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Un an après l'agression israélienne Les souffrances du peuple palestinien

Augmentation du forfait hospitalier à 18 €, hausse des cotisations des mutuelles… EFFETS NÉFASTES DE LA POLITIQUE DE SANTÉ

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€ - N°894 DU JEUDI 31 DÉCEMBRE 2009 AU JEUDI 7 JANVIER 2010


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Événement

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Effets néfastes de la politique de santé

AUGMENTATION DU FORFAIT HOSPITALIER À 18 €, HAUSSE DES COTISATIONS DES MUTUELLES...

ʼEST la logique de la rationalisation des soins qui revient au devant de la scène avec la mise en place, dʼune façon scandaleuse et pernicieuse, de lʼaugmentation du forfait hospitalier. Réduire le déficit de la Sécurité sociale ? Quelle hypocrisie. Après la polémique sur les franchises médicales, cʼétait le leitmotiv du budget 2009 de la Sécu. Mais pour 2010, lʼexécutif, les mesures augmentant la somme restant à la charge des patients sont prises. Aussi, le forfait hospitalier passe de 16 euros à 18 euros. La Mutualité française devant les hausses vertigineuses du coût des soins annonce lʼaugmentation des mutuelles dʼau moins 5%... Le transfert vers les mutuelles repose en réalité sur les capacités financières des françaises et des français eux-mêmes à payer leurs mutuelles. Encore une fois, ce sont les français les plus modestes, ceux qui nʼont pas de mutuelle, qui vont subir les effets néfastes dʼune mesure reposant plus sur les capacités contributives de chacun, que sur la solidarité nationale entre les malades et les biens portants. Créé en 1983, le forfait représente la participation des patients aux frais “hôteliers” de lʼhôpital. La vision au niveau des tutelles consiste en des plans dʼéconomie qui se répercutent sur tous les services. Les budgets pour 2010 sont loin de

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répondre à la réalité du terrain. Des pans entiers dʼactivités sont menacés de disparition alors que le danger est de mettre les établissements en compétition. Les supports de présentation des économies réalisées par les établissements font partie du même plan scandaleux. Le plan dʼéconomies de lʼAssurance Maladie à lʼensemble des établissements de santé doit être retiré immédiatement. Face au déficit de lʼassurance maladie, les principales pistes du gouvernement portent principalement et une fois de plus sur les malades et aggravent encore les difficultés dʼaccès aux soins sans apporter une réponse adaptée à la dérive de lʼassurance maladie. Le principe même de ce forfait représente depuis des années un scandale, puisquʼil consiste à faire payer aux malades hospitalisés un supplément, en plus des cotisations qui sont prélevées de toute façon sur leur feuille de paye. Cette nouvelle augmentation rendrait lʼhôpital encore plus inabordable pour de nombreuses familles. Les comptes de lʼassurance maladie sont mis à mal par la crise et non par les malades. Cʼest une évidence mais le gouvernement veut toujours mettre en place des compensations pour son budget. Toute la politique de Sarkozy se fait au détriment des familles, dʼun côté,

NE année chasse lʼautre et 2009 résonne déjà comme une année noire. Année terrible pour le monde du travail qui voit un chômage de masse exploser. Une déflagration du travail qui se traduit par une précarité de vie qui broie des femmes et des hommes en proie à la peur du lendemain, confrontés quʼils sont à la pauvreté alors que beaucoup dʼentrʼeux travaillent ou sont à la retraite. Une jeunesse, une génération qui vit plus mal que celle qui lʼa précédée. Triste réalité dʼune misère sociale dont je pèse le

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Au détriment des familles

on verse des subventions aux banquiers et aux industriels à coups de milliards et de lʼautre, on ferme les portes de lʼhôpital public à un nombre toujours plus important de femmes et dʼhommes. Qui privilégie quoi ? Jamais la situation nʼa été aussi grave, non seulement, dans les hôpitaux du Nord/Pas-de-Calais mais aussi dans tout le pays. Tous les hôpitaux sont en déficit et cela pèse lourdement sur leur état de marche et surtout sur les patients. La tarification à lʼactivité (T2A) prime sur tout. Cela ira en sʼaggravant. Lʼemploi, la formation, les salaires, la reconnaissance des qualifications, les conditions de travail, demeurent les préoccupations convergentes des professionnels de santé, toutes catégories confondues. Les syndicalistes et ceux de la CGT, sont très critiques devant la réforme de lʼAgence régionale dʼhospitalisation visant à refonder les Urgences dans la région. La mutualisation des moyens est le contraire de ce quʼil faut faire car depuis des années les déficits des budgets amènent des restrictions de personnels, la suppression des personnels contractuels et la diminution du nombre de lits. À force de demander lʼimpossible aux personnels, un jour ils lâcheront. LʼHôpital public est en danger : les syndicalistes soulignent un état catastrophique pour tous les hôpi-

taux, sans exception, dans le NordPas-de-Calais et au-delà de toute la France. Et pourtant, des vélléités des tutelles voudraient opposer des établissements entre eux et mettre des niveaux de concurrence entre les structures, ce qui est une totale aberration alors que le secteur privé sʼorganise de plus belle et sʼinsère là où le public lui laisse, par la politique établie au niveau gouvernemental, toute latitude pour faire encore plus de bénéfices. Mutuelles ?

Le gouvernement feint de croire que les malades seront remboursés par leur complémentaire alors que 7% des français nʼont pas les moyens de sʼen payer une, et que toutes ne remboursent pas le forfait. Aujourdʼhui plus de 14% des Français déclarent renoncer à des soins, faute dʼargent pour les payer. Les déficits, certes importants, sont dus pour une grande partie au chômage, qui pèse sur les ressources de la sécurité sociale, mais aussi à la loi TEPA, aux politiques dʼexonération de charges sociales à la faiblesse de la prévention et à la mauvaise organisation du système de santé. Les frais “dits dʼhôtellerie” à la charge des malades deviennent exorbitants, pouvant atteindre les tarifs de lʼhôtellerie de tourisme. On néglige ainsi le fait que les patients ne se font pas hospitaliser pour le plaisir.

