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27•11•1893

01•12•1900

18•08•1920

1928

21•04•1944

01•05•1949

09•05•1950

13•07•1965

Les Néo-Zélandaises sont les premières femmes à obtenir le droit de vote. Elles seront éligibles en 1919.

Les femmes Françaises ont le droit d’exercer la profession d’avocat.

Les femmes des États-Unis obtiennent le droit de vote.

Les femmes britanniques obtiennent le droit de vote.

Les Françaises obtiennent le droit de vote.

Simone De Beauvoir publie «Deuxième sexe»

La pilule est mise en vente aux ÉtatsUnis.

En France, la femme est désormais libre de travailler sans l’accord de son mari.


28•12•1967 05•04•1971

17•01•1975 16•03•1980 15•09•1995

Loi Neurwith, la contraception est autorisée.

Publication par le Nouvel Observateur du « Manifeste des 343 ». Le Manifeste des 343 est une pétition signée par 343 femmes qui déclarent avoir eu recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) étant punie par la loi, ces femmes en révélant l’illégalité de leur passé prennent un risque à la mesure de leur revendication : le droit d’avorter en toute légalité. Parmi ces signatures figurent notamment celles de Catherine Deneuve, Simone de Beauvoir, Jeanne Moreau, Françoise Sagan, personnalitées connues. La délivrance de la pilule contraceptive est autorisée aux mineures sans l’autorisation de leurs parents.

Loi Veil, l’avortement est autorisé.

Marguerite Yourcenar est la première femme à intégrer l’Académie Française.

L’ONU affirme que «les droits des femmes sont partie intégrante et indivisible des droits humains.»


Introduction

I. Stylistes & publications, designers & photographes

II. Contexte historique

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12 1. Stylistes témoignant d’une volonté émancipatrice et magazines vecteurs de cette mode incarnant le changement 18 2. Designers et photographes présentés au sein du corpus.

27 1. Mai 68 28 2. Mouvement de libération de la femme 29 3. Women’s Lib


Analyses

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32 Harper’s Bazaar Herbert Bayer & Alexey Brodovitch 34 Vogue US Erwin Blumenfeld & Alexander Liberman 36 Harper’s Bazaar Richard Avedon & Alexey Brodovitch 38 Harper’s Bazaar Richard Avedon & Alexey Brodovitch 40 Harper’s Bazaar Richard Avedon & Bea Feitler & Ruth Ansel 42 Elle France Peter Knapp

Conclusion

Bibliographie

47 48


* Bernard Mandeville (1714), La Fable des Abeilles, Remarque M, traduction Lucien et Paulette Carrive, Vrin, 2010, p.100-108 (p.54)

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Aux 19e et 20e siècles des créateurs de mode vont accompagner l’émancipation de la femme, à travers leurs œuvres ; lignes épurées, liberté des formes, bouleversement des codes couleur... Comment le graphisme a-t-il accompagné ce mouvement ? C’est la question posée et développée dans ce document. Nous savons que notre façon de nous vêtir véhicule depuis toujours une image, l’image que l’on veut donner à l’autre de soi. « Les beaux habits sont une affaire essentielle, les belles plumes font de beaux oiseaux, et quand on ne connaît pas quelqu’un on le traite généralement selon son costume et le reste de sa toilette ; par leur richesse on devine sa fortune et par leur ordonnance en conjecture son jugement. » * En d’autres termes , les modes vestimentaires sont le reflet des personnes mais aussi de leurs aspirations et donc l’image d’une société en mouvement avec ses codes, qui expriment en temps réel les grands changements de demain comme fût le mouvement de libération de la femme ; Pour porter cette évolution, certains stylistes décident, dès 1910, de libérer la femme de ses entraves vestimentaires ; de nouveaux styles apparaissent, et les publications se modernisent pour l’atteinte d’un plus large public, le développement industriel entraine inéductablement celui de la communication visuelle. Les publications ne montrent pas seulement des innovations vestimentaires, mais des innovations incarnées par des femmes, les vêtements prennent alors tout leur sens. Durant les années 1960/1970, des mouvements émancipateurs apparaissent, les femmes prennent le pouvoir, et font valoir leurs droits. À ce moment là, les magazines féminins présentent une femme libre. Il apparaît que certaines publications des années 1940/1950 se positionnent déjà comme avant-gardistes et nous montrent dès l’après guerre des femmes plus indépendantes. Le graphisme serait-il annonciateur de ce désir d’émancipation féminine ? Peut-il être considéré comme un élément porteur de cette grande révolution sociétale ? Et lorsque l’émancipation bat son plein, comment devient-il un vecteur essentiel de la femme libre au travers des publications de magazines de mode ? Pour démontrer cela, nous parlerons des créateurs qui ont contribué à l’émancipation féminine, précurseurs ou contemporains et des publications incorporées dans le corpus. Seront ensuite introduit les designers et photographes, qui, au sein de la presse, ont donné une image au dessein des créateurs de mode. Puis, le contexte social et historique des années 1960/1970. Enfin, nous analyserons un corpus d’images et compositions extraites de ces revues entre 1950 et 1970. Pour conclure, nous évoquerons l’aspect possiblement réducteur des images à l’égard des femmes.


