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LIVRE BLANC

RÉINVENTER LA SANTÉ INTELLIGENCE AUGMENTÉE ET INNOVATIONS

INNOVE

ACTION 2018


COMITÉ ORGANISATEUR

MOT DU PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL

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INNOVE‑ACTION 2018, UN VECTEUR DE MOBILISATION!

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DES ÉCHANGES ET DÉBATS SUR L’INNOVATION ET L’HUMAIN

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Anne Brunet, gestionnaire de projet, CRCHUM Carole Jabet, directrice adjointe, CRCHUM Mireille Chalifour, chargée de projets, direction de la recherche, CHUM Isabelle Lavigne, conseillère cadre en communication, Direction des communications et de l’accès à l’information, CHUM Kim Pontbriand, agente administrative, CRCHUM 65 bénévoles Toutes les équipes du CHUM

LIVRE BLANC ÉDITEUR :

CHUM

RÉDACTION :

Kathy Malas

COORDINATION DE PRODUCTION : MONTAGE GRAPHIQUE :

Isabelle Lavigne

Diane Héroux

COLLABORATEURS : Fabrice Brunet, Carole Jabet, Anne Brunet et l’équipe de la Direction des communications et de l’accès à l’information

Des membres de l’équipe des bénévoles qui ont soutenu avec brio cette première édition de Innove-Action.

CONFÉRENCES SCIENTIFIQUES LES CONNAISSANCES AU CŒUR DE LA TRANSFORMATION

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VITALITÉ CRÉATIVE ET INNOVANTE DES ÉQUIPES DU CHUM

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ZOOM SUR LES INNOVATIONS DES PARTENAIRES DE L’ÉCOSYSTÈME DU CHUM

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INFLUENCE INFIRMIÈRE UN RETOUR SUR LA JOURNÉE DES INFIRMIÈRES

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Sauf pour les infirmières, le masculin est utilisé dans les textes afin de faciliter la lecture, et désigne aussi bien les hommes que les femmes. Les articles du LIVRE BLANC peuvent être reproduits sans autorisation, avec mention de la source. Les photos ne peuvent pas être utilisées sans autorisation. ISBN 978-2-89528-128-3 LIVRE BLANC-INNOVE-ACTION 2018 (livre numérique) DISPONIBLE SUR LE WEB : www.chumontreal.qc.ca L’EXCELLENCE AU SERVICE DE NOS PATIENTS ET DE LA POPULATION  Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal est un hôpital innovant au service des patients. Il offre les meilleurs soins, spécialisés et surspécialisés, aux patients et à toute la population québécoise. Grâce à ses expertises uniques et ses innovations, il améliore la santé de la population adulte et vieillissante. Hôpital universitaire affilié à l’Université de Montréal, le CHUM a une vocation de soins, de recherche, d’enseignement, de promotion de la santé ainsi que d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé.  Le CHUM est affilié à l’Université de Montréal et membre actif du Réseau universitaire intégré de santé (RUIS). www.umontreal.ca CENTRE HOSPITALIER DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL 1051, rue Sanguinet, Montréal (Québec) H2X 3E4 CENTRE DE RECHERCHE DU CHUM 900, rue Saint-Denis, pavillon R, Montréal (Québec) H2X 0A9 UN SEUL NUMÉRO DE TÉLÉPHONE : 514 890-8000

CONCLUSION 38 REMERCIEMENTS 39


MOT DU PRÉSIDENTDIRECTEUR GÉNÉRAL Le système de santé fait face à des défis majeurs et doit se transformer pour offrir les meilleurs soins et services de santé durant la trajectoire de vie de la population. Les besoins et la demande de tous les intervenants du système de santé ont changé dans les dernières années. Ces changements évoluent de façon exponentielle alors que le système de santé demeure basé sur un modèle conçu dans les années 1970. De plus, l’accélération des besoins de la population (p. ex. : maladies chroniques, complexité, vieillissement) et les avancées scientifiques ont nécessité l’introduction d’un nouveau modèle d’organisation agile pour les hôpitaux et le système de santé. Cette agilité permet aux établissements de s’adapter continuellement grâce à des équipes d’accompagnement dynamique du changement. En outre, l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) vient amplifier et accélérer la transformation du système de santé dans tous ses aspects. Le CHUM a rapidement intégré l’IA dans sa capacité de réponse en créant l’École d’IA en santé (ÉIAS).

Pour s’adapter et mieux répondre à ces changements, le CHUM utilise la créativité et l’innovation de ses équipes afin d’améliorer la satisfaction des besoins de la population. Toutefois, étant donné la progression rapide et constante de notre environnement, accélérée par l’IA, tant sur le marché local que mondial, un individu, des équipes ou une organisation ne peuvent plus résoudre à eux seuls les enjeux complexes d’aujourd’hui. Pour cette raison, le CHUM innove également avec ses partenaires de tous horizons, mobilise et fait évoluer son écosystème d’innovation ouvert. Cet écosystème comprend de nombreux partenaires du milieu universitaire, de l’industrie publique et privée, des consortiums de recherche, des associations de patients et des organismes communautaires, des organisations du réseau de la santé et des fondations, et ce, au Québec et dans le monde. Pour développer et maintenir cet écosystème cocréant et codéployant des innovations pour mieux répondre aux besoins de la population, le CHUM a organisé un événement structurant appelé Innove‑Action, qui promeut la créativité de tous et qui valorise les innovations de cet écosystème.

La première édition d’Innove‑Action s’est tenue du 13 au 15 novembre 2018 et a été suivie d’une journée des infirmières, le 6 décembre. L’événement a placé l’innovation, la créativité et l’intelligence humaine et artificielle au cœur de sa programmation. Se déroulant au sein d’un réseau apprenant résolument innovant, l’événement a mis en lumière les innovations du CHUM et de ses partenaires, avec comme mission l’amélioration de la santé et du mieux-être de la population. De plus, Innove-Action, en s’appuyant sur la créativité collective, a consolidé des collaborations existantes et créé des opportunités de nouvelles synergies entre les membres des communautés et de l’écosystème du CHUM. Bref, Innove‑Action découle d’une vision de transformation du système de santé, où les innovations sont source d’actions mesurées créant de la valeur pour la santé et le mieux-être de tous.

Dans ce livre blanc, nous vous invitons à vous replonger dans ce grand rassemblement dédié à l’innovation et à l’intelligence artificielle, mais, avant tout, à l’humain. Un retour sur les échanges, conférences et projets exposés durant ces journées vous est présenté. Vous constaterez que le CHUM, avec ses partenaires, en intervenant de façon proactive dans toutes les étapes de la maladie et de la santé en général, est un leader en santé de la population. Pour conclure, je vous lance une invitation pour Innove-Action 2019, qui se tiendra du 19 au 21 novembre 2019. Résolument tournée vers la transformation de notre système de santé, cette nouvelle édition mettra en valeur de nombreuses innovations au bénéfice de la population, qu’elles soient technologiques, organisationnelles ou sociétales; qu’elles soient développées par le réseau de la santé ou par ses partenaires. On y révélera aussi les impacts des innovations exposées en 2018. Une fois de plus, Innove‑Action, en 2019, démontrera l’impact de la richesse intellectuelle, sociale et économique du Québec, au service de l’humain!