UN VŒU EN FORME DE RÊVE...

mot, dans ce quʼil paraît avoir dʼexcessif pour une partie de notre peuple. Cette misère réelle doit sʼapprécier au regard dʼun monde riche comme jamais enfermé dans un système économique qui fait la part belle au plus puissant. Une richesse dont lʼargent nʼest quʼun des signes le plus apparent et choquant, mais pas forcément le plus fiable. A raison, André Stil écrivait : «Notre monde est beaucoup plus riche que les fortunes les plus folles permettent de lʼapprécier». Si des femmes et des hommes à

différentes époques montrent un peu dʼorgueil, cʼest surtout une façon de refuser leur condition de vie. Serait-ce en la niant, ce qui est aussi fréquent, la refuser est déjà un bon début. Ce sentiment dʼun dû, dʼinjustice nourrissait pour beaucoup ce quʼon appelait sans y penser la fierté ouvrière, la fierté dʼune classe sociale. Cet héritage est le notre, celui de femmes et dʼhommes qui ne demandent pas lʼimpossible, mais un bonheur accessible qui nous paraît toujours à portée de main. Cette conscience des possibles -3-

nʼest pas un voeu, encore moins un voeu pieux, mais bien plus, un de ces rêves qui soulève les montagnes de lʼinjustice. Un de ces rêves qui porte en lui lʼégalité, ou encore ce rêve dʼun Martin Luther King qui clamait à la face du monde «I have a dream*». Devenu aujourdʼhui un hymne à la liberté pour tout un peuple, le peuple noir. Certes il y a des marchands de rêves qui transforment lʼespoir en cauchemar. Certes il y a aussi ceux qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Mais personne nʼa le pouvoir

“Opposée à lʼinstauration du forfait hospitalier et à toutes les franchises médicales qui lʼont suivie, la CGT demande la suppression de toutes ces taxations supplémentaires en direction des malades” et sʼoppose fermement à cette nouvelle ponction sur les assurés sociaux. Patrick Vanderpotte, secrétaire de la Santé CGT du Pas-de-Calais, est catégorique, “les plans dʼéconomie sont injustes et injustifiés et quʼils conduisent tout droit à des licenciements massifs. La dégradation dans les hôpitaux est, elle, chronique. Notre région demeure toujours à la traîne.” Exonérations patronales

30,7 milliards dʼeuros, soit approximativement autant que le déficit record prévu pour la Sécu en 2010, cʼest le montant des exonérations de cotisations de sécurité sociale, dont ont bénéficiés les employeurs. Ces chiffres publiés par lʼAgence centrale des organismes de sécurité sociale, qui fédère le réseau des Urssaf chargé de la collecte des cotisations servant à financer les retraites et les dépenses maladies. Ces allègements de cotisations patronales ont été sévèrement critiqués par la Cour des Comptes, et les syndicats, très sceptiques sur leurs effets sur lʼemploi. Pierre Pirierros

dʼinterdire les rêves, notre rêve, le rêve dʼune société plus juste et plus humaine. A chacun sa part de rêve, le mien est celui de lʼavènement dʼune société enfin libérée de lʼexploitation capitaliste. Un rêve à venir, un rêve en forme de voeux de lutte pour une vie meilleure. Et si les rêve(o)lutions se font en chantant, sans être un doux rêveur, je fredonne déjà pour 2010 cette chanson : «je rêvais dʼun autre monde». * jʼai fait un rêve. Hervé Poly


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Social : Ça s’est passé en 2009 Aux Prud’hommes de Nanterre M N CJ

LA BATAILLE JURIDIQUE POUR LE RÉTABLISSEMENT DES DROITS DES MINEURS

Les anciens mineurs des Houillères du Nord-Pas-de-Calais, qui demandaient réparation pour leurs licenciements à la suite de grèves durement réprimées en 1948 et en1952, ont été déboutés, le 18 septembre dernier, par les prudʼhommes de Nanterre, leur action étant jugée “prescrite”. Dʼaprès le jugement, la loi dʼamnistie de 1981, qui réhabilitait les anciens mineurs, nʼa pas interrompu le délai de prescription fixé à 30 ans. Le conseil des prudʼhommes a donc jugé “irrecevable” lʼaction sur le fondement du caractère discriminatoire de la sanction imposée.

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AIS plus de soixante ans après les faits, et malgré une intervention de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour lʼégalité) en leur faveur, le conseil des prudʼhommes de Nanterre sʼen est tenu à une application stricte de la loi et a débouté les 17 demandeurs, dont certains, décédés, étaient représentés par leur famille. La partie adverse a-t-elle gagné ? Cʼest lʼÉtat à travers le successeur judiciaire de Charbonnages de France qui est concerné et lʼANGDM (Agence Nationale pour la garantie des droits des mineurs). Mais de petites procédures existaient pour alimenter ce quʼon savait déjà, cʼest-à-dire, faire traîner les choses, jouer la montre et ne donner aux mineurs grévistes que le minimum du minimum puisque ce “minimum” avait été couché sur le papier par une lettre de M. Michel Claudel, directeur des ressources humaines de CDF, au président de la Halde en date du 10 mai 2007. Et dans cette lettre, il était écrit, noir sur blanc, que des “solutions amiables et raisonnables sont à trouver auprès des requérants, compte tenu du contexte.” Voilà. Il a fallu toute la ténacité au bâtonnier Me Grimbach pour aboutir à une première audience à Nanterre en janvier 2008. Rétablissement des droits

Pour Norbert Gilmez (notre photo), infatigable à poursuivre la bataille juridique pour le rétablissement des droits, la lutte continue : “En 1981, dit-il, la CGT obtenait lʼexamen par le ministre du travail de 200 cas de mineurs sanctionnés en 1948 ; je nʼétais pas sur cette liste, je ne sais pas pourquoi... Mais une loi dʼamnistie était votée en août 1981.Ce fut déterminant pour la suite de cette bataille juridique.” Le conseil de pru-

