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Collège au cinéma Ciné 32 2009 / 2010 Visionnement enseignant, mercredi 6 janvier 2010

L’enfant noir Un film de Laurent Chevallier / 1995 / 1h32

Voici quelques pistes, proposées en complément du dossier CNC, qui peuvent être une amorce pour un travail d’analyse filmique et de discussions en classe.

1/ Le cinéma est une invitation au voyage Alors que Chantons sous la pluie dévoilait l’envers du décor et des techniques cinématographiques dans un monde de rêve, de dualité et de mensonges, L’enfant noir nous plonge dans une réalité radicalement opposée à toute idée d’artifice. Première expérience de cinéma africain pour certains élèves, L’enfant noir les immerge dans un univers très différent du leur (la Guinée) tout en abordant des préoccupations universelles : grandir, acquérir son autonomie par la découverte du monde et des rites de passage). De même, il participe à une définition du 7ème art que l’on pourra discuter avec les élèves à savoir que tout film est une invitation au voyage, c’est à dire une rencontre, une porte ouverte vers un horizon différent. Avant la projection : - la notion de rite de passage Valables dans et pour toutes les civilisations, ils assument la transition entre deux âges. Réfléchir aux rites de passages dans notre société contemporaine. L’objectif sera de dévoiler qu’un film a valeur universelle et que, au delà des continents, il nous parle de nous même. - « Le cinéma permet de voyager » …c'est-à-dire de découvrir d’autres cultures, d’autres modes de vie, d’autres pensées, d’autres langues mais aussi de se « mettre à la place de » par le processus d’identification. Discuter cette définition en l’illustrant à partir des expériences de spectateurs des élèves. - Autour du titre

« L’enfant » = l’universalité d’un âge et de ses expériences, le récit initiatique ; « Noir » = la particularité africaine et plus exactement celle de la Guinée. - Un peu de géographie Établir une carte d’identité de la Guinée afin d’amorcer le travail autour du voyage de Baba Dessiner une carte avec son trajet de Kouroussa à Conakry)

Carte d’identité de la Guinée - 10 millions d’habitants (France : 60 millions) - 245 857 km2 (France : 550 000) - Capitale : Conakry - Langue officielle : le français - Indépendance : le 2 octobre 1958 - 4 régions et 8 ethnies

La basse Guinée / La végétation y est constituée de plantations fruitières. Les principales ethnies sont les Sosos et les Bagas qui vivent essentiellement de la pêche et de l'agriculture. La Moyenne Guinée / La végétation est composée de forêts le long des cours d'eaux et de savanes sur les plateaux. Les ethnies principales sont les Djalankés et les Peulhs qui ont fait prospérer l'élevage grâce à un climat propice. La Haute Guinée / Elle est formée de vastes plaines. Le Niger, principal fleuve d'Afrique de l'Ouest , y prend sa source à 475 mètres d'altitude près de Faranahoh. Les Malinkés représentent l'ethnie principale de cette région. La Guinée Forestière / C'est une région montagneuse. Le mont Ninba y culmine à 1854 mètres. Son sol renferme de grandes richesses minières (or et diamant). La saison des pluies dure 10 à 11 mois par an ce qui donne naissance à une végétation très dense. Les Forestiers sont restés longtemps cloisonnés, obligés de compter sur eux même face à cette nature particulièrement vivace et envahissante, ils sont composés d'ethnies très proches tel les Tomas, les Kissis et les Guerzés


2/ Entre tradition et modernité

a/ Les personnages - Les personnages de Kouroussa : Le père, La mère, Le grand-père - Les personnages de Conakry : L’oncle, La première tante, La seconde tante, Le médecin, Marie Fofana, Le Tailleur - Entre les deux univers : le marchand d’or qui va bouleverser la vie de Baba b/ Deux modes de vie - vivre à Kourousssa : séquence d’ouverture du film (la brousse, le rythme de vie, le travail). Travail sur les couleurs, les contrastes, les motifs (les mains qui font le lien, qui caressent, achètent, travaillent, échangent, creusent), la figure du cercle qui participent au mystère et à l’ambiance magique. - vivre à Conakry : l’arrivée de Baba en ville, description de l’urbanisme chaotique (sons et couleurs)

