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- Moi j’suis Dheuss, moi j’suis Dheuss !! Aaah le doux souvenir de ces années à l’école républicaine où, n’ayant pas de pogues, je n’avais pas d’amis. Je grimpait alors aux arbres et découvrais contre l’écorce polie du jeune platane à la fois la jouissance masturbatoire et l’acidité du regard des autres. Cette douce époque où j’apprenais que rien ne sert de courrir ni de partir à point derrière les filles à attrape-bisous si t’es vilain. Ces années de récréations enfermé dans le poulailler de la lutte des classes, je les ai passé à faire la guerre en 204 578 épisodes, tout seul dans les sapinettes du fond de la cour pour qu’on ne me voit pas (les platanes étaient l’ennemi). Chaque récré, je lachais pas l’affaire, mon honneur était en jeu, même blessé je continuais à tirer, ma kakachnikof en main au milieu de mes amis imaginaires qui tombaient les uns après les autres : Robespierre, Bioman, Vercingétorix, Tintin, Du Guesclin, Platini et Cap’taine Planète. Tous avaient été massacrés par ces salopes. Contre qui je me battais importait peu, la lutte était salvatrice. J’avais pas de pogues, pas de bisoux et j’étais nul au foot. J’aimais me branler sur les arbres, on me filait pas de goûter et j’étais toujours dheuss à plouf plouf. Mais je ne me suis jamais résigné. Sans le savoir j’avais le rock accroché dans mon slip babar. Aujourd’hui j’ai compris que les platanes existent aussi dans le monde adulte, remplis de petits chefs, de peurs et de belles salopes. Mais j’ai trouvé d’autres branleurs comme toi derrière les sapinettes. Nos armes sont toujours en bois et papiers ou guitares à la main

on défendra toujours notre fierté. Pour l’honneur, pour la liberté de se branler sur les arbres, parce qu’on a que ça nous les purotins. On sent la merde et c’est plus fertile que le parfum. La capitale MONDIALE du rock‘n roll ou la mort, nous vaincrons !!!

SOMMAIRE Born to be Wild Mythes et légendes ...... p.3 Depuis le temps... Fantasmes ................... p.6 It’s a bit Loud Hippy Tagueule .......... p.8 Le Péril Jeune Mythes et légendes ... p.9 Too old to Rock’n Roll Radotages .................. p.12 Rasta Rocker Rock’n Road

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Call me the breeze Coup d’boules ............ p.19 Dessine toi bourré Riri’s fact ..................... p.22 No woman no cry Fiche pratique ............ p.23 Shining Invasion ..................... p.27 Sueur, bruit, bières... Atmosphère ............... p.29 Sauce Aigre Douce Idées recettes ............. p.32

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RÉCLAME


es bad boys are in town. Les Warm Toys, un band de teigneux, avec qui vous ne laisseriez pas sortir votre fille, votre sœur ou votre cousine. Deux ritals à la peau brune et aux tatouages de malfrats, experts au couteau et la sulfateuse, et une petite frappe à la gueule cassée d’irlandais, cousin de James Cagney, champion de boxe poids plume. Un gang tristement célèbre il y a quelques années, pour avoir dévasté les bars les plus selects de la ville et s’être compromis dans de multiples délits en état d’ivresse sur la voie publique. Le juge de la Capitale Mondiale du Rock n’Roll leur avait laissé le choix entre la prison, le sevrage et la castration chimique ou l’exil. Le bagne de Cayenne ayant fermé ses portes, il n’avait pas eu d’autre solution que de les expédier dans la Capitale Mondiale de la moulefrite, là-haut, dans la Sibérie occidentale, chez les belges. Si vous ne connaissez pas Bruxelles, sachez que c’est une ville franche, le Chicago européen, la ville qui accueille tous les truands et escrocs de la vieille Europe ; détraqués sexuels, sportifs véreux, exilés fiscaux et députés européens. Une véritable aubaine pour des individus de cet acabit qui ont très vite recommencé à sévir derrière les portes d’un music-hall tenu par le petit-fils d’Al Capone, où ils se font appeler Monsieur Stefano, Monsieur Angelo, Monsieur Etien-

ne depuis qu’ils portent le smoking et l’œillet à la boutonnière. Malgré tous les avantages de cette existence de nabab, la nostalgie du bled était trop forte. Le retour dans la Capitale Mondiale du Rock n’Roll était prévu depuis des semaines. Il devait se faire durant les congés d’été du juge, à une période où ils pouvaient se mêler au flot des touristes. Pour ça, ils bénéficieraient de la complicité de leurs réseaux, et pour ne pas prendre de risque, ils voyageraient dans un camion à sushis. Une sacrée couverture. Aussi quand je me suis radiné dans mon bar rock favori et que j’ai vu, garé juste à côté, le van « asian food » avec une plaque blanche et des chiffres rouges, j’ai immédiatement compris que je devais rester sur mes gardes. Comme dans la chanson, tous les gangs étaient là.

mythes et légendes

BORN TO BE WILD

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mythes et légendes 4

Les Shivas qui tiennent la prostitution, les Pirates qui inondent la ville de drogue, les Dodoz qui ont le monopole des jeux et de l’alcool, les Rusty Bells qui tiennent le trafic d’armes. La tension était à son comble sur la terrasse. Les Warm Toys accompagnés de leurs deux hommes de mains, recrutés aux Marolles, discutaient ferme leurs pourcentages sur le racket. Enfin, c’est ce que j’imagine, car je ne me suis pas trop approché, on a vite fait de prendre un mauvais coup avec ce genre de personnages. Les tractations duraient, duraient, alors que le soleil déclinait lentement. Soudain, tout le monde s’est levé, s’est tapé dans la main et s’est dirigé à l’intérieur du bar, où étaient installés une batterie avec un drapeau belge, des amplis et des guitares. Le pacte avec le diable pouvait être scellé au cours d’une bacchanale, un rituel mystique auquel les Warm Toys sont rompus depuis leur plus tendre enfance, les rascals ! Je ne saurais vous décrire la grandmesse qui s’ensuivit. Personne n’a jamais su raconter les émotions que provoque un concert de rock n’roll. Surtout pas les rock-critiques, juste bons à parler du look du chanteur, de la couleur et la marque des guitares. Il aurait fallu être Baudelaire ou Apollinaire, mais de leur vivant, l’électricité en était encore à ses balbutiements.

