrivée de cette technologie dans certains quartiers de Metz, afin d’apporter aux abonnés qui en font le choix, une qualité de « triple play » de très haut niveau. Une offre qui réjouit Alexis, pas fâché d’être devenu le deus ex machina de notre internet rapide ou de la télé HD. Quand on vous dit que les courants faibles n’ont de faibles que le qualificatif ! C’est comme les apprentis.

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Chapitre 17 économie, 100 000 actifs dans la balance

Le Secteur des métiers en Moselle compte plus de 15 000 entreprises qui emploient 100 000 actifs dans 375 activités différentes. Ces entreprises ont réalisé 25 millions d’euros d’investissements en 2008. Cela ne se sait pas assez, aussi la CMA 57 s’estelle engagée dans une politique de communication qui balaye bien des idées reçues.

Les élus consulaires ont, en partie entre leurs mains et à travers les missions et représentations qui sont les leurs, une responsabilité de tout premier plan. Pour bien comprendre l’enjeu économique représenté par l’Artisanat, il faut avoir présent à l’esprit que le secteur compte en Moselle plus de 15 000 entreprises qui emploient 100 000 actifs. Ces entreprises ont réalisé 25 millions d’euros d’investissements en 2008. Un tiers des entreprises sont implantées en zone rurale et 80 % de l’activité qu’elles développent intervient sur un tissu local de proximité. L’Artisanat en Moselle est un secteur dynamique, pièce maîtresse du développement de la Lorraine. Réparties sur l’ensemble de la Moselle, les entreprises artisanales participent à l’équilibre et à la dynamique des territoires, dont certains ont bien besoin. Leur capacité à fournir des biens et services adaptés, couvre les besoins primaires, et leur contribution à l’emploi local concourt à la cohésion économique, sociale et culturelle. Véritable ciment social par le biais de la formation et de l’apprentissage, l’Artisanat mosellan sait conjuguer performance économique et responsabilité sociale. Une tradition inscrite dans les actes fondateurs de la Compagnie, voici… 110 ans !

Qualité, sécurité, proximité, sont des valeurs développées par l’Artisanat qui constituent des atouts économiques et caractérisent l’économie humaine et sociale. La qualité et le respect de l’environnement font partie des préoccupations des artisans. 60 % d’entre eux en font même une priorité et la CMA 57 encourage cette voie, qui dès aujourd’hui est porteuse de nouveaux créneaux. La responsabilité sociale se caractérise par la forte action de formation des nouvelles générations que l’Artisanat mosellan a toujours menée. Plus qu’une transmission de savoir technique, l’Artisanat mosellan opère un passage de ses valeurs. Il constitue à travers cette éthique, une école de la vie. Frontalier, l’Artisanat mosellan a tissé des relations avec ses homologues allemands et luxembourgeois. Sarre et Luxembourg sont de ce fait considérés comme de véritables marchés de proximité.

ces difficultés témoignent de la fragilité de l’entreprise. En pareille circonstance, le mot d’ordre de la CMA 57 est : « Ne restez pas seul ! » Évoquer ces difficultés est parfois tabou et peut être vécu comme un échec personnel, donc justifier le silence du dirigeant. Pourtant, il en va souvent de la pérennité de sa structure professionnelle et parfois de son bon équilibre personnel et familial, que de purger le mal. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle met à la disposition des artisans, des conseillers d’entreprise pour les aider à analyser leurs situations, formuler des préconisations et les épauler dans leurs démarches auprès des différents partenaires.

De l’idée et de l’envie jusqu’à l’installation de l’entreprise, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle propose des formations et un parcours d’accompagnement adaptés. Son offre comprend Chaque jour, beaucoup d’entreprises artisanales un entretien de positionnement et une formation mosellanes passent les anciennes frontières des pour créer l’entreprise : le Stage de Préparation pays, qui avec la France appartiennent à l’espace à l’Installation (SPI). Des modules de formation Schengen. Les marchés transfrontaliers sont une complémentaires sont disponibles, mais aussi réalité pour le Secteur des métiers, qui est ainsi un un accompagnement individualisé via le « Pack ensemble de pointe au service du rayonnement du conseil ». Un suivi post-création peut même être savoir-faire et de l’économie mosellane. La réparti- ménagé. Dans tous ces registres, la Compagnie tion des entreprises artisanales de la Moselle dans peut compter sur une large palette de partenaires les quatre grands secteurs d’activité, est plutôt spécialisés, dans tous les compartiments de la vie stable. Le secteur du bâtiment (37 %) et celui des de l’entreprise. Sur les terrains juridiques et finanservices (30 %) représentent plus des deux tiers ciers, mais également sur les plans techniques et des entreprises artisanales. L’alimentation et la organisationnels, la CMA 57 a tissé au fil des ans, production se partagent le dernier tiers. Avec une un véritable réseau qui est au service des entretelle configuration, les métiers de la Moselle dis- prises. Ce même réseau intervient dans l’acte de posent d’une force de frappe de tout premier plan, transmission-reprise d’entreprise. C’est d’autant qui s’est bien adaptée aux évolutions du paysage plus important qu’en raison du vieillissement économique. Raison de plus pour ne pas en perdre d’un grand nombre de chefs d’entreprise, l’avenir une miette et au contraire, pour faire prospérer ce de plus d’un tiers des entreprises artisanales de la patrimoine, tout en continuant à l’accompagner Moselle peut être mis en question dans les cinq ans dans ses évolutions. Les dirigeants des Très Petites à venir. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat Entreprises (TPE) sont pris par leurs activités et le de la Moselle a largement anticipé le phénomène plus souvent isolés, voire peu informés en matière et mis en place un dispositif adapté, qui fait appel de prévention et de traitement des difficultés que à tous les groupes d’experts indispensables. Elle leurs entreprises peuvent rencontrer. Problèmes organise aussi des Journées de la Transmissionde trésorerie, allongement des délais de paiements Reprise au plus proche des territoires. Et surtout, clients, recrudescence des risques d’impayés, rela- la Compagnie, intermédiaire de bon conseil et de tions difficiles avec la banque, baisse d’activité, l’un proximité, joue pleinement la confidentialité si ou l’autre de ces signaux, voire plusieurs d’entre importante lorsqu’il s’agit de céder son entreprise. eux, peuvent virer au rouge, sans que le l’artisan en ait vraiment conscience. Seules ou combinées,