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dʼhommes de Nanterre avait à statuer, sur lʼindemnisation de 60 000 euros réclamée par ces 17 mineurs, leurs familles et ayants-droit. Une brèche a été ouverte dans lʼhistoire contemporaine du droit social. Après lʼamnistie générale en 1981, la loi de finances de 2005 reconnaît le préjudice subi, la Halde prend le dossier en mains en 2007 ; tous ces éléments sont à prendre en compte. Ils le sont toujours. La lutte

continue sous dʼautres formes, une médiation est toujours prévue (jusquʼen février 2010). Les grévistes de 1948, les 17 mineurs, les veuves, leurs enfants, les ayants-droit, ont vécu et vivent des années entières de souffrances, de blessures morales et les plaies ne sont pas prêtes de se refermer. Après les grèves de 1948 dans tous les bassins miniers de France et principalement dans ceux du Nord et du

Pas-de-Calais, la répression fut féroce avec 3 000 licenciements et lʼimpossibilité pour ces derniers de retrouver du travail tant le réseau des Houillères transformait la situation de lʼemploi existant en poches dʼétanchéité insurmontable. Parmi eux, Georges Carbonnier, André Stérin, Alfred Baur, Henri Vigne, Norbert Gilmez, Daniel Amigo... Éviter lʼoubli, le réparer, la détermination des engagements des

mineurs et de leurs avocats prennent appui sur le combat collectif, politique, économique, humain. “Les mineurs ont dit non à la défaite et aux cendres”, ces paroles de Paul Éluard résonneront très fortement durant les grèves de 1948. Ce fut un tournant social dans un contexte politique très difficile, celui dit de la guerre froide. À partir dʼun tel espace, le monde de la mine est bouleversé. P.P. Photo Liberté 62

Norbert Gilmez interpelle André Flajolet, député UMP

UN COMBAT LÉGITIME POUR LA RÉHABILITATION DES GRÉVISTES DE 1948

I je fais partie des victimes de cette discrimination qui atteint les retraites minières depuis 2002, je suis aussi, hélas un des rares survivants des mineurs licenciés lors des grèves de 1948-52 qui attendent toujours justice et réparation par : - la condamnation des licenciements discriminatoires, illégaux, une réparation des dommages moraux subis par la situation de répression acharnée, prolongée

des dizaines dʼannées qui a atteint nos familles, - lʼapplication pleine et entière de la loi dʼamnistie dʼaoût 1981. Ce que nous avons vécu est impensable et je ne suis pas surpris si vous en ignorez au moins une bonne partie. Cʼest pourquoi je vous signale que sur les 17 licenciés (ou leurs veuves) 4 : Couchey, Van Hauwaert, Rebouillat, Gilmez étaient de Mazingarbe, 5 autres également du Pas-de-Calais : Carbonnier -

Stérin - Lebrun - Amigo Bouquegneau, donc une majorité du Pas-de-Calais sur 17 dans toute la France. Les 20 et 21 octobre , sʼest tenu à Grenay le 9ème congrès de lʼUnion syndicale des retraités CGT du Pas-de-Calais. Les délégués unanimes et avec force demandent que la loi dʼamnistie dʼaoût 1981 soit appliquée aux licenciés survivants des grèves de 1948-52 ou à leurs veuves et quʼelle le soit sans discrimination, dans toutes ses -4-

possibilités. Les délégués unanimes sʼindignent en outre de voir des nonagénaires, victimes de terrorisme dʼétat, être les seuls exclus de cette loi, alors que les généraux factueux ayant pris les armes contre la France en Algérie obtenaient dès novembre 1982 la réhabilitation, la réintégration dans les cadres au titre de la 2ème section une reconstitution de carrière. M. le Député, je fais appel à votre autorité, à votre responsabilité pour demander à Christine

Lagarde, ministre de lʼéconomie et des finances que notre situation soit enfin solutionnée avec justice et équité, que soient sanctionnés les licenciements, illégaux, discriminatoires et que la loi dʼamnistie dʼaoût 1981 nous soit enfin appliquée pleinement. Je ne vous demande pas dʼagir sans connaissance suffisante du dossier. Cʼest pourquoi je vous joins le fascicule sur la grève des mineurs de 1948 au colloque du 21 janvier 2009 à la Ricamarie.” (...) Liberté 62 n°894 - Le 31 Décembre 2009


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Solidarité

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MOBILISATIONS AU DÉPART DE LA «MARCHE POUR LA LIBERTÉ» POUR GAZA

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Le samedi 27 décembre 2008, débutait l'opération «Plomb durci» avec le bombardement par l'armée israélienne de la Bande de Gaza. Une agression militaire dont le «bilan» humain, côté palestinien, près d'un mois plus tard, au soir du 19 janvier 2009, s'élèvera à 1 400 morts et à plus de 5 200 blessés dont de nombreux blessés graves, du fait, en particulier, de l'utilisation d'armes non-conventionnelles par l'Etat d'Israël. N an plus tard, alors que le siège de Gaza n'a pas cessé, ce sont 15 citoyens du NordPas-de-Calais qui sont partis rejoindre 1 400 autres militants venus de 43 pays afin de participer à la «Marche pour la Liberté» qui doit converger à Gaza le soir du 31 décembre et dont le départ était prévu dimanche depuis Rafah, ville située en Egypte, à proximité du territoire palestinien. Plusieurs dizaines de manifestations organisées partout dans le monde

Parallèlement à cette initiative, dimanche 27 décembre, ce sont plusieurs dizaines de manifestations qui étaient organisées partout dans le monde pour commémorer le «samedi noir» marquant le début de l'agression militaire israélienne. Elles portaient un ensemble de revendications dont la levée du siège de Gaza, lʼapplication des droits nationaux du peuple palestinien ainsi que la mise en œuvre par le Conseil de Sécurité de lʼONU des recommandations du rapport de la mission du Conseil des Droits de lʼHomme menée par le juge Goldstone, rapport dénonçant les «crimes de guerre voire de crimes contre lʼhumanité» perpétrés par l'armée israëlienne pendant l'opération «Plomb durci».