Sachez néanmoins, que le rock est un art, qu’il ne s’intellectualise pas (ça s’appelle alors de la pop) et que tout réside dans le ressenti, le courant qui passe entre les musiciens et le public. On détecte facilement les faux-nez, les imitateurs : la musique est propre mais on ne sent rien. Alors, pour ne pas passer pour idiot, quand on se fait refiler de la daube, on parle du jeu du guitariste, du son de l’organiste, de la gestuelle du chanteur. Mais quand vous avez à faire au vrai rock n’roll, vous faites fi de toutes ces considérations de tapette. Vous tremblez, vous vibrez, vous sentez l’euphorie vous gagner, vous avez chaud à la tête, vous frétillez des gambettes, vous perdez vos inhibitions, vous faites corps avec les musiciens et le reste de la salle. Et hier soir, bénis soient les Warm Toys, ils avaient la grâce, et ils méritent des prières, leur statue à Lourdes, leur canonisation par Benoit XVI, tellement nous avons senti l’esprit saint (des seins) nous envahir. Comme leurs cousins bataves – les punks aux crêtes déplumées d’Anomalys – il y a quelques semaines, je crois qu’ils ont compris qu’il ne servait à rien de s’inspirer des Cramps et de Motorhead, qu’il fallait revenir aux sources, à la genèse du rock n’roll – Chuck Berry, Muddy Waters, Bo Diddley – tout détruire pour reconstruire le mur de Berlin avec leurs petites mains et leurs petites guitares. Malgré la soufflerie de la clim’ qui nous transformait en glaçon, on a eu vite très chaud avec leur rock


me dis que c’est pas mal finalement les stages de réinsertion pour rockers en mal d’authenticité et j’en connais pas mal (je ne citerai aucun nom) qui pourrait s’y coller. Là haut, dans l’ch’nord, chez Arno, Adamo et Eddy Merxx... Allez bières et moules-frites pour tout le monde, ce sont les Warm Toys qui régalent ! Onc’Jo

mythes et légendes

n’roll du bayou, swamp, deep et wild. Ça sentait la vase et les marécages, on s’attendait à voir surgir des alligators, tellement leur rock était poisseux. Et on aimait ça, bougres de nous. Ce matin, au réveil, la tête encore dans les brumes de l’alcool frelaté qu’on m’a servi toute la soirée, je

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FANTASMES

Depuis le temps que je vénère ce groupe...

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e me revois encore, il y a quatre ans de ça, à fouiller dans les bacs à merde d’une médiathèque de campagne. Tomber sur une pochette avec trois pauvres mecs, la gueule enfarinée, les yeux fatigués et une espèce de fond de tristesse dans leur regard. Comme s’ils savaient et avaient toujours su que leur entreprise était vaine. Définitivement le meilleur groupe français. Avec la classe, le son, les Rickenbackers et la rage. Ils avaient tout, tout sauf le succès. Mais ça n’est vraiment pas important, toutes ces choses, puisqu’ils avaient des chansons comme Legendary Lovers, Little Johnny Jet ou Go Where You Want To Go. D’ailleurs j’y pense, quand j’aurai un groupe, si j’en ai un, un jour, j’aimerais les reprendre. Juste une chanson, pour le geste, l’hommage, et pour pouvoir dire partout qu’ils sont formidables. Ça aurait du chien, hein. En France, ils devraient être des divinités. Ils le sont peut-être d’ailleurs. Anagramme de « gods » je vous rappelle. Des sortes d’esprits qui hantent tous les connaisseurs, les privilégiés de la secte des chiens. Les gens biens. Ceux qui ont vu la lumière dans la musique, le son, l’image de ce groupe de normands, de paysans, de provinciaux. L’énergie, la rage, les textes souvent simples mais efficaces, leur son génial, patati patata... C’est

marrant, arrivé à ce stade, je n’arrive pas à décrire la musique des Dogs autrement que par des banalités qu’on pourrait sortir pour tant d’autres groupes mais que ne méritent pas ces quatre énergumènes, Tony Truant les ayant rejoints pour qu’ils puissent produire les merveilleux albums que sont Too Much Class... et Legendary Lovers (même s’ils ont formidablement réussit leurs premiers EP sans un deuxième guitariste). En plus, j’écris dans le train. Il y a un enfant qui hurle à la mort dans le wagon, comme un chien galeux abandonné le ferait, et une très jolie blonde assoupie qui titille l’œil à ma droite. Donc allez un peu vous concentrer pour écrire un papier sur les Dogs dans une situation pareille.


ment pourquoi, mais souvent car ils représentent plus qu’une simple musique, ils sont une sorte de mythe, de légende. Et lorsque les années passent, rituellement revient le temps d’écouter les Dogs, au même titre que les Beatles ou les White Stripes par exemple. Comme une piqûre de rappel nécessaire, constamment. Une madeleine de Proust aussi peut-être. La base quoi. Il faut toujours revenir aux basiques. Comme les Dogs ont su le faire en leur temps finalement, en reprenant dans des éclairs de lucidités des chansons comme Fortune Teller ou Nobody But Me. C’est pour ça qu’un jour, je reprendrai les Dogs... G. Mobster

FANTASMES

Forcément, les mots manquent. C’est la panne. Alors que dans le même temps, les Dogs n’ont même pas besoin de qualificatifs. Il suffit d’écouter pour comprendre. Les Dogs n’est pas un groupe qui peut se contenter de généralités. M’est avis qu’ils sont bien au-dessus de tout ça, allez le constater par vousmême. Ils sont de ces groupes auxquels on s’attache, parfois sans savoir vrai-

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n a tendance à l’oublier, aujourd’hui, mais le rock n’roll est né quand tous les foyers ont été alimentés en électricité. Pour brancher les guitares, bien sûr, et surtout pour faire fonctionner le poste de radio que l’on trouvait dans chaque foyer des années cinquante. Je me souviens de ma pauvre mère – qui n’a pas connu le féminisme – qui restait commise d’office aux tâches ménagères – ménage, courses, cuisine, lavage, repassage, torchage des mômes – pendant que mon vieux allait gagner la croûte de la famille et trainait au bistrot avec ses copains. Son seul contact avec le monde, c’était le vieux poste TSF sur une étagère de la cuisine, qu’elle laissait allumé du matin au soir. Ça nous a éduqué l’oreille, nous les petits, on connaissait le jeu des mille francs, les émissions de Pierre Dac et les aventures de Zappy Max. Et puis toutes les chansons françaises de l’époque, il n’était pas encore question de reggae, de samba ou de Mbalax... Le rock n’roll, forcément ça m’a marqué, maman n’arrêtait pas de dire que c’était de la musique faite par des zazous, des blousons noirs, qu’on y comprenait rien parce qu’ils chantaient en anglais, et moi j’étais bien d’accord avec elle. Mes frères qui étaient plus âgés, étaient branchés Compagnons de la chanson, Brel et Brassens, sauf

le cadet qui était yéyé, la coupe au pento, le peigne dans la poche et tout le tralala. Et puis le daron a offert à ma vieille un transistor à pile qu’elle pouvait trimballer partout, en passant l’aspirateur ou en mettant en route la machine à laver toute neuve. C’est à cette époque que les Beatles sont arrivés. La famille s’est soudée contre ces garçons coiffés comme des filles qui provoquaient l’hystérie partout où ils passaient ; on ne badinait pas avec les attributs virils à cette époque. Je ne vous dis même pas les saloperies que j’ai entendu sur Antoine ou Michel Polnareff, contrairement à Dutronc que maman trouvait bien élevé. Parce qu’entretemps, on s’était offert une télé. Vous n’avez pas connu, vous, les écrans en noir et blanc, qui fonctionnaient avec des lampes et tombaient en panne tous les trois mois. Je me souviens des visites du réparateur en blouse blanche avec sa valise magique. Quand il bidouillait le poste, on était tous là, inquiets : « Alors Docteur, c’est grave ? » On découvrait les feuilletons, les films du dimanche soir, la séquence du jeune spectateur, la piste aux étoiles et Interville. On ne ratait jamais non plus le concours eurovision et le palmarès des chansons de Guy Lux où l’on jouait

