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dimanche 5 mars 2017 N° 3660 2 € (Le JDD + Version Femina)

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Plaisirs pages 32 à 42 CUISINE De l’art de préparer les spaghettis

Le JDD change

MODE Les surprises des Cinéma Hollywood premiers défilés parisiens à la conquête de l’espace

Nouvelle présentation, nouvelles ambitions Page 28

Penelope Fillon parle

Exclusif L’épouse du candidat déclare : « Je lui ai dit d’aller jusqu’au bout » • INterview

Sa réponse aux soupçons : « Oui, je travaillais pour mon mari » • révélations

Le contenu des 19 dépositions du dossier judiciaire

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• sondage

Penelope Fillon photographiée par le JDD hier à Paris. Bernard BISSON pour le JDD

France métropolitaine : 2 €

à droite, le soutien à François Fillon s’effrite • coulisses

Les trois jours où son camp a décidé de le lâcher 

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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

L’événement L’épouse du candidat s’exprime pour la première fois. Convoquée elle aussi par les juges d’instruction, elle se défend dans le JDD d’avoir occupé un emploi fictif

Penelope Fillon

« J’ai dit à François d’aller jusqu’au bout »

E

lle est troublante. Lorsqu’on retrouve Penelope Fillon samedi à l’heure du déjeuner au cabinet de son avocat, Me Pierre Cornut-Gentille, autour d’une grande table ronde en verre sur laquelle trônent sandwiches et barquettes de salade, elle est telle qu’on l’imaginait : parlant trop bas, se précipitant pour ranger une fois que tout le monde (elle, nous, Cornut-Gentille et la communicante Anne Méaux) s’est sustenté. « Je peux vous débarrasser ? » elle demande en regardant ses mocassins en daim. C’est tout juste si elle ne tire pas

interview Pourquoi n’avoir rien dit avant ?

Au début de cette histoire, je considérais qu’il fallait que je m’explique d’abord devant les policiers. Sans compter que je pensais que c’était mieux de ne rien dire dans les médias pour être sûre de ne pas être mal comprise. J’avais peur des mauvaises interprétations. Et puis j’étais tellement surprise par la violence et par l’hystérie que je me suis renfermée dans ma coquille galloise.

Votre coquille galloise ?

Je suis obstinée. Têtue.

Pourquoi parler aujourd’hui ?

Cette semaine, j’ai été contactée par mes amis, mes enfants : est-ce que tu es vivante ? Est-ce que tu es à l’hôpital ? C’est quand, le divorce ? Tu es en Angleterre ? C’est pour mettre un terme à ces rumeurs folles que j’ai accepté de vous voir. Pour dire : je suis là ; j’ai toujours été là ; je serai toujours là. Je suis avec François depuis trente-six ans et je serai encore là tout le temps qu’il nous reste à vivre.

sur la robe chemise à carreaux qui lui arrive pourtant sous les genoux. Elle commence par dire qu’elle n’a « pas encore décidé » si elle accompagnerait son mari au Trocadéro pour le grand rassemblement destiné à le sauver. Puis, cinq minutes après : « Je vais y aller. » On lui fait remarquer que la pluie est annoncée : « Le parapluie me cachera. » Elle ne minaude pas, elle est comme ça. En dedans. Elle se fiche pas mal d’avoir le visage qui brille sur la photo de une, quand beaucoup de ces messieurs, dans pareille situation, sont autrement plus coquets. « Je n’ai pas de poudre », balaye-t-elle en esquissant un sourire désuet. Elle est la seule, autour de la table et au-delà, à n’avoir pas son téléphone à portée de doigts. « Je l’utilise très peu, seulement avec les enfants et quelques amis. Parler

Pourquoi n’être pas venue devant l’opinion publique avec une valise de documents, dès le premier jour, pour prouver que ce n’était pas un emploi fictif ?

J’ai fait donner par mon avocat des documents aux enquêteurs.

Quels types de pièces ?

Des courriers avec des notations prouvant qu’ils étaient passés par moi ; des échanges de mails avec les autres collaborateurs de mon mari. Les notes que je faisais, je ne les ai pour la plupart pas gardées, je faisais tout à la main. [À cet instant, sa main, précisément, renverse la tasse de café devant elle. Elle rougit, éponge, poursuit.] J’ai retrouvé beau-

« Je travaillais pour mon mari et pour les Sarthois »

Vous voulez dire que ce n’est pas pour restaurer votre image, mais celle de votre époux ? Notre image à tous les deux.

Vous avez été également l’assistante du suppléant de votre époux, Marc Joulaud…

C’est mon mari qui avait été élu, Marc Joulaud a pris la suite. Comme il était moins connu, mon travail à ses côtés lui donnait une légitimité. François voulait garder le lien avec la circonscription et les Sarthois continuaient à lui envoyer autant de demandes. On a tous pensé que cela justifiait de me maintenir dans mes fonctions.

Ce qui a troublé aussi dans cette affaire, c’est que, depuis trente ans, les très très rares fois où vous avez pris la parole, ce fut toujours pour dire que vous vous teniez en dehors de la politique…

Est-ce lui qui vous a demandé de parler, parce que c’est la dernière carte qu’il pouvait abattre ?

Êtiez-vous au courant des montants, des dates ?

Je sais qu’on a raconté que je n’étais pas au courant. [Elle sourit.] J’évite de lire ce qui est écrit sur nous, mais on me l’a dit.

Je ne considérais pas que je faisais de la politique. Je travaillais pour mon mari et pour les Sarthois. François a été élu pour la première fois juste après notre mariage ; je l’ai accompagné dans tous les villages de sa circonscription. C’est là que j’ai commencé à aimer la Sarthe et les Sarthois. Mon rôle était de l’aider dans sa relation d’élu avec les gens. Seulement cette partie-là de la politique.

Ce n’est donc pas une stratégie politique, celle de la dernière chance ?

Et ?

En quoi cela consistait-il ?

Non, il ne me l’a pas demandé ; et je ne lui ai pas demandé la permission non plus.

Non.

Et jusque-là, vous l’avait-il demandé ?

Il m’a tout à fait comprise quand j’ai refusé de parler.

Regrettez-vous d’avoir tant attendu ?

Vu d’aujourd’hui peut-être…

coup de documents pour la période 2012-2013, mais peu pour les années antérieures à 2007 – qui garde des documents de ce genre datant d’il y a dix, quinze ou vingt ans ?

particulier. C’est ce qui me pousse à répondre.

J’étais au courant. Bien sûr que je comprenais ce que je signais quand je signais des contrats. J’ai fait des études de droit et de littérature. Cela m’a choquée qu’on puisse penser que j’étais une ignorante et une imbécile. Mais je pouvais supporter ça. Ce que je ne peux pas supporter, c’est l’insulte envers mon mari que cela induit. François a un très grand respect pour les femmes en général et pour moi en

Je traitais le courrier en lien avec la secrétaire. Je préparais pour mon mari des notes et des fiches sur les manifestations locales de la circonscription, afin qu’il puisse avec mes mémos faire ses allocutions. Je lui faisais aussi une sorte de revue de presse locale. Je le représentais à des manifestations. Je relisais ses discours. J’ai toujours été associée à ses choix politiques, il a une confiance totale en moi, pour

français au téléphone, c’est difficile pour moi. » Elle ne se sent bien qu’avec les siens. D’emblée elle prévient : « Je ne parle pas beaucoup. » Cependant, quand elle se fait la violence de planter ses yeux cerclés de lunettes rondes dans les vôtres pour affronter vos questions, elle oublie d’être soumise à sa pudeur. On découvre une femme qui, derrière une réserve que l’on croyait apeurée, planque une force étrange. Sauvage en dépit de la bonne éducation. Solide malgré ses lèvres timides. Chez elle, rien ne larmoie. Elle n’évoque pas la convocation des juges par elle reçue le matin même, dévore ses crudités et son éclair au café, se déclare « têtue comme une Galloise », répond six fois « oui » quand on veut savoir si sa foi en Dieu lui permet de tenir. Elle n’en dira pas plus. Mais tout est là. A.C. ma discrétion mais aussi pour ma loyauté. Je lui disais la vérité, ce qui n’est pas toujours le cas des collaborateurs… Contrairement à d’autres, moi, je ne le lâcherai pas.

conscience que les mœurs avaient changé ?

N’auriez-vous pu faire cela sans être payée ?

Quel travail avez-vous effectué pour la Revue des deux mondes ?

Il avait besoin de quelqu’un qui accomplisse ces tâches très variées. Si cela n’avait pas été moi, il aurait payé quelqu’un pour le faire. Donc on a décidé que ce serait moi.

Si vous n’aviez pas fait ça, auriezvous exercé un autre métier ?

Peut-être pas, parce qu’il n’aurait pas été facile d’être notaire avec un diplôme en droit britannique dans la Sarthe.

En 2012, vous restez sa collaboratrice dans la Sarthe alors même qu’il est élu député de Paris…

Il souhaitait prendre un ou deux ans de réflexion : il se demandait s’il allait rester à Paris ou retourner dans la Sarthe et réfléchissait à se présenter à la présidentielle de 2017. Les Sarthois continuaient de lui écrire beaucoup et je traitais le courrier. Dans l’hypothèse où il décidait de revenir dans la Sarthe, on s’est dit que ce serait bien de garder ce lien, sachant que c’est légal. Quand on est député, on est l’élu de la nation, pas d’une circonscription.

Pour quelle raison cette collaboration a-t-elle cessé ?

En 2013, il a pris la décision de se préparer pour la présidentielle de 2017 et de faire un tour de France. J’avais commencé en 2006 des études de littérature anglaise par Internet. J’ai décidé de me consacrer à mon diplôme – que j’ai obtenu – et à m’occuper du cercle familial. Aussi ai-je démissionné.

Vous voulez dire que ce n’est pas en raison d’une prise de

Si, aussi. On a réalisé que même si c’était légal, travailler en famille n’était plus accepté.

J’ai réalisé des notes et des fiches de lecture. J’ai eu des discussions régulières au début, moins régulières ensuite, avec Marc Ladreit de Lacharrière, car il voulait changer la politique éditoriale de la Revue. Il pensait qu’avec mon background anglo-saxon, je pourrais l’aider.

C’est un ami de votre époux…

C’est comme ça que je l’ai connu.

Et Michel Crépu, le directeur de la revue, vous le connaissiez ?

Je ne connais pas M. Crépu. C’est à lui qu’étaient dédicacés certains des livres qui m’étaient ensuite envoyés. Je renvoyais mes notes, sans réponse, sans réaction. Ils en ont

« Cela m’a choquée qu’on puisse penser que j’étais une ignorante et une imbécile » publié deux. J’ai remis dix notes aux enquêteurs et la preuve du travail d’analyse de ses ouvrages. J’ai démissionné car j’ai interprété ce silence comme une certaine hostilité à mon égard. Intellectuellement, c’était très stimulant. [Son œil brille.]

Saviez-vous que vos enfants aussi avaient été rémunérés comme collaborateurs de votre mari ? Bien sûr.


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le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

L’événement Triste anniversaire pour le candidat Campagne François Fillon, qui fêtait hier ses soixantetrois ans, tenait un meeting à Aubervilliers. C’est pendant son discours qu’a été annoncée la tenue, demain, d’un comité politique visant à l’évincer

Penelope Fillon, hier, chez son avocat à Paris. Bernard Bisson pour le JDD

Vous n’avez pas vu le danger ?

Non. Tout était légal et déclaré.

Votre mari a présenté des excuses aux Français. Quand on s’affirme innocent, pourquoi s’excuser ?

Ça, ça fait du bien. Et j’ai beaucoup beaucoup de chance car mes amis ont été là et notre famille est soudée autour de nous deux. C’est grâce à eux que je suis restée forte.

Les amis politiques, ce sont ceux de mon mari.

J’ai toujours su que c’était un monde terrible. J’ai vécu trente-six ans avec un homme politique que j’ai toujours vu œuvrer pour le bien général. Ça, pour moi, c’est la politique. François n’a jamais été obsédé par l’idée d’être président. Mais je ne sais pas s’il y en a beaucoup d’autres comme lui…

Il n’en a plus beaucoup…

Croyez-vous en Dieu ?

Parce qu’il a compris que cela avait heurté les gens. Mais il n’a pas présenté des excuses pour nous avoir employés. Si cela avait été répréhensible, il ne l’aurait pas fait.

La famille politique, elle, est moins solidaire…

Comment votre audition par les enquêteurs s’est-elle déroulée ?

Je ne sais pas s’il en a jamais eu beaucoup… Ce qui m’intéresse dans la vie politique, c’est l’aide concrète qu’on apporte aux gens. La politique politicienne, ça ne m’intéresse pas.

Cela s’est très bien passé, ils ont été extrêmement courtois et sans complaisance. Cela a duré six

« Contrairement à d’autres, moi, je ne le lâcherai pas » heures. J’ai répondu à toutes leurs questions.

Avez-vous confiance en la justice ? Oui.

Votre mari et ses soutiens dénoncent un complot : avez-vous le sentiment d’être victime d’une machination ?

On a lu que vous n’osiez plus sortir de chez vous ou faire les courses ; est-ce vrai ?

C’est vrai que je ne suis pas beaucoup sortie. Moins que d’ordinaire.

Vous êtes-vous recluse ?

Oui, oui, oui.

On a découvert un homme qu’on ne connaissait pas ; et vous ?

Non. J’ai toujours vu cette résistance et cette détermination en lui. Mais comme il a aussi une sorte de réserve, qu’il se pose des questions et qu’il écoute beaucoup les autres, on ne le soupçonne pas d’avoir cette force.

Qu’est-ce que ça fait d’avoir, quand on est une femme aussi discrète que vous, donné son nom à un scandale, le « Penelopegate » ?

Voulez-vous qu’il aille jusqu’au bout ?

Comment avez-vous vécu ces quarante jours ?

Est-ce que la présidentielle en vaut la peine ?

Je n’ai pas compté les jours. C’est une souffrance difficile à supporter. Les courriers de soutien qu’on reçoit me font pleurer presque tous les matins.

Cela permet-il de tenir ?

écoute-t-il toujours les autres, ces jours-ci ?

Sans doute. [Petit rire.]

Et votre mari ?

Oui.

Non, non. Je suis de nature réservée et peu mondaine. Ce n’est pas très différent de d’habitude.

Quand j’ai vu ça écrit pour la première fois, j’étais sans mot. [Et là, sa voix se brise. Quand elle reprend la parole, elle est tellement enrouée qu’elle doit se racler la gorge encore et encore.] Ça m’a fait très mal, l’association de mon nom avec cet immense scandale. C’est vraiment le contraire de ce que je pense que je suis. Je me suis sentie traversée par la foudre. C’est ce que j’ai vécu de pire dans ma vie.

Je n’en ai aucune idée. C’est vrai qu’on peut penser à un complot quand on voit les proportions que cela prend. Mais je n’en sais rien. Maintenant que je suis accusée de toutes ces choses, je ne veux pas accuser d’autres personnes sans preuves.

Quel regard portez-vous sur le monde politique aujourd’hui ?

C’est très très difficile. Mais comme j’ai confiance en lui et en ce qu’il veut faire pour la France, je pense que ça vaut la peine.

Il écoute, mais prend ses décisions seul.

Moi, je lui ai dit qu’il fallait continuer jusqu’au bout. Chaque jour je lui ai dit ça. C’est lui qui décidera.

Après tout ce que vous avez vu, avez-vous envie qu’il soit élu ?

Il n’y a que lui qui peut être président. Être capable d’endurer ça, c’est une preuve de courage remarquable. C’est le seul candidat qui ait l’expérience, la vision, le projet et la détermination nécessaire pour diriger la France.

Mais pour vous ?

Moi, je m’adapte à tout. Et je serais fière de l’accompagner dans cette mission ; je l’accompagnerai de toute façon où qu’il aille. g Propos recueillis par Anna Cabana et Hervé Gattegno

« N’abdiquez pas ! Ne renoncez jamais ! » : à la veille du rassemblement de ses partisans au Trocadéro, François Fillon a exhorté hier plus d’un millier de ses partisans à se mobiliser. Mais au moment même où il s’exprimait à la tribune à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) tombait un communiqué en forme de déclaration de guerre contre le candidat : Bernard Accoyer et Gérard Larcher, fillonistes historiques, ont annoncé la réunion anticipée, demain soir, du comité politique du parti, « pour évaluer la situation ». « À chaque fois que je me retourne, j’ai un nouveau poignard dans le dos », grinçait quelques minutes plus tôt, prémonitoire, un membre de l’équipe Fillon. « J’en ai connu des meilleurs » La convocation surprise de cette instance qui regroupe tous les candidats de la primaire ou leurs représentants vient confirmer la détermination de la quasi-totalité des ténors LR à pousser François Fillon dehors. « On s’attaque à moi. Mais à travers moi ce qu’on cherche à abattre, c’est le redressement national et une volonté de changement dont vous êtes les porteurs », a accusé François Fillon à la tribune, s’adressant à ses sympathisants qui scandaient « On va gagner ! » en agitant des drapeaux tricolores. Mais c’est surtout le sénateur Bruno Retailleau qui s’est chargé de battre le rappel pour aujourd’hui : « Nous serons des dizaines de milliers, a-til assuré. La France silencieuse, la France d’à côté qui ne supporte pas les petites manœuvres et les arrangements sera là, au Trocadéro. » À mots à peine voilés, il a aussi mis en garde le parti : « Que ces appa-

François Fillon hier à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). MARTIN BUREAU/AFP

reils ne s’avisent pas de modifier cette ligne politique » issue de la primaire « parce que le peuple de France en a marre de se faire voler son vote […] Nous ne lâcherons rien ! » Le meeting avait pourtant bien commencé, la salle entonnant en chœur « Joyeux anniversaire » pour saluer l’arrivée du candidat, qui fêtait ses 63 ans hier. « J’en ai connu des meilleurs… », a-t-il ironisé, main sur le cœur. « On a eu effectivement quelques défections… », a concédé Pierre Danon, responsable de la société civile au sein de l’équipe de campagne, déclenchant aussitôt les sifflets du public. « Si les élus ne sont plus là pour faire campagne, eh bien, on la fera, nous ! », a-t-il enchaîné, bravache. Mais le cœur n’y était pas vraiment. La salle n’était pas pleine, le discours du candidat, prononcé devant Bruno Retailleau et Luc Chatel, n’a duré que trente minutes. Et alors que, déjà, François Fillon s’éclipse, une dame soupire, désabusée : « C’était un beau baroud d’honneur. » g Christine Ollivier @chr_ollivier


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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

L’événement

Les 19 procès-verbaux

Penelope, François et Marie Fillon, leur fille (à droite), lors du meeting à la Villette, à Paris le 29 janvier. PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS ; Alain Guizard/News Pictures

de « l’affaire Clarke »

JUSTICE Le JDD révèle

le contenu de toutes les auditions de l’enquête préliminaire qui conduit à la convocation des époux Fillon

Les policiers l’appellent « l’affaire Penelope Clarke » ou « le dossier Penny ». Tous les procès-­ verbaux, en marge, mentionnent le nom de jeune fille de l’épouse de F ­ rançois Fillon. L’enquête préliminaire 17.025.000.146 qui a ­atterri lundi 27 février matin sur le bureau du juge Serge Tournaire compte 160 cotes. Avec les annexes et documents bancaires, plusieurs milliers de pages. Mais le « cœur du dossier » tient dans un gros classeur et commence par le réquisitoire introductif d’une seule page du Parquet national financier, qui saisit les juges de cinq infractions : détournements de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ces délits, trafic d’influence et manquement aux obligations de déclaration à la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) par un parlementaire. L’enquête préliminaire, que le JDD a pu consulter, ne contient aucune synthèse écrite de la police. Le juge Tournaire, désigné avec Aude Buresi et Stéphanie Tacheau, a eu la journée de lundi pour lire ce dossier et les 19 interrogatoires qu’il contient. Des témoignages à charge, d’autres à décharge… Dès mercredi en milieu de matinée, le magistrat a délivré à Me Antonin Lévy, l’avocat de François Fillon, une copie de la convocation aux fins de mise en examen de l’ancien Premier ministre. Le candidat à la présidentielle a désormais dix jours, d’ici au 15 mars, pour se préparer à son audition. Dix jours pendant lesquels les trois juges, sur la base de ces 19 PV, vont ciseler leurs questions.

Caroline Meffre, la secrétaire « qui ne voit personne »

La première personne entendue, le 27 janvier, est secrétaire à la Revue des deux mondes. Devant les policiers, elle confirme que Penelope Fillon signait dans la revue sur le pseudonyme « de Pauline Camille ou Camille Pauline » et qu’elle avait aussi des fonctions de « conseiller littéraire ». « L’avez-vous vue ? » questionne l’enquêteur. « Non, mais je ne vois personne », répond-elle.

Michel Crépu, le directeur « stupéfié » Le même jour est entendu Michel Crépu, ex-directeur de la Revue des deux mondes. « M. Ladreit de Lacharrière m’a téléphoné pour me dire que Mme Penelope Fillon aimerait bien écrire des petites notes critiques car elle s’ennuyait », commencet-il. Michel Crépu n’avait « rien contre ». Il recevra deux notes de lecture. « J’ai trouvé le choix des ouvrages très pertinent, la rédaction

47.304 euros

Le salaire annuel net de Penelope Fillon à la « Revue des deux mondes » un peu moins, mais enfin cela pouvait être publié », grince-t-il, assurant n’avoir eu « aucun contact direct avec Penelope Fillon ». « Ni cherché à en avoir. » Michel Crépu est « formel », à sa connaissance, il n’y avait aucun « conseiller ­littéraire » à la revue entre 2007 et 2015. Pressé de questions, il assure même avoir découvert par Le Canard enchaîné que Penelope Fillon avait été ­rémunérée. « Cela m’a fait l’effet de

quelque chose de tout à fait irréel. » « Tout cela me stupéfie », ajoute-t-il. « Comment envisager que la Revue des deux mondes puisse recruter un conseiller littéraire, poste inutile, sans que j’y sois associé ou que j’en sois informé ? Ce contrat ne correspond à aucune réalité. » Le policier revient à la charge : « Est-il possible que Mme Penelope Clarke ait pu exercer les missions prévues par son contrat sans que vous en ayez eu connaissance ? » Réponse de Michel Crépu : « Non, c’est absolument impossible. » Il ajoute : « La Revue des deux mondes, c’était moi, donc c’est inconcevable. » Le policier résume : « Ce contrat n’a donc pour vous aucune réalité tangible ? » « Assurément, pour moi ce contrat est fictif », insiste Michel Crépu. L’ex-directeur maintient qu’il ne savait pas que Penelope Fillon était rémunérée. Une charge de 12 pages.

Jeanne BehreRobinson, l’assistante qui n’avait « pas à en savoir » Interrogée, elle aussi, par Le Canard enchaîné, à la veille de l’article du 25 janvier, cette ancienne assistante du suppléant de François Fillon, Marc Joulaud, avait déclaré tout ignorer du contrat de Penelope Fillon comme assistante parlementaire auprès de celui-ci. Devant les policiers, elle nuance un peu, admettant avoir rencontré à de multiples reprises Penelope Fillon. « Elle accompagnait régulièrement son mari dans diverses manifestations », ditelle. « Je n’avais pas connaissance du caractère contractuel de sa fonction… Sa force était d’être un relais au quotidien, accessible et direct à tout moment », résume-t-elle. Le policier insiste : « Avant la publication du Canard enchaîné, saviez-vous que Penelope Fillon avait été assistante parlementaire ? » « Non, je n’avais pas à en savoir », corrige-t-elle.

Christine Kelly, la biographe pas vraiment menacée

Christine Kelly a écrit deux livres sur François Fillon. Devant les enquêteurs, le 27 janvier, elle assure avoir ignoré que Penelope Fillon avait exercé les fonctions d’assistante parlementaire auprès de Marc Joulaud. Pas plus qu’elle n’avait connaissance de son emploi à la Revue des deux mondes. « Sur votre compte Twitter vous évoquez avoir fait l’objet de menaces par une “équipe politique”. De quelles menaces s’agit-il ? », questionne le policier. Christine Kelly « ne souhaite pas répondre », ni communiquer les messages éventuels : « Ils ne présentent pas d’intérêt pour votre enquête, ni un degré de gravité nécessitant une intervention policière », conclut-elle. Fin de cette pseudo-affaire dans l’affaire.

Marc Ladreit de Lacharrière, un milliardaire en colère Interrogé le 30 janvier, le patron de Fimalac et propriétaire de la Revue des deux mondes commence par ­admettre qu’il a embauché Penelope Fillon à la demande de son mari. « François Fillon m’a approché […] pour me dire que son épouse cherchait une activité […] je me suis dit que peut-être elle serait utile pour la ­rédaction de la revue et qu’elle pourrait avoir un regard international pour le futur de la revue. » En contradiction avec l’ancien directeur Michel Crépu, Marc Ladreit de Lacharrière assure avoir téléphoné à ce dernier pour lui demander « un accord ». Michel Crépu aurait accepté que Penelope Fillon rédige des « notes de lecture », mais aurait été laissé dans l’ignorance de l’autre aspect de son embauche sur le « devenir de la revue ». « Je ne pouvais

évidemment pas associer Michel Crépu à cette initiative sur un futur auquel il ne serait pas associé », déclare Lacharrière. Il précise que le jugement de Penelope Fillon l’a ensuite convaincu que le journal « ne correspondait plus aux attentes des lecteurs », notamment sur le volet « rayonnement international ». Il assure avoir fixé lui-même son salaire annuel de 47.304 euros net, soit 5.000 euros brut mensuels. « Un des plus bas salaires des cadres de Fimalac », nuance le milliardaire. Autre désaccord avec Michel Crépu, le nombre de notes de lecture rédigées par Penelope Fillon. Marc Ladreit de Lacharrière remet aux enquêteurs quatre autres fiches de lecture sur des livres de Nicolas d’Estienne d’Orves (Le Village de la fin du monde), de Gila Lustiger (Cette nuit-là), de Michèle Lesbre (Écoute la pluie et Victor Dojlida, une vie dans l’ombre). L’échange ­d’emails que remet le patron de Fimalac prouve, selon lui, que Michel Crépu, surnommé « Maikeul », a bien été ­destinataire de ces autres notes, contrairement à ses dires. « J’ai découvert des propos extrêmement désobligeants de l’équipe de la Revue des deux mondes établissant une véritable hostilité à l’égard de madame Penelope Fillon », conclut Lacharrière. Interrogé également, Robert Gimenez, directeur de la publication du journal, a confirmé. Drôle d’ambiance.

Penelope Clarke, dans son « coin sarthois » Entendue en même temps que son mari, le 30 janvier, Penelope Fillon se défend pied à pied. Sur la Revue des deux mondes pour commencer : « Je recevais deux ou trois livres tous les deux mois, soit une quinzaine en tout, donc je pense avoir rédigé une quinzaine de notes de lecture. » Elle a l’impression que « Michel Crépu et la direction ne souhaitent pas » qu’elle « participe réellement » et après l’été


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le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

L’événement

2013, elle estime « que c’était mieux pour tout le monde d’arrêter ». Elle se souvient avoir rencontré « quatre ou cinq fois » Marc Ladreit de Lacharrière, pour des « conseils oraux » et admet avoir été payée par chèque tous les mois. Questionnée ensuite sur ses emplois successifs d’assistante parlementaire, Penelope Fillon reconnaît que son salaire était fixé par son mari. « Pouvez-vous être plus spécifique sur ce que vous faisiez en pratique ? », insiste le policier. « J’ouvrais le courrier arrivant à mon domicile, je le triais, je réfléchissais à ce que l’on pouvait faire pour y répondre… » L’enquêteur insiste. Penelope Fillon assure aussi qu’elle rédigeait « des fiches, des mémos » et égrène d’autres interventions à l’occasion de manifestations locales ou des « revues de presse ». Elle admet ne s’être jamais rendue à l’Assemblée nationale. Interrogée sur ses fonctions ­auprès de Marc Joulaud, elle assure que ce dernier avait souhaité « avoir du poids » dans l’exercice de son mandat. « L’influence de mon mari restait importante sur la circonscription dont je connaissais bien le fonctionnement […] Ma présence aidait Marc Joulaud à s’imposer au niveau local. » « Où exerciez-vous vos fonctions entre 2002 et 2007 ? », questionne l’enquêteur. « Soit chez moi dans la Sarthe, soit la semaine à Paris. » Le policier s’étonne des missions qu’elle effectuait « pour le compte de M. Joulaud la semaine à Paris… » « Je m’occupais essentiellement des contacts avec la Sarthe », réagit-elle. « En étant à Paris ? », insiste l’enquêteur. Penelope Fillon ne se démonte pas : « Oui… » Autre sujet d’étonnement du policier : elle ne connaissait pas les autres assistantes de Marc Joulaud, même localement. « J’étais dans mon coin sarthois », persiste-t-elle. « Votre travail donnait-il lieu à une production ou restitution écrite ? », questionne l’enquêteur. « Non, c’était uniquement oral… » Interrogée enfin sur le cumul de ses deux emplois, en 2012, à la revue et pour son mari, Penelope Fillon s’explique ainsi : « Il n’y avait pas vraiment de week-end ou de repos hebdomadaire. »

François Fillon, a vu sa femme « travailler » L’ancien Premier ministre est moins bavard. Son procès-verbal fait neuf pages, moitié moins que celui de sa femme. « Quand j’ai quitté M ­ atignon, explique-t-il, mon épouse était psychologiquement déstabilisée, elle avait envie de s’ouvrir à d’autres activités. » François Fillon raconte avoir sollicité son « ami depuis trente ans », Marc Ladreit de Lacharrière. Son analyse des divergences apparues au dossier ? « Je pense que mon épouse a été et est indirectement la victime du conflit entre Marc de Lacharrière et le directeur Michel Crépu. Celui-ci ne dit pas la vérité lorsqu’il prétend que mon épouse n’a produit que deux notes de lecture », assène François Fillon. Selon lui, sa femme a planché sur plusieurs autres ouvrages, « certains plus techniques que littéraires » : « J’ai vu mon épouse travailler des jours et des jours sur chaque livre », déclare-t-il. Autres fronts, les emplois de Penelope Fillon comme assistante parlementaire : il règle la question en une phrase : « Les emplois de collabo-

Sylvie Fourmont et Anne Fauger, deux collaboratrices fidèles

Interrogée le 2 février, Sylvie Fourmont, l’assistante « historique » de François Fillon détaille le rôle de Penelope Fillon. « Elle me fait réserver les dates pour lesquelles son mari doit être présent… Elle décide qu’il doit participer à tel ou tel événement. » Sylvie Fourmont assure avoir « su » que Penelope Fillon avait été assistante parlementaire de son mari. Et concernant son rôle auprès de Marc Joulaud, elle le résume ainsi : « Elle lui a tout appris, ou presque. » L’assistante a aussi cette formule : « M. Joulaud était en quelque sorte de passage. » D’ailleurs, elle ne le considère pas comme « un vrai député »… « Hélas, non, dit-elle au policier, il est trop timide. » Autre témoignage à décharge celui d’Anne Fauger : une assistante parlementaire de François Fillon. Devant les enquêteurs, elle déclare avoir « toujours su que Penelope Fillon avait joué un rôle auprès de son mari », même si elle ignorait qu’elle était « rémunérée pour cela ».

Igor Mitrofanoff, une plume en verve

Michel Crepu (en haut), ancien directeur de la « Revue des deux mondes » et Marc Ladreit de Lacharrière (ci-dessus), ami de la famille Fillon et propriétaire du titre. Hannah Assouline/Opale/Leemage ; Vincent Isore/IP3/MAXPPP

rateur parlementaire sont à la seule discrétion de l’employeur et il n’y a, à ma connaissance, aucune règle de contrôle de leur temps de travail. »

Marc Joulaud, un suppléant si timide Actuel député européen, Marc Joulaud est entendu le 1er février. En 2002, il a 34 ans quand il hérite du siège de député de la Sarthe, quand François Fillon devient ministre. « François Fillon me définit alors l’organisation dans laquelle nous allons fonctionner », explique-t-il aux enquêteurs. « Pour moi, jeune élu, il s’agissait de m’implanter, de me faire connaître en m’appuyant sur Penelope Fillon », déclare-t-il, reconnaissant une sorte de « relation à trois nécessitant confiance et loyauté absolue ». « De fait, oui, c’est François Fillon qui a fixé le niveau de rémunération de son épouse… Au début, Mme Fillon m’apprend la circonscription », raconte Marc Joulaud, qui la rencontre les weekends… sans qu’il n’y ait « rien de codifié ». « J’en avais besoin, martèle-t-il. La porte d’entrée locale pour toucher ou contacter François Fillon était moi ou elle. » Le policier s’étonne que le contrat de Penelope Fillon passe de 3.200 à 6.200 euros mensuels, un niveau largement au-dessus des salaires des autres assistantes parlementaires, et « consommant à lui seul les deux tiers de l’enveloppe ». L’exdéputé pense que « c’était dans la

continuité » de ce qu’elle percevait avec son mari. « 6.200 euros, ne pensez-vous pas que c’est beaucoup ? », interroge l’enquêteur. « Je conviens que c’est une somme importante », réagit Marc Joulaud… « Ne peut-on pas considérer que le niveau élevé de la rémunération de Mme Penelope Fillon correspond en réalité au prix à payer pour être suppléant ? »,

UNE ASSISTANTE PARLEMENTAIRE « En 1998, ma rémunération a été diminuée

de moitié pour permettre celle de Madame Fillon » demande le policier. Marc Joulaud soutient n’avoir « jamais sollicité le poste ». « Mme Fillon, pour sa part, mais également M. Fillon vous ont décrit comme un garçon timide, questionne l’enquêteur. Cela vous paraîtil correspondre à votre personnalité et expliquer en quelque sorte le tutorat de Mme Fillon ? » L’ex-député opine. « Oui, j’ai toujours été d’un naturel discret, réservé, un peu timide… » À la dernière question : est-ce qu’il doit ou non sa carrière politique à François Fillon, Marc Joulaud conclut de deux mots : « Bien sûr. »

Convoqué le 3 février, Igor Mitrofanoff, chargé de l’écriture des discours auprès de François Fillon, déclare que Penelope Fillon « était les yeux et les oreilles de François Fillon » dans la Sarthe… « Avez-vous eu à traiter des dossier en commun ? », interroge le policier. « Non », admetil. Contrairement à ce qu’indique le Trombinoscope de l’Assemblée nationale, il affirme n’avoir jamais été l’assistant parlementaire de Marc Joulaud. « Une erreur matérielle », précise-t-il. Interrogé sur les déclarations publiques de Penelope Fillon selon lesquelles elle n’a jamais travaillé, Igor Mitrofanoff improvise une explication : « Globalement, Penelope a toujours pris soin de ne pas démontrer qu’elle était extrêmement active auprès de son mari. Par tact ou par pudeur, ou par courtoisie vis-à-vis des électeurs sarthois… » Le policier l’interroge sur la différence entre le rôle de Penelope Fillon et celui « de n’importe quelle épouse d’homme politique » ? « Mon sentiment, résume Mitrofanoff, est que Penelope incarne parfaitement ce que doit être l’épouse d’un homme politique important. Elle est à la fois présente, informée, active, mais avec prudence et élégance. » Un mini-discours…

Marie et Charles Fillon, deux enfants très occupés

Auditionnée le 9 février, la fille des époux Fillon, aujourd’hui avocate, a été rémunérée 2.300 euros mensuels en 2005 comme collaboratrice de son père au Sénat. Devant les enquêteurs, elle détaille « les grandes thématiques » de son travail : « Une étude de la stabilité gouvernementale en Europe sur les vingt années précédentes »… Une autre sur « le périmètre des principaux ministères dans les pays européens » ; une troisième sur « le poids de l’Union européenne dans la législation française », et une quatrième sur la décentralisation. « La grande idée de mon père était de montrer que la

décentralisation était plus efficace », confie Marie Fillon. « Une partie de ces travaux se retrouve dans le livre qu’il a écrit, La France peut supporter la vérité, déclare-t-elle. « Comment avez-vous pu concilier un emploi à temps complet et la poursuite de vos études ? », glisse l’enquêteur. « En travaillant pour mon père les week-ends et dès que j’avais du temps libre. » Même détermination de Charles Fillon, qui a pris le relais de sa sœur au Sénat de janvier à juin 2007. Devant les policiers, François Fillon avait déclaré qu’à cette période, « chargé de rédiger le programme du candidat à l’élection présidentielle », il avait fait travailler son fils Charles « sur les questions institutionnelles ». Sur procès-verbal, ce dernier rectifie : il dit n’avoir jamais « travaillé pour la présidentielle », mais sur les « questions institutionnelles » ainsi que sur le « thème de l’État actionnaire. »

Deux assistantes embarrassantes Nathalie Blin a été assistante parlementaire de François Fillon pendant plusieurs années, puis pendant quelques mois celle de son suppléant, Marc Joulaud. Le 10 février, devant la police, elle indique qu’elle ne « connaît pas » Penelope Fillon. « Je sais, bien sûr, qui elle est, mais je ne l’ai jamais côtoyée hormis la voir dans des meetings et je pense qu’elle ignore totalement qui je suis. » Le policier lui demande si elle savait que Penelope Fillon était assistante parlementaire entre 1998 et 2002, c’est-à-dire en même temps qu’elle. « Oui, puisque c’est la raison pour laquelle j’étais payée à mi-temps par François Fillon », dit-elle. Question du policier : « Quels étaient vos rapports avec Mme Penelope Fillon ? » Réponse : « Aucun. » « Je n’ai jamais eu de rapports de travail avec Mme Fillon », insiste l’ancienne assistante, qui assure n’avoir jamais « constaté » ni même été informée que Penelope Fillon exerçait la moindre fonction. « Ce que je sais, c’est qu’en 1998 ma rémunération a été diminuée de moitié pour permettre la rémunération de Mme Fillon », insiste-t-elle. Un témoignage très compromettant. Une autre ancienne assistante parlementaire de Marc Joulaud, Élisabeth Dosso, est également entendue le 10 février. Elle aussi « ignorait » que Penelope Fillon était assistante parlementaire. « Les adhérents vous parlaient-ils d’elle comme étant un relais de son époux ? », questionne le policier. « Non, je n’en ai aucun souvenir », réagit-elle. Outre ces 16 personnes, trois autres témoins ont été interrogés. Un administrateur de l’Assemblée, un secrétaire général de la questure du Sénat et un syndicaliste assistant parlementaire. Sur les bases de l’ensemble de ces 19 auditions, les trois juges d’instruction s’apprêtent à lancer de nouvelles investigations. Des perquisitions ont été effectuées cette semaine chez les époux Fillon, à Paris et dans la Sarthe. À ce jour, seuls François Fillon et, depuis hier matin son épouse, sont convoqués. g Laurent Valdiguié

@Valdiguie


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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

L’événement

Ces trois jours où la droite s’est liguée contre son candidat vendredi, son entourage à l’AFP. Début février, il l’assurait encore : « Je ne serai pas un plan B. » Il se prépare désormais ouvertement à être le recours. La collecte de parrainages d’élus avance à pas de géant. L’argent ? « Il ne reste que six semaines de campagne, donc ça ne devrait pas coûter très cher et il fera au moins 5 %, donc il sera remboursé », souligne Thierry Solère. Blessé par son échec à la primaire, le maire de Bordeaux ne replonge qu’avec réticence dans ce qu’un élu LR qualifie de « torrent de boue » : la présidentielle. Mais « Juppé fera son devoir », assure un parlementaire LR qui lui a parlé. « Personne n’a envie de faire un putsch », souligne toutefois un juppéiste, soucieux de trouver « des conditions de sortie non humiliantes pour Fillon ». Et d’ajouter : « Mais si Fillon entre dans une logique kamikaze… » « Le problème, c’est que Fillon, c’est le forcené enfermé dans son cockpit. Ce qu’il faut faire maintenant, c’est un travail psychologique », soupire un responsable LR.

Au QG de campagne du candidat LR, mercredi à Paris. charles platiau/reuters

« Donne-moi trois jours ! » « Ne l’annonce pas tout de suite, donne-moi trois jours ! » Lorsque François Fillon s’entretient vendredi matin avec son porte-­parole Thierry Solère, qui s’apprête à démissionner, il tente, une fois encore, de gagner du temps. À la barre d’un bateau qui prend l’eau de toutes parts depuis l’annonce de sa probable mise en examen, mercredi, il veut arracher un sursis jusqu’à dimanche. La mobilisation des électeurs de droite convoqués pour manifester à Paris, au Trocadéro, veut-il croire, va lui permettre de sauver sa candidature. « Début février, il avait déjà demandé quinze jours aux parlementaires. Cela fait cinq semaines qu’on tient », rétorque Thierry Solère. Ce sursis, Fillon l’a aussi demandé à Patrick Stefanini qui, mercredi matin, lui avait annoncé son intention de prendre le large, lui aussi. « Tu n’es plus en situation. Non seulement tu ne seras pas au second tour, mais

tu risques de favoriser l’élection du FN », l’a mis en garde son directeur de campagne. En bon soldat, Stefanini acceptera d’attendre. Un peu. Vendredi, il lui remet une lettre de démission, effective à compter de ce soir… Depuis jeudi, une course contre la montre est engagée. Le « débranchement » du candidat est en marche. Là où les différents plans B s’étaient neutralisés mutuellement début février, un consensus se dessine désormais autour d’Alain Juppé. Le choc de la convocation de Fillon, puis l’organisation d’une manifestation vécue par beaucoup comme une remise en cause « indigne » de la justice, a radicalement fait bouger les lignes en quelques heures. Les juppéistes et les lemairistes sont à la manœuvre. Les téléphones chauffent entre tous ceux qui comptent à droite, Jean-Louis Borloo compris. « Les opérateurs téléphoniques auront gagné beaucoup de pognon grâce à nous depuis deux jours », s’amuse un élu LR. « Tout le monde veut que

manœuvres

Entre Sarkozy, qui se tait, et Juppé, qui se prépare, les grandes manœuvres sont lancées autour de Fillon. Objectif : le « débrancher », mais sans l’humilier ça bouge maintenant, mais il y a une vraie question tactique : est-ce qu’on le fait avant ou après la manifestation de dimanche ? », souligne un ténor LR. Même les proches de Juppé sont divisés : certains poussent à multiplier les défections pour déstabiliser Fillon, d’autres à attendre le lendemain de la manifestation pour ne pas mobiliser davantage des troupes radicalisées. Résultat : vendredi soir, Fillon est plus seul que jamais. Mais il a obtenu son sursis. Attendue en début de semaine, « la prochaine étape doit être collective et décisive. Sinon, on n’aura plus de cartouches », prévient un ancien candidat à la primaire.

