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VIE PRATIQUE LE MENSUEL I # 02 ÉTÉ 2010

J’ai testé la nouvelle révolution sexuelle

POLITIQUE

Jean Sarkozy prépare sa rentrée

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LE CHOIX DES LIBRAIRES

LE MENSUEL I # 02 ÉTÉ 2010 I Rue89.com

EXPLICATEUR

La réforme des retraites pour les nuls

DES POCHES POUR LES VACANCES

EVA JOLY

CE QUI DOIT CHANGER

ATTRAPE-TOURISTES

Les plus grosses ficelles des restaurants

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REPORTAGE

Sète : tout sur ma mer TÉMOIGNAGE

CES QUARTIERS OÙ LES LIVREURS NE VONT PLUS 1

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I JUIN 2010I# 01


I # 02 I ÉTÉ 2010 I 102


- LE MENSUEL # 02 ÉTÉ 2010

I INVENTAIRE

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Tout sur la plage de Sète. Que gagne votre voisin de serviette, que paye-t-il ? … Et combien de grains de sable sur les pieds ?

I LA RENCONTRE

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Eva Joly : cette femme est un contre-pouvoir Entretien à hauteur présidentielle, à l’orée d’un été d’affaires

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I LA POLITIQUE

A la buvette de l’Assemblée Grandes et petites stratégies s’y élaborent. Visite d’un lieu secret 29 Jean Sarkozy remonte sur scène Pour aller où ? 32 Tribune « DSK, Balladur de gauche » par Philippe Marlière

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I LA SOCIÉTÉ

Robert Boulin, un cadavre de trente ans La justice tente de clore une nouvelle fois le dossier de la mort du ministre 41 Témoignage « Là où j’habite, Darty a peur de me livrer »

I LE MONDE

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I ÉCO89

La réforme des retraites pour les nuls Six questions pour comprendre le projet Woerth 59 Michel Rocard : « Le gouvernement veut passer en force » 62 Question/réponse Pourquoi Apple envahit les films 64 Porte-monnaie Freeda, hôtesse de l’air, 2200 euros par mois

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Meursault est un de ces existentialistes qui ne croient en rien. À l’enterrement de sa mère, transpirer, il peut mais pleurer, ça, il peut pas.

L’Étranger

I DOSSIER

RESTOS, HÔTELS : COM’ ON VOUS PARLE Les trucs des menus, le maquillage des hamburgers… Avant l’été, décryptage de quelques pièges à touristes

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I PLANÈTE89

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Animaux Héberger des abeilles en banlieue

I RUE69

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Un jour de grand soleil, Meursault tue un Arabe sur la plage, ce qui a donné un tube des Cure.

Frissons de révolution Camille voit les prémices d’un changement profond des comportements sexuels 88 Test Nos riverains ont essayé 10 sex toys 90 Témoignage Judy Minx, actrice porno et militante

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Il est condamné à mort et se sent soulagé quand il comprend que l’univers ne se soucie d’aucun d’entre nous.

I LES MÉDIAS

Qui possède les médias? Tour d’horizon des participations 96 Patrick Eveno : « C’est le lecteur qui fait l’indépendance » 100 Droit à l’information Augustin Scalbert mis en examen

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Ça nous fait une belle jambe.

I LA CULTURE

Sélection poches Conseils de vos libraires pour l’été 108 Bande dessinée Henrik Lange croque les chefs d’œuvre 114 LARUEESTÀVOUS 4 I ÉTÉ 2010 I # 02 I

COUVERTURE EVA JOLY/SÈTE © AUDREY CERDAN LIVRES © MLLE BISCOTTE/FLICKR

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PAGE 16,41, 66 © AUDREY CERDAN - PAGE 86 © MEYER/TENDANCE FLOUE - PAGE 102 © HENRIK LANGE

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L’Iran des Iraniens « En images », par Paolo Woods 52 Explicateur Le toboggan d’Obama 54 C’est vrai A Londres, la National Gallery expose des faux


LA SOCIÉTÉ I ENIGME

DES PHOTOS QUI ACCUSENT

Le visage de Robert Boulin, photographié peu après la découverte du corps, porte des traces très nettes de coups et de blessures.

