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Super Supplément Japonisant Demain, dans la pénombre de la salle Juliet Berto, nous vous offrirons un aller-simple pour le Japon des années 20. Des courts-métrages nippons restaurés avec amour, sortis tout droit de la collection du Musée d’Art Moderne de Tokyo seront diffusés rien que pour vous. Lors de son cycle « Planète Manga », le centre Pompidou de Paris avait dédié son espace consacré aux adolescents à ce phénomène asiatique qui passionne la jeunesse. L’opportunité donc pour le public parisien de découvrir la diversité de la bande-dessinée asiatique, mais aussi de remonter aux origines du genre, grâce à ces films animés datant de l’ère du muet. Et demain, notre cher Festival aura le plaisir d’offrir la possibilité, à nous, pôvres provinciaux, d’apprécier ces quelques courts-métrages le temps du goûter. C’est donc l’occasion pour l’équipe du journal de se pencher, le temps d’un joli supplément, sur les origines du manga et de l’animé !

Une première mise au point d’ordre lexical s’impose, pour ceux d’entre nous qui ne connaissent que de loin cette culture japonaise : le terme «manga» concerne uniquement la bande-dessinée japonaise. Production télévisuelle et cinéma animé ne peuvent donc être appelés ainsi, au risque de faire hurler les puristes. Bien qu’inacceptable pour les fans du genre, la confusion reste compréhensible, car le lien entre manga et animation japonaise est incontestable, et ce dès les débuts du XXe siècle. Si c’est un peu moins le cas aujourd’hui, le cinéma d’animation s’inspire très fortement, à ses origines, de la bande-dessinée japonaise.

NAMAKURA GATANA - Une épée émoussée Jun.ichi Kouchi (1917) 35mm, 2 minutes

URASHIMA TARO - Taro Urashima Seitaro Kitayama (1918) 35mm, 2 minutes

CHAPPURIN TO KUGAN - Chaplin et Coogan Anonyme (1921-25?) 35mm, 16 minutes

UBASUTEYAMA - Ubasuteyama Sanae Yamamoto (1925) 35mm, 16 minutes

KANIMANJI ENGI -Le conte du temple crabe Hidehiko Okuda, Tomu Uchida & Hakuzan Kimura (1924) 35mm, 11 minutes

KOBUTORI - La bosse Yasuji Murata (1929) 35mm, 14 minutes

MANGA

Le terme de manga naît au XVIIIe siècle au Japon, désignant simplement, par son étymologie, des dessins ou peintures. C’est au XXe siècle, avec l’apparition de la bande-dessinée, que l’appellation finit par ne plus désigner que le genre. Genre dont les origines remontent très tôt, à la période Nara, au VIIIe siècle. A l’époque apparaissent les premiers rouleaux enluminés, appelés «emakimono», sur lesquels sont associés peinture et textes calligraphiés ; ils forment une histoire, qui se découvre au fur et à mesure que le rouleau se déroule. Malgré la présence de textes explicatifs, la narration se fait principalement par le dessin, dont la part est la plus importante – ce qui sera encore le cas dans la bande-dessinée japonaise. Il faut attendre le XIXe siècle, et l’ouverture du Japon à l’Occident, pour que naissent les premiers journaux japonais, et qu’ainsi apparaissent dans la presse, en 1874, les premières estampes. Le pays voit également affleurer, avec le développement des journaux, des dessins satiriques, inspirés des caricatures anglo-saxonnes. C’est la naissance d’une presse humoristique, avec la parution de magazines caustiques, ou encore des revues pour enfants. L’arrivée, au début du XXe siècle, des comics américains marque un pas décisif dans le développement du manga, qui s’inspire de la forme anglo-saxonne – en gardant tout de même les thèmes propres à la culture japonaise, chose normale puisque l’une des traductions possibles de «manga» est «dessin au gré de la fantaisie». Les contes traditionnels japonais, en grande majorité, sont donc remis à l’honneur grâce à ce développement accru du manga.


