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Bulletin d’infos  Décembre 2012

n°64

Rivières en péril

oël es N x r u Joyeles riviè! s r pou vivante

Projet de barrage de Sivens, dans le Tarn : 9 millions d’euros d’argent public pour développer encore l’irrigation ?

Sommaire 1. Projet de barrage de Sivens, dans le Tarn : 9 millions d’euros d’argent public pour développer encore l’irrigation ? 2. 29e Nasco : une situation du saumon toujours préoccupante. 3. Barrage-écrêteur sur l’Onzon, dans la Loire : faut-il un nouvel ouvrage pour gérer le risque naturel d’inondation ? 4. L’alternative à Poutès prend forme.

Les vieux projets ne meurent jamais, et il convient «  d’être toujours sur le qui-vive  », comme disait Henry David Thoreau. Il y a 40 ans émergeait un projet de retenue agricole sur le Tescou, dans la vallée de Barat, non loin de Lisle-sur-Tarn. A cet endroit se trouve une zone humide de 26 ha, « site majeur » pour la biodiversité du Tarn. Elle héberge au moins 12 espèces végétales et animales protégées, dont plusieurs en liste rouge, (Lamproie de Planer, Ecrevisse à pieds blancs, anguille, Damier de la succise, Cordulie à corps fin, Agrion de Mercure). La vallée abrite aussi un bois classé, un verger porte-graines de l’ONF. Deux exploitants (bovins viande) travaillent sur le site, dont un serait expulsé si le projet de retenue de 34 hectares et 1,5 millions de m3 pour l’irrigation de 360 ha, porté par la « Compagnie d’Aménagement des Coteaux de Gascogne », ressorti il y peu, voit le jour. Maintes fois reporté, l’ouvrage, d’un coût de 9 millions d’euros (2011), financé intégralement sur fonds publics, (avec pour 30% des fonds Feader qui doivent servir à autre chose qu’à payer des barrages contraires à la Directive Cadre sur l’Eau) serait réalisé au bénéfice quasi exclusif d’une quarantaine d’exploitations agricoles, soit une subvention de 17 000 euros/ha. 70% de l’eau irait à l’irrigation, les 30% restants, étant réservés à un « soutien d’étiage » qui peut se résumer à la dilution de la pollution. Des milliers de barrages, retenues collinaires à « vocation agricole » ont déjà été édifiés dans le Sud Ouest, et il existe déjà sur les 30 km du bassin en aval du projet, 185 retenues collinaires, construites entre 1980 et 2000, qui stockent 5,1 millions de m3, ce qui aggrave les problèmes d’étiages , puisque l’eau est interceptée par les retenues collinaires (sans débits réservés), pour l’irrigation. L’enquête publique a eu lieu du 3 septembre au 9 octobre 2012. Elle n’a été qu’une sorte de formalité administrative à l’issue de laquelle un avis favorable a été rendu, malgré un avis négatif de l’ONEMA (ainsi que, semble-t-il, de divers services de l’Etat et du Conseil Général), dans un contexte de forte pression de la Chambre d’Agriculture et de l’Agence de l’Eau Adour Garonne : la demande de prolongation de l’enquête publique a été refusée. Le WWF a écrit un courrier pour proposer des alternatives à la commission d’enquête : l’artificialisation systématique des rivières du Sud-ouest, à partir de la fin des années 70, pour imposer la maïsiculture irriguée, avec des conséquences négatives pour les milieux aquatiques montre qu’il faut trouver des voies nouvelles pour adapter l’agriculture aux changements climatiques et à une gestion plus durable de l’eau. En commençant par l’organisation d’échanges publics basés sur de la connaissance partagée autour des enjeux économiques, écologiques, hydrologiques, d’aménagement du territoire, échanges n’ont pas eu lieu. A noter que Le Canard Enchaîné, dans son édition du 14 novembre dernier, a fait un article sur le sujet « La digue don dingue ». Rens. Collectif pour la Sauvegarde de la Zone Humide du Testet http://tescou.Is.fr - collectiftestet@gmail.com

29e Nasco : une situation du saumon toujours préoccupante.