Ces photos terribles prises par des policiers du SRPJ de Versailles, la famille Boulin ne les découvre que deux ans après le drame, en 1981, grâce à son avocat, Robert Badinter. Elles témoignent

UN CADAVRE

Robert Boulin : en 1979, c’était un ministre du Travail que certains voyaient bientôt Premier ministre. Puis, rattrapé par un scandale immobilier, il se suicide. C’est la thèse officielle. Plus grand monde n’y croit… sauf la justice, qui n’en finit pas de clore l’enquête. 36 I ÉTÉ 2010 I # 02 I

M

ardi 29 octobre 1979, 8!h!40. Une patrouille de motocyclistes de la gendarmerie aperçoit un corps flottant dans l’étang du Rompu. Nous sommes en forêt de Rambouillet, une légère brume scintille sous le soleil d’automne. La victime, notent les enquêteurs, flotte « dans la position du mahométan », dans 50 centimètres d’eau. En ramenant le corps sur le talus, les gendarmes n’ont aucun doute : le noyé s’appelle Robert Boulin.

© DR

Par David Servenay I Rue89

de la violence des coups portés au visage. « A ce moment-là, nous découvrons deux mensonges, dit Fabienne Boulin-Burgeat, la fille de Robert Boulin. D’une part, que le procureur Barbat nous a menti en


affirmant que les blessures étaient dues à l’autopsie du crâne. C’est faux, puisque le crâne n’a pas été examiné lors du premier examen, sur ordre formel du procureur. Nous découvrons aussi l’état du corps

avant son passage par l’institut médico-légal, qui nous avait été interdit d’accès. » Ces photos ont été publiées une première fois dans Paris Match en 1983.

DE TRENTE ANS Boulin est le ministre du Travail du gouvernement de Raymond Barre. Il a disparu la veille, en fin d’après-midi, après avoir été aperçu à Montfort-l’Amaury (en lisière de la forêt de Rambouillet) par des témoins qui l’ont reconnu. Depuis plusieurs semaines, le ministre fait l’objet d’une sévère campagne de presse lancée par Le Canard enchaîné. Boulin aurait profité de l’entourloupe d’un escroc, Henri Tournet, pour acheter à bas prix un terrain à Ramatuelle. Terrain devenu constructible par la grâce d’un préfet... Dans la matinée, la version d’un sui-

cide par noyade, sous l’effet de barbituriques, est relayée par l’AFP, sur la foi de sources officielles. Trente ans plus tard, la justice reste accrochée à cette version. Le Valium a remplacé les barbituriques. La dernière décision juridictionnelle remonte à septembre 1991, lorsque la juge Laurence Vichnievsky signe en huit jours une ordonnance de non-lieu sur l’information judiciaire pour homicide volontaire. Le dossier est cadenassé. Depuis, et malgré plusieurs tentatives, la famille Boulin n’a jamais pu obtenir la désignation d’un I # 02 I ÉTÉ 2010 I 1


nouveau juge d’instruction. Pourtant les éléments nouveaux nécessaires à une réouverture ne manquent pas. Plusieurs contre-enquêtes journalistiques les ont mis en évidence, avec une conclusion : Robert Boulin a été assassiné.

« UN HÉMATOME DERRIÈRE LE CRÂNE. IL A ÉTÉ ASSOMMÉ »