MYTHES ET LÉGENDES

LE PERIL JEUNE

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MITES ET LÉGENDES 10

à deviner le classement des chansons interprétées par les vedettes de l’époque : Claude François, Adamo ou Sheila. Alors tous ceux qui vous racontent qu’ils écoutaient les disques des Kinks et des Yardbirds qu’ils faisaient venir en import d’Angleterre sont, soit des menteurs, soit des fils à papa et ceux-là quand on les croisait, on les mettait à l’amende et on leur piquait leur quatre-heures. Et puis, il y a eu le collège, le lycée, les filles, les boums. Et l’arrivée du mange-disque, une petite boîte en plastique où l’on pouvait écouter des 45 tours en mono. Parce qu’il n’était pas question d’album, mais de single. Les hit-parades de RTL ou d’Europe N°1 matraquaient les morceaux en vogue à l’époque – on est déjà dans les années soixante-dix et ça allait de Sardou (la maladie d’amour), Fugain (une belle histoire) à quelques morceaux anglais ou américains (Angie des Stones ou Money de Pink Floyd). On écoutait ces mêmes morceaux dans le juke-box du café où on avait pris l’habitude de sécher les cours, et j’en viens aux fameuses boums de chaque fin de trimestre. Je ne vous apprendrai rien en disant que c’était l’occasion de chopper juste avant les vacances et que la compétition était rude. D’ailleurs, on faisait des listes et on essayait d’inviter cinq fois plus de nanas que de mecs pour se donner un maximum de chances, mais en général, c’était le contraire qui se passait, cinq mecs pour une nana (je ne compte pas les moches qu’on

invitait pour meubler et se donner bonne conscience). Le choix musical n’était pas compliqué : des jerks pour les manœuvres d’approche et des slows pour emballer. De cette époque, on n’a retenu que les morceaux rapides, c’était les seuls qu’on écoutait vraiment. Les slows, on était trop occupé à savoir dans quel sens tourner la langue pour se concentrer sur la musique. Moi, je me souviens de Purple Haze, Cry me a river, Paranoid, Black Dog ou Instant Karma. C’est comme ça que j’ai coupé le cordon avec ma mère et que je me suis rangé du côté des beatniks et des chevelus. On était encore puceau, on venait de fumer notre première cigarette et on n’imaginait même pas tirer notre premier joint, on découvrait seulement la liberté en mobylette. Ça peut vous paraitre curieux, mais tous les mecs et les filles de ma génération ont vécu ça. Après certes, ça s’est barré en couille, on s’est fait teindre les cheveux au henné, on s’est habillé avec des peaux de chèvre qui puaient dès qu’il pleuvait, on a mis des tuniques indiennes mauves (une couleur très en vogue), des jeans qu’il fallait enfiler allongés, on s’est aspergé de patchouli et on a essayé de marcher avec des sabots dans lesquels on se tordait les pieds. Il fallait bien ça pour écouter Alan Stivell, Malicorne et Cat Stevens. Enfin arrivent 1976, 1977, le punk, le disco... Là, tout a basculé, on entre dans l’ère moderne, c’est le moment où la France découvre enfin le rock.


On vous a conçu un soir de désespoir et d’ivresse où les plombs avaient sauté et maintenant, non seulement on vous entretient et on vous supporte, mais vous nous expliquez que c’était mieux dans les années soixante... Pfft.....Sales jeunes ! Onc’Jo

MYTHES ET LÉGENDES

Sachez-le, sans les Clash et Sex Pistol, on n’aurait pas connu Little Bob, les Dogs, Bijou, Starshooter, Stinky Toys et Téléphone et la sauce n’aurait jamais pris dans l’hexagone. Ça faisait quand même trente ans que l’électricité alimentait chaque foyer. Après ?

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TOO OLD TO ROCK N’ROLL... e me souviens avoir lu une interview de Jerry Garcia qui raconte que dans les années soixante, les musiciens du Grateful Dead vivaient en communauté dans une grande maison au-dessus de San Francisco, ils recevaient plein de gens, personne ne travaillait, tout le monde faisait la fête et quand ils avaient besoin d’argent, ils vendaient les pastilles de LSD qu’ils confectionnaient eux-mêmes.

RADOTAGES

C’est comme ça qu’est né le rock psychédélique.

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Ça m’a fait longtemps rêver, je voulais vivre comme ça, j’ai même failli m’embarquer pour Frisco à dix-huit ans pour épouser une demi-sioux, mais aujourd’hui j’ai comme l’impression qu’il nous a pris pour des cons, le Jerry. Dans la même veine, j’ai lu les articles où Jimi Hendrix raconte comment il mettait le feu à sa guitare, où les Who se vantaient de détruire leur matériel, où Keith Richard semblait trouver plutôt fun d’être accro à l’héroïne, où Robert Plant et Jimi Page se disputaient pour savoir qui tirait le plus de groupies. La grande histoire du rock n’roll ! Celle qui a fait fantasmer des générations. De l’amour, de l’action, du suspens, des héros, des femmes aussi belles et connes que fatales, des destins tragiques, de quoi rendre jaloux n’importe quel scénariste d’Hollywood.

Et en 1977, ces punks grimaçants, dans un décor noir et blanc, semblant tout droit sortir des égouts pour cracher leur fiel venimeux, ça aussi c’était vendeur, il y avait un public pour ça ! Mais aujourd’hui, il paraît que tout a été fait. Sans doute que non, la création n’a pas de limites, mais qui aurait encore envie de croire, passé douze ans, à des sornettes pareilles. On sait maintenant que les rock-critiques du passé avaient beaucoup de talent et maniaient admirablement l’art de nous faire passer des vessies pour des lanternes. On est à l’ère des générations désabusées, secouées par la crise, qui ne voient dans les stars du passé que des milliardaires bling-bling fréquentant la jet-set et dans les groupes qui marchent aujourd’hui ,des stakhanovistes qui passent cinquante semaines par an sur les routes en bouffant des salades de pâtes et en dormant dans leur camion. Le rock ne fait plus recette, les amis, la filière est bouchée, sans de solides relations dans la famille on n’a aucune chance d’y trouver un travail, ceux qui sont en poste s’accrochent et les salaires ne sont plus ce qu’ils étaient. Il vaut mieux faire footballeur, croyez-moi. Pour susciter de nouvelles vocations, il faudrait un vrai plan Mars-


...TOO YOUNG TO DIE

Johnny, AC/DC, les Stones, U2, ça sent les rhumatismes tout ça. Voilà, alors si je veux faire un pa-

pier sur le rock d’aujourd’hui, il faut que j’oublie Hunter S Thomson, Lester Bangs, Patrick Eudeline et même Philippe Manœuvre qui lui a bien compris où était son intérêt en se recyclant dans les spectacles de variété sur M6. Enfin, puisqu’il faut y aller, allons-y, mais ne vous plaignez pas du résultat. D’abord, où peut-on écouter du rock n’roll aujourd’hui ? Dans des bars. Laissez tomber les festivals et le Stade de France, au prix où coûte le ticket d’entrée, il n’y a que les comités d’entreprise des boîtes du CAC 40 qui achètent des billets.

