Clutch Toulouse - avr. 2018

Page 41

bandes dessinées Les Frères Ukkometsola

J.Latva-Nikkola (L’Employé du Moi)

À ce qu’il parait, les pays scandinaves passent pour des modèles de progrès social et de réussite économique. Qu’à cela ne tienne ! D’un goût certain pour l’humour scato, l’auteur finlandais découpe ces clichés à la sulfateuse en dressant le portrait d’un pays rural, misogyne et réactionnaire. Pour ce faire, Jarno Latva-Nikkola nous emmène dans le monde désenchanté d’un trio de frères aux manettes d’un business de lait porcin et de sperme ! Tout aussi sale que le scénario, le traitement graphique de l’auteur participe au chaos d’une BD ayant tout d’un bon coup de pied dans la fourmilière ! | P.M.

Guantanamo Kid

J. Tubian, A. Franc (Dargaud)

Il faut s’accrocher pour aller au bout de ce roman graphique. Certes, ce n’est strictement rien en comparaison de ce qu’a vécu Mohamed El-Gorani. Rien moins qu’une expérience de l’Enfer sur Terre. Fuguant d’Arabie Saoudite à l’âge de 14 ans, il se retrouve au Pakistan à étudier l’anglais et l’informatique. Pour son plus grand malheur : le 11 septembre 2001 vient de passer par là. Arrêté par les autorités, remis aux mains des États-Unis, il atterrira au camp de Guantanamo pour de longues années de torture avant d’être libéré. Et malgré tout, ce qui impressionne reste sa force d’esprit et sa foi en l’espoir. | B.O.

Stroppy

Marc Bell (Cornelius)

Employé dans une usine de « villageois télécommandés » (après tout, pourquoi pas ?), l’ouvrier Stroppy voit les ennuis toquer à son poste avec l’arrivée d’un colleur d’affiche pour le groupe The All-Star Shnauzer Band. Un résumé qui vaut ce qu’il vaut mais ne saurait rendre hommage à l’humour furieusement excentrique de Marc Bell (et on ne dit rien sur le patron, le Français Monsieur Moustache). Le nouvel album du Canadien regorge en effet de trouvailles visuelles, de jeux de mots impromptus et de détails portnawak. Ce qui n’empêche pas à l’ensemble de former un tout cohérent, aussi surréaliste soit-il. | B.O.

Infiniment

Marie-Anne Mohanna (Bang Ediciones)

Avec ce premier roman graphique, la jeune auteure Marie-Anne Mohanna pose d’emblée les fondations d’un univers très personnel, empreint d’onirisme. Dans ce voyage intérieur à l’esthétique noire et mystérieuse, le personnage d’Infiniment emprunte un chemin aussi terrifiant que sinueux : l’épreuve du deuil. Une succession de planches en noir et blanc retraçant les différentes étapes de la dépression, entre songes, atterrissages et redescentes, transcrites avec autant de délicatesse que d’intensité. L’allégorie de la remontée vers la surface vous sautera directement aux yeux dans les dernières pages ! | P.M. • 41