Dans l’ordre, commençons par le corps et ce visage de boxeur que l’identité judiciaire saisit dans la brume de l’étang du Rompu. La première autopsie, menée par les légistes de l’IML de Paris, n’en dit pas un mot, car le procureur de la République a interdit formellement l’examen du crâne. «  Un souhait de la famille », affirmet-il, sans que celle-ci ait été consultée. Quatre ans plus tard, après avoir pris connaissance des ratés de l’enquête menée par le parquet, les Boulin portent plainte pour homicide volontaire. Leur nouvel avocat, Jacques Vergès, demande un examen anatomo-pathologique pour prouver la noyade. Les diatomées (micro-organismes) de l’eau contenue dans les poumons doivent être comparées à celles de l’étang. Impossible, répond l’IML, les prélèvements ont disparu. Comme tous les prélèvements d’organes, détruits. La seconde autopsie, réalisée à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux en novembre 1983, révèle trois fractures au visage. A l’évidence, Robert Boulin a été tabassé. Pire : il avait les mains attachées par un lien, qui a laissé des marques au poignet droit. Lors de ce second examen, Bernard Rumégoux, assistant d’amphithéâtre ayant 20 000 autopsies à son actif, remarque en manipulant le corps « un hématome derrière le crâne. Un coup, dit-il à France Inter. Pour moi [Robert Boulin] a été assommé. » Un détail absent du rapport des légistes. La justice n’a jamais interrogé ce témoin. En janvier 1988, L’Express révèle que l’examen des lividités cadavériques indique que le corps a été déplacé post mortem. Les lividités sont des zébrures de sang coagulé qui affleurent sous la peau, à cause de la gravité, dans les douze heures suivant le décès. Elles apparaissent sur le dos, alors que Boulin a été retrouvé flottant face contre terre. Deuxième « élément nouveau » : l’heure de la découverte du corps. Officiellement, il est repéré à 8#h#40 du matin. Au cours de sa contre-enquête(1), Benoît Collombat, de France Inter, a recueilli plusieurs témoignages des hommes qui veillent au sommet de l’Etat cette nuit

Robert Boulin avec le Premier ministre, Raymond Barre, en décembre 1977. Il était alors ministre de l’Economie et des Finances.

d’octobre 1979. Raymond Barre, alors Premier ministre, raconte avoir appris la mort du ministre à 3 heures du matin, avant d’ajouter : « Nous ne pensions pas que le RPR allait assassiner Boulin"! » Barre n’est pas le seul à être alerté au bas mot cinq heures avant la découverte officielle. Yann Gaillard, directeur de cabinet du ministre du Travail, est alerté par son homologue de Matignon, Philippe Mestre, à 2 heures du matin. Jacques Douté, un ami restaurateur de Libourne, est même prévenu la veille à 20 heures, par un coup de téléphone anonyme. D’où vient cette information ? Qui a découvert le corps ? Vraisemblement une équipe emmenée par le procureur général de Versailles, Louis-Bruno Chalret, magistrat proche du SAC (service d’action civique) et des « réseaux Foccart#»#. L’homme est la cheville ouvrière qui a verrouillé l’enquête. A son amie de l’époque, Marie-Thérèse Guignier, il confie : « C’est un truc à emmerdes. On a tout fait minutieusement comme il fallait. J’ai tout surveillé. Rien n’a été laissé au hasard. »

LES LETTRES DU « SUICIDE » ? DE SIMPLES PHOTOCOPIES

Reste la fameuse lettre censée prouver le suicide. Adressée à des amis politiques et à quelques médias (AFP, Sud Ouest), cette missive, reçue deux jours plus tard, est étrange. Elle commence ainsi : « J’ai décidé de mettre fin à mes jours. » Et se termine par : « Un ministre en exercice

© RUE DES ARCHIVES / AGIP

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ne peut être soupçonné, encore moins un ancien ministre du général de Gaulle. Je préfère la mort à la suspicion, encore que la vérité soit claire. » Etrange d’abord dans la forme : la première et les dernières phrases ne sont pas alignées avec le reste du texte, comme s’il s’agissait d’un montage. Sur le fond, ensuite : cette lettre de quatre pages justifie point par point la défense de Boulin dans l’affaire de Ramatuelle. En réalité, ce texte est un projet de réponse à la presse. La secrétaire particulière du ministre s’en souvient parfaitement, elle l’a pris en dictée dans son bureau. Robert Boulin en avait même parlé avec sa famille.

