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LFC #4 NOUVEAU

NOVEMBRE 2017 DOUBLE COVER

100% INDÉPENDANT

192 PAGES D'ENTRETIENS EXCLUSIFS

LE MAG DIGITAL

MATHIAS MALZIEU

NOTRE SUPER-HÉROS EN SKATEBOARD Et aussi... Christophe Willem, Clémentine Célarié, JeanLouis Débré, Douglas Kennedy, Françoise Bourdin, Makassy, Lude, Evan et Marco, Christine Kelly, Isabelle Alonso, Virginie Lemoine, Sophie Forte, Emily Blaine, Marsault, Jo Nesbø, Viktor Vincent...

LAFRINGALECULTURELLE.FR


ÉDITO

LA FRINGALE CULTURELLE, LE MAGAZINE DIGITAL LFC #4

Rédigé par CHRISTOPHE MANGELLE Salut les Fringants, Dernière ligne droite avant l'hiver. LFC magazine #4 va vous accompagner les derniers jours d'automne.  Après avoir évoqué la rentrée littéraire foisonnante, LFC Magazine continue de vous parler des livres mais aussi de musique. Les deux covers du mois sont consacrés à deux artistes musicaux qu'on affectionne particulièrement : Mathias Malzieu et Christophe Willem. On vous a concocté un numéro épicé avec une programmation aux petits oignons : Clémentine Célarié, Jean-Louis Débré, Marsault, Gaëlle Nohant, Viktor Vincent, Isabelle Alonso, Douglas Kennedy, Makassy, Lude, Christine Kelly, Emily Blaine, Jo Nesbø, Sophie Forte, Virginie Lemoine et de nombreux invités... Un petit point sur l'audience, le numéro #1, #2 et #3 cumulent près de 50 000 consultations. MERCI pour votre fidélité et vos partages sur les réseaux sociaux. L'aventure continue avec ce numéro #4 encore plus gourmand, plus équilibré (un peu moins de livres, un peu plus de musique). Savourez-le ! On compte sur vous pour nous faire grandir... Parlez-en autour de vous, nous sommes des indépendants, libres et gratuits. La culture à portée de mains, partagez-la ! Bonne lecture ! Ciao Les Fringants ! Et rendez-vous vers le 18 décembre pour LFC Magazine #5

ET SURTOUT... La reproduction, même partielle, de tous les articles, photos, illustrations, publiés dans LFC Magazine est formellement interdite.

Mathias malzieu et christophe willem

Ceci dit, il est obligatoire de partager le magazine avec votre mère, votre père, votre voisin, votre boulanger, votre femme de ménage, votre amour, votre ennemi, votre patron, votre chat, votre chien, votre psy, votre banquier, votre coiffeur, votre dentiste, votre président, votre grand-mère, votre belle-mère, votre libraire, votre collègue, vos enfants... Tout le monde en utilisant : Photo Cover Mathias Malzieu : © Roberto Frankenberg Photo Cover Christophe Willem : © Yann Horan


LFC LE MAG

SOMMAIRE EN IMAGES

07 Gaëlle Nohant 10 Aurélien Delsaux 12 Pierre Pelot 14 Adrien Pauchet

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17 Jean-Sébastien Hongre 20 Romain Ternaux 22 Rebecca Gablé 25 Callan Wink 28 Omar El Akkad 31 Isabelle Alonso 34 Clémentine Célarié 37 Jean-Louis Debré 41 Douglas Kennedy 44 Vincent Crouzet 49 Marsault

65

59

54 Viktor Vincent 57 Françoise Bourdin 58 François d'Epenoux 59 Mathias Malzieu 65 Christophe Willem 77 Caroline Langlade 79 Niki Brantmark

34

41

82 Antoine Pelissolo 85 Lise Bourbeau 91 Gipsy Paladini

lfc NUMÉRO QUATRE

www.lafringaleculturelle.fr


LFC LE MAG

SOMMAIRE EN IMAGES

94 Sylvain Forge

159

98 Ian Manook

127

101 Emma Flint 105 Odile Bouhier 107 Jo Nesbo 110 Marc Voltenauer

156

115 Anna Briac 118 Lena Walker 121 Patrice Lepage 124 Angéla Morelli 127 Emily Blaine 131 TeamComRom 137 Yvan Fauth 140 Sandrine Roy 142 Jean-Charles Lajouanie 144 L'homosexualité dans les livres... 149 Christine Kelly

149

107

152 Série TV 156 Virginie Lemoine et Sophie Forte 159 Jeremy Lorca 162 Jordan Chenoz 165 Sélection 5 pièces 177 Makassi 181 Adryano

177

188

184 Evan et Marco 188 Lude

lfc NUMÉRO QUATRE

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ON VOUS GÂTE ! DES RENCONTRES ENRICHISSANTES, DES SUJETS DIFFÉRENTS, DES BONS BOUQUINS À DÉCOUVRIR. JUSTE PARCE QUE VOUS AIMEZ ÇA.

GAËLLE NOHANT

Entretien avec la romancière.

ET AUSSI LES ENTRETIENS DE...

4# ENIZAGAM CFL

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LA SÉLECTION LITTÉRATURE

#4

JEAN-SÉBASTIEN HONGRE, ROMAIN TERNAUX, PIERRE PELOT, ADRIEN PAUCHET at the Bloggers Aw ET AURÉLIEN DELSAUX.


NOS INVITÉS LITTÉRAIRES

LFC #4

07 Gaëlle Nohant 10 Aurélien Delsaux

12 Pierre Pelot 14 Adrien Pauchet

20

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17 Jean-Sébastien Hongre

20 Romain Ternaux

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LFC MAGAZINE #4 www.lafringaleculturelle.fr

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SÉLECTION LITTÉRAIRE DE L'AUTOMNE AVEC

GAËLLE NOHANT LFC : Bonjour Gaëlle Nohant, vous avez publiez L’ancre des rêves (prix Encre Marine, 2007) et La Part des flammes (prix France Bleu/Page des libraires, 2015 et prix du Livre de Poche, 2016). Vous avez rencontré avec vos deux romans un succès critique et public. Comment vivez-vous cela ? Quelles sont vos impressions ? GN : Dans ma vie d'auteur,

PAR CHRISTOPHE MANGELLE PHOTO : © DAVID IGNASZEWSKI-KOBOY

le succès est venu au bout de vingt ans d'écriture. J'ai traversé plusieurs déserts, j'ai essuyé des doutes continuels... Du coup, lorsque le succès arrive, c'est un immense soulagement. L'impression que ma bouteille à la mer a enfin été trouvée, que j'ai eu raison de m'obstiner, d'avancer, de ne pas me désespérer tout à fait. Pour moi, écrire un roman, c'est lancer des passerelles vers ces autres, ces inconnus à qui il appartient en quelque sorte d'achever l'histoire, par leur lecture, leurs émotions, leur ressenti. C'est ce que m'apporte ce succès : la joie de ces liens qui se tissent mystérieusement entre le lecteur et le livre, le lecteur et l'auteur.

GAËLLE NOHANT A PUBLIÉ "L’ANCRE DES RÊVES" (PRIX ENCRE MARINE, 2007) ET "LA PART DES FLAMMES" (PRIX FRANCE BLEU/PAGE DES LIBRAIRES, 2015 ET PRIX DU LIVRE DE POCHE, 2016), ROMANS QUE NOUS AVIONS BEAUCOUP AIMÉ. AUJOURD'HUI, NOUS SOMMES TRÈS HEUREUX DE PARLER DE "LA LÉGENDE D'UN DORMEUR" AVEC LA ROMANCIÈRE.


LFC : Aujourd’hui vous publiez Légende d’un dormeur éveillé, et votre personnage principal, c’est Robert Desnos. Pourquoi avez-vous souhaité raconter les mille vies du poète Robert Desnos ? GN : Parce que Desnos n'est pas seulement un grand poète et un résistant, mais aussi un être humain extraordinaire, un héros bigger than life qui mérite d'être rencontré. Parce que sa joie de vivre est contagieuse et qu'il rend plus heureux ceux qui le fréquentent. C'est un professeur de bonheur. Sa vie est une boussole qui réveille notre courage et nous rappelle que le bonheur est dans les liens qu'on tisse avec les autres : la solidarité, l'amitié, l'amour... LFC : Comment avez-travaillé pour nous reconstituer au mieux ce Paris des années 20 ? GN : J'ai une méthode "Actor Studio" : beaucoup de recherches en amont à travers des centaines de livres, la presse de l'époque, les archives de l'INA... pour m'imprégner de ce Paris effervescent, fascinant et aujourd'hui disparu. Jusqu'à avoir le sentiment que j'aurais pu y vivre, que j'étais peut-être là, qui sait, à la table d'un troquet à refaire le monde avec Jacques Prévert, Desnos, Man Ray... Je travaille beaucoup pour ensuite me lâcher la bride, trouver la liberté du roman. Mais cette liberté ne doit trahir aucun des protagonistes. C'est une liberté funambule, qui avance sur un fil tenu, vertigineux mais passionnant. LFC : Avez-vous consacré beaucoup de temps au travail de recherches ? GN : En tout j'ai consacré deux ans à ce livre, presque jour et nuit, sans

LFC MAGAZINE #4

DESNOS N'EST PAS SEULEMENT UN GRAND POÈTE ET UN RÉSISTANT, MAIS AUSSI UN ÊTRE HUMAIN EXTRAORDINAIRE, UN HÉROS "BIGGER THAN LIFE" QUI MÉRITE D'ÊTRE RENCONTRÉ.

LÉGENDE D'UN DORMEUR ÉVEILLÉ, GAËLLE NOHANT, HÉLOÏSE D'ORMESSON, 600 PAGES, 23€

vacances ni week-ends. Les recherches sont chronophages, mais nécessaires pour qu'on ait le sentiment d'y être et que ce monde reprend vie devant nos yeux, avec sa magie disparue et ses personnages légendaires. LFC : On a le sentiment que votre roman est construit comme un film. Qu’en pensez-vous ? GN : Cela ne m'étonne pas car je travaille de manière visuelle : je visualise des scènes que je raconte. Et pour ce roman, j'ai scénarisé la vie de Desnos pour en montrer le romanesque. Je l'ai découpé en séquences, comme au cinéma, et j'ai donné une couleur différente à chaque partie de mon livre : une frénésie artistique pour les années folles, quelque chose de plus tendu et menaçant pour les années 30... Les années de l'Occupation, je les ai conçues comme un polar, et la dernière partie apporte une note plus intime et émotionnelle. Ce qui m'intéressait c'était la cohérence de Desnos, qui ne s'est jamais trahi, qui ne fait aucun compromis avec lui-même et avec sa liberté. Montrer comment se construit un destin, d'un embranchement à un autre. LFC : Il y a de nombreux personnages secondaires… Comment avez-vous pensé le livre pour ne pas qu’on s’y perde ? GN : Je l'ai pensé comme une sorte de promenade dont Desnos serait le guide et le centre. Sur le chemin, il nous présente des gens dont beaucoup sont extraordinaires, des personnages qu'il aime ou déteste, qui ont tous marqué sa vie. Certains vont marquer

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LES ANNÉES DE L'OCCUPATION, JE LES AI CONÇUES COMME UN POLAR, ET LA DERNIÈRE PARTIE APPORTE UNE NOTE PLUS INTIME ET ÉMOTIONNELLE. le lecteur plus profondément que d'autres, il y a une effervescence mais mais l'important c'est de cheminer avec cet homme, d'écouter son cœur battre, de s'attacher à lui au point d'être déchiré quand il faudra le quitter. LFC : Votre livre est incroyable, il nous a tiré quelques larmes et offert de grands moments d’histoire artistique, médiatique et politique. Que pensez-vous de notre ressenti de lecture ? GN : D'abord merci pour ce retour de lecture ! J'en suis très touchée. Pour moi, c'est le signe que j'ai eu raison d'écrire ce livre, de faire ce pari de parler d'un homme aujourd'hui un peu oublié, de vouloir le présenter aux lecteurs. Moi qui l'aime, je voulais que cet amour devienne contagieux. Que les lecteurs rencontrent ce poète si attachant, sa bande de potes merveilleux, qu'ils se sentent bien en leur compagnie et que ce soit un voyage, et un cadeau. LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... GN : Juste dire que même si la vie de Desnos traverse les ténèbres, ce qui l'emporte c'est la joie. L'art de la joie, qu'il possédait et savait communiquer aux autres. Je voulais écrire un roman qui donne envie de vivre, de créer, d'aimer.

JE VOULAIS ÉCRIRE UN ROMAN QUI DONNE ENVIE DE VIVRE, DE CRÉER, D'AIMER.

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SÉLECTION LITTÉRAIRE DE L'AUTOMNE AVEC

AURÉLIEN DELSAUX PAR CHRISTOPHE MANGELLE PHOTO : © DAVID IGNASZEWSKI-KOBOY

LFC : Bonjour Aurélien, vous publiez votre deuxième roman Sangliers que vous situez en Isère, lieu que vous connaissez bien pour y vivre. Pour quelles raisons ? AD : J'avais besoin pour installer ma fiction - vu tout le travail d'imagination que me demandaient et les personnages et le récit - de m'appuyer sur une matière connue. Qui plus est, j'avais envie de célébrer un paysage que j'aime. Cependant, le paysage du roman n'est pas exactement le paysage de la réalité, je l'ai travaillé, j'ai mélangé par exemple deux paysages isérois pour un composer un paysage vraiment littéraire (un peu à la manière de Zola inventant Plassans sur le modèle d'Aix en Provence et d'autres villes). Ce paysage dans mon roman, c'est quasiment un personnage, comme l'est le paysage dans les romans de Giono : une force participante du roman, une force agissante sur les personnages eux-mêmes - si bien que l'histoire racontée ne pourrait pas se passer ailleurs que là où elle se passe.

AURÉLIEN DELSAUX A PUBLIÉ EN 2014 SON PREMIER ROMAN "MADAME DIOGÈNE", BIEN ACCUEILLI PAR LA CRITIQUE ET FINALISTE DE NOMBREUX PRIX DONT LE PRIX DU PREMIER ROMAN ET LE PRIX DE LA FONDATION PRINCE PIERRE DE MONACO. ÉGALEMENT COMÉDIEN ET METTEUR EN SCÈNE AU SEIN DE LA COMPAGNIE L'ARBRE, IL PUBLIE AUJOURD'HUI "SANGLIERS". ENTRETIEN.


CE PAYSAGE DANS MON ROMAN, C'EST QUASIMENT UN PERSONNAGE, COMME L'EST LE PAYSAGE DANS LES ROMANS DE GIONO : UNE FORCE PARTICIPANTE DU ROMAN, UNE FORCE AGISSANTE SUR LES PERSONNAGES EUX-MÊMES - SI BIEN QUE L'HISTOIRE RACONTÉE NE POURRAIT PAS SE PASSER AILLEURS QUE LÀ OÙ ELLE SE PASSE.

LFC : Dans ce roman, vos personnages sont ordinaires et imprégnés de violence… Vous donnez la parole au monde rural, aux déclassés, aux laissés-pourcompte. Que vouliez-vous dire ? AD : Je ne voulais rien dire, je voulais faire entendre - donner la parole et non la prendre. Je voulais faire des portraits de "mâles solitaires" à la campagne ; j'ai essayé de faire entendre une pluralité de voix de la campagne française d'aujourd'hui : les "anciens" des villages, des natifs du coin, et les nouveaux : ceux qui viennent pour avoir un bout de gazon à tondre, ceux qui viennent pour profiter de la nature, etc. Je voulais juxtaposer toutes ces voix qu'on entend rarement ensemble, montrer comment localement elles se côtoient, s'ignorent la plupart du temps, entrent en conflit parfois. Faire entendre ce et ceux qu'on n'entend pas habituellement est à mon sens un des rôles du roman.

LFC MAGAZINE #4

CELA PEUT PARAÎTRE NAÏF, MAIS J'AI UNE CERTAINE FOI DANS LES POUVOIRS DU ROMAN : IL NE PEUT PAS FORCÉMENT NOUS PRÉSERVER DU PIRE, MAIS IL PEUT, S'IL DIT TOUJOURS L'HONNEUR D'ÊTRE HOMME, MAINTENIR VIVE UNE FLAMME D'ESPÉRANCE AU-DELÀ DU PIRE.

SANGLIERS, AURÉLIEN DELSAUX, ALBIN MICHEL, 553 PAGES, 23,50€

LFC : La violence est puissante, âpre, sombre, elle a de nombreux aspects. Prête à éclater à tous moments. Comment avez-vous exploré la violence dans ce roman ? AD : Je n'ai pas choisi de mettre de la violence. Je décris un monde qui est violent en lui-même. J'ai tendu l'oreille, comme n'importe qui peut le faire s'il veut bien entendre. Puis dans le roman, j'ai laissé la machine avancer, j'ai essayé de pousser à bout la logique de cette violence dans laquelle nous sommes entrés, et j'ai finalement choisi de raconter ce qui est je crois un de nos cauchemars collectifs - moins pour m'y complaire, que pour l'exorciser. Cela peut paraître naïf, mais j'ai une certaine foi dans les pouvoirs du roman : il ne peut pas forcément nous préserver du pire, mais il peut, s'il dit toujours l'honneur d'être homme, maintenir vive une flamme d'espérance au-delà du pire.

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SÉLECTION LITTÉRAIRE DE L'AUTOMNE AVEC

PAR CHRISTOPHE MANGELLE PHOTO : © DAVID IGNASZEWSKI-KOBOY

PIERRE PELOT LFC : Bonjour Pierre Pelot, vous publiez Debout dans le tonnerre. Comment est née l’envie d’écrire ce roman ? PP : Concernant Debout dans le tonnerre, j’ai surtout eu envie de raconter la vie de cette gamine, petite fille, Emmeline, bébé quand nous l’avons laissée en fuite vers la Louisiane, après l’aboutissement d’une vengeance orchestrée en Lorraine…

NÉ EN 1945 À SAINTMAURICE-SUR-MOSELLE OÙ IL VIT TOUJOURS, PIERRE PELOT A SIGNÉ PLUS D’UNE CENTAINE DE LIVRES, DU POLAR À LA SF. IL EST L’AUTEUR NOTAMMENT DE L’ÉTÉ EN PENTE DOUCE, C’EST AINSI QUE LES HOMMES VIVENT (PRIX ERCKMANNCHATRIAN), MÉCHAMMENT DIMANCHE (PRIX MARCEL

LFC : Le roman commence quelque part dans le delta du Mississippi en 1778. Vous parlez de la Rouge Bête, qui est-elle ? PP : La Rouge Bête, c’est le surnom porté par sa grand-mère, qui fut jeune chevrière lorraine, aventurière, pirate, impliquée dans la guerre franco-anglaise dans le nouveau monde. Emmeline est donc la petit fille de cette rouquine « Rouge Bête ».

PAGNOL), L’OMBRE DES VOYAGEUSES (PRIX AMERIGO VESPUCCI). ENTRETIEN POUR "DEBOUT DANS LE TONNERRE" SON NOUVEAU ROMAN.


JE LES AIME BIEN CES FEMMES-LÀ. POUR CE QU’ELLES SONT. IL CONVIENT DONC DE LES DÉCRIRE COMME ELLES SONT.

DEBOUT DANS LE TONNERRE, PIERRE PELOT, HÉLOÏSE D'ORMESSON, 555 PAGES, 24€

LFC : Vos personnages sont des femmes. Comment faites-vous pour parler aussi bien d’elles ? PP : J’essaie de parler au mieux - de les raconter et les faire vivre au mieux - de tous mes personnages. En l’occurrence les femmes comprises. Je les aime bien ces femmes-là. Pour ce qu’elles sont. Il convient donc de les décrire comme elles sont. C’est la moindre des choses. LFC : Votre roman offre trois niveaux de lecture : votre narration classique, le journal d'Emmeline et celui d’Esdeline. Pour quelles raisons ? PP : Parce que j’ai choisi de construire cette histoire et de la visualiser sur ces plans-là. Sous ces angles de narration-là. Parce que cela me paraissait le plus intéressant comme articulation. Et comme représentation. Ce sont des plans, des séquences narratives – cet écrit peut se lire comme on voit un film. LFC : Votre livre se situe au XVIIIe siècle. Vous empruntez un vocabulaire d’époque. C’est un vrai délice de lecture... PP : Ravi de vous l'entendre dire. Vraiment. Ça a été aussi pour moi un délice d’écriture. C’est un langage tellement séduisant. Là aussi il y a trois niveaux, en raison du lieu et de l’époque : un français de ce 18eme, des expressions cajuns qui flottent ici et là, de l’Espagnol aussi. C’est une musique que j’aime. LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... PP : Le dernier mot, qui ne sera pas celui de la fin, est plusieurs. Ils sont tous ceux qui bâtissent et portent et pétrissent ce roman, qui en font tous les courants qui rampent dans les bayous, jusqu’au bout, jusqu’au mot final, que je ne citerai pas, et qui n’est certainement pas le dernier de cette destinée…

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SÉLECTION LITTÉRAIRE DE L'AUTOMNE AVEC

ADRIEN PAUCHET PAR CHRISTOPHE MANGELLE PHOTO : AUX FORGES DE VULCAIN LFC : Bonjour Adrien, vous publiez chez Aux forges de vulcain Pills Nation. Comment est née d’idée d’écrire ce livre ? AP : L’écriture de ce roman a été un long processus, l’histoire ayant existé dans différentes formes avant d’aboutir au roman publié. Je me suis toujours considéré comme scénariste plus que romancier. Nous avions écrit la première saison d’une série portant déjà le nom de Pills

Nation, il y a presque 6 ans et avions même produit un pilote afin de convaincre des diffuseurs. Le projet avait suscité beaucoup d’intérêt mais n’avait pas pu se concrétiser dans sa forme télévisuelle. J’avais rencontré David, fondateur des éditions Aux Forges de Vulcain à cette époque. Nous avions sympathisé de façon un peu étonnante, en pleine figuration pour un long-métrage de zombie. Il avait découvert le pilote de la série par la suite et m’avait immédiatement soumis l’idée de l’adapter en roman. J’adorais l’idée, mais la tâche semblait trop imposante à l’époque. Lorsque le projet de série a finalement été annulé, le roman s’est présenté comme la possibilité parfaite de raconter mon histoire.

ADRIEN PAUCHET EST NÉ EN 1988. IL PUBLIE "PILLS NATION" SON PREMIER ROMAN. UNE RÉUSSITE QU'ON VOUS RECOMMANDE VIVEMENT. ENTRETIEN AVEC L'AUTEUR.


L’IDÉE DE PILLS NATION, ÉTAIT D’INJECTER UNE DIMENSION FANTASTIQUE DANS LA FORMULE CLASSIQUE DU POLAR. LFC : Vous placez votre fiction au cœur de la canicule à Paris. Une nouvelle drogue circule… Parlez-nous de cette substance qui fait des ravages. AP : L’idée de Pills Nation, était d’injecter une dimension fantastique dans la formule classique du polar. Cette dimension narrative ouvre une porte qui permet de faire un pas de coté vis-à-vis d’un genre très codé. Cela permet notamment d’explorer des choses plus personnelles et intimes. L’Orphée, c’est cette fameuse porte qui s’ouvre dans l’esprit de ses consommateurs et qui se présente comme une simple pilule rouge et blanche. Elle dévoile une plage de sable noir, ou une petite fille vous permet de rencontrer vos disparus. Le deuil étant universel, la drogue se répand dans toutes les strates de la société. Mais elle seule décide de qui vous allez voir, sa consommation est dangereuse et son origine mystérieuse. LFC : Le lecteur est en immersion avec 4 personnages qui apportent un point de vue différent à l’enquête, pourquoi ce choix du roman choral ?

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ADRIEN PAUCHET, PILLS NATION, AUX FORGES DE FULCAIN, 333 PAGES, 18€

AP : J’ai toujours adoré le roman choral, car il permet de dévoiler toutes les strates d’un système. Dans le cas présent, le trafic de drogue dans la capitale. Avec un même point de départ, le roman choral permet d’apporter plusieurs réponses au travers des yeux d’un jeune flic, d’un dealer débutant, d’un professeur de mathématique venant de perdre sa femme ou d’une capitaine de police désabusée. Cela permet aussi d’apporter une vision et des approches différentes autour d’une même enquête et de jouer là dessus dans la narration. LFC : Autre personnage de votre livre, Paris, un peu plus trash que la carte postale touristique. Dites-nous en plus... AP : J’ai moi-même une relation très particulière avec Paris, un peu conflictuelle et amoureuse. Le but était, tout comme pour les personnages, de jouer sur la dualité de la capitale. D’explorer des recoins plus inconnus, ou placer des lieux très classiques sous un jour différent. L’histoire a toujours été intimement liée à la capitale et ça me paraitrait presque impossible de la déplacer dans une autre ville.

J’AI MOI-MÊME UNE RELATION TRÈS PARTICULIÈRE AVEC PARIS, UN PEU CONFLICTUELLE ET AMOUREUSE. LE BUT ÉTAIT, TOUT COMME POUR LES PERSONNAGES, DE JOUER SUR LA DUALITÉ DE LA CAPITALE. PAGE 15


AU-DELÀ DE SON ORIGINE DOUBLE, "PILLS NATION" EST AVANT TOUT UN ROMAN POUR MOI DÉSORMAIS. LFC : Votre roman est né d’un projet audiovisuel. Vous confirmez ? AP : Exactement. Il s’agissait d’adapter la matière première du scénario en livre, ce qui présente des enjeux et des difficultés très particuliers. Il a presque fallu reprendre le travail à zéro. Mais ils ont une chose en commun : il faut une bonne histoire. On passe d’un travail très collaboratif, supposant une production très lourde avec une équipe technique d’une dizaine de personnes, à un travail plus solitaire. Le contrôle créatif total que ça suppose a quelque chose d’enivrant, mais aussi d’un peu angoissant. Au-delà de son origine double, Pills Nation est avant tout un roman pour moi désormais.

LFC : Travaillez-vous déjà sur votre prochain roman ? AP : La structure en trois actes a été écrite il y a longtemps. L’histoire a cependant évolué et pris des tours surprenants. Elle prend un peu vie de façon indépendante parfois et la rédaction du deuxième volume vient de débuter. Il ne se base pas sur un scénario, il n’y a donc pas de travail d’adaptation à réaliser. Les deux prochains romans seront donc des livres plus classiques dans leurs conceptions. C’est un défi différent, mais très excitant. LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... AP : Difficile de conclure autrement qu’en remerciant mon éditeur, David Meulemans, qui a toujours cru au roman. Il a été une force motrice cruciale pour ce projet et dans ma démarche d’écriture en général.

LFC : On referme le bouquin, on a aimé et on se dit : on veut une suite ! Qu’en pensez-vous ? AP : Je suis d’accord ! Ce premier roman traite de l’histoire que couvrait la première saison de la série. Il s’agit pour moi d’une trilogie et la suite permettra d’approfondir les thématiques exposées tout en découvrant de nouveaux horizons très différents.

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LES DEUX PROCHAINS ROMANS SERONT DONC DES LIVRES PLUS CLASSIQUES DANS LEURS CONCEPTIONS. C’EST UN DÉFI DIFFÉRENT, MAIS TRÈS EXCITANT. PAGE 16


SÉLECTION LITTÉRAIRE DE L'AUTOMNE AVEC

JEAN-SÉBASTIEN HONGRE PAR CHRISTOPHE MANGELLE PHOTO : © LOUIS BARSIAT

LFC : Bonjour Jean-Sébastien, vous publiez chez Anne Carrière Un amour au long cours. Comment est née cette drôle d’idée d’écrire sur l’histoire d’un couple qui se donne comme objectif de durer ? JSH : À trop écouter le groupe Fauve, je me suis dit que la nouvelle génération aspire à la bienveillance, à la tolérance et aussi à l’idée de belles histoires d’amour ! Alors que, depuis des décennies, les fictions traitent

des séparations, des errances de « l’égo-trip »et de personnages incapables de résister à la société de consommation des biens et des corps, j’ai eu envie d’écrire une histoire à contrecourant qui corresponde peut-être à un changement sociologique. Lorsque Franck et Anaïs se rencontrent et tombent à amoureux, ils forment le projet de durer, malgré les obstacles, malgré les difficultés, malgré leurs propres tentations. J’ai voulu écrire une tentative de construction, sans être naïf, ni aveugle à la complexité de ce que Balzac appelle la comédie humaine. LFC : Ils inventent ensemble La constitution du couple. Pouvez-vous nous en dire plus ?

DANS SON NOUVEAU ROMAN, JEAN-SÉBATIEN HONGRE PARLE D'UN COUPLE QUI VEUT S'AIMER POUR LA VIE, DURER COÛTE QUE COÛTE. ENTRETIEN AVEC L'AUTEUR QUI NOUS PARLE DE "UN AMOUR AU LONG COURS" DISPONIBLE EN LIBRAIRIE AUX ÉDITIONS ANNE CARRIÈRE.


JSH : Franck et Anaïs ont observé que les couples autour d’eux chaviraient fréquemment parce que les non-dits avaient grignoté leur existence, parce que le quotidien, l’arrivée des enfants avaient miné leurs relations. Eux veulent résister, consciemment, avec leur raison et avec une arme : leur constitution de couple. Voilà pourquoi ils l’affichent sur leur frigidaire et l’enrichissent d’articles de loi au fur et à mesure des épreuves de la vie. « Aucun devoir vis à vis de la belle famille », « ne pas tout se dire », « s’offrir une nuit

par mois, une semaine par an sans les enfants », ce sont une dizaine de règles qu’ils vont inventer pour tenter de protéger leur union. LFC : Pourquoi veulent-ils durer ? JSH : Leurs parents, comme ils se l’avouent, ont « préféré leurs désirs à leurs enfants ». Anaïs et Franck rejettent cet esprit de jouissance et l’amour des choses matérielles de cette ascendance. Ils aspirent au beau, à la tendresse, à l’effort pour offrir une stabilité à leurs enfants, stabilité dont ils ont tant manqué. Voilà pourquoi ils inventent leur constitution. Mais la raison ne peut pas tout. Et le désir ne se décrète pas. Leur combat ne sera pas si simple. Et au fond, on peut se demander en découvrant l’histoire personnelle de leurs parents si eux même n’ont pas été les victimes d’une sorte de déterministe par effet domino. Ont-ils réellement choisi leur destin ? LFC : Croyez-vous à l’amour éternel ? JSH : L’éternité, non, c’est

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CE COUPLE VEUT RÉSISTER, CONSCIEMMENT, AVEC LEUR RAISON ET AVEC UNE ARME : LEUR CONSTITUTION DE COUPLE.