Dr Fabrice Brunet PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL, CHUM

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INNOVE‑ACTION 2018 4 JOURS VALORISANT LES INNOVATIONS EN SANTÉ!

Près de

50 activités,

dont une organisée par MEDTEQ et PetalMD

15 26 présentations ZOOM sur les innovations du CHUM

57 60 Plus de

conférenciers

affiches étudiantes

présentations Innovations de l’industrie

Plus de

260 000 consultations des publications d’Innove‑Action sur les réseaux sociaux

200 1500

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UN VECTEUR DE MOBILISATION! Près de 1 500 participants ont assisté à l’événement, qui s’est tenu du 13 au 15 novembre, sur le thème « Réinventer la santé : intelligence augmentée et innovations  ». Près de 200 autres personnes ont participé à la journée thématique « Infirmières et société : les grands influenceurs » du 6 décembre. Innove­-Action 2018 a permis une mobilisation sans précédent de l’écosystème du CHUM par une atmosphère de cocréation et de mobilisation de connaissances, dans le plaisir et la convivialité!

Près de

inscriptions aux rencontres B2B

personnes inscrites!

Parmi les participants, des médecins, des infirmières, des employés, des chercheurs, des gestionnaires, du personnel professionnel du réseau et plusieurs partenaires de tous horizons ont exposé leurs réalisations et réflexions. Des partenaires de l’industrie, des consortiums de recherche, des organismes communautaires, des ordres professionnels et des associations de patients ont hautement contribué à la richesse des échanges et des présentations.

« Au cours de ces trois jours, nous avons contribué au développement d’une médecine innovante capable de réinventer la santé. » Dr  Vincent Poitout DIRECTEUR DE LA RECHERCHE, CHUM

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DES ÉCHANGES ET DÉBATS SUR L’INNOVATION ET L’HUMAIN Ce premier chapitre rassemble des interventions qui résument bien l’essence de l’événement. Trois aspects ressortent : l’intelligence humaine augmentée, la place de l’humain dans la médecine de demain et les enjeux éthiques. L’intelligence humaine augmentée En conférence d’ouverture, le Dr  Fabrice Brunet, président-directeur général du CHUM, a lancé un message clair : « En santé, les besoins de la population ont changé; les habitudes de communication également. Nous devons relever des défis majeurs pour redéfinir et redessiner le système de santé, ici, et dans le monde, et répondre à ces nouvelles réalités. » Le réseau de la santé a été conçu dans les années 70, afin de guérir des maladies essentiellement aiguës. Depuis, en raison des progrès de la médecine, de l’allongement de la durée de vie et de l’amélioration de la prise en charge des patients atteints de maladies aiguës, se sont ajoutés le traitement et le suivi des maladies chroniques et des maladies complexes. Également, l’essor des nouvelles technologies – et, en particulier, des objets connectés et des nouvelles façons de concevoir la télésanté et la santé numérique – a modifié les habitudes de communication, lesquelles ne passent plus nécessairement par les liens physiques interpersonnels humains. Comment relever ces défis? Par l’intelligence humaine augmentée. Il s’agit d’utiliser tous les moyens mis à notre disposition aujourd’hui en matière d’intelligence humaine, individuelle et collective renforcée par l’IA, pour mieux raisonner et trouver des solutions à l’ensemble des problèmes posés par les maladies et le maintien en santé. Il faut également réussir à soutenir, former, accompagner les acteurs de la société pour intégrer cette IA de façon responsable. C’est pour cette raison que le CHUM a lancé son École d’intelligence artificielle en santé.

Vous pouvez écouter ou réécouter la conférence d’ouverture du Dr Fabrice Brunet en baladodiffusion.

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LANCEMENT DE L’ÉCOLE DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE EN SANTÉ DU CHUM

Nathalie Beaulieu, directrice de l’enseignement et de l’Académie du CHUM

Le CHUM et l’Université de Montréal ont annoncé la création de la toute première école de l’intelligence artificielle appliquée au domaine de la santé issue d’un milieu francophone, l’École de l’intelligence artificielle en santé du CHUM (ÉIAS). Mise sur pied par le CHUM, par le biais de son Académie, conjointement avec l’Université de Montréal, ses facultés et ses écoles, l’ÉIAS a pour objectif d’accompagner et de soutenir les acteurs des systèmes de santé dans l’appropriation, l’implantation et la valorisation de l’IA, au bénéfice des équipes, des patients et de la population. L’ÉIAS traite notamment des thèmes de l’acceptabilité (sociale, légale, éthique, etc.), de la transformation des métiers, des professions, des pratiques et des équipes, ainsi que de la transformation de l’organisation et du système de santé.

Dr Vincent Oliva, chef du département de radiologie et de médecine nucléaire au CHUM

«

Grâce à la mise en place de l’École d’intelligence artificielle en santé du CHUM, le Québec et sa métropole pourront accroître les collaborations entre les intervenants du secteur des sciences de la vie et ceux du domaine de l’intelligence artificielle, un domaine qui est associé à de nombreux bienfaits, notamment en matière de transformation et d’optimisation des soins de la santé. […] Nul doute que cette école, unique en son genre, renforcera l’expertise québécoise et permettra d’attirer de nombreux jeunes dans les carrières scientifiques.

«

Pierre Fitzgibbon MINISTRE DE L’ÉCONOMIE ET DE L’INNOVATION

Dr Fabrice Brunet, pdg du CHUM, Dr Julien Martel, urgentologue au CHUM, Nathalie Beaulieu, directrice de l’enseignement et de l’Académie du CHUM, Louise Béliveau, vice-rectrice aux affaires étudiantes et aux études à l’Université de Montréal, Sylvain Bédard, patient coordonnateur au Centre d’excellence sur le partenariat avec les patients et le public (CEPPP), Dr Mickaël Chassé, intensiviste et chercheur au CHUM, Dr Vincent Oliva, chef du département de radiologie et de médecine nucléaire au CHUM, Julie Chaurette, pdg de la Fondation du CHUM, Marc M. Tremblay, président du CA de la Fondation du CHUM.

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Vous pouvez voir ou revoir la conférence de presse.