En attendant Sarkozy Très discret jusque-là, Nicolas Sarkozy réfléchit à sortir de son silence. « Sarkozy va s’exprimer. Il ne fera rien d’ici à dimanche, mais il considère qu’il n’y a plus d’autre solution que Juppé », affirme un parlementaire LR qui parle aux deux hommes. « Rien n’est figé », corrige un proche de l’ancien président. Des rumeurs contradictoires courent sur la position de Sarkozy depuis que, mercredi, Fillon a assuré à plusieurs interlocuteurs, et au grand agacement de l’intéressé, que l’ancien chef de l’État s’opposait à l’option Juppé. « Sarkozy préfère Fillon battu plutôt que Juppé élu », râlait donc, jeudi, un député jup-

péiste. « Mais c’est insupportable ça !, réplique un sarkozyste agacé. Ce n’est pas parce que Juppé trépigne d’impatience que Fillon va accepter de partir ! Au contraire ! » Quand il l’a eu au téléphone mercredi, Sarkozy a senti Fillon déterminé. Or, « le scénario du plan B ne peut fonctionner que si Fillon le décide », souligne un sarkozyste. Il ne faut donc pas l’humilier. « C’est une décision qui t’appartient », répète l’exprésident au candidat. Mais nombre de sarkozystes se sont déjà joints publiquement aux appels en faveur du retrait de Fillon. Le fidèle Brice Hortefeux organise un petit déjeuner de sarkozystes mardi dans un restaurant proche de l’Assemblée. Histoire de gagner du temps en maintenant l’unité des troupes. Mais un poids lourd LR se méfie : « C’est quoi l’objectif de cette réunion ? Il ne faudrait pas que Sarkozy fasse semblant d’évoluer pour imposer finalement une autre solution que Juppé… » Car sa position a évolué. Vendredi matin, il l’a dit à François Fillon : « Ça ne peut plus continuer comme ça. » Il a aussi reçu, à leur demande, les fillonistes Gérard Larcher et Bernard Accoyer, qui l’ont pressé d’organiser une réunion au sommet pour trouver une sortie de crise. Sarkozy n’a guère apprécié le choix, pour le rassemblement d’aujourd’hui, du Trocadéro, un lieu symbolique de la Sarkozie depuis la manifestation monstre de 2012. « Il n’a pas donné de signal de lâchage de Fillon, mais il est de plus en plus inquiet », témoigne un de ses supporters. « Il ne voudrait pas non plus que les sarkozystes soient les derniers à soutenir Fillon », glisse un député LR.

Juppé se tient prêt Alain Juppé ne se « défilera pas » si « Fillon se retire de lui-même » et s’il obtient un soutien « unanime » de son parti, a fait savoir,

Un QG déserté « J’envoie ma facture à qui ? » C’est un membre de l’équipe Fillon qui s’interroge. Bonne question : depuis jeudi, l’équipe de campagne n’a plus de trésorier, le juppéiste Gilles Boyer ayant claqué la porte. Elle n’a plus de service financier du tout, d’ailleurs. Ni de directeurs adjoints de campagne depuis le départ de Sébastien Lecornu et de Vincent Le Roux. Ni même de service courrier… La démission de Patrick Stefanini est le coup de grâce. Le QG est une coquille vide. Pour l’heure, l’édifice fait encore illusion : le rassemblement de la société civile, hier à Aubervilliers, avait été organisé avant la crise, par Pierre Danon, et celui de dimanche se tient avec le concours actif de Sens commun, proche de La Manif pour tous. La garde rapprochée du candidat fait comme si de rien n’était : l’agenda hebdomadaire de campagne a été transmis vendredi, alors que le candidat diffusait une vidéo pour mobiliser ses troupes. Mais si un meeting est prévu à Orléans mardi, aucun voyage préparatoire n’a été effectué, faute de combattants. Dans ce contexte surréaliste, Fillon aurait retrouvé le moral lors du meeting de Nîmes jeudi. « Il y avait beaucoup de monde et c’était chaud bouillant », témoigne un élu du Sud. À en croire ses proches, le candidat n’envisage pas une seconde de se retirer. « Il est combatif », assure le fidèle Bruno Retailleau. Lui se dit « optimiste » pour le rassemblement du Trocadéro : « La place sera noire de monde. » Fillon le sait : si la mobilisation est forte, elle ne suffira peut-être pas à faire hésiter Sarkozy, Juppé, et les poids lourds de la droite de lui porter l’estocade. Si elle est faible, son sort sera rapidement scellé. g Christine Ollivier

 @Chr_Ollivier


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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

L’événement Vous personnellement, souhaitez-vous que François Fillon maintienne sa candidature à l’élection présidentielle ?

TOTAL OUI

28 %

–5

ENSEMBLE DES FRANÇAIS

Pour chacune des personnalités suivantes, diriez-vous qu’elle a les qualités pour représenter la droite et le centre à l’élection présidentielle ?

Variation en points par rapport au 17 et 18 février 2017

53 % – 17

SYMPATHISANTS DES RÉPUBLICAINS

Parmi les candidats à la présidentielle, lequel incarne le mieux les valeurs d’honnêteté et d’éthique ? (Ensemble des Français)

24 % J.-L. Mélenchon

François Fillon

21 %

20 %

B. Hamon

E. Macron

48 %

30 % 36 % 29 %

Xavier Bertrand

68 % –20 71 % –25

64 % 72 % 34 %

François Baroin

Et pensez-vous que François Fillon va maintenir sa candidature à l’élection présidentielle ?

TOTAL OUI

TOTAL OUI

Alain Juppé

14 % M. Le Pen

9%

ENSEMBLE DES FRANÇAIS SYMPATHISANTS DES RÉPUBLICAINS

58 % 7%

N. Dupont-Aignan

F. Fillon

NSP 5%

Sondage Ifop pour le JDD, réalisé les 3 et 4 mars 2017 auprès d’un échantillon de 1.002 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas). Les interviews ont été réalisées par téléphone.

Un candidat de plus en plus abîmé sondage La légitimité de Fillon est de plus en plus contestée, y compris dans son socle électoral. L’hypothèse de son éviction prend corps dans l’opinion À cinquante jours du premier tour, l’opinion fait chèrement payer à François Fillon les derniers rebondissements du « Penelopegate », selon notre sondage Ifop. « Objectivement, les choses sont extrêmement détériorées et dégradées, constate Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Cette enquête reflète le doute et le désarroi des élec-

teurs de droite, leur peur de perdre cette élection qui semblait pourtant imperdable. L’édifice se lézarde. » « Trois sympathisants sur dix croient à un plan B » Les Français ne sont aujourd’hui plus que 28 % à souhaiter qu’il maintienne sa candidature, contre 33 % il y a quinze jours. Pis : ce souhait est désormais minoritaire dans toutes les catégories socio-démographiques, y compris celles traditionnellement acquises à la droite (commerçants, cadres supérieurs, personnes âgées), qui lui permettaient jusqu’ici de résister. Le soutien des sympathisants des Républicains s’érode, chutant de 70 % à 53 %. Parmi ceux qui lui avaient offert une éclatante victoire le 27 novembre, ils

ne sont plus qu’un sur deux à vouloir de lui comme candidat. Si l’on s’attache aux pronostics, les Français ne sont plus que 68 % à considérer que Fillon maintiendra sa candidature, contre 88 % il y a quinze jours. Ce qui tient sans doute à sa stratégie de défense, à la virulence de ses propos et à sa stratégie de victimisation. Reste que chez les sympathisants LR, ils ne sont plus que 71 % à pronostiquer son maintien, contre 96 % il y a quinze jours. « Cela veut dire que trois sympathisants sur dix se disent qu’il existe peut-être un plan B », note Frédéric Dabi, alors même que le candidat s’évertue depuis des semaines à évacuer cette hypothèse. La preuve : interrogés sur « les qualités pour représenter la droite

et le centre » à la présidentielle de différentes personnalités, les Français placent Alain Juppé loin devant (64 %), puis François Baroin (34 %) et Xavier Bertrand (30 %), et enfin François Fillon (29 %). Coup dur pour le candidat de la droite, qui sur le plan de la légitimité se voit « devancé par Baroin et Bertrand alors qu’ils ne sont pas du tout dans le costume du candidat à la présidentielle », ajoute Frédéric Dabi. Parmi les sympathisants de son parti, Fillon reste deuxième (58 %), mais loin derrière Alain Juppé (72 %). Enfin, si l’on pose la question du candidat qui « incarne le mieux les valeurs d’honnêteté et d’éthique » parmi les six principaux compétiteurs, François Fillon arrive… bon

dernier (7 %), derrière Nicolas Dupont-Aignan (9 %), Marine Le Pen (14 %), Emmanuel Macron (20 %), Benoît Hamon (21 %) et Jean-Luc Mélenchon (24 %). Chez les sympathisants des Républicains, Fillon (26 %) se situe au même niveau que Macron (25 %). À noter, le faible crédit dans l’opinion, sur ce thème, de Marine Le Pen, cernée par les affaires. Y compris chez les sympathisants du FN, qui ne sont que 69 % à considérer que la candidate d’extrême droite incarne le mieux « honnêteté et éthique ». « Le poison des affaires la touche aussi, même si ça n’affecte que marginalement les intentions de vote », constate Frédéric Dabi. g david revault d’allonnes

 @davidrevdal

Marine Le Pen cherche à retarder sa mise en examen PROCÉDURES En ne répondant pas à la convocation des juges d’instruction, reçue vendredi, Marine Le Pen a évité – ou plutôt retardé – une mise en examen pour abus de confiance dans l’enquête sur les emplois fictifs des assistants FN au Parlement européen. Protégée par son statut d’élue européenne, et donc par une immunité parlementaire, la candidate avait prévenu : elle ne satisferait à aucune sollicitation judiciaire avant la fin des élections législatives pour ne pas parasiter sa campagne. Une tactique dont elle a déjà usé fin février, en refusant de se rendre à une convocation de la police judiciaire dans la même affaire. Les magistrats savaient donc que leur invitation avait peu de chances d’être honorée. Cet épisode leur permet néanmoins de déclencher une demande de levée d’immunité. Laquelle ne manquera pas d’être autorisée, mais ne peut intervenir avant l’élection présidentielle. Pour Bruxelles : la « règle est simple. La commission juridique regarde si la requête est motivée par une infraction pénale existant dans le pays d’origine. Si c’est le cas, elle donne son accord et le Parlement vote… Mais les juges français ne peuvent l’entendre que pour le dossier précis soumis au Parlement ». Marine Le Pen, qui a une nouvelle fois dénoncé hier les « manœuvres » et les « coups tordus » lors d’un mee-

ting à Rignac (Aveyron), connaît la musique : jeudi, le Parlement européen a voté à une large majorité la levée de son immunité dans une affaire de diffusion sur Twitter d’images violentes de Daech. Convoquée en avril 2015 dans ce dossier, elle avait déjà invoqué sa qualité d’eurodéputée pour écarter une menace de mise en examen. Après cette levée d’immunité, les magistrats ont désormais la possibilité de la contraindre à se présenter. Ce n’est pas tout : il y a quelques jours, le Parlement européen a reçu une nouvelle demande la concernant, émanant du parquet de Nice. En novembre, un juge souhaitait l’entendre dans le cadre d’une plainte en diffamation déposée par le président du conseil régional de Paca, Christian Estrosi. Celui-ci avait été accusé par Marine Le Pen d’avoir « financé l’UOIF ». La présidente du FN, déjà, avait décliné l’invitation. « La requête du tribunal de Nice devrait être examinée d’ici au mois de mai », explique un fonctionnaire européen. Chaque année, Bruxelles autorise la levée de 15 à 20 demandes d’immunité pour un total de 751 parlementaires européens. En 2017, avec pas moins de trois procédures à son encontre, Marine Le Pen a des chances d’arriver là en tête. Au moins dans ce classement. g Marie-Christine Tabet

 @mc_tabet


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le journal duDimanche dimanche 5 mars 2017

Les indiscrets JDD – Europe 1 Très chers Obama

C’est peut-être le contrat le plus lucratif de l’histoire de l’édition. Selon le Financial Times, le couple Obama aurait donné son accord à la maison Penguin Random House pour écrire un livre chacun, contre 60 millions de dollars au total. Chez Hachette Livre, finaliste de cette enchère inédite, on estime que le montant est sans doute plus proche de 75 millions de dollars ! Le PDG d’Hachette Livre, Arnaud Nourry, a passé une heure avec Barack et Michelle Obama à Washington, ébloui par le charisme et l’humanité de l’ancien couple présidentiel américain.

Macron à la conquête… de Paris

En vue

Anne Hidalgo, farouche opposante à Emmanuel Macron lors du passage à Bercy du candidat d’En marche ! – sur l’ouverture des magasins le dimanche, sur la loi travail… – devrait se méfier. « Au rythme où vont les ralliements dans la capitale, on aura bientôt un groupe au Conseil de Paris », s’amuse un proche du candidat à la présidentielle. Mao Peninou, Julien Bargeton et Jean-Louis Missika, trois adjoints d’Anne Hidalgo, ont déjà rejoint En marche ! Sylvain Maillard (UDI), Jérôme Dubus (LR) et Didier Guillot (PS) leur ont emboîté le pas.

Pour Bedos, Québec plutôt que Le Pen

La folie des grandeurs

Persuadé du destin présidentiel de son candidat, l’un des bras droits de Benoît Hamon affiche un optimisme à toute épreuve. Pour lui, non seulement la victoire est possible, mais il se projette déjà dans l’après, quitte à verser dans une certaine emphase : « La France redeviendra le phare des Lumières en Europe ! » Et de poursuivre : « Vous imaginez, au Conseil de sécurité de l’ONU, avec Trump, Poutine, Theresa May et les Chinois, il n’y aura aucun progressiste à part Benoît Hamon. »

Hamon reçoit du courrier

L’ancien candidat à la primaire de la gauche ne décolère pas contre François de Rugy et Sylvia Pinel. En privé, Montebourg n’hésite pas à manier l’injure à l’endroit de l’écologiste « qui n’a pas le respect de la parole donnée ». « Ce type s’est engagé devant des millions de Français à soutenir le vainqueur de la primaire et il se barre chez Macron ! Il se fout de nous ! » Quant aux radicaux de gauche, qui conditionnent leur soutien à Benoît Hamon à un accord programmatique, leur ex-candidate subit aussi les foudres de Montebourg : « Elle nous a pris du temps de parole dans les médias. Moi, j’avais des choses à dire. » Et de conclure : « Rugy et Pinel ? Ce sont nos encombrants ! » g v.Feuray/abaca

Macron fait vendre

L’interview de Benoît Hamon au JDD, il y a deux semaines, a fâché Patrick Kanner. Le candidat à la présidentielle y évoquait « le rendez-vous manqué de Hollande avec les banlieues ». Piqué au vif, le ministre de la Ville s’est fendu d’une lettre de quatre pages au candidat du PS. Il y écrit son « désaccord profond avec [s]es propos », et lui livre « quelques arguments sur le travail effectué par le gouvernement dans les quartiers ». « Cher Benoît, je ne doute pas que tu sauras capitaliser sur ces acquis pour imaginer un futur désirable dans les quartiers populaires qui font battre aussi le cœur de la France. Amitiés socialistes », conclut Kanner.

le VRAI

Montebourg Un homme en colère

L’interview accordée aux Échos par le candidat d’En marche ! à la présidentielle a permis au quotidien d’augmenter ses ventes en kiosque de 117 % ! Emmanuel Macron y annonçait, lundi, son projet économique. Vendredi, Les Échos consacraient leur une et trois pages à passer au crible le programme.

En privé, le président de la région Auvergne-RhôneAlpes, Laurent Wauquiez, se dit « écœuré par ceux qui collaient à Fillon pour obtenir un poste gouvernemental, et qui le poignardent dans le dos dès qu’il a mis un genou à terre. Quel manque de dignité… »

C’est arrivé sur Europe 1

La double émission d’Europe 1, C’est arrivé cette semaine et C’est arrivé demain, va fêter ses 20 ans le week-end prochain. Elle a été animée successivement par Dominique Souchier, Emmanuel Faux, Arlette Chabot et aujourd’hui David Abiker. Les 11 et 12 mars, c’est une programmation exceptionnelle qui a été concoctée, avec des personnalités emblématiques de ces vingt dernières années et avec celles qui feront peut-être les vingt prochaines années de l’actualité. David Abiker recevra, samedi, l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, la philosophe Sylviane Agacinski, l’entrepreneur Jacques-Antoine Granjon et le comédien Pierre Arditi. Le lendemain, l’exercice prospectif confrontera notamment le philosophe Michaël Fœssel, la consultante Emmanuelle Duez et le chanteur Vianney.

du faux

Mardi >

ALEXIS CORBIÈRE, PORTE-PAROLE DE JEAN-LUC MÉLENCHON, SUR RADIO CLASSIQUE

Bernard Cazeneuve.

FAUX • On compte aujourd’hui

Lundi >

n’est plus du tout visible : en se diluant dans des petites entreprises et dans la sous-traitance, le monde ouvrier a perdu sa représentation syndicale, et toute visibilité sur les scènes politique ou médiatique. Ces nouveaux ouvriers n’ont d’ailleurs eux-mêmes pas conscience, souvent, d’appartenir à cette classe. Ils constituent pourtant un important réservoir de voix. Selon le ­Cevipof, 42 % des ouvriers inscrits prévoient de s’abstenir à la présidentielle. Une masse populaire qu’aucun candidat n’arrive plus à atteindre. Sauf, peutêtre, le Front national : un ouvrier sur quatre envisage de voter pour Marine Le Pen. g géraldine woessner (du lundi au vendredi à 6h56 sur Europe 1)

Le juge Gentil à Paris Grincements de dents dans les rangs de la magistrature à la lecture, cette semaine, de la dernière « transparence » : la liste des nominations de magistrats dans toute la France. Sur décision de la Chancellerie, Jean-Michel Gentil, l’ancien juge d’instruction bordelais en charge de l’affaire Bettencourt, nommé ensuite à Lille, hérite d’un poste « hors hiérarchie » : « premier vice-président en charge de l’instruction à Paris ». Il pourrait ainsi rejoindre l’équipe des juges financiers. Son épouse, magistrate au parquet de Bordeaux, puis à Lille, est également nommée avocat général à Paris. « Des promotions certes méritées, confie-t-on, mais qui pourraient encore faire l’objet de recours. »

À suivre cette semaine

« Les ouvriers n’ont jamais été aussi nombreux, 25 % de la population active » 5,3 millions d’ouvriers en emploi, ce qui représente 20,4 % de la population active, contre 40 % dans les années 1960. Si l’on y ajoute ceux qui ont changé d’emploi ou qui cherchent du travail, le total atteint 6,3 millions. Cela reste, en nombre, extrêmement important, et la classe ouvrière a cessé de décliner : le nombre d’ouvriers est stable depuis plusieurs années, contrairement à ce que laissent supposer les nombreuses fermetures d’usines. Si l’emploi industriel s’est bien effondré, d’autres activités l’ont remplacé. Plus de la moitié des ouvriers travaillent aujourd’hui dans le tertiaire : ­logistique, restauration, ­nettoyage… Mais cette population

Wauquiez « écœuré »

Dans À l’heure où noircit la campagne, à paraître le 20 mars chez Fayard, Guy Bedos dit vouloir partir au Québec en cas de victoire de Marine Le Pen. « Je me trouve un petit boulot de cantonnier pour déblayer la neige à Montréal, écrit l’ancien soutien d’Arnaud Montebourg. J’apprends le joual, je fais copain avec les Indiens, je me remarie avec Céline Dion – riche à crever ! Puisqu’elle aime les vieux… Bon, moi, ce sera ma première moche. Ce n’est pas grave, allez, je suis là, ma Céline, avec une prostate absolument nickel. »

Sommet informel des chefs d’État français, allemand, espagnol et italien, à Versailles. g Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Fillon sont invités à débattre avec les chefs d’entreprise de la CGPME, à Puteaux (Hauts-deSeine). g Début de la grève des contrôleurs aériens à l’appel de l’Unsa jusqu’à vendredi. Près d’un tiers des vols devraient être annulés.

Bernard Cazeneuve (photo) à Oignies (Pas-de-Calais) pour signer un « engagement pour le renouveau du bassin minier ». g Grève dans la fonction publique et manifestation nationale à Paris contre la dégradation des conditions de travail, notamment dans les hôpitaux. g Début du procès du vol, en 2014, de 52 kg de cocaïne au 36, quai des Orfèvres. g Vote final de la Chambre des lords sur le projet de loi de déclenchement du Brexit. g Assemblée générale de la Fifa sur l’avenir des règles du football, à Londres. g Bureau exécutif de l’UDI, à Paris.

Pool/ABACA ; PHILIPPE WOJAZER/REUTERS ; Bernard BISSON pour le JDD ; Éric DESSONS/jdd ; LOUISA GOULIAMAKI/AFP ; StÉphane Lemouton/ABACA ; Jean-François Badias/ABACA

Jeudi >

Serge Sarkissian.

Mercredi >

Visite officielle en France du président arménien, Serge Sarkissian (photo). g Journée internationale des droits des femmes. g Ouverture du Salon du tourisme de Berlin. g Barcelone – PSG, 8e de finale retour de la Ligue des champions de football. es g 34 Rencontres du cinéma latinoaméricain, à Pessac (Gironde).

François Hollande à Bruxelles pour le Conseil européen. g Réunion de la Banque centrale européenne sur la politique monétaire de la zone euro. g Déplacement du président turc, Recep Tayyip Erdogan, à Moscou pour y rencontrer Vladimir Poutine. g Ouverture du Salon international de l’automobile de Genève (Suisse). e g 10 biennale internationale du design, à SaintÉtienne.

Annonce des résultats des élections régionales dans cinq États indiens, dont l’Uttar Pradesh, le plus peuplé du pays. g Italie – France, 4e match du tournoi des Six Nations de rugby, à Rome.

Vendredi >

Dimanche >

Départ de la course de ski-alpinisme de la Pierra Menta, depuis la station d’ArêchesBeaufort (Savoie).

La centrale de Fessenheim.

Samedi >

Manifestation devant la centrale de Fessenheim (photo) pour réclamer sa fermeture.


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le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

Actualité

Politique

Comment Macron tente de se fabriquer une majorité Big bang En Marche ! a reçu 10.000 candidatures spontanées, dont nombre de novices LÉGISLATIVES C’est une première : le candidat, qui ne compte aucun député sortant, doit construire le socle parlementaire qui le soutiendra s’il est élu

A

près la longue quête du programme, la délicate recherche d’une majorité. À peine Emmanuel Macron avait-il présenté son projet, jeudi, que se posait une nouvelle question : celle du socle parlementaire nécessaire, en cas de victoire du candidat d’En marche ! à la présidentielle, pour le voter. Comment procéder pour un mouvement constitué il y a moins d’un an, qui ne compte logiquement pas un seul député, du moins sous ses propres couleurs, et donc pas le moindre sortant ? Réponse : en créant ex nihilo, presque en laboratoire, les fondements d’une future majorité. « Nous devons être attentifs à ce que la curiosité et l’intérêt pour Macron se transforment en adhésion, diagnostique le président de la commission d’investiture d’En marche !, l’ex-ministre chiraquien Jean-Paul Delevoye. Et cela tient à deux pistes : la crédibilisation par le programme et par un bon choix des candidats. Nous devons être attentifs. » « Eviter des fuites » Comme le programme de Macron, cette future majorité se prépare donc avec le plus grand soin. Et dans le plus grand secret. Les 12 membres de la commission nationale d’investiture d’En marche ! se sont réunis vendredi et samedi, de 9 à 19 heures, en laissant leurs téléphones à l’extérieur de la salle « pour éviter des fuites », explique l’un d’eux. Sous

Emmanuel Macron mardi en meeting à Angers (Maine-et-Loire).

la lentille de leur microscope : les 10.000 candidatures spontanées reçues par le mouvement. Une équipe de vérificateurs est chargée d’effectuer un premier tri, en éliminant les cas les plus farfelus et en traquant les traces de déclarations litigieuses, notamment sur Internet, afin d’éviter de mauvaises surprises. Comme celles constatées lors de récentes élections locales, à propos de plusieurs nouveaux candidats FN qui avaient vu leurs saillies racistes exhumées en pleine campagne… Car la moitié des futurs 577 candidats d’En marche ! aux législatives, selon les critères édictés par Macron, devra être vierge de toute expérience électorale. D’où ces vérifications poussées. Après ce premier filtre, et compte tenu des autres impératifs fixés par le candidat, notamment parité et casier judiciaire vierge, la commission examine l’aspect politique des candidatures. Quelle est « l’humeur » de la circonscription ? Sa sociologie ? Son rapport de forces ? Les risques de triangulaire ? L’objectif est d’arriver à une première présélection « de un à trois candidats par circonscription ». Une soixantaine de circonscriptions ont déjà été passées au crible, même si « rien n’est définitif ». Les macronistes

JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP

ambitionnent de proposer vers la mi-mars un candidat par circonscription, après 300 ou 400 heures de délibérations, à la direction politique du mouvement, qui tranchera. Une première vague de candidats devrait aussi être rendue publique à cette date. Effet de souffle À l’exception notable des législatives de 1958, que l’UNR, fondé peu avant pour soutenir le retour du général de Gaulle, avait largement remporté, la création d’une majorité parlementaire de toutes pièces, en quelques mois, est du jamais-vu. « Nous sommes peutêtre en train de vivre un moment historique, la création d’une nouvelle force par la réorganisation de l’offre politique », s’enthousiasme Jean-Paul Delevoye. Ces novices du suffrage universel, qui composeront donc la moitié des candidats macronistes, seront-ils pour autant en mesure d’affronter les vieux routiers des élections ? Un cadre socialiste en doute : « La dynamique présidentielle de Macron existe, bien sûr. Mais ça ne fait pas forcément gagner des candidats qui sortent de nulle part aux législatives. C’est compliqué de faire passer des inconnus devant des députés implantés depuis plusieurs man-

dats, que tout le monde connaît et qu’on voit sur le marché tous les samedis. » Mais dans un paysage politique dévasté, l’équipe d’En marche ! mise sur l’effet de souffle d’une arrivée de Macron à l’Élysée, et sur un big bang. « Demain, si Emmanuel, jeune et charismatique, visionnaire et compétent, est élu, et qu’il demande au peuple les moyens de transformer le pays, nous aurons la majorité, veut croire François Patriat, sénateur PS de Côte d’Or et membre de la commission d’investiture d’En marche ! Je ne dis pas qu’il y aura des grands chelems partout, mais il y aura une volonté de donner un coup de balai terrible. » « Noyau dur » Les vieux briscards des scrutins ne sont pourtant pas oubliés : l’autre moitié des candidats macronistes sera constituée par « des sortants ou des élus bien implantés ». De toutes obédiences politiques, donc, PS, centristes, voire LR en rupture de ban. Même s’ils devront impérativement déposer leur candidature à la préfecture sous la seule bannière d’En marche ! Un ministre considère néanmoins que les socialistes, dont beaucoup l’ont déjà rejoint, constitueraient inévitablement le gros des troupes d’une future

majorité macronienne : « Macron devra construire une majorité qui n’emmène pas le pays à l’aventure, et dans une majorité, il y a toujours un noyau dur. Qui d’autre que son ancienne famille pourra lui assurer ce noyau dur ? » Le candidat Macron, qui s’affirme plus que jamais « ni de droite ni de gauche », n’a cependant pas envie de voir débarquer dans sa petite entreprise, avec armes et bagages, l’intégralité du groupe PS. « Il y a des ralliements positifs, d’autres qui le sont moins », glisse Benjamin Griveaux, porte-parole d’En marche ! Un ralliement ne vaut d’ailleurs pas une candidature garantie. La preuve : « Ni François Bayrou ni François de Rugy n’ont de circonscription », poursuit Griveaux. Macron, officiellement, ne gère pas personnellement le casting. « Si je commence à placer un tel dans la 8e circonscription et un autre dans la 6e, je deviens le souscomptable du bureau B12 », a-t-il expliqué à ses proches. Mais c’est bien la direction de la campagne qui validera, ou refusera, les propositions de la commission d’investiture. Et, prévient Benjamin Griveaux, « il y aura forcément beaucoup de déçus… » g DAVID REVAULT D’ALLONNES

@davidrevdal

Le prix du livre politique décerné à Brice Teinturier Récompense C’est le sondeur Brice Teinturier qui a remporté hier le prix du livre politique avec son ouvrage Plus rien à faire, plus rien à foutre (Robert Laffont). Le politologue, directeur général délégué de l’institut Ipsos, y décrypte un phénomène qu’il identifie sous le sigle « PRAF »,

pour « plus rien à foutre » : la distance qui s’est installée entre les citoyens et leurs représentants politiques. Un processus « souvent silencieux et presque invisible », mais extrêmement dangereux à ses yeux car il risque de déboucher sur une « rupture définitive ».

Le prix des députés a été attribué à Magyd Cherfi, l’ex-chanteur du groupe Zebda, pour son livre Ma part de Gaulois (Actes Sud). La journaliste MarieFrance Etchegoin se voit récompensée du prix des étudiants du livre politique – France Culture pour son ouvrage Marseille, le

roman vrai (Stock), consacré à l’emprise du trafic de drogue sur la cité phocéenne. Enfin le prix des étudiants de la BD politique – France Culture a été remis à Benjamin Stora et Sébastien Vassant pour leur Histoire dessinée de la guerre d’Algérie (Seuil). g

Plus rien à faire, plus rien à foutre La Vraie Crise de la démocratie robert laffont, 197 p., 18 €.


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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

Actualité Politique Patrick Kanner

« Voter Macron n’est pas exclu » d’abord concentré sur l’accord avec Yannick Jadot, alors qu’il fallait, selon moi, avant tout rassembler sa famille. Je veux m’engager à ses côtés, mais je demande à être convaincu.

Interview Alerte Le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports s’interroge sur «  la capacité de rassembler » de Benoît Hamon. « Le compte n’y est pas », assure-t-il Quel regard portez-vous sur la campagne de Benoît Hamon? C’est ma huitième présidentielle, et c’est la première fois que j’ai du mal à me mettre en route. Je viens de lire le deuxième tract de Benoît Hamon : pas un mot sur l’action du gouvernement. Il considère qu’il progressera à gauche en passant le bilan par pertes et profits. Ce n’est pas ma conception.

Hamon devrait défendre davantage ce bilan ? Quand j’entends Benoît dire que nous avons manqué notre rendezvous avec les quartiers populaires, je suis heurté. C’est faux, et je crains qu’avec de tels propos, nous manquions notre rendez-vous avec le pays. J’ai 42 ans de parti derrière moi, je suis un socialiste légitimiste. Benoît est notre candidat, qu’il n’y ait pas de malentendu. J’ai envie que Benoît nous donne envie. Mais aujourd’hui, le compte n’y est pas.

Patrick Kanner en novembre 2016. Arleta CHOJNACKA/maxppp

Qu’est-ce qui ne vous convient pas ? Sur le fond, j’ai des réserves, mais il a gagné sur un programme, je le respecte. Hamon a été un bon candidat à la primaire, puisqu’il a gagné. Mais ce n’est plus la question. À l’heure actuelle, l’enjeu est de se qualifier pour le second tour et de battre Marine Le Pen. Que doit-il faire ? J’ai besoin aujourd’hui de signes d’ouverture. Les radicaux, les écologistes réformistes et beaucoup de socialistes n’ont pas été mis dans la boucle. Benoît s’est

L’accord avec Jadot vous gêne-t-il ? Il me pose problème. Remettre en cause le Lyon-Turin ou NotreDame-des-Landes, ce n’est pas une bonne idée. Intégrer dans l’accord la fin de l’état d’urgence, soumettre la sécurité des Français à un deal électoral, c’est une ineptie. Alors qu’ils bénéficieront de 43 circon­scriptions réservées, il est anormal que les Verts soient autorisés à se présenter partout, y compris contre Myriam El Khomri : le soutien de Cécile Duflot à Caroline De Haas dans la sixième circonscription de Paris est une pure provocation. Je demande à Benoît d’arrêter cela car ce n’est pas acceptable. C’est un ultimatum ? C’est un appel à Benoît pour qu’il rassemble sa famille. On a besoin de preuves d’amour. Et s’il n’en donne pas ? S’il était aujourd’hui à 20 ou 21 % dans les sondages, je lui dirais : « Chapeau l’artiste ! » Mais là, nous sommes sur un faux plat qui dure. Je vois mes collègues ministres qui s’interrogent alors que nous sommes en permanence sur le terrain. Or c’est une course contre la montre : tout va se jouer dans

les quinze jours. La vraie question, c’est : Benoît est-il en capacité de rassembler ? Mais ne vous étiez-vous pas engagé à soutenir le vainqueur de la primaire ? Vous n’avez pas devant vous un frondeur qui signe une motion de censure, mais un grondeur, qui est inquiet et qui pense qu’à l’heure où nous parlons, toutes les conditions ne sont pas réunies pour que Benoît Hamon soit au second tour. Il est trop tôt pour parler de vote utile, et j’espère que les choses se remettront dans le bon sens. Il y a un risque de chaos démocratique, avec une extrême droite aux portes du pouvoir et une droite en pleine déroute morale. Appeler à manifester contre la justice me glace et rappelle les ligues de 1934. Nous devons élever le débat. Et si les choses ne se remettent pas « dans le bon sens », appellerez-vous à voter Macron? C’est une hypothèse. Ce n’est pas d’actualité, mais ce n’est pas exclu. Si cette décision doit être prise, elle devra l’être de manière collective… Craignez-vous une migration massive des élus PS vers Macron ? Aujourd’hui, la masse des étourneaux est sur l’arbre. Gare à ne pas les laisser s’envoler. Il est urgent que Benoît leur adresse un message. g DAVID REVAULT D’ALLONNES

@davidrevdal

LES INVITÉS POLITIQUES DU DIMANCHE >>Dimítris

Avramópoulos (commissaire grec en charge des politiques migratoires pour l’UE) : Café Europe, France Inter, à 7 h 17.

>>Nicolas Bay (FN) :

L’Interview politique du 6/9 du week-end, France Inter, à 8 h 20.

>>Corinne Lepage

(LRC-Cap21) : C’est arrivé demain, Europe 1, à 9 h 15.

en politique IDF, France 3 Île de France, à 11 h 25.

>>Jean-Christophe

>>Benoît Hamon

Lagarde (UDI) : Le Grand RendezVous, Europe 1/Les Échos/CNews, à 10 h.

>>Marielle de Sarnez

(MoDem) : Dimanche

Parisien Aujourd’hui en France/RMC, à 12 h et 13 h.

>>Corinne Lepage

(PS) : Punchline, C8, à 11 h 45.

(LRC-Cap21) : Le Brunch politique, Sud Radio, à 12 h.

>>Marine Le Pen

>>Édouard Philippe

(FN), Christian Estrosi (LR) : BFM Politique, BFMTV/Le

(LR) : Questions politiques, France Inter, franceinfo/Le

Monde, à 12 h.

>>Jean-Luc

Mélenchon (PG) : Dimanche en politique, France 3, à 12 h 10.

>>Mgr Pascal

Gollnisch (directeur général de l’Œuvre d’orient) : Internationales, TV5 Monde/RFI, à 12 h 10.

>>Gérard Collomb

(PS) : Le Grand Jury, RTL/Le Figaro/LCI, à 12 h 30.

>>Jean-Christophe Cambadélis (PS) : Forum, RadioJ, à 14 h 20.

>>Julien Dray (PS) : BFM Politique, BFMTV/Le Parisien

Aujourd’hui en France/RMC, à 19 h.

>>Benoît Hamon

(PS) : Stade Bleu Présidentiel, France Bleu, à 19 h.

>>Édouard Martin

(PS), JeanChristophe Lagarde (UDI) : C Polémique, France 5, à 19 h 45.

Hollande invite les ministres à rester groupés Consigne Le chef de l’État convoque l’ensemble du gouvernement mercredi pour un message de cohésion C’est bien le signe que l’heure est grave : François Hollande convoque, mercredi 8 mars, un conseil des ministres dit « pleinier », c’est-à-dire intégrant les secrétaires d’État. « Le Président ne l’avait pas fait depuis plusieurs mois, souligne-t-on à l’Élysée. Il pense que l’on est dans une période politiquement importante, à cinquante jours de l’élection, et qu’il y a du trouble dans le pays. » Une nouvelle occasion de faire passer à son équipe un message de cohésion. Trois déplacements par semaine Alors que les ministres oscillent encore entre Benoît Hamon et Emmanuel Macron, certains ayant rejoint le premier et d’autres attendant avant de se prononcer pour le second, le chef de l’État incitera les membres de l’exécutif à rester groupés. « Plus que jamais, le devoir du gouvernement est de rester cohérent, solidaire et uni, rappelle-til en substance. Les Français ont besoin de points de repère dans ce paysage politique totalement déstructuré. » François Hollande, qui n’est pas candidat, entend continuer à faire trois déplacements par semaine d’ici au scrutin. Lundi, il visitera une entreprise à Paris, mardi à Vitry-le-François (Marne), puis se rendra samedi à Aubervilliers (93) et Saint-Denis (93). La semaine suivante, il ira dans la région Centre, dans le Var puis peut-être en Isère. Essentiellement pour « mettre en garde par rapport au danger populiste », explique un conseiller. Il l’a indiqué à des proches cette semaine : « Ce qu’il faut faire comprendre aux gens, c’est que ceux qui pensent être protégés par l’extrême droite en seront les premières victimes : les agriculteurs si la France ne bénéficie plus de la PAC, les ouvriers des entreprises exportatrices si les frontières sont fermées, certains fonctionnaires si les niveaux des collectivités sont baissés, et le pouvoir d’achat des Français si nous sortons de la zone euro. » g D.R.A.


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le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

Actualité International Crise Tourisme

l’ancienne ambassade d’Irak pourrait bien illustrer cette success story. « Sans la révolution, insite Houssem Aoudi, l’un des deux fondateurs, une telle structure de coworking n’aurait pu voir le jour. D’ailleurs au début, il y avait des policiers devant la porte qui étaient clairement là pour nous surveiller. » Depuis, tout le monde est passé par cet espace de travail partagé. La jeune secrétaire d’État à l’entrepreunariat du parti ­Ennahdha, Sayida Ounissi, a appris sa nomination dans ces mêmes locaux. La nouvelle Tunisie se veut inclusive. Abdessatar Ben Moussa, ex-bâtonnier et co-Prix Nobel de la paix 2015, ne ménage pas son temps de retraité. « Les élections de 2014 n’ont pas donné de majorité, alors la gouvernance est compliquée tout comme l’application des lois. »

en berne, corruption, lenteur des réformes… Six ans après la révolution, le pays peine à redécoller

Espoir La jeune génération ne désarme pas, persuadée que l’avenir n’est peut-être pas si sombre Envoyée spéciale

’héroïsme au quotidien. Celui de ces femmes et de ces hommes qui tendent vers un avenir à écrire. Des Tunisiens repus de cette révolution, tantôt inquiets, tantôt optimistes, et qui la revendiquent pour mieux la repousser ou au contraire la chérir. Grand corps fragile, la Tunisie résiste, digne et fière. Elle veut être l’exception, l’incarnation de « ce laboratoire grandeur nature d’une démocratie dans la région ». Parce que le monde a besoin de cette réussite. Oui, sur le papier, nombre d’indicateurs sont au rouge. « Nous sommes dans une phase critique de notre histoire. Cette année 2017 sera vitale, souligne Ghazi Boulila, 59 ans, économiste et ex-membre de la Banque centrale. Soit ça passe, soit ça casse. Sinon, on prendra le chemin de la Grèce. » Personne, ici, ne se voile la face. Le taux de croissance était en dessous de 1 % en 2016, alors qu’en 2010, il était entre 4 et 5 %. La dette publique a dépassé les 60 % en 2016 et devrait franchir les 70 % cette année. Le taux de change du dinar a chuté de 25 %. « On ne crée plus de richesses, poursuit Ghazi Boulila. Et si dans le pire des scénarios, on rééchelonne notre dette, ce sera le premier signe d’un État en faillite. » Vertigineux. « Se donner les moyens de devenir une success story » Se rendre à Sousse, à une heure et demie de Tunis, c’est toucher du doigt la fameuse crise tunisienne. Oui, le front de mer est sinistré, tous les hôtels ont fermé, les façades se lézardent, le bleu des volets est écaillé. Les magasins du centreville n’ont guère meilleure allure. Le petit bazar affiche crânement des marchandises que seuls désormais les Tunisiens achètent. « Les Européens ne viennent plus, s’énervent les commerçants, on vend juste de quoi manger. » Il faut s’éloigner du centre, repérer les gros complexes hôte-

Sophia BARAKET/ABACA pour le JDD

L

La ville de Sousse, son front de mer et ses boutiques de souvenirs restent encore désertés par les touristes.

La Tunisie veut sa place au soleil liers aux multiples étoiles, passer les barrières sécurisées, et les voilà ces quelques touristes. L’an passé, ce sont les Russes et les Algériens qui ont sauvé le complexe El Mouradi ; 1.050 chambres, toutes occupées. Il y a des fidèles comme les Chinois ou les Canadiens qui ont continué de venir. Ceux-là, on les bichonne. Najeh Zahoui, responsable de l’accueil, 45 ans dont vingt-deux de présence au comptoir, va même parfois les chercher à l’aéroport. Elle les connaît tous par leur prénom, comme Marcel Brouillette, de Montréal, 87 ans, bon pied, bon œil et qui était présent sur la plage le jour de l’attentat, en juin 2015. Le groupe El Mouradi concède une absence de visibilité sur la saison prochaine et dit avoir fermé trois des cinq établissements de Sousse cet hiver au lieu de deux habituellement. Des hommes et des femmes de bonne volonté, de tous bords politiques, embarqués dans cette aventure sans script préalable et

Taux de croissance en 2016 en-dessous de

1 % qui tentent de garder un cap aux contours incertains. Il y a ceux qui sont restés et ceux qui sont revenus. Slim Chaker, conseiller économique et politique auprès du président de la République tunisienne, en est le parfait exemple. Cet ingénieur de formation a choisi de rentrer de Jordanie. « J’ai divisé mon salaire par dix. Un de mes grands-pères est mort pour l’indépendance, après avoir reçu 43 balles dans le corps, alors qu’il était en résidence surveillée. J’avais une dette morale. »

Impeccable d’élégance, il égraine sans pitié les mauvais résultats. « Il y a 240.000 diplômés au chômage, la jeunesse est la première victime de la situation. Avant 2011, 11 millions de Français passaient leurs vacances chez nous. Aujourd’hui, ils sont moins de 400.000. Nous sommes à un tournant de notre histoire. Il faut se donner les moyens de devenir une success story. » Yassine Brahim, président du parti Afek Tounes et étoile montante du paysage politique national, ne dit pas autre chose. Diplômé de Centrale à Paris, élu député en 2014, il n’a qu’une conviction : « Si on ne fait rien, on sera responsables, c’est la raison pour laquelle je suis rentré. » Parce que la crise tunisienne, réelle, relève aussi d’un ressenti générationnel. Force est de constater que les plus jeunes regardent au-delà de la ligne d’horizon. Onze millions d’habitants et cinq millions d’entre eux branchés sur Facebook. La start-up Cogite qui a pris ses nouveaux quartiers dans

La lutte contre la corruption : une priorité nationale Pour y arriver, il faut se débarrasser des scories du passé. La plus emblématique : la corruption, ce « fléau tunisien ». Chawki Tabib, 52 ans, est à la tête de l’Autorité anti-corruption. Un poste à très hauts risques. Il vit sous protection rapprochée. « C’était l’un des signaux post-révolutionnaires les plus puissants, les plus réclamés par les gens, et qui est passé aux oubliettes », raconte, placide, cet homme rond et sympathique. L’ancienne équipe avait deux enquêteurs mais il y a eu un sursaut et maintenant la lutte contre la corruption est devenue une priorité nationale. « En 2015, on avait 25 dossiers à traiter. Un an plus tard, on est passé à 600, on a multiplié le budget par sept (800.000 € au lieu de 120.000). Il s’agit de démanteler un système mais surtout un sentiment d’impunité. » Exemple de ce douanier, devenu milliardaire, arrêté récemment. Pendant quatre ans, il a racketté les gens à raison de 3.000 dinars (1.240 euros) par mois. « Il s’est fait piéger à cause de son répertoire téléphonique. C’est ce sentiment d’impunité qui l’a perdu. » Autre frein selon certains au développement post-révolutionnaire du pays : le pouvoir syndical. Néji Jalloul, ministre de l’Éducation, présente sa réforme la semaine prochaine, qui prévoit une refonte en profondeur du système actuel. Il a le soutien de l’ONU et l’intérêt des bailleurs de fonds. « Les syndicats de gauche sont encore plus virulents que ceux du parti ­Ennahdha [le parti islamo-conservateur], s’insurge-t-il. J’ai déjà connu deux remaniements ministériels, ma tête est sur le billot, mais il faut essayer. » Mais revenons au centre de Sousse. Un jeune homme torse nu se tient sur un balcon. Sa copine le tient enlacé par la taille. Impensable, il y a peu. C’est aussi ça la révolution tunisienne, une liberté individuelle naissante. Et qui n’a pas le goût de la crise. g Tunis, Sousse (Tunisie) KAREN LAJON @karenlajon


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Actualités Autour du monde Donald Trump sonne la charge contre Obama Le président américain, via Twitter, a accusé hier son prédécesseur de l’avoir mis sur écoute. Une diversion alors que son ministre de la Justice, Jeff Sessions, est à son tour accusé de collusion avec les Russes ?