UN AMOUR AU LONG COURS, JEANSÉBASTIEN HONGRE, ANNE CARRIÈRE, 193 PAGES, 17€

beaucoup trop long ! Par contre, il m’a toujours semblé que le romantisme, le coup de foudre, la passion, ne sont qu’un aspect sublimé mais étriqué du sentiment amoureux. Une sorte de drogue dont l’addiction conduit à l’impossibilité de construire dans la durée. L’amour est bien plus vaste, notamment lorsqu’il se pare des couleurs qui naissent de la douceur, de l’attention à l’autre, de l’écoute, de la tendresse, tout ce qui enrichit les liaisons au long cours. LFC : Connaissiez-vous la fin de votre roman avant de l’écrire ? JSH : Oui, mais souvent, je me trompe, et une fin différente s’impose à moi. Dans Un amour au long cours, les lecteurs m’ont indiqué avoir été étonné par le dénouement. Un bel hommage aux femmes et à leur liberté méritée, m’a écrit une lectrice. Ce retour m’a procuré un plaisir fou ! LFC : Chacun prend la parole, un coup Anaïs, une autre fois Franck, pourquoi ce choix de construction ? JSH : Voilà une question centrale. Car je peux vous avouer avoir essayé d’écrire ce roman en mode descriptif, puis à la première personne avant de trouver le mode narratif définitif. Pourquoi ? Je ne sais pas répondre théoriquement. J’ai simplement senti que de cette manière, le couple prenait vie, le conflit naissait car Franck et Anaïs prenaient conscience qu’ils n’avaient pas vécu les événements de la même manière. Cet échange qui aurait pu sacrer leur réussite s’avèrera en réalité un dialogue périlleux, leur ultime épreuve de couple.

CET ÉCHANGE QUI AURAIT PU SACRER LEUR RÉUSSITE S’AVÈRERA EN RÉALITÉ UN DIALOGUE PÉRILLEUX, LEUR ULTIME ÉPREUVE DE COUPLE. PAGE 18


AU FOND, JE CROIS QUE J’AIME POSER DES ARCHÉTYPES ET LES RENVERSER. CAR CE QUI MANQUE DE NOS JOURS, ME SEMBLE-T-IL, C’EST L’AMOUR DE LA NUANCE. LFC : Travaillez-vous déjà sur votre prochain roman ? JSH : Non, je suis assez linéaire dans mes créations. Mais j’ai déjà une idée centrale qui s’agite dans mon esprit, je joue avec, je la plante en moi de sorte que, dans quelques mois, jaillira peut-être une envie irrésistible de tracer les premières lignes. Mais rien n’est jamais acquis. En fils de paysan, je le sais bien. Car ensuite, il y a le labeur, un long labeur, un travail de saisonnier, mots après mots, une épreuve qui me fait souvent regretter de n’être pas venu au monde avec un talent inné… LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... JSH : Un amour au long cours est construit comme une succession de couches qui insufflent de la complexité tandis qu’on imaginait les choses manichéennes à la lecture des premières pages. Au fond, je crois que j’aime poser des archétypes et les renverser. Car ce qui manque de nos jours, me semble-t-il, c’est l’amour de la nuance.

Déjà plus de 50 000 lecteurs MERCI LES FRINGANTS! L F C

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SÉLECTION LITTÉRAIRE DE L'AUTOMNE

AVEC

ROMAIN

TERNAUX

PAR CHRISTOPHE MANGELLE, PHOTO : AUX FORGES DE VULCAIN

ROMAIN TERNAUX PUBLIE AUX EDITIONS AUX FORGES DE VULCAIN

LFC : Bonjour Romain, vous publiez chez Aux forges de vulcain Spartacus. Comment est née d’idée d’écrire ce livre sur Spartacus ?

c'est mon éditeur qui m'a commandé ce livre que j'ai accepté de rédiger après une hésitation toute relative, parce que l'univers à contre-courant et ironique de Spartacus correspondait bien au mien.

RT : Je n'ai pas décidé de moi-même d'écrire un roman sur Spartacus,

LFC : Que représente Spartacus pour vous ?

"SPARTACUS", UNE VERSION À CONTRE-COURANT ET IRONIQUE. UN UNIVERS DÉCALÉ. RENCONTRE AVEC L'AUTEUR.


SPARTACUS REPRÉSENTE UN REMPART VINDICATIF AU CONFORMISME DE SON ÉPOQUE, EN CELA JE ME RETROUVE EN LUI, PARCE QUE JE COMPTE BIEN METTRE À MAL LA LITTÉRATURE CONTEMPORAINE. Spartacus représente un rempart vindicatif au conformisme de son époque, en cela je me retrouve en lui, parce que je compte bien mettre à mal la littérature contemporaine. LFC : Vous faites le choix de raconter les aventures de Spartacus en employant « je ». Pourquoi ? Pour exprimer le Spartacus qui est en vous ? RT : Quasiment tous les romans que j'ai écrit sont à la première personne, c'est juste un moyen d'incarner au plus près le personnage principal afin que le lecteur se laisse immerger dans une prose sans concession. LFC : Avec l’humour fortement utilisé, que vouliez-vous exprimer ? RT : L'humour est le dernier recours de l'auteur au pied du mur.

LFC MAGAZINE #4

SPARTACUS, ROMAIN TERNAUX, AUX FORGES DE VULCAIN, 216 PAGES, 18€

J'ai toujours utilisé l'humour pour éviter d'avoir des pensées plus sombres. Ça rend les romans plus attrayants. LFC : En écrivant ce livre, est-ce que vous étiez complètement libre ou vous êtes-vous censuré ? RT : J'étais complètement libre jusqu'à ce qu'on allège un seul passage où il était question de "démembrement de petite fille". J'ai accepté de rendre le passage plus digeste en parlant de "démembrement de jeune fille". On parle d'une époque incontestablement violente, je ne voyais pas l'intérêt de concessions radicales : plus on est bousculé, plus on est amené à réfléchir. LFC : Travaillez-vous déjà sur votre prochain roman ? RT : Chaque fois que je finis un roman, j'en commence un nouveau le lendemain. J'ai des idées pour une cinquantaine d'années. LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... RT : Mon dernier mot sera "advienne que pourra". C'est une phrase de Nietzsche et ça peut paraître snob, mais je m'en fiche, car c'est ma pensée profonde.

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INTERVIEW

REBECCA GABLÉ APRÈS LA DÉCOUVERTE DU ROMAN "LE GANG DES RÊVES", VOICI DANS UN AUTRE GENRE UN AUTRE ROMAN BRILLANT,INTELLIGENT ET ADDICITF !


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LE ROMAN QUE VOUS NE LÂCHEREZ PAS ! Entretien exclusif par Christophe Mangelle et Quentin Haessig Photo :  c opyright FinePic, HC éditions.

Trois siècles d'histoire anglaise, Waringham est le premier tome d'une série événement qui a cartonné en Allemagne avec plus de 2 millions d'exemplaires vendus. On a lu, on a aimé, on est même accro, très pressé de lire la suite. Entretien avec Rebecca Gablé. LFC : Bonjour Rebecca Gablé. Tout d'abord, quel est votre sentiment d'être publiée en France ? RG : Je suis ravie et je me sens vraiment honorée d'être invitée dans un pays où la littérature a une place très importante. Toute traduction dans une nouvelle langue est une source de joie pour moi, cela m’ouvre les portes d’une nouvelle culture. Je dois admettre qu’être publiée en France est très spéciale pour moi. LFC : Vous avez vendu des millions de livres dans le monde entier, vous attendiez-vous à un tel succès lorsque vous avez commencé cette série en 1997 ? RG : Pas du tout. Quand j'ai commencé à écrire La roue de la fortune, j'étais encore à l’université. J’étudiais la littérature et les langues anglaises et allemandes médiévales. J'ai commencé cette série juste pour m’amuser, j'étais fascinée par le monde médiéval en général et par le roman historique moderne qui était très populaire à l’époque. Des livres comme Le Médecin d'Ispahan de Noah Gordon ou La papesse

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Jeanne de Donna Woolfolk Cross donnaient vie au passé d'une manière nouvelle et passionnante. Je me suis dit : Je vais essayer de voir si je peux accomplir quelque chose comme cela, peut-être même avec un degré plus élevé en terme de précision historique. C’est ce que j’ai fait ! LFC : Vous avez fait une pause de huit ans après le premier livre de La roue de la fortune. Aviez-vous besoin de ce temps pour préparer le reste de la série ? RG : Après avoir terminé le premier tome, je ne pensais pas que ce roman pouvait être le début d'une série. Je me suis tournée vers d'autres sujets et contextes médiévaux pour mes prochains projets. Seulement quand j'ai commencé à préparer un livre sur les règnes des rois anglais Henry V et de son fils Henry VI, j’ai réalisé qu'une suite à La roue de la fortune serait logique. Les choses ont vite pris forme et Waringham s'est transformée en une série couvrant - jusqu'à maintenant - trois siècles d'histoire anglaise.


LFC : Nous avons pris beaucoup de plaisir en lisant ce livre historique grâce à un style très fluide et efficace. On ne peut plus lâcher le livre une fois que l’on commence. Comment avez-vous travaillé sur la structure et sur tous les détails historiques pour rendre ce livre lisible par tous ? RG : Je crois que vous ne pouvez capter et retenir l'attention de vos lecteurs qu'en leur offrant un personnage principal ou un ensemble de personnages qui suscitent leurs intérêts et leurs émotions. Robin, le héros de Waringham La roue de la fortune m’a beaucoup captivé pendant le processus d'écriture et je crois que cela a le même effet sur mes lecteurs. Transformer les événements historiques en une structure narrative où les lecteurs peuvent facilement s’identifier est toujours un défi. Quand je prépare un roman, je me demande toujours quels événements sont importants pour l'histoire personnelle du héros. Ainsi, sa biographie devient l'épine dorsale de la structure du roman.   LFC : Écrire un livre sur l'histoire d'un pays est parfois risqué car tout le monde peut contester les différents événements. Était-ce quelque chose qui vous inquiétait ? RG : C'était et c'est quelque chose qui m’inquiète toujours. C’est un risque professionnel, je pense. Mais l'historien américain Hayden White a déjà souligné que toute écriture historique est une fiction. Cela lui a valu beaucoup d'indignation de la part de la communauté des historiens, mais plus j'écris de fictions historiques, plus je me rends compte qu'il a raison. Les historiens, comme les écrivains de fiction historique, s'appuient sur les chroniques contemporaines des événements qu'ils décrivent. Chacun d'entre eux écrit avec un parti pris politique, religieux ou national. Donc, le mieux que nous puissions espérer c’est un éclaircissement sur ce qui s'est 

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vraiment passé. Qui était responsable du conflit dévastateur entre l'Angleterre et la France que nous appelons aujourd'hui la guerre de Cent Ans ? Quelle est la toile de fond historique de Waringham - La roue de la fortune ? Naturellement, les chroniqueurs français et anglais du quatorzième siècle donneront des réponses différentes à cette question. En écrivant du point de vue anglais, je n'éprouvais aucun scrupule à adopter cette perspective. En fait, je n'avais pas d'autre choix si je voulais que mes personnages soient crédibles. Mais en faisant le choix d'un point de vue personnel, je me rappelle constamment lors de mon processus de travail qu'un ou plusieurs autres points de vue existent. Ils sont presque comme des univers parallèles. Ils peuvent y ressembler en surface, mais ils contiennent une réalité totalement différente. LFC : La série Waringham a cinq livres jusqu'ici. Êtes-vous encore en train d’écrire ? Ou travaillezvous sur autre chose ? RG : Après deux autres années de pause et l’écriture d'un roman sur l'Allemagne médiévale, je suis récemment retournée à la série Waringham. Ce nouveau roman n'est cependant pas une suite chronologique du précédent, mais il se déroule presque deux siècles avant Waringham - La roue de la fortune, à l'époque du redoutable roi Philippe II. Auguste, Richard Cœur de Lion, mais surtout son frère cadet King John et un jeune chevalier fictif du nom d'Yvain de Waringham. C’est encore une autre histoire sur les conflits en Europe, parce que bien sûr, il n'y avait pas que la France et l'Angleterre enchevêtrées dans ce conflit, mais également le roi et les comtes allemands ainsi que la papauté. Comme toujours avec l'histoire, il y a une leçon et un avertissement pour le lecteur dans cette histoire. Globalement, je pense que comparé au treizième siècle, l'Europe a fait des progrès remarquables en tant que voisin des nations, même si certains voisins ont plus de sens et de considération que d'autres.


CALLAN WINK

ENTRETIEN EXCLUSIF 

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LES NOUVELLES DE CALLAN WINK : SALUÉES PAR JIM HARRISON ET THOMAS MCGUANE, LES DEUX MAÎTRES DES LETTRES DE L’OUEST AMÉRICAIN. LFC Magazine #4


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CALLAN WINK L’ARRIVÉE TONITRUANTE D’UN JEUNE ÉCRIVAIN... Entretien exclusif par Quentin Haessig Photo : copyright  D an Lahren

Le premier livre de Callan Wink, Courir au clair de lune avec un chien volé, a été vendu aux enchères aux états-Unis, où il a reçu un accueil critique unanime, et les droits ont été cédés dans de nombreux pays. Rencontre avec Callan Wink ! LFC :  Callan Wink, c’est un plaisir de vous rencontrer pour la sortie de votre livre Courir au clair de lune avec un chien volé disponible aux Éditions Albin Michel. Tout d’abord, quel est votre sentiment d’être publié en France ? CW : C’est un privilège d’être publié ici, c’est quelque chose à laquelle je n’avais jamais pensé ou anticipé lorsque j’ai commencé ma carrière d’écrivain. Je suis en France depuis quelques semaines et j’ai eu la chance d’aller à la rencontre des lecteurs et je remarque que les français sont des personnes qui lisent beaucoup, que ce soit dans le métro, dans les parcs… Je crois également qu’ils se passionnent pour les auteurs qui racontent l’histoire de l’Amérique de l’Ouest. De manière générale, l’accueil est très bon et j’en suis ravi. LFC : Il s’agit de votre tout premier livre. Comment est née l’idée d’écrire ce recueil de nouvelles ?  CW : Ce livre a mis beaucoup de temps à se dessiner à vrai dire. Quasiment cinq années. Certaines histoires sont anciennes, d’autres sont plus 

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récentes. Les histoires et les personnages n’ont pas forcément de rapport cependant il y a un style et un ton que j’ai voulu adopter lors de l’écriture. Une sorte de signature. C’est cela qui a été le plus difficile dans ce projet : faire ressentir aux lecteurs quelque chose de commun entre toutes ces nouvelles. LFC : Comme nous l’avons dit précédemment, c’est un recueil de nouvelles. Était-ce votre idée de départ ou aviez-vous pensé à écrire un roman ? CW : En tant que jeune auteur, l’écriture d’un roman était assez intimidante. Aux États-Unis, il y a une sorte de tradition pour les shortstories. À l’école par exemple, vous en lisez énormément. Pour ma part, j’en ai lu beaucoup de Faulkner, Hemingway… Pour ne citer qu’eux. C’est pour cela que quand vous vous lancez dans l’écriture d’un livre, c’est assez naturel de commencer par ce genre. Mais rassurez-vous, je travaille actuellement sur mon premier roman ! 


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LFC : Aviez-vous plus confiance en vous en commençant par l’écriture de nouvelles ? CW : C’était vraiment naturel pour moi de commencer par là. Il y avait un coté beaucoup plus expérimental à travers ce recueil de nouvelles. Vous avez le luxe de pouvoir recommencer, vous pouvez vous trompez en quelque sorte, vous pouvez jouer avec le lecteur… Si vous manquez une histoire, vous aurez peut-être perdu une ou deux semaines de votre vie mais ce n’est pas la fin du monde. En revanche, lorsque vous écrivez un roman, si c’est mauvais, vous aurez perdu plus d’une année, c’est plus compliqué. LFC : Est-ce que les personnages que vous avez créé dans ce recueil sont réels ou est-ce qu’ils viennent de votre imagination ? CW : Ils sont tous fictionnels. Il n’y a aucun personnage réel si je puis dire. Certains sont inspirés des expériences que j’ai vécu étant jeune, des rencontres que j’ai pu faire dans ma vie. Vous savez, lorsque vous commencez à écrire une nouvelle, vous partez de quelque chose de vraie puis vous construisez autour. Quand vous avez une imagination aussi débordante que la mienne, cela fonctionne plutôt bien.

JIM HARRISON, C'EST UNE PERSONNE QUE JE N'OUBLIERAI JAMAIS.

LFC : L’état du Montana a une place très importante dans ce livre. Était-ce évident pour vous de placer vos histoires à cet endroit ? CW : Tout d’abord, c’est l’endroit d’où je viens. Celui que je connais le mieux. Certains auteurs ont l’imagination nécessaire pour placer leurs histoires dans des lieux qu’ils ne connaissent pas, comme la lune ou que sais-je. Moi je ne crois pas avoir ce niveau de créativité. Pour le Montana, je connais les types d’arbres, les villages, les gens qui y vivent… J’espère que cela rend le livre réaliste.  LFC : Au dos du livre, on peut lire une critique de Jim Harrison : Des nouvelles impressionnantes, dont les personnages m’ont habité longtemps. Vous devez en être plutôt fier ? CW : Oui tout à fait. J’ai eu la chance de rencontrer Jim Harrison il y a quelques années, nous avons passé pas mal de temps ensemble, des parties de pêche, des soirées dans des bars… Jusqu’à ce qu’il décède ; le jour de mon anniversaire pour la petite histoire. Il a été élevé et a grandi tout près de là où je vivais. J’ai donc grandi en lisant ses livres qui étaient souvent autour de moi. LFC : Quelle est la chose que vous retiendrez de Jim Harrison ? CW : Je pense que c’était son approche de la littérature. C’était un gros bosseur. Il écrivait chaque jour tout ce qui lui passait par la tête. Même le jour où il est décédé, il était en plein milieu d’un poème. C’était certainement le meilleur moyen de partir. Le succès qu’il a eu est simplement le résultat de son dévouement pour la littérature et c’est quelque dont j’essaye de m’inspirer au quotidien. C’est une personne que je n’oublierai jamais.


ENTRETIEN EXCLUSIF

OMAR EL AKKAD UN ROMAN MAGISTRAL D'UNE INTELLIGENCE RARE.

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LFC : Omar El Akkad, votre premier livre American War est disponible aux Éditions Flammarion en pleine rentrée littéraire. Comment est né ce premier roman dans votre tête ? OEA : Il y a environ dix ans, je regardais une interview sur CNN. Habituellement j’ai une très mauvaise mémoire quand il s’agit de reportages mais cette fois-ci, je m’en souviens très bien. Un expert des affaires étrangères était invité sur le plateau. L’interview avait lieu quelques jours après que des personnes aient manifesté contre la présence militaire en Afghanistan. Et la question qui a été posée à cet expert était quelque chose du genre : Pourquoi est-ce qu’ils nous haïssent autant  ? Il a répondu que parfois les militaires devaient mener des raids dans les villages pour chercher des terroristes et ils leur arrivaient de pointer des enfants avec leurs armes et de mettre en danger des civils. Il a ajouté ensuite que la culture afghane était considérée comme assez agressive. Nommez-moi une culture dans le monde qui ne trouverait pas cela choquant. J’ai souhaité dans ce livre amener des faits qui se passaient très loin des États-Unis pour les installer au plus proche de nos vies.  LFC : Vous avez installé votre intrigue en 2075, était-ce pour permettre au lecteur d’être plus concerné et de voir venir les choses ? OEA : Il y a deux raisons pour lesquelles j’ai installé le récit dans un futur proche. La première c’est que la géographie aura beaucoup changé d’ici 2075, il fallait que je laisse défiler quelques années. La deuxième c’est que j’avais besoin de temps pour qu’un nouvel empire prenne forme. Si j’avais installé mon histoire en 2020, cela aurait été 

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"AMERICAN WAR" FAIT ÉCHO À TOUTES LES LUTTES FRATRICIDES QUI NAISSENT AUX QUATRE COINS DU MONDE. Entretien exclusif par Christophe Mangelle et Quentin Haessig Photo :  A strid di Crollalanza

Omar El Akkad est né en Égypte, au Caire. Il a travaillé en tant que journaliste pour le Globe and Mail, et son reportage sur un complot terroriste en 2006 lui a valu le National Newspaper Award for Investigative Reporting. Rencontre avec l'auteur. moins crédible. Pour moi ce n’est pas forcément un livre sur le futur mais plus sur le présent et le passé. LFC : Dans ce livre, les lecteurs vont suivre le personnage de Sarat Chestnut qui a six ans quand son père est tué. Elle doit ensuite rejoindre un camp de réfugiés avec sa famille. Pouvez-vous nous parler d’elle en quelques mots ? OEA : Ce livre parle principalement de l’histoire de Sarat, plus que n’importe quelle autre chose. Ce qui la caractérise le plus, c’est sa curiosité. Elle a envie d’en connaitre le plus possible sur le monde qui l’entoure. Au début du livre, elle croit tout ce qu’elle entend autour d’elle mais plus on avance, plus son cercle de confiance se rétrécit à cause de ce qu’elle subit. À la fin, la seule chose en quoi elle a confiance, c’est sa soif de revanche.


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J’ÉCRIS SUR DES SUJETS QUI ME SEMBLENT NÉCESSAIRES, JE N’AIME PAS PARLER DE MOI. LFC : Le sujet de votre livre aurait pu être extrêmement violent mais vous nous épargnez plein de détails gores en nous proposant une violence plus psychologique. OEA : Cela peut paraitre hypocrite mais je ne suis pas un grand fan des livres violents et des livres qui parlent de la guerre. Les passages du livre auxquelles je suis le plus connecté ce sont les passages de calme. Par exemple, lorsque Sarat rencontre son neveu et qu’ils passent du temps ensemble à coté de la rivière. Tous les éléments de ce livre sont inspirés de faits réels, je n’ai rien inventé.  LFC : Ce livre est extrêmement bien écrit et détaillé, cela a dû vous demander un gros travail de recherche. OEA : Tout d’abord, merci pour ce compliment. Au début de l’aventure, je n’avais pas d’agent ni d’éditeur. Je ne pensais jamais qu’un jour il m’arriverait tout cela. L’écriture pour moi c’est l’isolation, le fait d’être seul face à soi-même. Et aujourd’hui avec la promotion de livre, je me retrouve dans la situation inverse. J’ai plus parlé cette année que les dix années précédentes. J’écris sur des sujets qui me semblent nécessaires, je n’aime pas parler de moi.

LFC : Votre premier roman ferait un excellent film. Qu’en pensez-vous ? OEA : Oui bien sûr. Il y a déjà des discussions d’ailleurs. J’ai seulement deux exigences. Premièrement, je ne souhaite pas qu’ils changent la fin du livre pour en faire une happy ending. Je ne veux pas que ce soit un film Disney. Et deuxièmement, je veux que le background de Sarat soit exactement le même. Lorsque j’ai stipulé ces exigences, certains studios ont retiré leur offre à cause du background de Sarat. Ce serait super si cela arrivait mais Hollywood est un monde vraiment différent. 

POUR MOI CE N’EST PAS FORCÉMENT UN LIVRE SUR LE FUTUR MAIS PLUS SUR LE PRÉSENT ET LE PASSÉ.

Omar El Akkad American War Flammarion 450 pages 21,90€


INTERVIEW

ISABELLE ALONSO

LFC MAGAZINE #4

Novembre 2017


entretien avec Isabelle Alonso

À travers papa, j'ai voulu rendre hommage à la magnifique génération des républicains espagnols, hommes et femmes, nés dans les années vingt. Fille de républicains espagnols, Isabelle Alonso est devenue française à l’âge de huit ans par naturalisation. Elle a publié une série d’essais, dont Et encore je m’retiens (1995), qu’elle a adapté pour le théâtre. Romancière, elle explore l’histoire familiale avec notamment L’Exil est mon pays (2006), Fille de rouge (2009) et Maman (2010).Rencontre. PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE MANGELLE  PHOTO : ©PHILIPPE MATSAS-ÉDITIONS HÉLOÏSE D'ORMESSON

LFC : Que s’est-il passé en Espagne entre 1939 et 1944 ? C’est la question que vous posez dans ce roman. Pourquoi cet intérêt ?

une famille de la moyenne bourgeoisie

hommage à la magnifique

valencienne, éclairée, progressiste,

génération des républicains

libre penseuse. Il a à peine 15 ans

espagnols, hommes et femmes,

quand il s'engage, en 1938, dans

nés dans les années vingt,

l'Armée Régulière Républicaine, contre

adolescents sur-politisés et

IA : Entre 39 et 44, l'Europe est à feu

les franquistes. Après la défaite, il est

idéalistes, généreux et optimistes

et à sang. Mais l'Espagne n'est pas

interné dans un camp de

quoiqu'il arrive. La génération de

belligérante. Pourquoi? Parce qu'il y

concentration français, à St Cyprien. Il

mes parents. Ne pas croire que

a déja eu la guerre, entre 36 et 39,

décide de rentrer en Espagne et de

j'exagère. Ils crurent vraiment qu'ils

et elle a été gagnée par un allié

continuer à se battre. Il va retrouver sa

pouvaient changer le monde. Et

d'Hitler, Franco. Hitler utilise

famille et découvrir une réalité

qu'ils le devaient. On trouve les

l'Espagne comme terrain

insensée : la vie sous dictature. Tous

mêmes partout dans le monde,

d'expérimentation d'un nouveau type

les droits humains sont suspendus, et

infatigables résistants anti-

de guerre : terroriser les populations

quiconque n'a pas prouvé sa loyauté

fascistes. Ils sont en train de

civiles (Guernica). Et Franco va

au nouveau régime est réduit à

disparaître. Ils étaient notre

passer ces années de guerre

survivre avec les moyens du bord.

rempart contre les barbares.

mondiale à mettre en place une

Angel ne se décourage pas.

LFC : Ce personnage est inspiré d’un personnage réel. Votre papa ?

LFC : À la fin de la lecture, on a le sentiment d’un immense espoir et d’une grande foi en l’homme. Qu’en pensez-vous ?

IA : Absolument. Mon père fut ce

IA : Vaincus, trahis, humiliés,

combattant obstiné et loyal, rebelle et

exigeants, ayant eu à reconstruire

intègre, fidèle à son idéal jusqu'à la fin

leur vie dans une totale adversité,

de sa vie. Il le paya cher, ne renonça

ils ne perdirent jamais leur foi en

jamais. À travers lui, j'ai voulu rendre

l'humanité. Internationalistes,

dictature sans merci, vécue au jour le jour par le camp des vaincus dans des conditions d'une violence extrême.

LFC : Présentez-nous votre personnage, Angel Alcala Llach, 16 ans… IA : Angel Alcalà LLach appartient à

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Même si j'avais déjà le témoignage de mon père, qui, par bonheur pour moi, était hypermnésique et graphomane, j'ai tenu à vérifier tous les faits. J'ai appris, au cours de ces recherches, énormément de choses que j'ignorais. Plus j'en apprenais, et plus je comprenais que la dictature avait été infiniment pire que ce que mon père, dans le probable souci d'épargner ma sensibilité, m'avait laissé entendre.

citoyens du monde, ils prônaient l'égalité, l'instruction pour tous les enfants, partout dans le monde, comme vecteur de démocratie. Universalistes, athées, ils tenaient les religions pour une plaie, n'avaient foi qu'en la République. Ils incarnaient des valeurs qui, aujourd'hui, font sourire les imbéciles. Ils y crurent, dur comme fer, jusqu'à la fin. Et ça me donne un immense sentiment de fierté.

LFC : La rédaction de ce livre vous a-t-il demandé un travail de recherches ? IA : Oui. Même si j'avais déjà le témoignage de mon père, qui, par bonheur pour moi, était hypermnésique et graphomane, j'ai tenu à vérifier tous les faits. J'ai appris, au cours de ces recherches, énormément de choses que j'ignorais. Plus j'en apprenais, et plus je comprenais que la dictature avait été infiniment pire que ce que mon père, dans le probable souci d'épargner ma sensibilité, m'avait laissé entendre. Et j'en apprends encore. Et j'admire encore plus ceux et celles qui résistèrent.

JE PEUX ME PASSER DE L'AUBE, ISABELLE ALONSO, HÉLOÏSE D'ORMESSON, 304 PAGES, 20€

Je connais les sujets de mes trois prochains romans, au moins. Parmi eux, la suite de Je peux me passer de l'aube, dont j'ai arrêté l'action en avril 44 et qui devra aller jusqu'aux années 50. 33

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LFC : Continuez-vous d’écrire ? Connaissez-vous déjà le sujet de votre prochain roman ? IA : Oui, écrire est ma priorité. Je connais les sujets de mes trois prochains romans, au moins. Parmi eux, la suite de Je peux me passer de l'aube, dont j'ai arrêté l'action en avril 44 et qui devra aller jusqu'aux années 50. Je ne sais pas encore dans quel ordre, mais je ressens le besoin impérieux de les écrire.