Plus de 300 personnes dans les rues de Lille

Dans la région, deux rassemblements étaient programmés ce même jour, l'un à Arras, l'autre dans les rues de la préfecture du Nord. A Lille, ce sont plus de 300 personnes qui ont manifesté depuis le quartier de Wazemmes jusqu'à la place de la République. Cette manifestation a été clôturée par une intervention de Jean-François Larosière de l'Association France Palestine Solidarité (AFPS) du Nord-Pas-deCalais. Une pétition adressée à lʼAssemblée Générale des Nations unies, pour mettre en place un tribunal pénal international afin de juger les crimes de guerre israéliens, notamment à Gaza, peut être signée en ligne sur le site national de l'AFPS. Jérôme Skalski

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Entreprises GÉRARD MULLIEZ, EN TÊTE DES PLUS GROSSES FORTUNES DE FRANCE M N CJ

LE GROUPE “AUCHAN” LICENCIE 190 SALARIÉS CHEZ PIMKIE/DIRAMODE

La situation actuelle est le reflet général de lʼéconomie, les fermetures dʼentreprises concernent tous les secteurs dʼactivités et toutes les zones géographiques et pourtant la famille Mulliez conserve la première place des fortunes en France, dʼaprès un classement de la revue “Challenges”... Les résultats du premier semestre 2009 viennent de tomber et voilà quʼAuchan connaît un léger ralentissement ce qui nʼempêche nullement la dite famille Mulliez à faire de (bonnes) provisions dʼargent. Le cynisme est atteint lorsque le fondateur des magasins Auchan Gérard Mulliez en accordant une interview au journal économique “Les Échos” souligne comme élément à apprécier “LʼHomme”, une vision toute capitaliste puisque “lʼhomme sage est celui qui a prévu de faire des provisions pendant le temps de lʼabondance pour faire face à la pénurie.”

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E modèle proposé ne remet rien en cause et les quelques avancées sont à mettre sur le compte des mobilisations engagées et des négociations qui ont suivi, y compris dans le groupe Auchan, où être syndicaliste - et notamment à la CGT - nʼest pas un investissement pour lʼavenir. Les bénéfices des banques et des grandes entreprises du CAC 40 succèdent - invariablement - aux propos de communication du chef de lʼÉtat qui prend une imposture de sauveur tout en gardant une logique intrinsèque : maintenir le cap du libéralisme avec lʼinjonction de travailler le plus possible. Alors ? Cʼest dans ce même temps que les exigences de changement prennent de plus en plus de consistance avec tous les éléments majeurs du mouvement social. Tout le système capitaliste est en cause. Les mécontentements apparaissent de plus en plus au grand jour ; la croissance diminue, cʼest la récession des pays riches et les retombées directes dans lʼéconomie des pays émergents. Rien pour les salaires

Sarkozy intervient sans cesse à la télévision mais pour dire quoi ? Il ne veut pas de véritable plan de relance pour les salaires et pour lʼemploi. On connaît lʼorigine de la crise, elle est dans la matrice des richesses produites par le travail ; richesses qui sont allées prioritairement à la spéculation au lieu dʼaller aux salaires, à la recherche, à lʼéducation, à la production durable. Il nʼy a pas de véritables mesures, ni sur le Smic, ni sur le salaire des fonctionnaires, ni sur le maintien de lʼemploi dans la fonction publique. Et dans un élan humaniste, Gérard Mulliez de “critiquer” les banquiers “pris par lʼesprit de lucre qui ont gagné de lʼargent... Quand tout le monde tire la couverture à soi, elle craque.” (sic) Le contrôle des fonds publics versés aux entreprises est une exigence qui, en période de casse de lʼemploi, gagne du terrain et pas seulement chez les syndicalistes et les salariés concernés. Tout est à repenser et stigmatiser lʼargent contre lʼemploi et la vie des populations. La création dʼun pôle financier public permettrait un crédit sélectif pour aider les entreprises qui veulent produire en France, qui veuLiberté 62 n°894 - Le 31 Décembre 2009

lent jouer la qualification, le développement durable, les salaires au détriment des entreprises qui jouent le tout financier. Une réforme de la fiscalité, qui pénaliserait ceux qui jouent le spéculatif et favoriserait les entreprises qui jouent la production, serait la bienvenue. Or, quʼattend-on ? Le ministre du budget fait les yeux doux aux contribuables fraudeurs en leur donnant un sursis jusquʼau 31 décembre, cʼest-à-dire, en leur proposant une amnistie quasi générale. Lʼactivité du crédit est très insuffisante pour lʼemploi. À quoi jouent toutes ces banques ? La question se pose avec acuité, elle est récurrente. En desserrant lʼétreinte de la rentabilité financière, il est possible de développer la production, les sites et de créer des emplois, notamment. Le diagnostic de la crise, on le connaît. Pour les salariés, la sécurisation de la formation est un projet de société qui vient

en opposition au chômage et à la précarisation de lʼemploi. Mais pour Mulliez, la solution est toute trouvée : “si on veut que les hommes et les femmes soient plus efficaces, il faut que leurs intérêts coïncident avec leur devoir”, autrement dit, voyez pauvres smicards ce quʼil vous reste à faire ! Dans la même veine, Gérard Mulliez souligne avec modestie “Il faut arrêter de se faire peur” regardez-moi, je suis en tête des “Top 5” des familles les plus riches de France. Derrière suivent, Bernard Arnault, (originaire également du Nord) puis Liliane Betancourt et sa famille, Bernard Puech et la famille Hermès et la famille LouisDreyfus. Et puis toujours dans cet élan humaniste, (cʼest facile avec du fric) toujours dans lʼinterview des “Echos”, le fondateur du groupe Auchan avance ses billes “nous avons oublié la valeur sacrée de lʼargent ; si tout le monde revenait -7-

au bon sens, nous en sortirions vite de cette crise”. La famille Mulliez, elle, est à la tête des plus grosses fortunes du pays (15 milliards dʼeuros). Pimkie/Diramode : 190 licenciements

Depuis une bonne dizaine de jours, autour de lʼagglomération Roubaix/Tourcoing, les salariés de Pimkie/Diramode multiplient les mobilisations pour sʼopposer aux licenciements prononcés par la direction générale du groupe Auchan. De 1093 personnes en 2001, Diramode est passée à 640 personnes soit 41% des effectifs en moins ; pourtant les années 2006, 2007, 2008 ont été bénéficiaires avec des profits pour Mulliez, sa famille et son groupe, (rien que pour ce secteur) de plus de 43 millions dʼeuros. Dans le même temps, ce sont 190 licenciements qui sont programmés.