RADOTAGES

hall, réunir le Grenelle du rock, créer des incitations à l’embauche car les jeunes ne veulent plus s’engager dans une voie qu’ils jugent sans avenir et choisir une profession aussi dévaluée. D’ailleurs, il suffit de voir les programmations des Zéniths : de la variété, des spectacles de danse, les moines Shaolin, les chœurs de l’armée rouge, des humoristes et très peu de rock, sinon des papys qui sont trop vieux pour changer de métier et qui attendent paisiblement la retraite.

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RADOTAGES

A moins d’avoir envie de hurler « I can’t get no » en levant le poing avec des cadres de la BNP ou de Total, je ne vous le conseille pas. Les bars ont un grand avantage. Le PAF n’est pas très élevé, vous pouvez vous murger toute la soirée en vous faisant crever les tympans par les larsens, vous pouvez (essayer de) parler avec vos compagnons et compagnes de comptoir, vous faire payer des coups par les barmen, faire des concours de shooters avec des gens que vous ne connaissiez pas une demi-heu-

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re auparavant, et si le concert vous emmerde, vous trouverez toujours un partenaire pour une partie de baby-foot à moins que vous ne profitiez de la terrasse pour prendre l’air. Mon conseil : Avant de venir, assurez-vous toujours qu’il y a une terrasse, c’est mieux pour draguer et si vous êtes fumeur. Bien sûr, vous n’avez aucune chance d’avoir vu à la télé, les musiciens que occupent la scène, et


Si la plupart chantent en anglais et portent des noms anglais, il est inutile d’être bilingue, c’est du yaourt, une sorte d’esperanto pratiqué dans le milieu pour les sonorités en –ing et en –ild, de toute façon tout le monde s’en fout, on ne vient pas écouter le rock pour les paroles. Je signale d’ailleurs aux amateurs de Crosby, Stills, Nash and Young et de Simon et Garfunkel qu’ils risquent d’être déçus, dans le rock des bars (appelons le rock de proximité, ça sonne bien), on entend très peu la voix du ou des chanteurs, la faute aux ingénieurs du son qui obligent les musiciens à régler trop fort le volume des guitares. Si vous jouez de l’orgue, allez plutôt jouer à l’église qu’avec un groupe de bar où vous ne ferez que de la figuration, ou alors carrez-vous une plume dans le cul et faites-vous appeler Elton, comme ça le public, à défaut de vous entendre, remarquera que vous existez. Enfin, avant de partir, vous pouvez signer un autographe aux musiciens, ils seront fiers plus tard d’exhiber la griffe de quelqu’un qui a tenu jusqu’à la fin de leur concert. Et oui, « the times are changin » et « time is gonna change », les stars ne sont plus sur la scène et dans le temps l’amateur de rock finissait beatnik et drogué, maintenant il de-

vient sourd et alcoolique. Si malgré ça, vous persistez à croire que le rock a un avenir, c’est que vous êtes de sacrés crétins et on est peut-être fait pour s’entendre. Alors, ramenez-vous au bar, et si vous y apercevez un mec avec une curieuse casquette vissée sur le crâne en train de siroter un whiskycoca, payez lui un coup ou deux, il aura plein d’histoires croustillantes à vous raconter.

Onc’Jo

RÉCLAME

RADOTAGES

vous pouvez vous estimer heureux s’ils ont déjà enregistré un disque, d’ailleurs ce n’est pas difficile de le savoir puisqu’à la fin de leur set, ils vous attendent à la porte pour essayer de vous refourguer leurs vinyles, leur t-shirts et leurs badges (j’ai même vu des frisbees).

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uand j’étais petit, je voulais devenir chevalier errant. Un mélange d’Ivanhoe, Du Guesclin, Bayard et Lancelot, sans peur et sans reproche, défenseur de la veuve et de l’orphelin, un justicier qui rosserait les sbires du Prince Jean et serait l’ennemi juré du Sheriff de Nottingham. Je combattrais seul dix hallebardiers que je pourfendrais de ma botte secrète, je délivrerais la belle Isabelle du cachot où le traître l’a enfermée, je châtierais le vil scélérat, je sauverais la Reine, et je repartirais seul, alone, sur mon fier destrier vers de nouvelles aventures après avoir été anobli par le roi. En général, si, gamin, t’as voulu être chevalier, Thierry la fronde ou mousquetaire, quand tu grandis, tu gardes le goût du panache et tu deviens guitar-héro. Lead guitar. Guitar solo. Pour moi, ça aurait pu mieux se passer si je n’avais pas fait mes premières armes au collège avec une prof de musique qui avait dépassé l’âge limite de la retraite et qui tenait absolument à nous inculquer le solfège en nous cassant les noisettes avec Tchaïkovski. La salope, elle nous avait imposé une heure de flûte, à l’heure du repas, le lundi, le jour des frites, et durant un an (on était en 1968), elle nous a fait répéter Yellow Submarine pour nous montrer qu’elle restait dans le coup. Si Do Ré /Si La Si Sol

Si Si La Sol Mi /Si Si La Je voulais être chevalier, pas ménestrel, la soupe n’a pas pris. Depuis cette époque, je déteste les Beatles et les compagnons de la chanson. Maintenant, si on veut rentrer dans le détail, il y a plusieurs catégories de guitar-héro. Par exemple, il y a celui qui chante et celui qui ne chante pas. Beaucoup veulent chanter. Ça s’appelle l’hyper-présidence.. Le guitar-héro fait tout, il est partout, au chant, à la rythmique, il prend tous les solos, il remercie le public, il baise les groupies et il encaisse le chèque. Il ne partage pas la vedette, le public est venu pour lui, il compose, il prend toutes des décisions, les autres musiciens l’accompagnent, point final. Un musicien, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Dans cette catégorie, on peut citer Jimi Hendrix, Eric Clapton ou Nicolas Sarkozy. Et puis, il y a ceux qui ne chantent pas et qui laissent la vedette au chanteur. Méfiez-vous, ce sont les plus vicieux. Ils font croire à l’autre gigolo qu’il est la vedette du groupe, ils le laissent hurler dans le micro, s’époumoner, remuer du cul, se rouler par terre, mais il n’est que le comparse qui chauffe la salle. Quand enfin il finit par se taire, le

