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REGARD Le cirque vu par…

FONTEYNE Deux histoires…

L’hiver dernier. A peine le temps de déposer ma valise à Paris que je prends le RER, direction Ivry. Longue traversée des cités de banlieues. Visages blafards des voyageurs éclairés au néon. Des usines, des barres d’immeubles… Au dehors, pas un humain alentour. Je suis en retard, je cours et je me perds dans le dédale de la ville nouvelle pour atteindre un improbable théâtre dans un centre commercial. J’entre dans la salle, et là, une autre lumière, plus chaude, et un petit chapiteau posé sur la scène. C’est le cirque de la compagnie catalane Escarlata. Les spectateurs en cercle se font face, en attente. Une classe d’école, des adolescents résistent et se demandent ce qu’ils foutent là. Ça chahute. C’est quoi ce truc de saltimbanque ? Les artistes entrent en scène. Ils sont ridicules et drôles, provocant des rires exagérés. Ça se détend. Et petit à petit, quelque chose de la ville, du monde se transforme. La ville nouvelle, la nuit immense et froide, tout disparaît. La dureté du monde se déplace. Les adolescents sont attentifs, amusés et émus. Là, dans ce tout petit cercle, de ce tout petit chapiteau, installé sur la scène d’un grand théâtre, quelque chose d’inouï se précise. Un monde absurde et de

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traviole, un monde à dimension humaine apparaît. Le monde redevient, l’espace d’un instant, fragile et fou. Dans les années 30… Ma grand-mère est née d’une fille mère en Tchécoslovaquie. Bébé, elle a été placée chez un couple d’instituteurs, dans un petit village. Un jour, enfant, elle se tenait à l’entrée du village et elle observait des gens du cirque monter un chapiteau dans un champ sur le bord de la route. Le bus de la ville s’est arrêté non loin de là et une femme en est descendue avec une valise. Elle s’est approchée de ma grand-mère et lui a demandé où se trouvait la maison des instituteurs. Mais à peine avait-elle fini sa phrase qu’elle reconnaissait sa fille. Elle a fondu en larmes, l’a prise dans ses bras et lui a demandé de l’accompagner chez les instituteurs. Ma grand-mère a refusé. Elle lui a dit qu’elle préférait regarder les gens du cirque monter leur chapiteau. Avec ma scénariste et compagne Anne Paulicevich, ça va faire plus d’un an que nous écrivons un film qui se passe dans l’univers du cirque. Ce que dit le cirque, pour moi, c’est qu’un homme, dans sa singularité et sa diversité, est aussi étrange et bizarre et fascinant qu’une girafe, un éléphant et un dromadaire réunis. ●

© ARTÉMIS/SAMSA/LC

FRÉDÉRIC

Frédéric Fonteyne, né en 1968 à Uccle, est cinéaste. On lui doit notamment une admirable trilogie autour de l’amour : « Une liaison pornographique » (1999), « La femme de Gilles » (2004) puis «Tango libre » (2012). Son prochain film a pour cadre l’univers du cirque.

C!RQ en CAPITALE - Numéro 1 - Oct.-Déc. 2014  

Parmi les amateurs, comme les professionnels, la vie circassienne à Bruxelles est à l’aube d’un ‘boom’, qui touche tous les secteurs : spect...

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