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«

Demain, il y aura toujours un besoin de médecins humains, mais avec une formation très différente de celle d’aujourd’hui. Les disciplines qui ont trait au relationnel et aux sciences humaines et sociales ne devront plus être des parents pauvres, car ce sera une partie immense de l’intervention humaine en médecine. Il est extrêmement urgent de repenser totalement la formation des futurs médecins, au risque de former des femmes et des hommes à des métiers et à des tâches qu’ils n’exerceront plus.

»

Les enjeux éthiques de l’IA : se poser les bonnes questions L’IA AU SERVICE DE L’HUMAIN

L’IA devrait permettre un certain gain d’économie de temps, d’argent et de ressources. Plus que tout, elle apporte une immense contribution à la santé des populations, que ce soit dans le domaine de l’imagerie médicale ou pour réaliser des interventions chirurgicales moins invasives. Pour le Dr Michaël Chassé, responsable scientifique du Centre d’intégration et d’analyse des données du CHUM (CITADEL), et Me Éric‑Alain Laville, avocat au CHUM, il faut néanmoins se poser des questions quant à l’intégration de l’IA aux soins de santé, telles que : > Accepte-t-on qu’une machine se trompe? > Qui est responsable en cas de diagnostic erroné? L’hôpital?

CONFÉRENCE D’AXEL KAHN

Le concepteur? Le médecin?

Quelle place pour l’humain dans la médecine de demain? Le professeur Axel Kahn, président honoraire de l’Université Paris Descartes, a livré, devant une salle comble, une conférence percutante sur la place de l’humain dans la médecine de demain, modifiée par les avancées technologiques de l’IA. Passionné de questions éthiques et philosophiques, il a partagé ses réflexions sur la démarche éthique, la pensée morale, les principes fondamentaux à l’origine de l’émergence de l’humanité, ainsi que sur la transformation des sociétés et de la médecine à l’ère de l’intelligence artificielle. Bien que les machines soient performantes pour rivaliser avec l’humain dans l’une des dimensions essentielles de la médecine, soit celle d’établir un diagnostic, un traitement et un pronostic, il reste que les machines n’ont pas de cœur, ce qui est l’essence même de l’humanité. Le Pr Khan prône une place plus grande de l’humain dans les soins de santé et « plus de câlino-bisou-thérapie ». Et cela, selon lui, passe par une nouvelle forme d’enseignement. Dans un monde imprégné par l’intelligence artificielle, « il reste à l’humain le champ de l’intérêt pour autrui, de la compréhension de l’autre, de l’affectif, de l’amour, et aussi de la fulgurance créatrice. Alors le pire n’est pas certain », a-t-il conclu sur une note des plus optimistes quant à l’avenir. Les questions de la salle ont soulevé plusieurs enjeux, dont les répercussions éthiques et sociétales de l’IA en santé. Elles seront abordées dans la prochaine section du présent document.

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Pour écouter ou réécouter la conférence du Pr Axel Kahn.

> Sommes-nous prêts à dire que la machine est meilleure

que le spécialiste? Il ne faut jamais oublier que les machines travaillent de pair avec le personnel soignant; elles ne les remplacent pas. C’est au professionnel que revient la décision définitive du diagnostic ou du plan de traitement d’un patient. L’IA AU SERVICE DES PROFESSIONNELS PHOTO DU HAUT :

responsable scientifique

L’IA constitue une valeur ajoutée dans le travail des cliniciens. du Centre d’intégration et d’analyse Selon le Dr Chassé, il faut bien comprendre que « les machines des données du CHUM (CITADEL) PHOTO DU BAS : Me Éric‑Alain Laville, apprennent ce qu’on leur montre. Plus nous continuerons avocat au CHUM d’intégrer de l’information, plus les machines deviendront meilleures. Il faut alors bien les entraîner et les formater pour que les conclusions soient positives. C’est aux professionnels de s’assurer que les machines aient la même rigueur scientifique que celles qu’ils exigent d’eux-mêmes. Elles devraient toutes faire l’objet d’un processus d’évaluation et d’approbation par le gouvernement. » Le rôle des professionnels est de protéger le patient. Faire les choses trop rapidement et sans préparation est souvent plus néfaste. UN DÉVELOPPEMENT ÉTHIQUE ET ENCADRÉ DE L’IA

Pour certains, l’intelligence artificielle en santé est risquée et manque d’encadrement éthique et juridique. Il est vrai que l’IA comporte certains risques et génère des questionnements : l’équilibre entre l’accès aux données en santé de qualité et en grande quantité, la transformation des métiers, la traçabilité des prises de décisions, etc. En 2017, le gouvernement du Québec a mis en place le Comité d’orientation de la grappe en intelligence artificielle. L’un des aspects de son mandat est d’étudier les impacts de l’IA sur le plan éthique, économique et social en vue de proposer un cadre de développement responsable. Au Québec, plusieurs entreprises font leur place en intelligence artificielle, dont MILA, IVADO, Scale IA. Montréal est reconnue mondialement comme l’une des villes de référence en matière d’IA.

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« Le CHUM a décidé d’être un chef de file en innovation et, surtout, en ce qui a trait à l’avancement de l’IA pour la société de demain dans le domaine de la santé. » a souligné Pierre Boivin, président et chef de la direction de Claridge et président du conseil d’administration de MILA. Sur le plan juridique, Me Laville a rappelé l’existence de balises légales en ce qui a trait, notamment, à la protection de la vie privée, possible en IA grâce à la dépersonnalisation et l’anonymisation des données. Pierre Boivin, président et chef de la direction de Claridge et président du conseil d’administration de MILA, participait au débat sur les éthiques de l’IA.

L’IA aura un impact sans précédent sur l’histoire de l’humanité et sur les aspects de notre mode de vie et de nos institutions. Il est donc essentiel de réfléchir dès maintenant aux enjeux éthiques que soulèvent ces technologies afin d’assurer un développement responsable.

Objets connectés et médecine personnalisée Aujourd’hui, les objets connectés sont partout. De nos montres aux assistants vocaux, en passant par les chaussures aux chandails connectés, la population a désormais accès à un grand nombre d’objets leur donnant de l’information à laquelle ils n’avaient jadis pas accès facilement. Ces objets créent une véritable révolution dans le mode de vie des gens et ils ne sont pas sans impacts sur le milieu de la santé, bien au contraire. Les cliniciens ont donc accès à plus de données sur la santé de leurs patients, mais à quel moment « plus d’information » devient-il « trop d’information »? De plus, si ces objets connectés permettent aux patients d’acheminer le statut de leur état de santé à distance, comment et à quelle fréquence doit-on donner une rétroaction? La relation entre soignants et patients disparaît-elle ou doit-elle être simplement redéfinie? Toutes ces questions ont été abordées par les intervenants d’une table ronde, animée par Luc Sirois, directeur général de Prompt et cofondateur de Hacking Health, à laquelle ont participé Alexandre Le Bouthillier, cofondateur d’Imagia, le Dr François Tournoux, cardiologue au CHUM et Sylvain Bédard, patient coordonnateur au CEPPP.