COUP D’BOULES

CALL ME THE BREEZE

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batteur jette un regard au bassiste qui jette un regard au pianiste qui jette un regard au guitariste rythmique, et là, le guitar héro s’avance dans la lumière blanche du projecteur, ferme les yeux, rejette sa longue chevelure blonde en arrière d’un geste gracieux du menton, enfonce du pied la pédale magique, et il fait jaillir les notes de sa guitare comme un coureur de formule 1 fait gicler le champagne. Les filles hurlent, les mecs sifflent, les drogués se prennent le ventre parce que ça les prend là, les

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homosexuels lancent des pétales de roses, les paralysés se lèvent, les muets parlent, les sirènes chantent, les marins pissent.... Le guitar-héro possède un réel pouvoir sur tous ces minables parce que c’est lui qui brandit le phallus et qu’il décharge ses notes à grand jet sur le public qui ne demande qu’à être dominé, souillé et humilié par le flot puissant qui jaillit de cet organe turgescent. Dans cette catégorie, je citerais Jimi Page, Carlos Santana, Richie Blackmore et Dominique De Villepin pour les plus connus. Après, il y a des sous-catégories comme par exemple, le guitar-héro découvert, gamin, par un artiste connu et vénéré comme John Mayall, Miles Davis ou Zappa. Le maître joue, le groupe déroule et, cerise sur le gâteau, le petit prodige qui vient d’avoir dix-sept ans vous interprète le solo qu’il a répété hier soir sur les genoux de beaupapa...


Je passe sur les guitaristes de jazz, les manouches et les bluesmen, je n’ai pas de temps à consacrer aux minorités visibles et j’en viens au guitar-héro que j’aurais aimé être si j’avais été un guitar-héro. J’aurais été un guitariste laid back, cool, mêlant les influences blues, country, jazz, soul, funk, caraïbes, pour jouer une musique sensuelle à déguster avec une gonzesse au fond d’un lit. JJ Cale, quoi !

- J’étais avec une gonzesse, on a fumé un joint et on s’est passé un p’tit JJ Cale et on a fait l’amour ! - Non ? Veinard ! Et oui, j’aurais aimé être le guitariste qui pénètre votre alcôve, qui vous inspire les préliminaires, qui accompagne vos ébats, celui qu’on écoute en baissant la lumière, dont on se transmet le nom qu’entre amis et dont on s’échange les disques sous le manteau. Mon guitar-héro à moi n’est pas un bellâtre exhibitionniste mais un petit lutin, voyeur et malicieux qui susurre, qui suscite, qui donne envie, une vraie teigne, quoi ! En fait, j’ai très vite compris qu’il valait mieux être page, écuyer ou moine, parce que dans ce tempslà, le chevalier ne baisait jamais la princesse, il ne lui restait que la branlette dans les douves du château-fort. Onc’Jo

COUP D’BOULES

Je vous salue, Steve Vai, Robben Ford et Nicolas Hulot... Un petit détail au passage, vous n’êtes pas obligé d’être guitariste pour devenir un prodige découvert par Miles, Mayall ou Zappa, ça marche aussi avec les batteurs, les bassistes et les claviéristes, pourvu que vous aimiez le boudin blanc et la crème fouettée...

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! É R R U O INE TOI B

DESS

INS O M T’ES E... H C O M

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RIRI LE GAGNANT DE CE NUMÉRO GAGNE UNE BOUTEILLE DE PASTIS


NO WOMAN NO CRY Et puis, elles oublient qu’elles sont championnes du Monde de la tôle froissée. Non, les gars, faites pas les cons, le rock c’est sérieux.. Comment feriez-vous avec une nana dans les pattes pour faire des concours de bites ou aller vous faire sucer à la sortie des concerts, vous y avez pensé ? Et puis si vous partez sur la route, à l’aventure dans un car VW qui arrive à peine à rouler, c’est par amour de la liberté, pour la vie dans les grands espaces, pas pour vous entendre reprocher d’avoir mis le même slip toute la semaine ou de ne pas avoir changé les draps dans lesquels vous avez vomi la veille. Maintenant, ça peut être bien pratique d’avoir quelqu’un pour laver

FICHE PRATIQUE

’ai reçu ce message dans ma boîte mail. « Vénérable Oncle Jo, toi qui est plein sagesse et de bon sens, peux tu nous faire partager ta grande expérience et nous conseiller ? Mes potes et moi avons monté un groupe de rock, pouvons nous y intégrer une fille ? » !!!!..... Aïe, je vous préviens tout de suite, camarades, danger. Non pas que je sois contre la parité, je trouve ça bien dans un couple, mais il y a des domaines avec lesquels il ne faut pas plaisanter. Le rock n’roll, par exemple. C’est une affaire de mecs, vous en conviendrez. Au même titre que le foot, la pêche à la ligne et le PMU. Déjà, on a autorisé les gonzesses à conduire des voitures. Vous voyez le résultat, elles se vantent que les statistiques démontrent qu’elles causent moins d’accidents mortels que les hommes, mais j’aimerais bien voir les chiffres sur le nombre de mecs excédés qui se sont mis dans le fossé à cause de la mousmée qui les énervait, assise à la place du mort.

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votre linge et vider les poubelles de canettes vides. Moi, je vous l’avoue, je ne comprends pas les nénettes que le rock fait tripper. Qu’elles flashent sur les musiciens et le chanteur, c’est normal, quand

Mais ça, je préfère, au moins, elles restent entre elles, elles assument leur sexualité et elles peuvent jouer dans plein d’endroits spécialisés pour ça. Mais une nana au milieu de plusieurs mecs, c’est l’horreur.

elles respirent le mâle, elles deviennent toutes hystériques et se transforment en vraies chiennes, mais qu’elles veuillent elles-mêmes manipuler l’instrument, je trouve ça louche. Seraient pas lesbiennes, des fois ? Et vous qui me posez la question, seriez pas un peu gauchistes ? Parce que, malgré mes recommandations, on en a vu des pisseuses en train de jouer les rock-stars. Il y a même des groupes exclusivement féminin.