DES DOUTES DANS LE CLAN GAULLISTE

Lors de l’enquête, les policiers de la brigade criminelle omettront de prendre en compte le témoignage du postier de Montfort-l’Amaury, prétendant que l’homme est introuvable, ayant déménagé en Guadeloupe. « Faux, ditil aux journalistes, j’ai pris ma retraite en Bretagne. » Robert Boulin aurait donc envoyé ces lettres, vers 17 heures, le 29 octobre. Ces lettres ou d’autres ? En tout cas, des missives bien plus lourdes qu’une lettre de 20 grammes, dit Denis Lemoal, le postier, qui se souvient d’avoir ajouté des timbres en voyant la mention « Ministère du Travail et de la Participation » sur les enveloppes. Enfin, l’original de cette fameuse lettre ne sera jamais retrouvé. Seules des photocopies ont été versées au dossier, avant de dis-

paraître du coffre où elles étaient entreposées depuis 2007 au palais de justice de Paris. Dès l’annonce de la mort, plusieurs amis politiques de Boulin expriment publiquement leurs doutes sur une affaire qui divise le camp gaulliste. Boulin était devenu « premier ministrable». Gaulliste social, mais giscardocompatible, il s’opposait frontalement à la montée en puissance du tandem Chirac-Pasqua. Le 31 octobre, à la tribune de l’Assemblée nationale, Jacques ChabanDelmas parle d’un « assassinat ». En 2002, le vieux baron Olivier Guichard dit à Benoît Collombat sa conviction : « Je ne crois pas qu’il se soit suicidé. » Mais les contradicteurs de la version officielle sont toujours une minorité dans le paysage politique. Mercredi 15 juin 2010, 8$h$40, dans le studio de France Inter, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice, tente de justifier le refus, une semaine auparavant, du procureur général de Paris de rouvrir l’enquête en expliquant qu’il n’y a pas d’éléments nouveaux$: « Il y a des décisions de justice qui s’appliquent, dit la ministre. On peut d’autant moins me faire ce reproche que Robert Boulin était un ami de mon père et que par conséquent j’ai autant envie que quiconque de savoir ce qui a pu se passer. » Un moment de flottement. L’ex-présidente du RPR a bien dit : « J’ai autant envie que quiconque de savoir ce qui a pu se passer. » Vraiment envie ? (1) Un homme à abattre. Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin, Benoît Collombat, Fayard, 2007.

LA JUSTICE ET L’AFFAIRE BOULIN : TRENTE ANS DE RENDEZ-VOUS MANQUÉS Lundi 29 octobre 1979. Disparition de Robert Boulin, en forêt de Rambouillet. Octobre 1980. Disparition des prélèvements de sang déposés au laboratoire de toxicologie de la préfecture de police de Paris. Mai 1983. Colette Boulin affirme sur TF1 qu’elle n’a jamais cru au suicide de son mari et qu’on a fait pression sur elle pour qu’elle se taise. Mars 1984. Début de

l’enquête du juge Corneloup, assisté par les policiers de la brigade criminelle. Juillet 1987. L’Express annonce que le réfrigérateur cadenassé de l’IML a été forcé, les prélèvements de poumon ont disparu. Janvier 1988. L’Express révèle que l’examen des lividités cadavériques sur le dos de Robert Boulin indique qu’il a été déplacé après la mort.

Septembre 1991. Ordonnance de non-lieu de Laurence Vichnievsky, après une lecture du dossier en quelques jours. Janvier 2002. Canal + diffuse une contre-enquête, Robert Boulin : le suicide était un crime, qui bat en brèche la version officielle. Octobre 2002. Après une contre-enquête de France Inter, la justice annonce l’audition de nouveaux

témoins, interrompant la prescription de dix ans. Janvier 2006. Fin des auditions des témoins, toujours pas de réouverture de l’enquête. Avril 2007. Dans un discours de campagne, Nicolas Sarkozy lance : « Et je n’oublie pas Robert Boulin... » 2010. Nouvelle demande de réouverture de l’enquête par la famille, nouveau refus du parquet général.

