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#1 - Janvier 2015

Trimestriel - CitÊ de l’architecture et du patrimoine


ARCHISCOPIE #1 (2e série) Revue trimestrielle - Janvier 2015 www.archiscopie.fr archiscopie@citechaillot.fr Éditée par la Cité de l’architecture et du patrimoine 1, place du Trocadéro et du 11-Novembre • 75116 Paris Tél. : 01 58 51 52 17 • Fax : 01 58 51 59 92 www.citechaillot.fr Directeur de publication : Guy Amsellem Rédactrice en chef : Gwenaël Querrien Coordination éditoriale : Mélanie Meunier, Wilma Wols Relecture : Raphaëlle Roux Conception graphique : Jean-Michel Brisset Ont participé à ce numéro : Julien Bastoen, Enrico Chapel, Anne Demerlé, Gabriel Ehret, Philippe Gresset, Rémi Guinard, Margot Guislain, François Lamarre, Jean-Pierre Le Dantec, Pierre Pinon, Jean-François Pousse, Serge Santelli.


SOMMAIRE ÉDITORIAL 4

par Gwenaël Querrien

POSITIONS - DÉBATS 6

Où, pourquoi, pour qui, comment ? Questions autour de la tour Triangle

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Michel Corajoud (1937-2014) et la renaissance du paysagisme français

AU PIED DU MUR 20

Grand théâtre des Cordeliers à Albi, Dominique Perrault Architecture

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La Zac Ampère à Massy-Atlantis, Atelier Petermüller

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Centre culturel des Quinconces au Mans, Babin + Renaud

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Maison d’église à Saint-Denis, Patrick Berger & Jacques Anziutti

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Reconversion : les Teintureries à Tarare, Pierre Vurpas & associés

50

La nouvelle vie du Carreau du Temple à Paris, studioMilou architecture

CULTURE Livres 56

Espagne, les villes fantômes : Julia Schulz-Dornburg, Ruinas modernas et Anthony Poiraudeau, Projet El Pocero

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Alexis Pernet, Le Grand Paysage en projet. Histoire, critique et expérience

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Philippe Bonnin, et al. (dir.), Vocabulaire de la spatialité japonaise

66

Bruno Taut, La Maison japonaise et ses habitants

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Jean-Philippe Garric, Vers une agritecture. Architecture des constructions agricoles (1789-1950) Cinéma

73

The City, une symphonie urbaine à l’écran, film de Willard Van Dyke et Ralph Steiner

RECHERCHE - ENSEIGNEMENT 78

Bernardo Secchi (1934-2014), le dire et le faire

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René Elter (dir.), Patrimoine en Palestine

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Trois revues des écoles de paysage

Architecture

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Urbanisme

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Paysage

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Divers

SOMMAIRE

BIBLIOGRAPHIE “LES LIVRES” 94

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Éditorial par Gwenaël Querrien Après quinze ans d’existence 1 et quelques mois de réflexion, Archiscopie reparaît aujourd’hui sous une forme radicalement différente. La décision de publier dorénavant les informations événementielles sous forme numérique 2 a conduit à tout repenser : les temporalités, la forme - une édition papier trimestrielle pour les articles et un site associé - et, d’abord, le contenu. Ainsi la revue s’enrichit-elle de deux nouvelles rubriques : “Positions - Débats” fera plus de place à l’investigation et au questionnement ; “Recherche - Enseignement” valorisera l’apport des écoles supérieures d’architecture et de paysage, de l’université et d’autres centres de recherche, en France et à l’étranger, non seulement en termes de connaissances sur le domaine mais en tant qu’acteurs de l’évolution de la création elle-même - citons, parmi d’autres, les travaux du laboratoire Craterre de l’Ensa de Grenoble, ou ceux des chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Lausanne tant en matière de culture constructive que de conservation et de réutilisation du patrimoine moderne, que nous aurons l’occasion d’évoquer. L’idée est autant d’informer un public large que d’être une plateforme croisant les divers secteurs de la recherche, souvent trop cloisonnés. Certains des sujets traités dans ce numéro pourraient d’ailleurs figurer dans l’une ou l’autre de ces deux rubriques, la plupart des penseurs de la discipline architecturale et paysagère ayant été, à un moment ou l’autre, enseignant 3. Deux autres rubriques sont en continuité directe avec l’ancien mensuel : “Au pied du mur” où le lecteur retrouvera des analyses de réalisations à différentes échelles, d’un simple bâtiment à un quartier ou à un projet de grand paysage, avec une place importante consacrée aux projets de reconversion (cf. p. 43 et p. 49) 4, et “Culture” où sont désormais regroupés les commentaires de livres, d’expositions et de films. À ces quatre rubriques est associée, en 5e partie, la bibliographie “Les Livres”, qui passe donc d’un rythme semestriel à trimestriel. Cette mutation était l’occasion d’imaginer une nouvelle maquette, facilitant la lecture tout en soignant l’illustration, dans un format très maniable. À l’heure des yeux fatigués par les heures passées sur toutes sortes d’écran, favoriser le plaisir de la lecture et du toucher de l’objet livre, au service d’un contenu exigeant, était un objectif très stimulant. En espérant que ce projet rencontre ses lecteurs, et en remerciant nos abonnés fidèles pour leur patience, la rédaction adresse à tous ses meilleurs vœux pour 2015.

1 – Le titre Archiscopie a succédé en 2000, dans le cadre de la préfiguration de la Cité, au Bulletin d’informations architecturales que publiait l’Institut français d’architecture. Jusqu’à l’été 2014, c’était un mensuel de 28 p., complété d’une bibliographie semestrielle et d’un “Portrait de ville” annuel. 2 – Sur <www.archiscopie.fr>, opérationnel sous peu, figureront en accès libre le calendrier des manifestations culturelles et des brèves d’actualités, outre les informations utiles et une boutique. 3 – Cf., p. 13, Michel Corajoud et, p. 79, Bernardo Secchi. Cf. aussi, p. 87, “Trois revues des écoles de paysage”. 4 – Cf. aussi, sur ce thème, l’exposition “Un bâtiment, combien de vies ? La transformation comme acte de création”, à la Cité jusqu’au 28/9/2015. Commissariat et catalogue (dir.), Francis Rambert. Tables rondes les 4/2, 16/3 et 2/6. Rens. <www.citechaillot.fr>.

Dernière minute : 7 janvier 2015, nous sommes Charlie... 7 janvier 2015... nous sommes Charlie...


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Où, pourquoi, pour qui, comment ? Questions autour de la tour Triangle par Gwenaël Querrien Michel Corajoud (1937-2014) et la renaissance du paysagisme français par Jean-Pierre Le Dantec


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Gwenaël Querrien

1 – Cf. Jean Castex et Rémi Rouyer, “Les tours à Paris, bilan et prospectives”, Apur, janvier 2003, étude sur l’histoire et l’actualité des tours à Paris au xx e siècle - y compris les projets

non réalisés comme le fameux plan Voisin de Le Corbusier. 2 – Cf. notamment Christian de Portzamparc, “Pourquoi il faut construire la tour Triangle”, sur <www.lesechos.fr> du 13/11/2014, et Jean Nouvel, l’“Invité de 7 h 50” sur France Inter le 18/11/2014. Voir aussi la vidéo de la conférence de 2003 au Pavillon de l’Arsenal sur “La hauteur à Paris”, qui réunissait Jean Nouvel, Dominique Perrault et Christian de Portzamparc, sur <www.pavillon-arsenal.com>. 3 – Cf., entre autres, Élisabeth Bordes-Pagès, et al., “Référentiel de densités et de formes urbaines”, étude Iaurif, août 1995, <www.iau-idf.fr> ; “Habitat, formes urbaines. Densités comparées et tendances d’évolution en France”, étude Fnau (comité de rédaction : Marcel Belliot, Francis Cuillier et Nathan Starkman), octobre 2006, 276 p., <www.fnau.org>.

Le débat sur le bien-fondé de la construction de tours à Paris dure depuis des décennies, ayant traversé tout le xxe siècle1 parallèlement au développement de la mondialisation. Pour certains - dont les “starchitectes” hexagonaux2 et les édiles voulant afficher leur dynamisme -, la tour serait l’image incontournable de la modernité dans la compétition entre les villes globalisées, et ne pas en bâtir serait disqualifiant. Pour d’autres, notamment les riverains des projets et au-delà tous ceux qui tirent les leçons du passé proche, Paris intra-muros étant déjà une ville dense et sujette à la congestion, la tour n’est ni la seule ni la meilleure typologie pour bâtir la ville contemporaine en mal de foncier, du fait de ses inconvénients notoires (points de congestion, ombres portées, impact paysager, surcoût lié à la sécurité des immeubles de grande hauteur…). Différentes études sur le rapport entre typologie urbaine et densité3 l’ont d’ailleurs prouvé, du moins si l’on respecte les distances entre bâtiments garantissant à chacun un éclairage naturel correct et si l’on évite les méfaits des ombres portées permanentes. Loin du “form follows function” de Louis Sullivan, bannière de la modernité fonctionnaliste, les termes du débat sur la hauteur à Paris font plus souvent appel à l’image (au sens de la communication) qu’à l’analyse, au risque de perpétuer un dialogue de sourds sur le mode du “j’aime”, ou pas, que chacun pratique sur Facebook et autres réseaux sociaux. Certes, on est en droit de débattre de l’impact paysager et de l’esthétique d’une tour (ou de tout autre édifice), mais leur appréciation est toujours subjective. Il faut avant tout réfléchir au sens, tant symbolique que pratique, que peut avoir l’insertion d’un objet “XXL” dans un contexte urbain précis. Curieusement, quand il s’agit de construire une tour à Paris, comme aujourd’hui la tour Triangle à la porte de Versailles, la question du programme devient secondaire par rapport à celle de la forme, si bien que l’on n’hésite pas à changer plusieurs fois de

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1. Depuis Issyles-Moulineaux. 2. Depuis la rue de Vaugirard, Paris 15e. © Images 3D Herzog & de Meuron / Unibail-Rodamco (source : Pavillon de l’Arsenal). 4 – L’Arche de La Défense est un autre exemple de cette démarche formaliste et le ministère qui l’habite a dû s’y glisser après coup, malgré des inconvénients fonctionnels majeurs. 5 – Cf. le rapport Brundtland (1987) présenté par la commission mondiale sur l’environnement et le développement à l’assemblée générale des Nations unies. 6 – Conférence du 30/10/2014, cf. <www.pavillon-arsenal.com>.

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Projet de la tour Triangle :

programme à l’intérieur d’une même enveloppe architecturale prédéfinie, afin de faire aboutir l’opération coûte que coûte. Les défenseurs du projet Triangle le voient comme un génial coup de crayon dans le paysage parisien, signature prestigieuse oblige - en l’occurrence celle des architectes suisses pritzkerisés, Herzog & de Meuron. Confondant l’architecture d’une tour avec une sculpture géante que l’on habiterait accessoirement4, on oublie parfois de s’interroger sur le pourquoi, le comment et surtout le pour qui la tour sera bâtie, à qui elle profite et à qui elle nuit éventuellement. On réduit les objectifs en matière de développement durable à la performance thermique (nombre de kwh / m2 / an consommés) au lieu de prendre en considération toutes ses dimensions : écologique, économique, sociale et même culturelle5. Dans cette perspective, l’évaluation économique devrait se faire en coût global - de la conception à l’usage, voire à la démolition, en passant par la fabrication des matériaux et la construction elle-même. Chacun voyant midi à sa porte, la fascination exercée par l’objet tour tant sur les promoteurs que sur les architectes peut se comprendre car, d’une part, la rentabilité foncière (m2 bâtis / surface parcelle) est imbattable si l’on considère l’opération seule et, d’autre part, la dimension de l’objet (et parfois son esthétique) lui assure de ne pas passer inaperçu. Lors de la conférence de 2003 sur la hauteur à Paris au Pavillon de l’Arsenal, Jean Nouvel avait séduit une partie de l’auditoire en parlant d’“acupuncture” urbaine pour évoquer la possibilité d’une insertion fine et contextuelle de tours dans Paris. Faisant du même coup un détour historique, il donnait l’exemple des tours de San Geminiano, “signes de noblesse et de pouvoir”, affirmant à juste titre que “dès que l’on construit en hauteur, on devient point de repère, on se montre”, du moins si le contexte est une ville relativement basse. Plus récemment sur France Inter, il a évoqué la tour Triangle comme étant “un des objets sculpturaux les plus incroyables [qu’il ait] vus depuis longtemps”, réaffirmant son intérêt pour “les tours qui se voient”, qui s’affirment comme des “points de repère” ! Mais repère de quoi ? Repère “en soi”, ou du secteur ? Précisons que ladite “forme sculpturale” - comme l’a expliqué l’architecte Jacques Herzog lors de la conférence inaugurale de l’exposition récemment consacrée au projet Triangle au Pavillon de l’Arsenal -, loin d’être gratuite, répond à une étude de moindre impact en termes d’ombre portée comme d’insertion dans le quartier6. Quant au contenu de la tour, on sait seulement qu’outre les bureaux, elle offrirait une vue somptueuse depuis un espace-belvédère (mais c’est vrai depuis n’importe quelle tour qui crève le velum).

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On comprend aisément la symbolique de domination et de performance technique quand il s’agit des monuments du pouvoir, civil ou religieux, tels les donjons des châteaux forts, les tours de guet, les flèches des cathédrales ou les minarets des mosquées ; ou bien des bouquets de tours des quartiers d’affaires contemporains, comme Lower Manhattan, La Défense, la City de Londres, Pudong à Shanghai, etc., où sont concentrés les sièges de sociétés liées à la finance mondialisée ; ou encore du nouveau palais de justice de Paris (Renzo Piano arch., en cours) qui s’élèvera à 160 m et qui, même s’il a donné lieu à des recours, représente la toutepuissante justice dans un État de droit. On comprend aussi la logique de la hauteur lorsqu’il s’agit d’une véritable prouesse constructive innovante comme la tour Eiffel en 1889 (objet d’exposition qui devait être provisoire et suscita néanmoins une vive polémique), bientôt investie comme observatoire météorologique puis, fort logiquement, comme tour de télécommunications. Dans tous ces exemples tant historiques que contemporains, parisiens ou non, le sens de la hauteur ne fait pas de doute, qu’on apprécie ou pas ces architectures. Le cas de la tour Triangle est différent. Pour rappeler sommairement les faits, il s’agit depuis l’origine d’une opération privée portée par la Sci Tour Triangle et implantée, via un bail emphytéotique, sur le terrain municipal concédé à la société Viparis, gestionnaire du parc des expositions de la porte de Versailles. Le programme devait à l’origine (2008)


du projet de la tour Triangle. a. Porte de Versailles b. Palais des sports c. Tour Triangle d. Bd Victor e. Périphérique f. Rue de Vaugirard Doc. Apur. 7 – 83 voix contre, 78 pour. Le montant des travaux envisagés est de 500 millions d’euros. Cf. <lemonde.fr> des 17 et 18/11/2014. 8 – Michel Lemasson, “Rapport d’enquête et avis motivé du commissaire enquêteur”, 21 mars 2012, 367 p., pdf téléchargeable sur <paris.tower.free.fr>.

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Plan de situation

comporter un centre de congrès, avant de n’être plus qu’une banale tour de bureaux. Il accompagne en principe le programme de modernisation du parc des expositions où se tiennent d’importants salons, comme ceux de l’automobile, de l’agriculture et bien d’autres. La Ville, engagée dans les réflexions sur le Grand Paris, connaît les propositions d’édifier des tours à proximité de certaines portes de la capitale. Voulant éviter, pour le dynamisme de son image, le qualificatif de “ville-musée”, même s’il contribue à sa fortune touristique, elle soutient fortement le projet de tour qui implique de modifier le Plu voté en 2006, aux motifs de l’opportunité foncière et de l’intérêt du signal ainsi créé. Mais le projet dérogatoire a finalement fait l’objet d’un vote négatif du conseil municipal parisien le 17 novembre dernier7. La maire, Anne Hidalgo, a aussitôt contesté la validité de ce vote, les opposants n’ayant pas respecté le secret en exhibant leurs bulletins. Elle a par ailleurs dénoncé une opposition politicienne, nombre d’élus Ump ayant changé d’avis depuis la dernière campagne électorale pour s’aligner sur celui de Nathalie Kosciusko-Morizet, leur chef de file. On ne peut certes exclure cette hypothèse. Mais il est autrement plus intéressant de s’arrêter sur les informations consignées dans les 367 pages du rapport de l’enquête publique relative à la révision simplifiée du Plu, visant à déplafonner la hauteur autorisée sur le terrain concerné de ce secteur du 15e arrondissement8. Outre les analyses critiques - certaines très circonstanciées - formulées contre le projet par des particuliers ou des associations, on peut y lire les questions du commissaire enquêteur aux différents acteurs concernés et leurs réponses, parmi lesquelles celles de la Ville qui envisage des amendements possibles au projet, notamment quant à son programme ! Nous n’évoquerons ici, faute de place, que quatre des principaux points litigieux, dont les trois derniers ont conduit le commissaire enquêteur à émettre des réserves à lever préalablement à l’approbation du projet. D’abord, la modification du Plu se fait, en principe, au nom de l’“intérêt général”, alors que le programme est essentiellement une banale tour de bureaux ; d’où de nombreuses critiques contestant le caractère d’intérêt général de cette opération privée. La Ville y répond en faisant valoir que la tour Triangle créera une attractivité touristique par sa taille et sa signature, qui en font un monument. Elle estime de plus qu’on ne refuse pas une opération d’envergure financée par le privé à hauteur de 500 millions d’euros et qui ne peut qu’avoir des retombées économiques bénéfiques (5 000 emplois sur place, les opposants n’y voyant pas pour autant des emplois créés).

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Elle insiste sur le manque de bureaux de nouvelle génération. Pesant les différents arguments des uns et des autres, le commissaire enquêteur conclut finalement : “Contrairement à ce qu’affirme une grande majorité des observations, je pense qu’une pure opération d’immobilier d’entreprise privée peut être un des éléments qui peut contribuer à l’intérêt général dans la mesure où elle ne s’oppose pas directement à un autre élément d’intérêt général plus fort.” Une formulation plutôt alambiquée et surprenante. Le deuxième point concerne les avantages et inconvénients du projet pour le fonctionnement du parc des expositions. L’analyse du commissaire enquêteur (p. 303) souligne que le projet Triangle ampute de 4 900 m2 son terrain devant le hall 1, ce dernier étant lui-même réduit de plus de 6 000 m2. Si le gestionnaire du parc (Viparis) - société ayant les mêmes actionnaires que la Sci Tour Triangle et que le parc des expositions de Villepinte - a bien été consulté par la Ville sur l’opportunité du projet de tour, les organisateurs des principaux salons ne l’ont pas été. Or, au cours de l’enquête, ils ont exprimé leur désaccord sur cette réduction de surface jugée préjudiciable, et sur la perspective d’un chantier long qui créera de fortes nuisances. Des transferts vers le parc de Villepinte sont d’ailleurs déjà programmés (Batimat entre autres). Le commissaire exige donc de la Ville d’“obtenir un consensus des acteurs du parc des expositions”.


Projet de la tour Triangle vu depuis l’Arc de Triomphe de la place de l’Étoile, Paris 16e. © Image 3D Herzog & de Meuron / Unibail-Rodamco (source : Pavillon de l’Arsenal). 9 – Cf. les réserves du commissaire et les réponses de la Ville sur <www.paris.fr>. 10 – À l’exception notoire de son ancienne présidente, Laurence Parisot, qui pense que “c’est une très mauvaise idée, y compris sur le plan économique”. Cf. <Europe1.fr> du 16/11/2014,

Troisième critique majeure formulée par les usagers du secteur : la saturation des moyens de transport en commun et de la voirie est déjà réelle à certaines heures pendant les salons les plus courus et sera amplifiée, non seulement par les 5 000 personnes travaillant dans la tour mais aussi par les usagers d’autres opérations en cours, dans le sud du 15e (Balard) et le nord d’Issy-les-Moulineaux. Le commissaire enquêteur observe que, sur ce point sensible, les études d’impact semblent avoir suivi le projet plutôt que de l’avoir précédé (p. 325), ce qui les rend difficilement crédibles aux yeux du public. Il émet donc une deuxième réserve : la Ville doit “montrer l’acceptabilité du cumul des projets en matière de transport et de circulation”. Enfin, en matière d’environnement, pour ce qui concerne la réponse du projet aux objectifs du développement durable et du Plan climat, le commissaire “estime que le projet manque d’ambition (l’énergie positive n’est pas envisagée)”. Il formule de plus une (troisième) réserve concernant l’insuffisance des études d’impact environnemental : la Ville doit “poursuivre les études pour apporter des réponses sur les impacts jugés négatifs du projet sur l’environnement et notamment les incidences des ombres portées sur les immeubles du boulevard Victor”. Même si, depuis 2012, la Ville a donné des réponses de principe aux trois réserves du commissaire enquêteur, le débat est loin d’être clos9. Et si nos deux Pritzker français, comme nombre de leurs confrères architectes, Le Moniteur des travaux publics et le Medef10 déplorent le vote négatif du conseil de Paris et espèrent son annulation, un autre éminent prix Pritzker, le Japonais Toyo Ito, fait entendre une voix différente, notamment dans une interview filmée de l’exposition “Revoir Paris11”. Il constate que “sous l’effet de la mondialisation, plus ça va, plus les villes ont tendance à se ressembler”, alors qu’“on reconnaît Paris au premier coup d’œil”. Sans doute une tour de plus n’y changera pas grandchose. Mais si les élus dérogent, sans réel motif d’intérêt général, à la règle commune qu’ils ont eux-mêmes instituée peu auparavant (le Plu de 2006), leur crédibilité est atteinte et les Parisiens peuvent craindre à juste titre la multiplication des dérogations.

Parisot - la tour Triangle”. 11 – Exposition “Schuiten, Peeters, Revoir Paris. Deux siècles de visions urbaines”, Cité de l’architecture et du patrimoine, jusqu’au 11 mars 2015.

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“Le parti pris de Laurence

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Jean-Pierre Le Dantec

Michel Corajoud (1937-2014) et la renaissance du paysagisme français

1. Effet de brouillard sur les miroirs d’eau aménagés sur les quais de Bordeaux, 2006, avec Jean-Max Llorca fontainier et Pierre Gagnet arch. Ph. © Atelier Corajoud. 2. Le parc du Sausset à Aulnay-sous-Bois en 1981. Ph. © J. B. Leroux / Atelier Corajoud / Jacques Coulon / Rmn-gp.

Selon Michel Corajoud, le désir de modernisme absolu était si fort chez les architectes et les paysagistes au début des années 1960 qu’ignorer délibérément le contexte historique et social leur semblait une nécessité. Dans un univers en changement accéléré, la condition de leur créativité consistait, pensaient-ils, à préserver leurs interventions du “déjà là” urbain et paysager, ainsi que des pratiques réputées conventionnelles des habitants. La volonté de puissance et d’amnésie était telle, dans le milieu que rejoignait alors Corajoud, que recueillir l’héritage, pourtant exceptionnel, des paysagistes-urbanistes de l’école d’Alphand paraissait sans objet, cependant que le nom de Forestier, éminent “jardiniste” fondateur de la Société française des urbanistes en 1911, ne subsistait plus que par le médaillon représentant, sur un mur de Bagatelle, le profil du principal héritier d’une tradition de paysagistes urbains comme Barillet-Deschamps, les frères Bühler, Paxton, Lenné, André, Olmsted et Vaux. Dans ce contexte, le paysagisme français, confiné au cosmétisme horticultural, “verdissait” sans états d’âme les grands ensembles, les jardins de ville et les sites patrimoniaux. Seul ou presque (avec Jacques Sgard et quelques autres), un trublion génial nommé Jacques Simon bataillait pour imposer une pratique différente du métier : celle où la connaissance du végétal doublée par une ambition plastique apparentée au land art s’articulerait avec une réflexion théorique, concrétisée en textes et en dessins, sur le rural et sur l’urbain, donc sur les paysages contemporains. S’il partageait alors plus ou moins les préjugés de cette époque, le jeune Corajoud avait de l’ambition, des convictions politiques et du flair. Aussi n’est-ce pas un hasard si,

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“Je compare souvent l’art du paysage à celui de la conversation.” M. Corajoud, juillet 2003 (texte écrit à l’occasion du Grand Prix de l’urbanisme)

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diplômé en arts décoratifs, c’est auprès de Jacques Simon qu’il se forme au paysage, avant de s’associer avec Henri Ciriani et Borja Huidobro au sein d’un collectif d’esprit progressiste : l’Atelier d’urbanisme et d’architecture (Aua), où il participe à l’aménagement du programme urbain le plus ambitieux du début des années 1970, La Villeneuve de Grenoble. À la suite de ce travail, ses convictions s’affirment en s’infléchissant : repoussant l’idée de la “table rase”, il commence à comprendre que tout projet urbain et paysager implique d’être pensé en termes d’enchaînements, de liaison entre passé, présent et avenir, et décide de prendre de la distance pour réfléchir. À son retour d’Afrique où il s’est ressourcé à l’abri des querelles agitant l’Aua, il choisit, bien que son corpus théorique puisse encore apparaître, avec le recul, relativement fragmentaire et fragile, de doubler son activité de praticien par celle d’enseignant. Il entrevoit en effet, comme Ciriani au même moment, l’enrichissement que la nécessité de mettre au clair ses idées pour les confronter à celles de collègues et d’étudiants apporterait à sa pensée, donc à sa pratique. Aussi, avec la passion, l’intelligence, le désir de partage, la générosité et… l’intransigeance qui sont les traits majeurs de sa personnalité, se lance-t-il dans une bataille destinée à transformer l’école d’horticulture de Versailles en école nationale supérieure de paysage. Ce double investissement porte ses fruits. S’ouvre en effet, dès lors, une aventure individuelle et collective qui va donner naissance, d’un côté, à une œuvre personnelle jalonnée par des réalisations majeures et, de l’autre, à l’éclosion d’une

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1. Les jardins d’Éole, Paris 18e, 2007. Ph. © Atelier Corajoud. 2. Planche du texte “Le paysage : une expérience pour construire la ville”, juillet 2003. Dessins M. Corajoud. Ph. © Gérard Dufresne. 3. Parc Jean Verlhac au sud de La Villeneuve de Grenoble, 1974, avec H. Ciriani et B. Huidobro (Aua). Ph. © Dr. 4. Parc des Coudrays à Élancourt, 1974. Réhabilité en 2004 par Ilex paysagiste. Ph. © Alexandre Chemetoff, 2005.

génération de paysagistes issue de l’École de Versailles, dont la qualité est aujourd’hui reconnue internationalement. Ce n’est pas le lieu, ici, de rendre compte des différents épisodes ponctuant cette aventure achevée trop tôt, mais plutôt d’en souligner les principaux motifs. À leur fondement se situe un parti pris esthétique essentiel chez Corajoud : la conviction que la beauté est moins dans la nature “sauvage” que dans la campagne cultivée. Les paysages qu’il aime - ceux de l’Europe méditerranéenne, tout particulièrement - sont le produit de l’intelligence rusée (la métis, disaient les Grecs) avec laquelle les paysans ont tracé des lignes et des sillons menant jusqu’aux limites des parcelles (donc, si possible, jusqu’à cet autre nom du paysage selon Corajoud : l’horizon) en négociant leur rectitude avec les pierres et les plis du sol. C’est cet ancrage de ses paysages d’élection dans un mixte de terre et de génie humain qui l’a tenu à l’écart des thèses culturalistes défendues, à propos du paysage, par l’autre grand acteur du renouveau du paysagisme en France, Bernard Lassus. Si Corajoud était conscient, en effet, que le paysage ne se réduit pas au “pays” ou à l’environnement écologique, mais suppose l’émotion d’un regardeur sensible - extérieur, la plupart du temps, au milieu de ses créateurs matériels -, il était trop attaché aux gestes qui avaient créé ce pays et cet environnement pour ne pas se vouloir, à sa manière, un “paysan”. Et cette conviction était chez lui si entière qu’il allait jusqu’à faire de la campagne cultivée le modèle sous-jacent de la ville elle-même - ville qu’il n’opposait donc pas à la campagne, et qu’il aimait avec la même passion, pour autant qu’elle

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ne soit pas confondue avec l’urbain “émergent”, produit du seul marché. Une deuxième thèse défendue par Michel Corajoud était résumée dans une jolie formule : “Tout projet tel que je l’entends consiste à entrer dans une conversation déjà commencée et qui se poursuivra après.” Par quoi il entendait souligner deux choses. D’une part, approfondissant sa critique de la “table rase”, il affirmait son rejet de la posture consistant, au nom de la liberté de création artistique, à juxtaposer des objets, éventuellement brillants, quand le propos du paysage est au contraire de créer du lien, des relations entre les objets créés, et que cette visée suppose d’interroger les différentes strates du réel, humain comme territorial. D’autre part, questionnant cette fois la démarche de projet elle-même, il revendiquait son caractère cognitif : c’est par le processus de travail sur l’espace qu’on se familiarise avec la réalité pour mieux l’ajuster, au terme d’un work in progress aux conditions et aux usages contemporains. Une troisième thèse chère à Michel Corajoud consistait à prôner l’indiscipline. Pourquoi ? Parce que des éléments de solution au problème posé au paysagiste se trouvent souvent en dehors du périmètre défini par le programme - paradoxe que le dispositif de l’emprunt paysager, qui transforme un objet remarquable extérieur au site en élément majeur du paysage intérieur, démontre clairement. Enfin, Corajoud mettait en avant une visée essentielle à ses yeux : “Il faut que le promeneur visitant mon travail ait l’impression que ce paysage était là depuis toujours.” Et il précisait que la condition pour obtenir un tel résultat consistait à “s’en tenir à ce qui est juste en débarrassant son projet du superflu”. Belle apologie de la simplicité, vertu qui était l’un des traits les plus attachants de son caractère. Ne prenait-il pas soin de rappeler - lui dont l’œuvre était si reconnue, y compris hors de France, qu’il aurait pu jouer à la “star” - que cette œuvre appartenait aussi à son épouse et associée, Claire Corajoud, à ses collaborateurs et, d’une certaine manière, aux étudiants au contact desquels, dans un dialogue passionné, il avait appris à développer les linéaments de son art ?

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Ndlr : Michel Corajoud était notamment membre du comité scientifique de la revue Les Carnets du paysage, coéditée par Actes Sud et l’École nationale supérieure de paysage de Versailles, où il a enseigné pendant trente-sept ans (cf. § Recherche - Enseignement). Il a notamment publié, en 2010, Le Paysage, c’est l’endroit où le ciel et la terre se touchent, aux éditions Actes Sud. Cf. aussi des textes et illustrations sur <corajoudmichel.nerim.net>.


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Grand théâtre des Cordeliers à Albi, Dominique Perrault Architecture par Jean-François Pousse

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La Zac Ampère à Massy-Atlantis, Atelier Petermüller architecte coordinateur par François Lamarre

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Centre culturel des Quinconces au Mans, Babin + Renaud architectes par François Lamarre

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Maison d’église à Saint-Denis, Patrick Berger & Jacques Anziutti architectes par Jean-François Pousse

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Reconversion : les Teintureries de Tarare, Pierre Vurpas & associés architectes par Gabriel Ehret

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La nouvelle vie du Carreau du Temple, studioMilou architecture par Margot Guislain


Jean-François Pousse

Grand théâtre des Cordeliers à Albi

Façade sur le parvis du théâtre. Ph. © Georges Fessy / Dpa / Adagp.

Ah le curieux bâtiment ! Sous tel angle, il est raide et massif. Sous tel autre, il respire, presque aérien, coulé dans l’ocre de la ville. Ce balancement tient à l’immense résille de métal qui l’enveloppe. La maille est belle, sa matière aussi, mais la forme générale trouble. Travaillée en doubles courbures qui lui donnent sa rigidité statique, elle fait à la fois robe de duègne et jupe au vent, tente de bédouin surdimensionnée et grande voile d’or. Tout cela est très calculé. Albi (50 000 habitants, 96 000 pour l’aire urbaine) et son ancien maire Philippe Bonnecarrère (Udi) voulaient un grand théâtre, un équipement à la hauteur des ambitions culturelles de la ville, du classement de la cité épiscopale au Patrimoine mondial de l’Unesco (31 juillet 2010), mais aussi des initiatives tous azimuts pour stimuler le mécénat. Au concours, parmi les 149 équipes à avoir soumissionné, Dpa l’emporte sur les deux autres retenues - Kengo Kuma et l’Atelier Christian de Portzamparc pour la dimension urbaine de sa proposition, sa capacité à se glisser dans la ville malgré la densité du programme et l’exiguïté relative du site. En vue cavalière, la majestueuse cathédrale Sainte-Cécile sert de point d’ancrage. À la place quasi pentagonale qui borde son chevet, Perrault imagine de répondre en dégageant devant son projet un parvis généreux en triangle. Entre les deux, il propose à la commune de travailler avec Jeppe Hein pour le réaménagement de la place Lapérouse, triangulaire elle aussi, pour laquelle l’artiste danois imagine un pavillon d’eau à ciel ouvert (baptisé Encircle, 2013), nouvelle attraction sur le chemin ainsi tracé sur environ 500 mètres de la cathédrale au grand théâtre et, plus loin au sud, vers le parc de Rochegude. L’insertion urbaine est confortée par l’architecture, malgré un programme très dense : deux salles de théâtre - l’une de 900 places, l’autre de 250 -, huit salles de cinéma (de 130 à 450 sièges, soit 1 400 fauteuils), un restaurant et un

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Dominique Perrault Architecture

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Hall d’entrée théâtre

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Parvis du théâtre


sur l’avenue du Général de Gaulle. Ph. © Georges Fessy / Dpa / Adagp. 2. Plan du Rdc avec espaces publics. © Dpa /Adagp.