Lundi, à la Maison-Blanche. KEVIN LAMARQUE/REUTERS

leader de la semaine

Une série de tweets rageurs envoyés au petit matin. Depuis le 21 janvier, Donald Trump nous avait habitués à l’exercice. Mais les messages que le président américain a postés hier ont été d’une violence inattendue. Il y accuse Barack Obama de l’avoir mis sur écoute juste avant sa victoire à l’élection de novembre. « C’est du maccarthysme ! », s’est insurgé le républicain. Avant de qualifier son prédécesseur à la MaisonBlanche de « type malfaisant

(ou malade). » Ce dernier a répliqué via son porte-parole assurant qu’il n’avait jamais ordonné la surveillance d’un citoyen américain. Cette contre-offensive de Trump sera-t-elle suffisante pour faire diversion, alors qu’une partie de son administration est accusée d’avoir entretenu des contacts avec des officiels russes pendant et après la campagne électorale ? Entre deux tweets sur Obama, Trump a d’ailleurs dans un autre message essayé

de dédouaner son ministre de la Justice, Jeff Sessions, qui a omis lors de son audition devant le Sénat de mentionner des rencontres avec l’ambassadeur russe, Sergueï Kisliak. Le 13 février, le conseiller à la Sécurité nationale, Michael Flynn avait déjà été contraint à la démission. Lui aussi avait rencontré Sergueï Kisliak à la Trump Tower et eu plusieurs conversations téléphoniques après les sanctions prises contre la Russie par l’administration Obama

fin décembre. Selon le New York Times, d’autres proches, dont Jason Greenblatt, avocat aujourd’hui chargé des relations internationales à la Maison-Blanche, ou J. D. Gordon, un ancien du Pentagone, auraient eux aussi été en relation avec des représentants de Moscou. Un Russiagate qui, s’il était confirmé et venait à s’étendre, plomberait immanquablement le début de mandat de Donald Trump. g Antoine Malo

@AntoineMalo2

MALAISIE

Quarantehuit heures. C’est le délai que Kuala

Signe positif

Lumpur a donné hier à l’ambassadeur de Corée du Nord pour quitter le pays. La tension ne cesse de monter entre les deux pays depuis l’empoisonnement en Malaisie, le 13 février, du demifrère de Kim Jong-un, le leader nordcoréen. Le régime de Pyongyang, qui pourrait avoir commandité l’assassinat, dénonce des irrégularités dans l’enquête de la police malaisienne et réclame la restitution du corps.

Le pape électrique Depuis qu’il a publié, en juin 2015, son encyclique Laudato si’ sur l’environnement, le pape François n’a plus à faire la preuve de son engagement au service de la défense de la planète. Mais le 27 février, il a joint le geste à la parole. On a ainsi pu voir le souverain pontife, visiblement ravi, photographié à bord d’une voiture électrique qui lui a été offerte par le fonds d’investissement allemand Wermuth, très engagé dans le financement de la transition énergétique. François entend, à la mesure de son micro-pays, donner l’exemple. Si de plus en plus de chefs d’État se sont dotés de véhicules officiels hybrides, comme en France, le premier responsable de gouvernement à utiliser une auto 100 % électrique fut le Portugais José Socrates en 2011.

Grande-Bretagne

Plusieurs milliers de personnes ont protesté hier à

Londres pour défendre le système de santé publique britannique. Les manifestants ont défilé jusqu’au Parlement derrière une banderole frappée du message : « Notre NHS. Pas de coupes budgétaires, pas de fermetures, pas de privatisation ». Le National Health Service, cinquième employeur mondial avec 1,5 million de salariés, est en proie à une crise inédite, due notamment à la politique d’austérité menée par le gouvernement. NEIL HALL/REUTERS

Niger

Droits de l’homme

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Tchad Bangladesh Inde Brésil Yémen

C’est le nombre de personnes condamnées à mort pour « terrorisme » et pour des « crimes horribles dont des viols » qui ont été pendues hier matin en Jordanie. Une exécution de masse qualifiée de « grand pas en arrière » par Amnesty International.

Irak Égypte

LIBYE Des combattants

islamistes se sont emparés hier du stratégique site pétrolier de Ras Lanouf, dans l’est du pays. Jusqu’alors cette zone était aux mains des combattants du controversé général Khalifa Haftar, devenu l’homme fort de la partie orientale de la Libye. Les affrontements se sont poursuivis jusqu’à hier soir, l’aviation de Haftar bombardant les brigades de défense de Benghazi, qui rassemblent plusieurs groupes, dont certains radicaux.

78% Le fléau des 68% mariages précoces Chaque jour, plus de 39.000 jeunes 52% femmes de moins de 18 ans sont mariées, le plus souvent par 47% arrangement entre familles. À la veille de la Journée internationale des 36% droits des femmes, l’ONG Vision du monde rend publiques les statistiques 32% des pays les plus touchés par ces traditions qui portent atteinte au droit 24% des adolescentes à une éducation complète pour pouvoir s’émanciper. 17% Comme le montrent ces chiffres, ce phénomène ne se limite pas 16% aux pays musulmans d’Afrique.

Maroc Pourcentage de jeunes filles mariées avant 18 ans

Sources : Unicef, Pnud

Union européenne : à quoi va vraiment servir le sommet de Versailles ? analyse À moins de trois semaines du 60e anniversaire du traité de Rome, François Hollande, Angela Merkel, Mariano Rajoy et Paolo Gentolini ont intérêt à faire front commun demain au sommet organisé à Versailles pour sauver ce qu’il reste du projet européen. Après le Brexit et l’élection de Donald Trump, la popularité de l’Union européenne et de l’euro sont repartis à la hausse au sein des Vingt-Sept, mais davantage en Allemagne qu’en France et en

Italie, trois pays qui vont affronter des scrutins majeurs d’ici à la fin de l’année. Avec un sentiment d’urgence face à la montée des souverainismes et des populismes, l’idée de ce sommet est bien de « relancer » l’Europe. Certes, mais avec quelle ambition et dans quel délai ? Un compromis autour des « coopérations renforcées » Le « papier blanc » du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, sur ce sujet brûlant, remis aux dirigeants européens cette se-

maine, évoque cinq scénarios qui vont du statu quo à une Europe à deux vitesses dont les meilleurs élèves maintiendraient un projet de plus forte intégration (formule choisie pour éviter de parler de fédéralisme). « Cet exercice de prospective qui ne lui était pas imposé », dit-on à l’Élysée, est une des bases de la discussion du dîner de Versailles demain. Mais pas la seule. On le devine dans les propos de l’entourage de François Hollande : brusquer les choses pourrait avoir un effet contre-productif. Mais

trouver un compromis autour du concept de « coopérations renforcées » domaine par domaine risque d’être trop fade pour mobiliser des opinions publiques qui attentent surtout des avancées sur les dossiers du chômage et de l’immigration. Le calendrier du projet de relance évoqué par Jean-Claude Juncker fixe un horizon de mutation en 2019. L’UE pourra-t-elle attendre jusque-là ? « Il faut aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort », tempête Guillaume Klossa,

fondateur du think tank EuropaNova, dont l’appel à une relance de l’Europe citoyenne avait été soutenu par François Hollande au printemps 2016. « Ce n’est pas de plus d’Europe dont nous avons besoin mais de mieux d’Europe », ajoute-t-il. Un slogan que ne renierait pas Emmanuel Macron, le seul candidat à la présidentielle en France dont les supporters osent venir à ses meetings avec des drapeaux européens. g François Clemenceau

@frclemenceau


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le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

Actualité International L’Irlande du Nord dans l’impasse

Vendredi, le président chinois Xi Jinping à l’ouverture de la conférence consultative du peuple chinois à Pékin. GREG BAKER/AFP

Xi Jinping verrouille son trône CHINE Le Parlement, qui a démarré sa session annuelle vendredi, n’a jamais été aussi faible face à un président devenu omnipotent Ils ne forment plus qu’un seul bloc. Les 3.000 représentants du peuple qui sont rassemblés depuis vendredi pour une dizaine de jours à Pékin sont unis comme un seul homme derrière leur président, Xi Jinping, plus puissant que jamais. Ce dernier s’est même permis d’annoncer le programme des réformes économiques à venir à la place de son Premier ministre, Li Keqiang, dont les observateurs estiment qu’il est le plus faible qu’ait jamais connu le pays depuis des décennies. Elle est révolue l’époque où il fallait deviner l’influence de tel ou tel clan au sein du Parti communiste chinois en fonction des seules abstentions de certains de ses affidés au sein de l’Assemblée populaire nationale. Après cinq années passées à tête du pays, la vraie question du XIXe Congrès du Parti qui aura lieu à l’automne n’est plus de savoir qui succédera à Xi Jinping en 2022. Mais plutôt de savoir s’il osera s’imposer pour un troisième mandat, ce qui serait du jamais-vu depuis la mort de Mao Zedong en 1976. Statutairement pourtant, la règle veut que le mandat présidentiel ne soit renouvelé qu’une fois. Ce fut le cas pour Hu Jintao et Jiang Zemin. D’autant que depuis 1989 les pouvoirs se sont accumulés entre les mains présidentielles avec les fonctions de secrétaire général du Parti et de président de la Commission militaire. « Même la notion de direction collégiale n’est plus mentionnée clairement dans les discours officiels », signale au JDD François Godement, sinologue et directeur stratégique de l’Asia Centre. « Il a aussi cassé les résistances au sein de l’armée, marginalisé ses prédécesseurs qui avaient le rôle de sages tout en reprenant la main sur le groupe dirigeant central sur la finance et les affaires économiques. » Pour mieux verrouiller encore le système, Xi continue de se débarrasser de tout opposant potentiel. La chasse à la corruption qu’il vient de mener ces dernières ­années n’a jamais autant envoyé de cadres dirigeants en prison depuis la Révolution culturelle. Comme le révèle cette semaine une étude remarquablement documentée du chercheur Alex Payette publiée par le site Asialyst, Xi Jinping cherche également à prolonger ses tenta-

ÉLECTIONS C’était un scrutin censé clarifier le jeu politique en Irlande du Nord. Il n’a fait que brouiller un peu plus les cartes. Les résultats des élections régionales organisées cette semaine donnent une égalité quasi parfaite entre les unionistes du DUP (28 sièges sur les 90 que compte de l’Assemblée régionale) et les nationalistes du Sinn Féin, partisans d’un rattachement avec l’Eire (27 sièges). Une véritable claque pour le parti protestant allié de Londres, qui perd 10 sièges par rapport au vote de mai 2016 et qui voient leur allié du UUP s’effondrer ! La formation d’un nouveau gouvernement n’en est rendue que plus complexe. Les deux partis majoritaires doivent, conformément à l’accord du Vendredi Saint ayant,

en 1998, mis un terme au conflit qui a fait 3.000 morts en trente ans, se partager le pouvoir. Ils auront, à partir de demain, trois semaines pour le faire. Sauf que les catholiques du Sinn Féin ont déjà prévenu : pas question que la Première ministre, Arlene Foster, qu’ils accusent de malversations, rempile pour un nouveau mandat. Bien qu’affaiblie par les résultats d’hier matin, cette dernière n’a pourtant donné aucun signe de renoncement. Sous la tutelle de Londres ? L’Ulster se dirige donc vers une impasse et ne dispose que de deux (mauvaises) solutions pour la contourner. Soit l’organisation d’un nouveau scrutin, mais il n’est pas sûr que les Nord-Irlandais, qui

cules par le contrôle des provinces et des grandes municipalités. « Le président chinois peut compter plus de 20 gouverneurs de régions autonomes dans ses rangs », certifie l’expert, carte et noms à l’appui. Ce rapport de forces en dehors de Pékin est essentiel. « Les grandes provinces sont devenues des États dans l’État », décrypte le vétéran des études chinoises Jean-Luc Domenach. Xi tient donc à ­cadenasser Pékin, mais aussi Shanghai, Chongqing et Tianjin pour qu’elles lui fassent allégeance. Le président chinois va donc essayer de promouvoir ses protégés au sein du comité exécutif du bureau politique du Parti lors du Congrès. Cinq sièges sur sept sont à pourvoir et il est probable que le futur successeur de Xi, dans cinq ans ou plus tard, fasse partie de ces cinq-là. Xi Jinping va-t-il essayer de faire venir auprès de lui le patron du Parti pour la province du Guangdong ?

« La notion de direction collégiale n’est plus mentionnée clairement dans les discours officiels » François Godement, sinologue et directeur stratégique de l’Asia Centre

La région de Canton, avec sa mégapole du delta de la rivière des Perles, est l’une des plus peuplées et plus prospères du pays et le nom de Hu Chunhua, 53 ans, circule avec insistance. Tout comme celui de Ma Xingrui, le gouverneur de Guangdong et ancien patron de la Nasa chinoise. « Mais Xi pourrait avoir besoin aussi du patron de la province du Fujian, qui fait face à Taïwan, note Philippe Le Corre, spécialiste de la Chine à la Brookings Institution. Auquel cas le message envoyé serait plus nationaliste : il s’agira de prouver que la Chine n’a aucune intention d’imiter le moindre modèle extérieur et d’inviter l’Amérique de Donald Trump à quitter l’Asie. » En annonçant hier une spectaculaire augmentation du budget de la Défense de 7 % pour 2017, Pékin ne semble pas dire autre chose. g FRANÇOIS CLEMENCEAU

@Frclemenceau

Valparaíso

Montevideo Santiago Buenos Aires Punta del Este

Puerto Montt Puerto Madryn Fjords chiliens

Détroit de Magellan

Punta Arenas Ushuaia Cap Horn (navigation)

ont déjà voté trois fois en moins d’un an (deux élections régionales et le référendum sur le Brexit), en veuillent. Soit la province, le temps qu’un accord soit trouvé, est gérée directement par Londres. Comme aux temps sombres des Troubles ! Cette perspective est d’autant plus inquiétante que le contexte politique et économique s’est tendu depuis le Brexit. Le Sinn Féin a fait campagne pour le maintien dans l’UE et fait du possible retour à une frontière visible avec la République d’Irlande voisine un casus belli. Le choix d’un Brexit dur fait par Theresa May, la Première ministre britannique, rend cette hypothèse crédible. Ce serait alors la fragile paix nord-irlandaise qui pourrait être menacée. g A.M


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Actualité Société

Orvault : macabre jeu de piste SECRETs Les indices

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C’est la famille bretonne qui a donné l’alerte. Et c’est vers son berceau du Finistère que mènent les cailloux de ce cruel Petit Poucet. La mère de Brigitte Troadec, Denise, et ses deux sœurs, Martine et Hélène, habitent près les unes des autres, entre Landerneau et Pencran. À dix minutes de route de la colline. Jeudi, à 500 m du pantalon de Charlotte, les gendarmes ont trouvé deux livres type « Mickey », dont l’un porte cette étiquette : « Pascal Troadec, 4e F ». Cet indice, qui renvoie à l’adolescence du père, collégien à Brest, a-t-il été semé par la même personne, par un tiers ? Il suggère que le ou les auteurs connaissent les racines familiales. Et qu’ils suivent un plan. Sur le pas de sa porte, mercredi, Martine, la sœur de Brigitte, a les yeux rougis par les larmes. « C’est difficile. On doit attendre, laisser les

Brest Le tour des dÉcouvertes 260 kilomètres séparent SaintNazaire, où a été retrouvée la voiture, et Dirinon, où ont été retrouvés des effets personnels. B

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’est une petite route en bordure de forêt, au sommet de la colline surplombant Daoulas (Finistère) et son abbaye. À la nuit, les vallons se nimbent de brume. L’air est lourd. Et pour les enquêteurs le brouillard s’épaissit. C’est là, sur un bas-côté près d’un calvaire, à Coat-Mez, qu’un jean gris a été retrouvé mercredi par une joggeuse. Dans la poche une carte bancaire, une carte Vitale et une carte de fidélité au nom de Charlotte Troadec. « Comme s’il avait été jeté d’une voiture, sans volonté de le dissimuler. Au contraire », relève un gendarme. Charlotte, 18 ans, est la fille de Pascal et Brigitte Troadec, 49 ans ; la sœur de Sébastien, 21 ans. Une famille sans histoire devenue « les disparus d’Orvault ». Aucun d’eux n’a donné signe de vie depuis qu’une scène d’une violence apparemment terrible s’est déroulée dans leur pavillon en banlieue de Nantes la nuit du 16 au 17 février. À 280 km de la colline, le sang a coulé « en quantité importante », selon le procureur de Nantes, Pierre Sennès, qui a ouvert une information judiciaire pour homicides volontaires, enlèvements et séquestrations. Une centaine d’enquêteurs de Rennes et de Nantes, appuyés par la DCPJ, la police technique et scientifique et des experts en cybercriminalité sont mobilisés. Sans compter les hélicos, des dizaines de gendarmes et de plongeurs qui ont exploré étangs et talus sur 10 km2 jusqu’à l’arrêt des recherches à Dirinon, vendredi soir. Un travail « monumental » pour une affaire « hors norme ». Car depuis quinze jours, le ou les auteurs font preuve de sang-froid. Les enquêteurs craignent un jeu de piste macabre destiné à les « balader ». « À chaque élément, des pistes s’ouvrent, de nouvelles hypothèses s’additionnent », répète le procureur. Une ou plusieurs victimes sont peut-être encore en vie. Il ne ferme aucune porte : drame familial, intervention d’un ou plusieurs tiers. Durant la nuit du 16 au 17 février, le pavillon de la rue d’Auteuil, à Orvault, où les quatre Troadec sont réunis pour les vacances, est

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Envoyée spéciale

La famille troadec De gauche à droite : Pascal et Brigitte, 49 ans, Charlotte, 18 ans, et Sébastien, 21 ans. POLICE JUDICIAIRE/AFP

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retrouvés suggèrent que le ou les auteurs connaissent les racines familiales et suivent un plan

Une semaine d’enquête

Moluques

au « Petit Poucet » avec les enquêteurs, du Finistère à la LoireAtlantique ? Le mystère de la disparition des Traodec reste entier

le théâtre d’une « scène de crime ». Trois d’entre eux, gravement blessés, ont circulé dans la maison. Surtout le père et la mère, dont le sang s’est répandu à l’étage, dans l’escalier, au rez-de-chaussée et dans le garage. Celui de Sébastien se concentre dans sa chambre et sur son téléphone, imbibé. Aucune trace du sang de Charlotte. Un à un, leurs téléphones s’éteignent, celui du fils en dernier, à 3 h 12. Suivent sept jours mystérieux avant que, dans la nuit du 23 au 24 février, les policiers entrent dans le pavillon et constatent la disparition. Le temps de mettre en place un tableau énigmatique, entre amateurisme apparent et maîtrise : pas d’arme retrouvée, une maison avec un frigo plein et de la vaisselle sale, mais où les traces de sang ont été lavées et les draps ôtés de matelas intacts. Le matériel informatique a disparu. Des brosses à dents aussi – dans l’espoir de retarder l’analyse ADN ? Des draps sèchent. Du linge humide repose dans la machine. Comme si le nettoyage avait été interrompu. La Peugeot 308 grise de Sébastien, garée devant la maison d’Orvault, n’y est plus « le vendredi 24 février au matin », selon le procureur. Qui l’a déplacée et quand ? Tout s’est-il joué en quelques heures autour de la venue des premiers policiers ? Le conducteur a-t-il filé directement vers SaintNazaire, où des voisins repèrent la voiture sur un parking le 2 mars, ou a-t-il circulé ailleurs ? Ces heures ont en tout cas été mises à profit : la Peugeot, où manque un tapis de sol, a été nettoyée à fond. Du sang, il y en a « peut-être, certainement », selon le procureur. Des analyses sont en cours.

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La scène de crime La famille Troadec habitait ce pavillon d’un étage, à Orvault (Loire-Atlantique), en banlieue nantaise, depuis une dizaine d’années.

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La voiture du fils La Peugeot 308 de Sébastien a été retrouvée le 2 mars à Saint-Nazaire. Des analyses sont en cours pour « faire parler » le véhicule. STEPHANE MAHE/REUTERS

Indices en forêt Suite à la découverte du pantalon de Charlotte mercredi 1er mars, les recherches se sont étendues sur 10 km2 dans le secteur de Dirinon (Finistère). PRIGENT/PHOTOPQR/MAXPPP

Sondages en eaux troubles Dans ce même périmètre, plusieurs étangs et trous d’eau ont été explorés ces derniers jours. En vain... FRED TANNEAU/AFP

enquêteurs travailler. » Elle a lancé l’alerte le 23 février avec Hélène. À 280 km de distance, les deux sœurs ont souvent Brigitte au téléphone tout comme Denise, leur mère, qui

lui a parlé quinze jours auparavant. « Rien ne laissait penser à un problème », assure-t-elle à sa fenêtre. Un enlèvement ? Elle secoue la tête. Qui en voudrait à Brigitte

ou aux « gamins » qui venaient à Landerneau en vacances, encore à Noël ? Brigitte cherchait un stage pour sa fille. Hélène songe à une « séquestration ». Les enquêteurs, eux, n’écartent pas l’hypothèse du drame familial. La vie des Troadec dissimule-t-elle un secret ? Le fils, la fille, le père… Comme une boussole affolée, les soupçons ont oscillé au fil des jours. Vers Sébastien d’abord. Introverti, il est décrit comme un geek sympa par ses copains du BTS en systèmes numériques à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée). Sur les réseaux, « Sébi » avait confié son mal-être : « Vivement ma mort, la vie me saoule. » « Si ont savait ce qui se passer réellement dans ma tête ont me prendrer pour un fou sans morale. » (sic). Il disait sa « rancœur » envers son père. Ces messages datent de 2012 à 2014, une éternité dans une vie d’ado. Des conflits banals, objectent ses proches. Ses amis du Net, avec qui Seb discute « des heures » via Discord, Skype ou jeuxvideos.com, louent « un ami en or, très touchant par sa gentillesse, son attention », témoigne Juliette. À 23 h 28 le soir du drame, il écrit à Alexandra : « Ca t’es déjà arrivé d’en avoir marre de plein de choses mais genre d’un coup ? Moi je crois que ça m’arrive là. » Vers minuit, un échange plus léger. Puis le silence.

« Ne laisse jamais les ombres d’hier obscurcir la lumière de demain... » 

Charlotte, la fille, sur Facebook

Le profil de Charlotte, la fille de 18 ans, en BTS sanitaire et social à Fontenay-le-Comte (Vendée), intrigue aussi. Elle est perçue comme une ado réservée « qui se cherche ». Un mal-être partagé avec son frère. Dans le cas d’une dispute familiale, se seraient-ils alliés ? Une amie, entendue par la police, a confié à LCI : « Nous ne sommes que trois à savoir, pour Charlotte. À tout savoir sur sa famille […]. Vu sa situation familiale, elle ne la racontait pas à tout le monde. » Quel est ce secret ? Sous sa photo Facebook, Charlotte écrit : « Ne laisse jamais les ombres d’hier obscurcir la lumière de demain… » Leurs parents, Brigitte et Pascal, ont fréquenté la même école primaire à Brest, puis un an le même lycée. Mariés, ils partent en région parisienne quand Brigitte y est affectée après le concours des impôts. Sébastien y est né. Puis la famille gagne la Loire-Atlantique, où Charlotte voit le jour. La mère travaille aux impôts à Nantes et le père, « dépressif », dans une PME à Orvault. Pas de soucis financiers, quelques disputes, mais rien de probant pour les policiers. Brigitte et Pascal devaient s’envoler le 10 avril pour le Portugal. Le 17 février, ils se sont volatilisés. Et avec eux, une part de vérité. g Landerneau (Finistère) Juliette Demey @juliettedemey (avec François Coulon)


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dimanche 5 mars 2017

Actualité Société La police reconstitue l’équipe de braqueurs

Chasse au trésor près de Toulouse BANDITISME Dix-huit mois après l’arrestation des kidnappeurs, une partie de la rançon – plus de 9 kg d’or – a été retrouvée cette semaine grâce aux moyens techniques du 17e RGP. Des « paras » à Saint-Orens-deGameville (Haute-Garonne). Pas de grandes manœuvres mais… une chasse au trésor. Les gendarmes de la section de recherches de la gendarmerie de Toulouse sont en quête d’or. Depuis dix-huit mois, ils pistent le reliquat d’une rançon. Un dossier d’enlèvement hors normes qui a vu un quintet de criminels endurcis séquestrer sept semaines durant un riche Toulousain contraint de payer lui-même le prix de sa libération, un pactole estimé à près de 1,4 million d’euros. Tout débute le 22 mai 2015. Ce jour-là, cet homme discret a un rendez-vous d’affaires à 15 km de Toulouse. Des terrains à vendre. Fils unique, il a hérité d’un important

300.000 EUROS

C’est le montant estimé des 900 napoléons retrouvés, pour un poids de 9,2 kg. patrimoine foncier agricole qui l’a enrichi au fil de l’urbanisation de l’agglomération toulousaine. À peine descendu de sa BMW, l’homme est saucissonné. Bien renseignés, les kidnappeurs ont tout prévu. Chez leur victime, ils embarquent ce qu’il faut pour faire croire à un départ en vacances. Ce que l’intéressé est obligé de prétendre auprès de ses proches. Commence alors un calvaire de près de deux mois qui va le conduire jusqu’en Andalousie, près de Marbella. Simulacres d’exécution Enchaîné, battu, privé de nourriture, menacé, victime de simulacres d’exécution : l’otage toulousain n’est pas tombé sur des tendres. Le palmarès de ses ravisseurs impressionne. À commencer par celui du leader présumé. Alain Raspault, 58 ans, est sorti de prison en 2012 après une condamnation à perpétuité en 1992 pour un hold-up sanglant à Perpignan. Tuer ne fait pas peur non plus à François Decline, 45 ans, lui aussi condamné à « perpète » pour deux braquages assortis de deux morts. Avec le quinquagénaire Jean-Pierre Jourda, condamné pour meurtre en 2002, il est également soupçonné d’avoir attaqué une armurerie à Carmaux (Tarn), trois jours avant le kidnapping. Des « fous furieux », résume une source proche de l’enquête. Sous la menace, les ravisseurs obtiennent ce qu’ils veulent. De l’argent. Et de l’or. Leur otage est contraint d’effectuer plusieurs virements bancaires sur des comptes à l’étranger ouverts par les malfrats qui, à l’occasion de deux achats en Belgique, se font offrir pour près d’un million d’euros en pièces et lingots. Pas question pour eux de tuer la poule aux œufs d’or. L’otage

est relâché le 10 juillet à condition qu’il continue à payer, à raison de 100.000 euros par semaine… Ce qu’il s’empresse de faire à peine libéré, trop heureux d’être encore vivant. Le racket se serait sans doute poursuivi – une caméra IP installée près de son domicile leur permettait de le surveiller à distance – si son banquier n’avait pas signalé à la justice ces mouvements financiers suspects… Codes de cryptage En septembre 2015, en coopération avec les autorités espagnoles, les malfrats sont interpellés : quatre près de Marbella, un cinquième à Toulouse. En plus d’un impressionnant matériel technique (ordinateurs, caméras, jumelles de vision nocturne), d’un jeu complet de faux papiers et d’un armement conséquent, près de 14 kg d’or (lingots et pièces) et près de 100.000 euros en liquide sont récupérés. Le compte n’y est pas. Ce ne sont pas les mis en cause qui vont parler – l’un d’eux, Jourda, a même choisi de se taire à jamais en se suicidant dans sa cellule. La réponse se trouve peutêtre dans les ordinateurs saisis en Espagne. Encore faut-il « casser » les codes de cryptage… À trois reprises, des opérations sont menées ces derniers mois en Espagne pour retrouver l’or manquant. L’environnement et les différents points de chute des suspects sont ciblés. Carrelage arraché, cloisons sondées, combles fouillées… En vain. Les mois passent mais les gendarmes ne lâchent pas l’affaire. Un expert finit par « craquer » la clé de cryptage. Les enquêteurs ont la confirmation que d’autres coups étaient en préparation. Ils retrouvent également des films – où les ravisseurs se mettent en scène avec leur otage – qui pèseront lourd lors du procès. Mais rien sur l’or. On le pensait à l’abri en Espagne. Il se trouvait en fait tout près de Toulouse. Les suspects se montrent bavards au téléphone depuis leurs cellules. Dissensions dans la bande ? Quelqu’un veut faire main basse sur le trésor manquant. Une information remonte aux enquêteurs : une main anonyme aurait écrit « Où est l’or ? » sur le portail du frère d’un des malfrats. La maison de Saint-Orens-de-Gameville est modeste mais les terrains sont vastes, au moins 2 hectares où gambadent quelques chevaux, sans compter les dépendances. La mission des militaires du 17e régiment de génie parachutiste de Montauban (Tarn-et-Garonne) sort de l’ordinaire : pas de mines à neutraliser mais des pièces d’or à découvrir. Mercredi matin, un drone prend son envol et multiplie les prises de vue aériennes pour cartograhier le terrain et préparer le patient travail des détecteurs. Ce n’est que jeudi après-midi que les efforts sont récompensés. Le trésor n’est pas enterré mais planqué dans un cabanon. Dans les boîtes métalliques : plus de 900 napoléons, soit 9,2 kg d’or, estimés à plus de 300.000 euros. Pas sûr que la nouvelle soulage la victime. Profondément traumatisé, cet homme vit, selon son avocat, toujours dans la hantise de croiser « ceux ou les amis de ceux qui lui ont fait tant de mal. » g STÉPHANE JOAHNY

LUXE Les bijoux et les montres n’ont pas été retrouvés mais la justice a saisi deux pavillons et un véhicule Porsche. Trois braqueurs ont été arrêtés par la BRB (Brigade de répression du banditisme) cette semaine en Seine-Saint-Denis et dans le Val-d’Oise après une première vague d’interpellations fin juin 2016. La série de vols à main armée attribuée à cette « équipe à tiroirs » commence le 11 décembre 2015 à… deux pas de l’Élysée. Le visage dissimulé sous un discret masque en latex et une paire de lunettes, un individu armé parvient à se faire remettre sous la

menace pour près d’un million d’euros de bijoux par les employés de la boutique Chopard de la rue du Faubourg-Saint-Honoré avant d’être récupéré par des complices qui l’attendent quelques rues plus loin. Elle se poursuit le 19 mai 2016 avec l’attaque, extrêmement violente, du magasin Chanel Joaillerie de l’avenue Montaigne. En quelques instants, sept individus armés raflent pour 2,2 millions de bijoux et de montres de luxe avant de prendre la fuite. Quelques jours plus tard, c’est un fourgon de la Brink’s qui est visé à Noisy-leGrand (Seine-Saint-Denis) mais,

cette fois, le butin ne se chiffre qu’à quelque 20.000 euros. Épaulés par le GIR de SeineSaint-Denis qui a procédé à la saisie des biens des malfaiteurs, les enquêteurs de la BRB retrouvent dans un premier temps le fournisseur d’armes du gang avant de procéder, fin juin 2016, à un premier coup de filet qui conduira huit suspects en prison. Trois autres, âgés de 24 à 34 ans, ont été arrêtés mercredi en banlieue nord et écroués en fin de semaine. Un arsenal, composé de fusils d’assaut, de grenades et d’armes de poing a été découvert ainsi que des gilets pare-balles siglés Police. g S.J.


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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

Actualité Société

Ours des Pyrénées, stop ou encore ? BIODIVERSITÉ Ils

nous dit que la population d’ours va se développer par elle-même ? L’État se moque de nous ! » Il appelle les citoyens à prendre la parole. Et à rappeler, par exemple, combien ce mammifère fait partie de « l’identité profonde des Pyrénées » au regard des légendes, dictons, blasons et autres fêtes.

seraient une trentaine à l’état sauvage dans les Pyrénées. Faut-il introduire de nouveaux spécimens ? Le nouveau « plan ours » en débat Quel avenir pour l’ours des Pyrénées ? Depuis le 15 février, l’État organise une consultation publique* sur un nouveau « plan ours » dans le cadre de la stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité. Les citoyens ont jusqu’à mercredi pour donner leur avis sur ce programme de conservation pour les dix prochaines années. « Il y manque le plus important : le lâcher d’ours ! » s’insurge la fédération France nature environnement (FNE), qui invite chacun à s’exprimer pour « éviter la disparition rapide de l’ours ». Quelques spécimens ont déjà été réintroduits : trois en 1996 et 1997, cinq en 2006. Ce qui n’a pas empêché l’ours brun d’être classé parmi les espèces menacées d’extinction sur le territoire national en 2009. À ce titre, l’expertise du Muséum national d’histoire naturelle rendue en 2013 était très claire : « Nous préconisions un lâcher rapide et simultané d’au moins quatre femelles dans les Pyrénées occidentales – où il ne reste que deux mâles – et de deux femelles pleines dans les Pyrénées centrales – face aux problèmes de consanguinité, rappelle Yvon Le Maho, le chercheur émérite du CNRS qui présidait le groupe d’experts. Nous

Un ours brun dans le parc animalier des Angles (Pyrénées-Orientales). Jacky Quatorze / Andia

prévenions que, sans intervention, il y avait des risques pour le maintien de l’espèce. » Une partie de « l’identité profonde des Pyrénées » Depuis… rien. Le plan proposé aujourd’hui évoque bien l’étude du Muséum, mais ne passe pas à l’acte. « Le volet ours ne porte pas sur une procédure de réintroduction d’ours supplémentaires dans les Pyrénées mais sur une stratégie globale de gestion de l’ours pour les dix prochaines

années », indique ­Nicolas Gillodes, chargé de mission à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) d’Occitanie, qui organise la consultation. Il est donc plutôt question de « suivi scientifique », de « cohabitation avec les activités humaines »… Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a rendu un avis défavorable en janvier. « Ce volet ours parle au conditionnel de la nécessité de lâcher des ours, mais soumet celui-ci à

l’avis des seules autorités locales. Donc il y a de grands risques que cela ne se fasse pas, regrette Michel Métais, le président de la commission faune. Il reste une trentaine d’ours à l’état sauvage dans les Pyrénées. Si on attend dix ans, ce sera trop tard. Ce plan devrait prendre des engagements fermes, à brève échéance, surtout pour les ours de la partie occidentale. » Chez France Nature environnement, Jean-David Abel s’indigne : « Le dernier plan ours s’est terminé en 2009. Rien n’a été fait depuis. Et l’on

« Grand animal mais petit prédateur » Les anti-ours, eux, montent la garde – 200 personnes manifestaient encore en juillet. Le dossier reste localement ultrasensible. « Quand un ours est sur le secteur, il y a des attaques, des troupeaux abîmés et une désertion de la montagne. Il n’y a pas de cohabitation efficace possible», déplore Marie-Lise Broueilh, présidente de l’Association pour le développement durable de l’identité des Pyrénées. Les défenseurs du plantigrade, eux, plaident sa cause. « Depuis 1850, personne n’a été tué par un ours dans les Pyrénées, assure Alain Reynes, le directeur de l’association Pays de l’Ours-Adet. L’ours est un grand animal mais un petit prédateur. Il se nourrit à 80 % de végétaux et il fuit l’homme. La part de l’ours dans la mort du bétail, l’été dans les Pyrénées, c’est moins de 1 %. » Cap ours, une coordination d’associations (notamment WWF France, FNE…), interpelle donc Ségolène Royal : « Madame la ministre : pas de plan ours sans ours ! » g Marie Quenet

* Tapez « consultation sur le volet ours brun » sur : occitanie.developpement-durable.gouv.fr

Mercredi, 15 h 40, les femmes s’arrêtent REVENDICATION Pour la première fois, un appel unitaire à la grève est lancé pour que le 8 mars redevienne une journée de lutte pour leurs droits À 15 h 40, ce mercredi 8 mars, toutes en grève ! C’est l’appel à mobilisation lancé à l’occasion de la 40e Journée internationale des droits des femmes (ONU) par 35 organisations, associations féministes, syndicats ou ONG et associations de jeunesse. Pour que le 8 mars redevienne une journée de lutte pour l’égalité et non une « fête de la femme » avec distribution de cadeaux ou de fleurs sur le lieu de travail. Pourquoi 15 h 40 ? « En France, les revenus des femmes sont encore inférieurs de 26 % à ceux des hommes. Sur la base d’une journée standard, c’est comme si elles cessaient d’être payées à 15 h 40 », argumente Sophie Binet, pilote de la commission Femmes mixité à la CGT. Pour la première fois, des ­débrayages sont prévus un peu partout en France. Dans les professions féminisées qui luttent pour leur revalorisation, entre autres, comme celles de la petite enfance ou le secteur très précarisé de la propreté (féminin à 70 %). Mais aussi dans des secteurs à prédominance masculine comme la métallurgie ; notamment sur le site isérois de la société Radiall, dont le directoire est présidé par Pierre Gattaz, patron du Medef. Ou dans des sociétés de service en ingénierie informa-

tique, comme chez CapGemini, où la direction a débloqué 1,5 million d’euros pour réduire les écarts de salaire entre femmes et hommes quand la CGT estime à 6 millions d’euros l’enveloppe nécessaire à la suppression de ces inégalités. « Pas besoin d’antirides » Localement, c’est dans le Tarnet-Garonne que la mobilisation s’annonce la plus forte avec plus de 20 entreprises qui ont d’ores et déjà répondu à l’appel, dans les secteurs de l’industrie (­Liebherr), de la grande distribution, ou encore le milieu hospitalier. Au niveau national, des préavis ont été déposés dans tous les secteurs du service public, notamment à la SNCF. Sur certains sites, plutôt que de débrayer, certain(e) s porteront simplement un brassard « Grève mondiale des femmes ». Dans l’espace public, des votations citoyennes seront organisées sur les « 20 exigences » : des revendications politiques, parmi lesquelles « de réelles sanctions pour

26 %

« En France, les revenus des femmes sont encore inférieurs de 26 % à ceux des hommes », dit Sophie Binet de la CGT

les entreprises et administrations qui discriminent » ; la revalorisation des métiers à prédominance féminine ; un plan de rattrapage immédiat des écarts de rémunération entre les deux sexes ou encore l’égalité du montant des retraites. Parmi les slogans 2017 : « Nous n’avons pas besoin d’antirides mais de bonnes retraites. » Des rassemblements et manifestations – recensés sur le site 8 mars 15 h 40 en grève (8mars15h40.fr) – sont prévus dans une trentaine de villes en France. Mais aussi à travers le monde. Car l’appel du 8 mars en France s’inscrit dans le cadre d’une mobilisation internationale (#WomensStrike), soutenue par la Confédération syndicale internationale et relayée dans 35 pays, en particulier aux États-Unis, en Amérique latine, en Pologne en Italie ou en Irlande. « C’est la mobilisation internationale qui nous a permis d’avoir pour la première fois en France une initiative unitaire », relève Veronica Noseda, coordinatrice nationale du Planning familial. Avec le retentissement à travers le monde de la Womens’March le 21 janvier, au lendemain de l’investiture de Donald Trump, mais aussi le succès des manifestations contre un projet de loi visant à l’interdiction totale de l’avortement en Pologne. « Il y a vraiment une envie de composer des fronts communs pour les droits des femmes », poursuit Veronica Noseda, révélant qu’une mobilisation européenne autour

Le 7 novembre, le collectif Les Glorieuses avait appelé à la grève. Michael Bunel/AFP

de l’IVG est actuellement en train de se construire. « Dans plusieurs pays européens, il y aura des manifestations le 23 septembre avec des revendications communes », confie la coordinatrice du Planning familial. Coordination sur Internet À l’ère du numérique, associations et collectifs se coordonnent sur Internet et correspondent sur les réseaux sociaux. « Et cela embarque des jeunes, avec des initiatives qui ne se limitent pas au 8 mars », souligne l’écrivaine féministe Martine Storti, présidente des associations 40 Ans de mouvement et Féminisme et Géopolitique. Pour cette ancienne figure du MLF (Mouvement de libération des femmes),

si « notre génération n’a pas fait la jonction avec celle d’après », un renouveau est intervenu au début du XXIe siècle avec des jeunes femmes qui ont aujourd’hui entre 20 et 35 ans, « l’âge que nous avions dans les années 1970 ». « On en a marre de répéter en permanence les mêmes chiffres. Que ce soit sur le viol, les violences ou les inégalités économiques, la situation n’évolue pas », martèle Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le féminisme ! Elle se félicite, en revanche, d’une prise de conscience collective face à un retour en force du conservatisme : « Des millions de femmes sont sorties du sommeil. » g Christel De Taddeo @cdetaddeo


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le journal du dimanche

Actualité Sciences & Techno

VX, le roi des poisons Meurtre

Une goutte au contact de la peau peut tuer. C’est ce qui est arrivé au demi-frère du dirigeant nord-coréen

armes chimiques

Les stocks doivent tous être détruits d’ici à 2022

L

a scène filmée par les caméras de vidéosurveillance n’a duré qu’une poignée de secondes, le 13 février, en plein aéroport de Kuala Lumpur (Malaisie). Kim Jong-nam, le demi-frère de Kim Jong-un, le dirigeant de Corée du Nord, se voit projeter un liquide au visage par deux femmes – une Indonésienne et une Vietnamienne, selon la justice malaisienne qui les a inculpées mercredi. À peine quinze minutes plus tard, l’homme décède. Le 24 février, des experts malaisiens en toxicologie ont révélé que la trace d’un célèbre agent neurotoxique, le VX, avait été détectée sur son visage et ses yeux. Paralysie du système nerveux et arrêt cardiaque Le VX est un neurotoxique organophosphoré classé comme arme de destruction massive par l’ONU. Un poison effrayant, bien connu des experts en menace NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique). « C’est l’un des pires agents chimiques militaires », résume au JDD Olivier Lepick, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. Il a été découvert et synthétisé par les Britanniques dans le cadre de leur programme militaire dans les années 1950. Toutes les grandes puissances ont eu des stocks de VX pendant la guerre froide : les États-Unis, l’URSS… La France elle-même en a possédé dans son arsenal chimique jusqu’à la fin des années 1980. » Ce neurotoxique appartient « à la même famille des organophosphorés que le tabun, le soman ou le gaz sarin », explique Pierre Champy, enseignant-chercheur au laboratoire Biomolécules : conception, isolement, synthèse

Modèle moléculaire du VX. Les atomes sont représentés par des sphères et sont codés par couleur : carbone (violet), hydrogène (blanc), azote (bleu), oxygène (rouge), phosphore (vert) et soufre (jaune). PROF. K.SEDDON & DR. T.EVANS, QUEEN’S UNIVERSITY BELFAST/SPL/COSMOS

(CNRS-université Paris-Sud). Mais il est dix fois plus puissant que ce dernier. Et contrairement à lui, il est peu volatil. À température ambiante, le VX ne se présente d’ailleurs pas sous la forme d’un gaz mais d’un liquide un peu visqueux, qui peut aussi être conditionné sous forme de crème. Appliqué par voie transcutanée, il peut « tuer un adulte de 70 kg avec seulement 10 mg sur la peau », a expliqué à l’AFP Yosuke Yamasato, l’ancien commandant de l’École de chimie des forces terrestres d’autodéfense japonaises. Il peut aussi être administré par inhalation : « Il faut alors compter 30 milligrames par kilo par minute par mètre cube », précise Olivier Lepick. Le mode d’action du VX est rapide. Il affecte les synapses, les zones qui transmettent l’information du cerveau vers nos organes et nos muscles sous formes d’impulsions électriques. Il perturbe en particulier l’action des neurotransmetteurs comme l’acétylcholine qui se retrouve « surstimulée ». Les symptômes sont caractéristiques : dilatation de la pupille et hypersalivation, vomissements, troubles musculaires, difficultés respiratoires, modification du rythme cardiaque… À haute dose, c’est la paralysie du système nerveux et l’arrêt cardiaque. « C’est un mode d’action que l’on retrouve dans des gaz de combat comme dans des pesticides organophosphorés », note Pierre Champy. Des antidotes efficaces en injection intramusculaire À Kuala Lumpur, il n’a sans doute fallu que quelques dizaines de milligrammes de VX pour mettre fin aux jours de Kim Jong-nam. « L’équivalent d’une goutte d’eau… C’est d’autant plus facile à transporter et à cacher. Vous passez tous les contrôles d’aéroport sans problème », constate Olivier Lepick. D’autant plus que, lorsque la molé-

cule est parfaitement synthétisée, elle est à la fois inodore et incolore. Quasi indétectable, ajoute le spécialiste, elle peut persister des jours voire des semaines au sol. Seule donnée rassurante : la molécule du VX étant soluble dans l’eau, la décontamination d’un lieu aussi vaste qu’un aéroport peut être réalisée rapidement. Il existe en outre des antidotes efficaces en injection intramusculaire, à condition d’être administrées rapidement. « Ce sont des molécules médicamenteuses anciennes, comme l’atropine, qui est notamment utilisée en chirurgie. La France en avait constitué des stocks militaires importants au moment de la guerre du Golfe », explique Pierre Champy, au CNRS. « Le VX n’est pas si complexe à fabriquer » Alors que près de 90 États ont ratifié la convention sur les armes chimiques de 1993, qui interdit la recherche et la synthèse sur ces substances à haut risque, ces stocks doivent tous être détruits d’ici à 2022 sous l’égide de l’organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Selon Pierre Champy, « le VX n’est pas si complexe à fabriquer, avec de bonnes connaissances en chimie et un labo adapté ». Le chercheur Olivier Lepick rappelle néanmoins que jusqu’ici, seuls des États ont démontré leur capacité à en fournir, à l’exception de la secte Aum, qui y avait eu recours en 1994 et avait alors réussi à fabriquer « plusieurs centaines de grammes de VX ». Selon lui, la Corée du Nord est l’un des rares États qui pourraient encore en posséder. « Son choix par la Corée du Nord n’est pas anodin. C’est un message qui entend montrer que sa politique extérieure n’est plus seulement basée sur la dissuasion nucléaire, mais aussi sur la dissuasion chimique. » g Juliette Demey @juliettedemey


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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

Actualité Économie & Business

Ces sous-traitants très cotés AUTOMOBILE

Valeo, Faurecia, Plastic Omnium : ces entreprises françaises, fournisseurs de tous les constructeurs, sont des champions mondiaux

INNOVATION Ils sont

aussi les véritables concepteurs de la voiture de demain

I

l n’y a pas si longtemps, imaginer un fabricant d’équipements automobiles fanfaronner sur ses bons résultats relevait du fantasme. Ces sous-traitants de l’ombre s’échinaient à suivre les cadences imposées par les constructeurs, à courir après les volumes pour proposer des prix ras le bitume. Un rapport de forces réputé plus tendu encore qu’entre la grande distribution et ses fournisseurs. Aujourd’hui, les géants français du siège auto, des tableaux de bord ou des systèmes de transmission affichent sans complexe leur réussite. Le californien Tesla séduit par les Français Cette semaine, c’est dans un grand hôtel londonien que Jacques Aschenbroich, patron de Valeo, a expliqué à la communauté financière comment son groupe allait dépasser les 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2020. Quelques jours plus tôt, Patrick Koller, directeur général de Faurecia, annonçait un carnet de commandes de 53 milliards d’euros, 6 milliards de plus qu’en 2016. Plastic Omnium, lui, vient de boucler la plus grosse opération de son histoire pour devenir leader mondial des pare-chocs et des pièces de carrosserie plastique. Valeo et Faurecia peuvent eux aussi revendiquer la place de numéro un dans plusieurs métiers clés de l’automobile comme le

Le nouveau système d’éclairage LED, mis au point par Valeo, permet de rester en phares sans éblouir les véhicules arrivant en sens inverse ou sur la même voie. DR

contrôle des émissions polluantes ou l’assistance à la conduite. C’est à l’international que les équipementiers français ont bâti leur succès. Pressés d’accompagner leurs clients historiques – Renault, Peugeot ou Citroën –, ils ont suivi les vagues de délocalisation et planté des usines sur tous les continents. À l’image de Faurecia, qui pilote aujourd’hui 330 sites dans 34 pays, pour fournir, désormais, tous les constructeurs. « Les marques françaises ne représentent plus que 15 % de notre chiffre d’affaires », se satisfait de son côté Jacques Aschenbroich.

