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FICHE ENSEIGNANT UN FILM POUR TOUS 2012/13 er 1 trimestre - Cycle 3

ZARAFA Un film d’animation de Rémi Besançon et Jean-Christophe Lie I 2012 I 1h18 I France

Sous un baobab, un vieil homme raconte aux enfants qui l’entourent une histoire : celle de l’amitié indéfectible entre Maki, un enfant de 10 ans, et la girafe Zarafa. En 1826, Hassan le berbère est chargé par le Pacha d’Egypte de conduire Zarafa jusqu’en France pour l’offrir en cadeau au Roi Charles X afin de gagner son soutien dans la guerre contre les Turcs. Maki, un garçon obstiné qui a fait la promesse de veiller sur l’animal, est bien décidé à tout faire pour contrarier cette mission. Au péril de sa vie, il va parcourir un long périple, du Soudan à Paris, pour tenter de ramener la girafe sur sa terre natale. Accompagnés de Malaterre l’aéronaute, aidés par Bouboulina la pirate et poursuivis par l’ignoble Moreno,

Maki,

Hassan

et

Zarafa

vont

vivre

d’incroyables aventures et devenir des personnages de légende. Co-réalisé par Rémi Bezançon (Le Premier jour du reste de ta vie, Un heureux événement) et Jean-Christophe Lie (auteur d'un court-métrage d’animation remarqué, L'Homme à la Gordini), Zarafa est le premier long-métrage d’animation français à situer son récit dans l’histoire coloniale. L’esclavage et la traite négrière y sont abordés sans détour à travers le parcours de Maki, enfant esclave qui n’aura de cesse de gagner sa liberté et celle de Zarafa. Puisant dans l’histoire et la géographie la matière première de son scénario et de ses espaces, le film se déploie comme un somptueux livre d’images et livre aux jeunes spectateurs un récit d’aventure trépidant sous forme de conte initiatique.

1/ Puiser dans l’Histoire la matière première d’un film d’aventure Librement adapté d’une histoire vraie, celle de la première girafe de France, le premier long-métrage d’animation de Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie puise sa matière scénaristique et visuelle dans un long travail documentaire. Nourri de personnages, d’événements et de lieux ayant pour la plupart réellement existé, Zarafa construit, sur cette base réaliste, un grand récit épique.


▪ La véritable histoire de Zarafa En 1826, le Consul français d’Alexandrie suggère au Pacha d’Égypte, Méhémet-Al, l’envoi d’une girafe pour enrichir la ménagerie royale du Jardin des Plantes, nouvellement ouverte à Paris. Le Sultan accueille cette proposition avec joie, d’autant qu’il cherche un moyen d’améliorer ses relations avec le royaume de France. Une fois capturé, le girafon, alors âgé de deux ans, quitte le désert du Kordofan au Soudan puis embarque pour Marseille sur un navire sarde dont le pont a été spécialement adapté pour que l’animal puisse sortir sa tête et son cou. Afin de le nourrir, trois vaches laitières font également partie du voyage. Dès son arrivée dans le port français, Zarafa fait sensation. Le préfet de la cité phocéenne l’accueille dans sa propriété où elle séjourne plusieurs mois. Au printemps suivant, Zarafa poursuit son périple jusqu’à Paris par voie terrestre. En remontant la vallée du Rhône vers l’Ile-de-France, l’animal ne passe pas inaperçu. De nombreux dessins et gravures, réinterprétés dans le film sous forme de carnet de voyage, attestent de cet enthousiasme pour l’animal exotique. Arrivée à Paris, Geoffroy Saint-Hilaire, alors responsable du Muséum National de France rattaché au Jardin des Plantes, accueille Zarafa et la présente officiellement à Charles X le 9 juillet 1827. Cette année, une véritable girafomania s’empare de la capitale. Il faut dire que l’animal, très peu connu au début du XIXe siècle, passait pour être légendaire. L’engouement pour Zarafa durera plus de trois ans. L’animal vivra dix-huit ans. Sa dépouille naturalisée est actuellement conservée au Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle. ▪ L’esclavage : Maki l’enfant esclave épris de liberté « N’abimez pas la marchandise » c’est en ces termes que Moreno évoque pour la première fois Maki, enfant capturé pour être vendu comme esclave en Europe. Dans cette séquence inaugurale, Maki est considéré non seulement comme un objet, avec une certaine valeur marchande, mais plus encore comme un gibier. La mise en scène s’organise alors autour d’une course-poursuite qui prend la forme d’une scène de chasse. À peine libéré de ses chaînes, Maki court à vive allure, poursuivi par Amok et son maître, le capitaine Moreno. Un fulgurant traveling arrière les accompagne qui démultiplie la vitesse de leur course et accentue l’angoisse de la capture. Filmé comme un animal traqué, Maki trouve d’abord refuge dans un terrier au pied d’un immense baobab. Puis, le danger s’éloignant, il escalade les parois de terre et remonte à la surface. C’est une seconde naissance pour Maki. Nous l’avons découvert esclave, nous le suivrons maintenant dans son parcours d’enfant libre. Agile, rapide, Maki est un jeune héros passionnément épris de liberté, dans la tradition des grands récits d’enfance (Oliver twist, Tom Sawyer). Le premier plan le saisit dans un mouvement vers le ciel étoilé qui préfigure tout son parcours. Maki ne cesse de se dresser, de s’élever : il grimpe dans le baobab pour échapper à Moreno, se glisse dans la montgolfière de Malaterre pour sauver Zarafa, escalade à Paris un éléphant en bois et retrouve ainsi la trace de l’aéronaute qui le ramènera vers l’Afrique.