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Rien ne sert de bien faire si on ne le fait pas savoir ! Consciente de l’ardente nécessité de la communication, la CMA 57 a entrepris une action de longue durée. Elle s’adosse autant à de grandes manifestations populaires, comme la Foire Internationale de Metz, qu’à des salons spécialisés. Cette présence affirmée du monde de l’artisanat et de ses savoir-faire suscite un excellent accueil du grand public. À travers ses campagnes aux slogans évocateurs comme « l’Artisanat, première entreprise de France» ou bien encore ses « Semaines de l’Artisanat» à répétition, elle contribue à l’évolution des esprits à propos du secteur qu’elle incarne et promeut. Très récemment, de grands caractères en différents matériaux ont décoré les 9 principales places de Metz, évoquant dans leur réunion le mot Artisanat. Une entreprise culturelle intéressante qui a surpris dans une cité qui accueille désormais son centre d’art contemporain. Même sur ce terrain, la Compagnie va de l’avant. D’ailleurs ne soutient-elle pas le concours des Métiers d’art, dont le projet est d’encourager les créateurs-artisans d’art à travailler et à vendre leurs œuvres ? Finalement l’Artisanat, tout le monde finit par en parler et surtout à y avoir recours pour satisfaire les besoins de l’existence. En clair, l’Artisanat est aussi naturel que la respiration ! Une autre réussite à mettre au crédit de l’action consulaire.

L’artisanat, un secteur qui ne cesse d’évoluer au fil des âges et qui recouvre quelques exemples avec le graveur sur verre, le cristallier, le sculpteur de marbre. Une exigence commune à tous qui se perpétue : la perfection et l’amour du métier.

En 2010, la CMA 57 a innové en promouvant le secteur du bâtiment par le biais des 9 lettres du mot « Artisanat » sur les principales places de Metz.

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Caroline Jacques — ne peigne pas la girafe Elle cultive le paradoxe, mais chez elle, il est productif. Devenue coiffeuse, primée sur le plan mondial, elle songe à se convertir en enseignante après avoir renoncé aux études et refusé d’endosser le même métier que sa maman. À 23 ans, à la tête d’un parcours qui plaide en sa faveur, Caroline Jacques n’a sûrement pas fini de surprendre son monde. « J’aurais voulu être prof de sport » se souvient Caroline, qui n’apprécie cependant, à l’époque, que très moyennement les bancs du collège. Sa maman exploite un salon de coiffure à Nilvange, mais pour autant, la perspective de s’occuper de la tête des clientes ne l’emballe pas non plus. Mais voilà, il faut bien effectuer un choix. Ce sera donc la coiffure via l’apprentissage. « Je me suis rendue au CFA de Thionville pour y passer mon CAP, puis mon BP, tout en effectuant l’alternance professionnelle dans le salon de maman » explique Caroline. Un univers dans lequel elle s’investit, tout en s’y sentant un peu à l’étroit.

« Je souhaite maintenant faire profiter les autres de ce que j’ai appris, découvert et pratiqué. » Son talent et son application vont cependant faire la différence et la propulser vers le haut de l’affiche. En 2006, elle intègre l’équipe de France de coiffure, est Championne de France de coiffure masculine l’année suivante et Championne du Monde de la même spécialité en 2008. Tout va si vite, que lorsque le Président de l’équipe de France lui propose de venir exercer chez lui, à Valbonne au dessus de Cannes, elle franchit le pas. La coiffure au sommet et au soleil, voilà un programme qui satisfait notre algrangeoise de naissance. Son BP en poche, elle voit l’avenir professionnel plutôt rose, mais un avatar familial l’oblige à renouer avec la vallée de la Fensch. Elle réintègre l’affaire familiale et s’engage dans la quête de son Brevet de Maîtrise. Elle projette donc de s’installer es-qualité ? Non, vous n’y êtes pas. Elle ambitionne de devenir enseignante : « Je souhaite maintenant faire profiter les autres de ce que j’ai appris, découvert et pratiqué. » Un paradoxe de plus chez Caroline ? Pas sûr, elle semble plutôt bien déterminée à accomplir ce qu’elle veut. Les cheveux ne lui avait déjà pas résisté, ce n’est pas son avenir qui se mettra en travers de ses projets. Car même si elle confirme « pour moi l’apprentissage a été le meilleur des choix », Caroline est résolue à mener sa vie sans s’en laisser conter. Ses actes parlent d’ailleurs pour elle tout comme sa détermination à se concentrer sur ce qu’elle entreprend. Tout le reste n’est donc qu’un levier entre les mains de cette jeune femme ambitieuse et qui sait s’en donner les moyens. Caroline ne peigne pas la girafe !