3/ Un récit d’apprentissage a/ Baba, un voyageur entre deux rives - de l’enfance à l’adolescence du cocon familial à l’acquisition de l’autonomie la découverte de l’école et celle du premier amour - de la province à la ville - la symbolique du fleuve - entre tradition et modernité b/ Le flash back, moyen cinématographique du voyage Ce rapport incessant entre la tradition et la modernité est servi par de nombreux flash-back qui lient passé et présent : - chap 3 / Le père évoque Komadi, le grand-père de Baba, grand orfèvre de Kouroussa - chap 5 / L’oncle Moussa évoque le dumumba, la danse des hommes forts - chap 6 / Le médecin explique à Baba ce qu’est le soli, la danse des circoncis c/L’apprentissage → dans une société traditionnelle : - évoquer l’importance de la tradition orale - les contenus de la tradition orale (Le conte, la fable, le mythe, le chant) - les transmetteurs (la famille, le griot) - le rite -le grand-père orfèvre et le serpent noir, génie de la famille, -la danse de Lion, le passage à l’adolescence, l’expérience de la peur -la cérémonie de la circoncision, le passage à l’âge adulte, devenir homme Si ces moments sont longuement évoqués dans le livre, le film les utilise uniquement pour évoquer le rapport de plus en plus tenu de la nouvelle génération avec le passé et les traditions (l’enfant est circoncis, dans l’époque moderne, dès la naissance et non pas lors du rituel du passage à l’âge adulte) → dans le monde moderne : - le voyage - partir pour se construire et revenir grandi - l’exil et la solitude - L’école -violence des premiers jours d’école à Conakry


4/ la mise en scène originale d’un récit autobiographique

a/ À l’origine : un récit autobiographique de Camara Laye -Travail sur le genre autobiographique - biographie de l’auteur Guinéen - Analyse comparé première phrase/ premier plan du livre. - Evoquer la notion d’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire qui est une création à part entière. b/ Adaptation et mise en scène : nourrir la fiction par le réel → le genre documentaire -

Filmographie de Laurent Chevalier réalisateur de nombreux documentaires Le documentaire : définition la transposition contemporaine (1993/94) d’un récit de 1953 : en tant que documentariste, le réalisateur a d’abord puisé dans ce qu’il a observé du réel, dans ses rencontres (la descendance de Camara Laye).

→ le recours à des acteurs non professionnels et l’implication de la famille Laye -

Filmer la réalité du village : pas de direction d’acteur mais un travail de mise en situation, de respects des habitants dans leur vie quotidienne et emmener les personnes sur le terrain du cinéma

→ quand le parcours de l’acteur se confond avec le parcours du personnage -préserver le premier regard « Ce qui est beau dans le passage de l’enfance à l’adolescence, disait Truffaut, c’est qu’on y vit une succession de premières fois ». L’enfant noir ne raconte pas autre chose : premier adieu, premier amour, premiers pas écolier, premiers regards sur la grande ville». Dossier CNC René Marx Grâce au cinéma, l’acteur Baba Camara va quitter son village et découvrir le monde, tout comme son personnage. La découverte de la ville, celle de la mer par l’enfant sont aussi les premières découvertes pour Baba. Le tournage s’est ainsi déroulé dans l’ordre chronologique, le réalisateur souhaitant que chaque découverte du personnage soit simultanément une découverte pour son jeune acteur.