La liberté et la nécessité de tenir sa promesse sont les deux valeurs essentielles du personnage qui baliseront son destin. En opposant ce parcours d’esclave affranchi aux scènes de transaction du bois d’ébène (le transfert des esclaves dans le port de Marseille, la vente de Soula en tant que domestique à Paris), Zarafa prend le parti de la liberté et tourne en dérision la société coloniale. ▪ La France sous la Restauration : une société tournée en dérision Après la chute du Premier Empire en 1814, la Restauration marque le retour en France d’une souveraineté monarchique limitée (première expérience de monarchie constitutionnelle). En 1824, date à laquelle se déroule notre récit, Louis XVIII décède. Son frère Charles X lui succède. Cléricaliste et réactionnaire, le Roi Charles X bénéficie d’un dessin et d’une animation spécifiques qui empruntent le trait et la verve ironique de la caricature. Dans la scène de présentation de Zarafa au Roi, Jean-Christophe Lie s’en donne à cœur joie. Il compose son cadre en deux espaces et révèle l’organisation du corps social de l’époque : en arrière plan, le peuple parisien s’agite, gouailleur, avec ses estropiés, ses domestiques, ses prostituées et ses aristocrates. Au premier plan, le Roi et sa cour posent, composant une galerie immobile de corps dégingandés. Fardé à outrance, Charles X tient moins du monarque que du clown. Savant mélange « du goitre de Raymond Devos et des caricatures de Gustave Daumier représentant Louis-Philippe avec le visage en forme de poire »1, c’est un Roi inculte, pour qui « l’Afrique est un pays » et Maki un « singe échappé de sa cage ». Autour de lui, les courtisans s’alignent tel un bestiaire ridicule, entre une reine girafe au long coup et une femme hippopotame ventripotente.. Sous le trait satirique de l’animateur-caricaturiste, le Roi et sa cour se transforment en ménagerie grotesque et deviennent, à leur corps défendant, ces mêmes bêtes exotiques qu’ils étaient venus admirer. La Girafomia achève de tourner cette société en ridicule en mettant en lumière les extravagances d'un royaume décadent qui a fait fortune dans la traite des esclaves.

2/ Incarner une épopée ▪ Un long travail documentaire Les deux réalisateurs construisent leur film comme une épopée merveilleuse qui promène ses personnages dans de multiples décors patiemment réalisés à partir de documents d‘archives. Des photographies d’époque alimentent les premières esquisses des animateurs ainsi que les œuvres du peintre orientaliste Eugène Delacroix auquel Jean-Christophe Lie emprunte ses couleurs, ses traits et son goût pour les carnets de voyages. De nombreuses références littéraires viennent également nourrir le travail graphique, notamment Dickens et

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Interview de Jean-Christophe Lie, Dossier de presse du film


