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Paroles Suivantes

Paroles Suivantes I michel lombardo Clair Charpentier

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Paroles Suivantes

termine ta phrase espèce de prétentieux n’oublie pas le point

les mots envahissent la boîte aux lettres soumise aux huns après l’autre

le ciel sans couleur coule en gouttes fines sur les toits et l’espérance

ah, ce vent perfide qui fouette les jeunes branches et danse en hurlant

ce sont des seaux d’eau qui tombent du ciel de mai noyant le printemps

les nœuds durs du chêne tombé que j’ai tronçonné ont gauchi mon dos

un sourire au cœur j’ai regagné le verger dans le mai trempé

de petits soldats frappent du pied et paradent entre mes oreilles

dans le vent je claque comme un vieux linge à sa corde raidi sous l’averse

le soleil narquois de me voir traîner mon ombre enfle dans le ciel

le vent qui déchire les feuilles du chêne fier m’a cloué le bec

le chêne a chuté il a croisé sur sa route un roseau pugnace

ce lent fleuve sale qui se couche sous les saules ce n’est qu’une vie

les souvenirs lents englués sans avenir collent à la peau

les coquelicots gouttes de sang séché jonchent le verger brûlé

la fin du printemps même à l’orée de l’été c’est aussi la fin

réveil épuisé après la nuit étouffante le chant d’un oiseau

la plume en suspens au dessus du papier vide l’esprit en vacance

le banc du jardin complice ancien de mes rêves s’est couvert de mousses

le vent qui proteste entre les branches nerveuses n’est pas innocent

juste sous le ciel au-dessus de l’horizon une porte brille

le soir est venu pendre son manteau de vent au croc de mon crâne

dans le vent l’odeur de l’herbe coupée saignante de coquelicots

dans l’incertitude devant la nuit impassible le soir hésitant

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Paroles Suivantes

les os rompus par les ans j’avance serein vers le vent d’été

il rampe en cloporte l’été brûlant qui emporte les mémoires mortes

je ne compte pas je ne sais pas quel âge j’ai mais d’autres le disent

matin de juillet le soleil frôle en baillant la fenêtre ouverte

est-ce bien la peine ce rappel bien trop pesant je connais mon âge

la pluie sur l’auvent quelques gouttes dans la nuit juillet est avare

je sais que j’arrive au quai du port décisif et je vois l’amer

la haie que j’abreuve dans le soir incandescent m’offre un arc-en-ciel

ma tête bascule regard perdu vers le ciel dans un feu d’étoiles

la brise du sud a embrasé la maison rêves étouffés

mois de juin féroce les derniers coquelicots saignent dans le pré

je suis en apnée devant mon café qui fume brume du matin

pour moi peu à peu je retombe à la poussière qui rit au soleil

dans l’aube d’été les oiseaux vifs se disputent un peu de fraîcheur

l’adresse est cachée sur la porte du théâtre que hantent les mots

le chant des cigales les durs rayons du soleil grincent dans les pins

par-dessus le ciel où le soleil se pavane la nuit veille encore

qu’une bise brise les briques carmin et chaudes du mur de l’été

cette sueur lente mon front engourdi supporte le poids de l’été

sur mes os qui craquent l’avenir pèse et son poids me coupe le souffle

les crayons rangés les jours n’ont plus de couleur que celle du vide

les rêves fermés à la moindre souvenance ont conclu la nuit

il aura fallu trois cent quatre vingt mille ans pour qu’enfin je vois

une courte averse rafraichit l’aube d’été le soleil palpite

un chien qui aboie m’arrache du cauchemar la nuit est fichue

dans l’air agité une odeur de pin brûlé trouble les cigales 2


Paroles Suivantes

… la toile du temps chaque pas tisse un linceul et nos vies pâtissent

une soirée molle le mois d’août traîne sa flemme sur la chaise longue

trois petits vers gris qui rongent la page blanche d’un univers noir

les os de mon corps grincent — vieux volet rouillé qui bat dans le vent

je pousse la porte odeur de menthe et de foin la chaleur du soir

un matin encore sous le soleil sans nuance un éclair aux yeux

la fenêtre ouverte laisse entrer l’aube brumeuse jusque dans ma tête

murmure du soir sur la route la poussière lentement se pose

le vent revenu fait voler les tiges sèches des fleurs dépassées

un petit nuage perdu au sommet du cèdre — j’essuie mes lunettes

roi de l’inutile j’ai arrosé le verger maintenant il pleut

je traîne mon ombre et la remise éreintée d’un profond soupir

perdu dans les nues le soleil de l’été pale pleure à chaudes larmes

dans l’horreur du monde l’acteur de nô et la none se plient de nausée

l’insecte d’acier s’est posé sur mon épaule mon bras devient lourd

les mots repassés s’écrasent sans densité dans l’indifférence

quel âge as-tu donc toi qui t’interroges tant quel âge a ton rire

matin dans la brume la vapeur du café noir submerge mon front

la fenêtre s’ouvre, le matin sent l’espérance le monde est en ordre

un brouillard s’étire de la vallée endormie jusqu’à la fenêtre

le matin s’installe dans la torpeur des cigales odeur de café

les fourmis voraces en vacances dans ma panse me masquent le jour

sous le soleil d’août un souffle apaise mon front clémence d’été

puis on se retrouve chacun avec un sourire mais les mains cachées

l’ombre sur le mur n’est plus si nette et tranchante l’été s’assoupit

je vais arrêter l’errance des mots vacants dans un lent soupir 3


Paroles Suivantes

une goutte encore sur la feuille surchauffée s’est évaporée

malgré le soleil qui réchauffe la terrasse mon ombre frissonne

fin d’été — des nues jouent encore dans le ciel du jardin d’enfant

aujourd’hui il pleut sur un paysage amer où l’été sanglote

la rentrée bientôt dans les cris des écoliers l’ultime rentrée

le cartable est vide d’une rentrée effleurée septembre en silence

pour qui te prends-tu ? le clown en habit de fête ressemble à un clown

l’orage menace la maison lève les mains éclair effrayant

le pré jaune espère de l’été qui se termine une larme austère

c’est le soir déjà je me hâte doucement vers le sombre seuil

la lune se baigne dans la piscine ce soir l’eau semble bien froide

« le soir de la vie porte avec lui sa lumière » où est le briquet ?

l’eau se baigne dans la piscine ce soir la lune semble bien froide

lundi sans contrainte le temps s’est joué de moi je me joue de lui

il fait déjà chaud ce matin sous les nuages la pluie prend son temps

petit air d’automne un frisson humide et vif fait danser l’été

un trou dans le ciel le soleil emprisonné tente une évasion

en retrait du monde cerise sur un gâteau cerise ridée

l’automne est précoce le vent qui rage à la porte veut chasser l’été

par la vitre opaque la brume abuse les arbres le soleil se lève

pénétrant partout le vent qui claque aux oreilles ment sur la saison

par-dessus le brume le soleil paresse encore sur les draps froissés

loin du bruit contraint je me soustrait de la foule je rentre en douce

le froid de la nuit a saisi l’aube écarlate frissons sous les pieds

sourire confus — dans le pot de confiture la trace d’un doigt

les pas dans le sable je regarde la rivière qui coule sans trace 4


Paroles Suivantes

une longue marche le verger colle à ma peau je rentre essoufflé

le soir qui s’installe dans le paysage inquiet pèse sur mes yeux

le monde malade au premier jour de l’automne retient un sanglot

septembre frissonne bientôt va s’ouvrir le gouffre du pays d’octobre

le soir tombe vite malgré la chaleur qui reste collée de fatigue

on se croit tranquille mais un vent teigneux parfois secoue le hamac

l’automne est pesant les nuages qui menacent aboient dans le ciel

les nuages roses le ciel invite au voyage dans le matin froid

premier jour d’automne les nuages fous lacèrent le ciel cramoisi

le vent du sud souffle sur les tuiles encore chaudes salut de l’été

le soleil paresse dans le ciel de l’aube sale l’automne s’installe

c’est un soir paisible les bornes du bord des routes se noient dans la brume

le ciel s’est voilé et le soir déjà annonce la pluie retenue

les huîtres fidèles à leur rocher assailli rêvent des poèmes

quelques gouttes lourdes se sont écrasées sur l’herbe j’ai courbé la tête

sur le bureau terne un crayon facétieux glisse un trait de couleur

sous le pluie je rentre mettre mes os à l’abri comme un escargot

le front lourd est las crient mes paupières sanglantes que l’automne pèse

matin en couleur le soleil joue dans le vent et les branches chantent

le jour s’assombrit malgré le vent enflammé le ciel fuit l’orage

le vent qui tempête entre les arbres furieux se perd dans l’automne

automne abusé le mois d’octobre transpire et guette la pluie

aube tourmentée quel est ce froid accouru d’hivers incertains

certains en riront bien peu auront du regret mais tous m’oublieront

la couleur de l’encre avec laquelle j’écris est parfois si sombre

le ciel est si las octobre a mis un manteau et courbe la tête 5


Paroles Suivantes

on ne sait pas qui de la pluie ou bien du vent aura le fin mot

un mistral nerveux a succédé à l’orage la nuit en faction

habillé de noir sous le ciel d’octobre noir il sourit encore

la nuit pèse encore sur le contour des collines quand l’est se résigne

les vitres sont grises le verger mélancolique il pleut doucement

lentement le soir prend possession des ténèbres qui lasses s’attardent

la pluie a cessé le soleil n’est pas sorti la nuit se résigne

l’air humide et froid des derniers matins d’octobre rode entre les pierres

vous pouvez les croire on ne meurt pas du cancer qu’est leur suffisance

éloge du soir la caresse du soleil subjugue mes yeux

entre deux nuages la lune doucement tangue il fait jour encore

le vent pour monture quelques lignes à remplir pour n’y plus penser

la nuit a couvert le paysage de glace la lune frissonne

les yeux éblouis je dévisage le soir enveloppé d’or

le temps est venu de tirer sa révérence sur la scène instable

puis la nuit s’étale comme une caresse lente sur le corps du monde

quelques pâquerettes ont tavelé la prairie pour narguer l’automne

voici l’ordre enfin qui vient régner sur les jours le temps se balance

des traces de sang déchirent le ciel d’octobre et rayent ma voix

le volet ouvert sur la raideur de la nuit hommage à l’aurore

l’immense fatigue qui paralyse mes membres englue le soleil

une fumée lente s’élève du tas de feuilles jardin honoré

l’horizon prend feu j’aime que l’aube se lève sur mes os aussi

j’entends le murmure des feuilles que le vent froisse le jour se retire

je vais sans courage à la rencontre du soir que l’ennui recouvre

je l’ai lu déjà toutes les pages s’envolent du livre jauni 6


Paroles Suivantes

le temps d’un instant le ciel est devenu noir le vent a tourné

le soir de novembre blanc comme un manteau de fée filtre sous la porte

le cèdre se dresse noir majestueux et fier contre le ciel noir

matin dans la brume sous mon pas mal réveillé la terrasse glisse

sur l’herbe trempée les feuilles déchiquetées se plaignent du vent

surprenant automne le ciel brillant se reflète sur l’herbe luisante

c’est enfin l’orage qui frappe les tuiles sèches et la terre avide une heure de plus c’est vingt cinq heures de pluie dans une journée

puis le soir surgit qui efface d’un frisson le soleil hautain ******** l’aube est loin encore dans l’orient lugubre et sale la nuit est patiente

dernier jour d’octobre sombre et inondé d’averses j’ai le nez qui coule

une bise vole et frappe comme un insecte la lumière tiède

danse avec la pluie le vent laboure les vitres vite il faut rentrer

le froid de novembre en lentes volutes blêmes se perd dans le pré

quelle bonne idée pour s’abriter sous la douche un rideau de pluie

le froid dans le dos pèse sur la lassitude je rentre la tête

la pluie a cessé les pâquerettes se noient dans le pré trempé

cette nuit l’orage a éteint les feux de l’aube jour fardé de cendre

claques sur les tuiles quelques gouttes égarées ont gâté mon rêve

je ne compte plus les minutes qui se perdent au milieu des heures

le soleil s’invite sur la terrasse jonchée de feuilles humides

petit jour maussade le soleil brillait pourtant dans la nuit rêvée

la branche s’incline leste un écureuil bondit mes os ont craqué

que ce soir est lourd il écrase mon squelette d’un étau transi

la branche coupée qui traîne sur l’herbe humide il faut l’effeuiller

l’aurore est lointaine les rêves hallucinés le sommeil enfui 7


Paroles Suivantes

la nuit souveraine arpente les paysages gorgée d’amertume

dans le froid de l’aube le soleil frôle mes yeux à travers la vitre

les étoiles songent en silence dans le ciel d’une terre inerte

le soleil s’élève au dessus des brumes sales d’une ville aigrie

le soleil insiste sur le trait noir des collines rouge et attentif

tombé des pins sombres le soir humide frissonne et frappe aux volets

sur la vieille femme des années de souvenirs voilent son sourire

grinçant claudiquant j’ai laissé la nuit dehors en claquant la porte

il grimpe en boitant le sentier couvert de feuilles vers l’hiver secret

la pluie invitée aux balbutiements de l’aube ronge la lumière

une lame froide grince et se tord dans les trippes c’est vraiment l’automne

toute une journée passée derrière les vitres à compter les gouttes

le froid de novembre s’est glissé sous les feuillages à l’abri du vent

il est tard dès lors que le soleil est si haut pour parler de l’aube

un soleil narquois dénoue la brume d’automne matin ivre et vif

sur la terre lasse encombrée de feuilles mortes l’orage s’acharne

à travers la vitre la chute des feuilles mortes un lent crépuscule

l’averse a cessé les barrières de la nuit s’écartent enfin

je fixe mes mains (paumes) maintenant (désormais) la nuit s’étale sur le vieux chemin (sentier)

brusque et vif le froid a rayé la nostalgie de l’onctueux novembre

la pluie de la nuit n’a laissé que quelques flaques aux moineaux marris (navrés)

au-dessus des brumes la colline émerge au loin perdue dans l’hiver

un jour est passé encore un jour dépassé par l’ennui humide

une brume froide a arrimé les restanques à leur cœur de pierre

la nuit a voilé d’un épais linge de cendre le cri des oiseaux

des filaments sombres s’enchevêtrent sur la route qui longe la nuit 8


Paroles Suivantes

le vent arrogant courbe la tête des chênes la terre se fige

ce linceul trop lâche après tous ces draps froissés sa pâleur m’aveugle

les feuilles blotties tout au fond du jardin sombre sous le vent glacial

c’est la pluie qui glisse sur les toitures livides pluie de souvenirs

le froid abattu sur un paysage amer a cloué l’aurore

le front sur la vitre je laisse le soir creuser puiser dans mes rides

dans la rue venteuse la nuit glisse sur l’asphalte je perds l’équilibre

un horizon rouge s’est emparé des collines qui saignent de froid

sous le soleil roide d’une lumière glacée novembre s’essouffle

il n’y a plus d’encre dans le stylo que tu poses tu vois ta main tremble

dans l’incertitude des gouttes noires de soir s’écrasent sans bruit

et dans le soir las sous la lampe impitoyable tu courbes la tête

le tonnerre gronde quelques gouttes sont tombées je rentre la tête

des strates de brume s’empilent sur les collines le regard s’y noie

ils viennent sans bruit portée d’une mer sonore affronter le sable

des barreaux de pluie me clouent derrière la vitre prisonnier du temps

une aube fouettée a découvert l’horizon le froid mord la plaine

mes os ont craqué le froid de décembre force contre les volets

je quitte l’enclos où j’ai emmuré mes soifs fourbu dans le soir

la nuit m’a surpris je ne l’ai pas vue couvrir l’ombre de mes jours

une feuille morte une seule encor demeure figuier pitoyable

elle est là qui court comme une bête apeurée sur la terre humide

novembre est plus froid sous son chapeau de nuages le soleil s’épuise

la vie reprend sève quand la nuit cède et se rompt quand le jour se lève

un souffle de brume le soir s’étend sur la neige fantôme blafard

sur le pré figé par le silence du givre le cri de mes pas 9


Paroles Suivantes

roulent les nuages sur la terre ivre d’ennui l’automne languit

le mistral glacial comme une goule hurlante broie la nuit sans ombre

la journée s’étire le soir se glisse sans bruit dans la nuit frileuse

après les collines l’horizon palpite et saigne de la nuit glacée

malgré la douceur j’ai fermé toutes les portes pour traquer la brume

les grains s’entrechoquent au milieu du sablier et le temps s’égare

la lueur des villes sombre dans la nuit au loin me cache le ciel

sont passés les jours les minutes ont comblé les heures agiles

à travers l’imposte la nuit coule dans la chambre comme un fleuve froid

la lune figée dans un ciel blafard et froid détourne la tête

j’ai levé la tête du ciel sombre les étoiles parsèment mes yeux

de la terre froide une averse brusque et dure brise le silence

j’ai levé les yeux du ciel l’ombre des étoiles plonge sous le sable

au fond de mes yeux les lumières qui s’éteignent chandelles mouchées

un vieil ours hiberne au profond de sa retraite il rêve et sourit

des nuages lourds aboient aux portes du ciel le soleil se couche

le froid sur l’épaule comme des serres rapaces tourmente ma chair

une averse gifle férocement une affiche de sous-vêtements

mes pas dans le nuit maculent l’herbe gelée de taches sinistres

fin d’année les fêtes même le ciel larmoyant se fend d’un rayon

traces dans le ciel la direction du voyage demeure incertaine

c’est l’hiver dehors la maison prudente veille aux pieds des cadeaux

soleil de décembre sur le lierre du vieux mur sourire en façade

un jour laborieux sort de l’ombre des collines comme d’un caveau

un temps en suspens le ciel déroule ses nues avec lassitude

courbé sur mon ombre je sépare de la terre les miettes du soir 10


Paroles Suivantes

sur la terre froide quelques gouttes sont tombées j’éternue je rentre

un éclair obscur a labouré mon regard le soir se révolte

l’année se dilue dans un soir sans consistance humide et sans grâce

parsemée de gris la tournure de mes rêves crie au cauchemar

j’hésite à la porte comme un vieux volet rouillé l’an s’ouvre en grinçant

Nous, et ce fut nous qui avons tranché le monde en éclats de rire

la pluie ce matin a descendu le rideau sur la promenade

le matin s’enlise dans les méandres lustrés d’odeurs de café

la terrasse brille dans la brume du matin mes os vont grincer

je pousse la porte le ciel noir palpite et luit le jour bâille au loin

brusquement le soir éclabousse mes pensées de taches obscures

collée sur la vitre engourdie par la nuit froide une mouche hésite

rester sans bouger dans l’aujourd’hui impassible demain comme hiver

le soir est rentré comme une vieille harassée s’asseoir en silence

un sommeil sans rêve a traversé la nuit lisse nef sans nautonier l’épaisse fatigue qui se glisse de mes membres m’a revêtu d’ombre

j’ouvre la fenêtre un brouillard tenace et lent se colle au matin. ******** le froid revenu couvre ce matin obscur d’une peau tremblante.

à travers la vitre quelques branches effeuillées zèbrent le couchant

c’est la tête lourde que je traverse l’hiver rongé de défiance

des nuages ronds couvrent la terre endormie comme un édredon

dans le ciel d’hiver seule éperdue grelottante la dernière étoile

c’est un soir très lent qui a rabattu la porte sur la nostalgie

il neige et les arbres s’inclinent sous le fardeau de la pureté

la mer sans sommeil parmi les débris des rêves les troncs des regrets

le soleil qui court sur la neige illuminée joue avec les pies 11


Paroles Suivantes

sous le soleil froid la neige recouvre encor le pré d’espérance

encore un matin où la morsure du froid fige les nuages

l’occident s’embrase les pins comme des pendus déchirent le ciel

prises sous la glace dans le seau de zinc rouillé les feuilles sont mortes

un pas après l’autre dans le verger engourdi la neige a grincé

il court le soleil tout autour de l’horizon pour fuir cet hiver

le pré garde encore la trace des sauts du lièvre gravée dans la neige

la nuit s’éclaircit le songe amer se dilue l’aube affleure enfin

des pas sans un mot ils crient d’un regard glacé dans la terre froide

dans une cellule fier de sa chaîne un boulet brille sans éclat

la neige placide recouvre d’un linceul froid l’espoir d’un printemps

dans le froid piquant le soleil hier timide revient conquérant

l’hiver prend ses aises sous son édredon de neige il paresse et baille

la brume du soir coule entre les pins placide jusqu’au seuil de pierre

c’est un soir d’hiver pas d’étoiles dans le ciel pour tracer la route

sous la lampe fade un souvenir s’émancipe de la mine usée

la fatigue crisse sur mes épaules lourdes d’une année de plus

malgré les matins toujours la même piqûre qui fouille mon ventre

tout doucement l’aube s’enroule dans les replis d’une nuit distraite

passager d’un train qui brûle toutes les gares insensible au monde

les larmes du ciel dans les flaques du chemin voilent les soupirs

ici l’hiver muse même les fleurs d’amandier restent mitouflées

un arc dans le ciel où des manteaux de nuages accrochent la lune

de ce pas je vais ouvrir la porte au jardin qui frappe à la porte

clin d’œil du soleil un sourire arque mes lèvres quand s’ouvre la porte

me voilà rentré j’ai refermé d’un soupir l’huis de la mémoire 12


Paroles Suivantes

la nuit s’est passée à mettre au jour des registres couverts de poussière

la pluie est venue goûter leur saveur aux fleurs des arbres frileux

la mélancolie recouvre le crépuscule d’un foulard de soie

la pluie – quelques gouttes pendent aux feuilles fourbues par un hiver lent

matin dans la brume les yeux arrimés aux larmes séquestrent les rêves

poser d’un soupir la mélancolie du soir sur la terre lasse

une brume noire accompagne le couchant d’un soupir d’ennui

l’aube se dévoile lentement comme à regret je pousse le drap

les vols d’étourneaux au-dessus des villes grises sculptent les nuages

sur le fil tendu tourterelles là venues printemps à l’affût

à travers les rues d’une ville sans odeur le soir se promène

l’orage est passé les étourneaux se querellent dans l’herbe couchée

ah mes souvenances comment pourrais-je vous dire ce froid dans mon ventre

chassés par le vent les nuages se blottissent frileux sous mon crâne

dans son manteau sombre le soir chasse les étoiles frisson dans la brume

matin d’hiver froid pourtant l’idée du printemps trotte dans les têtes

depuis la terrasse on ne voit plus la vallée et les sons s’éloignent

soleil du matin le vent dans les feuilles mortes joue comme un enfant

dans mon ventre froid il n’y a plus de douleur il n’y a plus rien

les traces de sang qui ont lacéré le ciel brûlent dans mes yeux

les moineaux s’ébrouent dans les branches des cyprès l’aube étreint les pierres

aube d’un jour neuf la chambre aspire l’odeur de l’incertitude

soir - la lassitude engourdit ma rêverie l’hiver se termine

dans la pièce sombre pas de souffle pas de bruit seul un cœur qui brille

matinée lugubre une couche de brouillard brouille mon réveil

les dernières feuilles qui fuient le vent se blottissent à l’abri des souches 13


Paroles Suivantes

la pluie a brouillé d’un coup de pinceau rageur la chanson de l’aube

le temps s’est couché les épis saillants d’espoir cèdent à la faux

parmi les mémoires les regards percent le temps qui reste à tenir

le printemps s’attarde qui déguise les chimères par-dessus la brume

ouvre le volet les carreaux de la terrasse sont couverts de feuilles

allée de cyprès quelques gouttes sont tombées sur les graviers aigres

le vent s’est levé les dernières feuilles fauves affligées s’envolent

épris d’espérance le verger tourne le dos aux griffes du soir

l’air froid revenu a recouvert le jardin d’un rêve de gaze

tout doucement close la porte a pu retenir quelques confidences ******** les fruits disparaissent dans la poussière de l’aube les journées s’allongent sur la table on ne voit plus que l’ombre de la corbeille

des rivières d’or tranchantes comme des lames transpercent le ciel le soir s’est posé sur la maison qui frissonne la lampe vacille

l’empreinte des pas dans la glaise des vergers jamais ne s’estompe l’ombre des marcheurs s’égare à suivre leurs propres traces

un soleil blafard s’accroche au faite des arbres par peur de chuter de mes dents jaunies ne reste que des chicots pour mordre la vie

génies des lucarnes qui couvrez vos fuites lentes d’oripeaux usés laissez donc vos impostures à la porte de l’ennui

pesant sur le soir la colline s’assoupit au fond de la brume

les esprits de l’ombre couvrent leur fuite éperdue de lambeaux brillants

rayé de poussière le soleil peine à sauter par-dessus le vent un lent cauchemar la brume se colle aux arbres au fond du vallon

fleur de phrases creuses le sage court dans les herbes parfaite espérance qui soulève son esprit au-dessus du limon sale

l’aube m’a surpris je courais vers le printemps en pleine lumière

mois de mars s’envolent toutes les paroles vides qui jonchent l’allée 14


Paroles Suivantes

les branches sans feuille déchiquètent les étoiles le ciel en zigzag

le soleil enfin s’est décider à hisser les couleurs des fleurs

quand je m’y promène un baptême de pétales pare mes épaules

à travers les feuilles une tache de couleur danse dans le vent

sans malentendu maintenant je sais quels arbres ont passé l’hiver

la fenêtre s’ouvre le soleil sur le mur blanc un éclat de rire

jouer de la fugue dans le silence des arbres c’est à ma portée

le soleil se couche une journée de labeur lui aura suffi

les rayons rangés plus aucun livre ne brille là tout est en ordre

qui pourrait dormir dans l’ombre tranchante et crue d’une pleine lune

plein de nostalgie je jalouse les orchis qui dardent du pré

en face du ciel la lune impassible et ronde inonde le monde

caprices de mars un vent mauvais s’est couché sur l’herbe luisante

l’espoir se dilue dans la chaleur des nuées qui percent le ciel

je ne sais vraiment comment je dois me porter le mois de mars boite

frisson ce matin l’hiver revient sur ses pas d’un revers de main

coup d’œil dans la flaque plic ploc des gouttes se battent pour des ronds dans l’eau

