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De la sculpture classique il a en quelque sorte retenu non l’histoire qu’elle raconte, l’allégorie dont elle est porteuse, mais le tracé des mouvements, leur épure : courbes, cercles, angles vifs. Mais ce tracé obéît à des lois physiques : de ces lois Massimo Ghiotti, là encore, ne retient que des principes, que l’esprit. Sa sculpture est ainsi construite sur la mise en espace et en œuvre de forces contraires : la résistance, la poussée, la compression Mais Ghiotti se trouve confronté à une époque dans laquelle la sculpture rencontre un problème majeur, celui de son insertion dans l’espace public. La statuaire du dix-neuvième siècle, avec ses contenus descriptifs, narratifs ou allégoriques trouvait naturellement sa place dans les villes ou au fronton des palais. Avec la sculpture abstraite on assiste au contraire à un reflux de la présence de l’art dans les villes et dans l’architecture. Cette présence, si naturelle dans les siècles passés –quelle ville n’a jamais honoré ses grands hommes par quelque monument ?- ne va plus de soi. Les causes de ce reflux sont multiples, mais l’une d’entre elles au moins est déterminante : c’est l’art qui s’est retiré de lui-même de la sphère publique, c’est l’art qui a renoncé à parler au plus grand nombre et qui s’est délimité un pré carré dont il ne sort guère. Face à ce retrait la question qu’a pu se poser Massimo Ghiotti est sans doute celleci : comment avec le langage d’aujourd’hui réaliser une sculpture qui s’insère dans l’espace urbain aussi harmonieusement et naturellement que la sculpture du passé s’y insérait ? Ce n’est doc pas en rupture avec le passé que Massimo Ghiotti construit ses sculptures, mais par filiation, continuité avec celui-ci. Comme Bourdelle cherchait au-delà des muscles et des formes humaines la structure des forces, Ghiotti cherche ces mêmes forces dans les objets que lui offre le monde moderne, mais aussi au-delà d’eux. Ainsi, dans telle sculpture construite à partir de lames d’amortisseurs de wagons de chemin de fer, c’est moins l’objet lui-même qui l’intéresse, et le renvoi qu’il suppose au monde industriel, que ce qu’il peut contenir d’énergie. L’amortisseur est le signe visuel de la tension.et de l’effort. Ainsi, de même qu’un écrivain puise dans le langage comme dans un vaste réservoir de formes, Ghiotti puise dans le monde industriel les signes, les symboles et les éléments d’une statuaire moderne. Tout au long du dix-neuvième siècle les sculpteurs –et surtout les critiques- tinrent la statuaire grecque antique comme un modèle idéal : les grecs avaient crée les types immortels de la sagesse et de l’amour, de la force et de la majesté, de la grâce et de l’élégance.. Et évidemment, le siècle suivant, après que ce modèle idéal eut été fortement contesté, n’eut de cesse de démembrer la sculpture, d’en dénoncer l’aspect illusionniste, de la déconstruire en somme. De Boccioni qui le premier ouvre une sculpture pour en montrer l’intérieur jusqu’à l’art minimal américain des années soixantedix, c’est une progression continue qui conduit, à la pointe extrême de l’abstraction, à une sculpture à peine présente se confondant parfois avec le décor. Cela est dit rapidement, à grands traits, et ne décrit qu’un mouvement général, un mainstream moderniste, et l’on n’oubliera pas que quelques grands artistes ont résité à ce courant. Il n’empêche : la sculpture – et plus précisément la sculpture abstraite – est à reconstruire. Massimo Ghiotti dans ce effort de reconstruction revient aux origines, et d’une certaine façon à l’idéal grec : l’équilibre entre l’esprit et la forme. Sa sculpture se construit à partir de formes géométriques simples et fondamentales, le cercle et le carré,, le rectangle et le triangle, la droite et la courbe. Elle joue sur le plein et le délié, la pesanteur et la légèreté ; elle réunit ensemble le dessin et le volume ; elle synthétise le mouvement par des effets de compression et d’extension.

Ghiotti a Bayonne  

Catalogue exposition

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