Dr Fabrice Brunet explique que la connectivité est un outil de transformation majeure, car le patient peut maintenant se « connecter » au système de santé.

La télésanté et la santé numérique : le patient au cœur de la révolution La télésanté serait aussi vieille que l’invention du téléphone et, pourtant, le sujet est plus actuel que jamais. Le minisymposium qui s’est tenu le 14 novembre 2018 en est la preuve. La télésanté utilise des technologies de l’information et des communications dans le cadre des services de santé afin d’améliorer l’accès et la continuité des services. Elle permet de rendre accessibles à distance la formation professionnelle, l’enseignement au patient, le coaching clinique, les consultations, l’assistance, la surveillance et le suivi clinique. La pratique est de mieux en mieux encadrée à l’échelle de la province : les centres de coordination de la télésanté (CCT), au nombre de quatre, soutiennent son utilisation dans tous les établissements du territoire desservi. Les CCT offrent différents services par le biais de répondants nommés dans chaque établissement. UN VIRAGE AU CŒUR DES STRATÉGIES NUMÉRIQUES PUBLIQUES

Ce virage numérique, c’est l’ensemble de l’administration publique qui le prend avec les citoyens. C’est en toute logique que le patient se trouve au cœur des projets de santé numérique : la télésanté s’adapte et répond aux besoins du patient et devient même, au sein des établissements de santé, un levier pour innover et apporter de nouvelles idées, méthodes et technologies.

Alexandre Le Bouthillier, cofondateur d’Imagia, Dr François Tournoux, cardiologue au CHUM et Sylvain Bédard, patient coordonnateur au CEPPP discutent des impacts des objets connectés en santé.

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Vous pouvez voir ou revoir les échanges sur Facebook Live.

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UNE MÉTHODE ÉPROUVÉE, DES GAINS POUR TOUS

Gain de temps, efficacité accrue, économies pour l’organisation et pour le patient qui n’a plus à se déplacer, diminution du stress : les avantages sont nombreux. On a aussi constaté que des patients suivis à distance avaient plus de facilité à conserver certaines habitudes pour contrôler leur maladie : c’est le cas d’un projet pilote pour des patients atteints de diabète chronique et gestationnel. Pauline Hudon, patient partenaire, Paul L’Archevêque, dirigeant de l’innovation en santé et en services sociaux, Rudolph De Patureaux, conseiller Télésanté, Josée Côté, chercheuse au CRCHUM, Dre Nicole Daneault, directrice du programme de santé neurovasculaire au CHUM, Gilles, patient partenaire.

À la clinique de la douleur, qui dessert 47 % du territoire de la province, on évite aux patients les risques de souffrance liés au déplacement.

Au Centre d’expertise destiné aux personnes victimes d’une amputation traumatique ou nécessitant une revascularisation microchirurgicale d’urgence (CEVARMU), les spécialistes du CHUM offrent du soutien et de l’accompagnement auprès de professionnels en région pour la réadaptation de cas complexes. On augmente ainsi les taux de succès de réimplantation de membres amputés.

La santé en 2050 : duel des générations À quoi ressemblera la santé en 2050? Des jeunes et des moins jeunes ont confronté amicalement leurs visions lors du duel des générations. Robotique, technologies du futur, intelligence artificielle, éducation, acceptabilité sociale des innovations technologiques ont été débattues. L’ensemble de ces interventions a permis de mieux comprendre comment l’IA et la santé numérique peuvent faciliter la mise en place d’une approche de santé personnalisée et de mieux prendre en charge les besoins des personnes.

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Jugez par vous-même qui a remporté le débat.

Dr Fabrice Brunet PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL, CHUM


CONFÉRENCES SCIENTIFIQUES LES CONNAISSANCES AU CŒUR DE LA TRANSFORMATION La recherche est un moteur d’innovation. Ce deuxième chapitre met à l’honneur la recherche sur la santé des populations et la médecine de précision. Les chercheurs de l’écosystème d’innovation exposent les résultats de leurs recherches et présentent leurs impacts et bénéfices pour la population. Santé des populations, IA et objets connectés Le milieu urbain et les interventions dans la ville influencent la santé des populations. La ville est un déterminant important de la santé et des inégalités sociales en santé. À quoi ressemblera la ville de demain? À cette question, Yan Kestens, chercheur au CRCHUM, est arrivé à la conclusion que l’apprentissage des machines, grâce aux données massives reçues, peut jouer un rôle important sur notre compréhension de l’influence des milieux urbains sur la santé des populations. La ville est le reflet de la société et vice-versa. Il est maintenant possible de colliger un grand nombre de données, de mesurer les habitudes de vie et, ainsi, d’évaluer si telle intervention a eu des répercussions sur la population. Marie Florescu et Lise Gauvin, chercheuses au CRCHUM, ont invité les participants à répondre en direct à des questions permettant de défaire certains mythes entourant l’activité physique pour les patients atteints de cancer. Alors que l’on pense devoir se reposer, plusieurs études démontrent plutôt que l’activité physique améliore la condition des patients. Qu’en est-il des patients atteints d’un cancer du poumon de stade III ou IV sous traitement? Leur projet de recherche actuel, mené en collaboration avec la Fondation Virage, vise

Yan Kestens, chercheur au CRCHUM

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à évaluer les répercussions de séances d’exercice physique sur la qualité de vie et sur d’autres facteurs, tels que la fatigue, la sécurité, la tolérance au traitement, etc. Pour l’heure, il en ressort une nette amélioration de leur performance, de leur puissance et de leur qualité de vie au quotidien.

Marie Florescu et Lise Gauvin, chercheuses au CRCHUM

Aussi, Neila Mezghani, chercheuse au CRCHUM, a expliqué en quoi l’analyse des données des objets connectés dans le monde de la santé constitue une valeur ajoutée. C’est en développant des outils basés sur des méthodes d’IA qu’il est possible d’offrir aux patients une meilleure qualité de vie et de soins, tout en optimisant les ressources et les services de santé, et ce, en ayant accès à certains professionnels de la santé à distance.