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1. Façade latérale

parking pour 372 véhicules. Installer un tel ensemble tout en proposant tant d’espace public, sans écraser le quartier, relevait de la gageure. Solution ? Acte 1, Perrault regroupe le tout en une seule masse, sauf les cinémas escamotés en sous-sol, en partie sous le grand théâtre, mais aussi sous un deuxième parvis côté sud, en lien avec la vieille bâtisse de l’Athanor, réhabilitée et aménagée en nouvelle entrée des salles obscures. Acte 2, bien que le plus réduit possible, le bâtiment à nu faisant bloc massif face aux petits immeubles de son entourage immédiat, il l’enveloppe d’une résille de dimensions plus vastes encore. Paradoxe : pour alléger, l’architecte agrandit, pour réduire il augmente. Mais, en parfaite continuité avec le thème de la disparition qui traverse son œuvre, il joue la dématérialisation par la matière, le jeu des simple, double et même triple peaux. Repartons de la maille. Il y a plus de vingt-cinq ans, Gkd l’avait fournie pour les pignons des tours de la Bnf et c’est encore cette entreprise allemande qui l’a tissée pour Albi, toujours sur des patrons ciselés par Gaëlle Lauriot-Prévost. En alu anodisé, elle mêle la lumière à ses courbes, la manipule, or ici, grise là, carmin plus loin. Filtre, elle masque et démasque ce qu’elle protège : le théâtre proprement dit, pris dans une gangue de verre et de panneaux de façade, eux aussi en aluminium, peints de gammes de bronze, de brique, de rose, de rouge, hommage symbiotique à Sainte-Cécile, la cathédrale ocre, hommage à sa fastueuse robe de fresques qui couvrent les murs de sa nef. Aimantés par la maille, les regards ne remarquent pas d’emblée que cet effort d’immersion, de fusion avec le chromatisme d’Albi - ses maisons, leurs enduits, les briques - vient de cette manipulation des couleurs, de l’alchimie des reflets. La maille les reçoit comme elle reçoit la lumière et, de tout cela, elle s’habille comme au théâtre. Laissons de côté l’effet photophore dès que la nuit tombe - il fonctionne à merveille - pour s’en tenir aux intérieurs. Pour éviter de compresser le hall d’accueil avec la sous-face des gradins de la grande salle, Perrault la dessine en demilune blanche sur laquelle les projections viennent comme au cinéma, visibles de l’extérieur. Surtout, il dresse deux escaliers différents, suspendus à main droite et gauche, manière de grimper aux étages bien sûr, mais surtout de s’arrêter, de s’asseoir sur les marches pour voir et être vu. Avec les sols noirs luisants, l’acier inox des banques d’accueil et des comptoirs, le doré des vitrages qui le soir vire au rouge, le tout claque et marque le début du voyage vers les hauteurs, le foyer en surplomb sur le lobby, puis la grande salle aux sièges couleur sang frais, aux murs sculptés de creux et de reliefs en bois noir, mat, brillant, truffés de pièges à son, d’éléments

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d Rue des Septfonds


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sur le théâtre. a. Hall d’entrée b. Grande salle c. Cage de scène d. Logistique e. Petite salle f. Restaurant g. 8 salles de cinéma © Dpa /Adagp. 2. Vue du foyer du théâtre. Ph. © Georges Fessy / Dpa / Adagp. 3. La grande salle du théâtre. Ph. © Vincent Boutin / Dpa / Adagp.

absorbants ou réverbérants travaillés en orfèvre par l’acousticien Jean-Paul Lamoureux. Comme des bras, ils se tendent et se courbent vers la scène, enveloppement surligné par l’incise des fluorescents. Plus intime, la black box, noire du sol au plafond et dont les sièges se rétractent selon les besoins, porte bien son nom. Après tant de noirceur, la lumière de la terrasse éblouit (le restaurant est signé Joël Cochen arch.). À 25 mètres au-dessus du sol, quoique troublées par la résille, les vues sur Albi et sa cathédrale sont superbes. De là, impossible de ne pas sentir l’ambition de cet équipement, scène nationale depuis 1992, dont l’architecture est le miroir géant. À la fois flatteur et dérangeant. Au-delà des performances de l’outil, c’est son autonomie formelle qui attire et trouble les utilisateurs, son identité sans réel équivalent, même si pour le Mariinsky II (non réalisé) à Saint-Pétersbourg, l’architecte proposait déjà une résille enveloppante de verre et d’acier. Rejet, attirance. Sans s’avancer beaucoup, ce particularisme apprivoisera bientôt ceux qu’aujourd’hui il perturbe.

Fiche technique

Scénographie : Changement à vue.

Scène nationale d’Albi, grand théâtre, place

Entreprises principales : Soletanche (parois

de l’Amitié entre les Peuples, Albi (Tarn). Théâtre :

moulées), Socotrap, Cari (gros œuvre, charpente),

2 salles (900 et 250 places), administration,

Coveris, Marti (façades, menuiseries extérieures),

logistique, foyers, restaurant indépendant ; complexe

Massoutier Fils, Pma (plâtrerie, cloisons, plafonds

cinématographique de 8 salles (1 400 places) ;

suspendus), Battut (menuiseries intérieures), Artel SN

parc de stationnement souterrain ; aménagements

(métallerie), Gkd (maille spiralée Escale). Surfaces :

d’espaces publics autour. Maîtrise d’ouvrage : Ville

10 200 m2 Shon (théâtre) ; 7 800 m2 Shon (complexe

d’Albi. Maîtrise d’œuvre : Dpa (Dominique Perrault

cinématographique). Calendrier : concours, novembre

Architecture) ; architecte d’opération : Astruc

2009 ; travaux de construction et aménagement

Architectes. Bet : VP Green (structures), Grontmij

des espaces publics, avril 2011-décembre 2013.

Etco (fluides). Acoustique : Jean-Paul Lamoureux.

Montant des travaux : 53 M€ Ttc.

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1. Coupe longitudinale

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François Lamarre

La Z ac Ampère à Massy-Atlantis : “La rue e(s)t mon jardin”

Quartier Ampère, Massy-Atlantis : 1. Aménagements paysagers en bordure du parc Ampère, Florence Mercier paysagiste. Immeuble sur la droite, François Leclercq arch. 2. Aire de jeux. Immeuble sur la droite, Christian Hauvette et assoc. - Baumschlager Eberle arch. Ph. © Gwenaël Querrien.

En l’absence d’une matérialisation sensible, l’aménagement urbain est un sujet difficile à traiter pour les publications sauf à montrer l’architecture produite sur place, toujours plus photogénique que les voiries et réseaux divers préalablement réalisés à grands frais. Le quartier Ampère de Massy-Atlantis fait exception à la règle en présentant un aménagement sophistiqué qui accorde une place primordiale au végétal et s’attache à la coordination architecturale pour développer des ambiances vertes et variées constitutives d’un paysage urbain novateur. De quoi impressionner la pellicule dès les premières années d’existence. Pour apprécier la mue opérée, il convient de restituer l’histoire de ce territoire de Massy initialement livré aux industries de pointe, entre faisceau ferroviaire et bretelle d’autoroute. Aménagement pionnier des décennies 1960-1970, la zone industrielle des Champs ronds a connu un indéniable succès avec l’installation de quelques fleurons de l’industrie française dont Bull, Alcatel, Alstom, les Ptt - plus tard scindés en deux entités, France Télécom et la Poste -, la Sagem, etc., jusqu’à totaliser 12 000 emplois sur 80 hectares. À partir de 1991, le nœud ferroviaire constitué autour de la gare de Massy Tgv et de la double desserte des Rer B et C change la donne, laissant entrevoir un autre avenir alors que ces entreprises se transforment en profondeur sous le coup de la révolution numérique. Pour les retenir et en attirer de nouvelles, la municipalité de Massy envisage au tournant du siècle de redéployer la zone sur un principe de mixité entre habitat et activités tertiaires, en relève des installations vieillissantes et bientôt obsolètes. La nouvelle orientation est traduite dans un plan de référence (Bécard & Palay, architectes urbanistes) puis dans le Plu de 2003, qui confère l’assise réglementaire nécessaire à cette mutation urbaine pilotée par l’aménageur local, la Semmassy. L’ancienne ZI est ainsi

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Atelier Petermüller architecte coordinateur

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Avenue de Paris

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Rue Jean Bart

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découpée en trois quartiers opérationnels, Paris Briis, Carnot et Ampère, dont la définition est confiée à trois architectes urbanistes choisis sur appel d’offres, respectivement Pierre Gangnet, Jean Chéron et Dominique Petermüller, alors associée à Philippe Panerai. Ensemble, ils élaborent une charte de qualité urbaine, architecturale et paysagère par la suite développée à la sauce durable. L’objectif est de conférer à chaque quartier une identité propre et d’assurer en même temps leur continuité en arrêtant des éléments d’aménagement communs aux trois : bordures de trottoir et caniveaux en granit, revêtements en dalles béton, mobilier urbain… Avec toutefois des marges d’interprétation comme le dimensionnement et le calepinage des dallages en béton. Totale liberté est en revanche laissée dans le choix des essences plantées. Au tissu mixte recherché sur les trois quartiers s’ajoute un pôle de vie urbaine, la place du Grand-Ouest, reliant le quartier Ampère aux gares à travers Carnot. Sa réalisation, concentrant commerces et équipements culturels, est confiée à Elizabeth et Christian de Portzamparc. Pour mode opératoire, la Semmassy a adopté la procédure de Zac dite “d’incitation”, qui la dispense de faire l’acquisition des terrains pour procéder par convention avec

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Architectes des opérations : 1. A. Coupel 2. Rolinet et assoc. 3. Ch. Girat 4. Brenac & Gonzalez 5. Daufresne & Le Garrec 6. Hauvette et assoc. / Baumschlager Eberle 7. Naud & Poux 8. Babin + Renaud 9. Atelier 2/3/4/ 10. Marrec et Combarel 11. Babel 12. F. Leclercq 13. Puzzler 14. S. Hennig 15. J. Ripault 16. Lltr / G. Testas 17. E. Aboulker 18. Cassiopée 19. V. Cornu 20. Colboc Franzen & assoc. 21. Quadri Fiore 22. Synthèse architecture 23. Th. Borderie 24. Lehoux - Phily - Samaha 25. Wilmotte et assoc. 26. Lan architecture 27. Tolila + Gilliland 28. P. Colin 29. Atelier 115 30. A. Schoenert 31. F. Mercier paysagiste © Atelier Petermüller arch. 1 et 2. Aménagements de l’espace public. Ph. © Atelier Petermüller arch. 3. Mobilier urbain voué au tri sélectif. Ph. © Gwenaël Querrien. 1 – Réalisée par Naud & Poux arch., cf. Archiscopie, n° 129, mars 2014.

les opérateurs fonciers retenus en fixant toutes les conditions de l’aménagement, des programmes aux participations financières, et en organisant la rétrocession de la voirie et des espaces publics à la collectivité. Dans une telle procédure négociée, tout le monde se tient par la barbichette et les contrôles d’étapes abondent (documents réglementaires, avant-projet sommaire, permis de construire…), obligeant Ville et investisseurs à faire preuve d’une compréhension réciproque. Et au milieu se tient l’architecte coordinateur du quartier, dont le projet sert de support aux négociations financières et dont la tâche est de les faciliter sans compromettre l’essentiel. Aujourd’hui achevée, la première tranche du quartier Ampère témoigne du travail accompli dans le cadre de ce partenariat public-privé d’un genre nouveau. Si les pressions furent fortes tout au long du processus pour augmenter les quantités, les objectifs de mixité et de densité furent tenus, de même que les règles de composition instaurant des percées visuelles, des gabarits et des lignes de ciel. La toise établie à quatre ou cinq étages fut ainsi renégociée pour varier de trois à sept et marquer des contrastes en bénéficiant des opportunités d’usage que sont les balcons et les terrasses. La hiérarchie des voies s’en trouve affirmée avec pour point haut la résidence estudiantine implantée à la croisée du mail Ampère et de la rue Léonard de Vinci1. La fabrication de la ville s’est ainsi opérée dans une cascade d’intervenants sous la conduite du coordinateur de quartier, son projet faisant référence. Couvrant une vingtaine d’hectares, la première tranche d’Ampère (44,3 ha au total) incombe ainsi à trois opérateurs fonciers liés aux propriétaires historiques en quête de relogement, lesquels mobilisent des équipes promoteur-architecte choisies conjointement. Les listes d’architectes fournies à titre indicatif par Dominique Petermüller ont eu pour principal effet de faire comprendre à tous le niveau d’exigence recherché. C’est ainsi que sur le terrain Alstom, le plus grand des trois (8 ha), la foncière Société de la Tour Eiffel s’est adjoint le concours de l’agence Wilmotte et de Lan pour “remouliner” le projet urbain avant de placer les opérations auprès des promoteurs Nexity et Immobilière 3F, qui ont fait appel aux architectes François Leclercq, Brenac & Gonzalez, du Besset-Lyon, et au bureau de paysage Bouriette & Vaconsin pour l’ensemble du lot, l’agence Wilmotte héritant de la construction des nouveaux locaux d’Alstom et la paysagiste Florence Mercier de la transformation de l’ancien jardin de l’entreprise en parc public. Faute d’un inventaire exhaustif, force est de constater que les architectes intervenant sur les

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Plan de la Zac Ampère.

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trois sous-ensembles de la Zac Ampère composent un panel éloquent dont la diversité d’écritures est opportunément lissée par la trame verte tendue sur le quartier par Dominique Petermüller et son paysagiste Pierre Dabilly. L’idée qui soustend l’aménagement tient en une revendication fièrement énoncée : “La rue e(s)t mon jardin.” Pour faire de la zone un quartier d’habitat, le paysage d’hier - fait de voiries lourdes, de clôtures, de portails et de cours industrielles consacrant le règne de l’enrobé - a été patiemment déconstruit pour réintroduire la nature et accompagner le piéton dans ses parcours quotidiens. Les emprises encloses de plusieurs hectares ont été démembrées et recoupées de rues jalonnées d’unités de voisinage d’environ 80 logements. Ce réseau souligné d’une


Ampère. Sur la gauche, immeuble de Hauvette et ass. - Baumschlager Eberle arch. 2. Intérieur d’îlot, Babel architectes. Ph. © Gwenaël Querrien.

Fiche technique

Maîtrise d’œuvre urbaine, conception des espaces

Quartier Ampère, zone d’aménagement concerté

publics et coordination architecturale : Atelier

“d’incitation” (Zac de 44,3 ha), à Massy-Atlantis

Petermüller arch. Bet : Grontmij Sechaud & Bossuyt

(Essonne). Première tranche : 20 ha, 1 600 logements,

puis Batt. Paysagiste : Pierre Dabilly (Let’s grow).

136 000 m2 de bureaux, un parc public

Entreprises Vrd et paysage : Essonne TP, Eurovia,

et une douzaine de voies aménagées et plantées.

Agrigex. Calendrier : plan directeur, 2004-2005 ;

Maîtrise d’ouvrage et aménagement : Semmassy

coordination urbaine, 2005-2015 ; maîtrise d’œuvre

(Willem Pauwels, directeur) pour la Ville de Massy.

des espaces publics, 2008-2015.

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1. Une rue du quartier

abondante végétation donne le ton du quartier et s’impose aux différentes architectures juxtaposées de manière à scander les rues de trouées sur le ciel et de percées visuelles sur les cœurs d’îlot également plantés. Les continuités y sont végétales et non pas minérales, la trame verte supplantant les fronts bâtis fractionnés à dessein pour privilégier l’impression de nature. Cette omniprésence de la végétation ne vient en rien contredire l’image urbaine du quartier, à l’instar des ambiances rencontrées outre-Rhin, dans les urbanisations nouvelles comme dans les friches reconverties, depuis Fribourg-en-Brisgau jusqu’à Berlin. Les graminées et les fleurs envahissent les trottoirs en bandes continues ou en massifs au pied des arbres d’alignement dans une profusion de feuillages et de couleurs qui varie au gré des saisons. S’y intercalent, hélas, les grosses poubelles de rue vouées au tri sélectif que leur design ne suffit pas à escamoter : un tribut au comportement citoyen qui semble aujourd’hui incontournable. Axe principal, le mail Ampère constitue une promenade sur 400 mètres dont le sol est pour moitié composé de terre végétale et planté de quelque trois cents arbres, dont plus d’un tiers de haute tige et d’essences variées. Les eaux pluviales y sont en majeure partie recueillies. Et les bancs publics n’y sont pas proscrits… S’y trouvent également des aires de jeux et des chambres de verdure disséminées au gré de bosquets, de bouts de champs et de coins de prairies. De moindre calibre, les rues adjacentes s’étirent à l’unisson et les opérations attenantes rivalisent d’espaces verts intérieurs établis en continuité visuelle derrière les clôtures. Si la rue est aujourd’hui un jardin, la largeur des plates-bandes laisse augurer d’autres appropriations de type potager ou planche horticole, si la vie du quartier le demande à l’avenir. L’agrément, premier stade de la révolution verte en milieu urbain. Demain l’agriculture ?

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François Lamarre

Centre culturel des Quinconces au Mans

Vue depuis le théâtre vers la rue des Jacobins. Ph. © Cécile Septet.

Difficile de faire plus central ! Situé en contrebas de la cathédrale Saint-Julien et de la ville médiévale, à l’articulation de la place des Jacobins et de l’esplanade des Quinconces, le centre culturel éponyme est le nouveau point focal de la cité mancelle, positionné au cœur de la vie locale. La place accueille trois fois par semaine un marché très couru et l’esplanade sert de cadre aux grands rendez-vous annuels que sont le Pesage des 24 Heures du Mans, la 25e Heure du livre et des foires. Refermant la place, le nouvel édifice y côtoie la cité judiciaire construite dans les années 1980 et le palais des comtes du Maine, aujourd’hui mairie. À cet emplacement exceptionnel se tenait hier le théâtre de la ville, un édifice de la fin du xixe siècle maladroitement remanié et finalement démoli. Le ressusciter s’imposait, mais sous une forme actualisée et élargie pour répondre aux attentes de la population et valoriser l’emplacement dans le partage. L’idée d’y adjoindre un cinéma multiplexe et un ensemble de salles polyvalentes est apparue comme un prolongement logique et une proximité naturelle pour assurer une fréquentation quotidienne et familière. C’était oublier que l’on ne mélange pas impunément les publics et les images attachées à ces équipements respectifs opposant l’apparat et l’ordinaire, le noble et l’utilitaire… Si l’inscription du théâtre dans l’histoire et le vécu du lieu n’a fait aucun doute, l’arrivée d’un multiplexe au cœur de la cité a soulevé un vaste débat qui a duré des années. Tous les recours ont ainsi porté sur ce choix d’implantation et aucun sur le projet architectural proprement dit. Retenu en 2002 à l’issue d’un concours, le projet Babin + Renaud était d’ailleurs le seul à scinder les deux programmes, éludant ainsi le problème du hall commun. Ouvert au public douze ans plus tard, l’équipement fait partie du paysage et le maire Jean-Claude Boulard, à l’origine du projet, a été reconduit dans ses mandats de premier magistrat de la ville et de président de la communauté urbaine. Une réélection qui vaut approbation de cet équipement de premier plan.

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Babin + Renaud architectes

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1. Vue depuis le multiplexe vers le parvis. Ph. © Cécile Septet. 2. Plan de masse. a. Théâtre b. Cinéma c. Salles polyvalentes d. Place des Jacobins e. Esplanade des Quinconces f. Cité judiciaire g. Cathédrale h. Jardin de Tessé 3. Coupe sur le cinéma. 4. Coupe sur le théâtre. © Babin + Renaud arch.

La dichotomie opérée par les architectes s’avère d’autant plus pertinente qu’elle est habilement pratiquée et se combine au troisième volet du programme, comportant trois salles polyvalentes rejetées sur l’arrière du bâtiment et établies en limite de l’esplanade des Quinconces quelques mètres plus bas. Le projet compose ainsi avec le dénivelé naturel existant entre ces deux espaces publics majeurs et fait front des deux côtés de manière appropriée, sans négliger ses flancs également offerts à la ville et tout aussi ouverts. Détaché au centre de l’espace, l’ensemble s’inscrit dans un carré de 80 mètres de côté excavé en totalité pour loger en sous-sol deux niveaux de parking et un troisième de logistique sous le théâtre, alors que le multiplexe s’enfonce jusqu’à ce niveau pour y asseoir la majorité de ses salles et réduire d’autant son émergence. Cette dualité donne corps à deux volumes clairement dissociés et contrastés qui ménagent entre eux la perspective d’une percée axiale. Une surtoiture les relie, transformant ce vide intercalaire en un parvis commun partiellement couvert. Sous cette toise, une hiérarchie est instaurée qui marque la préséance du théâtre municipal sur le multiplexe concédé à un exploitant privé, en l’occurrence Pathé. Ce dernier est placé sous la coupe du théâtre, qui règle le plan de toiture, et se tient dessous, légèrement en retrait. Une apparence inverse à la réalité bâtie puisque le multiplexe dispose d’un gabarit et de

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développés de surface beaucoup plus importants. Au théâtre la gloire et les lumières de la ville, au cinéma l’obscure clarté des salles de projection. L’un est en représentation, l’autre pas. L’équipement public impose sa domination par une implantation de plain-pied, une franche émergence et une enveloppe intégralement vitrée qui s’illumine les soirs de représentation pour révéler le foyer en balcon sur la place et le volume de la salle enchâssé dans ce cube de verre. À l’inverse, le multiplexe invite son public à descendre d’un niveau pour trouver la billetterie et accéder aux salles, hormis les trois qui occupent le volume opaque suspendu au-dessus du hall. Cette partie visible de l’iceberg revêt l’aspect mutique d’un bloc de pierre en lévitation au-dessus du bandeau vitré qui ceinture le hall et donne accès à ce complexe largement souterrain. La lumière y pénètre de tous les côtés et se propage aux niveaux inférieurs par le vide central creusé au milieu du hall puis par les trémies latérales conduisant à la rue intérieure qui distribue les salles, les deux plus grandes se tenant dans l’axe sous le parvis. Ni vu ni connu. Le sol urbain pénètre l’équipement et règne sans réserve au contact des façades vitrées. La déambulation y est fluide, jalonnée de banquettes en pierre, et débouche sur une terrasse transversale en surplomb de l’esplanade encadrée de tilleuls alignés. Les trois salles polyvalentes et modulables qui sont implantées sous son platelage referment la composition d’une barre à demi enterrée. Deux patios latéraux creusés en cour anglaise au dos du théâtre et du multiplexe leur dispensent la lumière par une façade vitrée toute hauteur en complément du bandeau vitré qui donne sur l’esplanade derrière une clôture de volets pivotants en acier corten. Ainsi assemblés dans les trois dimensions, les trois programmes composent une figure quasi idéale qui joue avec le

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vue du parvis. 2. Façade sur la place des Jacobins 3. Parvis entre le théâtre et le multiplexe. 4. Transition vers l’esplanade des Quinconces. Ph. © Cécile Septet.

Fiche technique

avec Oab, arch. ass. Bet : Grontmij Sechaud

Les Quinconces, centre culturel, place des Jacobins -

& Bossuyt (structures et fluides), VS-A (façades).

esplanade des Quinconces, Le Mans (Sarthe).

Économie de la construction : Tohier. Acoustique :

Programme : théâtre (salle 832 places, fosse

Ase International. Scénographie : Daniel Darbois,

d’orchestre 70 musiciens, foyer) ; cinéma multiplexe

Pascal Payeur. Paysage : Michel Desvigne.

11 salles (2 116 places au total) avec foyer et

Mise en lumière : Light Cibles. Agencement

café-restaurant ; 3 salles modulables (expositions,

et signalétique multiplexe : Ora Ïto. Surfaces :

répétitions, conférences) ; parking en sous-sol

15 565 m2 Shon et 28 198 m2 Shob (parking).

(610 places et 88 deux-roues). Maîtrise d’ouvrage :

Calendrier : concours, 2002 ; ouverture du chantier,

Ville du Mans. Exploitant multiplexe : Pathé. Maîtrise

2010 ; livraison, 2014.

d’œuvre : Babin + Renaud, architecte mandataire,

Montant des travaux : 75,4 M€ HT.

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1. La cathédrale

dénivelé du terrain pour camper un carré culturel fonctionnel et lisible. La composition est servie par une construction rationnelle qui doit sa rigueur à la charpente métallique des volumes érigés. Le théâtre y recourt pour ses façades vitrées et son complexe de couverture, qui loge l’équipement scénique dans la hauteur structurelle, et aussi pour ses gradins et son balcon en pont détaché du mur du fond, qui totalisent 832 places. Outre la surtoiture qui le toise, le multiplexe est entièrement érigé en structure métallique autour de huit poteaux intérieurs dûment encoffrés qui balisent le hall à distance des façades. La transparence y est totale sur les quatre côtés, à peine troublée par la présence du restaurant installé en fond derrière une croix de contreventement. Les autres prestations notables concernent le théâtre, dont le double vitrage de la façade est sérigraphié sur deux plans pour acquérir un peu de profondeur et de mystère, et de la sorte estomper les épines verticales de l’ossature. En regard du vitrage, l’enceinte de la salle se dresse sur toute la hauteur du volume, détachée de l’étage du foyer qui l’encadre sur l’angle de la place et du parvis. Elle est habillée d’un lattis horizontal de bois blond qui introduit à l’ambiance sombre et boisée de la salle. L’acoustique en est modulable tout comme la scène et le proscenium, qui peut s’élargir à la dimension d’une fosse d’orchestre pour soixante-dix musiciens. Le cadre de scène est taillé en proportion (16 x 9 m) et l’ensemble du plateau peut aussi bien accueillir la danse et la création théâtrale contemporaine que le répertoire traditionnel et les concerts de musique pour lesquels cette salle a été principalement conçue. Les douze années écoulées entre le concours et la livraison n’ont laissé aucune trace sur cet ouvrage au profil acéré et aux arêtes vives dont la rigueur conceptuelle ne souffre aucun effet de mode autre que les jeux de transparence qu’autorisent les techniques du temps.

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Jean-François Pousse

Maison d’église à Saint-Denis

Maison d’église Saint-Paul depuis le passage Boisé. Ph. © Franck Badaire. 1 – L’agence Brenac & Gonzalez vient de terminer la maison Saint-Françoisde-Sales à Boulogne-Billancourt, Architecture-Studio transforme et agrandit la cathédrale Notre-Dame de Créteil, Arep Architecture planche sur le futur centre Teilhardde-Chardin à Saclay, Marc Depeyre sur l’église de Saint-Pierre-du-Perray, etc. 2 – Bilan dans la revue Arts sacrés, n° 31, septembre-octobre 2014. 3 – Saint-Paul n’est pas une église paroissiale. Le nom de “maison d’église”, devenu commun, renvoie à la multifonctionnalité des lieux de culte catholiques à dimension sociale.

Dans Les Enfants des courants d’air, film d’Édouard Luntz tourné en 1959, les gosses couraient entre les rails et rien n’empêchait de les imaginer s’accrochant aux wagons des trains de marchandises passant au ralenti pour sauter quelques mètres plus loin, ravis du voyage interdit. La Plaine Saint-Denis était alors l’une des plus grandes zones industrielles d’Europe, avant de sombrer pour devenir l’une de ses plus vastes friches. Puis il y a eu la couverture de l’A1, le stade de France, la gare du Rer et aujourd’hui des constructions à tout va, initiées par la très active communauté d’agglomération Plaine Commune. Juste au sud du quartier Cristino Garcia, où précisément Luntz a filmé des enfants d’immigrés, souvent d’origine espagnole, Patrick Berger et Jacques Anziutti viennent de terminer la petite église Saint-Paul toute caparaçonnée d’aluminium, l’une des sept en construction ou en projet dans les huit diocèses d’Île-de-France1. Si les lieux de culte chrétiens se multiplient dans le monde2, la France a du mal à suivre le rythme. D’un côté, la baisse de la pratique et du nombre de prêtres entraîne la fermeture de nombre d’entre eux ; de l’autre, l’expansion des villes pousse à en créer de nouveaux, le financement privé depuis la loi de séparation des Églises et de l’État (1905) peinant à subvenir aux besoins. Pour Saint-Paul, l’objectif était simple. Dans un périmètre d’un quart d’heure de marche à pied, environ 30 000 salariés viennent chaque jour travailler, pour la plupart loin de leur domicile. Le diocèse de Saint-Denis a donc souhaité mettre à leur disposition un lieu de silence et de paix pour prier, partager, etc. Le programme prévoit un lieu d’accueil et de célébration du culte3. Lors du concours, les lauréats défendent l’idée de démarquer ces fonctions, sans pour autant les séparer, pour faciliter l’identification du profane et du sacré.

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Patrick Berger & Jacques Anziutti architectes

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Saint-Paul depuis la rue de la Procession. L’autel se trouve dans la partie vitrée à droite. Ph. © Franck Badaire. 2. Coupe transversale. 3. Plan du Rdc. 4. Plan de situation. © Berger & Anziutti arch. 4 – Patrick Berger en explique la genèse, comme celle de la Canopée des Halles, dans son dernier livre, Animal ?, paru aux Presses polytechniques et universitaires romandes / Presses du réel, en avril 2014.

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1. La maison d’église

En France, dans les années 1970-1980, nombre de catholiques très attachés au renouvellement des pratiques, stimulés par le concile Vatican II, prônent l’inclusion des églises dans le monde, au plus près des humbles, sans faste, discrètes, quitte à les glisser dans des structures existantes, des immeubles lambda. La décennie 1990 sonne un renversement de tendance. Sans devenir tapageuses, les églises font leur retour en ville, avec pour parangon la cathédrale d’Évry, conçue par Mario Botta (1995). L’église Saint-Paul s’inscrit dans ce courant. En pied de sa parcelle triangulaire, elle marque l’angle des rues du Landy et de la Procession, assumant son rôle de signal. Mezza voce. À part la croix de pierre taillée accrochée en hauteur de façade, rien ne permet de l’identifier comme telle, et surtout pas son architecture, inconnue au fastueux répertoire des lieux de culte chrétiens qui l’ont précédée. La position de Berger et Anziutti est intéressante. Ils rejettent l’idée même de clocher, considérant les cloches comme désormais inutiles pour donner l’heure - sans prendre en considération leur fonction symbolique de repère du sacré - et concentrent le sens en un seul signe. Faiblesse, dissolution des repères et jeu dangereux menant droit à l’indifférenciation formelle ? Oui et non. Les limites entre perte de sens et appropriation sont ténues et dépendent de subtils décalages. Certes, dans le grand brouillage des formes, à coup de recyclage immédiat et planétaire via le web, rien ne ressemble plus aux nefs des cathédrales que l’atrium des tours, aux chapelles que les salles d’audience des tribunaux, aux auditoriums des palais des congrès que les méga-churches des Évangélistes. En l’absence de repères tangibles, il est difficile d’attribuer avec certitude une fonction à une architecture. À l’inverse, pour christianiser un lieu, une simple croix est un signe reconnu par tous et peut suffire. Par imprégnation, de nouvelles typologies peuvent même être associées à un corpus séculaire, ajoutant ainsi une énième figure à une histoire deux fois millénaire. Pour clairement dissocier en deux espaces distincts le sacré et le profane, Berger et Anziutti les typifient, leur attribuent à chacun une identité différente. L’accueil, la salle de réunion et de partage et le petit appartement adjacent constituent un rez-de-chaussée modeste, à structure métallique d’acier galva, qui donne par une porte sur la nef blanche, également accessible côté rue par un portail massif. Pour décrire la genèse du plan et de l’élévation assez étranges4, les architectes racontent leur rejet de toute forme préconçue, leur désir d’explorer d’autres pistes. Ils mentionnent aussi les sources - Henri Focillon et Gabriel Le Bras - qui inspirent leur réflexion : le plan est “une figure sociologique”, “une

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géométrie sociale”, dessiné par les foules, en l’occurrence les fidèles. Ils évoquent aussi les conseils pris auprès d’un théologien dont les analyses les éclairent, en particulier le constat d’une hésitation depuis toujours entre deux figures spatiales miroirs de sensibilités liturgiques divergentes : le cercle - symbole de réunion, de concertation - et le plan basilical orienté vers l’autel - indice d’obéissance, de révérence aux valeurs d’une autorité. En croisant ces deux figures, ils expriment une tension entre leurs forces. Ainsi s’ébauche un plan en goutte d’eau. Puis, refusant l’idée de la succession autel-mur-éclairage indirect, vient l’envie de planter un arbre avec un petit jardin au-delà du chœur, avec une deuxième boucle l’enveloppant. En découle la figure d’un plan en 8 couché, symbole de l’infini et de l’ichtus, même si les architectes n’ont pas voulu y faire allusion. Le terrain étant mauvais et le budget restreint, s’impose le choix d’une structure métallique légère. Et de chercher à coup de dessins à main levée et de maquettes une figure en élévation. Avancées, reculs, repentirs, lent processus au cours duquel la main et le geste jouent leur rôle toujours un peu mystérieux.

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2. La façade d’entrée, rue du Landy. 3. L’église vue depuis la rue de la Procession. Ph. © Franck Badaire. 5 – Parmi lesquels la chapelle des Voyageurs, à Ranchos Palos Verdes (Californie, 1951) de Lloyd Wright (fils de Frank), l’église Saint-François-de-Molitor à Paris (2005) de Corinne Callies et Jean-Marie Duthilleul (Arep), la chapelle Rio Roca Ranch à Palo Pinto (Texas, 2010) de Maurice Jennings + Walter Jennings, la Sunset Chapel à Acapulco (Mexique, 2011) de Bnkr Arquitectura, la chapelle Saint-Alex à Tarnów (Pologne, 2009) de Beton, etc.

Fiche technique

Louis Choulet (fluides), Ingélux (éclairage),

Maison d’église Saint-Paul de la Plaine, 29 rue du Landy,

Acv (acoustique). Mobilier liturgique : Patrick Berger

La Plaine-Saint-Denis (93). Maîtrise d’ouvrage :

(bancs, autel et croix de façade), Édouard

Diocèse de Saint-Denis. Maîtrise d’ouvrage déléguée :

et Antoine Ropars (croix du chœur et tabernacle).

Chantiers du Cardinal. Maîtrise d’œuvre :

Surfaces : église, 200 m2 ; maison d’église, 180 m2.

Patrick Berger & Jacques Anziutti arch. Économiste :

Calendrier : concours, 2007 ; début chantier, 2012 ;

Bureau Michel Forgue. Bet : Batiserf (structure),

livraison, 2014. Montant des travaux : 1,7 M€ HT.

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1. Vue intérieure de l’église.

Déterminant. Un jour, Patrick Berger, dépliant par torsion un trombone, capte l’image d’une double boucle. “Avec elle, nous tenions la solution. Un projet tri-unique : une géométrie sociale du plan ; la symbolique du jardin et de la figure de l’infini ; la structure à logique propre. Trois dimensions coïncidant parfaitement.” Au croisement des deux boucles, là où les forces de l’ossature en acier tubulaire et de la liturgie convergent, comme sous une clé de voûte, Berger et Anziutti installent l’autel, monolithe de pierre, lourd, massif, “ancre qui fixe le plan”. Souhaitant au départ soustraire les fidèles au temps et à la géographie du lieu, ils prévoient d’isoler le jardin de la ville par une corolle d’aluminium. Changement d’interlocuteurs aux avis divergents et réduction de budget ont poussé à faire différemment. Le jardin est en partie ouvert sur la rue et le vaste parking vide et peu amène, imposé par les normes - stupides en l’occurrence, les gens venant plutôt à pied. Le chœur vitré rejoint une tendance récente à l’ouverture sur le paysage venue du monde protestant et familiarisée par des réalisations emblématiques : l’église sur l’eau à Tomamu, au Japon, de Tadao Ando (1988), l’incroyable Crystal Cathedral de Philip Johnson à Garden Grove (Californie, 1980) et tant d’autres exemples5 qui marquent aussi le réveil des consciences en matière de respect de la nature (versus la Création). Issue d’une démarche approfondie, intellectuelle, cultivée, l’église Saint-Paul rate pourtant en partie son objet si la définition du plan comme expression sociale est retenue. Aujourd’hui, les fidèles aspirent plus ou moins consciemment à une organisation spatiale fusionnelle, apparemment contradictoire : un espace vaste et fluide pour les célébrants et les servants de messe ; une immersion de la liturgie au sein même de leur assemblée. Mais à Saint-Paul, le chœur est très étroit et les fidèles se tiennent face à l’autel dans une disposition classique issue de la réforme tridentine. Que ce constat ne trompe pas. Si cette église n’avait pas un caractère assez exceptionnel par sa novation, son inscription dans la ville, sa figure, elle ne serait pas évoquée ici.

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Gabriel Ehret

Reconversion : les Teintureries à Tarare

1. Vue générale des teintureries reconverties. 2. Vue du contexte depuis la loggia en pignon. Ph. © Studio Erick Saillet.