La fortune du groupe Mulliez était estimée à 9 300 millions dʼeuros en 2001 et à 18 360 millions dʼeuros en 2008, soit 98% dʼaugmentation. Le coût salarial et la participation chez Diramode sʼélévaient en 2001 à 26 millions dʼeuros et en 2008 à 19 millions dʼeuros, soit une baisse de 27%.

Les syndicats, CGT, FO, CFDT de Pimkie/Diramode demandent, donc, aux clientèles de lʼ”Association familiale Mulliez” de les soutenir, à savoir : Auchan, Simply-Market, Leroy-Merlin, Décathlon, Pimkie, Jules, Brice, Kiabi, Phildar, Cannelle, Tape à lʼoeil, Boulanger, Top office, Norauto, Midas, Tapis SaintMaclou, Cultura, 3 Suisses, Flunch, Pizza Paï, Amarine, Picwic, Zanaka... Pierre Pirierros


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PCF

HUMEUR

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ÉLECTIONS RÉGIONALES DU 14 MARS 2010

QUI TIRE LA COUVERTURE ?

A dernière réunion de la CALL (Communauté dʼAgglomération de Lens-Liévin) a vu une réaction des communes les plus petites contre la domination qui serait exercée par les plus grandes. Il y a quelque temps les élus communistes avaient déjà réagi en demandant que chaque ville qui compose la CALL soit considérée sur un même pied dʼégalité. Ainsi ce 18 décembre, le maire de Bénifontaine a-t-il demandé le report de lʼétude sur lʼaccessibilité des zones dʼactivités sur son territore considérant que celui-ci risque de perdre son identité rurale. Une demande qui a agacé Jean-Pierre Kucheida, président de la commission chargée du développement économique. De son côté, Didier Hiel, maire de Vendin-le-Vieil, affirma que désormais il faudrait compter sur ses propres priorités, une répartie qui provoqua quant à elle la colère de Michel Vancaille. À lʼoccasion de précédentes réunions de la CALL, les élus dʼautres petites communes comme Éleu, Givenchy, Loison se sont fait entendre sur le même registre, celui du respect et de la concertation. Et souvent avec la même réaction de dédain ou dʼagacement de la part des élus des principales villes de la communauté dʼagglomération, ce qui fait dire à certains, dans les couloirs, que ceux qui tirent la couverture à eux sont toujours les mêmes. Dans un autre registre, JeanClaude Danglot, sénateur PCF, a eu plus de chance, son courrier aux élus sur le manque de financement du Louvre-Lens par lʼÉtat, ayant suscité quelques réponses de la part de certains dʼentre eux. La plus significative étant celle de Jean-Pierre Kucheida, comportant quelques passages remarquables. Nous retiendrons dʼabord celui-ci : «Le Louvre-Lens doit se donner les moyens de ses ambitions. Les collectivités locales seront les principaux contributeurs, une donnée dont le sens et lʼampleur ont considérablement évolué au fur et à mesure que le Président de la République et son gouvernement ont révisé à la baisse la contribution de lʼÉtat à ce projet dʼavenir.» Cet argument sur la révision à la baisse de la contribution de lʼÉtat est totalement faux, les élus socialistes ayant accepté le projet sans contrepartie financière. Madame le sous-préfet lʼa dʼailleurs encore souligné début

LIBERCOURT

GILLES ROTH N'EST PLUS

C'est avec beaucoup d'émotion et de tristesse que ses amis et camarades ont rendu samedi un dernier hommage à Gilles Roth. Gilles était trésorier de la section de Libercourt du PCF et était un militant de tous les instants et de tous les combats. À Jeannine, son épouse et à ses enfants, la Fédération du Pasde-Calais du PCF, la section de Libercourt et Liberté 62 réitèrent leurs plus sincères condoléances.

décembre. La conclusion du courrier de Jean-Pierre Kucheida poursuit sur le même registre : «Vous redoutez que les promesses quʼelle comporte ne soient que trop rapidement hypothéquées. Je partage votre sentiment et je soutiens lʼinitiative que vous venez de mener auprès de M. Mitterrand». Non seulement Jean-Pierre Kucheida redoute maintenant les conséquences du non financement de lʼÉtat mais il sʼassocie à la demande de Jean-Claude Danglot auprès de Frédéric Mitterrand pour une révision de ce blocage financier. À défaut de tirer à lui la couverture, le maire de Liévin risque de se mettre dans de vilains draps, ses amis socialistes nʼayant pas tous changé de vision sur ce sujet. Jean-Michel Humez

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JACKY HÉNIN A ÉTÉ DÉSIGNÉ TÊTE DE LISTE POUR LE PAS-DE-CALAIS

ES membres du Comité départemental du Pas-deréunis le Calais, 22 décembre ont désigné Jacky Hénin, comme tête de liste du Pas-de-Calais pour les élections régionales du 14 mars 2010. Après Alain Bocquet, désigné comme tête de liste régionale, la désignation de Jacky Hénin poursuit le processus dʼélaboration de la liste concernant le Pas-deCalais. La prochaine étape se situe le 7 février, date à laquelle le comité départemental aura à se prononcer sur lʼensemble des membres qui composeront la liste. Celle-ci sera ensuite soumise à lʼavis des sections (candidatures émanant du PCF). La présentation des listes du Nord et du Pas-de-Calais à la presse aura lieu le samedi 16 janvier. En

attendant la campagne électorale se poursuit et un deuxième tract est disponible à la fédération. Il

sʼagit aussi rapidement dʼélargir le comité de soutien à la liste conduite par Alain Bocquet.