Manon Choinière et Gabrielle Pagé, chercheuses au CRCHUM, ont présenté un projet de recherche intégrant l’utilisation de l’IA. La douleur chronique non cancéreuse est une maladie difficilement identifiable et mesurable en raison de multiples facteurs. Or, en dépit de décennies de recherche, il est toujours très difficile de trouver les traitements optimaux pour soulager efficacement et durablement les patients. Un projet de recherche du CRCHUM vise à intégrer l’IA en colligeant des données psychosociales émanant de patients inscrits au Registre Québec douleur, lequel regroupe plus de 9000 patients. Carl Ardy Dubois, professeur titulaire de l’École de santé publique de l’Université de Montréal et chercheur régulier à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal, et José Côté, chercheuse au CRCHUM, ont, quant à eux, présenté l’outil Laboratoire de développement et d’expérimentation en contexte réel d’un système de gestion de la performance des soins infirmiers (LEPSI). Celui-ci a été conçu pour les décideurs et les gestionnaires afin d’assurer une meilleure gestion et prise de décision des ressources humaines et des soins infirmiers. Les données touchent aussi le personnel de soins, puisque le LEPSI recueille autant les diverses activités du personnel de soins que celles des patients. Avec son système sociotechnique, cet outil permet d’effectuer une rétroaction et, ainsi, de diminuer certains indicateurs défaillants.

Diagnostic et traitement personnalisé DES TRAITEMENTS CONTRE LE CANCER PLUS PRÉCIS ET PERSONNALISÉS

Les approches en santé évoluent à une vitesse incroyable, plusieurs nouvelles technologies et innovations voient le jour, mais un courant commun prévaut : celui d’une médecine plus personnalisée. Comment cette évolution se traduit-elle en oncologie? Elle passe, entre autres, par la participation des patients à la recherche clinique, l’utilisation de leurs mécanismes de défense dans le traitement (immunothérapie) ainsi que par une approche plus ciblée et précise de la radiothérapie et de la chimiothérapie.

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Présentation du Dr Bertrand Routy, hématologue au CHUM

Recherche, examens diagnostiques, traitements d’aujourd’hui et de demain : les spécialistes et les professionnels du Centre intégré de cancérologie du CHUM (CICC) travaillent à faire évoluer les pratiques cliniques. Ils ont d’ailleurs présenté un tour d’horizon des progrès dans le domaine. Le CICC est un centre suprarégional dans les spécialités et le traitement de cancers complexes reconnu par la Direction générale de cancérologie du ministère de la Santé et des Services sociaux. L’IMMUNOTHÉRAPIE  : COMMENT ACTIVER NOTRE PROPRE SYSTÈME DE DÉFENSE POUR COMBATTRE LE CANCER?

L’immunothérapie est réapparue pour traiter la leucémie et continue, depuis, de faire ses preuves dans le traitement de plusieurs types de cancers. Le célèbre immunologiste James Allison a d’ailleurs remporté, cette année, le prix Nobel de médecine pour ses travaux sur l’immunité anticancéreuse. Selon le Dr Bertrand Routy, hématologue au CHUM, l’immunothérapie permet aux cellules du corps de combattre plus efficacement les cellules cancéreuses. « Le cancer est intelligent et trouve des astuces pour combattre le système immunitaire. On s’est rendu compte que les cellules autour de la tumeur dormaient. En les réveillant, on peut réactiver le système immunitaire et continuer à “manger” la tumeur. L’immunothérapie vient réactiver le système immunitaire. » Encore méconnue, l’utilisation de nos propres bactéries intestinales se révèle être une avenue prometteuse dans la réponse du corps humain au traitement de l’immunothérapie. Le microbiome intestinal joue un rôle important dans le traitement du cancer. « Nos recherches démontrent que nos bactéries internes peuvent s’avérer très utiles dans le traitement d’immunothérapie et la prévention du développement de cellules cancéreuses », a expliqué le Dr Routy. En collaboration avec des experts mondiaux, les équipes du CHUM et du CRCHUM travaillent activement à faire progresser la recherche dans ce secteur. « L’immunothérapie est maintenant de plus en plus prescrite en première ligne pour presque tous les cancers. Ce que nous faisons au CHUM avec les Drs Turcotte et Lapointe, c’est d’enlever les cellules immunitaires autour de la tumeur, de les stimuler, et de les réinjecter dans le patient. » LIVRE BLANC INNOVE‑ACTION 2018

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La radiothérapie, qui existe depuis longtemps, a prouvé son efficacité pour réduire les tumeurs cancéreuses. De nouvelles avancées permettent de mieux cibler le traitement et ainsi de limiter les dommages aux cellules saines environnantes. « Dans nos nouvelles approches, nous tentons d’administrer la dose prescrite à la tumeur tout en réduisant maximalement la dose aux organes sains, par la combinaison des techniques d’imagerie DECT/DSCT », explique la Dre Houda Bahig, radio-oncologue au CHUM. Le DECT permet notamment d’automatiser l’identification et la quantification du contraste iodé et d’obtenir une cartographie du volume sanguin régional relatif dans les différents organes à risque.

Dre Rahima Jamal, responsable médicale de l’Unité d’intervention thérapeutique

« Notre hypothèse est qu’une approche innovatrice d’évaluation et de segmentation, à la fois anatomique et fonctionnelle des organes à risque, permettrait de diminuer la dose au volume fonctionnel et ainsi réduire des toxicités de la radiothérapie. Il s’agit des premières études cliniques sur l’utilisation du DECT/DSCT en radio-oncologie et de la première application du DECT dans le domaine de l’imagerie fonctionnelle. » Si les innovations au CHUM émanent de la recherche, ce n’est pas la seule source. En effet, toutes les équipes du CHUM — professionnels des soins et services, de l’enseignement, de la gestion et du partenariat patient — sont très actives pour proposer et mettre en place des solutions innovantes. La prochaine section met en lumière quelques innovations de toute nature, technologiques et non technologiques, des équipes du CHUM.

LES PLATEFORMES DE SERVICES DU CRCHUM : AU CŒUR DES INNOVATIONS « DE LA MOLÉCULE AU PATIENT » Accélérer des projets de recherche en permettant à des chercheurs du CRCHUM, des étudiants et des chercheurs de l’externe d’avoir accès à des équipements à la fine pointe de la technologie et au soutien d’une équipe d’experts, tel est l’objectif des plateformes de services du CRCHUM. Un tour d’horizon de ces plateformes de services et de leur impact concret sur l’avancement de projets de recherche destinés à améliorer les soins et services aux patients a été présenté par les exposants.

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VITALITÉ CRÉATIVE ET INNOVANTE DES ÉQUIPES DU CHUM Dans ce troisième chapitre, la vitalité créative et innovante du CHUM est à l’honneur. Le CHUM est l’un des plus grands centres hospitaliers universitaires innovant au Canada. Il est le point de convergence de l’expertise, de l’expérience et des idées de milliers de personnes (cliniciens, personnel de soutien, chercheurs, étudiants, gestionnaires, bénévoles), de 500 000 patients collaborateurs et de plus de 75 partenaires de tous horizons au Québec et dans le monde. Le CHUM est un terreau fertile pour les innovations de toute nature! Lors de la deuxième journée de l’événement Innove‑Action, pas moins de 14 projets novateurs ont été présentés par les équipes du CHUM, démontrant les bénéfices de leurs innovations sur les personnes, les équipes, les organisations et le système de santé. En voici quelques-uns.