« Homme, n’oublie jamais qu’un fleuve est une vie » 

Bernard Clavel

Le « North Altantic Salmon Conservation Organisation », Organisation Régionale de Pêche accréditée auprès de l’ONU pour enrayer le déclin des populations de saumons sauvages s’est réuni à Edinburgh du 5 au 8 juin dernier, dernier sommet pour Malcom Windsor, son secrétaire depuis l’origine. Le WWF-France est une des 36 ONG accréditées, avec l’AIDSA (Association Internationale de Défense du Saumon Atlantique) et le Conservatoire National du Saumon Sauvage pour la France. Le rapport du CIEM (Conseil International pour l’Exploitations de la Mer) a montré que la situation du saumon était toujours aussi préoccupante, avec seulement 1634 tonnes pêchées en 2011 (7892 T en 1973). Côté nord américain, les populations restent à un très faible niveau historique, avec un peu plus de 400 000 adultes de retour. Plusieurs populations sont aujourd’hui en « danger critique d’extinction ». Les USA se sont donc lancés sans états d’âme dans la restauration de la continuité écologique des rivières désertées : sa délégation s’est ainsi félicitée de l’effacement du barrage de « Great Iron Works » sur la Penobscot. Sur le Rhin, les efforts de la CIPR (Saumon 2020) ont permis de comptabiliser le retour de 6222 saumons dans le fleuve depuis 1990, un succès, mais un chiffre dérisoire quand on sait qu’un million de saumons remontaient le fleuve au XIXe siècle. Le problème des pêches sur « stocks mixtes », mélangeant des poissons de différentes rivières, n’est toujours pas résolu, en particulier dans le nord de la Norvège. Côté aquaculture, l’élevage industriel (aux impacts négatifs pour l’environnement) a encore progressé, avec 1,7 millions de tonnes produites en 2011, soit plus 240 % depuis 1994, une « augmentation hors de contrôle » pour les ONG : les élevages consomment notamment 80 % de


l’huile de poisson produite dans le monde. Les scientifiques estiment que, en 2011, environ 350 000 saumons se sont échappés de cages, causant une « pollution génétique » sur les souches sauvages. Le programme Salsea (Salmon at Sea), qui a pris fin, a confirmé l’impact des changements climatiques sur ce poisson, avec un risque de disparition des populations des rivières du sud d’ici 30 ans, si rien n’est fait. Une des conclusion du programme est de maximiser la restauration des rivières et l’échappement des juvéniles. Notre pays, représenté par l’Onema et la DPMA a évoqué les évolutions positives avec les effacements à venir des grands barrages de Vezins, La Roche qui Boit, Poutès et une position qui évolue sur la « pêcherie de subsistance » de St Pierre et Miquelon. 3,9 tonnes de saumons y ont été capturés en 2011, (en hausse de 975 kg sur 2010 mais avec une tendance à la baisse continue depuis 2008). L’Ifremer a enfin lancé l’étude génétique réclamée depuis des années et une coopération renforcée avec le Canada a été acceptée. Le prochain Nasco aura lieu en Irlande, du 4 au 7 juin. Rens. www.hq.nasco.int

Barrage-écrêteur sur l’Onzon, dans la Loire : faut-il un nouvel ouvrage pour gérer le risque naturel d’inondation ?

© Raphael HELLE

L’Onzon est un petit affluent du Furan, en rive gauche de la Loire, dans le département éponyme. Saint Etienne Métropole vient d’y lancer la construction d’un barrage écrêteur de 150 mètres de longueur en crête, 16 m de hauteur, 350 000 m3 de capacité pour diminuer l’onde de crue pour les communes de l’aval, Sorbiers, La Talaudière, l’Etrat. Ces communes ont dangereusement occupé l’espace alluvial depuis quarante ans : quelques centaines de mètre à l’aval du chantier, on trouve un premier lotissement, dont certaines maisons ont été construites dans le lit mineur de l’Onzon. L’ une d’elles a même installé sa piscine là où coulait le torrent ! Tout au long de ses 16 km, le lit majeur de la rivière est une suite à peine interrompue d’usines, lotissements, voiries qui ont accru l’exposition au risque. La communauté d’agglomération construit ce barrage, d’un coût de 2,5 millions d’euros, (dont un million d’euros du Feder, ce qui est surprenant) dans le cadre du PAPI (Programme d’Action de Prévention des Inondations, issus de la Loi Barnier de 1995) mis en place en 2003. Saint Etienne Métropole conduit par ailleurs une opération intéressante (mais marginale) d’élargissement ponctuel du lit de l’Onzon, avec le déplacement de quelques bâtiments très exposés. Mais l’ensemble n’est pas assez cohérent, ni surtout partagé. Dans un monde où le montant des dégâts liés aux crues croit de façon exponentielle, il faut, ensemble, comme le demande la Directive Inondations de l’Union européenne de 2007, construire une culture du risque innovante, adaptée, partagée, qui s’appuie sur la restauration des zones d’expansiion des crues et le bon fonctionnement des hydrosystèmes, pas sur la poursuite de leur artificialisation. C’est beaucoup plus difficile, long, mais c’est essentiel. Regardons par exemple ce que font les Hollandais, avec leur nouveau plan de gestion du risque « Room for the Rivers ». Ne recopions plus la « logique barrage ». Le WWF a, depuis 2005, proposé une coopération sur ce sujet à Saint Etienne Métropole. La porte est toujours restée fermée. Il serait temps de l’ouvrir, de réfléchir ensemble à une gestion du risque plus conforme à ce que demande l’Union européenne, sur un bassin qui a lancé le Plan Loire Grandeur Nature. Construisons une gestion participative qui permette de protéger et restaurer les dernières portions de rivières intactes de l’hinterland stéphanois, de bâtir des « territoires résilients » face au risque d’inondations, comme le demande l’Europe. Ne passons pas systématiquement par la case barrage. Le chantier est pour l’instant suspendu, suite à la découverte d’une pollution aux hydrocarbures. Rens, photos. www.collectifloireamontvivante.org Actes du colloque : « Vivre avec les crues, au croisement de la prévention des risques et de la protection des rivières ». Unesco gemblanc@wwf.fr