Regardez Téléphone, comment ils ont mal fini. Et d’abord, quel instrument lui confier à la donzelle ? Les quelques groupes d’inconscients qui se sont risqués à la promiscuité, leur ont confié la basse ou les claviers. Parce que ce sont les instruments les plus lourds à porter quand on décharge le camion. Et puis, dans le rock, ce sont des instruments secondaires, derrière la batterie et la guitare.


nichons, c’est la face du rock qui aurait changé, Antoine serait une rock star, Alain Chamfort aurait été assassiné à New York par un fan frustré et Goldman serait enterré au Père Lachaise. Non, les mecs, ne faites pas cette connerie.

bon et qu’on a sous la main une meuf pas trop mal foutue qui tient sa basse comme un manche à balai, ça peut donner un peu de chien et émoustiller le public, c’est ce que m’ont confié les musiciens (mâles) des Rusty Bell et des Pirates. Non mais, vous imaginez une gonzesse en train de jouer de la batterie ou prendre un solo de guitare ? Les concerts seraient sans cesse annulés parce qu’elles auraient la migraine ou qu’elles se plaindraient de règles douloureuses. Si Keith Richard avaient porté des tampax et Keith Moon avait eu des

Si vous montez un groupe de rock, c’est pour vous taper plein de gonzesses, faire des parties à trois ou à quatre, expérimenter la double ou triple pénétration avec des groupies consentantes. Comme dit le proverbe bavarois : « Si tu viens à Munich, n’amène pas ta bière ! » Maintenant, si vous aimez les femmes à barbe, à la voix grave et avec du poil aux pattes, c’est votre affaire, mais je vous préviens, ne comptez pas sur moi pour dire du bien de votre groupe. Voilà, la discussion est close, et

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Elles peuvent faire des fausses notes, ça ne s’entend pas. On peut même leur couper le son, comme le faisaient les Shivas avec l’organiste qu’ils avaient engagée le temps que Dennis prenne des cours de guitare. Et puis, si le groupe n’est pas très

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si vous avez d’autres idées saugrenues, comme faire jouer votre hamster ou votre poisson rouge, inutile de m’appeler, vous connaissez ma position.

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Onc’Jo

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SHINING nus nous espionner avant de nous coloniser. Il vaut mieux rester copains... Et puis j’aime mes sœurs-les fleurs, mes frères-les arbres, mes cousinsles bancs publics. Et les nuages...Ce sont des elfes qui font des dessins et qui m’envoient des messages que je suis le seul à comprendre. Les humains ? Une erreur de la nature. Quand vous regardez la perfection d’une aile de papillon, vous vous demandez comment on a pu engendrer un être aussi imparfait que l’être humain et sa femelle. Un être vil, lâche, hypocrite, prétentieux, soumis à ses émotions et ses sentiments Je fais un gros effort pour ne pas y prêter attention, mais j’ai toujours ce mal de tête... C’est plus facile à supporter la journée grâce aux petites pilules que m’a donné le docteur. Je suis zen, même si j’ai du mal à articuler et à marcher. Je n’embête personne. Je respecte les piétons à pied, les piétons en roller, les piétons en vélo et même les piétons en skate. Et puis les soirs de semaine, je dîne au centre médico-social avec les autres, à sept heures. C’est le samedi soir, quand j’ai quartier libre, que ça se complique. Heureusement j’ai mes copains Pedro et Lolo. Lolo, il est portier parce qu’il est fort.

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e ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, quand je sors le samedi soir dans cette putain de capitale MONDIALE du rock n’roll et que je vois tous ces petits têtards hoqueter, tituber, pisser, gerber et casser des verres, j’ai des envies de meurtre. Je me vois bien massacrer tout ce petit monde au couteau de boucher, à la hache, au tournevis, à la perceuse, à la tronçonneuse, au lance-flamme, au lance-roquette, à la grenade, à coups de pierres, à la faux, à la serpe, à la faucille, au marteau. J’imagine déjà le sang qui gicle des viscères et des boyaux, les crânes éclatés, les membres écrasés, les yeux arrachés, les langues coupées... Je rêve aux corps déchiquetés, découpés, empalés, émasculés, décapités, écartelés, dépecés, éventrés, brûlés, calcinés, électrocutés, chair-à-patéisés... C’est vous dire si je suis énervé. Pourtant, je suis un gentil garçon qui n’arracherait pas une patte à une mouche, un être d’amour et de lumière qui épargne le moustique qui vient de le piquer, qui laisse la vie sauve à la grosse araignée qui courre sur le lit, qui élève des blattes et des cafards dans l’évier de la cuisine. C’est comme ça, j’aime les bêtes, surtout les insectes. C’est que je m’en méfie, il paraîtrait que ce sont des extra-terrestres venus de lointaines planètes, ve-

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Il n’aime pas les humains qui gerbent et qui pissent. Ils les écrabouillent entre ses petits doigts nerveux, juste pour le plaisir de les voir réclamer leur mère avant de dégobiller leur bile et leurs boyaux. Mais il n’aime pas le sang quand il est encore chaud, il ne se sent pas bien et il faut chaque fois le ranimer. Pedro, il est barman. Lui non plus, il n’aime pas les gens. Le samedi soir surtout, parce qu’ils gerbent dans le bar et qu’ils pissent partout. Alors pour être désagréable, il a un truc. Il ne parle pas et se pointe devant le gonze qui veut lui commander un verre. Il pointe son doigt vers lui. Ca veut dire : « Eh Ducon, qu’estce que tu veux boire, pauv’naze ! » Puis, il se penche devant le gars en lui montrant son oreille. Ca signifie : « J’ai tellement honte pour toi que tu vas me le dire à l’oreille, petite tapette ! » Ensuite, il se redresse en faisant un V avec ses doigts ; « Et t’en veux deux comme papa, espèce de demeuré ? » Moi, le moment que je préfère, c’est quand il ramène la monnaie et qu’il frappe le zinc avec la pièce. « Tiens, tes vingt centimes et va t’acheter des carambas, bouffon ! » L’autre soir, il m’a trop fait rire, mon copain. Il avait mis les vêtements de sa sœur, comme ça, pour rire. Faut que j’vous dise. Sa sœur, elle est basketteuse, elle joue pivot, elle

mesure deux mètres vingt. Pedro, il lui avait piqué sa minijupe, elle lui arrivait en bas des genoux. La crise ! Il avait l’air d’une alsacienne qu’aurait perdu ses nattes à la libération. Alors lui, il s’est pas démonté, hein ! Il est parti dans une imitation de Marie-Jeanne dans Starmania. Le serveur automate. Superbarman ! Inhumain, le mec. Un moment, j’ai même cru qu’il allait se faire le lave-vaisselle ! Il déconne, je lui ai dit. Mais depuis qu’il a vu le tour de France, il ne tourne qu’au pot belge. Ses collègues, ils l’appellent Pantani, et encore, ils ne l’ont vu que sur le plat et dans le-contrela-montre. J’te dis pas dans les montées ! Bon, mais c’est l’heure où l’infirmière vient me faire les piqûres qui font vomir. Elle va encore me dire : Alors, mon Cri-Cri, on a été sage ? Allez, je vous laisse ! Et un conseil. Ne traînez pas trop en ville, le samedi soir. Des fois que j’y sois !


n fait, je réalise que je n’aime pas chroniquer les concerts. Mais je vais faire un effort pour celui-ci parce qu’il en vaut bien la peine, pour une fois. Hier soir, mercredi 1er juin 2018. Un air de vacances flotte au moment de se rendre au Grand Mix, à Tourcoing, pour le concert du californien Ty Segall, des anglais Thee Vicars et des français de Yussuf Jerusalem.