j’échangerais bien mon tonneau de vers souillés contre un dé d’eau claire

la pluie dégoutte sur le mur de vielles pierres rongées par la mousse

il y a encore la feuille de l’an passé morte dans le chêne

au-dessus des masques agités de tremblements le ciel est livide

beaucoup de tapage à la fontaine des vents une odeur de crotte

les jeunes pêchers rosissent dans le matin et leur ombre est courte

l’ombre de la lampe se découpe sur le mur de la chambre vide

il est venu certes à la rescousse le vent mais si mollement

une nuit de plomb tandis que les ombres fouillent mon ventre glacé 15


Paroles Suivantes

querelle de pies l’ombre dispute au soleil les lames du banc

l’ombre sort du temps qui emprisonne et qui ronge les nuits se répandent

d’en haut du verger avec fierté je regarde le soleil en face

il ronge son foin il a senti l’écurie le temps au galop

ma carcasse grogne sous le soleil du printemps je grince en marchant

le doute m’assaille je ne sais comment guérir de tous ces mots tus

où vont les nuages dont l’ombre froide caresse les croix alignées

vide comme un crâne je maintiens face à mes dents un monde véreux

l’heure a ruisselé par le corridor des limbes sur les tuiles sales

les feuilles crépitent je sens le printemps qui passe ombres sur le mur

le temps broie le monde comme le cancer pétrit l’ordre de mes tripes

l’ombre d’un oiseau qui passe fugace et leste sur la terre sèche

j’ai dix sept syllabes pour mater le cheval fou qui guide ma vie

les os fracassés mais les mains pleines d’odeurs je viens du verger

la pluie cette nuit a lessivé tous les rêves que j’aurais pu faire

l’ombre lente croît sur le gazon sans relief odeur du couchant

le soir s’éternise fourbu sur les fleurs fermées comme un long soupir

dans un ciel blanchi des vols d’étourneaux s’agitent le vent s’interroge

éreinté je baille dans ce matin languissant de l’heure perdue

sur mes os rebelles les caresses du soleil crient comme des griffes

un rêve d’ordure réveil aux pieds d’une ville aux odeurs fétides

comme des enfants les parfums flous du printemps rient dans le jardin

l’étau sur les os se resserre et je grelotte comme une poulie

le soir est brûlant le jardin colle à ma peau les odeurs transpirent

un soir paresseux emmaillote mon squelette de fatigue molle

pages insolentes les mots m’ont tranché la gorge j’ai du mal à lire 16


Paroles Suivantes

ombre sur le mur quelle est cette main qui brouille l’ordre du béton

le matin hésite entre clins d’œil empruntés et larmes trompeuses

ils ont submergé des vallées de souvenirs les pleurs des regrets

sur la terre tiède erre la chanson de l’herbe et du vent moqueur

ce matin d’avril la pluie a surpris la pie prise sur le faîte

le sommeil découpe dans les masques de la nuit des sillons de larmes

une goutte brille dans les feuilles d’olivier seule après la pluie

pendues à leur fil deux tourterelles navrées affrontent l’orage

dans l’ordre du soir je remise ma mémoire au clou des regrets

clochette sans griffe le muguet du premier mai s’accroche au printemps

livrés au ressac les souvenirs qui refluent érodent mes yeux

I watch around me like a sparrow on a wire waiting for the wind

lune funambule qui ondule sur le fil d’une confidence

tout autour je guette comme un moineau sur un fil attendant le vent

dans le cœur du temps seul mon regard affolé s’interroge et crie

le gris du matin se faufile sous la porte soupir affligé

rongé et contrit le sommeil pantelant fuit dans la nuit blafarde

sur le mur de pierre les coquelicots s’élancent à l’assaut du ciel

sur les briques rêches le soleil joue avec l’ombre légères des feuilles

une soirée moite s’enroule autour des feuillets de l’éphéméride

blessure dans l’herbe clin d’œil du coquelicot au saut de la faux

dans le ciel immense un petit nuage gris rêve de la foudre

une averse brusque a réveillé la poussière de l’ancien chemin

je lève les yeux le sourire du soleil irrigue ma peau

après la nuit froide le matin se lève enfin sur la terre humide

sur le carrelage la grille de la fenêtre dessine des croix 17


Paroles Suivantes

sur les vieilles tuiles les pies pourchassent des guêpes aux dards inutiles

la lune narquoise découpe l’ombre grotesque de l’épouvantail

un pale soleil a franchi la vitre sale sourire maussade

another nightmare, bleeding as a dark warrior, came across the night

dans le souffle lent les cimes lourdes s’inclinent vers la terre sèche

mais un cauchemar saignant comme un guerrier sombre a croisé la nuit

un réveil chagrin dans des souvenirs froissés un soleil chagrin

le gué est passé maintenant je fais partie du prochain service

j’ai ouvert les yeux sur un matin chiffonné je retiens des larmes

le gué est passé dès lors je cherche ma route au fond d’un tunnel

il est donc en ordre le tiroir que je referme d’un geste nerveux

regarde à tes pieds les ornières du chemin te font trébucher

la fenêtre ouverte sur la fraîcheur de la nuit la ville en profite

les chats se répandent sur les toitures brulantes d’une ville coite

regard sans éclat le dur ouvrage du temps se creuse d’ornières

sur la branche morte contre les vagues passées deux feuilles encore

le sentier abrupt se dérobe sous mes pas trace de silence

dans l’ordre des choses bouche pleine de limon je ferme la dalle

une nuée grise a déguisé le soleil en pitre de foire

le vent s’est couché sur les cendres de ma vie pas même une trace

la lune a toussé dans la fumée du mégot qui brûle à mes doigts

loin du rosier triste un pétale s’est jeté dans les bras du vent

dans le vent cruel les feuillets tremblent de crainte d’être déchirées

la pluie de la nuit n’a proposé qu’une larme à la fleur flétrie

quelques grains de cendre se sont posés sur un livre si longtemps fermé

l’ourserie se rit d’elle-même et un souris dans ses yeux s’est pris 18


Paroles Suivantes

le vent m’a giflé juste quand j’ouvrais la porte à de vieilles larmes

silence immobile un crapaud raye la nuit mon cœur oppressé

peu à peu les rides s’estompent à la surface émiettée du lac

le soleil voilé barbouille des ombres sales sur la terre moite

comment reconnaître le reflet de mon visage recouvert de larmes

le soleil se couche exténué par sa course autour du verger

les nuages passent derrière la vitre terne dans mes yeux humides

matin qui frissonne comme le ciel embrumé je range mes rêves

trou dans l’arbre mort rond et creux comme le monde un oiseau s’envole

fin d’après-midi le ciel s’emplit d’hirondelles je respire enfin

une vie fripée les allées des cimetières sont toujours en ordre

le matin s’ébroue dans la pâleur du soleil je baille et m’étire

une odeur de menthe le jardin s’est raconté sur la page blanche

remuant les braises je lève mon verre au passé enseveli

la haie bien taillée sur le gravier de l’allée il reste une feuille

le cœur s’est flétri il s’est ridé consumé de questions stériles

j’ai éternué la tempête dans mon verre lentement se calme

mes paupières pèsent sur la prairie qui suffoque déjà l’herbe est sèche

les cigales crissent sur les écorces rugueuses été de rocailles

je ferme la porte malgré moi et d’un soupir averse d’été

un rayon se pose de la paupière une perle laboure la joue

coup de vent brutal dans le silence du soir des regrets qui claquent

matin lumineux le soleil se dissimule derrière l’écran

la chaleur du soir pas un souffle d’air n’apaise mon cœur desséché

l’été prend son temps il a pendu le soleil près de la piscine

mon regard se porte là-bas après la vallée vers l’insaisissable 19


Paroles Suivantes

toujours le silence aussi brûlant que l’enfer dans ce corps qui tremble

au bout de mes doigts son sourire est resté frêle comme un cri d’oiseau

au fond de la nuit la barrière de péage diffuse s’embrume

sur la piscine triste la pluie commence à laver les aigres promesses

un vol de corneilles a obscurci le soleil je chasse une mouche

un coup d’œil furtif j’ai recherché ce regard qui glisse sur moi

les ailes du vent dans la chaleur de juillet n’ont pas de portance

le vent qui s’engouffre dans le verger desséché grogne entre mes tempes

fourbu je me lève le matin torride a décapé mon sommeil

le vent en colère malmène le vieux volet je retiens mon souffle

un petit coup d’œil la boite de déception reste silencieuse

tristement le ciel recouvre les herbes sèches d’un manteau de larmes

peut-être ou peut-être l’incertitude a rongé les fils de l’histoire

il pleut sur l’été il pleure son impuissance à rire au soleil

la journée commence accablée par la chaleur le cri des cigales

ruisselant de pluie je traverse le verger d’un pas qui soupire

ma poche percée n’a pas su emprisonner le chant de l’oiseau

une main se tend il suffirait d’un regard pour pouvoir la prendre

des gouttes de sable brouillent la fenêtre ouverte sur l’aube incertaine

le cœur si serré las presque désespéré je vais dans l’été

quatorze juillet l’arc-en-ciel autour du cou torrent du baiser

seuls sur l’étagère les deux angelots d’albâtre retiennent leurs larmes

de la pluie de la nuit pas de flaque au matin seules des vitres sales

l’été m’accompagne dans le silence du soir au bout du chemin

dans l’été sans ride je promène lentement un corps déchiré

dans la nuit j’écoute les secrets que les étoiles osent me confier 20


Paroles Suivantes

comme un ruisseau sale les journées passent visqueuses happant mes pensées

toute la nuit j’ai traqué des moutons auxquels on n’en conte pas

je rentre sans force m’obligeant à accomplir les gestes qui sauvent

la vie est passée grains de sable déplacés dans un désert sombre

le temps qui paresse s’est enroulé dans ma tête comme un vieux cordage

tôt dès le matin le soleil fouille mon crâne brûlant les pensées

fin d’après-midi dans la chaleur de l’été des pensées sans ombre

les mains poisseuses je dispute les figues aux frelons voraces

un trait dans la nuit a déchiré le ciel noir et l’espoir renait

à travers les vitres confinées de la maison je vois l’air qui brûle

brusquement l’orage a brouillé l’indifférence noire du silence

verger désolé le poids des remords brûlants courbe les pêchers

un matin grisâtre se lève mais un rayon me fait un clin d’œil

pas le moindre souffle l’ombre opiniâtre des arbres ne vacille pas

chargé de colère le vent chasse les nuages à grands coups de fouet

sous le ciel ardent je foule à pas lents les feuilles mortes cet été

un soleil tranquille caresse l’ombre des arbres je ferme les yeux

un trou dans le front sortira-t-elle du cœur en éclat de feu

les photos jaunies dans la vieille boite en fer n’ont plus de sourire

la journée commence semblable aux journées passées semblable à demain

se frotter les yeux n’efface pas la nuit moite réveil dans les brumes

la sérénité s’est perdue dans les méandres d’un fleuve équivoque

sur le lé sans ombre le dur soleil de l’été brouille les pensées

ce soir une étoile s’est noyée dans la piscine au milieu des larmes

au bout du chemin un été brutal s’accroche à ma vieille peau

dans la nuit d’été un saxo joue ‘’Summertime’’ -Seul sous les étoiles 21


Paroles Suivantes

le vent se panique la cime sèche des arbres dépèce les nues

l’été s’est caché dans une brume automnale quand le reverrai-je

les yeux pleins de larmes je compte les battements de mon cœur broyé

mes mains ont brûlé des offrandes éconduites par un cœur glacial

une nuit encore passée dans la moiteur noire à trainer des songes

un matin hagard le goût amer de la nuit hante ma mémoire

blafards sans visage des cauchemars anonymes traversent la chambre

de je ne sais où une abeille dans l’oreille me conte des fables

rien ne vient troubler pas le plus petit soupir l’étendue des jours

regarde ces mains qui ont sculpté son visage pourquoi tremblent-elles

le jardin me suit dans le goût de la tomate que je mords vivante

regarder la mer si loin après des collines de larmes salées

sur le seuil ouvert dans la nuit épaisse et chaude les doutes hésitent

perdu dans le temps je cherche le grain de sable qui me cloue aux heures

serait-ce l’automne déjà qui mouille mes joues rentrée avortée

sculpté par l’aurore ciel étrange de septembre que veux-tu me dire

après les ardeurs du passage de l’été une averse tiède

les flèches d’argent croisées sans se rencontrer dans le ciel s’ignorent

essoufflés suant ils jouent à chat dans la boue j’éteins la télé

seul dans le verger sans une seule pensée sans même mon ombre

le mistral encore qui vient effrayer les pins à l’écorce sèche

là sur le banc blanc entre le ciel et le pré la fin de l’été

l’automne insidieux tranche peu à peu la gorge aux jours de septembre

las je ne crains plus l’odeur sure de la mort qui rode mes nuits

le matin frissonne d’un vif haussement d’épaule l’été se détourne

espérer la pluie les bruits tristes de la ville crissent dans mes pores 22


Paroles Suivantes

l’été à pas lents prend congé de l’herbe lasse d’un soupir discret

vers quel monde éteint le vent mauvais me détourne de mes souvenirs

dans la nuit j’écoute le dialogue de mon corps et mon cœur inertes

un jour je dis fais de nous ce que tu veux je me sens seul depuis

qui frappe à la porte nul ne sait quel visiteur s’invite à souper

je fixe la lampe impassible et sans pensée une soirée tiède

malgré la moiteur qui prolonge la journée l’automne se pare

plus jamais il ne montrera le ciel le tronc que j’ai abattu

ainsi va la vie une poignée de pois chiches qui roulent qui roulent

répandue sur l’herbe on ne voit que la sciure du bois tronçonné

personne ne peut entrer sans espoir il lit seul sur l’océan du lit

dans la fumée bleue nostalgie d’un soir d’automne le cœur cahin-caha

clin d’œil de l’automne le soleil s’est dispersé en lambeaux de brume

crépuscule bruit rouge des galets entre les vagues

puis la pluie venue a recouvert mollement les tuiles ternies

dans le lit comme une rivière j’ai gardé sa place

tout au long du jour j’ai contemplé par la vitre le temps qui coulait

le ciel chiffonné une vague d’amertume coule des façades

j’avais dix sept ans et je ne comprenais pas et rien n’a changé pleurant le passé il file sans avenir le temps me ressemble

ils fuient apeurés comme des lapins craintifs les jours et les jours ******** mois sans dieu bientôt je mords dans une tomate arrière saison

au coin de l’œil une goutte de sueur se prend pour une larme

sur le fil tendu les hirondelles sont prêtes à narguer la mer

le vent d’automne qui ne sait pas où souffler n’a ni chaud ni froid

le jardin est accablé par l’ardent septembre rémission du soir 23


Paroles Suivantes

de ta voix si calme la gratitude a franchi le seuil des douleurs

à peine un frisson pour accueillir ce matin un autre matin

le soir m’enveloppe d’une fatigue sans nom ce que le temps pèse

le ciel de la nuit dissimule tant d’étoiles où est donc la mienne

j’arrose toujours les tomates sacrifiées l’automne écorné

il n’a pas sonné appel perdu dans la brume d’un jour chiffonné

dedans mon jardin il n’y a pas de lucioles pour briser la nuit

le vent s’est brisé sur le verger assoiffé craquement des os

j’ai ouvert les yeux dans une chambre sans flamme après la nuit grise

d’un coup d’épaule le vent a claqué la porte aux feux de l’automne

un criquet d’octobre égaré dans la maison se heurte aux miroirs

j’ai fermé la porte aux caresses délaissées l’été se dérobe

ah le mois d’octobre quand se fanent les chimères le mois sans saison

les feuilles s’envolent malmenées par le mistral les pensées s’égaillent

l’odeur de fumée se répand dans la maison octobre déjà

nuit de pleine lune même les étoiles perdent leur sourire obscur

un mur de cendre se dressait devant les yeux le soleil s’y noyait

le vent et la nuit dissimulent les étoiles dans le clair de lune

mon jardin secret n’a rien d’un jardin sucré sans le feu sacré

Le soir se répand, tache de sang noir coulant d’une plaie du ciel.

la lune se cache entre les feuilles d’automne comment la cueillir

Je lève mon verre aux souvenirs pétillants à jamais en moi.

Un matin plus frais a traversé le volet de ma souvenance.

Je lève mon verre aux promesses éclatantes et jamais tenues.

l’automne a laissé sur le mur sec de l’été ses gouttes de pluie

En aurai-je un jour assez de cette peau lâche ! Rêverie du ciel. 24


Paroles Suivantes

Les souvenirs flous : dans le crépuscule calme un frisson me prend.

des coups de fusil défigurent la colline ma plume se cache

Étoile filante ? Non ! Seulement un départ dont je ne suis pas.

J’ai usé mes yeux sur les lames du soleil ; l’ombre seule reste.

cicatrice blanche une trace dans le ciel pas le moindre vœu

les dés sont lancés ils roulent sur le tapis jusqu’au triple six

blotti sur la branche comme un oiseau pitoyable il n’a plus d’espoir

une aube d’automne si belle tant désirée dans sa robe fluide

tu restes planté au bord d’un ruisseau que tu prends pour l’Amazone

Je traine mon âme après l’amère défaite comme un vieux soldat.

j’avance indécis le soleil passe pourtant sur ces journées pâles

En haut du jardin, assis sur la pierre froide, le cœur en écharpe.

Dans le ciel blafard, la lune et Vénus, ma sœur, ont pitié de moi.

un manteau de soie flotte sur la vallée grise l’automne le soir

J’ai brûlé mes yeux à la regarder, sans joie, transpercer mon cœur.

L’ordre règne hélas ; toutes les briques du mur scellées à jamais.

le cœur a bondi ces paroles mesurées si grosses de sens

creusant la vallée un train dans la nuit oblique emporte des masques

au milieu d’octobre le soleil toujours ardent je sais que je vis

J’ai cru déchiffrer l’énigme de la pénombre en croisant ses yeux.

J’aurais tout donné, mon enfance, mes chimères, pour un bout de ciel.

le soir est venu et son cortège de craintes me serre le front

vêtu de mes rêves j’ai parcouru le verger en quête d’espoir

Le regard fixé sur les collines lointaines, je revoie ses mains.

Des paroles jaunes dans une langue boiteuse : souffle d’amertume.

Quand elle dormait, sa respiration embuait le monde à ses pieds. 25


Paroles Suivantes

Quand elle dormait, ses courbes frangeaient les galaxies de dentelles.

C’est le soir, déjà, qui enveloppe les toits et les souvenirs.

Quand elle dormait, je tutoyais l’univers : mes mains et sa peau.

« Viens, viens, disait-elle, reste près de moi ! » Pourquoi me suis-je éveillé ?

Par-dessus la nappe voilà des mois que je pleure le verre brisé.

Quand elle disait « je t’aime » le ciel était bleu. Il pleut désormais.

Au fond de la nasse voilà des mois que je pleure le rêve brisé.

D’un éclat de rire, elle a déchiré ma vie et tranché la gorge.

je remplis mes yeux d’un flamboyant crépuscule le vent s’est calmé

quelques gouttes lentes ont dessiné des étoiles sur le vieux chemin

Rassasié de nuit, à présent je ne dors plusl’aube vient trop vite.

Quelques pas de danse, elle a traversé ma vie d’un coup de poignard.

un matin d’automne étincelle de lumière et froid de l’acier

le ciel sur la tête se frotte aux toitures je marche entre mes épaules

le froid a surpris cet automne que personne ne prend au sérieux

Je compte les gouttes qui débordent sous mes yeux : une, et deux, et trois…

Parfois, au couchant, je me penche à la fenêtre pour n’y voir personne.

Au nord de l’amour le givre a brisé le ciel d’échardes de verre.

encore ces rêves qui ne me grandissent pas pourtant je m’éveille

les pierres du mur ont roulé après l’orage soupir résigné

dans un frisson venu sans embuscade voilà l’automne

le lierre du mur n’a pu retenir les pierres transies par l’orage

dans un froissement apparu sans embuscade l’automne s’installe

les feuilles d’or brillent dans le soleil facétieux l’orage s’éloigne

À travers les tombes le vent bouscule les feuillesdialogues des morts.

Les nues s’amoncèlent : rien pour retenir les larmes sur les tuiles pourpres. 26


Paroles Suivantes

Une nuit sans gloire s’impose à l’herbe embruméeJe claque des dents.

le soleil confus jette comme un appel mauve la vallée vacille

ce soir sous lampe pour ne pas se répéter mon crayon hésite

Au secret des nerfs, je nourris, vives, des braises couvant sous la cendre.

Rêve rempli d’elle : je volais dans son regard. - Un crash au réveil

Usé, je le suis, ressassé comme un chemin qui sinue sans but.

Consumées, les cinq saisons de la vie. Il reste une nuit aveugle.

De la vie béante coule le sang des jours jaunes, spectres sitôt nés.

Le cœur gros, je restitue aux ténèbres le prix de mes souvenirs.

Le rêve aboli, j’ai dû accepter, perplexe, un matin sans joie.

Où s’est donc perdue cette espérance légère qu’abreuvait le don ?

dans le cerisier un rouge-gorge se gave du soleil d’octobre

un bloc après l’autre je l’ai redressée la colline ensoleillée

Déjà l’ombre gagne, et de ses doigts sans merci, me broie le regard.

Ces gens qui me frôlent, qui s’éloignent, révulsés ! - Je suis étranglé.

sans souci il chante sait-il que l’hiver est proche cet oiseau sans nom

Une odeur d’hiver malgré la douceur du vent. - Tout ce froid en moi.

le soir en avance se moque de la lumière alanguie du jour

le rideau s’écarte l’aube est douce qui se lève à mes yeux usés

Sa voix me revient comme un écho chaleureux à mes larmes tièdes.

on ne perçoit plus l’ombre triste et immobile du vieux jardinier

C’était en plein jour, nous étions ensemble quand le rêve s’est tari.

un souffle de soie traverse les feuilles jaunes chemin en novembre

Je m’éveille, absent. Dans la pièce vide et froide, il ne reste rien.

la pénombre gagne les moindres recoins je crains d’y perdre mes yeux

depuis l’olivier la tourterelle craintive défend le jardin 27


Paroles Suivantes

l’or du crépuscule lentement étend sa couette sur un jour fourbu

Pleure, mon cœur, la complainte sans paroles, pleure les anciens jours.

Vidée d’espérance, l’étoile à quitté le ciel. - La nuit à midi.

Du fond de ce cri resurgissent les vestiges du bonheur ancien.

Les rêves coupés, les ailes étincelantes gisent dans la boue.

l’orage tourmente la quiétude des passants de ses crocs liquides

Jour des morts Il pleut sur les feuilles mourantes.

le monde s’arrache de son propre simulacre voilé par l’averse

depuis la fenêtre je suis la chute du jour mon regard s’embue

la belle qui rêve de somptueuses rencontres est nue dans son lit

Sans raison un soupir amer. - Jour des morts.

la longue journée à dévisager la pluie quand finira-t-elle

Une journée grise s’est étendue sur la ville. - un nœud dans la gorge.

Elle souriait ; ses dents éclataient de joie, résolues à mordre.

la feuille perdue s’envole sans avenir dans le vent malin

Le ciel pleure-t-il une passion consumée, pour qui sont ces larmes ?

Elle a débordé des rêves ; depuis, je m’essouffle à la rattraper.

Que sont devenus les jours de ma vie rêvée ? - rongés par l’oubli !

les perles qui coulent du ciel sans couleur dans la moiteur de l’automne

le verger expire les pas imprègnent la terre mariage de l’eau

la lune frangée après la journée d’averses semble bien marrie

Novembre se figedes années bien après l’heur, un pauvre sourire.

Figé sur le bord, je l’ai regardée danser souriante et fière.

du bleu apparaît au dessus des rictus gras ciel timide encore

Un soir de novembre, le vent malmène les feuilles du roman sans fin.

les bruits de la route escaladent la colline les arbres se courbent 28


Paroles Suivantes

J’étais son héraut ; d’ores je porte le deuil de notre rencontre.

clin d’œil du soleil dans les flaques du chemin un sourire enfin

L’espoir ne rit plus ; il frissonne sous l’averse et la nuit l’effraie.

brusquement la nuit s’abime sous le feuillage les troncs se rapprochent

Il marche courbé sur les traces du passé ; vieil homme sans ombre.

L’animal craintif qui ronronnait dans mes bras a des dents de tigre.

Au bord du chemin sans but, le soleil dépose ses dernières armes.

l’été traversé un écureuil rutilant s’éteint en novembre

La mort s’enracine. Chacun a sa propre tombe qu’il creuse et qu'il fouille.

ça n’arrive pas qu’aux autres on peut tous souffrir sans avoir de plaie

Ici le vent frappe à la porte des vivants. Ils claquent des dents.

Des larmes ruissellent, on ne sait d’où elles viennent. - Visage sans forme.

Aiguë, la nuit sombre dans le néant infini et l'ordre glacial.

craintif il s’élance droit vers la flaque promise l’écureuil a soif

On va dans le noir ; indifférents au passé, la pluie bat nos tempes.

un ciel d’aquarelle surmonte mes bâillements que faire aujourd’hui

la petite abeille qui bourdonne dans l’oreille jamais ne sommeille

Sous le ciel atone les oiseaux ne chantent plus et mes yeux se taisent.

la nuit se répand et disperse les averses mes pieds dans la flaque

le cyprès se dresse fier comme un fanal fidèle vers le soleil morne

ce front engourdi que la main lasse supporte est plein d’illusion

Rêver les yeux clos dans la chambre sans lumière ! Où se cache-t-elle ?

De toutes ses dents, elle s’enfuit comme l'eau que rien ne retient.

J’aurais tout donné ; pourtant malgré les suppliques ma peau m’appartient.

Tombé dans le lit, le pont qui joignait nos rives obstrue la rivière.

La trace du ciel sur la terre maculée ; un nuage passe. 29


Paroles Suivantes

Ma trithérapie ? Je bois, je fume et je ris ! Baiser, c’est fini !

à gauche et à droite sur la fourche d’olivier deux tourtereaux boudent

Fatiguée du poids de tant d’automnes grinçants, mon ombre s’allonge.

Une soirée jaune ; je sentais un sang de sable couler dans mes veines.

d’un rayon subtil le soleil surprend novembre mon ombre se cambre

Je pensais à elle comme on se penche sur l’eau, impatient de boire.

Le soleil s’égare : rayon dans les feuilles mortes, caresse d’oubli.

L’ennui m’accompagne dans la morne promenade de mes insomnies.

L’air du soir dépose comme la mémoire humide d’autres soirs, jadis.

Les saisons brillantes se sont éteintes, lumières d’un printemps fragile.

je marchais sans crainte la nuit a mangé mon ombre me voilà bien seul

Sur mes lèvres sèches le cri s'est interrompu ; un chemin sans but.

La bêche à l’épaule, j’ai arpenté le verger pour combler l’oubli.

Elle glissait sans bruit sur les pentes de ma vie ; nuage de cendres.

Plus jamais je ne goûterai à l’eau de son corps.

un bruit de tonnerre les écailles de ma peau crissent sous mes ongles

J’efface de mes lunettes l’empreinte des regrets salés.

un mince sourire à la maison qui s’éveille odeur du café

noueux lui aussi un olivier me salue matin de novembre

Le don du bonheur reflété dans un sourire ; les yeux dans les yeux.

je m’extrais du lit l’aube se fraie un chemin entre les nuages

Fixée sur la porte de la maison sans lumière, une invitation.

Son rire éclatait, lumineux comme l’été, sonore et fantasque.

soleil de novembre un vent froid court sur le pré dernières frivolités

Quel choix reste-t-il ? Assis au bord de l’automne, je frissonne un peu.

Où est mon ardeur ? Si vieux, depuis si longtemps ! Les souvenirs passent. 30


Paroles Suivantes

Un corridor sombre : toujours le même visage qui flamboie.

Oubliée la suavité passée ! Ah, présent calleux !

le froid de la nuit semble vouloir révéler un froid plus profond

Je lève mon verre à la passion piétinée. Encore une fois !

malgré le sourire d’un soleil impertinent un réveil amer

L’esprit obscurci par trop de verres vidés, enfin, tout s’éclaire !

Les fauvettes se hâtent face à l'hiver. Reverrai-je le printemps ?

J’ai passé la nuit à chasser des papillons mutilant mes yeux.

si la lumière ne vient pas change la lampe

J’ai perdu mes yeux au change d’un jeu cynique : réveil sans lumière !

Assis sous la lampe, la lumière m'enveloppe d'un manteau de soir.

À la santé des cœurs perdus ! Il n’y aura jamais assez de verres brisés !

Qu'est-il devenu le sourire qu'elle offrait à mon seul regard ?

Perdu dans les ronces des chemins sans but j’ai les joues en feu.

bien contre son gré arlequin reste invisible âpre colombine

Désespoir obscène qui mord dans la joie de vivre, sors de mon regard !

Sur mes doigts je compte, sans savoir jusqu’où me mène ce bilan narquois.

qui viendra souffler la poussière de la table aux hôtes figés

journée moisie les ennuis tombent comme la pluie

Novembre redoute la neige qui va couvrir les tombes livides.

Ce déchirement, ce cahot, là, dans le cœur, d’exaltation blanche !

il fait si gris mais dans un soupir le jardin s'ébroue

Une buée froide coule entre les feuilles jaunes ; le regard s’embrume.

matin de novembre malgré la douceur humide des senteurs d’hiver

Ce vent dans la tête qui me remplit d'amertume la repousse au loin.

dans le ciel sans force les nuages en lambeaux s’enfuient vers l’hiver 31


Paroles Suivantes

Hésitant, je fouille dans l’armoire aux souvenirs, j’invente la mer.

Pour elle, notre rencontre ne fut qu’un plan cul qui a mal tourné !

Je marche à pas lents dans les allées des chimères, le cœur balbutiant.

La source est tarie mais le souvenir des larmes a creusé mes cernes.

mon cœur balbutie je marche à pas lents dans la vallée des chimères

Elle souriait ! Quand elle était dans mes bras, je domptais ses battements.

La nuit, l’oiseau noir bat des ailes dans les yeux d’un visage éteint.

rayon de soleil dans l'œil de l'automne novembre se joue du temps

Un tapis de feuilles au seuil de la tombe ; les morts s'y frottent les pieds.

Je ferme les yeux. Je me souviens de ses lèvres que plissait le vent.

Je cherche une pièce à mettre dans cette main noire et décharnée.

Elle a tourné la tête. La couleur du crépuscule couvre mes joues.

La barque s'enfonce et j'ai peur de perdre pied ; le batelier s’impatiente.

J'ai perdu la clé qui ouvrait la porte à son illumination.

un vent gris souffle sur novembre je rentre la tête

Caillou rejeté, immobile sur le bord, sans route à offrir.

un soleil frileux s’efforce sans conviction de griffer le ciel

soixante deux ans j'ai mangé mes illusions et léché l'assiette

sous la lampe jaune le temps passe sans élan une soirée lente

tache de lumière sous l'ombre noire des pins une branche morte

Un manteau de nuit bat sur les épaules du désespoir.

Le ciel s'est fendu comme une plaie qu'on inflige aux lèvres muettes.

Je serre mon col, condamnant la porte au froid qui sourd de ma peau.

L'animal se cabre sous la cravache cuisante, le cœur se révolte.

J’ai passé le temps qui m’a été accordé à espérer vivre.

Des cris par saccades : les crabes de la mémoire assiègent l'oubli. 32


Paroles Suivantes

Dans la nuit, un ange embrasse le ciel criblé de trous de mémoire,

Le soleil paresse à travers les vitres sales sur le lit désert.

un ange qui souffre des pointes aiguës piquées sur la peau du ciel,

la fatigue pèse sur le squelette qui ploie arche sans élan.

un ange qui pleure, crucifié dans le ciel. Novembre la nuit.

La douleur sur les genoux, qui ronronne à s’arracher le gosier.

Les étoiles luisent et le cri d’un ange arpente le ciel d’automne.

Sur le mur qui sépare nos jardins, j’ai dessiné une porte.

Je ferme la porte ; les mêmes gestes toujours précèdent la nuit.

je suis dans le ciel les nuages qui s’enfuient qui ne me voient pas

fin d'après midi une blessure écarlate au cœur de l'automne

Battant Brusquement, la fenêtre s’est ouverte sur le souvenir.

face au crépuscule l'air vibre comme une corde tendue sur le vide

L’herbe sèche ne s’est jamais enflammée. Ensuite est venue la pluie…

J’ai rêvé d’une eau où nos sourires mêlés seraient disculpés.

Il ne reste qu’un goût amer au réveil, quand se dissipent les rêves.

Posé sur la rive d’une rivière impossible ; les yeux dans ses cieux.

De l’autre côté de la vallée embrumée je me suis perdu.

une nuit humide et froide a couvert le pré voué à l’automne

décembre pourtant l’herbe est parée de rosée qui rit au soleil

Les portes se ferment, les fenêtres ne rient plus ; des façades grises.

soirée en coton la brume est illuminée du chant de la ville

l’aube souveraine dans sa robe de lumière domine la brume

Allongé j’attends, les yeux figés sur les poutres, celle qui viendra.

à travers les feuilles jaunes de novembre jouent le soleil et le vent

Un matin, j’irai dans un grand éclat de rire, cendres dans le vent cendré. 33


Paroles Suivantes

La nuit rode, hyène enivrée de haine, sur les marches de l’oubli.

la nuit pousse un cri de hibou lugubre la nuit craint d’être engloutie

Une feuille brune, plaquée sur la vitre humide ; un cœur sans remous.

Elle m'a jeté dans son passé, vieux trognon rongé jusqu'à l'âme.

l’orage soudain a plaqué la nuit au sol l’herbe s’est couchée

Un coup de vent noir claque la porte violente ; je me fais prison.

Je souhaite en rêver puisque je ne peux la vivre ; un don du sommeil.

Une vie perdue à m’égarer dans les cendres des jours consumés.

Pour cette inconnue une étoile s’est levée sur le monde aigri.

entre les collines point une lente lueur qui arase les rêves

Le sentier se couvre de feuilles mortes craquant du poids de l’errance.

des couches de crème ont barbouillé le soleil un enfant sourit

décembre s’invite mollement dans l’air figé un pas vers l’hiver

Entre chien et loup, faudra-t-il que je renonce aux rumeurs de l’aube ?

Comment discerner ce que sera mon regard au bout de l’hiver ?

les feuilles se sont blotties au pied du grand mur où le vent se brise

L’aurore rayée d’une plaie sanglante, le jour naît dans la douleur.

j’ai coupé la tête aux fleurs de décembre promeneur sans compassion

La chambre où je rêve repousse le crépuscule, elle s’offre à l’aube.

M’a-t-elle lâché ? Naturellement je mens à mes propres larmes.

l’ombre parvenue jusqu’au bord de la terrasse me tient compagnie

Les mots me traversent, sa voix ne me nomme plus, je suis sourd au monde.

Ils sont arrivés, les jours au-delà des jours, sans heurter la porte.

Le soir m'enveloppe ; une vapeur assourdie me pousse à l'oubli.

Je la traine encore, cette carcasse trop grande, sur la sente abrupte.

J'ai bu à ses lèvres et je n'oublierai jamais la soie de sa peau. 34


Paroles Suivantes

À travers les feuilles l'étoile brille et palpite si loin, oh si loin !

De ses yeux, peu à peu, je prends conscience qu’il ne faut plus rien attendre.

L’étoile pâlit quand le matin arrogant la couvre de honte.

Ils fuient un jardin pour l’oubli sans poids ; les morts quittent la mémoire.

Le visage est sec, plus de larmes sur les joues ; pourtant le cœur sombre.

Je n’ai pas appris les règles du jeu ; j’ai été pris sans comprendre.

Tout est lourd ce soir, mes pas, mon front et le ciel ! que pèse le monde ?

Bien des douleurs passent, comme un café trop serré, gravées d’amertume.

J'étais sous le charme dans la boule à neige, à portée de main.

Faut-il traverser un miroir au tain usé pour briser l’énigme ?

un fantôme hante les coursives de mon crâne - ah, cette migraine !

les jours de décembre d'un sourire aigu rongent le calendrier

Odeur du matin ; la chambre s’ouvre à l’hiver, à la solitude.

Par la jalousie la silhouette indistincte s'est fondue dans l'ombre.

Une longue somme que je pèse sur mes doigts. Des doigts ! Il en manque !

fin d'après-midi dans l'hiver plus rien ne bouge décembre s'étire

Le temps a jauni : un papier couvert de larme qu’on ne peut plus lire.

Au bord de la nuit j'attends que du large vienne comme un souffle d'aile.

le regard s’abime dans des enroulements blêmes matin dans la brume

La nuit dans le cœur, juste une rumeur le froid me coupe la gorge.

j’ouvre la fenêtre sur une journée grinçante un pas dans l’hiver

Je reste en coulisse ; je suis devenu un clown qui cache ses larmes.

l’hiver s’est précipité dans la brèche de décembre il fait froid

Dans la nuit hostile, au nord de toute illusion, la lune impavide.

J’ai bu à son eau mais je ne sais quel venin m’a rendu si laid.

un autre matin dans la grisaille le printemps semble si loin 35


Paroles Suivantes

Désespoir humide qui coule sur le verger ; le ciel est malade.

fin d’après-midi au-delà de la fenêtre le vent et les feuilles

Le cœur à l'envers, crème brûlée, renversée, sens dessus dessous.

Ma tête s’habite d’un rire lointain, un temps d’eau fraîche et de sel.

Sous le ciel froissé, je ne sais où me conduisent mes pas incertains.

La vigne était haute, il fallait rompre le cep pour goûter aux grappes.

Dans ses yeux ardents ne demeure que la trace blanche de nos pas.

Sur le fil qui a tranché nos gosiers je suis resté immobile.

Elle était si pure ; son rire m’a transpercé de sincérité.

J’ai poussé la porte : le ciel avait disparu ; puis j’ai attendu.

le vent me secoue comme un vieux noyer qu'on gaule jusqu'à ses racines

Je me suis penché au-dessus du puits ; je n’ai pas vu mon visage.

Sous la lampe pale, l’espoir craint les soubresauts d'une nuit violente.

sur la terrasse les gouttes s’écrasent comme à regret

Sous la lueur jaune, dans le silence du soir, la raison abdique.

L’ombre se rapproche, la vieille compagne qui ronronne sur mon cœur.

lassés du silence les murs de la maison ivre battent à mes tempes

Les pensées abdiquent sous l’assaut mélancolique de l’humiliation.

Elle a mis son ordre dans le fouillis de ma vie, puis elle est partie.

Un pont de nuages enjambe la vallée froide ; seul le vent l’emprunte.

J’aimais écouter de mes yeux avides, les chroniques de ses yeux.

Au fond du vallon, dans la maison des poupées, mon cœur dépecé.

il n’y a pas d’aube au bout de la nuit la pluie en a pris la place

il troque du vent contre une poignée de sable l’homme sans parole

Autour de la lampe rôde, obscure, la présence de celle qui manque.

hurlements de chien le vent s’est brisé sur les dômes de la ville 36


Paroles Suivantes

J’ai ri de ma vie, j'ai foutu la sienne en l'air, j'ai cru aux miracles.

Des feuilles de silence tombent du froid de décembre les mots se figent.

le vent s’est calmé mais couché au pied du mur il est sur ses gardes

Les lentes journées, la pénombre de l’hiver, le cœur dans la gorge.

