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Il est des espèces végétales qui présentent dans les divers états de leur développement des caractères artistiques qui n'auraient pas dû échaper à aucun des décorateurs modernes. Les anciens connaissaient beaucoup mieux que nous nos plantes et nos animaux parce que chaque espèce végétale ou animale jouait un rôle dans la vie économique du peuple, soit comme aliment, soit comme médicament, soit encore comme symbole. Les artistes du Moyen-Age et delà Renaissance nous ont laissé la preuve qu'ils observaient de près, je me contenterai de citer comme exemple les admirables planches d'études d'Albert Durer. Il faudrait un volume pour décrire toutes les petites merveilles végétales que les primitifs souabes et italiens ont peint au pied de leurs .Madones et de leurs Saintes. La science tout en faisant un grand pas dans la connaissance, s'est isolée de la masse, elle est devenue rébarbative et a changé la manière d'envisager les êtres, qui sont devenus pour tout, le monde des choses abstraites, sans vie, n'offrant plus qu'un intérêt pratique ou négatif. L'enseignement à tous ses degrés a fait beaucoup pour isoler ainsi la nature de l'homme. Les artistes comme tous ont suivi le courant, alors que c'étaint eux qui devaient par leurs fonctions mêmes relier l'homme à la vie, le sens visuel à la forme et à la couleur.


La connaissance de la nature est la base sur laquelle l'artiste peut appuyer son talent. Les éducateurs de la jeunesse qui se destinent à la pratique des arts, devraient être en état de donner à leurs élèves un enseignement qui toucherait de très près à la biologie. L'instruction de l'artiste ne consiste pas seulement à lui apprendre la technique du dessin et des métiers, elle devrait surtout résider dans l'explication des phénomènes de la vie et la description des divers éléments qui, par leur action réciproque les uns sur les autres, prennent part aux transformations des aspects de la nature suivant les climats, les régions, les heures et les saisons. Dès que le printemps fait éclater Sceau de Salomon d'après une gravure extraite, des les bOLirgeOIlS OU éclore les COI"OlleS, Commentaires de Dioseoride de Matthiolus. ] e maître devrait COllduire SeS élèves Venise, milieu du w siècle par nos champs et nos bois. Il faudrait qu'il pût dire un mot intéressant sur chacun des objets rencontrés ; expliquer le pourquoi d'une forme et l'utilité d'une couleur, dégager de la parure d'un papillon les règles de l'harmonie des couleurs, car il est rare de rencontrer sur les ailes d'un lépidoptère des tonalités qui se nuisent de se trouver l'une près de l'autre. L'éducation du décorateur en ce qui concerne l 'harmonisation des couleurs est à transformer complètement, sinon, à créer en entier. La nature toujours changeante devrait pouvoir se révéler à tout esprit quj possède la conscience de la vie. Le printemps devrait paraître à l'artiste comme une renaissance annuelle, un renouveau dont le charme s'accroît en raison même du développement intellectuel de l'individu. Le premier exemple de document d'après nature que nous proposons à l'attention du décorateur est celui fourni par le Sceau de Salomon. Parmi les plus beaux bourgeons qui s'échappent de terre aux premières caresses du soleil printanier, ceux du Sceau de Salomon doit retenir l'attentiondetoutespritque la beauté de la forme intéresse. Alors que les taillis commencent a verdir et que le sol se fleurit des blanches anémones, des ficaires dorées et des primevères sulfurines, le polygonatum multiflore et le polygonatum vulgaire dressent au milieu de ce monde végétal leurs pousses légèrement inclinées, faisant valoir le galbe de leurs gaines enveloppantes et de leurs feuilles emboîtées les unes dans les autres, se dégageant peu à peu, au fur et à mesure du développement de la tige, laquelle prend de plus en plus une forme arquée.


Le Sceau de Salomon présente plusieurs aspects dont les deux principaux constituent des espèces de nos pays, le polygonatum à plusieurs fleurs et le polygonatum vulgaire ou officinal. Ces deux formes se rencontrent communément dans les bois, les haies, les taillis et les pâturages ombragés de la France, de l'Europe, de l'Asie occidentale et boréale. Le polygonatum à plusieurs fleurs manque dans la région Méditerranéenne, mais se rencontre au Canada. Le polygonatum vulgaire fait partie de la flore japonaise. Ces plantes ont reçu leur nom générique, polygonatum, de deux mots grecs : polys, beaucoup, gonu, genou, en raison de ce que leur tige souterraine est formée d'articulations nombreuses et renflées comme un genou. De là aussi le nom vulgaire de genouillet ou genouillère donné à ces espèces dans quelques régions de la France. Mais le vocable le plus généralement usité pour désigner ces plantes est Sceau de Salomon. Cette désignation vient de ce que la tige souterraine donne naissance chaque printemps à une tige aérienne portant les feuilles et les fleurs et qui se détruit à l'automne après la maturation des fruits, laissant sur le rhizome une cicatrice annulaire qui semble être l'empreinte d'un cachet. Cette appellation est commune à toutes les langues occidentalles, l'anglais désigne ces plantes par le mot Solomon's Seal ; l'allemand par Salomonssiegel ; l'italien par Sigillo di Santa Maria (Sceau de Sainte-Marie); le latin par Sigilo Salomonis. Ajoutons que l'allemand désigne encore ces espèces par le mot Weisswurz, l'italien par Ginochietta et Frasinella ; ce dernier mot est aussi employé par les espagnols. Bourgeons du Sceau

de Salomon niulUnore

(20 avril)


