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Les changements climatiques : notion d’équité et de justice climatique. Le cas de l’Afrique. Amadou C. KANOUTE Directeur exécutif CICODEV Afrique Tél : +221 77 529 66 62

Email : .kanoute@cicodev.org ; @yahoo.com

Effet de serre et Réchauffement climatique

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Lorsque les rayons infrarouges émis par le soleil atteignent la terre, une partie est absorbée et l’autre partie est renvoyée vers l’espace. L’effet de serre désigne le fait que certains gaz présents dans l’atmosphère terrestre « capturent » les rayons du soleil, les empêchant de repartir. L’effet de serre est donc un phénomène naturel. Il a d’ailleurs contribué à l’épanouissement de la vie sur notre planète. Sans effet de serre, la température terrestre serait d’environ -18°C, contre une moyenne actuelle de 15°C.

L’effet de serre est donc un phénomène naturel… qui crée un réchauffement climatique. Le problème c’est plutôt son amplification artificielle provoquée par l’homme depuis deux siècles qui risque d’avoir des conséquences irréparables sur l’environnement ; comme l’extinction d’espèces, la multiplication de catastrophes naturelles, etc. Quels sont ces gaz dits « gaz à effet de serre ». Le protocole de Kyoto recense six gaz qui sont considérés comme la cause du réchauffement climatique de ces cinquante dernières années. - Le dioxyde de carbone (Co2) essentiellement produit par la combustion des énergies fossiles : le charbon, le pétrole, le gaz. Les secteurs des transports, du bâtiment et de l’industrie sont les principaux émetteurs de Co2. - Le méthane provient des activités agricoles, de l’élevage, des ruminants, du riz, et des décharges d’ordures. 1


- Le protoxyde d’azote vient de certains engrais - Trois gaz fluorés qui sont essentiellement les gaz réfrigérants utilisés par les climatiseurs. Le sommet de Copenhague: les enjeux et les acteurs en présence Pour éviter tout changement climatique irréversible et dangereux, la hausse des températures mondiales ne doit pas dépasser 2°C. Pour ne pas atteindre ce seuil, il est demandé aux pays industrialisés de prendre des engagements contraignants de réduire dès 2020 leurs émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40% par rapport au niveau enregistré en 1990.

Les offres des acteurs : - Les Etats Unis : 17% de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 par rapport au niveau de 2005. Les Etats unis ne souhaitent pas un cadre contraignant. - Le G77 ou groupe des 77 est un groupement de pays en développement créé en 1964. Aujourd’hui le groupe compte 130 pays dont le Sénégal, l’Afrique du Sud, l’Inde, le Brésil, la Chine. Le G77 – dont la majeure partie des pays membres ; surtout les pays dits condamnés comme les petites îles ; se considère comme victimes- exige des pays industrialisés la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre à au moins 40% pour 2020, par rapport à 1990 et refuse toutefois de se faire imposer une cible par la communauté internationale. Tel est le cas de la Chine, qui par exemple mène des actions ambitieuses sur son territoire pour réduire ses émissions mais refuse l’imposition d’une cible. Le G77 soutient par ailleurs que la maîtrise des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial ne pourra se faire sans transferts financiers et technologiques des pays riches -qu’ils désignent comme les pollueurs donc premiers responsables du réchauffement climatique- pour les aider à s’adapter aux changements climatiques. - L’’Union Européenne a déjà fait savoir qu’elle s’engagerait à réduire ses propres émissions de 20 % d’ici 2020, voire 30 % si un accord international est conclu. - Le Canada, la Russie, l’Australie se disent opposés à tout accord contraignant pour les pays industrialisés dans un avenir proche. 2


On le voit les offres sont bien en deçà des exigences de la situation. Les divergences entre le Nord et le Sud se sont durcies, et les pays émergents ne veulent pas devenir les boucs émissaires de puissances occidentales, toujours très polluantes. Les pays riches produisent 80% des Co2. Après tout, se disent les pays émergents, les pays riches se sont développés en brûlant des énergies fossiles. Pourquoi les pays du Sud se priveraient-ils d’en faire autant?