Où court le mirage que promettait la vie, vers quel précipice ?

il reste des miettes sur la table où les convives se sont endormis

le jour a atteint son point le plus bas il faut refaire surface

Une trace sur la joue : le sillon salé d’une larme ancienne.

le froid a pris en otage le jardin terrorisé vent d’hiver

C’était si bien imité qu’on aurait pu croire des larmes de joie.

Le souvenir pèse sur mes mains offertes. Je voudrais qu’elle l’accepte.

Le miroir révèle des yeux gonflés d’amertume après la nuit blanche.

Le cœur lacéré se recroqueville. Les branches fouettent le vent.

La source tarie n’abreuve plus le désert sec de ses paupières.

miettes et renvois sont répandus sur la nappe vision de défaite

Il voudrait quitter la gangue de la folie qui pourtant l’apaise.

fenêtre d’hiver par-dessus l’aube acérée saignent les nuages

réveil au dessus des brumes de la vallée le matin s’étire

Partir, il est temps, sur une route sans joie, vers un nord douteux.

échevelée maintenant elle accourt vers mon visage livide

Réconcilier l’improbable : l’ouvrage demande un temps égaré !

Que les mots muets se déguisent sur ma table, loin de la lumière !

Je voudrais encore sentir dans les paumes le sillage de sa peau.

Plus rien à dire, j’ai épuisé tous les mots qui décrivaient l’ombre.

Mes pas sur les feuilles rendent compte d’une fable silence éloquent.

Nuage de cendre des grains de lumière dansent dans le sablier. 37


Paroles Suivantes

il fait doux ce soir la dernière nuit de l’an ne prends pas de gants

Oublier l’automne de ma vie que nous avons passé lumineux.

la flûte est couchée sur la nappe encore humide une fausse note

Puis cet hiver gris qui m’a déchiré le ventre et coupé les ailes.

La nuit je m’inquiète. Surtout cette nuit. Serait-elle la dernière ?

le vent s’est calmé pour que je puisse frôler les cheveux de l’aube

Réparer l’outrage ! Ah, que ne vient le courage d’enfourcher ma rage !

Sur le banc complice, j’ai laissé passer les ans sans les retenir.

l’année se prélasse dans les restes du repas soir du premier soir

Le gravier crissait sous mes pas de promeneur ; je serrais les dents.

Pas le moindre mot ne couvre la page vide ; j’espère un présage.

j’ouvre le volet et le matin me salue d’un grand coup de vent

Des mots insensés, une feuille déchirée par le vent obscur.

courbé par le vent le cyprès s’accroche à la terre qui l’abreuve

Une brume se répand sur les marches qui m’entrainent vers l’enfer.

Je regarde les nuages que le vent pourchasse jusqu’au bout des jours.

des gouttes d’hiver carillonnent sur l’allée mon amie est là

Un soupir s’échappe de mes lèvres sèches ; je quitte le banc sans hâte.

De l’allée discrète, le vent a poussé les feuilles au pied des tombeaux.

Il ne viendra plus jamais aiguiser ma sève ; l’espoir boite bas.

Insensé ! Il n’y a de paradis que dans le rêve des fous.

L’hiver troue mes os de milliers de dards de glace ; bonhomme de givre.

la soirée paresse fleuve de boue qui s’accroche aux joncs de la rive

quand j’écris j’oublie que j’ai un accent qu’aucun poème ne digère

sous mon front palpite un animal ténébreux comme une douleur

le vent me tourne la tête comme le vin bu à notre santé 38


Paroles Suivantes

il s’enfuit sable au fond d’un sablier qu’on ne retournera pas

un drôle d’oiseau perché sur une brindille se fend d’un clin d’œil

Il ne faudrait pas tourner la dernière page sur une équivoque.

le bol de café refroidit nos mains se sont séparées

Je lève mon verre à la couleur du carnet et à l’amour, jaunes !

bruit de chaines un homme traîne son ombre dans la nuit

la vie un brouillon le cœur et la peau froissés la page illisible

le soir tombe si mélancolique crème grasse sur du lait

les rêves pleuraient de ne pouvoir rompre un joug qui blessait les nues

la douleur encore s’est lovée dans mes entrailles elle craint le froid

soldes de janvier les gens passaient sans visage le long des vitrines

les moineaux piquent dans la terre froide sans miséricorde

inquiet je regarde ce corps étendu inerte peut-être le mien

la cendre des rêves consumés bannie sous le lit

l’odeur d’herbe sèche me revient et j’imagine l’été éternel

crissements des feuilles mortes et le vent sur la terrasse

ne plus parler d’elle serait-ce trop exiger de mon cœur usé

les journées débordent cruche de lait oubliée sur un feu trop vif

si vieux on dirait qu’une grille dans le ciel retient les nuages

par l’imposte étroite le crépuscule se glisse dans mes vers chagrins

le froid est piquant et mille flèches de glace embrasent l’orient

un sourire amer surprend mon regard l’envol d’un moineau

rien n’aura changé après mon dernier soupir je meurs en colère

matin écarlate le vent griffe les murailles et fouette les troncs

J’essaie de lui dire : On recommence, la vie ? Haussement d’épaule.

elle est passée l’heure candide la musique en reste 39


Paroles Suivantes

au petit matin les pas au cœur de la ville croisent des sourires

plus rien ne vacille une feuille sur le banc l’hiver en suspens

imposture de ces yeux qui ne mentaient pas tournés seulement

un vent vient d’on ne sait où signer au verger l’ordre de se taire

le ciel de janvier recouvre la terre d’un drap de mélancolie

d’une voix inquiète je guette sur le silence la voix de la neige

la durée m’accable :-( anniversaire !

je surveille un lent crépuscule à travers la glace inerte

le front dans la paume pèse de tant de soirées – vacuité des songes

le soir traine sa mélancolie à la surface du jour

la lumière blême qui tient le ciel cette nuit a mangé mon ombre

au-dessus du froid le ciel s’est couvert mais il n’aura pas plus chaud

une grande place une foule où je la cherche et la perd

la lumière froide — des larmes brouillent mes joues embuent mon regard

le froid a saisi les bourgeons trop audacieux le printemps s’esquive

il est un peu gris celui qui glacé contemple ce disque imparfait

je tiens dans ma poche quelques brins sans épaisseur mais ils tiennent chaud

on ne sait quelle couleur prend le ciel la neige et le soir se mêlent

le verger grelotte immobile dans la brume démarche tremblante

où mènent ces traces dans la neige le grand silence à l’entour

l’hiver va venir pour nous apprendre le nord on s’en passerait

sur les oliviers l’aube s’est offerte à la neige indifférente

tache noire entre le ciel et le pré livides je souffle un silence

le verger s’afflige des pas dans la neige sale le froid mord le ventre

l’hiver nous revient les arbres semblent de glace sourire figé

soir de glace un souffle farde le ciel et les étoiles crépitent 40


Paroles Suivantes

filaments de brume je suis la vallée où coule la nostalgie

le miroir renvoie des images jamais identiques

par la vitre trouble je recense les flocons qui masquent la route

premiers pas première transpiration je brave l’hiver

elle vient à moi en habits de songe son corps a l’odeur de l’aube

l’odeur du printemps quand je ferme le volet reste dans la nuit

prends ton temps carnet de vers jaunes cardinale est la lumière

it had grown colder the stars were sparkling he thought of the pyramids (HM)

le passe-partout recouvre la tache d’encre qui passe le cadre

il faisait plus froid brillaient les étoiles il pensait aux pyramides

l’hiver ne mord plus ce matin j’irai peut-être au bout du chemin

les ans et ses yeux ont fard de sagesse reste mienne leur lumière

au-dessus du mur un carnet s’effeuille –jaune — une saison passée

regard qui instaure la joie de se souvenir yeux que l’instant brille

la neige a fondu autour des mots découverts l’hiver se détache

que n’ai-je l’éclat d’une pierre impitoyable pour gagner ses yeux

au bord de l’hiver la neige délie la couleur des prés

la vallée se fige d’un soleil désespérant brume matinale

par-dessus l’hiver le soleil passe un manteau tissé d’espérance

le ciel reste blanc je regarde vers le nord vierge d’aucun signe

crépuscule sur l’horizon une étoile est désemparée

le merle s’élance dans la gaze du soleil aurore d’hiver

l’aube est froide et le soleil facétieux chauffe ma carcasse

tremblent les étoiles la nuit se charge d’échos le passé reflue

engourdi face à la porte j’attends qu’elle s’ouvre au printemps

je la dévisage sait-elle où elle a laissé glisser son sourire 41


Paroles Suivantes

le temps reste humide encore ces vieilles larmes qu’on disait taries

chair et glace le nord cherche sanctuaire dans un cœur de verre

j’ai écrit si peu pourtant sur le feuillet blanc les mots l’épouvantent

il attend le coup de hache pour briser le serment de ses racines

dans mon cœur dans mon gosier un crabe ironique froisse les saisons

amer je regarde sur le pré sans souvenir fleurir les orchis

incinération que reste une idée de cendres vœu d’aucune fleur

mauvais caractère cette douleur dans les os me fait grimacer

l’ombre vient combler les brèches du temps avant qu’il ne sombre

un portail qui grince éruption de nostalgie ou rage de dent

sans surprise la journée s’achève dans un bâillement

le cours du soleil face à la porte incertaine s’est interrompu

sous la houle sombre nul ne sait ce que la mer dévore sans bruit

l’arbre était vivant arriverais-je à l’hiver quand on l’a coupé

ce soir un vertige a fait chanceler le verre servi d’amertume

de toute lenteur fin d’hiver leur crépuscule les dernières feuilles

salut au passé surgi perçant la surface d’un présent sans sel

vers vous je me tourne neiges des ans lumineux la nuit je m’enterre

remous d’impatience je n’ai plus beaucoup de temps pour nouer l’histoire

du haut du verger la vallée guide le soir le nord se dérobe

Plus n’interviendrai, je n’irai frapper ses portes. Il faut me soumettre.

une ombre indistincte sur le mur peint de lumière reflue la mémoire

penché sur le soir je n’ai plus de la lumière que ce qu’on en dit

soirée irascible un pollen acre se frotte au printemps farouche

une année qui passe une borne un autre pas bruissement de feuilles

une brume étroite farde la cime des arbres matin nonchalant 42


Paroles Suivantes

l’invisible fuit devant l’implacable personne ne s’en rend compte

je rentre serein le champ n’a pas ménagé mes os de vieil homme

regarder le sol mesurer les brins de paille mais lequel choisir

quelques jours encore et viendront les cerisiers — déjà les pruniers

ne l’arrosez pas trop tard dit le haricot que le ciel aspire

j’arrive au bout du chemin les pensées s’apaisent les rites s’estompent

des pas dans la brume faut-il craindre ou espérer que le ciel se fende

soubresaut de larmes au beau milieu de la nuit le rêve brisé

l’averse brutale a surpris le crépuscule j’hésite à rentrer

sur la peau du monde qui s’exaspère et s’enflamme rampent les chenilles

les étoiles glissent sur la terrasse mouillée et la nuit s’installe

je reste immobile puisant de mes souvenirs l’amer réconfort

ils m’auront la peau les cancers de mes os sales de mes trippes floues

une ombre a sauté la clôture du verger un rêve entrevu

malgré mon désir je n’ai pas participé à ma destruction

qu’il a été long ce dimanche au bord du vide une heure de moins

l’orage s’éloigne il est passé sur la glèbe impassible et sèche

matin de printemps le chant d’un oiseau s’invite au banquet de l’aube

crépuscule en feu il s’abandonne à la nuit jamais il ne dure

jaune était le ciel quand tu as tourné le dos d’un flot de mépris

un matin sera le dernier quel goût aura le café

jaune aussi la route que mon regard a suivi à perte d’espoir

l’odeur du café dans la maison silencieuse au dernier matin

fleurs de cerisier la gaucherie d’un bourdon m’offre leurs pétales

le vent me réveille je somnolais sur la route qui mène au néant

du haut du cyprès une cigogne s’élance un lent ventre clair 43


Paroles Suivantes

la cigogne à l’aube a fait ployer le cyprès espoir de voyage

une gaze d’amertume se répand sur le printemps humide il fait soir

les yeux lancinés cette barre sur le front poids du souvenir

le pluie se languit le soir a lavé le ciel sans entrain je rentre

l’amie est venue ses yeux remplis de mémoire moi qui n’ai que larmes

les ans ont passé gris même sur les nuages le ciel sans caresses

je me suis vêtu d’une vie jaune parfois rayée d’espérance

le soleil étale la brume sur la vallée j’ai sommeil je baille

que faire un dimanche la vacuité le remporte sur le désir d’être

le matin est bleu comme l’idée de tes yeux qui rit dans ma tête

d’un regard haineux je snobe le téléphone qui rit en silence

vois le temps se couvre je n’irai dans le jardin que couvert de peau

des mots se répandent comme les dés sans vigueur le disque rayé

la lune indiscrète découpe des ombres crues fardées en mensonges

il est tard je me réveille embrumé d’un sommeil de mille peaux

seul sur mon nuage j’aimerai bien qu’un éclair déclenche la pluie

sur les cannes claires aux premiers jours de l'avril un coquelicot

un lent crépuscule clap de fin sur la journée je rentre apaisé

j’ouvre le volet le soleil frappe en plein cœur les miettes de nuit

un dernier rayon passe et effleure mes doigts j’écris les mots brillent

qui grogne à l’oreille bavarde comme une vieille ce n’est qu’une abeille

un sourire vient et transperce les années mon cœur bien au chaud

que ce tintamarre pulvérise la grisaille d’éclats de soleil

mon abeille dans l’oreille vient me faire une confidence

averse d’avril du verger vient la vigueur d’effluves vivaces

lent déclin d’avril les odeurs d’herbe coupée hantent ma mémoire 44


Paroles Suivantes

frôlant mon l’épaule un pétale de pêcher passé effleuré

nos pas qui sourient légers comme un air qui danse trébuchent parfois

j’en aurais à dire des histoires de chasseurs sourire et me taire

les rues semblaient vides dans le printemps incertain seuls comptaient nos pas

sais-je qui je suis je vais où l’amer me pousse d’écueil en échec

le silence dit des mots que je ne comprends que les yeux fermés.

que l’ordre règne — je dois tailler le bonsaï il se prend pour un chêne

le silence était comme la rive des mondes effrayante et belle

les yeux pleins d’éclat j’ai parcouru le verger dans l’espoir des fleurs

les vrilles de brume s’ensoleillent lentement la vallée s’éveille

les métamorphoses du passé montrent les dents au présent surpris

déception amère le facteur a ignoré la boite fébrile

parfois je constate que la pente est escarpée un pas après l’autre

soleil sur le mur souvenir du flux salé ombres émouvantes

il pleut et ma peau ne sais retenir les gouttes de ton eau fragile

que le temps s’arrête un moment de temps en temps toi et moi ensemble

les prendre le soleil comme une claque au matin bonheur du réveil

un regard vers l’ouest la grande ville est trop grande la cible incertaine

feuille morte où le vent la porte l’ombre l’accompagne

des odeurs de sauge brassent la mélancolie lent le jour s’en va

au bord de l’espoir j’ai attendu seul coulait un fleuve lent

le silence pèse au bord du jour qui s’écoule indolent et tiède

le soir s’est vêtu d’un soupir sans bruit je ferme la porte

à l’orée du soir on n’entend plus son murmure la ville se tait

que les mots s’enflamment ce soir le soleil encore effleure mes doigts

temps clair à l’aurore le soleil se joue des nues brumes dans la tête 45


Paroles Suivantes

les heures s’égrainent lentement mauvais café graines d’amertume

il fait jour mais je ferme le volet plus rien à dire au ciel

confusions des nues le gris s’en est pris au ciel qu’il chasse rageur

dans le tronc de l’olivier une mésange a fait son nid l’inquiétude

vers le soir le jour sombre s’éclaircit d’un sourire

le ciel les étoiles elles brillent mais le ciel reste impénétrable

viens voir les arbres avant que l’été ne les broie les arbres d’avril

poussée par le vent la pluie qui frappe les tuiles blesse la mémoire

le soir se travestit il passe une robe rose et le vent le siffle

pluie de la nuit le soleil libère l’odeur profonde de la terre

j’ai vu des nuages courir dans le ciel d’avril lestés d’hirondelles

sur le quai sans geste l’un s’en va et l’autre reste un mouchoir pour deux

le cèdre à côté mange la moitié du ciel qu’offre la fenêtre

pauvre équilibriste sur le banc où je rêvasse le monde m’échappe

soir suivant un autre soir, la mémoire prend les chemins de traverse

offrande au matin le seuil du sud lui résiste mais il sait le code

la porte franchie une vague sombre et aigre submerge l’espoir

les mots murmurés dans la fournaise du vent se sont consumés

l’ombre encore transforme le mur en écran de cinéma

là où je t’attends le temps m’a volé le temps que j’avais pour toi

le cœur sans dessusdessous perd la tête il sent qu’il va perdre pied

la nuit m'interroge des gouttes grasses traversent un vent haletant

elle le regarde comme une crotte sordide une invitation

Tu es venue, ô l’inattendue, sans sommeil— Rayon de réveil.

le soir tergiverse entre les feuilles tremblantes odeurs du verger

un nuage escorte la lune bien téméraire en pleine journée 46


Paroles Suivantes

la pluie quelques gouttes ont humecté la terrasse d’où je le sud espère

un petit regard découpe du pré en fleur les couleurs de mai

les bornes de pluie couvrent le bruit de tes pas que sais-je du vent

retour à la niche un petit coup de la laisse et le chien se couche

les coquelicots après la pluie ont grandi jusqu’au bord du ciel

les jours passent vite tu sais qu’il n’en reste plus mais tu joues encore

allongé dans l’herbe je plantais des fleurs carmin dans l’eau des nuages

ciel ni gris ni bleu le fond de mes yeux est triste jour ni lune ni feu

sur la joue un trait une peinture de guerre de la nostalgie

noir contre le ciel le cyprès montre du doigt l’essence du vide

tu oublies ta bague n’as-tu rien égaré d’autre dans la chambre vide

une feuille s’ombre elle-même de ténèbres l’encre est vraiment noire

que ce jour pétille que mes pensées t’accompagnent bises de pétales

sur les fleurs du pré le soir lentement s’étend —langueur, elles prient

soleil sur la peau je sens sa chaleur moelleuse veiller nos sommeils

soleil et ciel clair vraiment il en faut si peu pour se sentir vivre

le ciel fuit devant la lune qui strie les nues mai prend ses quartiers

l’ombre de la feuille semble rire sur le mur rit-elle la feuille

la brume déguise la vallée et les nuages étirent les cimes

se sont effacées les marques que nous avions gravées dans le sable

mai le joli mai s’invite avec le soleil au jardin sucré

le mai a surpris les fleurs frileuses reviennent les giboulées

nuit de mai la nuit saute par-dessus la haie vers le sud enfui

doigts que l’herbe honore de son odeur de printemps souvenez-vous d’elle

un beau jour se lève et mes poings vides de sens serrent leur colère

les ombres du soir s’épuisent si lentement – murmures passés 47


Paroles Suivantes

manteau de nuages la clameur des tourterelles n’atteint pas le ciel

un soleil timide caresse mes os rouillés plaisir du printemps

une seule faim sentir l’odeur du café ouate du matin transpirant je rentre de faire le tour du monde le long du verger

le soleil sourit aux brumes de la vallée j’ouvre la fenêtre déjà chaud quand je pousse le volet le soleil brouille mes rêves

du haut de ta tour je voudrais saisir la mer et t’offrir son sel

je ne parle plus le silence pèse un peu à mes lèvres closes

réveil ébloui lambeaux d’un rêve érotique soleil dans les yeux

les signes gravés des deux côtés de la lettre semblent identiques

du feu de branchage une odeur d’eucalyptus monte jusqu’au ciel

la lumière blême hachure l’ombre des arbres les pensées s’effrangent

j’oublie la mémoire je crois le temps immuable et toi dans mes bras

la chaleur consume ce qu’il reste du printemps que le temps me pèse

j’oublie la mémoire je crois le temps immuable et toi dans ta classe

coquelicots frêles avant de perdre la tête qu’en reste une image

à travers les branches la lune semble si grosse un soupir m’échappe

l’été brutalise déjà le printemps j’ouvre la piscine

l’effort le plus quotidien en travers de la joie de nos paroles

deux fourmis en quête d’un peu de fraicheur arpentent la salle de bain

paume ensanglantée l’asperge s’est accrochée désespérément

la nuit s’est trainée jusqu’au bord de la terrasse je cède et soupire

lent crépuscule les cheveux collés — ma peau sent l’herbe coupée

matin de printemps l’espoir n’est pas accablé d’un soleil féroce

une tourterelle se pose dans l’olivier matin en coton

couleur de printemps je ne sais pas quel oiseau chante ce matin

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Paroles Suivantes

le vent a à peine rafraichi les hautes branches qui saluent contentes

le vent prend les mots les enchevêtre et les jette face à la parole

un air frais efface les cauchemars d’une nuit pourtant reposante

je lève les yeux ils se remplissent d’étoiles je baisse la tête

bol de crème rose les nuages mousseux couvrent les fruits des collines

in the quiet morning smells of a gold-haired sky empty are my eyes

cognassier au tronc ridé ta fane sent l’ombre qui déjà nous masque

un brouillon qu’on froisse personne n’est satisfait des mots échangés

dans ma poche comme une plainte du silence le vide palpite

odeur de la pluie les rayons d’un soleil las se noient dans les flaques

avons-nous perdu nos traces sur le sentier qui a été nôtre

l’étendue se brouille averse sur la piscine les mots dissolus

seul sous les étoiles odeurs de la nuit de mai les crapauds se taisent

le soir s’est perdu entre les pins et les chênes prudent je me tais

le vent s'encolère entre les arbres nerveux matin hors saison

le ciel est immense même à travers les nuages règnent les étoiles

le mur sert d’écran aux facéties du vent qui fait son cinéma

le ciel est trop pale mal réveillé lui aussi matin égaré

je suis essoufflé après cette promenade au verger venté

le vent du sud prend les arbres à rebrousse-poil ils sont en colère

on grelotte encore les saints de glace passés il reste un frisson

le vent a tourné mais il me tourmente encore entre les oreilles

trainée de nuages dans le feu du crépuscule des sourcils froncés

l’amer vent de mai se moque du printemps aigre le temps fout le camp

elles sourient vertes encore et crispent les dents premières cerises

la ville en suspens offrait des rues sans dessein à nos errements 49


Paroles Suivantes

les gouttes chuchotent une musique espérée à l’herbe cassante

un oiseau m’accueille un bonjour dans une langue étrangère et belle

matin sans couleur le printemps pourtant promet l’odeur de ses pluies

matin sans pitié déjà des rayons féroces hachent le feuillage

le front sur la vitre tous les arbres sont des saules pluie interminable

l’ombre et le silence offrent le chant des oiseaux à ma chaise-longue

les façades suintent la ville est noire de pluie le mai ne rit plus

un frelon traverse le pré vibrant de chaleur ma tête grésille

Le sanglier Il a tout remué même mon cœur impassible s’émeut du jardin

dans le ciel si bleu une joie dorée éclate les heures fatiguent je vais à pas lents la lassitude proteste de mes os qui grincent

je vais sous l’averse à la rencontre des jours que le temps me laisse

fraicheur du matin quand je pousse le volet mes yeux se décillent

ne parle pas reste là tout contre mon cœur reste mes bras sont silence

fraicheur du matin les bancs de brume effilochent un rêve oublié

une odeur sucrée — glisse la nuit sans étoile sur l'herbe mouillée un ciel gris les cache des étoiles la nuit les grenouilles se rient de la pluie

Le faucon crècerelle un éclair de cuivre au ras de la piscine fauche une libellule

sans aucun scrupule la regardant dans les yeux j'écrase une mouche

la ville s’embrase à l’épreuve du soleil ah, ombre promise

la pluie sur les tuiles lessive les poussières des nuits frileuses

mon esprit sans force s’égare sur des sentiers tourmentés d’ornières

le volet qui grince et la fraicheur de l’aurore délivrent la nuit

aube incandescente la ville monte à l’assaut du silence

le soleil contourne l’ombre des barreaux enfin la fenêtre s’ouvre

sur l’arbre les fruits ont déjà l’odeur sucrée de la confiture 50


Paroles Suivantes

insensiblement le matin chasse la nuit réveil incertain

l’été se profile le soleil est déjà haut brume dans ma tête

un mot après l'autre la conversation devient le fond de l'histoire

les objets parfois sont plus têtus que des mules mon micro me nargue rêve d’un chemin dévalé au bord du gouffre réveil espéré

la peau torturée par la frénésie des mouches il faut l’arracher

je t’écris et l’encre se teinte de ciel bleu

une tourterelle seule sur le fil sans voix le temps incertain

tu m’écris la feuille découvre tes vallées

le chant d’un oiseau dans les chênes interpelle la fin du printemps

l’ombre sur le mur voudrais sortir du béton et courir dans l’herbe

une fleur s’élance de sa tige vers le ciel vole un papillon

réveil en avance j’ai compté les cartes qu’il me reste en main

le ciel est lavande au dessus des collines tellement bleu

je me lève fatigué après un sommeil sans rêve une nuit profonde

l’ombre des barreaux qui se brise sur le mur meurtrit le regard

après la cueillette même mes dents ont l’odeur des cerises mures

le ciel s’est couvert dans le verger j’arrosais les petits pêchers

le rideau de perles frise dans le courant d’air le soir est entré

la pensée de toi montre un chemin aux sourires que je peux offrir

réveil prolongé l’odeur des draps me rappelle un rêve dissout

cauchemar sucré tous les timbres se décollent les lettres se brouillent

un souffle volage vient de me claquer de rage la porte au visage

sous je ciel couvert planté espérant la pluie vieille branche sèche

rencontre promise dans le miroir je m’entraine à ouvrir les yeux

rêves de fourmis une longue procession coule sur mes membres 51


Paroles Suivantes

à travers la vitre le soleil et la poussière se font des grimasses

la chaude soirée vient ponctuer la journée pas vraiment plus fraiche

je regarde au loin le vent torture les feuilles impassible jeu

le rideau de perles n’a pas arrêté la mouche qui frotte ses pattes

du nord souffle un vent je détourne mon regard printemps sans chaleur

je tourne un café tiède et l’esprit embrumé tourne ses questions

les oiseaux se cachent leur chant a quitté les branches le printemps effraie

premières cigales acouphènes et chaleur l’écorce grésille

rentré de la promenade ce jardin-là m’appartient plus encore

l’abricot acide irrite mes dents encore un été qui passe

je ne sais pas prendre l’inquiétude au bout des doigts silence troublant

un ciel de lait sale morne un soleil s’abandonne au mur d’ombres floues

brume dissipée pour qu’éclate le soleil dans un ciel limpide

le vieil abricotier donne ses derniers fruits à son ombre

taches sur les vitres traces d’une vieille pluie soleil embrouillé

la page noircit des mouches vont et bombinent mots qui s’agglutinent

sandwich et demi le printemps s’est attardé sur un banc de square

des gouttes s’écrasent comme des fruits sur la terre rongés de vermine

frais le matin trompe la journée sera torride dit la tourterelle

orage d'été le moindre brin d'herbe accepte le don de l'automne

souvenir perdu d’un rêve dans la nuit douce je me sens spolié

cèdre du jardin par un coin de la fenêtre il se dresse et pleure

journée de lenteur le soleil a pris son temps pour franchir le ciel

clin d’œil du soleil qui secoue les draps froissés il fait déjà chaud

une nuit franchie entre moite et frissonnante jusqu’au seuil de l’aube

fin d’après midi un petit vent vient narguer l’ardeur des rayons 52


Paroles Suivantes

réveil en rampant le matin frappe à la porte odeur du café

entre les pêchers l’herbe a jauni elle sèche à l’ombre des troncs

ciel de gaze immobiles les nuages flambent

il a plu cette nuit et il n’en reste plus la moindre flaque

rêve de bataille halte sous l’escarpement d’un désert de pierres

offrande de pluie le jardin de gratitude sent le chèvrefeuille

il fallait calmer les chevaux épouvantés des râles du soir

la lune à la cime du cèdre pleine et indifférente

sous les feuilles la voix du vent était chaude mais brutale

un souffle de vent brouille la flaque de pluie fourmi sur la rive

j’aurais bien voulu le protéger celui-là matin tue le rêve

quelques feuilles restent parées des joyaux que la pluie leur a offerts

de l’ombre à l’obscur entre le songe et le rêve nager dans les limbes

air frais du matin le monde brise les chaines de son propre été

ciel sans intérêt blanc comme la page vide quel temps va-t-il faire

plus de vent la lune seule emplit la nuit de juillet

longue traversée de la nuit énigmatique au réveil rivage

le jardin me suit les odeurs collent la peau soirée de juillet

le passé revient polluer des rêves gris café mal passé

j’attends sur ma chaise le soleil reste voilé aux questions qu’on pose

en nage je rentre de mon offrande au jardin don d’un arc en ciel

lourdaud je me pose une pensée après l’autre je vais lourdement

laçant le troène le parfum du chèvrefeuille précède juillet

derrière l’écran je flaire les fils rompus j’adopte leurs pas

il n’est que la voie le haïku n’est pas le but le constat du sens

les nuages trainent paresseux puis ils s’installent ivres pour pleurer 53


Paroles Suivantes

le sommeil s’éclipse le soleil au rendez-vous est à l’heure dite

le soleil se lève la peau enfin se réchauffe aux bruits de la terre

une route sans soleil mène à une forteresse sans défense

bien après l’aurore comme un présent de l’été la fraicheur demeure

la glu du sommeil pèse sur le moindre geste je cogne au matin

claironne au tympan mon abeille dans l’oreille laisse-moi entrer

le jour s’est levé la lutte est torride entre éveil et sommeil

je ne sais ce qu’elle dit des mots qui font mal pulsent de ses ailes

ombre des platanes une fontaine chuchote gouttes de fraicheur

de rayons cuisants le soleil frappe à la porte aussitôt levé

au loin les montagnes qui courtisent leur regard qu’elles semblent bleues

en père attentif je berce le temps qui reste dans mes bras usés

même sous la pluie la montagne est rassurante fraicheur des mélèzes

dans le ciel d’été la constellation de l’ange étend sa voilure

l’herbe craque le sentier se fait abrupt roulent les pierres des ans

frisson du matin je l’accueille d’un sourire lenteur de l’été

cruauté de l’aube ce matin griffe mes tempes de dards de lumière

matin de juillet la maison sent le café qu’on fait en vacances

la rive s’éloigne mes pieds ont perdu le sable ouate plein les yeux

ce matin encore la brume cerne les yeux d’un réveil bougon

il pique mon crâne bec rageur pattes nerveuses le chant de l’oiseau

l’ombre se fait dure sur le mur de béton nu matin sans merci

vent fripon qui soulève les jupons vent frisson

le matin s’allonge dans l’épaisseur de l’été un café encore

dans le vent j’arrose fabrique d’arcs-en-ciel tous les arbres rient

paresse un moment après le bouillonnement des jours précédents 54


Paroles Suivantes

j’ouvre le volet un oiseau prend peur un autre me dit bonjour

odeur du café le matin sent la lumière et le temps s'arrête

une longue marche une halte mal aux muscles le bruit du torrent

pris dans le courant insensible et lent vers les portes du néant

l’herbe desséchée craque et roulent les cailloux l’été peut finir

remplir le bassin bruit de l’eau dans la torpeur de midi

un à un tu comptes pourvu qu’il y ait assez de pas pour le dire

la terre a tremblé la peur défie les visage un saut hors du temps

la nuit se prolonge au-delà des rêves le soleil frappe à la porte

petite douleur l’ordre du monde vacille on pense exister

le soleil déjà se répandait dans la chambre chassait la fraicheur conquise au long de la nuit de ses rayons sans merci

odeur de sel chant des vagues lentes au loin l’horizon je rêve parfois que je suis ce que je suis l’ordre règne encore

je compte les jours qui se sont posés sur ma vie quelques feuilles tombent

milieu de l’été chaque pas est une flamme qui mord du bois sec

l’aube est dépassée mon réveil a trop tardé les oiseaux trépignent deux pies se disputent le droit de me réveiller mâtin, quel vacarme

dans des jours plus courts toujours la même chaleur l’été en croisière

lune de juillet les oliviers sont parés d’un voile de neige

perdus dans le ciel des nuages sans espoir traversent l’été

la journée s’annonce d’une inquiétude enfiévrée odeur de fumée

marche vers le ciel sur la table une fourmi en quête d’échelle

soleil déjà haut viscosité de la nuit qui colle au sommeil

frisson ce matin il faut vite en profiter le soleil s’aiguise 55


Paroles Suivantes

le sommeil s’étire le volet toujours fermé le jour s’impatiente

odeur de lavande les caresses de midi sont très parfumées

matin en désordre la maison a le hoquet café sans odeur

fraicheur du matin dans les fentes du volet le soleil sourit

face au café tiède la chaleur force la porte matin sans entrain

le sentier se creuse d’une seule direction un pas après l’autre

les nuages ferment le ciel comme la porte d’un four

un moineau sautille sur les brins d’herbe brulante il a les pieds nus

le cris des oiseaux et les coups sourds du soleil matin de mélasse

les moineaux s’égaillent quand je pousse le volet et les rêves fuient

la pêche sucrée gorgée du soleil d’été convient à la guêpe

sur la page blanche aucun chat pose sa patte la plume en suspens

chaleur aux aguets dans la teinte du matin affûte le jour

matin de coton, les ombres se posent ouate au mur de béton.

