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Rivières sauvages Bulletin d’infos  janvier 2011

n°49

Les nouvelles 1. Poutès : EDF mène les saumons sauvages en rafiot ! 2. Feu vert en Chine pour poursuivre le bétonnage sur le bassin du Yangze 3. L’hydroélectricité neutre pour le climat ? 4. Barrage des Plats, dans la Loire, un début des travaux en 2012 ?

Inscrire à neuf dans notre culture la naturalité des rivières et des fleuves.

Poutès : EDF mène les saumons   sauvages en rafiot ! L’année 2011 a commencé et l’’étude pour remplacer le barrage de Poutès n’a toujours pas été rendue par EDF. Les ONG commencent à s’impatienter. Celle-ci devait être présentée aux parties en novembre, sachant que la demande de réalisation de l’alternative avait été faite par le cabinet de M. Borloo en mai 2009, soit il y a bientôt 2 ans. Deux ans pour réaliser l’étude de remplacement d’un ouvrage salmonicide par un seuil de 1,80 m de hauteur, c’est long. Très long. Sur d’autres sujets, l’entreprise nous a habituée à plus d’efficacité. Quand il s’agit de lancer le chantier d’un EPR, dont la technologie est légèrement plus compliquée qu’un mini seuil hydraulique, les délais sont plus courts. Quand il faut construire le grand barrage sur le Rizzanese, pour alimenter les pointes liées aux climatiseurs et au chauffage électrique dans l’île, les bétonnières tournent rapidement. Mais, quand il faut produire une étude pour remplacer un grand barrage dépassé, étude demandée par le gouvernement de la République, prescrite dans la Convention pour une hydroélectricité durable, qui n’est pas un vulgaire chiffon de papier, ses bureaux d’études sont plus lents. C’est normal : les calculs sont ardus ; les obstacles sociologiques délicats ; les périls écologiques effarants ; les finances difficiles à mobiliser. Bref, le savoir faire est inexistant ! Les tentations du bon vieux statu quo sont donc grandes. Avec le changement de gouvernement, avec le rapatriement de l’énergie à Bercy (un navrant retour en arrière), avec tous les reculs sur les autres EnR, au prétexte que rattraper le retard français enrichirait surtout les entreprises étrangères, EDF. Inc. imagine peut-être que Poutès restera ? Un petit coup de lobby discret, comme elle sait si bien le faire, dans les cercles du pouvoir, auprès d’élites rétives au moindre changement et hop, pourquoi ne conserverait-on pas ce barrage situé au cœur de la plus belle rivière d’Europe de l’Ouest ? D’autant que l’entreprise a un billet d’excuse. Si l’étude n’est pas rendue, ce n’est pas de son fait : c’est la faute au gouvernement, à l’Etat (un Etat qui détient 85 % du capital d’EDF, au passage). Cet Etat négligent, cet Etat insuffisant ne donne en effet pas les garanties juridiques absolues à l’entreprise sur le renouvellement de la concession, qui doit automatiquement lui revenir, c’est ainsi. Pour les ONG, savoir qui gèrera le nouveau Poutès est un problème de second rang. D’abord parce que, ce qui est urgent, comme l’a dit le Rapport Philippart, c’est d’effacer Poutès pour donner plus de chance à une population de saumons au bord de l’extinction, avec 262 retours en 2010. Ensuite, cet argument de droit est ambigu. Rappelons que la concession actuelle s’est arrêtée fin 2007. Le barrage fonctionne depuis dans une légalité de seconde main, sous le régime juridique des « délais glissants ». Cela ne gêne aucunement EDF, qui, chaque année, là comme ailleurs, empoche quelques millions d’euros liées aux éclusées de l’ouvrage. Rappelons aussi que, il y a 8 ans, quand les ONG ont lancé la campagne Poutès, avec l’intention de n’enlever que 52 % de la production du complexe, car il y a trois barrage sur le site, l’entreprise avait certifié que, à ce compte-là, la concession ne l’intéresserait plus, « non rentable ». Aujourd’hui, avec le nouveau seuil, le remplacement est devenu rentable, mais EDF ne veut pas sortir de sa résistance têtue à toute évolution rapide. Le saumon peut attendre ! Nous n’avançons plus, collectivement, sur la biodiversité en actes. On semble reculer, même. Les milliards de kilowattheures annuels, ça, c’est important. Mais les saumons de l’Allier, dont les études scientifiques convergent pour dire qu’il faut tout mettre en œuvre pour le sauver, sur tous les plans : restauration de la continuité écologique ; amélioration de la qualité de l’eau ; lutte contre les changements climatiques ; arrêt des pêches d’interception ; restauration de l’estuaire, ça n’est pas important. EDF. Inc. mène le saumon en rafiot. Un rafiot du genre Titanic pour la biodiversité, un rafiot menaçant. Notre métier, c’est la conservation, la restauration des poissons migrateurs, sur toutes les échelles, des changements globaux aux changements les plus locaux. Soit l’entreprise, rapidement, donne des preuves de sa bonne foi. Soit nous allons changer de tactique. En 2006, à la demande expresse d’EDF, nous avions volontairement cessé de médiatiser le conflit, recherché les voies possibles pour une solution consensuelle, comme savent le faire nos amis Américains, dans l’esprit du Grenelle. Cela n’a débouché sur rien de concret pour Poutès. Nous allons réactiver les vents de Serre la Fare.