INTERVIEW

CLÉMENTINE CÉLARIÉ LFC MAGAZINE #4

Novembre 2017


entretien avec Clémentine Célarié

Les petits grains de folie que l’on a tous, c’est quelque chose de chouette. Il faut chercher, s’intéresser, se passionner. Clémentine Célarié, comédienne au théâtre, au cinéma et à la télévision, est également chanteuse et réalisatrice. Elle a déjà publié, en collaboration avec Christophe Reichert, Marcella (Calmann-Lévy) et Mes ailes (Michel Lafont) ainsi que Les Amoureuses et On s'aimera. On papote aujourd'hui dans un bar Parisien, en sirotant un Perrier citron. Rencontre. PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET QUENTIN HAESSIG PHOTO :  ©ALAIN GUIZARD

LFC : Clémentine Célarié, merci d’avoir accepté notre invitation. C’est la deuxième fois que l’on se rencontre. Tout d’abord, quel(s) souvenir(s) gardez-vous de votre premier livre ?

de parler que d’autres dans mon

elle fait une émission de variété

livre. Je préfère cent fois faire un

complètement nulle que j’ai

livre sur la créativité, la folie ou

inventé. Elle est en décalage avec

le regard des autres plutôt qu’un

tout le monde. De plus, elle a des

livre sur le taux de la bourse. La

problèmes avec la justice. Un jour,

poésie, la liberté, l’expression

en rentrant chez elle, elle décide

libre c’est quand même la base

de jeter son téléphone portable,

CC : J’en garde un excellent

de la vie. C’est solaire et c’est ce

comme si elle voulait lâcher prise.

souvenir, j’ai vécu des moments

qui donne envie. C’est de cela

Elle est sauvée par Raul, qui est

merveilleux. J’ai eu la chance de

que mon livre parle. L’exclusion

tétraplégique et qui va l’emmener

rencontrer de très belles personnes

et la non-créativité, je trouve que

avec lui en Charente dans un

durant les salons que je n’aurais pas

c’est une petite mort. Les gens

centre qui s’occupe des personnes

forcément rencontré dans le cadre

qui ne vivent que sur l’apparence

différentes.

de la promotion d’un film. Il y avait

ou la notion matérielle, c’est

quelque chose de plus intime.

quelque chose que je ne

C’était une expérience très

comprends pas. Il faut s’ouvrir au

enrichissante qui me semble déjà

monde.

très loin.

LFC : À la folie, c’est le titre de votre deuxième roman. Il y a un point commun avec le premier, c’est qu’il est complètement antisystème.

LFC : Marguerite, le personnage de votre livre, n’a plus de but dans la vie. Elle fait de la télévision et elle est étouffée par ce milieu. Racontez-nous.

LFC : Marguerite va découvrir une sorte d’extension de son imaginaire à travers les gens de ce centre qu’elle n’a pas dans sa vie quotidienne. CC : Exactement. Finalement ce sont deux mondes complètement différents qui vont se rencontrer. Elle va retrouver une poésie et une urgence de vivre. Cette putain

CC : De toute façon, je ne vois pas

CC : C’est une comédienne qui

d’urgence de vivre que je ne

comment on peut être pour le

ne peut plus vivre de son art. Elle

retrouve plus aujourd’hui chez

système. J’ai du mal avec ce terme.

n’arrive plus à s’exprimer dans ce

certaines personnes. Je le

Il y a des valeurs dont j’ai plus envie

milieu. Pour payer ses impôts,

remarque à la télévision

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notamment, à travers la télé-réalité. Je trouve ces programmes vraiment ignobles. Il n’y a aucun plaisir à voir des personnes faire des choses sans intérêt et qui en plus se font utiliser. Je ne comprends pas que cela existe encore. Il y a tellement d’autres choses beaucoup plus passionnantes à voir. Si il y avait des reportages sur des gens différents, des vrais héros de la vie quotidienne, ce serait super excitant et fédérateur. Je vous conseille d’ailleurs le film Le sens de la fête où il y a beaucoup de valeurs, et d’émotions que je défends. 

LFC : Lorsqu’on vous entend parler, on a parfois l’impression que vous êtes la porte parole des « laissés-pour-compte ». Qu’en pensez-vous ? CC : C’est une chose que Jean-Louis Trintignant m’a déjà dit. Je ne sais pas pourquoi, ce sont des gens qui m’attirent. Ils m’apprennent des choses. Le personnage d’Abyss dans mon livre a une maladie qui m’a été inspirée fortement par une de mes amies : Lorraine, qui a la maladie de Charcot. C’est une personne différente avec qui je m’éclate beaucoup plus qu’avec des personnes n’ayant pas de contraintes ou de

À LA FOLIE, CLÉMENTINE CÉLARIÉ, CHERCHE MIDI ÉDITEUR, 272 PAGES, 17,50€

lourdeurs dans leur vie. Les gens qui n’ont rien matériellement rentrent plus vite en contact avec vous. Ça vibre plus, il y a de la lumière qui se dégage de ces êtres.

LFC : C’est un livre qui parle d’amour et de sexe également. Vous en parlez d’ailleurs de manière assez particulière. CC : En France, la sexualité n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite. Je trouve cela très grave. Mon amie Lorraine m’a dit quelque chose de très intéressant. Lorsque que l’on est dans un fauteuil, on ne nous serre pas dans les bras. Elle a raison. Moi c’est quelque chose que j’adore. Être en contact avec des gens différent. Dans ce livre, je souhaitais montrer le sexe à travers des personnages atypiques inspirés de la vraie vie. À ce propos, il faut absolument que vous voyiez le film The Sessions (2012) avec Helen Hunt qui a été une source d’inspiration.

LFC : Lorsque l’on termine votre livre, on a l’impression d’avoir été bousculé dans tous les sens, c’est très fort émotionnellement et cela donne surtout envie d’aimer les gens comme ils sont. CC : Tant mieux alors. Je sais que c’est quelque chose de dense. Mon père m’a d’ailleurs dit que c’était un livre très féminin. J’ai écrit l’histoire à la première personne car je souhaitais que le lecteur s’identifie tout de suite à mon personnage.

LFC : À la folie, c’est de cette façon aussi que vous voulez partagez ce livre avec vos lecteurs ? CC : Les petits grains de folie que l’on a tous, c’est quelque chose de chouette. Il faut chercher, s’intéresser, se passionner. Cela me fatigue d’entendre des gens qui vous disent que vous faites trop de choses, j’ai simplement envie de leur répondre que eux n’en font pas assez. Je vous conseille d’écouter des gens comme Victor Pépin, Alexandre Jollien, Bernard Stiegler qui sont de fantastiques orateurs et qui ouvrent des portes. C’est de cela dont nous avons besoin, il faut être curieux.

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LFC MAGAZINE #4


LFC MAGAZINE #4

Novembre 2017

INTERVIEW

JEAN-LOUIS DEBRÉ


entretien avec Jean-Louis Debré

Dix ans sont passés, Chirac n'est plus au pouvoir, je n'ai plus de responsabilités en politique, le moment était venu de livrer ce livre. Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel de 2007 à 2016, a été ministre de l'Intérieur et président de l'Assemblée nationale. Il est aussi romancier et écrivain. Son livre, Ce que je ne pouvais pas dire(Robert Laffont, 2016), s'est vendu à près de 120 000 exemplaires. Aujourd'hui, il publie Tu le raconteras plus tard, en 2017, toujours aux Éditions Robert Laffont. Entretien dans un parc verdoyant de Paris. PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET CÉDRIC ADAM PHOTOS :  ©ÉRIC FEFERBERG/AFP PHOTO

LFC : Jean-Louis Debré bonjour, merci d'avoir accepté l'invitation de la Fringale Culturelle. C'est un plaisir de vous rencontrer. Vous publiez aux éditions Robert Lafont, Tu le raconteras plus tard, c'est un livre qui vient à la suite d'un autre publié l'année dernière intitulé : Ce que je ne pouvais pas dire. On sent une vraie similitude entre les deux titres.

à identifier les auteurs. Et puis, il y a

présidence de l'Assemblée Nationale pour

l'échec de la dissolution pour la

celle du conseil Constitutionnel, le

majorité de l'époque et je deviens

manuscrit est en grande partie écrit et

le président du groupe

comme il est le fil rouge de ce devoir. Je

parlementaire de l'opposition. Je

vais le voir et je lui dis : Monsieur, je mets

me retrouve à assister à cette

de votre bouche des mots que vous avez pu

guerre d'égo et j'enregistre, je

me dire lorsque nous étions tous les deux et

regarde et j'essaye de deviner et

j'ai besoin de votre assentiment. D'abord, il

c'est un spectacle fantastique.

me dit c'est très bien comme il est toujours

Arrive le moment où je deviens

bienveillant avec moi, alors je lui surligne

président de l'Assemblée Nationale

toutes les phrases et là il me dit : Ah oui

et je regarde "au perché" ces

c'est toujours très bien mais tu le

JLD : Vous savez, on vit dans un

hommes politiques avec leur

raconteras plus tard. Dix ans sont passés, il

Monde extraordinaire où l’on ne

passion car dans quelques temps

n'est plus au pouvoir, je n'ai plus de

regarde plus rien, où l'on ne voit plus

arrivent les élections présidentielles.

responsabilités en politique, le moment

rien et on n'écoute plus personne. Et

Pour moi, la politique est un

était venu de livrer ce livre.

moi, j'ai pris l'habitude tous les soirs

spectacle. C’est un théâtre vivant

pendant environ une heure, de

avec des gestes, des répliques où il

décrire et déchiffrer les gens que

faut soigner son entrée et sa sortie.

j'ai vu, les paysages et ça m'a appris

Je me disais, le jour où tu pourras

à regarder. J'ai la chance d'avoir

retranscrire ce que tu as vu, ce sera

était au cœur de la République, ça

extraordinaire.

LFC : Alors justement vous nous dites que la politique, c'est de la mise en scène et de la communication. Faitesvous le même constat face à la société d'aujourd'hui ?

commence au ministère de l'Intérieur, quinze jours après mon arrivée : attentat du métro SaintMichel. Pour le juge d'instruction que j'étais, je replonge dans la mort,

LFC : Vous dites justement que vous en avez parlé à Chirac et il vous répond la phrase du titre Tu le raconteras plus tard.

le crime et l'assassinat. Du coup, je raconte cette traque pour arriver

JLD : La grande différence entre le siècle dernier et aujourd'hui est la montée technologie avec les réseaux sociaux et les médias. Avant le comportement était différent, le théâtre de l'Assemblée

JLD : Oui, quand je quitte la

Nationale était tenu par les comédiens

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désormais les journalistes ont pris le relais. Je vais vous raconter une histoire. Quand j'étais le maire d'Évreux, je rentre dans ma ville et je tombe sur une dame qui me dit avec engouement : Oh Monsieur le Maire, je vous ai vu à la télévision alors je m'interroge pour savoir si mon discours lui semblait bien et elle me répond que ma cravate bleue était superbe. C'est à ce moment-là qu'on se rend compte de l'importance de l'image de nos jours, elle est certainement aussi importante que le texte en lui-même. 

LFC : C'est très intéressant d'avoir votre analyse sur la vie politique actuelle, pensez-vous qu'il a désormais trop de communication sur le gouvernement ? JLD : Comment juger s'il y en a trop ou pas assez ? Ce qui nous importe que vous soyez de gauche, de droite ou autre, vous voulez voir la France se redresser. Maintenant, laissons au moins un an au gouvernement quel qu'il soit pour montrer s'il arrive à s'attaquer avec efficacité au chômage, à la croissance économique et à la fiscalité.

TU LE RACONTERAS PLUS TARD, JEAN-LOUIS DEBRÉ, ROBERT LAFFONT, 330 PAGES, 21€

LFC : Quand on lit votre livre et qu'au début vous parlez des attentats, en tant que lecteur, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à ce que nous avons vécu récemment. JLD : C'est exactement ce qu'il se passe et quand on lit attentivement ce passage à un moment avec le service de renseignement, on sait que ce constitue en Belgique des caches de ramifications. En tant que ministre de l'Intérieur, je vais prévenir les autorités belges et nous avons des renseignements extrêmement préoccupant et vingt ans plus tard, on a Molenbeek. Toutes ces personnes qu'on interpelle, qui sont liés au grand banditisme entre les trafics, le vol est souvent en interférence avec le terrorisme car il s'en alimente plus facilement. Ce qui me terrorise c'est qu'en vingt ans, qu'avons-nous fait ? Quand j'entends le président de la République disant qu'il faut lutter contre l'immigration illégale, très bien mais c'est déjà fait dans une opposition totale car c'est plus facile d'accueillir que de rejeter.  

LFC : Alors j'aimerai avoir quelques mots sur Chirac car il a un rôle très important dans le livre, il est même en couverture avec vous. J'ai lu avant cette interview pas mal de papiers dessus et souvent les journalistes vous disent qu'ils en ont déjà parlé et que pouvez-vous apporter de plus ? Vous leur répondez déjà que vous racontez des anecdotes et même que vous pouvez écrire votre Chirac, c'est-à-dire ? JLD : Puisque cela fait trente ans que je côtoie Chirac et j'ai encore le sentiment de ne pas le connaître. C'est un personnage très mystérieux, qui a aussi fait sa réputation grâce aux médias quand on voit un Chirac amateur de bière, de grosse bouffe, de western c'est vrai mais pas totalement. Moi je préférais l'homme qui s'interroge sur l'origine de l'Homme, il a un jardin secret qui est très difficile à percer. Donc je le connais bien mais j'avoue que je ne le connais pas bien également.

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LFC : Du coup, ça vous donne envie de fouiller ? JLD : Eh bien oui ! Quand vous avez un mystère devant vous, une personnalité à plusieurs faces, c'est intéressant de trouver le vrai personnage.

LFC : Nous allons un peu nous éloigner du personnage et en venir aux chiffres, pour le premier livre je vois 160 000 exemplaires vendus, comment expliquez-vous que le livre est autant marché ? JLD : Alors déjà merci aux lecteurs, parce que je crois que les livres vrais plaisent aux gens. Ce sont des notes de tous les jours que je ne corrige pas. Il s'agit de ce que je ressens et non de ragots. Deuxièmement, la population aime ce qui est mystérieux et derrière le paravent public, il y a la vie des hommes politiques entre eux dont j'ai pu assister. Et enfin, le pouvoir fascine le public. Je pense que ce

TU LE RACONTERAS PLUS TARD, JEAN-LOUIS DEBRÉ, ROBERT LAFFONT, 330 PAGES, 21€

mélange allié au fait que j'ai quitté la vie politique et qu'il ne s'agit pas d'une opinion plaît. Après toutes les fonctions et métiers que j'ai pu avoir, désormais je n'ai plus qu'une seule ambition, écrire encore et encore !

LFC : Justement pour finir cette interview, j'ai une dernière question. Durant votre activité vous publiez fréquemment des polars, allez-vous revenir vers la fiction ? JLD : Alors oui, je vais revenir au polar car c'est ma passion. Vous savez la vie est un polar. Parfois, elle peut-être un roman policier et la fiction nous laisse une bien plus grande liberté.

Cela fait trente ans que je côtoie Chirac et j'ai encore le sentiment de ne pas le connaître. C'est un personnage très mystérieux, qui a aussi fait sa réputation grâce aux médias quand on voit un Chirac amateur de bière, de grosse bouffe, de western c'est vrai mais pas totalement. Moi je préférais l'homme qui s'interroge sur l'origine de l'Homme, il a un jardin secret qui est très difficile à percer. Donc je le connais bien mais j'avoue que je ne le connais pas bien également. 40

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Novembre 2017

INTERVIEW

DOUGLAS KENNEDY


entretien avec Douglas Kennedy

Ce roman est également une histoire sur les ÉtatsUnis, un pays qui lui aussi a beaucoup de secrets. Le roman pose une question fondamentale : pourquoi les États-Unis sont dans cet état aujourd’hui ? Douglas Kennedy est né à Manhattan le 1er janvier 1955. Il grandit dans l'Upper West Side. Auteur de nombreux romans qui rencontre un succès incroyable auprès du public avec pour certains des adaptations au cinéma, il nous reçoit dans les locaux de sa maison d'édition. Coupe de champagne et bonne humeur, on parle de son nouveau roman La symphonie du hasard. Entretien. PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET QUENTIN HAESSIG PHOTO : SÉBASTIEN LEBAN

LFC : Douglas Kennedy, merci d’avoir accepté notre invitation. Ce n’est pas la première fois que l’on se rencontre, on se voit assez régulièrement pour parler de vos actualités. Votre dernier roman La symphonie du hasard est disponible chez Belfond. Comment est née l’idée de cette fresque ambitieuse ?

grands secrets. C’est également une histoire sur les États-Unis, un pays qui lui aussi a beaucoup

l’interview sur le personnage d’Alice Burns, pouvez-vous nous la présenter ?

de secrets. Le roman pose une question fondamentale :

DK : C’est la huitième fois que

pourquoi les États-Unis sont

j’écris dans la peau d’une femme

dans cet état aujourd’hui ? Je

mais la première fois dans la peau

crois qu’à travers ce livre, il y a

d’une adolescente. C’était

des idées. Pas des réponses, je

vraiment une expérience

refuse d’écrire de cette

passionnante. Alice est la cadette

manière, mais des idées oui. Au

d’une famille de trois enfants. Elle

début des seventies, le climat

est intelligente, sensible, aime lire

DK : Lorsque j’ai commencé à

était très tendu aux États-Unis,

et est contre le

écrire ce livre début 2016, je ne

à cause de la guerre au

communautarisme. C’est une

savais pas du tout dans quoi je

Vietnam en partie. Cependant

famille très complexe. Le livre suit

m’embarquais. Après quinze mois,

c’est une période où tout était

son parcours d’adolescente qui

j’avais plus de mille trois cent

possible, tout était très flexible.

n’est pas forcément le plus

pages. Au départ, je savais

New-York, ma ville natale, était

paisible.

simplement dans quelle époque je

bon marché à l’époque.

souhaitais situer mon histoire, je

Aujourd’hui, New-York ressemble

connaissais également Alice ma

à Monaco, c’est une ville pour

narratrice et pour le reste c’est

les riches.

arrivé pendant l’écriture, comme d’habitude.

LFC : Ce roman est avant tout une histoire de famille. Êtesvous d’accord ? DK : Oui tout à fait. Et comme dans toutes les familles, il y a de

LFC : Votre fresque est à la fois sociale, culturelle, politique… C’est très bien maitrisé de votre part et ce n’est pas étonnant que le livre soit aussi volumineux tant il y a de choses à dire. Nous aimerions recentrer

LFC : Comme dans beaucoup de vos livres, vous avez créé une fois de plus des personnages très sombres qui ont encore plus de résonance avec l’époque des années soixante. DK : Oui cela fait partie de l’aspect dix-neuvième siècle de ce roman. C’est une grande fresque qui parle d’une famille

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On peut lire ce roman juste à travers cette famille, c’est quelque chose d’universel et d’essentiel car chaque famille a des secrets et il est presque impossible aujourd’hui de trouver une famille heureuse. Et en même temps, vous avez le portrait de cette période passionnante dont nous sommes très nostalgiques. Je me souviens qu’à l’époque du lycée, dans les années soixante-dix, on ne pensait pas à l’avenir, il y avait une sorte d’insouciance. C’était l’époque où tout était possible et abordable. Aujourd’hui, il n’existe plus de classe moyenne surtout aux États-Unis. Soit vous êtes riches, soit vous êtes pauvres. Beaucoup d’étudiants sortent de l’université avec des dettes immenses et deviennent esclaves de la société alors qu’ils n’ont même pas commencé de travailler. C’est vraiment injuste.

qui appartient à l’élite de la société. J’ai une

LFC : Vous parlez d’une revanche des blancs avec l’élection de Donald Trump mais on sent que depuis quelques mois l’époque change, notamment avec les femmes qui prennent la parole.

très bonne mémoire, c’est pour cela que mes personnages sont aussi détaillés et

DK : Il est vrai qu’il y a du changement. Cependant ce qu’il se

charismatiques. Lorsque l’on écrit des

passe avec le scandale Weinstein, c’est quelque chose que

romans, le diable est dans les détails. La

l’on connaissait depuis longtemps. Je crois que c’est propre

période que j’ai choisi dans ce livre est une

aux hommes de pouvoir. On vient d’apprendre il y a quelques

période extraordinaire. L’ombre du racisme

jours que l’acteur Kevin Spacey était également concerné par

et du féministe planait déjà à la fin des

des accusations. Le soulèvement des femmes est très positif.

années soixante et a continué dans les

Vous savez, je n’ai pas beaucoup d’optimisme pour les États-

années soixante dix. C’est une période où il

Unis. J’adore mon pays, je vis entre New-York et l’Europe, mais

y a eu de grands changements qui ont

je trouve qu’il y a beaucoup de choses qui ne vont pas, nous

menacé des personnes au sein de la société.

n’avons pas cru en nous-même. Le plus gros problème

Tous ces changements se reflètent

actuellement c’est l’éducation. C’est quelque chose

aujourd’hui en 2017. Le fait qu’aujourd’hui on

d’essentiel, cela nous montre qu’il n’y a pas qu’un seul point de

discute la contraception, je trouve cela

vue à avoir.

dégueulasse. Le fait qu’aujourd’hui on discute le mariage gay, je trouve cela aussi dégueulasse. C’est la revanche des hommes

LFC : Vous écrivez vos livres pour divertir mais est-ce aussi une façon de transmettre, d’éduquer ?

blancs aux États-Unis. DK : Mon lectorat est très divers, c’est une grande chance. De

LFC : En racontant tout cela, vous nous amenez à mieux comprendre ce que l’on vit aujourd’hui.

ma concierge, aux étudiants en passant par les chauffeurs de taxi. C’est très important pour moi d’être connecté avec des gens différents. Vous avez raison, c’est une façon d’éduquer mais à la manière d’un écrivain du dix-neuvième siècle, avec

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DK : C’était ma stratégie lorsque j’ai

de vraies histoires et une compréhension de la condition

commencé à écrire ce livre sans savoir que

humaine. J’aime poser des questions à propos de la vie, j’aime

Donald Trump allait devenir président des

construire des personnages en insistant sur leurs faiblesses. Je

États-Unis. Comme beaucoup de

place plein de questionnements dans mes livres mais c’est aux

progressistes, j’ai été traumatisé par le

lecteurs de trouver la réponse. Si il y a des réponses… La

résultat. Maintenant j’ai presque de la

certitude est quelque chose de totalitaire, dans la vie tout doit

sympathie pour Georges W. Bush.

être une exploitation.  

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LFC MAGAZINE #4 Novembre 2017

INTERVIEW

VINCENT CROUZET


entretien avec Vincent Crouzet

Retex, ce sont deux mondes qui s’entrechoquent. Celui de l’espionnage, avec ses codes, et celui d’une nature sauvage, celle du Plateau d’Albion. Avec Éric Rochant (Les Patriotes et Le Bureau des légendes), l’espionnage français a trouvé son réalisateur. Il se pourrait bien qu’il ait trouvé son romancier en la personne de Vincent Crouzet. Dans Retex, paru chez Le Passeur éditeur, cet ancien très proche de la DGSE – le service de renseignement de l’Hexagone – nous livre un récit à la construction virtuose, dans lequel, pour notre plus grand plaisir, il nous manipule comme sont manipulés les agents en mission. Et si nous nous régalons à la lecture, nous n’envions pas leur sort ni leur quotidien. PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENT BETTONI PHOTO : © JACQUES WINDENBERGER

LFC : Vincent Crouzet, commençons, si vous le voulez bien, par une courte explication de texte. Pouvez-vous nous éclairer sur la signification de ce nom à consonance barbare qui donne le titre de votre roman, Retex, nous dire ensuite si le service Action de la DGSE, que vous évoquez,  existe bel et bien et, si oui, quelle est son utilité ?

LFC : Présentez-nous votre roman.

station d’interceptions électroniques du plateau d’Albion. Le problème est qu’en fait il la précipite sur un territoire

VC : J’ai voulu embarquer les

extrêmement dangereux où rôde encore

lectrices, les lecteurs au cœur du

un tueur en série. C’est une histoire sur le

service Action de la DGSE, en

mal, la part du mal en chacun de nous,

suivant son chef, le héros récurrent

bien entendu. C’est aussi une histoire

de mes romans, le colonel

entre une femme et un homme. Entre

Montserrat. Ce dernier vit un

Laure et Montserrat. Qui n’est ni une

drame : un duo d’agents (un

histoire de désir, ni tout à fait une histoire

binôme) n’est pas rentré indemne

d’amour, mais quelque chose de plus

VC : Retex est en fait l’acronyme de

d’une mission dans les montagnes

animal, qui tient à l’instinct de meute.

retour d’expérience. Le retour

afghanes. Si Laure a été retrouvée

Avec, aussi, donc, sa cruauté.

d’expérience n’est ni plus ni moins que

vivante, captive de djihadistes,

la démarche de recueil des informations

Serge, son camarade est porté

suite à un événement, une action, et

disparu. Le colonel Montserrat a

dans ce cas précis une mission qui ne

besoin du retex de Laure de

s’est pas déroulée comme prévue. Un

Beaugency, mais cette dernière,

débriefing très complet. Le terme de

frappée de stress post-

retex est surtout utilisé aujourd’hui dans

traumatique, ne parvient pas à

les armées, mais il est employé aussi

s’exprimer sur ce qu’elle a vécu au

VC : Retex, ce sont deux mondes qui

dans le monde de l’entreprise. Le

cours de cette opération.

s’entrechoquent. Celui de l’espionnage,

service Action de la DGSE existe bel et

Normalement, Laure n’est plus

avec ses codes, et celui d’une nature

bien. Il est le bras armé du service de

apte à rester au service Action.

sauvage, celle du Plateau d’Albion. C’est

renseignement extérieur. On fait appel

Mais Montserrat lui donne une

un endroit sublime, au pied de la grande

dernière chance en lui confiant la

dorsale du mont Ventoux, un territoire à

responsabilité de la sécurité de la

part, à l’écart des routes principales. La

au

« S.A. » pour la conduite d’actions

clandestines, et parfois violentes.

LFC : On a le sentiment que le décor dans lequel vous situez votre action représente un personnage à part entière. Pour quelle raison lui attribuez-vous un rôle si important ?

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Le plateau d’Albion avec tous ses mystères, amplifie la tragédie et le drame humain qui se jouent dans cette histoire. C’est donc lui le vrai personnage principal, il agit comme un catalyseur. oublié : celui de la guerre froide, quand la dissuasion conduisait le monde. Aujourd’hui, une station d’écoutes de la DGSE et un régiment de la Légion étrangère, le 2e REG, ont remplacé les installations militaires nucléaires, mais cet endroit reste marqué par une atmosphère extraordinaire. C’est un lieu colonisé par le mal des première fois que je suis monté sur le plateau d’Albion, j’ai été stupéfait par la beauté brute de ce territoire. C’est la Provence de Giono, de René Char, celle des jas de pierres séchées, celle de forêts de hêtres centenaires, mais c’est aussi un plateau calcaire truffé d’avens qui rejoignent parfois le labyrinthe des bunkers des anciennes installations militaires. Car nous y avions implanté les silos de nos missiles balistiques nucléaires, à la fin des années 1960. Le dernier missile a quitté le plateau en 1999. Lorsque je suis tombé sur ces vieux silos, c’était comme une scène de science-fiction, la résurgence d'un monde

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LFC MAGAZINE #4

hommes. Voilà donc un théâtre d’opérations parfait pour un affrontement entre espions de puissances adverses. Normal que l’on retrouve des personnages forts, comme Laure, mutée dans son Désert des Tartares

«

», mais encore le colonel Hermann, chef

légionnaire en apparence sanguinaire, et des espions perdus. Le lien entre eux ? Finalement, au-delà du mal, beaucoup d’humanité. Pas de doute, ce décor, le plateau d’Albion avec tous ses mystères, amplifie la tragédie et le drame humain qui se jouent dans cette histoire. C’est donc lui le vrai personnage principal, il agit comme un catalyseur.

LFC : vous avez collaboré de nombreuses années avec la DGSE, et l’on sent bien que cette œuvre de fiction colle malgré tout à une réalité que vous avez sûrement maintes fois vécue. Alors, 


entretien avec Vincent Crouzet

Les romanciers anglo-saxons de l’espionnage ont tous travaillé pour leurs services de renseignements respectifs. Le Carré, bien entendu, mais encore Graham Greene, Ian Fleming, etc. Et c’est vrai que je prends plaisir à retrouver dans ma mémoire, dans mes souvenirs de voyages, des intrigues, des scènes, des conjonctures, des décors propices à l’écriture de mes romans. dans la mesure où l’on dit que la réalité dépasse souvent la fiction, qu’est-ce qui vous a poussé à écrire des romans plutôt que des documents ou des témoignages, pour la quasi-totalité de vos livres ?

ennemis. C’est vrai que c’est pour

même si le Service s’en défend,

moi nécessaire. Et j’aime projeter

précurseur.

l’action dans une conjoncture existante. Je prends un plaisir rare à raconter la petite histoire dans la grande. Mon précédent ouvrage, Une affaire atomique (éditions

LFC : Vous ne vous montrez pas toujours très tendre avec la DGSE, et l’on veut bien vous donner raison, puisque vous savez de quoi vous parlez. Que lui reprochez-vous principalement ? Les services de renseignement des autres pays sont-ils meilleurs, ou moins pires ? Pour vous, de quelle manière devrait fonctionner un service de renseignement idéal ? Cela est-il possible ? 

VC : En effet, pendant près d’une

Robert Laffont) était un témoignage :

vingtaine d’années, j’ai été très proche

ma place dans l’affaire UraMin, mon

du milieu du renseignement. J’ai

témoignage, en fait, dans un dossier

toujours voulu présenter dans mes

politico-financier de grande

romans une fiction très proche de la

envergure. J’ai écrit ce document

réalité. Le monde de l’espionnage

avec les codes d’une fiction, mais en

n’est, ne m’est crédible que lorsqu’il est

posant ce texte, j’ai transgressé,

présenté de manière réaliste. C’est

notamment en révélant en partie que

notamment ce que j’aime chez John Le

j’avais bien travaillé auprès de la

Carré. Ses personnages sont comme

DGSE. Je ne l’ai pas si bien vécu que

réels. De toutes les manières, les

cela. Je suis heureux de revenir à la

VC : Je crois que je présente

romanciers anglo-saxons de

fiction, même si c’est une fiction

simplement le fonctionnement

l’espionnage ont tous travaillé pour

assez réaliste. Je crois à la force de

réaliste d’un service de

leurs services de renseignements

la fiction. Elle prend une place

renseignement, avec parfois ses

respectifs. Le Carré, bien entendu,

considérable aujourd’hui dans nos

défauts, mais aussi ses grandes

mais encore Graham Greene, Ian

vies. Je plaide pour plus de fiction

qualités humaines. C’est je crois la

Fleming, etc. Et c’est vrai que je prends

autour des services de

spécificité de la DGSE, notamment

plaisir à retrouver dans ma mémoire,

renseignement français. La CIA, la

sur le terrain des opérations. Je

dans mes souvenirs de voyages, des

NSA, le MI6 ou MI5 ont été servis par

pense plus particulièrement aux

intrigues, des scènes, des conjonctures,

des décennies de communication

agents du Service Action immergés

des décors propices à l’écriture de mes

bienveillante véhiculée par la fiction

sur les zones de guerre, en Irak, et

romans. J’ai souvent voyagé seul, sans

qui peut devenir une arme de

en Syrie aujourd’hui. Ils vivent avec

raconter autour de moi ce que j’avais

déstabilisation, de désinformation,

leurs camarades kurdes dans les

vécu. L’écriture comble ce manque.

ou d’influence. La DGSE doit s’en

mêmes conditions que les "locaux".