sinistre présage d’une journée sans un mot le clavier me fuit

d'un bref trait de feu l’étoile a signé des vœux dans le ciel limpide

nuit d'été sans souffle la fraicheur tarde à venir demain aux aguets.

d'une craie sans ombre sur l'ardoise de la nuit j'écris le silence chassé par la libellule le papillon trouve refuge dans l'olivier

quelques arcs-en-ciel plus tard est revenu la lumière détournée

bruit des origines grains de riz grains de café aurores du monde

voile de rosée sur les herbes calcinées même l’été passe

par petites touches les étoiles qui s’effacent écrivent なつ (natsu, l’été)

les collines ploient une couche de nuage tartine l’été

par petites touches les étoiles qui s’égarent écrivent きたい (kitai, l’espoir)

chant d’oiseau timide trop loin après la fenêtre pour me réveiller 56


Paroles Suivantes

moiteur tropicale ciel couvert de nuages de laine transpiration

les arbres gémissent ils avaient perdu l’usage des gifles du vent

l’aube est apparue d’une nudité sans fard matin équivoque

dans le vent du soir sous le regard de la lune août ferme la porte

odeur de foin sec l’été crisse dans les pins la journée s’achève

la soirée s'achève c’est que l'été se dilue je vais me coucher

vivre par un geste la caresse que l'on offre embrase le ciel

le vent s’est couché au coin dans les feuilles mortes animal recru

matinée maussade la tête me fait souffrir d’une brume aiguë

montagne inflexible déguisée en arc-en-ciel pour narguer la pluie

un mistral féroce a forcé la porte du sommeil

quelques gouttes d’eau sur la terrasse trop loin pour faire une flaque

quelques mots pour dire juste la couleur du ciel et pourtant

volonté défaite je vais où je ne veux pas les pieds en colère

au loin les collines se parent d’un lavis flou bientôt septembre

le soleil se lève ouvre une paupière lourde sourit à septembre

ciel couleur d’automne l’air aussi s’y laisse prendre septembre en avance

près de l’avocat un écureuil a laissé une commission

un été de lave s’incruste dans les collines sous les lunes froides

gouttes de pluie sous la rosée matin de septembre

je lève mon verre au barde qui a rimé marche avec saké.

la vieille photo jaunie de tant de regards mémoire écornée

seul dans les nuages l’été nous fait grise mine jaloux de septembre

un souffle sans joie hésite entre des fenêtres aux cœurs résignés

sous le composteur au carrefour des fourmis font leurs provisions

le soleil repousse loin derrière le cyprès son voile de gaze 57


Paroles Suivantes

entre août et octobre le ciel du matin hésite fraicheur de septembre

Garlaban coiffé septembre s’est déguisé d’un manteau de brume

brume dans les pins frissons plein de buée aube en fin d’été

d’une chiquenaude l’automne pousse l’été au bord de lui même

du fond de mes rêves je sens gronder la révolte — pas un jour – encore

le jardin pourtant espère l’aumône de quelques gouttes charitables

sortant de la brume les aiguilles de béton deux bras en colère

par-dessus le ciel le soleil se lève rouge des trainées se croisent

sortant de la brume le sommet de la colline frôle le soleil

doux comme une couette le matin d’avant l’automne toujours en été

au dos du feuillet l’encre du pinceau dessine un mot inconnu

premier jour d’automne le soleil se lève aussi et à la bonne heure

le vent qui soulève fripon le jupon des filles a cassé un pot

aube silencieuse le soleil pince la roche la colline vibre

le vent s’est couché comme un vieux chat fatigué dans les feuilles mortes

quelques gouttes sur la terrasse assoiffée pas de quoi faire une flaque

intense frisson l’automne s’est réveillé bien tôt ce matin

fine pluie l’aube secoue les nuages qui s’égouttent lentement

un cri dans la nuit a déchiré le sommeil erreur de casting

la brume de sang se répand sur la colline — aube après la pluie

tu te sens gonfler as-tu vraiment trop goûté à la flatterie

la lune découpe la pénombre (une silhouette) avec des ciseaux d'argent

sur le dos du fils qui s’épuisait dans la neige le vieux voulait vivre

des yeux de myope mélancolie du bitume un soir d'automne

le matin m’éveille dans la fraicheur du jardin rhume de septembre

le thym et la sauge la pluie d'août sur la colline— une invitation 58


Paroles Suivantes

il fait doux à l’aube le cœur de l’est reprend vie la nuit se colmate

dans le ciel d’octobre en bandes froides de brume le soleil s’étire

le vieux tronc rongé ondule d’excitation envol des alludes

des nues éphémères la déception dans le ciel départs avortés

l’escargot se hâte ce n’est pas le mont Fuji ce brin de fenouil

la nuit est opaque quelques étoiles tremblotent bruit des gland qui tombent

dernier jour du mois les cerisiers se demandent quelle robe mettre

l’aube est nue la lune et vénus dominent les collines sombres

sur le sol du verger les premières feuilles rousses ont quitté les branches

traces des départs le ciel sens dessus-dessous bouquet de nuages

les chênes perdent leurs glands ils couvrent le lierre de sourds craquements.

une aube en lambeaux bâillon d’ouate sur le ciel soupir résigné

la fraicheur de l’aube la nef des jours a passé le cap de septembre

dans le ciel d’automne la lune tourne le dos aux autres étoiles

fraicheur des matins l’éphéméride roussit au pays d’octobre

gaze du matin la lune snobe les étoiles

étrange voyage entre les prés inondés de la nuit errante

odeur humide du soir les branches ploient sous l'averse octobre gémit.

une seule goutte trouble la surface octobre brouille les cartes

drops of rain and dew together on the brown weeds gift of the morning

la cuiller dilue l'amertume du café— le fil se dissout

gouttes de pluie et rosée ensemble sur l’herbe brune cadeau du matin

promenade en ville entre les arbres sans feuilles que l’humain est triste

un chien déchire la nuit d’un lourd silence — message au néant

à l’assaut du mur un petit gris rêve petit gris sous le ciel gris

les étoiles luttent contre le désir du jour puis l’aube les mouche 59


Paroles Suivantes

une aube coupante ensanglante les nuages il fait froid soudain

pendant qu’on la coupe une branche d’olivier flirte avec le ciel

le tonnerre roule son tambour de pierre le ciel rentre les épaules

sur sa jument fière la fiancée turque fuit les sables du temps

la pluie a cessé les volets grincent au vent— brumaille d’octobre

le vent se dérobe à qui veut le mettre en cage geôlier essoufflé

la pluie suit l’éclair comme son ombre

le vieux volet grince les fleurs capitulent vent du soir

sur le chemin sans ornière je trébuche — c’est la faute des nuages

le vent ce matin poisse sur les feuilles rousses figé je transpire

le ciel fier de lui apprend le nom des couleurs au nuage gris

une aube paresse loin au-delà des collines — je tire le drap

la nuit même les chats gris ronronnent

verger sidéré qui ne se reconnaît plus — miroir de l’orage

l’air soudain plus frais tétanise le jardin — attente incrédule

l’orage s’annonce les pâquerettes se ferment aux premières gouttes

une pluie de gland sur le sol couvert de lierre craquement des pas

de lents bancs de brume trôlent au fond du vallon une aube sans joie

Garlaban coiffé de lourds nuages replets garigue en silence

lourds nuages gris près de dévorer le toit si près de mon crâne

verger humide quelques taches rousses sur le départ

écran noir l’éclair a volé toute la lumière

le ciel saigne l’aube lisse l’a blessé d’un grand coup de vent

l’aube patiemment montre en détail ses couleurs à une nuit blanche

taisant sa douleur il se blotti dans un coin comme un chat malade

sourire du ciel ce matin j’ai des yeux bleus et le cœur pastel 60


Paroles Suivantes

sur l’auvent sonore la pluie bégaie goutte à goutte la leçon d’octobre

des éclats d’argent tintent sur la terre humide — derniers mots des feuilles

la lune a tiré un voile de gaze vague pour farder ses yeux

plus assez de doigts pour compter les ans mais infinie joie de vivre

mésange de l’aube des pas craquent sur les glands émoi dans le nid

des paroles tues sont malgré tout entendues— mystère insondable

elle coule et coule toujours la pluie sur les feuilles que brûle l’automne

l’herbe était humide un commencement du monde naissait de la terre

des éternuements les chaussettes sont à tordre vengeance de l’aube

à travers la vitre au soleil entre les branches elle attend mon signe

de ma promenade je n’ai ramené qu’un rhume chasseur maladroit

la lune offre son argent aux nuages

gavé de colère le vent lacère mes yeux mes joues se réchauffent

l’aube sur les joues le soleil se lève enfin de la terre froide

au-dessus des roches par-dessus les brumes vaines le soleil domine

une aube d’automne une aube grise et fardée précède le jour

les arbres figés se demandent s’il est temps de perdre leurs feuilles

lande de nuages houppelande de poussière sur le gris du jour

planté dans l’automne mes mains ont odeur de terre le ciel s’effiloche

coup d’œil de côté sur la branche qui balance la mésange inquiète

quand le jour s’éteint je ne sais où le poser ce corps encombrant

vois donc le rictus que réfléchit le miroir te reconnais-tu

sur la côte déchirée les vagues se couchent lenteur des caresses

le long des allées se dressent des pâquerettes douceur de novembre

par ruse sordide le vent se farde de miel pour battre la porte

tout autour des tombes les pâquerettes se dressent — novembre cynique 61


Paroles Suivantes

"bleuir dans les yeux

odeur de café je retiens les souvenirs au-delà du seuil

son cœur de poulette ne bat plus du tout cédant place au cœur de Pierre

piquée dans le ciel une étoile suspendue parure de l’aube

une aube écarlate de la froideur d’une lame tranche les collines

claquement de porte brusquement des oliviers les moineaux s’égaillent

rouler un rocher bien trop lourd recommencer —sourire à la vie

une autre lucarne un clin de rayon doré crépuscule oblique

rêveur sous les chênes un gland roule sur la table la nuit est tombée

comme un chant d’oiseau un sourire a traversé le lent crépuscule

ce silence au bout du chemin la nuit sera bien trop longue

contre une mésange quatre détonations sourdes colline violente

le silence au bout du chemin blanche la nuit sera longue

premières lueurs des oliviers protecteurs premiers chants de l’aube

courbé sur moi-même j’arrache la mauvaise herbe du fond du verger

l’aube rit de moi qui n’aie pas su l’embrasser soleil dédaigneux

colline embrumée qui presse mes tempes un soupir ne suffit pas

un papillon sur l’épaule je passe la nuit comme un gué instable

mon regard traverse la vitre où pleurent des gouttes de pluie résignées

le moineau s’élance dans l’air vivant de novembre flèche vers tes joues

le soir lentement s’éloigne du crépuscule dans un froid silence

” au bout de la nuit ”l’aube chante la lumière ”—la vie se respire

les nuages roulent une lourde houle grise jusqu’à mon gosier

”des mains qui se tendent ”bleues de clavier en clavier ”— un pont sur l’abîme

prisonnière des nuages l’aube attends des jours meilleurs

"les mers qu'on traverse "laissent les embruns les vagues

un manteau de pluie 62


Paroles Suivantes

le jour traine dans les flaques son odeur de boue

sans escale sur les rives pas de trace

percée de nuages l’aube s’échappe en riant les feuilles se parent

posés sous la lampe les mots s’enlisent dans l’encre des phrases patientes

hésitant je t’offre une coupe de ciel bleu où nage un nuage

courir après l’aube pour cueillir des miettes d’or —tâche du réveil

le ciel s’est fait bleu qu’il orne cette journée de perles de rire

dans un pot de fer quelques crayons de soleil éclairent la terre

au bord de la nuit qui voyage ton repos je veille de loin

les jours se ressemblent mais quelquefois un sourire les souligne en bleu

en chemin je laisse des mots tomber de ma poche — des miettes de mots

le ciel tend de gris tous les lieux du paysage — collines figées

blessure du mur — sur le chemin détrempé les pierres ont roulé

un pas une halte un autre pas reprend souffle le vieux qui chemine

franchir la souffrance des jours sans saveur se trainer parmi les autres

ruisselant des murs sans ombre d’un poing ténébreux le soir bat aux portes

armée de la nuit — un crépuscule sournois coule entre les troncs

depuis les toits moites un soir visqueux suinte sur l’asphalte

sur la dalle humide des feuilles mortes plaquées —sanguine d’automne

dépose les armes flâneur qui lève les yeux aspire à la paix

le rideau de perles ondule entre l’horizon et mes yeux humides

marche abrupte sous les pins indifférents l’aube est loin de ma mémoire

le cyprès se penche — coupée d’un scalpel féroce l’ombre sur le mur

carte inespérée qui raconte des tonnelles trop loin pour mes pieds

soleil déjà haut — il surprend en plein virage la nuit sans escale

l’ours embarrassé avant de piller la ruche se racle la gorge

longue nuit

c’est le soir déjà 63


Paroles Suivantes

mais une lumière est née de la confusion

les mésanges se disputent un noyau d’olive

qui peut la saisir la main offerte et tendue une amie peut-être

le ciel balafré visage de baroudeur sur la ville en peur

les moutons de l’aube se sont rassemblés les chiens de l’orage aboient

sur la sente abrupte je chemine à la rencontre d’une aube incertaine

le ciel se découvre sur novembre tourmenté d’une aube frileuse

il devient plus dur le livre qu’on ne lit pas son encre résiste

sur le pré brumeux les pâquerettes s’accrochent à mes chaussettes

il faut lui casser le dos au livre — pour qu’une parole s’envole

entre brume et crépuscule je fais provision de mélancolie

horizon brouillé la façade ensoleillée veille sur mes yeux

par-dessus les roches la nuit gagne du terrain — une aube équivoque

le soir me rattrape dans la promenade lente crépuscule amer

dans un ciel glacé où frissonnent les étoiles mon regard se fige

vapeurs de l’oignon que la lame décortique larmes équivoques

sur le mur l’ombre du rideau de perles saisie de frissons

en haut des collines l’aube s’est roulée dans sa couette de nuage

une griffe froide soudain me serre la gorge — traitrise d’automne

la nacelle gite plage où le rêve se perd le passeur trépigne

étoiles cachées Vénus s’est piquée au jeu elle compte encore

onctueux novembre — les nuages s’abandonnent dans le ciel sablé

d’une écriture légère qui dit l’amertume tu retiens mon souffle

une pâquerette au milieu de la pelouse nargue la tondeuse

la chute du jour seul le manteau d’arlequin frise lentement

le crépuscule contourne l’écorce des pins — odeur crue de l’herbe

jusqu’au crépuscule 64


Paroles Suivantes

la nuit enveloppe les branches nues de mystère — on attend la chute

le chat circonspect se fond dans le crépuscule entre chien et loup

devant le miroir le chat se mire —on admire ce sphinx de tiroir

le ciel sur la tête les cheveux dans le brouillard mes pieds éternuent

ma pensée accourt vers les rives de la baie armée d’un sourire

contre le ciel gris l’ombre morose du cèdre une croix qui pleure

d’une rive à l’autre la traversée de l’ennui laisse un goût de sel

le char de l’automne s’est garé en double file le ciel est bouché

aux premiers rayons la fenêtre s’illumine d’une journée grosse

couverture grise presque le soir à midi jour mélancolique

les premiers rayons illuminent la journée grosse d’espérance

passants qui passez sur ce quai pressés pensez à poser un œil apaisé

les scories des rêves se disloquent dans l’odeur du matin

penché sur ma nuit je n’ai su du crépuscule qu’une fin sans gloire

les arbres voisins sans grand succès retiennent le crépuscule

la mésange piaffe derrière la lucarne impatiente et vive

la nuit vaporeuse se faufile sous les portes des corridors sombres

un pan de ciel bleu résiste sous les nuages —le vent mécontent

le chant des fauvettes s’interrompt dans le fracas d’un vol d’étourneaux

passant la colline le soleil s’est éclipsé —à demain peut-être

dans une aube sale les pins s’ébrouent de la nuit — passer la journée

seul sur le bureau un formulaire égaré attend qu’on le plie

la boutique est vide pas de soleil en vitrine les chalands déçus

vallée aveugle d’un bout à l’autre la bruine se prend dans les arbres

les bruits de la ville qui embourbe la vallée se noient dans la brume

une nuit aveugle lacérée par le brouillard vomit des nuages 65


Paroles Suivantes

des trainées de pluie drainent la cendre des heures pleurent les fenêtres au bout de mes doigts d’une caresse timide fleurit un sourire

le ciel ressemble à ma peau frissons il fait froid trainée d’aquarelle sur le ciel qui dégouttelle — un pinceau qui tremble la nuit me lacère elle est passée sous la porte —vent coulis cuisant

il pleut beaucoup trop vite vite il faut rentrer se dit l’escargot

sous la lampe chiche la main qui soutient le front — dialogue du soir

coiffe ruisselante immobile sous la pluie un épouvantail

le soleil déjà écrase les nues de l’aube — s’extraire du lit

sur l’auvent la pluie accompagne le silence d’un chant nostalgique

de longs filaments se tendent entre les collines — rochets de dentelle

le front sur la vitre je dévisage la pluie inlassable et sourde

un soleil glacé ses rayons comme des dards des larmes ardentes

le cours de la nuit s’interrompt parfois sur des rives insalubres

donner recevoir pulsation du cœur du monde deux mains qui se joignent

la mélancolie était au réveil avec un bol d’amertume

le froid se fait vif les oreilles dans le col sons du crépuscule

je tourne la tête je ne me reconnais pas dans le miroir sale

entre les nuages scintillent des points d’argent collier de la lune

avec le soir rode parmi les nuages lourds la mélancolie

des pointes d’argent font un collier à la lune —foulard de nuages

la mélancolie rode dans le soir pluvieux —grisée de nuages

lueur dans la nuit au creux d’une main tendue une étoile brille

le ciel désolé présente au soleil une aube aux couleurs lavées

les pies se gèlent les pattes sur le pré — mes doigts sur le bol brulant

le ciel est si froid — le vent gris se prend les pieds dans les feuilles mortes

avec des doigts gourds le pêcheur tire un filet

chair de poule — 66


Paroles Suivantes

sans le moindre espoir (la moindre prise)

le froid me recouvre d’un manteau de glaise humide — avant-goût d’hiver

c’était un ciel rouge qui couvrait le crépuscule — les lents jours de fièvre

la nuit m’accompagne quelques étoiles transpercent un horizon vague

entre deux collines il se lève sans nuages aube sans relief

dans les arbres nus le vent agite le jour — clin d’œil du soleil

les mains dans l’eau froide qu’est devenu son regard les doigts se fendillent

dans le ciel rompu la matinée entamée coule vers le soir

une lampe tiède réchauffe la main qui tremble —écrire au-revoir

journée sans lumière nus et inertes les arbres veillent dans l’hiver

la nuit qui s'avance couvre d'une gaze blanche tes yeux et tes rêves

un effleurement une plume de mésange ta joue s’en souvient

vous les vagues arrêter de comploter contez donc le sable

plutôt loup que chien le crépuscule se couche dans les flaques d’eau

un ciel sans sourire attend devant le volet d’envahir la chambre

la nuit s’est perdue épousant les chemins froids jusque sous la lampe

l’aube se dérobe Vénus seule encore veille à l’ordre du monde

des gifles de vent secouent la face des chênes dessous le banc tremble

noire une corneille grave le ciel du tocsin de son cri graillant

le ciel est limpide comme une carafe d’eau glacé comme elle

le soir est tombé sans que tu t’en aperçoives d’un trou de ta poche

ciel limpide la carafe d’eau glacée entre le soleil et moi

juste dans l’hiver un vent fin comme une lame scie le crépuscule

le rideau de perles frissonne contre la vitre en comptant les jours

mordre dans la vie— quelle idée — avez-vous vu l’état de mes dents

portées par le vent les caresses du soleil offrent leurs sourires 67


Paroles Suivantes

le ciel s’obscurcit la silhouette des arbres trompe le regard

pour une brindille en plein vol ils se chamaillent — comme je les guigne

… puis il devient noir même les nuages peuvent s’y cacher

dans le ciel d’hiver la flèche du vieux cyprès taquine un nuage

depuis le ciel d’hiver le vent sème des étoiles dans mes yeux

le vent qui ne cesse pourchasse les feuilles mortes même entre les tombes

figé face au ciel mon regard suit les collines fuir l’aube glacée

le soir s’est couvert d’un trop fin manteau de brume — la nuit aura froid

figé face au ciel mon regard broie les collines dans l'aube d'hiver

de m’être abreuvé à la fontaine des vents j’ai perdu le nord

un traie de nuée une faille dans le ciel file vers l’été

dans le ciel figé les moineaux entre les arbres se ruent deux par deux

le soir d’hiver verse un trait de mélancolie dans le tilleul-menthe

la buée se colle et l’hiver n’est plus qu’un rêve sur la vitre froide

les pièces du puzzle se sont emboitées par magie

la cime du cèdre sous le couple de pigeons s’incline bien bas

au fond du bassin les feuilles tombées du chêne sont mortes deux fois

sur le banc une feuille morte me tient compagnie

des langues de feu dans le ciel d’hiver le jour se lève en colère

je m’avance sans vigueur sur le pré couvert de feuilles mortes

le vent qui se lève balaient le ciel des poussières d’étoiles

entre le vent et la nuit les étoiles jouent à colin-maillard

d’un brusque coup d’aile un moineau perce le ciel — à peine entrevu

entre les nuages la constellation de l’ange fait le grand-écart

des éclats de froid comme un miroir qui se brise tintent sur les toits

un battement d’aile a illuminé la nuit — se pose une plume 68


Paroles Suivantes

j’ouvre les volets un matin de coton sale frotte mes paupières

décembre insolite le soleil sur le visage me fait les yeux doux

décembre malade je traine dans le gosier un boulet de toux

les brebis du ciel se serrent autour du soleil le jour va les traire

contre un pot de fer depuis les tuiles fendues les minutes tintent

il pleut sur le pré d’aucune fleur l’hiver par les racines

rochers de carton santons glissant sur la mousse crèche au crépuscule

matin sans élan les nuages tristes jouent à saute mouton

soufflant sur la tasse la buée couvre mes yeux de chaudes chimères

sous la mousse les carreaux de terre oublient le chemin

le ravi convoite l’étoile qui brille à la flèche du sapin

le soleil s’éloigne lentement comme une veuve sortant de l’église

au milieu du pré le cèdre a le nez qui coule je sors un mouchoir

une forêt dense où s’ébattent les lutins au fond de ses yeux

d’une faille entre les nuages le soleil sourit

un chemin glissant serpente vers le verger — des troncs dans la brume

les nuages grondent ils effarouchent les tuiles du toit de la nuit

taquin, un rayon s’accroche au coin de mes yeux — je souris — peut-être

avant l’aube une corneille traverse le ciel on ne voit que son cri

la mésange hautaine oscillant sur une branche chasse le moineau

le soleil s’étire le ciel gage à pile ou face la couleur du jour

douceur du couchant — le ronronnement du chat sur le canapé

moineaux et mésanges dans les pins au crépuscule ont plié leurs chants

courant sur la page les mots s’emmêlent les pieds — un vers relâché (de travers)

comment distinguer le moineau de la mésange dans le crépuscule

langueur au couchant — la chaise grince et bascule —pénombre des mots 69


Paroles Suivantes

le cyprès abrite tout un peuple d’étourneaux si près de la porte

un vol d’étourneaux s’est abattu sur le pré — les moineaux se taisent

un reflet sur l’écran ici les mots se terminent pas même une idée

j’ouvre le garage la fourmi se hâte de ranger sa carapace

pour mon corps rompu un tapis de feuilles mortes vaut bien Ispahan

la nuit à grand pas bat la campagne et demain devient improbable

d’une branche à l’autre la mésange répète son numéro

le soir se recueille sur la longueur de l’automne — un fruit trop sucré

le nez dans les pattes les moustaches frémissantes à quoi rêve-t-il

un frémissement trouble la frange des crêtes —aube du solstice

une plume s’est posée lente et douce sur des lèvres lasses

un bras de lumière passe les collines — ordre après le chaos

une aube écarlate comme la lame d’un corps s’extrait des collines

droit comme cyprès les yeux figés immobile les pensées caquettent

le vent sur la peau prend la mesure des vagues les feuilles frissonnent

les noix de cyprès mafflues— souvenir du jeu de bille à l’école

les chênes roux ne tremblent pas face à l’hiver

une feuille rousse dans le triste cerisier —un appel à l’aide

parfum du thé chaud la cuillère a effacé la mémoire du sucre

je lève mon verre au sursis que l’an qui meurt nous a accordé

sous les feuilles mortes un criquet s’est endormi —raccourcir l’hiver

trois ramiers sur le pré — hier — ils étaient quatre

sur la sente abrupte il marche sur son passé le vieillard sans but

premiers soirs d’hiver — un quartier de lune brune se noie dans la brume

au bout d’une épine brille une goutte de sang — la rose d’hiver

soir d’hiver — un quartier de lune pendu dans la brume 70


Paroles Suivantes

noir d’encre — le soir écrit une lettre d’amour à la nuit le soleil lubrique soulève la robe rose de l’aube

lentement le matin sort des griffes des collines ensanglantées les feuilles frissonnent les unes contre les autres le vent à l’affut

le soleil soulève la robe rose de l’aube — je rougis

d’un vol vif et preste elles dansent en riant au bal des mésanges

entre les pins le soir joue des coudes et ne remue que la brume

toujours à plusieurs elle pillent l’olivier qui frémit de joie

resté sous sa couette de nuage (épaisse) le soleil rêve de sable

d’un pâle sourire le soleil sans joie effiloche les nuages

clair matin d’hiver les mésanges se chamaillent mais c’est pour de rire

un rai de lumière une faille dans le ciel la page s’éclaire

un paquet un papier cache parfois un bout de sourire

un pas hors des sentes le monde prend des couleurs de contrée magique

roulé sur la couette le chat malade repose — un regard humide

au bout de la branche un moineau hésite le ciel est si rouge à l’aube

le ciel est bouché un camion entre les tempes force le passage

moineaux et mésanges ont des mots entre les pages du livre d’images

au fond de la tasse un reste de café tiède — lourdeur des odeurs

une pâquerette sert de fière ombrelle à la mésange coquette

brume blanche — les pins ont croché la barbe du per’ noël

sur la route sèche rampent des êtres sans yeux tout de noir vêtus

vent taquin qui joue dans feuilles facétieuses —couillon de râteau

derrière la porte de l’armoire sans rumeur cent vies de papier

dans les yeux du chat un sourire une énigme une soirée de miel

encore des flèches fichées dans un ciel de sang —des gouttes d’hiver 71


Paroles Suivantes

une étoile sur mon front — premier jour de l’an

griffe de chaton une fine trainée rouge presque une caresse

dans le ciel de zinc les mésanges se souhaitent une année sans chat

la nuit tombe à peine le sommeil prend de l'avance je rêve de l'aube

des gouttes de pluie se brouillent sur mes lunettes — matin de l’an flou

un manteau de nuit s’est glissé sur mes épaule — je hausse le col

déjà l’an commence tiède dans la somnolence — torpeur du matin

boules de coton dans le ciel de l’aube le soleil se démaquille

il entrouvre un œil le museau entre les pattes — la chambre s’éveille

un petit hiver prend le frais à la fenêtre — comme il parait vieux

caresse de bec sous les yeux là un baiser —pépie la mésange

de deux éclairs verts le duvet noir s’illumine — les yeux du chaton

collines de brume frisson au petit matin l’hiver colle aux yeux

à la nuit tombée des moustaches du matou les souris se rient

la sérénité — combien d’hivers sous la couette pour y prendre goût

pousser le volet — une oiseau raye le ciel un camion klaxonne

sa queue s’interroge — qu’y a-t-il à grignoter près du radiateur

la boutique est pleine le pharmacien fait fortune —dernier jour de l’an

fil entre deux poutres le funambule patiente au coin de la toile

sur le ciel plus sombre la silhouette du cèdre en ombre chinoise

lourdaud indolent front contre la vitre comme une mouche en hiver

pas d’étoiles une nue impénétrable un ciel de charbon

contre un rat vaincu il quémande une caresse fier de son trophée

un hiver languide prend des mollesses d’automne — dernier jour de l’an

longueur du sommeil l’écho de mes bâillements éraille le jour

une goutte d’eau

éclat du soleil 72


Paroles Suivantes

dans un hiver insolite — mon cœur bat

ose s’élancer du nid — le soleil se lève

vêtu de pénombre c’est le soir avec son cortège qui frappe à la porte

un après-midi auprès du feu en pantoufles lent et paresseux

ouvrant un œil terne le soleil pousse la couette les pieds dans la brume

dans ma gorge le Paddy ronronne doucement le chat aussi

matin d’hiver sans soleil les paupières lourdes j’ai fermé la porte

des nuages roses sont passés sur la maison l’aube prend le large

sur le couvre-lit un rébus plisse les yeux du sphinx de satin

au bout de la branche la feuille rousse frissonne qui donc salue-t-elle

rose aurore comme une rose d’hiver si fragile

le jour lentement a cédé au crépuscule si mélancolique

la nuit a coulé un galet sur une plage au loin le méandre

je rentre à pas lents nostalgie d’un soir d’hiver soie du crépuscule

un petit insecte entre la lampe et la page appelle au secours

le soleil me fait de l’œil il est favorable aux mariages gais

dans l’herbe mouillée à l’affût d’un papillon il secoue ses pattes

englué de brume le suaire du passé erre entre les pins

les feuilles qui brûlent s’accrochent aux branchages —fumée sans auspice

au dessus des yeux les nuages sans contours poissent les collines

un petit moineau facétieux s’est pris de bec sur ta joue rosie

l’herbe du pré glisse sous le brouillard matinal —grincement des os

fin de crépuscule — la nuit s’installe et commence à conter les heures

long sommeil de chasse il s’étire ses crocs luisent — vite les croquettes

aux premiers rayons le froid affute ses lames et tranche le ciel

rêver à demain — l’odeur des feuilles qui brûlent sous la nef d’étoiles

un premier moineau 73


Paroles Suivantes

les heures s’enfuient coulant sans heurts comme l’eau des vieilles fontaines

mes os ont craqué une main embarrassée repose le verre

le soleil d’hiver se lève rouge et glacial ben ! ça jette un froid !