I. STYLISTES & P DESIGNERS & PH


PUBLICATIONS, HOTOGRAPHES


Pour bien comprendre le rôle de la mode dans l’émancipation féminine, il nous semble juste d’entamer ce document écrit en présentant les différents stylistes témoignant d’une volonté émancipatrice. Nous remarquerons alors que le mouvement débute dès 1913, avec Coco Chanel. Mais, comme précisé dans l’introduction, la mode, si elle n’est pas accessible au plus grand nombre, n’a un impact que limité. Sa plus grande visibilité étant dans les magazines, nous allons ensuite présenter quelques publications, utilisés au sein du corpus, ayant porté cette mode émancipatrice.


nt a n ig o m é t t e s e e ic st e r i t l d y a o t p s i m c s t e n t n t a e e m de c ér é f f é i t 1.D e volon cteurs ent. e d’un zines v hangem a c g e l a t m n a n r inca

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Gabrielle Chanel née le 19 août 1883 à Saumur et décédée le 10 janvier 1971 à Paris est une styliste devenue incarnation de l’émancipation féminine, libérée et elle même à la mode. Elle commença par confectionner et vendre des chapeaux, reconnus pour leur simplicité et leur originalité. Durant la première guerre mondiale en 1913, elle s’installe à Deauville et crée la première boutique à son nom, CHANEL, en grandes lettres noires sur fond blanc. Elle va alors créer le fameux tailleur en jersey, confortable et simple. Sa mode est à l’opposé de celle des femmes de son époque, encore parées d’accessoires qu’elle juge superflu, habillées de longues robes et emprisonnées dans des corsets. Coco Chanel crée en quelque sorte un vestiaire féminin d’après celui qu’elle utilise pour son propre usage, emprunt au vestiaire masculin, habits souples, adaptés aux activités quotidiennes d’une femme de son époque. Elle lança également la mode des cheveux courts en se coupant elle-même les cheveux. Innovatrice, elle lance également Chanel n°5 en 1921, une ligne de maquillage en 1924, sa collection de bijoux en 1932. La mode Chanel est depuis perpétué avec Karl Lagerfeld en tant que styliste.

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Jean Patou est né le 27 septembre 1887 et décédé le 8 mars 1936 à Paris est un créateur de mode. Modiste phare des années 1920 et 1930, il est d’ailleurs en concurrence avec Chanel, car comme elle, sa maison incarne la modernité. Au lendemain de la première guerre mondiale, le statut féminin change, la femme a gagné en autonomie, le corset a disparu, les femmes sont plus actives, plus libres, et sportives. Jean Patou s’impose à cette époque en étant notamment le précurseur du sportswear, il propose autant des robes que des vêtements de ski, maillots de bain, sweaters, gilets, cardigans, tous monogrammés JP. Il dessine notamment les tenues de Suzanne Lenglen, célèbre joueuse de tennis, surnommée « la divine », qui fut la première à adopter les jupes courtes dans ce sport. Il crée en 1920, le premier parfum unisexe, Le Sien.

Gaby Aghion est née en 1921 à Alexandrie, elle est la créatrice de la maison de mode Chloé. Elle initia le prêt-à-porter de luxe, elle voulait des vêtements accessibles, adaptés aux femmes et à leur fantaisie, qui ne nécessitaient pas d’essayages. En 1952, elle dessine d’abord ses modèles, puis, plus tard s’entoure de stylistes qui contribueront à créer le style Chloé. Par exemple, Christiane Bailly, Michèle Rosier, Maxime de la Falaise, Tan Giudicelli et bien d’autres par la suite, notamment dans les dernières, Stella McCartney et Phoebe Philo. La robe Embrun de 1960 est en rupture avec le style des années 50. C’est une robe chemise qui procure une grande liberté de mouvement et reprend des codes du vestiaire masculin: les revers du col, des poignets et la patte de boutonnage sont en tissu de cravate. La femme assume sa féminité et affirme son indépendance.


Il naît le 29 mars 1923, il est couturier et fondateur de la maison Courrèges. Il ouvre sa maison de couture en 1961, avenue Kébler. Dès 1962, il présente dans ses collections des pantalons de jour comme de soir et lance les bottines sans talons, qui permettent aux femmes de bouger plus facilement. Vers 1964, Courrèges lance ses minijupes et minis robes et fait du blanc sa couleur de prédilection. Cela déclenche un nouveau phénomène, celui des collants. Dès 1965, les mannequins sont bronzées, habillées court, sportives et jeunes. Il conçoit des vêtements pour la génération du baby-boom et se libère des conventions. André Courrèges ambitionne de vendre du prêt à porter de luxe dans le monde entier, il ouvre alors un atelier-pilote à Pau, où il forme ses couturières à de nouvelles techniques. Les vêtements sont alors bien moins chers car produits en masse. Si bien, qu’en 1972, l’atelier-pilote est devenu une vaste usine où il produira des vêtements pour 15 000 personnes à l’occasion des Jeux Olympiques de Munich.

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Yves Saint Laurent est né le 1er août 1936 à Oran en Algérie et est mort le 1er juin 2008 à Paris. Pierre Bergé dira de lui « Chanel a donné la liberté aux femmes, Yves Saint Laurent leur a donné le pouvoir ». Le jeune couturier fait ses débuts à Paris en entrant chez Christian Dior. En 1957, à la mort de ce dernier, il devient le styliste de la maison Dior, malgré son très jeune âge. Très vite, il quitte Dior et monte sa propre maison avec son collaborateur et compagnon, Pierre Bergé. Lors de la collection AutomneHiver 1966, il présente son smoking, véritable révolution, cette tenue du vestiaire masculin devient l’incarnation même de la femme émancipée. Yves Saint Laurent veut donner aux femmes des vêtements aussi pratiques que ceux des hommes : il lancera le trench coat et le duffle coat, piochés dans les habits de la première guerre mondiale, ainsi que la marinière, le caban, et autres, empruntés aux vêtements des marins. Yves Saint Laurent a voulu mettre les sexes à égalité par cet élargissement de la garde robe. Au même rang que Coco Chanel, il se préoccupa des femmes. Ce qui en fit un des plus grands couturier au monde.

