Clutch Toulouse - avr. 2018

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état des lieux auditeurs -, d’autres arguments pointent plutôt les difficultés de la professionnalisation artistique. Limites Loin d’être un genre comme les autres, la pop serait soumise à des exigences de rentabilité financière beaucoup plus fortes. C’est en tout cas le point de vue de Romain, aux manettes du label indé toulousain Bckblw : « ces musiques ont un grand potentiel de diffusion auprès du grand public. Il y a de l’argent, beaucoup d’investisseurs, et en toute logique, un désir de professionnalisation plus prononcé. Mais ce business comporte aussi ses limites, notamment au niveau des tournées. Quand on est beaucoup sur scène, il faut payer tout le monde. Et si le succès n’est pas à la hauteur des espérances, le groupe peut s’arrêter très vite ! ». Pour Antoine Fantuz, programmateur au Bikini, cette lourdeur des mécaniques budgétaires (amplifiée par la crise du disque et « reportée » sur les tournées), a un impact direct sur les chances d’éclosion des petits groupes locaux. Dans un milieu désormais très cadré, ils auraient de plus en plus de mal à trouver leur place : « au Bikini, on ne peut pas tout absorber. On a du mal à mettre des premières parties, car aujourd’hui les tourneurs ont les leurs. Parfois aussi, on ne peut pas toucher à la console avant la tête d’affiche. C’est un problème, car il faut bien commencer 8•

quelque part ! Comment se frotter à la scène quand on ne peut pas jouer ? ». Même son de cloche chez Augustin Charnet des Kid Wise, alarmé par le manque de petites salles accessibles aux formations amateurs en centreville : « une scène locale sans lieux de concerts avec un esprit vraiment rock n’a pas de sens. Pour moi, la vraie problématique est ici ». Et si cette carence n’était que l’arbre qui cachait la forêt ? De son côté, Pierre Rougean perçoit également une certaine solitude des groupes en devenir au niveau de la conception des projets en eux-mêmes : « je relève un manque flagrant d’accompagnement local au niveau de l’aide apportée à l’artistique. Bien souvent, on rédige aussi sec un dossier de subvention pour acheter du matériel, monter une tournée, faire de la promo... mais on bâcle la direction artistique. Ce maillon de la chaîne n’existe pas à Toulouse. Heureusement, certaines structures locales comme Octopus (ex-Avant Mardi, ndlr) commencent enfin à se pencher sur la question ». Il n’empêche. La scène toulousaine a peut-être (temporairement ?) perdu de son éclat national, mais elle regorge toujours de groupes talentueux et créatifs liant un registre pop à d’autres styles musicaux : Ruby Cube, La Recette (soul-jazz), I Me Mine (psyché 60’s, voir p.60), Jens Bosteen (folk), Cathédrale (rock garage)... Sur le terrain depuis des années, on peut aussi citer l’acti-