il ferme les yeux aventurier de la nuit sur le canapé

les heures qui fuient s’écoulent comme le sable entre des doigts gourds

un petit sceau rose le laissez-passer du vent tout au bas du ciel

la mésange vive agite son col de plume — sa façon de rire

les mains hors des poches en sifflant sur le chemin le ciel se découvre

tic tac les aiguilles emmêlent sous le cadran le fil du destin

le temps de l’écrire a filé comme le vent — la plume a séché

ma main sous la lampe ne pense à rien — elle trace l’ombre des paroles

cocons dans les pins — les grattements du printemps dans un nid de soie

le soir insidieux a rampé sous mes paupières — vision de ténèbres

zone commerciale le soir la voiture au pas — fugue à la radio

moineau sur la branche et chat sur son cul deux acteurs d’une autre fable

il fait soir même sous la lampe —frissons dans l’hiver

un trou dans le ciel le soleil part à la pêche et nous laisse en plan

ma peau est percée de milliers de dards de glace — l’hiver contrattaque

au bout de la branche une goutte de rosée— le cèdre s’enrhume

tendre la main à une main qui se ferme — la solidarité s’use

il griffe et il souffle le vent coulis sous la porte comme un chat de glace

pas un son — le soleil semble figé sur la banquise du ciel

vent du soir qui brouille mes pas dans les feuilles mortes

la ville était sombre les ombres grattaient les murs autour de la place ********** ce corps engourdi de tant d’années immobile il me pèse tant

constance du froid il enveloppe les arbres d’un halo de vent 74


Paroles Suivantes

le pale soleil somnolent dès le matin ferme les paupières

contre le ciel gris le cèdre sur la pelouse fait grise mine

quelques gouttes frappent mollement les dalles — pluie d’un hiver sale

l’écureuil sur le fil glacé glisse avec adresse

sous la pluie / l’hiver tous les arbres pleurent

mistral sans pitié des nuages pourchassés l’hiver seul domine

un ciel chiffonné pèse sur les tuiles ternes — pensées nostalgiques

comme un vieux tapis sa peau de soir dénudée le jour perd ses poils

devant la fenêtre monsieur matou se demande à quoi sert la pluie

soirée de velours — les pétales des fleurs lasses inondent la nappe

les lignes se brouillent qui traversent des contrées baignées de pénombre

un thon éventré flancs rubis arête noire suspendu à l’aube

une étoile seule entre les nuages pointe vers le port

je frotte mes yeux pour en chasser le sommeil — matin d’hiver rouge

rose il se balance rêveur entre deux collines sur le nez de l’aube

mésange est venue sur le bord de la fenêtre piquer une miette

vieux cyprès le vieil écureuil ne peut le quitter

les branches des chênes ne cachent plus les mésanges — l’hiver ne joue pas

lumière d’hiver pour entretenir la nostalgie du printemps

sur ma joue j’imagine un frôlement — soir d’indolence féline

comme une cheville les mots sans contours me clouent au mur du silence

vague de nuit qui couvre les collines — l’hiver se creuse

soir d’hiver je devine la nuit au travers des murs

une peau de givre grimace de mascarade grime les rameaux

une odeur de neige rode froide entre les arbres — le ciel se renverse

les mille couteaux du mistral ne ratent jamais leur cible 75


Paroles Suivantes

les cimes s’inclinent au mistral qui les torture — je baisse la tête

la pluie fine et lente comme une robe de gaze qui pare l’hiver

boules de neige— les enfants riaient au soleil

début de soirée tête lourde sous la lampe — l’hiver au dehors

dans la nuit les lames du vent sont toujours tranchantes

sous la lampe pale comme l’eau lente d’un fleuve les mots s’abandonnent

la nuit à la porte un bol fumant sur la table la lampe tressaille

dessus les collines la montagne de nuages se fait remarquer

dans les arbres ils ont rejoint leurs abris les oiseaux de jour

une douceur moite des lambeaux de brume tiède s’accrochent aux branches

au-dessus de l’aube rayé par des doigts de glace l’hiver s’engrisaille

terrasse luisante le matin semble plus sombre que la nuit.

l’ombre sur le mur s’incruste dans le béton — silhouette vague

entre les nuages et la terre gorgée d’eau le vol d’une pie.

les moineaux ont pris le pré en otage je patrouille hors de portée

perdu dans le gris un petit nuage roux retient la lumière

roulé en peluche le matou dors bien au chaud —un ours en hiver

les oiseaux se taisent il n’y a plus que la pluie qui tutoie les tuiles

il ronronne sur le bord de la fenêtre — dehors la nuit est tombée

à travers la vitre la nuit semble plus profonde que mes errements

l’odeur de fumée se répand dans la colline vers la lune froide

le ciel en tutu gaze rose fait des pointes entre les collines

des haillons de brume se répandent dans ma tête — aquarelle humide

fenêtre sans joie tapis sans la moindre trace la route s’enneige

la fumée se répand autour de la cheminée perdue dans la brume

moineaux sur le pré au milieu des feuilles mortes soubresauts de plumes 76


Paroles Suivantes

il soulève un œil il sait bien que la gamelle se remplit bientôt

feuilles mortes — les pages d’un vieux journal se sont embrasées

le soir est glissant — souvenir éteint d’un rêve même l’ombre passe

quelques souvenirs dans la fumée du brasier volent vers l’oubli

gouttes dans les yeux — la pluie coule sur la mousse des vieux murs de pierres

l’ombre a recouvert les souvenirs d’un passé déjà fait de cendres

seulement quelques pas dans l’herbe humide — pluie froide d’hiver

les étoiles froides éclats d’un verre brisé crissent dans la nuit

un rayon dans l’œil — hier encore le soleil n’était pas si haut

du haut de l’armoire et d’un regard nonchalant il régit le monde

les oiseaux se taisent les averses ont cessé — le soir fait silence

personne n’a vu Minou au-dessus du meuble feuilleter un livre

les prés d’herbe blanche fument au soleil — mon souffle une vapeur blême

les moineaux se baignent dans les flaques de soleil clair matin d’hiver il chasse la nuit et la brume du matin — le soleil d’hiver

le soleil d’hiver fait briller les oliviers qui bruissent de chants dans l’air vif elle gazouille la mésange aux traits de ciel

sans odeur le café n’a pas de goût —rhume impitoyable

sur l’herbe blanchie il ne veut pas qu’on le voie —minet aux toilettes

un petit mot bref une esquisse de pensée toujours chaleureuse

le soir d’hiver tinte comme un verre de cristal prêt à se briser

le soleil sourit le pont japonais a franchi le ciel

assis sur le banc le ciel traverse les branches —éblouissement

là sur la pelouse une seule feuille rousse au bout du regard

silencieusement mes yeux traversent l’écran — tableau d’aucun signe 77


Paroles Suivantes

le jour s’est levé dans un ciel ni gris ni bleu — un long bâillement

d’un geste feutré le crépuscule traverse le huitième ciel

un nuage hésite il semble figé de froid — les collines tintent

le cœur des collines rougit dans le froid cinglant — aube impertinente

noires et brumeuses loin les collines se teintent peu à peu de jour

allée de cyprès — celui dont on fait l’éloge ne vieillira plus

les mains dans les poches oreilles dans les épaules figé dans le froid j’attends qu’un premier rayon me poignarde entre les yeux

camaïeu de ciel entre gris et bleu — carnation de mes pensées goutte à goutte un café passe son parfum ressemble à une caresse

crépuscule — le soleil lassé du jour passe les collines

le soir est entré dans ma tête comme une balle de plomb

sous la lampe l’ombre de mes doigts dessine un soupir

le vent a collé le volet sur la façade — vol des feuilles mortes

un matin d’hiver le ciel bouche la lumière — la nuit tout le jour

je me lève usé — toute la nuit j’ai couru sur des fils instables

sur la route en pente sinueuse aux cent virages usé tu hasardes une borne un autre pas sur la sente qui décroit

la nuit chassée par le vent cherche asile sous mes paupières

le vent a cessé reste égaré un nuage dans le ciel moqueur

les oiseaux rangent leurs ailes un avion traverse le ciel agité

météo d’hiver — une antenne aux dents de givre pointe vers le nord

congédié du ciel un nuage embarrassé traverse l’hiver

désir de vacances— la parabole pensive penche vers le sud

décrire la nuit ma plume s’y consacre de son encre noire

dans la vieille boite en fer des photos passées perdent la mémoire

au loin l’horizon barrait les nuages — l’aube sautait les collines 78


Paroles Suivantes

un lent bâillement — le seigneur des molles couettes attend ses croquettes

marchant sur la sente dos au soleil qui se lève l’ombre me dépasse

une longue nuit après un lent crépuscule prend mes yeux au piège

le passé revient las par vagues molles sur les plages sans soleil

des traces de sable traversent le ciel de l’aube — l’hiver crisse encore

un chiot fait des bonds pour jouer — les oiseaux n’ont pas compris

sur les branches nues devisent des pies revêches — ciel blanc de l’hiver

le ciel s’assombrit l’écureuil ferme la porte au creux de son arbre

dans le ciel de lait le soleil semble bâiller — fin de la journée

même l’ivraie cherche un havre contre le vent à venir

mon ombre a quitté le sillage de mes pas mangée par le soir

soirée sous la lampe — entre les mots et les rêves ma plume s’égare

rentré à la nuit le soir m’a volé mon ombre — je me sens bien seul

il a mis sa patte sur l’oreille — il n’entend plus le volet claquer

elles jouent de moi pris entre deux continents les larmes salées

on ne perçoit plus le chant des oiseaux à l’aube — chassé par le vent

fin janvier — une douceur de printemps sans l’odeur des fleurs

il fait soir le vent inlassable court entre les ombres

le soleil effleure l’hiver entre parenthèse —la terre fredonne

brusqué par le vent février reprend sa place dans l’éphéméride

la terre endormie effleurée par le soleil semble chuchoter

de ses yeux brillants le petit rat dans sa cage rafraîchit le monde

je franchis la seuil vers la lampe mon ombre me suit

quelques pas encore dans le rire de l’hiver sur la longue route

je franchis la porte l’ombre me précède au seuil du soir languissant

soirée à l’affût le vent veille entre les pins toujours prêt à mordre 79


Paroles Suivantes

la soirée s’est répandue sur l’hiver — combien de soirée encore

vent de février il arase les collines d’un rabot furieux

des nuages noirs fins comme des lames coupent l’aube en darnes grasses

le pin bat des branches dans le vent un moulin aux ailes folles

les arbres se taisent le vent même fait silence — coucher de soleil

la mouche d’hiver sur le mur ensoleillé rêvait du printemps

sous la lampe fade quelques mots écrits le soir pour prévenir l’aube

le mur perd son ombre entre les mains de la nuit — trouble crépuscule

l’aube en blouse rose danse au-dessus des collines dans les bras des nues

crochet de la lune les collines suspendues vibrent dans le froid

la rate somnole entre les pattes du chat — question de confiance

le chant d’un oiseau pour saluer l’aube — je souffle sur mon café

le chant d’un oiseau en repoussant le volet —sourire d’hiver

la mésange fuse dans l’air compact de l’hiver guidée par son chant

fin d’hiver— les gerçures des collines rient dans le couchant

que ce soir demeure si paisible dans l’hiver si calme ce vent

le soir tombe brusquement sur la fontaine — goutte suspendue

les yeux se replient la mémoire rend les armes —un corps inutile

matin d’hiver — les promesses de printemps sont des fables

le soleil se roule sur l’arrête des collines — saillie du limon

un jour comme hier — d’un ciel toujours terne la respiration

une pie se pose sur la cime du cyprès qui s’incline

l’hiver se fait long les crépuscules s’étirent sans ennui je bâille

au soleil d’hiver sur le mur l’ombre des branches signe obscurément

le soir fait silence tout le peuple du jardin se pare de nuit

le soir par surprise a défoncé les fenêtres et joue du tambour 80


Paroles Suivantes

quel vacarme ! la nuit en tombant s’est rattrapée au volet

gifle du soleil pour m’apprendre à me lever si tardivement

au milieu des fleurs le chaton poursuit les couleurs du papillon

je plains les nuages qu’un vent qui jamais ne cesse pourchasse et maltraite

la nuit est épaisse sous la lampe silencieuse j’entends mon cœur battre

au-dessus des crêtes la lumière est incertaine dans le vent blessant

au-dessus des crêtes un édredon de nuages tient froid à l’hiver

soleil dans les yeux je ne bouge plus figé de froid menaçant

au-dessous des nues une aube sale a surgi des fesses du ciel

les oiseaux se taisent leur silence est effrayant au nord de l’hiver

le sirop de soir qui dégoutte de la lampe emmielle mes yeux

même la vallée étouffe les plaintes qui s’échappent de ses routes

dans la maison silencieuse je guette les craquements de mes rêves

l’air du matin tinte cloche ou cratère en cristal du chant des mésanges

pluie d’hiver les carreaux de la terrasse reflètent l’ennui

le ciel devient blanc une voile sans carène court les horizons

les arbres sans feuilles à la pluie compatissante tendent leurs racines

la feuille tombant sur le banc couvert de givre fait vibrer les lattes

les mots disparaissent parfois sous des masques sans visage

la photo jaunie— sur les genoux ronronnait la petite chatte

la phrase s’efface sous l’avalanche de traits bannis du lexique

le ronronnement du micro au crépuscule berce mes paupières

le soir qui te broie ne masque pas l’espérance d’une aube sereine

la nuit est venue répandre du sable sombre sous la lampe

matin glacial l’herbe blanchie crisse dans la tête

soie du crépuscule douceur des bises nocturnes soie de ta présence 81


Paroles Suivantes

le vent se rappelle à l’hiver qui couvre encore le calendrier

le soleil s’attarde fin d’après-midi d’hiver sur le banc un rêve

le soleil qui saute la barrière de la baie pourchasse les ombres

sous la lampe le soir se prélasse en faisant des vers

furtive elle rode peu à peu la nuit me guette j’en suis la pâture

une mouche entrée par étourderie illisible sous la lampe

souriant je rentre et mes muscles se souviennent du poids de la pioche

la nuit s’éclaircit au loin la ligne des crêtes déchire le ciel

dans la chambre j’ai laissé entrer le soleil d’un matin d’hiver

puis le jour se lève entre les collines noires — béance empourprée

la flèche du cèdre chatouille le nez du ciel —rafale de vent

la nuit prend élan sur les lézardes du mur — la soirée s’égare

chants de becs et plumes mon verre brille au soleil —santé bel oiseau

la mélancolie encore s’est répandue entre encre et papier

dans mon regard j’ai laissé entrer un peu de ta souffrance

chants d’oiseau — ordre donné à l’hiver d’un printemps impératif

des milliers de grains de sable semés au ciel scintillent encore

le bruit du vent dans les branches rive son clou au soleil médusé

une courte averse — les bourgeons de l’amandier se sont refermés

assis sur le banc le soleil sur les paupières insensible au monde

l’aube peine à se lever je sens sa souffrance dans les os

sur les pierres sèches caresse du crépuscule le lierre frémit

regard sans regard — quel est donc cet étranger si près des croquettes

le volet fermé une brisure de nuit reste dans la chambre

la douce mésange à la cour des sansonnets s’essaie à chanter

pensif sous la lampe j’imagine un clair de lune détourant les mots 82


Paroles Suivantes

patiemment j’attends que le soleil m’émerveille — l’aube se fait lente

seul et résigné un gabian retourne en mer — ciel d’hiver en miette

tu as retrouvé dans ta hotte des prodiges et un cœur d’enfant

la lune se lève impavide sur les tuiles soir d’hiver

le pin me salue du vent pourtant aucun souffle n’agite ses branches

l’aube ennuagée colline sur les collines use la lumière

sortis du panier des mots se sont assemblés pour que tu souries

un moineau folâtre sous l’olivier caracole d’olive en olive

sans un bruit le soir s’est posé sur mes paupières — oiseau de pénombre

au-dessus de l’aube il ne reste qu’une étoile veillant l’horizon

le froid fait grincer le volet qui se confie au nuages noirs

un soupir qui ne passe pas la gorge caresse de leur regard

l’hiver muse encore malgré les fleurs d’amandiers —moi aussi je doute

les soirées s’allongent — il reste au bord du sentier l’ombre d’un caillou

une voix lointaine a étendu sur mes lèvres ce sourire anxieux

au faîte du toit l’ombre du chat sous la lune — la nuit est mystère

réveil dans l’hiver — ”mâtin, quel froid ce matin !“ en frottant mes yeux

le soleil l’oblige à conclure sans détour — l’ombre est résolue

pas le moindre souffle l’hiver s’est pris dans ses glaces — pesanteur du froid

l’aube me rattrape bientôt elle me dépasse je ne la vois plus

matin sans lumière même les ombres se gardent d’un l’hiver qui grince

il se réfugie dans le havre du cyprès —moineau cœur battant

l’hiver s’encolère le vent du nord mord violent la glace des nues

bal de plumes lestes — le rouge-gorge revêche chasse la nonette

le front sur la vitre je surprends deux rouges-gorges combattant le froid

seigneur ! une reine peut très bien tyranniser un peuple de couette ! 83


Paroles Suivantes

la nuit flâne encore avant de se retirer avec nonchalance

sur le sol les chenilles savent-elles la saveur du vent

le jour reste sombre sous la couette de nuage — soleil sans parole

l’ombre hésite le soleil cherche son lit entre les nuages

brève de la nuit — le jour balaie les rêves —trêve du soleil

le ciel chatoyait sur des chars chargés de nues déchirées d’échardes

j’ai croisé un chat — il se tourne et se rendort sur son lit de feuilles

contre les nuages la cime du cèdre signe son irritation

matou il est temps de musarder sur les tuiles — ombre de la lune

soir de lassitude la lumière coule jaune sur mes mains inertes

l’ombre de la plume hésite sur le papier — le soir les mots pèsent

contre le volet la pluie danse avec le vent je bats la mesure

des traits de couleur rose orange à l’horizon — le matin crayonne

sans savoir marcher j’ai longé mille chemins la vie sans escale

paresseusement les branches sans feuille encore jouent avec leur ombre

odeur de poussière sur un rayon quelques livres des vies sans visages

le disque vermeil du soleil au bord du ciel aspire le jour

le vent va cesser mais que cet hiver est long dans le froid qui dure

douceur printanière et soleil indifférent — journée ambiguë

sur les dalles tièdes la pluie étale un miroir reflet de l’automne

main de sable fluide sur la page sans présage aucun mot ne dure

clin d’œil facétie accepte avec le sourire ma lourdeur sans grâce

face au miroir sombre l’aube lisse ses cheveux — un ciel sans étoile

avec un sourire pour un jour sans importance le son d’un haïku

le soleil tranche les murs d’ombres sèches le jour chasse l’aube

le vent s’est couché vieil animal essoufflé d’une longue course 84


Paroles Suivantes

entre chien et loup un faible halo persiste — silence des branches

matin— le soleil s’étire au dessus d’un matelas d’ouate blanche

sous un ciel d’ardoise le chant des oiseaux à l’aube loue la pluie de mars

un soupir je m’en vais trainer la patte avec la mésange agile

plic-ploc dans la flaque pas de grenouille juste les eaux de mars

les yeux envoutés je reviens du bout du monde — un livre se ferme

j’ai laissé la nuit me révéler des étoiles cachées dans mes yeux

lentement je finis mon verre — j’aurais bu toute la mer

crépuscule ardent — dans la haie un chat renaude après mars féroce

printemps du jardin les sentiers à fleur de peau que les parfums suivent

le printemps s’élance la pluie brille sur les tuiles — liesse de la terre

un éclair à l’est entre nuage et colline — le soleil sursaute

accrochés aux crêtes barbe à papa le nuage rose après la pluie

les jours se font soie qui serpente entre les doigts puis le vent les froisse

mois de mars il est soir une grenouille a pris de l’avance

zélés les moineaux caracolent sur le pré mais ils ne jouent pas

le ciel s’entrouvre entre les nuages éclairés d’une aube de soie

lumière pionnière une goutte d’or surgit entre les collines

vieux matou castré surpris d’un feulement rauque — le printemps est rude

le soleil insiste sur la mousse du vieux mur mais l’hiver résiste

l’ombre est pâle — le printemps est à la peine les oiseaux se taisent

un nuage rose trame un mauvais coup de vent — son air innocent

les moineaux sur le pré au crépuscule envols de rêves anciens

envol d’une feuille l’ombre d’un battement d’aile le vent s’encolère

les oiseaux se serrent frissonnant dans l’olivier — tombée de la nuit

une porte claque quelques perles du rideau tintent sur la vitre 85


Paroles Suivantes

le vent n’a cessé de courir entre les pins à en perdre souffle

se jouant du vent qu’ils sont sérieux les moineaux sous les oliviers

encore une fois le vent rogue s’est couché les crocs menaçant

la langue de feu des nuages qui s’embrasent — éblouissement

ombres chancelant sur les murs de béton rouges — mars bat en retraite

les mains dans les poches il tourne le dos au vent le clown presque triste

la journée paresse entre aurore et crépuscule entre herbes et tiges

un manteau de pluie dans les méandres du vent suit le cours des choses

on ne les voit plus les cailloux sur le chemin semés dans le temps

le front sur la vitre j’épie la pluie qui s’agite moirée par le vent

ce matin la brume sent l’herbe et le bois qu’on brule — lumière diffuse

soirée de satin — lentement le ciel dévoile les premières étoiles

le fauteuil balance et grince je suis assis sans but je voyage

un sac de lumière jeté roule entre les arbres — le soleil crépite

couleur de grisaille la lumière ce matin fronce les sourcils

d’une branche à l’autre encore nues un ballet de plumes brillantes

sa robe de moine roulant sur son suif il passe le gros chat superbe

une tache rousse se trémousse sous les viornes — bal du rouge-gorge

j’ouvre le volet sur des murs qui pleurent le jour a berné la nuit

dans le laurier-tin la mésange matinale affute ses ailes

on ne sait plus rien des cailloux jetés jadis sous nos propres pas

peau de shamisen — l’âme d’un chat défunt miaule sous des doigts de fée

un ciel jaune a dérobé le soleil — le jardin sanglote

soudain le silence — une goutte sur ma joue — le ciel s’est couvert

le soleil efface du ciel les traces de craie — un coup de chiffon

la gorge nouée dans ce silence reviennent les jeux du chaton 86


Paroles Suivantes

quelquefois les jours sont plus sombres que les nuits — les nuits les plus sombres

ce matin enfin chaque nid d’oiseau se fait sa place au soleil

journée sans soleil les mésanges s’égosillent et crient au voleur

entre les pruniers monsieur le chat prend sa dose d’odeurs de printemps

au bord de l’assiette il attend sur son derrière les grives rôties

douleur des nuages — répandue sur les collines une aube sanglante

la patte sur l’œil pour ne plus rien voir du monde — un chat misanthrope

le printemps se noue — un va-et-vient de nonnettes d’une branche à l’autre

savane de pissenlit — le fauve à l’affut d’un papillon frêle

pour le son d’un conte mes mains frôlent le mensonge — les mots me dépassent

digues sans lumières — les tuiles du toit glissantes suintent d’ennui

vapeur sur le quai — qu’ils me pèsent ces voyages que je n’ai pas faits

de plus en plus terne le verger est recouvert d’un ciel sans sourire

le ciel d’ouate triste s’amollit si lentement — mon regard se brouille

un linge est tendu gorgé d’eau sur une corde — le ciel dégouline

il y a longtemps que les chats de la toiture sautent sur la lune

autour du soleil les nuages s’agglutinent comme des éponges

à travers la pluie la vallée exubérante paraissait sournoise

flottant sur la branche deux nonnettes en tenues se croisent du bec

le chant des fauvettes — la musique des couleurs guide l’aube grise

quelques pas les galets crient sur la plage les vagues se cabrent

le soleil dégrise entre les collines le matin à petit pas

je lève les yeux vers les étoiles narquoises — soir et amertume

la joie des moineaux ne secoue pas le soleil il s’est recouché

quelques rayons fous éclaboussent de sourires — diamants de rosée

l’écureuil pressé s’affaire à compter les branches — sourire immobile 87


Paroles Suivantes

la journée s’achève on a laissé les soupirs à l’herbe trempée

une huppe un geai pour éblouir les nonnettes traversent le pré

j’ai peur de la nuit — on dit que l’horloge avide va manger une heure

sur l’herbe brillante avant de rentrer dans l’ombre quelques pas encore

les ramiers s’approchent insouciants de la maison — colère des pies

heure des ramiers — de glands germés sous les chênes ils se piquent

le front sur la vitre je contiens les bâillements du calendrier

au banquet de l’aube les oiseaux donnent le la la nuit sort en douce

ciel maussade même dans mon cœur tarde le printemps

la pluie tient conseil aux orchis courbant l’échine — redresser la tête

les heures se grisent et la pluie lisse les tuiles de l’auvent fourbu

sur un fil une tourterelle désespère du printemps

traces indistinctes sur le chemin parcouru — ne pas se tourner

le ciel gris couleur de souris ronge l’espoir de sourire

au bout de la route la chaleur se rit d’attendre un verre à la main

la brume surplombe la colline ébouriffée — une aube d’étain

ils suivent la route de leurs yeux impénétrables — rêve de retour

j’ai laissé la trace de mes pas dans l’herbe humide pour ne pas me perdre

le printemps se traîne masqué d’un ciel sans couleur perclus et crissant

une aube veinée palpite au bout de la nuit — le jour vient au monde

vient le crépuscule je m’attarde sous les branches — parfum de la pluie

l’avril hésitant — il tire un rideau de pluie d’une main peu sûre

quelques pas sur une terre spongieuse — odeur d’herbe humide

crainte du silence qui ne saurait abolir les douleurs croisées

les orchis se dressent flammes fières vers le ciel — je reste muet

la porte entrouverte sur le couloir du service pénombre et silence 88


Paroles Suivantes

dans le couloir comme un quai un sourire et l’espérance

la rosée qui s’évapore vers le ciel d’avril

loin après la brume on devine les collines troublées d’un frisson

d’un pinceau léger les nuages empressés griment l’horizon

sur le mur l’ombre du pêcher se prend pour un chêne

il pousse pelote d’une patte malhabile sous le pot de fleur

dans les cerisiers les bourgeons restent couverts à l’abri des nuits le printemps tourne le dos aux pétales éphémères

un matin d’avril — les fauvettes dans le ciel volent deux par deux concert de crapauds grenouilles sous les étoiles la nuit sera chaude

la lune apparaît — sur le banc au crépuscule je sens sa fraicheur

les orchis brillants se dressent avec fierté — trouble des fauvettes

la lune accrochée par les moustaches du chat — duvet de moineau

du vent dans le linge — une chemise qui sèche se prend pour un geai

entre les frissons la lune au-dessus de l’aube s’accroche aux nuages

un petit sourire dans l'enfer hospitalier — un plaisir pour moi

fin d’après-midi une odeur d’herbe coupée lisse mes cheveux

brin des heures lentes crépuscule à pas de loup soirée de coton

une brume lente dans la vallée endormie retient le soleil

je secoue les rêves — un tapis à la fenêtre couvert de poussière

je baille et m’étire ma façon à moi de vénérer le soleil

lentement les sèves se rassasient de printemps les feuilles s’étirent

timides quelques oiseaux osent défier le soleil humide

museau sous la queue une boule de tendresse et de poil ronronne

quelques pas — la trace dans l’herbe brille — diamant de rosée flaque de soleil —

il fait jour encore 89


Paroles Suivantes

le crépuscule bavarde sur le pas des portes

une nuit de peu de lune s’achève en baillant

sur le mur les ombres qui se font des révérences saluent le printemps

il y a longtemps que le coq ne chante plus au bord du matin

revenant du marché Minette a croisé un amour de panier

avant la pelouse il y avait une ferme et un coq chantait

le papillon terne a oublié la chenille aux mille couleurs

ville horizontale— le béton broie le silence d’un cri métallique

silence du soir — mes os recrus de fatigue ont cessé de geindre

l’ombre s’est lovée du mauvais côté du mur pour passer la nuit

la vallée respire le printemps à pleins poumons — fraicheur du matin

il a traversé la terrasse au ras des dalles le moineau l’a vu

auprès du verger s’il y avait une source je l’abreuverai

une soirée glisse sur la pente de la nuit — lourdeur des paupières

cette ombre de brume que la nuit a rassasiée sur mes murs ondule

le vent plie les feuilles le printemps fait une pause toutes les fleurs tremblent

au soleil il rêve de chasses miraculeuses —il plisse les yeux

une pluie d’avril soudain froide réfugie mésange à l’abri

depuis hier les feuilles sont devenues audacieuses elles bruissent presque

le soleil guéri offre à la terre spongieuse un manteau de perles

j’imagine au loin après les chemins du sud le chant d’une plage

rosée au soleil l’odeur du café brulant au creux de mes mains

sur le bord du jour entre se clore et s'ouvrir un bouton hésite

d'un vol lent et ample le gabian retourne en mer retour du printemps

les miettes des rêves secoués par la fenêtre se diluent dans l’herbe

les bruits de la nuit bercés d'une lune claire glissent lentement

brumes matinales —

le lilas lilas 90


Paroles Suivantes

penche vers le lilas blanc —échange d’abeilles

à cheval sur un rayon du soleil conquis

ce soir j’ai ravi aux esprits de la garigue une odeur de thym

je rentre harassé — sous la lampe se profile une soirée moite

un ciel en lambeaux — ce matin le soleil peine à rallier la terre

âpre vent d’Afrique qui traverse le ciel jaune et gerce la terre

je ferme le livre qui tombe sur la poitrine — l’odyssée commence

l’éclair a rongé la lumière de l’écran figé blanc de peur

la soirée s’approche de mon fauteuil fatigué et me tend la main

la terrasse humide reflète le gris du ciel — un mur de silence

les perles de pluie malicieuses s’ensoleillent — doux parfums de l’aube

la nonnette inquiète d’un trou de l’olivier guette les pas de l’intrus

le voile de soie au bout de mes doigts s’accroche — grincement de dents

peut-on deviner dans l’harmonie de ces trilles la couleur des plumes

ces nuages mornes qui escaladent le ciel roulent sous mon crâne

lentement se glisse le crépuscule sous l’huis pourtant bien fermé

sans force je pose mon bagage imaginaire au bout de la route

somnolent encore j’ai glissé sur les carreaux — la pluie se réveille

incertain je pose mon bagage inexistant au bout du chemin

un rayon de soleil vite éteint par la pluie tentative avortée

les ombres ont quitté les murs — elles ont contraint pierres et béton

rayon de soleil anéanti par la pluie vaine tentative

le goéland froid parait sombre en contre-ciel — les pensées s’égarent

un liseré d’or sous les branches de cyprès couronne la flaque

rainurant les nues vers une route incertaine les blancs goélands

présent de fleurs blanches la pluie promet au jardin l’odeur du lilas

la mésange accourt

le jour sans couleur 91


Paroles Suivantes

souille le calendrier — printemps aux orties

seule et coite sur le fil espère un message

la barge traverse une nuit sans traquenard — un Styx apaisé

entre les oreilles même les paupières closes le bruit des galets

ce vieux fauteuil flasque aussi ridé que le monde berce ma défroque

au loin les collines — un crépuscule de soie couronne leurs pins

le chat résigné embusqué à la fenêtre questionne la pluie

à travers la brume on devine les collines qui rêvent encore

on ne sait pas qui du soir ou du ciel de pluie sera le plus sombre

odeur d’herbe repue qui se froisse sous mes pas — gorgées de printemps

tout un jour encore front contre la vitre froide à compter les gouttes (heures)

très timidement le soleil surprend le voile opaque des nues

s’il te plaît soleil lève-toi il est grand temps de secouer le ciel

la lueur s’essouffle dans l’étroit sillon qui peine entre les collines

la pluie sans pitié égare loin de la terre les vers téméraires

les oliviers bruissent du gazouillis des mésanges — dernières olives

au loin une tache sur le ciel le gris des nues le temps se maquille

parfum d’herbe rase le jardin colle à la peau — travailler fatigue

lumière du quai — du voyageur anonyme ne reste que l’ombre

vapeur du café qui trouble les collines à l’aube du monde

du chemin du nord parfois resurgit l’empreinte d’un rêve estompé imperturbable il serpente d’éboulis en éboulis

le monde commence dans le parfum du café gorgé de soleil le matin parade — les coquelicots se dressent pour le voir passer