La troisième réunion du comité de suivi pour la mise en place de l’alternative à Poutès s’est déroulée à la préfecture de Haute-Loire ce 11 décembre, dans un excellent climat. Les parties sont bien dans « l’après conflit Poutès ». Plus de trente personnes  : élus locaux, départementaux, services de l’Etat, ONG, EDF ont débattu en présence du préfet de la convention Etat-EDF du 30/4/12 et de la présentation de la nouvelle configuration de l’ouvrage (avec celui de l’Ance). Au stade actuel des études, le futur ouvrage, équipé de diverses installations de franchissements (vannes, échelles) qui devraient le rendre quasiment « transparent » pour les sédiments et les migrateurs, permettra de conserver 86 % de la production initiale du « Vieux Poutès », garantissant des ressources aux communes locales, en particulier à Monistrol d’Allier. De nombreuses études vont être lancées, pour mieux comprendre les migrations, en particulier la dévalaison des juvéniles. ENR-SOS Loire Vivante et le WWF ont souligné l’intérêt de « créer de la valeur » autour du saumon et de l’Allier sauvage et l’importance de la communication locale, régionale, nationale et internationale. La volonté collective d’aboutir à une solution d’excellence, sur un compromis qui aura mis dix ans à émerger, est encourageante. Elle est une chance pour un territoire qui va créer le Parc Naturel Régional des Gorges de l’Allier. Effacement prévu en 2015 ! Par ailleurs, la Convention pour une hydroélectricité durable progresse, Passez avec en particulier la mise en œuvre d’un futur label d’électricité écologique, du type du label suisse « Naturemade Star ». Ce chantier, lancé en 2005 par le Cler, avec un soutien de l’Europe, de l’Ademe, relayé ensuite à Enercoop, par le WWF, est aujourd’hui administré par ERN-SOS Loire Vivante. Une volonté collective émerge de doter l’énergie militante ! enfin notre pays d’un label de qualité pour l’hydroélectricité. Rens. www.rivernet.org

www.enercoop.fr

Calendrier. 13 décembre : Club de l’Etoile, Paris, « Passion Called Salmon » Soirée-film pour le Saumon atlantique organisée par le NASF. Rens. mmarcellier@aol.com 18 décembre 2013 : visite ONG britanniques Sélune Rens. NASF mamarcellier@nasf.com 31 janvier : Orléans, Conférence annuelle Plan Loire Grandeur Nature Rens. www.planloire.fr 25-29 août 2013 : Le Marathon du Saumon Langeac – Cuffy. Rens. CNSS 04 71 74 05 45 contact@cnss.fr Octobre 2013 : colloque « Des saumons et des hommes ». Rens. SOS Loire Vivante-ERN www.rivernet.org

Coordination éditoriale : Martin Arnould, Chargé de programme « Rivières Vivantes » Tél : 04 77 21 58 24 - 04 78 27 39 95 (LYON) - marnould@wwf.fr Editeur : WWF - 1, Carrefour de Longchamp 75016 PARIS - Tél : 01 55 25 84 84 - www.wwf.fr

Montillet & Partners. Document éco-conçu à imprimer si possible sur papier recyclé.

L’alternative à Poutès prend forme.


Bulletin Rivieres en Peril 64