C’est pour moi un retour vers des pistes

emparer. Le Bureau des légendes, la

Ils sont éprouvés aux conditions

anciennes, dans des mondes parfois

série d’Éric Rochant, est peut-être,

rustiques opérationnelles, et sont

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Je sais la part du mal dans l’humanité, mais je crois profondément à la plus formidable des énergies : celle de la survie, portée par l’amour des autres. Et j’ai confiance dans les espions pour jouer leur part dans ce lendemain.

d’une grande adaptabilité, contrairement à certaines forces spéciales alliées... Nous sommes au niveau des autres services de renseignement occidentaux, et bien meilleurs qu’eux, parce que très au contact des populations. J’ai récemment retoqué sèchement au cours d’une table ronde l’un de mes confrères romanciers qui louait la supériorité US. Je crois qu’aujourd’hui où les grands services de renseignements sont suréquipés électroniquement, l’avantage se fera à nouveau par la force du renseignement humain. Pourquoi ? Parce que l’ennemi se protège contre la technologie. Malgré l’exceptionnelle couverture de l’Irak et de la Syrie dans les mains des plus perfectionnés des systèmes, on n’a peut-être pas toujours éliminé le chef de Daech, Al Baghdadi. On a mis des années à repérer Ben Laden, mais grâce au renseignement humain. J’ai beaucoup de respect pour le travail des femmes et des hommes de la DGSE. J’espère leur rendre hommage à travers mes romans. Un service de renseignement idéal ? Ça n’existe pas. Un service secret est employé pour des actions illégales et souvent moralement condamnables, donc il faut s’abstraire de toute

« idéal ». C’est une zone

grise. Avec ses échecs, et ses victoires. Les échecs sont souvent mis en lumière. Jamais les triomphes.

LFC : Dans Retex, qui se situe en 2011, vous évoquez le terrorisme djihadiste, qui ne s’étendait pas aussi  largement qu’aujourd’hui. À la lumière de votre expérience et de votre analyse de la situation géopolitique actuelle, comment entrevoyez-vous l’avenir, à ce sujet ? VC : Nous sommes entrés dans une nouvelle ère. C’est terrifiant, et passionnant. Terrifiant parce que les innocents sont ciblés. Passionnant parce nous changeons de paradigme. Cela nous oblige à évoluer. La communauté du renseignement était organisée en fonction d’une vision binaire du monde. L’Est contre l’Ouest. Le mal de chaque côté. Le collectivisme, le capitalisme. L’expression violente d’une troisième sphère, moins évidente à appréhender, nous oblige à concevoir autrement le monde qui nous entoure. Je pense que le retour des menaces sectaires signifie que la planète fonctionne simplement très mal. Trop d’inégalités dans un monde globalisé où les plus faibles, facilement manipulables, convoitent la planète des plus riches. La violence peut être immédiate, portée au cœur de nos cités avec si peu de moyens. Nous avions la crainte hier de l’hiver nucléaire, mais c’était somme toute une

« grande peur »

presque irréaliste. Les journées épouvantables vécues au cours de ces deux dernières années en France et ailleurs en Europe nous ont ramené à une terrible réalité : nous sommes vulnérables. Cette vulnérabilité, chacun la ressent. Et nous conduit à plus d’empathie, de responsabilités, de discernement, de prévention, et donc de protection pour la communauté cette fois la plus élargie : à l’échelle du monde. Je suis un éternel optimiste. Je sais la part du mal dans l’humanité, mais je crois profondément à la plus formidable des énergies : celle de la survie, portée par l’amour des autres. Et j’ai confiance dans les espions pour jouer leur part dans ce lendemain. 

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INTERVIEW

MARSAULT


entretien avec Marsault

Je dessine comme je respire. Si je n'ai pas mes dix heures de dessin par jour, je ne suis pas bien physiquement quel que soit mon état d'esprit. Né en 1988 dans la banlieue Parisienne, il quitte l'école à 16 ans et travaille comme manœuvre de chantier. Dessinant d'abord pour faire rigoler ses copains de comptoir, il apprend le métier seul. Il forge sa technique en étudiant la bande-dessinée des années 70-80, Gotlib en tête, à qui il voue un culte sans limites. Marsault impose un style de BD efficace, brutal et sans détours. Après plusieurs albums comme Breum #1 (éd. augmentée) et Breum #2, nous le rencontrons chez Ring pour parler de son nouvel album Dernière pute avant la fin du monde, actuellement en librairie. PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET CÉDRIC ADAM PHOTOS ET EXTRAITS DE DESSINS : RING ÉDITIONS

LFC : Marsault bonjour, je vous remercie d'avoir accepté l'invitation de La Fringale Culturelle. On est content de vous rencontrer. Votre actualité en librairie en ce moment, c'est Dernière pute avant la fin du Monde aux éditions Ring. Comment est née l'idée de cet album ?

propose : il y a des putes, des

devenu sympa et on en est là aujourd'hui.

flingues et des grosses bagnoles.

Le déclic est venu naturellement finalement. 

LFC : Comment avez-vous commencé à faire du dessin ? M : Je dessine depuis que je suis

LFC : De travailler le dessin, ça vous prend beaucoup de temps, il y a une forme de solitude dans votre exercice ?

tout petit. Sur les coups de 18-19 ans, je dessinais souvent dans les

M : Totalement, ça me prend tout mon

M : Je dessine, je dessine et l'idée vient

bistrots pour faire rigoler les

temps. Toute ma vie tourne autour. De 20

par la suite. Il y a très rarement un

copains. Un soir, l'un d'eux est

à 25, j'ai quitté Rennes pour la campagne

projet au départ à part pour mon

venu me voir un peu bourré et me

car je savais que la vie citadine n'était pas

prochain album qui sortira en 2018 où il

dit : tu dessines super bien, il faut

compatible avec un apprentissage

y a un thème prédéfini. Je dessine au

que tu fasses de la BD et moi qui

rigoureux. Pendant cinq ans, je suis passé

fur et à mesure ce qui me passe par la

était aussi bourré, je lui ai

de la vie dissolue à celle d'un moine du

tête et en général ça fini par me faire

répondu sèchement : vendu,

jour au lendemain.

un album. Cela peut-être dans un

demain je te fais une planche

format assez court avec des cases et

! Alors le lendemain, je me suis

des histoires en seulement 2-3 pages

demandé qu'est que je peux faire

puis Dernière pute avant la fin du

? J'ai fini par trouver un scénario

Monde, c'est un peu plus long car

complètement nul sur la mort

M : En quelque sorte, je dis souvent que je

j'étais chez moi coupé de Facebook,

d'Elvis. Je n'aimais pas du tout les

dessine comme je respire. Si je n'ai pas

j'ai pu en faire des plus longues.

cases que j'avais faites, ainsi que

mes dix heures de dessin par jour, je ne

les couleurs mais j'ai eu l'envie de

suis pas bien physiquement quel que soit

continuer et de m'améliorer.

mon état d'esprit. Pour trouver un

Après en avoir écrire 3-4 c'est

équilibre, j'ai des loisirs à côté, je fais du

toujours aussi nul, puis à 200 ça

sport de combat et du tir sportif pour me

M : Je ne sais pas ce que je propose en

commence à devenir pas mal et

détendre un peu ainsi que voir ma copine

fait... C'est difficile de dire ce que je

arriver à 1000, je me dis que c'est

de temps en temps mais cela s'arrête là.

LFC : Qu'est-ce que vous proposez comme thème dans cet album ?

LFC : Le dessin, c'est comme une religion ?

LFC MAGAZINE #4 50


LFC : Vous êtes un autodidacte, vous vous êtes construit par vous-même ?

M : Au début, ça me touchait vraiment puisque quand on n'est pas

M : Oui, je n’ai eu personne pour me donner des conseils mais comme tous les

habitué, on doit quand même faire

autodidactes je me suis fait ma culture en regardant ce que les grands ont fait

avec. Maintenant, je me suis mis en

comme Uderzo, etc. Ce qui est bien quand on est autodidacte, si on tient le coup

mode économie d'énergie. C'est à

d'aller au bout de sa démarche, on est forcément plus fort que la majorité de ses

dire que plutôt que de me le prendre

confrères. Un étudiant en art quand il va être confronté à un problème, il va

en pleine tronche, ça me passe

demander l'avis au prof et ce sera vite réglé tandis que moi je vais peut-être

désormais au-dessus. Encore

prendre deux semaines ou plus mais j'obtiendrais au final ma perspective

aujourd'hui, je me prends de la

personnelle. Techniquement parlant, mes albums sont des carnages, les ombres

censure et des fermetures de

sont mises de partout. Je n'ai aucune formation académique, à 15 ans je suis aux

compte sur Facebook mais le public

Beaux-Arts pour faire plaisir à ma mère, mais cela ne m'a servi à rien.

et les ventes sont encore là. Le problème est simplement lié à notre

LFC : Aujourd'hui vous avez un énorme succès sans avoir respecté les codes en quelque sorte. Du coup, quel est le regard de votre maman sur votre travail ? M : C'est une question intime ça ! (Rire) Ma maman aime bien, c'est elle qui m'a passée la fibre artistique. Elle partage aussi la façon dont j'ai fait ma vie car elle vient quand même d'une époque où tout allait bien. Elle qui vient de cette

époque, à part avoir tapé sur quelques gauchos, je n'ai pas révélé des secrets de Nasa.

LFC : Est-ce que finalement ces critiques vous motivent davantage à continuer ?

génération, elle ne comprend pas que je me prenne tout ce que je me prends dans la tronche.

M : Non, ce n'est pas vrai. Les gens qui disent que la censure est une

LFC : Justement, est-ce que vous trouvez les critiques vis-à-vis de votre travail pénibles ? 51

LFC MAGAZINE #4

force, ça marche durant deux mois mais après ça plombe. C'est pour


cette raison qu'il faut se mettre en mode économie d'énergie et s'isoler. Moi, j'ai

même temps qu'on se cuitait.

ma petite vie extrêmement chiante avec mes chats, mon sport, mon dessin et je

L'album Deux poids deux

reste dans mon coin.  

mesures je l'ai fait entièrement cuité. Le fait d'aller simplement

LFC : À chaque séance de dédicace vous cartonnez, comment expliquezvous cet engouement autour de vous ?

de projet en projet sans rien prévoir, sans jamais m'arrêter me permet de ne pas me voir

M : Je pense que cela peut s'expliquer par une première bonne raison qui

moi-même. Je me suis jamais

est ce que je ne triche pas. Il y a beaucoup d'artistes qui se ménagent un petit

ou du moins pas assez

peu certainement pour des questions de promotion. Pour ma part ce n'est mon

longtemps posé pour faire un

cas, je donne vraiment tout ce que j'ai. Le dessin ce n'est pas seulement mon

bilan. Des gens le font surtout

travail, c'est tout moi. J'adore Johnny Hallyday, beaucoup disent que c'est nul car

à 30 ans car on ne réfléchit

c'est trop beauf, mais le mec il envoie ! J'ai vu un jour une vidéo de reprise de l'un

plus pareil, la testostérone

de ses fans et c'était complètement raté et mauvais, sauf que quand Johnny le

commence à baisser et on

fait c'est bon et tu te prends cette rafale d'énergie en pleine face. J'ai donc la

demande comment apprendre

prétention à travers mes dessins de transmettre cette énergie.

à le gérer. Plutôt que me poser, je continue d'aller

LFC : Votre actualité de 2018 ?

encore de projet en projet mais je sais que tôt ou tard je

M : En janvier 2018, il y a la réédition de FDP de la Mode qui sort. Et enfin en

ne vais pas y louper.

septembre 2018, il y a un très gros morceau qui arrive. Je ne peux pas en parler pour le moment car je tiens à tenir la surprise pour mes fans. Le bon côté c'est que je ne m'arrête jamais. Alors oui j'espère qu'à 35-40 ans, j'arriverai à m'intéresser à d'autres choses car c'est quand même une vie un peu chiante. Attention, personne ne m'y a obligé, c'est moi qui l'est choisie. Puisque à une époque, j'avais souvent les copains qui venaient à la maison et je dessinais en

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LFC MAGAZINE #4

LFC : Vous êtes très indépendant dans votre démarche, est-ce que vous vous verrez travailler avec la presse par exemple ?


M : J'ai travaillé avec la presse pendant un an. Plus précisément pour quatre numéros du magazine mensuel Psikopat. Ensuite, je suis allé bénévolement vers le Zelium, une sorte de sous Charlie Hebdo, il n'y avait pas d'argent mais c'était vraiment une période sympa où je faisais des dessins de presse. Malgré tout j'en ai un peu honte de ces dessins maintenant, c'était à une époque où politiquement et humainement, je n'étais pas très éveillé. J'avais 22-23 ans, et vous savez ce qu'on dit : si à 20 ans, vous n'êtes pas socialiste c'est que vous n'avez pas de cœur et si à 40 ans vous l'êtes, vous n'avez pas de

DERNIÈRE PUTE AVANT LA FIN DU MONDE, MARSAULT, 18€

cerveau. Moi j'ai 30 ans et je ne le suis plus. Suite à l'un de mes dessins partagé sur Facebook par Alain Soral (qu'il a récupéré malgré moi, je ne cautionnais pas), Zelium m'a fait comprendre qu'il ne voulait plus bosser avec moi. Donc oui, j'ai fait un peu de presse mais cela ne m'intéresse plus. L'actualité, c'est quelque chose qui meurt par définition. Je préfère l'intemporel.  

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LFC MAGAZINE #4


LFC MAGAZINE #4

Novembre 2017

INTERVIEW

VIKTOR VINCENT


entretien avec Viktor Vincent

J’espère transmettre ma passion pour l'art de l'illusion à travers mes livres, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que j’ai eu à les écrire.  Viktor Vincent reçoit en 2015 un Mandrake d’or, distinction décernée aux plus grands illusionnistes du monde. Aujourd'hui, il est sur tous les fronts : livres, spectacles et télévision sur TF1 aux côtés d'Arthur. Entretien avec Viktor Vincent qui nous présente son nouveau spectacle à voir jusqu'en décembre à Paris Les liens invisibles et son livre Le carnet du mentaliste dans lequel il révèle quelques secrets. PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE MANGELLE PHOTO : LAROUSSE

LFC : Bonjour Viktor Vincent, vous publiez en librairie Le carnet du mentalisme. Comment est née l’idée de ce livre ?

regarder les choses autrement.

VHS, c'était étrange pour moi d'être de

Lorsqu’un illusionniste réalise un

l'autre coté ! J'ai repensé à ma passion pour

miracle et qu'il trompe vos sens

la magie et cela n'a fait que l'accroître.

alors l'illusionniste nous met en garde ! Et si le monde n'était pas

VV : Mon idée est de transmettre ma

tel que nous le percevons. Je trouve

passion pour le mentalisme, j’avais déjà

que le point de vue est intéressant !

commencé avec mon premier livre Les

Devons-nous faire confiance à nos

secrets du mentaliste, j’y ai pris

sens ? Regarder le monde

tellement de plaisir que j’ai voulu

autrement, voilà ce que nous dit

recommencer en allant un peu plus loin

l’art de l’illusion.

et offrir un livre que j’aurais moi-même aimé trouver lorsque que j’ai commencé à apprendre le mentalisme.

LFC : Pourquoi partagez-vous une partie de vos secrets avec le public ?

LFC : Vous êtes actuellement au théâtre à Paris, à la Comédie des ChampsÉlysées, avec un nouveau spectacle, Les liens invisibles. Parlez-nous svp de ce spectacle qu’on peut encore aller voir. VV : Je suis persuadé que nos destins sont reliés et que notre vie change la vie de

LFC : En 2015, vous recevez un Mandrake d’or, récompense décernée aux plus grands illusionnistes du monde. Vos impressions ?

millions de personnes que nous ne rencontrerons jamais. Dans Les liens Invisibles, je parle des destins qui se croisent et se nourrissent. Sur scène, j’utilise le mentalisme mais aussi la magie, les effets spéciaux, la projection, le récit et la mise en

VV : J’aime l’idée de susciter des

VV : Je suis très heureux d’avoir été

scène pour raconter cette grande histoire à

vocations. Il faut bien commencer

récompensé et je n’oublie pas qu’à

laquelle nous appartenons tous. Je suis à la

quelque part ! Que vous soyez

cette occasion j’ai rencontré un

comédie des Champs-Elysées jusqu'au 31

passionnés ou simplement curieux vous

ami, Luc Langevin qui a reçu lui

décembre et ensuite en tournée.

trouverez toujours quelque chose qui

aussi cette distinction la même

vous intéressera et qui vous surprendra.

année. Nous sommes devenus amis et maintenant nous travaillons

LFC : Maîtriser l’art de l’illusion, en quoi est-ce utile ?

ensemble et j’en suis vraiment ravi... Lorsque j'étais enfant, je regardais chaque année les Mandrakes, je les

VV : L'art de l’illusion permet de

enregistrais chaque années sur

LFC : Et ce n’est pas tout, après le livre, le spectacle, il y a la télévision ! Vous incarnez l’art particulier du mentalisme dans les émissions Diversion dédiées à la magie, sur TF1, aux côtés d’Arthur. Racontez-nous. LFC MAGAZINE #4 55


Les liens invisibles, Viktor Vincent, Comédie des ChampsÉlysées, Jusqu'au 31 décembre 2017

Le carnet du mentalisme, Viktor Vincent, Larousse, 192 pages, 16,95

Dans Diversion, je suis avec des amis et j’ai pris vraiment beaucoup de plaisir avec Gus l'illusionniste, Enzo mais aussi Luc Langevin. Nous sommes beaucoup amusés et c'est une bonne chose pour la magie car l'émission d'Arthur met un coup de projecteur sur cet art parfois oublié. J’ai également le plaisir d’être aux côtés d’Arthur dans sa nouvelle émission Pas de ça entre nous et nous avons d’autres projets pour 2018...

LFC : On vous laisse le mot de la fin... VV : J’espère transmettre ma passion pour l'art de l'illusion à travers mes livres, j’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que j’ai eu à les écrire.

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LFC MAGAZINE #4


13 à table : 3 questions à françoise bourdin

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LFC MAGAZINE #4

LFC : Bonjour, un grand merci de répondre à nos questions. Vous participez à 13 à table ! pour les Restos du coeurs. Pour quelles raisons vous êtes-vous engagée ? FB : S’engager pour les Restos du coeur était enfin l’occasion de pouvoir participer à ce formidable élan de solidarité qui a lieu chaque année lors de la campagne des Restos. Un auteur tout seul dans son coin ne peut pas grand-chose, mais en réunissant les bonnes volontés de toute la chaîne du livre, (écrivains, éditeurs, papetiers, libraires, grandes surfaces). Pocket nous a donné la chance de pouvoir être utile à une belle cause, une cause juste. LFC : Que représente pour vous l’amitié ? FB : L’amitié est un sentiment très fort, souvent plus durable que l’amour et qui n’est pas soumis aux mêmes tourments. On peut tout dire à un ami, partager ses pensées les plus folles ou les plus sombres, mettre son âme à nu et conclure par un vrai fou-rire. L’amitié, à condition qu’elle soit authentique, est désintéressée, ludique et solidaire. Il n’y a ni pudeur ni obligation. C’est comme une fraternité... sans le contentieux familial ! LFC : En quelques lignes, pouvezvous nous résumer votre nouvelle ? FB : “Tant d’amitié” raconte comment un homme en vient à soupçonner sa femme de le tromper avec son meilleur ami. Un scénario classique lorsqu’il s’aperçoit qu’en réalité on lui préparait une gentille surprise. Le quiproquo est levé, tout rentre dans l’ordre, sauf que... En une seule phrase, la dernière, l’éclairage de leur histoire devient radicalement différent. J’ai choisi Cabourg comme cadre pour cette nouvelle car j’adore cet endroit, romantique à souhait. Ecrire une nouvelle sur un thème donné est un exercice de choix pour un auteur !

Par Christophe Mangelle Photos : Philippe Matsas/Opale/Belfond


13 à table : 3 questions à françois d'epenoux LFC : Bonjour, un grand merci de répondre à nos questions. Vous participez à 13 à table ! pour les Restos du coeurs. Pour quelles raisons vous êtes-vous engagée ? FE :  Pour joindre l'agréable à l'utile, tout simplement ! Participer à cet ouvrage, c'est agréable pour un auteur... et je l'espère pour le lecteur ! Une oeuvre commune, voilà qui nous sort un peu de nos traversées littéraires en solitaire. Quant à l'utile, il n'est plus à démontrer, puisque 13 à table ! permet de distribuer des repas par centaines de milliers chaque année. LFC : Que représente pour vous l’amitié ? FD :  Une valeur essentielle ! C'est une plante parfois fragile qui mérite qu'on la cultive, qu'on en prenne soin, qu'on la nourrisse, et qui, en principe, résiste à toutes les tempêtes. LFC : En quelques lignes, pouvezvous nous résumer votre nouvelle ? FD : C'est l'histoire d'un règlement de compte entre deux amis, sous forme de huis-clos. L'un est ophtalmo, et a complètement raté l'opération des yeux de son ami. Après quatre ans de silence et de brouille, celui-ci, à bout de souffrance, décide que l'heure de la vengeance est venue : oeil pou oeil... ce qu'il leur reste de souvenirs et d'amitié suffira-t-il à éviter le drame ? Peut-être, mais de justesse...

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LFC MAGAZINE #4


MUSIQUE, LIVRE, FILM : MATHIAS MALZIEU S'EXPRIME SOUS TOUTES LES FORMES ARTISTIQUES

L'INTERVIEW MATHIAS MALZIEU, LE GÉNIE CRÉATIF

L'ENTRETIEN XCLUSIF J E N N A EM AY P.59 À 63. FINALLY REVEALS HER

SECRET ROMANCE, P7

TOP 10 OUTFITS

AT THE RED CARPET, P16

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LFC Magazine #4

LILY TALKS

LILY CORRIN BREAKS HER SILENCE, P21 L F C

M A G A Z I N E

# 4

Photo : © Mathias Malzieu, photo cover : © Roberto Frankenberg

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LFC Magazine #4

Entretien exclusif Par Christophe Mangelle et Quentin Haessig.

MATHIAS MALZIEU ÂME SENSIBLE AU SERVICE

PARIS, OCTOBRE 2017. NOUS

D'UN UNIVERS ONIRIQUE LFC : Mathias Malzieu, un grand merci d’avoir accepté notre invitation. Tout d’abord, pouvezvous dire à nos lecteurs où est-ce que nous nous trouvons ?

juste l’hôpital sans infirmières. Cet endroit ressemble un peu à l’intérieur de ma tête, je m’y sens bien. 

MM : Nous sommes dans ce que j’ai appelé dans l’un de mes livres : mon appartelier. À la fois j’y vis et à la fois j’y travaille. Quand j’ai eu à traverser cette longue période d’hôpital, je savais qu’à la fin, j’allais être assigné à résidence pendant un petit moment. C’est à ce moment que je me suis commandé mon fauteuil œuf, que j’ai construit mes skatagères… Je ne voulais pas qu’en rentrant chez moi, ce soit

LFC : Le journal d’un vampire en pyjama est disponible au Livre de Poche, il était sorti aux Éditions Albin Michel il y a un petit moment, ça a été un véritable carton. Que ressentez-vous avec un peu de recul ?

SOMMES INVITÉS ET REÇUS

AVEC UNE GRANDE

GENTILLESSE DANS

L'APPARTELIER DE TRAVAIL

DE MATHIAS MALZIEU, LIEU

OÙ IL CRÉE, INVENTE, CHANGE

LE MONDE SELON SES

ASPIRATIONS ARTISTIQUES.

RENCONTRE AVEC MATHIAS

MALZIEU QUI FOURMILLE DE

PROJETS...


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LFC Magazine #4

NOTRE CONSEIL DE LECTURE Vous pouvez lire aussi La mécanique du cœur disponible toujours en librairie qui a fait l'objet de l'adaptation cinématographique, un film d'animation aux influences rappelant l'univers de Tim Burton.  

Mathias Malzieu est sur les réseaux sociaux.

Rejoignez-le !

Je suis très heureux. Le travail des différents éditeurs a été remarquable. Le livre plaît beaucoup, je reviens tout juste d’Espagne et ce qui se passe là-bas est magique. C’est une grande aventure qui va se poursuivre dans quelques jours au Mexique… C’est un espèce de bonus magique tout ce qui m’arrive, j’ai l’impression que ce livre ce n’est pas moi qui l’ai écrit quand je vois les espagnols me le tendre, c’est une langue que je connais à peine. Le succès n’est pas une fin en soi, c’est un ticket de train pour le voyage d’après. J’ai lancé ce livre comme une bouteille à la mer et les gens qui ont reçu ce message me donne de l’élan pour faire de nouvelles choses. LFC : Vous avez publié des livres avant celui-ci et avant votre expérience douloureuse, qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire sur vous ? MM : C’est la situation. Vous m’auriez posé la question il y a quatre ans, je vous aurais répondu qu’un journal ça ne m’intéressait pas car je préférais la forme romanesque. Je ne suis pas un bâtisseur de fiction sur quelque chose qui n’existe pas, il y en a qui font cela très bien. Pour écrire, il faut que j’ai traversé des choses pour pouvoir les transposer. Il faut que ce soit ancré dans le réel, quitte à le transformer et jouer avec. J’aime cette façon de 

trois raisons de lire... MATHIAS MALZIEU JOURNAL D'UN VAMPIRE EN PYJAMA LE LIVRE DE POCHE 324 PAGES, 7,90€

mettre des filtres avec les personnages et de faire ma petite cuisine. Mon principe de réalité a augmenté avec cette expérience et l’avantage c’est que je pourrai l’utiliser dans mes prochains romans. LFC : Ce qui est très fort, c’est que vous avez fait de ce livre une véritable création artistique. Vous avez vécu l’enfer mais vous arrivez quand même à nous faire rêver, à nous faire changer de regard sur la maladie. MM : C’était tout l’enjeu de ce livre. Quand je l’écrivais, je ne savais pas encore si cela allait être un livre. Quelque part, ça n’en est pas un. C’est une sorte de documentaire sur ce qui m’arrive et sur ce que je ressens. Et en le faisant sous forme de journal, une sorte de rendez-vous avec moi-même, je me suis mis à muscler mon imagination face au réel. Ce n’est pas une imagination de fuite mais une imagination de combat. Cela je ne le savais pas avant de l’écrire. C’est en écrivain tous les jours que c’est venu, un peu comme un marathonien qui s’entraine. Le sujet ce n’est pas la maladie mais plutôt ce que l’on en fait.

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Une écriture onirique Un parcours de santé personnel avec une puissance universelle.

Un bonus inédit Le carnet de board, une fois la santé gagnée, un voyage !

L'espoir Un livre à lire et à relire quand on va mal.


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LFC Magazine #4

Mathias Malzieu

La maladie c’est simplement le méchant du film. Pour m’échapper de cette

situation d’enfermement, j’ai utilisé l’intériorité et l’écriture. Je n’ai jamais été

fataliste, je n’ai jamais lâché le match et tout cela est lié à la ritualisation de

l’écriture.

La maladie c’est simplement le méchant du film. Pour m’échapper de cette situation d’enfermement, j’ai utilisé l’intériorité et l’écriture. Je n’ai jamais été fataliste, je n’ai jamais lâché le match et tout cela est lié à la ritualisation de l’écriture. LFC : Vous écriviez au fur et à mesure que vous viviez les différentes étapes de la maladie ? MM : J’écrivais tous les jours. Trois lignes, deux pages… Cela dépendait de mon état. Quand j’ai su que cela pourrait être un livre, j’ai commencé à me relire. Comme avec les romans. J’ai eu envie de la partager quand je me suis rendu compte que c’était une aventure extraordinaire avec un enjeu terrible : la vie ou la mort. Comme me l’avait dit mon ami Joann Sfar, c’est une galère mais ce sera une belle histoire à raconter. LFC : Il y a une notion de partage importante dans ce livre, vous devez entretenir une relation particulière avec vos lecteurs ? MM : Ce qui me passionne dans les livres, ceux que je lis et ceux que j’écris, c’est le cousinage télépathique avec un auteur et un lecteur. On a l’impression de les connaitre alors qu’on ne les a jamais rencontré. Lorsque j’ai rencontré des lecteurs à moi et qu’ils m’ont dit qu’ils avaient eu la même sensation en le lisant, j’étais très touché. Il y a un livre qui s’appelle Eureka Street de Robert McLiam Wilson qui se passe pendant les attentats à Belfast. Les personnages sont magistraux. Ils se réunissent toujours dans le même bar et une fois que vous finissez ce livre, ils vous manquent car vous avez comme l’impression que ce sont vos amis. C’est ce qui me touche dans la littérature, lorsque l’on arrive à ce degré ce connivence. 

LFC : À l’époque de la sortie du livre, il y a également un album qui est sorti. Pourquoi avoir choisi ce double format ? MM : Aujourd’hui, je suis plus à l’aise pour faire des livres parce que je fais des chansons. Et vice-versa. Et tout cela me donne envie de faire des films. C’est un peu boulimique mais il y a un coté arbre généalogique avec toutes ces activités qui parle d’une même histoire. Cela me coûte de l’énergie car j’ai mon équipe technique mentale qui est obligé de changer les optiques, de changer la lumière mais c’est d’une richesse terrible. Le scénario m’amène une dynamique de cause à effet que je n’ai pas besoin d’habitude de développer dans un roman. Je veux raconter des histoires avec des angles différents, c’est ma manière de fonctionner. LFC : Le livre de poche est une sorte de seconde vie pour le roman, mais pas seulement avec le texte, car il y a une certaine continuité avec votre carnet de board. MM : J’adore le livre de poche. Vous pouvez les corner, les prêter, les offrir, les perdre, les racheter… Ce que j’ai aimé dans la proposition du Livre de Poche c’est d’en faire un bel objet avec des photos, ce qui est très rare, je les remercie vraiment. J’aimais le coté écrivain/voyageur et ils ont tout fait créer cet univers. Je compare souvent cela à la musique, je suis de la génération qui écoutait Nirvana qui mettait des morceaux cachés dans leurs albums. Dans les deux cas, ce sont des sortes de making of, de bonus DVD. Tout le monde a joué en équipe et je suis très heureux du résultat. 