A première vue, la région lilloise semble bien avoir un réel et motivé public garage. La salle est quasiment remplie. C’est ce qui me fait me rendre compte que la scène locale, forte d’une poignée de grou-

pes comme le Jimi Ben Band, Crusaders Of Love ou le Cotton Club, pourrait toucher un public encore plus large. Elle manque à mon goût d’une visibilité et d’un peu plus d’émulation qui lui seraient bénéfiques, car sans un bouche à oreille salvateur et une curiosité plus que nécessaire, je serais encore en train de chercher cette fichue scène. Enfin, pour ce genre de problèmes : débattre avec l’Oncle Jojo. En attendant, le public est là, et on ne va pas s’en plaindre ! Parti de Lille, je débarque donc au Grand Mix après 30 minutes lassantes de métro, deux minutes avant que ne commence le set de Yussuf Jerusalem. Les Parisiens d’Inch Allah Records arrivent sans mal à convaincre. Violents et énergiques, les morceaux ne durent jamais plus de deux minutes, montre en main. Un énergumène mal fagoté portant nœud papillon, Perfecto noir, braies tigrées et coupe de cheveux à la Pierre Billon (si si) commence à danser et ne s’arrêtera quasiment

atmosphere

SUEUR, BRUIT, BIERE & BAMBA TRISTE.

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atmosphere

pas de la soirée. Moi non plus, d’ailleurs.

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Parce que Thee Vicars ne font pas retomber la pression, mais l’augmentent encore. Les voix des deux chanteurs qui se relaient ne sont pas assez mises en avant mais les parties instrumentales sont si parfaites qu’elles se laisseraient écouter seules sans problème. Le beat est fou. Les morceaux s’enchaînent dans une tuerie mod, dans le pur style des Jam de In The City. Punks en costards. Entre les groupes, Mimi de Montmartre comble les temps morts avec son Go-Go dancing racoleur. On recharge le verre de bière et vient l’heure de Ty Segall. Sans surprise, la sauce est envoyée et le public conquis. Sur My Sunshine, le pogo s’impose définitivement, pour le plus grand plaisir des slammeurs mais aux dépens des adeptes de la danse à quatre temps. J’atterris sur la scène pour

me faire virer par le bouledogue crétin que l’aimable Ty Segall renverra à sa niche lorsqu’un préretraité sosie d’Iggy Pop sera à son tour envoyé sur la scène, porté lui aussi par le public. Le set est tout aussi bon que les précédents mais l’ambiance devient joyeusement chaotique. Les vieux (très vieux parfois) dansent avec les jeunes (très jeunes parfois). Un pied se casse et des ecchymoses se forment. Ça saute, ça danse, ça drague, ça boit, ça se touche et ça se frotte, mais toujours les yeux rivés vers la scène où sourit la bassiste blonde alors que la brune ténébreuse manie les baguettes et bat les fûts avec enthousiasme. Les guitares assomment dans un final où les cris se mêlent aux applaudissements. S’il est un endroit où il fallait être hier soir, c’était donc bien au Grand Mix. Ne serait-ce que pour constater qu’un concert garage peut encore attirer de belles jeunes filles (hein ?!), mais encore plus pour le plaisir addictif que procure cette musique folle, qui rend irrémédiablement imbécile heureux. J’espère que vous ne raterez pas ces groupes lorsqu’ils passeront près de chez vous...

G. Mobster.

Yussuf Jerusalem http://www.myspace.com/ridersofallah Thee Vicars http://www.myspace.com/theevicarsuk Ty Segall http://www.myspace.com/tysegall Mimi de Montmartre http://www.myspace.com/mimi_de_montmartre


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IDÉES RECETTES

Sauce aigre douce

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arlons chiffons casseroles, un des domaines où ma langue et ses milliers de petites papilles aiment à se régaler ! Etant plus jeune, j’étais (encore) plus con ; j’étais plus que difficile dans le choix des aliments que j’ingérerais ; en sauce, à la broche ou cru je me limitais moi-même dans le monde des saveurs (simple question d’étroitesse d’esprit). Puis vint le jour où je n’ai plus eu le choix : je suis parti vivre chez l’habitant, loin de ma normandie natale, de ses belles vaches et de son beurre demi-sel... Nostalgie.. Et donc, dans ce logis où j’étais nourri, logé, blanchi et saoul à chaque fin de semaine, vivait une fée de la gastronomie, j’ai nommé Dame Viviane. Dame Viviane, c’est un peu l’équivalent de l’homme qui valait trois milliards, mais dans une maison : tu la croises dans le salon lorsqu’elle bouquine une revue de déco d’intérieur, puis dans son bureau à éditer des bons de commandes, et tu l’aperçois qui revient de chez le boucher... et tout le boxon que tu t’es acharné à mettre en place depuis le petit déjeuner a simplement disparu pour laissé place à une table dressée et des saveurs errant dans les airs dignes d’un grand chef. Merci Dame Viviane ! Cette introduction était tout d’abord une dédicace à cette femme («comme on n’en fait plus») mais également une entrée (plat, dessert,

hahahahaha!) en matière pour ma jolie comparaison : La cuisine, cet univers impitoyable dans mon esprit, remplie de vaisselle sale, d’instruments de mesure en tous genres, d’odeurs particulières voire nauséabondes (et oui, on a tous un camembert moulé à la louche qui traine au fond du frigo ! ) m’emplissait de crainte, ce pourquoi je restais sur la défensive depuis tant d’années... Heureusement, Dame Viviane ayant cerné mon caractère de cochon, pris le problème à l’envers (malheureusement pour vous, je ne vous dévoilerais pas MA faille chers lecteurs (haha!) ; sa stratégie aboutie au fait qu’aujourd’hui, je ne refuse aucun plat s’il est préparé correctement (excepté les nouilles chinoises iophilisées). Enfin j’y arrive... Tout ceci pour arriver sur le terrain du «bon goût» ! La cuisine, c’est comme la musique chers lecteurs, ça s’apprécie, ça se déguste, les saveurs sont des mélodies, et encore une fois, malheureusement pour vous, à notre époque, ça se vomit souvent avec plus d’aisance que cela ne s’avale.. Chaque pays ou partie du monde a son savoir-faire, ses produits locaux, ses recettes, ses techniques de cuisson : tout pareil pour la musique ! Regardez donc les Rolling Stones, ils ont commencé par le blues, ils ont réussi à adopter la tristesse du


sur le tas, à travers les bouquins et internet, ça m’a pris du temps, mais aujourd’hui mes collocs en sont très heureux. C’est encore un point commun avec le monde de la musique : on écoute les myspace des autres amateurs, on bouquine, pour mieux comprendre on en étudie l’histoire (chose qu’Enormément de gens ne font plus), on répète encore et encore pour ne pas décevoir le soir du show ; bref on orchestre un travail de recherche, de préparation, de créativité pour transcender l’auditoire. Et c’est là que le bât blesse me direz vous... Aujourd’hui on a trois types de chefs : on a de grands chefs, qui étudient les cuisines anciennes, traditionnelles, contemporaines, qui essayent de créer et d’innover, qui marient savamment les pépites découvertes dans des lieux secrets.. ça plaira ou ça ne plaira pas, si on s’aventure dans le monde des épices certains préfèreront ne pas aggraver leurs problèmes gastriques, et oui le black métal est indigeste chez certaines personnes, ce n’est pas pour autant qu’ils crieront au scandale ! on a des cuistots «traditionnels» uniquement, préparer un bon cassoulet est chose aisée pour ceuxci, mais attention, dès qu’on sort des sentiers battus, on court à la catastrophe ; messieurs, contentez vous des reprises, c’est dans cette partie que vous excellez, la créativité n’est pas pour vous !