ALLIER : LE FRONT DE GAUCHE, C’EST PARTI !

A lʼorigine, ce devait être une réunion publique organisée par le PCF pour poser les premières pierres de la campagne. A lʼarrivée ce fut un très beau meeting rassemblant bien sûr des membres du PCF mais aussi des membres du Parti de Gauche, de la Gauche Unitaire, des sympathisants socialistes et écologistes, des actrices et des acteurs du mouvement social.

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U centre culturel de Cosne dʼAllier, ce 21 décembre, la campagne nʼest pas encore lancée que la salle prédit déjà un très bon résultat pour la liste du Front de Gauche dans cette belle région dʼAuvergne. Il faut bien dire que lʼambiance est à la détermination, au rassemblement dʼune gauche combative. A la tribune, on retrouve nombre dʼélus et de candidats unis, parmi lesquels Jean-Paul Dufregne, président du Conseil Général, et Luc Bourduge tête de liste du département. Tous

deux parleront de lʼimportance du rassemblement qui se matérialise dans la liste du Front de Gauche. Ce rassemblement, André Chassaigne, tête de liste de la région Auvergne, y tient comme à la prunelle de ses yeux. Avant de prendre la parole, il décide de céder sa place à une jeune candidate Maïté, 25 ans et membre de la Gauche Unitaire. Depuis 2005, depuis cette formidable bataille quʼelle a menée contre le traité constitutionnel européen, Maïté est -8-

convaincue de lʼimportance de lʼintervention populaire pour gagner de grandes batailles politiques. Elle dira sa volonté de mener une campagne populaire, une campagne qui mobilise les citoyennes et les citoyens. Un membre du parti de gauche et un syndicaliste seront également invités à prendre la parole pour nous dire le sens du combat quʼils portent au sein de cette belle liste du Front de Gauche. André Chassaigne et Marie-George

Buffet clôtureront ce beau meeting en appelant à lʼaudace et à lʼambition, pointant les échecs de la politique du gouvernement et multipliant les propositions dans tous les domaines, pour lʼemploi, lʼindustrie, les services publics, lʼagriculture, lʼenvironnement... Avec un but en tête, une obsession dira André Chassaigne : faire de lʼAuvergne un pôle de résistance à la droite et dʼinitiative pour promouvoir dʼautres logiques pour les habitantes et les habitants de la région. Liberté 62 n°894 - Le 31 Décembre 2009


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Calais EN BREF

VŒUX DE LA SECTION DU PCF JEUDI 14 JANVIER À 18H30 SALLE PAUL CARON, RUE MARGUERITTE (CAILLOUX)

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VOTE DES ADHÉRENTS POUR LES RÉGIONALES SAMEDI 9 JANVIER DE 8H À 11H30 AU SIÈGE DE LA SECTION ● APPEL AU C.S.A... Après plusieurs courriers ces derniers mois à la direction de la TV locale de Calais (devenue d’agglomération) et signalant de fréquents manquements au pluralisme de l’information, les élus communales ont saisi le président du conseil supérieur de l’audiovisuel. Multiples exemples à l’appui sur les émissions diffusées ces derniers mois... Nul doute que le CSA tiendra à se faire respecter à quelques semaines des Régionales !

▼ Avec près de 500.000 euros dépensés pour les Fêtes de fin d’année, on aura noté l’aménagement en crèche (et sonorisé !) de la place du Soldat Inconnu avec les deniers publics.

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EXPO YAB :

UN SCANDALE FINANCIER

N ne résiste pas à vous faire partager le «Dessous sans dentelles» paru dans «La Voix du Nord» du 11 décembre. Il y est question de lʼexpo YAB et surtout de lʼimmense gâchis qui lʼentoure. Photo à lʼappui, le journal montre, en effet, une partie des 800.000 plaquettes non distribuées qui attendent patiemment, enfermées dans des cartons, de connaître leur avenir. Rappelons, pour la petite histoire, que la municipalité dans son grand délire environnemental avait fait imprimer deux millions de plaquettes. Non, vous ne rêvez pas ! 2 millions de plaquettes qui ont été envoyées dans toutes les mairies de France (vous pensez si un

Suite à une brève parue dans notre édition du 13 novembre dernier, les journalistes de Calaisis TV (télévision locale) ont demandé un droit de réponse que nous publions ci-dessous : «À la suite de lʼarticle paru dans les colonnes de Liberté 62, le 13 novembre 2009, à propos de Calaisis TV, la chaîne locale de lʼagglomération de Calais, les journalistes de la chaîne injustement mis en cause par un rédacteur anonyme expriment ici le refus de telles pratiques qui relèvent dʼun autre temps.

DROIT DE RÉPONSE

▼ Pas de petit jésus Bouchart pour empêcher la fermeture de l’historique usine de Dentelles Brunet au Beau Marais ! On est loin de la promesse de la création de milliers d’emplois !

habitant de Marseille ou de Grenoble allait faire toute cette route pour voir une expo de photos...) mais égalemnt en Angleterre, Belgique, Allemagne... Insuffisant toutefois pour épuiser le stock abracadabrantesque... On comprend pourquoi Natacha Bouchart affirmait, à lʼheure du bilan, que 70.000 personnes avaient vu lʼexpo. Un chiffre tout droit sorti de son imagination bien sûr mais faut bien justifier les dépenses engendrées. Au fait si vous avez une cheminée, vous devriez faire un saut en mairie, allez savoir, Natacha accepterait peut être de donner le rebus pour allumer votre flambée. Et là pour le coup vous verriez vraiment vos impôts partir en fumée.

Calaisis TV rend compte chaque jour, du lundi au vendredi, de lʼactualité de Calais et de son territoire. Les reportages concernent tous les événements de la vie locale et sont réalisés avec les moyens de la chaîne en «reconstruction». Nous respectons le pluralisme et donnons la parole à lʼensemble des organisations sociales ou politiques. Notre antenne est ouverte à tous : élus politiques, représentants socio-économiques, acteurs de la vie culturelle et sportive... Les habitants de la cité font leur télé.»