Il est rare de trouver une telle mixité fonctionnelle dans un bâtiment recyclé, même s’il offrait une belle capacité : 200 m de long sur trois niveaux, générant 7 916 m2 de planchers. Ce qui apparaît d’emblée, c’est la présence, sur une moitié du volume, d’une brasserie et d’une distillerie, encadrant une salle de restaurant qui, deux fois par semaine, devient café-concert. Sur l’autre moitié, une porte à l’enseigne (discrète) du Progrès donne accès à l’antenne locale du quotidien à grand tirage, et une autre aux bureaux des conseillers de la chambre de commerce et d’industrie de Lyon et de celle de métiers et de l’artisanat, une première dans l’Hexagone pour deux institutions qui ailleurs continuent d’œuvrer séparément. Enfin, sur les quelque 3 500 m2 de plateaux restant, la moitié, un an après le début de la commercialisation, est occupée par différents professionnels tels que géomètre, agent immobilier, expert-comptable, notaire ou encore assureur, qui entrent par la grande porte centrale. En sentinelle devant l’imposante construction, un petit pavillon fait office de comptoir de vente de produits fermiers pour une vingtaine de producteurs du cru. Le pavillon était celui du gardien du temps où le bâtiment principal abritait le millier d’ouvriers des teintureries de la Turdine, affairés à la teinture et à l’ennoblissement des tissus. Un temps qui s’achève en 2006 avec la fermeture de l’usine, liée au grand déclin des activités textiles françaises. La ville de Tarare, qui en était une des places fortes, perdait là l’un de ses derniers vaisseaux industriels. Vaisseau, l’usine l’était presque au sens propre : en 1905, elle avait été construite en pont sur la Turdine, une rivière dont la pureté des eaux s’était avérée irremplaçable dans le processus de teinture. Les murs des façades sont construits en pierre, brique et mâchefer et les planchers sont portés par une structure métallique de poutres formées de plats et de cornières rivetés (plancher du premier étage) ou de poutres-treillis (plancher

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Pierre Vurpas & associés architectes

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du second). Les poteaux supportant ces poutres s’animent d’élégantes nervures, évasées en tête pour former chapiteau, et le rythme des poutres est encore accentué par le fait qu’elles s’ancrent à chacun des trumeaux séparant les amples fenêtres carrées. La façade s’ornait, face au pavillon du gardien, d’un corps central donnant accès au hall et à l’escalier principal. Symétrie et monumentalité de la composition ont été respectées quand en 1947, après un incendie, il a fallu reconstruire la partie est, même si c’est une structure poteaux-poutres en béton armé que l’on a alors employée.

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1. Vue intérieure de la distillerie. Ph. © Studio Erick Saillet. 2. Coupe transversale montrant le chevauchement de la rivière. 3. Plan du Rdc en situation. a. Brasserie b. Restaurant café-concert c. Distillerie d. Bâtiment central e. Cci / CM f. Journal Le Progrès g. Comptoir de produits locaux © Pierre Vurpas & assoc. arch.

La qualité patrimoniale de l’édifice, jointe à son implantation stratégique à l’embranchement de la nationale venant de Lyon vers le centre-bourg, font qu’une année seulement est passée entre la fermeture des teintureries et le lancement en 2007, par la commune devenue propriétaire, d’un concours pour les réhabiliter. L’agence Pierre Vurpas, lauréate sur un programme qui était à l’origine un pôle culturel, doit réviser sa copie un an après, quand la nouvelle municipalité décide de faire du lieu un symbole du redressement économique de Tarare, sinistré depuis la crise de la filière textile. C’est le brasseur Ninkasi qui, en prenant en location le tiers du bâtiment, sera le catalyseur de sa reconversion. En plein essor mais à l’étroit dans ses murs lyonnais, il trouve ici, à trois quarts d’heure de la métropole régionale et du réseau de restaurants à son enseigne, un lieu de production d’où il pourra accroître la vente en grandes, moyennes et petites surfaces. Cette entreprise bien connue non seulement en attire d’autres vers les Teintureries pendant qu’avance le chantier de réhabilitation, mais imprime aussi sa marque à l’opération tout entière. Ninkasi affiche une double enseigne - son nom et une danseuse stylisée - sur toute la hauteur de la tourelle

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latérale créée pour installer circulations verticales et issues de secours. Elle se superpose aux panneaux rectangulaires en maille d’acier corten déployé qui habillent ce volume. Pour évoquer l’activité industrielle passée et présente, les architectes ont utilisé ces panneaux roux d’aspect brut à différents endroits, à l’extérieur comme à l’intérieur. Ainsi constituent-ils une double peau sur le pignon par lequel on découvre le bâtiment en arrivant de Lyon. La maille d’acier y est découpée d’une large ouverture à chaque niveau afin de ménager des vues. L’ancien édifice a été raccourci de ce côté d’une quinzaine de mètres afin de dévoiler la Turdine, au détriment de la symétrie originelle. Sa monumentalité a


Ph. © Studio Erick Saillet.

Fiche technique

Bet : Tec.bat (structure), Setam (fluides, électricité),

Les Teintureries, 1 rue Édouard Herriot, Tarare

Eai (acoustique). Entreprises : Duron (maçonnerie,

(Rhône). Programme : requalification d’un bâtiment

gros œuvre), Toitures Barski (charpente, couverture,

industriel de teinturerie pour accueillir une brasserie,

zinguerie), Blanchet (fenêtres aluminium thermolaqué,

une distillerie, un restaurant café-concert, des

métallerie), Thalmann (menuiseries bois extérieures

bureaux, un point de vente de produits locaux.

et intérieures). Surface : 7 916 m2 Shon.

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Tarare. Maîtrise d’œuvre :

Calendrier : concours, 2007 ;

Pierre Vurpas & associés architectes,

livraison, 2012 (2014 pour les bureaux).

Nicolas Constantin chef de projet.

Montant des travaux : 5,422 M€ HT.

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Vue intérieure du restaurant.

pourtant été préservée, en harmonie avec l’échelle de son site désormais ouvert sur la cité, le mur qui clôturait l’usine ayant été abattu. À l’intérieur, on peut lire les motifs d’acier déployé comme les échos des poutres-treillis d’origine, visibles de tout point de la brasserie, de la distillerie et du restaurant, puisque la hauteur des cuves et des alambics a imposé d’ôter le plancher du premier étage. Ils se retrouvent notamment en enveloppe des deux ascenseurs que les architectes ont dessinés pour encadrer l’escalier principal, conservé dans sa forme comme dans sa fonction. Ici, leur finition galvanisée s’accorde à de puissants cadres d’acier brut de fonderie, le tout donnant l’image de monte-charge, toujours dans le registre industriel. Le restaurant s’ouvre largement par des baies vitrées sur la distillerie sur son côté gauche et symétriquement sur la brasserie côté droit. Il n’a pas été aisé d’obtenir le feu vert des pompiers du fait des 45 m2 de vitrage de chacune des baies, un incendie dans la distillerie n’étant pas à prendre à la légère. Mais la façon dont elles dévoilent, sur une double hauteur, l’enfilade des cuves et cornues d’inox ou de cuivre ainsi que des piliers et poutres centenaires est saisissante. Dans l’aile ouest, au niveau R+2, au-dessus de Ninkasi, des bureaux ont été aménagés sans allusion au contexte : de larges cadres de bois pour les baies intérieures, des parois parfois obliques ou courbes, à la demande de ou en accord avec les entreprises qui allaient s’installer. Les bureaux créés dans l’aile est laissent en revanche visible la trame soignée des poteaux et poutres en béton. Les larges interstices ménagés entre les panneaux de plafond rapportés pour l’absorption acoustique et l’éclairage affirment la présence des poutres cinquantenaires, tout en permettant d’insérer les cloisons de verre nécessaires au confort du travail d’aujourd’hui.

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Margot Guislain

La nouvelle vie du Carreau du Temple

1. Vue intérieure de la halle. 2. Circulation verticale. Ph. © Javier Urquijo /  studioMilou. 1 – Jacques Molinos arch., 1809-1811. 2 – Jules de Mérindol arch.

Après six ans de fermeture, le Carreau du Temple, restauré et réhabilité, a rouvert ses portes en avril 2014 sous la forme d’un équipement sportif et culturel de la Ville de Paris. Cet ancien marché de tissus du 3e arrondissement, qui date de 1863, entame ainsi une nouvelle existence par laquelle il devrait retrouver sa magnificence passée et son ancrage dans le quartier. Car le Carreau possède une histoire riche mais aussi pleine de turbulences. Il est localisé dans l’ancien périmètre de l’enclos du Temple bâti au xiie siècle par les chevaliers de l’ordre du Temple, sorte de zone franche pour le commerce, où se vendaient aussi des étoffes exotiques alors interdites. Après la Révolution, l’enclos est intégré dans le droit commun et de nouvelles halles en bois1 sont érigées pour le commerce de tapis, de soieries, de linge de maison, etc. Démolies lors des grands travaux haussmanniens, elles sont remplacées en 1863 par six pavillons en fonte2, conçus sur le modèle de ceux de Baltard aux Halles. Quarante ans plus tard, suite au déclin de son activité, les deux tiers du marché sont à leur tour rasés. Subsiste en 1905 un seul bâtiment (deux pavillons), qui prend le nom de Carreau du Temple. Mais la course d’obstacles continue avec sa mise en vente en lots séparés. C’est la crise de 1929 qui le sauve, un seul lot ayant trouvé acquéreur pour y bâtir un immeuble de logements (appartenant aujourd’hui à la Rivp), à l’angle des rues de Picardie et Dupetit-Thouars. Ainsi amputé mais toujours debout, le Carreau du Temple retrouve temporairement son aura après la seconde guerre mondiale, jusqu’à ce qu’il périclite dans les années 1970. De nouveau, les projets de démolition menacent. Cette fois, ce sont le traumatisme provoqué par la destruction des Halles et le sort réservé aux pavillons de Baltard - dont l’unique rescapé se trouve aujourd’hui à Nogent-sur-Marne - qui sauvent le bâtiment : en 1982, des habitants du 3e arrondissement parviennent à le faire inscrire à l’Inventaire supplémentaire des monuments

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StudioMilou architecture

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historiques. Pendant vingt ans, la vie y tourne au ralenti avec un commerce discret de vêtements en cuir et, parfois, des utilisations spontanées, comme par exemple quelques parties de tennis disputées par le personnel de Libération. En 2001, avec l’élection de Bertrand Delanoë, la Ville de Paris se penche sur son devenir : après consultation de la population locale, le choix se porte sur un équipement mixte, sportif et culturel. Sélectionné à l’issue d’un concours lancé en 2007, studioMilou architecture a remarquablement répondu à ce cahier des charges : l’agence a conçu un outil facile à manipuler par des usagers aux profils variés (individuels, associations culturelles et sportives, établissements scolaires, entreprises de spectacles, d’événementiels, etc.), tout en créant un équipement public qui renoue avec l’urbanisme du quartier. Se référant au hall couvert en charpentes de fer de la gare de l’Est, Napoléon III aurait dit au baron Haussmann qu’il lui fallait “des vastes parapluies […], rien de plus” pour les halles centrales de Paris - un édifice de métal et de verre, conçu pour abriter mais pour ne rien porter. Les architectes de studioMilou, qui usent de la même métaphore, ont remis en valeur la structure en préservant cette légèreté : les poteaux et poutres en fonte ainsi que les fermes Polonceau ont été restaurés. Une dizaine de colonnes fissurées ont été refabriquées. Mais surtout, pour ne pas dénaturer le


des rues Eugène Spuller et Perrée. Ph. © Gwenaël Querrien. 2. Coupe. a. Rue Dupetit-Thouars b. Rue Perrée Doc. studioMilou arch.

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1. La halle vue de l’angle

“parapluie”, la structure n’a pas été renforcée afin de supporter les lourdes charges d’équipements scéniques, ce qui aurait fait du grand volume ouvert un espace clé en main pour le spectacle et l’événementiel. Ce choix est clair, tout autant que la recherche de transparence qui redonne au Carreau du Temple sa dimension urbaine. Car avec cette réhabilitation, c’est tout le soubassement en brique de la façade, caractéristique des édifices de type Baltard, qui a disparu : à la place, un ruban de verre fait le tour du bâtiment, établissant ainsi une continuité entre intérieur et extérieur. La voirie prend alors le statut d’une sorte de parvis à partir duquel se perçoit le ventre de la halle. L’architecte des bâtiments de France a autorisé cette métamorphose, opérée grâce à la superposition d’une batterie de claustras en inox. Celles-ci redonnent au soubassement sa matérialité et laissent la possibilité de moduler la transparence par ouverture ou fermeture de chaque panneau. La seconde grande métamorphose se trouve à l’intérieur, avec un habillage en chêne intégral qui recouvre l’isolant thermique et acoustique et dialogue avec la structure métallique : du parquet, il remonte sur les murs périphériques, recouvre la sous-face de la couverture et se prolonge sur les nouveaux aménagements au fond de la halle. Pour répondre au programme tout en respectant le caractère du bâtiment, les architectes ont, de leur propre aveu, “désobéi” au cahier des charges en inversant la répartition des fonctions. Initialement prévu au niveau - 1, l’auditorium passe ainsi au rez-de-chaussée et, inversement, tous les équipements sportifs (salle de danse, salle d’arts martiaux et gymnase multisports) sont regroupés au sous-sol. Celui-ci est aménagé comme une sorte de crypte de grande hauteur sous plafond, où le béton brut joue avec le bois jusque dans les vestiaires, avec force et élégance. Sur proposition des architectes, un petit espace muséal a été aménagé en bas de l’escalier. Il présente quelques maquettes exécutées par

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l’agence spécialement pour ce lieu, retraçant l’histoire et l’urbanisation du quartier. Cet usage du sous-sol permet de préserver au maximum le grand volume ouvert sous toiture, jusqu’à l’écran en bois situé en fond de salle, derrière lequel sont installés l’administration et, en continuité, l’auditorium. Ainsi placé au rez-de-chaussée, celui-ci peut bénéficier d’un accès hors des heures d’ouverture habituelles. Pour recevoir des activités et des publics aussi différents, les architectes ont savamment étudié les flux, avec la volonté de ménager un accès commun par la façade principale. C’est ainsi qu’une fois l’entrée franchie, deux escaliers symétriques,

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1. Circulation intérieure périphérique. Ph. © Javier Urquijo /  studioMilou. 2. L’auditorium, un coffret sous le parapluie. Ph. © Gwenaël Querrien. 3. Intérieur de l’auditorium. Ph. © Javier Urquijo /  studioMilou. 4. Plan du Rdc. a. Entrée halle b. Entrée bar / auditorium c. Administration d. Immeuble Rivp © studioMilou arch.

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traités comme des escaliers d’honneur, conduisent aux salles de sport. Dans l’axe de l’entrée, la banque d’accueil et une dizaine d’échoppes d’origine (sortes de stands de l’époque) marquent le seuil de la grande salle. Pour accéder à l’auditorium et à l’administration sans la traverser, une circulation périphérique est rendue possible par des panneaux en bois escamotables dans le plancher. Réglables en hauteur, ils peuvent servir tout autant de cloisons séparatives que de gradins. Tout a donc été étudié dans les moindres détails par les architectes pour permettre aux différentes activités de cohabiter dans les meilleures conditions. Mais après six mois d’activité, la réalité est moins conviviale, la logique de fonctionnement étant soumise à l’espérance de recettes : le grand volume libre est loué si fréquemment pour des salons professionnels, des défilés de mode, etc. (en témoignent les murs qui commencent doucement à être endommagés) que l’entrée principale leur est souvent réservée. Les usagers des salles de sport en sont ainsi réduits à se glisser à l’intérieur par l’entrée de service, quand celles-ci ne sont pas louées elles aussi. Et si des événements culturels et artistiques ont bien lieu dans l’auditorium, son foyer est devenu un restaurant privé qu’il faut traverser pour aller au spectacle, comme dans une arrière-salle. Au final, le

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Carreau du Temple est en passe de subir le même sort que le pavillon de Baltard à Nogent-sur-Marne en se transformant en “un prestigieux monument du xixe siècle pour l’événementiel d’aujourd’hui” (site internet du Pavillon Baltard). Dommage : au Carreau du Temple, l’architecture est là pour que ça marche à égalité pour tous. Trop bien ?

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Circulation en sous-sol, distribuant les salles de sport. Ph. © Javier Urquijo /  studioMilou.

Fiche technique

Batiserf Ingénierie (sous-traitant structure),

Rénovation-réhabilitation du Carreau du Temple,

Inex (fluides), Ayda et Peutz et associés (acoustique),

4 rue Eugène Spuller, 75003 Paris. Programme :

Tribu Sarl (Hqe). Scénographie : Architecture

équipement sportif et culturel (grande salle,

et Technique. Éclairage : Cosil. Conception graphique

auditorium, salle de danse, salle d’arts martiaux,

et signalétique : General Design. Économiste :

gymnase, bureaux). Maîtrise d’ouvrage : Ville de Paris,

Bureau Michel Forgue. Sophie Hyafil, architecte

direction du Patrimoine et de l’Architecture et direction

des bâtiments de France. Étude patrimoniale :

de la Jeunesse et des Sports. Exploitant : société

Philippe Simon arch. Surface : 9 045 m2 Shon.

publique locale “Le Carreau du Temple”. Maîtrise

Calendrier : concours, 2007 ; chantier,

d’œuvre : studioMilou architecture (Jean François

2009-2013 (avec interruption d’un an pour fouilles

Milou concept architectural, Thomas Rouyrre chef

archéologiques) ; ouverture, avril 2014.

de projet). Bet : Bollinger + Grohmann (structure),

Montant des travaux : 35 M€ HT.


CULTURE

LIVRES 58

Espagne, les villes fantômes Julia Schulz-Dornburg, Ruinas modernas et Anthony Poiraudeau, Projet El Pocero par Julien Bastoen

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Alexis Pernet, Le Grand Paysage en projet. Histoire, critique et expérience par Jean-Pierre Le Dantec

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Philippe Bonnin, Nishida Masatsugu et Inaga Shigemi (dir.), Vocabulaire de la spatialité japonaise par Jean-Pierre Le Dantec

68

Bruno Taut, La Maison japonaise et ses habitants par Philippe Gresset

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Jean-Philippe Garric, Vers une agritecture. Architecture des constructions agricoles (1789-1950) par Pierre Pinon CINÉMA

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The City, une symphonie urbaine à l’écran, film de Willard Van Dyke et Ralph Steiner par Rémi Guinard

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Brèves


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Julien Bastoen

Espagne, les villes fantômes

1 – Cf. Instituto Geográfico Nacional, Subdirección General de Observación del Territorio, Servicio de Ocupación del Suelo, 2006, d’après les chiffres établis avec le système Corine Land Cover. 2 – Cf. Eurostat, 2010. 3 – 110 000 nouveaux logements auraient été mis en chantier en 2009, contre 800 000 rien qu’en 2006. Cette donnée est confirmée par la baisse significative de la consommation de ciment à partir de 2007, après une hausse constante sur une dizaine d’années. 4 – La moyenne annuelle du montant total de ces prêts serait passée de 140 milliards d’euros entre 2003 et 2007 à 80 milliards en 2008 et 2009. 5 – La moitié des 1,8 million d’emplois supprimés entre le 4e trimestre 2007 et le 4e trimestre 2009 aurait concerné le secteur de la construction. 6 – En décembre 2010, le total des logements neufs non occupés en Espagne était estimé à 938 000 d’après une étude de la Caixa Catalunya.

La profonde crise financière, économique et sociale qui a touché plusieurs États méditerranéens en 2008 n’a pas épargné l’Espagne, pourtant promise à un développement économique aussi suspect qu’irrésistible. Cette croissance, amorcée avec la transition démocratique des années 1980, ne semble pas avoir été freinée avant 2007, redoublant même d’intensité durant la première décennie du xxie siècle. Les changements d’usage du sol sont un indicateur pertinent de cette croissance, qui se manifeste avant tout par la transformation profonde du cadre de vie des Espagnols : selon l’Instituto Geográfico Nacional, les sols artificiels auraient progressé de 34 % entre 1987 et 2000, et de 15 % supplémentaires entre 2000 et 2005, dépassant ainsi le million d’hectares1. Les données les plus récentes, publiées par un organisme européen, font même état d’un total de 1,7 million d’hectares artificialisés fin 20102. Les secteurs de l’immobilier et de la construction résidentielle, premiers responsables de la bulle spéculative, ont aussi été les premiers à payer le prix fort de son éclatement : paralysie des projets de lotissements de grande envergure, diminution du nombre de nouveaux chantiers3, baisse du montant des prêts accordés pour l’acquisition de logements4, licenciements massifs de main-d’œuvre5, forte augmentation du nombre de logements neufs non occupés6… Les contradictions manifestes entre la transformation effective des territoires et les ambitions affichées par les municipalités espagnoles en matière de développement soutenable ne font pourtant que confirmer une tendance : la loi du sol promulguée en 1998 par le gouvernement de José María Aznar, en simplifiant la requalification des terres agricoles en zones constructibles, a accéléré le processus de dénaturation du milieu, désormais considéré comme une réserve foncière permanente, page potentiellement blanche

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Julia Schulz-Dornburg, Ruinas modernas et Anthony Poiraudeau, Projet El Pocero

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sur laquelle on peut écrire à tout moment un nouveau chapitre de l’histoire urbaine. La multiplicité et la répartition, sur l’ensemble du territoire espagnol, des chantiers pharaoniques paralysés par la crise, du stade de la viabilisation à celui de la commercialisation, ont inspiré à Julia Schulz-Dornburg l’élaboration d’un inventaire photographique non exhaustif de ce phénomène qui dépasse, par son ampleur, ce que les médias espagnols et européens ont bien voulu nous en montrer. L’architecte allemande, installée depuis 1993 à Barcelone, a entrepris dans Ruinas modernas: una topografia de lucro (Ruines modernes, une topographie du profit) un double travail de cartographie et de documentation de ces lotissements ou villes fantômes, localisés sur Google Earth ou grâce aux informations récoltées dans la presse, sur des blogs de collectifs ou des forums spécialisés. Les 25 sites ainsi répertoriés, principalement des agglomérations à usage résidentiel permanent ou saisonnier, sont répartis selon une typologie personnelle, toutefois insuffisamment explicitée, construite à partir de quatre concepts : expansion (extension d’agglomérations existantes), occupation (établissements humains à l’écart de toute agglomération), constitution (sortes de colonies pseudo-utopiques), fiction (projets qui façonnent le milieu pour le faire correspondre à un imaginaire). Quatre essais ponctuent l’inventaire, ouvrant chacun des chapitres. Dus respectivement à un géographe, un philosophe, un écrivain et un architecte, ils apportent un éclairage direct ou décalé sur le phénomène. Chaque site fait l’objet d’une présentation sur plusieurs pages, la plus neutre possible : les données brutes sur l’identification (nom du projet, slogan commercial), la localisation (nom et nombre d’habitants de la commune d’implantation), la taille (emprise totale, typologies et nombre de logements, nombre prévu d’habitants), les acteurs (promoteurs, constructeurs, ingénieurs), l’état du projet au moment de l’inventaire sont complétées par une frise chronologique et une notice permettant de situer les différentes phases et le devenir du projet, un plan de situation, une vue satellite retravaillée et une série de trois à cinq photographies, inspirées de l’esthétique documentaire de Robert Adams ou de Stephen Shore. Sur certains panoramiques, qu’on prendrait aisément pour des photomontages, les séries de villas ou de maisons individuelles sont visibles soit dans un même état d’inachèvement, soit dans un état qui varie de l’ossature brute en béton à la configuration finale d’une résidence néo-mudéjare, comme si l’on avait brutalement stoppé la chaîne de production en raison d’un péril imminent.

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à Las Dehesas, un lotissement fantôme de San Mateo de Gállego (Saragosse). Ph. © Julia Schulz-Dornburg, mars 2011. Ruinas modernas, éd. Àmbit. El Quiñon (Tolède, Espagne) : 2. Immeubles vides, rue Rubens. 5. Paysage de “ruines”. 6. Porte monumentale du parc María Audena. Ph. © Anthony Poiraudeau, mai 2012. Projet El Pocero, éd. Inculte. Costa Miño Golf à Miño (Corogne) : 3. Vue satellite du programme immobilier. Ph. © Dr. 4. Un quartier résidentiel inachevé. Ph. © Julia Schulz-Dornburg, août 2011. Ruinas modernas, éd. Àmbit. 7 – Helene Bienvenu, “Detroit ‘Ruin Porn’ Goes Commercial - in a Swatch”, le 20 décembre 2011, <www.huffingtonpost.com>.

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1. Constructions inachevées

L’ambiguïté de Ruinas modernas tient sans doute aux réactions contradictoires qui en sont à l’origine et qu’il contribue à susciter à son tour : indignation, préoccupation, fascination, moralisation. L’auteure a-t-elle voulu émettre un électrochoc visuel à l’usage des décideurs espagnols ? Préparer le terrain aux recherches futures des sociologues, des historiens de l’architecture et de l’urbanisme, des géographes ? Imaginer un guide de voyage destiné aux amateurs et explorateurs du ruin porn ? Cette expression désigne une variante du “tourisme noir”, suscitée par la prolifération à l’échelle mondiale des shrinking cities et des villes fantômes, produits de la désindustrialisation, de la décroissance et des crises financières. L’expression ruin porn, forgée par les habitants de la ville américaine de Detroit, dont la faillite et la désertification du downtown ont alimenté depuis les années 2000 une pratique touristique quasi clandestine, contient en elle-même la dénonciation de cette pratique touristique voyeuriste et de son exploitation commerciale par certains voyagistes, photographes, écrivains en mal d’inspiration, magazines en quête de tirage, et même par des grandes marques d’accessoires de mode7. Peut-on pour autant inclure dans cette exploitation du ruin porn le récit de voyage d’un écrivain et blogueur français parti explorer en solitaire l’avatar le plus médiatisé de la faillite espagnole ? Dans Projet El Pocero, Anthony Poiraudeau propose un essai de psychogéographie du désastre économique espagnol, à travers la description d’un gigantesque lotissement - en réalité, une ville-champignon - situé à El Quiñon, lieu-dit à l’écart de la ville de Seseña, à une soixantaine de kilomètres au sud de Madrid. Ce lotissement, qui ne figure pas dans l’inventaire de Julia Schulz-Dornburg, incarne pourtant à merveille l’ampleur du phénomène de la bulle spéculative poussé jusqu’à l’absurdité. À l’origine de ce projet colossal, un self-made man espagnol, Francisco Hernando, plus connu comme Paco el Pocero - Paco le Plombier. Anthony Poiraudeau en dresse un portrait peu flatteur : un enfant du franquisme, élevé dans la banlieue madrilène et qui, de petits boulots en combines douteuses, se lance dans la promotion immobilière après avoir passé plusieurs années à déboucher des canalisations… Dans les années 1990, Francisco Hernando cherche désespérément à faire un gros coup. Après un monumental échec en 1991 à cause d’un maire récalcitrant à l’idée de requalifier des hectares de terres cultivables, el Pocero se range et continue silencieusement de bâtir son empire en diversifiant ses activités. La nouvelle loi du sol lui permet, après 1998, de toucher du doigt le projet de sa vie : la construction d’une

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ville-oasis pouvant accueillir 40 000 à 50 000 habitants, dans un site pourtant aride et enclavé dont il lance le chantier en 2003. “Il est souvent difficile de départager la candeur du cynisme dans les forces qui ont fait se dresser El Quiñon”, écrit Anthony Poiraudeau. En 2009, confronté à l’hostilité du conseil municipal et à l’effondrement économique du pays, Paco le Plombier abandonne le navire qui prend l’eau. Des 89 bâtiments qui étaient prévus, seuls 35 ont été construits : quatorze blocs d’habitations en forme de U, sept barres et quatorze tours. Quelques centaines d’irréductibles, victimes du mirage économique espagnol, occupent toujours un des secteurs du lotissement, le seul où l’on puisse trouver de rares commerces. À la fuite en avant de Francisco Hernando succède la fuite… en Guinée équatoriale, d’abord, où l’attend un juteux contrat immobilier comprenant la construction de milliers de logements, de stades et d’usines. La Guinée équatoriale devait être la première étape d’une conquête du marché africain. Elle ne sera que le théâtre d’un nouvel échec, qui conduit le promoteur à vendre son yacht et son jet privé et à s’exiler à nouveau, cette fois en Arabie Saoudite. L’essai d’Anthony Poiraudeau, à mi-chemin entre le journalisme d’investigation et Les Villes invisibles d’Italo Calvino, constitue en définitive une proposition intéressante d’approfondissement des trajectoires de ces projets immobiliers, que Julia Schulz-Dornburg ne fait qu’effleurer dans son inventaire. Loin de proposer un énième avatar du versant littéraire du ruin porn, l’auteur met en perspective l’histoire et la forme de ce projet immobilier avec la faillite d’un système économique, politique et financier qui a profondément et durablement transformé le paysage espagnol, au point que les villes fantômes deviennent, au même titre que les écoquartiers dans les années 2000, des destinations de voyages d’étude et des sujets de projet pour les futurs architectes espagnols et européens.

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Julia Schulz-Dornburg, Ruinas modernas:

Anthony Poiraudeau, Projet El Pocero. Dans une ville

una topografía de lucro, Barcelone, Àmbit,

fantôme de la crise espagnole, Paris, Inculte, 2013,

coll. Palabre y Paisaje, 2012, 215 p., 17 €.

128 p., 13,90 €.


Jean-Pierre Le Dantec

1 – Organismes régionaux d’étude et d’aménagement d’aire métropolitaine. Créés en 1967 dans le cadre de la politique des métropoles d’équilibre, ils seront dissous en 1983.

Alexis Pernet

Issu d’une thèse de doctorat en géographie, l’ouvrage d’Alexis Pernet, enseignant à l’Ens de paysage Versailles-Marseille, est un livre aussi singulier que passionnant. Il s’emploie en effet à donner corps à la notion de “grand paysage” par les voies de l’histoire et de la théorie mais aussi, chose plus rare et plus précieuse au bout du compte, par la relation critique d’une expérience de projétation vécue par ce jeune paysagiste de décembre 2006 à juin 2008 dans le parc naturel régional Livradois-Forez, en Auvergne. La première partie - la plus classique mais très bien informée, pensée et construite - décrit et analyse l’émergence, puis le développement des politiques publiques françaises en matière de gestion des paysages depuis le vote, en 1906, de la première loi sur la protection des sites et des monuments naturels. Après les travaux à grande échelle (urbaine et territoriale) des grands paysagistes et urbanistes que furent Forestier et Prost au cours de la première moitié du xxe siècle, sont étudiées les méthodes inspirées par les plans de paysage hollandais qui conduisirent aux Oream1, créés en 1967. Ceux-ci permirent à Jacques Sgard de proposer des “plans de paysage” évolutifs à grande échelle - voie qui a abouti, via la création d’organismes ministériels spécifiques relayés en régions, à l’élaboration de “chartes paysagères” - concernant la gestion dans le temps, et en concertation avec les populations concernées, d’entités spatiales d’échelle géographique plus qu’administrative. Après cette longue introduction, l’ouvrage de Pernet bascule, passant de la théorie à la pratique ou, plutôt, de l’histoire critique à la mise en œuvre, sur le terrain, de la méthode de projet qu’il s’est forgée. Partant de la conviction que “le format d’un projet de grand paysage n’est pas tant une échelle spatiale ou un calendrier qu’une structure organisationnelle capable d’encaisser une déformation en un point tout en rendant pérenne une action selon des traductions diverses” et que, du même coup, “l’espace du projet est autant l’espace du paysage physique qu’un plan plus immatériel (mais non dépourvu d’aspects pratiques) sur lequel se jouent ces traductions”, il choisit pour méthode de projet de l’Atelier de

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Le Grand Paysage en projet. Histoire, critique et expérience /

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paysage Livradois-Forez, dont il a été nommé animateur, celle du “journal”, rendant compte des activités de l’Atelier en relation avec les autres acteurs du projet - “politiques” locaux et population plus généralement. Illustré par de nombreuses photographies et de beaux croquis analytiques crayonnés in situ, ce journal, où se mêlent descriptions de paysages, recensions de réunions, doutes, hypothèses, hésitations, discussions internes à l’Atelier, est un document passionnant. Doté d’une certaine qualité littéraire qui ajoute au propos, il témoigne de l’humilité et de la subtilité dont le paysagiste doit faire preuve à pareille échelle - spatiale, temporelle, économique, sociologique… - de projet. Non qu’il lui faille céder sur ses convictions scientifiques et artistiques (lutter contre la prolifération des boisements et des lotissements, réintroduire des poirières…), qu’il s’efforce au contraire de faire partager, mais parce qu’il doit entrer en dialogue avec des logiques différentes, souvent contrastées et, surtout, ne pas se poser en donneur de leçons ou - pire - en conservateur visant à mettre sous cloche des paysages figés, c’est-à-dire étrangers à leur époque et aux gens qui les transforment en y habitant et en y travaillant. Belle leçon d’intelligence et de modestie qui conduit Alexis Pernet à deux conclusions, optimistes au bout du compte : 1. le grand paysage, parce qu’il est multiple, “est affaire de décadrages et de déplacements” ; et 2. “des espaces de marges […] demeurent, infiniment nombreux, ouverts à l’innovation, à l’expérience de nouvelles formes de projet”.

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Alexis Pernet, Le Grand Paysage en projet. Histoire, critique et expérience, coll. VuesDensemble, Genève, MétisPresses, 2014, 320 p., 38 €.

Croquis de l’auteur, vallée de l’Ance (Auvergne) en 2007. © Alexis Pernet.


Jean-Pierre Le Dantec

Vocabulaire de la spatialité japonaise

1 – L’Autre Face de la lune. Écrits sur le Japon, Paris, Seuil, 2011, p. 46. 2 – Publié au Japon en 1933, première traduction française en 1977. 3 – Le “corps propre kinesthésique” est un concept développé, principalement, par Merleau-Ponty dans Phénoménologie de la perception et d’autres ouvrages : il désigne le corps humain vivant, sensible à ses mouvements dans l’espace, à la différence du corps simplement matériel (inerte). C’est le corps propre kinesthésique qui reçoit les “percepts” au cours d’une promenade architecturale.

“Si la France, dans la lignée de Montaigne et Descartes, a poussé plus loin peut-être qu’aucun autre peuple le don de l’analyse et la critique systématique dans l’ordre des idées, le Japon a, de son côté, développé plus qu’aucun autre peuple un goût analytique et un esprit critique s’exerçant dans tous les registres du sentiment et de la sensibilité […] [où] une superbe économie de moyens implique que chaque élément reçoive la charge de véhiculer plusieurs significations.” Cette assertion de Claude Levi-Strauss1, citée par l’architecte et anthropologue Philippe Bonnin dans son introduction à l’ouvrage monumental qu’il a suscité et piloté dans le cadre du réseau franco-japonais Japarchi, situe bien le tour de force réussi par l’équipe mixte et savante qu’il a réunie : rendre intelligible au lecteur français une culture spatiale non seulement différente de la nôtre mais aussi nimbée jusqu’ici d’un nuage de mystère engendré par de nombreux écrits - au nombre desquels le fameux Éloge de l’ombre de Tanizaki Jun’ichiro2 - et une exposition - celle présentée à Paris en 1978 par l’architecte Isozaki Arata sous le titre “Ma, espacetemps au Japon”. Grâce à la mise en œuvre d’un Vocabulaire, dispositif plus souple qu’un dictionnaire, sont en effet éclairées des notions d’autant plus subtiles et complexes que les idéogrammes qui les représentent le sont eux aussi. Toutes les notions commentées et analysées renvoient à la “langue muette” que les dispositifs spatiaux concrets, tels qu’ils sont organisés dans une culture singulière, adressent au corps propre kinesthésique3 par voie de percepts et d’affects. C’est dire qu’elles sont en quelque sorte les substantifs nippons de l’idiome sensible, dans lequel Merleau-Ponty voyait le “principe sauvage du logos”, que Bonnin nomme à juste raison la spatialité japonaise. Ainsi apprend-on, par exemple, que “dans le langage japonais courant, le terme machi renvoie tout autant à l’idée de rue qu’à celle de ville”, ce qui, par-delà la surprise initiale que peut ressentir le lecteur français devant

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Philippe Bonnin, Nishida Masatsugu et Inaga Shigemi (dir.)