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LFC Magazine #4

Mathias Malzieu

J’adore le livre de poche. Vous pouvez les corner, les prêter, les offrir, les

perdre, les racheter… Ce que j’ai aimé dans la proposition du Livre de Poche

c’est d’en faire un bel objet avec des photos, ce qui est très rare, je les remercie

vraiment. J’aimais le coté écrivain/voyageur et ils ont tout fait créer cet univers.

LFC : Quels sont vos projets pour la suite ? MM : Il y a beaucoup d’actualités. La sortie du Carnet de Board dont on a longuement parlé pendant l’entretien. Je suis en tournée avec mon groupe en Espagne, au Mexique, en Allemagne… Je fais des concerts et des lectures. Et enfin, je suis en train d’écrire un nouveau roman qui est en même temps un livre et en même temps un album. Le titre sera Une sirène à Paris. LFC : Dernière question, comment allez-vous aujourd’hui ? MM : Je vais très bien. Je suis hypocondriaque à vie. Cette expérience douloureuse c’est une sorte d’arrêt au stand et pour repartir, j’ai du apprendre comment fonctionne le moteur. Il y a beaucoup de choses que j’ignorais notamment à propos de la moelle osseuse mais j’en apprends chaque jour. C’est comme si j’avais Doctissimo intégré dans mon cerveau à chaque symptôme. Mon médecin me chambre beaucoup d’ailleurs par rapport à cela. Je savoure le retour à la vie, je viens de fêter mes trois ans de greffe, je suis un homme très heureux.

Je suis hypocondriaque à vie. Cette expérience douloureuse c’est une sorte

d’arrêt au stand et pour repartir, j’ai du apprendre comment fonctionne le

moteur. Il y a beaucoup de choses que j’ignorais notamment à propos de la

moelle osseuse mais j’en apprends chaque jour. C’est comme si j’avais

Doctissimo intégré dans mon cerveau à chaque symptôme. Mon médecin me

chambre beaucoup d’ailleurs par rapport à cela. Je savoure le retour à la vie, je

viens de fêter mes trois ans de greffe, je suis un homme très heureux.


NOUVEAU // LFC MAGAZINE #1 #2 #3 ET #4

VOTRE RENDEZ-VOUS CULTUREL

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L'INTERVIEW CHRISTOPHE WILLEM LE DISQUE DE LA MATURITÉ !

L'ENTRETIEN XCLUSIF J E N N A EM AY P.65 À 74. FINALLY REVEALS HER

SECRET ROMANCE, P7

TOP 10 OUTFITS

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LILY TALKS

LILY CORRIN BREAKS HER SILENCE, P21 L F C

M A G A Z I N E

# 4

Photos cover + articles : © Yann Horan et ©Sven Doublet (extraits du livre WIllem E/P/A)

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CHRISTOPHE WILLEM

Entretien exclusif Par Christophe Mangelle et Quentin Haessig.

ESCAPADE À RIO LFC :  Christophe Willem un grand merci d’avoir accepté l’invitation de LFC Magazine, c’est la deuxième fois que l’on se rencontre. Cette fois-ci pour parler de votre album Rio, votre cinquième qui est accompagné d’un livre qui retrace votre parcours. Comment est née l’idée de ce double objet ?   CW : Au départ, il y avait uniquement ce projet d’album, à vrai dire je n’ai jamais été vraiment fan de l’idée du livre. Je trouve cela bizarre de faire un livre alors que l’on a simplement quelques années de carrière, j’ai toujours dit non. L’idée est venue 

d’Élodie Suigo, journaliste à Radio France, qui est quelqu’un de très assidue et professionnelle, c’est toujours un plaisir lorsqu’elle me reçoit sur France Bleu d’ailleurs. Elle m’a présenté le projet à la fin de la tournée de mon album précédent et elle me l’a présenté comme quelque chose de spécial à travers des textes et des rencontres, pas comme une biographie classique.

PARIS, HÔTEL D'AUBUSSON,

OCTOBRE 2017, DERNIÈRE

INTERVIEW AVANT DE

DÉJEUNER ET DE SAUTER

DANS UN TRAIN POUR UNE

RENCONTRE EN PROVINCE,

HARLAN COBEN NOUS

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CHRONO POUR PARLER

BOUQUINS ET SÉRIES TV.


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LFC Magazine #4

Christophe Willem est sur les réseaux sociaux.

Rejoignez-le !

LFC : Par ce biais là, elle est parvenue à vous faire dire plus de choses finalement ? CW : Oui c’est vrai mais parce que c’est fait de manière intelligente. Tous les titres que j’ai fait ont une résonance dans ma vie. Lorsque vous faites de la pop music, les gens pensent parfois qu’il n’y a pas de profondeur dans les textes. Le fait qu’elle mette l’accent sur certains titres m’a permis de parler davantage de certains thèmes. LFC : On retrouve vos débuts à la Nouvelle Star dans ce livre, où vous avez vécu des moments incroyables, Qu’est-ce que cela vous fait de revenir sur cette période en lisant le livre ? CW : C’est un sentiment assez bizarre au début. Pour tout vous dire, au début je ne voulais pas voir le livre avant qu’il sorte. J’estime qu’à partir du moment où je suis en confiance, il n’y a pas de soucis à se faire. Je voulais qu’elle est une liberté totale. Ce livre me permet de mieux comprendre le rapport que j’ai avec le public aujourd’hui. Je croise parfois des gens qui ont entre vingt et trente ans, qui ont suivi La Nouvelle Star lorsqu’ils avaient une dizaine d’années, et pour qui cette période a quelque chose de très rassurant et familier. Cela leur rappelle des souvenirs dans le salon de leurs parents. J’ai vraiment l’impression qu’il y a un lien qui s’est tissé avec eux au fur et à mesure des années. 

Notre top 3 CHRISTOPHE WILLEM RIO SONY

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Nos balles perdues

Madame

Marlon Brando


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LFC : Vous parlez également des couleurs de vos albums qui correspondent à différentes périodes de votre vie. CW : Chaque album est un instantané de ce que je vis au moment où je le fais. Tous mes albums sont différents et heureusement sinon ce ne serait pas très drôle, cela voudrait dire que je vivrais tout le temps la même chose. Si je prends l’exemple de mon deuxième album, il était beaucoup plus énergique et électronique, je vivais en plein centre pays, ma vie allait très vite et ce n’est pas un hasard qu’il s’appelle  Caféine. Pour Paraît-il, c’est quelque chose de beaucoup plus introspectif, plus personnel, plus adulte, peut-être plus sombre, pas dans le sens triste mais qui regarde les choses avec une vision un peu plus cru. Le rapport à l’amour est dépassionné, l’histoire d’amour est évoquée mais avec une logique beaucoup plus objective. C’est un album qui aborde le temps qui passe, le chagrin. D’ailleurs à propos du morceau Le chagrin, Carla Bruni qui a écrit le texte m’a raconté une histoire qui l’explique plutôt bien. L’histoire d’un couple qui se sépare et où le garçon écrit une lettre évoquant les raisons pour lesquelles il veut arrêter la relation, et où il dit à la fin de ne pas ouvrir la lettre avant d’être vieux. Pour moi c’est cela le chagrin, la sensation de se dire que c’est difficile à vivre lorsque l’on est à la fleur de l’âge mais que l’on voit différemment avec du recul. Le chagrin, c’est le sentiment familier d’avoir mal au cœur mais que l’on ressent moins avec le temps, ce n’est pas forcément quelque chose de triste. 


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LFC : Il y a un autre titre que nous avions beaucoup aimé sur Paraît-il, c’est Procrastiner. Est-ce que cela vous arrive ?

Lorsque je décide de faire une demande à Carla Bruni pour qu’elle écrive une des mes chansons, je fonce et je ne me pose pas de questions. Je n’ai aucune gêne à ce que quelqu’un me dise non.

CW : C’est un grand thème de la société d’aujourd’hui, remettre les choses au lendemain. Personnellement je ne suis pas trop comme cela mais j’avais envie de parler de ce thème car je trouve que beaucoup de gens passent à coté de leur vie. Je suis plus du genre à faire les choses dès que j’ai une idée, si cela fonctionne tant mieux, si cela ne marche pas tant pis, mais il faut essayer. Quand vous devenez célèbre, les gens ont l’impression que tout est génial, que tout est beaucoup plus simple, c’est vrai que c’est une situation privilégiée mais il faut quand même saisir les opportunités. Je trouve qu’il y a un moment dans notre vie, souvent autour de la trentaine, où l’on arrête de remettre les choses au lendemain.

LFC : Nous allons parler de votre nouvel album Rio et premièrement du clip de Marlon Brando fortement inspiré du film The Truman Show de Peter Weir. CW : Oui c’était l’idée. Pourquoi ? Car je trouve que dans la pop music il faut toujours incarner un personnage préfabriqué. Par exemple, je suis très fan de Coldplay et je trouve que Chris Martin fait juste sa musique avec son groupe, il n’incarne pas un personnage. Avec Marlon Brando, je trouvais intéressant de faire le parallèle entre faire de la musique et être people. Aujourd’hui la frontière est tellement mince entre les deux que je trouvais bien d’en parler dans le clip. Ce clip était destiné à se moquer du buzz et du fait de faire parler de soi. Et cela a parfaitement fonctionné car des journalistes se sont servis du clip pour écrire que j’avais fait ce clip pour faire parler de moi. C’est l’arroseur arrosé !


LFC : Autre titre, Nos balles perdues qui est une magnifique chanson. Pouvez-vous nous en parler ? CW : C’est un des premiers titres que nous avons composé avec Aurélien Mazin. Mélodiquement on entend dans cette chanson que j’ai écouté Zazie toute ma vie. Elle a d’ailleurs accepté de faire le texte tout de suite et m’a même dit que c’est une chanson qu’elle aurait pu interpréter. C’est l’intelligence, c’est la vie de tous les jours, c’est très musical. Elle a toujours fait le lien entre le son et le texte. Bref, c’est du Zazie et c’est tout ce que j’aime. LFC : Vous êtes également un artiste engagé, on a pu vous entendre notamment aux Grandes Gueules prendre la parole suite aux persécutions faites aux homosexuels en Tchétchénie. CW : Je n’ai aucun problème à prendre la parole lorsque c’est nécessaire. Il y a tellement de choses 

aujourd’hui que l’on ne sait plus par quoi on doit être révolté. C’est l’horreur des réseaux sociaux, on ne sait pas quel sujet sera le plus trash. L’art en général sert à divertir les gens, je m’en suis rendu compte sur les tournées que j’ai pu faire. C’est quand même fou de se dire qu’en deux heures, on arrive à faire oublier les problèmes des gens, c’est magique, c’est pour cela que j’adore être sur scène. Avant même d’être un artiste, je suis un citoyen, j’ai besoin d’être au plus proche de ce que les gens vivent. LFC : Vous avez choisi un petit théâtre pour interpréter les chansons de cet album contrairement à la tournée de l’album précédent où vous aviez joué au Mont Saint Michel, au Pic du Midi… Pourquoi avoir fait ce choix ? Généralement on fait ce que l’on appelle des showcases. Le showcase c’est simple, vous invitez des médias et vous priez que les gens parlent de l’album. Entre ceux qui vont en parler, ceux qui n’en parlent pas et ceux qui vont vous


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critiquer, vous vous demandez quel est l’intérêt. Il y a quand même beaucoup de médias qui sont venus cette fois-ci mais le but premier c’était le public. Pour moi, l’album c’est comme une vitrine qui est sur OFF comme les vitrines de Noël et qui s’éclaire et s’anime en live lors des concerts. C’est à ce moment là que les chansons prennent du relief. J’adore la proximité des petites salles mais ce que j’aime avec les grandes salles, comme la Salle Pleyel où je vais jouer, c’est la dimension qu’elles donnent au son. Il y a un coté plus magistral. LFC : Vous êtes un homme heureux ? CW : Je suis un homme très heureux !

LE LIVRE Le livre écrit par Élodie Suigo consacré à l'artiste est disponible depuis fin novembre en librairie aux éditions E/P/A. Rencontre avec la journaliste (Radio France) qui nous explique comment est née l'idée de réaliser ce beau livre de photo. LFC : Comment est née l’envie d’écrire un livre sur Christophe Willem ? ES : À la sortie de son concert événement qui marquait ses 10 ans de carrière, j’ai été bluffé par son évolution et l’aisance qu’il 


Photos extraites du livre disponible actuellement en librairie chez E/P/A


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avait enfin gagné. Il ne regardait plus en s’excusant presque d’être là. Il était là. LFC : Comment êtes-vous parvenu à le mettre en confiance pour qu’il accepte ? ES : Franchement je n’ai pas insisté, notre relation était déjà vraiment claire et la confiance réciproque. Il a surtout été touché je pense que je lui propos ... À aucun moment, il n’a testé quoi que ce soit ou douté ... Je crois que l’évidence était déjà là. LFC : Pour quelles raisons admirez-vous Christophe Willem au point de lui consacrer autant de temps dans un si joli projet ?

LFC : À qui adressez-vous ce livre ? ES : D’abord à lui, ensuite à tout le monde. Vraiment ! Ce n’est pas un livre pour les fans uniquement, c’est d’abord un portrait juste sur un artiste qui mérite qu’on s’y intéresse et qu’on doit aller écouter sur scène de toute urgence !

ES : Je ne l’admire pas, je le respecte et suis touchée par son talent, sa personnalité et sa sincérité. Il est juste, ne triche pas, ne compose pas, il est lui tout simplement et ce n’est pas offert à tout le monde. J’ai souhaité lui offrir un regard sur qui il était aujourd'hui, sur le chemin parcouru et surtout lui proposer des clés pour la suite. Car sa révolution n’est pas loin et a commencé. Il a tout pour exploser et bluffer les gens.


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CHRISTOPHE WILLEM en tournée, quelques dates : 11 DÉCEMBRE 2017 Concert Urgence Tchétchénie Le Palace Club Paris 14 MARS 2017 Casino Barrière Enghien-Les-Bains 15 MARS 2017 Arsenal Metz 21 MARS 2017 Casino Barrière Toulouse 24 ET 25 MARS 2017 Pleyel Paris  28 ET 28 MARS Théâtre Sébastopol Lille Et Lyon, Marseille, Nantes, Bordeaux en avril, etc.

En savoir plus >> visitez le site officiel

Christophe Willem Toutes les photos de la page 71 à la page 74 sont extraites du très beau livre Willem Christophe Durier par Élodie Suigo, photographies de Sven Doublet. Disponible en librairie E/P/A Un grand merci à la maison d'édition pour l'autorisation exceptionnelle.


SO C IETE NOVEMBRE 2017 - LFC MAGAZINE #4

LISE BOURBEAU

CAROLINE LANGLADE

ANTOINE PELISSOLO

Elle nous vient du froid et elle a consacré sa vie à nous faire du bien. Rencontre.

13 novembre, le Bataclan est attaqué par des terroristes. Caroline Langlade y était. Elle nous raconte.

Et si vous étiez vous-même votre psy ? Voici la question que vous pose notre invité expert ce mois-ci.

NIKI BRANTMARK, LAGOM, LE JUSTE ÉQUILIBRE

Le nouvel art de vivre Suédois.


AU MENU

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NIKI BRANTMARK Tous en mode Lagom !

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LISE BOURBEAU ANTOINE PELISSOLO Les clés pour devenir votre psy vous-même. Il est utile de consulter, mais peut-être pas tout le temps non plus. Le lagom (trouver l'équilibre) version psy. P.82

Elle nous parle de la puissance de l'acceptation et des 5 blessures qui empêchent d'être soi-même. Les détecter, c'est mieux les appréhender et enfin devenir vousmême !

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CAROLINE LANGLADE Un témoignage poignant.Une écriture subtile, déchirante et émouvante. Un cri de colère, un cri d'espoir. Un livre qui parle de la vie à fond !


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C AROLINE

LANGLADE BATACLAN, 13 NOVEMBRE 2015, ON SAIT TOUS OÙ NOUS ÉTIONS CE JOUR-LÀ. CAROLINE LANGLADE Y ÉTAIT. ELLE TÉMOIGNE. ELLE RACONTE L'ENFER ET L'APRÈS ENFER, DEUX ANS APRÈS. Par Christophe Mangelle et Cédric Adam Photo : Mathieu Gardes

PRENDRE UN AN À ÉCRIRE CE LIVRE ÉTAIT BÉNÉFIQUE CAR CELA M'A PERMIS DE PRENDRE PLUS DE RECUL, D'ANALYSER ET ESSAYER DE COMPRENDRE CE QU'IL S'EST PASSÉ.

LFC : Caroline Langlade bonjour, on vous remercie d'avoir accepté l'invitation de La fringale culturelle. On est ici pour discuter de votre livre Sorties de secours publié aux éditions Robert Lafont. Il s'agit d'un témoignage que vous avez souhaité raconter, votre histoire au Bataclan le 13 novembre. On ressent que c'est un bouquin que vous avez écrit toute seule dans un timing de deux ans. Pour vous, à quel moment vous vous êtes dit, ça y est, j'écris ?   CL : C'est une question que l'on m'a posé, je n'en avais pas du tout idée à la base. On m'a proposé ce projet au printemps 2016, sur le coup je me suis dit qu'est-ce que je pourrais apporter. Après réflexion j'ai fini par dire oui à condition d'avoir le temps de le faire. Mis bout à bout, j'ai écrit durant un ou deux mois mais très espacé car je devais aussi m'occuper de l'association. Dans le même temps, prendre un an à écrire ce livre était bénéfique car cela m'a permis de prendre plus de recul, d'analyser et essayer de comprendre ce qu'il s'est passé.  LFC : Ce livre, a-t-il une fonction thérapeutique pour vous ? CL : D'une certaine manière oui, dans le sens qu'on a des problèmes de mémoires. Depuis deux ans, ma tête est pleine de ces histoires mais je tiens à dur comme fer à ces souvenirs. Malgré qu'ils soient douloureux, ils permettent d'accepter 


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J'AI VU PLEIN DE BELLES CHOSES CE SOIR-LÀ, J'AI VU DES GENS DONNER LEUR VIE POUR SAUVER CELLES DES AUTRES, D'AUTRES AIDER DES PERSONNES EN ALLANT AUDELÀ DE LEUR PROPRE PEUR. POUR MOI, JE N'AVAIS JAMAIS AUTANT VU D'HUMANITÉ QUE DURANT CETTE SOIRÉE. ce qu'il s'est passé et de ne pas devenir folle. Enfin d'avoir pu noter noir sur blanc, tous ses souvenirs, cela m'a permis personnellement de me vider de ce trop-plein dans ma tête.

Caroline Langlade, Sorties de secours, Robert Laffont 324 pages, 19€

LFC : Ce temps permet aussi de poser les événements et les idées. On part au début du livre, vous êtes au Bataclan le soir du 13 novembre en compagnie de votre amoureux pour passer un bon moment. C'est le côté paradoxe mais ce passage est vraiment bien écrit, c'est pourtant pas évident de prendre cette distance pour écrire ça ? CL : C'est certainement grâce à mon parcours professionnel, depuis toute petite j'adore raconter des histoires et aujourd'hui je travaille dans l'audiovisuel où j'écrivais de la websérie et du doc. J'aime mettre de la sensibilité dans mes histoires mais pas de la sensiblerie. J'explique bien dans mon livre qu'il n'y a pas eu que l'horreur ce soir-là mais aussi plein de belles choses. LFC : Vous décrivez bien l'extrême de l'événement autant dans le positif que le négatif. Le négatif on le connaît, mais vous montrez l'aspect positif dont nous n'avons pas assez parlé. 

CL : C'est une sorte de résistance à cette horreur. Si on laisse toute la place aux terroristes en ne parlant que des atrocités qui ont été produites, ils auront tout gagné. Je refuse cela dans mon livre, j'ai vu plein de belles choses ce soir-là, j'ai vu des gens donner leur vie pour sauver celles des autres, d'autres aider des personnes en allant au-delà de leur propre peur. Pour moi, je n'avais jamais autant vu d'humanité que durant cette soirée. LFC : Il y a cette tragédie qui est racontée dans votre livre puis il y a l'après, c'est-à-dire réparer les vivants ? CL : J'explique souvent que ce soir-là j'ai perdu la moitié de moi-même. Cette moitié disparu, il a fallu la reconstruire avec quelque chose d'autre. J'ai fini par y arriver grâce aux autres et à l'amour inconditionnel de revoir des personnes que l'on avait aidé qui recommence aujourd'hui à sourire. LFC : Justement aujourd'hui, comment vous allez ? CL : C'est complexe, il y a des jours ou ça va, d'autres moins. J'apprends à être plus tolérante et empathique avec moi-même bizarrement. On a tendance à vouloir toujours en faire plus pour aider les autres mais j'arrive à me dire que moi aussi je fais du mieux que je peux depuis deux ans.   LFC : Vous parlez d'un ami particulier qui s'appelle Jean ? CL : Oui, alors ça me fait d'autant plus rire car François Hollande a lu ce passage. Jean qui s'appelle comme cela car Jean est plein le cul comme je l'explique. Ce sont les problèmes gastriques dont peuvent souffrir les personnes qui ont été traumatisées. Il y a notamment beaucoup de policiers qui ont été touchés. Il s'agit en fait d'une boule de peur qui nous ronge notre estomac. Il faut donc apprendre à ne pas vivre contre Jean mais avec lui.  


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NIKI BRANTMARK NIKI BRANTMARK EST LA CRÉATRICE DU BLOG DE DESIGN D’INTÉRIEUR MY SCANDINAVIAN HOME, ELLE PUBLIE AUJOURD'HUI "LAGOM" UN TRÈS BEAU LIVRE À OFFRIR À CEUX QUE VOUS AIMEZ. Par Christophe Mangelle et Quentin Haessig Photo : Harper Collins et Quentin Haessig

LA MAISON EST UN ÉLÉMENT IMPORTANT POUR TROUVER SON ÉQUILIBRE, LE BONHEUR COMMENCE CHEZ SOI. SI L’ON ARRIVE À MÉNAGER UN CHEZ SOI QUI NOUS RESSEMBLE ET QUI NOUS REND HEUREUX, ÇA CONTRIBUE À NOTRE BIEN ÊTRE.

LFC : Niki Brantmark merci d’avoir accepté notre invitation durant votre passage à Paris. On se rencontre pour la sortie de votre livre Lagom aux Éditions Harper Collins. Comment est né ce projet ? NB: Merci de me recevoir, c’est un vrai plaisir. Je vis depuis plus de treize ans en Suède. Auparavant je vivais à Londres. Lorsque je suis arrivée en Suède, je me suis rendue compte que le mode de vie était complètement différent. Je me demandais pourquoi tout le monde était si calme. J’ai commencé à m’intéresser à ce mot : Lagom qui m’a vraiment passionné. C’est pour cela qu’ensuite j’ai décidé d’en faire un livre afin d’inspirer d’autres personnes qui souhaiteraient changer leur mode de vie. LFC : Vous êtes également la créatrice du blog My scandinavian home. Est-ce que ce livre découle de ce site web ? D’une certaine façon oui. La maison est un élément important pour trouver son équilibre, le bonheur commence chez soi. Si l’on arrive à ménager un chez soi qui nous ressemble et qui nous rend heureux, ça contribue à notre bien être.


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VOUS POUVEZ TIRER DES ASTUCES DES DIFFÉRENTES PARTIES DE VOTRE VIE.

LFC : Êtes-vous d’accord pour dire que c’est un livre qui se feuillette et qui ne se lit pas forcément d’une traite ? NB : Je suis très heureuse de vous entendre dire cela car c’est de cette manière que je l’avais imaginé afin que le lecteur puisse piocher des informations au fur et à mesure de sa lecture.

Niki Brantmark Lagom, HarperCollins 288 pages, 14,50€

LFC : Lorsque nous avons lu les premières pages du livres qui parlent de l’intérieur, nous avons eu envie de poser le livre et de changer toute la disposition de notre appartement ! NB : (rires) Je ne sais pas si cela est positif ou négatif… Mais je suis ravie de voir que cela génère une réaction de votre part et que cela vous ai donné envie de changer votre environnement immédiat. LFC : Vous nous rappelez un principe essentiel, c’est que si l’on veut être bien chez soi, il ne faut pas s’encombrer. NB : Je suis heureuse que vous souligniez ce point qui en effet est essentiel.

Nous avons une existence bien remplie, nous sommes connectés toute la journée, toute la semaine, c’est pour cela qu’il est important d’avoir une maison bien rangée, bien organisée. De la garde-robe, aux clefs, aux choses du quotidien… Tout cela permet de démarrer du bon pied et d’être dans un environnement calme et serein. LFC : Tous ces principes dont vous parlez s’appliquent également dans la nourriture, la vie au travail, les hobbies… etc. Si l’on écoute votre discours, cela veut dire que l’on peut trouver son équilibre au bout de six mois ?   NB : Oui complètement. Vous pouvez tirer des astuces des différentes parties de votre vie. C’est ce que j’ai fait en partant de Londres pour la Suède et j’espère que vous en apprendrez autant que moi en lisant ce livre.   LFC : Nous allons essayé d’en apprendre le plus possible. Autre point important dont vous parlez dans le livre : se lever tôt le matin. NB : Je ne suis pas une personne du 


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C’ÉTAIT TRÈS IMPORTANT QUE LE LIVRE SOIT BEAU. LE RÉSULTAT N’AURAIT PAS ÉTÉ LE MÊME SI NOUS N’AVIONS MIS QUE DU TEXTE OU UN PAPIER DIFFÉRENT. LE PAPIER MAT RENVOIE À L’ASPECT NATUREL QUI EST TRÈS IMPORTANT ET JE PENSE QUE CELA PARLERA À TOUS LES LECTEURS. matin. Je trouve difficile de se lever tôt mais en Suède vous n’avez pas le choix, les journées commencent très tôt. Je me suis d’ailleurs demandée comment est-ce que j’allais faire. Avant j’avais l’habitude de me lever à sept heures et demi et de me dépêcher. Mais je me suis rendu compte que c’est tout aussi dur de se lever une heure plus tôt, alors autant se lever une demi-heure plutôt. Vous vous sentez beaucoup mieux. Cela se reflète également lorsque vous arrivez au travail, vous vous sentez plus détendu, plus organisé. LFC : Il y a un travail sur la composition du livre qui est remarquable, que ce soit le texte, les photos, vous avez réussi à proposer un très bel objet. NB : En effet, c’était très important que le livre soit beau. Le résultat n’aurait pas été le même si nous n’avions mis que du texte ou un papier différent. Le papier mat renvoie à l’aspect naturel qui est très important et je pense que cela parlera à tous les lecteurs. J’ai passé des heures à constituer mon mood board afin les gens se sentent inspirés, non seulement par le texte mais également par les images. Je suis quelqu’un de très visuelle. 


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PR ANTOINE PELISSOLO ANTOINE PELISSOLO EST PSYCHIATRE ET PSYCHOTHÉRAPEUTE, CHEF DE SERVICE AU SEIN DES HÔPITAUX HENRI-MONDOR ET ALBERT-CHENEVIER À CRÉTEIL ET PROFESSEUR DE MÉDECINE À L'UNIVERSITÉ PARIS-EST CRÉTEIL. Par Christophe Mangelle Photo : Astrid di Crollalanza

J'AI SOUHAITÉ EXPLIQUER COMMENT ON PEUT, PAR SOIMÊME, TROUVER DES SOLUTIONS À UNE TRENTAINE DE PROBLÈMES PSYCHOLOGIQUES OU ÉMOTIONNELS.

LFC : Bonjour Pr Antoine Pelissolo, un grand merci de répondre à nos questions. Vous publiez chez Flammarion Vous êtes votre meilleur psy ! Comment est née d’idée d’écrire ce livre ? AP : J'ai souhaité écrire ce livre car je me suis aperçu que beaucoup de personnes éprouvent des difficultés assez sérieuses dans leur vie quotidienne qui peuvent se résoudre avec des informations et des conseils assez simples. Pourtant, ces explications ne font pas partie de notre éducation de base, car il n'y a pas de cours de psychologie à l'école et dans l'enseignement général. Certes, il existe des psychothérapeutes mais ils ne sont pas toujours facilement accessibles et beaucoup de personnes sont réticents à consulter des professionnels "psy". J'ai donc souhaité expliquer comment on peut, par soi-même, trouver des solutions à une trentaine de problèmes psychologiques ou émotionnels. LFC : Vous êtes psychiatre et psychothérapeute, sur votre expérience, pensez-vous qu’en général nous ne sommes pas assez autonomes ?


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CE LIVRE S'ADRESSE AUX PERSONNES SOUHAITANT AMÉLIORER LEUR BIEN-ÊTRE ET PRENDRE LE TEMPS D'UNE RÉFLEXION SUR ELLES-MÊMES. DANS NOTRE VIE MODERNE ET SURTOUT TECHNOLOGIQUE, ON NE PREND PAS ASSEZ LE TEMPS DE PRENDRE SOIN DE SOI Je dirais plutôt que beaucoup de personnes manquent de confiance en elles-mêmes et en leurs capacités à surmonter leurs difficultés psychologiques. De ce fait, elles ont tendance à adopter une attitude de déni ou de procrastination (remettre les efforts à plus tard), ce qui ne fait en général qu'aggraver les choses. De plus, ces attitudes s'accompagnent souvent de sentiments de culpabilité qui n'ont pas lieu d'être et qui accentuent la souffrance et le sentiment d'impuissance.

Pr Antoine Pelissolo, Vous êtes votre meilleur psy ! Flammarion 315 pages, 19€

LFC : Pour quelles raisons souhaitezvous partager vos principes et vos méthodes concrètes avec le public ? AP : Parce qu'elles fonctionnent ! Je reçois souvent en consultation des patients qui sont gênés depuis des années par le stress, des phobies, des addictions plus ou moins grandes, ou un pessimisme excessif, et qui ont laissé "trainer" les choses par négligence ou par manque d'information. En étant guidé, on peut pourtant par soi-même éviter certains pièges et certaines erreurs, surtout si on s'y prend assez tôt, et se débarrasser ainsi de nombre de cailloux dans la chaussure. Réaliser ces progrès par soi-même est en plus l'occasion de gagner en confiance en soi et en estime de soi.