« Un vêtement est réussi quand on dit à une femme: "Que tu es belle" et non «Que tu as un joli truc ! » Elle commence par créer des vêtements pour la boutique de prêt-àporter de son mari, Laura, et surtout elle crée des vêtements qui répondent à ses propres désirs. Enceinte de sa fille Nathalie, qui depuis travaille avec elle à la tête de la maison Rykiel, elle crée une robe moulante mettant ses formes en valeur. C’est son premier succès, suite à ça, elle ouvre sa boutique 6 rue de Grenelle, en mai 68. Créatrice de la « démode », elle met à mal toutes les règles de la couture. En 1974, elle fait porter ses pulls à l’envers. Elle refuse de doubler ses vêtements et supprime les ourlets. Elle donne sa beauté au concept de « non-fini ». En 1970, le Women’s Wear Daily sacre Sonia Rykiel « reine du tricot dans le monde ». En effet dans ses collections, on trouve du tricot partout : des pantalons, des robes, des robes du soir, des pulls, des sous pulls, des bonnets et des écharpes. Des rayures de couleurs vives sur du noir. Ses vêtement sont créés pour accompagner la gestuelle féminine. Les créations de Sonia Rykiel sont confortables et seyantes. Ses pantalons permettent de s’asseoir les jambes ouvertes, ses poches basses d’y mettent les mains.


Harper’s Bazaar

Vogue

Elle

Le Harper’s Bazaar est un magazine féminin d’origine américaine. Il est fondé par la maison d’édition Harper’s & Brother’s en 1967. Le magazine est d’abord hebdomadaire et devient mensuel en 1901. Il est en concurrence directe avec Vogue. En 1916, Harper’s Bazaar est le premier magazine à montrer le travail de Coco Chanel. Le trio des années 30, Carmel Snow, Alexey Brodovitch et Diana Vreeland vont faire du magazine l’un des plus célèbre au monde. Il est considéré comme plus avant-gardiste que Vogue. Après le départ de Carmel Snow en 1957, le magazine est sur le déclin jusqu’à l’arrivée de Liz Tilberis en 1992. Glenda Bailey est, depuis 2001, la rédactrice en chef.

Vogue est l’un des plus important magazine de mode au monde. Il est édité par Condé Nast publications. Vogue est à l’origine un petit magazine que Condé Montrose Nast rachète en 1909, il en fait un magazine de mode, de luxe et d’art. En 1929, Vogue est sous la direction artistique d’Alexander Liberman, le magazine devient alors plus contemporain, l’illustration fait place à la photographie, et, en juillet 1932, Vogue publie sa première couverture en photographie couleur. Le magazine est glamour et élégant. Diana Vreeland qui vient du Harper’s Bazaar est alors nommée rédactrice en chef en 1963, elle montre alors dans Vogue des femmes actives, jeunes, indépendantes et dynamiques. Elle rapproche le magazine de la jeunesse et de la révolution sexuelle. Grace Mirabella prend la suite de Diana Vreeland en 1971, la mode est alors plus pratique, les femmes travaillent, elle adapte le magazine au rythme de vie de ses lecteurs et en fait notamment un mensuel ( il était jusqu’alors bi-mensuel ). En 17 ans de carrière, elle triple les ventes du magazine. Le Vogue US est vendu à 138 000 exemplaires tout les deux mois en 1928, en 2011, il est diffusé à 1 248 121 exemplaires tous les mois.

Elle est un magazine fondé en France en 1945 par Hélène Lazareff et Marcelle Auclair. Le premier numéro est publié le 21 novembre 1945. Très rapidement, Françoise Giroud devient rédacteur en chef jusqu’en 1953, avec pour directeur artistique Jean Chevalier. Dès le début, Elle a une ligne éditoriale qui se différencie des magazines féminins de l’époque, des informations plus précises, une mode plus centrée sur les créateurs que sur les créations. Dès les années 1950, le magazine est précurseur dans le domaine du sportswear, ou du prêt-à-porter qui se démocratisera une dizaine d’années plus tard. Peter Knapp en prend la direction artistique en 1959, il y reste vingt ans, il donne au Elle sa forme définitive.w


Chaque contenu ayant nécessairement besoin d’une forme pour le rendre lisible, nous allons, avant d’entamer la description du corpus, présenter les designers et photographes ayant travaillé au sein de ces magazines. Et par conséquent, œuvré pour l’image d’une femme émancipée.


s e h p a r g oto rpus. h p t e co s u r d e ign u sein s e 2.D ntĂŠs a e s ĂŠ r p

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Erwin Blumenfeld est né le 26 janvier 1897 à Berlin et est décédé le 4 juillet 1969 à Rome. Il participe au mouvement Dada sous le pseudonyme de Jan Bloomfield. En 1930, il commence à travailler aux Pays-Bas en tant que photographe. En 1936, il commence à travailler en France pour Vogue et Verve ( il est recommandé à Michel De Brunhoff par Cecil Beaton ). Il est également portraitiste et photographe publicitaire, et il participe à l’exposition collective Photography 1839-1937 au Museum of Modern Art de New York. En 1939, Carmel Snow du Harper’s Bazaar lui demande de couvrir les collections parisiennes pour le magazine. En 1941, il fuit aux États-Unis. De 1941 à 1944, il travaille pour Harper’s Bazaar, puis de 1944 à 1955 pour Vogue. Il collabore également avec Life, Cosmopolitain, Look, etc. Le photographe met ses expérimentations artistiques au service de la mode: montage, solarisation, images négatives, fragmentation, etc. Il est également très reconnu pour son génie du cadrage et de la couleur. Il est un des plus grands photographe de mode.

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Alexey Brodovitch est né en 1898 en Russie et mort le 15 avril 1971 dans le sud de la France. En 1920, après une courte carrière militaire, il se retrouve à Paris. Il devient de 1928 à 1930, directeur artistique du magasin Aux trois quartiers. Il quitte la France et part enseigner le graphisme publicitaire à la Pennsylvania Museum School of Industrials Arts aux Etats Unis. Dès 1933, il anime le Design Laboratory, fréquenté par de nombreux graphistes et photographes tels que Irving Penn, par exemple. En 1934, Carmel Snow, rédactrice en chef du Harper’s Bazaar, lui offre le poste de directeur artistique. Il va révolutionner le magazine d’un point de vue graphique mais aussi mettre en avant les photographes: Man Ray, Erwin Blumenfeld, Richard Avedon, Henri-Cartier Bresson, André Kertész, Lisette Model, Brassaï et bien d’autres. En 1945, il signe la mise en pages du livre Observations de Richard Avedon. Il collabore avec d’autres pour de nombreux livres. En 1958, il se retire du Harper’s et retourne en France en 1966.