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cette ambiguïté sémantique troublante, confirme au passage, contre la thèse défendue par la charte d’Athènes, l’universalité de la rue comme dispositif fondateur de l’urbanité. A contrario, l’amateur de jardins que je suis découvre avec surprise que le terme japonais niwa, qu’on traduit généralement par “jardin”, n’a pas pour matrice étymologique l’idée d’enclos, comme dans les langues indo-européennes ou en persan, mais désigne au contraire une cour ouverte, généralement placée devant l’habitation. Quant au fameux ma, qu’Isozaki Arata avait présenté de façon si délibérément obscure que la plupart des visiteurs français s’en étaient trouvés aussi éberlués que fascinés, Augustin Berque, qui signe aussi la préface de ce Vocabulaire, l’éclaire de façon lumineuse dans l’article qu’il consacre à cette notion : après avoir rappelé que son sinogramme se définit comme “le soleil (ou, dans une autre graphie, la lune) se montrant dans l’entrebâillement

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1. Allée de torii, Fushimi Inari Taisha, Kyoto-fu, Kyoto, 2010. Ph. © Philippe Bonnin. 2. Jardin Kenroku-en, Kanazawa, Ishikawa-ken, 2009. Ph. © Philippe Bonnin.

d’une porte à deux battants”, autrement dit que le ma se rapporte à “l’idée d’intervalle, dans l’espace ou dans le temps” (ce que confirme son sens fondamental en japonais, antérieur à l’usage des sinogrammes), Berque précise que l’espace-temps dont il est ici question est éminemment concret puisqu’il suppose “une situation, une ambiance, et plus largement le milieu nippon - celui que tissent, entre autres, les mots de saison du haïku”. Cette concrétude essentielle du ma s’oppose donc à notre notion d’intervalle spatial et temporel ou, à tout le moins, à celle, abstraite de part en part, qui est devenue nôtre en tant que composante intrinsèque de l’habitus moderne. Ce qui revient à énoncer que le ma n’est pas exclusivement nippon comme voulait le faire croire (ou le pensait) Isozaki Arata : en fait, sous une forme voisine participant à l’“espace agrégatif ” et au “temps cyclique” médiévaux, le ma fut aussi occidental avant Descartes puis Einstein, c’est-à-dire “avant l’abstraction dualiste et individualiste qui a engendré la modernité”. Mais impossible d’épuiser en un article les richesses rassemblées dans ce Vocabulaire qui a réuni pendant près de dix ans le savoir de soixante-quatre chercheurs et qui comporte près de deux cents entrées. D’autant qu’il est abondamment illustré et doté de tous les compléments propres à en faciliter l’usage et la lecture : acronymes, cartes, chronologie, notices biographiques des auteurs, bibliographie, index thématique, général, onomastique et toponymique. Bref, c’est là un travail magnifique qui fait honneur à ses concepteurs et au réseau Japarchi 4. Rien d’étonnant à ce que le jury du prix du Livre de l’Académie d’architecture ait choisi pour lauréat 2014 cet ouvrage de référence5.

3. Le mont Fuji et le château d’Edo vus de Nihonbashi, série Trente-six vues du mont Fuji, Hokusai, c. 1834. 4 – Cf. <www.japarchi.archi.fr>.

Philippe Bonnin, Nishida Masatsugu et Inaga Shigemi (dir.), Vocabulaire de la spatialité japonaise, Paris, Cnrs éditions, 2014, 606 p., 49 €.

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5 – Cf. brève, p. 76.

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Philippe Gresset

La Maison japonaise et ses habitants

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Bruno Taut

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Durant les xixe et xxe siècles, les relations artistiques entre l’Allemagne et le Japon ont été nombreuses et diverses1. Dans le champ de l’architecture, Hermann Muthesius demeure de 1887 à 1890 un fidèle ambassadeur de l’architecture wilhelmnienne à Tokyo alors qu’est mise en place la constitution de Meiji 2, tandis que Bruno Taut croit découvrir en 1933 la vérité de l’architecture dans ce pays hypermilitarisé dont il proclame haut et fort aimer la culture populaire. Averti de son arrestation imminente par les nazis, Taut entreprend le 1er mars 1933, avec sa compagne Erica Wittich, un voyage extraordinaire, une sorte de recension des architectures, qui le conduit à Paris où il visite l’école Karl-Marx de Villejuif, à Athènes où il admire in situ le Parthénon, à Istanbul où il retrouve les architectures byzantine et ottomane, à Odessa l’architecture néoclassique, avant de prendre le Transsibérien et de débarquer enfin au Japon le 3 mai suivant, à l’invitation d’un confrère japonais. Habité par le désir d’aller construire aux États-Unis, Taut passe alors son temps en visites et en rédaction d’articles, sans se douter qu’il ne quittera le Japon que le 15 octobre 1936, pour se rendre à Istanbul où il retrouvera une importante colonie d’architectes germanophones (parmi lesquels son vieil ami Martin Wagner 3), occupera une chaire universitaire d’enseignement de l’architecture (à la suite d’Hans Poelzig) et surtout réalisera quelques édifices, principalement à Ankara, où il décédera le jour de Noël 1938. Plusieurs recueils de ses articles ont été publiés au Japon durant le séjour de Taut - des livres qui sont maintenant réédités à Berlin depuis 2003 chez Gebr. Mann Verlag sous la direction de Manfred Speidel, un grand connaisseur de l’architecture japonaise4 -, mais la publication de son Journal (1933-1936) en trois volumes, également entreprise depuis l’année dernière par le même éditeur allemand, n’a été réalisée en japonais qu’en 1975. Ce sont davantage le remar-

1 – Berlin-Tokyo / Tokyo-Berlin. Die Kunst zweier Städte, Ostfildern, Hatje Cantz, 2006, catalogue de l’exposition éponyme présentée à la Neue Nationalgalerie, à Berlin, du 7 juin au 3 octobre 2006. 2 – Cf. la recension par Muthesius de l’ouvrage Das Japanische Haus de Franz Baltzer dans Zentralblatt der Bauverwaltung, t. XXIII, n° 49, 20 juin 1903, p. 306-307. 3 – Taut s’était plaint à Wagner de sa situation pénible au Japon, cf. Bernd Nicolai, Moderne und Exil. Deutschsprachige Architekten in der Türkei 1925-1955, Berlin, Verlag für Bauwesen, 1998, p. 133-134. 4 – Un recueil de huit des onze articles écrits par Taut lors de son séjour au Japon : Ich liebe die japanische Kultur, Berlin, 2004 ; puis un livre qui eut beaucoup de succès lors de sa parution initiale en 1934 à Tokyo, en japonais : Nippon mit europaïschen Augen gesehen, Berlin, 2009 ; enfin, un livre dédié à ses amis architectes japonais, Japans Kunst mit europaïschen Augen gesehen (1934), Berlin, 2011.


(Tohoku, Japon), dessin de Bruno Taut, décembre 1933. © Dr. 5 – Bruno Taut, “Architecture nouvelle au Japon”, L’Architecture d’aujourd’hui, n° 4, avril 1935, p. 46-83 ; et Fundamentals of Japanese Architecture, Tokyo, Kokusai Bunka Shinkokai (Society for International Cultural Relations), coll. Series B, n° 23, 1936.

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Maison de prêtre à Sendai

quable article écrit en août 1934, “Architecture nouvelle au Japon”, paru en français dans L’Architecture d’aujourd’hui en avril 1935, et la conférence du 30 octobre 1935, traduite et publiée en anglais à Tokyo en janvier 1936, Fundamentals of Japanese Architecture, qui forcent l’admiration5 ; enfin et surtout, c’est le livre de référence La Maison japonaise et ses habitants, paru à Tokyo en anglais en 1937 sous le titre Houses and People of Japan, réédité à Berlin en 1997 à partir du manuscrit allemand et dont les éditions du Linteau offrent aujourd’hui une belle traduction. Avec beaucoup d’intelligence, Bruno Taut affirme dans la conférence de 1935 à la Society for International Cultural Relations la subjectivité en œuvre dans sa conception d’une histoire qui distingue deux voies de développement de l’architecture nippone, l’une négative influencée par la Chine, l’autre positive qui peut devenir un modèle pour le monde entier en réconciliant la tradition locale et la technique occidentale. Dans son article de L’Architecture d’aujourd’hui, Taut prétend répondre à la situation critique de l’architecture japonaise contemporaine comme à l’impasse de l’architecture moderne “orthodoxe” européenne. Au Japon, l’architec-

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ture n’est pas un luxe superflu mais une nécessité spirituelle, la sobriété demeurant le résultat d’un extrême raffinement, et finalement l’influence européenne risque de corrompre la culture partagée. En Europe, une architecture élitiste tend par contre à oublier que “la simplicité est tout autre chose que nudisme, sécheresse, ennui” dans une civilisation technicienne sans repère. Cependant, Bruno Taut eut du mal à trouver des réalisations japonaises de l’époque qui ne soient pas influencées par Walter Gropius ou Le Corbusier. Comme tous les grands livres, La Maison japonaise et ses habitants peut sembler déconcertant, le ton ne cessant d’être changeant : celui de la conversation, du cours académique, du journal intime, le propos étant assez décousu et parfois influencé par l’ouvrage de son ami Tetsuro Yoshida : Das japanische Wohnhaus, paru chez Wasmuth à Berlin en 1935.

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1. Rue commerçante à Akita (Honshu, Japon). Ph. © Ueno Isaburo. 2. Maison à Shirakawa

Mais cette passionnante étude documentaire sur l’habitation, qui traite à la fois de la maison et du jardin, de la structure bâtie et du milieu, de la campagne et de la ville, des rituels quotidiens et exceptionnels qui unissent le peuple et, au-delà, de la culture japonaise dans son ensemble, n’est pas seulement destinée à tous les esprits occidentaux un peu curieux, même si Bruno Taut (qui ne parlait pas le japonais) sait mieux que personne faire parler les architectures, savantes ou ordinaires, ainsi que les objets usuels, en n’oubliant jamais la leçon de l’anthropologie. Il s’agit surtout d’un grand cours d’architecture : Taut tente ici de découvrir les fondements d’une architecture innovante, capable d’offrir la synthèse pour le bien de chaque individu entre les nécessités de la tradition et les ouvertures de la modernité, et finalement de repenser l’architecture en général par une réflexion théorique. L’auteur remet ainsi en cause les couples d’opposition signifiants qui sous-tendent la théorie classique de l’architecture : sacré versus profane, public versus privé, ville versus campagne, en montrant la continuité fondamentale au Japon entre la maison citadine et la maison paysanne (quelle drôle d’idée de traduire Bauernhaus par “ferme” !), et de même la parenté entre l’architecture sacrée des “armoires” d’Ise, reconstruites tous les vingt et un ans, et les fragiles maisons paysannes. Et en une sorte d’anticipation de la réflexion de Reyner Banham, Taut révèle une conception climatique de l’architecture associée à une conception structurelle des édifices. On peut seulement regretter la brièveté de sa réflexion sur la ville… À l’instar d’Erich Mendelsohn, Taut est l’un des grands passeurs de l’architecture au xxe siècle. Et contrairement à ce qui est souvent écrit, il est demeuré fidèle à sa pensée anarchiste et émancipatrice, par exemple quand il évoque la liberté des éléments architecturaux dans la totalité ouverte de la villa Katsura ou quand il souligne le refus d’un unique système architectural globalisant qui régit à la fois l’édifice et le jardin, mais aussi quand il révèle, dans sa conférence de 1935, l’isolement des intellectuels et lettrés face à la féodalité capitaliste soutenue par les militaires nippons.

(Gifu, Japon). Ph. © Kon Wajiro. 3. Jardin du temple Sambo-in sous la neige (région de Kyoto, Japon).

Bruno Taut, La Maison japonaise et ses habitants, Paris, éditions du Linteau, 2014, 352 p., 55 €. Traduit de l’allemand par Daniel Wieczorek.

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Ph. © Okamoto.

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Pierre Pinon

Vers une agritecture. Architecture des constructions agricoles (1789-1950)

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Jean-Philippe Garric

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“L’Architecture, de tous les temps, a été traitée isolément : l’Agriculture, de tous les temps, a été expliquée séparément. C’est une erreur : ces deux arts ne sauraient être approfondis qu’en fondant leurs principes dans le même creuset de l’esprit ; il en résulte une science nouvelle, que je nomme avec fondement Agritecture”, déclare solennellement François Cointeraux, maçon lyonnais en 17971. Même si l’expression sonne bien, elle n’aura aucun succès, n’étant employée que par son inventeur, peut-être parce que l’on pourrait associer de la même manière l’architecture à bien d’autres domaines d’activités. Pour autant, parler d’agritecture n’est pas vide de sens en cette fin de xviiie siècle, où l’architecte Richard Mique édifie le hameau de la Reine à Versailles ayant pour modèle le hameau de Chantilly, où Claude-Nicolas Ledoux dessine des architectures champêtres monumentales, où il ne se construit pas un château aristocratique sans laiterie ou bergerie, où le naturaliste Louis Daubenton aménage la ferme modèle de Maisons-Alfort. C’est aussi le moment, même si le rapport est lointain, où l’abbé Laugier voit dans la “petite cabane” de l’agriculteur antique l’origine même de l’architecture. Quel est l’apport de Cointeraux (1740-1830) ? À travers de nombreux livres, il fait la promotion et la théorisation du pisé, une technique traditionnelle dans la région lyonnaise qui a l’avantage d’être un mode de construction sans usage de pierres ni de bois, c’est-à-dire économique ; il passe ensuite au “nouveau pisé”, ou brique crue moulée, autre “concept” qu’il souhaite développer. Parallèlement, les architectes continuent à s’intéresser, marginalement certes, à l’architecture rurale : Jean-Baptiste Kléber, qui fut architecte avant d’être général 2, a construit plusieurs bâtiments agricoles pour le prince de Montbéliard3 ; l’architecte-ingénieur Charles-François Mandar des-


Plan de basse-cour ou maison de campagne, Nouvelle manière de dépeindre, ou de décrire les bâtiments, 1810, François Cointeraux. 1 – Dans son ouvrage L’Art de peindre à fresque sur le pisé…, Lyon, 1797. 2 – Il a construit de nombreux bâtiments en Alsace (dont

Cf. Étienne Martin, J. B. Kléber architecte, 1784-1792, Colmar, Musée Unterlinden, 1986. 3 – Publiés dans un ouvrage célèbre de Jean-Charles Krafft, Plans des plus beaux jardins pittoresques de France, d’Angleterre et d’Allemagne…, Paris, 1809. 4 – Études d’architecture civile ou plans, élévations, coupes…, Paris, 1826. 5 – Précis des leçons d’architecture, Paris, 1802. 6 – Œuvre de l’architecte nantais Mathurin Crucy, dans les années 1808-1823. Cf. Jean-Philippe Garric et Valérie Nègre (dir.), La Ferme réinventée. Constructions agricoles du xixe siècle, Nantes, Conseil général de Loire-Atlantique, 2001.

sine une écurie, une étable, une laiterie, un colombier 4 ; Jean-Nicolas-Louis Durand lui-même conçoit un modèle de ferme5. Avec lui les références changent, passant de l’inspiration néoclassique à l’imitation des architectures rurales de la campagne romaine. On peut s’interroger sur cette association étonnante entre un type d’architecture et une localisation, même si l’on sait que les artistes fréquentent beaucoup Rome et ses environs à cette époque. Les fermes de la campagne romaine vont servir de modèles à la production théorique sur l’architecture rurale française durant toute la première moitié du xixe siècle. Les fermes modèles sont alors nombreuses à travers la France à être bâties dans ce style. La Garenne Lemot, à Clisson (Loire-Atlantique), en est un exemple, peut-être le plus célèbre, que connaît bien Jean-Philippe Garric6 même s’il ne le cite pas ici, son objet étant l’étude de l’imprimé, de “la bibliothèque virtuelle d’architecture rurale”. La notion de “ferme modèle” se développe dans la seconde moitié du xixe siècle, avec les ouvrages de Louis Bouchard-Huzard (Traité des constructions rurales, 1858) et d’Ernest Bosc (Traité des constructions rurales, 1875). L’ouvrage de Jean-Philippe Garric, soigneusement relié et riche en reproductions de gravures en couleur, ne suit pas l’ordre chronologique : au lieu de conclure par le xxe siècle,

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l’hôpital de Thann) et à Belfort.

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il s’ouvre avec lui, par une “Rétroduction”, manière d’actualiser et de problématiser le sujet. En effet, l’ouvrage commence en 1942, année où paraît le numéro de Techniques et architecture consacré à “La ferme”. On connaît l’idéologie ruraliste du régime de Vichy mais, alors que la préface du ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement fait l’éloge des fermes à l’architecture traditionnelle, le numéro est bizarrement confié à André Wogenscky, disciple de Le Corbusier, qui se réfère à des édifices agraires allemands ou américains. Le régionalisme n’y tient pas la place attendue, pas plus que dans le numéro de mars 1949 de la même revue, dédié aux “Constructions agricoles”. Y est présentée une intéressante réalisation, au Bosquel (Picardie), d’une ferme construite en structure béton et en terre crue, dont l’expérience sera sans lendemain7. Et Garric de conclure : “Pour l’essentiel, l’architecture rurale des Trente Glorieuses allait échapper aux architectes, qui étaient occupés ailleurs il est vrai.” La situation n’a guère changé.

Ferme modèle de Grignon, La Propriété. Journal d’architecture civile et rurale, de beaux-arts et d’économie sociale, 1re année, 1832, pl. 1. 7 – Œuvre de Paul Dufournet, Jean Bossu, Louis Miquel

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et Robert Le Ricolais.

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Jean-Philippe Garric, Vers une agritecture. Architecture des constructions agricoles (1789-1950), Bruxelles, Mardaga, 2014, 159 p., 32 €.


Rémi Guinard

The City, une symphonie urbaine à l’écran

1 – Thierry Paquot observe que Germaine Dulac (1882-1942, musicienne, cinéaste, historienne du cinéma), dans un texte de 1927 - “Les esthétiques, les entraves, la cinégraphie intégrale” -, est la première à parler de “poème symphonique” pour qualifier le film La Roue, d’Abel Gance (1923), où l’image prend pour elle valeur de son. C’est au même moment que se répand l’expression “symphonie urbaine”. Les histoires américaines du cinéma de l’entre-deuxguerres désignent Manhatta (Usa, 1921) de Sheeler et Strand comme la première symphonie urbaine. Suivront Paris qui dort de René Clair (1923), le film inégalé Rien que les heures d’Alberto Cavalcanti (Fr., 1926), Les Hommes le dimanche de Robert Siodmak (All., 1929), etc. 2 – Projeté pour la première fois en 1927, Berlin, symphonie d’une grande ville était accompagné en live par une musique d’Edmund Meisel, compositeur autrichien, auteur également de la musique des films de Serguei Eisenstein, Le Cuirassé ‘Potemkine’ (1925) et Octobre (1927).

Sans doute le moyen métrage The City, réalisé aux ÉtatsUnis en 1939 par deux documentaristes émérites, Willard Van Dyke et Ralph Steiner, connaît-il une moindre renommée que ses illustres devanciers, Berlin, symphonie d’une grande ville (Berlin: die Sinfonie der Großstadt) de Walter Ruttmann (1927), et L’Homme à la caméra (Chelovek s kinoapparatom) de Dziga Vertov (1929). S’y perpétuent pourtant sur le tard les codes d’un genre spécifique, la “symphonie urbaine” qui, bâtie sur une structure musicale, fit florès parmi les avant-gardes du septième art au tournant du “muet” et du “parlant”, à la fin des années 1920 1 : São Paulo, symphonie d’une métropole (São Paulo, Sinfonia da Metrópole) de Rudolfo Rex Lustig et Adalberto Kemeny (1929), La Symphonie de la grande ville (Tokai kokyogaku) de Kenji Mizoguchi (1929), À propos de Nice de Jean Vigo (1929)… Si divers qu’ils soient dans leur facture comme dans leurs intentions, ces films relèvent d’une tentative commune : embrasser la ville sous les espèces d’une totalité rythmique et kaléidoscopique, en restituer la matérialité physique mais aussi sensorielle, en dégager tout uniment, portés par l’épreuve du mouvement et à l’enseigne de la modernité en marche, les pulsations, le tumulte, les trajectoires et les gestes architecturaux, et ce par le vecteur d’un montage et d’un accompagnement sonore percutants. Dès 1921, le peintre et photographe hongrois László Moholy-Nagy esquissait le projet, finalement avorté, d’un Dynamik der Großstadt, qui inspirera probablement Ruttmann pour son chef-d’œuvre2, tenu désormais pour l’archétype absolu de ladite “symphonie urbaine”. C’est donc dans la filiation tardive de cette mouvance qu’il convient de situer la commande faite à Ralph Steiner et Willard Van Dyke par l’American Institute of Planners, aidée d’une subvention de la Carnegie Corporation of New York, dans le cadre de l’Exposition universelle de New York (World’s Fair, 1939-1940), manifestation dédiée à la science

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film de Willard Van Dyke et Ralph Steiner

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et à la technologie qui sera, comme l’on sait, perturbée par l’entrée en guerre de l’Europe 3. Le philosophe et historien Lewis Mumford (1895-1990), “écologiste” avant la lettre, contempteur virulent du machinisme, de l’étalement urbain comme de la congestion de la mégalopole industrielle insalubre, alors rallié à l’idéologie du New Deal du président Roosevelt, sera le “parolier”, volontiers lyrique et incantatoire, de la voix off de The City, confiée au comédien Morris Carnovsky : le texte de Mumford appelle à l’exportation du modèle européen de la cité-jardin sur le sol américain, célébrant avec des accents whitmaniens les vertueuses promesses de “la nouvelle ville, au service de la nouvelle ère”. Sans nous attarder sur la construction éloquente du film, soulignons le dispositif tout à la fois didactique et poétique, visant à faire de la ville générique - New York n’y est jamais nommé explicitement -, selon le chercheur Joël Danet, “le terrain d’une expérience sensorielle de la ville contemporaine”, pour promouvoir a contrario son contre-modèle utopique (quoique ancré, à l’image, dans l’expérience bien réelle d’un prototype de commune suburbaine, Greenbelt, Maryland, construit en 1935 dans le cadre du New Deal), dans lequel se “combinent activité urbaine et cadre campagnard” et où “piétons et cyclistes se déplacent dans un paysage aéré dont les vastes plages de gazon séparent des équipements neufs, aux proportions raisonnées4”. Contrairement à Berlin, symphonie d’une grande ville, film muet scandé en cinq actes selon une dramaturgie calquée sur l’inflexible mouvement des aiguilles d’une horloge publique (depuis les activités industrieuses de l’aube jusqu’aux joies de la nuit fébrile constellée de lumière), The City, dix ans plus tard, attentif aux besoins de sa démonstration, ne résiste pas aux oppositions frontales, aux objurgations morales exaltées (“Avons-nous le courage de défendre notre vision ?”) séparant le bon grain de l’ivraie : l’harmonie bucolique et pastorale de la cité ancienne, idéalisée à outrance, est confrontée sans césure au spectacle morfondant - qu’accuse sans peine le noir et blanc - de l’acier et de la fumée des usines, à la


résumant le message du film. 2. Portrait de Lewis Mumford. Ph. © Dr. 3 – Cf. Thierry Paquot, “Urbanisme”, in Thierry Jousse, Thierry Paquot (dir.), La Ville au cinéma, Paris, Cahiers du cinéma, 2005, p. 118-119. 4 – Cf. “The City : regard documentaire sur la ville toxique”, communication de Joël Danet dans le cadre de son cours “Villes, territoire et société : la ville dans le film documentaire” à l’École nationale supérieure d’architecture de Strasbourg.

The City, documentaire de Willard Van Dyke

de la Cité, lors de l’“Hommage à Lewis Mumford”,

et Ralph Steiner, États-Unis, 1939, noir et blanc,

organisé dans le cadre du programme Écosophies

44 min. Texte de Lewis Mumford, voix de Morris

par Thierry Paquot. Détails sur <www.citechaillot.fr>.

Carnovsky, musique d’Aaron Copland. Projection

Film accessible sur <https://archive.org/details/

le lundi 26 janvier 2015 à 14h30, dans l’auditorium

CityTheP1939>.

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1. Arrêt sur image,

foule anonyme de la métropole engorgée et mécanisée, à la misère urbaine (avec cette séquence de taudis tournée à Pittsburgh) et au stress du travail taylorisé. L’horizon s’éclaircit soudain dans la troisième partie du film, où sont évoquées les opportunités offertes par une modernité repensée dans l’éclairage de la nature et du paysage, selon les voies d’un urbanisme domestiqué à bon escient. Tout cela sous le signe d’un humanisme volontariste, social, progressiste, dans lequel le bonheur futur de l’enfant servira, tout au long du film, de maître-étalon imprescriptible (d’où les nombreuses séquences mettant en scène les jeux de l’enfance, comme une ponctuation optimiste). Ce manichéisme, par moments grevé d’un certain humour involontaire, explique peut-être la moindre fortune critique de The City en comparaison des chefs-d’œuvre cités plus haut. Quoi qu’il en soit, il est un élément tout à fait essentiel du film qui l’inscrit, pour le coup sans métaphore aucune, au registre de la “symphonie urbaine” : c’est, en contrepoint de la narration et servant de “liant” au discours, la partition du compositeur, pianiste et chef d’orchestre américain Aaron Copland (1900-1990) - qui deviendra d’ailleurs le meilleur ami du compositeur de West Side Story, Leonard Bernstein. Sa musique pour The City préfigure d’autres créations symphoniques, arrimées elles aussi à la thématique urbaine : Quiet City (1940), puis Music for a Great City (1963-1964). Pour l’heure, le talent de Copland investit encore la tradition postromantique, contribuant à fixer la matrice de ce continuum orchestral dont le tissu nappe invariablement les films de la période classique d’Hollywood. Sa contribution à The City lancera d’ailleurs Copland dans une carrière profuse - et fort lucrative - de compositeur pour le cinéma : depuis la bande sonore de Of Mice and Men (Des souris et des hommes) de Lewis Milestone (1939) jusqu’à Something Wild (Au bout de la nuit) de Jack Garfein (1961) en passant par le sommet qu’est The Heiress (L’Héritière) de William Wyler (1949). Sans doute n’est-il pas indifférent qu’un an avant The City, Copland ait composé un ballet basé sur la légende de Billy the Kid, l’omniprésence des grands espaces américains emplissant sa musique d’une allègre aération, où les emprunts au folklore se marient aux cuivres et aux percussions de la modernité.

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Brèves

Prix du Livre de l’Académie d’architecture 2014 Le jury 2014 a attribué le prix à Vocabulaire de la spatialité japonaise1, sous la direction de Philippe Bonnin (architecte, anthropologue, directeur de recherche au Cnrs, directeur du réseau franco-japonais Japarchi et professeur à l’université de Niigata), de Nishida Masatsugu (architecte, docteur en histoire, maître de conférences du département d’architecture et de design de l’Institut de technologie de Kyoto) et d’Inaga Shigemi (professeur au Centre international de recherche de la culture japonaise à Kyoto), publié aux éditions du Cnrs. Il a aussi décerné un prix spécial à Françoise Bercé (chartiste, conservateur général honoraire du patrimoine) pour son ouvrage sur Viollet-le-Duc2, publié aux Éditions du patrimoine (2013, 224 p., 45 €). 1 – Cf. article de Jean-Pierre Le Dantec dans ce numéro, p. 63. 2 – Cf. “Viollet-le-Duc, le retour”, article de Marie-Jeanne Dumont,

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Archiscopie, 1re série, n° 128, février 2014.

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Nouveaux guides d’architecture à l’ère numérique Le Centre de culture urbaine Archipel de Lyon a dévoilé, lors des Journées du patrimoine de septembre 2014, Archiguide Lyon Métropole, une application gratuite et bilingue (français / anglais) pour smartphone dédiée à l’architecture contemporaine1. En fonction du type de recherche (par mot libre, par nom d’architecte,

par secteur géographique, par période ou autour de soi), l’utilisateur peut accéder aux fiches (photos, plans, informations techniques et commentaires) de plus de 300 édifices construits entre 1900 et 2014. Dans le même registre, rappelons que le Pavillon de l’Arsenal avait édité en 2013 une application intitulée Guide Paris Archi 1900-2013. 1 – <www.archiguide-lyon.com>.


RECHERCHE - ENSEIGNEMENT

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Bernardo Secchi (1934-2014), le dire et le faire par Enrico Chapel

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René Elter (dir.), Patrimoine en Palestine par Serge Santelli

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Trois revues des écoles de paysage par Anne Demerlé

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Brèves


Enrico Chapel

Bernardo Secchi et Paola Viganò, projet pour le Grand Paris : la ville poreuse. Zoom sur un scénario possible au sud de Paris. © Studio 09.

Le 15 septembre 2014 s’est éteint à Milan Bernardo Secchi. Il est difficile d’évoquer en quelques mots le travail de cette figure majeure de l’urbanisme italien, mise sur le devant de la scène française en 2004, lorsque Secchi reçoit le prix spécial du jury du Grand Prix d’urbanisme, puis en 2007 lorsque l’équipe Secchi-Viganò est retenue avec neuf autres pour la consultation sur le Grand Paris. Secchi a été d’abord un grand professeur. Il a formé de nombreux élèves à l’école d’architecture de Venise, dont certains - parmi lesquels Stefano Boeri - sont devenus à leur tour des architectes et des urbanistes reconnus. Il était dans le même temps un théoricien et un praticien de l’urbanisme, discipline à laquelle il est resté fidèle durant toute sa vie. Secchi considérait l’urbanisme non pas comme un domaine d’application de règles et de techniques, mais comme un véritable champ d’études et de recherche. Chaque document d’aménagement, de réglementation ou de planification qu’il a rédigé a été pour lui l’occasion d’un parcours intellectuel : un laboratoire d’idées visant à faire émerger des connaissances nouvelles sur les villes et les territoires. Très curieux et ouvert à des savoirs divers allant de la littérature à la philosophie, de l’épistémologie à l’histoire, Secchi ne s’est jamais arrêté sur une doctrine. Il préférait les questionnements aux certitudes, les démarches ouvertes aux infiltrations en tout genre aux blocs disciplinaires. Je me souviens d’une visite au début des années 1990 à l’agence Studio qu’il venait de créer à Milan avec Paola Viganò. Encore épris de son approche minimaliste et contextuelle de la ville de Sienne, je lui avais demandé quelles démarches urbaines l’intéressaient le plus à cette époque en Europe. Il m’a répondu qu’il regardait de près le travail de Rem Koolhaas. J’ai compris seulement quelques années après ce qu’il voulait dire, les points de contact entre sa lecture de la “ville diffuse” - ce vaste mouvement d’urbanisation désordonnée de la cam-

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Bernardo Secchi (1934-2014), le dire et le faire

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pagne marquée par une faible densité du bâti, principalement des maisons individuelles, et une consommation élevée de territoire - et la “ville générique” de l’architecte hollandais, leur intérêt commun pour l’habitat ordinaire et, aussi, à quel point Secchi était fasciné par la radicalité de certaines conceptions urbaines. Secchi a toujours aimé les formes territoriales, passion émergeant déjà durant les années de sa formation en ingénierie, en contact avec des maîtres tels que Giovanni Muzio, son professeur à l’École polytechnique de Milan, Giuseppe Samonà, avec qui il rédige le plan de la région du Trentino et commence à enseigner à Venise ou, encore, Giancarlo De Carlo, qu’il côtoie lors de la rédaction du Piano intercomunale di Milano. Ce dernier projet est exemplaire pour son approche de la gouvernance intercommunale et de ce qu’on a appelé à cette époque la “città territorio”. Ce sont les années 1960. La critique de la ville capitaliste est à son apogée. Les premières études de Secchi portent sur l’impact des déséquilibres régionaux sur le développement économique en Italie, aux États-Unis et au Canada1. Les années 1970 sont celles de la découverte de Michel Foucault et de Roland Barthes. Secchi applique l’analyse littéraire - d’un Claude Bremond notamment - à l’étude de la structure narrative des textes d’urbanisme. L’analyse des discours lui permet d’étudier l’évolution des politiques urbaines en Italie et de critiquer la rhétorique d’une discipline en pleine crise d’identité. Publié en 1984, l’ouvrage Il racconto urbanistico 2 conclut ce cycle. Le suivant est dédié aux formes de la ville contemporaine et à tout ce qui lie ces dernières aux pratiques sociales. Ce sont les années de l’immersion dans les espaces habités de


1. La Grand-Place, Malines, Belgique, 2000-2012. 2. Place du Théâtre, Anvers, Belgique, 2004-2008. Studio B. Secchi et P. Viganò. Ph. © Teresa Cos. 1 – Bernardo Secchi, Squilibri regionali e sviluppo economico, Padoue, Marsilio, 1974. 2 – Bernardo Secchi, Il racconto urbanistico: la politica della casa e del territorio in Italia, Turin, G. Einaudi, 1984.

la péninsule, des déambulations et des marches urbaines, des contacts et des échanges avec les acteurs qui pratiquent la ville au quotidien, des relevés, des carnets d’observation et des cartographies. Ce sont également les années de sa consécration, des articles publiés dans la revue Casabella, alors dirigée par Vittorio Gregotti, et de ses éditoriaux parus dans la revue Urbanistica, dont il assure la direction de 1984 à 1990. Comme l’indique le titre de l’ouvrage qui réunit nombre d’entre eux, Un progetto per l’urbanistica (1989), ces écrits avaient pour ambition de refonder l’urbanisme. Les plans d’aménagement de Jesi (1988) et de Sienne (1990) en sont les premières manifestations. Avec ses équipes, Secchi met au point une approche de reconnaissance fine de la qualité des espaces de ces deux villes et de leurs possibilités évolutives. Il construit des stratégies négociées qui se veulent légitimes pour la collectivité et enchaîne des projets ponctuels qui visent à avoir des répercussions sur l’ensemble des territoires de ces deux villes. Manfredo Tafuri parlait à cette époque de Renovatio Urbis. Avec une économie de moyens, cette stratégie explore une écriture paysagère et architecturale minimaliste que l’on retrouvera dans tous les projets qu’il signera ensuite avec son associée Viganò, à commencer par celui de Courtrai en Belgique (plan de ville, Grand-Place et cimetière) jusqu’à celui pour le “Grand Paris” en France, en passant par Prato, Brescia, Pesaro, Anvers, Saint-Nazaire, Rennes et d’autres villes européennes. La contribution de Secchi à l’urbanisme contemporain se situe à trois niveaux. D’abord, dans sa capacité à mélanger divers savoirs, du plus pratique au plus théorique, du plus situé au plus universel. Secchi nourrissait constamment

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sa pensée par l’action sur le terrain et savait enrichir cette dernière de lectures et de synthèses constructives dont il a été l’auteur et le maître. Ensuite, son apport réside dans le décryptage original qu’il fit des formes de la ville contemporaine. N’oublions pas le savant usage de métaphores dont Secchi a su tirer le plus grand profit pour penser et dire ces formes, qui vont de la “ville fractale”, reconnue à Prato, à la “ville poreuse”, mise au jour dans l’agglomération parisienne, en passant par la “ville diffuse” en Vénétie. Enfin, je tiens à souligner ce qui me paraît encore plus important : son infatigable recherche d’une culture de projet pour l’urbanisme, son ambition de renouveler cette discipline en l’adaptant à la ville et à la société qui évoluent sans cesse. “Changer l’urbanisme parce que la ville change”, pourrait-on dire, mais aussi “changer l’urbanisme pour changer la ville”. À une époque, les années 1980, où la dérégulation économique et l’autoréférence du geste architectural ont pu dominer la scène urbaine, Secchi n’a jamais perdu de vue l’utilité sociale de l’urbanisme. Il n’a jamais renoncé à la vision compréhensive de l’urbaniste, à sa lecture d’ensemble et sur la longue durée des établissements humains. De l’analyse des discours à ses projets urbains, il a essayé d’explorer de nouvelles stratégies cognitives et d’élaborer de nouveaux instruments capables de rendre compte de phénomènes urbains émergents, invisibles aux instruments plus anciens. C’est sans doute là la véritable originalité du travail de Secchi, son enseignement majeur. Au moment où l’action urbaine se perd dans le brouillard de l’urbain insaisissable et infigurable, où nombre de ses collègues démissionnent ou ne voient pas les mutations en cours, la recherche d’une culture visuelle capable de conférer du sens à la pratique des aménageurs est restée pour lui une priorité. Ainsi doivent s’interpréter ses efforts pour cartographier les nouvelles urbanisations réticulaires fondées sur la mobilité, sur la subversion de tous les cadres fonctionnels, désormais mélangés et non plus séparés, à Prato, en Belgique ou à Paris. Il s’agissait bien de réduire l’écart entre une culture de projet manifestant un modèle cognitif désormais dépassé et l’actualité de réalités urbaines complexes.