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Chapitre 18 Des services à forte intensité

Toutes les démarches en une seule main. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle s’est organisée et structurée pour offrir des réponses pratiques, rapides et efficaces aux artisans et à ceux qui ambitionnent de le devenir. Ses services à haute intensité mobilisent aussi l’expertise lorsqu’elle s’avère indispensable.

Toute l’année, la CMA 57 organise des rendez-vous sur le territoire mosellan pour les artisans et /ou porteurs de projets.

Soucieuse de réorganiser ses forces et d’en consacrer les capacités d’expertise en faveur des ressortissants qui souhaitent se développer ou des porteurs de projets voulant créer leur entreprise, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle a créé en 2005 sa Plate-Forme d’accueil Multiservices. Il s’agit rien moins que de répondre à la volonté des élus de la compagnie consulaire d’améliorer l’efficacité des prestations à destination de tous ses clients. Pour cela, il a fallu refondre les locaux du Pôle des Métiers de Metz, mais également repenser l’organisation des services. Réunis en une seule main, dans un espace convivial et adapté, les spécialistes de la relation avec les ressortissants et les aspirants artisans sont ainsi en mesure de répondre à l’essentiel de leurs attentes, sur les plans juridique, économique, organisationnel, social. Et si d’aventure, le dossier de la personne s’avère plus complexe ou s’il requiert une expertise plus fine, une rencontre avec un spécialiste est organisée. Mais pour l’essentiel, la Plate-Forme et ceux qui la servent sont en mesure de répondre quasi immédiatement à toutes les questions formulées par les chefs d’entreprise ou ceux qui souhaitent le devenir. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat

de la Moselle accueille dans un cadre moderne et professionnel et assure ainsi, dans une relation de proximité, la mise à disposition des informations indispensables à la préparation du projet d’une personne, en fonction de ses besoins et des demandes qu’elle a exprimées. L’objectif étant de procéder à l’enregistrement des coordonnées et des premiers éléments concernant le projet, mais aussi de fournir à l’interlocuteur un premier niveau d’information à propos de son parcours de création. L’offre d’accompagnement de la CMA 57 est ensuite clairement présentée au visiteur qui peut être mis en relation directe avec le conseiller entreprise qui convient. Cette Plate-Forme d’accueil, son plateau téléphonique et son logiciel de gestion de la « relation client » a constitué une première en France. À ce jour, plus de cinquante Compagnies sont déjà venues observer cette nouvelle organisation, dont la formule devrait rapidement s’étendre sur le territoire.

La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle est aussi guichet unique pour toutes les déclarations obligatoires de création, reprise, modification ou radiation. Avec le Centre de Formalités des Entreprises, les étapes administratives sont plus simples et plus sûres. Le créateur n’a qu’un seul interlocuteur qui, en un lieu unique, lui communique une liste de pièces à fournir, vérifie son dossier, enregistre sa déclaration au Registre des Métiers. Enfin, il la transmet aux organismes destinataires en fonction de leur compétence. Toute l’année dans ses trois Pôles des Métiers (Metz, Forbach, Thionville) et à l’Espace conseil de Sarrebourg, les conseillers de la CMA 57 reçoivent individuellement, avec ou sans rendez-vous pour réaliser les formalités d’immatriculation. Au service des créateurs au quotidien, le conseiller vérifie la compétence de la Compagnie à propos de la demande formulée. Il demande que la personne remplisse les critères de qualification selon l’activité artisanale envisagée (s’il s’agit d’une forAfin de compléter cette capacité de réponse en malité de création ou de reprise) détermine les direct, la Compagnie a aussi mis en place dans les documents à fournir et éventuellement les autres Pôles des Métiers de Forbach, Metz et Thionville, formalités à entreprendre. Il enregistre la demande des réunions dédiées à la création-reprise d’entre- après s’être assuré que le dossier est complet et prise. Elles ont lieu le vendredi, de 14 à 16 heures. transmet le dossier au Registre des Métiers et aux Elles sont ouvertes à tous, gratuites et ne nécessi- organismes. La délivrance d’un document attestant tent pas d’inscription préalable. Leur fonction est de la formalité intervient au terme de la procédure. d’aider à évaluer la capacité à créer ou reprendre Il s’agit du récépissé de déclaration de création une entreprise. Donc de mieux préparer un pro- d’entreprise en cas de création, avec un numéro jet. La Compagnie consulaire propose préalable- SIREN, ou le récépissé de déclaration en cas de ment à toute démarche une réunion d’information modification ou de radiation. Le tout en une seule générale sur le thème de la création et de la reprise main, un seul lieu et dans des délais comprimés eu d’entreprise. Au sommaire de cette pré-sensibilisa- égard à l’expérience des spécialistes de la CMA 57. tion : les étapes à suivre, les formalités, les statuts Tout est mis en œuvre pour permettre au créateur juridiques, sociaux et fiscaux, les aides et subven- de se concentrer sur son objectif professionnel en tion auxquelles il est possible de prétendre. rendant les indispensables démarches plus faciles, mais surtout plus efficaces. Le travail qui est alors mené sert à présenter le Secteur des métiers et ses réglementations et à fournir les principales informations à connaître pour bien préparer un projet de création d’entreprise. Une méthodologie pour un parcours de création ou de reprise peut être tracée et les différents statuts juridiques, sociaux et fiscaux sont décrits et rapidement confrontés au projet. L’accompagnement de la CMA 57 fait également l’objet d’une offre de manière à aider la personne à sécuriser son parcours de créateur.