Victor Hugo, dont la description des capitales européennes au XIXème siècle inspire la reconstitution du Paris de Zarafa. D’autres décors réalistes ponctuent les étapes du voyage : le temple d’Abou Simbel en Egypte, les pyramides, la Ménagerie du Jardin des Plantes, la cour de Charles X, celle du Pacha. Les espaces majestueux (la savane, le désert, la Provence, les sommets enneigés des Alpes, l’ile grecque de Bouboulina), l’agitation des grandes cités (Alexandrie, Marseille, Paris) et les points de vue extraordinaires (depuis la terre, depuis le ciel, depuis la mer) sont le fruit d’une minutieuse reconstitution qui confère à Zarafa un intérêt documentaire. Pour Maki, chacun de ces lieux est l’occasion d’une rencontre, savoureuse ou dangereuse, qui jalonne son parcours initiatique : Zarafa, Mahmoud, Hassan, les vaches Moon et Soon dans le désert ; Malaterre à Alexandrie ; Bouboulina et ses pirates en mer Méditerranée ; Soula et le capitaine Moreno qu’il retrouvera à Paris... Parmi eux, nombreux sont les personnages empruntés à l’Histoire (Bouboulina, Hassan, Charles X, Saint Hilaire, Zarafa ont réellement existé). Sur cette base réaliste, la fiction se donne le privilège et la liberté d’incarner à sa guise ces espaces, ces personnages et leur histoire en leur conférant une dimension épique. ▪ Donner à chaque espace et personnage son identité graphique Le film se structure en trois parties, chacune dotée d’une identité graphique singulière : l’Afrique lumineuse, vaste espace de liberté ; le voyage, en ballon et à terre, qui emprunte à l’esthétique du carnet de route ; et enfin le Paris de la Restauration. A l’horizontalité de la première partie et son champ des possibles répond la verticalité agressive de la seconde partie du film qui obstrue l’horizon et limite les perspectives d’avenir pour les personnages. Les paysages colorés et lumineux de l’Afrique reflètent la gaieté et l’espoir de Maki. Ce minimalisme chaud contraste avec les espaces froids de la capitale européenne. Paris, ville de malheurs, est grise, sale, pluvieuse et hostile. Les couleurs y sont charbonneuses et les plans surchargés de détails, à la différence des pastels qui composent le ciel limpide et infini du désert africain. La musique se plie elle aussi à la géographie du film et s’occidentalise au fur et à mesure du voyage. D’un thème oriental clairement inspiré par celui de Lawrence d’Arabie, la bande son glisse vers un thème musical « parisien » composé d’instruments traditionnels, comme cet orgue de barbarie lors de la séquence de Girafomania. Ce contraste se retrouve dans le graphisme et l’animation des personnages, qui possède chacun son propre langage corporel, reflet de son caractère et de son intériorité. Malaterre est affublé d’une jambe de bois. Son corps boiteux et lourd traduit, tout comme son nom, ses aspirations aériennes. Zarafa, elle, se déplace avec des mouvements doux et amples qui lui confèrent une certaine majesté. Ses grands yeux et ses longs cils achèvent d’humaniser l’animal, les réalisateurs ayant refusé de doter Zarafa du pouvoir de la parole. Maki, lui, est un personnage rapide. Sa tignasse ébouriffée, son regard sûr et franc, servis par une animation fluide et complexe, reflètent son agilité et l’énergie de sa jeunesse. L’animation d’Hassan le


Berbère, plus lente, incarne la maturité du personnage, sa noblesse et son rapport patient au temps, propre aux hommes du désert. ▪ Transformer l’histoire en légende La légende est un récit à caractère merveilleux, dans lequel les faits historiques sont transformés par l'imagination populaire ou l'invention poétique. Pour ce faire, le film recourt à un narrateur par la voix duquel nous oscillons sans cesse entre deux temps et deux réalités : le passé et le présent, l’histoire telle qu’elle s’est déroulée et sa narration. Assis sous un arbre, au cœur d’un village de la savane Africaine, un vieil homme conte devant une assistance fascinée l’histoire de Maki et Zarafa, avec son lot de rebondissements, d’anecdotes drolatiques et de tragédies. Instrument de construction et de transmission de l’Histoire dans la culture africaine, l’oralité possède un autre pouvoir : celui de transformer une histoire en légende. C’est donc sans surprise que nous découvrons, dans la dernière séquence du film, que le récit conté n’est autre que la légende sur laquelle s’est édifié le village. L’arbre à palabres, majestueux baobab, fait lui aussi figure de vecteur entre l’Histoire et sa légende. À titre d’exemple, dans la séquence d’introduction, un traveling vertical découvre Maki réfugié dans les branches tandis qu’au pied de l’arbre, dans un autre espace temps, le griot conte sa légende. Dans les mains du conteur, les personnages s’animent sous forme de figurines en bois. Le conteur transfigure la violence en couchant les statuettes à terre (Moon, Hassan), signifiant par ce geste la mort ou le meurtre d’un des personnages à ses jeunes auditeurs. Mais dans une légende, des éléments merveilleux peuvent advenir pour transformer la réalité, ressusciter les morts ou offrir un final lumineux. Alors que nous avons vu son corps s’effondrer sous le tir de Moreno, nous retrouvons Hasan, dans l’épilogue, plus vivant que jamais, debout devant la maison grecque de Bouboulina. Le merveilleux s’impose définitivement lorsque, pour la première et unique fois du film, nous entendons la voix de Zarafa. Dans la ménagerie du Jardin des Plantes, alors que Maki refuse de la quitter, la voix intérieure de l’animal révèle à l’enfant le chemin à suivre pour conclure son parcours initiatique. Pour devenir un homme, il lui faudra consentir à la perdre, retrouver sa terre natale et y construire, avec Soula, une famille, un village, une légende.

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