Concrètement si les températures mondiales dépassaient 2°C, qu’est ce que cela voudra dire pour l’Afrique ? 1. Plus de 300 million de personnes vivant en Afrique souffrent déjà de la pénurie d’eau. La Commission sur le Développement durable prévient que les zones manquant d’eau en Afrique sub-saharienne augmenteront d’un tiers en 2050. (PNUE 2006). 2. De 1972 à 2007 (soit sur quelques 35 ans) le lac Tchad qui était l’un des 6 plus grands lacs du monde s’est rétréci de 90% du fait des sécheresses persistantes et de l’irrigation. (PNUE 2008). 3. 21 des 37 pays que la FAO a identifiés comme victimes de crise alimentaires sont en Afrique. Il est prévu que la hausse des températures due au réchauffement climatique entrainera des pertes de récoltes dans certains pays de quelque 50% en 2020. (FAO) 4. 40% de la population en Afrique de l’ouest vit dans les villes côtières comme Lagos et ce nombre est en augmentation. La montée du niveau de la mer causera de grands dégâts aux infrastructures et l’agriculture des pays côtiers. Il est estimé que le coût de l’adaptation pourrait atteindre 5 à 10% du produit intérieur brut du pays. (Hewawasam, I., 2002: Managing the marine and coastal environment of sub-Saharan Africa: strategic directions for sustainable development. World Bank, Washington, 5. Une étude de 141 espèces dans les parcs nationaux en Afrique montre que 10 à 40% sont des espèces en danger ou pourraient disparaitre en 2080. (Thuiller,W., O. Broennimann, G. Hughes, J.R.M.Alkemade, G.F.Midgley and F. Corsi, 2006:Vulnerability of African mammals to anthropogenic climate change under conservative land transformation assumptions. Glob. Change Biol., 12, 424-440.) 3


6. Plus de

180 million de personnes en Afrique sub-saharienne pourraient mourir des effets des changements climatiques à la fin du siècle selon une étude de Christian Aid. (Christian Aid, The Climate of Poverty: Facts, fears and hopes, May 2006) 7. Une hausse de 2 degré Celsius des températures mondiales pourrait entrainer un changement dans la distribution et le nombre des moustiques et exposerait quelque 40 à 60 million de plus à la malaria en Afrique. Voila le lot de l’Afrique si les émissions de gaz à effet de serre produits à 80% par les pays industrialisés ne sont pas maîtrisées. Selon l’Agence Internationale de l’énergie, les émissions de CO2 de l’Afrique ne représentaient que 0,9 tonnes par habitant en 2001, tandis que le citoyen américain émettait 20,2 tonnes. Cela campe bien le thème de votre session « LES CLIMATIQUES : NOTION D’EQUITE ET DE JUSTICE CLIMATIQUE ».

CHANGEMENTS

Alors que faire : que peuvent faire les associations citoyennes de jeunes. Quelques axes stratégiques devraient guider nos actions :

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Renforcer et amplifier la bataille pour la mitigation. Il s’agit d’appuyer le plaidoyer des pays en développement dans les négociations de Copenhague en exigeant des pays industrialisés de: 1. Réduire leurs émissions de gaz à effet de serre dans les domaines du transport, de l’agriculture et de l’industrie. Savez vous que si les Etats Unis avaient accepté de réduire leur consommation de pétrole en changeant les carburateurs et cylindre de leurs voitures, ils auraient fait l’économie de la guerre de l’Iraq.

Donc il s’agit tout simplement de faire des économies dans leur consommation d’’énergie fossiles : pétrole, charbon et gaz.

2. D’investir dans les énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydroélectricité) 4


3. De promouvoir l’efficience énergétique dans le secteur du bâtiment, en minimisant au maximum la consommation d’électricité à base d’énergie fossile (climatisation, ampoule électrique à basse consommation, etc.) Le futur est gros de risques d’instabilité sociale et politique si ces pays n’acceptent pas de renverser leur mode de production et de consommation.

- Faciliter l’adaptation des pays en développement aux effets des changements climatiques Il s’agit pour les pays industrialisés de : 1. financer les pays en développement dans les domaines porteurs de développement durable : faire face aux catastrophes naturelles, énergies renouvelables, agriculture durable, accès à l’eau, à la santé, etc. 2. d’assurer les transferts de technologie appropriée à ce développement durable notamment pour la formation et création d’emploi.

