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de Nicolas Bouchaud de monter l’interview de Serge Daney. Mais au final, dans chaque pièce, il y a quelque chose du domaine de l’acteur comme transmetteur. Nicolas Bouchaud : Des choses se recoupent dans ces textes, des thèmes, des motifs se croisent. Mais ça, je ne m’en rends compte que depuis qu’on a monté, en 2017, Maîtres anciens. Rien que dans la scénographie, il existe des correspondances évidentes. Par exemple, la façon de parler au public est la même, en adresse directe. Et puis, une équipe s’est mise en place qui est la même sur chaque projet. On se connaît bien, on fonctionne comme un collectif. Je propose le texte, donne quelques pistes, je mets tout dans le pot commun, et chacun s’en empare. Pendant les répétitions, la parole circule beaucoup entre nous tous.

Le pari de rendre sensible la pensée et de la partager

ED : La matière de départ est différente pour les trois spectacles : une interview, un discours, un roman. Il se trouve que mon premier spectacle, Boltansky/interview, vient d’une longue entrevue radiophonique de Christian Boltansky. Alors quand Nicolas est arrivé avec le projet sur Daney, je me sentais aguerri face à cette forme de parole décryptée, pas vraiment écrite, plutôt « pensée en parlant ». Quant à la forme du seul en scène, c’est Nicolas qui voulait cela. Un solo, c’est le public et l’acteur, il n’y a pas de filtre.

NB : Ce qui était important pour moi, mais sans me l’avouer au départ quand on a monté Daney, c’était de faire quelque chose avec un matériau qui n’est pas théâtral. Il y avait dans La loi du marcheur le pari qu’il est possible de rendre sensible la pensée, de la partager. Ce n’est pas au final quelque chose qui est dogmatique, distant et surtout, rien n’est posé là comme une vérité absolue. À l’intérieur de cela, le travail d’acteur pour moi est d’être dans le chemin, dans le fil de la pensée, c’est à dire d’arriver à faire que cette pensée s’invente devant vous. C’est la première fois qu’on présente ces trois spectacles ensemble, en trilogie. C’est une proposition de Jacky Ohayon (directeur du théâtre Garonne, Ndlr) que je trouve très pertinente.

Clutch Toulouse - fév. 2018  

La griffe culturelle | # 60 |fév. 2018 | Magazine culturel gratuit Toulouse & Occitanie

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