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LE MONDE I MUSÉES

La National Gallery expose ses plus grosses bourdes : des faux pris à tort pour des chefs-d’œuvre. Par Sylvain Biville | Journaliste (de Londres)

Quel est le Botticelli? Vrai/copie. Une allégorie (en haut), Vénus et Mars (en bas): l’un des deux seulement est un authentique Botticelli. Lequel? Réponse dans l’article.

Vénus et Mars. Manque de flair ! On se rend vite compte qu’Une allégorie n’a pas toutes les caractéristiques du génie de la Renaissance italienne. L’œuvre, finalement attribuée à un disciple du maître, quitte les feux de la rampe. Elle reste cependant une œuvre d’époque, conçue entre 1490 et 1550. Quant à Venus et Mars, c’est aujourd’hui une pièce maîtresse de la National Gallery –! et l’un des Botticelli les plus célèbres au monde. Elle est datée de 1485.

LA COPIE ÉTAIT UN AUTHENTIQUE RAPHAËL Pendant des décennies, la Madone aux œillets (1506-1507) a été un vrai casse-tête pour l’histoire de l’art. On ne connaissait que des copies de cette œuvre de Raphaël, l’original restait introuvable. En 1991, le conservateur de la National Gallery, pris d’une soudaine intuition, convainc le musée d’acheter, pour 22 millions de livres l’une de ces copies, entreposée au château médiéval d’Alnwick, au Nord de l’Angleterre. L’infrarouge révèle, sous la peinture, une esquisse au crayon, caractéristique de la méthode de Raphaël et légèrement différente de l’apparence finale. Scientifiques et historiens d’art sont formels. C’est bien la preuve qu’il ne s’agit pas d’une copie, mais d’une œuvre originale du maître italien. Le flair du conservateur, Nicholas Penny, a été récompensé. Il est devenu depuis le directeur de la National Gallery. 54 I ÉTÉ 2010 I # 02 I

© NATIONAL GALLERY, LONDON, TOUTE REPRODUCTION INTERDITE.

Comme tous les musées du monde, la National Gallery s’est fait avoir lors de certaines acquisitions. Mais grâce à son département scientifique, créé en 1934 pour détecter le smog dans les salles d’exposition, le musée est capable de distinguer le vrai du faux. Armés de microscopes et de lecteurs infrarouges, les chercheurs de ce laboratoire de pointe peuvent reconstituer toutes les étapes de la vie d’une œuvre d’art. Présentée jusqu’au 12 septembre, l’exposition « A la loupe!» propose au visiteur de se glisser entre les couches de peinture pour entrer dans l’intimité de 40 tableaux et jouer aux devinettes : lequel est un faux, une copie ou un authentique chef-d’œuvre ? En juin 1874, la National Gallery est en effervescence après l’acquisition de deux Botticelli. Les experts du musée sont particulièrement impressionnés par Une allégorie (tableau du haut), pour laquelle ils déboursent 1 627 livres sterling – ce qui correspondrait aujourd’hui à environ 1 million d’euros, en tenant compte de l’évolution des revenus. A titre de comparaison, une Liz Taylor d’Andy Warhol, mise aux enchères le 30 juin chez Christie’s à Londres, est partie pour un montant record 6,7 millions de livres –!près de 8,3 millions d’euros . Ils ne paient que 1 050 livres sterling pour l’autre toile (tableau du bas),


INFOMIX ENPLUS

Bobby Fischer exhumé

EN PLUS © YURIKO NAKAO/REUTERS

Mort en 2008, Bobby Fischer est considéré comme le plus grand joueur d’échecs de tous les temps. Un tribunal islandais a décidé d’exhumer son corps pour résoudre un problème de paternité. Marilyn Young, la mère d’une fillette philippine de 9 ans, affirme que Bobby Fischer est le père naturel de sa fille et réclame sa part d’héritage de l’ancien champion du monde d’échecs, mort à 64 ans. Elle a présenté des cartes postales de Fischer signées « papa » et la preuve qu’il lui avait envoyé régulièrement de l’argent jusqu’à sa mort. Deux femmes s’affrontent dans ce combat : Marilyn Young, qui affirme donc avoir eu une liaison avec Bobby Fischer, et Miyoko Watai, une Japonaise, présidente de la fédération d’échecs du Japon, qu’il avait épousée en 2004 et avec laquelle il a également eu une fille. Il faut y ajouter deux neveux de Fischer, ainsi que le Trésor américain, qui réclame des arriérés d’impôts… Tout ça pour une fortune estimée à 2 millions de dollars, une somme faible au regard de la gloire et de la notoriété de Bobby Fischer. Ce dernier n’a pas laissé de testament. Pierre Haski