LE DESSIN DE LA SEMAINE VU PAR BABOUSE

▼ La convention financière de l’opération de renouvellement urbain sur Calais a été validée le 9 octobre 2006. Depuis les opérations menées par l’OPH s’enchaînent. Même chose pour les 64 logements en construction, hors site, actuellement rue Mollien avec une forte valorisation environnementale. En bientôt deux ans, la nouvelle municipalité et l’OPH n’ont encore engagé aucun nouveau projet. Liberté 62 n°894 - Le 31 Décembre 2009

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Monde ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES EN CROATIE M N CJ

LA CROATIE DEVIENDRA-T-ELLE LE 28e ÉTAT DE L’UNION EUROPÉENNE ?

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Le 1er tour des élections présidentielles en Croatie a eu lieu le 27 décembre. Un second tour aura lieu le 10 janvier pour départager les deux candidats arrivés en tête, le social-démocrate Ivo Josipovic (32,44% des voix) et Milan Bandic (14,84%) maire de Zagreb, candidat indépendant, exclu du parti social démocrate pour avoir présenté sa candidature. ES médias occidentaux, reprenant les informations des agences de presse semblaient peu intéressés par cette élection : «un social-démocrate et un indépendant au second tour». Un centre gauche succéderait ainsi à Stepa Mesic, du parti populaire croate, un centre droit. En quelque sorte, on a affaire à une élection banale de type occidental : alternance contre centre gauche et centre droit, ce qui classe la Croatie dans les pays occidentaux «démocratiques dʼÉtat de droit». Ce désintérêt est curieux alors que la Croatie a été un des éléments clef des guerres yougoslaves qui ont été lʼévénement marquant de la dernière décennie du XXe siècle et alors que la Croatie devrait être le prochain pays adhérent à lʼUnion européenne. Lʼadhésion à lʼUnion européenne a dʼailleurs été le seul point commun des promesses des douze candidats qui se présentaient au suffrage des électeurs et qui leur servait de programme électoral. Cette adhésion devrait être concrétisées dʼici 2012... si les slovènes nʼy font pas obstacle, si les Français acceptent par référendum cette adhésion (prévue désormais par la constitution pour toute nouvelle adhésion) et si les Croates satisfont aux critères dʼadhésion de lʼUnion européenne. Les élections présidentielles : les résultats

Douze candidats se présentaient à lʼélection, une élection qui a divisé les partis politiques. Ainsi Ivo Josipovic, donné en tête par les sondages, a été choisi majoritairement par les militants du parti social-démocrate : mais Milan Bandic, maire de Zagreg, dissident pour cette élection était aussi social-démocrate. Le 3e candidat concurrent Nadam Vidosovic, président de la chambre économique du pays, candidat indépendant, est lui dissident du parti de droite nationaliste, le HDZ (communauté démocratique croate) se présentant contre le candidat officiel de ce parti Andrija Hebrang. Ces divisions montrent quʼil y a, en vérité, peu de différences politiques entre les candidats. La différence porte sur des accusations ou des soupçons de corruption, touchant les candidats ou leur entourage. Ivo Josipovic auroit été le seul candidat «propre». Ni lʼOSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) qui nʼa pas envoyé dʼobservateurs pour contrôler les élections, ni lʼunion européenne nʼont contesté le déroulement des élections et les résultats qui seraient donc indiscutables. On peut cependant se poser quelques questions. La constitution de 1991 définit la Liberté 62 n°894 - Le 31 Décembre 2009

liards de dollars en 2008 portée à 40 milliards en 2009 soit plus de 87% du PIB mène une politique dʼaustérité : les salaires des fonctionnaires ont été gelés, des emplois publics supprimés, toutes les dépenses publiques en régression. Lʼéconomie est tributaire des investissements directs étrangers notamment allemands, qui dès avant lʼindépendance avaient été introduits. Avec lʼindépendance et la fin du système socialiste autogestionnaire yougoslave, les politiques de privatisations ont subordonné lʼéconomie croate à lʼéconomie allemande. Lʼéconomie croate, outre ses difficultés propres, subit donc les contrecoups des difficultés de lʼéconomie allemande. Les rapports entre la Croatie et lʼUnion européenne

Ivo Josipovic Croatie comme «État national tous les Croates et des autres» (la constitution au temps de la Yougoslavie définissait la Croatie «État des Croates, des Serbes et autres nationalistes»). En vertu de cet article, tous les Croates vivant en dehors de la Croatie sont appelés à voter, y compris les plus nombreux, les Croates de la «fédération croatomusulmane», citoyens de la Bosnie Herzégovine représentent près de 17% des 3,7 millions dʼhabitants de ce pays. Ansi en Croatie qui compte 4,4 millions dʼhabitants, 4,4 millions dʼélecteurs étaient appelés à voter. Les électeurs de lʼextérieur qui sont plus nationalistes font pencher les résultats à droite. Les autres nationalistes (20 au total) dont les Serbes (4,5% alors quʼils étaient plus de 12% avant 1991) fait pencher les résultats plus à gauche. Il nʼest pas sûr que cette situation ne favorise pas les fraudes électorales. Bien quʼayant obtenu 32,44% des voix, Ivo Josipovic nʼest pas sûr dʼêtre élu le 10 janvier prochain, le taux de participation nʼayant été que de 34%. Au deuxième tour, Ivo Josipovic est opposé à Milan Bandic. Que vont faire les électeurs de droite qui ont le choix entre deux électeurs de gauche ? La Croatie est une république parlementaire. Actuellement le gouvernement est issu de la majorité parlementaire, issue des élections législatives remportées par le HDZ, communauté démocratie croate (scrutin législatif tous les quatre ans) en 2003, juin 2007. Le Président (élu tous les cinq ans, la constitution limitant à deux les mandats présidentiels) a cependant dʼimportants pouvoirs :

il dirigea les forces armées, dirigea la politique extérieure et nomme les dirigeants des services de renseignement. Après la proclamation de lʼindépendance, le président Franjo Tudjman a gouverné de manière autoritaire, son parti le HDZ ayant également la majorité au Parlement. Slipe Mesic qui lui a succédé nʼavait pas les mêmes conditions politiques, dʼautant que certains amendements constitutionnels de 2000 accroissent les pouvoirs du Parlement. Dans la mesure où le Président et le gouvernement ont les mêmes orientations en politique extérieure (adhésion à lʼUE, politique prooccidentale), il ne saurait y avoir de conflit. Les motivations des électeurs