LFC : Comment savoir quand ces symptômes sont plus ou moins prononcés et quand ils sont graves, à prendre très au sérieux ? AP : Soit quand la souffrance ou le handicap sont très intenses et insupportables, ce qui nécessite une consultation. Soit quand on a essayé de résoudre les problèmes par soi-même, sans résultat suffisant après un travail sur soi-même assez long. D'une manière générale, mon livre ne vise pas à dissuader les personnes en souffrance de consulter quand cela est nécessaire, bien au contraire. Mais les deux démarches sont complémentaires : même quand on est suivi, voire quand on doit rendre un traitement, on peut aussi effectuer une démarche par soi-même et être aussi son propre thérapeute. LFC : À qui adressez-vous ce livre ? AP : Sur la trentaine de problématiques abordées dans ce livre, la plupart des gens se reconnaissent dans au moins la moitié d'entre elles, à un degré plus ou moins important. Le public est donc très large ! Mais, plus particulièrement, ce livre s'adresse aux personnes souhaitant améliorer leur bien-être et prendre le temps d'une réflexion sur elles-mêmes. Dans notre vie moderne et surtout technologique, on ne prend pas assez le temps de prendre soin de soi et de


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L'ESSENTIEL EST DE NE PAS SE TROMPER D'ENNEMI : ON DOIT SE BATTRE CONTRE DES SYMPTÔMES, ET NON CONTRE SOI-MÊME.

résoudre ses problèmes, mon livre se veut donc être un guide qui permet de consacrer le temps nécessaire à cette découverte de soi, sans culpabilité ni pessimisme. LFC : Quand on lit votre livre, on se sent mieux. Avez-vous écrit ce livre pour nous décomplexer ? Pour qu’on arrête de faire un symptôme une montagne ? AP : En effet, j'insiste beaucoup sur le fait que nous avons tous des capacités d'auto-réparation et de résilience que nous mettons en oeuvre tous les jours face à de nombreuses difficultés, sans même nous en rendre compte en général. Face à certains blocages qui résistent plus, il faut rester bienveillant avec soi-même, avec une attitude presque amicale et paisible, afin de garder de l'énergie et de l'endurance pour pouvoir les surmonter sur la durée. L'essentiel est de ne pas se tromper d'ennemi : on doit se battre contre des symptômes, et non contre soi-même. LFC : Auriez-vous d’autres conseils à nous prodiguer pour un tome 2 ? AP : Le tome 2 idéal pour moi serait le livre que les lecteurs auront envie d'écrire pour se sentir encore mieux, car l'écriture est une très bonne façon de se connaitre et de se libérer de ses petits ou grands démons. Et donc une très bonne autre manière de devenir son meilleur psy ! LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... Un ami m'a dit : Si je suis vraiment mon meilleur psy, à qui dois-je payer les séances ? Prendre les choses, même les plus pénibles; avec humour est une des meilleures défenses contre la souffrance.


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LISE BOURBEAU LISE BOURBEAU EST FONDATRICE DU CENTRE DE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL « ÉCOUTE TON CORPS », CRÉÉ AU QUÉBEC EN 1982. SON ENSEIGNEMENT PRATIQUE ET LA PHILOSOPHIE SIMPLE QU’ELLE TRANSMET AIDENT DES MILLIERS DE PERSONNES À TRAVERS LE MONDE À APPORTER DES CHANGEMENTS CONCRETS DANS LEUR QUOTIDIEN. ELLE PUBLIE DEUX LIVRES ESSENTIELS CHEZ POCKET "LA PUISSANCE DE L'ACCEPTATION" ET "LES 5 BLESSURES QUI VOUS EMPÊCHENT D'ÊTRE SOI-MÊME". RENCONTRE. Par Christophe Mangelle et Cédric Adam Photo : Pocket

JE SUIS À PARIS POUR UNE CONFÉRENCE QUE JE DONNE AU GRAND REX DEVANT 1600 PERSONNES.

LFC : Lise Bourbeau, vous publiez La Puissance de l'acceptation aux éditions Poket en librairie depuis le 7 septembre. Et on parlera aussi du livre Les Cinq blessures qui empêche d'être soi-même. Avant de parler de ces livres, vous êtes en France parce qu'il y a eu un grand événement le 20 novembre au Grand Rex à Paris, qu'avez vous fait ?   LB : C'est la conférence sur l'acceptation dont je viens de terminer une tournée dans plusieurs villes en Vendée, Bordeaux, Toulouse, Montpellier... Ça fait déjà cinq semaines que je suis partie de chez moi, j'ai fait plusieurs conférences en France. Celle du Grand Rex est la dernière de cette tournée sur la puissance de l'acceptation.   LFC : Vous faites cela devant 1600 personnes ?   LB : La salle peut contenir jusqu'à 2600 personnes mais oui c'est excitant. C'est en quelque sorte le grand final pour moi.   LFC : Je comprends que les gens puissent se déplacer pour votre livre mais là ils viennent pour vous écouter, comment vous expliquez cela ? 


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J'ÉCRIS COMME JE PARLE. QUAND LES GENS VIENNENT ME VOIR, ILS SONT HEUREUX CAR JE SUIS EXACTEMENT LA MÊME.

LB : Cela fait 50 ans que je fais du développement personnel et depuis longtemps j'entendais dire, quand je viendrais à Montréal, je viendrais te voir si elle est comme dans ses livres. J'ai appris par la suite que beaucoup d'auteurs écrivent car ils ne savent pas parler. Pour ma part, je ne suis pas une auteure mais une communicante. J'écris comme je parle. Quand les gens viennent me voir, ils sont heureux car je suis exactement la même. LFC : La puissance de l'acceptation, c'est un livre de développement personnel et quand on regarde le sommaire, vous dites qu'il faut accepter beaucoup de choses finalement. Ma question est donc : il faut accepter pour combattre les épreuves ?

Lise Bourbeau, La puissance de l'acceptation, Les 5 blessures qui empêchent d'être soi-même, Pocket, 288 pages et 256 pages, 7,40€ chaque livre

LB : Ce n'est pas les combattre. Le combat c'est dans notre ego mais l'acceptation c'est pour apporter la paix d'esprit et le calme intérieur. Accepter, c'est y aller en observant ce qu'il se passe afin d'apprendre de tout cela. On ne peut jamais savoir la leçon de vie tant que l'on n'a pas accepté que cet événement se produise. LFC : Dans votre bouquin, vous expliquez que l'acceptation peut être bénéfique dans plusieurs types 

d'événements comme la maladie, la mort, les blessures, l'état de la planète... LB : L'acceptation est le seul moyen d'apprendre à aimer les autres et soi-même. Sans cela, on ne peut arriver à son plan de vie. Tous ces événements qui se produisent, nous permettent d'atteindre ce plan de vie. Si je refuse en me disant que les choses que je n'aime pas se produisent à cause des autres, je ne fais rien. Bien sûr, je n'ai jamais dit qu'il est facile de tout accepter car notre ego souvent trop puissant nous empêche d'accepter. LFC : Que conseillez-vous aux personnes qui ont du mal à accepter des événements compliqués afin d'y parvenir ? LB : Pour commencer, il faut se donner le droit de ne pas être capable. Il faut savoir s'accepter sans oublier son but d'y aller. Je suggère de commencer par accepter de petites choses avant de penser aux gros du problème. Il est aussi important de ne pas se résigner car l'acceptation peut parfois prendre beaucoup de temps. LFC : Ce livre fait écho à votre deuxième bouquin Les Cinq blessures qui empêchent d'être soi-même car il développe les sentiments que l'on peut éprouver quand on n'a du mal à accepter quelque chose. Dedans, vous traitez les cinq blessures que l'Homme ne veut pas accepter qui sont le rejet, l'abandon, l'humiliation, la trahison et 


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LFC Magazine #4

LISE BOURBEAU Par Christophe Mangelle et Cédric Adam

l'injustice. Parlez moi en ? LB : Nous naissons tous avec ses cinq blessures. Quand notre ego prend le dessus sur l'une d'entre elles, c'est que la blessure s'est activée. J'utilise souvent ce terme de blessure activée car les gens autour de nous ont le don de dire et de faire des choses qui vont heurter notre blessure. LFC : Vous dites donc qu'il faut soigner notre ego ? LB : Oui, l'ego c'est la totalité de toutes nos croyances. Il se crée avec l'énergie mentale de notre mémoire. L'ego nous garde dans le passé, il est simplement là à nous répéter tout le temps la même chose. Il faut donc se poser la question de ce que nous avons besoin. Une grande partie des gens pensent qu'elles décident alors que c'est leur ego qui le fait à leur place. LFC : Vous avez une école de développement personnel qui se nomme Écoute ton corps mais d'après ce que j'entends là, il faut surtout écouter son cœur ? LB : Tout à fait, au lieu d'écouter cette énergie mentale, il faut tenter d'écouter son cœur. 

BEAUCOUP DE GENS ME DEMANDENT QUEL EST MON SECRET MAIS J'APPLIQUE SIMPLEMENT CE QUE JE DIS.

ÉCOUTE TON CORPS POUR DEVENIR PLUS CONSCIENT DE CE QU'IL SE PASSE AU-DELÀ DU PHYSIQUE.

Mon école s'appelle ainsi, car pour moi notre environnement physique représente toujours une partie de moi avant la partie extérieure. Donc écoute ton corps pour devenir plus conscient de ce qu'il se passe au-delà du physique. LFC : Cela fait 50 ans de développement personnel pour vous. On est donc en droit de se demander mais vous, cela vous a fait du bien ?   LB : J'ai 76 ans et j'ai encore beaucoup d'énergie avec une grande vie sociale grâce à mes enfants, mes petits-enfants et arrières petites filles. J'organise des fêtes chez moi et je continue de vivre. Beaucoup de gens me demandent quel est mon secret mais j'applique simplement ce que je dis.   LFC : Est-ce que vous vous rendez compte que vos bouquins peuvent altérer et bouleverser la vie des gens ?   LB : Je l'entends sans cesse mais ce n'est pas moi qui a changé leur vie pour autant. S'ils ont changé leur vie après avoir lu mes livres ou avoir assisté à une conférence, c'est parce que eux ont changé leurs habitudes.   


EN PARTENARIAT AVEC

NOIR LFC MAGAZINE

NUMÉRO 4

IAN MANOOK SYLVAIN FORGE PRIX DU QUAI DES ORFÈVRES JO NESBO GIPSY PALADINI MARC VOLTENAUER EMMA FLINT LES ENTRETIENS EXCLUSIFS Novembre 2017


NUMÉRO QUATRE NOVEMBRE 2017

AU MENU 91

GIPSY PALADINI Une nouvelle plume féminine du polar français.

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SYLVAIN FORGE Heureux lauréat du Prix Quai des Orfèvres 2018

99

IAN MANOOK Entretien exclusif.

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EMMA FLINT Nouveau talent.

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ODILE BOUHIER Entretien exclusif avec Odile Bouhier qui a écrit un polar à quatre mains avec Thierry Marx

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NUMÉRO QUATRE NOVEMBRE 2017

AU MENU 107

JO NESBO L'auteur star du polar Norvégien en entretien exclusif alors que le film "Le Bonhomme de neige" est à l'affiche avec son héros Harry Hole incarné par Michael Fassbender.

110

MARC VOLTENAUER Une découverte, une pépite, un succès énorme en Suisse. Des pas prometteurs en France.

SARAH PINBOROUGH

Dans un bon roman policier rien n'est perdu, il n'y a pas de phrase ni de mot qui ne soient pas significatifs.                                                         PAUL ASTER

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PAR CHRISTOPHE MANGELLE

#NOUVEAU TALENT

GIPSY PALADINI PHOTO :  COPYRIGHT MELANIA AVANZATO

Gipsy Paladini a publié deux premiers livres, "Sang pour sang" (Transit, 2009 et Amazon, 2015) et "J’entends le bruit des ailes qui tombent" (Amazon, 2015), les personnages de Vices nagent à contre-courant et, les os brisés par les vagues, poursuivent leur féroce rébellion contre les plans préétablis de la destinée. Entretien. Vices de Gipsy Paladini Fleuve Noir 408 pages, 19,90 €

LFC :  Bonjour Gipsy Paladini, un grand merci de répondre à nos questions. Racontez-nous votre parcours d’auteur. Qui êtes-vous ?   GP : J’écris depuis plus de vingt ans. J’ai connu l’époque où on se trimbalait dans le tout Paris de maisons d’éditions en   


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J’AVAIS ENVIE D’ÉCRIRE UNE SÉRIE, D’EXPLOITER DES PERSONNAGES SUR LA LONGUEUR. J’AI DONC CRÉÉ UNE SAISON, AVEC UN NOMBRE PRÉÉTABLI D’ÉPISODES. CE PREMIER LIVRE COMPTE LES 2 PREMIERS. GIPSY PALADINI

maisons d’éditions avec notre valise chargée de manuscrits. J’ai été à deux doigts d’être publiée par des maisons telles que Gallimard ou Belfond, mais c’est en 2009 seulement que j’ai sorti mon premier livre, "Sang pour Sang", en tête de collection des éditions TRANSIT qui ouvrait ses portes au Québec et dont le directeur éditorial était un ancien de PLON - qui avait gardé mon manuscrit pendant 2 ans sous le coude. La maison a fermé ses portes un an après. J’ai vécu une autre mésaventure avec une autre maison d’édition, L’écailler, qui a dû fermer ses portes un mois avant la sortie de l’ouvrage sur lequel on travaillait depuis 6 mois.  Désillusionnée, j’ai tout laissé tomber. C’est en 2015 seulement que j’ai décidé (non sans appréhension) de m’auto-éditer sur Amazon. Mon livre « J’entends le bruit des ailes qui tombent » a connu un certain succès. J’en ai profité pour retravailler « Sang pour Sang » et en ressortir la nouvelle version. Grâce cette petite notoriété, « J’entends » a été notifié par Fleuve et nous avons décidé de travailler ensemble. LFC : Vous publiez «Vices » en librairie depuis début novembre, comment est née l’idée de ce roman en deux épisodes ? GP : J’avais envie d’écrire une série, d’exploiter des personnages sur la longueur. J’ai donc créé une saison, avec un nombre préétabli d’épisodes. Ce premier livre compte les 2 premiers. Chaque épisode compte une enquête et peut être donc lu séparément même s’il est conseillé de les lires dans l’ordre pour le suivi des personnages.

LFC : Les lecteurs vont très vite découvrir dans votre roman la BJV. Parlez-nous de cette brigade. GP : La BJV traite des affaires liées aux enfants et jeunes adultes. Elle a été créée par un ancien des stups, qui n’est plus vraiment en âge de la gérer, pour une raison encore mystérieuse au début de la série. Elle est composée de personnages hétéroclites, qui ont tous leur caractère, leurs habitudes et leurs secrets. Chacun d’entre eux a sa propre histoire qui va évoluer tout le long de la série. Rien n’est laissé au hasard. Ils ont tous un rôle à jouer dans l’histoire. LFC : Dans le premier épisode, vous parlez de harcèlement à l’école, de réseaux sociaux, dans le second de banlieue et de croyances ancestrales africaines. Comment se sont imposés ces sujets ? GP : J’ai voulu traiter de sujets d’actualité tout en gardant une part fictionnelle, d’où la raison pour laquelle j’ai préféré ne pas identifier la ville, je n’avais pas envie que les lecteurs aient l’impression de se retrouver devant leur journal télévisuel. Néanmoins j’avais envie d’aborder des sujets encore chauds sous différents points de vue. Les enquêtes sont aussi étroitement liées aux personnages. Je les ai d’ailleurs « pensées » ou choisies par rapport à l’état d’esprit de ceux-ci. Dans le premier épisode, par exemple, j’avais besoin que Marie, qui est une jeune lieutenant fraîchement promue, se retrouve confronter à des lycéens, qu’elle ait ce manque de recul, et même cette attirance pour l’un des lycées, faiblesse liée


GIPSY PALADINI PAGE 94

à son manque d’expérience mais aussi son jeune âge. LFC : La musique est élément fondateur de « Vices". Vous proposez à vos lecteurs d’écouter votre playlist. Pourquoi ? Qu’écoutez-vous ? GP : Chaque morceau choisi introduit ou ponctue l’ambiance de l’épisode aussi bien musicalement qu’au niveau des paroles. Par exemple, le générique de la série est « Come Near Me » de Massive Attack et Ghostpoet. Le morceau est vraiment représentatif de la relation qu’entretiennent Zolan et Marie, les deux personnages principaux, ce va et vient incessant entre eux, marqués par les obstacles qui tantôt les rapprochent, tantôt les éloignent. À la fin de l’épisode 1,  j’ai choisi 5 Finger Punch dont la chanson parle du suicide des adolescents, notamment lié au harcèlement, donc c’est tout à fait en accord avec l’épisode en question.  Je sais qu’un livre est baigné de mots mais l’expérience musicale et la compréhension des paroles est magique. J’aimerais que les lecteurs lisent le livre dans le même état d’esprit que je l’ai écrit, en s’imprégnant de la même ambiance. Je suis hétéroclite dans mes choix musicaux. J’écoute aussi bien du metal que du folk. J’aime bien découvrir des groupes pas forcément très connus, comme The White Buffalo ou Dead South.  

LFC : Deux épisodes dans un bouquin, peut-on donc espérer lire d’autres épisodes dans une prochaine parution ? GP : Oui, il y a 8 épisodes déjà pensés. Comme je l’ai dit plus haut, tous les personnages ont leur histoire propre qui se développe au fil des épisodes en plus d’un squelette central, un thème majeur. Comme dans toutes séries, l’action monte en densité pour trouver son dénouement à la fin de la saison. LFC : Les séries TV vous influencent-elles ? GP : Oh que oui. Elles me mettent dans le même état d’hystérie que les accrocs au foot devant le match de l’année. J’ai envie de malmener le lecteur de la même manière, hérisser tous leurs sens. LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... GP : N’hésitez jamais à sortir des sentiers battus, dans la vie, dans vos choix, vos préférences. C’est ce que j’ai fait avec "Vices". Merci à ceux qui feront confiance et me suivront dans cette nouvelle aventure.  


PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET CEDRIC ADAM PAGE 94

SYLVAIN FORGE

#PRIX DU QUAI DES ORFÈVRES 2018

PHOTO : MARYAN HARRINGTON

Auteur confirmé, expert en dramaturgie, Sylvain Forge maîtrise le suspense sous toutes ses formes. Ses intrigues, particulièrement documentées, renvoient au lecteur une réalité captivante et inquiétante. Rencontre avec l'heureux lauréat du Prix Quai des Orfèvres 2018. Tension extrême Sylvain Forge Fayard 394 pages, 8,90 €

LFC : Sylvain Forge bonjour, un grand merci d'avoir accepté l'invitation de La Fringale Culturelle. Vous publiez aux éditions Fayard, un nouveau roman intitulé "Tension extrême", ce n'est pas la première fois que vous écrivez du roman noir ?


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SYLVAIN FORGE

SF : Non en effet, je suis auteur et j'en suis à mon sixième roman malgré que j'ai écrit quelques nouvelles récemment je reste un habitué du polar. Seulement celui-ci est particulier car il est le lauréat 2018, du prix du Quai des Orfèvres qui récompense le meilleur polar de l'année. Une centaine de manuscrits anonymes sont envoyés avant le 15 mars, puis ils sont lus par le secrétariat général du prix mais seulement six livres sont retenus pour l'été et sont lus par les 22 membres du jury. LFC : Le jury doit-il dans son jugement prendre en compte une démarche de véracité dans la fiction ? SF : C'est exactement ça, c'est la caractéristique de ce prix. Il faut des histoires qui restent plausibles et qui collent à une certaine véracité collant aux règles de la procédure pénale. Cela dit, je n'ai aucune expérience en police judiciaire, j'ai fait du droit pénal il y a très longtemps à la faculté de droit mais on peut très bien avoir le prix sans être un expert du domaine. LFC : Pourquoi avez-vous participé à ce concours ? Est-ce un moyen de remettre votre statut d'écrivain en jeu ? SF : Non mais le prix du Quai des Orfèvres est un prix prestigieux, on dit souvent qu'il est le Goncourt du polar. Il s'agit donc d'un graal assez intéressant pour un auteur. Et puis, je vais vous faire la confidence, j'avais deux fois tenté de participer au concours et les deux fois j'avais été éliminé dès le premier tour. À ce momentlà, je m'étais dit que j'en avais fini avec ce prix puis il y a une histoire originale qui m'est venue il y a quelques mois et cela a payé.  LFC : Donc finalement il y a le découragement, puis une histoire qui arrive et la pugnacité qui se met en place ?

SF : Oui, je crois que dans le milieu de l'édition aujourd'hui il faut être persévérant. Pour les personnes qui ont été déçues de ne pas avoir été sélectionnées, il faut continuer car beaucoup de lauréats ne sont pas à leur coup d'essai. LFC : Quels sont vos impressions après avoir gagné ce lauréat ? SF : Au moment où nous nous parlons, la cérémonie n'a pas encore eu lieu donc je reste un peu incrédule, c'est un peu abstrait on est encore dans le secret. Le public découvrira seulement le 14 novembre les résultats du concours. Le secret chez Fayard est scrupuleusement gardé. C'est pour cette raison que les journalistes reçoivent une version très masquée sans couverture, avec le titre seulement à l'intérieur. Je suis actuellement aux éditions du Toucan mais c'est vrai que chez Fayard on rentre dans une autre dimension qui vend entre 50 et 100 000 exemplaires au fil des mois. Notre visibilité est vraiment très importante, c'est quelque chose dont nous sommes pas forcément habitués en tant qu'auteur où l'on avoisine plutôt les 5 000 exemplaires. Il faut donc se préparer à ce changement de dimension. LFC : Nous allons parler du contenu de "Tension extrême", vous commencez votre histoire par une scène d'action, pouvez-vous nous expliquer ce choix ? SF : Souvent mes romans commencent par une sorte de teaser, tel un James Bond avec une scène d'action qui met le spectateur dans le jus. Et bien là, c'est un peu pareil avec mes romans. Il s'agit d'un homme d'affaire nantais très pressé qui doit prendre l'avion pour aller à Barcelone. Il prend sa voiture, roule à grande vitesse jusqu'à qu'il provoque un accident de la route où il sera pris d'un malaise. Tout commence donc avec un banal accident, mais l'élément déclencheur de cette histoire survient quelques jours après, la police de Nantes est appelé à un domicile où l'on retrouve 


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JE N'AI JAMAIS TRAVAILLÉ DANS UNE BRIGADE POLICIÈRE COMME CERTAINS DE MES PRESTIGIEUX PRÉDÉCESSEURS MAIS JE TRAVAILLE ÉGALEMENT DANS LE CONSEIL INFORMATIQUE AVEC DE NOMBREUSES ENTREPRISES DONC C'EST UN SUJET QUE JE CONNAIS BIEN. SYLVAIN FORGE le corps d'un homme décédé. Ce qui est très surprenant, c'est que dans la poche de cet homme on retrouve une carte plastique dévoilant qu'il est porteur d'un pacemaker. L'un des policiers se souviendra d'un élément qu'il avait vu dans de cette personne décédé dans l'accident disposant aussi d'un pacemaker. Là où c'est troublant, c'est que ces deux personnes sont des frères jumeaux qui avaient une malformation cardiaque congénitale. Enfin, l'énigme ne s'arrête pas là car la police va se rendre compte qu’ils s'agissaient de pacemakers connectés et que les deux engins se sont arrêtés exactement à la même seconde alors que ces deux jumeaux étaient à plusieurs kilomètres de distance. LFC : C'est très original comme idée, je me disais justement comment ce point de départ vous est venu ? SF : C'était un but, je n'ai jamais travaillé dans une brigade policière comme certains de mes prestigieux prédécesseurs mais je travaille également dans le conseil informatique avec de nombreuses entreprises donc c'est un sujet que je connais bien. Lorsqu'on est auteur, il faut partir d'un vieux principe qui est de toujours aller dans sa zone de confort. John Grisham était avocat professionnel et il a fait des polars qui se passent dans les prétoires, Robin Cook qui a fait des polars dans les hôpitaux étaient un cardiologue chirurgien. Donc je me suis demandé : "que sais-tu faire Sylvain ? Tu t'y connais en sécurité informatique et bien il n'y a jamais eu de prix

du Quai des Orfèvres centré sur l'informatique, c'est peut-être à ton tour d'y aller." LFC : Par la suite on découvre Isabelle ? SF : Oui, Isabelle Mayet, une capitaine de police qui travaille à la brigade criminelle de Nantes et a comme caractéristique d'avoir commencée sa carrière au 36 Quai des Orfèvres mais qu'elle a dû quitter au bout d'un moment car sa maman qui vivait dans le sud de Nantes a développé la maladie d'Azheimer. Isabelle fait donc le choix de renoncer à sa carrière parisienne pour revenir à Nantes s'occuper de sa mère. La vie lui a fait une sorte de pied de nez. Elle a bientôt 40 ans, elle a du mal à avoir des enfants car elle n'a toujours pas trouvé l'homme avec qui fonder une famille tandis que sa mère retombe en enfance. Tout cela se produit à un moment de sa vie un peu compliqué, où elle se pose beaucoup de questions. Cette quadragénaire a conscience d'avoir renoncé à une carrière intéressante pour revenir à Nantes où elle n'a pas été très bien accueillie. Elle se retrouvera dans un milieu d'homme, un peu machiste. Elle s'entendra dire fréquemment, qu'elle était peut-être un cador à Paris mais qu'on ne l'avait pas attendu pour apprendre à travailler à Nantes, etc…  LFC : Il y a également une autre femme dans l'histoire ?


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IL Y A DE PLUS EN PLUS DE FEMMES DANS LA POLICE ET QUI ACCÈDENT À DES RANGS PLUS EN PLUS IMPORTANTS. J'AI ÉGALEMENT PENSÉ AU FAIT QUE LE JURY EST DE PLUS EN PLUS FÉMININ ET UNE PART DE STRATÉGIE ÉTAIT PRÉSENTE À MON INSCRIPTION AU CONCOURS. JE VOULAIS DÉMONTRER QUE FACE À LA CRIMINALITÉ DU XXIE SIÈCLE, UNE FEMME PEUT AUSSI BIEN S'EN SORTIR QU'UN HOMME.

SYLVAIN FORGE

SF : Oui, il s'agit d'une jeune femme qui sort tout juste de l'école de police encore stagiaire. Certes, c'est une femme très brillante qui ressort de la fac de droit du concours de commissaire qui est l'un des plus dures à obtenir mais elle n'a aucune expérience sur le terrain. Par un fait du hasard, elle se retrouve adjointe au directeur de la PJ de Nantes mais luimême est en train de lutter donc elle se retrouve toute seule aux commandes avec cette espèce d'affaire très complexe et dangereuse pour elle et ses hommes. LFC : Pourquoi avoir fait ce choix de tourner votre roman autour d'une histoire entre deux femmes ? SF : Et pourquoi pas je dirais même. Tout d'abord, il y a de plus en plus de femmes dans la police et qui accèdent à des rangs plus en plus importants. J'ai également pensé au fait que le jury est de plus en plus féminin et une part de stratégie était présente à mon inscription au concours. Je voulais démontrer que face à la criminalité du XXIe siècle, une femme peut aussi bien s'en sortir qu'un homme.  LFC : Cependant, il ne faut pas que ces deux personnages se confondent ? SF : Exactement, il faut qu'elles soient à 

la fois adversaires et alliées puisque l'une est là pour commander tandis que l'autre n'est que capitaine. Cependant il est tout de même difficile pour cette femme d'assoir son autorité alors qu'elle ne dispose d'aucune expérience. Le rôle d'Isabelle sera de lui faire découvrir le métier tout en lui laissant les initiatives. LFC : Nous allons légèrement nous écarter de l'histoire pour laisser le lecteur la découvrir. Dans votre livre, vous proposez quelque chose de très concis avec des chapitres et vous nous donnez l'impression à nous, lecteurs, que vous nous agrippez et que vous ne voulez pas nous lâcher ? SF : Oui, alors il faut savoir que j'aime les histoires complexes et je sais qu'il faut que je m'oriente vers plus de concision, le concours du Quai des Orfèvres a été un très bon exercice pour moi. Je pense qu'il s'agit de mon meilleur roman puisque que j'ai réussi à faire la synthèse entre mon style et la simplicité. Je n'étais plus convaincu de participer au prix mais c'est en rencontrant le lauréat de l'année dernière, Pierre Pouchairet, me convaincant de retenter ma chance et serait dommage de ne pas essayer. À ce moment-là, j'ai eu la chance d'avoir deux jumeaux et merci à eux pour les mauvaises nuits de sommeil que j'ai passé qui m'ont permis d'avoir le temps de trouver mon inspiration et d'écrire. Habituellement, je suis quelqu'un de besogneux et je ne trouve pas l'inspiration en me mettant seul face à une feuille mais ce coup-ci, quelque chose s'est passé et cette histoire était là et il fallait qu'elle sorte. Nous étions en novembre, je devais rendre mon travail au mois de mars avec mon boulot à côté et ma compagne m'a forcé à me lever à 6h du matin tous les jours afin de prendre une heure pour faire une page A4 chaque jour. La deadline du 15 mars m'a également obligé à me faire violence et à rédiger une histoire plus courte. LFC : Quel a été le plus beau compliment qu'on ait pu vous faire pour ce livre ? SF : Peut-être le même que celui que l'on m’avait fait pour mon ancien roman, c'est à dire que cette histoire est absolument terrifiante car elle a l'air d'être vraie. Je pense qu'un bon roman doit distraire, créer du suspense, idéalement être transporté à la plage qui a un côté page-turner mais qu'on se dise quand même à la fin : "j'ai appris des choses". 