Lutter contre les changements climatiques et lutter contre la pauvreté ne sont pas antinomiques et peuvent se mener de pair. Les travaux publics et les programmes privés peuvent créer de l’emploi et nous aider à nous préparer à faire face aux effets des changements climatiques. Le programme « Travailler pour l’eau » en Afrique du Sud a créé des emplois pour quelque 25 000 personnes qui ont enlevé les mauvaises herbes qui avaient envahi les cours d’eau du pays. (FAO, The State of Food and Agriculture: Paying Farmers for Environmental Services (Rome: 2007) Le Kenya a l’un des plus grands marchés de panneaux solaires du monde avec quelque 200 000 systèmes vendus depuis les années 1980. Les entreprises d’importation et d’installation créent des emplois. Un projet communautaire dans l’un des plus grands bidonvilles de Nairobi a employé de nombreux jeunes qui ont construit des panneaux solaires qui sont demandés dans tout le Kenya aujourd’hui. Des milliers d’emplois 5


similaires émergent dans plusieurs autres pays en ce moment. (Green Jobs: Towards Decent Work in a Sustainable, Low-Carbon World, UNEP/ILO/IOE/ITUC, September 2008)

Que faire au plan local? Il faut convient de souligner ces actions ne peuvent porter de fruits si elles ne sont pas complétées par nos propres actions au plan local. Quelques axes stratégiques pour nos organisations et nos gouvernants : - construire ou maintenir les « puits de carbone » : un puits de carbone est un réservoir naturel ou artificiel qui absorbe le dioxyde de carbone (Co2) de l’atmosphère et contribue donc à limiter le réchauffement climatique. Les principaux puits de carbone sont les forêts, les sols, les océans. En Afrique de l’ouest la majorité des forêts sont en voie de disparition. Il nous faut nous impliquer dans les opérations de reboisement comme celle de la Grande muraille verte car cette initiative permet de résorber le Co2. Nous devons appuyer les pays du Bassin du Congo à maintenir leurs forêts qui sont le 2è poumon vert et réservoir de Co2 du monde après l’Amazonie. - Promouvoir les énergies renouvelables : l’Afrique regorge des sources d’énergies renouvelables : le soleil, l’eau, le vent. Nos organisations doivent mettre la pression sur nos gouvernants afin qu’ils définissent et adoptent et mettent des politiques énergétiques qui favorisent les énergies renouvelables en renversant les flux d’investissement dans le secteur d’électricité. Le Mali et la Côte d’ivoire ont réduit respectivement leur dépendance des énergies fossiles de 60 et 45% entre l’an 2000 et 2009 en augmentant leur production d’électricité hydraulique. Ceci a permis de rendre leur cout de leur électricité trois et deux fois moins cher pour leurs citoyens les plus défavorisés. Le Sénégal en est sur la même période à une réduction de 22% de leur dépendance énergétique du pétrole. L’Ile Maurice a décidé depuis les années 90 de réduire sa dépendance du pétrole en subventionnant tous les ménages qui acceptent de recourir à l’énergie solaire pour couvrir une partie de leurs besoins d’électricité domestique. 6


CICODEV Afrique a fait cette recommandation au Gouvernement du Sénégal et à la Commission de Régulation du Secteur de l’électricité de privilégier l’investissement dans les énergies renouvelables pour faire face aux besoins de ses citoyens mais aussi pour un accès durable à l’énergie. - Réduire notre pollution dûe au transport. Les villes comme Dakar , Lagos, Accra , Johannesburg étouffent aujourd’hui. L’Afrique du Sud est le 14è émetteur de Co2 du monde. 61% des 0,9 tonnes de Co2 par habitant émis en Afrique en 2001 sont le fait de la seule Afrique du Sud.

Nos associations doivent promouvoir les modes transports plus collectifs (train, bus, tramways, voies fluviales et maritimes, etc.) et nous battre contre les modes de transport qui sont voraces en pétrole surtout quand des voitures de seconde main qui ont atteint leur limite de vie en Europe nous sont envoyées à la fin de leur cycle de vie. Je vous remercie de votre attention. i

Eléments tirés du dossier Sommet de Copenhague du journal Le Quotidien du 9 décembre 2009 page 13.

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Les changements climatiques : notion d’équité et de justice climatique. Le cas de l’Afrique.