LA PLATEFORME CITOYENNE HORACE Pour connaître les besoins évolutifs des patients et de leur entourage, et pour y répondre adéquatement, il existe des projets comme HoRACE : Hôpital et Réseau Apprenant Communicant Enseignant. Cette plateforme citoyenne, en cours de développement, est une solution numérique qui intègre de multiples fonctionnalités pour mieux coordonner et transformer le système de santé. Elle permettra au patient et à son entourage, via un portail patient, d’alimenter son propre dossier santé par des objets connectés et d’interagir avec les professionnels de la santé et d’autres intervenants. Ainsi, elle permettra de colliger les besoins des patients dans leur milieu réel de vie par la collecte de données. Celle‑ci a été développée pour améliorer, transformer et personnaliser la santé des patients et des citoyens en aidant le réseau de la santé à évoluer en fonction des besoins des patients.

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AMPUTATION : TRAJECTOIRE DE SOINS PSYCHOLOGIQUES POUR LES PATIENTS EN RÉGION APRÈS LEUR PASSAGE AU CHUM Parmi les patients victimes d’amputation à un membre supérieur, plusieurs sont des hommes issus des milieux du sport et de la construction. Alors qu’autrefois, on ne prêtait que peu d’attention au soutien psychologique, Manon Mousseau, psychologue au CHUM, a révélé que la condition médicale avait un réel impact sur l’état psychologique de ces patients. Le projet de Manon Mousseau met en lumière l’importance du rôle du psychologue dans le processus de réhabilitation à l’amputation, en complément de l’intervention des autres professionnels. Ce projet fait également preuve d’innovation en intégrant dans la trajectoire de soins le personnel du CHUM et celui d’autres hôpitaux en région. C’est donc la population entière du Québec qui peut bénéficier de ce transfert de connaissances par le CHUM.

VISION 360 : UNE APPLICATION POUR MIEUX CERNER, EN TEMPS RÉEL, LES ACTIVITÉS ET L’OCCUPATION DU CHUM Nombre de patients qui entrent à l’hôpital, nombre de lits occupés, délai moyen entre le triage et la prise en charge du patient sont autant d’indicateurs présents dans Vision 360. Il s’agit d’une nouvelle application utilisée au CHUM pour suivre les trajectoires de soins de l’ensemble des patients reçus en consultation externe ou admis dans les unités de soins. Cet outil de pilotage est essentiel pour gérer les flux de patients. Les données, mises à jour chaque heure, facilitent les prises de décision des gestionnaires et des médecins pour permettre, entre autres, d’optimiser le temps passé par le patient à l’hôpital. Vision 360 a également été utilisée dans le cadre de l’exercice Rhinocéros, une simulation d’attaque au véhicule-bélier, afin de gérer la capacité d’accueil d’éventuelles victimes, en coordination avec d’autres établissements de la région de Montréal.

INNOVER AVEC LES PATIENTS À L’URGENCE Parfois, l’innovation est humaine, comme ce fut le cas à l’urgence du CHUM, avec une patiente partenaire. Cette dernière s’est prêtée au jeu de suivre quatre trajectoires types appelées « patients traceurs » en compagnie d’une infirmière. L’objectif de cette démarche était d’établir un diagnostic global de l’urgence du CHUM, un an après son ouverture. Résultat : des soins de qualité, sécuritaires et conformes aux normes d’Agrément Canada y sont prodigués.

10 INNOVATIONS QUI CONTRIBUENT À LA SANTÉ DES PATIENTS Des innovations, il y en a partout au CHUM. Certaines sont déjà implantées et d’autres sont en voie de l’être. Toutes ont un seul objectif : répondre aux besoins des patients. Cette journée a démontré l’engagement global du CHUM dans cette vision d’innovation lui permettant de jouer un rôle prépondérant dans l’évolution du système de santé par la proposition de nouvelles façons de faire, transmises au réseau.

Johanne Tétreault-Lassonde, greffée du foie il y a 5 ans, a raconté son expérience en compagnie de Karell Bossé, infirmière-chef de l’urgence et Claire Bardin, chef de service Karelle Bossé, infirmière chef, Urgence, CHUM et Johanne Tétreault-Lassonde, à la Direction de la qualité, de l’évaluation, de la performance patiente et de l’éthique. Ces dernières ont expliqué que cette approche immersive et constructive a eu des retombées positives pour les équipes, car ce regard extérieur encourageant a donné un second souffle et une reconnaissance méritée aux équipes à la suite d’une période d’adaptation importante. Comme quoi l’innovation peut se retrouver également dans les procédures, par exemple dans la façon d’appréhender l’humain et de faire évoluer les pratiques!

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Jetez un coup d’œil aux 10 innovations qui contribuent à votre santé.

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ZOOM SUR LES INNOVATIONS DES PARTENAIRES DE L’ÉCOSYSTÈME DU CHUM Un individu, une équipe et une organisation ne peuvent à eux seuls pleinement amplifier et valoriser les innovations en santé. Avoir une approche collaborative de cocréation, de codéveloppement et de codéploiement rassemblant des individus de diverses disciplines et secteurs de la société est essentiel à la valorisation des innovations en santé. Le CHUM innove avec ses partenaires issus de tous les horizons : industries privées ou publiques, organismes communautaires, consortiums de recherche. Des technologies médicales aux médicaments novateurs, aux solutions de santé digitale et jusqu’aux innovations intégrant l’IA, nos partenaires ont exposé leurs solutions novatrices pour améliorer la prévention, le diagnostic, le traitement et la réadaptation en santé. Kathy Malas, adjointe au pdg, Innovation et intelligence artificielle, CHUM, explique que l’innovation se fait en collaboration avec des partenaires.

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Cooper Jefferson, de l’entreprise NXTSENS, explique le fonctionnement du biocapteur MYO1 aux « Dragons ».

Des entreprises émergentes et des chercheurs ont pu présenter leurs innovations sous forme de «pitch» dans le cadre de l’activité Les Dragons de Innove-Action.

En plus d’en apprendre davantage sur les produits à venir, c’est l’occasion d’établir de nouveaux partenariats pour appuyer leur développement. La créativité est au rendez-vous, tant du côté des équipes du CHUM que de celui des partenaires. Elle permet d’accélérer et d’augmenter le cycle de l’innovation, depuis l’idéation jusqu’à l’implantation concrète et rapide de l’innovation, contribuant au gain de valeurs.

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INFLUENCE INFIRMIÈRE UN RETOUR SUR LA JOURNÉE DES INFIRMIÈRES L’innovation, c’est surtout un élément humain, car elle nécessite l’implication de tous les intervenants : professionnels, patients, familles et population. Le personnel infirmier, qui a une approche holistique du patient, est un élément clé de l’innovation au service de la personne, dans une approche de médecine et santé personnalisée. Grâce à des infirmières qui ont fait preuve de leadership, des pratiques ont évolué et des patients ont bénéficié d’une amélioration de leurs soins et services. Nous vous offrons un retour sur cinq modèles inspirants présentés dans le cadre du premier événement thématique Innove‑Action 2018 « Infirmières et société : les grands influenceurs ».