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Laurent Kuster — l’automobile, un choix qui tient la route La mécanique automobile n’a plus de secret pour lui. Il en a d’ailleurs fait son métier. Pourtant, mieux que d’être simplement un réparateur de talent, il sait aussi faire reconnaître sa méthode. Plusieurs fois en tête de grands concours, Laurent Kuster ambitionne de rejoindre…une école d’ingénieurs.

« Raisonnement, capacité à se débrouiller, montage-démontage sont autant de sujets à notation dans les concours auxquels je participe.» Le virus a commencé à se manifester chez Laurent Kuster, vers l’âge de treize ans. Il a entrepris de démonter et remonter des mécaniques de cyclo et de vélomoteurs. Aussi, après le brevet, décide-t-il qu’il ira travailler…dans l’automobile. Il commence donc dans un garage de Sarreguemines durant une année, avant de rejoindre l’établissement multi marques de son oncle. Cette entreprise lui sert de base pour passer son BEP, qu’il entreprend en alternance en s’inscrivant au CFA de Forbach. Le résultat est plus que probant : il obtient la meilleure note, ce qui l’encourage à poursuivre vers le Bac pro, toujours en bénéficiant des enseignements du CFA Camille Weiss à Forbach. Parce qu’il aime relever les défis et se frotter à d’autres dans sa spécialité, Laurent s’aligne aux sélections régionales des Olympiades des Métiers. Il se classe premier et est donc sélectionné pour aller disputer le titre au national en 2011. En mars dernier, il a aussi participé au challenge BMW organisé par la marque à l’hélice pour les jeunes mécaniciens. Le résultat est sans appel : premier ! Forcément Laurent se prend à imaginer la suite et il s’emploie à lui donner du coffre : « Ce sera le BTS en maintenance automobile et si cela marche, je souhaiterais ensuite entrer en école d’ingénieurs. Il me faudra alors arrêter de travailler pendant un temps » confie Laurent. Un garçon de 20 ans, « bien dans mon métier » et qui chérit ses deux voitures : « L’une pour circuler, l’autre traitée façon tuning à laquelle j’accorde le plus grand soin. » Laurent joue aussi au football chez lui à Ormesviller, près de Bitche, pratique le moto-cross et ambitionne de passer prochainement son permis de chasser. « Raisonnement, capacité à se débrouiller, montage-démontage sont autant de sujets à notation dans les concours auxquels je participe. Ce sont aussi des pratiques que je peaufine au quotidien et dans ce que j’entreprends » rapporte Laurent dont l’intérêt pour l’automobile n’est pas qu’affectif. C’est aussi un choix professionnel, qui tient la route !

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Chapitre 19 Une idée pour demain : l’économie au service des hommes

Qui trouve-t-on pour conduire au redressement du secteur artisanal, sinon la Chambre de Métiers et de l’Artisanat? Étonnant revirement pour cet établissement né à la fin du XIXe siècle pour incarner, représenter et promouvoir le métier face à l’industrialisation montante. En entrant dans le XXIe siècle, toujours fidèle à l’esprit de départ, elle doit engendrer la relève.

La Lorraine a mal. Elle souffre de son économie, qui plus que partout ailleurs dans l’Hexagone, connait depuis près de deux ans, une chute de sa production, de sa consommation et de son emploi salarié. Plus encore qu’ailleurs, les jeunes sont victimes de ce marché dépressif qui résulte de la crise. Et pourtant, ses acteurs économiques mettent tout en œuvre pour tenter d’endiguer cette lame de fond, spécialement en Moselle. Aux avant-postes de cette offensive… les artisans. Eux, qui incarnent l’économie de proximité, qui ne délocalise pas et permet aux territoires de ne pas sombrer, constituent une forme de relève après que les vents dévastateurs ont soufflé sur cette belle terre de solidarités. Soudainement les valeurs éthiques de l’Artisanat prennent tout leur sens auprès de nos concitoyens, qui en paroles tout au moins, plébiscitent ces entreprises qui travaillent pour vivre et faire vivre. Or, qui trouve-t-on en figure de proue pour conduire au redressement de tout ce secteur, sinon la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle ? Le mascaron en pierre de Savonnière en achèvement.