Tous les industriels ont établi des positions solides en Chine qui tire la croissance d’un marché mondial estimé à plus de 100 millions de véhicules en 2021. Plastic Omnium y travaille avec 18 marques locales. Sa dernière usine, le groupe de la famille Burelle l’a inaugurée en Angleterre, notamment pour fournir des systèmes de dépollution à Jaguar Land Rover. La marque californienne tout électrique Tesla a été séduite par le dernier intérieur de Faurecia, choisi pour sa Model S qui sera aussi équipée de plusieurs systèmes Valeo, comme celui de refroidissement de la batterie.

Cette course à la croissance a alimenté un cercle vertueux qui donne une avance technologique incontestable aux Français. Les bataillons d’ingénieurs composant ces groupes innovent aujourd’hui sur les grandes ruptures de l’industrie : l’électrification des véhicules, la conduite autonome, la voiture connectée. Dans chacun de ces domaines, ils ont introduit des technologies qui dessinent l’automobile du futur. « Certains constructeurs ont mis du temps à prendre la mesure de ce qui se passait, raille le responsable d’un des grands équi-

Faurecia met au point le siège intelligent

Valeo est le champion de l’électrique

Plastic Omnium fait le poids

Pas de « cockpit du futur » sans siège intelligent. Dans l’habitacle de demain, le comportement du conducteur est surveillé par une douzaine de capteurs dans le siège : rythmes cardiaque et respiratoire, fixité du regard, expressions faciales. Somnolence ou stress vont déclencher un ajustement de la position du siège, de la ventilation, de l’éclairage ou de l’environnement audio.

Une voiture hybride ou électrique sur trois est déjà équipée par Valeo. Sa spécialité : les systèmes thermiques pour refroidir la batterie (illustration), chauffer l’habitacle et le climatiser. Une nécessité dans un véhicule qui ne peut pas récupérer l’air chaud du moteur et doit maintenir la température de sa batterie entre 25 et 35 °C sous peine de voir l’autonomie fondre de moitié.

L’inventeur du fameux système de dépollution des moteurs diesel SCR a une autre grande spécialité : l’allégement des matériaux. Ses nouveaux plastiques, pièces en composite ou en fibre carbone, se diffusent dans tous les blocs extérieurs du véhicule : hayons, pare-chocs, becquets… Décisif pour maîtriser la consommation de carburant.

pementiers français. Nous leurs avons présenté des technologies il y a trois ans dont ils n’ont pas voulu. Ils pleurent maintenant pour les avoir. » Des innovations dans les moindres pièces De l’essuie-glace aux parechocs, des systèmes de refroidissement des batteries aux chaînes de transmission, les innovations se sont immiscées dans les moindres pièces auto. Chez Valeo par exemple, les produits mis au point il y a moins de trois ans représentent déjà 50 % du chiffre d’affaires. Le français a pris l’habitude de les présenter... au CES de Las Vegas, le salon mondial de l’électronique. Ce séjour américain lui offre une occasion unique de faire du repérage dans la population de start-up positionnées sur les nouvelles mobilités, dont les experts estiment le nombre à 30.000. Les groupes français sont aussi très actifs sur un marché des fusions acquisitions qui a totalisé l’an dernier 20 milliards de dollars de transactions. Valeo vient d’annoncer le rachat du champion japonais des phares Ichikoh. Une opération qui lui donne accès à de nouvelles technologies dans l’éclairage et renforce un peu plus son implantation en Asie. g SYLVIE ANDREAU

@SylvieAndreau

Avec le rachat d’Opel, PSA change de dimension FUSION Le mariage

sera officialisé demain. Le français devient numéro 2 en Europe

Carlos Tavares va débarquer au Salon international de l’automobile de Genève, qui ouvre ses portes aux professionnels mardi, dans un nouveau costume. Le patron du groupe Peugeot Citroën doit annoncer demain au siège parisien de PSA la création du deuxième

groupe automobile sur le marché européen, derrière Volkswagen. Ses actionnaires et le propriétaire d’Opel, l’américain General Motors (GM), sont parvenus à un accord sur leur rapprochement. Il a été validé vendredi par le conseil de surveillance du constructeur français. Carlos Tavares se retrouve ainsi à la tête d’un ensemble à cinq marques – Peugeot, Citroën, DS, Opel et Vaux­ hall – dont les ventes vont dépasser les 4 millions de véhicules. Selon plusieurs sources, quelques questions délicates restaient

ce week-end en discussion. Le montant définitif de la transaction dépend en partie de la prise en charge du déficit des retraites d’Opel qu’aurait accepté d’assumer GM. Son coût est estimé à environ 10 milliards d’euros. GM pourrait en couvrir une partie en injectant « un montant substantiel ». En échange, l’américain aurait obtenu du groupe français qu’il limite ses ambitions pour Opel hors d’Europe, en particulier sur le marché chinois. Les aventures asiatiques de la marque allemande n’ont jamais été

un long fleuve tranquille. La Corsa, par exemple, best-seller maison, est fabriquée en Chine depuis 1993, mais ses dernières versions ont été commercialisées sous la marque Buick, puis Chevrolet. GM nourrit de grosses ambitions sur le marché chinois, où il a vendu l’an dernier 3,87 millions de véhicules et prévoit cette année 18 nouveaux lancements. PSA, de son côté, court toujours après le succès sur ce qui est devenu son premier marché. Ses ventes y ont enregistré un recul décevant l’an passé alors que la

plupart des constructeurs profitaient du niveau historiquement élevé des immatriculations. Le français ne devrait pas pouvoir compter en Chine sur le vaste portefeuille produits d’Opel qui va s’enrichir de deux nouvelles versions de l’Insignia, présentées mardi en avant-première mondiale à Genève. PSA y lancera un cross-over sous la marque DS, le DS7, un modèle sur lequel compte justement le nouveau deuxième groupe européen pour revenir dans la course en Chine. S.A.


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le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

Actualité Économie & Business • ils osent

• Le chiffre

La dernière campagne Saint Laurent bientôt retirée ?

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lejdd.fr

Un mannequin mince comme un fil pose, plié en deux, en bas résille et escarpins sur patins à roulettes. La dernière campagne de la maison Saint Laurent fait scandale. Depuis deux jours, tweets et posts LinkedIn se multiplient pour dénoncer l’image dégradante que ce modèle véhicule de la femme. Les initiateurs du mouvement s’entretiendront demain avec Stéphane Martin, patron de l’Arpp, l’organisme de régulation professionnelle de la publicité en France, pour demander son retrait. Un mauvais point pour Kering, propriétaire de la marque, qui, à travers sa fondation, œuvre contre les violences faites à l’intégrité et à la dignité des femmes. B.B.

20 %

• Coulisses

C’est le pourcentage de vols domestiques d’Air France qui devraient être annulés demain, premier jour de la grève du contrôle aérien européen programmée jusqu’au 10 mars. Le trafic des long et moyen-courriers ne devrait quasiment pas être impacté. Easyjet, de son côté, a déjà annoncé l’annulation de 38 vols depuis et vers la France. Le 7 mars, un mouvement de cinq syndicats de personnel au sol d’Air France devrait à son tour perturber le programme des vols du jour. Du 18 au 20 mars, c’est le tour du personnel navigant de la compagnie qui avoir déposé un préavis alors qu’un nouvel accord collectif doit être conclu avant le 15 mars. S.A.

La guerre des Arthur est déclarée

L’iconique cabinet Arthur Andersen, emporté par l’affaire Enron en 2002, est de retour, et trois parties se disputent sa marque tombée en déshérence. Des anciens d’Arthur Andersen États-Unis, qui ont fondé un cabinet rebaptisé Andersen Tax en 2014, revendiquent le dépôt de la marque dans plus de 90 pays. Une start-up française baptisée Arthur Andersen & Co, qui a annonçé le 1er mars la relance du réseau via 26 bureaux dans 16 pays. Les deux cabinets sont en procès. En France, les anciens du groupe réunis en association sous la houlette de René Proglio se disent prêts à tout. « Les Français sont des pilleurs de sépulture qui bafouent notre héritage et nos valeurs », tonne Proglio. B.B.

TOURISME

Le leader mondial de l’hébergement en ligne officialise mardi à Paris sa transformation en plateforme de voyage

Thomas Binet, fondateur de VertigoLab, sous un figuier. RODOLPHE ESCHER POUR LE JDD

Entrepreneur bio-inspiré PORTRAIT Entre sa start-up bordelaise et sa ferme du Lot-et-Garonne, Thomas Binet veut faire de la nature l’actif clé des territoires « Sans des caprifiguiers comme celui-ci, qui attirent les mouches pollinisatrices, je ne pourrais pas récolter de figues. Dans la nature tout s’imbrique. » Thomas Binet ausculte l’arbre qui a poussé sous les fenêtres de son bureau situé dans l’éco-quartier Darwin, le QG des bobos hipsters bordelais. Du lundi au vendredi, il distille idées et conseils via sa startup, Vertigo Lab. Un nom pioché dans une revue scientifique qui ne doit rien à Hitchcock. En fin de semaine, il regagne la ferme familiale sur les terres argileuses du Lot-et-Garonne, près de Casteljaloux. Une heure de route sépare ces deux mondes mais un fil rouge les relie en permanence. « À Bordeaux, je fais des rapports qui remettent la nature au cœur de l’économie des territoires et quand j’arpente les 80 hectares de l’exploitation familiale, je prépare le passage d’un modèle productiviste à un modèle agro-écologique », résume Thomas Binet. Sa ferme n’a pas achevé sa mue verte. Il y pousse des figues et des noix bio. Mais les raisins qui donnent du vin classé en AOP Buzet, la luzerne, le maïs, le blé et les tournesols sont encore cultivés en intensif. Une couveuse pour tester des modèles rentables Pas question pour lui de « bricoler » des plants d’oignons bio ou de kiwis à peau lisse comme les néoruraux. Le trentenaire né à Agen se dépeint en « entrepreneur du territoire appliquant les modèles économiques bio-inspirés ». Enfant, pourtant, il rêvait du grand large. Sa passion débouchera sur un stage aux Glénans à 12 ans et un master en sciences halieutiques à Rennes après un diplôme d’ingénieur agronome à AgroParisTech. À 23 ans, il a déjà passé douze mois dans une

plantation d’ananas à Tahiti et avec les pêcheurs de crabes de Vancouver. Mais son « truc » est devenu l’économie. Il enquille les stages sur l’écosystème de la pêche et de l’agriculture auprès de l’OCDE à Paris et les politiques européennes en matière d’environnement auprès d’un bureau d’études à Londres. En 2011, il rentre à la ferme après deux années à bord d’un voilier avec sa compagne et un doctorat de l’université de Portsmouth en poche. Aujourd’hui, sa jeune pousse est connue pour « estimer l’inestimable ». De l’impact économique de la préservation des sites du Conservatoire du littoral à la valeur des ser-

80 ha

C’est la taille de l’exploitation de Thomas Binet, qui va passer à un modèle agro-écologique vices rendus par les écosystèmes marins de la mer de Corail, au large de la Nouvelle-Calédonie. « Nos indicateurs identifient les activités naturelles ou humaines qui créent des chaînes de valeur locales et ont le plus d’impact économique et social sur un territoire », formule-t-il. Dans la même veine, Vertigo Lab aide les collectivités à réaliser leur transition écologique ou leur plan d’autosuffisance alimentaire. Circuits courts, relocalisations et bioinspiration. Grâce à Vertigo, les viticulteurs de Buzet s’enorgueillissent de produire du vin et des services environnementaux inspirés du vivant. Thomas Binet espère ouvrir une couveuse pour jeunes agriculteurs l’an prochain. Elle servira à tester des modèles rentables et pérennes, en lien avec les débouchés de la filière agroalimentaire, et à jeter les bases d’une agriculture écologiquement… intensive. g Bruna Basini

 @BrunaBasini

À Paris cette semaine, le séjour éclair de Nathan Blecharczyk, un des cofondateurs d’Airbnb, n’aura rien d’anodin. La start-up californienne aux trois millions d’hébergements dans le monde, qui a fait de la France son deuxième marché après les États-Unis, élargit son territoire. Fidèle à son slogan « Chez vous, ailleurs », elle devient une plateforme de voyage baptisée Trips. Et Nathan Blecharczyk vient le faire savoir. Mardi, il dévoilera l’une de ses toutes nouvelles fonctionnalités : des guides thématiques consacrés à Paris. Ils ont été conçus par une cinquantaine de célébrités et de meneurs : on y trouve Frédéric Mazzella, PDG de BlaBlaCar, qui propose « Dix Escapades à partir de Paris », le pâtissier chocolatier Pierre Hermé et son guide des « Douceurs à emporter » et les adresses de studios de yoga de la coach urbaine Hélène Duval. Ils seront mis en ligne fin mars dans l’application Airbnb sous l’onglet « Lieux » , au côté des onglets « Expériences » et « Logement ». Un vrai tableau de bord du voyageur averti. En test depuis fin novembre dans 12 villes du monde, les expériences

sont des activités proposées par des particuliers. À Paris, on peut ainsi visiter le Louvre en riant, s’initier au street art à Belleville ou apprendre à mixer un french dry Martini avec un as du cocktail. Une centaine d’expériences parisiennes ont déjà été homologuées. D’ici mi-avril, Airbnb ajoutera Marseille et l’arrière-pays provençal à son menu et compte couvrir une cinquantaine de destinations avant fin 2017. Airbnb veut suivre les voyageurs dans les villes et sur leur lieu de vacances, en ciblant autant les visiteurs étrangers que les habitants du cru. Les activités sont facturées entre 40 et 400 euros. Dès le mois prochain, la société qui se défend de vouloir empiéter sur le marché des guides touristiques prélèvera une commission de 20 % sur ces prestations. « Nous apprécions la démarche qui consiste à faire découvrir de nouveaux quartiers par des habitants mais nous craignons qu’elle finisse par ubériser les guides professionnels actifs sur les sites les plus fréquentés », prévient Jean-François Martins, en charge du tourisme à la Mairie de Paris. Des balades audio et vidéo aux billets d’avion D’ici peu, la plateforme lancera aussi des balades audio et vidéo hors des sentiers battus dans quelques grandes métropoles. Disponibles gratuitement sur smartphone via son application, elles ont été tournées en partenariat avec la start-up Detour. Les membres de la commu-

J. DE FONTENAY POUR LE JDD

Les nouveaux territoires d’Airbnb

Parmi les activités proposées par Airbnb, des cours de mixologie.

nauté Airbnb pourront également participer à des meet-up parisiens dès le 8 mars. Autrement dit, des rendez-vous entre utilisateurs de la plateforme organisés dans des bars ou restaurants partenaires. Et ce n’est qu’un début pour la start-up valorisée à 30 milliards de dollars qui a dégagé ses premiers profits fin 2016. Elle a investi dans Resy, un site de réservation de restaurant en ligne. Elle vient de s’offrir Tilt, une jeune pousse californienne pionnière en matière de transfert d’argent de particulier à particulier. Une acquisition qui devrait permettre aux utilisateurs d’Airbnb de s’offrir toutes les prestations de Trips, sans quitter leur écosystème. En attendant de leur vendre des billets d’avion ou de leur louer des moyens de transport dès l’an prochain. « On va aller là où on ne nous attend pas trop », formule Emmanuel Marill (lire ci-dessous). Après les hôteliers, les agences de voyage en ligne et les transporteurs n’ont qu’à bien se tenir. g B.B.

3 questions à

Emmanuel Marill, DG de Airbnb France

« Des expériences en dehors des circuits convenus » Que recherchent les voyageurs aujourd’hui ? Ceux qui font partie de la communauté Airbnb recherchent un moment d’échange avec un lieu et ses habitants. Ils veulent des expériences en dehors des circuits convenus. À travers les quelque 500 activités que nous leur proposons déjà dans 12 villes pilotes, dont Paris, ou avec les adresses préférées sélectionnées pour la capitale par 50 célébrités et experts que nous allons leur communiquer, nous nous engageons à leur offrir des émotions, des instants rares et des souvenirs. Le voyage n’est plus une commodité, il devient transformationnel. Avec 85 millions de visiteurs, la France reste le pays le plus visité au monde mais pas celui où les

touristes restent le plus longtemps et dépensent le plus. Pourquoi ? Les États-Unis, l’Espagne ou le Japon devancent la France. Avec 77 cathédrales et un patrimoine architectural et naturel inouï, la France devrait mieux s’en sortir. Or, beaucoup de visiteurs se contentent de la traverser. Le tourisme reste très concentré à Paris ou dans quelques régions comme la Côte d’Azur et la Provence. Airbnb, lui, a fait le pari de la dispersion. À Paris, nous investissons des quartiers moins touristiques comme le XVe arrondissement et 20 % des voyages effectués en France se situent dans des endroits où il n’y a pas d’hôtels. Il y a aussi un facteur prix. Parce que nous offrons un éventail de prix très large, les gens restent chez nous en moyenne 4,2 nuits, davantage que dans

d’autres types d’hospitalité. L’an dernier, cela s’est traduit par 1,6 milliard d’euros de retombées économiques rien qu’à Paris.

Vendre du voyage demain passera forcément par une approche collaborative ? Le partage est un levier très puissant pour répondre aux nouvelles aspirations des voyageurs et l’esprit communautaire est consubstantiel aux plateformes. Nos hôtes sont l’or d’Airbnb. Au moment de l’attentat de Nice en juillet dernier, nos utilisateurs qui avaient prévu d’aller sur la Côte d’Azur se sont posé des questions. Ce sont nos hôtes qui les ont rassurés et cela a évité une chute significative de la fréquentation. propos recueillis par B.B.


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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

Actualité Sport

Mbappé Programmé pour épater FOOTBALL À 18 ans,

l’attaquant de Monaco brûle les étapes comme il grille les défenses

pépite La Ligue des champions l’a révélé, mais il est convoité depuis toujours

Q

uand Anthony Martial se pointait au centre d’entraînement de La Turbie, il garait sa voiturette au milieu des grosses cylindrées. Kylian Mbappé n’a pas le permis, lui non plus, mais il se fait conduire. La forme diffère mais, au fond, leur feuille de route est semblable. Il est question de dribbleries, de fulgurances, de promesses. Donc de fantasmes. Donc de gros sous. Martial a traversé la Manche en 2015 à 19 ans, moyennant 80 millions d’euros (dont 30 de bonus). Mbappé en a à peine 18 qu’on lui demande s’il se voit battre ce record de transfert pour un joueur de L1. « Il a un Martial dans chaque jambe, répond un agent majeur. C’est du niveau de Neymar ; bien sûr que les enchères iront plus haut. Tous les grands clubs le suivent et se doutent qu’il faudra aligner 100 M€. » Tout ça dépasse un peu le gamin. Ou plutôt lui glisse dessus. Le foot business a beau le couver de son irrationalité, la fraîcheur reste le trait marquant de Kylian Mbappé. « La seule chose qui l’intéresse, c’est le terrain. Il rentre dans un grand match comme s’il jouait encore en bas de chez lui », nous disait il y a quelque temps son père Wilfrid. Qui aujourd’hui préfère couper court aux sollicitations, même s’il comprend l’emballement. Tout s’est accéléré il y a douze jours, à l’Etihad Stadium de Manchester (5-3). Première titularisation en Ligue des champions, premier but, et un culot monstre. L’Europe entière découvre le phénomène. Pep Guardiola – « Il va si vite » – ou Paul Pogba – « Il m’a impressionné » – sont invités à le jauger. La fusée Mbappé est lancée, même si deux triplés (Coupe de la Ligue et championnat) avaient servi d’allumage. En Bleu le 16 mars ? Les stats, du reste, en disent long sur l’empreinte laissée par cet attaquant capable de mordre la ligne comme de percer plein axe. Souvent confiné à un rôle de joker, il a disputé 1.346 minutes cette saison pour

13 buts et 9 passes décisives. Top rentabilité. Et puisque rien ne va trop vite, on évoque déjà l’équipe de France. Alors qu’il en était encore, l’été dernier, à mener les U19 au titre européen et n’a jamais mis un pied en Espoirs. Le 16 mars, qu’il l’intègre ou pas à sa liste pour affronter le Luxembourg et l’Espagne, Didier Deschamps aura à se prononcer sur le Monégasque. « Il y a peu de phénomènes de ce genre », soufflet-on dans l’entourage des Bleus. L’attraction du moment, c’est lui. Et tout sauf une surprise. Rarement, dans le petit cercle des chasseurs de nouvelles têtes, on a vu venir un garçon de si loin. « Depuis qu’il a 11 ou 12 ans, j’avais des infos sur lui, témoigne le recruteur d’un grand club européen. Mais en général, le joueur qu’on nous signale si tôt n’existe plus cinq ans plus tard. Lui, sa progression a été continue. Il est paramétré pour le haut niveau. Sans aucun signe laissant croire qu’il pourrait péter un plomb. » Immergée dans le sport, la famille veille, lucide.

Top rentabilité 28 matches cette saison 14 titularisations 13 buts 9 passes Fayza, la mère, ex-handballeuse de haut niveau, s’occupe du volet marketing ; Nike équipe le garçon depuis ses 13 ans. La partie sportive est le fait du paternel, éducateur à l’AS Bondy (Seine-Saint-Denis), là où Kylian a fait ses classes. En appui, on retrouve l’oncle, ex-directeur sportif de Sedan. Et le frère adoptif, Jirès Kembo-Ekoko, ancien attaquant de Rennes. « L’étiquette Real » Le clan a déjà eu à faire des choix forts. D’abord celui du centre de formation, au sortir de l’INF Clairefontaine. Cela mène au fameux épisode du Real Madrid, avec Zidane en personne pour l’accueillir et une photo avec Cristiano Ronaldo. L’étranger dès 14 ans ? Risqué. Caen tient un temps la corde, Monaco l’emporte. « En général, on faisait venir le joueur ciblé pour des tests, se souvient Souleymane Camara, alors patron du recrutement des jeunes. Avec Kylian, ce n’était pas la peine. L’échange avec la famille a été très plaisant. On a très peu parlé de l’aspect financier, mais beaucoup de l’évolution de l’enfant. » Pour faciliter la transition, le père s’installe une saison sur place. Mais les débuts s’avèrent cahoteux. « Beaucoup, en interne, se demandaient pourquoi on l’avait

Kylian Mbappé exulte après son but contre Manchester City, le 21 février. BPI/Icon Sport

fait venir, reprend Camara. Il avait l’étiquette du gamin qui devait signer au Real, ça l’a desservi tant on était exigeant avec lui. Le club a mis du temps à comprendre qu’il tenait une pépite. » Quand le petit Mbappé n’est pas aligné, le sourire déserte. C’est comme si on le privait de son habitat naturel, lui qui passe son temps à parler de foot, prolonge le plaisir sur console (Real, Barça et PSG en équipes fétiches). Les nuages se dissipent en U19, où il est surclassé : quatre rencontres et autant de doublés pour débuter. « Il nous gagnait les matches à lui tout seul », se rappelle un coéquipier. Direction la CFA, en mode express là encore. À l’automne 2015, profitant des absences à la trêve internationale, on le pousse vers l’entraînement des pros. Leonardo Jardim est parti lui aussi en Amérique du Sud pour superviser un joueur. Ses adjoints lui signalent ce gamin intrépide, aux dribbles effrontés. À son retour, le technicien portugais comprend d’emblée qu’il a affaire à un futur crack, même s’il juge que Mbappé doit mettre de l’ordre dans son jeu et travailler sur l’impact physique. Il lui offre son baptême en L1 juste avant ses 17 ans. Le premier but arrive deux mois et demi plus tard. Record de

précocité local : Mbappé efface Thierry Henry, dont le style et le parcours relèvent du copier-coller. 80.000 euros brut de salaire Tout semble avoir été fluide. La coulisse était pourtant agitée : la signature du premier contrat pro a pris des mois. À la table des négociations, Wilfrid Mbappé attendait des signes forts avant de s’engager. D’abord en termes de temps de jeu. Jardim, lui, était réticent à exposer un talent susceptible de filer gratuitement à la concurrence, à l’affût et fournie. Arsène Wenger s’implique alors personnellement pour Arsenal. Au PSG, c’est Olivier Létang qui maintient le contact. L’aspect financier coince aussi. Devant la lenteur des discussions, le vice-président Vadim Vasilyev finit par dresser un ultimatum, sous peine de retour à la case U19. Wilfrid Mbappé s’en affranchit sans paniquer. Il y a un an jour pour jour, son fils s’est donc engagé avec l’ASM jusqu’en 2019, avec une prime à la signature avoisinant 1,6 M€ et un salaire de 80.000 euros brut. Évidemment très au-dessus des standards pour un premier contrat (autour de 5.500 euros à Monaco). La direction sait déjà qu’il faudra monter le curseur de plusieurs

crans en vue d’une prolongation. A priori, l’interlocuteur sera encore le même : pour l’heure, Mbappé père refuse l’immixtion d’agents, malgré d’incessantes relances, se reposant sur le cabinet Verheyden & Cognard (qui compte Teddy Riner parmi ses clients) pour le cadre juridique. D’abord sous l’aile de Lacina Traoré, Mbappé a désormais pris son envol. S’il a joué les utilités en début de saison, ce qui a agacé son entourage au regard des engagements initiaux du club, il n’est plus considéré comme un simple chérubin dans le vestiaire. « Il chambre beaucoup, il est à l’aise, j’ai même l’impression que c’est le gars le plus apprécié du groupe », observe un autre jeune de l’effectif. Les éloges, la notoriété ? « Aucune influence sur lui, zéro pression. Il ne se prend pas pour un autre. Là, il passe son code et, le connaissant, il ne va pas flamber avec une première voiture tape-à-l’œil. » Peu importe, la route est tracée. g Damien Burnier

Monaco 

@initialsDB (avec S.C.)

Stade Louis-II (21 h, Canal+)

Nantes 


23

le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

Actualité Sport • 28

e

journée

Dijon 

0

Nice 

1

Cyprien (69e)

filou Lulu ? Vous avez pas vu Lulu? « Oui c’est moi... Et je suis toujours en tête », répond le coach des Niçois. Pour ça, un grand merci à Cyprien, auteur d’une bonne blague dans la défense locale. « Après, on sait qu’on est costaud derrière quand on défend », rappelle Souquet, ferme. Pour ça, il valait effectivement mieux sortir Balotelli, son poil dans la main et ses pics sur la tête. Bien joué, Lulu.

Caen 

2

Angers 

3

Rodelin (11e), Santini (67e)

Toko Ekambi (5e), N’Doye (21e), Mangani (48e sp)

PHYSIO Cheikh N’Doye n’est pas caricaturé en videur de boîte de nuit pour rien : énervé par Ronny Rodelin, venu mettre la pagaille sur son terrain de jeu, en plus avec des crampons sales, le capitaine angevin n’a pas tardé à remettre de l’ordre. D’un bon coup de tête, comme souvent. Et c’est le SCO qui rentre avec la recette du soir.

Bastia 

0

Saint-Étienne 

0

Metz 

1

Diabaté (45e)

Rennes 

1

Montpellier 

1

Guingamp 

1

Saïd (90e)

Mounié (50e) Briand (85e)

Vendredi Bordeaux-Lyon 1-1 Classement Pts J

G

N

P bp bc diff.

1 Monaco

62 27

19

5

3

78 25

2 Paris SG

62 28 19

5

4

56 19

37

3 Nice

62 28 18

8

2

45 21

24

4 Lyon

47 27

15

2

10 55 32

23

5 Bordeaux

43 28

11 10

7

36 34

2

6 Saint-Etienne

40 28 10 10

8

31 22

9

7 Marseille

39 27

11

6

10 36 36

0

8 Rennes

37 28

9

10

9

27 32

-5

9 Angers

36 28 10

6

12 28 35

-7

10 Toulouse

35 27

9

8

10 31 28

3

11 Guingamp

35 28

9

8

11 32 36

-4

53

12 Nantes

34 27

9

7

11 24 37 -13

13 Montpellier

33 28

8

9

11 40 46

14 Caen

31 28

9

4

15 29 46 -17

-6

15 Metz

31 27

8

7

12 26 51 -25

16 Lille

29 27

8

5

14 26 35

Football Le PSG a arraché une victoire heureuse contre Nancy. Place à Barcelone en Ligue des champions On veut bien croire qu’ils n’avaient pas la tête au Camp Nou mais les Parisiens ont tout de même quitté hâtivement le Parc des Princes. Histoire de jeter un œil au match du Barça face à Vigo, peut-être ? Depuis que les Blaugrana ont fui l’enceinte de la Porte d’Auteuil après la rouste inédite reçue en huitième de finale de la Ligue des champions (4-0), la MSN a relancé la machine à buts. Il en faudra au moins quatre pour renverser le PSG, mercredi, les Barcelonais en ont inscrit cinq hier. Poussifs contre Nancy, les partenaires de Blaise Matuidi envisagent-ils un scénario catastrophe ? « Jamais ! On est conscient qu’ils sont capables de tout mais nous sommes prêts. Il y aura du répondant de notre part », assure le meilleur ailier gauche français depuis Pascal Vahirua, encore entré à ce poste à la pause, au relais du pauvre Grzegorz Krychowiak. Avec l’international polonais devenu cadre en CFA et la recrue offensive Gonçalo Guedes tout en neutralité (remplacé par un Ben Arfa sur le même registre), Paris a battu un adversaire qui flirte avec la L2. Pas un si mauvais résultat. « On savait ce qui nous attendait, on a aussi eu un peu de chance », admet Kevin Trapp, bien placé pour en juger puisqu’un tir nancéien a rebondi

Toute la rage d’Edinson Cavani, félicité par Marco Verratti et Layvin Kurzawa après son penalty. Dave Winter/Icon Sport

sur les deux poteaux une minute avant que Serge Aurier n’obtienne un penalty, transformé par Edinson Cavani (27e but en 26 matches). « Qu’on joue bien ou mal, Cavani marque » Javier Pastore, qui a fini en slow motion après 90 minutes et 100 ballons touchés, en a gardé sous la semelle pour reconnaître avec lucidité qu’a domicile, « les matches de championnat sont difficiles à gérer pour nous. Qu’on joue bien ou mal, Ca-

vani marque, mais les autres joueurs n’arrivent pas tous à prendre la profondeur ». Pragmatique, Unai Emery s’est d’abord félicité d’avoir récupéré tous ses joueurs sans pépin physique et d’avoir ramené son équipe à hauteur de Monaco. « Il a fallu beaucoup travailler pour faire sauter le verrou. On continue de s’améliorer », positive l’entraîneur basque, qui avait été contrarié par le nul contre Toulouse (0-0) cinq jours après le Barça. Le technicien triple champion d’Europe avec Séville n’a pas fait

mystère des entrées prévisibles dans son onze pour le grand rendez-vous en Catalogne (Marquinhos, Meunier, Rabiot, Di Maria, Draxler). Si Paris confirme son exploit, la piqûre de rappel d’hier n’aura pas compté pour du beurre.  M.C.

celone de 2003 à 2010, a évincé le groupe du stade, ce qui lui a valu de passer son mandat sous protection policière, des indépendants continuent de semer la terreur en déplacement. On ignore leur nombre actuel mais ils ont plus de 30.000 abonnés sur les réseaux sociaux. Inspirés à l’origine par les tifosis italiens, les Boixos Nois ont rapidement regardé plus au nord, du côté des hooligans britanniques. Ils revendiquent cette filiation. Côté politique, leur idéologie a souvent évolué, « du nationalisme radical des indépendantistes catalans au mouvement skinhead, avant de se durcir et d’embrasser des idées néonazies », énumère Carles Viñas Gràcia. Récemment, le groupe a tenté de toiletter sa réputation. En vain d’après les chercheurs qui ont mis

en évidence ses liens avec l’extrême droite. Excepté Laporta, les présidents du club n’ont pas toujours été clairs à leur égard. Josep Lluis Nuñez (19782000) et Joan Gaspart (2000-2003) ont tenté de les instrumentaliser. On dit que Sandro Rosell (2010-2014) et Josep Maria Bartomeu (en poste depuis 2014) ont cherché à renouer un dialogue mais que les autorités locales ont aussitôt refermé la porte. Ainsi, les Boixos Nois se sont vu refuser l’accès à l’Espai d’Animació du Camp Nou, c’est-à-dire la tribune inaugurée au début de cette saison pour les cinq groupes ultras reconnus par le Barça. Mais la problématique de leurs faits et gestes à l’extérieur du stade reste entière. g

Paris SG 

1

Nancy 

0

Cavani (80e sp)

Les néonazis du Barça supporters C’est la facette la moins reluisante d’un club qui cultive le consensus. Depuis leur création en 1981, les Boixos Nois (« les garçons fous », en catalan) embarrassent le FC Barcelone. Ce groupe de supporters radicaux, non reconnu par la direction blaugrana, ternit son image à chaque nouvelle incartade. Certains de ses membres ont été impliqués dans des rixes, parfois sauvages, à travers l’Espagne ces dernières années. Et ce, malgré l’étroite surveillance de la police autonome catalane. Or, la venue du PSG au Camp Nou, mercredi en 8e de finale retour de la Ligue des champions, rappelle des faits très graves survenus aux abords de la mythique enceinte en décembre 2014 : deux supporters parisiens avaient été attaqués à

l’arme blanche après la rencontre de phase de poules entre les deux clubs. L’unique témoin n’ayant pu identifier les agresseurs, les autorités usent du conditionnel quant à l’implication des Boixos Nois. De pure forme au regard de la liste de leurs exactions ? Apologie de la violence, trafic de drogue, extorsion, insultes racistes, guérilla urbaine… Laporta sous protection Pire, au début des années 1990, cinq hommes ont été condamnés pour le meurtre d’un ultra de l’Espanyol, le rival local. « La violence est un des éléments de cohésion de ce groupe », a établi Carles Viñas Gràcia, docteur en histoire contemporaine à l’université de Barcelone et spécialiste des groupes radicaux catalans. Si Joan Laporta, président du FC Bar-

MICKAËL CARON

@CARONJDD

-9

17 Nancy

28 28

7

7

14 18 35 -17

18 Dijon

27 28

6

9

13 37 45

19 Bastia

25 28

5

10 13 24 38 -14

20 Lorient

22 27

6

4

-8

17 27 53 -26

Buteurs

27 Cavani +1 (PSG) 22 Lacazette (Lyon) 16 Falcao (Monaco), Gomis (Marseille)

Aujourd’hui

Lorient-Marseille Stade du Moustoir (15 h, beIN) Toulouse-Lille Stadium (17 h, beIN)

29e journée

Et en plus, ils sont vernis

Vendredi 10 mars Nice-Caen (19 h, beIN) Marseille-Angers (21 h, Canal+ Sport). Samedi 11 Monaco-Bordeaux (17 h, Canal+ Sport); Nancy-Lille; Guingamp-Bastia; Montpellier-Nantes; Rennes-Dijon (20 h, beIN). Dimanche 12 Saint-Étienne-Metz (15 h, beIN); Lyon-Toulouse (17 h, beIN); Lorient-Paris SG (21 h, Canal+)

tour d’europe

Benzema superstar

RENDEZ-VOUS

espagne Après-midi open Eibar pour le Real Madrid (1-4) : Cristiano Ronaldo au repos, Gareth Bale au frigo, c’est le Benz qui roule des mécaniques au comptoir : un doublé et une passe décisive pour James Rodriguez après 29 minutes. Zizou somnole pendant l’heure suivante, un peu comme le lecteur tombé par mégarde sur la récente autobiographie de son père.

arsenal hors c1

ANGLETERRE Presque le Brexit pour Arsenal qui intègre la zone Europa Ligue après sa défaite à Liverpool (3-1). Firminio démine le terrain, Mané mine le moral. Welbeck laisse entrevoir la possibilité du nul mais les Gunners déposent les armes après un ultime numéro de Lallana Land qui aurait lui aussi mérité un Oscar.

16 & 21 MARS MARS

DE 9H À 10H

Follow the Leaders #1 Le jour où les petites marques

nʼont plus jamais eu peur des grandes

#2 Le secret des entrepreneurs qui deviennent leaders

AVEC LA PRÉSENCE DʼANGÉLIQUE LENAIN (Directrice Générale, Sensee), EMMANUEL MARILL (Directeur, Airbnb France), GUILLAUME GIBAULT (Président, Le Slip Français), MARC SIMONCINI (Fondateur Meetic, Jaïna Capital), AXELLE TESSANDIER (Fondatrice , AXL Angency), etc.

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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

Actualité Sport projet d’expo. C’était au moment de la destruction de Palmyre par Daech. Il a immédiatement été intéressé par cette thématique. » Les œuvres du Marseillais ont été exposées en septembre dernier. « Il est curieux et généreux, notamment avec les artistes émergents, embraye Vincent Sarda. Yoann a une réelle volonté d’ouvrir sa palette afin que la direction artistique de sa galerie évolue avec cohérence dans le temps, et devienne de plus en plus audacieuse sur la durée. Ça prouve que le projet est tout sauf prétentieux. Il sait où il va. » Si ses goûts artistiques paraissent éclectiques, Fabien Groc détecte néanmoins chez lui « une trame commune dans les couleurs, les compositions. Il baigne dans la jeune scène qu’on peut voir sur les réseaux sociaux, entre l’illustration et l’art ».