Serge Santelli

Patrimoine en Palestine /

René Elter (dir.)

1 – Essentiellement dans les villes de Jérusalem, Bethléem, Naplouse et Hébron. 2 – De 1994 à 2004, l’association palestinienne Riwaq a établi plus de 50 000 fiches de bâtiments historiques répartis dans 422 villes et villages. Depuis cette époque, 30 % de ce patrimoine, majoritairement ottoman, a disparu.

Les Territoires autonomes palestiniens, situés dans la partie centrale et orientale de la Palestine historique, possèdent un riche patrimoine archéologique qui témoigne de la présence successive et millénaire de différentes civilisations (près de 3 000 sites répertoriés). Par ailleurs, l’architecture traditionnelle, en voûtes de pierre, souvent très ancienne, constitue encore aujourd’hui - pour ce qu’il en reste - un remarquable patrimoine architectural urbain et rural 1. Malheureusement, celui-ci est dans un état de dégradation très avancé, étant mal ou pas du tout entretenu faute de moyens financiers et de motivation des habitants, occupé et surdensifié par des activités industrielles ou artisanales, ou tout simplement abandonné voire en ruine. De surcroît, l’interdiction de circuler et de commercer librement imposée par l’occupation israélienne ainsi que la grave pénurie de matériaux et de moyens techniques rendent très difficile la préservation des milliers de maisons et des monuments dispersés dans les Territoires2, et ne favorisent pas non plus la pérennité des restaurations effectuées. Pour ce qui

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Ces actes sont issus d’un séminaire éponyme tenu en mars 2012 à l’École normale supérieure à Paris. Il s’agissait de donner la parole aux principaux acteurs, palestiniens ou français, de la conservation du patrimoine en Palestine, afin qu’ils présentent leurs travaux - fouilles, sauvegarde, restauration d’édifices, de céramiques et autres objets d’art et d’artisanat, relevés, enseignement des techniques de restauration, etc. - et évoquent l’environnement souvent difficile dans lequel ils travaillent sur le terrain. Ont ainsi contribué archéologues, conservateurs, architectes, responsables d’institutions patrimoniales en Palestine, compagnon tailleur de pierre. Serge Santelli, architecte et enseignant-chercheur à l’école d’architecture de Paris-Belleville, qui a effectué plusieurs missions sur place avec ses élèves (relevés à Bethléem, à Naplouse et à Hébron), a lui-même contribué à ces travaux pour ce qui concerne le patrimoine architectural et urbain. – GwQ

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concerne la bande de Gaza, les derniers bombardements de juillet 2014 ont ainsi touché des milliers d’édifices dans les faubourgs de la ville de Gaza même s’ils n’ont détruit que peu de monuments historiques. Mentionnons quand même la destruction de trois mosquées ottomanes et celle de la partie centrale en voûtes d’arêtes de la salle de prière de la mosquée al-Omari à Jabaliya dont il reste encore le minaret, par chance épargné. Malgré les difficultés politiques, économiques et techniques, les archéologues et les architectes palestiniens travaillent sans relâche pour protéger et restaurer sites archéologiques et édifices historiques, faire vivre des bâtiments patrimoniaux condamnés à une disparition certaine. C’est cet acharnement à conserver une mémoire bâtie palestinienne que ces actes de séminaire, publiés sous la direction de René Elter 3, décrivent avec précision : interventions d’urgence et mise en valeur dans des sites archéologiques byzantins (tel le monastère de Saint-Hilarion à Gaza et l’église el-Khader du xiie siècle à Taybeh, en Cisjordanie, à 30 km de Jérusalem) ; restauration de maisons ottomanes à Gaza où un tiers de la centaine de maisons ottomanes recensées dans le centre historique ont été restaurées4 ; conservation de mosaïques romaines en coopération avec le musée de l’Arles antique ; chantier-école de taille de pierre de Taybeh-Ramallah5 ; enseignement et développement de la technique des relevés photogrammétriques ; analyses historiques des typologies architecturales des villes de Bethléem, Naplouse et Hébron ainsi que de l’artisanat de la nacre ; récit de la création et description de la collection du musée archéologique al-Mathaf à Gaza. Autant d’études et


1. Ruelle rénovée, Bethléem. 2. Rue rénovée, Naplouse. 3. Pièce voûtée, Hébron. Ph. © Serge Santelli. 4. Plan en perspective cavalière, maison Kattan, Bethléem. © T. Aubry. 3 – Directeur de la mission archéologique francopalestinienne de Tell Umm el’Amr à Gaza, René Elter est archéologue, attaché à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem et chercheur associé à l’université de Lorraine. 4 – Cf. l’article d’Ahmed S. Muhaisen, architecte, enseignant-chercheur au département architecture de l’université islamique de Gaza (p. 187). 5 – Cf. l’article de Jean-Loup Hanquart, artisan, compagnon du devoir, tailleur de pierre.

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d’actions qui permettent de mieux connaître et préserver le patrimoine tout en développant les techniques adéquates de restauration. En l’absence d’outils, ceux-ci sont fabriqués sur place (scie électrique et maillets), les carrières locales sont rouvertes et les artisans locaux (menuisiers et forgerons) sont mis à contribution. L’architecture palestinienne est décrite dans sa diversité et sa complexité. En ce qui concerne Bethléem, dont les espaces publics et les façades ont été nettoyés et rénovés pour la célébration du bimillénaire de la naissance du Christ, la typologie architecturale est présentée dans son développement rationnel à partir d’une unité spatiale et constructive de base, celle d’une pièce carrée (6 x 6 m environ), voûtée d’arêtes et construite en pierre calcaire, qui constituait dans sa grande simplicité la maison primitive de l’agriculteur palestinien. La ville, bâtie de manière dense sur un éperon rocheux autour de la basilique de la Nativité (réalisée sous l’empereur Constantin en 326 et reconstruite sous Justinien au vie siècle), s’est ensuite développée sur les pentes au détriment des terrasses paysagères qui l’entouraient, aujourd’hui en voie d’être complètement bétonnées. À Naplouse, ancienne cité romaine au plan quadrillé construite le long d’une vallée encaissée, les temples ont été transformés en églises à l’époque byzantine puis en mosquées après la conquête arabe. L’architecture des maisons ottomanes y est similaire à celle de Bethléem, bien que plus complexe du fait d’une plus grande densité. Les bombardements et les incursions militaires d’avril 2002 ayant endommagé des centaines de maisons et de boutiques, la municipalité a restauré et reconstruit, à l’identique, ce qui

RECHERCHE - ENSEIGNEMENT

3

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avait été détruit. Aujourd’hui rénovée, la ville se développe de façon spectaculaire en périphérie, sur les pentes des collines qui l’entourent, formant ainsi une enceinte bétonnée autour du centre historique. À Hébron, où le patrimoine archéologique est très convoité (plus de 6 000 fouilles illégales ont été menées en Cisjordanie par les autorités israéliennes depuis 1967), le centre historique, construit autour du Tombeau des Patriarches (dans lequel se trouvent les tombes d’Abraham, d’Isaac et de Jacob) - et en particulier la zone du souk - est occupé par des colons juifs depuis le début des années 1970, contraignant ainsi les habitants à partir s’implanter en périphérie. Depuis le début des années 1990, une politique très dynamique de restauration de maisons voûtées a été menée par l’Autorité palestinienne et a permis à une partie des familles de revenir habiter dans le centre 6. Cette politique palestinienne de restauration et de préservation, qui nécessite volonté, patience et ténacité, n’est possible que grâce à l’aide de divers organismes internationaux (l’Union européenne, l’Unesco) et l’apport financier de pays tels la France (via le consulat de France à Jérusalem), l’Italie, la Suède, le Japon et des pays arabes. La récente opération militaire israélienne, dite “Bordure protectrice”, a provoqué de nouvelles destructions, ce qui nécessitera l’intensification de l’aide internationale.

88

6 – Le Comité de réhabilitation d’Hébron a reçu le prix Aga Khan d’architecture en 1998 pour les restaurations menées sur 71 bâtiments.

René Elter (dir.), Patrimoine en Palestine. Enjeux

normale supérieure à Paris, organisé avec le soutien

et obstacles de sa mise en valeur, Paris, Riveneuve,

du ministère de la Culture et de la Communication

coll. Patrimoines d’Orient, 2014, 299 p., 28 €.

(direction générale des Patrimoines, département

Actes du séminaire des 15 et 16 mars 2012 à l’École

des Affaires européennes et internationales).


Anne Demerlé

1 – Paul Valéry et l’Enfant d’Éléphant, suivi de Flaubert le précurseur, Paris, Gallimard, 1986. 2 – Soit trois des six cursus de paysagiste concepteur, avec ceux d’Angers (Inh), Bordeaux (Ensap) et Paris (Esaj). 3 – Il faudrait par ailleurs évoquer la revue numérique Projets de paysage, dont le comité de rédaction réunit des enseignants-chercheurs de différentes écoles et universités, en France et à l’étranger, cf. <www.projetsdepaysage.fr>.

“En attendant d’emménager dans nos nouveaux locaux tellement désirés, il nous a semblé vital de créer Les Cahiers de l’École de Blois pour disposer, au moins, d’un gueuloir. Loin de nous l’idée de répandre la ‘doxa’, il existe suffisamment de publications de qualité sur la place. Notre intention est plutôt de témoigner de toutes les expériences tentées sur le terrain par les étudiants, les enseignants et les jeunes diplômés. C’est donc bien une publication d’école dont il s’agit, et si elle fait école, tant mieux !”, écrivait en 2003 Chilpéric de Boiscuillé, premier directeur de l’École nationale supérieure de la nature et du paysage, à l’occasion du lancement des Cahiers de l’École de Blois. Dans Flaubert le précurseur 1, Nathalie Sarraute montrait comment l’écrivain peaufinait, gueuloir aidant, une substance romanesque annonciatrice du roman moderne. La qualité des revues des écoles de paysage indique qu’elles aussi prennent le temps et trouvent les moyens de peaufiner “quelque chose”. La livraison au printemps 2014 des trois dernières productions des écoles de Blois, de Lille et de Versailles 2 - respectivement le numéro 12 des Cahiers de l’École de Blois, le numéro 13 des Cahiers thématiques. Architecture et paysage, conception / territoire / histoire et le numéro 26 des Carnets du paysage - invitait à regarder ce quelque chose de plus près 3. Une visite au centre de documentation de l’école de Versailles atteste d’intenses mouvements de ces trois titres aux côtés d’une dizaine de revues internationales (Anthos, Topos, en anglais et français, ou JoLA, en anglais) traitant du projet de paysage et des revues d’architecture ou d’urbanisme comportant régulièrement des dossiers à thématique paysagère. Instructifs pour tous les lecteurs et en particulier les étudiants à l’approche du travail personnel de fin d’études (Tpfe) et leurs encadrants, trois diplômes d’étudiants occupent une place centrale dans les Cahiers blésois. La publication de diplômes, restant accessible plus longtemps que leur expo-

RECHERCHE - ENSEIGNEMENT

Trois revues des écoles de paysage

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1

2

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sition (notamment celles à l’initiative de la Fédération française du paysage), nécessite une prise de recul pour présenter les éléments fournis le jour de la soutenance : le passage du panneau à la page est résolu par un travail éditorial soigné, tant dans les Cahiers de Blois, sous la houlette des éditions de la Villette, que dans les Carnets de Versailles, sous celle d’Actes Sud. Parmi les contributions enseignantes, deux prennent le risque de l’explicitation de contenus pédagogiques hors salle de cours. Ancrées dans des pratiques professionnelles et politiques, elles alimentent ainsi une matière vive indispensable au débat interenseignants et même bien au-delà. La première découle d’un coup de gueule de Jack Lang dans son cabinet de maire de Blois face à l’inculture des étudiants en matière de contexte politique - une généralisation sans doute excessive mais aussi une réalité que les mutations territoriales en cours n’aident pas. Christophe Degruelle, enseignant devenu depuis président de la communauté d’agglomération de Blois, était présent dans le “cabinet-gueuloir” qui fait aujourd’hui glisser la géopolitique de l’aménagement du territoire vers le paysage et fournit des repères aux concepteurs appelés à découvrir la commande publique. La seconde émane de Bruno Ricard, enseignant lui aussi à Blois et maire de Lanval-

90

3

4


de Blois, n° 12 : 1. Paysage agricole, ferme de Vernand (Loire). Ph. © Rémi Janin. 2. Études d’ombres et de lumière pour les quais de Bordeaux. Ph. © Michel Corajoud. Cahiers thématiques, n° 13 : 3. Rue Pierre Bayle, quartier de la Grande Résidence à Lens, avril 2011. Ph. © I. Estienne. 4. Maison à Soweto, 2004. Ph. © Christophe Hutin. 4 – Géographe de formation, l’écrivain a créé avec deux artistes (Xavier Courteix et Xavier Bismuth) un “Atelier de géographie parallèle”, <www.unsiteblanc.com>, et a notamment publié Un livre blanc (Fayard, 2007). 5 – Naito Hiroshi arch., 1999. 6 – À lire connecté à BruCiel, le système d’information géographique particulièrement soigné de l’agglomération bruxelloise, dont les premières images remontent aux années 1930.

RECHERCHE - ENSEIGNEMENT

Les Cahiers de l’École

lay, commune des Côtes-d’Armor de moins de 4 000 habitants. Ingénieur en assainissement rural et gestion des cours d’eau, il s’emploie à doter les étudiants d’un bagage hydrologique non soluble dans “la magie de l’eau en ville” : une autre nécessité. En amont, les trois plumes de Jean-Christophe Bailly, Claude Eveno et Marc Claramunt introduisent les thèmes de l’enseignement du paysage et des enseignements à tirer du paysage lui-même, par une polyphonie de souvenirs d’enseignants ménageant une place restreinte aux enseignés. Ceux-ci trouveront sans doute plus proches d’eux les explorations du blanc des cartes du “géographe parallèle” Philippe Vasset, rédacteur en chef d’Intelligence on Line 4, qui nouent serrés les liens entretenus par les Cahiers entre l’écriture littéraire et le projet : tout aussi essentiel quand le paysage est lui-même et d’abord une écriture. Par comparaison, les 250 pages des Cahiers thématiques donnent un périscope plus austère au Laboratoire conception territoire histoire (Lacth) de l’école lilloise. La richesse est pourtant au rendez-vous, jusqu’au cahier d’images final très parlant en regard du thème “Paysage versus architecture : (in)distinction et (in)discipline”. De quoi se saisira plus particulièrement le “jeune public” dans ce volumineux opus ? Il n’est pas sûr que la poursuite d’interrogations disciplinaires qui tramaient déjà le premier numéro en 2001 - avant que les étudiants en paysage ne rejoignent l’école d’architecture de Lille en 2005 - mobilise beaucoup le lectorat en recherche d’un chemin professionnel. Par contre, l’enquête menée par Isabelle Estienne sur l’actualité des pratiques distinctes et croisées des architectes et des paysagistes renouvelle l’analyse de l’émergence de ces derniers. Elle sera à renouveler elle-même très vite, ne serait-ce qu’en raison de l’augmentation de structures professionnelles “d’architecture et de paysage”, ou “d’urbanisme et de paysage”. Et les générations qui sortent actuellement des écoles participent de plus en plus, et à l’échelle européenne, à des workshops interécoles d’architecture et de paysage qui influenceront leurs réponses. Peut-être les étudiants seront-ils d’autant plus sensibles aux éclairages internationaux qui élargissent le périmètre d’observation : celui de Catherine Grout porte sur la mobilisation d’une “présence au paysage” dans le processus de conception d’un musée construit sur l’île de Shikoku5 en hommage à l’œuvre d’un grand botaniste nippon ; et le travail de reconstitution “d’un imaginaire de conception” mené par Géry Leloutre à propos de l’étalement de la métropole bruxelloise après guerre pointe la place de visées paysagères établissant une continuité dans les aménagements6. Sur le plan méthodologique, important pour la pédagogie, ce travail fait réfé-

91


RECHERCHE - ENSEIGNEMENT

1

92

2

rence à celui exposé par Frank Vermandel sur le Delirious New York de Rem Koolhaas (1978), à retrouver dans le cinquième numéro des Cahiers, paru en 2005. Des nombreux liens et discriminants entre architecture et paysage proposés, celui avancé par Sabine Ehrmann en clôture des Cahiers attire l’attention. Alors que le paysage et sa “révélation” sont dans tous les discours sans explicitation de ce qu’ils désignent, l’auteur examine précisément ce qui se joue en termes de langage. La performativité du substantif “paysage”, sa capacité à rendre une réalité paysagère dès lors qu’elle est désignée comme paysage interrogent la marge de manœuvre du paysagiste, question qui ne se pose pas de la même manière aux architectes, dont l’objet a besoin d’être construit pour être architecture. Quand la production paysagère comme architecturale se banalise gravement par endroits, il est intéressant de voir l’auteur chercher un chemin du côté du “ratage”, de la perte de charge inévitable entre un projet et sa réalisation. Une perte à rapprocher du positionnement de jeunes diplômés, de plus en plus nombreux, qui se détournent du processus de maîtrise d’œuvre traditionnel et de la mise en récit des paysages pour chercher à faire paysage autrement, plus près du terrain et de tous ses occupants, comme les y encourageaient récemment les vivifiantes deuxièmes rencontres “Alternatives urbaines” de Vitry-sur-Seine7. La dimension exploratoire des Carnets du paysage, portée par l’examen approfondi et panoramique de leurs thématiques, s’efforce d’illustrer l’exergue du philosophe Louis Marin : “Faites des clôtures qui soient des commencements…” Le numéro 26, “Inventer des plantes”, ne déroge pas à la ligne éditoriale tenue depuis plus de quinze ans par son comité de rédaction qui tient le cap de l’érudition


Les Carnets du paysage, n° 26 : 1. Planche tirée du Codex Seraphinianus, Luigi Serafini, éd. Franco Maria Ricci, 1981. © Luigi Serafini. 2. Herbier : grande feuille en forme de cœur et tiges creuses de Fallopia sachalinensis. Ph. © Liliana Motta.

- en particulier la valorisation de penseurs et spécialistes oubliés ou méconnus - pour éclairer la fabrication concrète des paysages8 : dans les Carnets voisinent des utopies et des essais, des postures et des aventures pédagogiques et personnelles, des manières de faire (celles des pépiniéristes, dans ce numéro) et des manières de comprendre le paysage (à l’aide d’un herbier, suggèrent Marc Rumelhart et deux jeunes diplômées) et de le représenter. Un polygonum est un polygonum comme une pomme est une pomme, sauf dans les Carnets, où les botanistes se révèlent des artistes et inversement : Liliana Motta l’avait déjà montré dans le numéro “Jardiner”, paru en 2003, auquel celui-ci fait écho en plusieurs endroits. Pour apporter les précisions utiles aux étudiants et autres apprentis, on trouvera un “Glossaire de la biodiversité végétale anthropique”, proposé par Marc Jeanson, tandis qu’une roborative “Librairie” ouvre l’ouvrage déjà abondamment ramifié vers d’autres lectures. Un étudiant aurait-il déjà la facétie de relier dans un simple tacuino (opuscule entre cahier et carnet pour les notes précieuses) les petites lignes bleutées qui situent tous les contributeurs et les titres d’articles depuis le premier numéro, il se doterait d’un intéressant bagage. Alors, “gueuloirs” ces revues ? Indispensables compagnes de route plus sûrement, pour les étudiants, comme pour tout lecteur motivé par la création paysagère qui trouvera le temps de lire tout ou partie de ces quelque six cents pages de l’année. 


7 – Cf. <alternativesurbaines. org/2014/09/22/rencontres-desalternatives-urbaines-2014-1011-octobre/>. 8 – Cf. notamment les recensions dans Archiscopie, n° 34 (octobre 2003) et n° 68

- Les Cahiers de l’École de Blois, “L’enseignement

Revue publiée depuis 2001 par le Lacth

du paysage”, n° 12, mai 2014, 10 p., 19 €.

de l’École nationale supérieure d’architecture

Revue publiée depuis 2003, un numéro par an ;

et de paysage de Lille, un numéro par an ;

coéditée par l’École nationale supérieure de la nature

diffusée par les éditions de la Maison

et du paysage de Blois et les éditions de la Villette

des sciences de l’homme.

depuis le n° 6.

- Les Carnets du paysage, “Inventer des plantes”,

- Cahiers thématiques. Architecture et paysage,

n° 26, mai 2014, 240 p., 26 €.

conception / territoire / histoire, “Paysage versus

Revue publiée depuis 1998, un ou deux numéros

architecture : (in)distinction et (in)discipline”,

par an ; coéditée par l’École nationale supérieure

n° 13, février 2014, 250 p., 25 €.

de paysage de Versailles-Marseille et Actes Sud.

RECHERCHE - ENSEIGNEMENT

(mai 2007).

93


Brève

JEAN PROUVÉ. DE L’ATELIER À L’ENSEIGNEMENT Transmission d’une culture technique “Je dessinais au tableau, je décortiquais l’architecture. Je leur expliquais tout ce que je pouvais connaître de l’architecture contemporaine1.” C’est en ces termes que Jean Prouvé (1901-1984) raconte son expérience parisienne de l’enseignement de la construction de 1958 à 1971 au sein du Conservatoire national des arts et métiers et à l’atelier Albert de l’École des beaux-arts créé par Auguste Perret. Ferronnier de formation, inventeur-constructeur dans ses ateliers à Nancy et à Maxéville (1923-1954), c’est en pédagogue de talent qu’il transmet à ses étudiants - des ingénieurs, des techniciens et des étudiants en architecture des Beaux-Arts - sa vision de l’architecture dans laquelle conception spatiale et méthode de construction sont indissociables. Le premier numéro des Cahiers du Laboratoire d’histoire de l’architecture contemporaine de l’école d’architecture de Nancy fait écho au cycle de conférences éponyme 2, à l’occasion duquel des architectes et historiens de l’architecture et des techniques (Caroline Bauer, Jean-Jacques H. Clauss, André Guillerme, Jean-Marie Helwig, Hélène Vacher) et des anciens élèves de Prouvé (Christian Enjolras arch. et Gwenaël Querrien arch.) ont évoqué l’héritage de ce pionnier de l’habitat industrialisé (maison de Jean Prouvé à Nancy, 1954 ; maison Les jours meilleurs, 1956…), tant en termes de culture constructive (filière métal, conception du projet par la construction, approche bioclimatique) que de pédagogie (importance du dessin, décloisonnement des disciplines). Cf. Cahiers du Lhac, n° 1, 2014. Diff. helene.vacher@nancy.archi.fr ou pierre.maurer@nancy.archi.fr

RECHERCHE - ENSEIGNEMENT

1 – Jean Prouvé par lui-même, propos recueillis par Armelle Lavalou, Paris,

94

éditions du Linteau, 2001, p. 105. 2 – Cycle organisé par l’Ensa de Nancy les 10, 17 et 24/10/2012, à l’occasion de l’événement “Jean Prouvé 2012”.


BIBLIOGRAPHIE “LES LIVRES”

96

ARCHITECTURE

96

Actualité

103

xixe-xxie siècles

111

Avant la Révolution

114

Approche générale

117

Construction - métiers

119

URBANISME

123

PAYSAGE

125

DIVERS

126

Jeunesse

La bibliographie “Les Livres” recense une très large sélection de livres récemment parus sur le domaine en langue française - environ 500 ouvrages par an sur une trentaine de pages par numéro. Les notices descriptives sont faites à partir d’un examen attentif des livres envoyés à la rédaction.


GINKO

ARCHITECTURE / ACTUALITÉ

L’éco-quartier du Lac de Bordeaux Dir. Bouygues Immobilier Paris, Archibooks + Sautereau, 2014 144 p., ill. noir et coul., 18,5x25, 18 € Isbn 978-2-35733-330-7

Situé dans le nord de Bordeaux au sein d’un quartier résidentiel aménagé dans les années 1970 sur une ancienne zone marécageuse, l’éco-quartier Ginko est une vaste opération immobilière mixte mêlant logements (en accession libre, accession aidée et locatif Ajap 2014. Espace rural de services et de proximité, Marsac-en-Livradois, B. Bouchet arch. (2011). Ph. © B. Alazard.

social), commerces, services et équipements (20102020, Bouygues Immobilier, aménageur ; Christian Devillers & associés et Brochet-Lajus-Peyo arch. ; Signes pays.). Présentation du projet, témoignages, portfolio, dates, chiffres clés.

AJAP 2014 Les Albums des jeunes architectes

IN SITU – DE VISU – IN MOTU

et paysagistes

Architecture, cinéma et arts technologiques

Dir. Alice Bialestowski

Dir. Irena Latek, Sophie Paviol, Clotilde Simond,

Paris / Milan, Cité de l’architecture et du patrimoine /

Françoise Very

Silvana Editoriale, 2014

Gollion, Infolio, 2014

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(Coll. Archigraphy)

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Diff. Silvana Editoriale

Isbn 978-2-88474-461-4

Catalogue de l’exposition itinérante présentée

Actes d’une rencontre organisée par les laboratoires

à la Cité, à Paris, du 5/11/2014 au 5/1/2015

MedialabAU (école d’architecture de l’université

Les Ajap sont un concours organisé tous les deux ans

de Montréal) et Métiers de l’histoire de l’architecture,

sous l’égide du ministère de la Culture pour distin-

édifices-villes-territoires (Ensa de Grenoble),

guer et faire connaître de jeunes équipes d’architectes

les 23 et 24/9/2011 à Montréal

et de paysagistes de moins de 35 ans. Pour cette ses-

Seize contributions d’architectes, d’artistes, de pay-

sion 2014, dix-huit équipes ont été lauréates, treize

sagistes et de théoriciens de l’art, dont certaines en

en architecture et cinq en paysage. Présentation des

anglais, analysent les possibilités qu’offrent les croi-

agences et de leur travail.

sements de différents champs artistiques tels que le cinéma, les arts technologiques et l’architecture. L’in-

CLARA, ARCHITECTURE RECHERCHE

fluence du cinéma sur le projet territorial est notam-

La mosquée bruxelloise comme projet

ment examinée comme moyen de mieux s’adapter aux

N° 2, 2014

changements de la société.

BIBLIOGRAPHIE

Bruxelles, Mardaga

96

232 p., ill. noir et coul., 20x25, 25 €

INTERNATIONAL CREATIVE CAMPUS

Isbn 978-2-8047-0171-0

La Cité internationale du xxie siècle

Cette revue, qui rend compte des travaux de recherche

Ouvrage collectif

et d’enseignement menés à l’Université libre de

Paris, L’Œil d’or, 2014

Bruxelles, consacre un dossier spécial à la place de

(Coll. Critiques & cités)

la mosquée en tant que projet à Bruxelles (relevés de

96 p., fçs/angl., ill. noir, 21x27, 15 €

mosquées et descriptions, la mosquée dans l’espace

Isbn 978-2-913661-64-6

public occidental, l’exemple d’El Hikma).

Ouvrage issu du colloque international éponyme organisé


à la Cité internationale de Paris, le 17/10/2012

La Cité internationale universitaire de Paris, créée en 1925, a adopté en 2012 un plan guide, élaboré par l’agence Exp arch., afin d’orienter les futurs aménagements paysagers et architecturaux (création de 10 résidences) du site, en fonction des évolutions contextuelles (mobilité internationale, dialogue interculturel, développement durable, numérique, attracPériphérique intérieur. Autonaute. Ph. © J.-Y. Bonzon.

tivité métropolitaine). Réflexions autour d’exemples récents (e-learning à la Seoul National University, Opération campus à Bordeaux, Rolex Learning Center à Lausanne), d’une étude socio-historique de la

Urbain, trop urbain a parcouru à pied, entre 2012

Cité internationale et de la présentation du plan guide.

et 2014, les 35 km du périphérique toulousain à la découverte d’un paysage urbain des marges (cam-

MATIÈRE GRISE

pements, friches industrielles, infrastructures auto-

Matériaux / réemploi / architecture

routières, Zac, terrains vagues…). Entre poésie et

Dir. Julien Choppin, Nicola Delon

réflexions urbaines, cette expérience psycho-géogra-

Paris, Pavillon de l’Arsenal, 2014

phique est restituée par des dessins, des textes et des

366 p., ill. noir et coul., 19x30, 36 €

photographies.

Isbn 978-2-35487-026-3 Catalogue de l’exposition éponyme présentée par l’agence

SOS PAVILLONS

Encore heureux au Pavillon de l’Arsenal à Paris,

Réhabilitations & extensions de pavillons

du 26/9/2014 au 4/1/2015

ordinaires

Dans un contexte de crise environnementale (épui-

Olivier Darmon

sement des ressources), des architectes remettent en

Rennes, Ouest-France, 2014

question leurs pratiques et élaborent de nouvelles

144 p., ill. noir et coul., 22,5x23,5, 21 €

stratégies innovantes centrées sur le réemploi de

Isbn 978-2-7373-6494-5

matériaux (bouteilles de bière, bois flotté, traverses

Énergivore, peu esthétique, responsable de l’étale-

de chemins de fer, bois de palettes, magazines…).

ment urbain et vieillissant mal, l’habitat pavillonnaire

Une trentaine de points de vue signés de diverses

peut également être considéré comme un potentiel

personnalités (Bernard Marrey, éditeur ; Pierre Frey,

stimulant à exploiter. Une quinzaine d’exemples

historien de l’architecture et enseignant ; Patrick

de réhabilitation et d’extension de pavillons, réa-

Bouchain arch. ; Gilles Perraudin arch.), ainsi que les

lisés en France et à l’étranger entre 2001 et 2013,

présentations de 75 réalisations en France et à l’étran-

montrent comment tirer avantage de ce type d’habi-

ger (Abattoir 8B-Matadero, Arturo Franco, Madrid,

tat, en termes d’espace, de confort et d’usage. En fin

2009 ; Third Wave Kiosk, Tony Hobba arch., Torquay,

d’ouvrage, cinq exemples d’immeubles collectifs qui

Australie, 2012) déclinent les multiples potentialités

reprennent les codes de la maison individuelle (dont

du réemploi en architecture, hier et plus particulière-

Habitat 67, Moshe Safdie arch., Montréal, 1967)

ment aujourd’hui.

proposent une voie alternative. Photos, plans, fiches techniques.

Récit

S(T)IMULATION PAVILLONNAIRE

Urbain, trop urbain

Ouvrage collectif

Marseille, Wildproject, 2014

Préface Yves Lion

128 p., ill. noir et coul., 16x23, 20 €

Paris, Archibooks + Sautereau, 2014

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208 p., ill. noir et coul., 14,5x21, 18 €

Dans le cadre du projet Périph’strip, le collectif

Isbn 978-2-35733-310-9

BIBLIOGRAPHIE

PÉRIPHÉRIQUE INTÉRIEUR

97


Pourquoi et comment densifier le pavillonnaire ? Véri-

des maquettes, des plans et des images de synthèse

table enjeu urbain, cette problématique, posée par

dont la réhabilitation des docks de Marseille (2014),

l’Établissement public d’aménagement de Marne-la-

un nouveau quartier résidentiel à Cotonou au Bénin

Vallée, a servi de sujet de recherche aux étudiants de

(2008) et la tour horizontale de Rho en Italie (2010).

l’école nationale d’architecture de la Ville et des Territoires à Marne-la-Vallée entre 2010 et 2011. Parcelle

CONSTRUIRE

par parcelle, ceux-ci ont observé, à Bry-sur-Marne et

Des abris de lumière pour jalonner

à Champs-sur-Marne, les typo-morphologies de l’ha-

des paysages incertains

bitat individuel et ont élaboré, en accord avec les habi-

Projets 2002/2014

tants et les voisins, des scénarios qui revalorisent ce

Tvaa, François-Xavier Drouet, Carine Merlino

type de territoire. Plans, photos.

Paris, Archibooks + Sautereau, 2014 248 p., fçs/angl., ill. noir et coul., 22,5x27, 24 € Isbn 978-2-35733-319-2

Travaillant ensemble depuis 2001, Thierry Van de Young Architects in Africa. Musseque 21, concept pour logements informels en Angola, D. Macgregor arch. (©).

Wyngaert (président de l’Académie d’architecture depuis 2011) et Véronique Feigel créent en 2007 l’agence Tvaa à Paris. Cette monographie expose vingt-quatre de leurs projets de rénovation (tour Perret, Amiens, 1999-2005 ; tour Jussieu, Paris,

YOUNG ARCHITECTS IN AFRICA

2005-2009), de construction (château d’eau de Plou-

Ouvrage collectif

bazlanec, 2006) et d’aménagement urbain (restructu-

Paris, AS. Architecture-Studio, 2014

ration du campus Jourdan, Paris, 2016). Photos, plans,

134 p., fçs/angl., ill. noir et coul., 20x19, 9 €

témoignages d’usagers.

Isbn 978-2-9542605-1-8

À l’occasion de la Biennale d’architecture de Venise 2014, la “maison commune” CA’Asi d’Architecture-Studio à Venise a exposé du 5/6 au 31/8/2014, les trois projets lauréats et les neuf projets mentionnés du concours éponyme organisé pour promouvoir la vitalité et l’originalité de la scène architecturale africaine émergente. Parmi les projets lauréats, la Red Pepper House sur l’île de Lamu (Urko Sánchez arch.). Photos, plans.

Frank Gehry. Cleveland Clinic Lou Ruvo Center for Brain Health à Las Vegas, États-Unis (2005-2010). Ph. © Dr.