Étonnant revirement pour cet établissement public né à la fin du XIXe siècle pour incarner, représenter et promouvoir les métiers face à l’industrialisation

montante. Voici qu’en entrant de plain pied dans le XXIe siècle, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat, toujours gaillarde et fidèle à l’esprit qui a généré sa constitution, doit engendrer la relève. Car après avoir été terre de grande industrie, fauchée par les lois du marché mondial, la Moselle a vu se développer l’automobile en guise de compensation. Puis cette terre a aussi été l’une des premières en terme d’accueil de capitaux étrangers voués à des investissements productifs. La tradition de travail, de savoir-faire, la qualité de ses hommes et les conditions géographiques ont alors constitué des atouts de premier plan. Mais voilà, les processus se sont accélérés. La sidérurgie qui a mis plus d’un siècle pour passer du firmament, ad patres, a été remplacée par de nouvelles activités qui n’ont connu vie et prospérité, que quelques décennies durant. Et puis est venu le temps de ces entreprises qui ne durent même plus dix ans. Plus sérieux encore, alors qu’au XXe siècle l’initiative économique était le fait de Mosellans, tenant la haute main sur les décisions stratégiques, les voici désormais bien rares aux commandes ! Pendant ces 110 années, le Secteur des métiers a, malgré les adversités multiples, gardé le cap. Il s’est adapté, a beaucoup souffert, mais est demeuré droit dans ses bottes. À ses côtés et le plus souvent devant lui, la Chambre de Métiers d’Alsace-Lorraine fondée en 1900, sous l’occupation germanique, a usé de tout son pouvoir, de ses réseaux et de ses capacités pour lui éviter le naufrage. Cela n’a pas été sans mal. D’autant que les accidents de l’histoire qui ont affecté notre région, mais également le retour à la France des trois anciens départements, sont autant d’avatars lourds de conséquences. Nous avons, plus haut, longuement mis en évidence les différences de conceptions du rôle consulaire entre France et Allemagne. Malgré le maintien du Droit local au profit des Compagnies d’Alsace et de la Moselle, jamais elles ne sont parvenues à obtenir de la Nation, l’indispensable lien entre qualification professionnelle et droit de s’installer. Ce n’est certes pas faute de combativité de la part des élus consulaires, ni même par défaut de souplesse. Aujourd’hui, alors que les pouvoirs publics pensent à réviser le statut d’Autoentrepreneur qui une nouvelle fois a porté le fer contre les intérêts de l’Artisanat, le pire n’est pas forcément incertain !

Les plus critiques de la société se demandent à quoi servent les Chambres de Métiers. Quand ils ne fustigent pas leurs activités qui s’opéreraient selon « un temps consulaire » … C’est-à-dire lent. Il suffit pourtant de regarder d’un peu plus près la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle, qui sous l’impulsion de son actuel Président, connaît une dynamique sans précédent. Déployée avec ses Pôles sur l’ensemble du territoire mosellan pour être plus proche des entreprises, donc plus efficace, la Compagnie a aussi totalement révisé sa structuration. Désormais, elle est en phase avec… ses clients. Et surtout avec ceux qui pourraient le devenir. Les outils mis en place, les exigences de résultats, les services offerts et l’accompagnement proposé à tous les stades de la création ou du développement des entreprises artisanales, confère à l’institution, un pas qui ressemble bien plus à celui des chasseurs qu’à celui des légionnaires ! Et les résultats suivent. Le nombre des apprentis grimpe sans cesse, les formations se multiplient, le solde de créations d’entreprise est positif. Pour une fois que les compteurs virent au vert, il convient peutêtre de s’interroger pourquoi un pan entier de l’économie, que d’aucuns qualifient de vieillot et de renfermé sur ses positions acquises, parvient à croître et embellir. Ce n’est certes pas dans la facilité, mais au bout du compte l’exigence de savoirfaire doublée du savoir-être de l’artisan est une valeur reconnue des consommateurs en ces temps de grand vent et de volatilité. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, si le Département ou la Région contractualisent avec la CMA 57, pour encourager l’accès à l’apprentissage à des personnes en provenance d’horizons multiples afin d’assurer le développement des entreprises. Les élus territoriaux qui dirigent les conseils général et régional savent bien que la structuration, la vie et l’harmonie des espaces dans lesquels ils sont ancrés, passent par un Secteur des métiers dynamique. La Moselle est frontalière de deux pays. C’est à la fois une chance et un handicap. Car si le dynamisme luxembourgeois ou l’appareil productif allemand de pointe constituent une réelle opportunité pour des dizaines de milliers de Mosellans, cette aspiration des professionnels aguerris s’exerce au détriment des entreprises de la Moselle. Former, former, encore former ! Pierre Streiff ne cesse