ENBREF Pizzaiolo

LE MONDE

ENIMAGE

Après trois ans et demi de prison, le lobbyiste Jack Abramoff, condamné dans plusieurs affaires de corruption, escroquerie et fraude, a trouvé un boulot plus humble. Le millionnaire déchu, qui avait ses entrées à la Maison-Blanche à l’époque Bush, est employé d’une pizzeria de Baltimore.

Superhéros Seul derrière Ben Laden, il pensait faire mieux que les services secrets américains et les forces armées internationales. L’objectif de Gary Brooks Faulkner, un Américain d’une cinquantaine d’années, était de capturer Oussama ben Laden. Arrêté au Pakistan, près de la frontière avec l’Afghanistan, il avait fait chemin seul avec son pistolet, son couteau, son épée et ses lunettes infrarouges pour voir de nuit.

Une couverture du New Yorker, par le dessinateur Barry Blitt, a tellement plu à Obama qu’il a demandé un exemplaire autographié. On y voit le président des Etats-Unis en train de marcher sur l’eau, et tout à coup perdre pied. Une façon de présenter les problèmes surgissant sous ses pas (la réforme de l’assurance-maladie, notamment) et sa chute dans l’opinion.

ENUNMOT Lithium. Des géologues américains ont

découvert en Afghanistan de gigantesques réserves de minerais, dont du cuivre et du lithium, évaluées à plusieurs milliards de dollars. D’après les Etats-Unis, ces réserves de métaux précieux pourraient propulser l’Afghanistan parmi les premiers exportateurs de minerais mondiaux. Le président afghan, Hamid Karzaï, a mis en garde samedi contre une gestion incontrôlée de ces richesses : « Si on ne met pas en place des règles de régulation fortes sur l’exploration des gisements de minerais, dans dix ans ces ressources pourraient devenir un désastre pour nous. »

LAPHRASE Internet est complètement dépassé. C’est comme MTV. A un moment MTV était branché. Maintenant c’est démodé PRINCE, CHANTEUR

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CULTURE 8+9POCHES SÉLECTION PARTICIPATIVE

LES COUPS DE CŒUR

DE VOS LIBRAIRES Nous avons demandé aux riverains de Rue89 de nous indiquer leurs librairies préférées, puis chacun des libraires a défendu son livre fétiche, celui qu’il aime conseiller. D’où cette sélection : 17 romans en édition de poche, que vous ne regretterez pas. Dossier réalisé par Emma Bonzom I journaliste

FUCK AMERICA EDGAR HILSENRATH Ça raconte quoi ? Edgar Hilsenrath raconte le parcours d’un jeune écrivain juif allemand. Immigré aux Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale, il tente d’y écrire l’œuvre de sa vie : raconter son expérience des ghettos dans une langue dont tout le monde se fout, tout en assouvissant un appétit sexuel quasi permanent. Pour subvenir à ses besoins, il doit abandonner l’écriture pour postuler à des emplois plus minables les uns que les autres. Pourquoi je vous le conseille À travers ce portrait, c’est l’Amérique terre d’accueil qui est mise à mal. Un pays arrogant, tourné vers le profit à outrance, qui n’a que faire des états d’âme d’un pauvre juif exilé. On découvre un auteur à la langue insidieuse et provocatrice. Avec ses railleries permanentes et son ton déjanté, il se permet toutes les audaces. Il parle aussi des camps d’extermination et des horreurs commises par les nazis, pour dénoncer l’ignominie humaine. Ed. Points Seuil, 2009, 7 €. 102 I ÉTÉ 2010 I # 02 I

Nathalie Librairie Kléber, Strasbourg

AU BON ROMAN L. COSSÉ Ça raconte quoi ?