BIBLIOGRAPHIE

monographies et écrits d’architectes

98

5+1AA ARCHITECTURES

FRANK GEHRY

Droits et devoirs

Dir. Aurélien Lemonier, Frédéric Migayrou

Paul Ardenne, Alfonso Femia, Gianluca Peluffo

Paris, Centre Pompidou, 2014

Paris / Bruxelles, Ante Prima / Aam, 2014

256 p., ill. noir et coul., 24,5x28,5, 42 €

464 p., ill. noir et coul., 22x25, 39 €

Isbn 978-2-84426-683-5

Isbn 978-2-87143-291-3

Catalogue de l’exposition éponyme présentée

Présente à Gênes, Milan et Paris, l’agence d’archi-

au Centre Pompidou à Paris, du 8/10/2014 au 26/1/2015

tecture et d’urbanisme 5+1AA travaille depuis 1995

Depuis ses débuts en Californie dans les années

sur des projets d’urbanisme, de réhabilitation, de

1960 (Danziger Studio, Hollywood, 1964) jusqu’à

bâtiments culturels et de bureaux à travers le monde.

aujourd’hui à travers le monde (musée Guggenheim,

Soixante programmes sont présentés par des photos,

Bilbao, 1997 ; Fondation Louis Vuitton, Paris, 2014),


l’architecte Frank Gehry (né en 1929 à Toronto)

nouvelle structure de tour d’habitation dans laquelle

questionne et repousse les limites des formes archi-

les appartements auraient chacun une terrasse, sépa-

tecturales. Une soixantaine de projets illustrés (pho-

rée du logement et située dans les étages hauts, consti-

tographies, maquettes, dessins, images de synthèse),

tuant le “green cloud ”. Présentation du concept mis

un entretien ainsi que des études thématiques (pro-

en pratique dans six projets dont celui de Grenoble

duction de mobilier, importance des outils numé-

Presqu’île prévu pour 2015. Images de synthèse, plans.

riques, approche urbaine) rendent compte de l’œuvre de Gehry. FRANKLIN AZZI ARCHITECTURE In Out Paul Ardenne, Delphine Desveaux Paris / Bruxelles, Ante Prima / Aam, 2014

Luc Weizmann architecte. Radar pour la surveillance du trafic aérien à St-Goazec, Finistère (2008). Ph. © H. Abbadie.

272 p., fçs/angl., ill. noir et coul., 22,5x29,7, 39 € Isbn 978-2-87143-278-4

Diplômé en 2000, lauréat 2008 des “Nouveaux Albums des jeunes architectes”, Franklin Azzi a créé son agence à Paris en 2006, après avoir travaillé pour

LUC WEIZMANN ARCHITECTE

Architecture-Studio. Une trentaine de projets, de la

Espaces inattendus

petite échelle (boutiques Bali Barret à Tokyo, 2004) à

Luc Weizmann, Delphine Desveaux

la grande (berges de Seine, Paris 7 , 2013), illustrent

Paris, Créaphis, 2014

son travail, qui accorde une large place à la réhabili-

224 p., fçs/angl., ill. noir et coul., 18,5x27, 40 €

tation (école des beaux-arts dans les anciennes halles

Isbn 978-2-35428-085-7

Alstom à Nantes, 2017). Photos, plans.

Luc Weizmann développe au sein de son agence pari-

e

sienne une architecture qu’il nomme de “l’environnement”, en référence à l’attention portée à l’intégration au paysage, notamment pour des programmes très techniques. Vingt-quatre projets, construits depuis les années 1990 (station d’épuration à Rouen avec jardin suspendu, 1997 ; barrage du mont Saint-Michel avec esplanade, 2009 ; station d’épuration à Versailles avec promenade pédagogique, 2015) sont présentés avec La Hauteur pour tous. Projet Gurgaon Sector 66, Inde (2013). © Maison É. François arch.

des textes, des photographies, un entretien avec l’architecte, des dessins et des plans. LA MODERNITÉ DU THORONET Henri Gaudin

Grenoble, Marseille, Gurgaon 71, Gurgaon 66,

Marseille, Maison de l’architecture et de la ville Paca, 2014

Casablanca, Paris-La Défense

142 p., ill. noir et coul., 16,5x24, 19 €

Édouard François

Isbn 978-2-9534-9483-9

Paris, L’Œil d’or, 2014

Invité de la 6e édition des “Leçons du Thoronet”, l’ar-

(Coll. Formes & figures)

chitecte Henri Gaudin (stade Charléty, 1994 ; rénova-

256 p., ill. noir et coul., 15x21, 20 €

tion du musée Guimet, 2000) interroge la modernité

Isbn 978-2913661-65-3

de l’architecture de l’abbaye cistercienne du Thoronet

“Et si la solution venait de l’ananas ?” La découpe

(Var) à travers des dessins et des réflexions portant sur

de ce fruit donne à Édouard François, qui a créé son

d’autres bâtiments remarquables tels que la cathédrale

agence d’architecture en 1986 à Paris, l’idée d’une

de Chartres et l’église Saint-Martin-de-Ré.

BIBLIOGRAPHIE

LA HAUTEUR POUR TOUS

99


OCTANT ARCHITECTURE

Avant-propos Raymond Depardon

Contextes

Postface Roland Carta

Ouvrage collectif

Paris / Bruxelles, Ante Prima / Aam, 2014

Paris, Archibooks + Sautereau, 2014

348 p., fçs/angl., ill. noir et coul., 16,6x26,9, 39 €

216 p., fçs/angl., ill. noir et coul., 22x27,5, 26 €

Isbn 978-2-8714-3255-5

Isbn 978-2-35733-286-7

Né en 1951, Roland Carta, fils d’architecte et

Depuis une trentaine d’années, Octant architecture

diplômé de l’école d’architecture de Marseille, dirige

(Rouen) travaille principalement en France sur des

aujourd’hui une agence d’architecture de quarante

projets d’équipements publics sportifs, de loisirs et de

personnes. Cette monographie présente son parcours,

bien-être. Cette monographie restitue les recherches

une sélection de 20 réalisations marseillaises - dont la

de l’agence à travers sept analyses thématiques (l’ar-

salle de spectacle Le Silo (2011), l’Hôpital européen

chitecture bioclimatique, la lumière, les matières…),

(2013) et le MuCem (avec R. Ricciotti arch., 2013) -,

des entretiens, les présentations détaillées de quatre

ainsi que vingt-huit autres projets non construits.

projets de piscine dont la piscine olympique de Dijon

Fiches techniques, photos, plans.

(2010) et le centre aquatique de Tain (2015). Photos, plans, dessins. RÉALISME MAGIQUE Alfonso Femia, Gianluca Peluffo Photo. Ernesta Caviola Venise / Bruxelles / Paris, Marsilio / Aam / Ante Prima, 2014 272 p., fçs/it./angl., ill. noir et coul., 18,5x21,5, 25 € Isbn 978-2-871-432-906

Dans le cadre de leurs recherches sur la matière, la

Traces. Centre d’archives Edf à Bure, Lan arch. (2011). Ph. © J. Lanoo.

beauté et l’architecture, 5+1AA architectures a sollicité la collaboration d’une photographe, Ernesta Caviola, et d’un maître céramiste, Danilo Trogu, pour qu’ils expriment leur vision des projets de l’agence,

TRACES

réalisés ou non. Vingt-quatre maquettes, dont celle du

Benoit Jallon, Umberto Napolitano (Lan)

Bim-Conseil général des Landes (non réalisé, 2009),

New York, Actar, 2013

sont réinterprétées en photographies, en sculptures et

624 p., ill. noir et coul., 17x24, 37 €

parfois annotées.

Isbn 978-1-940291-09-3 Diff. Archibooks

Réflexions, notes de voyages, croquis, dessins et photos illustrent le travail de l’agence Lan dans une présentation alternant des séquences texte sur fond blanc et des séquences image sur fond noir. Parmi leurs projets et réalisations : centre d’archives Edf à Bure

BIBLIOGRAPHIE

(2011) ; centre de semi-liberté à Nanterre (2015).

100

Roland Carta architecte. Le Silo, salle de spectacle à Marseille (2011). Ph. © Luc Boegly.

UN TOUR DE BABEL Les tribulations d’une agence d’architecture Jean Vermeil Paris, Archibooks + Sautereau, 2014

ROLAND CARTA ARCHITECTE

224 p., ill. noir et coul., 21x26, 24 €

Une aventure particulière

Isbn 978-2-35733-323-9

Jean-François Pousse

Fondée à Paris en 1977 par Michel Seban arch. (pré-


L’ESPRIT DU LIEU – ARCHITECTURE Paris, Archibooks + Sautereau, 2014 80 p., ill. noir et coul., 12x18, 12,90 €

Cette collection de monographies de bâtiments présente chaque édifice par un court texte, des entreUn tour de Babel. Médiathèque M.-Yourcenar à Paris 15e (2007). Ph. © Dr.

tiens avec les architectes et des acteurs du projet, des photographies, des plans et une fiche technique. • BASALTE : LA SALLE DES MARCHÉS

sident de l’Ordre des architectes d’Île-de-France de

DE LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE À LA DÉFENSE

2002 à 2006 et de l’Ensa de Versailles de 2007 à

Ateliers 2/3/4/

2010), l’agence d’architecture, d’urbanisme et de scé-

Catherine Sabbah

nographie Babel est présentée à travers un large éven-

Isbn 978-2-35733-302-4

tail d’une centaine de projets dont un studio de danse à

Par manque de terrains disponibles, l’immeuble

Poissy (1983), la médiathèque Marguerite-Yourcenar à

Basalte (2013), une “tour couchée” longue de 180 m,

Paris 15e (2007) et le projet urbain Paris ceinture verte

a été construit au-dessus d’une route encaissée, inau-

(portes de Montreuil et de Bagnolet, 2014).

gurant ainsi de nouvelles possibilités de développement urbain pour le quartier de La Défense. • LA BIBLIOTHÈQUE UNIVERSITAIRE

monographies de bâtiments

DES SCIENCES DE VERSAILLES Badia Berger architectes Margot Guislain Isbn 978-2-35733-296-6

Conçue, sur le modèle américain des learning centers, comme un lieu de vie et non plus seulement comme un lieu de conservation et de consultation des ouvrages, la Agc Glass Building. Cloisons en verre sérigraphié, G. Meurant artiste. Ph. © Q. Olbrechts.

bibliothèque de l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (2013) offre, grâce à son ossature en portique, un vaste espace ouvert, modulable et adapté • LE NOUVEAU SIÈGE DE LA FONDATION

Philippe Samyn, architecte et ingénieur

JÉRÔME SEYDOUX-PATHÉ

Jan De Coninck

Renzo Piano Building Workshop

Bruxelles, Racine, 2014

Maryse Quinton

256 p., ill. noir et coul., 23,5x30,5, 45 €

Isbn 978-2-35733-306-2

Isbn 978-2-87386-882-6

Ce nouveau bâtiment, inauguré en 2014 sur l’emplace-

Le nouveau siège du leader européen du verre plat

ment de l’ancien théâtre des Gobelins (Paris 13e), dont

Agc a été inauguré à Louvain-la-Neuve en Belgique

la façade a été conservée (Auguste Rodin sculpteur),

en 2013 (Philippe Samyn arch.-ing., lauréat 2008 du

est présenté comme le résultat d’un double défi : spatial

Global Award for Sustainable Architecture). Construit

(parcelle profonde, étroite et cernée d’immeubles) et

sur pilotis, le bâtiment à R+1 (10 800 m² par niveau) a

programmatique (lieu de conservation, de documenta-

été conçu pour répondre à des exigences de durabilité

tion, d’exposition, de projection et de travail).

(certification Breeam) et met en œuvre des innova-

• LA TOUR MAROC TELECOM À RABAT

tions techniques telles que la création d’une façade

Jean-Paul Viguier et associés

double peau en lamelles mobiles de verre feuilleté qui

Margot Guislain

suivent l’évolution du soleil. Monographie technique

Isbn 978-2-35733-331-4

détaillée sur la mise en œuvre du chantier, croquis,

Signal puissant au cœur du nouveau quartier Hay Riad

dessins techniques, photos.

à Rabat (Maroc), la tour de l’opérateur téléphonique

BIBLIOGRAPHIE

aux nouveaux usages des outils numériques. AGC GLASS BUILDING

101


Maroc Telecom est composée de deux prismes verticaux à base triangulaire, couronnés par un gigantesque porte-à-faux. Elle est le premier et le seul immeuble de grande hauteur (136,5 m) de la ville à ce jour. • VISAGES DU MONDE, HAUTS-DE-CERGY Badia Berger architectes Christophe Leray Isbn 978-2-35733-305-5

Visages du monde est le nouvel équipement hybride

Le Nouveau Parc zoologique de Paris. Tinus, le lamantin. Ph. © Martin Argyroglo.

(médiathèque, mairie annexe, café, salle de spectacle, salle de danse) inauguré en 2013 au cœur de ce quartier de Cergy (Val-d’Oise). Décloisonné et ouvert sur la ville, le bâtiment a été conçu pour favoriser les

LE NOUVEAU PARC ZOOLOGIQUE DE PARIS

échanges entre les habitants.

Atelier Jacqueline Osty & associés, paysagistes urbanistes Jacqueline Osty Préface Jean-Christophe Bailly Paris, Dominique Carré, 2014 152 p., ill. noir et coul., 29x20, 32 € Isbn 978-2-915755-52-7

Rouvert en avril 2014, le parc zoologique de Paris a été complètement réaménagé pour offrir un habitat mieux adapté aux animaux (enclos plus vastes, plus naturels) et proposer un parcours pédagogique inédit La Fondation Louis Vuitton par Frank Gehry. La façade est du musée. Ph. © Flv / I. Baan.

aux visiteurs (points d’observation repensés, répartition en cinq bio-zones). Présentation du projet en chantier et achevé (photos, plans, images de synthèse), accompagnée d’un texte de J.-C. Bailly, enseignant à

LA FONDATION LOUIS VUITTON

l’École de la nature et du paysage de Blois.

BIBLIOGRAPHIE

PAR FRANK GEHRY

102

Une architecture pour le xxie siècle

PARIS PAJOL

Ouvrage collectif

La ville en partage

Paris, Flammarion / Fondation Louis Vuitton, 2014

Ouvrage collectif

238 p., ill. noir et coul., 20,5x30, 40 €

Paris, Archibooks + Sautereau, 2014

Isbn 978-2-08133-64-21

144 p., ill. noir et coul., 25,5x18, 18,90 €

Signé de l’architecte Frank Gehry, le musée d’art

Isbn 978-2-35733-283-6

contemporain de la Fondation Louis Vuitton, inau-

Construite dans les années 1920 pour servir de dépôt

guré en octobre 2014, a pris place au bois de Bou-

à la gare de l’Est de Paris, la halle Pajol s’était muée

logne à Paris. Le bâtiment, aux allures de “vaisseau

en une friche ferroviaire. Avec la création en 1994 de

de verre”, a été conçu en relation avec son site his-

la Zac Pajol (Janine Galiano & Philippe Simon arch.

torique et selon des procédés techniques innovants

coord.) débute une longue réflexion pour la requalifi-

(logiciels 3D, ingénierie). L’ouvrage réunit une

cation urbaine du site qui aboutit en 2013 à l’ouver-

quinzaine de contributions émanant principalement

ture d’un collège, d’une bibliothèque et d’une auberge

d’acteurs du projet (architectes, techniciens, respon-

de jeunesse dans la halle réhabilitée (Françoise-Hé-

sables de la Fondation Louis Vuitton, etc.), des plans,

lène Jourda arch.). Récit du projet, piloté par la Ville

des coupes, des croquis et un reportage photogra-

de Paris et la Semaest, de sa genèse à aujourd’hui.

phique du chantier.

Photographies, entretiens.


XIXe-XXIe SIÈCLES

par zones géographiques et présentés chacun par une photographie, une notice technique et un court descriptif, les bâtiments sont introduits par des éléments plus généraux d’histoire urbaine (architecture scolaire, espace public, logement social, reconstruction). Avec glossaire et index.

Les Architectes et la construction. La Noiseraie, Marne-la-Vallée, H. Ciriani arch. (1973). Ph. © Dr / coll. CAPa.

LES ARCHITECTES ET LA CONSTRUCTION Entretiens avec Paul Chemetov, Henri Ciriani, Stanislas Fiszer, Christian Hauvette,

Architectures à Marseille. La maison Castel, G. Castel arch. (1924). Ph. © Dr.

Georges Maurios, Jean Nouvel, Gilles Perraudin et Roland Simounet Virginie Picon-Lefebvre, Cyrille Simonnet Avant-propos Philippe Potié

ARCHIVES D’ARCHITECTURE DU xxe SIÈCLE

Marseille, Parenthèses, 2014

Colonnes, n° 30, juillet 2014

(Coll. Eupalinos, série architecture et urbanisme)

Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine

190 p., ill. noir, 15x23, 16 €

106 p., ill. noir, 20x29,7, 8 €

Isbn 978-2-86364-667-0

Issn 1151-1621

Ouvrage publié avec le concours de la Direction générale

Diff. nbenzegala@citechaillot.fr

des patrimoines (ministère de la Culture

Lors de la journée d’étude “La genèse des archives

et de la Communication)

d’architecture”, organisée par la Cité le 5/2/2014,

Les auteurs, des architectes, ont interrogé en 1989

plus d’une vingtaine de spécialistes ont partagé leurs

huit architectes de renom sur la part de l’imagina-

connaissances sur la politique des archives d’architec-

tion et la part de la technique dans l’élaboration du

ture en France, depuis les premières expériences de

projet d’architecture. Cette “géographie de la produc-

collecte jusqu’aux années 1970. Des articles sur les

tion architecturale en France” aborde, entre autres

pratiques actuelles dans les secteurs public et privé,

sujets, la vérité constructive et la technique comme

complètent le propos. Parmi les aspects traités : les

contrainte.

missions de l’Inventaire général, de l’Institut français d’architecture, des archives d’architecture départe-

ARCHITECTURES À MARSEILLE

mentales et municipales.

Dir. Thierry Durousseau

LES BARRAGES DU LÉVÉZOU

Marseille, Maison de l’architecture et de la ville Paca, 2014

ET DES RASPES DU TARN

248 p., ill. noir et coul., 14x22, 22 €

Daniel Crozes

Isbn 978-2-9534948-2-2

Photo. Adélaïde Maisonabe

Ce guide présente 300 édifices, parmi lesquels figurent

Paris, Rouergue, 2014

la Cité radieuse (Le Corbusier arch., 1952), l’une

208 p., ill. noir et coul., 30,5x24,5, 38 €

des stations-service conçues par Jean Prouvé (1970)

Isbn 978-2-8126-0692-2

et le MuCem (R. Ricciotti arch., 2013). Regroupés

En collaboration avec Edf, l’auteur, journaliste et his-

BIBLIOGRAPHIE

1900-2013

103


torien aveyronnais, retrace les étapes de la mutation

thèse, l’auteure, enseignante à l’École spéciale d’archi-

au xx siècle du paysage agricole du Lévézou - haut

tecture, a étudié les archives du ministère des Affaires

plateau du centre de l’Aveyron - en un vaste disposi-

étrangères pour comprendre l’ensemble des disposi-

tif hydroélectrique (barrages, lacs artificiels, retenues

tifs administratifs mis en place à Beyrouth pendant la

d’eau). Une histoire d’hommes, d’aménagement du

période du mandat français au Liban (1916-1936).

territoire et de technique. Glossaire.

Elle analyse également les deux plans d’aménage-

e

ment réalisés par le cabinet Danger et Michel Écochard arch.-urb. pour faire de Beyrouth une capitale moderne. Glossaire. Le Bassin de Lacq. Réservoirs de stockage de butane. Ph. © Archives Total / Claude Roux.

CASABLANCA CHANDIGARH Bilans d’une modernisation Tom Avermaete, Maristella Casciato

BIBLIOGRAPHIE

Photo. Yto Barrada, Takashi Homma

104

LE BASSIN DE LACQ

Montréal / Zurich, Cca / Park Books, 2014

Métamorphoses d’un territoire

366 p., ill. noir et coul., 17x24, 35 €

Dir. Laetitia Maison-Soulard, Alain Beltran,

Isbn 978-3-906027-39-5

Christophe Bouneau

Publié à l’occasion de l’exposition “Comment

Pessac, Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine,

les architectes, les experts, les politiciens, les agences

2014

internationales et les citoyens négocient l’urbanisme

(Coll. Cahiers du patrimoine, n° 105)

moderne : Casablanca Chandigarh”,

216 p., ill. noir et coul., 21x27, 29 €

organisée au Centre canadien d’architecture à Montréal,

Isbn 978-2-85892-427-1

du 26/11/2013 au 20/4/2014

L’ouvrage regroupe les résultats d’un inventaire du

Héritières, dans les années 1950, d’un contexte politi-

patrimoine mené entre 2011 et 2014 sur les muta-

co-économique complexe (aide internationale, décolo-

tions paysagères et urbaines du bassin de Lacq dans

nisation), Casablanca, au Maroc, et la ville nouvelle de

les Pyrénées-Atlantiques, et les actes du colloque

Chandigarh, en Inde, offrent des terrains d’expérimen-

“Lacq, trajectoires et enjeux territoriaux”, organisé à

tation inédits à leurs architectes, pionniers de la ville

Mourenx, les 14 et 15/11/2012. L’histoire des évolu-

moderne (Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Maxwell

tions industrielles, paysagères, urbaines, patrimoniales

Fry et Jane Drew à Chandigarh ; Michel Écochard à

et socio-économiques de la région est racontée, entre

Casablanca). Hors du monde occidental, il semblerait

autres, au travers des témoignages architecturaux que

que ces deux exemples de planification urbaine dans

sont les sites industriels implantés suite à la découverte

des pays du Sud aient su répondre aux évolutions des

d’un gisement de gaz, et la ville nouvelle de Mourenx,

modes de vie. Une mission photographique réalisée

édifiée à partir de 1957 pour loger le personnel des

récemment ainsi que des études comparatives et his-

usines (Jean-Benjamin Maneval, René-André Coulon

toriques des spécificités des deux villes présentent une

et Philippe Douillet arch.-urbanistes).

vision renouvelée de l’urbanisme moderne.

BEYROUTH SOUS MANDAT FRANÇAIS

DOMUS MARE NOSTRUM

Construction d’une ville moderne

Habiter le mythe méditerranéen

Marlène Ghorayeb

Ouvrage collectif

Paris, Karthala, 2014

Toulon, Conseil général du Var, 2014

(Coll. Hommes et sociétés)

144 p., ill. noir et coul., 22x28, 15 €

318 p., ill. noir et coul., 16x24, 29 €

Isbn 978-2-913959-55-2

Isbn 978-2-8111-1087-1

Catalogue de l’exposition éponyme organisée à l’Hôtel

Comment l’urbanisme français de l’entre-deux-

des arts à Toulon, du 8/3 au 11/5/2014

guerres s’est-il exporté au Liban ? Dans le cadre de sa

Réunis par Jean-Lucien Bonillo arch. (enseignant à


l’Ensa de Marseille et commissaire de l’exposition),

(Coll. Art & société)

des spécialistes analysent les rapports entre culture

362 p., ill. noir et coul., 17,5x25, 24 €

méditerranéenne et architecture moderne à travers

Isbn 978-2-7535-2929-8

une dizaine d’exemples de maisons construites pen-

Issue d’un travail de thèse soutenue en 2009, cette

dant l’entre-deux-guerres (villa Blaizeau à Carthage,

monographie retrace l’histoire urbaine, architectu-

Le Corbusier et P. Jeanneret arch., 1928), les Trente

rale, politique, administrative, sociale et financière du

Glorieuses (villa Barthélémy à Cassis, F. Pouillon

quartier de Firminy-Vert (Loire), depuis sa construc-

arch., 1953) et au tournant du xxie siècle (villa C. à

tion à la fin des années 1950 jusqu’aux années 1970.

Majorque, Á. Siza arch., 2008). Photos, plans.

Aujourd’hui célébré pour son architecture moderne (Marcel Roux, André Sive, Charles Delfante, Jean Kling et Le Corbusier arch.), cet ensemble urbain est étroitement lié aux convictions sociales de son maire Eugène Claudius-Petit, ancien ministre de la Reconstruction (1948-1952). Photos, documents d’époque, plans.

Élisabethville. Verrière de l’église, M. Huré artiste ; P. Tournon arch. (1927). Ph. © Région Idf / L. Kruszyk / Adagp.

FUNDAMENTAL(ISM)S Dir. Tarik Oualalou, Linna Choi Bruxelles, Aam, 2014 66 p., ill. noir et coul., 17x24,5, 18 € Isbn 978-2-87143-288-3

ÉLISABETHVILLE

Invité à la xive Biennale d’architecture de Venise (du

La plage de Paris sur Seine

7/6 au 23/11/2014), le royaume du Maroc a exposé,

Aubergenville

à travers 7 projets emblématiques du pays - dont les

Service Patrimoines

immeubles Nid d’abeille et Semiramis à Casablanca

et Inventaire de la Région Île-de-France

(Atbat-Afrique, G. Candilis, S. Woods et V. Bodiansky

Paris, Somogy, 2014

arch., 1951) et l’hôtel des Gorges du Dadès à Bou-

(Coll. Images du patrimoine, n° 289)

malne (P. de Mazières, A. Faraoui arch., 1974) -, son

56 p., ill. noir et coul., 24,5x29,5, 15,50 €

interprétation de la modernité au xxe siècle. En paral-

Isbn 978-2-7572-0886-1

lèle, huit équipes d’architectes marocains présentent

Née de l’initiative privée d’une société de prévoyance

leurs réflexions sur l’habitat en milieu désertique

belge dans les années 1920, Élisabethville (Yvelines)

aujourd’hui. Photos, plans, images de synthèse.

est une cité balnéaire de bord de Seine qui présente une architecture de style régionaliste (villas, casino, plage, hôtels…) et moderne (piscine et église Sainte-Thérèse, 1927-1935, Paul Tournon arch.). Construite selon un plan radioconcentrique (Charles Édouard Sée arch.), la ville, initialement prévue pour les loisirs de riches Parisiens, s’est tournée dans les de l’entreprise Renault (usine et lotissement, Bernard Zehrfuss arch.). FIRMINY-VERT

GO WEST !

De l’utopie municipale à l’icône patrimoniale

Des architectes au pays de la contre-culture

Clarisse Lauras

Caroline Maniaque

Préface Taline Ter Minassian

Marseille, Parenthèses, 2014

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014

(Coll. Architectures)

BIBLIOGRAPHIE

Go West ! Magazine La Gueule ouverte, n° 15, janv. 1974. Dessin de P. Fournier. Coll. Parenthèses.

années 1950 vers l’industrie automobile avec l’arrivée

105


246 p., ill. noir et coul., 17x24, 32 €

et contemporaine

Isbn 978-2-86364-288-7

Franz Graf

Dans les années 1960, de jeunes architectes européens

Lausanne, Presses polytechniques

sortent des sentiers battus de l’école pour vivre l’ex-

et universitaires romandes, 2014

périence de la contre-culture nord-américaine (retour

(Coll. Architecture essais)

à la nature, autonomie énergétique, autoconstruction).

480 p., ill. noir et coul., 18x24,5, 69 €

À travers des témoignages (Jean Dethier, organisateur

Isbn 978-2-88074993-4

de l’exposition “Architectures marginales aux États-

Cet ouvrage, qui rend compte des recherches du

Unis”, Centre Pompidou, 1975), la visite de sites

Tsam (laboratoire Techniques et sauvegarde de l’ar-

emblématiques (Drop City dans le Colorado, les mai-

chitecture moderne, École polytechnique et fédérale

sons flottantes de Sausalito à San Francisco) et des

de Lausanne), pose les fondements d’une nouvelle

publications d’époque (Architectural Design, L’Archi-

discipline : l’histoire matérielle du bâti du xxe siècle.

tecture d’aujourd’hui, Actuel, Whole Earth Catalog, Dome

Il fait l’analyse d’une sélection de bâtiments représen-

Cookbook), l’auteure, architecte et enseignante-cher-

tatifs de la diversité constructive (matériaux, chan-

cheuse à l’Ensa de Paris-Malaquais, explore les

tiers, systèmes constructifs) en France, en Italie et

réseaux et les impacts de cette période sur la pensée

en Suisse (dissociation entre structure et enveloppe

architecturale française. Ouvrage issu d’une thèse, paru

chez les frères Perret, structures en tension de Luigi

initialement en anglais en 2011. Cf. Archiscopie, n° 124,

Moretti…), et de projets actuels de sauvegarde d’édi-

octobre 2013.

fices de la même période (Maison du peuple à Clichy, E. Beaudouin, M. Lods arch., 1939).

Histoire de la construction... Viaduc du Chavanon, Jean Muller interl ing. (2000). Ph. © Archives Egf-Btp.

Hokusai. Pont-bateau, planche tirée du Livre de dessins pour artisans. Nouveaux modèles, 1836. Coll. Bnf, Paris.

HISTOIRE DE LA CONSTRUCTION MODERNE ET CONTEMPORAINE EN FRANCE

BIBLIOGRAPHIE

Xavier Bezançon, Daniel Devillebichot

106

Paris, Eyrolles, 2014

HOKUSAI

475 p., ill. noir et coul., 22x28, 49 €

Le vieux fou d’architecture

Isbn 978-2-212-13619-7

Dir. Jean-Sébastien Cluzel

Après un premier volume consacré à l’histoire de la

Paris, Bibliothèque nationale de France / Le Seuil, 2014

construction de la Gaule romaine à la Révolution

280 p., ill. noir et coul., 16x24, 29 €

française (2013), ce manuel illustré, réalisé par deux

Isbn 978-2-7177-2609-1 / 978-2-02-110582-7

professionnels du bâtiment, présente tous les aspects

À l’occasion de la rétrospective Hokusai (1760-1849)

de la construction française à l’ère industrielle (pro-

organisée au Grand Palais (Paris, du 1/10/2014 au

cédés techniques, matériaux, styles, acteurs, aspects

18/1/2015), deux ouvrages du maître de l’estampe

socio-économiques et historiques…).

japonaise consacrés à l’architecture, l’un paru en 1816 - Règles de construction - et l’autre en 1836 - Livre de

HISTOIRE MATÉRIELLE DU BÂTI

dessins pour artisans. Nouveaux modèles -, sont édités en

ET PROJET DE SAUVEGARDE

fac-similé accompagnés d’une traduction inédite en

Devenir de l’architecture moderne

français et d’analyses de spécialistes. Témoins de sa


passion pour l’art d’édifier, les dessins des ouvrages

400 p., ill. noir et coul., 17x24, 35 €

d’Hokusai, mêlant traditions nippones et chinoises et

Isbn 978-2-8047-0192-5

références venant de l’Occident, sont conçus non seu-

Premier ouvrage de cette série consacrée à l’archi-

lement comme des œuvres d’art, mais aussi comme

tecture moderne et contemporaine en Wallonie et à

des modèles pour les artisans bâtisseurs.

Bruxelles, ce guide regroupe 400 bâtiments à Liège et dans ses environs, tous commentés et illustrés (plans, photos, documents d’archives, cartes). Une analyse territoriale et une étude synthétique sur la modernité architecturale à Liège introduisent la sélection des édifices, parmi lesquels figurent la maison Sanquin (Yvon Falise arch., 1933) et l’immeuble

Le Langage hypermoderne... Balcon 2 (Hong Kong), Philippe Ramette, 2001. Ph. M. Domage © Ph. Ramette / Adagp, 2014.

de bureaux dit l’Orangerie à Seraing (Reichen et Robert arch., 2014). LIEUX, BIENS, LIENS COMMUNS Émergence d’une grammaire participative

LE LANGAGE HYPERMODERNE

en architecture et urbanisme, 1904-1969

DE L’ARCHITECTURE

Judith Le Maire

Nicolas Bruno Jacquet

Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 2014

Marseille, Parenthèses, 2014

(Coll. Architecture, aménagement du territoire

(Coll. Architectures)

et environnement)

256 p., ill. noir et coul., 18,5x26,5, 34 €

252 p., ill. noir, 16x24, 23 €

Isbn 978-2-86364-290-0

Isbn 978-2-8004-1552-9

Publié avec le concours du Centre national du livre

Issue d’une thèse en histoire de l’architecture, cette

et de la Librairie de l’architecture et de la ville

étude analyse les manifestations de l’architecture

Dans le sillage du philosophe Gilles Lipovetsky et

participative et développe une “grammaire de la par-

de l’urbaniste et sociologue François Ascher, l’au-

ticipation” - outils, acteurs, forme, pédagogie, institu-

teur, historien de l’art et de l’architecture, s’inter-

tionnalisation -, depuis ses prémices au tournant du

roge sur la notion de modernité en architecture.

xxe siècle, avec les théories développées par Patrick

Illustré de nombreux exemples, cet essai théorique

Geddes (1854-1932), jusqu’aux années 1970, avec

examine la diversité architecturale des années 1970

le village de Terni (Giancarlo De Carlo arch., 1969),

à aujourd’hui à travers sept approches telles que les

en passant par les débats des Ciam et du Team X ou

rapports des architectes au plan libre, à la surface

encore l’expérience de la Mémé à Bruxelles (Lucien et

et à la technologie. Une réflexion renouvelée sur la

Simone Kroll arch., 1961).

modernité en architecture dans laquelle le postmodernisme ne serait plus considéré comme une phase

MATHÉMATIQUES DE LA VILLA IDÉALE

de rupture mais plutôt comme une transition vers

Et autres textes

une “hypermodernité”.

Colin Rowe Trad. de l’anglais Frank Straschitz

ET CONTEMPORAINE 1895-2014

Marseille, Parenthèses, 2014

Guide

(Coll. Eupalinos, série architecture et urbanisme)

Dir. Sébastien Charlier, Thomas Moor

240 p., ill. noir, 15x23, 16 €

Photo. Élodie Ledure

Isbn 978-2-86364-660-1

Bruxelles, Cellule architecture de la fédération Wallonie-

Bien qu’écrits entre 1947 et 1961 - avant l’essor du

Bruxelles / Mardaga, 2014

postmodernisme -, les neuf articles du théoricien

(Coll. Guide d’architecture moderne et contemporaine)

et critique d’architecture britannique Colin Rowe

BIBLIOGRAPHIE

Avant-propos Claude Massu

LIÈGE, ARCHITECTURE MODERNE

107


(1920-1999) témoignent d’un repérage précoce

Morez / Paris, Ville de Morez / Ensa Paris-Belleville, 2014

des formes néomaniéristes dans l’architecture du

72 p., ill. noir et coul., 15x21, 5 €

xxe siècle. Reposant sur une analyse comparative,

Isbn 978-2-9547706-0-4

sensible, visuelle et souvent anachronique, cette

Diff. accueil@musee.mairie-morez.fr

vision a renouvelé l’histoire critique de l’architecture

Ouvrage publié à l’occasion de l’exposition éponyme

(le néopalladianisme de Le Corbusier et de Mies

organisée au musée de la Lunette à Morez,

van der Rohe, la nécessité d’analyser l’architecture

du 11/9/2013 au 30/4/2014, et à l’Ensa de Paris-Belleville,

comme une pratique liée aux arts plastiques…). Réé-

du 25/9 au 17/10/2014

dition (Hazan, 2000).

Inaugurées en 1933, les écoles nationales professionnelles d’optique à Morez et d’horlogerie à Besançon témoignent de l’engagement de l’État pour le développement de l’enseignement technique et des dynamiques industrielles locales. L’auteur, un enseignant de l’Ensa de Paris-Belleville, restitue l’histoire de Revoir Paris, l’exposition. “L’étrange cas du Dr Abraham”, couverture du magazine À suivre, 1987. Ill. © Schuiten-Peeters.

ces deux établissements à travers leur programme architectural qui associe des exigences pédagogiques spécifiques et les visions des architectes Paul Guadet (1873-1931) et André Boucton (1891-1977).