sur le mur de pierres le lierre au jasmin s’unit— odeurs de la pluie

terreur chez les pies dans les nids se nouent des drames —cruelle corneille

une tourterelle

tout au bout du pré 92


Paroles Suivantes

les coquelicots tremblants louent la faux clémente

un de ces matins qui poissent — même le ciel bâille

la brume se fond dans la vapeur du café — partout la grisaille

ce n’est pas un temps matou à courir minette— retour sur la couette

léthargie de soie — une bruine somnolente rampe sur les troncs

au ras du sol flotte une odeur de pin brûlé— soir d’automne en mai

la fée éternue un lutin tend un kleenex — froissement de feuilles

le ciel ne sait plus où disposer ses nuages contre le soleil

une lenteur fraiche rumeur de lumière et d’ombres flâne sur l’herbe rase

le vent vous précède — ô hommes sans espérance qu’attendezvous donc

le banc semble attendre l’odeur d’une confidence sous le marronnier

fille aux seins de miel ne dors pas sous l’amandier — il rêve de toi

la lucarne s’ouvre sur un matin parfumé du vol des mésanges

les chênes frissonnent le vent se prend dans les branches — volent les chatons

une soirée trouble absent le regard s’égare sur la vitre sale

le vent a cessé des chatons désemparés glissent sur le sol

vers le vieux fauteuil la soirée traine la patte — épaisse fatigue

quel est cet oiseau dont le chant chaque matin balaie tous mes rêves

par la vitre ouverte sur les trilles des fauvettes le rêve est passé

frôlant le soleil elle déchiffre le ciel la première aronde

clair matin de mai bonne humeur de la fauvette qui chante à tue-tête

le vent broie le ciel les hirondelles bernées ne se montrent plus

un sphinx sur le toit — le soleil dans les paupières résout son énigme

toute une journée à lutter contre le vent le printemps suffoque

le soir se respire — même les coquelicots semblent parfumés

il attend inquiet que le jour chasse la nuit — oiseau échaudé

c’est un matin moite 93


Paroles Suivantes

seul un vent mutin traverse l’or des collines ce soir est de soie

entre les nuages noirs un rayon de lumière l’herbe s’illumine

ah ce chant d’oiseau je n’avais pas de filet pour le capturer

le vieux chat bougonne contre le bol de croquettes qui si vite est vide

elles semblent calmes dans le ciel les hirondelles rassasiées de vent

un bout de printemps parfois entre les averses — un coquelicot

les parfums bousculent le vieux portillon qui geint au fond du verger

le chant de pluie assourdissant sur les tuiles — tocsin au printemps

un vent taquin prend les pins et ma morne humeur à rebrousse-poil

tout un jour encore le front posé sur la vitre à compter les gouttes

ils ont l’air si flou sous la pluie comme des spectres les arbres sans ombre

combien de soupirs il fait si sombre déjà la pluie clôt le jour

une soirée fourbe fardée d’un voile de pluie glisse sous le seuil

le jour joue des coudes il bouscule ses brouillards si lourds à bouger

il n’en finit pas il pavane encore en mai l’automne sangsue

par moment les ombres s’éloignent du mur et tiennent un conciliabule

avare à son or il s’accroche au mois de mai l’automne est tenace

arômes du soir — ils arpentent le jardin avec nonchalance

sous l’averse brillent les carreaux de terre rouge — un miroir de sang

pour un rêve sombre j’ai ignoré les rayons du soleil de mai

averse de mai — l’écureuil indifférent grappille des glands

le soleil scintille sur le bord de la fenêtre — le chant d’un oiseau

quelques gestes lents lassitude et bâillement la houle du soir

fil télégraphique — les moineaux tiennent conseil sous les hirondelles

réveil nébuleux — le soleil chasse la brume suintant des pins

la brume de mai — des haillons ensoleillées parent les collines 94


Paroles Suivantes

lancinant ce chant de l’oiseau insaisissable sur le seuil du soir

journée nonchalante nous avons laissé le vent grogner à la porte

reflux de la branche ce n’était qu’un peu de vent l’envol d’un moineau

les frissons de mai valent bien ceux de novembre le temps joue aux dés

vol d’un papillon à travers la vitre close — découragement

j’enfouie mes joues dans les plis du cachemire la paix se respire

fleurs déchiquetées — malmenés par le mistral mille papillons

le verger émerge à la surface du jour sous une aube grise

d’une branche à l’autre ils échangent des messages brillants de soleil

asphalte luisant à midi des lampadaires pleure une lumière grise

entre les pavés poussait un coquelicot aux airs de soleil

le soleil revient sur les pas du mois de mai hésitant encore

une porte se referme sur sa gueule de métèque

lenteur impassible — ils rêvent sur les collines les nuages blancs

le vent dans les feuilles prend le sermon des oiseaux à rebrousse-poil

sur le ciel lavande la trace d’une hirondelle — mai malgré le froid

don d’un mot d’une pensée le soir tombe pour les ramasser

le rideau des rêves dans le vent de ma tempête frappe sur mes murs

mai rempli de doute le calendrier se brise les saisons se froissent

hardie la mésange vers le nord à grands coups d’ailes se fraie un passage

au matin remonte des profondeur de la nuit un rêve ébréché

de grands planeurs blancs au dessus de la vallée en quête d’embruns

mue des souvenirs qui dans le soir se préparent à tordre la nuit

pour la nuit de mai voici la dernière demain juin rira peut-être

encore endormi — le volet ouvert s’envole volé par le vent

dans le ciel sans tache une virgule de vent brusque l’hirondelle 95


Paroles Suivantes

ce bourdonnement qui court d’une oreille à l’autre — besogneuse abeille

contre-jour à l’aube — sur la branche le ramier prend des airs de buse

hors du labyrinthe au bout du fil Ariane ne sait que répondre

à peine semé guerriers et ouvrières écument le pré

il ne reste au ciel plus la moindre cicatrice de l’aigreur du vent

des filament d’ouate moite défient la vallée — somnolence ingrate

retour du printemps deux huppes entre les branches se parlent d’amour

à peine humectée quelques gouttes sur l’été cernent la poussière

concert des oiseaux — la tourterelle arrogante impose son jeu

le soleil gravit la montagne de nuages avec le sourire

sonnerie stridente— seule ma respiration sonde le silence

des ombres furtives froissent les façades moites —évasion des nues

le soleil voilé ne tempère pas l’ardeur du chant des oiseaux

odeurs du jardin après la pluie de la nuit —éclosion du monde

à coups de gosier d’un arbre à l’autre ils se toisent plumes en colère

parfum dans la haie tous les nids qui s’interpellent bruissent de soleil

soirée parfumée frôlée par des chants d’oiseaux —douce lassitude

au bord d’une flaque parfois un fétu se prend à rêver d’espace

les fleurs de yuccas tintent —clochettes de neige fraicheur du matin

un petit nuage pèse de tout son éclat au faite du cèdre

”toujours s’assurer du voisinage d’un tronc“ bon sens d’écureuil

brille dans l’armoire la tranche d’un livre lu —rayon de lumière

tournant la cuillère la nuit rêche se dilue — odeur du café

après tant d’années les pétales sont restées ancrées au bouton

le chant des oiseaux illumine le sous-bois —je ferme les yeux

”après tant d’années ”le pétale était resté ”fidèle à la fleur 96


Paroles Suivantes

froissant le rideau de perles la nuit s’est glissée au cœur de mes rêves

la terrasse brule et s’écaille en longs copeaux d’airs incandescents

les premières gouttes chaudes et gorgées de sel coulent sur mon front

quelques pas sur l’herbe déjà sèche du verger —la sueur me poisse

tant de papillons épinglés par des regards d’enfants éblouis

une brume sale dans les replis des collines —gangue de moiteur

d’un bleu fatigué le ciel se farde masquant l’écho de la nuit

la tombée du jour enveloppe les collines de lambeaux de nuit

langueur d’un soir de juin — les crapauds n’en finissent pas de compter les étoiles

frais comme une source les premiers rayons du jour sourient de rosée

paresse du soir — jamais les crapauds ne cessent leur compte d’étoiles

ils volaient quatre à l’ombre du figuier quatre papillons blancs

au bord du bassin un chat compte les lumières qui flottent sur l’eau

les oiseaux se taisent l’ombre du pin disparaît dans le crépuscule

le café et moi prenons le frais sur le bord d’un matin d’été

un souffle d’air frais traverse la chambre moite —le matin enfin

là, la tache rouille — une feuille morte en juin ou un rouge-gorge ?

premier soir d’été — sur le pré les pâquerettes sont restées ouvertes

traversée de nuit aucun fanal sur la passe à l’entrée du port

premier soir d’été — hiboux, crapauds et rainettes vont donner le la

l’eau du port se fige les drisses cliquent dans l’air lourd du crépuscule

toutes les étoiles vont faire tinter la lune dès la nuit tombée

franchir la limite de la toile d’araignée — le soleil hésite

aux premiers rayons toujours le même babil dont le nom s’envole

au fil du courant les clapotis sur la coque —rêve de cap Horn

tige de fenouil — un escargot téméraire rêve de cuisine 97


Paroles Suivantes

pas dans la rosée — la trace fond au soleil souvenirs de perles

le sommeil court sur son erre la traversée de la nuit —bâillements

tasse de café sur la terrasse d’air frais rosée sublimée

le vent s’est calmé — s’il s’agite maintenant c’est entre mes tempes

premières cigales — bientôt leurs chants dévêtus orneront les pins

longtemps je passais sur ce sentier sans penser où pesaient mes pas

toute la garrigue tendue reste suspendue —mistral sur l’été

un vent haletant la journée qui tourne à l’aigre me colle à la peau

fauve inassouvi le vent grogne dans les pins et broie le silence

l’étincelle vient mais ne promet pas le feu —ma paille est humide

par crainte du vent tous les oiseaux se sont tus —fraicheur du matin

une libellule dans le crépuscule rêve sur une lavande

assis sur le seuil d’un seul regard vers le ciel il est sur la lune

des grains de poussières lentement se font dorer sur d’épais rayons

matin en velours qui d’une brise frivole hérisse le poil

ils tournent si lents au dessus des roches sèches si loin de la mer

le matin s’étire jusqu’à l’ombre de midi — tintement des verres

le chant du loriot indifférent aux humeurs du passant maussade

il s’est abrité sous la feuille de figuier —l’oiseau a trop chaud

un soleil habille accroche des arcs-en ciel au cœur des nuages

il en met du temps le soleil pour effacer les traces de nuit

entre les nuages les arcs-en-ciel se font voiles pour griffer la mer

un coup de pinceau l’arc-en-ciel s’emplit d’odeurs en frôlant le buis

un été soyeux pour une rosée fugace ouvre ses matins

le sommeil achève la traversée de ses rêves d’un long bâillement

la mue de cigale une tige de lavande offrande du vent 98


Paroles Suivantes

tiédeur caressante le silence des cigales dans le soir d’été

le vieux sur le banc résiste à la tentation d’ouvrir les mains

matin équivoque — une araignée sur la vitre se sent observée

chaleur belliqueuse — une araignée sur le mur se met à l’abri

soirée implicite — l’araignée reste au plafond cachée des regards

qu’il a de la chance le coquelicot flétri entre deux poèmes

le soleil s’est posé sur la plus haute branche du ciel — midi bâille

la touffeur s’impose un mur de béton rugueux qui meurtrit mes pores

la mésange fuit d’une branche d’olivier qui vibre et sourit

le matin se lève comme l’aube sur un jardin d’enfants déserté

chaleur — la cigale sur la tige de lavande a laissé sa peau

le sable s’écoule minuscule monticule des instants perdus

passant d’une feuille à l’autre un papillon cherche celle qu’il imite

un souffle d’air frais fait frissonner les collines —frêle aube d’été

le chat et l’oiseau indifférents l’un à l’autre traversent l’été

envol d’une huppe soudain mon visage amer s’égaie d’un sourire

matin charitable qui me dépouille des peaux grasses de la nuit

le matin scintille — sur l’odeur fraiche de l’herbe la rosée d’été

soirée alanguie — même le ventilateur tourne au ralenti

perché sur la branche d’un olivier accablé une huppe attend

drames de l’été — je referme le journal d’un geste perplexe

tourments du soleil les brumes de la vallée troublent ses rayons

le ciel vire au gris la soirée déjà torride tire l’édredon

venu du jardin le parfum du chèvrefeuille grise la maison

matin sans merci — les cigales déjà sarclent l’écorce des pins

comme une pluie sèche la moiteur du soir qui tombe coule sur les tuiles 99


Paroles Suivantes

l’aube a abdiqué — un lourd soleil en fusion liquéfie le ciel

la mouche se grise des splendeurs des paysages que contient la vitre

gouttes de rosée — le parfum du chèvrefeuille frôle les rosiers

une tourterelle sur le fil du téléphone rit des confidences

chenille immobile sur un ruban surchauffé — bouchon de juillet

à l’ombre torride des pins grinçants de cigales —rêver de banquise

silence espéré — le voisin et son souffleur brouillent mes neurones

sur la cheminée une aigre tourterelle nargue l’aube d’été

une soirée de soie — une boule de duvet se pare de toi

âme de sa fleur la graine de pissenlit erre entre les ciels

quand elle a si chaud elle protège sa peau — la rosée d’été

le soir brasse l’air à grands coups de pales du ventilateur

une goutte coule salée sur sa joue — l’été n’a pas de pitié

pause des cigales — dans la fraîcheur du matin le silence apaise

le soleil flatte si fort qu’il frémit le mur de béton brulant

la soirée s’écoule épaisse grasse d’odeurs et de lassitude

les chiens de l’orage dans les baumes des collines grimacent au vent

le soleil besogne à s’extraire des collines —l’aube colle aux pins

le rideau de cannes frémit lentement — un souffle disperse la nuit

des odeurs de sauge de marjolaine et de thym brillent dans mes yeux

un bourdon s’entête à parfumer la lavande d’un léger frisson

couleur de linceul le ciel couvre une vallée réduite au silence

pensif sur le banc il laisse le soin au soir d’aller vers demain

corvée d’arrosage — ma peau sens l’herbe frôlée par un arc-en-ciel

le jour conquérant confisque l’ombre du pin — qui se sent bien nu

des corneilles rogues se disputent sous les pins une place à l'ombre 100


Paroles Suivantes

l’été se déguise — une brume de sauna empoisse les pins

il faut profiter du moindre don de l’été — frisson du matin

l’orage de l’aube a parfumé les collines d’essence de rêve

vieille photo grise — aux sourires impassibles l’impossible amour

parfois les nuages se fendent sur un ciel bleu semé de sourires

un frelon traverse la draperie d’arc-en-ciel pour rallier sa reine

de sous le buisson un chat surgit et s’ébroue — je viens d’arroser

à l’aube des arbres craintives d’un soleil âpre les feuilles se taisent

l’ombre d’une branche sur le mur grave des signes couleur d’éphémère

j’en soupire encore j’ai gardé le souvenir d’un très long silence

sur la terre sèche craquent crissent les aiguilles des pins assoiffés

quatre lourdes gouttes chaudes ont éclaboussé le mur de l’été

rhume de saison pas de rime sans raison rêves à foison

le soleil émerge des collines endormies un trille après l’autre

les jours vont et viennent entre la splendeurs des aubes et les soirs inertes

la besace est pleine – des mots pour dire un regard en faut –il autant

la vallée s’éveille — sur le grondements des routes les trilles s’imposent

avec élégance le chat a tourné sa tête la mienne a suivi

soir incandescent — seul le silence témoigne dans l’accablement

la nuit se précise les cigales sont parties pour faire la fête

la vallée s’éveille une aube sans concession disperse ses rêves

une tourterelle sur un fil bat la mesure —l’orchestre s’accorde

papillon de nuit — envoûtées par la lumière mes ailes s’enlisent

soudain le silence entre les pins assoiffés — repos des cigales

la pie sur les tuiles instables du toit brûlant s’essaie aux claquettes

écrin au silence — 101


Paroles Suivantes

l’heure qui précède l’aube projette un miracle

du pêcher que j’arrose a un goût d’arc-en ciel

ce matin déjà le grincement des cigales trouble le café

la petite fiente sur le bord de la fenêtre — mésange où vas-tu

le ciel a tendu sur les collines sans souffle un linceul brûlant

calme du matin le soleil pousse le voile léger de l’aurore

la nuit grogne et gronde le tonnerre roule et racle la peau des collines

penaud il s’éclipse l’écureuil qui voulait boire où je me baignais

seule les pies semblent apprécier l’herbe humide — offrande au silence

le ciel s’effiloche bannière déchiquetées — repli des nuages

la pluie de la nuit révèle mille richesses — jardin parfumé

ainsi va ma vie claudiquant sur des impairs sans quitter l’ornière

le soleil se couche — les vagues lentes de sel caressent le sable

le ciel devient pâle la température peine dans le thermomètre

mon pauvre arc-en-ciel papillon multicolore brouillé dans le vent

de sa voix ruisselle de vieilles amours rassises des vies rédimées

matin sans souci mais la chaleur a surpris glaçons qui fondent

mélancolie du couchant dans mon verre un papillon s’est noyé

poussé par le vent l'ombre se moque du mur qui reste de marbre

deux pies polyglottes brisant la paix du matin ne s’entendent plus

porté par le vent le parfum de la colline questionne ma peau

les collines mauves ondulent vers l’horizon — coucher de soleil

au fond de ma poche j’ai conservé un caillou pour ne pas me perdre

le matin s’en vient réprimander mes paupières — odeur du café

fraîcheur du matin les pierres de la maison semblent frissonner

le silence tombe — un fardeau que l’on dépose à l’orée du soir

la pêche tombée

j’ouvre le volet 102


Paroles Suivantes

le monde inonde la chambre — parfums du matin

comme un chat fatigué d’avoir trop dormi

le rideau du ciel se prépare à découvrir le bal des étoiles

il n’y a plus d’ombre sur les murs de la maison lassée de soleil

matin embué — l’été gagné de paresse caresse septembre

une jeune pie se réfugie sous le banc — pour quelle bêtise ?

soudain une étoile perdue dans l’immensité a rayé un vœu

comme un vieux poème odeur d’encre et de papier son cœur s’est ouvert

les feuilles anxieuses surveillent le moindre souffle — l’été se rebiffe

un soir dans l’été crépuscule nostalgique soupir fatigué

dans cet été tiède un vif rayon de soleil s’est laissé cueillir

matou il passait le mur d’un bond —à présent il lui faut l’échelle

une soirée moite — les bruits se sont étouffés dans l’air accablant

les pies sur le pré évoquent nerveusement leur dernier festin

deux pies se disputent dans l’ombre fraiche des chênes leur place au soleil

j’ai laissé passer le temps et le crépuscule ressemble à la nuit

matin sans souci — sur le pré quelques ramiers prennent de la graine

béton orphelin — d’une caresse sans poids l’ombre a fui le mur

quelques grosses gouttes d’une pluie épaisse et grasse — je me sens reclus

son du shamisen qui résonne entre les pins — lumière d’orage

la vallée s’éveille dans des vapeurs d’autoroute — c’est un matin d’août

nul oiseau ne chante dans le matin gémissant — mistral en colère

odeur des tomates mures salées dans l’assiette — le goût du soleil

j’ai gravi la sente jusqu’à la plus haute borne lasse elle aussi

matin pour tremplin le soleil prend son élan pour l’après-midi

août roule une couette premiers frissons au réveil clin d’œil de l’automne

le soir se répand

en haut du poteau 103


Paroles Suivantes

perchée une tourterelle déchiffre un message

s’élance sur une mouche — chaton maladroit

les frissons s’approchent l’automne envoie ses agents bien tôt cette année

l’été finissant délicatement dévoile des rayons de miel

dans le soir ils flottent comme un sombre duvet les papillons de nuit

le soleil est caressant de ronronner j’en aurais presque envie

ce matin déjà le soleil bâille et s’étire en longs filaments

déjà la nuit qui tire un drap d’étoiles sur les rêves à venir

paupières pesantes — un déluge de gravier crisse entre mes tempes

vite ma coquille — je voudrais n’en plus sortir — matin de rentrée

le soleil est terne comme une vielle monnaie longtemps oubliée

au-dessus des roches que le soleil illumine plane un oiseau noir

le ciel sans couleur à cet été finissant oppose une énigme

l’ombre de la lampe qui oscille sur le mur n’est pas une lampe

le ciel en sourdine frôle la cime des pins — caresse du vent

sur le mur sans ombre quelques mouches énervées signent leur colère

comme un chat qui dort le soleil semblait soyeux dans le ciel pastel

un livre entrouvert — les rêves de cette nuit posés sur la table

entre les poteaux le fil a fait une boucle — silence électrique

minette s’insurge — coup de patte sur le nez du minet pressant

sur la peau fredonne comme un air de fin d’été — l’aube d’août frissonne

la dernière écorce d’une cigale muette s’accroche à l’été

le ciel maintenant réconforte les collines de sa chaleur bleue

un revers luisant — le soir pare les collines d’une cape pourpre

la colline est rousse les oliviers immuables se chargent de gris

fraicheur ce matin — sur la roche des collines une buée bleue

un tigre féroce

une pie perchée 104


Paroles Suivantes

sur la flèche du grand cèdre domine le monde

malgré le soleil — prélude à l’automne

l’odeur de l’automne est entrée dans la maison — septembre déjà

l’ombre de la lampe qui balance sur le mur menace la nuit

l’odeur de l’automne s’est mis à fouiller la chambre comme un chat chineur

sur le mur sans ombre le soir a plaqué sa glu — lacs mélancolique

l’odeur de l’automne a soudain quitté les murs —le soleil se lève

d’un revers de vent un automne lumineux a chassé l’été

au loin dans le soir le silence s’est fermé — un cheval hennit

le vent s’est tapi cauteleux entre les troncs — les feuilles frissonnent

le matin se fige comme une pierre arrogante — un éclat froid

paupières tendues une corde entre mes tempes — cris des shamisens

leurs ailes s’effleurent au-dessus de la vallée tournent deux ramiers

dans une aube inerte le mistral retient son souffle — soupirs des nuages

à travers la vitre il imagine la pluie — un chat dans l’automne

le mur devient gris même le ciel est couvert d’un couleur d’ombre

un haïku m’échappe souffle au bord de l’horizon quel était ce rêve

depuis la margelle les pies inquiètes s’abreuvent chacune à son tour

une crème épaisse coule et couvre la vallée grasse de l’averse

brûlant dans la tête battements d’ailes de bronze un gong s’est cabré

sur ce banc je pense aux années que j’ai perdues à rester assis

dans une aube jaune les tambours sourds de la pluie peinent sur les tuiles

"incognito "le chef de gare "poinçonne son billet

sleepy and yawning after a morning shower the sun lastly rose

l’été se délite — le vent mafflu de rancœur a claqué la porte

malgré une douche le soleil enfin se lève somnolent bâillant

un frisson

ce petit frisson 105


Paroles Suivantes

qui agite l’or des feuilles printemps de septembre les nuages noirs torturés par le mistral retiennent leurs larmes

d’une plume rouge un poète a souligné le contours des ombres

le vent est tombé une plainte retenue glisse sous les pins

au bout l’horizon j’imagine qu’une digue déchire la mer

animal exténué d’une course interminable, ce soir le vent s’est couché sur un lit d’aiguilles.

le soleil se voile c’est l’heure d’avant la nuit qui bat dans mon cœur

le vent s’est posé le ciel reprend la couleur bleue des hirondelles

un peu de rosée ce matin sur les toitures septembre s’achève

course dans le ciel des nuages touffus jouent à saute-mouton

mon corps remisé sue de lassitude il fait sombre maintenant

pudique la lune remonte sous son regard un voile de gaze

même dans ma tête s’étirent ses filaments – brume du matin

le vent ce fripon (d’impertinence) retrousse le jupon des nues

dans les ombres bleu marine d’un soir qui n’est plus d’été si mélancolique et tiède on se noierait presque

statues sur un fil deux ramiers au regard grave pèsent mon travail

on se noierait presque dans les ombres bleu marine d’un soir sans été

silence de l’aube — le grincement du volet réveille une huppe

la première pluie est arrivée sans tapage – pudeur de l’automne

sur le seuil du soir un dernier souffle de vent repousse la porte

un automne comme une caresse sur un front brûlant

froissement de plume doucement les nids s’éveillent dans l’aube et la soie

une brume froide hésite sur la vallée –la nuit se retire

la lenteur chagrine qui paresse sur le soir retient un sanglot

odeur de la terre mêlée de transpiration – un sourire las 106


Paroles Suivantes

maintenant le soir s’installe autour de la lampe qui veille farouche un frémissement à peine dans le feuillage –réveil de l’automne

ne penser à rien c’est la promesse d’un jour que l’aube caresse

de ses yeux qui brillent un enfant plonge la main dans un sac de billes

il fait nuit de la terre chaude encore s’exhale un parfum d’automne

dans le ciel de bronze qui travestit les collines les arbres s’embrasent

un dernier concert — il faudra bientôt lacer le rideau de perles

Il fait lourd et chaud, un temps qui essouffle et use les pores.

la porte a claqué le vent joue entre les perles, octobre est entré.

les nids se referment et la nuit fébrile encore les livre au silence

malgré le soleil qui joue entre les nuages qui roulant s’étirent sur le ciel brillant les feuilles ont la couleur de l’automne

une pie anxieuse sur le bord de la piscine invoque la pluie

grisaille d’octobre qui couvre même la brume automne sans tain

dans le pin penaude la pie étend ses ailes grisées par l’orage

la jeune tarente veut-elle passer l’hiver pendue au plafond

un soir de satin sur la terre rassasiée pose son silence

par la porte ouverte des rumeurs d’enfants qui jouent piétinent mon cœur

les gouttes de pluie sourient aux rayons de l’aube froissement de feuilles

la branche a frémi une goutte un gland la feuille s’en sont échappés

sombre crépuscule les couleurs ont abdiqué le soir crie victoire

ciel couleur de zinc au-dessus des roches grises — fin d’un jour d’octobre

fière elle se dresse femme la voix de gitane mille bagues brillent

frissons des lauriers les moineaux fêtent l’automne grimés dans les feuilles

ciel effarouché les nuages sont entrés au pays d’octobre

l’odeur du café 107


Paroles Suivantes

m’escorte sur la terrasse – clair matin d’automne

l’ombre du cyprès qui m’invite sur le mur n’est qu’une ombre au fond

le soleil s’efface au loin roule le tonnerre la pluie tergiverse

déjà la nuit froide emmitoufle le feuillage d’une aura de glace

les feuilles jaunissent sur les arbres de Judée — ma peau s’est ridée

roulé dans la couette toute moustache en éveil il rêve l’été

une ombre timide se détourne des nuages et frôle la façade

soudain sur la crête une aube de braise noire surgit dans le froid

la pluie qui s’échauffe sur le fumier ressuscite des millions de mouches

l’âne au lieu de braire la panne de dictionnaire aurait dû se taire

un piaf sur l’antenne — un programme animalier passe à la télé

je vais en bâillant sans vaillance à la conquête d’un sommeil fuyant

soleil sur la vitre — les collines se diluent dans le ciel d’argent

le matin glacial dans l’absence de sommeil fige les pensées

l’ombre a recouvert l’herbe humide du verger j’ai glissé soudain

au matin — je lace mes rêves et les porte sur le dos toute la journée

octobre remplit des soucoupes de nuages de son ciel blafard

le soir – j’entrouvre les draps à des milliers de sourire pour peindre la nuit

Couchée dans le pré, Pâquerette, c’est son nom, en broute plus d’une !

dans le ciel de craie une harde de corneilles raye l’horizon

un vent noir balaye le chemin qui se lamente sur la mort des feuilles

l’averse s’achève un coup de vent sous les branches en bat le point d’orgue

sur le chemin clair le soleil se rit d’octobre — l’air de rien je siffle

un soleil sans force tremblote à travers les brumes humides d’octobre

un soleil aigu découpe les ombres raides d’un matin d’automne

le sujet se rêve objet de son attraction aimé comme aimant 108


Paroles Suivantes

reine des abeilles dit : ”méfie-toi des tilleuls, tous les tilleuls mentent !“

petit déjeuner — l’écureuil mange sur place les glands frais tombés

pénombre d’un soir d’octobre autour de la lampe vigilante

caché par sa queue un écureuil sous les chênes glane sans soucis

à travers la glace les dernières feuilles bruissent — la queue gagne un mètre

tristesse d’octobre — l’odeur des feuilles qui brûlent erre entre les pins

sur l’asphalte gras la file avance d’un mètre — les feuilles frémissent

la cime des arbres s’emmitoufle de l’automne — brume de velours

le vent s’est levé qui rassemble en tas les feuilles — je le remercie

à l’ombre du banc il décortique les glands qu’octobre lui cède

douceur imprévue de cet automne mature — joie des pâquerettes

loin dans les collines le cri d’une tronçonneuse blesse mon écorce

au sommet du cèdre une pie face au soleil épie ses rayons

les feuilles bruissent à peine pour les oiseaux de passage le ciel se fait de velours l’heure est au départ

les tempes se froissent d’un carillon feu et sang —paupières ardentes

dans le cône de lumière papillonnent des chimères le soir paré de silence filtre de la lampe

une aube de sang se répand sur les collines en vrilles brumeuse

par-dessus le gris des nues qui pèse sur l’horizon le soleil luit et sourit de tous ses rayons

sécateur rouillé — la vendange à Saint-Amour crisse entre les lames

par-dessus les nues qui étouffent les collines le soleil s’impose

odeur de verveine j’avale les aspirines la gorge nouée

dans le soir la lassitude accompagne chaque pas les volets que l’on rabat longuement soupirent

du mur nu la mue de cigale s’est envolée dans le vent d’octobre

qui peut dire si dans le ciel de la nuit ne fuient pas des anges

fraicheur d’un matin d’octobre — sous les nuages les feuilles s’agitent

sur le tronc pourri se rassemblent les alludes — travail de fourmis 109


Paroles Suivantes

d’un soupir bien ajusté en plein bâillement

plic ploc une flaque tristement sur la terrasse fait des ronds dans l’eau

au bord de la vue un éclair se dissimule dans l’ombre des cils

sous la pluie frileuse l’ombre d’une main tendue a troublé la flaque

sourde lassitude l’heure en trop s’est travestie d’un manteau de brume toutes les horloges scandent leurs accords mélancoliques

lumière d’automne fatiguée un peu grisée mais quelle lumière ! les nuages courent sous la lune imperturbable dans son lit d’argent

froid crépuscule à l’heure d’hiver il est l’heure où se referment les boutons de porte

je m’étire devant l’écran qui s’éteint — panne de courant ?

l’aube imperturbable sourit aux heures nerveuses qui ploient le cadran

le soleil prend l’air dans la brume qui s’étire d’un rayon de miel

journée indigeste le soir pèse sur la nappe couverte de miettes

le soleil est passé par derrière les collines — tact du crépuscule

dans la nuit d'octobre les feuilles mortes modèrent le ton sec des glands

le soir a glissé si vite sous les arbres sidérés un silence sans audace fige le jardin

avant de partir octobre enfin tambourine sur la verrière les corneilles rayent la pâleur du ciel d’automne quelques gouttes tombent des nues qui pourtant maitrisent la longueur de leurs sanglots

un bouchon qui saute — brusquement c’est le matin couleur de champagne sur le mur les mouches semblent dessiner des mots en langage mouche

la nuit se hâte et efface les indices sur l’ardoise du ciel — la lune à présent peut graver son orbe

par le volet clos le soir lentement se glisse vers la lampe pâle

mon regard sans force interroge le néant — soupir dans la nuit

le fauteuil balance il hésite entre torpeur et résolution

les mouches d’automne elles trainent mollassonnes sur les vitres sales

la soirée me pique

une heure a poussé 110


Paroles Suivantes

le journée hors de l’ornière — la nuit joue des coudes

Mésange s’essuie le bec — odeur de tilleul

reflet des nuages sur la terrasse luisante — la pluie a cessé

un vol de corneilles crayonne au ciel la portée de leurs cris crayeux

sur son trente-et-un l’octobre élégant s’apprête à se retirer

la fiente de pie sur l’épaule — j’ai croisé un vrai trou du cul

nuit d’insurrection — les cauchemars ont pillé le palais des songes

flaque de sang noir le soir s’écoule et remplit les pores d’oubli

couleurs de l’automne sur la couette parfumée un chat qui s’endort

même en noir et blanc la photo du petit chat semble être en couleurs

nuit de cauchemar nuit d’émeute un point à la ligne

la pluie de novembre s’en vient troubler la palette des bruits de l’automne

l’air se fige et tinte — sous les étoiles stridentes un verre se brise

des tuiles ruissellent vieilles gargouilles sans tête les sanglots d’automne

grise dans la brume la voix d’un chat qui s’égare la nuit de novembre

ce lent bâillement mille fois je le répète à la somnolence

une seule pie ose affronter ce matin brumeux de novembre

le volet m’échappe des mains — soleil déjà haut mistral courroucé

le ciel devient rouge au loin l’or du crépuscule dénude la nuit

un théâtre d’ombres — le pin embrasse le cèdre à l’abri du mur

les rails se rejoignent dans le fracas du ballast que l’acier malmène

des masques rigides déambulent et s’évitent dans les allées tristes

au loin le fanal contre le ciel de la nuit se teinte de gris

une nuit humide couvre la terrasse terne — la lune s’esquive

d’une patte habile, Mésange s’essuie le bec — froissement de plumes

à travers la vitre le regard quête le ciel rêve inavoué

d’une patte habile

entre quatre murs 111


Paroles Suivantes

un rêve se cogne aux vitres mouche sans audace

la buée sur les lunettes berce mon regard

goutte d’eau limpide parmi d’autres gouttes claires contre les ténèbres

l’ombre nue des arbres dans la brume de novembre — fantômes transis

autour de la lampe des insectes fascinés meurent en martyrs

le vent s’encolère — les volets tremblent de peur dans la nuit frileuse

dans le pré luisant novembre insolite dresse mille pâquerettes

les branches des chênes profitant d’une accalmie reprennent leur souffle

les nuits de leur groin de lassitude sans souffle déchirent le temps

soirée de satin — la tige de l’ancolie crisse entre mes doigts

des gouttes salées mots que je ne peux pas lire glissent sous mes yeux

brumes de novembre— les battements de la ville claquent les volets

inquiètes et froides se sont levées les étoiles dans le ciel d’automne

frissons de novembre — la clameur de la vallée se plaque aux volets

le vent éternue même les nuages pleurent — novembre s’enrhume

sur les dalles sales les feuilles déchiquetées témoignent du vent

le ciel blanc de zinc peu à peu s’est camouflé en soldat de plomb

lentement les ombres se glissent entre les troncs — je retiens mon souffle

la fraicheur subite dans les mors du soir qui tombe serre ses tenailles

les étourneaux sur le pré illuminé ont posé leurs doutes

pour marquer l’instant et le passage sans poids d’un vol de mésange

le ciel était blanc — écume des vagues qui se retirent

accroché aux branches un chiffon résiste au vent et demande grâce

les nuages de laine franchissent le ciel en frissonnant

dans le froissement des pages que j’ai tournées la soirée languit

le vent a chassé l’espoir d’un jour sans automne — la porte a claqué

parfum de tisane —

entre deux rafales 112


Paroles Suivantes

le volet s’est débattu puis il a claqué

la pluie bat sur la verrière le gong de l’automne

les feuilles vertes encore couvrent le jeu des fauvettes qui sautent de branche en branche faisant fi du vent

plongée dans la boîte une enveloppe anonyme défie le courant

dans la nuit d'octobre sur les feuilles se répand le son sec des glands

une pie nerveuse se laisse choir sur le pré — la branche s’ébroue

diamants dans la nuit la constellation de l'ange veille mon sommeil

la brume mesure l’épaisseur de mes paupières — soirée de novembre

le feuillage vert encore masque aux étourneaux le jeu subtil des fauvettes

frémissement de feuilles les fauvettes se moquent des étourneaux

l’hiver a toqué aux contrevents de novembre — jalousie

musique qui grince le vent siffle sous la porte — je serre les dents

des pensées maussades vont et viennent dans la brume — lambeaux de silence

le nord en colère s’est perdu dans la garrigue où le thym se tait

le ciel sans couleur présage d’une nuit noire — mon ombre se traine

odeur d’encre fraiche et de papier encor lisse — journal du matin

une odeur d’humus imprègne déjà mes mains – le cœur ralentit

le jour s’est levé collé au sol par la pluie glacée de novembre

contre un ouragan une goutte d’eau limpide — essuyer des larmes

l’odeur de l’hiver rôde entre les troncs humides — frissons des collines

sur les dalles l’ombre du mur pâlit et s’estompe — un nuage passe

odeur d’hiver sur la garrigue — frissons

Ah ! qu'il aurait été doux de sortir de ma tanière ! Mais ours je suis ours je reste grommelant sans cesse.