« Les soins infirmiers, c’est un art et une science. Les innovations et l’intelligence artificielle viennent transformer notre pratique. On doit adopter une nouvelle posture. L’une des clés sera de se transformer en influenceur. Les infirmières et infirmiers ont un défi extraordinaire à relever. » Renée Descôteaux

DIRECTRICE DES SOINS INFIRMIERS

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DEVENIR INFLUENCEUR, OU LE FRUIT DU SUCCÈS Gyslaine Desrosiers est l’une des figures marquantes en matière d’influence infirmière. Présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec pendant 20 ans, elle est maintenant présidente du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone, et présidente du Conseil interprofessionnel du Québec. Elle a offert, avec générosité, un retour sur son parcours d’influenceur, les défis, les opportunités et les clés de succès qui y sont rattachés. Ses propos furent des plus inspirants et stimulants pour les infirmières, qui ont été appelées à se questionner sur le rôle qu’elles auront dans le futur. « Devenir un influenceur, ce n’est pas un but en soi, mais le résultat d’un parcours. Il faut d’abord devenir un expert et être reconnu par ses pairs. » Pour y parvenir, Gyslaine Desrosiers a souligné l’importance d’avoir des ambitions et un plan de carrière, et d’être persévérant. « Ce n’est pas dans la culture infirmière de dire : “Moi, je veux une carrière”. L’ambition est un moteur de vie, dans le sens noble du terme. Je ne suis pas gênée de dire que j’avais l’ambition de contribuer à la société. Vous devez avoir confiance en vous. »

« Plus que tout, il faut “oser proposer des changements de pratique, prendre la parole, prendre sa place dans l’équipe interdisciplinaire, se définir comme expert dans son domaine”. »

Oser transformer le suivi des personnes atteintes de maladies chroniques Pour répondre au nombre croissant de patients atteints de maladies chroniques (diabète, hypertension, maladies pulmonaires obstructives chroniques (MPOC), maladies cardiaques), le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal a mis en place un système de télésoins. « La prise en charge classique n’est plus suffisante. Nous devons impliquer davantage le patient dans ses soins. Également, pour améliorer l’accessibilité et garantir la qualité de nos services à la population, l’utilisation de la technologie en santé est une obligation », a souligné Yi  Shen, chef de secteur, maladies chroniques du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. Yi Shen

« Le système de télésoins est un outil pour aider nos patients à connaître leur maladie, à gérer leurs symptômes, à reconnaître quand ça va moins bien et à être actifs dans la prise en charge de leur maladie », a pour sa part expliqué Nathalie Ferron, infirmière clinicienne au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. Les participants obtiennent un protocole de soins personnalisé et doivent répondre, à partir d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un téléphone intelligent, à des questions simples, une ou plusieurs fois par jour. Ils ont toujours la possibilité de contacter une infirmière. Désormais, les infirmières voient les patients au bon moment, quand ils en ont besoin. Une réussite, comme en témoignent les 98,3 % de patients qui se disent très satisfaits des télésoins à domicile.

Repousser les limites dans le traitement des plaies par pression négative : influence sur l’industrie et sur la pratique médicale Des infirmières de l’unité des grands brûlés du CHUM, comme Nathalie Rouchet, assistante infirmière-chef, et Delphine Tartu, infirmière clinicienne, ont influencé l’industrie et la pratique médicale en matière de soins de plaies. Nathalie Rouchet a permis à un patient, promis à une amputation de la jambe gauche, de repartir sur ses deux pieds. D’autres patients ont, par la suite, bénéficié de cette expertise unique. Elle a utilisé des techniques de soin de plaies — la thérapie par pression négative (TPN) et la TPN par instillation — parfois de manière combinée, pour des conditions médicales nouvelles et pendant des périodes prolongées. La TPN est une technique de cicatrisation consistant à placer une plaie Delphine Tartu sous pression négative afin de réactiver la microcirculation responsable de reconstituer les tissus et favoriser la cicatrisation. Par ailleurs, la TPN par instillation administre automatiquement des solutions pour nettoyer la plaie et éliminer les impuretés.

Gyslaine Desrosiers, présidente du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone, et présidente du Conseil interprofessionnel du Québec, en présence de Danielle Fleury, présidente-directrice générale adjointe du CHUM.

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« Nous avons permis l’évolution des pratiques vers des interventions moins invasives et une meilleure gestion de la douleur des patients. Cette technique permet également à nos patients d’être pris en charge plus rapidement par les physiothérapeutes, améliorant ainsi leur réadaptation. Nous avons même influencé l’industrie pour faire évoluer les produits et les directives », a précisé Delphine Tartu. « Il faut oser faire autrement et innover pour prodiguer de meilleurs soins. Nous avons développé une expertise infirmière et repoussé les limites de la TPN, faisant de l’unité des Grands brûlés du CHUM un centre de référence pour les hôpitaux et l’industrie au Québec, et même à l’extérieur. » LIVRE BLANC INNOVE‑ACTION 2018

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Propulser les meilleures pratiques en thérapie orale contre le cancer Pour Audrey Chouinard, conseillère en soins spécialisés en oncologie à la Direction des soins infirmiers du CHUM et chercheuse au Centre de recherche du CHUM (CRCHUM), « Innover, c’est le pouvoir de changer le statu quo. » C’est ce qu’elle a fait en créant, avec une équipe interdisciplinaire, une formation destinée aux patients atteints d’un cancer recevant une thérapie orale à domicile. Les thérapies orales contre le cancer ont plusieurs avantages : diminution des coûts et du temps de déplacement à l’hôpital, plus grande autonomie pour les patients et amélioration de leur qualité de vie. Néanmoins, pour que le traitement soit pleinement efficace et sécuritaire, les patients et leurs proches doivent posséder les Audrey Chouinard connaissances et les compétences nécessaires pour être assidus, manipuler de façon sécuritaire leur médication, gérer leurs effets indésirables à domicile et savoir quand aviser leur médecin ou leur infirmière. La formation, donnée par une infirmière experte, vise ainsi à accompagner les patients et leurs proches dans la prise de ces médicaments grâce à la présentation de vidéos et l’utilisation d’un jeu-questionnaire (avec utilisation de télévoteurs), permettant de valider les connaissances et compétences acquises en temps réel. « En moins de trois ans, nous avons constaté une augmentation de 40 % du nombre de suivis réalisés auprès des clientèles sous thérapies orales contre le cancer », a-t-elle fait remarquer. Ces séances d’apprentissage ont été implantées dans trois autres centres hospitaliers. Le CHU de Sherbrooke, l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval et l’Hôpital des Îles-dela-Madeleine sont en voie de la mettre en place et plusieurs autres centres ont démontré leur intérêt.