PAR CHRISTOPHE MANGELLE

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#INDISPENSABLE

IAN MANOOK PHOTO : RICHARD DUMAS

Journaliste, patron d'une agence de communication... On ne compte plus les métiers exercés paráIan Manook. Pas plus que les nombreux prix (Polar SNCF, Grand prix des lectrices de Elle polar, prix Quais du Polar, prix polar des lecteurs du Livre de poche...) qui ont couronné sa trilogie de « thrillers mongols », traduite dans près de 10 langues : "Yeruldelgger", "Les temps sauvages" et "La mort nomade". Aujourd'hui, rencontre avec Ian Manook qui nous parle de son nouveau roman "Mato Grosso". Mato Grosso de Ian Manook Albin Michel 320 pages, 20,90 €

LFC : Bonjour Ian Manook, un grand merci de répondre à nos questions. On a lu « Matos Grosso » et on pense que votre livre est à la fois un roman, un polar, un récit de voyage… Qu’en dites-vous ?


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CE N’EST PAS UN RÉCIT DE VOYAGE, C’EST UN ROMAN QUI SE PASSE AILLEURS. IAN MANOOK IM : Ce n’est pas un récit de voyage, c’est un roman qui se passe ailleurs. Pour l’instant, c’est un parti-pris littéraire de toujours situer l’action de mes romans dans d’autres univers, et de n’écrire que sur des pays où j’ai aimé voyager, en abordant l’écriture sans documentation, mais sur le souvenir de mes propres émotions de voyageur. Disons que ce sont des romans voyageurs. Ou mieux encore, des romans nomades. LFC : Vous proposez au lecteur une immersion dans le Brésil des années 70… Le Brésil est un personnage à part entière. Pourquoi ce choix ? IM : Tout comme la Mongolie de la trilogie Yeruldelgger, le Brésil est en effet un personnage à part entière de Mato Grosso. Je pense que leur environnement façonne les hommes et que l’influence qu’il a sur eux détermine et façonne leur destin autant que l’intervention des autres hommes. En ce sens le pays est une personnage comme les autres que les héros aiment ou veulent fuir, objet de leurs passions irraisonnées ou de leurs révoltes. Le lien d’un homme à son pays est aussi fort et compliqué que les liens qui unissent un couple. LFC : Pouvez-vous présenter à nos lecteurs votre personnage principal, l’écrivain bourlingueur ?

IM : C’est un auteur qui a couché sur le papier le souvenir qu’il s’est construit d’une aventure vécue trente ans plus tôt dans le "Mato Grosso". C’est sa vérité, mais pas celle des vraies personnes qui lui ont inspiré ses personnages et dont la publication du roman a tragiquement bouleversé la vie. Alors qu’il croit retourner au Brésil en héros à l’invitation d’un des admirateurs de son roman, il se retrouve victime d’un homme qui veut se venger de ce que cet auteur a fait de lui en détruisant la vie de celle qu’il aimait. LFC : Vous développez une réflexion sur l’art d’écrire. Pour quelles raisons ?


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IAN MANOOK

IM : Parce ce que c’est l’obsession de tout écrivain. Ce qu’il y a de moi dans mon héros, ce qu’il y a des autres dans mes personnages. Un de mes personnage dit que lire un roman, c’est aimer croire un mensonge. Un autre dit qu’écrire est un jeu, mais que lire ne l’est pas. Je pense qu’il y a deux façon d’aimer lire. La première c’est d’aimer les livres, chacun pour ce qu’il est, ce qu’il raconte. La seconde, c’est d’aimer les auteurs et de les suivre dans leur écriture quand il tentent des choses, osent des mots nouveaux, des constructions… Je parle de l’écriture parce qu’en tant qu’auteur, je voudrais qu’on m’aime aussi pour elle.

LFC : Quel sera votre prochain livre ? IM : J’ai plusieurs manuscrits en cours. Un polar à l’américaine, très linéaire, très visuel, et qui pourrait-être le début d’une trilogie. Un thriller qui se déroule en Islande sur le principe d’un road movie. Et un polar avec New-York comme décors. Et puis j’ai signé pour une saga familiale et historique sur le thème de la diaspora arménienne pour une parution autour de Octobre 2019.

LFC : Vous partagez dans ce roman votre amour pour Stefan Zweig. Qu’aimez-vous chez lui ? IM : J’aime chez Zweig l’écriture avant tout. Si l’art d’un auteur c’est d’écrire sur des sentiments universels à travers des destins personnels, alors il est maître dans ce domaine. J’aime aussi chez lui cette capacité à traduire la folie amoureuse sans Amos, avec ce délitement de l’âme que provoque quelques fois les moiteurs tropicales. Et d’une certaine façon j’admire cette force tranquille avec laquelle ils ont décidé, lui et sa femme lotte, de quitter ce monde pour le pas avoir à connaître ce qu’il allait devenir.

J’AIME CHEZ ZWEIG L’ÉCRITURE AVANT TOUT. SI L’ART D’UN AUTEUR C’EST D’ÉCRIRE SUR DES SENTIMENTS UNIVERSELS À TRAVERS DES DESTINS PERSONNELS, ALORS IL EST MAÎTRE DANS CE DOMAINE.


PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET QUENTIN HAESSIG

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#NOUVEAU TALENT

EMMA FLINT Emma Flint a grandi à Newcastle. Après avoir obtenu un diplôme en littérature anglaise à l’université de St. Andrews, elle participe à un cours de creative writing à la Faber Academy. Depuis son enfance, elle est fascinée par les histoires de true crimes et a acquis un savoir encyclopédique sur les affaires de meurtres. Elle publie La face cachée de Ruth Malone, inspiré de l’affaire Alice Crimmins. Entretien. La face cachée de Ruth Malone de Emma Flint Fleuve Noir 432 pages, 20,90 € PHOTO : JONATHAN RING

LFC : Bonjour Emma Flint, un grand merci de répondre à nos questions. Racontez-nous votre parcours d’auteur. Qui êtes-vous ? EF : Je suis une écrivain britannique qui vient de publier son premier roman au Royaume-Uni, en Afrique du Sud, aux États-Unis, au Canada, en Hollande - et maintenant en France ! J'écris depuis que je suis


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RUTH MALONE EST UNE ÉNIGME.

EMMA FLINT

enfant - j'ai écrit un « roman policier » lorsque j'avais dix ans, puis de terribles poésies à l'université et un autre roman à vingt ans. J'ai commencé à écrire plus sérieusement à environ trente ans, quand j'ai suivi quelques cours d'écriture et que j'ai rejoint un groupe d'écriture local. En 2010, j'ai commencé le livre qui est devenu « La face cachée de Ruth Malone », et en 2013, j'ai eu des offres de neuf agents et d'un éditeur.

purgé un peu plus de trente mois de prison pour homicide involontaire, a été libérée en 1977 et a disparu. Malgré les efforts déployés pour la contacter par d'autres auteurs et par les médias, elle a refusé de parler publiquement de l'affaire pendant près de 40 ans.

LFC : Vous publiez « La face cachée de Ruth Malone » en librairie depuis octobre. L’affaire Alice Crimmins est à l’origine de votre roman. Pouvez-vous rappelez cette affaire aux lecteurs français ? (années 60 aux États-Unis)

EF : Ruth Malone est une énigme. C’est une femme mariée à son amour d'enfance - pourtant au moment des meurtres elle est séparée de son mari et a de multiples amants. C’était une mère qui clamait fort qu'elle aimait ses enfants. Elle travaillait comme serveuse de cocktail dans un bar miteux au lieu de rester à la maison pour prendre soin d’eux. Elle est endeuillée - pourtant elle refuse de laisser quiconque la voir pleurer pour ses enfants. Elle continue de s'habiller de façon provocante et de se maquiller distinctement dans les semaines qui suivent leur mort. Comme elle refuse de se comporter comme la police et la presse pensent que les femmes devraient se comporter, elle devient le principal suspect dans les meurtres de son fils et de sa fille. Ce qui me fascinait chez elle, c'était pourquoi elle se comportait comme cela. Je voulais savoir s'il y avait une autre histoire à raconter, au-delà des détails en surface qui étaient évidents.

EF : Alice Crimmins était une mère de la classe ouvrière, séparée du père de ses enfants et elle vivait dans la banlieue du Queens à New York. En juillet 1965, elle s'est réveillée pour retrouver sa fille de quatre ans et son fils de cinq ans disparus de leur chambre fermée à clé dans leur appartement : les deux enfants ont ensuite été retrouvés morts. Dès le début, Alice semble avoir été le principal suspect dans les enquêtes policières. En mai 1968, elle a été jugée pour la mort de sa fille, condamnée pour homicide et condamnée à la prison. Elle a été libérée après avoir fait appel, mais un nouveau procès a été ordonné et, en 1971, elle a été accusée du meurtre de son fils et de l'homicide involontaire de sa fille. Encore une fois elle a été condamnée, puis après un appel a été libérée. En fin de compte, elle a

LFC : Présentez-nous Ruth Malone, votre personnage principal.

LFC : Ce livre vous a-t-il demandé un grand travail de recherches ?


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J'AIME UTILISER MON IMAGINATION POUR FOUINER DANS LES TÉNÈBRES DE L'ESPRIT HUMAIN EMMA FLINT

LFC : Pensez-vous déjà à écrire votre prochain thriller ? EF : J'ai lu deux excellents livres sur le cas original que je mentionne dans les remerciements, ainsi que des douzaines d'articles de journaux pertinents, mais la plupart de mes recherches se sont faites en ligne. J'ai utilisé Google Maps et Streetview pour « marcher » dans les rues du Queens, où l'histoire se déroule, pour regarder les bâtiments et essayer d'avoir une idée du quartier où vivait Ruth. J'ai écouté les accents du Queens sur YouTube, et j'ai regardé des milliers de photos de la banlieue américaine au milieu des années 60. J'ai aussi continué à penser à ma propre enfance : j'ai grandi dans une banlieue calme à la périphérie d'une ville. Je pense que tous ceux qui ont grandi dans un environnement comme celui-là comprendront la proximité de ce genre de quartier et comment quelqu'un de différent se démarque.

JL : Le suivant est déjà en cours d’écriture. Je ne peux p remettre et se relever. Beaucoup de lecteurs m’exprime notamment pour Sarah. Peut-être reviendra-t-elle un jo LFC : Merci Jérôme, on vous laisse le mot de la fin…

JL : Le mot de la fin sera donc une légende, que personn réalité : « Il était une fois, dans un village reculé, une cr nuit, lorsque la lune voilée par les nuages n'éclairait qu' maisons, il venait enlever les enfants qu'on ne revoyait j

LFC : La psychologie de vos personnages est détaillé et parfaite. Comment avezvous travaillé la psychologie de vos personnages ? EF : J'aime utiliser mon imagination pour fouiner dans les ténèbres de l'esprit humain et explorer ce dont les gens sont capables dans des circonstances extrêmes. J'aime m'attarder sur des descriptions physiques et exploiter ces minuscules détails essentiels qui rendent les personnages humains. À ce propos, je suis influencée par un certain nombre d'auteurs contemporains, y compris Sarah Waters, Hilary Mantel, Jill Dawson, Ruth Rendell et Maggie O’Farrell.


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BIEN QUE J'AIME LIRE DES ROMANS POLICIERS ET DES THRILLERS, J’AIME ÉCRIRE SUR LES VRAIS CRIMES DU PASSÉ D'UN POINT DE VUE NOUVEAU. EMMA FLINT

LFC : Quelles sont les films, les livres, les œuvres artistiques qui vous inspire ? EF : Bien que j'aime lire des romans policiers et des thrillers, j’aime écrire sur les vrais crimes du passé d'un point de vue nouveau. J'admire des auteurs comme Megan Abbott et Tana French, dont le travail suit certaines des conventions des romans policiers, mais ne s'installe pas facilement dans un seul genre. Mes romans préférés sont « Wolf Hall » d’Hilary Mantel, « À propos de courage » de Tim O'Brien et « Le maître des illusions » de Donna Tartt. Ce dernier était le livre qui m'a fait réaliser que la fiction policière pourrait être littéraire, et que la question du pourquoi est aussi fascinante que la question du qui.

LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot… EF : 2017 a été une année incroyable pour moi et pour « Little Deaths ». J'ai passé six ans à écrire ce livre, et pendant la majeure partie de ce temps, c'était juste moi et mon imagination, travaillant seul, tard dans la nuit. Voir mon roman dans les librairies, rencontrer des gens qui l'ont lu, et maintenant le voir en traduction et savoir qu'il est accessible aux lecteurs français, c’est est un rêve devenu réalité.


PAR CHRISTOPHE MANGELLE

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#DUO ORIGINAL

ODILE BOUHIER ET THIERRY MARX Odile Bouhier, scénariste formée à La Fémis et auteure du polar "Le Sang des bistanclaques", Presses de la cité, 2011, prix Saint-Maur en poche, fait équipe avec Thierry Marx, chef médiatique (ex-juré de Top Chef), deux étoiles au Michelin, grand amateur de polars, auteur de plusieurs ouvrages. Ensemble, ils publient "On ne meurt pas la bouche pleine". Entretien avec Odile Bouhier. On ne meurt pas la bouche pleine de Odile Bouhier et Thierry Marx Sang Neuf 360 pages, 18 €

LFC : Bonjour Odile Bouhier, vous publiez chez Sang neuf « On ne meurt pas la bouche pleine » avec Thierry Marx. Comment avez-vous travaillé ce thriller à quatre mains ? OB : Nous avons beaucoup parlé du sujet et du thème. Nous avons créé les personnages. Thierry tenait au duo du vieux cuisinier qui n’a rien à prouver, mentor d’un plus jeune. Ce qui me plaisait c’était revisiter le 


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NOTRE CREDO : RACONTER L’HISTOIRE D’UNE VENGEANCE AVEC UN MODE OPÉRATOIRE QUI NE SOIT PAS « SANGUINAIRE ». ODILE BOUHIER thème de la femme meurtrière et empoisonneuse, or Thierry a validé ma proposition. À partir de là, Thierry m’a fait confiance et j’ai dirigé la construction du récit et l’écriture. LFC : Comment est née l’idée de ce roman ? Un polar moléculaire surprenant. Il y a quelques années, Thierry est allé à Tijuana tourner un reportage. Il a assisté à des règlements de compte d’une rare violence et à son retour il m’a fait part de son envie d’écrire un polar avec moi. Notre credo : raconter l’histoire d’une vengeance avec un mode opératoire qui ne soit pas « sanguinaire ». LFC : Tokyo, Paris, des cadavres empoisonnés, pourquoi avez-vous situé votre polar dans ces deux villes très éloignées l’une de l’autre ? C’était une évidence dans la mesure où le Japon et Tokyo font partie intégrante de la vie et de la cuisine de Thierry. Je m’y suis alors plongée, je suis allée plusieurs fois à Tokyo afin de me documenter, humer l’air du temps, rencontrer cette culture et ce mode de vie. Ce que je voulais c’était que le lecteur découvre Tokyo avec les yeux de Achille Simmeo, notre héros, ce commandant de police du 36, Quai des Orfèvres qui n’avait jamais mis les pieds là-bas.

LFC : Le lecteur est en immersion dans le milieu gastronomique et celui de la science. Ce sont des sujets qui vous passionnent ? En quoi ? OB : Je suis de nature curieuse. Ce qui m’intéresse c’est la recherche. Qu’elle soit gastronomique ou scientifique, elle me fascine. Pour l’écriture de ce polar, j’ai notamment consulté Raphaël Haumont, le chimiste de Thierry Marx. LFC : Pensez-vous écrire un autre polar ensemble ? OB : C’est une formidable expérience et nous la réitèrerons, nous avons d’autres idées. En revanche, on ne peut pas vous donner de date. Nous avons tous deux de nombreux projets personnels. Et puis nous souhaitons prendre le temps que ce livre vive, que les lecteurs se l’approprient. LFC : Et vous, Odile Bouhier, vous nous avez manqué. Pourquoi tout ce temps avant de revenir en librairie ? OB : Je me suis mariée, j’ai eu des triplés… Non, je plaisante ! J’ai écrit et co-écrit (notamment avec le Chef Marx), développé des projets, enseigné le scénario. J’ai même l’an dernier repris une formation à La Fémis sur l’adaptation littéraire, en tant qu’élève. Exaltant. Le scénario et le cinéma restent ma première passion. LFC : Travaillez-vous Odile sur un prochain roman ? OB : Oui, toujours. Je développe un nouveau roman noir et aussi un récit bien plus blanc… LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... OB : Merci à vous, votre fidélité !


PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET QUENTIN HAESSIG

#BEST SELLER

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JO NESBØ

PHOTO : THRON ULLBERG ET JØRN H MOEN

Écrivain et scénariste norvégien, auteur de roman policier et de littérature d'enfance et de jeunesse, Jo Nesbø nous reçoit dans les locaux de Gallimard pour parler de son nouveau polar "La soif" et de l'adaptation de son livre à l'affiche au cinéma en novembre, Le Bonhomme de neige avec Michael Fassbender dans le rôle de Harry Hole, son personnage récurrent. La soif, de Jo Nesbø Série Noire Gallimard 624 pages, 21 €

LFC : Jo Nesbø, c’est avec grand plaisir que l’on se voit pour parler de votre livre « La soif » disponible aux Éditions Gallimard. Une nouvelle enquête qui marque le grand retour de l’inspecteur Harry Hole. Pour ceux qui ne le connaisse pas encore, pouvez-vous nous le présenter ? JN : Harry Hole est un inspecteur de police, alcoolique et grand accro à 


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J’ÉTAIS INTÉRESSÉ PAR LA FAÇON DONT LES GENS SE RENCONTRENT AUJOURD’HUI, C’EST ASSEZ FASCINANT. IL N’Y A PAS DE FAÇON EXACTE DE COMMUNIQUER SOCIALEMENT ENTRE DEUX INDIVIDUS. QUAND LES GENS SE RENCONTRENT VIA CETTE APPLICATION, IL Y A LE RISQUE DU REJET ET DE L’HUMILIATION POUR UNE DES DEUX PERSONNES. J’AIME COMPARER CE PHÉNOMÈNE À UN COMBAT DE LUTTE.

JO NESBØ la cigarette. Il a très peu d’amis. Lors de ses enquêtes, il emploie des méthodes assez peu orthodoxes mais qui correspondent au style scandinave des années soixante dix, quatre vingt. C’est l’image qu’il se fait du métier de détective. Je crois qu’Harry est avant tout un homme de contradiction. D’un coté, c’est un défenseur de la loi et de l’ordre, de l’autre il a des idées un peu plus radicales. Je ne dirais pas que c’est un révolutionnaire mais plus un rebelle, comme les criminels qu’il pourchasse, ce qui est assez paradoxal. C’est également un homme qui a besoin d’intimité et d’amour. 

qui étaient en rendez-vous et j’avais l’impression qu’ils avaient des visages de combattants, c’était très théâtral. Il y a toujours des conflits dans les histoires d’amour, c’est un combat perpétuel pour des désirs et parfois pour des choses que l’on veut mutuellement. Personne ne veut sortir perdant de ce combat.

LFC : Dans « La soif », Harry Hole se retrouve dans une enquête avec plusieurs meurtres qui ont été commis suite à des rendez-vous via l’application Tinder. Pourquoi avoir choisi le thème des sites de rencontre ?

JN : Comme je l’ai dit, c’est un homme de contradiction. Il vient juste de prendre sa retraite d’enquêteur pour devenir professeur et il se retrouve face à un choix difficile : un job qu’il déteste ou une famille qu’il aime. Je crois que c’est un réflexe humain de vouloir ce pour quoi nous sommes doués. Pour certains, faire un travail épuisant ou dangereux leur va très bien du moment que la société est contente de ce qu’ils font. Si vous prenez l’exemple des astronautes qui ont marché sur la Lune en 1969, ils avaient tous une famille et la mission pour laquelle ils étaient assignés était une mission suicide. Mais aucun d’entre eux n'a réfléchi et ils ont

JN : Je n’avais pas choisi ce thème là lorsque j’ai commencé ce livre. J’étais intéressé par la façon dont les gens se rencontrent aujourd’hui, c’est assez fascinant. Il n’y a pas de façon exacte de communiquer socialement entre deux individus. Quand les gens se rencontrent via cette application, il y a le risque du rejet et de l’humiliation pour une des deux personnes. J’aime comparer ce phénomène à un combat de lutte. Je me suis fait cette réflexion un jour dans un café, où j’analysais deux personnes

LFC : L’inspecteur va ensuite se retrouver face à un dilemme suite à de nouveaux meurtres. Dites-nous en plus…


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JO NESBØ

réussi leur mission. Tout le monde veut apporter sa contribution au monde dans lequel nous vivons et je pense que c’est une réaction complètement humaine. LFC : Vous êtes un ancien footballeur, vous avez fait de la musique et vous vous êtes ensuite tourné vers les livres, notamment car votre mère était libraire. Parlez-nous de ce parcours assez atypique ? JN : Je m’intéresse toujours au football bien que je n’y joue plus. J’ai eu la chance de grandir dans une famille où l’on savait raconter des histoires, cela a toujours été une tradition. C’est surement pour cela que très tôt je me suis mis à écrire de petites histoires. Je pense qu’inconsciemment j’ai toujours été destiné à écrire, pas

forcément des livres, mais des chansons également. Pour la musique, lorsque nous avons sorti notre premier disque avec mes amis d’enfance, ils étaient surpris de voir que je pouvais jouer d’un instrument ou écrire des partitions. Quand mon premier livre est sorti, ils ne l’étaient plus, ils savaient que j’avais certaines facilités et que j’apprenais très vite. C’est sur que j’aurais préféré devenir footballeur mais c’est toujours délicat lorsque l’on est jeune de croire en ce rêve qui semble si difficile à atteindre. Finalement je m’en suis plutôt bien sorti. LFC : Un dernier mot sur « Le bonhomme de neige » qui sort sur nos écrans dans quelques jours et qui est adapté d’un de vos romans. C’est Michael Fassbender qui jouera le rôle principal de ce film. Quel est votre sentiment ? JN : Je n’ai toujours pas vu le film donc je ne peux pas vous dire si il est réussi ou non. Le réalisateur m’a dit dès le départ qu’il voulait en faire sa propre histoire et cela me va tout à fait. Le livre correspond à ma vision mais il peut être interprété autrement par d’autres. Il a choisi le même titre pour le film donc j’imagine que cela se rapprochera de ce que j’ai pu écrire. Michael Fassbender est un super acteur, je l’ai beaucoup aimé dans « Shame ». Je ne pense pas qu’un acteur puisse incarner exactement l’inspecteur Harry Hole, du moins la vision que j’en ai. Que les spectateurs n’hésitent pas à lire mon livre après avoir vu le film !


PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET QUENTIN HAESSIG

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#INTERVIEW

MARC VOLTENAUER

Le dragon du Muveran de Marc Voltenauer Pocket 608 pages, 8,95 €

Marc Voltenauer se destinait à être pasteur. Après des études de théologie protestante, il s’engage comme secrétaire général d’une association chrétienne, puis opte pour les ressources humaines au sein d’une banque. Membre de la direction d’une société pharmaceutique, il écrit son premier roman, "Le Dragon du Muveran", à l’issue d’une année sabbatique. Ce « polar nordique au coeur des Alpes vaudoises » est publié aux Éditions Plaisir de Lire en 2015, puis chez Slatkine & Cie en 2016. Best-seller en Suisse, ce livre a obtenu le Prix SPG au Salon du livre de Genève. La suite des aventures d’Andreas Auer, Qui a tué Heidi ? vient de sortir en librairie. LFC : Marc Voltenauer, merci d’avoir accepté notre invitation. On se rencontre pour une double actualité : « Le dragon du Muveran » disponible chez Pocket et « Qui a tué Heidi ? » disponible chez Slatkine & Cie. Tout d’abord, pouvez-nous vous présenter le personnage du premier livre ?


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IL Y A TRÈS PEU DE POLARS OÙ L’ON A DEUX PERSONNAGES HOMOSEXUELS. JE SOUHAITAIS AVOIR UN PERSONNAGE DIFFÉRENT DES PERSONNAGES QUE L’ONT TROUVE DANS LES AUTRES ROMANS DU MÊME GENRE. JE LES VOULAIS ÉGALEMENT PROCHES DE MA RÉALITÉ ET SURTOUT ORIGINAUX. MARC VOLTENAUER MV : Avec plaisir. Il s’agit d’un inspecteur de police qui s’appelle Andreas Auer. Étant un grand fan des polars nordiques comme ceux de Jo Nesbø, j’ai longuement hésité à me lancer dans un style policier où le personnage est dépressif, alcoolique… Je souhaitais changer ce schéma que l’on connait déjà très bien. Andreas Auer est donc un inspecteur homosexuel avec son ami Michael qui lui est journaliste. Les deux vont donc parfaitement se compléter dans les enquêtes. LFC : C’est une sorte de roman anti-cliché ? MV : Oui c’est vrai, il y a très peu de polars où l’on a deux personnages homosexuels. Je souhaitais avoir un personnage différent des personnages que l’ont trouve dans les autres romans du même genre. Je les voulais également proches de ma réalité et surtout originaux. LFC : L’action se passe également où vous vivez, dans les Alpes, du coté suisse. Et le village de Gryon est également un personnage à part entière.   MV : C’est un vrai personnage. Ce personnage prend vie à travers des éléments géographiques mais aussi culturels ou gastronomiques. L’idée m’est venue après un voyage où j’ai énormément lu de polars nordiques. À mon retour, je me suis installé dans le village de Gryon et je dois dire qu’il m’a beaucoup inspiré. Il y a tous les éléments nécessaires pour y faire vivre un polar, c’est une sorte de huit-clos dans des grands espaces.  LFC : Les deux personnages ont également un chien. Pouvez-vous nous en parler ? MV : Oui il s’appelle Minus, c’est un grand Saint Bernard. C’est un peu contradictoire mais j’aime jouer avec. Tout comme l’ombre et la lumière. Il y a des choses difficiles à caractériser, de dire si elles sont blanches ou noires. Il y a beaucoup de zones de gris. Dans « Le dragon du Muveran » 

j’ai beaucoup joué avec l’image que vous vous faîtes du tueur. Vous pouvez le détester autant que vous allez l’aimer grâce à son histoire. J’aime jouer sur ces nuances et poser des questions également, que ce soit sur la vengeance ou la culpabilité. LFC : Vous jouez également avec les lecteurs, vous ne donnez pas de réponses mais vous les amenez à réfléchir. MV : J’aime ressentir cela lorsque je lis un livre. Se mettre à la place de l’inspecteur. Tout naturellement c’est quelque chose que j’essaye de reproduire en écrivant. C’est le but du polar que de donner des fausses pistes aux lecteurs.


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JE SUIS QUELQU’UN D’ASSEZ CINÉMATOGRAPHIQUE. LORSQUE J’ÉCRIS MON SCÉNARIO OU QUAND J’ÉCRIS UN LIVRE, JE SUIS TRÈS VISUEL. D’ABORD JE VOIS LES ENVIRONNEMENTS, J’ESSAYE DE M’IMPRÉGNER DES LIEUX, DE LES RESSENTIR. CELA PART DU VISUEL POUR RETOURNER À L’ÉCRIT. LFC : Dans le deuxième livre, "Qui a tué Heïdi", on en apprend beaucoup plus sur vos personnages. Vous savez dans quelle direction vous souhaitez les emmener. MV : Oui d’ailleurs dans ce livre je commence à installer la trame du suivant car on découvre qu’au delà du bonheur apparent, il y a un certain nombre de zones d’ombres, des cauchemars qui reviennent et on va s’apercevoir petit à petit qu’il y a des secrets qui sont enfouis.

J’ai surtout envie de continuer à vivre, c’est important aussi. Je verrai où est-ce que cela me mènera. LFC : Est-ce que vous aimeriez une adaptation au cinéma ou à la télévision ?

LFC : Est-ce que vos personnages vous surprennent ? MV : C’est une expérience très intéressante. Je me rends compte en prenant du recul que dans le premier livre on me posait souvent la question de savoir si c’était moi l’inspecteur. Ce qui était légitime puisque j’avais prêter à l’inspecteur un certain nombre de traits de caractère comme le whisky ou le cigare, qui sont deux choses que j’aime. J’ai été un peu pris au piège par mes lecteurs qui m’identifiaient à lui. Plus j’avance dans la réflexion et plus mes personnages prennent leur distance par rapport à moi. Je sens qu’ils deviennent des personnes à part entière et qu’ils commencent à vivre leur propre vie. LFC : Vous souhaitez donc faire un trilogie ou est-ce que cela peut aller plus loin ?

MV : Oui, il y a déjà eu quelques contacts d’ailleurs. Ce serait quelque chose d’assez génial à voir. Moi-même je suis quelqu’un d’assez cinématographique. Lorsque j’écris mon scénario ou quand j’écris un livre, je suis très visuel. D’abord je vois les environnements, j’essaye de m’imprégner des lieux, de les ressentir. Cela part du visuel pour retourner à l’écrit.

MV : À vrai dire, je ne me suis pas fixé d’objectif. Je souhaite vraiment en écrire les livres les uns après les autres.

PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET QUENTIN HAESSIG


EN PARTENARIAT AVEC

NUMÉRO 4 NOVEMBRE  2017

So Good!

LES ENTRETIENS DE : LA TEAMROMCOM ANGÉLA MORELLI EMILY BLAINE LENA WALKER ANNA BRIAC PATRICE LEPAGE


SO GOOD ! AU MENU P114 ANNA BRIAC

L'amour en Écosse.

P115

LENA WALKER

Un roman féminin et positif sur la résilience.