Yoann Maestri dans sa galerie, rue Bouquières à Toulouse. FRANCK ALIX

Maestri, art et essais RUGBY Le deuxième ligne du XV de France tient une galerie à Toulouse. Les artistes qu’il expose croquent son portrait Dans le quartier chic des Carmes à Toulouse, l’enseigne indique Galerie M. Façade blanc immaculé. À l’intérieur, un « petit espace d’exposition très bien pensé, conçu avec simplicité et goût, murs blancs sans cimaise ni néons », détaille Vincent Sarda, l’artiste peintre en résidence depuis janvier. Le patron ? Yoann Maestri, 2 m, 120 kg. Ce Varois au passé de bagarreur des pelouses a été recruté par le Stade toulousain en 2009 pour remplacer l’icône Fabien Pelous. Depuis, il s’est construit une carrière respectable d’international français (54 sélections). Sa facette moins connue, il la réserve à un petit cercle d’initiés.

« Yoann aime visiter des galeries lors de ses déplacements mais il est aussi très actif sur les réseaux sociaux où il repère les artistes », explique Agathe André, qui assure la permanence à la galerie. Instagram lui a ainsi permis d’approcher le dessinateur Jean André, à l’époque directeur artistique du label électro Ed Banger (Justice, Cassius…). Celui-ci fut le premier exposant à la Galerie M, en duo avec la peintre et illustratrice Inès Longevial. Destruction de Palmyre C’est aussi par le biais d’Instagram qu’il est entré en relation avec Florent Groc, artiste plasticien et peintre. « J’ai vite remarqué que son intérêt était sincère, rembobine celui-ci. Il est venu chez moi, à Belleville, pour voir mes œuvres. Il m’a alors demandé de lui soumettre un

Voitures volantes Sylvain Viau, lui, n’en revient toujours pas : Yoann Maestri a organisé sa première exposition en août dernier et il y a vendu toutes ses photos « à un très bon tarif pour un débutant ». Architecte naval et ingénieur, cet amateur de voitures de collection a commencé à détourner des clichés de véhicules anciens, montrant par exemple des Citroën DS sans roue. « Je faisais ça pour les copains, raconte-t-il. J’ai diffusé quelques photos en ligne et c’est parti comme une traînée de poudre. Et puis un jour, j’ai reçu un coup de fil ». Yoann Maestri à l’appareil. « Il me dit : ‘‘Je voudrais exposer vos photos dans ma galerie’’. Son nom me disait vaguement quelque chose, mais je ne le remettais pas ! Je suis de la génération qui attendait les voitures volantes de l’an 2000, et il a aussi connu ça. Avec ma série, on est un peu retombés en enfance. » L’artiste a apprécié « l’esprit d’entraide » du deuxième ligne du XV de France, qui a financé une partie des tirages photos. Et qui, le jour du vernissage, est arrivé avec des packs d’eau sous les bras. Vincent Sarda appuie : « Yoann est très humble par rapport à tout ça. Je pense que sa première volonté a été de se faire plaisir, en sachant qu’il anticipe aussi intelligemment son après-carrière ». La Galerie M fêtera ce mois-ci son premier anniversaire. g Toulouse (Haute-Garonne) Correspondant Philippe KALLENBRUNN

@Ph_Kallenbrunn

« Laissons ce maillot au peuple de France » L’annonce de la vente du maillot de notre équipe nationale à un représentant du champ économique est une mauvaise nouvelle. Un hurlement. On croyait ce maillot sacré, incorruptible, un symbole absolu. Il porte depuis cent vingt ans l’histoire de l’âme des anciens, des bâtisseurs de ce jeu, d’une culture. Il est le souffle de nos 2.000 clubs, de 450.000 licenciés, des 5 millions de téléspectateurs qui ont soutenu le XV de France lors du Crunch. Il ne peut pas devenir un objet de négoce. À l’ouverture des maillots des clubs au champ publicitaire, vers 1990, je me rappelle de la levée de boucliers ! On disait : « Sur le maillot du Stade Toulousain, de Toulon, on ne mettra jamais de sponsors. » On a fini par en mettre des semi-remorques ! Ça ne me plaît pas. « Mouiller le maillot » : ces mots disent qu’il est plus qu’un uniforme identitaire. La Fédération française de rugby est l’une des plus riches du sport français, du monde même. À quoi

tion n’absorberont jamais totalement le cœur moral de l’aventure du sportif, qui est de faire grandir bon aller rapiner quelques oboles, les humains en plaçant au centre le certes conséquentes, en vendant vivre ensemble et le fraternel. le fleuron de l’âme ? L’argument Et si la FFR tient vraiment à ces 5 millions d’euros, laissons fédéral – « cet argent ira aux petits clubs » – est frelaté. C’est se rassuce maillot au peuple de France. Il rer la conscience. La danseuse va existe des plateformes participanous rapporter des p’tits sous. Ça tives : KissKissBankBank, Sponne fait pas partie du champ moral sorise.me et d’autres. Si chaque d’un service public. téléspectateur du match Angleterre À l’absolue nécessité des clubs, – France offrait 1 euro… Quelle jolie j’oppose celle de ne pas vendre le réponse ce serait ! Je verrais bien, maillot de la sélection. Même à une à côté du coq, les mots « Peuple de marque respectable de BTP. On France ». Discrets. Je sais qu’ils ne touche pas au maillot. risquent d’être mal interConserver sa virginité prétés dans cette péne relève pas de la riode de nationalisme mélancolie régresapeuré et protecteur. sive ou d’une nonMais ce serait beau. compréhension du D’autres nations du monde des marchés. rugby ont vendu leur C’est une espérance du maillot, mais viendra le jour futur. Il y a de la modernité où l’on dira : « Les Français, à notre mélancolie. L’induseux, ils ont vraiment bien fait trialisation et la médiatisade ne pas le vendre ! » g Photomontage

Par Daniel Herrero

Fin février en Belgique, l’équipe Sky à l’entraînement. Lalmand/Belga/Icon Sport

Sky lâchée par les siens CYCLISME Soupçonnée de tricherie, la formation britannique a désormais son pays contre elle 100 % clean. Tel était l’inviolable credo de l’équipe Sky à sa création en 2010. Sept ans plus tard, face aux fortes présomptions de tricherie, à la fois physiologique et mécanique, la Grande-Bretagne se retourne contre l’équipe qui lui a fièrement rapporté quatre maillots jaunes du Tour de France : Bradley Wiggins (2012) puis Chris Froome (2013, 2015 et 2016). Le célèbre journaliste du Sunday Times, David Walsh, est un faiseur d’opinion. Cet opiniâtre, qui avait précipité la chute de Lance Armstrong, a d’abord soutenu Sky sans réserve, persuadé de son respect des règles et de l’éthique après avoir passé une année entière en immersion. Les révélations embarrassantes de l’automne dernier l’ont fait changer d’avis. En cause, un mystérieux colis livré en urgence à Wiggins, par un assistant venu en avion depuis Manchester, pendant le Critérium du Dauphiné 2011. Les explications tardives et maladroites de Dave Brailsford devant la commission d’enquête parlementaire, créée en décembre, ont fait naître sa méfiance. Le manager gallois a fini par admettre que son leader de l’époque avait reçu du Fluimucil, un décongestionnant nasal non seulement autorisé mais délivré en France sans ordonnance ! En réalité, Wiggo est soupçonné d’avoir eu accès à un corticoïde, la triamcinolone, nécessitant la délivrance d’une autorisation thérapeutique. « Pendant des années, rembobine David Walsh, les Britanniques ont cru au discours intransigeant de Sky. Alors aujourd’hui, ils ne comprennent pas comment Wiggins, Brailsford et Shane Sutton [l’entraîneur] peuvent se retrouver sur la sellette. Je partage leur immense déception. J’ai donc appelé Brailsford à quitter la direction de l’équipe. » Bien qu’empêtré, celui-ci ne semble pas prêt à se résigner. Sa crédibilité est pourtant « en lambeaux », constatent unanimement les journaux anglais, en s’appuyant sur les dernières révélations : Sky n’aurait même pas conservé les dossiers médicaux permettant de vérifier si Wiggins a reçu ou pas un traitement ! Convoqué mercredi devant le comité du Parlement en charge des investigations, l’ancien médecin de l’équipe a prétexté un souci de santé pour ne pas comparaître. Mais il a

fait savoir que le dossier en question était sur un ordinateur qui lui avait été volé pendant des vacances en Grèce. Légère ? Mensongère ? Abracadabrante ? La justification contrevient de toute façon à la procédure qui prévoyait le téléchargement de tous les dossiers médicaux sur une boîte électronique accessible à l’ensemble du staff médical. Dopé repenti devenu observateur critique du milieu, David Millar dit suivre l’affaire de loin « tant le sujet Sky n’est plus constructif ». Un euphémisme alors que la chaîne américaine CBS a ouvert un deuxième front : d’après son enquête, en 2015, un sulfureux ingénieur hongrois aurait vendu à un inconnu des vélos équipés d’un moteur, alourdissant les machines de 800 grammes. L’exact surpoids constaté sur les

« Je partage l’immense déception des Britanniques » David Walsh, biographe de Froome vélos de contre-la-montre contrôlés pendant le Tour la même année. Ce faisceau de présomptions a contraint la fédération britannique à diligenter sa propre enquête. Les conclusions devraient être dévoilées dans les prochains jours. En attendant, son patron, Jonathan Browning, a déjà prévenu qu’il allait « revoir » ses liens avec l’équipe. Le dernier retournement de veste dans un pays désabusé d’avoir été possiblement abusé. Pour Brailsford, la critique la plus destructrice vient de l’intérieur : Chris Froome lui-même s’est très tôt désolidarisé. Alors qu’il a fini par convaincre les sceptiques, il n’entend pas se laisser éclabousser par un scandale qui ne le concerne en rien. Pendant que ses équipiers préparaient Paris-Nice (d’aujourd’hui à dimanche prochain), le chef de file du cyclisme britannique était en stage en Afrique du sud, où son silence monacal sur l’affaire n’est pas passé inaperçu. Lui et ses partenaires peuvent encore sauver leur peau car, rappelle son biographe David Walsh, « il n’existe aucune preuve qu’un coureur actuel de l’équipe ait commis une faute ». g MICKAËL CARON

@CARONJDD

paris-nice sous surveillance Un tiers d’effectif supplémentaire a été mobilisé pour assurer la sécurité de

Paris-Nice, qui débute aujourd’hui, soit 1.400 membres des forces de l’ordre au total. Le dispositif sera complété par des physionomistes et un plan antiintrusion renforcé, soit un surcoût de 70.000 € pour l’organisateur ASO. Huit mois après l’attentat qui a fauché 86 vies sur la Promenade des Anglais, l’arrivée de la dernière étape, dimanche prochain, sera jugée dans une rue parallèle.


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Actualité Médias L’élection présidentielle dope les audiences TÉLÉVISION Le feuilleton Fillon comme les émissions de débat suscitent plus d’intérêt que ceux de la campagne de 2012 C’est le grand paradoxe du moment : si les Français sont vent debout contre les politiques, ils sont également des millions à dévorer le feuilleton de la présidentielle. Comme si le scrutin de 2017 ressemblait à un sitcom, où chaque jour apporte son lot de rebondissements. Depuis le 13 octobre, date du premier débat télévisé dans le cadre de la primaire de la droite, le spectacle de cette campagne bat des records d’audience. Mercredi encore, à 12 h 26, ils étaient près de 2,5 millions à regarder sur les chaînes d’infos la déclaration de François Fillon. Dont 1,9 million sur la seule BFMTV… Cette séquence présidentielle se traduit par un engouement jamais vu : l’ensemble des émissions liées à la campagne affichent une hausse d’audience de 26 % par rapport à 2012. Selon Médiamétrie, ce sont ainsi 47,4 millions de personnes qui ont regardé une émission en rapport avec la présidentielle entre septembre et décembre 2016, quand elles étaient 39,6 millions il y a cinq ans. « Ce feuilleton hors normes passionne des Français partagés entre la jubilation et l’ébahissement, commente le politologue Roland Cayrol. Décidés à se débarrasser d’une classe politique dont ils disent ne plus vouloir, nos concitoyens ont le sentiment de vivre en live un moment atypique de notre histoire politique, où tout peut basculer. » « Le triomphe de l’émotion » Le publicitaire Jacques Séguéla abonde dans le même sens : « Notre classe politique, qui vit son printemps arabe, est devenue un objet télévisuel. On est passé du sacré au profane, d’un cérémonial à un programme de reality show. C’est le grand retour de la politique spectacle, avec ses doses de suspense et de péripéties. Mais c’est également le triomphe de l’émotion, le sacre de la personnalisation, le règne de la déraison. » La pipolisation avait, dès octobre, trouvé sa consécration sur le divan de l’animatrice de M6, Karine Le Marchand : Une ambition intime rassemblait 3 millions de curieux devant les épanchements d’une brochette de présidentiables. Même les seconds rôles de cette course à l’Élysée parviennent à trouver un public : 800.000 personnes étaient encore devant leur télévision, à 1 h 30 du matin le 26 février, pour écouter le leader du Nouveau Parti anticapitaliste, Philippe Poutou, invité de Laurent Ruquier sur France 2. La politique, nouvel or noir du petit écran ? TF1 et France 2, qui en sont convaincues, vont programmer une salve de débats à compter du 20 mars. « Mais gare à l’indigestion et au retour de bâton », soulève le même Séguéla, qui redoute que « l’hystérisation médiatique » autour de cette présidentielle ne se retourne, une fois le soufflé de la campagne retombé, contre des médias souvent conspués. g Renaud Revel

La parité dans la presse et sur Internet en France en 2016 Part des femmes dans les 1.000 personnalités les plus citées 2016 : 16,8% 2015 : 15,1% 2014 : 17,3% 2013 : 19,2%

Proportion d’articles parus en 2016 avec.... ... uniquement des femmes

Les femmes à la une

Répartition des femmes les plus présentes par catégorie

... uniquement des hommes

17%

72,3%

10,9%

1%

Business

Sport

2.345

mentions en une

... des femmes et des hommes

pour les 10 premières femmes, 4 fois moins que les hommes

16,7%

35%

47%

Politique

Culture

Top 10 des femmes les plus médiatisées 1 Hillary Clinton

2 Marine Le Pen

3 Ségolène Royal

10e

12e

13e

du classement général du classement général du classement général

4 Myriam El Khomri

14e

du classement général

5 Angela Merkel

15e

du classement général

6 Marisol Touraine (27e) 7 Nathalie Kosciusko-Morizet (28e) 8 Anne Hidalgo (33e) 9 Najat Vallaud-Belkacem (35e) 10 Christiane Taubira (48e)

Source : Pressedd. Ce classement, réalisé du 1er janvier au 31 décembre 2016, a été établi à partir des 1.500 premiers titres de la presse française (Presse quotidienne nationale et régionale, presse magazine, presse professionnelle et spécialisée) et de 1.500 sites du Web éditorial : sites des titres de PQN, PQR, PHR, presse magazine et pure players, y compris les articles derrière paywall.

Les femmes restent les grandes oubliées de la presse

M

ercredi, elles prendront beaucoup plus de place dans les journaux. Ce sera la Journée internationale des droits des femmes (lire aussi page 18). Mais toute l’année, les personnalités féminines sont très fortement sous-représentées dans les médias. Selon le 4e Observatoire de la parité dans la presse française réalisé par Pressedd, que le JDD dévoile, seulement 168 femmes figurent parmi les 1.000 personnalités les plus citées dans les journaux et sites Web d’info français en 2016 (17 de plus qu’en 2015). Par ailleurs, 72,3 % des 1,4 million d’articles analysés ont mis en avant uniquement des hommes, une légère amélioration aussi par rapport à 2015, où ils représentaient 76 %. Selon Christian Delporte, historien des médias, « la presse écrite et audiovisuelle est le reflet de la société où les hommes continuent d’occuper de plus grandes responsabilités et donc de recevoir la parole ». « Le miroir est déformant. Interviewer uniquement des hommes est une facilité dont il faut se défaire, complète Laure Daussy, membre du collectif Prenons la une, qui plaide pour une représentation plus juste des femmes dans les médias. Certes, on sent, depuis un ou deux ans, une prise de conscience dans la nécessité d’être attentif sur ce sujet mais dans les faits rien ne change. » En 2016, la femme la plus citée (de manière positive, neutre ou négative) dans la presse française est Hillary Clinton. Elle vole la première place à Marine Le Pen (en tête en 2015). Ségolène Royal complète le

Baromètre Elles sont

168 seulement à figurer dans le Top 1.000 des personnalités les plus citées en 2016

Politique Le podium : Hillary Clinton, Marine Le Pen et Ségolène Royal

podium. Mais avec 42.380 articles, la candidate à la présidentielle américaine n’arrive que 10e du classe-

ment général, dominé par François Hollande avec 225.722 articles. « La presse écrite n’est pas régulée, contrairement à l’audiovisuel, où le CSA compte la présence des femmes », indique Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Mardi, le Conseil supérieur de l’audiovisuel dévoilera d’ailleurs son deuxième rapport sur la représentativité des femmes dans l’audiovisuel. « Au-delà des chiffres, il faut travailler sur la façon dont on parle des et aux femmes, précise Brigitte Grésy. Dans les journaux, on remarque qu’elles sont parfois appelées par leur prénom

alors qu’on donne du monsieur aux hommes. » Et Laure Daussy de citer d’autres exemples : « On voit trop d’articles où elles sont relayées au rang d’“épouse de” et d’autres où elles jouent plus souvent le rôle de témoins que d’expertes. » L’année 2017 sera-t-elle meilleure ? Selon les premières tendances repérées par Pressedd, la présence des femmes dans les journaux ne se renforce pas. Mais le podium change. Sur janvier et février, les trois personnalités les plus présentes sont, dans l’ordre, Marine Le Pen, Penelope Fillon et Theresa May. g Cyril Petit

 @cyrilpetit99


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Enquête L’affaire Fillon met au jour les conditions opaques dans lesquelles

STATUT

Le flou qui entoure la profession d’assistant parlementaire, ni codifiée ni contrôlée, est propice à de multiples abus

DÉRIVES

Corvéables à merci, ces « soutiers de la République » sont aussi exposés aux conflits d’intérêts

Dans l’ombre du J ulien, 35 ans, a été l’un des quelque 2.000 collaborateurs parlementaires que compte l’Assemblée nationale. Un métier exercé sous les ors de la République, au plus près du pouvoir. Le poste rêvé pour un jeune diplômé en droit et en sciences politiques, militant socialiste et ancien leader syndical étudiant. De 2013 à 2015, il a travaillé pour une députée PS, figure éminente de la commission des Affaires sociales à la réputation sans tache. Il en est sorti brisé. « En deux ans et demi, j’ai écrit deux discours pour le 11-Novembre et rédigé 20 courriers, c’est tout. Elle ne déposait presque pas d’amendements, ne me confiait pas de travail législatif », assure le jeune père de famille. Loin des débats politiques et des travaux parlementaires, il raconte avoir en réalité servi d’homme à tout faire à l’élue. « J’étais son larbin, elle me chargeait même d’aller lui acheter des serviettes hygiéniques », dénonce-t-il aujourd’hui. Un témoignage que Julien déroule sous tension, et photos à l’appui : sur un cliché daté du 19 novembre 2014, on voit une boîte de suppositoires et un Postit sur lequel figure une liste de médicaments, écrite de la main de l’élue. Sous le nom d’un produit, la députée a bien précisé « pas de générique ». Suivent l’image d’un plateau encombré de tasses sales, orné d’un message « vaisselle à faire SVP ». Et celle d’une liste de courses, en prévision d’un déjeuner que l’élue doit partager avec sa fille L., rédigée sur papier à en-tête de l’Assemblée : « Deux salades et deux salades de fruits. L. voudrait un sandwich avec du saucisson (si tu ne trouves pas, tu achètes du pain et du saucisson à part !)… » Syndiqué et plutôt grande gueule, Julien a démissionné en janvier 2015, sans déposer plainte : « Comment aurais-je pu monter un dossier ? Je n’ai jamais refusé les tâches qu’elle me confiait. Tous les dimanches soir, à 18 heures, elle commençait à m’appeler. J’en pleurais… J’étais humilié, mais je n’ai jamais réussi à dire non. » Interrogée par le JDD, la députée conteste tout abus : « Tous les collaborateurs rendent service, c’est normal ! » estime-t-elle. À l’en croire, son assistant, pourtant bac + 5, payé 2.100 euros par mois, n’était qu’« un feignant ». « Tout le monde le détestait. Je ne savais pas quoi lui donner à faire », plaide-t-elle. C’est pourtant bien lui qui est parti. Lorsqu’elle a appris que Julien commençait à s’épancher, la députée, ulcérée, s’est montrée carrément menaçante : « Il a intérêt à se méfier, le parti va lâcher les chiens ! » Un ton qui ne surprend pas Véronique D., qui fut huit ans durant sa collaboratrice en circonscription. La quadragénaire a été licenciée en septembre 2015, après trois mois d’arrêt maladie « injustifiés », selon l’élue. L’affaire sera jugée aux prud’hommes le 16 mars.

UN ANGLE MORT DE LA VIE PUBLIQUE Les élus-employeurs et leurs collaborateurs : un huis clos sur lequel, jusqu’au « Penelopegate » et aux révélations du Canard enchaîné sur les emplois présumés fictifs de la famille Fillon, personne ne s’était vraiment penché… Un angle mort de la vie publique, soudainement placé sous les projecteurs. Depuis un mois, les règles très floues qui régissent les relations entre les parlementaires et leurs assistants (ils sont 2.039 à l’Assemblée, 950 au Sénat) sont pourtant, petit à petit, mises au jour. Et l’on découvre ainsi qu’il n’y a pas grand-chose, dans la « fiche de synthèse sur le statut des collaborateurs de députés » éditée par le Palais-Bourbon, qui interdise formellement la manière dont Julien à été traité. « Le député a la qualité d’employeur, il recrute librement ses collaborateurs, licencie, fixe les conditions de travail et le salaire de son personnel, dans le respect des dispositions du Code du travail […]. Le

Le salon Delacroix à l’Assemblée nationale. AURELIEN Faidy/DIVERGENCE

collaborateur joue le rôle que chaque député lui fixe à l’intérieur de l’équipe qu’il a recrutée », stipule le règlement. La relation hiérarchique entre un élu et son attaché parlementaire n’est donc ni codifiée ni contrôlée. Chaque parlementaire dispose d’une enveloppe mensuelle (7.500 euros brut par mois pour salarier jusqu’à trois collaborateurs au Sénat, et 9.561 euros pour payer jusqu’à cinq assistants à l’Assemblée), qu’il distribue comme bon lui semble et dont il peut verser le reliquat au groupe parlementaire. Mais sans y être contraint. Seule obligation : le collaborateur de député ou de sénateur, qu’il soit basé à Paris ou en circonscription, doit travailler exclusivement dans le cadre du mandat parlementaire. Une règle dont, profitant d’un contrôle extrêmement lâche, certains élus se sont affranchis durant les campagnes des primaires, au cours desquelles leurs assistants se sont activés… dans les QG des candidats. « La participation d’un collaborateur parlementaire à une campagne électorale pen-

dant ses heures de travail est à proscrire », avait pourtant rappelé le président de l’Assemblée, Claude Bartolone, dans un courrier adressé aux députés le 24 octobre. À moins que l’intéressé ne milite sur son temps libre ou signe un CDD avec l’association de financement de la campagne. Ce qui est loin d’être toujours le cas. Comme le révélait Marianne en février, Roberto Romero et Cécile Regradj, respectivement assistants des députés socialistes Henri Emmanuelli et Pascal Cherki, occupaient les fonctions de trésorier et d’attachée de presse de Benoît Hamon, sur les deniers de l’Assemblée. Caroline Morard, attachée parlementaire du député (LR) Jérôme Chartier, gère la communication de F ­ rançois Fillon. Mais ils n’étaient pas les seuls. Loubna Méliane, collaboratrice du député PS de l’Essonne Malek Boutih, a également – et très officiellement – occupé la fonction de porte-parole de Manuel Valls pendant plusieurs semaines. Sollicitée par le JDD, elle n’a pas souhaité répondre.


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Enquête travaillent les collaborateurs des députés et sénateurs

Parlement LA DÉONTOLOGIE ET L’OMERTA

Pionnière du genre, Geneviève Salsat, collaboratrice de Lionnel Luca (LR, Alpes-Maritimes), a carrément monté son propre cabinet de « relations Sur ce sujet, la socialiste Marie-Françoise Clergeau, institutionnelles », Public Conseil, en 2008. Sur chargée, en temps que première questrice, de la son site Internet, cette quadra brune au Brushing gestion administrative et financière de l’Assemimpeccable assume sa double casquette et valorise blée, botte en touche. Dans son grand bureau du les vingt années passées à l’Assemblée, où elle premier étage, la « DRH » du Palais-Bourbon a acquis « une pratique constante du droit, une dresse, en revanche, « un bilan positif des avanconnaissance très marquée des élus, de leurs colcées concernant la situation des collaborateurs sous laborateurs directs, de la procédure parlementaire, la mandature de Claude Bartolone ». La députée largement méconnue par le monde économique »… de Loire-Atlantique se félicite notamment de la Même posture décomplexée pour Roger nomination, en 2013, d’un « référent harcèlement », Pécout, collaborateur de l’élu LR de Seine-etet de la publication à venir d’un guide de « bonne Marne Yves Albarello. Ancien journaliste, attaché conduite » qui sera distribué aux députés dès le parlementaire depuis 2002, il « ne voit aucun prodébut de la prochaine mandature. Qu’importe blème » à exercer depuis 2014 le rôle de secrétaire la réalité du terrain : « J’ai reçu une assistante en général du Club des acteurs de la prévention, un pleurs dans mon bureau, raconte une députée. Elle groupe d’« acteurs clés du domaine industriel », ne supportait plus les gestes déplacés de son patron. qui fédère laboratoires pharmaceutiques et C’était une fille qui voulait faire fédérations professionnelles carrière en politique, qui avait du secteur de la santé. Depuis de l’ambition. Quand je lui ai son bureau du Palais-Bourbon, proposé de l’accompagner chez « J’étais son il prend, au nom du club, des le référent, elle m’a dit : “Certairendez-vous avec les députés larbin, elle nement pas ! Si ça se sait, je suis qu’il sait devoir convaincre, et cramée.” Et elle avait raison ! », envoie des invitations à déjeume chargeait conclut l’élue, forcée d’admettre ner à ceux qui sont acquis à même d’aller que « plus personne, au groupe, sa cause. Surtout, il adresse, n’aurait voulu l’embaucher ». au nom d’Yves Albarello, des lui acheter Même décalage en ce qui questions écrites au gouvernedes serviettes concerne l’entrée en vigueur, ment qui semblent bien éloidepuis le 1er mars, de l’accord gnées des préoccupations de hygiéniques » portant uniquement sur le l’élu, membre de la commisJulien  temps de travail des collaborasion du développement duteurs, réclamé par le Syndicat rable et de l’aménagement du national des collaborateurs-FO territoire. La dernière, datée (SNC-FO). « Cet accord a juste permis d’éluder le du 21 février, attirait ainsi « l’attention du gouvervrai problème, à savoir la professionnalisation de nement sur les inquiétudes suscitées par l’amennotre statut et la définition de la fonction de colladement gouvernemental imposant un règlement borateur parlementaire, à travers, par exemple, des arbitral à la convention nationale des chirurgiens fiches de poste », regrette-t-on à l’Association frandentistes »… Une corporation membre du Club çaise des collaborateurs parlementaires (AFCP). des acteurs de la prévention. Faute d’avancées significatives, le métier d’assisFace à ces situations de conflits d’intérêts, tant parlementaire pourra continuer à englober Marie-Françoise Clergeau s’en tient au règlement des missions allant de l’accueil téléphonique à la en vigueur depuis 2013 : « Les représentants des rédaction de discours politiques, pour un salaire lobbies doivent se déclarer, rappelle-t-elle avant, moyen d’environ 2.400 euros. une fois encore, d’éluder : nous n’avons aucun Le 15 février, dans le sillage de l’affaire Fillon, les pouvoir de contrôle et de sanction. C’est au député de veiller à ce que son collaborateur ne dérape syndicats d’assistants, lassés par les blocages institutionnels, ont donc décidé de sortir de l’ombre. pas. » Encore faut-il que l’élu soit au courant. Car Ils ont publié dans Le Monde une tribune dans ceux que l’on surnomme les « chevaux de Troie laquelle ils dénoncaient leur absence de statut : or, des lobbies » œuvrent parfois très discrètement. « la question sociale et la question déontologique sont Marine, assistante du groupe UDI, se souvient intimement imbriquées », selon eux. Il n’en fallait notamment d’un collaborateur salarié à mi-temps pas plus pour que Claude Bartolone annonce la par la marque de cognac Martell, « qui bloquait création d’un groupe de travail sur les questions les amendements censés refréner la consommade déontologie concernant l’emploi des collaboration d’alcool chez les jeunes ». Plus modestement, teurs, dont les propositions pourraient être adopd’autres sont rétribués au coup par coup par tées dès l’été. Les syndicats de collaborateurs ne des fédérations professionnelles pour faire de sont pas conviés à la table des discussions, mais la « veille parlementaire » qui peut aller jusqu’à rapporter les propos tenus lors d’une audition à ne s’en plaignent pas vraiment : sur le sujet, ils ne sont pas toujours à l’aise, loin s’en faut. huis clos, ou rendre de petits services, comme « scanner le Bulletin quotidien tous les matins », épargnant ainsi à leur employeur privé la sousCHEVAUX DE TROIE cription d’un abonnement à 5.000 euros par an… DES LOBBIES Impossible de dénombrer les collaborateurs Car, si la question de l’éthique vise en premier parlementaires salariés par des entreprises ou des lieu les élus, elle se pose également pour leurs fédérations professionnelles. Mais un lobbyiste, assistants. « Les collaborateurs parlementaires excellent connaisseur des arcanes parlemendevraient, eux aussi, être soumis à une déclarataires, raconte : « Avec la fin de la session parletion d’intérêt auprès de la Haute Autorité pour mentaire, j’ai déjà reçu cinq CV de collaborateurs la transparence de la vie publique », concède en d’élus qui veulent se recaser. Et tous font état de souriant un assistant LR qui a longtemps travaillé leur expérience dans le domaine du lobbying. C’est pour un cabinet de relations publiques. Comme assez cocasse. » Et efficace, comme en témoigne lui, ainsi que le révélait Mediapart en 2013, ils la récente embauche à la division des affaires sont quelques-uns à profiter du durcissement, industrielles du LEEM (les entreprises du médices dernières années, des conditions d’accès des cament) de l’assistant d’un élu PS très investi sur lobbies au Parlement pour arrondir leurs fins de les questions de santé, et notoirement proche mois, « voire doubler leur salaire ». des laboratoires.

COMPLAISANCE ET NÉPOTISME Pour l’heure, les demandes d’associations comme Transparency International (TI), réclamant que chaque assemblée parlementaire se dote d’un déontologue indépendant (le Sénat n’en a pas du tout), bénéficiant de moyens d’enquête et de sanction, sont restées lettre morte. Face à l’ampleur de la tâche, le groupe de réflexion réuni par Claude Bartolone commencera « plus modestement » (dixit un membre de son cabinet) par s’attaquer à la question des emplois familiaux. Deux ans après le Sénat, l’Assemblée nationale vient de publier la liste des collaborateurs d’élus. Il apparaît qu’un député sur six emploie un membre de sa famille. Ce calcul ne tient pas compte des « emplois croisés », qui consistent, pour un parlementaire, à faire embaucher un proche par un autre élu (une pratique très en vogue au Sénat). Si les emplois familiaux sont interdits aux États-Unis, en Allemagne ou, depuis 2009, au Parlement européen, ils sont toujours autorisés par le Parlement français, tant que le travail est effectif. Seule limite : le salaire d’un conjoint est plafonné à 4.752 euros mensuels à l’Assemblée, 3.774 euros au Sénat. « Nous demandons l’interdiction pure et simple des emplois familiaux, qui nourrissent le soupçon de complaisance et de népotisme à l’égard des élus », tempête Elsa Foucraut, porte-parole de TI, qui s’appuie sur un sondage de l’association paru en octobre, selon lequel « 77 % des Français jugent leurs députés et sénateurs corrompus ». Une revendication reprise dans son programme par Emmanuel Macron, le candidat d’En marche ! à la présidentielle. Sur cette question, peut-être serontils enfin entendus à l’Assemblée : Claude Bartolone, qui a épousé sa collaboratrice, aujourd’hui sa conseillère technique chargée du droit des femmes, et Marie-Françoise Clergeau, dont la fille, Florence, travaille à ses côtés, ne seront pas candidats aux législatives de 2017. g

Enveloppe mensuelle

7.500

euros brut par mois pour salarier jusqu’à trois collaborateurs au Sénat

9.561

euros brut par mois pour payer jusqu’à cinq assistants à l’Assemblée

Stéphanie Marteau

SAISON 2

95,46 % des voix

Le score obtenu par Ali Bongo dans son fief avec une participation de 97 % (contre 59,5 % au niveau national).

Neurochirurgienne


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Opinions & controverses

Le bal des somnambules par Philippe Val qui témoigne de noncent la lèpre bouleversements antisémite qui profonds et inprospère sur les quiétants dans le réseaux sociaux monde musulman. dans l’impunité Or, ces deux totale non seulesujets sont ignoment des auteurs, rés ou traités avec mais des éditeurs une superficiaque sont les prolité qui confine à priétaires de ces l’inexistence. Qui réseaux. Aucun s’y frotte s’y pique. candidat n’a cru Comme le patient bon d’analyser de quoi l’affaire journaliste et écrivain, a publié qui résiste sur le Mehdi Meklat divan de l’anaen janvier « Cachez cette identité était le symplyste, on parle que je ne saurais voir » d ’a u t re c h o s e. (Grasset). tôme cancéreux Pa r exe m p l e, d a n s u n p ay s pour conclure un qu’ils prétendent accord avec un pourtant diriger. candidat Vert qui ne représente Des journaux et des sites « de pas 3 % des voix, Benoît Hamon, gauche » – quelle gauche ? – se candidat du PS, en pleine crise sont contentés de dénoncer la de somnambulisme, promet récupération de l’« affaire » par de brader la Ve République et la fachosphère, comme si elle d’instaurer la proportionnelle n’était pas elle-même un pur intégrale dans une période où le produit de la fachosphère branFN culmine à 40 %. Riche idée chée. Que font-ils, sinon renforcer suicidaire, non ? une Marine Le Pen qu’au fond, ils Aucun projet européen, aucun aiment de toute leur haine ? discours sur l’avenir de la laïcité et Au bal des somnambules, la de l’État de droit face à la montée guerre est culturelle et la paix est de la violence identitaire et relinaturelle. Dans la réalité, évidemgieuse, rien sur l’avenir de l’égalité ment, c’est l’inverse. hommes-femmes, rien sur la déSoit le réveil sonnera avant la fense à l’ère de Trump, de Poutine date fatidique de l’élection – il est et du radicalisme musulman, rien déjà bien tard – et nous pourrons sur le dynamisme culturel dont continuer à croire en nous-mêmes nos pays libres sont pourtant le et dans nos libertés, soit il sonnera miraculeux produit. Il faut que ce après. Ce sera trop tard. Et nous soient de simples citoyens qui dén’aurons pas fini de le regretter. g P. MATSAS/Opale/Leemage

Depuis quarante ans, en France, les campagnes présidentielles traitent quatre grands thèmes, avec un ordre de priorité différent selon les époques : l’économie, le chômage, la construction européenne et la sécurité. Depuis le début de cette campagne, Front national mis à part, la plupart des prétendants « crédibles » n’ont traité, avec plus Macron, qui, mécaniquement, ou moins de talent, que les deux profite de la déshérence de la premiers thèmes, l’économie et droite et de la gauche. le chômage, non pas dans l’indifIl n’y a aucune logique politique férence générale – les sujets sont dans cet état des choses. La situaimportants – mais disons, sans tion est absurde, comme dans les soulever beaucoup de passion. rêves, comme dans les névroses, Les deux seuls candidats à comme dans les maladies mentales s’aventurer sur les deux autres qui conduisent l’individu à une thèmes, Manuel Valls et Nicosorte de somnambulisme éveillé. las Sarkozy, ont été l’objet d’une Nous sommes précisément dans cette situation somnamhostilité politico-médiatique telle qu’ils ont été immédiatebulique où les acteurs de la vie ment évincés de la campagne. publique s’enfoncent dans une Le système des primaires – névrose d’évitement sans prendre étripage rendant tout rassemgarde à l’effet de sidération qu’ils blement impossible à l’issue du produisent chez les citoyens. processus – est la conséquence Les sociétés démocratiques ont de l’abaissement intellectuel et vécu deux énormes traumatismes de l’irresponsabilité des partis, – liés l’un à l’autre – dont on prédésormais incapables de désifère ne pas parler. Trop compligner eux-mêmes leur candidat. qués, pas assez rassembleurs : Il ne pouvait en – l’agonie de sortir que de la construction la médiocrité, européenne qui Agonie de la c’est fait. Alors a pourtant gamême qu’un ranti la paix en construction désir de droite Europe depuis soixante - dix s’est clairement européenne exprimé dans ans, fait unique et terrorisme le pays –  mis dans son hisen lumière par toire séculaire ; islamique : toutes les études – l’intrusion deux sujets dramatique du d’opinion  – à deux mois du terrorisme islaqui sont scrutin, il n’y a, mique au cœur ignorés par les à cette heure, de sociétés plus de candilaïques et pacicandidats à la dat éligible à fiques, conséprésidentielle droite. Reste quence d’une un Emmanuel radicalisation

Pour mieux vous informer, le JDD change à nos lecteurs Par hervé gattegno directeur de la rédaction

Changer pour mieux rester soi-même : c’est le défi que s’est fixé le Journal du Dimanche. Pour mieux vous informer, vous éclairer, vous aider à forger vos opinions. Dans une actualité mouvante et angoissante, notre ambition reste de raconter ce que vous ignorez, de vous déranger (parfois), de vous stimuler (le plus souvent), de vous divertir (aussi). C’est dans cet esprit qu’a été conçue

Directeur de la rédaction Hervé Gattegno. Directeur adjoint de la rédaction Patrice Trapier. Rédacteur en chef central et secrétaire général de la rédaction Cyril Petit. Directrice artistique Brigitte Suffert. Rédacteurs en chef Anna Cabana (Politique), François Clemenceau (International), Guillaume Rebière (économie), Laurent Valdiguié (Société). Secrétaire général adjoint Robert Melcher (Paris). Rédacteurs en chef adjoints Danielle Attali

la nouvelle maquette que vous découvrez dans ce numéro. Nous l’avons voulue plus claire, efficace et élégante, pour une information plus hiérarchisée, des choix assumés et mis en scène avec exigence. Ce JDD new look est donc celui d’une nouvelle ambition journalistique. Il fait résolument plus de place à l’enquête et au récit, auxquels une double page est désormais consacrée – car à l’heure où certains prétendent tout dire en 140 caractères, nous croyons à la majesté du texte long, à condition d’être fondé sur une investigation rigoureuse.

(Culture), Bruna Basini (économie), Richard Bellet (Société), Stéphane Joby (Sports), Pierre-Laurent Mazars (Enquête, opinions, portrait), Didier Siberchicot (édition). Chef du service photo Aurélie Chateau. LEJDD.FR Rédactrice en chef déléguée Marianne Enault. Chef d’édition Vivien Vergnaud. LE JOURNAL DU DIMANCHE est édité par : Hachette Filipacchi Associés SNC au capital de 78 300 €, siège social 149 rue Anatole France 92534 Levallois-Perret cedex. RCS Nanterre B 324 286 319.