Affirmer son autonomie professionnelle pour la survie de la Coopérative de solidarité SABSA La Coopérative SABSA de Québec, créée en 2011, est une clinique de proximité qui offre une solution innovante aux problèmes d’accessibilité au réseau de la santé pour une clientèle majoritairement composée de gens marginalisés souffrant d’hépatite C et de toxicomanie. Pour Amélie Bédard, coordonnatrice, et Isabelle Têtu, infirmière praticienne, « l’augmentation des inégalités sociales, l’accès difficile aux services de santé et sociaux et le manque de repères en matière de santé pour les citoyens représentent des enjeux majeurs. Notre mission est de faire valoir leurs droits et de leur offrir des soins adaptés à leurs besoins, et non pas l’inverse », ont-elles rappelé. Depuis ses débuts, la Coopérative SABSA a joint près de 3000 personnes. La réussite de la coopérative contribue à l’avancement de la pratique infirmière et à l’amélioration de l’accessibilité aux soins et à des services.

Amélie Bédard et Isabelle Têtu

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Pour l’originalité de la démarche et la très grande influence qu’elle a exercée pour la reconnaissance des soins infirmiers dans la société, le Prix Innove‑Action 2018 lui a été remis.

« Que nous soyons patients, dirigeants, gestionnaires, ou professionnels de la santé, il est essentiel que le leadership infirmier soit au premier plan. L’expertise des infirmières et infirmiers constitue la réponse la plus adaptée aux besoins des patients. Vous êtes tous des leaders. Inventez le futur et appliquez-le dès aujourd’hui, pour le bien de nos patients. » Dr  Fabrice Brunet PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL, CHUM

Transformer la vie des proches aidants Devenir proche aidant, ça s’apprend! est un programme d’intervention personnalisé permettant de soutenir les proches aidants pendant leur parcours d’aide. Ceux-ci sont invités à participer, en présentiel ou en ligne, à sept rencontres hebdomadaires, pendant lesquelles différents thèmes sont abordés : partager ses préoccupations, comment mieux communiquer pour vivre des moments agréables avec le proche, connaître les ressources du milieu, faire appel et préparer l’avenir. Les proches aidants ayant participé à ce programme ont confirmé se sentir mieux outillés pour dispenser des soins, plus confiants face à leur rôle et mieux préparés à affronter l’avenir. Comme le mentionnaient Line Beaudet, conseillère senior en soins spécialisés et en recherche clinique au CHUM et chercheuse régulière au CRCHUM et Diane Saulnier, infirmière : « On ne peut pas entreprendre un changement si on n’accompagne pas les proches aidants. L’implication sociale et politique des infirmières leur permet de participer au débat public, de développer leur crédibilité, d’influencer les décideurs. Il faut persévérer et, si nécessaire, changer de stratégie. » Également, trois chercheuses de la relève, de la faculté des sciences infirmières, ont mis sur pied des programmes de recherche novateurs : Véronique Dubé, professeure adjointe (Aidants de jeunes personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée); Anne Bourbonnais, professeure agrégée (Aidants de personnes âgées vivant avec la maladie d’Alzheimer en établissement de soins de longue durée); et Line Beaudet, qui y est aussi professeure associée (Aidants de personnes âgées vivant avec la maladie de Parkinson). Nous vous invitons à revisiter cette journée inspirante.

Line Beaudet et Diane Saulnier

Les cas précédents démontrent l’approche humaine et globale et l’influence des infirmiers et infirmières dans les innovations en santé. Elles intègrent soins, recherche, enseignement, gestion, innovation en partenariat avec les patients, les équipes et les partenaires de l’écosystème pour générer de nouvelles solutions innovantes créant de la valeur et des bénéfices pour la population.

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CONCLUSION

REMERCIEMENTS Merci à tous nos partenaires sans lesquels l’événement Innove‑Action n’aurait pas eu le même succès :

Cette première édition Innove‑Action 2018 a été un très grand succès grâce à la richesse des échanges, à la mobilisation des intervenants et aux projets concrets discutés et enrichis, qui ont mis en valeur l’innovation. L’événement a permis d’établir, s’il en était besoin, une prise de conscience des améliorations à apporter pour mieux répondre aux besoins et attentes de la population, notamment grâce à l’engagement des humains et de l’élargissement des possibilités apportées par l’IA, à condition de s’assurer que celles-ci sont au service de l’humain. L’intégration de toutes les missions de soins, d’enseignement, de recherche, de gestion, d’innovation et du partenariat patient permet de mettre en commun les réflexions et actions de chacun dans l’établissement et de potentialiser leurs actions. L’ensemble des interventions permet de mettre en place une approche de personnalisation de la réponse à la population.

Quelles sont les perspectives d’Innove‑Action 2019? Une mesure des impacts des innovations de la première année et de nouveaux projets porteurs seront au prochain rendez-vous. Aussi, une place tout aussi importante sera faite à la mobilisation de l’écosystème d’innovation ouverte avec l’ensemble des partenaires de tous horizons. Finalement, l’introduction d’une action concrète audacieuse et d’un sommet sur la transformation des systèmes de santé sera annoncée au cours de 2019. La prochaine édition d’Innove-Action promet de faire parler d’elle, ne manquez pas ce rendez-vous!

GRANDS CONTRIBUTEURS INNOVE‑ACTION

Minogue Medical Inc. Pfizer Canada Roche Servier Canada GRANDS COLLABORATEURS INNOVE‑ACTION

Bristol-Myers Squibb Canada Lilly Pomerleau

PARTENAIRES AVANT-GARDE Biron Boehringer Ingelheim Imagia Intelerad Isologic Institut NÉOMED MEDTEQ Merck Canada

PARTENAIRES CONNEXION Akinox Baxter Charles River ConvaTec Hospitalis IDT Keyrus Médicaments novateurs Canada MedQualis National Orion Health Petal MD ProContact Veolia

PARTENAIRES DÉCOUVERTE

L’illusionniste Alain Choquette a surpris les participants de Innove-Action à la fin de l’événement. Il avait quelques tours dans son sac pour défier les scientifiques les plus sceptiques!

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3M Accuray Avisio BSNmedical Greybox Hill-Rom Hollister KCI Cqdm Logibec ICUmedical Medyk Urgo Smith+Nephew


CENTRE HOSPITALIER DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL 1051, rue Sanguinet Montréal (Québec) H2X 3E4 www.chumontreal.qc.ca

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Livre blanc - Innove-Action 2018  

Réinventer la santé: intelligence augmentée et innovations

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