l’odeur de l’hiver s’égare sur la garrigue — un frisson me prend

la nuit fait silence les étoiles se dérobent quand parait la lune

l’aube figée fait silence entre les collines où le soleil tarde

longue litanie —

enfin immobile 113


Paroles Suivantes

après le troisième pin la branche a rompue

une portière qui claque sans une parole

écho dans le soir le silence et le froid couvrent l’herbe humide

un profond silence sur le chemin de la nuit — une branche craque

plusieurs fois je tire et repousse l’édredon sans me décider

soleil de novembre — sur les feuilles d’olivier brille un givre mat

je frôle des troncs que les années ont ridés de mes doigts gercés

des heures entières à se vautrer dans le froid puis le jour se lève

silence d’automne — un tapis de feuilles rousses sous le cerisier

sous la lampe il tourne autour des mêmes poussières — petit moucheron

ce soir une feuille se repose sur le banc — oublier l’automne

sous la lampe tu écoutes le silence qui chuchote ses confidences d’un soir à un moucheron

à travers la vitre le frêne effeuillé se pense palmier sur le sable

elle s’élance dans l’air tellement glacé qu’il tinte

lueur au crépuscule qui s’accroche aux branches noires — saison des kakis

portée par le vent une pâle odeur de neige hante les collines

la charpente grince c’est l’hiver une souris remonte sa couette

une ombre immobile aux aguets sur la façade — je retiens mon souffle

le ciel se répand blanc comme une neige sale — craquement des branches

les feuilles figées ne tentent plus de freiner un l’hiver précoce

entre les nuages le vent ouvre des blessures le ciel se déchire

nuit sans lune — les lumières de la ville ont mangé la voie lactée

pas un seul cheveu ne dépasse de la courbe écarlate des crêtes

la ville visqueuse vorace et tentaculaire rampe sous la brume

la vallée se ferme — des claquements de volets dans la nuit profonde

la ville embrumée étouffe des ses néons béant d’humeurs sales

le bruit d’un moteur 114


Paroles Suivantes

sur l’asphalte froid un silence sans couleur — j’avance d’un mètre

je ferme les yeux — ces branches qui se querellent me fatiguent

les collines s’ouvrent aux caresses du soleil — sourire de l’aube

des feuilles mortes tourbillonnent — le vent bat la mesure

puis le crépuscule bascule dans l’ombre obscure vers d’autres collines

dans le froid j’attends l’aube qui en met du temps pour se maquiller

mais de l’une à l’autre une journée a usé sa poignée de sable

je voudrais bien rire mais de ma bouche ne sort qu’une vapeur froide

étincelle une luciole éclaire le monde

orange fripé déjà le mur est dans l’ombre — le soleil se presse

les lames de l’aube ont lacéré les nuages — coups de fouet cuisants

soir froid de décembre — même la mélancolie supporte une écharpe

le chemin serpente entre la lumière et l’ombre — il n’est pas bien long

la fumée s’étale amanite à l’odeur âcre au-dessus du froid

le front dans la paume sur le bord du crépuscule à peser le néant

prudence des feuilles— une pie glisse en silence sur le pré blanchi

craquements de bois — la souris dans la charpente se pare d’hiver

peu à peu le lierre embrasse les vielles pierres d’une lente étreinte

le sommeil fuyant j’ai passé la nuit à gué de mousse en gravier de faux-pas en écorchures entre les rives confuses

soleil de décembre — les chênes brillent encore de leurs monnaie d’or sales temps — le plus petit doigt levé attire une règle

depuis le faite du toit la vallée parait plus profonde

un nuage mauve perdu au-dessus de l’aube transie de silence

les collines vaporeuses pensent déjà au printemps contre le ciel qui flamboie le soleil grelotte

un message court entre les pylônes froids — oiseau sur un fil 115


Paroles Suivantes

les jours les plus courts patinent sous les lumières froides de la ville

le pré s’est figé sous la membrane de givre l’air seul tinte froid

le jour prend des airs de conspirateur sournois — il fait grise mine

le soleil vient de sombrer je ne l’ai pas remarqué sombrer il le fait si vite au mois de décembre.

les rails se défilent la gare semblait si proche à un jet de pierre

« elle prend la plume — « elle s’en remet au vent « pour trouver ta joue

« chant d’une mésange « dans le jardin engourdi — « le soleil se lève

petit matin sombre les pieds sur les carreaux froids — on oublie les rêves

par endroit mosaïque dégrisée le ciel se craquelle

sur l’herbe blanchie les pins égarent leur ombre — humeur de décembre

au détour d’un livre le soir a surpris le jour qui bâillait d’ennui

froissement de soie — au milieu des feuilles fauves les nids se réveillent

posée sur le banc une feuille rousse attend que le vent l’emporte

froissement de soie — au milieu des feuilles mortes les nids se rendorment

vibrant sur le pré une feuille morte emporte la rumeur du vent

une flaque s’est dépêchée de sécher avant le lever du jour

un premier rayon vient taquiner les aiguilles — frissons dans les pins

la journée entière sur la chaise de l’entrée elle m’attendait

le geai bleu des chênes choisit les glands les plus mûrs au marché des branches

à peine une brume une gaze de pluie fine suspendue au ciel

une aube rubis dans sa gangue de nuages pare mon regard

« dans la boîte à lettre « inondée « une carte ensoleillée

« Mésange à la Barque « attendait sur le portique « l’écot d’un sourire

« de ces lèvres rouges « vers le havre de te tes joues « mille vœux le guident

au loin un marteau résonne sur une enclume— carillon glacé !

un ciel immobile englue la cime des arbres — 116


Paroles Suivantes

lourdeur des paupières

tous les oiseaux se déguisent en feuilles vibrantes

solstice d’hiver — l’ombre peine sur le mur c’est le soir – déjà

les volets se ferment mélancolie du silence dans la nuit brumeuse

les livres se serrent rayant sous la lampe la poussière des rayons

sortir enfin d’une nuit sans couleur au milieu du dernier jour

la nuit se renfrogne elle s’accroche aux nuages — le jour sombre

cent mille caresses sur des ailles de mésange se parent d’étoiles ainsi la dernière nuit précède le jour nouveau

dans les flaque grises le reflet du ciel d’étain brouille les façades

l’année qui commence se vêt d’un précieux silence — bulles dans la tête

dans le calendrier les derniers jours se cabrent — le temps indomptable

première journée d’une année qu’on dit nouvelle — les soirs se ressemblent chaque jour cède la braise quoiqu’on fasse devient cendre

un matin grisâtre et mélancolique estompe les bruits du départ un silence tiède quelques miettes sur la table et des bougies froides

dans la flaque triste reflet de la nue captive d’un ciel sans merci

sur la route aride les roues brouillent la poussière — retour sans éclat

parmi les fauvettes le rouge-gorge plastronne brûlant de colère les palombes impassibles paissent en s’en balançant

un vent hors saison entre les branches sans feuilles déchire le ciel

dans le vent sans force les branches nues se balancent — douceur de l’hiver

la pluie sur les feuilles s’entête et rive mon front à la vitre froide

précédant la nuit l’ombre gagne les recoins en chaton craintif

le soleil d’hiver glisse sur les troncs humides — le froid resplendit

l’or du crépuscule explose dans les nuages et se pare d’étain

un abricot glisse entre les dents de l’hiver — crépuscule

le temps fait la tête — sur les branches qui sanglotent boudent les oiseaux

dans les branches nues 117


Paroles Suivantes

pas un chant pas une danse pour refroidir l’hiver tiède le tas s’illumine la petite chatte rousse se déguise en feuille un matin encore qui paresse sous la couette grise des nuages

118


Paroles Suivantes

la douceur de l’âtre emmitoufle le lecteur d’exploits merveilleux

fumée blanche — les feuilles qui brûlent ont élu un pape

lenteur de la flamme qui de contorsions lascives caresse la bûche…

le feu s’est éteint — une odeur de cendre humide rôde sur le seuil

sous la reliure se devine un autre monde — j’ai tourné la page

la grisaille tiède d’un matin de cachemire englue mes paupières

comme un doigt dressé le cyprès prend fait et cause contre les rafales

pelures du jour les heures se sont remplies de minutes vides

on devine encore là où le jour s’est enfui un signe de piste

insensiblement le soir est venu peser entre les épaules

le jour se termine je ramène le volet sur l’ombre et le vide

petit déjeuner — une mousse de nuages dans sa coupe d’or

lever du jour — sur la brume des tartines de soleil

un petit oiseau entre deux coups de râteau m’apprend à siffler

forcées par le vent elles déjouent le balai les feuilles espiègles

d’un claquement sec l’intrigue retient son souffle — pause entre deux pages

la nuit se dépouille à l’huis des maisons craintives — poussière d’étoiles

le temps passe humide — sable crissant de sel dans un sablier sale

une feuille s’est posée — l’hiver en silence pèse sur le ciel

le chant d’un oiseau rompt le silence insipide d’un matin d’hiver

une fumée aigre monte dans le ciel d’hiver incertain présage

le banc sous les chênes ménage à mes grincements un soupir comblé

en volutes sombres le crépuscule crépite — feu de feuilles mortes

un silence épais enveloppe les collines quand rôde le soir

dans le ciel d’hiver un nuage rôde seul sac de coton sale

le volet proteste la certitude du jour hésite un instant 119


Paroles Suivantes

promeneur sans ombre enfin arrivé au terme d’un jour sans lumière

la lune se pare d’un énigmatique masque ruisselant de nuit

le regard se perd à travers la vitre opaque — reflet de la nuit

un oiseau sans nom offre l’arc-en-ciel d’un chant au jour qui se lève

langueur matinale dans la brume d’un café je somnole encore

des diamants perlent des branches me voilà plus riche d’un sourire

sur les feuilles mortes d’une lente obstination la pluie bat les cartes

taches de lumière entre les branches sans feuilles — clin d’œil de l’hiver

le chant de la pluie sur l’auvent et dans la nuit berce ma paresse

flânerie d’un soir d’hiver les feuilles grasses de pluie glissent sous les pas

des strates de nues collines sur les collines à l’assaut du ciel

la pluie se déverse dans les flaques et les songes — réservoir de larmes

au bilan du jour la sueur de longues heures en perte surtout

petit serin pris dans l’étau de sa volière son esprit pépie

maintenant le calme est revenu à la surface du verre d’eau

feuilles lasses ombres collées à l’auvent que la pluie bat sans merci

le soleil d’hiver teinte de mailles d’argent le chant d’un oiseau

une vitre froide entre la pluie et mon front se couvre d’un souffle

la journée paresse entre quelques pages lues et perte de temps

la journée s’étire une pluie interminable vibre sur l’auvent

le ciel s’est couvert d’incertitude insipide et l’oiseau s’est tu

au-milieu des vallées le vent embrase la pluie — les pins applaudissent

le chant de la pluie de pensées en souvenirs vague dans ma tête

émissaire du soleil absent une risée dans le grain

la journée s’achève sur la marge de la nuit quelques gouttes tombent

du vent et la pluie quelques pierres sont tombées du vieux mur boiteux 120


Paroles Suivantes

sous les réverbères se glisse l’ombre équivoque des passants fourbus

le vent prend des poses il rit dans les tas de feuilles que lui-même assemble

un jour gris se penche sur les toitures glissantes d’une ville triste

les heures pesantes la nuit a frôlé mon front d’une ombre légère

la pluie s’est calmée un coup de vent sec secoue la torpeur des branches

crissements sinistres le vent affute ses lames entre les collines

le vieux volet grince — l’étoile ce matin vibre sur la peau de l’aube

le volet dévoile un jour grimé par l’orage — la nuit a des cils

le ciel de cristal résonne enfin — les étoiles ont réapparu

les carreaux de terre s’éclairent d’un éclat rouge sous la gifle humide

sur l’herbe blanchie le jour ose un regard terne — janvier a ses brumes

écho des collines qui roulent leurs blocs de pierre loin sous l’horizon

le ciel devient pâle dans l’air tendu le silence pèse sur l’hiver

la terrasse blanche d’une averse de grêlons se remet à peine

solive rongée l’esprit part à la dérive sur le crépuscule

entre les vitrines la nuit glisse lentement — la ville se terre

confessions du vent qui glisse des doigts glacés sous les portes closes

le vent se faufile entre les venelles froides — voleur de lumière

cri du vent dans les arbres effrayés un crépuscule en hiver

la pluie inlassable enduit les façades grises d’un voile de larmes

une aube sanglante hantée de lambeaux de vent déchire la nuit

le cœur de la nuit malmené sous les averses redoute de battre

la nuit lame froide passe les ombres inquiètes au fil de l’hiver

les flaques de pluie luisent d’un éclat sournois dans le jour naissant

le vent tambourine mais la porte lui résiste de tous ses copeaux

le jour a chassé les nuages sur les franges grises des collines 121


Paroles Suivantes

crissement de soie — l’hiver d’une lame aiguë frôle mon gosier

la vaisselle mousse d’un parfum de pomme verte — rêver de printemps

un cœur bat au loin — entre les collines froides le soleil émerge

un doigt qui appuie sur l’interrupteur — la nuit éteint la pluie

potier funambule ses pieds dansent sur la roue la terre s’envole

marcheur misérable le long des rues maussades les rêves s’émoussent

soirée veloutée — l’hiver s’enroule et s’endort derrière la vitre

lumière d’hiver — un oiseau cherche de l’ombre dans le pin humide

couvrant la terrasse une pellicule grasse glisse sous la nuit

pénombre d’hiver — tous les oiseaux sont rentrés réchauffer leur nid

signes dans le soir — les gouttes sur la main luisent comme des sanglots

zèle de la pluie — sur les flaques se reflète un ciel renfrogné

des flaques de plomb délibèrent dans le ciel sur le sort de l’aube

valse hésitation — le ciel change de couleur comme de chemise

d’un vol malhabile un oiseau raye le ciel noir de gauche à droite

le ciel écarlate lentement va se blottir sous le crépuscule

le ciel qui vrombit et l’envol précipité d’oiseaux apeurés

un index tremblant — le cyprès désigne au ciel un soleil absent

mouron impalpable la durée émie les ans craie que la mer rode

de toutes leurs dents les antennes se repaissent de nouvelles fraiches

brusquement l’orage gifle les tuiles de fléaux hallucinés

les gouttes tricotent sans relâche sur l’auvent de fluides palabres

quelques flaques sombres terrorisées par l’orage frémissent encore

une aube d’hiver — le silence des oiseaux retient le volet

la pluie inlassable dessine sur les façades des grèves de mousse

front incandescent — les bulles sautent du verre aux orbes à vif 122


Paroles Suivantes

le ciel de plomb voile les rumeurs de la vallée — silence incolore

c’est une aube tiède la brume émousse d’une ombre les collines lasses

terrasse luisante — les nuages y dessinent l’ombre d’un navire

après une averse c’est la nuit qui vient couvrir les cœurs nostalgiques

les rayons espiègles dérobés par les nuages en riant s’éclipsent

rayons de soleil sur la branche qui se dresse — sceptre de diamant

clin d’œil du printemps — février tourne la page d’un éclat de rire

crépuscule — le vol bas et sans espoir d’un ramier blessé

le soleil se couche et la nuit vient à son heure — soupir satisfait

matin qui lancine — un mal de dent qu’on devine tenace et sournois

un vol d’étourneaux déploie une fine ombrelle dans le ciel d’hiver

taches de safran dispersées sur l’herbe humide — le pré s’ensoleille

la mésange espiègle sur la branche qui oscille nargue le soleil

caché par la nuit qu’accompagne son regard le chat part en chasse

le bruit des souffleurs comme un chant funèbre au loin pour les feuilles mortes

regard sans lumière — la grisaille comme un fard couvre les paupières

étrange grisaille — un merle raie la pénombre de la fin du jour

derrière la brume les étoiles se dérobent en riant sous cape

un point dans le ciel — un nuage s’interroge sur le temps qu’il fait

rayon de soleil qui traverse en souriant le volet fermé

des lambeaux de gaze sanglants se sont répandus entre les collines

le ciel prend les traits d’un tissu de chaise-longue — mollesse du soir

le vent vient du sud paré des chaudes senteurs de lointains mirages

entre les cyprès les oiseaux ébrouent leurs plumes — concert de commères

la souris le dit lire au lit est difficile rire est si facile

dans leur nid ils rêvent — des coups de bec sur le ciel délient les étoiles 123


Paroles Suivantes

bavant de colère le vent a lâché ses chiens sur les pins transis

la dernière feuille sans un soupir s’est posée à l’ombre du banc

un cri de rocaille — un chat traverse le pré dans sa quête ingrate

entre terne et gris le ciel ne sait quelle teinte farde les nuages

de petites mouches sur le soleil du mur tracent un obscur message

soudain une averse — preste le geai vole un gland à l’abri des chênes

gracieux et fragile agile le geai tournique dans les chênes nus

crépuscule — toutes les couleurs se dépêchent de briller

à l’ombre des chênes une troupe de ramiers banquète de glands

bientôt à genoux — à la sommation du vent les arbres se signent

un spectre louvoie dans les brumes matinales — l’hiver se maquille

vent impitoyable — le thermomètre se terre au fond de son tube

les fumées s’étalent et recouvrent la vallée — les pensées s’enlisent

le vent s’encanaille— d’un mouvement leste il trousse les jupes des fleurs

le soleil bien haut tente désespérément d’ouvrir mes paupières

aux premiers rayons un papillon pâle hésite sur le pré brumeux

taches de rousseur sur le pré piqué de fleurs— éclairs de soleil

les arbres frissonnent les doigts du soleil caressent la peau de la terre

éclosent les fleurs naïves—l’hiver sournois fourbit sa vindicte

le soleil se couche il remonte jusqu’au ciel un drap de pénombre

la brume dilue le ciel — se froissent les feuilles du calendrier

matin sous la pluie — la silhouette des arbres tamise le ciel

d’un lent bâillement dans le gite où l’ours s’ébroue le printemps sursaute

voyageur pressé — le temps sur l’éphéméride ne fait que passer

un éclair bleuté sursaute entre les bourgeons — geai dans les lilas

le soir est tombé — une grosse boule grise serre le gosier 124


Paroles Suivantes

le volet gémit — le vent secoue le tapis de feuilles fourbues

un bruissement d’aile une tache de lumière éclate soudain

sur la page lue des mots se sont éreintés en quête de sens

au loin un pic frappe d’un bref tambour saccadé puis c’est le silence

entrouvert le livre est une porte à franchir un autre univers

d’agiles moineaux avec sérieux s’adonnent au métier de clown

je sors de mon livre qui d’un claquement se ferme — c’est déjà le soir

sautillant sous les viornes insouciantes les bergeronnettes

obole d’argent l’herbe brille sur le pré — bonté du soleil

vapeurs sur le pré — malgré la rosée de l’aube l’herbe a chaud déjà

la brise se pare d’un parfum d’herbe coupée — le soir s’ensommeille

un soir de printemps le ciel sans nuage brille d’un quartier de lune

à l’assaut du chêne un petit papillon peine de toutes ses ailes

pas un souffle d’air ne trouble l’éclat des viornes — une pie criaille

la brume s’estompe et le ciel prend des couleurs — odeur de café

journée sans ornière soirée sans aspérité — un monde de glace

étang de verdure l’herbe brille sur le pré — les moineaux s’y mirent

pur hasard sur la branche d’olivier le ramier la tourterelle

sombre le jardin dans le soir de mars exhale un souffle brisé

rameau d’olivier le ramier la tourterelle sur la même branche

odeur du café au soleil sur la terrasse — le matin sourit

un soleil blafard ahane sur les collines— il retient mon souffle

un printemps précoce — le voisin coupe du bois pour l’hiver prochain

la journée s’achève — les heures pèsent leur poids d’épaisses paupières

peu à peu les ombres lasses broient le crépuscule— le jour cède

un papillon frêle bat l’air visqueux et s’épuise à tirer son ombre 125


Paroles Suivantes

éloge de l’aube — le soleil bat la mesure de son cœur de miel

l’ombre de la lampe sur le mur de la terrasse patiente au soleil

d’un soupir fourbu je dépose ma journée sous la lampe pâle

l’ombre se souvient de la douceur du soleil dans la haie ouverte

la journée se pose lentement entre les bras d’un vieux fauteuil las

couvercle de boite à bonbons – le volet livre des parfums sucrés

deux papillons blancs s’asticotent sur le pré brillant de rosée

pousser le volet sur un matin parfumé par des chants d’oiseaux

du mur encore clair les ombres se sont enfuies pour souffler sans doute

garder dans la chambre la douceur et les parfums sucrés du jardin

même dans mes pores gavés de sel il persiste — parfum du jardin

de lourdes fumées s’étalent sur la vallée — âcre mois de mars

je ferme les yeux — le soleil du matin tanne mon cuir de vieillard

d’un soupir je pose mon corps limé de fatigue sur le bord du soir

coupant à la taille un rameau impertinent raille la cisaille

du sable qui sourd de mes paumes infertiles — les mots se soustraient

le petit pêcher qui rosit de confusion n’a qu’une ombre courte

grasse matinée — sur le front un rayon glisse jusqu’à la paupière

prunellier en fleurs— un buisson de neige douce qui cache ses dards

fébrile la guêpe darde la main qui la sauve du clapot de l’eau

derrière les pins le soleil trouve refuge — un dernier éclat

les heures s’écoulent vers la nuit sans un soupir — un peu de fatigue

dressée sur le tronc une chenille ambitieuse assiège le ciel

sans peur sur le chêne le vif effronté savoure les premiers bourgeons

un bourdon épais de la fleur de pissenlit gâte le pollen

le volet qui claque a effarouché l’agace — une seule pie 126


Paroles Suivantes

les oiseaux se taisent les branches s’immobilisent — langueur vespérale

le vent capitule il tire sur le printemps un rideau de glace

crissent les graviers du chemin devenu sombre — la nuit qui s’émiette

le ciel d’un mars pâle se reflète dans mes yeux — visage malade

présage feutré — en silence une corneille a rayé la brume

le printemps se pause et les bourgeons se referment sur les fleurs frileuses

clameurs dans le cèdre — les pies imposent leurs clauses aux colocataires

malgré les frissons et le rhume qui persiste les journées rallongent

d’un bourgeon à l’autre brin après brin le printemps redresse la tête

des gouttes de soir éclatent dans la poussière mate des collines

au bout de la ligne trébuchant de chaque pied le soir est tombé

mes yeux qui larmoient s’attardent sur la terrasse voilée de pollen

la pluie résignée grise de mélancolie les vieilles toitures

paresse du soir — la rumeur de la vallée berce mes paupières

les mains dans les poches je patine entre les flaques d’une journée lisse

sous la couette épaisse le sommeil livre bataille — le jour se résigne

le soir se fendille — dans une flaque d’eau sale l’étoile est tombée

le vent trouble encore la poussière du chemin — vertige du soir

le vent les malmène— contre le mur de béton les ombres s’affutent

tartine de miel — une couche de rayons luit sur la terrasse

la nuit s’étend vite par crainte de réveiller le vent assoupi

un dernier clin d’œil — lentement le soleil glisse entre les collines

elles virevoltent les dernières feuilles mortes dans le vent de mars

surprise du chat qui me rencontre au détour de son territoire

quitter leur cocon elles hésitent encore les feuilles pensives

le volet frissonne des nuages qui le frôlent — brume entre les tempes 127


Paroles Suivantes

la roue des karmas les paradis ou l’enfer foutaises d’églises la poussière des cadavres ne sais plus rien des étreintes

du gazon tondu la senteur de l’herbe apaise mes os grimaçants des rivières jaunes s’épanchent sur la terrasse — averse et pollen

une heure noyée dans les remous de la tasse — l’horloge ricane

les branches s’inclinent le feuillage semble rire de la pluie propice

le soleil paresse — la journée parait plus longue en compensation

le fauteuil oscille lentement grincent mes os— tournent les aiguilles

senteurs de printemps qui rentrent par la fenêtre ouverte et le ciel

je peux respirer une lampée de printemps — le ciel devient clair

la journée méandre jusqu’à la lagune étale d’un lent bâillement

le jardin m’assaille je sais ce que les ans pèsent et crissent les os

les moineaux se hâtent dans le silence du pré — le soleil se voile

les premières feuilles déploient leur courtepointe de velours pastel

une aube laiteuse un vieux grimoire entrouvert étreint les collines

de mes yeux s’épuise la poussière des matins grise et nauséeuse

rentré du jardin une épaisse odeur de pré colle à ma chemise

une feuille sèche du printemps s’est détachée— déjà le soir tombe

une nue s’étire dans le ciel sans hirondelle — fin de la journée

au loin les collines démêlent leur chevelure des lambeaux de brume

des soldats de plombs sans couleur et sans pitié traversent le ciel

d’un pas sous les pins je trouble les rêveries d’oisives palombes

des volutes grises montent de la mer une odeur de sel agite les pins

je pose la bèche et remise mes douleurs dans le même coin

remuant des cendres j’interroge le printemps et le ciel opaque

sous le toit de zinc que réfléchit le silence la pluie s’impatiente 128


Paroles Suivantes

deux papillons tracent dans le parfum des lilas des cœurs qui s'enlacent.

la journée s’achève la lassitude a gagné même le vieux banc

je franchis la ligne au bout du jour alourdi de douleurs grinçantes

un chat prend la plume un brin d’herbe sur l’oreille sans écrire un mot

le chant du loriot sur un rayon de soleil — matin et merveille

quelques nues trop lentes au passage du soleil se font klaxonner

un brin de lavande laisse sur mes vieilles mains un parfum d’armoire

d’un saut d’écureuil il ne reste que la queue derrière une feuille

chants des tourterelles dans la senteur des collines — la journée s’achève

languide je rentre émerveillé cependant du tour de mon monde

les sons de l’aurore parent l’aube des collines d’éclats de diamant

nausée au réveil — la traversée de la nuit a été houleuse

un coquelicot dans le jardin du voisin — j’ai tondu trop tôt

promenant sur l’herbe ma respiration soudain prend des reflets bleus

silence du soir — en promenant sous les pins j’effarouche un nid

toute la journée le soleil s’est fait pressant — éloge de l’ombre

frissons ce matin — par la croisée je secoue les miettes de nuit

une buse noire tourne autour des tourterelles ivres d’inconscience

il semble tout près il ne sème que des trilles le loriot timide

un nuage passe il s’étire lentement tout en haut du cèdre

le temps a changé je suis resté à la porte marcher dans ma tête

sur le bord du soir j’écoute l’herbe qui sourd de la terre tiède

le profond silence dans le sillage d’un train loin dans la vallée

un frisson attend que je pousse le volet pour me dérouter

l’herbe est déjà haute les pêchers y ont perdu toutes leurs pétales

dans les os crissant il reste encore une odeur de trèfle coupé 129


Paroles Suivantes

les premiers rayons illuminent le cyprès de cris d’oisillons

l’herbe s’illumine — un trait de soleil furtif passe entre les gouttes

il a retrouvé toutes ses feuilles le chêne nu et grelottant

le soleil estompe les flétrissures obscures trainées par la pluie

une ombre floutée égrappe de la façade un halo de sable

je ferme les yeux — l’ombre noire du cyprès frôle mon visage

le ciel s’assombrit — le printemps à grise mine se grime de nuit

le soleil défroisse ses cheveux ébouriffés de brume dorée

le jour a chassé les effluves de la nuit d’un grand coup de vent

la journée paresse entre les rives sableuses du temps qui clapote

d’une tempe à l’autre un train raye mes orbites et secoue ses rails

d’un lent bâillement je m’extirpe du sommeil pour céder à l’ombre

le vent est tombé et les crapauds font la fête — ah ! poser ma tête

soir après la pluie — une flaque s’évapore dans les senteurs mauves

du ciel quelques larmes froides et sales ont couvert le printemps de boue

la cime du cèdre dit la direction du ciel — matin sans frisson

les oiseaux se taisent sous le ciel mélancolique — les feuilles grelottent

quand cesse la pluie le printemps paie son écot en pièces d’argent

même entre mes tempes la vallée se fait docile — force du silence

des pièces d’argent accrochées après la pluie tintent dans le chêne

un ciel affligé pèse d’une main transie sur le jour sans ombre

le mistral ne laisse qu’un fantôme de poussière des flaques de pluie

poussant les nuages pour se faire un peu de place un vain soleil pâle

de s’être épuisé à faire plier les pins le vent souffle un peu

coups de brosses sales trainées de ciel granuleux peintre paresseux

le vent les secoue lentement ils se réveillent — les pins se saluent 130


Paroles Suivantes

drame après l’averse— pour la fourmi qui s’y noie la flaque est profonde

matin incertain — sur le mur des ombres floues diluent la lumière

un gabian traverse le ciel avec nonchalance — une odeur de sel

larmes de sirop pâteuses les heures coulent vers le crépuscule

sur un horizon d’escarbilles cramoisies se ferment mes yeux

bien tard je m’éveille les sentiers vers la vallée toujours embrumés

la vallée grommelle les nuages s’amoncellent — derniers jours d’avril

les chênes sont las de trainer leur ombre épaisse jusqu’au crépuscule

un matin se lève sur un monde racheté oublieux de l’ombre

éclair de couleur un geai traverse le pré — le jardin s’éveille

surtout pauvre feuille que le vent veut conquérir ne perds pas la tête

un petit nuage bien seul au milieu du ciel a perdu la mer

au bout de mes doigts imagine que grelotte un brin de muguet

est-ce un chant d’oiseau ce rêve d’un chant d’oiseau — brume matinale

vieux et même usé le vœu ne fait pas un pli il sonne un peu creux

la journée s’achève — les collines se permettent un long bâillement

doucement se pose sur le banc blanc qui s’écaille un souffle de vent

une seule goutte auréole de poussière étoile déchue

je goûte immobile sur le banc où je respire le chant du loriot

matin sans lumière — pourtant le chant du loriot luit dans l’herbe humide

courant la vallée inépuisable le vent ricane aux fenêtres

la soirée ronronne silencieuse comme un chat et soyeuse aussi

à rebrousse plume la pluie et le vent hérissent le vol du ramier

le printemps dessine sur chaque feuille attentive l’éclat d’un sourire

dans la boite orange elle attendra quelques jours avant qu’on la pèle

chaleur sur la joue — la caresse du soleil frôle mon sourire 131


Paroles Suivantes

une journée lente et paresseuse s’achève loin du crépuscule

dans le nuit de mai j’ai laissé la porte ouverte — le chant est entré

la mer des collines ondule dans le matin — vague est le réveil

d’un sourire on passe la bordure du printemps dit la tourterelle

sur le banc je pose une journée de dialogue avec le jardin

perché dans le chêne le loriot prend la parole et ne la rend pas

un soleil voilé déjà masque l’espérance d’une journée vive

silence du soir habité d’un bruissement d’herbe parfumée

pour fleurir mon cœur ils reviennent tous les ans les coquelicots

le jardin s’éveille — un pin s’ébroue de l’envol d’un couple de pies

le ciel s’est couvert d’un épais et chaud manteau — premier saint de glace

sous les chênes las quelques pas dans le jardin vers le crépuscule

après la bataille un coquelicot tremblant nargue la tondeuse

les branches frissonnent de l’agitation des nids tout le monde a faim

valse hésitation — un vent froid pousse la porte et le printemps cède

sous ses ailes blanches le goéland fait frémir la cime des pins

un trait de lumière sur la table où je somnole berce mon stylo

festival de Cannes un loriot enthousiasmé chante sous la pluie

par coquetterie le mistral fait des anglaises au rideau de perles

le ciel s’engrisaille — lentement le soir recouvre les pins embrumés

le vent s’encolère — l’ombre des coquelicots gifle l’herbe rase

sous la moindre feuille le mistral en embuscade alarme leur ombre

le volet m’échappe et le vent chasse les miettes d’une nuit trop tiède

mes mains maculées d’en avoir tant grappillées sentent la cerise

le vent crisse et claque entre mes tempes tendues comme des tambours

matin incertain — sur le mur les ombres pales somnolent encore 132


Paroles Suivantes

parfum de cerise — le vent qui gratte aux fenêtres en fait provision

déroute de mai — (dans le ciel) les hirondelles dessinent des points d’interrogation

au loin les collines semblent flotter sur la brume — je rentre et je bâille

doucement le bac que la nuit assiège encore racle sur le sable

mollement s’emmêle un courant d’air dans les feuilles — la tête me gratte

la journée passée il n’en reste pas même l’idée d’un grain de sable

les coquelicots tremblotant courbent la tête — l’orage menace

excès de confiance — je compte sur ma paresse pour vivre mes rêves

ballant dans le vent hérissé un brin de lierre pend sur la façade

une sentinelle craintive au bord de l’étang — l’écureuil s’abreuve

buée sur le verre — ma lèvre y laisse la trace d’un quartier d’orange

le vent a cessé — les loriots se le racontent d’une branche à l’autre

matin de printemps — déjà les tas de branchages sentent la sueur

d’un soupir j’efface la lassitude d’un jour — épaisse lenteur

le bain de soleil prend la forme de l’été — les mouches somnolent

un frelon pesant sort en titubant de l’arbre rouge de cerise

l’ombre a recouvert les cerisiers qui bourdonnent du vol des frelons

dans la nuit au loin un train gronde sur ses rails — que la ville est proche !