Pour que les débats qui agitent le monde ne soient pas confisqués par les politiques et les experts, nous voulons aussi accueillir les points de vue d’intellectuels, d’artistes et d’acteurs de la société civile, même quand ils sont minoritaires ou dissonants. Ce sera l’enjeu de ces pages « Opinions & controverses », qui précèdent nos pages « Lire », devenues au fil des ans un rendezvous incontournable de l’actualité des lettres. Hebdomadaire d’actualité et d’approfondissement, le JDD entend enfin être un compagnon idéal du week-end, pourvoyeur d’envies et d’idées nouvelles. C’est

Associé : Hachette Filipacchi Presse. Renseignements lecteurs : 01 41 34 63 40. Gérante-Directrice de la publication Claire Léost. Président d’honneur Daniel Filipacchi. Directrice générale adjointe Anne-Violette Revel de Lambert. Communication Nawal Hocine, Anabel Echevarria. Ventes Frédéric Gondolo et Katia Parent 01 41 34 64 78. Diffusion Presstalis Réassortiments 06 68 08 16 67. Imprimé en France par Paris Offset Print 93120 La Courneuve, CIMP Toulouse, MOP

pourquoi notre dernière partie, « Plaisirs », réunit à présent le cinéma, les spectacles, la musique et tous les arts de vivre, du voyage à la cuisine en passant par la mode et le design, pour vous aider à faire du dimanche un moment de détente et de volupté. La presse écrite a-t-elle encore de l’avenir ? Nous en sommes persuadés. À vous, lecteurs, de nous dire si vous partagez cette conviction, pour qu’à cette offre renouvelée réponde votre confiance renouvelée. Avec vous, pour vous, le JDD veut être mieux qu’un média de référence : un journal de préférence. g

Vitrolles, CILA Nantes, CIRA Lyon et Nancy Print. N° de Commission paritaire 0420 C 86 368. Numéro ISSN 0242-3065. Dépôt légal : à parution. © HFA 2015 Hachette Filipacchi Associés est une filiale de Lagardère Active SAS. Président du directoire Denis Olivennes Publicité : Lagardère Publicité, 10, rue Thierry le Luron, 92300 Levallois-Perret. Tél. : 01 41 34 90 00. Fax : 01 41 34 90 01. Présidente Valérie Salomon. Directrice de la publicité Frédérique Vacquier. Tél. : 01 41 34 92 46 Tarif France Le JDD + Version Femina (Ile-de-France) : 1 an, 99 € ;

Déchiffrage

Axel de Tarlé

Tous musiciens Quand avez-vous acheté un CD pour la dernière fois ? Le calvaire aura duré près de quinze ans pour l’industrie musicale ! Quinze années de baisse ininterrompue des ventes. Ça y est, pour la première fois depuis 2002, les ventes sont reparties à la hausse : + 5,4 % l’an dernier en France, grâce à l’essor du streaming, en forte hausse de 37 %. Il s’agit de formules d’abonnement qui, pour une dizaine d’euros par mois, donnent accès à une offre illimitée de musique sur Deezer, Spotify ou Apple Music. Pour l’industrie musicale, le streaming est une aubaine : aucuns frais de fabrication ni de distribution ni de stock, que de la marge ! Il n’empêche, l’industrie musicale a été lessivée par ces quinze années de récession, envoyant à Pôle emploi des milliers de salariés, sous l’œil indifférent, voire goguenard, des consommateurs, bien contents d’économiser 20 euros pour pouvoir écouter un CD où il n’y avait souvent qu’une seule bonne chanson. Sauf que la musique était en avance sur son temps. L’industrie musicale a été le premier secteur déboulonné par la révolution Internet. Aujourd’hui, ce sont des pans entiers de l’économie qui sont déstabilisés : presse, édition, taxis, hôtellerie, banque… Le phénomène a même un nom, on parle « d’ubérisation », de « disruption ». Et, tout le monde, dit-on, risque de se faire « ubériser », de perdre son emploi à cause d’une nouvelle application. Du coup, on observe avec un regard un peu moins goguenard ce qui s’est passé dans l’industrie musicale. On a donc la réponse, celle-ci aura mis quinze ans à trouver un modèle économique rentable sur Internet. C’est le verre à moitié plein : enfin, la lumière, après un long tunnel de quinze ans. Mais, ce n’est plus les spotlights d’antan. Entre-temps, le marché de la musique aura été divisé par trois. g

JDD (hors Île-de-France) : 1 an, 79 €. Tarif étranger nous consulter. Tirage du 26 février 2017 : 212.355 exemplaires. Papier provenant majoritairement de France 100 % de fibres recyclées, papier certifié PEFC. Eutrophisation : Ptot 0.009 kg/T

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le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

Opinions & controverses En lutte contre les angélismes

par Daniel Soulez Larivière didatures, sont des lement critiqués par décisions forcément des spécialistes, peut politiques. Le dire susciter l’indignation. n’est pas manquer de Nul n’a le droit de respect à la magistrafaire des procès d’inture. C’est énoncer un tention aux magistrats fait qui la valorise. du parquet et aux juges Dès lors que le d’instruction. Mais poids de cette décision tout le monde a celui ne repose plus sur les d’avoir son avis et de épaules du pouvoir l’exprimer. Comme le politique mais sur avocat, essayiste. a publié en janvier disait un jour Simone « face aux juges, ce que tous les celles du parquet qui Veil : « Cour de cashonnêtes gens doivent savoir » est l’initiateur, puis sation ou pas, il s’agit (albin michel). sur celles des magisd’une institution démotrats instructeurs, on cratique qui, dans une pourrait avancer que démocratie, peut être l’affaire est « dépocritiquée. » Chacun se litisée ». Il n’en est rien. Chassez la fera son opinion. Les juges en décidant politique, elle revient au galop. Les ou non d’une mise en examen. Le canjuges ne sont pas des distributeurs didat, en estimant que, quel que soit ce automatiques de poursuites et de torpillage à grande vitesse qu’il peut mises en examen. Leur choix s’exerce juger injuste, l’intérêt général veut ou avec ou sans discernement et c’est non qu’il poursuive ses efforts. dans cet espace que se logent leur Les relations justice-politique subjectivité et leur représentation sont très mauvaises et l’équilibre n’a de l’intérêt général. jamais été trouvé depuis que la fronde D’une part, ne pas prendre l’inides Parlements a conduit à la mort tiative de poursuites ou d’ouverture du roi, la Révolution et la chute du d’une information et de mise en pouvoir judiciaire pour deux siècles. examen pourrait donner le sentiLe désordre actuel se situe dans cet ment qu’on use de deux poids, deux héritage. Et le fait que les acteurs mesures, et que les politiques ne de cette pièce tragique ne semblent sont pas des justiciables comme les pas prendre conscience de autres. Mais d’autre part, ravager une l’intérêt général ne peut qu’aggraver élection présidentielle pour des faits la décomposition de notre société anciens, discutés et constitutionneldémocratique. g C. Caron/Albin Michel

Les politiques sont-ils des justiciables comme les autres ? Oui, sauf le président de la République, qui bénéficie d’une protection constitutionnelle particulière. Son immunité est totale pour cinq ans mais il peut être destitué s’il manque à ses devoirs. C’est l’article 67 de la Constitution en vigueur depuis le 24 février 2007. Quant aux ministres, ils sont justiciables de la Cour de justice de la République, dont les jours sont comptés. C’est dans les années 1980 qu’a commencé la reconquête du judiciaire sur l’ensemble des zones qui lui échappaient jusque-là, avec les poursuites pour financement illicite des activités politiques. Une fois dit cela, on a « tout dit » et « presque rien ». Tout dit, parce que les initiatives judiciaires contre François Fillon sont légales avec une incertitude sur la constitutionnalité d’une partie de celles-ci. Rien dit, parce que contrairement aux mathématiques, en matière de justice il y a une marge de liberté et de subjectivité dans l’application de la loi. Il existe en France ce que l’on appelle « l’opportunité des poursuites », qui donne au parquet la possibilité de poursuivre ou non, sauf en matière criminelle. Jadis, cette appréciation de l’opportunité revenait au garde des Sceaux, qui avait le pouvoir d’obliger le parquet à ouvrir une instruction et la possibilité de lui conseiller de n’en rien faire. Dans certains cas, il est exact que les circonstances font que cette décision est politique. Décider d’une enquête préliminaire dès la parution d’un article de journal, puis ouvrir une information au bout de quatre semaines d’enquête et, pour les juges d’instruction, convoquer François Fillon immédiatement, deux jours avant la clôture des can-

Les politiques, justiciables ordinaires ?

François, Alain et Nicolas rouge vif

Chez François – François, vous avez bien réfléchi ? – Je me battrai jusqu’au bout ! Impossible n’est pas Fillon ! Tous au Trocadéro ! Il va y avoir anne Roumanoff un énorme rassemblement contre le système judiciaromédiatique avec des lodens, des serre-têtes et des mocassins à gland. Le candidat antisystème, maintenant, c’est moi ! – Vous n’avez plus de trésorier, plus de directeur de campagne, plus de porte-parole… – Qu’ils désertent, ces fêlons ! Eux, c’est « courage fuyons », moi c’est « courage Fillon ». La ténacité, l’endurance, ce sont des qualités fondamentales pour un chef d’État. – La ténacité oui, l’entêtement non. L’endurance oui, l’inconscience non. Regardez les sondages, vous êtes troisième. – Les sondages aussi sont manipulés ! Je suis victime d’un complot orchestré par le pouvoir. Il y a 120 députés qui emploient un membre de leur famille. Qu’on leur réserve le même traitement qu’à moi ! Au Trocadéro, on chantera

« Aux armes citoyens ! Encouragez Fillon ! Votons, votons ! Qu’un juge impur ne fausse pas l’élection. » – Vous avez appelé à manifester dans le calme. – C’est vrai, veillons à ce que les slogans restent sobres : « Dé-dé-dé-ni de démocratie, Fillon à l’Élysée, les juges à la Santé ! » Chez Alain – Alors ? On a des nouvelles ? – Il s’accroche mais je me suis permis d’écrire votre discours au cas où : « Mes chers compatriotes, j’ai pris acte de la décision courageuse de François Fillon. Parce que je refuse que les Français aient à choisir entre la tentation dangereuse des extrêmes et la poursuite d’une politique de gauche inefficace enrobée dans un joli emballage, j’ai décidé de me présenter à l’élection présidentielle. » – C’est bien, c’est sobre, digne et modeste comme moi. – Vous devriez vous exprimer publiquement, M. Juppé. – Ah non ! J’ai dit à François de faire ce que lui dictait sa conscience. Soit sa conscience est muette, soit il est sourd. Moi de mon côté, je suis prêt. J’ai été chez le coiffeur, j’ai fait le plein au Prisunic… J’ai la mégapêche, Juju est archiprêt à mettre la gomme !

Chez Nicolas – Morano a encore appelé, Le Maire demande à te voir… – Qu’ils se démerdent sans moi ! Soi-disant j’étais un homme du passé dont les Français ne voulaient plus, mais dès qu’il y a un problème, vers qui on se tourne ? Nicolas ! Qui a organisé brillamment les primaires ? Nicolas ! Qui a fait un magnifique discours d’adieu ? Nicolas. – C’est dur quand même, cette chasse à l’homme. – Il n’avait qu’à réfléchir avant de dire : « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? » Je suis vengé, bien fait ! Moi, j’ai été mis en examen trois fois, j’ai nié, je me suis indigné, mais jamais je ne me suis apitoyé sur mon sort. Lui, sa posture, c’est « saint Fillon de la présomption d’innocence bafouée, martyr des juges et des médias, cloué au pilori de l’opinion, je prie les électeurs de me donner l’absolution ». – Vous allez soutenir Juppé ? – Remplacer un présumé innocent par un condamné… Oui, sans enthousiasme. Non, le seul qui pourrait remettre ce pays en ordre de marche, c’est moi, mais hélas pour eux, j’ai arrêté la politique. g 

@anne_roumanoff

S

’il y a quelque chose que l’on ne peut dénier au député Les Républicains Pierre Lellouche, c’est son intérêt inépuisable pour les grandes questions de géopolitique. Loin des mésaventures de sa famille politique, où il a servi tour à tour, et parfois avec beaucoup de déconvenues, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Fillon, l’élu du 8 e arrondissement de Paris a toujours essayé de replacer nos débats clochemerlesques dans la réalité plus complexe des enjeux mondiaux. À l’heure de l’organisation état islamique, cela donne Une guerre sans fin : une somme très bien documentée, mais en réalité une thèse sur les réponses à apporter Une guerre sans fin, aux défis brûlants du Pierre Lellouche, terrorisme djihadiste. éditions du Cerf, Dans le dédale de ces 482 p., 24 €. quelque 500 pages (dont moins d’une vingtaine sur l’Europe !) où il nous perd parfois, tout est dans tout. « Vivre-ensemble », banlieues, éducation, islam de France, politique ­migratoire, réforme de la police et des services de renseignement, révision des postulats de la diplomatie française, dialogue sans concession avec la Russie, tout est lié et tout est à revoir, selon le député de la capitale. Mais dans ce Mikado à la nitroglycérine auquel Pierre Lelouche nous convie, on ne sait jamais très bien ce qui relève de ses constats froids d’ancien savant, de sa posture combative d’opposant ou de son ambition pressée de gouverner demain. g François Clemenceau

Frclemenceau

Les mécomptes du Front national

M

ieux vaut être informé avant qu’après… le vote. À moins de deux mois de la présidentielle, Laurent Fargues, journaliste à Challenges, livre en avant-première les fruits de l’instruction des juges Van Ruymbeke et Buresi sur la précédente campagne de Marine Le Pen en 2012 et les législatives qui ont suivi. L’enquête révèle ce qui, selon l’auteur, « pourrait s’apparenter à une vaste escroquerie au porte-monnaie des Français ». Surfacturations, faux documents, le procès interdit hommes de paille… de marine le pen, Le procès public ne Laurent Fargues, devrait pas interveFirst, nir avant le deuxième 210 p., 15,95 €. semestre 2017. Dans cette affaire, Le Pen n’est pas inquiétée contrairement au FN qu’elle préside, à son vice-président, Jean-François Jalkh, et à son trésorier, Wallerand de Saint-Just. Pourtant elle a créé le micro-parti Jeanne, au cœur de l’affaire, et imposé Riwal, la société de communication dirigée par Frédéric Chatillon, lui-même poursuivi. g Marie-christine tabet

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Lire

La fantaisie, la poésie, la sensualité. On est au début du XXe siècle et Colette et ses amies (à gauche, l’actrice Musidora) sont naturellement libres. Au centre, Colette au Théâtre des Mathurins, en 1906, dans « Le Désir, la chimère et l’amour » ; à droite au Moulin-Rouge, en 1907, dans « Rêve d’Égypte ». rue des archives/tallandier ; rue des archives/RDA ; rue des archives/collection bourgeron

Dominique Bona La biographe et académicienne retrace la vie de Colette et de ses trois amies les plus proches et célèbre, à travers elles, les femmes insoumises La beauté de l’aube. Elle aimait les petits matins, les lueurs du jour. Elle avait obtenu, enfant, que sa mère la réveille à 3 heures et demie du matin pour aller se promener seule à la rencontre de la nature bleutée. Dans le creux de l’aube, le meilleur semble à venir. Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954) : la joie de vivre, la communion avec les éléments, la chair des mots. La biographe Dominique Bona restitue, dans Colette et les siennes, une femme, une écrivaine, une époque. Elle a découvert Colette par la série des « Claudine », à l’adolescence, sans être envoûtée car y planait l’ombre du premier mari, Henry Gauthier-Villars. Dominique Bona a été saisie par la grâce inouïe de l’écrivaine plus tard avec, notamment, La Naissance du jour et Les Vrilles de la vigne. « Colette a une fantaisie et une poésie débarrassées de toute scorie. C’est une prose avec des ailes. La romancière et la femme sont indissociables. Colette a un monde à elle et peu d’écrivains ont un monde à eux. Elle explore l’univers de manière sensible et non intellectuelle. Elle met la sensualité au service de l’écriture. » Dominique Bona a composé, avec Colette et les siennes, une histoire à quatre voix. Elle raconte Colette, et ses trois amies les plus proches, de 1914 à 1954. Elles choquent dans une époque bourgeoise Les hommes sont à la guerre. Les femmes se serrent les coudes, attentives à la moindre nouvelle du front. Nous sommes durant l’été 1914. La romancière et journaliste Colette accueille de 1914 à 1916, dans son chalet parisien de la rue Cortambert, à Passy, ses trois meilleures amies. La comédienne Marguerite Moreno (1871-1948), la journaliste Annie de Pène (1871-1918), la danseuse de cabaret Musidora (1889-1957) dite Musi. Ce qui les lie : un fort goût pour la liberté et un non-conformisme absolu. Elles font ce qu’elles

Colette et ses indomptables veulent ; elles s’habillent comme elles veulent ; elles font l’amour avec qui elles veulent. Cheveux courts, bisexualité non dissimulée, passé sulfureux, liaisons avec des hommes plus jeunes, cigarette à la bouche, absence de corset. Elles choquent dans une époque bourgeoise. Elles sont libres. Elles en savourent l’ivresse et elles en paient le prix. Dominique Bona montre combien leur liberté est naturelle et non militante. Les quatre femmes ne la portent pas en étendard. La liberté coule dans leurs veines de manière simple. Elles sont dans le rang et en dehors du rang, selon leur bon vouloir. Elles choisissent leurs liens en étant à la fois des mères détachées et des amantes passionnées. Les hommes sont au centre de leurs existences. La si insoumise Colette est folle amoureuse du si indépen-

« Toute la vie de Colette est un élan vers une liberté non pas conquérante mais évidente » Dominique Bona  dant baron Henry de Jouvenel. Un homme de gauche, ardent dreyfusard, à la tête du Matin. Colette déteste être seule et rêve d’être dominée par un homme. Sa vie entière, elle chercha à être aimée et protégée par ses maris. Dominique Bona note ainsi un mélange de modernité et de

classicisme dans leur allure. Elles ne veulent pas s’affranchir des hommes mais bel et bien des conventions. « Elles suivent leur fantaisie sans se soucier du regard de la société. Colette ne s’est pas intéressée à la politique et ne se revendiquait pas comme féministe. Toute sa vie est un élan vers une liberté non pas conquérante mais évidente. Un parfum de liberté entoure chacun de ses gestes. Colette est une femme sans chaînes. » Quatre femmes à la fois semblables et dissemblables On retrouve les épisodes les plus connus de la vie de Colette. Comme ses apparitions à moitié nue sur les planches des music-halls ; ses liaisons brèves ou longues avec Natalie Clifford Barney et Mathilde de Morny ; son attachement pour le manoir de Rozven, près de Saint-Malo ; ses séjours à Verdun en 1914 et 1915 auprès d’Henry de Jouvenel ; son histoire d’amour avec Bertrand de Jouvenel, son beau-fils mineur, durant cinq ans. Mais le véritable sujet de Colette et les siennes demeure l’amitié entre quatre femmes à la fois semblables et dissemblables. Elles connaissent des destins différents. La comédienne Marguerite Moreno, dont Marcel Schwob fut le grand amour, semble entourée de morts mais deviendra populaire grâce à ses rôles au théâtre et notamment en interprétant la Folle de Chaillot, de Jean Giraudoux ; la journaliste Annie de Pène, enfant naturelle, se rend dans les tranchées comme reporter de guerre avant d’être emportée par la grippe espagnole en 1918, à l’âge de 47 ans ; l’actrice et réalisatrice Musidora goûte à la célébrité dans son rôle d’Irma Vep dans le feuilleton Les Vampires (1915-1916), de Louis Feuillade, devient l’une des

muses des surréalistes, mais s’étiole dans l’oubli et la misère à la fin de sa vie. Sidonie-Gabrielle Colette connaît, elle, la gloire littéraire. Elle aura été moins confortée en amour. De retour de la guerre, le courageux Henry de Jouvenel n’est plus tout entier à elle. Colette en souffre. « J’assimile le mal de l’absence à une douleur physique. » Elles sont là, les unes pour les autres, face aux coups durs. Elle les dépeint de près et de loin Raconter mais sans fiction. L’auteure de Clara Malraux – Nous avons été deux (Grasset, 2009) a

« La mort ne m’intéresse pas, et surtout pas la mienne »  Colette écrit, à l’image de ses héroïnes, une biographie non conventionnelle. Tout est vérifié mais tout est porté par la narration. Portraits vivants, mise en scène, sens des destinées, refus de l’exhaustivité. L’écrivaine des destins de Romain Gary et de Berthe Morisot refuse le mélange du vrai et du faux quand elle s’attache à son travail de biographe. « J’ai raconté la vie de personnages si romanesques que j’ai pu constater que la réalité est parfois plus imaginative que la fiction. » La mère de Colette lui disait : « Regarde ! » Dominique Bona regarde les quatre amies danser, chanter, aimer, festoyer, travailler, cuisiner sans jamais peser de son regard d’écrivaine du XXIe siècle. Elle reste au plus près d’elles, comme elles sont au plus près de la vie. Colette enlevait les commentaires pour laisser place aux sensations. Dominique Bona nous attache à elles de la même manière. Les quatre scandaleuses offrent une leçon de vie, celle de l’amour et de l’allant, qui ne dit jamais son nom. Colette savoure

la vie en en connaissant les plis et replis avec lucidité. Elle tombe par hasard, dans un tiroir, sur l’une des dernières lettres de sa mère morte. « Que c’est curieux, on résiste victorieusement aux larmes, on se tient très bien aux minutes les plus dures. Et puis quelqu’un vous fait un petit signe amical derrière une vitre, on découvre, fleurie, une fleur encore fermée la veille, une lettre tombe d’un tiroir – et tout tombe. » Colette a dit : « La mort ne m’intéresse pas, et surtout pas la mienne. » L’auteure du Blé en herbe vénère les animaux, la nature, l’eau, le jasmin, les livres. Dominique Bona souligne l’amour de la vie de ses quatre héroïnes. « Elles n’éprouvent pas de culpabilité et sont de plain-pied avec la vie. Les quatre amies sont ce qu’on appelle de bonnes vivantes. Elles affrontent les chagrins sans se laisser abattre. Elles connaissent les épreuves de tout le monde, mais elles sont prêtes à recommencer la vie comme personne. Elles sont prêtes, chaque matin, à revivre une journée dans sa plénitude. Elles sont toujours ravies de vivre. » Elles ne s’excusent pas d’être heureuses. Dominique Bona nous les dépeint à la fois de près et de loin. Car, effectivement, les épreuves ne manquent pas. Elles doivent travailler durement pour subvenir à leurs besoins, elles sont trompées et abandonnées par les hommes de leur vie, elles endurent la souffrance physique et les deuils douloureux, elles connaissent les humiliations dans leur parcours professionnel, elles voient leurs rêves soufflés par le passage des années. Mais, à chaque fois, l’aube. g Marie-Laure Delorme

Colette et les siennes, Dominique Bona, Grasset, 430 p., 22 €.


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le journal du dimanche

Lire Tournier a rejoint Zola et Giono

S

eules les perTournier, « la rigueur des sonnes qui n’ont mathématiques mariée jamais lu Michel à la richesse de la poéTo u r n i e r s e Bernard Pivot sie ». Là-dessus, il faut demandent s’il de l’académie Goncourt lire l’excellente intro@bernardpivot1 duction du volume de méritait d’entrer dans la Pléiade. Si on peut faire un la Pléiade par son amie reproche à Gallimard, c’est et exécutrice testamend’avoir un peu trop attendu, car il est taire, l’universitaire Arlette Boudécédé un an avant de tenir entre loumié, qui a préparé avec lui cette ses mains le prestigieux volume. édition. Vous apprendrez l’essentiel Dedans les quatre romans qui, de sur le germaniste, sa conception du 1967 à 1980, imposèrent son nom « temps géographique », sa recherche dans la littérature du XXe siècle, du sacré, l’aspiration de ses héros « à Vendredi ou les limbes du Pacifique, dépasser les frontières de la condiLe Roi des aulnes, Les Météores, Gastion humaine », sa célébration de « la pard, Melchior et Balthazar. André fraternité oubliée avec la nature ». Gide disait de Simenon qu’il était un Que d’idées chez Tournier, que grand romancier parce qu’il n’était d’intelligence élaborée, maîtrisée, que romancier. En publiant dès 1977 insérée dans ses romans qui relèvent son autobiographie intellectuelle, pourtant tous d’un réalisme précis et Le Vent Paraclet, Michel Tournier documenté. Ne se recommandait-il démontrait qu’il était aussi un grand pas de Zola et de Giono, eux aussi écrivain. dans La Pléiade ? Cénacle du naturaQuelques souvenirs. Michel lisme, l’académie Goncourt lui avait Tournier, encore inconnu, est décerné son prix, en 1970, pour Le entré au service littéraire des édiRoi des aulnes. À l’unanimité. Seul tions Plon en 1958, la même année exemple d’unanimité dans l’histoire où je débutais au Figaro littéraire. du Goncourt ? Deux ans après, il Faisant la tournée des éditeurs pour rejoignait ses électeurs. Dans une page du Vent Paraclet, recueillir des informations, deux j’ai retrouvé le Michel Tournier paradoxal, provocateur, pincesans-rire qui m’amusait beaucoup. Que d’idées, Il raconte que dans Le Roi des aulnes que sa description d’un jeu violent de collégiens – montés les uns sur les d’intelligence épaules des autres et cherchant à dans ses romans se désarçonner –, Alain-Fournier en avait fait, cinquante-sept ans qui relèvent tous avant lui, une scène mémorable du d’un réalisme Grand Meaulnes. Il avait donc copié ? Pas du tout. Parce que chez Alainprécis et Fournier cette scène n’est qu’anecdotique alors que chez lui elle est documenté thématique, allégorique, capitale. En conséquence, « si l’un des deux, Fournier ou Tournier, devait être ou trois fois par an je poussais la taxé de plagiat, c’est Fournier qu’en porte de son bureau pour converser toute justice il faudrait condamner. » amicalement. Il était disert et très De même, était-il sérieux quand il agréable. On évoquait surtout des proposait à ses amis de l’académie écrivains contemporains, parfois Goncourt de demander à l’éditeur pour s’en moquer. Pas une fois il ne un pourcentage sur ses faramineux m’a dit que lui-même écrivait et qu’il bénéfices du prix Goncourt ? avait l’ambition de frapper un jour Il était de mes invités à Bouillon un grand coup. En 1967, à l’âge de de culture lorsqu’un jeune homme 42 ans, quand il publia Vendredi ou fit irruption sur le plateau menaçant les limbes du Pacifique, la nouvelle de se trancher la gorge si Lionel Josme laissa pantois – c’était bien la pin, alors ministre de l’Éducation peine d’être rémunéré à collecter nationale, ne retirait pas son prodes informations ! – et la lecture de jet de loi. Après six ou sept minutes son roman me remplit d’admiration de négociations, l’étudiant jeta le et de joie. Tout le monde littéraire couteau et s’enfuit. Quelques jours était baba ! Il ne s’était pas contenté après, Michel Tournier m’appela au de « revisiter », comme on ne disait téléphone pour me dire qu’il avait pas encore, le mythe de l’île déserte, vécu, pendant ces longues minutes, il l’avait recréé, modernisé, appro« la plus grande humiliation de ma fondi, sexualisé, spiritualisé, univie », le trublion ne lui ayant pas versalisé. lancé un seul regard, « comme si je De nos bribes de conversation je n’existais pas ». Bien plus tard, lui ne me souviens que d’une chose : le ayant demandé s’il était sincère ou récit de son opération, enfant, des pas, il partit d’un de ses rires d’ogre amygdales, qui l’avait fait bêtement sympathique dont il avait le secret. g et cruellement souffrir. J’y étais passé, et ce fut aussi atroce. C’est dans Le Vent Paraclet que, plus tard, je trouverai le récit détaillé du « crime qui a ensanglanté mon enfance et dont je n’ai pas encore surmonté l’horreur ». Il lui a été reproché d’avoir publié trop tôt ce livre de souvenirs mais aussi, ce qui gênait la critique, mode d’emploi de ses romans. Comment, après ses études de philosophie, il Romans, suivis de Le Vent Paraclet, était passé « de la métaphysique Michel Tournier, La Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1.824 p., 66 €. au roman » par le truchement des mythes. La métaphysique ? Selon

Portrait de femme au Moyen Âge Franz-Olivier Giesbert L’épopée, pleine d’audaces et de provocations, d’une des suivantes de saint Louis, qui participa aux deux dernières croisades en Orient « C’était un temps où les humains mouraient comme des mouches. » Où s’élevait dans chaque quartier de Paris un gibet, une roue, un bûcher, dont la funeste silhouette rappelait au tout-venant l’heure prochaine du jugement dernier. Au gibet de Montfaucon officiait en 1248 une jeune fille d’une étonnante beauté : Tiphanie Marvejols, dite « Belle d’amour », débarquée dans la capitale après le martyre de ses parents, accusés de catharisme, réduite en esclavage par la concupiscence des hommes avant de trouver refuge dans les bras d’Enguerrand, bourreau consacré de Montfaucon. Quand la rumeur enfle à travers le royaume du départ prochain de l’ost royal (l’armée) pour la Terre sainte, Tiphanie et son époux rejoignent avec enthousiasme la «  marée grouillante des croisés du Christ », prête à mourir pour Louis IX le roi pieux, considéré de son vivant comme un saint. Le troubadour « Olivier » se cache derrière son héroïne Bientôt reconnue pour ses talents de guérisseuse et sa maîtrise des chansons de troubadour, Belle d’amour entre au service du monarque, qu’elle accompagne dans la débâcle, la maladie et la captivité jusqu’au dernier souffle de celui-ci, en 1270. À son tour accusée d’hérésie, la jeune femme voit son calvaire s’achever en avouant sous la torture

L’écrivain-journaliste FOG mêle littérature et politique. c. hélie/gallimard

de l’Inquisition la véritable nature tion de passions tristes » qui pousde son chemin de croix, jalonné de sèrent jadis les frères humains à meurtres et de passion. s’entre-tuer. Ce n’est pas malice Portrait d’une femme aussi capde le mentionner, même si le nartivant qu’étonnant, Belle d’amour rateur préfère parfois s’abriter vient parfaire le panthéon personderrière la dictée de son héroïne nel d’un auteur rompu à l’exercice, qui, lassée des « calambredaines » qu’il déniaise néanmoins et autres « menteries » par une grisante liberté de des ouvrages savants, ton et quelques audaces ordonne à son dévoué que chacun sera libre (Franz-) Olivier de donner voix au récit d’apprécier. Si cette incarqu’elle rapporte des tade au sein d’un Moyen Âge où l’obscurantisme le confins du XIIIe siècle. dispute à la cruauté fera Le troubadour s’exésans doute bondir plus cute alors, légitimé par d’un historien, le parallèle sa fonction, persuadé établi entre les croisades de l’utilité de son statut et les guerres modernes d’agitateur de pensées, qui, sur fond de politique d’empêcheur de touret de religion, divisent auner en rond. g Belle d’amour, jourd’hui encore l’Orient Franz-Olivier Giesbert, Gallimard, 384 p., 21 €. et l’Occident, rappelle que LAËTITIA FAVRO c’est une même « macéra@laetitiafavro


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Plaisirs

Cinéma

Hollywood dans l’espace

E

n 1902, avec Le Voyage dans la Lune, Georges Méliès expédie le professeur Barbenfouillis dans l’œil de l’astre sur un obus. Quatre ans plus tard, dans Voyage autour d’une étoile, Gaston Velle imagine un astrophysicien qui tente de rejoindre sur une bulle de savon la jeune fille vivant sur une autre planète dont il est tombé amoureux. Si la conquête de l’espace s’est arrêtée là pour le cinéma français, elle n’a jamais cessé d’inspirer Hollywood, qui, depuis soixante ans, envoie régulièrement ses stars en orbite autour de la Terre.

Stratosphère

Le cinéma américain a fait des astronautes des héros depuis longtemps. Avec « Les Figures de l’ombre », il revisite un pan méconnu de la conquête spatiale

qui l’oppose sur Terre à l’URSS. En 1957, un an après Planète interdite, de Fred M. Wilcox, le satellite soviétique Spoutnik 2 transporte le premier être vivant, la chienne Laïka. Puis c’est Youri Gagarine, premier homme dans l’espace en 1961. Les États-Unis sont à la traîne. C’est cette période que décrivent d’ailleurs Les Figures de l’ombre, de Theodore Melfi, qui racontent les coulisses méconnues de la reconquête américaine (lire ci-dessous).

En 1955, les spectateurs américains découvrent La Conquête de l’espace, de Byron Haskin, qui met en scène une équipe d’astronautes en mission vers Mars. En coulisses, la Naca, ancêtre de la Nasa, choisit de poursuivre dans la stratosphère la guerre froide

L’espace comme terrain de jeu Tandis que les ingénieurs cogitent pour pousser leur exploration de la galaxie, Stanley Kubrick prend tout le monde de vitesse en 1968 avec 2001, l’odyssée de l’espace, qui sidère par sa précision scientifique et sa technologie visionnaire. L’année

L’étoffe des héroïnes BIOPIC Le destin caché de trois scientifiques noires qui ont assuré le succès de la mission Mercury On dit qu’il y a toujours une femme dans l’ombre d’un homme célèbre. Si John Glenn, Alan Shepard et Gus Grissom sont entrés dans l’Histoire en devenant les premiers Américains dans l’espace en 1962, c’est grâce au génie et à la ténacité de trois mathématiciennes hors pair de la Nasa. Les calculs de trajectoires orbitales révolutionnaires de Katherine Johnson ont assuré la réussite de la mission Mercury ; Dorothy Vaughan a dirigé l’équipe des « ordinateurs humains » en charge de la vérification des données et

Mary Jackson s’est imposée comme l’une des premières ingénieures de l’agence spatiale. Pourtant, personne ne connaît leurs noms, injustement oubliés des manuels scolaires. Parce qu’elles avaient la malchance d’être des femmes dans une époque et un milieu dominés par les hommes ? Parce qu’elles étaient noires dans une société sclérosée par la ségrégation ? C’est pour réparer cette injustice de cinquante ans que Hollywood a décidé de les mettre enfin en haut de l’affiche avec Les Figures de l’ombre. Le réalisateur Theodore Melfi dit avoir été choqué de ne découvrir leur histoire que sur le tard : « J’ai deux filles et je sais que même au XXIe siècle, elles devront

se battre plus que les hommes pour s’imposer professionnellement. Quand on ferme les portes aux femmes, c’est l’humanité qui en pâtit. » Un écho dans l’Amérique actuelle À travers le destin de ces trois scientifiques qui se sont battues pour leurs rêves, le cinéaste a voulu montrer que rien ne résiste à la détermination et que «les compétences et le savoir sont des facteurs d’égalité». Les Etats-Unis partaient de loin. Theodore Melfi rembobine: « Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la pénurie de scientifiques

suivante, Neil Armstrong et Buzz Aldrin fouleront le sol de la Lune. Ce qui apparaissait alors comme de la science-fiction devient une réalité. La Nasa multiplie les missions, les astronautes deviennent les nouveaux héros d’une Amérique à qui tout semble possible malgré les tensions politiques (Vietnam) et raciales (droits civiques). En 1970, on frise la catastrophe avec Apollo 13. Presque comme, un an plus tôt, dans Les Naufragés de l’espace, de John Sturges, avec Gregory Peck et Gene Hackman en perdition et sauvés in extremis. Le public comprend que les choses ne sont pas plus faciles là-haut. Puis c’est Solaris, d’Andreï Tarkovski (1972), et ses scientifiques qui deviennent fous sur une planète inconnue.

Alors que le premier laboratoire américain Viking 1 atterrit sur Mars en 1976, une nouvelle génération de réalisateurs choisit à son tour l’espace comme terrain de jeu. « Un territoire inexploré qui permettait à l’esprit de vagabonder, à l’imagination de repousser les limites et au cinéma de se réinventer », se souvient Ridley Scott, qui a inauguré la série des Alien en 1979. Les cinéastes américains imaginent la vie des hommes sur d’autres planètes, comme George Lucas et La Guerre des étoiles (1977), Paul Verhoeven et Total Recall (1990). Ou ils rendent un hommage lyrique et patriotique au courage des pionniers, à la manière de Philip Kaufman avec L’Étoffe des héros (1983), épopée des pilotes du mur du son devenus astronautes. Ainsi aussi

Octavia Spencer, Taraji P. Henson et Janelle Monae, les femmes savantes des « Figures de l’ombre ». Prod

a poussé l’ancêtre de la Nasa à embaucher des femmes et des Afro-Américains. Il fallait trouver les cerveaux brillants qui permettraient de gagner dans l’espace la guerre froide contre l’URSS. Les lois ségrégationnistes qui sévissaient en Virginie [siège du centre de recherches de la Nasa] ont conduit ces employées noires à rester en retrait. Elles étaient déjà contentes d’avoir un travail à la hauteur de leurs compétences, même si elles étaient mal payées et traitées de façon indigne. » Il semblait d’autant plus urgent de remettre dans la lumière ces Figures de l’ombre que leur histoire trouve un écho dans l’Amérique

actuelle. Theodore Melfi fait ainsi le parallèle entre la scène d’ouverture de son film – les héroïnes interrogées au volant de leur voiture par un policier blanc – et les arrestations d’automobilistes afro-américains en 2016 qui ont dégénéré et provoqué une vague d’émeutes dans le pays. « Il y a cinquante ans, les EtatsUnis ont réussi à surmonter la haine dans l’intérêt général. Aujourd’hui, on a besoin d’entendre parler d’unité alors que l’élection de Donald Trump a fini de diviser les Américains. » Trois nominations aux Oscars Dans ce contexte explosif, le réalisateur a eu peur que son film soit mal interprété. Il a, au contraire, été bien


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Plaisirs Cinéma

Ron Howard (Apollo 13, 1995), Michael Bay (Armageddon, 1998), Clint Eastwood (Space Cowboys, 2000) ou Brian De Palma (Mission to Mars, 2000). En 2010, Barack Obama annule le programme Constellation, qui vise à retourner sur la Lune. Les films deviennent plus réalistes technologiquement, à l’image de Gravity, d’Alfonso Cuarón (2013), et Interstellar, de Christopher Nolan (2014). Le voyage vers les étoiles et la colonisation de Mars ont dépassé la pure fiction : la survie de Matt Damon sur la planète rouge dans Seul sur Mars, de Ridley Scott (2015), est totalement crédible. La conquête de l’espace sur grand écran n’a pas fini de faire rêver. g Barbara Théâte

 @barbaratheate

Girl Power THRILLER Dans « Miss Sloane », Jessica Chastain campe une lobbyiste politique aussi brillante qu’impitoyable Si elle est devenue actrice, c’est pour se perdre le temps d’un film dans une autre vie que la sienne. « Et c’est encore plus excitant si le personnage est à des annéeslumière de moi. » On comprend donc pourquoi Jessica Chastain n’a pas hésité une seule seconde à se glisser, le temps d’un thriller politique un peu verbeux mais édifiant, dans le tailleur ultrachic et les talons aiguille de Miss Sloane. Une lobbyiste impitoyable qui, à Washington,

« J’ai cru comprendre que la campagne présidentielle en France n’est pas franchement exemplaire »

« Gravity » (2013), avec Sandra Bullock et George Clooney. Prod

accueilli, tenant même un temps la tête du box-office américain devant le dernier volet de Star Wars ou La La Land et récoltant trois nominations aux Oscars. Peut-être parce que ce biopic courageux et réjouissant a la bonne idée de traiter du racisme et du sexisme sur le mode de la comédie. Theodore Melfi a voulu envoyer un message d’espoir mais avec une certaine légèreté. « Quand un sujet grave est traité de façon sombre et violente, le public a tendance à se fermer, comme pour se protéger. La comédie ouvre les esprits et fait tout passer. » g B.T. Les figures de l’ombre iiif De Theodore Melfi, avec Taraji P. Henson, Octavia Psencer et Janelle Monae. 2h05. Sortie mercredi.

n’a aucun scrupule à recourir aux pires manipulations et à contourner les lois pour assurer la victoire de ses clients. « À part le désir de faire bien mon travail, je ne partage rien avec elle, confie-t-elle. Je ne bois pas de café, je ne prends pas de drogues et je ne trahirai jamais les gens que je respecte. Mais Elizabeth Sloane casse l’idée rétrograde, toujours tellement véhiculée aux États-Unis, de ce que la femme doit être : sans ambition et dans l’ombre. Et ce n’est pas si souvent au cinéma. » En dressant le portrait de cette femme brillante accro au succès, la toujours impeccable Jessica Chastain espère donner aux spectatrices l’envie de se lancer en politique et de croire qu’on peut changer le monde. Un peu comme lorsque l’actrice a vu, adolescente, Sigourney Weaver dans Alien : « Moi qui ai grandi dans une famille où les femmes restaient à leur place, j’ai compris qu’une fille pouvait faire mieux que les hommes. Ici, Elizabeth est presque pire que ses confrères masculins. Elle utilise les mêmes méthodes tordues, est aussi cassante voire même sexiste et elle fait appel à des prostitués… » Parce qu’elle ne connaissait pas grand-chose aux rouages du monde politique, et encore

moins aux jeux de pouvoir en coulisses, la comédienne a rencontré une dizaine de femmes lobbyistes à Washington : « Elles ne sont pas très nombreuses et elles ont du mal à s’imposer dans un monde d’hommes. Un peu comme les actrices à Hollywood… J’ai été frappée de voir qu’elles se servaient de leur look comme d’une arme de dissuasion massive : le vernis à ongles presque noir montre qu’elles ne lâchent rien et leurs stilettos

qui claquent dans le couloir impressionnent avant même qu’elles arrivent à une réunion. » Jessica Chastain a bien conscience que Miss Sloane ne va pas à redorer l’image du monde politique, souvent perçu comme corrompu par l’opinion publique des deux côtés de l’Atlantique. « Il faut pousser les gens au dégoût pour qu’ils aient envie de changer de menu ! s’exclame-t-elle. Nous avons Donald Trump et j’ai cru com-

prendre que la campagne présidentielle en France n’est pas franchement exemplaire. On a l’impression d’être partout dans un mauvais film. Je propose qu’on s’installe au Canada : le Premier ministre, Justin Trudeau, a nommé 50 % de femmes dans son gouvernement. “Parce qu’on est en 2017”, a-t-il expliqué. Je vote pour lui ! » g B.T. Miss Sloane iiff De Richard Madden, avec Jessica Chastain, Mark Strong. 2 h 10. Sortie mercredi.


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Plaisirs Cinéma

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dimanche •Un de cinéma

À 13 heures sur Europe 1, retrouvez l’intégralité de l’interview de Romain Duris, qui joue le prêtre Léon Morin dans « La Confession », de Nicolas Boukhrief Le rôle Cela faisait longtemps que j’avais envie de jouer un homme d’Église. Je trouve qu’il y a chez eux une façon d’accueillir les gens, de faire que l’on se sente à l’aise, pour parler de notre vie et de nos doutes. En plus, être prêtre, c’est un peu comme être acteur. Eux doivent faire passer la parole du Seigneur. Nous, on fait passer la parole du texte. La religion J’avais besoin de m’éloigner du solennel, pour des raisons personnelles. Donc j’ai aimé jouer un prêtre « simple », comme le veut l’histoire. On a volontairement sélectionné les Évangiles les plus abordables. Grâce à cette simplicité, la religion peut nous toucher. Le métier d’acteur Je me sens privilégié. Ce qui est parfois frustrant, c’est qu’une part de notre travail nous échappe. On n’est pas complètement créateur on ne choisit par les scènes conservées au montage. Donc je me réfugie parfois dans le dessin. J’ai un projet de livre de sélection de mes dessins. Car, au départ, je pensais devenir dessinateur ! MaThieu Charrier

Entre Sarah (Doria Tillier) et Victor (Nicolas Bedos), quarante-cinq ans d’une histoire d’amour mouvementée. prod

son couple sur grand écran COMÉDIE Petites confidences de Nicolas Bedos, qui livre une farce romanesque sur les affres du couple et de la création. Avec sa compagne, Doria Tillier, omniprésente de l’écriture à l’écran

« Je trépigne depuis des années »

Je vis ce premier film comme une libération. Je trépigne depuis des années pour passer à la réalisation. À 15 ans, j’avais déjà écrit Mer de Corail, un scénario merdique sur les tribulations d’ados attardés très caricaturaux. À 21 ans, j’ai failli tourner un truc romantique et intello qui se serait appelé Petite Musique de nuit. À l’époque, avec mes potes Xavier Beauvois

et Cédric Anger, on passait des nuits entières à décortiquer des films. J’étais même allé voir un producteur qui m’avait éconduit en m’expliquant que la précocité ne faisait pas le talent. Il avait raison… Maintenant, je réalise ma chance d’y arriver sur le chemin de la quarantaine, sans fausse posture. Je suis plus mûr, je comprends mieux mes goûts cinéphiliques, qui vont de Jaoui-Bacri à Scorsese en passant par Paul Thomas Anderson. J’aime le divertissement qui sait être profond, ambitieux.

« Affreux, sale et méchant »

C’est parce que ça ne prenait pas côté cinéma que je suis allé vers le théâtre. Cela m’a permis de me confronter à la mise en scène, aux

acteurs et, bien sûr, à l’écriture. Mais si ce film se balade ouvertement sur le fil du théâtral et du limite crédible, c’est avant tout parce qu’il est né de nos improvisations. Doria [Tillier] et moi, on a souvent joué à ça entre nous pour notre plaisir. On s’amusait à jouer des personnages et cela s’avérait souvent assez noir. On se mettait dans la peau d’un couple affreux, sale et méchant qui déteste ses enfants. Une fois on a tenu tout un week-end comme ça ! Le film est parti de là parce que Doria notait tout. Cela nous a donné matière à réfléchir à une narration plus tenue avec les pires situations d’une vie de couple.

« Doria, je ne l’épouserai jamais »

Avec Doria, on forme un couple très particulier, compliqué. On s’est quittés et retrouvés à plusieurs reprises. Ce film nous a mis à l’épreuve, le tournage m’a souvent rendu insupportable mais il a aussi achevé de nous convaincre de notre gémellité artistique. C’est pour ça qu’on a fait ce long métrage ensemble, et non parce que je la baisais. De toute façon, je ne l’épouserai jamais : Doria est contre le mariage. Et c’est sans doute là une des clés du film, il suggère qu’on peut garder une forme de respect pour les souvenirs que l’on a construits, pour tout ce qui reste quand on a débandé. Je ne dis pas que le couple libre est la solution, mais on a bien le droit de se perdre, de se reprendre.