Les Sceaux de Salomon peuvent intéresser le décorateur par leur -croissance, la disposition toute spéciale de leur feuillage, la situation de leur fleurs et la beauté de leurs formes. Leur tige cylindrique nue à la base et munie de gaines membraneuses se dresse en affectant une courbe gracieuse; la partie supérieure de cette tige est garnie de feuilles alternes redressées, demi embrassantes ou presque sessiles, de forme oblongue ou ovale, à nervures convergentes. Il est utile de signaler aux artistes décorateurs qu'ils doivent observer attentivement la nervation des feuilles. Bien connaître cette nervation est un puissant moyen de se souvenir de la forme d'une feuille et d'en respecter facilement la caractéristique. Ainsi presque toutes les plantes monocotylédones, groupe auquel appartiennent les espèces qui nous occupent, présentent des feuilles à nervures parallèles c'est-à-dire s'élançant de la base au sommet de la feuille sans se ramifier. Ce serait une grossière -erreur que de dessiner une feuille de Sceau de Salomon avec des nervures pennées ou palmées. Nous devons signaler aussi que les tiges aériennes du Grand Sceau de Salomon sont parfaitement cylindriques, tandis que celles du polygonatum vulgaire sont anguleuses. Le mouvement naturel de torsion de ces tiges fait suivre à ces angles un enroulement qui peut être utilement mis à contribution par le décorateur. Indiquons pour être complet que les tiges du Grand Sceau de Salomon atteignent jusqu'à soixante centimètres de hauteur. On en a trouvé des exemplaires dans les Pyrénées atteignant la hauteur d'un homme. L'autre espèce varie de vingt à cinquante centimètres. Les fleurs des polygonatum sont blanches et légèrement vertes au sommet, a pédoncule axillaire, pendantes et rejetées à l'opposé des feuilles. Elles naissent de deux à six sur chaque pédoncule dans l'espèce la plus grande, tandis qu'elles sont isolées ou


au nombre de deux dans le Sceau de Salomon vulgaire. Dans le premier cas elles mesurent de douze à quinze millimètres de hauteur sur deux à quatre millimètres de largeur ; dans le second elles atteignent deux centimètres de hauteur et de cinq à huit millimètres de largeur. 11 existe dans chaque fleur six étamines incluses, c'est-àdire qu'elles n'apparaissent pas au dehors, un style filiforme et un stigmate obtus et trigone. Aux fleurs succèdent des baies globuleuses qui restent longtemps vertes, puis qui, vers fin août ou commencement de septembre, prennent une teinte violacée ou noirâtre. Ces fruits sont à trois loges contenant chacune deux graines de formes ronde et de couleur jaunâtre.

ïige tle Sceau de Salomon multiflore avec des fleurs prêtes à éclore

Tige fouillée et lige souterraine (Rhizome) du Sceau de Salomon


Ces plantes fleurissent du commencement de mai à mi-juin. Elles sont d'un usage restreint, autrefois elles étaient considérées comme anti-herniaires, vulnéraires et astringeantes. C'était la tige souterraine ou rhizome qui était employée. Dans certain pays on mange les jeunes pousses du polygonatum vulgaire comme celle des asperges.

Divers élals décroissance de la lige leuulee du Sceau de Salomon mullillore Tige fleurie du Sceau do Salomon vulgaire

Si leur emploi culinaire et médicinal de ces espèces est peu fréquent,, nous pensons que l'artiste décorateur peut trouver en elles de nombreux motifsd'inspiration. En les étudiant sur place, dans les lieux où elles croissent, il rencontrera sûrement d'autres espèces voisines qui comme elles appartiennent, à la famille des asparaginées ; c'est le muguet de mai, le mayanthème à deux feuilles, avec sa petite grappe odorante, qui lui fourniront de précieux élémentsdécoratifs. La croissance du muguet est spécialement intéressante à noter au jour le jour avec le développement de ses feuilles en cornet.


professeur abandonnent cette méthode et prennent la plante depuis sa sortie de terre jusqu'à la maturité de ses graines. Il aura ainsi un ensemble de documents qui lui permettra des combinaisons innombrables tout en lui permettant de respecter les aspects naturels, c'est-àdire qu'il ne sera pas obligé de défigurer par une interprétation forcée des formes qui gagneraient à rester entières. EMILE NICOLAS.


Art & Industrie (1909)  

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