IDÉES RECETTES

peuple noir américain juste en suivant leur régime alimentaire, le seul truc con c’est que ça les a pas aidé pour leur carrure d’athlète.. Tout a changé le jour où Brian, curieux du petit bouiboui indien qui venait d’ouvrir à l’entrée de soho, a embarqué toute sa bande pour un gueuleton dont ils ne sont pas tous revenus.. et leur musique a évoluée, changée, de nouvelles épices, de nouvelles mélodies.. A l’heure actuelle, avec nos moyens de transport et de communication, les chefs cuistot ont exploré une bonne partie du monde culinaire, et par la même occasion, ont démocratisé leur Art aux catéchumènes que nous sommes ; moi j’ai appris

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IDÉES RECETTES 34

on a des imposteurs.. Et à mes yeux, ce sont sûrement les plus doués. Ce type de charlatans organise un banquet gigantesque, invitant moult convives à sa table, et très discrètement va commander une trentaine de «menu maxi best of» au MacDo du coin pour te les servir dans des plats en argent massif. Et c’est sur ce point qu’ils sont réellement doués.., ou complètement glands, ils essayent de te persuader que ce que tu dégustes est exxxxcccceeepppttiioonneelllll ; un peu comme si je te servais une menthe à l’eau en t’expliquant que c’est un remède contre le cancer... J’espère très sincèrement que tu me collerais une grosse mandale dans la gueule ! (geste que 100 % de ces charlatans mériteraient de prendre plein fer, malheureusement, à la place ils sont reçus sur les plateaux de télévision et nous jouent un live « totalement » improvisé chez Nagui..triste vérité). Attention, on a découvert il y a quelques années la cuisine intellectuelle, qui porte bien son nom car elle est consommée par les lecteurs de télérama ou encore du leitmotiv. Ce type culinaire surfe sur le «hype», un peu comme quand des chercheurs ‘ricains ont publié un papier sur les bienfaits de l’urine pour la peau, toutes les morues de beverly hills se sont mises à pisser dans leur jacuzzi avec le sourire (attention chers lecteurs, cette partie de l’histoire est 100% authentique). A cet endroit précis vous retrouverez Boby, le blond vénitien même pas premier de la classe plutôt dis-

gracieux, le même Boby qui n’avait pas trop d’ami au bahut, parce qu’en plus d’être moche il était pas drôle le pauvre ! Et bah Boby s’est mis à faire du rock après avoir subi ses cours de guitare classique pendant tant d’années, et son groupe à lui, et bah c’est exactement le même «band» que tous ces putains d’autres groupes qui passent à la radio, parce qu’en fait, le plus gros problème de Boby dans la vie, c’est qu’il a pas vraiment une personnalité qui lui appartient à lui, alors Boby ne va surtout pas chercher plus loin que son magazine « bobo » pour découvrir la cuisine intellectuelle, il va même jusqu’à faire ses courses chez Picard et arrive à trouver ça nouveau et original, Boby fait du Foals et il est content... Pour finir en beauté, je vais finir par ma spécialité : le lynchage public. Essayez de faire le tri dans ce que vous mangez ! Un MacDo une fois de temps en temps, ça ne fait pas de mal, et puis ça vous rappelle le goût du prémaché industriel qui est là avant tout pour générer de l’argent et toujours plus d’argent, mais si vous voulez juste «manger» ou « écouter une bonne galette, alors prenez le temps de choisir, de cuisiner, de chiner, la bonne bouffe est accessible à tous et à toutes les bourses, alors pour moi et pour JP Coffe, faites un effort s’il vous plait ! NB : quand vous faites réchauffer une boîte de ravioli au micro-ondes, c’est pas de la cuisine, c’est bien compris les David Gheta en herbe !

Don Pedro


LE SAINT DES SEINS... ... C’EST VACHEMENT BIEN Bar à mèche Place St Pierre

RÉCLAME

Happy Hour de 19 à 21H

©torchtapubavecdupqdechezlidl

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DISQUAIRES : PAUL EMILE VINYLS LABORATOIRE VICIOUS CIRCLE ARMADILLO GROUPES : lo spider - angry dead pirates - in the wall of death - shiva and the dead men - the space padlocks - the exitentialists - abberline - les soldes - warm toys machine - rusty bell - red lips - les zodiacs - drawers - cordcore - OTTO

... TOI qui lit ces lignes, ouais TOI. Dis moi pas qu’t’as jamais rien dessiné ou écrit, dis moi pas qu’tu vas jamais voir de concert ou faire le rock dans ta chambre. Alors raconte, dessine, partage-le nous ! Et le prochain numéro sera grandiose !! TEXTES : JOHN BEURK, ONC’JO, DON PEDRO, G.MOBSTER

réseaux

RELECTURE : CHLOÉ, TAMÈRE, RIRI, OBAMA, HU JINTAO

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ILLUSTRATIONS/PHOTOS : 1ÈRE DE COUV : MÉDRANO JOHN BEURK, RIRI, JOB LE BOITEUX, JUSTINE DUFOUR 4EME DE COUV : ALEXANDRE POMMIER

contact mail : larsen.cm2r@gmail.com mise en page : fait maison

C’EST GRATOS MAIS C’EST QU’AU LABORATOIRE QUE T’EN AURAS UN À TOI ET C’EST AU 9 RUE DE LA BOURSE... OÙ ÇA ? BEN DANS LA CAPITALE MONDIALE DU ROCK’N ROLL ÉVIDEMMENT !


rtains genres de rock-music sont des alliés du diable. [John O’Connor]

«JE SUIS UN INSOUMIS» Gainsbourg à Strasbourg devant les paras « TOUS LES COSMONAUTES SONT FORMELS : LES COUILLES NE PENDENT PAS EN APESANTEUR. ELLES FLOTTENT.» Professeur Choron «LA PIROGUE NE TIENT PAS COMPTE DE LA NOBLESSE, TOUS CEUX QUI CHAVIRENT SONT MOUILLÉS.» Proverbe malgache


Capitale Modiale du Rock'n'Roll 2