« Envie de théâtraliser la vie »

Mes personnages sont de la génération de Guy Bedos, qui a lui-même été confronté à la création, au succès… Mais c’est un gros

bordel car les parents de Doria, des amoureux des livres très aimants, m’ont aussi inspiré. De même que ma marraine, Gisèle Halimi, ou Scott et Zelda Fitzgerald, sur qui j’avais failli monter une pièce ! J’ai surtout essayé de tracer une sociologie cohérente autour de milieux dont j’ai été le témoin direct : dans la bourgeoisie traditionnelle, matérialiste et homophobe, la gauche caviar ou un milieu juif plus modeste mais abreuvé de culture et d’amour. Ce qui est autobiographique ici se trouve avant tout dans le tempérament des personnages : la rage de l’ennui, la peur du désamour, l’envie de théâtraliser la vie et les angoisses qu’elle charrie. J’ai une insatiable peur du vide qui me pousse à insuffler une certaine liberté dans la façon dont on parle des choses, à vouloir montrer qu’une vie libre et riche peut se tenir sans tabou ni politesse excessive.

« Un mot dégueulasse, ça réveille »

L’alcool et la vulgarité dans le film, on trouve ça marrant et ça peut nous correspondre. Je ne bois plus. Enfin, seulement le weekend sinon ça me rend trop malheureux. J’avoue avoir toujours été séduit par les artistes qui ont des soucis d’addiction : Cendrars, Hemingway, Sagan, Gary ou London. En revanche, des idoles qui carburent à l’eau minérale… Je n’en vois pas ! La vulgarité dans une littérature qui se tient, j’adore. Un mot dégueulasse dans une phrase ronflante, ça réveille. Cendrars, Céline ou Bukowski savaient faire ça. Je pense aussi que c’est très fédérateur la vulgarité, c’est une tradition gauloise après tout. g Alexis Campion

Monsieur & Madame Adelman iiif De Nicolas Bedos, avec Doria Tillier, Denis Podalydès, Christiane Millet, Pierre Arditi, Antoine Gouy. 2 h 00. Sortie mercredi.

Victor Adelman, écrivain académicien, vient de mourir. Sa veuve remonte le fil de ses souvenirs auprès du prétendu grand homme : leur rencontre quarante-cinq ans plus tôt, les débuts, le succès, mais aussi les disputes, les désillusions, les névroses, les excès… Sur une idée assez basique autorisant pas mal de détours et de liberté, Nicolas Bedos livre un premier film accrocheur et finaud, traversé par un humour décomplexé, fort de gags inattendus volontiers outrés. Les déboires du grand amour ? Dans une sorte d’euphorie contagieuse et sans perdre de vue son récit à tiroirs, le film malmène ses personnages, prend par les cornes une kyrielle de clichés sur les bourgeois, les cathos, les juifs, la création, la filiation, le milieu littéraire ou la dépression. C’est souvent transgressif, habile, parfois bête mais jamais dénué de charme avec Doria Tillier drôle et longiligne à tous les âges de sa vie. AL.C.


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Plaisirs Cinéma Florence Foresti

de plus belle iiff

« Je me sens à ma place » INTERVIEW

L’humoriste casse son image en incarnant une femme qui lutte contre le cancer Elle n’aime rien tant qu’être sur scène devant son public chéri. Le cinéma a beau lui faire (souvent) de l’œil, il faut une sacrée bonne raison à Florence Foresti pour s’abandonner entre les mains d’un réalisateur et se glisser dans les mots de quelqu’un d’autre. Incarner dans De plus belle une quadragénaire dépressive qui tente de retrouver goût à la vie et à l’amour était l’occasion de se frotter à un registre plus dramatique. Et de surprendre. C’est le contre-emploi qui vous a plu ? Le fait qu’il ne s’agisse pas d’une comédie a d’abord été un frein. Je n’étais pas sûre d’être le bon choix. Mais Anne-Gaëlle [Daval] avait écrit le personnage pour moi et elle n’en démordait pas. La Lucie du film ne me ressemble pas : elle est lente, un peu fatiguée et beaucoup victime. C’est étrange de voir ce que les gens projettent sur vous. Le défi, cette fois, a été de faire oublier Foresti. Traiter du cancer du sein vous a-t-il touchée ? J’ai la chance de ne pas connaître la maladie. C’est plutôt le rapport au corps qu’elle entraîne qui m’a intéressée. Comment réussir à s’aimer et à dépasser ses complexes ? L’acceptation de soi, le rapport à la beauté, c’est ce dont je parle dans tous mes spectacles. Vous ne vous sentez pas à l’aise dans votre corps ? Je le supporte mieux aujourd’hui qu’à 20 ans. J’en suis même plutôt fière. Peut-être parce que j’ai pris l’habitude de vivre avec… Et comme il ne changera pas, autant le glorifier plutôt que le cacher ! C’est sur mon visage que je bloque. Du coup, je n’aime pas me voir à l’écran. Pourtant, je n’ai jamais cherché à me faire plus jeune ou plus jolie. J’assume mes défauts : mon nez, mon menton… Il y a un côté libérateur dans les trucs disgracieux. La confiance en soi, est-ce votre principal moteur ?

Je doute sur beaucoup de choses, mais je sais que je peux écrire et faire rire. Je me sens à ma place, je n’ai pas à m’excuser d’être là. C’est tout bête, mais cela permet d’avancer. On ne vous voit pas beaucoup au cinéma. Le one-woman-show reste votre priorité ? Le cinéma est un formidable loisir, mais mon métier, c’est la scène, et mon moyen d’expression, l’humour. Peut-être qu’un jour je serai fatiguée, et alors, à 70 ans, je ne ferai plus que du cinéma et du théâtre. Joue-t-on différemment dans un film que sur scène ? Sur les planches, je joue très gros car je suis toute petite aux yeux du public. Au cinéma, on peut s’autoriser plus de subtilité. Ce jeu-là, je ne l’ai pas instinctivement. J’apprends à chaque film. Aujourd’hui, les humoristes poussent comme des champignons. C’est une bonne chose ? C’est la preuve qu’il est de plus en plus facile de s’exprimer. Parce qu’elle voit énormément de choses, ma fille de 9 ans possède déjà un sens de l’humour que je n’avais pas à son âge. N’importe qui, s’il s’applique un peu, peut écrire des vannes qui déclencheront le rire. Un peu comme une recette de cuisine. Mais j’attends d’un humoriste qu’il apporte un point de vue sur la société. Il y a les artisans du rire et les artistes. Quand on fait ce métier depuis tant d’années, comment se renouvelle-t-on ? À partir du moment où on se pose cette question, on est fichu ! C’est un mauvais calcul de chercher à fidéliser tout en voulant séduire un public plus jeune. Dans mes spectacles, je ne mets que ce qui me fait rire. Le but d’un artiste ne doit pas être de plaire à tout le monde. J’essaie d’entretenir la fraîcheur, de me souvenir des frémissements du début, de garder une colère alors que je mène une vie confortable, de rester curieuse du monde qui m’entoure, de partager avec les autres. Bref, d’aimer. Vous êtes adulée de vos fans. Avez-vous peur que cela s’arrête ? Je serais très triste si cela arrivait, mais il est normal que les gens aient envie d’aller voir ailleurs. Dans les longues carrières, il arrive qu’un artiste soit abandonné un temps par son public, avant de le retrouver. Je m’y prépare. g Barbara Théate @barbaratheate

D’Anne-Gaëlle Daval, avec Florence Foresti, Mathieu Kassovitz. 1 h 40. Sortie mercredi.

Malgré sa maladie, Lucie (Florence Foresti) va réapprendre à aimer et à s’aimer. prod

En rémission d’un cancer du sein, Lucie a bien du mal à se réapproprier son corps et sa vie. Quand le beau Clovis se met à lui faire la cour, elle ne sait pas comment lui dire que ses cheveux sont une perruque. Pour retrouver sa féminité, elle décide de prendre des cours de strip-tease. Tout en rappelant le séisme psychologique et physique qu’est le cancer, Anne-Gaëlle Daval aborde la maladie avec un optimisme chevronné et une légèreté quasi thérapeutique. Si on est moins convaincu par sa romance avec Mathieu Kassovitz, Florence Foresti sort de son emploi habituel et révèle une belle émotion, portée par une famille gentiment dysfonctionnelle. B.T.


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Plaisirs Cinéma • en salles mercredi Paris pieds nus iiif

De et avec Fiona Gordon et Dominique Abel. 1 h 23.

Afin d’aider sa tante âgée, une bibliothécaire canadienne s’envole pour Paris. Les ennuis commencent : elle se perd et la vieille dame a disparu. Dans sa quête, elle sera aidée par un clochard bien décidé à ne pas la lâcher d’une semelle. On retrouve ici l’univers burlesque, absurde et poétique du duo Gordon-Abel. Un peu déconcertante pour le profane, cette fable regorge de gags savoureux. Difficile de ne pas éprouver de la sympathie pour la douce folie de ces clowns. Conviant Emmanuelle Riva et Pierre Richard, ils signent un film aussi tendre que créatif qui se déguste comme une madeleine de Proust. Bap.T.

Traque à Boston iiif Samuel L. Jackson veut éliminer King Kong, qu’il considère comme une menace. 2015 Warner Bros. Entertainment Inc.

Samuel L. Jackson, L’omniprésent BANKABLE L’acteur le plus prolifique de Hollywood est à l’affiche de « Kong », qui marque le retour du gorille géant Il reçoit les journalistes allongé sur une méridienne, une cigarette électronique au coin des lèvres, son célèbre béret Kangol vissé sur son crâne rasé. La cool attitude incarnée. À 68 ans, Samuel L. Jackson reste le même. Démarche nonchalante, silhouette affûtée, rire tonitruant. Dans un palace londonien au bord de la Tamise, l’acteur américain assure en toute décontraction la promo de Kong : Skull Island, qui revisite le mythe du gorille géant version années 1970. Il interprète le colonel Preston Packard, mobilisé à la sortie de la guerre du Vietnam pour assurer la sécurité d’une équipe de scientifiques sur une île mystérieuse qui défie la théorie de l’évolution. Une fois encore, il est l’homme de la situation : « À croire que je dois inspirer l’autorité ! J’ai interprété des policiers, des militaires, des justiciers et des hommes de pouvoir. Mais pas encore de politicien. »

Il n’a pas hésité une seconde en lisant le scénario qui faisait appel à son imaginaire d’enfance, la promesse, selon lui, d’un pur divertissement. Mais pas seulement. Son personnage n’est plus que l’ombre de lui-même après le retrait des troupes américaines au Vietnam. « Ce guerrier en déroute saisit une dernière opportunité de servir son pays avec ses hommes avant qu’ils ne rentrent chez eux retrouver leurs familles. La mission de routine dégé-

« Je suis peut-être d’une compagnie agréable » nère quand ils se font attaquer par Kong. Preston Packard réagit comme n’importe quel soldat : il veut à tout prix éliminer la bête qui a décimé son unité. » Samuel L. Jackson a aussi été sensible au discours écologique : « L’humanité a utilisé son ingénio-

Kong : skull island iiif De Jordan Vogt-Roberts, avec Samuel L. Jackson. 1 h 58. Sortie mercredi.

Dans les années 1970, une expédition est organisée sur une île du Pacifique Sud. Scientifiques et militaires découvrent qu’un gorille géant règne sur un écosystème stupéfiant… On se réjouit du grand retour de King Kong dans un récit d’aventures qui renoue avec la tradition des films de monstres japonais de la Toho, société de production culte qui a connu son heure de gloire au moment de la guerre froide, surfant sur la terreur du nucléaire avec des classiques comme Godzilla (1954) et Mothra (1961). Ce divertissement épingle avec dérision une Amérique qui largue des bombes au napalm sans réfléchir. Violent, festif et décomplexé. S.B.

sité pour survivre depuis des millénaires. Sans se soucier des conséquences. À force d’être maltraitée, la planète riposte. » Petit garçon, il rêvait de devenir océanographe comme Jacques-Yves Cousteau, son idole. Il a donc entamé des études de biologie marine, avant d’être rattrapé par le cinéma. À ce jour, Samuel L. Jackson est l’une des stars les plus prolifiques de Hollywood au point de figurer au Guinness des Records. Avec 115 films au compteur, il est indissociable des plus grosses franchises qui cartonnent au box-office, de Star Wars à Avengers. On le voit partout, même pour un rôle secondaire ou une apparition amicale. « J’ignore la raison de cet engouement. Je suis peut-être d’une compagnie agréable. Je fais mon travail avec honnêteté, le public s’en rend compte. » Le complice de Spike Lee et de Quentin Tarantino n’a pas oublié son engagement politique. L’ancien « enfant de la ségrégation », membre du mouvement Black Power à la fin des années 1960, a affiché son soutien à Barack Obama durant la dernière campagne et se réjouit de la victoire de Moonlight aux Oscars. Dans la catégorie documentaire était nommé I Am not Your Negro, de Raoul Peck, une dénonciation du racisme ordinaire à laquelle il a participé, évidemment. Omniprésent mais militant. g Londres (Royaume-Uni), Stéphanie Belpêche @StephBelpeche

De Peter Berg, avec Mark Wahlberg, Kevin Bacon et John Goodman. 2 h 09.

À Boston, le 15 avril 2013, le sergent de police Tommy Saunders est affecté à la sécurité du marathon de la ville. À 14 h 50, deux explosions surviennent près de la ligne d’arrivée. Le FBI lance une course contre la montre pour retrouver les terroristes, avec l’aide de Tommy, malgré son handicap à la jambe… Une fois de plus, le cinéma américain démontre sa capacité à regarder en face son histoire récente à travers

le récit chronologique de l’attentat perpétré par les frères Tsarnaïev. La mise en scène privilégie la caméra à l’épaule pour une immersion au cœur du chaos, à la façon d’un reportage de guerre. Même si on connaît le dénouement, Peter Berg orchestre une chasse à l’homme haletante et anxiogène, dans la lignée d’un Piège de cristal. L’insertion subtile d’images d’archives apporte un réalisme saisissant. Un très beau rôle pour Mark Wahlberg.  S.B.

prod

La Confession iiff

De Nicolas Boukhrief, avec Romain Duris, Marine Vacth. 1 h 56.

En 1944, dans une ville de province occupée par les Allemands, un nouveau prêtre envoûte les paroissiennes. Seule Barny, séduisante communiste dont l’époux est retenu prisonnier, se désintéresse de lui. Jusqu’à ce qu’elle se décide à le rencontrer pour le provoquer. Pêchant par des longueurs et un classicisme qui contraste avec la modernité de l’abbé, cette nouvelle adaptation du roman Léon Morin, prêtre, de Béatrix Beck n’entrera pas au panthéon du cinéma. Le mélo, qui bénéfice d’une belle lumière, n’en reste pas moins une émouvante histoire d’amour en forme de confrontation à laquelle Romain Duris, convaincant en ecclésiastique charmeur et spirituel, et la magnétique Marine Vacth apportent un supplément d’âme. Bap.T.

prod

Le Secret de la chambre noire iiff De Kiyoshi Kurosawa, avec Tahar Rahim et Olivier Gourmet. 2 h 11.

Jean est engagé comme assistant par Stéphane, un ancien photographe de mode vivant reclus dans son manoir en banlieue parisienne. Témoin de phénomènes étranges, Jean pense que la maison est hantée… Le maître japonais de l’épouvante Kiyoshi Kurosawa signe ce long métrage en France avec Tahar Rahim (photo) et Olivier Gourmet, qui s’intègrent sans difficulté à son

univers codifié. Comme dans toute sa filmographie, le fantôme représente l’angoisse du néant et le traumatisme à exorciser. Une parabole de la quête d’immortalité narrée à travers les yeux du novice Jean. Ce thriller atmosphérique mise sur un jeu d’ombres et de lumières pour un résultat visuellement splendide, s’appuyant sur une mise en scène quasi théâtrale qui distille lentement des indices pour élucider le mystère. S.B.

Baby Phone ifff

D’Olivier Casas, avec Medi Sadoun, Anne Marivin, Pascal Demolon. 1 h 25.

Lors d’un dîner organisé par un musicien, l’un des convives révèle dans une chambre d’enfant équipé d’un baby-phone qu’il a eu une liaison avec la femme de celui-ci. Mensonges et faux-semblants : un objet banal déclenche un petit séisme qui secoue une famille et un groupe d’amis. Une bonne idée de départ, mais, en dépit des efforts des comédiens, ce premier film manque de piment et de folie. Bap.T


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Plaisirs Musique

Jil Caplan, côté swing

• La playlist de philippe delerm ça ta vie...» Quelque part, en vieillissant, on porte tous comme lui «un attaché-case» et «un costume crétin».

Écrivain. Dernier livre : Journal d’un homme heureux (Seuil) Mon enfance, de Barbara (1968)

Une sorcière comme les autres, d’Anne Sylvestre (1975)

Le Bagad de Lann-Bihoué, d’Alain Souchon (1978) Issue de Toto 30 ans, rien que du malheur..., le meilleur Son nouvel album a été composé par le guitariste jazz manouche Romane. DR

RETOUR La chanteuse rompt dix ans de silence avec « Imparfaite », jazzy et enjôleur Apparue à la fin des années 1980 sous les traits d’une garçonne un poil androgyne, elle est devenue célèbre avec la mélancolie punchy de Tout c’qui nous sépare, un air entêtant aux accents country. Il y eut aussi les inspirations pop anglaises gentiment martelées dans ses tubes Natalie Wood ou Cette fille n’est pas pour toi. Puis d’autres albums moins remarquables, moins remarqués. Mais personne n’a oublié le charme de Jil Caplan, sa voix de mezzo fumeuse à la fois puissante et finement éraillée. « Dix ans de silence discographique, cela peut paraître long mais je n’avais rien à dire, nous explique la chanteuse au large sourire. Plutôt que d’être dans la mollesse, j’ai préféré m’abstenir. Je n’ai pas non plus rien fait, j’ai écrit deux recueils de textes, fait du théâtre, dessiné, dansé… J’ai écouté beaucoup de jazz aussi ! » Imparfaite, son huitième album, dont elle a écrit toutes les paroles, a ainsi été entièrement composé par le guitariste jazz manouche Romane au fil de mélodies swing tantôt alanguies tantôt endiablées, toujours lumineuses et enjôleuses. Mélancolie et tempos échevelés « Je ne connaissais pas Romane et je ne connais pas grand-chose au jazz actuel », prévient Caplan, qui, dans la vie, écoute plutôt des anciens, « Stan Getz ou Duke Ellington », et bien sûr « Ella Fitzgerald, Nina Simone, Billie Holiday, ces femmes que je peux écouter sans fin même si je n’ai jamais été chanteuse de jazz que dans ma salle de bains. » Lorsqu’un éditeur lui fait rencontrer Romane, bien que dubitative, elle apprécie d’emblée le gaillard, « droit sorti d’un film de Georges Lautner, le genre qui a beaucoup joué au poker ». Curieuse de voir ce que cela peut donner, elle lui propose alors Avec les oiseaux, « un texte écrit très vite, dans un café à l’aube au retour d’une fête, à cette heure magique où l’on peut entendre des oiseaux pépier en plein Paris ». Quelques jours plus tard, elle reçoit une musique impeccable qui lui donne envie : « J’ai compris que j’avais affaire à un mélodiste en or, capable de mélancolie sur

des tempos échevelés, et que cela me correspondait. À partir de là, on a collaboré de façon très fluide. Sur Nos chevaux sauvages, dont la cadence à la Brassens m’a d’abord désarçonnée, il a mis une mélodie qui m’a scotchée. Sa vélocité est hallucinante. » La chanteuse n’en reste pas moins épaulée par son compagnon d’alors, Jean-Christophe Urbain, figure historique du groupe pop Les Innocents, arrangeur et partie prenante du projet. « Il fallait que leurs deux mondes se rencontrent. Ce n’était pas évident. Par exemple, sur Fille de persévérance, on a dû enlever presque tous les accords qui nous paraissaient trop jazz, trop attendus. On l’a parfois torturé, le pauvre Romane ! Mais il a très bien réagi, il savait qu’on était dans la chanson, pas dans une démonstration instrumentale. » Duos avec Biolay et Dutronc Et le mariage a donc eu lieu, heureux bien que flanqué de textes qui parlent volontiers « du désamour, de mes sempiternels questionnements sur le temps qui passe, sur le couple et le bordel émotionnel que ça provoque ». Le mythe selon lequel il faut souffrir pour écrire, elle trouve ça « assez vrai ». Il n’empêche, au bout du voyage, elle a trouvé une certaine sérénité : « Je chante un tout autre style, plus acrobatique, mais je n’ai pas de sensation de difficulté ni même de trac. C’est aussi la pratique du théâtre qui m’a redonné confiance. Et puis je ne m’y attendais pas mais j’aime bien l’âge que j’ai [51 ans]. Je me sens plus belle qu’avant. » Et même audacieuse. Dans la douzaine de chansons de l’album, Jil Caplan s’est laissé tenter par deux duos : Amour Caravelle avec Thomas Dutronc et Le temps qui passe avec Benjamin Biolay. Tout à son swing, elle a même décidé de retravailler une dizaine de ses anciennes chansons dans l’esprit jazzy d’Imparfaite ! On les (re) découvrira sans doute lors ses prochains concerts. Elle se réinventera aussi au théâtre : l’été prochain, dans le Off d’Avignon et sous la direction de Jean-Charles Mouveaux, elle jouera dans Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce. g Alexis Campion

Imparfaite iiif, CD, de Jil Caplan (Washi Washa/Warner). En concert le 14 mars au Café de la danse, Paris (75011).

BALTEL/SIPA

Le réveil de l’intensité des souvenirs d’enfance me touche toujours beaucoup. Là, c’est la déchirure absolue, j’en ai toujours la chair de poule comme la première fois que je l’ai entendue, sur un enregistrement en public. Les plus grandes chansons sont souvent les plus tristes. album de Souchon.Encore une chanson mélancolique, sur les rêves déçus d’un homme qui s’imaginait dans un orchestre marin. «Tu la voyais pas comme

Un hommage aux femmes, subtil et poétique. Anne Sylvestre est pour moi la plus grande chanteuse française. On connaît ses fabulettes pour enfants. Mais son répertoire pour adultes est magnifique et me rappelle mes années de prof de collège : j’expliquais les chansons à mes élèves avant de les jouer à la guitare.


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Plaisirs Cuisine AL DENTE Pâtes

les plus populaires du monde, ces longues ficelles se déclinent de mille façons. Jusqu’à provoquer des débats sans fin sur leur cuisson et leur assaisonnement

SPAGHETTIS, tout un western

dans un bouillon ou sautées dans des currys. » Bien sûr, le spaghetti moderne doit tout à l’Italie, qui l’a érigé en œuvre d’art. « À Naples, on faisait sécher des pâtes d’un mètre de long sur des fils dans la rue, explique Ciro Cristiano, le chef de Big Mama à Paris. Les paysans avaient toujours dans leur sacoche des spaghettis, du fromage pecorino et du poivre. C’est la base de la cuisine de rue : facile à transporter. »

Spaghettonis aux cébettes et lard de Colonnata, manchego et origan, par William Ledeuil, chef de Ze Kitchen Galerie.

de l’accommodation de restes. Toutes les cultures les ont assaisonnées à leur façon, avec les ingrédients locaux et de saison. « C’est une base sans limite, un

terrain de jeu, dit William Ledeuil, chef de Ze Kitchen Gallerie, spécialiste des pâtes sèches inspirées d’Asie. On peut les cuisiner avec peu d’ingrédients – des

• La recette de

poivres, un pistou d’herbes – ou les sophistiquer avec de la truffe. En Asie, elles sont à la farine de blé, de riz ou au sarrasin, comme les ramen… On les consomme souvent

Gare à celui qui cuisine une bolognaise avec des penne  Sont-ils pour autant faciles à cuisiner ? Piano, piano… Les règles n’ont pas tardé à pimenter l’histoire. En 1837, le Napolitain Ippolito Cavalcanti invente la cuisson al dente. « C’est sacré !, estime Ciro Cristiano. Mais les classes populaires du sud de l’Italie aiment les spaghettis très al dente tandis que les palais délicats du Nord les préfèrent plus fondants. Chacun estime avoir raison car nous avons peu de recettes écrites : chacun clame que les meilleures sont celles de sa mère ! » Avec autant de recettes qu’il y a de mammas, la polémique est sans fin. Il y a tout de même des règles de base, comme celle des « 10-100-1000 » (10 g de sel pour 100 g de pâtes et 1.000g ou 1 litre d’eau). Ou de ne saler l’eau qu’à l’ébullition, sans jamais y mettre d’huile. Les spaghettis ne se marient pas non plus au hasard. Gare à celui qui cuisine une bolognaise avec des penne ! « Chaque recette correspond à une forme de pâte précise, explique Giovanni Passerini, meilleur chef du Fooding 2017 et spécialiste des pâtes fraîches. La forme des spaghettis est parfaite pour un plat sans sauce. » Type al pomodoro (tomates), alle vongole (aux palourdes) ou aglio, olio i peperoncini (ail, huile d’olive et piment). Encore faut-il maîtriser la mantecatura. Il s’agit de terminer la cuisson dans une poêle pour lier l’amidon des pâtes à son assaisonnement. Il en va aussi de la qualité des matières premières. « On a beau savoir faire, si le blé n’est pas bon, on n’arrive à rien », lâche William Ledeuil, qui se fournit auprès de Roland Feuillas, un meunier-philosophe qui cultive des variétés anciennes. Le chef dispense aussi son savoir dans les écoles, pour que les futurs cuisiniers prolongent un art culinaire à la fois précis et libre. g Charlotte Langrand @chalangrand

Giovanni Passerini

Les spaghettonis aux oursins Ingrédients (pour 4 personnes)

bertrand Guay

Catherine de Médicis avait peur d’en manquer De mémoire de spaghetti, même son origine a suscité la polémique. La légende la plus tenace – et la plus fausse – veut que Marco Polo, de retour à Venise, ait rapporté ces longs tubes de Chine, les baptisant « spaghetti » du surnom d’un de ses marins. Balivernes : les spaghettis sont nés en Mésopotamie. « L’invention des pâtes date de 7.000 à 9.000 avant J.-C., quand les hommes ont planté du blé dans l’Irak actuel », affirme Pierre-Brice Lebrun, auteur d’un Petit Traité des pâtes (Le Sureau). Longtemps après, elles sont arrivées en France avec la Florentine Catherine de Médicis, qui avait peur d’en manquer, suite à son mariage avec Henri II, en 1533. Plat populaire par excellence, cette longue pasta a l’amabilité de s’accorder à toutes les sauces. Les carbonara seraient ainsi issues

« Pâtes autrement » (La Martinière)

Il n’y a pas de petits débats. Il est des questions culinaires cruciales qui mobilisent toute une patrie. Prenez ces longues ficelles de blé et d’eau que sont les spaghettis. Régulièrement, l’Italie aime à s’invectiver sur la bonne manière de les préparer. Peut-on les marier à toutes les sauces ? Quelle est la règle de leur cuisson al dente ? Quelle est la vraie recette de la carbonara ? Les controverses sont aussi vives que l’eau bouillante. Il se trouve même quelques cuisiniers inconscients pour traiter ce plat sacré comme une simple garniture, faisant immanquablement souffrir les chefs de la Botte témoins de l’outrage. Si le sujet est délicat, c’est que les spaghettis parlent autant au cœur qu’à l’estomac. Les pâtes les plus populaires du monde, bien que portant le nom désuet de « ficelle » (spago en italien), font des émules de l’Asie aux États-Unis. Elles transcendent les organisations sociales (séduisant l’étudiant fauché comme le chef étoilé) et générationnelles (c’est un plat pour enfants et adultes).

400 g de spaghettis ou spaghettonis, au moins des n° 12, d’excellente qualité, c’est-à-dire achetés chez un bon épicier italien (marques recommandées : Mancini, Gentile, Latini, Martelli). 12 oursins violets de Galice ou 8 oursins verts d’Islande, très frais (les aiguilles doivent être entières). 2 gousses d’ail. 4 cuillères à soupe d’huile d’olive vierge extra. 1 citron non traité. 1 demi-botte de persil

Ouvrir les oursins avec un ciseau, au-dessus d’une petite passoire pour récupérer l’eau qu’ils contiennent dans un bol. Récupérer les langues d’oursins, les rincer et réserver. Ouvrir les gousses d’ail et ôter le germe. Les ciseler finement et les faire à peine dorer dans une grande poêle à bords hauts, avec l’huile d’olive. (On peut aussi mettre la gousse entière dans la poêle pour parfumer l’huile puis la retirer.) Faire chauffer l’eau dans une grande casserole, saler (10 g par litre) et plonger les pâtes à l’ébullition. Au deux-tiers du temps de cuisson, sortir les pâtes, monter le feu de la poêle avec l’ail et l’huile et y mettre les pâtes,

accompagnées d’un bon verre d’eau d’oursins. Elles doivent presque être recouvertes. Avec une spatule, tourner les pâtes dans la poêle avec énergie pour en faire sortir tout l’amidon. Après 2-3 minutes, si les pâtes ne sont pas encore cuites, ajouter de l’eau des oursins et recommencer. Ajouter zeste et jus de citron puis poudre de piment et langues d’oursins. Agiter avec une fourchette, comme pour une émulsion, même si les langues se cassent. Parsemer de persil et servir tout de suite, pour éviter que l’oursin ne coagule. Passerini : 65, rue Traversière, Paris (75012). Tél. : 01 43 42 27 56


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Plaisirs Auto

Et la gagnante est... Ci-dessus, la Mercedes Classe E et la Peugeot 3008. Ci-contre, l’Alfa-Romeo Giulia et la Citroën C3.

modèle Le prix de la voiture de l’année sera décerné demain, avant l’ouverture du Salon de Genève. Deux françaises sont parmi les sept finalistes Comme chaque saison, l’élection de la voiture de l’année 2017, demain, marquera le coup d’envoi du 87e Salon automobile de Genève (9 au 19 mars). Organisé par six magazines européens spécialisés, ce prix récompense un nouveau modèle parmi tous ceux que le marché a produits au cours des douze derniers mois. Sur les 26 véhicules auscultés cette année, sept ont été retenus pour la finale. Parmi eux, deux français : la Peugeot 3008 et la Citroën C3. Soit un SUV racé d’un côté et une citadine pimpante de l’autre, chacun ayant de vraies chances de l’emporter.

Paris. Chaque juré a dû attribuer au total 25 points à au moins cinq véhicules. Leur appréciation est libre et tous les critères sont pris en compte : design, confort, sécurité, performance, fonctionnalité, plaisir de conduite, prix… Mais l’innovation technologique et les économies d’énergie pèsent de plus en plus dans la balance. Selon un ancien membre du panel, « les votes reflètent, sinon un certain chauvinisme, les sensibilités locales en matière de goûts automobiles ». Ainsi les Français sont particulièrement attachés au confort et au comportement routier. Les Allemands sont plus exigeants sur la qualité de conception et de finition. Les Italiens resteraient les plus sensibles au design et à l’esthétique.

De rares surprises Les surprises ne sont pas toujours au rendez-vous. Ces dernières années, des modèles plutôt sages et consensuels ont été récompensés, comme la Peugeot 308 (2014) Un jury indépendant ou la Volkswagen Passat (2015). Face à eux, la Mercedes Classe E En 2011 et 2012, des véhicules électriques plus audacieux (la et la Volvo S90 misent sur leur Nissan Leaf puis la Chevrolet technologie de pointe, tandis que l’Alfa Romeo Giulia rallume Volt) avaient raflé la mise. Mais la flamme des belles italiennes qu’importe le résultat tant que le avec ses lignes sensuelles. Deux concours reste simple et grand outsiders font également parpublic. Avec lui, il n’y a pas de catie du lot : la nouvelle Nissan tégorie ou de système de notation Micra, totalement réinventée, et complexe, juste une gagnante. Le la Toyota C-HR, qui marie style prix a d’ailleurs été créé en 1963 SUV et motorisation hybride. « Je pour éviter la confusion entre les ne sais pas laquelle de ces voitures classements et comparatifs des va gagner, assure évimagazines spécialisés, demment Frank Janstous différents d’un sen, secrétaire général Top départ pays à un autre. Le Coty (Car of the de l’organisation Car pour l’Alpine of the Year. Elles ont Renault présentera Year) est vite devenu toutes de grandes qua- à Genève la version un Graal pour les lités et chacune a déjà définitive de sa constructeurs, usant gagné le privilège d’être nouvelle Alpine. de toute leur influence Derrière ses en finale. » auprès des journalignes néo-rétro listes. Le précieux C o m p o s é d e exhumées de la 58 journalistes de légendaire A110 sésame offre en effet 22 pays, le jury s’est de 1962, une légitimité et une d’abord retrouvé sur la berlinette aura publicité inestimables. une ancienne base droit à un châssis Les marques peuvent aérienne en Norvège en aluminium d’ailleurs exploiter le logo de la voiture pour passer à la loupe ultraléger, un de l’année dans leur l’ensemble des préten- moteur 4 cylindres dantes. Les sept meil- turbo de 300 communication penleures ont été choisies chevaux environ dant un an. Opel, qui a lors d’un vote. Pour les et une boîte remporté le titre 2016 départager, une deu- robotisée à double avec son Astra, en a embrayage. xième séance de tests De quoi passer bien ­profité. Place au a eu lieu fin février de 0 à 100 km/h nouveau cru. g sur le circuit de Mor- en 4,5 secondes. tefontaine, au nord de Roman Scobeltzine


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Plaisirs Mode

l’Ivresse du premier jour FASHION WEEK Prometteurs et émouvants, les premiers défilés parisiens ont marqué les esprits. Notamment parmi les rédactrices de mode américaines, en dépression trumpienne  Défilés automne-hiver à Paris 1. Yves Saint Laurent. 2. Y Project. 3. Christian Dior. 4. Jacquemus. A. JOCARD/ afp - F. bUKAJLO POUR LE JDD

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Le premier jour de la semaine des défilés parisiens est symptomatique de ce qui se passe en mode en France. Cligne d’un œil et tu loupes l’apparition d’un génie. Les locaux font les snobs furieux, mais la presse mondiale est aux aguets, surexcitée par l’offre pléthorique. Des premiers défilés prometteurs et émouvants, des énormes machines à milliards, il y a de tout à Paris.

La queue serpente dans le froid devant un hangar sans nom de la porte de la Villette pour le défilé de Jacquemus. Isabelle Adjani est là, ainsi que les équipes du Vogue américain. Les silhouettes de Simon Porte Jacquemus sont d’une photogénie dingue, notamment les grands manteaux noirs qu’il a travaillés pendant des essayages qui ont été éprouvants.

Son entreprise est encore indépendante mais déjà très rentable, une mythologie entretenue à la première personne sur les réseaux sociaux. Ses mannequins défilent sur un podium rose long comme l’avenue Montaigne, le final est au ralenti, il crée son moment, la critique internationale le salue comme « l’incarnation de l’esprit français », rien que ça.

COMMUNIQUÉ

Une nouvelle Croisière Paris Match avec PONANT pour vivre les beautés du monde au cœur de l’Indonésie. Belle, mystérieuse, multicolore et romantique, Bali inspire le bien être d’une sérénité apaisante. Philippe Legrand de Paris Match animera cette croisière de la « Beauté en majuscule » avec Marc Brincourt et l’écrivain Jean-Marie Rouart, de l’Académie Française. L’académicien en sera le grand témoin. Entre des escales de rêve et les rencontres Paris Match pour découvrir l’Histoire sous son meilleur jour, ce voyage dépaysant et riche en émotions est pour vous.

L’Expédition 5 étoiles selon PONANT Accéder par la mer aux trésors de la terre à bord de luxueux yachts à taille humaine et partir à la découverte de destinations d’exception tout en profitant du confort d’un environnement 5 étoiles. Un voyage au plus près de la nature, à la fois authentique et raffiné.

Croisière Paris Match Benoa (Bali) – Benoa (Bali) Du 22 septembre au 3 octobre 2017 12 jours / 11 nuits À partir de 5 520 € / personne (1), vols A/R depuis Paris inclus Contactez votre agent de voyage ou appelez le 0 820 20 31 27*

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Ce premier jour, il y a même un tout premier défilé, moment excitant de mode s’il en est. Baptême du feu, tout est possible, comme ça l’était le 12 février 1947 pour Christian Dior. Alors, ce 28 février 2017, il y a le premier défilé de Jour/Né, nouvelle marque française qui fait miroiter un vestiaire quotidien, avec les coulisses planquées dans une cave du musée de la Chasse, des filles avec des déhanchés fous, des perlouses, de l’énergie.

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Dior période bleue Chez Dior, ce vendredi, il y a un goulot d’étranglement de vedettes dans le musée Rodin. « L’artiste arrive », dit une « diorette » dans le talkie et Rihanna fait son entrée. Deux mille téléphones se lèvent en synchro, il faut dégainer vite, ses gardes du corps creusent un tunnel dans la foule pour que « Riri » torpille tranquille. La collection est bleue, bleue, bleue, bleue, bleue. Couleur « transversale », selon Maria Grazia Chiuri, la directrice artistique de la maison. Tout est absolument portable, mais surtout, il y a les passages 23 à 28, des armes de guerre absolues : du denim Dior ! Des jeans, bleus de travail, vestes de plombier, sobres et efficaces. « Des camions ! Ils vont en vendre des camions ! », applaudissait ma voisine. Du réalisme chez Dior donc, et même dans les robes du soir puisque les broderies représentent des planètes qui explosent… L.Pr.

La salle éructe de cris Les rédactrices enchaînent et serpentent dans la ville pour aller voir le très séduisant Aalto, l’intrigant Paskal rue de Turenne, l’excellente Koché au Paradis Latin, Olivier Theyskens dans le restaurant Le Train bleu de la gare de Lyon, ou Liselore Frowijn et ses vêtements cosmiques. Vous êtes essoufflé ? Il faut vite courir chez Yves Saint Laurent. Le fleuron de Kering défile dans le chantier pharaonique de son futur siège, une ancienne abbaye XVIIIe. Catherine Deneuve et Kate Moss sont assises au premier rang côte à côte, la photo est parfaite, on dirait un pitch de série télé délirante. Et la première journée se termine par Y Project. Vous ne connaissez sans doute pas encore, la marque est trop jeune, mais dans le milieu, Y Project est la nouvelle folie furie. Et chez Y Project, ça délire sur Marie-Antoinette, ça part dans tous les sens, c’est cul, c’est

bien vu, on sent que le type bouillonne d’idées, qu’il pourrait pondre encore 300 autres modèles géniaux sans se répéter, que ça lui sort comme de la bonne musique, qu’il est virtuose. La salle éructe de cris et de posts Instagram en rafale.

L’argent, les nuits blanches Dès le premier soir, la rétine est saturée. Alors que le monde s’écroule, la richesse mode de Paris est folle. Il y aura 82 défilés dans la capitale jusqu’à mercredi, le chiffre est astronomique quand on pense à l’énergie, l’argent, aux nuits blanches, aux ego investis dans chacun de ces micro-maxiévénements. La qualité des défilés parisiens donne le tournis. Et tout cela va avec des fêtes dans toute la ville, comme on n’en fait plus à Cannes depuis dix ans, et des concerts privés d’artistes comme Lauryn Hill, Solange ou The Weeknd, régalés par les marques. Le premier soir, vers 22 heures, assoiffé, je demande de l’eau à un serveur, il me répond gentiment : « Ah non, désolé, il ne nous reste plus que du champagne. » Les rédactrices américaines, en dépression nerveuse trumpienne, se défoulent et disent aux Françaises de faire pareil : « Profitez, ce sont vos deux derniers mois avant ce qui va se passer à vos élections, comme chez nous… » g Loïc Prigent

 @LoicPrigent


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le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

Plaisirs People Cécile Cassel et Sonia Sieff « La nudité ne dit pas tout » liale quand elle vous a été bien transmise. C.C. Des boulangers se perpétuent de père en fils. Nous sommes des femmes qui avons repris aussi le flambeau familial.

INTERVIEW Ces deux enfants de la balle se sont connues au collège. À 34 ans, Cécile Cassel est devenue comédienne et musicienne (sous le nom de Hollysiz) ; Sonia Sieff, 37 ans, est photographe. La première a posé nue pour le beau livre de son amie C’est la première fois que vous posez nue ? Cécile Cassel À 18 ans, je l’avais déjà fait pour un photographe, Paolo Roversi. Mais c’était resté dans ses archives. On me l’a proposé de nombreuses fois mais il faut être en confiance. Et je pense qu’on donne autre chose à une femme… Sonia est venue chez moi. C’était l’été, il y avait une belle lumière. On a fait ça vite fait, moi sur un canapé avec une cigarette. Cet essai, c’était la bonne prise.

Le nu, est-ce la transparence ultime ?

Sonia Sieff J’ai photographié des femmes que j’admirais, sans retouches ni maquillage. On était comme des sœurs, des amies. On allait presque prendre le thé. Au départ, je voulais photographier des hommes. Mais c’est plus compliqué, plus ambigu. Avec un sexe d’homme, on entre dans le registre de la pornographie et le livre se vend alors sous scellés. C.C. La nudité ne dit pas tout. J’ai fait de la danse toute ma vie, mon corps est un instrument. Sonia a su capter

Vos pères chantaient ou photographaient les femmes. Des hommes à femmes ?

quelque chose de plus intime. Il n’y a que moi qui sais à quoi je pense sur cette photo de couverture…

Des actrices ou des anonymes. Qu’est-ce qui relie les 32 modèles de ce livre ?

S.S. Blondes ou brunes, elles aiment fumer occasionnellement et adorent les bouquins. Elles sont françaises, elles me ressemblent toutes. Je suis la trente-troisième. Ça, c’est une clé. Trente-trois, c’est l’année de naissance de mon père. Seul leur prénom les définit. C.C. Un nom de famille, c’est l’appartenance à un groupe ; un prénom, c’est un individu.