Les Chapitres du Livre

1. L’auteur raconte ses premiers souvenirs d’enfance, à cinq ou six ans. Après avoir rappelé comment il a failli être mordu par un serpent, il décrit la case de son père. La forge, l’oranger qui pousse dans la cour et la voie ferrée qui longe la concession. L’auteur évoque ensuite la longue conversation qu’il a eue avec son père a propos du petit serpent noir 2. Le père de Camara Laye, forgeron, exerce aussi la profession très noble de bijoutier. Le travail de l’or est un véritable spectacle, une opération magique a laquelle participe un griot et qui se termine par une danse spéciale : la Douga. 3. L’enfant passe quelques jour chez sa grand-mère à Tindican, petit village proche de Kouroussa : il se souvient avec émotion de ses camarades avec qui il allait jouer et chasser dans la brousse. 4. Tous les ans, en décembre l’enfant se trouve à Tindican. C’est la belle saison, la saison des fleurs, de la joie et de la moisson du riz. Cette moisson est l’occasion pour Camara Laye de découvrir des traditions ancestrales et de mieux connaître les membres de sa famille maternelle. C’est à Tindican que l’enfant est frappé par la beauté de la nature et surtout par la douceur des moeurs de la communauté villageoise. 5. L’auteur évoque sa vie a Kouroussa : la case de sa mère, les apprentis de son père, les repas, en commun, les marques de respect pour ses parents. Il décrit ensuite les pouvoirs de sa mère, son don de sorcellerie qui permet de voir le mal et de le dénoncer. L’immense admiration qu’éprouve Camara Laye pour sa mère apparaît dans ce chapitre. 6. Très tôt l’enfant va à l’école coranique puis française. Ce sont des années difficiles, non à cause de la sévérité du maître, mais à cause des véritables persécutions que lui font subir les élèves de dernière année. Le père de Camara Laye doit même intervenir pour faire cesser les brimades. 7. Camara Laye a atteint l’âge de rentrer dans la société des non-initiés (enfants de douze à quatorze ans). Surveillés par leurs aînés, les jeunes garçons passent une nuit au lieu sacré où ils affrontent Konden Diara : monstre mi-homme, mi-lion. Cette nuit doit permettre aux non initiés de surmonter leur peur et les préparer à la douloureuse cérémonie de la circoncision. 8. Camara Laye est en dernière année du certificat d’études quand il subit la circoncision qui le fait passer de l’enfance à l’age d’homme. A la fin d’une semaine de danse, les jeunes garçons sont conduits dans la brousse où a lieu l’opération face aux hommes du village. Il s’agit pour les adolescents de ne pas montrer leur peur ni leur douleur et ils doivent supporter patiemment les longues semaines de convalescence. 9. L’auteur a 15 ans quand il part pour le Collège Technique de Conakry. Il voyage en train et découvre successivement Dabola, Mamou, où il passe une nuit, Kindia, puis Conakry. Il est accueilli par son oncle Mamadou : un saint homme. Cette première année à Conakry est très difficile : Camara Laye tombe malade, le travail à l’école est décevant et le jeune garçon est seul dans le ville. 10. Les trois années que l’auteur passe à Conakry (après la première année pendant laquelle il a été malade) sont consacrées à un travail assidu et à de longues promenades dans Conakry en compagnie de Marie, élève de l’Ecole Supérieure de jeunes filles. Lorsque l’examen du C.A.P arrive, Camera Laye est reçu premier des sept candidats admis. 11. Pendant les vacances Camara Laye retrouve avec joie ses parents et ses fidèles amis, Koyauté et Cheik. Il subit cependant avec irritation l’affection tyrannique de sa mère qui surveille en particulier ses relations avec les filles du village. Un jour, Cheik, qui a obtenu son brevet d’instituteur, tombe malade et meurt malgré les interventions des guérisseurs et des médecins. L’auteur est profondément affecté par la mort de son ami. 12. Camara Laye a obtenu une bourse d’études pour la France, il l’accepte en sachant qu’il cause une grande peine à ses parents et surtout à sa mère qui ne veut pas le laisser partir. Cependant, le père conseille à l’adolescent de saisir cette chance unique.


L'enfant noir