REVOIR PARIS, L’EXPOSITION

VERS UNE AGRITECTURE

François Schuiten, Benoît Peeters

Architecture des constructions agricoles

avec Christelle Lecœur

(1789-1950)

Paris, Casterman, 2014

Jean-Philippe Garric

96 p., ill. noir et coul., 24x34, 28 €

Bruxelles, Mardaga, 2014

Isbn 978-2-203-09023-1

(Coll. Albums d’architecture)

Catalogue de l’exposition éponyme organisée par la Cité de

160 p., ill. noir et coul., 25x18,5, 32 €

l’architecture et du patrimoine à Paris,

Isbn 978-2-8047-0200-7

du 20/11/2014 au 9/3/2015

Discipline hybride théorisée vers 1800 par le maçon

Spectaculaire, fantastique, utopique ou futuriste,

lyonnais François Cointeraux (1740-1830), l’“agritec-

l’architecture nourrit l’imaginaire des artistes et

ture”, qui conjugue logique architecturale et logique

notamment celui des auteurs de bandes dessinées.

agricole, est régie par des exigences économiques,

Le scénariste B. Peeters et le dessinateur F. Schuiten

hygiéniques, esthétiques et morales. L’auteur, archi-

jouent le jeu d’un dialogue avec des projets d’archi-

tecte, enseignant et historien de l’architecture, analyse

tecture et d’urbanisme imaginés depuis le xix siècle

les particularités de ce type de constructions à tra-

pour Paris (Expositions universelles, travaux hauss-

vers une étude illustrée et bibliographique de textes

manniens, Paris spatial de Yona Friedman, 1960), à

publiés entre la Révolution française et 1950 (Traité

travers des planches issues de leurs albums (la série Les

des constructions rurales, Louis Bouchard-Huzard,

Cités obscures et Revoir Paris). Un double regard auquel

1858…). Cf. rubrique Culture, p. 70.

e

se joignent, en conclusion, ceux de cinq personnalités - les architectes Christian de Portzamparc, Jean Nouvel et Toyo Ito, l’historienne Régine Robin et le philosophe

monographies et écrits d’architectes

BIBLIOGRAPHIE

Philippe Simay - sur les perspectives du Grand Paris.

108

ANDREA BRANZI UNE AMBITION POUR LES MÉTIERS

Objets et territoires

PAUL GUADET & ANDRÉ BOUCTON

Ouvrage collectif

L’architecture des écoles professionnelles

Paris, Gallimard-Alternatives, 2014

Guy Lambert

302 p., fçs/angl., ill. noir et coul., 16x24, 35 €


Isbn 978-2-07-256561-8 Catalogue de l’exposition “Andrea Branzi, pleased to meet you - 50 ans de création”, présentée au musée des Arts décoratifs et du Design de Bordeaux, du 6/10/2014 au 28/1/2015

Cofondateur du mouvement radical italien Archizoom en 1966, Andrea Branzi (né en 1938) est l’une des grandes figures de l’architecture, de l’urbanisme (projets “Ville sans fin”, 1969-1972 ; “Métropole froide”, Tadao Ando. Musée d’Art moderne de Fort Worth au Texas (2002). Ph. © Dr.

1991 ; “Agronica”, 1996) et du design (série Trees, années 2010) de la seconde moitié du xx  siècle. S’ope

posant aux principes rationalistes et fonctionnalistes hérités du monde industriel moderne, il élabore une

une première fois aux éditions du Moniteur en 1999,

nouvelle approche affective et poétique de l’environ-

ces documents sont enrichis d’une introduction iné-

nement urbain et domestique basée sur le mouvement

dite portant sur le parcours plus récent de l’architecte.

et la fluidité. Analyses et présentation de sa production (meubles, objets, sculptures, projets urbains, écrits

VIOLLET-LE-DUC

théoriques).

Les visions d’un architecte

GUSTAVE EIFFEL

Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine /

Le triomphe de l’ingénieur

Norma, 2014

Dir. Laurence de Finance, Jean-Michel Leniaud

Frédéric Seitz

240 p., ill. noir et coul., 24x28,5, 38 €

Paris, Armand Colin, 2014

Isbn 978-2-915-54266-0

304 p., ill. noir, 15,5x23,5, 25 €

Diff. Norma

Isbn 978-2-200-27196-1

Catalogue de l’exposition éponyme organisée à la Cité

À travers les réalisations (viaduc de Garabit, 1884),

de l’architecture et du patrimoine,

les recherches (météorologie, télégraphie), les déboires

du 20/11/2014 au 9/3/2015

(affaire Panama) et les écrits de Gustave Eiffel (1832-

Héritière de la vision de l’architecture et l’ornement

1923), l’auteur, architecte et professeur d’université,

développée au xixe siècle par Eugène Viollet-le-Duc

revient sur le parcours de l’ingénieur et entrepreneur

(1814-1879), la Cité rend hommage à ce dernier à

qui donna son nom à la plus célèbre tour de France.

l’occasion du bicentenaire de sa naissance. Analyse

Cette biographie traite également de l’influence

de l’œuvre - écrit (Dictionnaire raisonné de l’architecture

d’Eiffel sur le métier d’ingénieur et de la réception de

française, 1854), graphique (plans, dessins, caricatures

son œuvre.

politiques) et construit (restaurations des cathédrales Notre-Dame de Paris et de Lausanne, collaboration

TADAO ANDO, PENSÉES SUR L’ARCHITECTURE

avec le sculpteur Geoffroy-Dechaume, décors de

ET LE PAYSAGE

cérémonies, mobilier) - et de la personnalité de l’ar-

Textes et entretien

chitecte, théoricien et restaurateur à l’imaginaire créa-

[Choisis et introduits par] Yann Nussaume Paris, Arléa, 2014 (Coll. Arléa-Poche, n° 210)

Isbn 978-2-3630-8058-5

L’architecte japonais Tadao Ando (prix Pritzker 1995) livre sa vision de l’architecture et du monde à travers ses textes, écrits entre 1977 et 1994, et au cours d’un entretien réalisé avec Yann Nussaume en 1999. Édités

Viollet-le-Duc. Dessins (1860). © Inha, coll. J. Doucet.

BIBLIOGRAPHIE

224 p., ill. noir, 13x20, 13 €

109


tif débordant (bestiaire fabuleux…). Catalogue des

Récit du projet, analyse des dimensions historiques,

œuvres exposées, chronologie illustrée.

symboliques, artistiques et spirituelles de l’édifice par deux universitaires. Une large moitié de l’ouvrage est

VU DEPUIS LE CAPITOLE

constituée de photographies récentes.

Et autres textes Denise Scott Brown, Robert Venturi Trad. de l’anglais et présentation par Claude Massu Marseille, Mardaga, 2014 (Coll. Eupalinos, série architecture et urbanisme) 238 p., ill. noir, 15x23, 18 € Isbn 978-2-86364-668-7 Publié avec le concours du Centre national du livre et du ministère de la Culture et de la Communication

L’Éléphant de Napoléon. Photomontage d’après une carte postale de 1918. © Aristeas.

Entre 1953 et 1982, les architectes, théoriciens et critiques d’architecture D. Scott Brown et R. Venturi ont publié 17 articles dans des revues d’architecture. Réunis et traduits pour la première fois en français,

L’ÉLÉPHANT DE NAPOLÉON

ces textes reflètent les débats architecturaux d’alors

Matthieu Beauhaire, Mathilde Béjanin,

(polémiques passionnées avec l’historien Kenneth

Hubert Naudeix

Frampton et le Team X), l’évolution de leur pen-

Préface Georges Poisson

sée (le legs de l’École des beaux-arts, les liens entre

Arles, Honoré Clair, 2014

architecture et culture pop) en relation avec leur pro-

(Coll. Curiosités)

duction architecturale (maisons Trubek et Wislocki,

96 p., ill. noir et coul., 25x24,5, 32 €

Massachusetts 1970).

Isbn 978-2-918371-17-5

Au début du xixe siècle, dans le cadre de sa politique d’embellissement urbain et en référence à la

monographies de bâtiments

culture orientale et à l’Antiquité, Napoléon Ier décide d’ériger une fontaine de plus de 20 m de haut en forme d’éléphant au centre de la place de la Bastille à Paris. De cette fontaine-animal, célèbre sans avoir

Le Corbusier. Ronchamp. Façade sud de la chapelle. Ph. © Bamsphoto Rodella / Flc /Association de NotreDame-du-Haut / Siae 2014.

jamais été construite totalement, il reste des images (dessins, gravure de la maquette réalisée en 1812), quelques vestiges (le socle et une voûte souterraine) et des apparitions fantasmées (dans Les Misérables, de Victor Hugo ; l’Éléphant du sultan de la compagnie

LE CORBUSIER

Royal Deluxe). Histoire illustrée.

BIBLIOGRAPHIE

RONCHAMP

110

La Chapelle Notre-Dame-du-Haut

ROBERT JOLY [DVD]

Maria Antonietta Crippa, Françoise Caussé

Le lycée agricole Edgard Pisani de Tulle-Naves

Paris, Hazan, 2014

Odile Jacquemin, Christian Girier

238 p., ill. noir et coul., 25x33, 65 €

Hyères / Paris, Mémoire à lire, territoire à l’écoute /

Isbn 978-2-7541-0755-6

Cité de l’architecture et du patrimoine, 2013

Inaugurée en 1955 sur la colline de Bourlémont à

(Coll. Retour sur site. Un maître d’œuvre et son ouvrage)

Ronchamp (Haute-Saône), la chapelle Notre-Dame-

Dvd, 63’, 20 €

du-Haut est le fruit d’une étroite collaboration entre

Diff. maltae2@gmail.com

son architecte, Le Corbusier, et son commanditaire,

Plus de quarante ans après son ouverture, le lycée agri-

la Commission d’art sacré du diocèse de Besançon.

cole mixte de Tulle-Naves, en Corrèze, reçoit la visite


de son architecte, Robert Joly (1928-2012), accompa-

Isbn 978-2-7084-0974-3

gné d’une de ses anciennes élèves et assistantes, Odile

Fondée au ier siècle av. J.-C. par le roi Hérode, Césa-

Jacquemin arch.-urbaniste. Ce “retour” est l’occasion

rée (à 40 km au sud d’Haïfa en Israël) était l’une des

de revenir sur l’histoire du projet - un groupe de bâti-

cités romaines les plus importantes de Syrie (fortifi-

ments au style brutaliste, conçu comme un village et

cations, installations portuaires, théâtre, hippodrome,

organisé en trame autour d’un patio - et d’évaluer ses

palais). Prospère jusqu’au xiiie siècle, la ville décline

qualités constructives et fonctionnelles dans le temps,

et sombre dans l’oubli après la reprise du pouvoir par

avec les témoignages des élèves et des professeurs qui

les musulmans. Jean Mesqui, spécialiste d’architecture

y travaillent aujourd’hui. Intégration de documents

médiévale, fait le bilan des connaissances accumulées

d’archives tirés du fonds R. Joly du Centre d’archives

sur la ville depuis les premières fouilles archéologiques

d’architecture de la Cité.

menées dans les années 1960 (photos, plans, relevés, restitution 3D).

AVANT LA RÉVOLUTION Cités invisibles. Forteresse d’Ashtata (restitution), tell Faq’ous, Syrie. © N. Bresch.

AUX PREMIÈRES HEURES DU MONASTÈRE DE BROU Un architecte, une reine, un livre Laurence Ciavaldini Rivière

CITÉS INVISIBLES

Paris, Picard, 2014

La naissance de l’urbanisme

280 p., ill. noir et coul., 28x21, 49 €

au Proche-Orient ancien

Isbn 978-2-7084-0964-4

Approche archéologique

Publié avec le soutien du Centre national du livre

Jean-Claude Margueron

Les dix-sept enluminures aux motifs architecturaux

Paris, Geuthner, 2013

qui ornent le livre d’heures (1526) de Lodewijk Van

642 p., ill. noir et coul., 21,5x28,5, 88 €

Boghem (1470-1540) offrent un témoignage précieux

Isbn 978-2-7053-3870-1

de la culture artistique de son propriétaire, architecte

Publié avec le soutien du Centre national du livre

à la cour de Marguerite d’Autriche et de l’église du

Aujourd’hui invisibles parce qu’ensevelies dans un

monastère royal de Brou (1513-1532, Bourg-en-

sol argileux, les premières villes du Proche-Orient

Bresse). L’auteure, professeure d’histoire de l’art

ont été édifiées à partir du ive millénaire avant notre

médiéval, étudie les références aux styles italianisant

ère. L’auteur, un archéologue qui a travaillé dans la

et gothique flamboyant des décors du livre et montre

région, recense et analyse une soixantaine de sites dont

ainsi un exemple de passage de l’art médiéval à l’art

Larsa, Mari, Babylone, Ur et Ninive, et livre une étude

moderne au début du xvie siècle. Le manuscrit est

synthétique sur les composantes et les caractéris-

partiellement reproduit.

tiques de l’urbanisme syro-mésopotamien (morphologie urbaine, infrastructures, réseaux d’eau, habitat, murs d’enceinte). Relevés archéologiques et topographiques, cartes, photos, dessins, schémas, tableaux. Césarée maritime. Colonnes de l’ancienne jetée en 1938. Ph. © E. et E. Matson / Library of Congress.

COMPRENDRE LES CHÂTEAUX FORTS Décoder l’architecture des forteresses Malcolm Hislop

Ville fortifiée du Proche-Orient

Paris, Larousse, 2014

Dir. Jean Mesqui

(Coll. Comprendre)

Paris, Picard, 2014

256 p., ill. noir, 13,5x16,5, 13,90 €

376 p., ill. noir et coul., 23x28,5, 69 €

Isbn 978-2-03-589935-4

BIBLIOGRAPHIE

médiévales CÉSARÉE MARITIME

111


En s’appuyant sur une centaine d’exemples de châ-

Isbn 978-2-7351-1518-1

teaux forts construits entre le x et le xvi siècle en

En vue de sa réhabilitation et de son extension, deux

Europe, au Moyen-Orient, en Russie ou au Japon,

campagnes préventives de fouilles archéologiques ont

l’auteur, professeur d’histoire de l’art et d’archéolo-

été menées sur l’îlot du palais de justice d’Épinal en

gie, offre une grammaire des types, des styles et des

1995 et en 1999. Sur un terrain de plus de 3 000 m²,

matériaux, ainsi que des clés de lecture des éléments

les archéologues ont remonté le temps jusqu’au

constitutifs de l’architecture castrale (donjon, barba-

viiie siècle et ont ainsi restitué l’histoire de ce centre

cane, chapelle…). Manuel pédagogique illustré par

urbain. Analyses et dossier documentaire, relevés,

des dessins anciens. Glossaire.

photos, dessins, tableaux, diagrammes, plans.

e

e

PEUPLER ET HABITER L’ITALIE ET LE MONDE ROMAIN Études d’histoire et d’archéologie offertes à Xavier Lafon Dir. Stéphane Bourdin, Julien Dubouloz, Les Cryptes en France. Chapelle orientale de la crypte de la cathédrale d’Auxerre. Ph. © J.-F. Amelot.

Emmanuelle Rosso Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2014 (Coll. Archéologies méditerranéennes) 240 p., ill. noir et coul., 22x27, 30 € Isbn 978-2-85399-927-4

LES CRYPTES EN FRANCE

Traitant d’aspects culturels (esthétique de l’architec-

Pour une approche archéologique, iv -xii siècle

ture impériale à Rome), politiques, littéraires, archi-

Christian Sapin

tecturaux (théâtre d’Orange) ou urbains (villes de

Photo. Jean-François Amelot

Macédoine, enceinte de Carcassonne…), les vingt

Paris, Picard, 2014

contributions réunies dans cet ouvrage reflètent et

320 p., ill. noir et coul., 23x29, 76 €

poursuivent les recherches de Xavier Lafon, éminent

Isbn 978-2-7084-0965-1

professeur d’archéologie romaine.

e

e

Publié avec le soutien du Centre national du livre

Au cours de ses recherches, l’auteur, archéologue, historien de l’architecture et professeur d’art médiéval, a recensé près de 400 cryptes construites depuis Ravenne. Saint-Apollinairein-Classe (c. 550). Ph. © A. Buchet, A. Stierlin.

l’Antiquité tardive jusqu’à la fin de l’époque médiévale en Europe occidentale. Cette synthèse historique et architecturale, complétée d’un inventaire, analyse les évolutions typologiques (crypte-mausolée, crypte-ba-

RAVENNE

silique, crypte d’autel, crypte-halle) et les fonctions

Capitale de l’Empire romain d’Occident

(sanctuaire funéraire, espace de circulation, reliquaire)

Henri Stierlin

des cryptes en France.

Photo. Adrien Buchet, Anne Stierlin

BIBLIOGRAPHIE

Paris, Actes Sud, 2014

112

L’ÎLOT DU PALAIS DE JUSTICE D’ÉPINAL

232 p., ill. noir et coul., 27x31, 79 €

(VOSGES)

Isbn 978-2-330-03665-2

Formation et développement d’un espace urbain

Du ive au vie siècle, la ville de Ravenne s’est impo-

au Moyen Âge et à l’époque moderne

sée comme l’un des foyers artistiques les plus foi-

Dir. Yves Henigfeld, Philippe Kuchler

sonnants de l’Occident christianisé. Entre influences

Paris, Maison des sciences de l’homme, 2014

latines, romaines, paléochrétiennes et byzantines,

(Coll. Documents d’archéologie française, n° 108)

l’architecture ravennate, et notamment ses mosaïques

214 p., ill. noir, 21x29,5, 46 €

pariétales, est étudiée et comparée (Rome, Constanti-


nople…) par un historien de l’art et de l’architecture,

du xe siècle selon un plan original dit tréflé. Depuis les

afin de restituer la chronologie et les conditions d’ap-

années 1970, des fouilles archéologiques ont permis

parition et de diffusion de ces arts. Livre richement

de restituer l’histoire de l’édifice, classé monument

illustré avec chronologie et glossaire.

historique dès 1850. Analyses du bâti, des enduits et des décors peints, suivies d’une étude architecturale.

Versailles. Le parterre de l’orangerie. Ph. © A. Maral.

Cléry-Saint-André. Porte de la salle capitulaire. Ph. © Région Centre, Inventaire général.

VERSAILLES Côté ville, côté jardins

CLÉRY-SAINT-ANDRÉ

Neuf promenades d’art et d’histoire

La collégiale Notre-Dame, Loiret

Alexandre Maral

Philippe Araguas, Marie-Anne Sarda

Paris, Le Passage, 2014

Lyon / Orléans, Lieux dits / Région Centre, 2014

(Coll. Guides)

(Coll. Parcours du patrimoine, n° 392)

344 p., ill. coul., 11,5x21, 24 €

64 p., ill. noir et coul., 11,5x22,5, 8 €

Isbn 978-2-84742-233-7

Isbn 978-2-36219-101-5

Neuf itinéraires en plein air et en partie inspirés de

Située à une quinzaine de kilomètres d’Orléans, la col-

Manière de montrer les jardins de Versailles, écrit par

légiale de Cléry-Saint-André a été édifiée sous l’im-

Louis XIV, invitent le promeneur à découvrir le sys-

pulsion de Philippe le Bel au début du xive siècle. Son

tème résidentiel, urbain et domanial de Versailles.

architecture, de style gothique tardif, est inspirée de

Conçu par l’un des conservateurs du château, l’ou-

la cathédrale Notre-Dame de Paris. Guide réédité et

vrage restitue le caractère royal de l’urbanisme versail-

augmenté d’une analyse consacrée aux vitraux res-

lais. Photos, plans.

taurés datant du xvie siècle et aux verrières modernes mises en place en 2000.

monographies de bâtiments

SAINT-SULPICE Mathieu Lours

DE QUERQUEVILLE

Photo. Patrice Yakan

Un édifice phare de la Normandie médiévale

Paris, Picard, 2014

Julien Deshayes

264 p., ill. noir et coul., 22,5x27, 49 €

Caen, Société des antiquaires de Normandie, 2014

Isbn 978-2-7084-0986-6

(Coll. Monuments et sites de Normandie, n° 4)

Publié avec le soutien du Centre national du livre

58 p., ill. noir et coul., 16x24, 12 €

Construite à partir du milieu du xviie siècle dans le

Isbn 978-2-919026-13-5

quartier Saint-Germain à Paris, l’église Saint-Sulpice

Dominant la rade de Cherbourg (Manche), la chapelle

a été conçue selon les théories de la Réforme catho-

Saint-Germain de Querqueville a été construite autour

lique pour servir de modèle architectural (chœur

BIBLIOGRAPHIE

L’église du Grand Siècle LA CHAPELLE SAINT-GERMAIN

113


ouvert “à la romaine”, plan gothique et élévation

roge les interactions entre architecture et littérature

classique). Enseignant d’histoire de l’art et d’architec-

à travers un programme de séminaires, de journées

ture, l’auteur restitue l’histoire de l’édifice (état de la

d’études et de colloques. Parmi les exemples, traités

connaissance, déroulé du chantier, les acteurs, le pro-

par une vingtaine de spécialistes multidisciplinaires,

gramme…) et analyse son architecture et ses décors.

est analysé le lien structurel entre immeuble et littérature dans La Vie, mode d’emploi de Georges Perec

VENTADOUR EN LIMOUSIN

(1978).

Un château au pays des troubadours Dir. Bernard Pousthomis Limoges, Culture et patrimoine en Limousin, 2014 (Coll. Approches) 96 p., ill. noir et coul., 21x21, 18 € Isbn 978-2-911167-85-0

Lieu central de la géopolitique corrézienne au Moyen Âge, le château des vicomtes de Ventadour a été

Architecture utopique. Freshwater Factory, Almeria (2010). © Design Crew for Architecture.

façonné au fil des siècles par ses occupants (les dynasties des Èbles, des Ventadour et des Levis). À l’abandon depuis le xviiie siècle, le site en ruine reprend vie grâce à un chantier de restauration et de sauvetage

ARCHITECTURE UTOPIQUE

entamé en 1999. Plans, cartes, dessins, photos, arbres

Imaginaire ou visionnaire ?

généalogiques, synthèse des découvertes historiques et

Dir. Emmanuel Ventura

archéologiques.

Lausanne, Favre, 2014 160 p., ill. noir et coul., 24x21, 29 € Isbn 978-2-8289-1379-3

APPROCHE GÉNÉRALE / thématique

Réalisés (Nakagin Capsule Tower, K. Kurokawa arch., 1972) ou virtuels (Lilypad, V. Caillebaut arch.,

ARCHITECTURE ET LITTÉRATURE

2008), la centaine de projets sélectionnés par l’au-

Une interaction en question xxe-xxie siècles

teur, architecte cantonal vaudois, ont tous une part

Dir. Pierre Hyppolite, Antoine Leygonie, Agnès Verlet

d’utopie qui peut faire référence au fantasme mais

Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2014

aussi à des contraintes conjoncturelles (croissance

(Coll. Textuelles)

démographique, urbanisme galopant, réchauffement

258 p., ill. noir et coul., 16x24, 24 €

climatique…).

Isbn 978-2-85399-938-0 Actes du colloque éponyme organisé au centre culturel

LES 100 MOTS DE LA VILLE

international de Cerisy-la-Salle, du 1er au 8/9/2009

Julien Damon, Thierry Paquot

Le Graal (Groupe de recherche sur l’architecture,

Paris, Presses universitaires de France, 2014

l’art et la littérature, animé par les trois auteurs) inter-

(Coll. Que sais-je ? n° 4013) 128 p., 11,5x17,5, 9 € Isbn 978-2-13-063211-5

Les auteurs, l’un sociologue et l’autre philosophe de l’urbain, recensent et analysent 100 mots du vocabuBIBLIOGRAPHIE

laire urbain. Parmi les entrées : agglomération, Baby-

114

lone, bobo, Dubaï, Nimby, Sdf, smart city, vélo. Architecture et littérature. Pl. 93, La Femme en ascension, tirée du Poème en angle droit, Le Corbusier. © Flc / Adagp.

LE GOÛT DE L’ARCHITECTURE Textes choisis et présentés par Sandrine Fillipetti Paris, Mercure de France, 2014


(Coll. Le goût de) 128 p., 10x16, 7 € Isbn 978-2-7152-3498-7

Cette anthologie en format poche réunit trente-deux textes, pour la plupart écrits depuis le xixe siècle, qui évoquent l’architecture aussi bien par la théorie que par la littérature. Parmi les auteurs : Leon Battista Alberti, Victor Hugo, Hassan Fathy, Eugène Viollet-le-Duc et Alphonse Allais.

Théâtres en utopie. Le Théâtre magnétique (E. Prampolini, 1925). Ill. revue Devetsilu (ReD), 1928-1929.

LE PATRIMOINE MONUMENTAL Sources, objets et représentations Jean-Yves Andrieux, Fabienne Chevallier

Arles, Actes Sud, 2014

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014

336 p., ill. noir et coul., 20x25,5, 35 €

538 p., ill. noir et coul., 17,5x24,5, 32 €

Isbn 978-2-330-03496-2

Isbn 978-2-7535-3412-4

Publié avec le soutien du Centre national du livre

Qu’est-ce qu’un monument ? Depuis la fascination

Catalogue de l’exposition éponyme itinérante

exercée par les sept merveilles du monde de l’Anti-

(Saline royale d’Arc-et-Senans, Lieu unique à Nantes)

quité jusqu’à la mondialisation du phénomène de

Remontant à l’Antiquité mais plus particulièrement

patrimonialisation (Unesco), la notion, la perception

imaginés depuis la fin du xviiie siècle, 90 projets

et le statut juridique du monument ont évolué dans le

visionnaires de théâtre non réalisés (théâtre des Capu-

temps en fonction des idéologies, des goûts ainsi que

cines, Claude-Nicolas Ledoux arch., c. 1790 ; théâtre

des pouvoirs en place. Un état des lieux réalisé par des

du monde, Aldo Rossi arch., 1979) ont été sélection-

spécialistes de la question.

nés pour écrire une histoire parallèle de l’architecture théâtrale. Tous présentés par un texte et des illustra-

S’ADAPTER À LA MER

tions (plan, dessin, maquette…), ces projets révèlent

L’homme, la mer et le littoral du Moyen Âge

l’audace architecturale en même temps que la part

à nos jours

d’utopie et d’idéal de leur créateur.

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014

LA VILLE PATRIMOINE

(Coll. Enquêtes & documents, Centre de recherches

Formes, logiques, enjeux et stratégies

en histoire internationale et Atlantique [Crhia],

Dir. Caroline de Saint Pierre

universités de Nantes et de La Rochelle, n° 47)

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014

120 p., ill. noir, 15,5x24, 16 €

(Coll. Art & société)

Isbn 978-2-7535-3385-1

248 p., ill. noir et coul., 17x24,5, 20 €

Actes de la journée d’étude éponyme organisée

Isbn 978-2-7535-3347-9

le 11/4/2013

Sous les angles de l’anthropologie, de la sociologie

S’inscrivant dans le champ de l’histoire environne-

et de l’architecture, un collectif de chercheurs décrit,

mentale, sept contributions interrogent les relations

compare et analyse les stratégies et les actions menées

entre l’homme et la mer, en Europe et ailleurs (Cali-

en matière de patrimonialisation dans plusieurs villes

fornie), afin de mieux comprendre, entre autres,

françaises (Paris, Nantes, Firminy-Vert) et étran-

les impacts matériels, écologiques et culturels de

gères (Berlin, Moscou, Casablanca, Beyrouth, Abou

l’homme sur le littoral.

Dhabi). Entre valeur symbolique, mémoire collective, image ou encore repère identitaire, la mise en

THÉÂTRES EN UTOPIE

jeu du patrimoine dans les villes fait appel à une

Yann Rocher

diversité d’acteurs (associations, architectes, tou-

Avant-propos Marcel Freydefont

ristes, sociétés privées…).

BIBLIOGRAPHIE

Textes réunis par Frédérique Laget, Alexis Vrignon

115


APPROCHE GÉNÉRALE / géographique

moine industriel menée entre 2010 et 2013, recense et illustre une soixantaine de sites significatifs de l’his-

CHÂTEAUVILLAIN

toire industrielle de la région. Carte.

Petite cité de caractère Xavier de Massary, Service de l’Inventaire

PONT-AUDEMER

de la Région Champagne-Ardenne

Marie-Noëlle Médaille

Lyon, Lieux dits, 2014

Service inventaire et patrimoine, Région Haute-Normandie

(Coll. Parcours du patrimoine, n° 388)

Rouen, Région Haute-Normandie, 2014

64 p., ill. noir et coul., 11,5x22,5, 7,50 €

(Coll. Cahier du patrimoine, Inventaire général

Isbn 978-2-36219-104-6

du patrimoine culturel)

Située à la limite occidentale du plateau de Langres,

236 p., ill. noir et coul., 21x27, 30 €

la ville de Châteauvillain est labellisée “petite cité de

Isbn 978-2-9536957-8-6

caractère” en raison de la richesse de son patrimoine

Du développement de l’industrie des tanneries au

architectural (vestiges du château fort, fortifications,

xviiie siècle aux opérations contemporaines pour

église Notre-Dame) et naturel (parc aux Daims,

revaloriser la présence de l’eau dans la ville (aména-

forêt d’Arc-Châteauvillain). Guide de visite avec

gement des berges, création de parcours piétonniers),

carte et photos.

l’évolution économique et urbaine de Pont-Audemer en Haute-Normandie a largement été déterminée

MAISONS DE NORMANDIE

par l’exploitation de sa rivière, la Risle (affluent de la

Argile, calcaire, silex, matériaux d’avenir

Seine). Étude historique et topographique, photos,

Valentine Goetz-Lemahieuw

documents d’archives, cartes.

Rouen, Point de vues, 2014 272 p., ill. noir et coul., 25,5x25,5, 29 € Isbn 978-2-915548-88-4

Afin de s’inscrire dans une perspective durable et patrimoniale, l’auteure, présidente de l’association Sauvegarde des patrimoines de la Basse-Seine, dresse un état des lieux des matériaux (argile, calcaire, bois, roseaux…), des modes de construction (maçonnerie,

Réémergences vietnamiennes. House for Trees, Ho-Chi-MinhVille, Vo Trong Nghia arch. (2014). Ph. © Vtn.aa.

colombage…) et des types d’édifices (bâtiments agricoles, habitat…) présents en Normandie pour orienter les projets de restauration des bâtiments traditionnels dans la région. Photos, schémas.

RÉÉMERGENCES VIETNAMIENNES

BIBLIOGRAPHIE

L’invention spatiale au quotidien

116

PATRIMOINE INDUSTRIEL DE L’HÉRAULT

Christian Pédelahore de Loddis

Languedoc-Roussillon

Paris, Cité de l’architecture et du patrimoine, 2014

Lisa Caliste, Ondine Vièque-Vigier

96 p., ill. noir et coul., 20x24, 15 €

Montpellier / Lyon, Région Languedoc-Roussillon,

Isbn 978-2-916183-31-2

Inventaire général du patrimoine culturel / Lieux dits, 2014

Diff. ygaillard@citechaillot.fr

(Coll. Images du patrimoine, n° 287)

Catalogue de l’exposition éponyme organisée à la Cité

112 p., ill. noir et coul., 24,5x29,7, 22 €

de l’architecture et du patrimoine à Paris, du 18/9

Isbn 978-2-36219-095-7

au 27/10/2014, dans le cadre de l’année France-Vietnam

De l’industrie extractive (salins de Frontignan, bassin

L’auteur, commissaire de l’exposition, montre com-

houiller de Graissessac) à l’industrie textile (manufac-

ment l’architecture de six villes vietnamiennes (dont

ture royale de Villeneuvette), en passant par l’industrie

Hanoi, Hué et Dalat) a absorbé harmonieuseument,

pétrochimique (raffinerie Mobil Oil à Frontignan),

au fil du temps, les cultures locales et étrangères

l’ouvrage, issu d’une campagne d’inventaire du patri-

(colonisation chinoise puis française, mondialisa-


tion), en plus des contraintes contextuelles (climat,

architecturales remarquable (escalier à vis suspendu,

ressources, terrain). L’actualisation de l’utilisation

galeries, constructions en surplomb, ornements anti-

des matériaux traditionnels (bambou, terre, brique),

quisants, traboules, stéréotomie).

la synthèse entre héritages moderne et vernaculaire ainsi que l’innovation sont quelques-uns des aspects mis en avant. Photos.

Les Villes en Auvergne. Rue de l’Horloge à Moulins. Ph. © Région Auvergne, Inventaire général / J.-M. Périn / Adagp. La Saône au cœur de Lyon. Le balcon d’Ainay, T. Kawamata (2013). Ph. © P. Somnolet.

LES VILLES EN AUVERGNE Fragments choisis Service régional de l’Inventaire d’Auvergne

LA SAÔNE AU CŒUR DE LYON

Lyon, Lieux dits, 2014

Deux mille ans d’histoire qui ont fait la ville

(Coll. Cahiers du patrimoine, n° 109)

Bruno Voisin

176 p., ill. noir et coul., 21x27, 24 €

Lyon, Libel, 2014

Isbn 978-2-36219-098-8

176 p., ill. noir et coul., 16x22, 22 €

Mêlant

Isbn 978-2-917659-37-3

approche sensible (observation par la promenade,

Depuis deux millénaires, la ville de Lyon se déve-

photos), l’équipe de l’Inventaire a choisi une métho-

loppe autour de sa colonne vertébrale, la Saône.

dologie d’enquête originale afin d’identifier les carac-

L’auteur, sociologue auprès de l’Agence d’urbanisme

tères marquants du phénomène urbain en Auvergne,

pour le développement de l’agglomération lyonnaise

à partir d’un corpus de 91 villes et d’une dizaine de

(Audal), écrit une histoire illustrée de la conquête

points de vue (impact de la législation, extension

(bassin de Saône à l’époque romaine, ponts, aménage-

urbaine, emplacement des édifices publics…). Cet

ments des quais) et de la reconquête (Plan bleu, 1990 ;

essai “mosaïque”, qui établit des passerelles chro-

Rives de Saône, 2008-2019) de la rivière par la ville.

no-géographiques inhabituelles, fait apparaître des

recherche

scientifique

(topographie)

et

formes urbaines communes, comme la recherche LE VIEUX-LYON

d’une perspective dégagée sur un édifice embléma-

Histoire & architecture

tique depuis l’entrée d’une ville.

Pierre Faure-Brac Photo. Hervé Sanejouand Lyon, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 2014

CONSTRUCTION – MÉTIERS

Isbn 978-2-84147-319-9

CONSTRUIRE LA VILLE

Il y a cinquante ans, en 1964, le Vieux-Lyon obtenait,

Histoire urbaine de la pierre à bâtir

pour la première fois en France, le statut de secteur

Dir. Jacqueline Lorenz, François Blary,

sauvegardé. À l’occasion de cet anniversaire, l’au-

Jean-Pierre Gély

teur, un architecte ayant participé aux rénovations du

Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, 2014

quartier dans les années 1990, revient sur l’histoire

(Coll. Cths Sciences, n° 14)

et les richesses architecturales de ce secteur qui, à la

290 p., ill. noir, 21x27, 35 €

Renaissance, fut un foyer d’innovation et de création

Isbn 978-2-7355-0814-3

BIBLIOGRAPHIE

192 p., ill. noir et coul., 21,5x27,5, 32 €

117


Actes du 137e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, “Composition(s) urbaine(s)”, organisé à Tours, du 23 au 28/4/2012

Cette étude pluridisciplinaire (géologie, histoire, archéologie) des réseaux d’approvisionnement en pierre à bâtir (extraction, transport, mise en chantier) pour la construction des villes occidentales, de l’Antiquité à l’époque moderne, élargit les connaissances en matière d’urbanisme et d’histoire des techniques. Parmi les vingt-deux sujets traités : les pierres marbrières dans la construction des villes antiques, les approvisionnements dans le Bassin parisien.