Le faible taux de participation à lʼélection témoigne dʼun certain rejet de lʼélectorat envers la classe politique et de lʼabsence dʼillusion sur une véritable alternative. Au demeurant, les Croates semblent désormais éloignés des grands discours nationalistes. Leurs préoccupations prioritaires portent sur leurs conditions de vie. La Croatie est touchée par la crise économique mondiale et frappée par une grave récession. Le secteur industriel est particulièrement touché. Le gouvernement poursuit sa politique de privatisations. Les acieries et chantiers navals devraient ainsi perdre des milliers dʼemplois. Le chômage ne cesse dʼaugmenter : plus de 16% de la population active en novembre 2009 alors quʼil nʼétait que de 8% en 2008. Face à cette situation, le gouvernement qui doit aussi supporter une dette antérieure de 37 mil- 15 -

Les sécessions de la Slovénie et surtout de la Croatie en 1991 dʼavec la République fédérative de Yougoslavie ont été soutenues voire inspirées par lʼAllemagne et le Vatican. Poussée par les grandes sociétés (Siemens notamment) lʼAllemagne incite des dirigeants croates, nationalistes voire racistes comme F. Tirdymen mais aussi des communistes dits réformateurs à se séparer de la Yougoslavie. En même temps, lʼAllemagne vend des armes aux Croates. Lʼégise catholique pousse également à la sécession dʼune Yougoslavie en majorité orthodoxe. En 1991, lʼindépendance de la Croatie est proclamée et les milices croates pourchassent et tuent les minorités nationales en Croatie, notamment les Serbes qui, majoritaires en Krajina, proclament la République autonome de Krajina. Des affrontements ont lieu également en Slovénie orientale peuplée en majorité de Serbes. Lʼarmée nationale Yougoslave intervient alors contre lʼarmée croate qui est en difficulté. Cʼest alors que lʼUnion européenne et les États-Unis reconnaissent la Croatie, comme état indépendant en janvier 1992. LʼONU intervient pour faire cesser les combats. Lors des conflits en Bosnie Herzégovine où la JNA nʼintervient pas, lʼarmée croate combat les Musulmans, notamment dans la ville de Mostar... La Croatie fait la paix avec les Musulmans en 1994, alors que les forces de lʼOTAN interviennent en Bosnie. En août 1995, la Croatie lance lʼopération tempête en Krajina, commettant des atrocités, brûlant, pillant et tuant de nombreux civils. De nombreux serbes fuient la Krojina pour se réfugier en Serbie. En août 1995, sont signés les accords de Dayten qui entérinent donc lʼindépendance de la Croatie, la séparation de la Bosnie en deux entités. La Slovénie orientale sera rétrocédée à la Croatie par le

représentant de lʼONU, cʼest à dire de lʼOTAN en 1998. La Croatie moderne est certes le résultat dʼune guerre civile yougoslave mais où les pays de lʼOTAN ont poussé les feux du nationalisme pour mieux sʼinstaller dans les Balkans. La Croatie indépendante de 1991 semble ressusciter lʼÉtat indépendant pro-nazi de 1941 du nationaliste Ante Palavic chef des Oustachis puisquʼelle adopte le même drapeau, le même monnaie la kuna qui remplace de dinar yougoslave et diffuse la même haine raciste. Dix ans plus tard, la Croatie estelle guérie de ses démons nationalistes ? Pour lʼunion européenne, cela ne semble guère faire de doute. Ainsi elle a accepté de livrer quelques officiers du TPY (Tribunal pénal pour lʼexYougoslavie) dont en 2001-2002, le général Ante Gotovina malgré lʼopposition des anciens combattants. Le TPY qui semble plus clément et plus discret à lʼégard des prévenus croates quʼà lʼégard des prévenus serbes. Le 21 février 2003, la Croatie a déposé sa candidature à lʼUnion européenne, acceptant ainsi dʼaliéner une partie de sa souveraineté, à lʼUE, ce quʼelle refusait à la Fédération yougoslave socialiste il est vrai... En octobre 2004, était signé avec lʼUnion européenne lʼaccord de stabilité et dʼassociation ouvrant la voie au processus dʼadhésion. Cette année, le processus dʼadhésion a été remis en cause par la Slovénie sur un différend de frontière terrestre et maritime. Lʼopposition slovène a été levée, ce qui a permis aux élections présidentielles de se dérouler sous les auspices de lʼUnion européenne. Pour autant, lʼadhésion est-elle en bonne voie ? Les Slovènes émettent à nouveau des réserves sur dʼautres secteurs, en particulier celui de la pêche. Par ailleurs, en Croatie même la perspective dʼadhésion ne suscite guère dʼengouement. La population craint de plus grands sacrifices économiques. Et même lʼéglise catholique émet des réserves à propos des positions supposées sur lʼavortement. Mais la Croatie est entrée dans lʼOTAN en avril 2009. Le pays offre une large façade maritime sur lʼAdriatique et pourrait devenir au sein de lʼOTAN, le gendarme de lʼAdriatique contrôlant tous les échanges et trafics entre les Balkans et lʼItalie. Dans cette perspective lʼadhésion de la Croatie à lʼUnion européenne serait pour une UE arrimée à lʼOTAN une nécessité pour le contrôle entier des Balkans, dʼautant que la Serbie en tant que candidate à lʼadhésion, vient de signer lʼaccord de stabilité et dʼassociation.


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