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bandes dessinées

livres Bring The Noise

Simon Reynolds (Au Diable Vauvert)

Simon Reynolds est un critique musical important. Pas un pisse-froid qui écrit dans Clutch (parle pour toi, ndlr). Vraiment important. Le genre a qui l’on attribue l’invention du terme post-rock. À faire une interview des Beastie Boys quand tout le monde les prenait pour des imposteurs et lancer la rivalité Blur vs Oasis au détour d’un article. Bring The Noise est une compilation de 20 ans d’écriture rock et hip-hop, de Husker Dü à M.I.A en passant par Miles Davis et la musique electronica. Un ouvrage imposant (600 pages), très bien traduit, aussi intelligent que pertinent, comme les petites notes actualisées à chaque fin d’article (cf Manic Street Preachers). | A.C.

Oh, Bobby

Alexandra Apperce (Le Somnambule Équivoque)

Frôlant la timidité maladive dès qu’il s’agit de donner une interview, Robert de Niro a de quoi susciter l’imagination. L’ange exterminateur de Taxi Driver se retrouve au cœur d’un docu-fiction où il doit affronter son passé, Charlie Sheen, et préparer un nouveau rôle pour Martin Scorsese. Alexandra Apperce revisite la filmographie de l’acteur avec délectation : minimalisme, sens du rythme et de la petite phrase qui fait mouche, rappelant parfois l’écriture de Chuck Palhaniuk (Fight Club). Malgré un final un peu plat, elle évite l’écueil de l’exercice de style grâce à une attachante étude de caractère. | B.O.

Facebook, anatomie d’une chimère

J. Azam (CMDE)

Facebook, révélateur des tendances profondes de la société ? Pourquoi pas, le social network ayant l’ambition d’un véritable empire. Julien Azam démonte la « chimère » de la liberté des réseaux virtuels, ne laissant qu’un organisme de contrôle des masses de plus - la nouveauté étant que chacun devient son propre flic et celui des autres. Citant Debord et les situationnistes, la démonstration s’embourbe parfois, lorsqu’elle résume en quelques maigres lignes une lutte des classes 2.0. Surtout, sans le vouloir, l’essai invite un autre penseur : impossible de ne pas songer à Baudrillard et Simulacres et Simulation... | B.O.

RAP, HIP-HOP, 30 années en 150 albums Sylvain Bertot (Le Mot et le Reste) Des ouvrages attendus et stéréotypés sur le rap, il y en a eu un paquet. Celui-ci n’en fait pas partie. Sylvain Bertot décrypte 30 années de hip-hop d’une façon très personnelle, s’attachant à dresser un panorama « fidèle » du chemin parcouru tout en affichant opinions et partis pris. Car disons-le, mettre ABN et Run DMC côte à côte en couverture, c’est une petite provocation. C’est toute la force du livre, des incontournables classiques aux opus les plus underground. On apprend beaucoup sur les albums mythiques, et on découvre de petites perles quand l’auteur déploie sa fine connaissance du rap indé. | P.M. 36 •

DOPUTUTTO

Revue collective (Misma)

Auréolée d’un Fauve d’Or à Angoulême, la revue Dopututto (prononcer à l’italienne) n’a pas volé son titre, quoi qu’en disent modestement ses auteurs. Le recueil passe de la BD absurde et surréaliste (Yoon-Sun Park, Marie De Monti ou Simon Hanselmann pour l’excellent Megg, Mogg & Owl), à l’essai plus classique mais tout aussi bon (le Action comics de Alessandro Tota ou Sandrine Martin) ou par la narration graphique (Christelle Enault ou Singeon). Porté par ses jumeaux fondateurs, Dopututto est vraiment dans la lignée des glorieux indépendants français (comme l’Association ou 6 Pieds Sous Terre). | A.C.

MONSIEUR FERNANDO

Mathieu Bourrillon (La cinquième couche)

Mathieu Bourillon, dessinateur et illustrateur toulousain, aussi présent au sein du collectif La Toile, livre une œuvre graphique noire, empreinte de cauchemars paranoïaques. Son personnage, Mr Fernando, sujet à de graves troubles d’angoisses, décide de se cloîtrer chez lui et coupe contact avec le monde extérieur. Son médecin le forçant à sortir, les délires et son anxiété démesurée prennent forme sous le trait précis et sombre de l’auteur. Tout réside dans cet univers chaotique et torturé avec un dessin, magnifique, comme des tableaux sans décors, sans dialogues et fortement explicite. Black is beautiful. | A.C.

L’AVENTURE DE L’HOMME CHIEN

Yoon-Sun Park (Misma)

Mr Kim est ce que l’on appelle communément un branleur. Son rêve est de rentrer dans la fonction publique mais, ratant tous les concours, mis à la porte par ses parents, il décide de devenir chien policier. Et oui, les chiens policiers sont des fonctionnaires comme les autres ! Partie sur cet immense délire, l’auteure Yoon-Sun Park, sud-coréenne installée à Angoulême, est le relais parfait entre son pays d’origine et d’adoption. Un récit soutenu, sans aucun temps mort, et un dessin plus proche de la bande-dessinée franco-belge que du manga. Une très belle réussite. | A.C.

Batman Saga

Revue mensuelle (Urban Comics)

À travers une parution mensuelle, la maison d’édition Urban Comics revient au temps béni des comics en magazine. Dans Batman Saga, on retrouve quatre histoires différentes, la meilleure restant La cour des hiboux, de Scott Snyder et Greg Capullo, où Bruce Wayne a trouvé encore plus crypto-fasciste que lui à travers une société secrète. Le Detective Comics reste de facture plus classique, alors que Batman et Robin va puiser dans l’esprit de famille, Robin étant ici le fils de la chauve souris et sa crise d’adolescence n’est pas évidente à gérer. Machisme oblige, la série Batgirl n’a, par contre, pas grand intérêt. | A.C. • 37

Clutch Toulouse, mars 2013  
Clutch Toulouse, mars 2013  

la griffe culturelle | numéro 6 | mars 2013 | gratuit

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