Herbert Bayer est un artiste américain d’origine autrichienne né le 5 avril 1900 à Haag am Hausruck et décédé le 30 septembre 1985 à Santa Barbara aux États-Unis. Herbert Bayer suit des cours à l’école du Bauhaus, il a pour maître Moholy-Nagy. En 1925, il y devient le premier enseignant titulaire en graphisme publicitaire et photographie. Il estime qu’il est plus simple de composer en linéales et sans majuscules, il crée donc dès 1925 la police de caractère, Universal. En 1928, il devient directeur artistique du Vogue Allemand. En 1938, il part vivre aux États-Unis, il devient américain en 1944, et sculpteur.


Alexander Liberman est né le 4 septembre 1912 à Kiev, en Russie et est décédé le 19 novembre 1999 à Miami. Pendant sa jeunesse Liberman part à Paris où il étudie l’architecture aux Beaux-Arts et collabore avec Cassandre. Il est embauché par Lucien Vogel au magazine Vu. Il s’exile à New-York pendant la guerre et reprend contact avec Lucien Vogel, lui aussi exilé et proche de Condé Montrose Nast. Alexander Liberman rencontre alors le Dr. Agha, actuel directeur artistique de Vogue. Celui ci lui dit qu’il n’est pas fait pour ce magazine. La semaine suivante il rencontre Nast qui l’embauche immédiatement. En 1942, le Dr. Agha quitte Vogue, Liberman a trop d’emprise sur le magazine à son goût, effectivement, un mois plus tard, il est nommé directeur artistique. Il collabore avec la rédactrice Edna Woodman Chase et oriente le magazine vers le magazine vers des photographies qui sortent des studios. À l’après guerre, le style du magazine est désuet, il en change le format, la typographie, les polices de caractères. Vogue montre des femmes plus actives. Le magazine doit faire face au duo Carmel Snow / Alexey Brodovitch, de chez Harper’s Bazaar. En 1962, Diane Vreeland, volée au Harper’s, devient rédactrice en chef de Vogue, ils récupèrent Richard Avedon, le magazine reste en course. En décembre 1962, il devient directeur éditorial des éditions Condé Nast, il le reste jusqu’en 1990.

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Richard Avedon est né le 15 mai 1923 à New-York et est mort le 1er octobre 2004 à San Antonio au Texas. En 1942, il commence sa carrière de photographe dans la marine américaine. Il commence une carrière de photographe publicitaire en 1944. En 1946, il ouvre son propre studio et travaille avec Life ou encore Vogue, il devient ensuite directeur de la photographie chez Harper’s Bazaar, repéré par Alexey Brodovitch. En 1955, il réalise sa photographie la plus célèbre, Dovima avec les éléphants. En 1966, il rejoint Vogue pour lesquels il travaille pendant 25 ans. En 1966, il réalise également une série de portraits des Beatles, elles leur serviront pour leur première affiche majeure. Pendant les années 70, il réalise beaucoup d’expositions et travaux personnels. En 1992, il devient le premier et unique photographe du New Yorker.

Peter Knapp est un graphiste, photographe, peintre, vidéaste et cinéaste suisse. Il est né le 5 juin 1931 à Bäretswill. En 1952, il s’installe à Paris et entre aux Beaux-Arts, il devient ensuite graphiste pour Paul Marquet, directeur artistique du Nouveau Fémina et des Galeries Lafayette. Il y travaille notamment avec Jean Widmer. En 1959, Héléne Lazareff, qui a fait ses classes au Harper’s Bazaar au côté de Carmel Snow et Alexey Brodovitch, l’embauche pour être directeur artistique du magazine Elle. Elle sera une magazine qui parle des femmes indépendantes, de leur place dans la société. Il est directeur artistique jusqu’en 1966, il obtiendra alors une réputation internationale, pour sa gestion de la page, ses photographies et ses collaborations avec les plus grands photographes. En 1960, il part à New-York et se consacre jusqu’en 1974 à la peinture, aux voyages, et réalise les films Dim, Dom, et Dam pour la télévision en 1966. De 1974 à 1978, il redevient directeur artistique du magazine Elle. Il travaille par la suite pour plusieurs magazines, parmis eux, Vogue, Fortune, Sunday, Times, mais aussi le Zeit magazine, ou Matin magazine. Il fera également plusieurs livres d’art. Peter Knapp est multidisciplinaire, il marquera autant l’histoire de la photographie que celle du graphisme.


Bea Feitler est née en 1938 et décédée en 1982 au Brésil. Elle arrive à New-York pour y faire des études de design. Elle est nommée, à 25 ans, co-directrice artistique du Harper’s Bazaar. Après 10 ans passé au Harper’s Bazaar, elle est la première directrice artistique de Ms., le magazine du mouvement de libération de la femme, encore aujourd’hui magazine féministe. Elle a également travaillé pour le magazine Rolling Stone.