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d’inviter ses ressortissants à honorer leur responsabilité en la matière. Car en homme d’entreprise luimême formé à la rude école artisanale, il sait bien qu’il n’y a de richesse… que d’hommes ! À conditions toutefois que ceux-ci soient en mesure d’offrir des talents et des expériences avérés. Comme elle a su le faire avec l’introduction des premières machines à commande numérique dans ses CFA au détour des années 80, la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle s’emploie aujourd’hui à promouvoir le développement durable. Chez les élus des artisans, il ne s’agit pas d’un thème pour faire joli dans le décor, mais d’un faisceau d’innovations techniques destinées à répondre aux attentes du marché. Donc à permettre la création de richesses et d’entreprises, avec à la clé… les emplois. Avec le Syndicat des électriciens, la Compagnie promeut aussi les technologies des courants faibles qui débouchent sur les applications domotiques. Dans ces domaines, la Compagnie devance les besoins et attentes du marché, jouant ainsi parfaitement son rôle moteur et d’ensemblier. Car grâce à sa palette de compétences et de moyens, elle est en mesure de former ceux qui seront les professionnels de demain dans ces secteurs porteurs, mais aussi d’épauler ceux d’entre eux qui en incarneront l’avant garde : les chefs d’entreprise ! Après avoir, sans le vouloir, donné le ton à la France pour la constitution du réseau des Chambres de Métiers et de l’Artisanat, l’institution d’AlsaceMoselle est à la croisée des chemins. La réforme du réseau consulaire décidée par l’État, conduit au regroupement des Compagnies au niveau régional, jugé comme étant le bassin économique crédible. En Moselle, la « coopération régionale» s’opérera comme partout ailleurs. Néanmoins comme sa voisine alsacienne, la Compagnie de la Moselle va conserver ses prérogatives politiques et sa capacité à lever la taxe pour frais de Chambre de Métiers. Droit local oblige, mais plus profondément, concept même qui a donné naissance à ce parlement des métiers dans l’empire allemand, ont plaidé en faveur de cette articulation originale et positive. La Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle bien arrimée dans ses fondements s’apprête à se donner la vitrine qui lui fait défaut. Initialement prévue dans l’hôtel des Corporations de Metz, cette vitrine a connu des fortunes diverses.

Puis elle a, un temps, été reportée à la frontière sarroise. La Chambre a implanté à la Brême d’or, la Maison de l’Artisanat. L’objectif était de montrer à tous ceux qui entraient en France, le meilleur du savoir-faire des artisans de la Moselle. L’emplacement n’était pas judicieux, la Compagnie a dû abaisser le pavillon. Et si au fil des décennies écoulées, de grandes manifestations comme la Foire Internationale de Metz ont permis de mettre en scène les artisans, la vitrine permanente fait encore défaut. Avec la pose de la 1re pierre de son nouveau bâtiment au Pôle des Métiers de Metz en juillet 2010, la compagnie renoue avec ce besoin de promotion, de mise en lumière des réalisations. L’espace exposition ouvert vers l’extérieur verra le jour, montrant ainsi aux Mosellans la diversité des métiers, leur maîtrise de la qualité d’exécution et les valeurs sociales qu’ils animent. 110 ans à la pointe de l’innovation et de l’amour du travail bien fait au service des hommes se soldent aujourd’hui par 15 500 entreprises et 100 000 salariés. Excusez du peu ! En célébrant cet anniversaire, ragaillardi par la certitude du maintien d’un outil consulaire de plein exercice en Moselle, Pierre Streiff, son Président depuis 1996, n’est pas seulement le digne héritier de ses pairs. Il est aussi le passeur d’un concept qui n’a pas pris une ride et se présente même sous les traits d’une idée diablement nouvelle : l’économie au service des hommes !

Quelques exemples de la grande palette des métiers d’aujourd’hui : peintre décorateur, artisan-verrier, ferronnier d’art, tailleur de pierre, cordonnier, boucher...

120 L E S A R T I S A N S D U P R O GR È S

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DE S S E R V I C E S U T IL E S E T DY N A MI S A N T S


Alain Bentz — troque la fibre contre la pâte humaine Travailler de ses mains dans un souci de précision, tel est le leitmotiv d’Alain Bentz. À 25 ans, alors qu’il poursuit sa formation vers le Brevet de Maîtrise en esthétique, Alain applique au quotidien cette exigence qui a germé dans son esprit à la faveur d’un précédent choix professionnel. Au détour de la 3e de l’enseignement général, Alain Bentz, natif d’Hettange-Grande, ne se sent pas vraiment déterminé pour un itinéraire classique. Comme il lui faut bien opter pour une spécialité, il finit par porter son choix sur le bois. Plus spécialement sur l’ébénisterie, car déjà sa sensibilité le porte vers une recherche artistique. Le voici donc au lycée spécialisé de Neufchâteau, où il obtient son CAP, puis son Bac pro d’ébéniste. Le temps de la formation en alternance passé, il embraye chez un restaurateur de meubles et pendant deux ans, travaille au profit de plusieurs entreprises. Tandis que l’épure professionnelle prend forme, jour après jour Alain Bentz est assailli de doutes. « En réalité j’avais envie d’être kinésithérapeute. C’est cela que je voulais faire, m’occuper du corps d’autrui. » Un licenciement pour raison économique résonne alors comme un signe du destin et arrive à point nommé pour l’aider à franchir le pas. « J’ai voulu me réorienter, mais je me suis aperçu qu’avec le rattrapage à accomplir, cela allait me mener trop loin. J’ai donc choisi d’entrer dans l’esthétique, ce qui m’offrait le plus de possibilités de me consacrer aux soins du corps » raconte Alain. Voici notre homme à nouveau en formation, pour une année de CAP en formation des adultes, puis deux ans durant en BP. « J’ai rencontré des personnes de tous les âges et avec des parcours différents. L’échange a été très riche et porteur d’informations pour moi» confie Alain. Dans le même temps il exerce sa nouvelle activité dans un salon basé à Hettange-Grande.