toujours la même ombre — quelques gouttes sont tombées d’un ciel de poussière

un avion renverse les barrières de la nuit et le ciel se froisse

salut au soleil — l’air vif du matin effleure mes paupières closes

au bout de la nuit je trébuche sur les miettes d’un sommeil rugueux

la journée s’achève — j’ai entrebâillé la porte pour qu’entre le soir

une ondée égaye le jardin empoussiéré de senteurs humides

quelques hirondelles ont parodié le printemps — le froid strie le ciel

matin et mutisme — sans vergogne le loriot me prend tous mes mots 133


Paroles Suivantes

un soleil sans joie chancelle sur l’herbe humide— juin sans enthousiasme

ouvrant la fenêtre un papillon qui passait m’a fait de grands signes

bourdonnant au loin une tondeuse piétine le seuil de ma sieste

un goutte glisse et se perd entre des pores de poussière grise

la ville grignote et ne laisse des collines que des miettes sombres

déjà une mouche force le rideau de perle — chaleur sans pitié

rumeurs des chenilles fracas de bennes qui versent— la ville progresse

les traces de pas sur les dalles s’évaporent s’effacent des jours

à contre-courant dans l’air épais des nuages nage l’hirondelle

vague de chaleur — les loriots soudain discrets reprennent leur souffle

las dès le matin le ciel rôde sans éclat sur des bris de brume

deux huppes hautaines glanent à l’ombre des chênes — je retiens mon souffle

deux pies se dandinent côte-à-côte sur le pré — ainsi va le monde

à l’ombre sournoise la respiration du vent se fait haletante

matin on s’éveille on disperse dans le vent sa banne de rêves

une résille brûlante ceinture et oppresse la peau des collines

la ligne sonne occupée— sur le fil deux tourterelles s’en balancent

au fond du fauteuil qui bascule d’un soupir — la journée s’étire

vallée silencieuse — ce matin même le soleil semble assoupi

la huppe répond au loriot — la tourterelle marque la mesure

les feuilles frémissent à peine à l’ombre des chênes — souffle sur la joue

odeur de poussière — le ciel n’a pas de couleur dans des yeux malades

un lierre audacieux à l’assaut de la fenêtre qui ne s’ouvre pas

dès l’aube les mouches écrivent leur testament sur des murs brulants

l’herbe enfin tondue l’odeur du foin me précède à l’ombre propice

arbres médusés dans le verger devenu un jardin de pierre 134


Paroles Suivantes

épaisse chaleur— le ventilateur poussif brasse de la poix

elle est cette larme qui serpente sur ma joue et puis s’évapore

ombre des barreaux — même le chant du loriot semble être encagé

après les orages les buissons de lauriers-roses trainent lamentables

une touffeur grasse sourd des murs et une mouche nage dans la glue

orage de grêle — répandues sur la terrasse les fleurs du laurier

cauchemars en miettes — l’aube traine les boulets des nausées nocturnes

désespérément la fourmi qui se noie tente de griffer la rive

Quel illusionniste a escamoté les mots qui parlent de doute ?

une larme qui s’égare et creuse la joue sous des yeux rougis

petite étincelle tu as rempli le néant de lumière

quand reviendra-t-elle s’abreuver dans le feuillage la frêle mésange

dans la nuit d’orage le grondement d’un éclair puis plus de lumière

la fin du printemps au milieu des rayons pâles prend des airs d’octobre

un profond silence accompagne la musique de la pluie de juin

un pesant silence puis un chien aboie au loin — le ciel s’enténèbre

la pluie sur l’auvent elle en aimait la musique — déjà le soir tombe

Que veut le loriot ? Tous les matins il serine la même menace.

d’un lent bâillement je bascule hors du sommeil — odeur de café

sur le sable le rond dans l’eau n’en finit pas de mourir

une ombre est venue avant que le soir s’installe — le ciel s’est couvert

matin en silence du soleil à la poussière tout reprend sa place

l’aube pointe à peine sa lumière vient d’entrer sur un chant d’oiseau

ses traits sur le sable les pensées vont et viennent — la journée s’attarde

de cet arrosoir ne coule qu’une eau amère pour me souvenir

la nuit sans couleur dans mon regard vague — ce matin les ans me pèsent 135


Paroles Suivantes

à la fin du jour les cigales se sont tues — angélus de l’ombre

le cul du minou après la longue balade sent la marjolaine

accueillies avec fraicheur les cigales restent coites ce matin

dans sa course folle il surprend même le vent à rebrousse poil

seule une fatigue hébétée a retenu le sel de mes larmes

jouant sur la corde de mes nerfs tendus le vent ne s’essouffle pas

un frémissement la branche oscille et je perds le loriot de vue

la fraicheur ondule dans des senteurs de lavande — l’été prend son temps

un soleil grisâtre a enjambé les collines — le ciel s’alourdit

à quoi penses-tu derrière la draperie de tes yeux songeurs

dans la nuit d’orage les éclairs ont déchiré mes yeux effarés

odeur d’herbe lourde après la pluie de la nuit le soleil hésite

au fond de ses yeux les abysses resplendissent d’éclats d’émeraude

la caresse fraiche du soleil qui dort encore dans l’or matinal

l’herbe et la rosée— le chat curieux les regarde d’un œil d’émeraude

d’une main j’étale la chaleur en couche épaisse qui colle à ma peau

nouvelle maison — il commence par tester le dessus de lit

les larmes s’assèchent au vent qui vient de la mer seul le sel en reste

fraicheur du matin — il suit sa première piste dans l’herbe mouillée

le vent et le chat s’ébrouent dans les claquements du rideau de perles

sur le lit la couette ronronne

naissance d’un arc-en-ciel — rayons de soleil traversant la pluie

ce matin au parfum de chèvrefeuille la marjolaine se mêle

malgré sa promesse le ciel ce matin se voile— quel étrange été

le ciel s’assombrit et le cœur bat de travers — ne penser à rien

matin chaud déjà — le chat se roule dans l’herbe perlée de rosée 136


Paroles Suivantes

fenêtre entrouverte — le parfum du chèvrefeuille muse sur ma plume

déjà l’herbe craque sous la trace fatiguée de ma marche lente

voile de poussière— les journées devenues grises buttent sur l’été

déjà le ventilateur brasse un air visqueux de chaleur épaisse

le vent a chassé les odeurs de chèvrefeuille au fond du jardin

couvercle d’étain — le ciel étend sa grisaille sur l’herbe brûlante

le vent s’est caché dans les viornes qui frémissent d’une crainte obscure

quelques grosses gouttes s’écrasent sur les carreaux — fort un cœur qui bat

avril en juillet — le mistral gifle l’été et mon cœur trébuche

la cime des pins se courbe au fouet du mistral — je baisse la tête

du fond du jardin le parfum du chèvrefeuille revient entêtant

les geais sous les chênes profitent de l’ombre douce — rester immobile

beau temps revenu — par les fenêtres ouvertes dansent les parfums

les rayons grésillent — les ombres se ratatinent comme un vieux visage

le chat est rentré tout fier de s’être paré d’odeur de garrigue

sous le ciel voilé les cigales broient l’écorce obstinée des pins

on ne sert le calme qu’avec accompagnement — bruits de la vallée

le soleil paresse sous la couette de nuages — moi aussi je bâille

sur la vitre sale une mouche épouvantée tente un SOS

il essaie d’écrire — ses pattes sur le clavier manquent d’assurance

une odeur de thym suit le silence du chat qui bâille et s’endort

le soleil caresse le parfum des herbes folles — odeurs du matin

matinée d’été — déjà les ombres s’exhalent de la terre sèche

le tout petit corps d’une petite personne — dort mon beau chat dort

pas le moindre souffle — déjà les arbres s’inclinent du bât du soleil

les ombres se courbent les pierres des murs résonnent du cri des cigales 137


Paroles Suivantes

clair matin d’été — le doux pelage du chat sent la promenade

un lent filament voyage à peine rêvé traverse le ciel

lenteur d’un été où la matinée serpente au bord de midi

un soleil de sable s’est dressé dans le ciel jaune — désert de silence

sur la page triste un seul rayon de soleil a chassé les ombres

les premiers rayons diffus dans les bancs de brume crissent sur les feuilles

du café brulant la matinée s’évapore — je croque une amande

la première pluie — tout à coup le canapé est moins attirant

à l’ombre des chênes il surveille en somnolant le moindre murmure

le poil en bourrasque le chat plisse son museau — il tutoie le vent

dans les yeux du chat sur chaque feuille une perle posée par la pluie

après l’aube fraiche le frémissement du vent dans les pins placides

langueur d’un matin qui s’habille de fraicheur pour braver l’été

mon esprit s’attarde malgré le vent insolent — langueur du matin

les branches du cèdre ont protégé l’écureuil des griffes placides

un profond silence et mon esprit trop pesant suinte de poix

sans vraiment y croire le soleil prend son élan— la vallée somnole

les premières laines qu’on passe au bout de l’été par mélancolie

au milieu du pré une fleur courbe la tête — elle a le bourdon

entre les nuages le soleil s’attarde et joue à saute-mouton

aux premières heures déjà couvert de sueur — le mois d’août ricane

d’un pas délicat il hésite dans le pré couvert de rosée

midi — le soleil chasse le moindre fragment d’une ombre rebelle

soleil dans les yeux — la caresse de l’été sourit sur ma peau

déjà les feuillages ont balayé les orages de leur souvenir

au milieu du ciel un petit nuage blanc rentre de vacances 138


Paroles Suivantes

l’été se dilue dans une grisaille terne lourdeur de mon front

promesse d’été — même un matin de septembre pétille de joie

le ciel d’étain couvre cet été mélancolique d’un manteau d’automne

quelques grosses gouttes on éclaté sur l’été mais sans grand dommage

retour du soleil — je rentre de promenade le sourire aux lèvres

fin d’été austère — l’herbe craque sous les pas du passant rêveur

entre les nuages le soleil timidement se creuse une niche

tarente distraite — elle brille avidement dans les yeux du chat

chemise oubliée flottant sur la corde à linge — appel au secours

le silence bruisse du bruit des pages qu’on tourne quand la nuit se creuse

tout s’est bien passé — le médecin est content de son exercice

une sève lente épaisse comme le Styx draine mes vaisseaux

les ombres se troublent sur les murs de béton rude — mon esprit trébuche

quelle couleur prendre — entre l’été et l’automne le feuillage hésite

somnolent encore je laisse les pensées libres de battre la lande

choisir une robe les feuilles se font coquettes entre les saisons

de longs filaments traces longtemps égarées traversent le ciel

ma peau se souvient des plus anciennes caresses — soleil de septembre

matin ambigu — la torpeur en embuscade dessous les frissons

été de septembre — le silence est recouvert d’une brume ambrée

agile d’un bond il passe à travers la haie vers un autre monde

lever de la lune flottant sur le vieux pin noir — le monde commence

premier jour de classe pas la moindre pluie prévue — comble d’ironie

the moonrise floating over the old black pine tree — the world has begun

l’ombre sur le mur est celle de la lanterne qui se dissimule

un souffle ténu — malgré les cris de la ville la vallée soupire 139


Paroles Suivantes

la mue de cigale entre les rides du pin — du temps insouciante

près de mon oreille un moustique mélomane miaule comme un chat

quelques gouttes tièdes troublent à peine la flaque presque évaporée

le chat machicote un miaulement de moustique près de son bol vide

odeurs du jardin — un tapis de pâquerettes au seuil de l’automne

le matou s’étire dans les taches de soleil après la nuit froide

sous les amandiers premier cadeau de l’automne les brous se répandent

un grand échassier trouble à peine le soleil d’un vol ample et lent

les journées plus courtes — encore une lente marche dans l’automne rouge

même les yeux clos entre mes tempes dolentes mille pies jacassent

égouttant les feuilles un souffle de vent aride grince sur septembre

nuages de l’aube — ils saignent sur des collines déjà harcelées

grognements au loin — sombre un orage s’approche pour noyer l’été

museau sur les pattes mélancolique il regarde la pluie insistante

il sort de sa couette — à l’aube un soleil timide frange les nuages

son coussin est vide — quel est cet étrange étau qui serre mon cœur

une pie criaille c’est un geai qui lui répond en se moquant d’elle

une aube insouciante comme une âme vaporeuse passe les collines

les premiers frissons — le ciel remonte le drap sous l’œil du soleil

je bâille et souris à ce beau matin d’octobre — c’est le mois sans dieu

tout l’est rougeoyait — la première aube d’automne s’accroche aux paupières

automne impassible — les chênes sèment leurs glands sur le lierre humide

petite pluie lente — les derniers jours de septembre glissent sur les flaques

une brume humide englue même mes soupirs — langueur de l’automne

pas dans la rosée — de longues trainées blafardes sur l’herbe brillante

tristement le chêne s’apprête à perdre ses feuilles — il pleure des glands 140


Paroles Suivantes

Garlaban coiffé s’éclaire par en-dessous d’un clin de soleil

les boutons de roses ont refermé leur manteau couvert de rosée

une brume pâle escalade une montagne de nuages noirs

le soleil caresse le parfum des champignons dans l’herbe qui brille

matin d’aquarelle — dans le pré les pâquerettes ouvrent leurs ombrelles

une ligne rouge déchiquète les collines — naissance de l’aube

valse des moustiques dans les ombres du jardin — le bal des vampires

huées par le vent les pâquerettes s’enclosent et courbent l’échine

des boules de plomb — le ciel roule sur ma tête de mille cahots

l’œil brillant il rentre et son poil ébouriffé a l’odeur du vent

le ciel à grand peine commence à se colorer d’un matin timide

le vent s’est calmé mais il a laissé les chênes figés dans l’air froid

lombrics téméraires — ils sortent de leur réserve enivrés d’orages

fatigue du soir — quelques mélancolies trainent sur l’herbe assombrie

à l’abri des pins les agarics timorés gardent leur chapeau

dans la fraicheur matinale les nues se disputent des lambeaux de ciel

une aube s’éveille sur un monde de rosée et la lune froide

une longue sieste pour préparer une nuit plus longue d’une heure

sous le ciel voilé les pâquerettes qui s’ouvrent se moquent d’octobre

une heure de plus trainée toute la journée comme un sac de sable

le soleil déjà frôle les nuages qui rosissent de plaisir

à travers les vitres la nuit s’est précipitée dans la maison froide

le soleil caresse le chapeau des agarics d’une main rosée

il hoche la tête — il rit de ma maladresse du haut de son arbre

contre la rosée les épines du rosier ne le garde pas

malgré la lumière octobre tire à sa fin — les premiers frissons 141


Paroles Suivantes

frissons ce matin — avant-garde d’un l’hiver qu’on souhaite clément

la mémoire hésite et trébuche sur l’oubli — brume de novembre

ce matin je traine un vieux corps sans énergie rempli de paresse

lumière et fraicheur de ce matin de novembre délient mes sourires

une vapeur lente joue dans les rayons humides d’un soleil falot

dans le ciel s’étirent des filaments de nuages — un long bâillement

dans le ciel sans teinte quelques boules d’ouate sale fardent le soleil

pas un seul nuage pour voiler le clair de lune— ce matin je bâille

des chênes sans force ont jauni quelques feuilles — octobre s’essouffle

comme des insectes au vol lourd et malhabile mes pensées m’échappent

la journée se perd dans la torpeur vers novembre — déjà l’est s’y noie

une fine pluie serre d’un voile de gaze les troncs silencieux

novembre apparait paré de soleil doré sans mélancolie

on distingue à peine la silhouette des pins voilée dans la brume

jour des trépassés— le soleil leur rend hommage dans la brume d’or

enfin un rayon traversant le matin calme luit dans la rosée

automne éclatant de douceur et de lumière mes yeux te savourent

poussés par le sud les nuages prennent place au concert d’orages

une lune tremble dans la brume de novembre — soir à pas de loup

l’humidité colle à l’écorce et au feuillage des arbres piteux

sous la brusque averse toutes les flaques frissonnent — reflet de l’automne

de longues traînées sur les façades soumises rongent le béton.

la nuit se prépare à l’orage et le vent frappe aux volets furieux

comme la vapeur d’une salle de bain froide l’air colle aux cheveux

une lueur sombre se faufile entre les troncs — l’orage menace

matin de novembre— des diamants parent l’ourlet du feuillage fauve 142


Paroles Suivantes

soudain un orage nous rencogne sous l’auvent — triste promenade

le pré se demande quand il reverra le jour tant il y a de feuilles

dans ses yeux dorés la lumière du matin se fait plus féline

une feuille crisse sur les carreaux tavelés de taches de pluie

tendrement la terre s’abandonne charitable pour les feuilles mortes

sur la flaque noire un poil de moustache blanc — le chat avait soif

levé éreinté — j’ai trop couru cette nuit pour fuir de mes rêves

hélas maintenant la nuit couvre la campagne et la lampe lasse peine sur la table étroite de cette mansarde froide

au sommet du cèdre une pie reprend son souffle — les yeux de mon chat !

malgré l’épaisseur de laine qui me recouvre je frissonne encore

le ciel chiffonné étend sa mélancolie sur les arbres tristes

doucement l’hiver se frotte contre la porte — même le ciel a pâli

l’ombre d’un nuage a traversé la terrasse et frôlé mon front

sur la balustrade le rouge-gorge est venu parler de l’hiver

sous le ciel d’étain le vent assèche la terre et ma langue aussi

la pluie sur l’auvent bat l’indolente mesure d’un automne amer

une brusque averse nous réfugie sous l’auvent — on en rit encore posée sur un banc une feuille attend patiente qu’un coup de vent passe

sous le ciel sans couleur s’étirent des lambeaux de brume tiède

entre les nuages qui montent à l’assaut du ciel un rai de lumière

pourtant les arbres frissonnent dès que leurs doigts collants frôlent les feuilles rousses.

un matin chagrin— le vent du sud prends les pins à rebrousse-poil

triste et pantelant cèdre au milieu du jardin que la pluie hérisse

le vent facétieux qui vient claquer le volet le fait sursauter

un soleil timide lentement reprend sa place au rayon ”hiver“ 143


Paroles Suivantes

gabians et soleil dans le froid tombé soudain glissent d’est en ouest

le journal d’hier las des mauvaises nouvelles crisse sur le sol il va où le vent le pousse heureux comme un chat qui joue

sur l’herbe transie le vent que l’hiver amuse court les feuilles mortes

dans le ciel limpide les voyages illusoires partent en fumée

les collines saignent — voilà l’heure où la nuit cède dans un froid silence

solstice d’hiver — dans le ciel quelques nuages semblent méditer

malmenées les feuilles cherchent désespérément un havre farouche

des perles de givre parent désespérément le vieux lilas noir

le vent le dépasse — il remet son poil en place par coquetterie

le poids de mes pas creuse une empreinte luisante dans l’herbe blafarde

la morne saison des ombres froides s’installe — le ciel en pâlit

le ciel est si bas qu’il ronchonne dans ma tête quand je me redresse

redoux ce matin — malgré le ciel menaçant j’ôte mon chapeau

Garlaban coiffé d’une fine gaze rose a fêté Noël

une faible pluie comme un fin tissu de gaze berce mes paupières

mes doigts engourdis ont du mal à essuyer les larmes du vent

sur le tronc moussu le rouge-gorge interroge un rai de lumière

ce matin la pluie fine et froide barrière nous retient au chaud

sous la pluie glacée une mésange intrépide choisit sa pitance

le vent lui aussi d’une violence glaciale nous plaque à la porte

une buée blanche accompagne mon dialogue avec le café

mes joues écarlates se gravent de larmes froides — clair matin d’hiver

un nuage blanc tout seul dans le bleu du ciel fait de l’ombre au cèdre

le vent nonchalant a effacé la rosée — silence limpide sur le banc un étourneau contemple une feuille morte

l’arbre de Judée accroche à ses branches nues un vif rouge-gorge 144


Paroles Suivantes

roulé sur sa couette il claque le bec au vent qui siffle de rage

sans m’en rendre compte mes pas soulèvent des feuilles que le vent emporte

un silence grave remonte de la vallée — un an est passé

un vibrant silence accompagne le soleil dans sa course lente

je reste immobile dans la tache de soleil les paupières closes

le ciel met du temps pour déciller ses paupières à l’abri des nues

sur le banc sans force d’une feuille qui s’envole j’admire l’aisance

Garlaban rêvasse la tête dans les nuages le pied dans l’hiver

la lune de gaze disperse sur le branchage des pièces d’argent

la pénombre fuit le jour et passe l’écran d’une nuit malade

la lune narquoise illumine le silence qui geint dans les arbres

d’une tête lourde d’avoir à subir le ciel je cale mon coude

malgré le vent rogue l’air est presque parfumé — l’hiver sur son erre

d’en haut du jardin j’entends geindre la vallée — le froid me saisit

clémence du vent — dans la tache de soleil une feuille vibre

les herbes blanchies prennent un air incertain — vif matin d’hiver

le bruit de mon souffle résonne entre l’air figé et l’herbe blanchie

une pluie sans force glisse désespérément sur l’auvent bancal

figée par le froid la lourde couche de brume garde le silence

la pluie insistante est parvenue à passer derrière mes tempes

contre le vent froid le silence pétrifié dit son désarroi

à travers la vitre dans chaque goutte qui tombe l’ennui du matou

le vent sans complexe vient d’ébouriffer le tas bien peigné de feuilles

la terre a puisé pour les racines inertes toute l’eau du ciel

le ciel se partage entre le gris et le bleu ni triste ni gai

le froid de la nuit s’est glissé sous mes paupières — l’horizon rougit 145


Paroles Suivantes

dans les yeux du chat une grande indifférence pour ce que j’écris

mes doigts malhabiles malgré l’épaisseur du gant craignent le marteau

dans les amandiers malgré le froid de janvier les bourgeons s’agitent

la couche de glace à la surface du seau frissonne au soleil

les premières fleurs percent sur les amandiers — surprise en hiver

un ciel d’aquarelle prolonge une aube en grisaille — bâillement maussade

le soleil paresse sous la couette de nuages — mes pieds s’impatientent

silence figé — au loin dans le froid brumeux le marteau d’un pic

une feuille semble à regret quitter sa branche — les journées rallongent

pressé par le temps le soleil attendra bien un moment encore

le chat s’est lové en boule sur les genoux — le temps a fraichi

ce matin il gèle — il regarde son museau brouillé dans la glace

assis sur le tronc le vent rebrousse ses poils — le matou tressaute

soudain le soleil passe au dessus des collines — pose de l’hiver

j’ai frôlé la haie et le merle s’est enfui — pourquoi tant de crainte

les brins d’herbe trillent aux caresses du soleil — le chat cligne un œil

je ferme les yeux — le soleil sur les paupières est un bouquet rouge

au loin les collines se fondent dans la grisaille et le ciel blafard

le chat s’abandonne dans les taches de soleil — le matin paresse

une douceur moite enveloppe le verger pris dans la grisaille

quelques fleurs timides sur les branches effeuillées narguent février

les bourgeons s’épuisent à défroisser leurs pétales dans l’air sirupeux

lentement le ciel prend la couleur de l’étain — alchimie d’hiver

les ombres sont lasses et délaissent leurs contours — soupirs fatigués.

de l’auvent s’égoutte frisée par le vent d’hiver une pluie glaciale

soudain une averse en rentrant de promenade — mais l’auvent est proche 146


Paroles Suivantes

le ciel est bien pâle — même les jeux des oiseaux ne le font sourire

le ploc sourd des gouttes couvre les conversations des oiseaux marris

la nuit est humide — les dernières feuilles tremblent avant le grand saut

les dernières feuilles pendent désespérément — l’hiver se termine

dans les romarins de minuscules clochettes sonnent les matines

d’une pluie ténue la valse mélancolique — loin l’écho d’un pic

pluie mélancolique — la plainte d’une corneille déchire le ciel

la pluie de la nuit a semé des perles ternes sur l’herbe abreuvée

rayon de soleil — dans les arbres effeuillés quelques fleurs ouvertes

dans le ciel lavande quelques nuages encore jouent dans les rayons

un bourdon se raille des piqûres du matin — tache de lumière

bravant l’horizon un nuage gras s’enflamme entre les collines

au milieu des ronces un tout petit champignon a trouvé refuge

un grand corbeau noir d’un vol ample et élégant agace le ciel

en quête de nid la nonnette de retour sonde l’olivier

mon ombre me semble bien plus vivace que moi — matin de printemps

entre les pêchers les orchis pointent leur charme — le printemps s’éveille

soleil sur le poil il hume l’air du printemps — tous ses yeux ronronnent

le printemps se cache dans le tas de feuilles mortes que le vent disperse

les orchis dressés tirent au matin naissant leur langue moqueuse

ce coquin le vent retrousse le nez du chat et brouille ses poils

sous le ciel de gaze le bruit de mes pas provoque le courroux des geais

la mésange bleue sur la branche d’olivier — reflet du soleil

cette tache pâle dans l’épaisseur de la nuit — dors bien mon minou

au bout du tuteur immobile un rouge-gorge rutile au soleil

ce matin de gaze la lassitude m’étreint dès les premiers pas 147


Paroles Suivantes

bulles de savon — j’imagine mes pensées éclater soudain

le vieil amandier surveille jalousement ses dernières feuilles

en suivant une ombre il s’évade lentement le long des odeurs

le soleil enfin éclaire d’un jour nouveau le printemps maussade

couché sur le lit entre l’ours et la poupée il se fait peluche

soleil indécis — sur le mur les ombres floues plissent le béton

langueur du matin — emmitouflé dans la brume Garlaban s’efface

la pluie de printemps répand un voile de brume sur le verger moite

la flaque se brouille — même le ciel s’est troublé sous la risée froide

mille diamants brillent parmi les herbes mouillées — offrande de l’aube

le vent à l’envers a eu raison du grand lierre qui poussait sans mur

les fleurs du pêcher s’arc-boutent contre le vent contre toute attente

verger détrempé — une humidité collante retient mes semelles

matin de printemps — au soleil sur le banc crisse une feuille morte

dans les chênes nus les geais prennent des couleurs en contre-ciel bleus

loin une tondeuse ahane dans l’herbe drue — corvée de printemps

l’air est plus léger et pourtant il est chargé de mille parfums

sa respiration pulsée vibre sur les feuilles encore froissées

le ciel s’alourdit sur ma tête endolorie le ciel devient gris

une heure égarée que la colère du vent traine sous la porte

deux pies se chamaillent — le chêne encore effeuillé semble tressaillir

secoué par le vent le troène en pot se cache au pied du muret

le soleil hésite dans la bruine matinale — un fanal troublé

le soleil est doux à mes paupières brouillées de vent et de larmes

la lumière est moite et recouvre comme un fard l’écorce gonflée

fleurs de cerisiers — le vent froisse leurs pétales qu’un parfum contourne 148


Paroles Suivantes

faux-pas au réveil — contre la vitre une mouche s’est trompée de porte

assis sur le banc j’y dépose ma fatigue comme un lourd fardeau

un éclair bleuté cligne entre les branches— un geai a changé de chêne

ombre sur le mur — la lanterne prend des airs de cygne inquiétant

sous la lune pleine le silence du chat reste un mystère aussi

sur le mur rugueux l’ombre en glissant lentement s’y fond peu à peu

sous la pleine lune l’immobilité du chat pleine de mystère

crissant en silence sur le grain de la façade des formes diffuses

sous le ciel couvert le verger illuminé — fleurs de cerisiers

sur le sol un ange lentement se déformant — ombre d’un démon

fleurs de cerisiers — le verger illuminé sous le ciel couvert

fleurs échevelées dans le pré — les pissenlits du printemps prochain

une lune rouge émerge sur l’horizon dans un froid silence

lune noctambule qui rentre au petit matin quand le ciel s’embrase

l’ombre de mon chat plus agile plus féline joue avec mon ombre

mon chat n’aime pas le bruit des pages qu’on tourne pendant qu’il rêvasse

un petit vent aigre inquiète les jeunes pousses — je ferme mon col

des oiseaux conversent je ne sais en quelle langue — verger exotique

je laisse mes yeux s’emparer de la lumière paupières fermées

ciel gris temps maussade — les rumeurs de la vallée semblent haleter

matin de printemps — un parfum subtil et frais en tient la promesse

le bruit d’un marteau au loin frappe la colline — les oiseaux muets

l’ombre du nuage que cisèle un vent léger frise le verger

premières chaleurs — dans le parfum des lilas les premières mouches

sous le ciel malade le printemps fait une pause — pas un chant d’oiseau

du vent et des gouttes — la victoire du printemps n’est toujours pas sûre 149


Paroles Suivantes

comme une supplique les trilles flous d’un oiseau sous le ciel de zinc

une fleur de chêne quand je me suis endormi a marqué la page

dans les gris orchis le premier coquelicot hasarde un sourire

le halo de lune dans la piscine est troublé par les yeux du chat

trois coquelicots se partagent les rayons d’un soleil prodigue

premier mai grisâtre — l’air parfumé des clochettes glisse à pas feutrés

sous la nue nomade le soleil a disparu — les ombres fléchissent

l’herbe déjà haute pare les coquelicots d’un écrin de jade

fraicheur du matin les coquelicots se parent de perles rubis

d’une moiteur lourde le ciel pèse sur ma tête — je me sens si vieux

parfum d’herbe humide la pluie de la nuit musarde sur les troncs noircis

je bâille et m’étire — le matin reste brumeux même dans ma tête

grasse matinée — même l’odeur du café tarde à se lever

les coquelicots — des sourires incarnats sur la journée grise

odeur de la pluie qui coule sur les lauriers — parenthèse triste

le soleil revient fléchir les coquelicots — violence de mai

le vent s’est levé dans une colère monstre — les parfums se taisent

à l’assaut du mur hardies les ronces profitent des rayons cléments

le vent a cessé — sous la lune le jardin médite en silence

matin de printemps — dans le ciel une hirondelle sculpte les nuages

le soleil colmate les brèches qu’un vent furieux déchire des haies

il est de matins qu’on est très heureux enfin de voir se lever

les chatons de chênes blottis autour d’un brin d’herbe pour se rassurer.

j’ai buté cent fois sur les pierres du chemin qui jonchent la nuit

une fleur de chêne est tombée entre les pages du livre entrouvert

le matin déjà halète sous les ardeurs d’un soleil sans cœur spar l’orage es 150


Paroles Suivantes

lauriers se redressent larmoyants déverse une pluie de cuivre ardent — en fusionquisur le bord des heures j’observe le temps qui coule

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