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Ruth Ansel entre au Vanity Fair à l’âge de 22 ans, elle y travaille en tant que co-directrice artistique avec Bea Feitler. Elle devient dans les années 70, directrice artistique du New York Times Magazine. Dans les années 1980, elle est directrice artistique pour House & Garden, Vanity Fair et Vogue. Dans les années 90, elle monte son propre studio et conçoit beaucoup de livres, dont Dark Odyssey de Phillip Jones Griffiths, The sixties de Richard Avedon, et d’autres…


II. CONTEXTE HI ET DIFFÉRENTS TÉMOIGNANT D MOUVEMENT FÉ


ISTORIQUE ÉVÈNEMENTS DU ÉMINISTE


Après avoir évoqué le désir d’émancipation des femmes qui se fait jour dès le début du 20e siècle avec une volonté de mutation à tous les niveaux (statut familial, statut social...) accompagnant ainsi le développement industriel et les changements incontournables induits par les deux guerres mondiales ; nous abordons directement les mouvements sociaux des années 60/70, parmis les plus important du 20e siècle, qui seront le berceau des grandes révoltes sociétales et notamment celles des femmes


1.

8 6 i Ma

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Mai 68 est le terme qui regroupe les mouvements de révoltes culturelles, sociales et politiques en France de mai et juin 1968. Mai 68 est une contestation de tous types d’autorité. Ce mouvement social, à ce jour, le plus important du vingtième siècle en France, est d’abord initié par les étudiants, qui, contestent la société de consommation, le capitalisme, la « Vieille Université » et presque toute institution aux valeurs traditionnelles. Cette révolte est par la suite accompagnée d’un mouvement ouvrier. 1968, est une année de révolte dans le monde entier ( en Allemagne, en Italie, au Japon, aux États-Unis, au Mexique, au Brésil, en Chine, et en Tchécoslovaquie ). Le 13 mai 1968, une grève générale paralyse le pays pendant plusieurs semaines et s’accompagne de débats et d’assemblées générales au sein de toutes institutions. Il ne faut pas oublier que Mai 68 peut aussi être considérée comme une révolution parfois utopique et lyrique dont la pertinence prête encore aujourd’hui à débat. Les historiens divisent cet événement en trois périodes: • la période étudiante, du 3 au 13 mai, jour de la grève nationale. • la période sociale, du 13 au 27 mai. Le 25 et 26 mai sont négociés les accords de Grenelle entre les représentants du gouvernement Pompidou, les syndicats et les organisations patronales. Ces accords aboutissent à une augmentation de 35% du salaire minimum interprofessionnel garanti ( SMIG ) et de 10% des salaires réels. Ces accords ne seront jamais signés. • la période politique du 27 mai au 30 juin, date des élections législatives. Charles De Gaulle dissout l’assemblée nationale le 30 mai. Il annonce qu’il ne se retirera pas et qu’il ne changera pas de premier ministre. Il organise des élections législatives anticipées. Il annonce également qu’il est prêt à mettre en œuvre l’article 16 qui permet au chef de l’État, dans des circonstances jugées exceptionnelles, de s’octroyer le pouvoir absolu dans le pays si le peuple ne se plie pas à ses décisions. « Si, donc, cette situation de force se maintient, je devrai, pour maintenir la république, prendre conformément à la constitution d’autres voies que le scrutin immédiat du pays. » Le 31 mai, l’essence revient dans le pays, et le mouvement s’éteint peu à peu, des derniers affrontements violents font rage début juin, le 14 et 16 juin, l’Odéon et la Sorbonne sont évacués. Le régime Gaulliste emporte la majorité absolue à l’Assemblée. Néanmoins, Charles de Gaulle annonce que si le 28 avril 1969 le référendum est un échec, il se retirera, c’est ce qu’il fait, Georges Pompidou le remplace. Dans les années 60, le monde est en rapide mutation, l’urbanisation s’accélère, le niveau de vie augmente, c’est l’avènement des loisirs, des médias de masse, de la culture, de l’éducation nationale et des universités. Durant ces années, la jeunesse s’affirme de plus en plus, a ses propres journaux, émissions, chanteurs, etc. Les étudiants, pour 92% viennent encore de la bourgeoisie et veulent se débarrasser de l’entreprise paternelle. Dans les universités, les filles ne sont pas autorisées à porter des pantalons et les hommes n’ont pas le droit d’accéder aux internats des femmes. Mai 68 est une étape importante dans la prise de conscience de la mondialisation.


de t n e m e uv de la o 2. M ration libé me fem Yvette Roudy Yvette Roudy est une femme politique française née le 10 avril 1929, elle est de 1981 à 1986, ministre des droits des femmes et auparavant députée européenne. Elle commence sa carrière en tant que traductrice et devient ensuite journaliste. Elle est l’une des signataires du manifeste des 343, elle est à l’origine de la loi Roudy pour l’IVG et de la loi Roudy pour la parité. Françoise Giroud Elle est née le 21 septembre 1916 à Lausanne et décédée le 19 janvier 2003 à Neuilly sur Seine. Elle est journaliste, femme politique et écrivaine. Dans les années 30, elle écrit des scripts pour le cinéma. Durant la seconde guerre mondiale, elle est agente de liaison dans la résistance, arrêté par la Gestapo et incarcérée à Fresnes, elle sera libérée en 1944. En 1945, Hélène de Lazareff la nomme directrice de la rédaction de Elle jusqu’en 1953. Elle écrira pour de nombreux magazines. Entre juillet 1974 et août 1976, elle est secrétaire d’État auprès du premier ministre, chargée de la condition féminine sous Valéry Giscard d’Estaing. Elle crée « cent une mesures » en faveur des femmes ( lutte contre les inégalités et discriminations ). Elle fonde en 1979, action contre la faim. Elle est par ailleurs une grande écrivaine Française. Simone Veil Simone Veil est une femme politique française. D’origine juive, Simone Jacob, est arrêté le 30 mars 1944 par deux SS. Elle passe par plusieurs camps, elle finit dans celui de Bergen Belsen, elle est sauvée par l’arrivée des alliés le 15 avril 1945. Ses parents et son frère n’auront pas survécu à cette guerre. Ele s’inscrit à la faculté de droit et à l’Institut d’études politiques de Paris. Elle est nommée ministre de la santé dans le gouvernement de J. Chirac. Elle mène le combat pour l’interruption volontaire de grossesse, ce qui lui vaut de violentes attaques et menaces. Elle fera également partie du parlement européen, en mars 1993, ministre d’État, des affaires sociales, de la santé et de la ville dans le gouvernement d’Edouard Balladur. Elle devient membre de l’Académie Française le 18 mars 2010.