« En réalité j’avais envie d’être kinésithérapeute. C’est cela que je voulais faire, m’occuper du corps d’autrui. »  Aujourd’hui, toujours à son poste, il est en Brevet de Maîtrise, dont il parachève la première année. « Mon objectif est, bien entendu, de me lancer. Et si plus tard j’ouvre ma propre affaire ce sera vraiment pour être un spécialiste du soin du corps. L’ébénisterie me plaisait au départ, mais avec le temps je ne me suis plus senti à ma place. Alors que dans l’esthétique, je suis vraiment dans ce que j’ambitionnais de faire » explique Alain, qui ne tire pas pour autant un trait sur son expérience précédente : « Aujourd’hui, je mets le même soin à m’occuper d’une manucure, que celui que je déployais à former les pièces de bois. » Finalement, pour Alain Bentz, ce qui a changé c’est le matériau. Il a troqué la fibre ligneuse contre la pâte humaine.

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DE S S E R V I C E S U T IL E S E T DY N A MI S A N T S


Ils ont dirigé la Chambre de Métiers de la Moselle

Annexes 124 L E S A R T I S A N S D U P R O GR È S

Eugène Goulon 1923-1924

Victor Haas 1924-1927

Joseph Marlier 1927-1940 / 1944-1946

Léon Baumgarten 1940-1941 / 1946-1951

Théodore Hubert* 1941-1944

Eugène Becoeur 1951-1963

Ernest Saint-Eve 1963-1972

Ernest Meyer 1972-1981

Gabriel Votier 1981-1993

Henri Nass 1993-1995

Pierre Streiff 1996 - ...

*a été le Président de la Chambre de Métiers de la Moselle sous l’annexion allemande lors de la deuxième guerre Mondiale.

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Les élus de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle LE COMITé DIRECTEUR

ASSEMBLéE PLéNIèRE

PRESIDENT DEPUIS 1996 Pierre STREIFF

LES MEMBRES TITULAIRES Pierre STREIFF, Président, boulanger à Saint-Avold Alain BARTH, Trésorier-adjoint, menuisier ébéniste à Metz Guy Philippe BEYEL, maçon à Baudrecourt Philippe COPEZ, électricien d’équipement à Montigny-lès-Metz Michel DUDOT, boulanger à Montigny-lès-Metz Philippe FISCHER, pâtissier confiseur glacier à Uckange Régis FRIANG, Secrétaire, boulanger à Sarreguemines Éric FUMAGALLI, couvreur zingueur à Metz Pierre HEISS, ébéniste à Metz René HELLUY, serrurier à Sarrebourg René JAMINET, boulanger à Fontoy Claude JUNG, Vice-président, maçon à Phalsbourg Michel LAUER, plâtrier isolation à Guénange Liliane LIND, Vice-présidente, coiffeuse pour dames à Stiring-Wendel Luc MATZ, tapissier-décorateur à Metz Christian MEA, Vice-président, chauffagiste installateur sanitaire à Jouy-aux-Arches Claude MOUGINOT, coiffeur pour dames à Château-Salins Giovanni PONTRANDOLFO, peintre en bâtiment à Zimming Étienne SCHWARTZ, Trésorier, imprimeur à Sarreguemines Daniel SEYER, boulanger à Phalsbourg Ivan SIBILLE, dépanneur électroménager à Thionville Robert SPIRK, Vice-président délégué à l’APCM, électricien en bâtiment à Metz René STOFFEL, Secrétaire adjoint, boucher-charcutier-traiteur à Saint-Julien-lès-Metz Frédéric STREIFF, réparateur automobiles à Faulquemont Richard URBANEK, cordonnier bottier à L’Hôpital

VICE-PRéSIDENTS Robert SPIRK, délégué à l’APCM Claude JUNG Liliane LIND Christian MEA TRéSORIER Étienne SCHWARTZ TRéSORIER ADJOINT Alain BARTH SECRéTAIRE Régis FRIANG SECRéTAIRE ADJOINT René STOFFEL MEMBRES Pierre HEISS Giovanni PONTRANDOLFO