Deux fondus de littérature ouvrent une librairie dédiée aux chefs-d’œuvre.

Pourquoi je vous le conseille

Ce roman passionnant et politiquement incorrect est une déclaration d’amour aux lecteurs, à la littérature et à ce que le métier de libraire a de plus noble. Une œuvre contre ceux qui n’envisagent plus le « livre » que comme un produit de consommation de masse. Ed. Gallimard, Folio, 2009, 6,60 €.

© AUDREY CERDAN

Sophie Librairie L’échappée belle, Sète


Bénédicte Librairie Le Failler, Rennes

TESTAMENT À L’ANGLAISE JONATHAN COE

Ça raconte quoi ?

Nath et James Librairie Mots et merveilles, Font-Romeu

L’OMBRE DU VENT CARLOS RUIZ ZAFON Ça raconte quoi ? A Barcelone en 1945, un père emmène son fils Daniel, 10 ans, dans un lieu réservé à quelques privilégiés, le « cimetière des livres oubliés ». Daniel doit adopter un livre parmi des milliers et le préserver envers et contre tout. Il choisit L’Ombre du vent, de Julien Carax, mystérieux auteur dont tous les romans semblent avoir été brûlés par un personnage au visage cauchemardesque. Daniel va découvrir comment la vie de Carax a été bouleversée par l’amour, les trahisons et la peur, dans une « ville des prodiges », mystérieuse et captivante. Pourquoi je vous le conseille C’est un livre d’une puissance extraordinaire. Superbe de poésie, de tendresse, de surréalisme. Si la météo perturbe vos vacances, ce livre vous apportera le soleil manquant. Puis vous n’aurez qu’une envie: prendre le premier train pour Barcelone. Ed. Grasset, 2004, 21,50 €.

Sébastien et Pierre Librairie Les deux mondes, Bastia

LE MAÎTRE DES ILLUSIONS DONNA TARTT Ça raconte quoi ? Donna Tartt, dans un style ciselé, d’une maturité époustouflante, dissèque les mécanismes qui vont faire voler en éclats un petit cercle sophistiqué d’étudiants en grec ancien d’une université huppée du Vermont. Satanisme,

Tabitha Winshaw, vieille aristocrate anglaise que ses frères et sœurs croient folle et paranoïaque, décide de charger Michael Owen d’enquêter sur la mort de son frère, survenue au cours de la Seconde Guerre mondiale. S’ouvre alors une galerie de portraits des membres de la famille Winshaw, figures haut placées de la société britannique. Au fur et à mesure que tombent les masques de la richesse et de la réussite sociale, on découvre une famille étouffée par les secrets, les manigances politiques et la soif du pouvoir.

Pourquoi je vous le conseille

L’auteur nous offre une fresque familiale étourdissante à l’humour incisif, parfois grinçant, pour notre plus grand plaisir. Ed. Gallimard, Folio, 1994, 9,20 €.

meurtres, sexe, drogues, mensonges, les personnages de Tartt, formidablement écrits, vont faire l’expérience du Mal, et personne n’en sortira indemne. Le lecteur moins que quiconque, happé par le suspens magistral et l’atmosphère étouffante du Maître des illusions. Pourquoi je vous le conseille Roman d’initiation, polar, tragédie grecque, thriller psychologique, ce livre est tout cela à la fois. Ce diamant noir est l’objet d’un véritable culte à travers le monde. Se lancer dans la lecture de cet hypnotique pavé de 700 pages, c’est plonger dans un monde de faux-semblants, de manipulations et de perversions. Un chef-d’œuvre à l’odeur de soufre qui vous hantera longtemps. Ed. Pocket, 2004, 7,30 €. I # 02 I ÉTÉ 2010 I 102


© JACOBS STOCK PHOTOGRAPHY/GETTY IMAGES

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LE MENSUEL

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Rue89 Le Mensuel, #2