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Le mouvement de libération des femmes en France est issu de plusieurs groupes. Il débute vers les années 70. D’après Michelle Zancari-Fournel, spécialiste de l’histoire française contemporaine, le groupe FMA ( Féminin, Masculin, Avenir ) est le « socle généalogique du MLF  ». Le FMA est d’abord une association mixte crée en 1967 qui organise des réunions à propos des relations entre hommes et femmes. Cette association, dès 1970, ne se compose plus que de femmes, et se rebaptise Féminisme, Marxisme, Action. À partir de 1968, des réunions s’organisent autour de la sexualité féminine et de la lutte des femmes. En 1970, Monique Wittig cosigne ( avec Gilles Wittig, Marcia Rothenberg et Margaret Stephenson ) « Combat pour la libération de la femme » publié par « l’Idiot International ». Ce texte présente les mouvements de libération des femmes américaines et anglaises. Le premier meeting public a lieu en 1970 à l’université de Vincennes. Les organisatrices de l’évènement, dont Monique Wittig, portent alors des tee-shirts ornés du symbole féministe du Women’s Lib : le sigle féminin avec un poing à l’intérieur. Le 26 août 1970, une dizaine de femmes déposent sous l’arc de triomphe une gerbe « à la femme du soldat inconnu », les femmes américaines célèbrent ce jour là le cinquantième anniversaire de leur droit de vote. « Il y a plus que le soldat inconnu, sa femme » « Un homme sur deux est une femme » Des assemblées générales ont lieu aux Beaux-Arts dès les années 1970. En décembre 1970, le Torchon Brûle paraît pour la première fois, plusieurs groupes de femmes y participent pour lutter ensemble à la libération des femmes. De ce mouvement émergent d’autres, sur la question de l’homosexualité par exemple, comme le Front homosexuel d’action révolutionnaire, ou les gouines rouges en mars 1971. Les femmes militent pour le droit à l’IVG, libre et gratuite, à la contraception et à la libre disposition de son corps. C’est donc en avril 1971 que parait le manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir, publié par le Nouvel Observateur et signé par de nombreuses militantes du MLF mais aussi par des femmes célèbres. Le 29 novembre 1974, la loi Veil est votée par l’assemblée nationale, il faudra attendre 1979 pour qu’elle devienne définitive. En 1974, Françoise Giroud est nommée secrétaire d’État à la condition féminine. Yvette Roudy devient ministre des droits des femmes de 1981 à 1986. Le 31 décembre 1982, elle fait voter la loi Roudy pour l’IVG, qui stipule que l’IVG est désormais remboursée par la sécurité sociale, et le 13 juillet 1983, la loi Roudy pour la parité, soit, l’égalité entre femmes et hommes dans les institutions publiques.


L s ’ n e m o W . 3

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Betty Friedan Elle est née le 4 février 1921 et décédée le 4 février 2006, elle est une des fondatrice du women’s lib aux États-Unis. Elle est écrivaine et auteure de la Femme mystifiée. À la suite de ce livre, Betty Friedan crée la National Organisation for Women ( NOW, en anglais, signifie ”maintenant”), elle appelle à un féminisme modéré pour une égalité des sexes mais sans opposition violente aux hommes.

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Le women’s lib est le mouvement de libération des femmes aux États-Unis. Il débute dans les années 1960. Les femmes appartenant à ce mouvement luttent contre le sexisme, la discrimination et l’inégalité hommes/femmes. Une des fondatrices de ce mouvement est Betty Friedan. Son livre, Femme mystifiée ( ensuite traduit en français par l’ancienne ministre des droits de la femme Yvette Roudy ) sort en 1963, dans ce livre, elle parle du mal-être des femmes renvoyées à la maison suite au boom économique suivant la seconde guerre mondiale. Elle décrit leur sentiment d’inutilité. Betty Friedan était elle-même une femme mariée, femme au foyer, qui avait renoncé à sa carrière universitaire pour se marier avec un ancien soldat. Elle divorcera en 1969 après vingt ans de mariage. Lorsqu’elle parle du politiquement correct en 1995: « Je déteste. Moi je suis politiquement incorrecte. Je suis contre la rigidité, l’uniformité, le sectarisme. Pour le mouvement, la diversité. Heureusement ce n’est qu’une infime minorité.  »


ANALYSES

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Magazine Harper’s Bazaar Date Août 1940 Designer Herbert Bayer Directeur artistique Alexey Brodovitch

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Cette couverture est publié en août 1940 pour le Harper’s Bazaar, Alexey Brodovitch, alors directeur artistique du magazine, fait appel à Herbert Bayer. Sur cette image nous pouvons voir huit visages de la même femme, les deux premiers visages l’un en dessous de l’autre à gauche sont complets, sur les six autres la partie droite s’efface, les faisant presque se superposer. La structure de l’image de part la répétition et le rythme donné est une référence à l’influence du Bauhaus. Sur chaque répétition de ce visage, seules les lèvres sont colorées. Sur la ligne du haut, de gauche à droite, en bleu, vert, rouge puis jaune. Sur la ligne du bas, toujours de gauche à droite, en jaune, rouge, bleu, vert, à l’inverse de la première ligne. L’image semble être une simple reproduction mécanique du visage, néanmoins, la distance entre chacun de ces huit visages est très légèrement différentes à chaque fois, ce qui témoigne du travail manuel du graphiste. Herbert Bayer fait appel à la réflexion des lecteurs et dénonce, en 1940, une mode prétendant à une grande diversité mais n’étant encore que trop conformiste. Qu’une telle image soit publiée par un magazine de mode en 1940, témoigne du caractère avantgardiste et émancipateur de l’édition. En montrant une image semblant au premier abord réductrice pour la femme, et la mode, il appelle celle-ci à s’y opposer. Anecdote intéressante, dans les années 1950, Alexey Brodovitch fait appel de façon ponctuelle à un illustrateur du nom de Andy Warhol, la couverture ayant été publiée dix ans auparavant, nous pouvons soupçonner le maître du pop art de s’être clairement inspiré d’Herbert Bayer.