LES MEMBRES SUPPLéANTS Pierre BAULER, réparateur en cycles et motocycles à Hagondange Éric BERGER, prothésiste dentaire à Metz Yves CAPANNESI, plâtrier à Ars-sur-Moselle André HAEN, boucher-charcutier-traiteur à Morsbach Yves HAUTER, charpentier à Troisfontaines Jacky HICK, constructeur bâtiment à Gœtzenbruck Gérard JOLY, imprimeur à Metz Christian JUNG, électricien d’équipement à Montigny-lès-Metz Jean-Marc KELLER, réparateur automobile à Baronville Jean-Louis METZ, miroitier à Goetzenbruck Jean-Marc METZINGER, boulanger à Freyming-Merlebach Christian NOSAL, boucher-charcutier-traiteur à Thionville Jean-François POINSIGNON, menuisier à La Maxe Thierry POLO, carreleur marbrier à Peltre Étienne SCHREIBER, menuisier à Ippling Jean-Luc SORNETTE, menuisier à Metz Claude WAHL, coiffeur pour dames à Bitche

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Le Président

Pierre Streiff : travail et sens politique Si Pierre Streiff est Président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle, cela n’est finalement pas un hasard. Ses parcours professionnels, puis politiques, révèlent une personnalité forte, un caractère bien trempé et un perpétuel besoin d’activité. Quand il choisit de devenir boulanger, c’est avec la ferme intention d’être, au plus tôt, son propre patron. De fait, son cursus est accéléré. Compagnon en 1958, il obtient son Brevet de Maîtrise en 1965. Il a juste 24 ans ! La vraie aventure peut commencer du côté de Lixing-lès-Saint-Avold, son creuset familial. Plus rien n’entrave son succès de chef d’entreprise, mais bientôt sa réussite et son charisme l’appellent à prendre des responsabilités. Dès 1978, il entre au Conseil d’Administration de la Chambre de Métiers et en 1981 est élu Vice-président de la Fédération patronale de la boulangeriepâtisserie de la Moselle. Depuis 1977, il était déjà Président de son syndicat professionnel d’arrondissement à Forbach. Bientôt Vice-président de la CMA 57, il est aussi Président de la Fédération patronale de la boulangerie-pâtisserie de la Moselle. En tant que Vice-président consulaire, il a la charge des affaires économiques. Un vrai tremplin pour ce boulimique d’activité, qui devient Président de la Compagnie en 1996. Élu, puis réélu en 1999 et 2005, il confère à la Chambre de Métiers de la Moselle un tout nouveau profil au service des entreprises, des entrepreneurs et des territoires qu’ils animent. Un dynamisme s’est enclenché. Dans le même temps les mandats à la Chambre Régionale de Métiers, mais également au Conseil Économique et Social de Lorraine ou bien encore à la tête de la Socama-Lorraine lui permettent de démultiplier son action au service d’un artisanat tourné vers l’avenir et pour lequel il ne tarit pas d’ambition. Administrateur de la SA Neuhauser financière et toujours Président d’honneur de la Fédération patronale de la Moselle, Pierre Streiff peut s’enorgueillir d’avoir formé 87 apprentis boulangers et 63 apprenties vendeuses en boulangerie-pâtisserie. Aussi, lorsqu’il incite les entreprises à embaucher des apprentis, parlet-il d’expérience ! Il ne compte plus les distinctions professionnelles qui ont récompensé son parcours et son implication. La Nation elle-même a aussi reconnu son rôle social : Chevalier du Mérite agricole, de l’Ordre national du mérite, des Palmes académiques et désormais également de la Légion d’honneur, Pierre Streiff cristallise sur sa personnalité, les ingrédients du modèle de l’artisan. Pur produit de l’enseignement par l’alternance, il a franchi toutes les étapes professionnelles et sociales par la force de sa volonté, son travail et une remarquable capacité à appréhender les situations. Un vrai, fin politique !


L’auteur Un observateur au service des Lorrains Gilbert Mayer a été journaliste au Républicain Lorrain. Durant plus de trois décennies, il a notamment été l’observateur de la vie de l’économie et des entreprises. Parmi la foule des sujets abordés, le monde de l’Artisanat et en particulier celui de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle, ont souvent suscité son intérêt. Il a ainsi pu mesurer le travail accompli par la Compagnie au service du secteur qu’elle incarne et défend pour l’aider à surmonter les nombreux défis. Crise et déclin des industries de base, percée des nouvelles technologies, évolution du monde des services, rien n’aura été épargné aux Présidents successifs de la CMA 57. Aujourd’hui les chiffres attestent l’efficacité de leur action. Il était temps, en ce 110e anniversaire de la création de la Compagnie consulaire mosellane, de raconter cette aventure économique et humaine loin d’être achevée. Déjà auteur d’un ouvrage dédié à un siècle de vie de l’Usine d’Électricité de Metz, Gilbert Mayer a choisi de changer de rythme. Passé du quotidien, passionnant et éreintant à la fois, à la longue quête, il met à profit cette longue expérience professionnelle au service des Lorrains, pour mieux les éclairer. Ce livre n’a d’autre ambition que d’y contribuer.

Crédits photographiques Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Moselle Muriel Cour (Ami Hebdo) Gilbert Mayer Archives départementales de la Moselle Archives municipales de la Ville de Metz Fédération Française du Bâtiment 57 Arnaud Hussenot Conception graphique Arnaud Hussenot, Fabien Darley assistés de Émeline Marangon

Achevé d’imprimer par Interprint à Marly (57) en juillet 2010 Dépôt légal : juillet 2010

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http://www.cma-moselle.fr/files/110ans.pdf