Vous avez toutes les deux repris l’activité de vos pères : le photographe Jeanloup Sieff et le chanteur et comédien Jean-Pierre Cassel…

S.S. Il n’y a rien de plus beau que de continuer l’histoire fami-

Maïtena Biraben, Reine du tatouage L’ex-animatrice de Canal+ est la marraine du Mondial du tatouage 2017, qui se termine aujourd’hui à la Grande Halle de la Villette, à Paris Elle était en train de se faire tatouer une rose quand Tin-Tin, l’aiguilleur star et grand ordonnateur du Mondial du tatouage, lui a posé la question : « Tu serais d’accord pour être la marraine du Mondial ? » « Ivre de grand air et de café calva », Maïtena Biraben a répondu oui. Le premier tatoo de l’ex-animatrice de Canal+, aujourd’hui chroniqueuse sur RTL, c’était dans un bar gay de Haight Ashbury, à San Francisco. On lui a dessiné un colibri au bas du dos. Une folie de jeunesse ? Surtout pas. Bien que l’on ne demande pas son âge à une rose, la mère de famille avait déjà dépassé la trentaine quand elle a franchi le pas. Elle explique sa démarche: « J’ai réalisé que personne n’allait surgir devant moi pour déconseiller ou interdire. Ma vie était la mienne et mon véhicule m’appartenait, je pouvais donc rayer la carrosserie. Le tatouage, c’est un dialogue avec soi au même titre qu’une analyse. C’est aussi très proche de la prise d’un crédit sur vingt ans pour acheter son chez-soi : une vraie décision d’adulte. D’où l’importance de l’âge auquel le faire ! »

Pour le deuxième tatouage, elle est donc allée voir le roi TinTin dans son salon à Pigalle. Si elle s’est toujours refusée à graver les prénoms de son conjoint ou de ses enfants, c’est que sa « peau est un espace de liberté que j’ai bien l’intention de ne céder à personne, si ce n’est à mon inconscient ». Là, approchant la cinquantaine et sortant de la bourrasque du Grand Journal, elle songe à une rose de PierreJoseph Redouté. « Ce peintre botaniste, né avant la Révolution et mort après la Restauration, a servi tous les régimes en dessinant des fleurs ! Tu vois le genre ? » On voit bien, comme certains s’adaptent aux vents changeants aujourd’hui, à la télé ou ailleurs. « Faire ce que l’on est plutôt que ce que l’on pense de vous » Elle poursuit: « Pour ne pas oublier que faire ce que l’on est reste mieux que faire ce que l’on pense de vous, j’ai eu besoin de le graver pour en être certaine. » Ces deux tatouages aident Maïtena Biraben à tenir la barre. Et si elle n’a pas osé faire celui qu’elle localise « au bout du fossé la culbute », elle aimerait se faire graver d’autres fleurs de Redouté, un bleuet, une pivoine, un dessin de Francisque Poulbot ainsi qu’un « oui ». L.P.

C.C. Mon père n’était pas un homme à femmes. Pas que je sache, en tout cas. Il ne s’est marié que deux fois, ce n’était pas Liz Taylor ! Il avait de l’élégance, de la grâce. S.S. Beaucoup de femmes auraient certainement voulu mais ça ne faisait pas pour autant de mon père un séducteur. Certes, il y a un rapport entre un photographe et son modèle. Mais mon père a eu une seule femme pendant trentequatre ans : ma mère.

Les femmes de ce livre sont-elles entièrement nues ?

S.S. La plupart ont un tatouage très discret. Moi, je ne me tatouerai jamais. Ce serait comme porter un bijou à vie ! C.C. Moi non plus. Il y a quelques années, pour un tournage, j’avais un bras entièrement tatoué sous forme de décalcomanie. C’était une sensation étrange. Sous la douche, j’avais encore l’impression de porter un vêtement.

Les femmes sont-elles des hommes comme les autres ?

S.S. Dans ce livre, féministe à sa manière, elles ne sont pas « cho-

À gauche, Cécile Cassel et son amie photographe Sonia Sieff. Photo extraite des « Françaises », de Sonia Sieff. P. NORMAND/LEEMAGE POUR LE JDD ; sonia SIEFF

sifiées ». Elles ne sont pas abîmées par une pose dégradante qui se généralise dans les magazines. Ces gamines ne se rendent pas compte… Ici, pas de jambes écartées, pas de choses grossières. Les femmes ne sont pas

considérées comme des objets sexuels. g Ludovic Perrin

@LPJDD

Les Françaises, Sonia Sieff, Rizzoli, 176 p., 36,30 €. Exposition jusqu’au 29 avril à la A. Galerie, 4, rue Léonce-Reynaud, Paris (75016).


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le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

Plaisirs Jeux & Météo • Mots croisés 1

Jean-Paul Vuillaume jpvuillaume@sfr.fr

2 3 4 5 6 7

8 9 10 11 12 13 14 15

des courants éléphant qui dangereux, pas fait le sauf à être de n’a face au l’infanterie poids mammouth de marine

2

Albert Varennes albert.varennes@hotmail.fr

Y

petit outillage servant à la mine

d

d

U

1

• Mots fléchés

base de la culture juive pièce

en pince pour blanche neige

d

d

Y

pas vraiment un cheval de bataille drôle de palindrome

jolie fille avec écharpe

d

d

en redingote ou en habit de pingouin

Y

permet de se soulager au cabinet

Y

3 4 5 6 7

à 4 pattes ou feldspath

b

de gestes larges et gracieux

b

9

carburant pour lequel la note n’est pas salée

10

union défunte

solidaire du figaro

bush en australie deux ou neuf de cœur

d

d

d

de la sueur, du sang, des larmes membre des dalton

U dans un lieu quelconque typique des peaux rouges

13 14

il est de la famille ou il est de la bande

b où confluent tous les courants

un pote de nadal

d

d

d

personne de sexe féminin

louis xv en appréciait la chair lâcha l’affaire

Sudoku

difficile

mots croisés

à prise rapide lettres de rappel

d

U val d’ibère il est très fort

bénéficie d’un poste haut placé

symptôme de la rage

b

sodium une chance unique

d

b encore un

qui nous a élua monté un bateau !

titres à mitre

b

vend des chouxfleurs à la pièce

b

variant selon le genre

b

pot de départ taille plus grand que 40

Solution

Paris 5 11

Brest

Rennes 5 12 Nantes 6 13

Tours 5 12

Bordeaux 6 14 Biarritz 8 14

Lundi 6 5/5

6 Nord 10 Sud 7 15

b

Ensoleillé - 10°/0°

Nancy Strasbourg Éclaircies 1°/5° 5 5 12 10 6°/10° Nuageux Dijon Besançon 2 11°/15° 3 9 10 Couvert

Clermont-Ferrand 3 4 11 10 Lyon

Indice de confiance 5/5

Solution

d

Lille 5 9

Dimanche 5 mars

n a l l e g a r e

t a i l l e c r a y o n

mots fléchés

d

Abbeville 5 10

Cherbourg 6 11

u n i t a i r e s k i b b o u t z

d o n a r a d e r a c c o s e h e m a a m f p e c o d e u e d i r a n e e r u s i v e

e l i s m o r p l i t e s c r e h e u m e u a c r i g o o i s s e l a r o r l u v i n a v e q u i u r e x i s l e s

pas vraiment nouvelle vague fief sagien

b

• Météo

6 11

que le dégel aura fait éclater

d

ne fais pas du commerce équitable

Sudoku

b

d

laisse parler la poudre après les roulements de tambour

b

d

un détachement ou alors la réserve

g r o s

r e m o n t e p e n t e

s e e s f n

p e s y s u b a s s i n

Loto

lettres de France ou d’exclusion d’icelle

b

premières chaînes

b e g f r a t v i g n l e

1. Ronflement. Piaf. 2. Ader. Punies. Nia. 3. Dévorant. Sécant. 4. Aneries. Noces. 5. OM. Tus. Savante. 6. Reposée. Battu. 7. Elans. Grossière. 8. Vos. Isoète. Glas. 9. Essore. Fessu. St. 10. Ar. Vile. Cirer. 11. Légèreté. Saturé. 12. Sema. Etoilés. 13. Scruter. CCP. Son. 14. Ah. Saleur. Emeut. 15. Reg. Surréaliste.

b

d

HORIZONTALEMENT

VERTICALEMENT

note en cachemire ou en madras

d

d

Solution du numéro 3659 1. Radio-réveil. Sar. 2. Ode. Mélos. Esche. 3. Neva. Passager. 4. Fronton. Orémus. 5. Réussir. Ratas. 6. Eparse. Sève. Elu. 7. Muni. Ego. Itérer. 8. Entes. Reflet. Ur. 9. Ni. Sabotée. Ocre. 10. Tés. Vases. Sic. 11. Sénats. Scalpel. 12. Contiguïté. Mi. 13. Inactuel. Russes. 14. Aînée. Raser. Out. 15. Fats. Restreinte.

b

b

Solution la semaine prochaine

espèce de tire-auflanc

d

b

b

U

1. Doit pratiquer des prix de gros. - 2. Relevés en étant couchés. Heures du bouillon. Permet de ménager sa monture. - 3. Agir pour la solidarité. Dans le doute on ne s’en abstient pas. Faillites d’entreprises. - 4. Vice marquis. Bronze dur. - 5. Cela serait plus correct. Un bon pli à prendre. Est condamnée au travail forceps. - 6. Multiplie les divisions. N’échappera pas au redressement. - 7. Veut dire quelque chose. Récolte le blé. - 8. Tout ce qui est personnel le touche. Elles grossissent à vue d’œil. Ensemble écossais. - 9. Obtenir une bonne allonge. Classe qui comprend les taupes. Cheval qui s’impose. - 10. Pièce de jeu pour les enfants. Moteur des sens. Lu de façon détachée. - 11. Sont en amélioration. Ranger ses billes. - 12. En finir une bonne fois pour toutes. Avoir une action sur les puces. - 13. Furieuse envie de boxer. On compte sur lui pour tout régler. Belle plante très fleur bleue. Peut se faire porter pale. - 14. Ça caille! Fait feu de toutes parts. - 15. Meneur de je. Payées mais pas remboursées.

b

d

arrange un peu

VERTICALEMENT

d

Y

1. Le repos du guerrier version italienne (trois mots). - 2. Le hic pour un latiniste. Rages dedans. - 3. Temps variables. Arriver à coincer. Il se la coule douce en Italie. - 4. L’une d’entre elles parle du nez. Manquer de suite dans les idées. - 5. Amène l’addition. Annulé d’un trait. Collées serrées. - 6. Lettre d’affaires. Essences concentrées à la limite. Revenu d’appoint. - 7. Plis qui se repassent. Exposition de meubles. A la clé. - 8. Donne l’exemple. Mis en application. Participe. - 9. Bout de chemin. Ne manquent de rien. Font le jeu du gardien. - 10. Village des Alpes-Maritimes. Commune sans âme qui vive. On a conscience d’y revenir. - 11. Sont tout sucs tout miel. Saint-joseph au Canada. - 12. Desservie. Corps dans les étoiles. - 13. Pas assuré. N’a rien à gagner. - 14. Problème abordé de face par la jeunesse. Attaque un dépôt. Bruce ou Robert. - 15. Prise pour une cruche. Tombées de haut.

des mesures superficielles une carte à jouer

U

HORIZONTALEMENT

d

d

b

d

U

15

d

b dit en réaction nuit, noire

b

11 12

c’est dans la boîte !

jetées tout autour

des maîtres classe b

8

a connu un riant printemps suivi d’un été chaud

Toulouse 4 14

16°/20°

Grenoble 2 11 Nice 7 15

21°/25°

Orages 26°/30°

31°/35° Marseille Neige 4 14 36°/40° Bastia 6 16

Mardi 7 5/5

Mercredi 8 3/5

Nord Sud

5 Nord 12 Sud 7 16

4 11 7 13

Pluie


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le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

La femme du Dimanche

N

e l’appelez pas « Madame l’ambassadrice ». Pour elle, ce sera « Madame l’ambassadeur ». « C’est plus clair. Pendant des années, on a appelé “ambassadrice” la femme de l’ambassadeur, et on continue à le faire dans la majorité des pays francophones. Ainsi, il est arrivé deux ou trois fois, alors que j’étais présentée comme l’ambassadrice, qu’on me demande : “Mais où est l’ambassadeur ?” » La haute fonction publique en général, et la diplomatie en particulier, n’ont jamais été réputées pour se positionner à la pointe en matière de parité. En 2011, Sylvie Bermann fut la première femme nommée

premières réformes, puis le XVIIIe congrès et l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir. » À quatre décennies d’intervalle, la transformation est sidérante : Sylvie Bermann a vu « deux pays différents », malgré le caractère immuable de « l’empire immobile », selon le mot d’Alain Peyrefitte. Entre-temps, elle est revenue à Paris, partie à Moscou (1986-1989), où elle a assisté aux prémices de la chute de l’empire soviétique. Elle a vécu à New York, en poste à la mission permanente de la France auprès des Nations unies, puis à Bruxelles, ambassadeur au CoPS (comité politique et de sécurité)

À Sciences-Po, on dissuadait les étudiants de s’intéresser à « ce pays sans avenir »

À 22 ans, la future diplomate repique le riz en chantant des hymnes révolutionnaires

ambassadeur dans la capitale d’un pays membre du Conseil de sécurité de l’ONU : Pékin. « Jusquelà, au mieux, on faisait du chiffre, se souvient-elle : on nommait un certain nombre de femmes, mais pas dans les grandes ambassades. » Si les choses évoluent doucement, rien n’est acquis. Sylvie Bermann aime à citer un proverbe chinois popularisé par Mao – sans omettre la seconde partie de la phrase que l’on oublie souvent : « Les femmes portent la moitié du ciel, il leur reste à le conquérir. » Elle a conquis sa part. Figure emblématique de la féminisation de la carrière, cette diplomate respectée, aujourd’hui ambassadeur à Londres (autre poste majeur, l’un des plus convoités au Quai d’Orsay) publie le 8 mars un livre consacré à la Chine, qui fut le fil rouge de son parcours professionnel. Un mélange de souvenirs, de réflexions et de mises en perspective qui composent un tableau éclairant sur la deuxième puissance économique du monde. Et qui déroulent une histoire singulière. Née dans le Jura de parents avocats, Sylvie Bermann a d’abord suivi des études d’histoire à la Sorbonne. Elle s’y est vite sentie à l’étroit. « Je trouvais cette histoire trop centrée sur l’Europe, voire sur la France, et bien peu ouverte sur le monde. Or, j’avais envie de l’ailleurs le plus lointain. » Ce sera donc l’Asie, en commençant par le Japon, puis en se concentrant sur la Chine, que l’on n’appelle pas pour rien l’empire du Milieu : « J’ai considéré que c’était le cœur de la civilisation asiatique. » Dans les années 1970, ce n’est pourtant pas une vérité d’évidence. À Sciences-Po, où l’on ne pratique pas encore les années de césure, lorsque la jeune étudiante demande à partir un an à Pékin, on lui oppose immédiatement un refus catégorique : « Ils m’ont dit que je devais d’abord terminer mon diplôme, qu’un tel séjour serait une

de l’Union européenne. Partout, cette amatrice de théâtre, passionnée de littérature et tintinophile a fait son trou. Et conservé des amis. « C’est comme ça que je conçois ma vie diplomatique : il ne s’agit pas de passer trois ans quelque part et de tout oublier une fois qu’on est remonté dans l’avion. Je retourne assez régulièrement dans les lieux où j’ai vécu. » Depuis 2014, Sylvie Bermann occupe un nouveau poste stratégique à Londres, où un lourd sujet l’accapare : le Brexit. « Il n’y a pas que ça, tempère-t-elle. Nous entretenons également avec le Royaume-Uni une relation très forte dans le domaine de la défense, dans celui de la sécurité, ou sur le plan artistique… Mais il est vrai que la sortie de l’Union européenne occupe beaucoup de temps et que les divorces ne sont jamais la chose la plus gaie. » Elle a dû satisfaire l’intérêt de la presse britannique, qui l’a baptisée « Madame glambassador », et composer avec les outrances des tabloïds, qui lui ont pêle-mêle attribué des propos rapprochant l’UE du « rêve de Napoléon » ou dénigrant le rituel du five o’clock tea. Il lui faut aussi gérer le dossier sensible de la centrale nucléaire EPR qu’EDF doit édifier à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Et une part non négligeable de son agenda est consacrée à la remise de médailles aux anciens combattants britanniques, pratique initiée par François Hollande en 2014. À Londres, enfin, la Chine n’est jamais loin. Comme le souligne Sylvie Bermann, la ville est peuplée de « old China hands », ces sinologues qui ont roulé leur bosse dans l’ancienne colonie britannique. Les pieds à Kensington, la tête à Pékin. g

L’actuelle ambassadrice de France en Grande-Bretagne (ici, à Londres, le 24 février) a été la premier femme nommée à ce poste dans un pays membre du Conseil de sécurité de l’ONU : c’était à Pékin en 2011. L. DERIMAIS POUR LE JDD

Sylvie Bermann

La Chine au cœur

perte de temps totale, surtout dans ce pays qui n’avait pas d’avenir. » Même attitude à Langues O : « Ils nous dissuadaient de faire du chinois en jugeant que ça ne servait à rien. » Sylvie Bermann insiste, revient à la charge, et débarque finalement à Pékin en septembre 1976, à l’âge de 22 ans. Mao vient de mourir, la Révolution culturelle touche à sa fin, mais la Chine reste, pour quelques mois, celle du « Grand Timonier ». Dans les rues de Pékin résonnent les sabots des ânes qui tirent des carrioles de fumier. Dans les grands magasins, les caissiers et caissières comptent sur des bou-

liers. Partout, des haut-parleurs diffusent en continu slogans politiques et chansons rouges. Étudiante à l’Institut des langues de Pékin, Sylvie Bermann assiste sur la place Tian’anmen à l’annonce de la chute de la « bande des quatre ». Pendant un an, elle va partager la vie des « gong nong bing » (étudiants ouvriers-paysans-soldats) : probablement est-elle la seule, au Quai d’Orsay, à avoir repiqué le riz dans les rizières d’une commune populaire et fait de la soudure à la chaîne dans une usine de transistors en chantant des hymnes révolutionnaires.

Cette expérience de jeunesse a contribué à lui donner ce regard particulier, à la fois aigu et profondément humain, sur un pays qu’elle ne va plus vraiment quitter. Son premier poste de diplomate la mène à Hongkong, aux premières loges de la formidable métamorphose qu’amorce la Chine ; le deuxième la ramène à Pékin, de 1980 à 1982, comme troisième puis deuxième secrétaire à l’ambassade de France. Celle-là même qu’elle reviendra diriger en 2011. « J’ai vécu trois périodes charnières, note-t-elle. La fin de la Révolution culturelle, le retour de Deng Xiaoping et les

Pierre-Laurent Mazars @plmazars

La Chine en eaux profondes, Sylvie Bermann, Stock, 352 p., 20,50 €.


I

le journal du dimanche

dimanche 5 mars 2017

Grand Paris EXCLUSIF La présidente de la Région présente ses solutions pour lutter contre les embouteillages.

Son plan, doté d’une enveloppe de 250 millions d’euros, s’attaque aux 25 points noirs franciliens

Valérie Pécresse détaille sa stratégie antibouchons

I

nvestir dans la route ne doit plus être tabou ! » Valérie Pécresse dévoile aujourd’hui dans nos colonnes la mise en œuvre de son « plan antibouchons pour changer la route ». La délibération, qui sera soumise au vote des conseillers régionaux le 9 mars, concrétise les propositions que la présidente LR de la Région Île-de-France avait énoncées en avant-première dans le JDD en septembre 2016. Ce plan est doté d’une enveloppe de 250 millions d’euros sur cinq ans. En pratique, il consiste à lancer « 40 opérations » localisées d’ici à 2021 – 25 chantiers, 12 études de faisabilité, 3 centres de gestion du trafic – et à créer un fonds consacré aux « routes intelligentes ». « Je veux faire gagner du temps aux Franciliens et améliorer leur qualité de vie. Or, il y a un mot qui leur “pollue” la vie, dans tous les sens du terme, c’est le mot embouteillage. Chaque jour, ils perdent en moyenne quarante minutes dans les bouchons. Les temps de parcours sont même rallongés de 70 % aux heures de pointe », constate l’élue des Yvelines, qui énumère les conséquences : stress, retards, coûts pour les entreprises, pollution… À contre-courant du concept de l’« évaporation du trafic automobile »* en vogue ces temps-ci, notamment avec la piétonnisation des voies sur berge à Paris, Valérie Pécresse estime que « nous devons changer notre perception de la route ; ce n’est pas elle qui pollue, mais les embouteillages, précisément ; elle

La présidente (LR) du conseil régional d’Île-de-France dans son bureau parisien. éric DESSONS/JDD

peut même réduire la pollution si elle est utilisée par des vélos, des véhicules non polluants ou des transports en commun ». Et de plaider pour l’intermodalité (plusieurs modes de transport

« Ce n’est pas la route qui pollue, mais les embouteillages » combinés pour un seul déplacement), les parkings-relais, les bus sur autoroute, les trains de bus… « L’avenir est au transport en commun sur les routes, dit-elle. C’est très has been de cloisonner. Au contraire, il faut jouer la com-

Chantiers

Centres de gestion du trafic

95 78

4

9 8

1 5

92

Les chantiers les plus importants

91

75

2

93

7 3

94 6

plémentarité. À nous d’inventer la route du XXIe siècle ! » La présidente de la Région entend aussi promouvoir le « covoiturage du quotidien » et l’autopartage : « Avec 1,7 personne par véhicule contre 1,1 actuellement, on supprime les bouchons en Îlede-France et une grosse partie de la pollution automobile », affirmet-elle. Et, se projetant dans le futur : « Les véhicules propres et autonomes ne sont déjà plus de la science-fiction. Ils seront là d’ici à dix ans. Peut-être même avant. » C’est pour accompagner ces innovations annoncées et « encourager tous les usages » que la délibération prévoit donc un « fonds routes intelligentes » doté de 58,2 millions d’euros. Il permettra de financer tout type de projets innovants et d’expérimentation : files de covoiturage, vitesses modulées en fonction du trafic, informations routières multimodales, enrobés

77

« superacoustiques », mais aussi routes thermiques et solaires. Dès septembre 2017, un master numérique en gestion des routes sera également créé, avec l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux) à Champs-sur-Marne. Le plan antibouchons de la Région s’attaque avant tout à 25 points noirs franciliens (lire ci-dessous). La majorité des chantiers – création de tronçons, de barreaux, de contournements, de voies nouvelles, élargissement de chaussées, aménagement de carrefours… – seront réalisés entre 2018 et 2020. Le plan lance également 12 études de faisabilité concernant, par exemple, la possibilité d’aménager, à Paris, des voies réservées pour les taxis, l’autopartage et le covoiturage, la construction de deux ponts sur la Seine – à Melun (77) et entre Athis-

77 2 - La liaison Meaux-Roissy (barreau RN3-RN2) pour 20 millions

78

4 - Le doublement de la RD30 à Plaisir et Élancourt, pour 17,5 millions Gain de temps espéré : jusqu’à 15 mn

6 - Le contournement de Melun, liaison RN105-RD606, pour 7,8 millions

8 - La déviation de la RD121 entre Montesson et Sartrouville, pour 5,3 millions

92

94

5 - La RD1 quai de Clichy à Clichy-la-Garenne et quai Michelet à Levallois, pour 11,5 millions

7 - Accessibilité et desserte du pôle d’Orly, pour 7,5 millions

Mons et Vigneux (91) – ou encore la création d’un boulevard urbain entre Clichy (92) et Saint-Ouen (93). Des budgets de 1 à 4 milions d’euros sont prévus pour chacune de ces études, qui ne devraient pas déboucher sur des travaux avant la prochaine mandature. Enfin, le plan « routes » de Valérie Pécresse comporte le lancement, pour 7,6 millions d’euros, de trois centres de gestion du trafic « nouvelle génération » dans les départements de la petite couronne (92, 93 et 94). « L’idée est de mieux réguler les flux, mieux régler les feux tricolores, moduler les vitesses maximales, aménager des bandes d’arrêt d’urgence, améliorer la remontée d’informations en temps réel avec de meilleurs capteurs et l’installation de la fibre optique… », précise la présidente. Actuellement, le système Parcival, à Rungis, gère les feux de signalisation de 720 carrefours stratégiques dans l’ensemble du Val-de-Marne. En Seine-SaintDenis, le système Gerfaut II prend en charge la régulation de plus de 600 carrefours à feux. À Boulogne, le système informatisé de télésurveillance et de régulation du trafic (Sister) est raccordé à 275 carrefours des Hauts-deSeine. Valérie Pécresse le promet : « Les nouveaux centres numériques de gestion du trafic feront gagner entre 5 et 30 minutes sur chaque trajet. » g Bertrand Gréco

* Concept défendu par de nombreux géographes et économistes des déplacements, selon lesquels une réduction de la place dévolue à la voiture entraîne peu à peu une diminution du nombre de véhicules. Et inversement : si on multiplie les infrastructures dédiées aux voitures, leur nombre augmentera d’autant, assurent-ils.

91 3 - Le contournement d’Orly par le sud (déviation de Paray) sur la RD36, pour 18 millions

95

1 - L’avenue du Parisis, pour 40 milli ons

Gain de temps espéré : jusqu’à 30 mn (60 % du temps de parcours actuel).

9 - Le réaménagement de la Patte-d’Oie d’Herblay, pour 5 millions


II

le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

Grand Paris Les friches autorisées séduisent

Des espaces atypiques sans frais de gardiennage L’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU) d’Île-de-France s’est penché sur ce phénomène dans une étude à paraître demain. Près de 62 sites éphémères ont éclos en cinq ans, « ce qui est considérable », souligne Cécile Diguet, urbaniste à l’IAU. Groundcontrol, Grand Train, la Friche RichardLenoir, la Gare des Mines à Paris ou le Wonder à Saint-Ouen ont accueilli un public nombreux ces derniers mois, et se sont taillé une petite notoriété avant de fermer boutique… Certains projets au plus long cours se poursuivent avec succès comme le 6b à Saint-Denis ou les Grands Voisins dans l’ancien

C’est sur la plus belle avenue du monde que bat le cœur du Danemark à Paris. Au premier étage de la Maison du Danemark, on trouve le Copenhague, restaurant gastronomique, et le Flora Danica, son alter ego brasserie au rez-de-chaussée, qui vient de s’offrir un coup de jeune avec son décor fraîchement rénové : des lignes pures, du gris, du vert, un comptoir en marbre, une pointe de végétal, des banquettes et de larges tables en enfilade. Dans l’assiette, rien n’a changé. Et on aime ça. Alors on se remet très vite dans le bain nordique avec le bol de tarama et son énorme blini moelleux (14 €) ou encore mieux, avec l’assortiment de harengs à tomber (au curry et marinés, servis avec câpres, câprons, oignons et oignons rouges, 22 €). Ensuite, on pioche dans les spécialités maison avec notamment le saumon d’Écosse mariné à l’aneth, comme l’aimait Gilbert Bécaud, si tendre, si charnu, si délicat (31 €) avec sa petite salade de pommes de terre. En dessert, crème brûlée brasserie sans faute. Bon à savoir : malgré l’affluence et la salle bondée, le service reste souriant. Attention à l’addition, qui flambe.

7/10

Flora Danica, 142, avenue des Champs-Élysées, 8e. 7j/7. Tarifs : menus 29,50 et 38 € ; à la carte, entre 50 et 60 € environ (hb). Tél. : 01 44 13 86 26.

Dans cet ex-club de gym désaffecté au 36, rue de Crimée (19e), quinze artistes présentent leurs œuvres créées in situ. JOLY POUR LE JDD

hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris (fermeture fin 2017). Pour les aménageurs qui acceptent ces occupations, l’intérêt est « d’éviter les dégradations et l’installation d’un squat, et aussi d’économiser sur les frais de portage [coût de détention d’un terrain], qui sont de plus en plus élevés », explique Cécile Diguet. À Paris, les coûts de sécurisation et de gardiennage d’une friche peuvent monter jusqu’à 15.000 euros par mois. De leur côté, les collectifs y trouvent des espaces atypiques bon marché, voire gratuits. Soukmachines, qui vient de transformer le club de gym des Buttes-Chaumont, anime également une ancienne usine d’outillage à Pantin, la Halle Papin, après avoir redonné vie à une belle bâtisse industrielle à Nanterre, le Pavillon du Docteur Pierre. « Nous réanimons des bâtiments inoccupés que nous réhabilitons à petit coût, raconte Yoann-Till Dimet, le fondateur de ce collectif, nous y proposons des espaces de travail pour des artistes et des artisans et organisons des événements, concerts, soirées, théâtre… Nous rassemblons des gens différents dans des lieux qui permettent une

grande liberté. » Ces friches sont ouvertes sur leur quartier, ce qui change l’image de ces anciennes « zones ». Elles deviennent branchées, avec un petit parfum d’underground. À l’expo « Machines urbaines », dans le 19e, un artiste est présent tous les jours pour discuter avec les visiteurs. « Je touche un public qui n’ose pas entrer dans une galerie, et cela me permet d’expérimenter mes idées autour de l’art numérique, ce nouveau médium », décrit Hugo Verlinde, un artiste qui présente son lotus géant réagissant aux caresses des visiteurs… À la Semaest, on envisage de récidiver avec d’autres sites, via Plateau urbain, une plateforme immobilière spécialisée dans la mise en contact entre propriétaires d’espaces vacants et collectifs. « Les acteurs se professionnalisent, les collectifs sont de plus en plus crédibles, et des intermédiaires apparaissent », décrit Cécile Diguet. Dans une ville en constante mutation, le mouvement n’est pas près de s’arrêter. g Marie-Anne Kleiber

J.-F. DEROUBAIX

Une petite navette rouge pimpant doit faire son premier tour de roues demain dans le parc de l’île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux. Particularité : personne ne la pilote ! Pendant un mois, la Ville va tester plusieurs solutions hightech en matière de transport en commun dans le cadre d’un appel à projets lancé par la Société du Grand Paris, en partenariat avec le Stif. Des innovations qui seront présentées demain par le maire, André Santini, et Isabelle Rivière,

responsable des relations territoriales de la Société du Grand Paris. Ce minibus autonome, développé par Transdev, qui a son siège dans la commune, pourra emmener douze passagers, à 5 km/h. « L’objectif, explique-t-on à la mairie d’Issy, c’est de voir si techniquement cela fonctionne, et aussi si la population répond présent, si elle se montre curieuse, essaie ce nouveau mode de transport. Nous voulons étudier le retour que nous en feront les citoyens. » Un chauffeur

Une nouvelle déco à la brasserie de la Maison du Danemark sur les Champs-Élysées. Julien DE FONTENAY POUR LE JDD 

La découverte de la semaine

Fichon (18e), plongée en haute mer Fichon. Pour « fish », en anglais poisson. Et le « on » de

7,5/10 Fichon pour rendre franchouillard ce restaurant amarré

sur les hauteurs du 18e. Petits carreaux façon piscine pour le sol, mur du fond peint en bleu des profondeurs… On plonge directement pour un bol de bulots mayo (5 €) ; des huîtres normandes bio de Chausey (12 € les 6) ou, moins « mer », une burratina à la truffe (9 €). Ensuite, on a craqué pour le ceviche de bar, subtil et si bien assaisonné (16 €), et aussi pour l’étonnant tataki de bonite, betterave marinée, fromage blanc à la vodka, œufs de hareng (15 €). En voilà une cuisine ultrafraîche, mordante et joliment travaillée. Simplicité sur les desserts : cheesecake sans cuisson, coulis de betterave et crumble Oreo (7 €). L’ensemble est ponctué par un service fort sympathique. Bon à savoir : amusante carte de cocktails maison.

Fichon, 98, rue Marcadet, 18e. Fermé dimanche et lundi. Tarifs : à la carte, entre 30 et 35 € (hb). Tél. : 09 70 94 52 14.

@makleiber

Machines urbaines jusqu’au 12 mars, 36, rue de Crimée, Paris (19e). Rens. : soukmachines.com

Une navette autonome à Issy Avant-première La ville d’Issy-les-Moulineaux lance demain une navette autonome en expérimentation et d’autres innovations en matière de transports

L’adresse du dimanche

Flora Danica (8e), dans le bain nordique

Info JDD Selon une étude de l’Institut d’aménagement d’Île-de-France, les projets d’urbanisme transitoire ou friches légales se développent fortement En haut des Buttes-Chaumont dans le 19e arrondissement, l’ex-salle de sport Azteca était fermée depuis près de deux ans. En février, cette maison biscornue a rouvert ses portes Art déco… Et les visiteurs s’y pressent : plusieurs centaines par jour et près de 2.000 le week-end dernier. Ils viennent découvrir l’exposition « Les Machines urbaines » rassemblant les œuvres de 15 artistes. Ces plasticiens y ont créé des œuvres in situ, dessinant des silhouettes dans les escaliers et jusque dans les anciennes salles de douches du club de gym. Un squat ? Non, une « occupation éphémère » tout ce qu’il y a de plus légal. Le collectif Soukmachines, connu pour organiser de grandes soirées festives en banlieue, a signé une convention de trois mois avec le propriétaire de ce local, la Semaest. Une première pour cette société d’économie mixte de la Ville de Paris. Mais une démarche dans l’air du temps. Grandes halles désaffectées, hôpitaux fermés, immeubles de bureaux déserts… Ces lieux peuvent rester des années en déshérence le temps que des projets de transformation démarrent. De plus en plus, certains propriétaires – institutionnels en général, mais pas seulement – choisissent d’y installer de manière temporaire des associations ou des professionnels de l’événementiel en échange d’une animation de ces sites endormis.

bonnes tables

sera présent dans la navette, même s’il ne tient pas le volant. Jusqu’au 7 avril, d’autres solutions* seront testées, comme cette centaine de capteurs installés sur les places du parking Monnet et dans des rues adjacentes. Grâce à une application, les automobilistes pourront savoir où se trouvent des places libres en temps réel. Ces données seront aussi disponibles en open data pour laisser à des start-up la possibilité de développer leur propre appli. « Nous voulons anticiper deux évolutions, celle liée au futur Grand Paris Express et celle du big data, ces données permettant aux individus de choisir la meilleure solution de transport à un instant T. » M.-A. K. * Développées par Issy Média, Transdev, Colas, Cisco, Indigo.

La bonne cuisine de la mer près de la mairie du 18e. Patrick Leveque/SIPA

Retour…

Soma (3e), une vague japonaise Soma pour « South Marais ». Un izakaya (le bistrot japo-

7,5/10 nais) d’aujourd’hui avec sa déco bien léchée : des murs en

pierres apparentes, des petites tables alignées d’un côté, quelques places autour du comptoir en bois et le chef, au centre. Dans les assiettes, c’est l’esprit du partage. On mange tout en petites portions. Des tapas délicates, précises et percutantes. Et voici qu’arrive un carpaccio de turbot, graines de fenouil et prune, doux comme une caresse (14 €) suivi par des aubergines fondantes (9 €) ; des tempura de langoustine, saint-jacques et gambas tout en iode (15 €) ou encore un bœuf Black Angus mariné au miso, si tendre avec son beurre aux herbes (14 €). Ce sera tout ? Non. Parce que manger bien, ça donne faim. On termine l’expérience avec les exquises glaces au thé vert, sésame blanc, noir ou yuzu, nos préférées. Bon à savoir : courte mais pertinente carte de sakés. Soma, 13, rue Saintonge, 3e. Fermé dimanche et lundi. Tarifs : menu midi 20 €; à la carte, environ entre 30 et 35 € (hb). Tél. : 09 81 82 53 51.


IV

le journal dudimanche dimanche 5 mars 2017

Grand Paris Sortir en Île-de-France De fil

77 en aiguille

Marché aux puces Autour d’une trentaine de stands, les puces des couturières vous permettront de trouver toute sorte de matériel et de fournitures de mercerie. L’occasion aussi de rencontrer d’autres passionné(e)s.

Marché aux puces, salle de la Bergerie, Châtelet-en-Brie. De 9 h à 18 h. Entrée libre. chatelet-en-brie.fr

Concert

78 de jazz

Chant et claquettes Dans le cadre du festival Jazz à toute heure, le groupe Les Oignons est en concert et propose au public sa nouvelle formule : saxophone, trompette, banjo mais aussi chant et claquettes. Comme un voyage à La NouvelleOrléans. Orpea, Saint-Rémy-lès-Chevreuse. À 16 h 30. Gratuit. jazzatouteheure.com

Festival

Sélections

91 de la bd

Scène

92 d’œuvres

Autour de Patrick Sobral Pour sa 19e édition, le festival de BD d’Igny met à l’honneur la série « Les Légendaires » et son créateur, Patrick Sobral. Une trentaine d’autres auteurs sont présents et de multiples stands et expositions sont organisés.

Art à Boulogne Découvrez les sélections de cinq galeries d’art boulonnaises sous la nef de l’espace Landowski. Aujourd’hui, deux ateliers pour les enfants sont mis en place autour de l’artiste Caroline Poulet (à 14 h 30 et 16 h).

Espace Landowski, BoulogneBillancourt. De 8 h à 21 h. Gratuit. otbb.org

Gymnase Guéric-Kervadec, Igny. De 10 h à 18 h. Gratuit. ville-igny.fr

Spectacle

93 ouverte

Humour et politique Comme chaque mois, la Nef de Pantin organise son Kabaret P.O.P. — Parole ouverte et politique ! Une scène ouverte sur laquelle chacun peut proposer un spectacle de dix minutes autour de l’actualité. Au programme : liberté, poésie, politique et humour. La Nef, Pantin. À 18 h (durée 1 h). Gratuit. la-nef.org

94 de danse

Parcours industriel La 19e Biennale de danse du Val-de-Marne, présente Exposure, le spectacle d’Anne Collod, création étonnante qui invite à découvrir la régie du chauffage urbain de Fontenay-sous-Bois. Un parcours sensoriel et réflexif. Régie du chauffage urbain, Fontenay-sous-Bois. À 15 h, 17 h et 19 h. Tarifs : 12 €, 8 € (réduit). fontenayenscenes.fr

Salon

95 du vin

Dégustations en tout genre Des vignerons venus de la France entière vous présentent leur production de vins, champagne et armagnac. Dégustez aussi des produits du terroir, des spécialités du Périgord à celles de Madagascar.

Espace Saint-Exupéry, Franconville. De 10 h à 18 h. Gratuit. ville-franconville.fr

Aujourd’hui dans la capitale 1er

Peintre caravagesque à découvrir

Souvent comparé à Caravage, Valentin de Boulogne (1591-1632) est un des peintres français les plus brillants. Longtemps expatrié à Rome, où il travailla pour le pape Urbain VIII, il demeure très énigmatique. Musée du Louvre, M° Louvre-Rivoli. De 9 h à 18 h. Tarifs : gratuit ce dimanche. louvre.fr

4e

5e

7e

Événement ouvert aux peintres, sculpteurs, photographes et designers d’objets, l’expo « 4 art » invite le grand public, les collectionneurs et les amateurs d’art à découvrir les œuvres d’environ 70 créateurs.

C’est un classique de la marionnette contemporaine : Macbêtes, un condensé de la célèbre et flamboyante tragédie de Shakespeare transformée en un délicieux petit cauchemar. L’histoire d’un couple infernal qui martyrise des insectes.

L’exposition « 21 rue La Boétie » retrace le parcours de l’immense marchand d’art Paul Rosenberg, disparu en 1959. Une soixantaine de chefs-d’œuvre de l’art moderne sont ainsi réunis : ceux de Picasso, Léger, Braque et Matisse notamment.

Art pour tous

Parodie de Shakespeare

Halle des Blancs-Manteaux, M° Hôtel-de-Ville. De 11 h à 20 h. Gratuit. sbo-expo.com

Le Mouffetard, M° Place-Monge. À 18 h 45 (durée 40 minutes). Tarifs : 18 €, 14 € et 12 €. lemouffetard.com

18e

8e

17e

LA VIDéO Avec Peter Campus

19e 10e 9e

L’artiste américain Peter Campus est à l’honneur avec l’exposition « Video ergo sum », qui revient sur l’œuvre de ce pionnier et retrace ses recherches sur la vidéo dans les années 1970 et ses travaux plus récents en vidéo numérique.

2e

8e 1er

16e 7e

Jeu de Paume, M° Concorde. De 11 h à 19 h. Tarifs : 11,20 €, 8,70 € (réduit). jeudepaume.org

4e 6e

15e

13

14e

Découvrez le cheminement artistique du photographe de mode Erwin Blumenfeld et sa constante soif d’exploration qui a influencé l’Amérique des années 1950. Les 170 images présentées vous immergent dans son atelier.

5e

aujourd’hui à 16h30, à la e 11e 20 Cinémathèque (12e).

12e 13e

e

Atelier de mode

3e

12e

C’est une relecture contemporaine de la célèbre pièce de théâtre de Samuel Beckett qui se joue à Belleville dès aujourd’hui. Car tout le monde attend Godot, acteurs et public, et c’est la vie, dans sa dérision et sa vanité qui est en jeu.

Le festival Toute la mémoire du monde présente une sélection des dernières restaurations de prestige de la Cinémathèque. Aujourd’hui, venez voir Daisy Miller, de Peter Bogdanovich, et discutez avec l’invité d’honneur du festival, Wes Anderson.

Rencontrer Wes Anderson

Cinémathèque française, M° Bercy. À 16 h 30. Tarifs : 6,50 €, 5,50 € (réduit). cinematheque.fr

Théâtre de Belleville, M° Belleville. À 17 h (durée 2 h). Tarifs : 25 €, 15 € (réduit). theatredebelleville.com

14e

15e

Initiez-vous au sashiko, une broderie traditionnelle inspirée de la récupération de textiles usagés et désormais utilisée pour des motifs plus complexes et décoratifs. Une plongée dans la culture japonaise.

L’exposition « AJAP » présente le travail des 20 architectes et paysagistes de moins de 35 ans, ayant retenu l’attention du ministère de la Culture.

Broderie japonaise

Musée Maillol, M° Rue-du-Bac. De 10 h 30 à 18 h 30. Tarifs : 13 €, 5 € (– 25 ans). museemaillol.com

11e

« En attendant Godot »

Coup de cœur Rencontre avec Wes Anderson,

Chefs-d’œuvre modernes

Architectes de demain

Cité de la mode et du design, M° Gared’Austerlitz. De 11 h à 19 h. Tarifs : 5 €, 4 € (réduit). citemodedesign.fr

Les Grands Voisins, M° Denfert-Rochereau. À 14 h 15 (durée 1 h 30). Tarif : 20 €. Réserv. obligatoire : associationtalachine.jimdo.com

16e

18e

19e

20e

Pour la seconde édition des Motets de Du Mont, l’ensemble Actéon met à l’honneur deux compositeurs du tournant des XVII et XVIIIe siècles : Louis-Nicolas Clérambault et Marc-Antoine Charpentier. L’occasion de découvrir le répertoire baroque français.

Plus de 420 tatoueurs venus du monde entier ont rendez-vous sous la grande halle de la Villette. L’occasion de découvrir une diversité infinie de styles anciens, nouveaux ou hybrides et peut-être de franchir le pas !

Le trio punk-rock californien Tiger Army, absent depuis plus de dix ans des salles de concert européennes, entame une nouvelle tournée en 2017. L’occasion de se replonger dans l’ambiance du groupe, colorée d’influences des années 1950.

Rencontrer l’artiste

Cinq noms, cinq master class : offrez-vous aujourd’hui une série de rencontres exceptionnelles pour entrer dans l’atelier de fabrication intime des artistes. Au programme : Angelin Preljocaj, Gilles Clément, Christian Boltanski, Laurent Le Bon et Jacques Audiard.

Maison de la Radio, M° Jasmin. De 10 h à 19 h 30. Gratuit. Détails et réserv. : maisondelaradio.fr

Cité de l’architecture et du patrimoine, M° Trocadéro. De 11 h à 19 h. Tarifs : 8 €, 6 € (réduit). citechaillot.fr

Musique baroque

Mondial du tatouage

Église Saint-Pierre de Montmartre, M° Abbesses. À 16 h 30 (durée 1 h). Participation libre. facebook.com/Calligrammes

Grande halle de la Villette, M° Porte-dePantin. De 11 h 30 à 19 h. Tarifs : 27 €, 18 € (– 16 ans). mondialdutatouage.com LIONEL BONAVENTURE/AFP

Rock américain

La Maroquinerie, M° Ménilmontant. À 19 h 30. Tarif : 28 €. lamaroquinerie.fr

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