Magazine Vogue US Date Janvier 1950 Photographe Erwin Blumenfeld Directeur artistique Alexander Liberman

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Cette couverture est celle du Vogue US de Janvier 1950. La réalisation est faite par Erwin Blumenfeld sous la direction artistique d’Alexander Liberman. Cette photographie est sans doute la plus connue d’Erwin Blumenfeld. Un oeil vert de biche en haut à droite sourcil dessiné en arc de cercle, juste en dessous du nom du magazine « VOGUE », en bas à gauche, la bouche, rouge, et un simple grain de beauté. Un oeil, une bouche, un grain de beauté, l’image est résolument révolutionnaire. Ici, le photographe n’a pas besoin de plus que l’oeil quasiméprisant et la bouche sensuelle de son modèle favori Jean Patchett pour créer une icône. L’année du magazine et un descriptif succin du contenu, sont simplement en haut à gauche sous le titre, face au sourcil. Le prix, la date et l’éditeur en bas à droite.


Magazine Harper’s Bazaar Date Juin 1955 Photographe Richard Avedon Directeur artistique Alexey Brodovitch

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Ceci est une double page réalisée pour le Harper’s Bazaar en juin 1955. Alexey Brodovitch en est le directeur artistique et Richard Avedon le photographe. Ces pages présentent deux modèles de robes de Mainbocher ( Mainbocher est une maison de couture fondée par Main Rousseau Bocher en 1929 à Paris et fermée en 1971. Il a notamment créé la robe de mariée de la duchesse de Winsdor ). Sur les deux pages, le mannequin se tient sur une échelle traversant la page en diagonale du bas à gauche, du haut à droite. Sur la page de gauche, le mannequin porte une robe du soir, une main sur la hanche et regarde au loin. Sur la page de droite, la femme porte une robe plutôt simple, pour la journée, juste en dessous du genou, elle semble un peu plus haute sur l’échelle et nous regarde. Elle semble plus réelle que sur la page de gauche, moins iconique et plus accessible, c’est un regard franc, une femme de tous les jours. De plus, le fait qu’elle soit sur une échelle, qu’elle semble gravir et non pas descendre, est une connotation forte d’ascension sociale et de pouvoir.


Magazine Harper’s Bazaar Date Février 1957 Photographe Richard Avedon Directeur artistique  Alexey Brodovitch

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Sur cette double page du Harper’s Bazaar de Février 1957, se trouve une photographie de Richard Avedon, la direction artistique du magazine est alors à Alexey Brodovitch. Le mannequin Dovima pose en compagnie de l’acteur Ray Bolger. Sur la page de gauche, nous pouvons voir un couple prendre la pause. Un homme et une femme. La femme dépasse l’homme d’une tête, elle porte un chapeau et une robe noire Christian Dior. L’homme porte un costume, lève la tête vers la femme en souriant, il a la main posée sur sa hanche et tient, lui, son chapeau dans la main. La femme esquisse un geste de sa main gauche, le regard rivé au sol, comme pour retirer la main de l’homme. Sur la page de droite, le titre de l’article, dans un corps bien plus gros que celui de l’article, vient se positionner au niveau des mains du couple de gauche. Le texte et le titre sont ferrés à gauche. À la droite du texte se trouve le même couple, un homme et une femme, elle en robe, lui en costume, tout deux portant un chapeau. Ils sont visiblement entrain de danser, la femme à la droite de l’homme, la jambe droite pliée, talon en l’air à angle droit. L’homme a une main posée sur la hanche et ses lèvres au niveau du front de la femme. L’image de gauche nous montre une femme glorieuse, d’une part, par la composition de la page: celle-ci sort du cadre, le voile de sa robe s’envole sur la page de droite, et d’autre part, par son attitude: elle est fuyante, ne porte que peu d’intérêt à l’homme, son regard ne se pose même pas sur lui, elle a l’air plutôt ennuyée par ce rapprochement.


Magazine Harper’s Bazaar Date Février 1957 Photographe Richard Avedon Directrices artistique  Bea Feitler & Ruth Ansel

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Cette couverture est celle du Harper’s Bazaar de février 1960. La direction artistique est alors à Bea Feitler et Ruth Ansel, Richard Avedon est le photographe. On y voit une femme en contre-plongée, en portrait, un châle sur la tête enroulé autour de son cou, de grandes lunettes de soleil sur le nez, ovale, aux montures jaunes, et du rouge à lèvres orange. Le fond est le bleu du ciel. Le nom du magazine Harper’s Bazaar ( en l’occurrence le « BAZAAR » ) est à moitié caché pas le haut de la tête de la femme, il est composé en vert, en écho à la couleur des verres des lunettes de la femme. Les informations et les titres du magazine sont simplement alignés en haut à gauche sous le titre. La femme a le corps tourné quasiment de profil et le visage tourné vers nous, ou vers la source de lumière, ses yeux semblent fermés. Elle est sereine, elle a l’allure et les codes vestimentaires d’une star de cinéma, ne se préoccupe pas du photographe.