ANIME L’animation japonaise prend ses racines dans l’animation française. C’est en effet le très court dessin-animé du français Emile Cohl Fantasmagorie, sorti en 1908, qui va amener le Japon à se lancer de manière autodidacte dans le cinéma animé. Il existait toutefois des ancêtres au cinéma d’animation ; c’est le cas des lanternes magiques. Le principe est simple : grâce à la lumière d’une bougie, placée au centre d’une lanterne en papier dans laquelle sont découpées des formes, des dessins apparaissent en ombre chinoise sur le mur. Assez courantes en Europe, et ce dès le XVIe siècle, ce n’est qu’à la fin du XVIIIe qu’elles prennent leur importance au Japon. Cette technique se popularise et permet une diffusion à un public plus large, ces lanternes magiques étant de plus en plus vendues en tant que jouet. Avec l’invention du cinématographe, cette méthode va disparaître, et l’animation japonaise se faire plus présente. L’une des techniques de prédilection est le travail avec papier découpé : des formes géométriques en papier traditionnel coloré japonais sont assemblées pour créer des images Dès les années 1920, les silhouettes animées apparaissent –on

pense par exemple au travail du français Michel Ocelot, notamment avec Princes et Princesses– grâce à cette technique du papier découpé. Le grand réalisateur Ôfuji Noburô, par exemple, qui se fait connaître pendant la période d’avant-guerre, rend cette pratique populaire. D’autres procédés sont également utilisés, comme la peinture directement sur pellicule, méthode demandant un travail très méticuleux. Le Portier Imokawa Mukuzô de Shimokawa Ôten, qui sort en janvier 1917, est réalisé grâce à cette technique. A l’âge du muet – époque de laquelle datent les courts-métrages présentés à notre Festival – les films japonais sont en grande majorité destinés à être accompagnés d’un bonimenteur, qui narre l’histoire.

Le MOMAT

Le Musée d’Art Moderne de Tokyo, appelé très souvent par son acronyme anglais «MoMAT» (Museum of Modern Art, Tokyo) compte parmi les quatre grands musées d’art nationaux de l’île, avec le Musée d’Art Moderne de Kyoto, celui d’Osaka, et le Musée d’Art Occidental situé également à Tokyo. Construit en 1952 par l’architecte Kunio Maekawa, le MoMAT est le plus ancien de ces grands musées japonais. Dès sa création, il devient une institution sous le contrôle du Ministère de l’Education japonais. La collection permanente du musée atteint les 9000 pièces, qu’il s’agisse de peintures, sculptures, gravures ou photographies, allant du début du XXe siècle jusqu’à nos jours. Seules 250 oeuvres sont exposées, réparties selon les époques : les ères Meiji (1868-1912) et Taishô (1912-1926), la période de guerre et d’aprèsguerre, les années 1950 et 1960, et enfin, la période contemporaine à partir des années 1970. Une vue d’ensemble de l’art moderne japonais est donc offerte au public à travers cette exposition permanente, à laquelle s’ajoutent des expositions temporaires qui se concentrent de manière plus précise sur des thèmes particuliers. Ce musée à renommée internationale comprend également le Centre National du Film, équivalent de notre Cinémathèque française. Sa collection s’élève à plus de 40 000 films (dont plus de 700 films d’animation). Les rétrospectives consacrées à des réalisateurs japonais sont nombreuses, avec par exemple en ce momentmême une exposition consacrée à Tadashi Imai, réalisateur engagé adhérant au courant marxiste, auteur notamment du film Ombres en plein jour (1956). Mais le centre organise par ailleurs des présentations de films récents de pays de l’Union Européenne, comme c’était le cas aux mois de mai et juin derniers.

Ce dernier prend donc en quelque sorte la place des légendes qui agrémentent les dessins des mangas. Des dialogues sont également lisibles sur le film, mais contrairement au cinéma muet occidental, ils sont inscrits directement sur les images, et non en intertitres ; encore un lien évident avec la bande-dessinée. C’est en 1931 que les premiers animés parlants apparaissent, créant un réel renouvellement du genre, puisque ce changement s’accompagne de l’abandon de la technique du papier découpé pour celle du cellulo, importée des Etats-Unis. Celle-ci consiste en la superposition de plusieurs feuilles transparentes, sur lesquelles sont dessinées des éléments, ce qui permet d’éviter de devoir redessiner la totalité des images.


Supplément Japonais