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© THIBAULT CORDONNIER

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Une autre cartographie du phénomène pourrait suivre les secteurs du cirque, à commencer par celui de la formation. « Depuis le début des années 2000, la pratique circassienne auprès des enfants et des jeunes est devenue une évidence : les formations et stages sont profondément rentrés dans les mœurs. L’offre et le nombre de structures ont augmenté. Le cirque s’est démocratisé », analyse Geneviève Wertz, coordinatrice de la Formation pédagogique de l’Ecole de Cirque de Bruxelles. Avec deux implantations à Bruxelles (Tour & Taxis au nord et Saint-Gilles au sud), l’ancienne Ecole sans Filet a déjà vu défiler quelques générations d’enfants. « On arrive encore à répondre à toutes les demandes, mais la pression est plus forte pour les maternelles : là, c’est premiers appelés, premiers servis », prévient Geneviève.

Un langage est en train de s’écrire et de s’imposer partout. On est clairement à l’aube d’un phénomène appelé à s’amplifier

Cours de trampoline à l’Ecole Supérieure des Arts du Cirque (Esac), un lieu d’apprentissage qui aimante les jeunes circassiens du monde entier.

occupant la niche du show à l’ancienne et cherchant un nouveau souffle (comme les endurants Pauwels et Bouglione), le cirque contemporain a pour sa part définitivement essaimé à tous les niveaux. Bruxelles la « circassienne », c’est aujourd’hui une trentaine de compagnies professionnelles, 200 artistes en mouvement permanent, des festivals, une dizaine de scènes qui mettent régulièrement le cirque à l’affiche de leur saison culturelle, des lieux de création avec des programmes de résidences, des espaces d’entraînements, une école supérieure de réputation internationale, une avalanche d’ateliers proposant des formations hebdomadaires, des nuées de stages pour enfants et pour adultes... Aujourd’hui, vous êtes plusieurs dizaines de milliers à apprécier de près – ou même de l’intérieur – cet art pluriel en plein essor.

Floraison circassienne

Du nord au sud de la ville, d’est en ouest, du Visueel Festival Visuel de Berchem Sainte-Agathe au vivier créatif de la Roseraie à la lisère de la commune d’Uccle, c’est une véritable floraison de foyers circassiens qui s’offrent au regard géographique (comme on le soupèsera sur la carte, en pages 20 et 21). En termes de territoire, le « boom » est indubitable : sur les 19 communes de la Région bruxelloise, 17 sont desservies par un projet cirque.

A l’Ecole de Cirque, l’art est chevillé au social. « On est un lieu axé sur la pédagogie, pas sur l’artistique. Chez nous, le cirque est au service de l’éducation », insiste le fondateur, Vincent Wauters. Du côté de Cirqu’Conflex, installé dans une ancienne usine à chapeaux magnifiquement rénovée à Anderlecht, c’est aussi l’option, et elle déclenche une sérieuse ferveur. Les 500m2 accueillent 1.300 amateurs chaque année, au cœur d’un quartier très mélangé. « La demande est massive », sourit Caroline Detroux, directrice d’un projet social lancé il y a tout juste 20 ans par Vincent Bouzin, qui a commencé en jonglant dans la rue. Dans le quartier comme dans la ville, avec entre autre sa participation à la Zinneke Parade, Cirqu’Conflex tisse ou retisse les liens par le truchement du cirque. D’autres structures complètent une filière de formations dont la densité impressionne : l’Atelier du Trapèze créé par Fill De Block et Nanou Peters en 1990 puis repris par Nicolas Eftimov à Schaerbeek, Trapèze asbl animé par Philippe de Coen à Saint-Gilles, les Jeu(x) de Piste de l’Espace Catastrophe qui proposent des programmes pour adultes, les stages proposés par des asbl comme Imagine, Toboggan,... Le mot « cirque » semble être désormais le sésame magique qui attire les foules, séduit les enfants, rassure les parents et fait rêver tout le monde. Le cirque confirme également sa place dans l’enseignement obligatoire. Lancée en 1993, l’initiative pionnière du « Cirquétudes » dans les sections maternelles et primaires du Centre Scolaire du Souverain, à Auderghem, fait l’unanimité à travers une pédagogie novatrice, basée sur la « circomotricité ». En humanités, plusieurs projets sont en réflexion, notamment à Koekelberg et à Bruxelles-Ville. Une année préparatoire – chaînon manquant vers le supérieur – pourrait venir compléter ce large éventail, dans un projet anderlechtois à suivre... A l’échelon de l’enseignement supérieur, l’Esac joue clairement un rôle de locomotive. Reconnue en 2003 comme Ecole supérieure d’Art par la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle attire chaque année une quinzaine d’étudiants venus des quatre coins du monde pour une formation pointue, en trois ans. La moitié des diplômés restent ensuite à Bruxelles. « Le taux d’insertion professionnel est très élevé », souligne la directrice Virginie Jortay. Bruxelles, sans doute la ville la plus internationale d’Europe, séduit les jeunes artistes par sa « movida » et ses opportunités professionnelles inventives, C!RQ EN CAPITALE | 11

C!RQ en CAPITALE - Numéro 1 - Oct.-Déc. 2014  

Parmi les amateurs, comme les professionnels, la vie circassienne à Bruxelles est à l’aube d’un ‘boom’, qui touche tous les secteurs : spect...

C!RQ en CAPITALE - Numéro 1 - Oct.-Déc. 2014  

Parmi les amateurs, comme les professionnels, la vie circassienne à Bruxelles est à l’aube d’un ‘boom’, qui touche tous les secteurs : spect...

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