Magazine Elle France Communication pour la collection Printemps/Été Courrèges 1955 Directeur Artistique & Photographe Peter Knapp

Sur la communication de la collection Printemps Été 1965 de Courreges faite par Peter Knapp dans le magazine Elle ( il y consacre un cahier entier ), nous pouvons voir une photographie en noir et blanc de quatre femmes. Toutes en lévitation dans l’image. Celle de gauche marque une diagonale forte du haut de la page à gauche, vers le bas à droite. Une deuxième qui nous semble plus lointaine marque elle une diagonale du haut droite vers le bas gauche. La tête de celle ci est penchée vers une autre femme qui semble être en dessous d’elle, droite. Celleci même est au dessus de la quatrième qui, elle, sort du cadre. Toutes sont habillés de rayures, ( imprimé fard de cette saison ). Peter Knapp est dans ce projet également directeur de la photographie. Elles semblent toutes marcher sur des latitudes différentes, sur des surfaces invisibles. Le caractère de la photographie colle ici très bien avec l’identité de Courreges, marque au caractère futuriste. Les mannequins portent d’ailleurs des bottes en vinyle, de grosses lunettes rondes et des mini-jupes, pièce fortes de la maison. La composition typographique rejoue cette idée de lévitation, une phrase en diagonale montante vers la droite au niveau de la fille à gauche de l’image: «ATTENTION - ATTENTION - LANCEMENT FUSEES COURREGES», puis à l’horizontale à côté de chacune d’elles, un compte à rebours « …TREIZE… », « …DOUZE…», « …ONZE… » , « …DIX… ». Le regard des trois mannequins du haut de l’image est dirigé vers le bas, comme en observation devant des actions qui se dérouleraient dessous. La femme Courreges à presque ici un caractère d’extra-terrestre, avec son univers à elle où souffle un vent d’indépendance et surtout de liberté, détachée de toute règle de gravité, et par la même détachée des conventions.

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Nous avons, au sein de ce document écrit, tenté de comprendre et d’analyser en quoi, le graphisme, a été important dans l’émancipation de la femme au travers de la mode. Pour cela, nous avons d’abord présenté les stylistes ayant participé, à travers leurs créations, à l’émancipation féminine. Ainsi que les publications présentés au sein du corpus. Nous avons ensuite introduit l’une des périodes les plus importantes de l’émancipation féminine: les années 1960-1970. En France cette période se traduit par la création du mouvement de libération de la femme, et par Mai 68. Il nous a également semblé judicieux, au vu des documents utilisés dans le corpus, de présenter le women’s lib, mouvement américain de libération de la femme, survenu une dizaine d’année auparavant. Nous arrivons ainsi à la présentation des designers et à l’analyse du corpus. Nous avions déjà noté, à la présentation des stylistes, que la mode se veut émancipatrice avant même que les mouvements apparaissent, et, au sein du corpus, nous notons que les magazines de mode n’attendent pas ces mouvements pour représenter l’émancipation féminine. Des années auparavant déjà, des précurseurs, prennent conscience que la femme tend à s’émanciper. Nous avons choisi ici de nous concentrer sur la mode, car nous estimons qu’elle est un des vecteur les plus forts de l’émancipation: les femmes témoignent de leur volonté de se libérer en se montrant en premier lieu, libre de s’affranchir des conventions vestimentaires et de porter ce que bon leur semble. Pour toutes ces raisons, il nous semble que la presse de mode a porté l’émancipation féminine, et que par conséquent, les directeurs artistiques, les rédacteurs en chef, et le monde du graphisme ont été les dépositaires de ce grand souffle de liberté et en ont fait la promotion. Précisons que ce document écrit, ne minimise pas l’action des autres vecteurs extérieurs à la mode, qui ont contribué à la libération de la femme, il témoigne juste de l’importance du graphisme dans ce mouvement, et au sens le plus large, dans tout mouvements sociaux. Néanmoins pour conclure, nous tenons à préciser que la presse féminine, et ses acteurs n’ont pas toujours montré une image de la femme libre, laissant souvent sourdre les clichés dont elle voudrait se défaire, femme « objet sexuel déshumanisé ». Et il faut bien admettre que la limite est parfois ténue entre une image de femme libérée et une image de femme «exposée» comme une vulgaire poupée. C’est ce qui fait toute la puissance de la communication visuelle, elle n’est jamais que le traduction de l’essentiel à transmettre , tout réside donc dans la réalité du message et dans la capacité du graphisme à le porter. Cette expérience du document écrit m’a permis, de clarifier les domaines dans lesquels, j’aimerai exercer mes compétences ,en découvrant, au travers des lectures et recherches, un sujet riche, vaste et toujours d’actualité, l’émancipation féminine, et l’apport du graphisme dans ce combat. Consciente du caractère ambitieux de ce thème et de l’insuffisance du temps imparti pour en embrasser toutes les facettes, je souhaite continuer ce projet pour mon DNSEP.

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ie h p a e r g o li aphi b i B ogr t i s &

PETER KNAPP, Gabriel Bauret, avec la participation de Hans-Michael Koetzle, François Cheval, Catherine Zask, Éditions du Chêne – Hachette Livre, 2008 Penser la mode, textes choisis et présentés, Frédéric Godart, Éditions IFM/ Regard, 2011 Un siècle de mode, Catherine Örmen, Édition Larousse, 2013 Graphic Design for Fashion, de Jay Hess et Simone Pasztorek, 2010 Alexey Brodovitch, Gabriel Bauret, Édition Assouline Erwin Blumenfeld, Studio Blumenfeld, Couleur, New York, 1941-1960, édité par Nadia Blumenfeld Charbit, François Cheval, Ute Eskilden, Musée Nicéphore Niepce, Éditions Steidl, 2012 Histoire du graphisme en France, Michel Wlassikoff, Les Arts décoratifs, avril 2008 harpersbazaar.com aiga.com ruthansel.com Wikipedia selvedgeyard.com lemodalogue.fr

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Conçu et réalisé par Clothilde Darcel, composé en Akzidenz Grotesk de Günter Gerhard Lange et Nobel de Sjoerd de Roos et imprimé sur du papier blanc naturel 90g et papier glacé 90g, rélié en avril 2014 à l’École supérieur d’art des Pyrénées — Pau

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