La Pierre et son décor. Chimères de Notre-Dame de Paris. Dessin © M. Chevalier-Lacombe.

INTERACTION(S) DES MAQUETTES NUMÉRIQUES Actes du 6e Séminaire de conception

sances techniques en la matière, par le texte et par

architecturale numérique

l’image (dessins, photos). Glossaire.

BIBLIOGRAPHIE

Dir. Sylvain Kubicki, Gilles Halin,

118

Jean-Claude Bignon

PLAFONDS EN BOIS

Nancy, Éditions universitaires de Lorraine /

Du Moyen Âge au xviie siècle

Presses universitaires de Nancy, 2014

Dir. Marie-Agnès Férault

334 p., ill. noir, 16x24, 25 €

Paris, Éditions du patrimoine, 2014

Isbn 978-2-8143-0171-9

(Coll. Albums du Centre de recherches

Actes du 6e Scan, organisé à Luxembourg,

sur les monuments historiques)

du 18 au 20/6/2014

272 p., ill. noir et coul., 31x22, 36 €

Ces vingt-sept contributions d’universitaires et de

Isbn 978-2-7577-0336-6

professionnels de la construction dressent un bilan de

Cet album, particulièrement destiné aux profession-

l’utilisation des modèles numériques du bâti, comme le

nels de l’architecture et du patrimoine, est consacré

Bim (Building Information Modelling), dans la concep-

à l’étude historique des typologies et des modes d’as-

tion des projets d’architecture. Parmi les sujets traités,

semblage de trente exemples de plafonds en bois à

les outils numériques comme outil public de visuali-

structure apparente d’édifices civils construits dans

sation et la maquette virtuelle comme moyen pédago-

la moitié nord de la France. Relevés, schémas, glos-

gique pour l’enseignement du projet d’architecture.

saire, photos.

LA PIERRE ET SON DÉCOR

SKETCHUP POUR LES ARCHITECTES

Tome 2. Ornements

Olivier Lehmann, Sandro Varano, Jean-Paul Wetzel

Marc Chevalier-Lacombe

Paris, Eyrolles, 2014

Dourdan, Vial, 2014

234 p., ill. noir et coul., 23x23, 29,90 €

256 p., ill. noir et coul., 24,5x32, 65 €

Isbn 978-2-212-12758-4

Isbn 978-2-85101-175-6

Logiciel de modélisation largement utilisé par les

Le sculpteur sur pierre et restaurateur de monuments

architectes, SketchUp est un outil d’aide à la concep-

anciens doit maîtriser de nombreuses techniques et

tion et à la visualisation de projets en trois dimen-

un large répertoire ornemental, qu’il s’agisse d’élé-

sions. Les auteurs, architectes et enseignants à

ments de décor et d’architecture (feuille d’acanthe,

l’Ensa de Strasbourg, expliquent comment utiliser le

cartouche, rosace, pinacle, console) ou de créatures

logiciel et montrent ses possibilités par des exemples

chimériques (gargouilles, mascarons). L’auteur, sculp-

concrets. Photos, schémas, dessins et exercices corri-

teur formateur ornementiste, partage ses connais-

gés en ligne.


GÉRER L’AMÉNAGEMENT URBAIN Sonia Guelton

URBANISME

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014 (Coll. Didact aménagement) 260 p., ill. noir, 15,5x24, 18 € Isbn 978-2-7535-2054-7

CHANGEMENT URBAIN ET DÉMOCRATIE

Face aux changements et aux difficultés du contexte

PARTICIPATIVE À BERLIN

économique et social actuel, l’auteure, professeure

Ethnographie du grand ensemble de Marzahn

d’urbanisme, analyse les outils et les méthodes de

Cécile Cuny

gestion de l’aménagement urbain à l’échelle des ter-

Paris, Maison des sciences de l’homme, 2014

ritoires (institutions, échelles d’action, temporalité,

(Coll. Dialogiques du Centre interdisciplinaire d’études

financement, disparités régionales, budget public…)

et de recherches sur l’Allemagne, Ciera)

pour élaborer une stratégie plus respectueuse des

340 p., ill. noir et coul., 15x23, 29 €

enjeux sociaux, spatiaux et économiques. Graphiques,

Isbn 978-2-7351-1641-6

tableaux, cartes.

Lancé en 1973, le projet de grand ensemble de Marzahn, le plus important d’Europe avec ses 60 000 loge-

L’HABITAT PARTICIPATIF

ments,

40 ans d’habitat participatif en France

était

considéré

comme

l’emblème

du

programme de construction de logements du régime

Pierre Lefèvre

socialiste est-allemand. Depuis la chute du Mur de

Rennes, Apogée, 2014

Berlin, le quartier a connu de nombreux changements

240 p., ill. noir, 15,5x23, 20 €

(rénovations et aménagements urbains, ségrégation

Isbn 978-2-84398-450-1

socio-spatiale, privatisations). Issue d’une thèse, cette

À partir de son parcours professionnel et personnel (40

étude ethnographique s’appuie sur des témoignages,

ans d’expérimentations, d’innovations architecturales,

des statistiques et une expérience de terrain. Cahiers

d’engagement avec les habitants, d’autogestion et de

de photos, schémas.

recherches appliquées), l’auteur, architecte et enseignant à l’Ensa de Paris-Belleville, écrit une histoire de l’habitat participatif de 1973 - date du début de sa collaboration aux Ateliers communautaires de Cergy-Pontoise - à 2013 - année du vote de la loi Alur, De la Courly au Grand Lyon. Usine Tase à Vaulx-en-Velin en 2007. Ph. © J. Léone / Archives du Grand Lyon.

qui donne un statut légal à l’habitat participatif. JÉRUSALEM : BÂTIR DEUX VILLES EN UNE La Tour d’Aigues, L’Aube, 2014

Histoire d’une communauté urbaine

(Coll. Bibliothèque des territoires)

Cédric Polère

256 p., ill. noir, 14,5x22, 22,40 €

Lyon, Lieux dits, 2014

Isbn 978-2-8159-1014-9

480 p., ill. noir et coul., 22x28, 38 €

Dans le cadre de sa thèse en géographie, l’auteure a

Isbn 978-2-36219-073-5

enquêté entre 1998 et 2011 à Jérusalem pour com-

L’auteur, un sociologue, revient sur l’histoire admi-

prendre les stratégies déployées par les Israéliens et les

nistrative et urbaine de la Communauté urbaine de

Palestiniens pour occuper la ville. Les plans successifs

Lyon, créée en 1969. Un récit composé à partir de

d’urbanisme (plan britannique au début du xxe siècle,

documents d’archives, de publications (Bulletin officiel,

plans israélien et palestinien après la partition) et plus

magazines, lettres d’information des 56 communes…),

particulièrement les politiques actuelles en matière

d’entretiens et d’articles de presse régionale et natio-

d’aménagement (colonies urbaines, stratégies de résis-

nale. Photos, carte, chronologie.

tance, participation publique, soutien des Ong…)

BIBLIOGRAPHIE

Irène Salenson DE LA COURLY AU GRAND LYON

119


sont analysés des points de vue administratif, urbain,

plan PlaNyc 2030. Parmi les exemples : la création du

économique et social.

futur parc de Fresh Kills sur une ancienne décharge (Field Operations pays.).

KRAFTWERK 1 Construire une vie coopérative durable

L’OUEST ET LE RAIL

Martin Blum, Andreas Hofer, P. M.

Enjeux et prospective

Présentation et postface Valéry Didelon

Guy Baudelle, Ingrid Brugioni, Arnaud Lepetit

Trad. de l’allemand Daniel Wieczorek

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014

Paris, Le Linteau, 2014

160 p., ill. noir et coul., 23x28,5, 20 €

128 p., ill. noir, 13x20,5, 23 €

Isbn 978-2-7535-3288-5

Isbn 978-2-910342-93-7

À la demande de Réseau ferré de France (Rff),

Au début des années 1990 à Zurich, un artiste, un archi-

propriétaire et gestionnaire du réseau ferré national, le

tecte et un écrivain - les auteurs de ce livre-manifeste

laboratoire de recherche Espaces et sociétés du Cnrs

publié en 1993 - élaborent un projet d’habitat par-

a réalisé une étude géographique et cartographique du

tagé qui associe logement, travail et agriculture. Tra-

“rail” en Bretagne et dans les Pays de la Loire. Partant

duit pour la première fois en français, ce texte est une

de la situation actuelle (enclavement) et des projets en

“esquisse générale” de la première unité d’habitation,

cours (ligne à grande vitesse, nouvelles liaisons), cet

Kraftwerk 1, construite sur une friche industrielle à

atlas étudie et analyse des scénarios prospectifs d’amé-

Zurich en 1999.

nagements possibles pour l’Ouest de la France à l’horizon 2040. Glossaire.

New York. Tour Lvmh, Ch. de Portzamparc arch. (1999). Ph. © N. Borel.

Paysages urbains d’Île-de-France. Dalle à Cergy-Pontoise. Ph. © Région Île-de-France / L. Kruszyk / Adagp.

BIBLIOGRAPHIE

NEW YORK

120

Réguler pour innover, les années Bloomberg

PAYSAGES URBAINS D’ÎLE-DE-FRANCE

Dir. Ariella Masboungi, Jean-Louis Cohen

Actes du colloque régional,

Marseille, Parenthèses, 2014

19-20 septembre 2013

224 p., ill. noir et coul., 16x26, 26 €

Ouvrage collectif

Isbn 978-2-86364-235-1

Paris, Somogy, 2014

Maire de New York entre 2002 et 2013, Michael

208 p., ill. noir et coul., 19,5x23,5, 25 €

Bloomberg a mené une politique urbaine innovante

Isbn 978-2-7572-0843-4

tournée vers le développement durable, la consulta-

Comment construire les paysages urbains de demain

tion citoyenne, la protection de l’environnement ou

en tenant compte de leurs dimensions culturelles,

encore le logement social. Ayant participé à l’atelier

patrimoniales, environnementales et sociales ? Autour

Projet urbain à New York (organisé par le ministère

de cette question, près d’une vingtaine d’acteurs de

du Logement et de l’Égalité des territoires, les 7 et

l’aménagement partagent leurs expertises dans le

8/7/2011), une vingtaine d’auteurs (professionnels de

cadre du schéma directeur Île-de-France 2030.

l’urbain et scientifiques) font une analyse critique des stratégies et des actions mises en place par la muni-

POINTS FNAU

cipalité durant cette période notamment à travers le

Ouvrages collectifs


Paris, Gallimard-Alternatives, 2014

À la croisée de la maîtrise d’ouvrage, de la maîtrise

Ill. noir et coul., 16x23, 29 €

d’œuvre, des acteurs locaux et des citadins, les agences

Nouvelle collection réalisée par la Fédération natio-

d’urbanisme, créées à partir de 1967, possèdent

nale des agences d’urbanisme (Fnau), qui regroupe

chacune des expertises spécifiques portant notamment

52 organismes publics d’étude et de réflexion sur

sur les processus de participation, la mobilité, les

l’aménagement et le développement des grandes

rives urbaines, la centralité ou la nature. Après un

agglomérations françaises.

bref rappel historique ainsi que des témoignages de

• N° 1, LES MÉTAMORPHOSES

directeurs d’agences et d’architectes-urbanistes, cette

DE L’AUTOROUTE URBAINE

étude synthétique recense, sous forme de fiches, les

144 p.

rôles joués par les agences d’urbanisme dans plusieurs

Isbn 978-2-07-254827-7

dizaines de projets urbains récents.

Hier tournée exclusivement vers le “tout-voiture”, la mobilité urbaine s’oriente désormais vers une pluralité

REGARDS CROISÉS SUR L’ÉVALUATION

des modes de transport. Les villes traversées par des

DE LA RÉNOVATION URBAINE

autoroutes ou voies express doivent donc requalifier ces

Dir. Barbara Allen, Fabrice Peigney

espaces afin de répondre aux exigences d’aujourd’hui

Paris, La Documentation française, 2014

(développement durable, qualité de vie, espace public).

200 p., ill. noir et coul., 16x24, 14 €

Histoire des autoroutes avec chronologie (1883-2014),

Isbn 978-2-11-009788-0

table ronde de six agences d’urbanisme, une trentaine

Avant la mise en place de nouvelles réformes de la

d’études de cas de requalification en France (couverture

politique de la ville et dix ans après la création du Pro-

du périphérique porte des Lilas) et à l’étranger (la West

gramme national de renouvellement urbain, le Comité

Side Highway de New York, 2001).

d’évaluation et de suivi de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Ces de l’Anru) dresse un bilan critique de sa propre action (enquêtes, études, rapports), énumère les enseignements tirés de cette expérience et avance des recommandations pour l’avenir.

Pour des espaces publics... Cours des 50 Otages, Nantes (B. Fortier urb.), en 1994. Ph. © Ville de Nantes.

RÉNOVATIONS URBAINES EN EUROPE Dir. Agnès Deboulet, Christine Lelévrier (Coll. Espace et territoires)

ORDINAIRES DE QUALITÉ

362 p., ill. noir, 16,5x24, 22 €

Préface David Mangin

Isbn 978-2-7535-3387-5

126 p.

Vingt-quatre contributions de chercheurs en sociolo-

Isbn 978-2-07-254826-0

gie et en urbanisme interrogent le sens des rénovations

Attachées à la valorisation des espaces publics ordi-

urbaines menées en Europe depuis une dizaine d’an-

naires (rues, pistes cyclables, jardins…), trois agences

nées, à travers cinq thématiques : l’action publique et

d’urbanisme - celles de Bordeaux, de Nantes et de

ses acteurs, la participation des habitants, la mixité

Rennes - partagent leurs expériences en la matière.

sociale, les effets sociaux du relogement, l’évaluation

Leurs contributions, réparties en sept thématiques en

de l’action publique. Travaux menés dans le cadre du

lien avec la valorisation du paysage, une meilleure inter-

Groupement d’intérêt scientifique Réseau socio-éco-

modalité des transports ou encore une meilleure ges-

nomique de l’habitat et du programme Picri (Par-

tion de l’eau, indiquent les bonnes pratiques à suivre.

tenariat institutions-citoyens pour la recherche et

• N° 3, LE PROJET URBAIN : L’EXPÉRIENCE

l’innovation).

SINGULIÈRE DES AGENCES D’URBANISME 142 p.

LE RETOUR EN VILLE

Isbn 978-2-07-254828-4

Nantes, Malakoff-Pré Gauchet

BIBLIOGRAPHIE

Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014

• N° 2, POUR DES ESPACES PUBLICS

121


L’URBANISME DE LA VIE PRIVÉE Olivier Piron La Tour d’Aigues, L’Aube, 2014 (Coll. Bibliothèque des territoires) Le Retour en ville. Chroma, logements, Nantes, Reichen & Robert et Platform arch. (2010). Ph. © J.-D. Billaud / Nautilus photo.

208 p., 14,5x22, 19,40 € Isbn 978-2-8159-0852-8

Centrée principalement sur des valeurs collectives d’efficacité, l’idéologie urbaine actuelle semble ignorer l’espace et les besoins de la vie privée des habi-

Documents graphiques de l’Atelier Ruelle

tants de la ville (logement, lieux de travail, lieux de

Frédérique de Gravelaine

loisirs, contact avec la nature), alors que ce sont

Paris, Dominique Carré, 2014

ceux-là mêmes qui vivent, in fine, les transformations

176 p., ill. noir et coul., 21x29,7, 28 €

urbaines. Constatant ce décalage entre discours et réa-

978-2-915755-43-5

lité (mal-logement, étalement urbain), l’auteur, urba-

Construite à la fin des années 1960, la cité Malakoff

niste et ancien secrétaire général du Puca, questionne

de Nantes souffrait de son enclavement entre fleuve

l’idéologie urbaine de ces quarante dernières années

et voies ferrées, d’un manque d’infrastructures et

et propose une nouvelle approche basée sur l’espace

de dégradations. Dans les années 2000, le quartier

privé et les attentes des habitants.

entame une mutation urbaine avec le Grand Projet de ville (Gpv, Atelier Ruelle urb.), soutenu par l’Agence

L’URBANISME EN PARTAGE

nationale pour la rénovation urbaine. Récit du chantier

Dir. Laurent Viala

(intégration du Pré Gauchet ; pont Tabarly, M. Barani

Montpellier, L’Espérou, 2014

arch., 2011 ; tour Nouvelle Vague, Barré & Lambot

168 p., ill. coul., 20x27, 21 €

arch., 2005…) dans lequel les points de vue des habi-

Isbn 978-2-912261-73-1

tants occupent une large place.

Pour s’adapter aux mutations des villes, l’urbaniste doit sans cesse actualiser ses connaissances et repenser sa pratique. En décembre 2012, l’Ensa de Montpellier a organisé une journée d’étude avec des professionnels (enseignants et praticiens) pour faire le point sur les nouveaux modes de faire la ville et réfléchir aux

Toulouse. Piste cyclable quai Lombard. Ph. © B. Arquitectura i urbanisme.

nouvelles orientations pédagogiques possibles ou déjà mises en place, notamment à l’université.

BIBLIOGRAPHIE

LES VILLES AU SECOURS DE L’ÉTAT

122

TOULOUSE

Jean Haëntjens

Identité et partage du centre-ville

Limoges, Fyp, 2014

Joan Busquets

160 p., ill. noir, 14x20,5, 17,50 €

Portet-sur-Garonne, Loubatières, 2014

Isbn 978-2-36405-107-2

188 p., ill. noir et coul., 24x23,5, 32 €

Laboratoire d’innovation sociale, culturelle et poli-

Isbn 978-2-86266-704-1

tique, l’organisation urbaine constitue un moteur éco-

Lauréate en 2010 du concours pour le réaménage-

nomique de premier ordre pour le développement des

ment des espaces publics du centre-ville de Toulouse,

villes. L’auteur, économiste et urbaniste, s’appuie sur

l’agence espagnole Bau-B, dirigée par Joan Busquets

son expérience de conseil en stratégie urbaine pour

arch.-urb., a proposé, en association avec Michel

étudier les bonnes pratiques et susciter, auprès des

Desvigne paysagiste, un schéma directeur reposant

élus, des entrepreneurs et des citoyens, une meilleure

entre autres sur un lien fort entre la ville et son fleuve,

exploitation du “facteur urbain”.

la Garonne. Présentation illustrée du projet.


sa genèse dans les années 1960), méthodologique et pratique. De 2006 à 2008, il a animé l’Atelier du

PAYSAGE

paysage du parc naturel régional Livradois-Forez, en Auvergne, une expérience qu’il restitue sous la forme d’un journal de bord illustré de croquis et de photos. Cf. rubrique Culture, p. 61. GREEN VISION Paris, Ici interface, 2014 136 p., fçs/angl., ill. coul., 21,5x23, 27 €

Monographies signées des agences de paysage ellesFrance[s] territoire liquide. Au bord, 2012, E. Brotherus (©).

mêmes. Présentation des projets avec photos, plans et dessins. Territoires

Collectif de photographes

Isbn 978-2-916977-29-4

Texte Jean-Christophe Bailly

L’agence Territoires, créée en 1992 à Paris, présente

Paris, Le Seuil, 2014

un panorama de 22 projets dont, près de la porte des

(Coll. Fiction & Cie)

Lilas à Paris (19e), le jardin Serge-Gainsbourg (2011)

400 p., ill. noir et coul., 22x25,5, 49 €

et, à Mulhouse, les jardins Neppert (2014), qui parti-

Isbn 978-2-02-115899-1

cipent à la requalification d’un ancien quartier mili-

Publié avec le soutien du Centre national du livre

taire en une zone résidentielle avec espaces publics.

Dans la lignée des grandes missions photographiques

• MUTATIS MUTANDIS

de paysage - mission héliographique de 1851, mission

Changer ce qui doit l’être

photographique de la Datar de 1984 à 1988 -, qua-

Mutabilis

rante-trois artistes photographes, réunis au sein d’un

Isbn 978-2-916977-30-0

collectif associatif, ont réalisé chacun, entre 2011 et

Créée à Paris en 2003 par Juliette Bailly-Maître et

2014, un portrait kaléidoscopique - en images et en

Ronan Gallais, l’agence de paysage et d’urbanisme

mots - des réalités contemporaines du territoire fran-

Mutabilis travaille sur des projets de la petite à la

çais. Le philosophe et enseignant à l’École de la nature

grande échelle. Présentation de dix-sept projets dont

et du paysage de Blois, J.-C. Bailly, ouvre ce portfolio

le jardin d’hiver de 800 m2 à l’intérieur de la tour

par une réflexion sur la photographie comme moyen

Carpe Diem (Paris-La Défense, 2013) et le jardin des

de représentation de la “fluidité” du territoire.

Géants de 3 ha à Euralille (Lille, 2009).

LE GRAND PAYSAGE EN PROJET

JARDINER LE MONDE

Histoire, critique et expérience

Les nouveaux paysages de la biodiversité

Alexis Pernet

Préface Sébastien Giorgis

Genève, MétisPresses, 2014

Marseille, Wildproject, 2014

(Coll. VuesDensemble)

(Coll. Domaine sauvage)

320 p., ill. noir et coul., 17x24, 38 €

175 p., 14x22, 20 €

Isbn 978-2-940406-78-4

Isbn 978-2-918-490-319

Publié avec le soutien du Centre national du livre

Ouvrage issu des 9es rencontres de Volubilis

Dans le cadre de son travail de thèse, l’auteur, géo-

(réseau euro-méditerranéen pour l’environnement

graphe et paysagiste, enseignant à l’Ens de paysage

et les paysages), organisées du 17 au 20/11/2010

de Versailles-Marseille, étudie le projet de paysage à

à Avignon

grande échelle (analyse globale et pluridisciplinaire

Publié avec le concours du ministère de la Culture

d’un territoire), des points de vue historique (depuis

et de la Communication

BIBLIOGRAPHIE

• EN PRATIQUE FRANCE[S] TERRITOIRE LIQUIDE

123


Des acteurs aux profils variés (professionnels de

capitaux, vingt-six jardins ont été conçus et réalisés par des

l’aménagement, acteurs sociaux, écologues, élus)

équipes pluridisciplinaires et internationales : personnifi-

échangent leurs expertises et élaborent de nouvelles

cation de l’avarice avec le jardin d’Harpagon (C. Luquet,

stratégies pour que les futurs projets urbains et la ges-

C. Leroux, C. Klipfel arch.), référence à la colère avec le

tion du paysage puissent renforcer la biodiversité. La

jardin pour l’amour de Tongariro (G. Dubu, R. Duley pays.),

prise de conscience par le public, l’action politique et

etc. Les projets sont tous présentés par un court texte et des

l’éducation sont trois des pistes explorées.

dessins. Plan des jardins, liste des plantes, photos.

JARDINS DE CHÂTEAUX À LA RENAISSANCE

OÙ SE CACHE LA BIODIVERSITÉ EN VILLE ?

Dir. Élisabeth Latrémolière

90 clés pour comprendre la nature en ville

Paris, Gourcuff Gradenigo, 2014

Philippe Clergeau, Nathalie Machon

248 p., ill. noir et coul., 22x30, 36 €

Versailles, Quæ, 2014

Isbn 978-2-35340-187-1

(Coll. Clés pour comprendre)

Catalogue de l’exposition éponyme organisée

168 p., ill. coul., 13,5x21, 20,50 €

au château royal de Blois du 5/7 au 2/11/2014

Isbn 978-2-7592-2214-8

À travers l’exemple des jardins du château de Blois

Deux professeurs du Muséum national d’histoire

- créés vers 1500 par Louis XII et Anne de Bretagne -,

naturelle de Paris répondent à 90 questions telles que

des dessins de Jacques Androuet du Cerceau (Plus

“Les abeilles de la cité sont-elles en meilleure santé ?”,

excellents bastiments de France, 1576/1579), ainsi que

“Comment un arbre peut-il vivre dans un trottoir ?”

des données archéologiques, sont présentés les jar-

ou “Y aura-t-il encore des palmiers à Nice en 2020 ?”,

dins français de la Renaissance. L’influence italienne

et mettent ainsi en évidence l’importance de la biodi-

(terrasses, escaliers, temples, fontaines, grottes…),

versité en ville et la nécessité de la prendre en compte

les références médiévales, les liens entre architecture

lors des aménagements urbains.

et paysage, la botanique, les influences hollandaises (treillages) sont quelques-uns des aspects dévelop-

PRÉCIS DE PAYSAGÉTIQUE

pés par des spécialistes des jardins royaux et princiers

Catherine Chomarat-Ruiz

avant André Le Nôtre (1613-1700). Études illustrées,

Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes, 2014

catalogue des œuvres (documents graphiques, objets

(Coll. Contrées & concepts)

archéologiques).

230 p., 13x19, 14 € Isbn 978-2-36424-022-3 Ouvrage publié avec le soutien du Centre national du livre

Champ de recherche émergent et dont cet essai fournit les bases, la “paysagétique” est l’étude du paysage dans ses dimensions théoriques, pratiques et poéJardins des péchés capitaux. “Péchés virtuels”, C. Montefoshi arch., et al. Ph. © E. Sander.

tiques. Professeure en sciences de l’art et philosophe, l’auteure synthétise ses recherches épistémologiques et historiques en la matière et porte un regard critique sur les sciences qui ont pour objet le paysage (phyto-

JARDINS DES PÉCHÉS CAPITAUX

géographie, écologie du paysage).

BIBLIOGRAPHIE

Festival international des Jardins 2014

124

Domaine de Chaumont-sur-Loire,

SACLAY-PANORAMA

centre d’arts et de nature

Paysages superposés

Paris, Gourcuff Gradenigo, 2014

Texte et photo. Antoine Vialle

132 p., ill. coul., 22x21,5, 10 €

Paris, Kaiserin, 2014

Isbn 978-2-35340-180-2

440 p., ill. noir et coul., 18x26, 38 €

Pour cette 23 édition du festival des Jardins (William Chris-

Isbn 978-2-9539867-6-1

tie, président du jury), dont le thème est les sept péchés

Entre 2009 et 2013, l’auteur, architecte et chercheur

e


à l’Ens des Arts décoratifs, s’est interrogé sur les mécanismes spatiaux et visuels, tant dans la perception d’un paysage urbain physique - ici le plateau de Saclay dans le nord de l’Essonne - que dans sa représentation. Un panorama documentaire et sensible en trois dimensions - images (2 300 photographies), mots (un essai et un entretien avec le paysagiste-jardinier Gilles Clément) et dessins - qui questionne la lisibilité du paysage urbain contemporain à travers l’exemple d’un Alger. Façade de Climat de France. Ph. © S. Couturier.

des projets emblématiques du Grand Paris. UNE VILLE VERTE Les rôles du végétal en ville

les plus démunies de la capitale algérienne. Le pho-

Coord. Marjorie Musy

tographe, inspiré par l’esthétique et la monumenta-

Versailles, Quæ, 2014

lité qui se dégagent des façades donnant sur la place

(Coll. Synthèses)

centrale, dite des 200 Colonnes, dresse un portrait

200 p., ill. noir et coul., 16x24, 29 €

contemporain de la cité confrontée, entre autres, à des

Isbn 978-2-7592-2171-4

problèmes de surpopulation.

Issue du projet de recherche du Cerma (Ensa de Nantes, Cnrs) “Rôle du végétal dans le développe-

L’ART DANS LA VILLE

ment urbain durable, une approche par les enjeux liés

Bernard Vasseur

à la climatologie, l’hydrologie, la maîtrise de l’énergie

Paris, Cercle d’art, 2014

et les ambiances”, cette synthèse, qui s’adresse à un

64 p., ill. noir et coul., 24,5x31, 19 €

public averti, met en évidence les phénomènes phy-

Isbn 978-2-702-210-246

siques (rayonnement solaire, aération, variations ther-

Depuis la mise en place du 1 % artistique en 1951,

miques…) qui conditionnent le rôle du végétal dans la

les relations entre art et ville ont largement évolué

forme urbaine. Schémas, tableaux, graphiques, photos.

en France. Le rôle de l’œuvre dans la ville (ville nouvelle), l’artiste comme acteur de l’urbain (tramway de Mulhouse), la ville comme inspiratrice de nouvelles

DIVERS

formes d’art (street art), la place de l’artiste dans la ville (friches ateliers), l’art citoyen (Parking day) sont quelques-uns des thèmes abordés.

Mara McKillen

Photo. Stéphane Couturier

Photo. Andrew Pattman

Textes François Cheval, Étienne Hatt

Arles / Le Puy-Sainte-Réparade, Actes Sud /

Marseille, Arnaud Bizalion, 2014

Château La Coste, 2014

80 p., fçs/angl., ill. coul., 23,5x32, 30 €

96 p., fçs/angl., ill. coul., 24,5x17, 24 €

Isbn 978-2-36980-023-1

Isbn 978-2-330-03670-6

Ouvrage édité à l’occasion de l’exposition éponyme

Le domaine viticole du château La Coste, à côté d’Aix-

organisée à l’Hôtel des arts à Toulon,

en-Provence, invite chaque année des artistes et des

du 12/7 au 28/9/2014

architectes à investir ses lieux. Album de trente photos

Climat de France, une pièce urbaine abritant

présentant les œuvres créées pour le site, dont l’Oak Room

5 000 logements sociaux, bâtie à la fin des années

(Andy Goldsworthy artiste, 2009), le centre d’art (Tadao

1950, est l’une des deux réalisations majeures de l’ar-

Ando arch., 2011), le chai (Jean Nouvel arch., 2008) et le

chitecte Fernand Pouillon pour loger les populations

pavillon de musique (Frank Gehry arch., 2008).

BIBLIOGRAPHIE

CHÂTEAU LA COSTE ALGER. CLIMAT DE FRANCE

125


HENRI DERÉE. DESSINS

Isbn 978-2-910342-92-0

1914-1918

Choisis pour leurs références à la ville, quarante

Maurice Culot

extraits de romans, dont Demande à la poussière (John

Bruxelles, Aam, 2014

Fante, 1939), Les Choses (Georges Perec, 1965), Cité

192 p., fçs/angl./néerl./all., ill. noir et coul., 23,5x30, 40 €

de verre (Paul Auster, 1985) et Danse, danse, danse

Isbn 978-2-87143-282-1

(Haruki Murakami, 1988), ouvrent une vision et une

Prisonnier de guerre de 1914 à 1918, l’architecte

réflexion originales sur les relations entre l’espace

belge Henri Derée (1888-1974), qui a participé à la

urbain et la narration en littérature.

reconstruction de Bruxelles, a laissé un témoignage graphique émouvant de sa captivité dans les camps en Allemagne puis en Suisse. Trois cents dessins, conser-

JEUNESSE

vés aux Archives d’architecture moderne à Bruxelles, sont reproduits et accompagnés d’une présentation

ET TOI, OÙ HABITES-TU ?

biographique.

Texte et illustration Gaia Stella Genève, La Joie de lire, 2014 (Coll. Albums) 32 p., ill. coul., 25x34, 14,90 € Isbn 978-2-88908-241-4

Un moulin rouge, un tramway jaune, une gondole, des gratte-ciel sont autant d’indices pour deviner si L’Indicible. Façade de Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp. Dessin © D. Cabiron.

l’on se trouve à New York, Paris, Venise, Moscou, Rio, Lisbonne, Varsovie, Genève, Reykjavik, Tokyo ou Marrakech. Chaque double page illustre une ville et donne des détails sur les habitudes de ses habitants. À partir

L’INDICIBLE

de 5 ans.

Dessins et texte Damien Cabiron Besançon, Maison de l’architecture de Franche-Comté,

LE VAISSEAU DE VERRE DE FRANK GEHRY

2014

Un chef-d’œuvre d’architecture en pop-up

44 p., ill. coul., 24,5x24,5, 20 €

et en dessins

Isbn 978-2-95-445791-8

Texte et illustration Didier Cornille

Édité à l’occasion de l’exposition éponyme organisée

Ingénierie papier Bernard Duisit

à la Colline Notre-Dame-du-Haut, à Ronchamp,

Paris, Hélium, 2014

du 3 au 11/11/2014

32 p., ill. coul., 37x19, 19,90 €

Spécialiste du dessin en perspective cavalière, l’auteur,

Isbn 978-2-330-03495-5

architecte, suit le vol d’une colombe autour et à l’in-

Couverte de toits transparents qui la font ressembler

térieur de la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ron-

à un “vaisseau de verre”, la Fondation Louis Vuitton

champ (Le Corbusier arch., 1955), et montre ainsi

pour l’art contemporain a ouvert dans le bois de Bou-

l’édifice sous des angles originaux. L’ouvrage réunit

logne, à l’ouest de Paris, en octobre 2014. Ce livre

plus d’une soixantaine de dessins, un plan cavalier de

objet présente le projet (inspirations, site, utilisation

la chapelle, une chronologie et un court texte descrip-

des outils numériques, maquettes, chantier) et son

tif de l’édifice.

créateur Frank Gehry, l’architecte du Vitra Design

BIBLIOGRAPHIE

Museum en Allemagne (1989). À partir de 7 ans.

126

LA RUE ÉCRITE Littérature, ville et architecture Textes présentés par Philippe Brandes Paris, Le Linteau, 2014 158 p., 13x20,5, 20 €


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architecture, ville, paysage • une revue trimestrielle papier • et un site internet pour les informations événementielles. La rédaction est assurée principalement par des contributeurs extérieurs, architectes et/ou historiens, souvent enseignantschercheurs dans des écoles d’architecture ou à l’université.

comporte quatre rubriques et une cinquième partie bibliographique : - POSITIONS - DÉBATS : questions d’ordre divers (création versus patrimoine, acteurs, logement…) - AU PIED DU MUR : visites de réalisations (architecture, projet urbain, ville, jardins, grand paysage) - CULTURE : commentaires sur les productions de la scène culturelle : livres, expositions, cinéma… - RECHERCHE - ENSEIGNEMENT : il s’agit de faire connaître les idées et les activités de ce milieu à un public large, tout en constituant pour les enseignants-chercheurs une plate-forme d’échanges entre champs disciplinaires et thématiques - BIBLIOGRAPHIE “LES LIVRES” : recension d’une très large sélection de livres récemment parus sur le domaine en langue française - environ 500 ouvrages par an, sur une trentaine de pages par numéro. Les notices descriptives sont faites à partir d’un examen attentif des livres envoyés à la rédaction.

permettra bientôt de consulter, en accès libre : - le calendrier des manifestations culturelles (possibilité de constituer son agenda personnel) - des brèves d’actualité - les éditoriaux et les sommaires de la revue - et, à terme, certains articles (en différé) en Pdf. Une newsletter réservée aux abonnés et envoyée par mail leur signalera les mises à jour du calendrier et des brèves.


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Une vingtaine de titres disponibles, bientôt en vente sur :

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ARCHISCOPIE #1 (2e série) Revue trimestrielle - Janvier 2015 Imprimerie Dejalink - 93240 Stains Dépôt légal 1er trimestre 2015 Issn 0768-5785 • N° Périodique : 0615 E 81986 Couverture : Théâtre des Quinconces, Le Mans. Babin + Renaud architectes, 2014. Ph. © Cécile Septet. Cf. p. 30.


Bientôt en ligne :

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Archiscopie #1  
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