Feu vert en Chine pour poursuivre le bétonnage sur le bassin du Yangze Il y en a qui doivent envier la Chine. Là bas, les débats autour de l’hydroélectricité sont assez rares et le Parti décide quasi seul. Ces dernières années, suite à des plaintes autour des dommages environnementaux, des déplacements massifs de population, les autorités de Pékin avaient


ralenti le rythme infernal de construction des grands barrages. Mais comme il faut faire tourner l’usine du monde et « baisser » les émissions de gaz à effets de serre, le saccage des fleuves reprend. Certes, il faudra payer l’ardoise, lourde, dans 50 ans, lancer une DCE à la chinoise, enlever des ouvrages, etc. On connaît. Mais, en attendant, bétonnons. La Chine a déjà 200 GW de puissance hydroélectrique installée, (la plus grande au monde, 25 en France !). Il en faut toujours plus. 180 nouveaux gigawatts sont proposés d’ici 2020. Les chantiers des grands barrages de Ludila (2,16 GW) et Longkaikou (1,7 GW) ont repris, et le feu vert donné pour le barrage de Jin’anqiao. Les études sont lancées pour deux autres ouvrages géants, dont la réalisation sera confiée à la compagnie qui a construit l’ouvrage des Trois Gorges : Wudongde (8.7 GW, Bahetan (14 GW). Tous seront construits sur la rivière Jinsha, le plus grand affluent du Yangtze. Nous sommes bien entrés dans cette ère de l’anthropocène, dont parle le glaciologue Claude Lorius dans son dernier ouvrage, (Voyage dans l’anthopocène, Actes Sud), celui d’une humanité en train de modifier les grands cycles, y compris géologiques, de la planète (Voir l’article du Monde 2 du 1/1/2011 ). Nous ne résistons pas au plaisir de citer le grand Edgar Morin : « Le probable est la désintégration. L’improbable mais possible est la métamorphose(…). L’histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains ». Lequel  ? Pour nous, il est simple. « Arrêtons de bétonner les fleuves, il y a d’autres chemins de développement  ». china@list.internationalrivers.org

L’hydroélectricité neutre pour le climat ? C’est un des arguments majeurs en faveur de l’hydroélectricité : celle-ci n’émettrait pas de gaz à effet de serre et aurait de ce seul fait son brevet d’écologie appliquée. Outre le fait que la conservation de la biodiversité est à mettre sur le même plan que la lutte contre les gaz à effets de serre, cette affirmation est tout simplement erronée. Depuis des années, des chercheurs (peu nombreux, semble-t-il), dont M. Fearnside ont montré que les barrages tropicaux émettaient des quantités considérables de méthane, avec l’ennoiement de milliers d’hectares de forêt. La Commission Mondiale sur les Barrages (www.dams.org) a dit la même chose en 2000. Une étude de l’EAWAG, un institut de recherche suisse, sur les émissions de méthane (CH4) dans le lac de Wohlen, près de Berne, le confirme. Une thèse récente montré que 150 milligrammes de méthane s’échappent quotidiennement de chaque m2 de la surface du lac. En extrapolant à l’ensemble du lac, cela ferait 150 tonnes de méthane émis par an, soit l’équivalent de 25 millions de km en voiture. Selon le thésard, Tonya Del Sontro, «  l’énergie hydroélectrique n’est pas aussi neutre en carbone qu’on ne le pensait jusqu’à présent ». Un champ de recherche à développer, à porter à connaissance des publics et à intégrer dans la révision des Mécanismes de Développement Propres du protocole de Kyoto. (Source : Univers Nature oct 2010)

Barrage des Plats, dans la Loire, un début des travaux en 2012 ?

Calendrier. 29 janvier au 6 février 2011  : 40 ans de Ramsar, Journée Mondiale des Zones Humides. «  Les forêts  : vitales pour l’eau et les zons humides ».  www.ramsar.org - contact@pole-tourbieres.org  et infoprzh@parc-naturels-regionaux.fr 15 février 2011 : Bourget du Lac Trame Verte et Bleue, gestion des milieux et aménagement du territoire -  Rens. arra@rivieresrhonealpes.org  www.riviererhonealpes.org 1 avril 2011 : 2e réunion des parties de la Convention pour une hydroélectricité durable. Paris.

Passez à Enercoop, l’énergie militante ! www.enercoop.fr

29 avril 2011 : anniversaire, 50 ans du WWF. 19 mai 2011 : Workshop européen Annecy, WWF-EALP, FNPF, SOS Loire Vivante. Quelle stratégie pour protéger les rivières ? 20 mai 2011 : Colloque sur la création du réseau de rivières sauvages à Annecy - Rens. www.rivieres-sauvages.com 21-22 mai 2011 : Pandathlon, 2e édition, Mont Ventoux. Rens. www.pandathlon.fr 2011 : 40 ans des réserves de biosphère.  Catherine.cibien@mab-France.org

Coordination éditoriale : Martin Arnould, Chargé de programme « Rivières Vivantes » Tél : 04 77 21 58 24 - 04 78 27 39 95 (LYON) - marnould@wwf.fr Editeur : WWF - 1, Carrefour de Longchamp 75016 PARIS - Tél : 01 55 25 84 84 - www.wwf.fr

Document éco-conçu à imprimer si possible sur papier recyclé.

En 2005, une vidange en urgence du barrage des Plats, sur la Semène dans le département de la Loire, était imposée par l’Etat. L’ouvrage ne présentant pas de garanties de sécurité suffisantes était dans la foulée percé à la base. Construit en 1957 dans un contexte euphorique par la ville de Firminy pour son approvisionnement en eau potable (la population de la ville devait, selon les projections de l’époque, atteindre 100 000 habitants, elle n’en a de fait que 25 000 aujourd’hui), l’ouvrage n’a plus d’utilité démontrée. Un article récent du Progrès a informé l’opinion que, suite aux études du bureau Stucky, l’ouvrage pourrait être reconstruit en 2012. Le Collectif Loire Amont Vivante demande que les études justifiant le choix soient versées dans le débat public. Il réclame également une expertise alternative sur les besoins réels en eau, les potentiels d’économie, les autres sources d’approvisionnement, en particulier à partir du barrage de Lavalette, en Haute-Loire, propriété de la ville de Saint Etienne et dont 10 % des réserves seulement sont utilisées. Il rappelle enfin qu’une Directive Européenne de 2000, dite DCE oblige, dans son second principe, à ne pas dégrader les milieux aquatiques. Depuis l’ouverture du barrage, la Semène a retrouvé une bonne qualité d’eau et des habitats naturels d’un très grand intérêt. C’est un réservoir de biodiversité, d’intérêt général, dans un département qui a beaucoup abîmé son capital rivière. Il n’est pas question de le laisser détruire sur des justifications qui laissent songeurs. Nous ne sommes plus en 1957. Il y a un autre avenir que le béton pour la Semène. Rens. Antoine Lardon. Pdt. Fédération Pêche Haute-Loire. Collectif Loire Amont Vivante. www.loireamontvivante.fr


Bulletin Rivières Sauvages 49