P118

PATRICE LEPAGE

Un roman qui offre un sens à la vie. P121

ANGÉLA MORELLI

Une fiction moderne, avec des problématiques féminines contemporaines. P124

EMILY BLAINE

La star de la romance française avec déjà 300 000 exemplaires vendus. P127

LA TEAMROMCOM

Le premier collectif de romancières de comédie romantique à la française. P131

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ANNA BRIAC

#TALENT

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Anna Briac est professeur de français. Elle vit dans une région sans cesse enneigée avec amoureux, enfants, chien et chat ! Comme on voulait en savoir plus, petit entretien sympathique pour nous parler de son nouveau roman "L'écossais". Interview. PAR CHRISTOPHE MANGELLE

FEEL GOOD INTERVIEW


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SO GOOD INTERVIEW

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L’Écosse est un grand classique de la romance LFC : Anna Briac, vous publiez chez Diva « L’écossais ». C’est original de raconter une romance sur fond de cornemuse et de pluie fine. Comment est née cette drôle d'idée ? AB : Je crois au contraire que l’Écosse est un grand classique de la romance : le mythe du highlander, rude guerrier au grand cœur, est assez commun (Lisez la série "Le chardon et le tartan", de Diana Gabaldon, pour ne citer que celle-ci). Moi, ce qui me plaît surtout au-delà du kilt, ce sont les paysages somptueux, l’âpreté du climat, la nature encore sauvage, et tous les mythes qui rendent le pays magique : les fantômes qui hantent les châteaux en ruine, Nessie la solitaire, les kelpies, les banshees, … Ça chatouille l’imagination quand même, non ? Quant à la pluie… Bizarrement, j’aime ça. Un vieux reste de "Quatre mariages et un enterrement", peut-être ? LFC : Alicia a vingt-six ans et une vie d’octogénaire. Pouvez-vous nous en dire un plus sur elle ? AB : Alicia a été un peu malmenée par la vie : sa mère est décédée lorsqu’elle avait seize ans, elle estime avoir été trahie par son père, et le géniteur de son fils s’est enfui dès qu’il a été au courant de sa grossesse. Depuis, elle a rayé la gent masculine de son existence, et se noie dans son travail (elle est traductrice). Son fils est son unique préoccupation. Elle s’est en quelque sorte retirée de sa propre vie, craignant de souffrir à nouveau. Elle est consciente que son système est bancal, mais elle a trop peur pour prendre le moindre risque. Heureusement, sa meilleure amie va l’obliger à bouger. Et en bousculant ses règles trop rigides, Alicia va comprendre que l’équilibre réside dans le déséquilibre. LFC : En quoi votre personnage vous ressemble ? En quoi il ne vous ressemble pas ? AB : Alicia n’est pas moi, mais je lui ai légué quelques traits de caractère tout de même (la pauvre !). Nous sommes toutes les deux un peu sauvages et adeptes des listes (la liste, c’est le Bien ! Tous les fans de bujo me 

comprendront), mon ordinateur porte le même nom que le sien (Sven. Franchement, what else ?). Pour le reste… Rien à voir. Je lui envie terriblement son don pour les langues, par exemple, et j’ai la chance d’avoir une famille très unie et aimante. LFC : Pour écrire ce livre, quelles ont été vos sources d’inspiration ? AB : Je ne crois pas avoir de source d’inspiration à proprement parler. Par contre, j’ai énormément surfé en quête d’images de paysages, pour me sentir à l’aise dans l’Écosse dont je rêve. J’ai écumé aussi les blogs de voyageurs, les sites consacrés au whisky ou à la pêche à la morue (si si, même si j’ai finalement supprimé une grande partie du texte qui utilisait ces infos). J’utilise aussi beaucoup, par petites touches, des éléments de mon entourage que je glisse dans l’histoire, et qui font sourire ceux qui me connaissent : par exemple le doudou de Samuel, Bert, est celui que possédait mon fils quand il était petit, et l’anecdote d’Isla tombée du pommier est en réalité une (douloureuse) expérience personnelle… Certains personnages sont inspirés de véritables connaissances, mais là, je n’en dévoilerai pas plus !

Certains personnages sont inspirés de véritables connaissances, mais

là, je n en dévoilerai pas plus !


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LFC : En bonus de ce livre, vous proposez le prequel « Retour à Skye » en téléchargement gratuit sur le site de la maison d’édition. C’est une bonne nouvelle pour les lectrices ! Pourquoi ? AB : J’avais très envie de retourner à Skye, moi aussi, parce que j’ai adoré écrire cette histoire. Gowan et Isla me manquaient. Ce sont deux personnages très attachants et surprenants. Je désirais passer à nouveau un peu de temps avec eux, et en faire les héros de leur propre histoire. Ce prequel est une façon de prolonger la lecture, encore un peu, de ne pas quitter des personnages qu’on a aimés. LFC : Connaissez-vous l’Écosse ? AB : Pas du tout ! (Est-ce qu’on sent le désespoir sourd de mes mots ?) J’en rêve depuis des années, et j’espère bien pouvoir un jour me promener moi-aussi sur l’île de Skye (et partout ailleurs, quitte à faire). Pour décrire les lieux, j’ai pratiqué Google View et Google Earth, comme beaucoup d’auteurs. La technologie au secours du rêve, c’est quand même génial, non ? J’avoue m’être longtemps baladée dans les rues de l’île, clic par clic, et pas toujours pour les besoins du roman…

Pour décrire les

lieux, j ai pratiqué Google View et Google Earth, comme beaucoup

d auteurs. La technologie au secours du rêve,

c est quand même génial, non ?

LFC : Travaillez-vous déjà sur votre prochain roman ? AB : Je travaille sur un synopsis pour un éventuel nouveau roman, une histoire de secrets de famille qui alourdit les existences des descendants (je suis très intéressée par l’analyse transgénérationnelle). Cette fois, l’histoire se déroulera dans le froid et la neige, à la montagne, entre lac gelé, chiens de traîneau et sombre forêt de sapins. Un autre univers, mais toujours loin des palmiers qui ne me font pas vraiment rêver (ceci dit, si mon mari lit ces lignes et qu’il souhaite m’emmener aux Seychelles, je saurai faire taire ma déception. Par amour uniquement, bien sûr). Un autre roman est achevé, en cours de lecture. J’espère qu’il trouvera aussi son chemin vers la publication. LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... AB : Chocolat ? Ou champagne, sinon. ;) J’espère que les lectrices et lecteurs aimeront cette histoire, autant que j’ai aimé l’écrire, qu’ils auront envie de s’envelopper dedans, comme dans un plaid tout doux et chaud. Métaphore facile, je sais, mais qui exprime bien ce que je ressens. Merci à LFC pour cette chouette interview ! Anna Briac L'écossais Diva, 320 pages, 14,90 €


LENA WALKER

#TALENT

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PAR CHRISTOPHE MANGELLE

Lena Walker consacre ses journées à l'écriture depuis 2015. Elle a déjà publié un roman young adult, "Beyond", qui est devenu un succès d'auto-édition. Aujourd'hui, elle nous parle de son nouveau roman "Un jour, j'ai changé de parfum". Interview.

FEEL GOOD INTERVIEW PHOTO : CANDICE COHEN PHOTOGRAPHY


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SO GOOD INTERVIEW

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Je pense que si le bonheur était une équation, il serait un juste équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle.   LFC : Bonjour Lena Walker, un grand merci de répondre à nos questions. Vous publiez chez City « Un jour j’ai changé de parfum ». Comment est née l’idée de ce roman ? LW : L’idée du roman m’est venue au cours d’une conversation sur WhatsApp que j’ai eue avec deux anciennes collègues qui se sont retrouvées sans emploi au même moment. Leur témoignage m’a beaucoup touché et je voulais traiter ce sujet, mais sous un angle positif. J’ai alors imaginé une entreprise de cosmétique de luxe, car c’est un univers qui me fascine. Je me suis toujours dit qu’il fallait que j’écrive une comédie sur ce milieu très particulier et pour lequel j’ai adoré travailler.  LFC : Vous mettez en scène trois femmes, 49 ans, 34 ans et Amandine encore plus jeune. Comment avez-vous travaillé la psychologie de vos personnages (sur des âges différents) ? LW : Pour Élisabeth qui est plus âgée, je me suis inspirée de plusieurs personnalités que j’ai rencontrées au cours de mes diverses expériences. Élisabeth est dure, mais elle a un bon fond. C’est une personne très isolée, qui s’épanouit à travers sa seule réussite professionnelle. Daphné, 34 ans, est l’archétype de la jeune maman parfaite, celle que la société nous impose d’être. Pour Amandine, j’ai lu beaucoup d’articles sur ces jeunes en quête de sens dans leur vie professionnelle. Toutes les trois ont un point commun, elles traversent une période difficile, mais vont rebondir chacune à leur façon et surtout ensemble.   LFC : Toutes les trois s’investissent beaucoup dans leur entreprise qui du jour au lendemain se passe d’elles. Pourquoi avez-vous souhaité raconter une situation aussi cruelle ? LW : Il est vrai qu’elles sont toutes les trois passionnées par leur métier. Lorsque tout s’arrête, elles ont l’impression que leur vie s’effondre. Je voulais montrer 

qu’il n’est jamais bon de sombrer dans les extrêmes. Toutes les trois accordent beaucoup trop de temps et d’importance à leur travail. Je pense que si le bonheur était une équation, il serait un juste équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle.   LFC : Malgré ce coup dur, elles font preuve de résilience. Est-ce un thème qui vous tient à cœur la résilience ? LW : Oui, la résilience est un thème qui me tient vraiment à cœur. Dans la vie, nous connaissons tous des hauts et des bas, moimême dans l’écriture, j’ai eu des moments de doute, de peur, d’angoisse, mais je suis convaincue qu’il faut s’accrocher, sur-vivre en dépit de l’adversité pour aller au bout de ses rêves ou tout simplement pour s’épanouir. Il est toujours difficile de rebondir face à un échec professionnel, à une déception amoureuse, à un deuil, mais je reste persuadée que cela reste à la portée de chacun d’entre nous, qu’il faut se donner les moyens d’essayer, car la vie nous réserve de belles surprises.  

Il est toujours difficile de rebondir face à un échec professionnel, à une déception amoureuse, à un deuil, mais je reste persuadée que cela reste à

la portée de chacun d entre

nous, qu il faut se donner

les moyens d essayer, car la vie nous réserve de belles surprises.


PAGE 120 mois, j’ai eu la chance de rencontrer, d’échanger avec des centaines de personnes lors de séances de dédicaces. LFC : Travaillez-vous déjà sur votre prochain roman ? LW : Oui, mon prochain manuscrit, une comédie romantique, est terminé. Un jour, j’ai changé de parfum traite de trois femmes aveuglées par leur travail. Mon prochain manuscrit est tout l’inverse. Il s’agit de l’histoire d’une jeune femme qui n’aime pas forcément son travail et se contente de se laisser vivre, jusqu’au jour où un enchainement d’événements va la conduire à tout quitter pour réaliser son rêve depuis toujours : devenir présentatrice de télévision. Sinon, je travaille sur la sortie de mon roman Young Adult que j’avais autoédité, "Beyond". Il sera disponible en librairie au printemps 2018. LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot...

LFC : Vous parlez aussi d’amitié et d’amour. Dites-nous en plus. LW : Au départ, ces trois femmes ne sont pas censées être amies. Il y a même une hiérarchie qui s’est installée entre elles. Mais, au moment où elles se retrouvent au chômage, les barrières tombent. Cette situation vécue difficilement par chacune d’entre elles va finalement les rapprocher. Leur relation va énormément évoluer au fil des pages et leur amitié est ce qui va leur permettre de surmonter leurs problèmes. J’évoque également l’amour sous plusieurs formes parce que je crois énormément en cette citation « le bonheur ne se vit que partagé ».

LW : Le bonheur se trouve rarement là on l’imagine, mais il est toujours à portée de main ! Merci LFC Magazine de m’avoir accueillie dans ce numéro.    

Propos recueillis par Christophe Mangelle

LFC : Vous venez du monde de l’autoédition et aujourd’hui vous êtes publiée. Comment vivez-vous votre aventure dans l’édition ? LW : Je me suis lancée dans l’autoédition par choix en me disant que si cela fonctionnait, je continuerais l’aventure et me servirais de cette expérience comme tremplin vers le monde de l’édition classique. C’est exactement ce qui s’est passé et je ne regrette pas. J’ai tout simplement l’impression d’être dans un rêve éveillé. Avant, mes contacts avec mes lecteurs étaient virtuels, sur les réseaux sociaux essentiellement, aujourd’hui, ils sont réels. En un

Lena Walker Un jour j'ai changé de parfum City, 272 pages, 16,90 €


PATRICE LEPAGE

#TALENT

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Personnalité atypique, devenu tour à tour berger dans les Causses arides, ouvrier agricole puis ingénieur, Patrice Lepage a dirigé des projets innovants, toujours soucieux d'utilité sociale. Auteur de romans et de poésie, il publie aujourd'hui "La métamorphose de Raphaël" (Eyrolles). Interview. FEEL GOOD PHOTO : OLIVIER INTERVIEW DION


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SO GOOD INTERVIEW

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Ce que nous sommes vraiment est bien plus utile aux autres et à nous-même que l’image idéale que nous nous évertuons à donner. LFC : Bonjour Patrice Lepage, un grand merci de répondre à nos questions. Vous avez publié « La métamorphose de Raphaël ». Comment est née l’idée de ce roman ? PL : L’idée d’un départ me trottait dans la tête, depuis un moment. Je voulais parler de la possibilité pour chacun d’entre nous de pouvoir changer profondément ! Non pas seulement changer de look, d’employeur, ou de maison, mais changer notre façon d’être. Nous sommes beaucoup à sentir un décalage entre ce que nous sommes intérieurement et ce que nous exprimons dans notre vie quotidienne. Je voulais dire que rien ne nous empêche de réduire ce décalage douloureux et d’exprimer vraiment ce que nous sommes. Car ce que nous sommes vraiment est bien plus utile aux autres et à nous-même que l’image idéale que nous nous évertuons à donner.

douloureusement au réel et à la fragilité de ce que nous sommes. J’ai commencé l’écriture de "La métamorphose de Raphaël" un mois après les attentats. Quelques semaines plus tard j’ai décidé de consacrer l’essentiel de mon temps à l’écriture. Tout le reste me paraissait futile ou plus exactement, j’ai accepté cette réalité : c’est dans l’écriture que je me sens le plus en harmonie avec ce que je suis intérieurement. LFC : Votre personnage va à la montagne, se confronte au monde rural, où commence sa quête de sens... PL : Raphaël va se réfugier dans une grange perdue au milieu des montagnes. La confrontation avec la nature va ramener son corps et le bien-être de se sentir vivant, courbatu, mais vivant ! Peu à peu, il va ouvrir les yeux et rencontrer d’autres personnes qui sont là, qui vivent différemment, qui ont fait d’autres choix, pleinement assumés, et qui ont plein de choses à lui suggérer.  

LFC : Vous parlez des attentats du 13 novembre. Votre personnage, cadre parisien, plaque tout juste après. Pourquoi Raphaël réagit-il ainsi ? PL : Au-delà du choc et de l’horreur, les attentats du 13 novembre ont provoqué un rapprochement entre les gens. On se parlait, on prenait le temps de s’écouter, voir de pleurer ensemble. Chacun est sorti de sa bulle, de son « train-train » quotidien. Dans l’adversité, on avait retrouvé une communauté humaine... Ce que Raphaël ne supporte pas c’est le retour à la normale, quand le quotidien reprend la main. Il refuse d’oublier, il refuse le retour à un quotidien dénué de sens. Il a pris conscience du décalage terrible qui existait entre ce qu’il croyait vivre et ce qu’il vivait vraiment et il décide de ne pas glisser tout ça sous le tapis.   LFC : Vous-même, les attentats du 13 novembre, ont-ils eu une conséquence sur votre démarche créative ? PL : Les attentats ont conforté en moi, une forme d’urgence à me tenir éveillé ! Les chocs nous ramènent 

Les attentats ont conforté en moi, une forme

d urgence à me tenir éveillé ! Les chocs nous ramènent douloureusement au réel et à la fragilité de ce que nous sommes.


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comprendre intérieurement, de nous retrouver, nous réconcilier avec ce qui veille en nous et qui attend que nous sortions de l’angoisse, de la peur de manquer et de nos désirs infantiles !

Nous ressentons un besoin impérieux de nous comprendre intérieurement, de nous retrouver, nous réconcilier avec ce qui veille en nous et qui attend que nous

sortions de l angoisse, de la peur de manquer et de nos désirs infantiles !

LFC : Votre personnage s’offre une pause, vous en faites de même au lecteur. Vous lui proposez avec ce livre de lâcher prise sur son quotidien ? PL : Personnellement, je me sers de la nature pour faire de petites pauses, discrètes et quotidiennes... Je crois essentiel de préserver notre capacité à percevoir ce qu’il y a de merveilleux et d’apaisant dans le contact avec la nature. Le contact avec la nature, c’est à la fois le contact avec le réel, sans faux semblant, et avec la magie poétique de quelque chose qui nous dépasse largement et dont nous participons... Chaque fois que je le peux, je fais une micro pause, je lève le nez au ciel, je regarde des arbres, je sens l’air frais sur mon visage, et de cette manière, je me réconcilie avec mon être intérieur, je reprend pied avec le réel et je suis à nouveau présent. Je ne me laisse plus balloter aux grés de mes angoisses ou de ces pseudo-urgences qui émaillent notre quotidien...

LFC : Préparez-vous votre prochain roman ? PL : Je suis en incubation, en gestation. Je suis prêt, mais je ne sais pas encore quel chemin va s’ouvrir devant moi et que je suivrai avec délectation. Pour l’instant, je patiente et je suis à l’écoute. LFC : Merci, on vous laisse le dernier mot... PL : Je crois qu’il nous faut comprendre que nous participons, chacun à notre place, à l’aventure humaine et que nous n’avons pas plus d’importance parce que nous sommes ceci ou cela, ou parce que nous possédons ceci ou cela... Chacun d’entre nous peut faire avancer ou reculer l’ensemble selon que nous exprimons vraiment ce que nous sommes, ou pas. Au moment ou tout semble s’accélérer sans cesse, prenons le temps de ralentir, prenons du temps pour nous, et trions tranquillement ce qui nous est essentiel de ce qui relève du bruit ambiant et de nos peurs d’enfant...

Propos recueillis par Christophe Mangelle

LFC : Comment expliquez-vous que les romans et les livres sur le développement personnel fonctionnent si bien ? PL : J’ai écrit un roman et non un livre sur le développement personnel. Mais je conçois qu’on puisse l’aborder sous cet angle. Pour répondre à votre question, j’ai le sentiment que nous sommes extrêmement « développés » sur le plan scientifique et technologique, sur ce plan, le génie humain est saisissant. Mais sur le plan de notre humanité, nous semblons assez démunis... Et l’époque contemporaine n’arrange rien, cette époque d’hyper consommation, ou nous confondons le développement de l’être et le désir de chacun de pouvoir consommer et tout exiger sans limite. C’est pourquoi nous ressentons un besoin impérieux de nous

Patrice Lepage La métamorphose de Raphaël Eyrolles, 251 pages, 16 €


ANGÉLA MORELLI

#TALENT

Après des études de lettres et un passage dans l’Éducation Nationale, Angéla Morelli décide de se consacrer à plein temps à l’écriture.  Aujourd'hui elle publie "Juste quelqu'un de bien". Interview.

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FEEL SO GOOD INTERVIEW


LFC : Pouvez-vous nous présenter Bérénice, 34 ans ? AM : Bérénice est une femme intelligente, qui a toujours su ce qu’elle voulait faire de sa vie. Elle a déjà connu une remise en question professionnelle vers 27 ans, lorsqu’elle a décidé de démissionner de son job d’ingénieur en développement durable pour se mettre à écrire. Et voici qu’à 34 ans, elle est confrontée à un autre problème, celui de la page blanche. Et ce problème va la pousser à faire la lumière sur une partie de sa vie qu’elle a toujours occultée, à savoir l’absence de son père. C’est une femme forte, bienveillante, sincère et parfois vulnérable, qui accorde une grande importance à l’amitié et à l’amour de la famille. LFC : Comment est née l’idée de ce roman ? AM : En relisant « Lettre d’une inconnue » de Stefan Zweig. Je me suis demandée comment transposer la trame de base, l’histoire d’une femme amoureuse d’un homme qui ne la reconnaît jamais, au XXIème siècle. J’ai gardé aussi l’histoire de l’enfant, mais je l’ai transformée parce que les choses ne se passent pas de la même manière de nos jours. Je voulais vraiment que « Juste quelqu’un de bien » soit un roman moderne, avec des problématiques féminines contemporaines. LFC : Votre personnage principal a un point commun avec vous, l’écriture est sa raison d’être. Elle n’arrive plus à écrire une ligne… Votre imagination est-elle débordante ou parfois capricieuse ? AM : Mon imagination est assez débordante, Nora Roberts soit louée, comme dirait Bérénice. Mais comme tous les écrivains, j’ai peur de la page blanche ; c’est une espèce de croque-mitaine effrayant. Dans les pages que je consacre à l’écriture et au blocage dans « Juste quelqu’un de bien », j’ai clairement couché mes craintes sur le papier. Et une fois le roman terminé, j’ai eu très peur de ne plus être capable d’écrire une ligne, comme si cette histoire était prémonitoire. Heureusement, il n’en est rien !

Je voulais vraiment

« Juste quelqu’un de bien » soit un

que

roman moderne, avec des problématiques féminines contemporaines.

LFC : Est-ce si simple d’être juste quelqu’un de bien ? Qu’en ditesvous ? AM : Je pense que ce n’est pas si simple, parce qu’être quelqu’un de bien suppose une bonne dose de bienveillance et d’empathie à l’égard de son prochain. Or, ces qualités sont à la fois galvaudées et paradoxalement décriées de nos jours, où le cynisme règne en maître. Être quelqu’un de bien, comme dans la chanson d’Enzo Enzo, ça suppose d’accepter de mener une vie en apparence banale mais de la remplir de choses importantes, comme l’amitié. Ça suppose aussi d’avoir la capacité de se remettre en question et de s’accepter comme on est, avec nos doutes, nos failles et nos défauts. Notre humanité, en somme. PAGE 125


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LFC : Quelles sont vos influences pour écrire (musique, séries TV, cinéma, etc.) ? AM : J’écris en musique, toujours, et j’ai l’impression de choisir l’album qui m’accompagne le plus durant la phase d’écriture au hasard, mais en réalité, je me rends compte a posteriori qu’il n’en est rien. Par exemple, pour l’écriture de « Juste quelqu’un de bien », c’est Marc Lavoine qui m’a accompagnée, avec ses chansons doucesamères de remise en question. Je regarde quelques séries télévisées en prenant des notes mentales sur la construction narrative (comme Outlander, avec ses multiples rebondissements) et sur les dialogues (Orange is the new black est parfait pour ça).

LFC : Quel sera votre prochain livre ? AM : Je suis en train d’écrire le dernier volume de ma trilogie des Parisiennes, qui sortira en mai 2018. Après un premier volume consacré à Émilie, divorcée, une enfant, qui se sentait incapable de retomber amoureuse, un deuxième centré sur Louise, célibattante qui dissimulait ses problèmes sous une bonne dose d’audace et de charme, voici l’histoire de Clara, qui se débat dans des problèmes d’argent et qui n’a aucune envie de s’embarrasser d’une histoire d’amour. Or, voilà qu’elle va rencontrer un bel Anglais qui n’est pas celui qu’il prétend être. C’est une pure comédie romantique, avec beaucoup d’humour. Quant à celui qui suivra, c’est encore un secret !

Angéla Morelli Juste quelqu'un de bien &H 342 pages, 14,90€

Propos recueillis par Christophe Mangelle Photo : Julien Falsimagne

JE SUIS EN TRAIN D’ÉCRIRE LE DERNIER VOLUME DE MA TRILOGIE DES PARISIENNES, QUI SORTIRA EN MAI 2018.


EMILY BLAINE

#BEST SELLER

Révélée par la série phénomène « Dear You » et confirmée par le succès de chacun de ses nouveaux titres, Emily Blaine est devenue, avec plus de 300 000 exemplaires vendus, la reine incontestée de la romance moderne à la française.  Aujourd'hui, elle publie son nouveau roman "Si tu me le demandais". Interview.

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FEEL SO GOOD INTERVIEW


LFC : Emily Blaine bonjour, vous venez de publier chez &H, un roman "Si tu me le demandais". On parlera aussi de "Colocs (et rien d'autre)" en version poche ainsi que d'un texte numérique qui sort en novembre. Avant de commencer à parler du bouquin, je voudrais que vous nous parliez de votre succès avec 300 000 exemplaires vendus sur l'ensemble de vos livres. EB : Les chiffres sont un peu déments pour ce que peut représenter 300 000 livres. La progression est fulgurante, beaucoup de personnes m'ont dit avoir aimé l'un de mes livres et depuis ils me suivent et n'en ratent pas un. Cette communauté est très présente aussi sur les réseaux sociaux, à chaque posts les réactions sont presque immédiates. Une chose que j'apprécie vraiment car je suis une grande fan des échanges même pour un rien. Je suis très vie normale et je sais que je "déglamorise" le métier d'écrivain. LFC : Vous écrivez pour être en relation avec les gens et créez une fusion entre vous ? EB : Exactement, j'écris pour moi égoïstement. J'écris des choses que j'apprécierai de lire tout en disant que les lecteurs doivent passer un bon moment. Je tente de faire oublier un peu les problèmes et les soucis du quotidien de mes lecteurs. Même s'ils n'ont lu que 10-15 pages, je veux que pendant ce petit moment ils puissent partir sur totalement autre chose. Je crée une sorte de littérature thérapeutique à mon sens. (Rire) J'écris des livres qui plaisent donc des livres qui me touchent, qui m'émeuvent, qui me font rire.   LFC : J'aimerai que vous me racontiez comment vous est venue cette passion de l'écriture ? EB : Je suis un vrai profil littéraire, j'ai un Bac L, j'ai vite abandonné les maths dès que j'ai entendu parler de vecteurs ce n'était plus possible.  J'ai pas mal écrit ma vie comme tous les ados à l'époque avant de m'arrêter un peu quand j'ai débuté ma vraie vie avec des études commerciales qui n'ont donc rien à voir avec ma 

Je voulais vraiment

« Juste quelqu’un de bien » soit un

que

roman moderne, avec des problématiques féminines contemporaines.

passion. J'ai commencé à travailler et à entamer une vie active jusqu'à mon premier enfant. Pendant mon congé de maternité, je m'ennuyais terriblement car j'aime beaucoup mon travail. Je me disais que je devais trouver quelque chose mais je ne trouvais rien à lire qui me convenait. Du coup, j'ai écrit ce que je voulais lire. LFC : Alors votre bouquin, il a un départ vraiment difficile. C'est un homme votre personnage principal, étonnant pour une femme rédactrice. EB : Déjà quand j'écris, je me visualise l'histoire et j'aime me donner des challenges. Alors je me dis que je sais le faire et puis tout le monde le fait. Il y a très peu de romans qui sont que du  PAGE 128


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point de vue de l'homme. Évidemment l'homme ne réagit pas de la même manière que la femme et particulièrement lors du deuil. Justement pour mon personnage, il vit dans le deuil d'une jeune femme, qui va même devenir un trait de sa personnalité. Je pense que quand on le décrit, on le dit triste. Il se morfond énormément et prend la décision de se couper du monde. Tous ses problèmes vont être intériorisés et il va finir par se dire qu'il est le seul à souffrir. Au fur et à mesure de l'histoire, on se rend compte que d'autres personnes souffrent aussi de la perte de cette jeune femme. Huit ans après, il finit par enfin rencontrer quelqu'un d'autre. Autant de temps car je me suis posée la question de comment je réagirai si je venais à perdre mon mari. Je me dis que ça doit anéantir. Ce qui m'intéresse, c'est de montrer ce qu'il se passe après un drame pareil à la place de montrer des années de bonheur.  LFC : Le personnage va retrouver goût à la vie grâce à un regard, ce type de rencontre n'est pas irréel ? EB : Mais après tout pourquoi pas ? Cela permet d'amener un nouveau regard sur sa vie avec beaucoup de recul afin de le pousser à d'autres choses. Je crois beaucoup aux nouvelles rencontres et dans mon livre, cela se ressent. Elle va lui permettre de repartir sur le bon pied et de lui redonner confiance.  

Emily Blaine Si tu me le demandais &H 378 pages, 15,90€

LFC : On sent que cette femme aussi à un bagage personnel bien chargé mais beaucoup plus discret, est-ce un choix ? EB : Oui justement mais ce bagage est bien caché. Le but n'était pas de faire un concours et une hiérarchie de la tristesse entre les deux. Et puis, elle incarne l'espérance car elle tente de se relancer d'elle-même contrairement à lui qui était résigné. 

C'EST UN LIVRE QUI M'A FAIT ÉNORMÉMENT DE MAL À ÉCRIRE MAIS JE VOULAIS VRAIMENT ÉCRIRE SUR UN THÈME QUI EXISTE ET QUI EST TRÈS PEU EXPLOITÉ. LA VRAIE DIFFICULTÉ CONCERNAIT PRINCIPALEMENT LES 100 DERNIÈRES PAGES QUI ÉTAIENT VRAIMENT DURES.


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LFC : Il y a l'espoir mais c'est l'amour qui les sauvent finalement ? EB : Oui toujours, j'y crois ! Comme dans les films, il s'agit d'un roman d'amour c'est uniquement cela. C'est un thème illimité qu'on peut renouveler en permanence. LFC : Dans l'histoire, il y a aussi l'espoir de la deuxième chance. Tout est possible ? EB : Tout le temps, j'espère ! Si on doit se dire qu'une fois que notre vie est faite rien ne se passera, on s'ennuierait quand même. Surtout que j'aime être surprise personnellement. Au-delà de cela, c'est un remontant, c'est triste mais ce n'est pas non plus pesant. C'est dur mais on y arrive.  LFC : Vous vous êtes inspirées de quelqu'un que vous connaissez ? EB : Pas du tout, c'est uniquement de la fiction. J'ai la chance de n'avoir jamais perdu de proche de manière soudaine mais j'ai tenté de m'imaginer si cela m'arrivait. C'est un livre qui m'a fait énormément de mal à écrire mais je voulais vraiment écrire sur un thème qui existe et qui est très peu exploité. La vraie difficulté concernait principalement les 100 dernières pages qui étaient vraiment dures. Un sentiment qui se rapproche un peu de quand on regarde un film et qu'on a la bouche qui se ferme et qu'on commencer à pleurer.    LFC : Vous écrivez de la littérature romantique et elle n'est pas assez valorisée. Qu'en pensez-vous ?

Emily Blaine Si tu me le demandais &H 342 pages, 14,90€

EB : Je ne dirais pas que je m'en cogne mais je pense qu'il y a de la place pour tout le monde ainsi que pour la littérature de divertissement. Ce qui me gêne plus, c'est le mépris qu'on a pour les personnes qui aiment ce type de bouquin que je trouve insupportable. Ce n'est pas pour autant qu'en appréciant ces livres, on ne peut pas lire le dernier prix Nobel. LFC : Rapidement, j'aimerai avoir un petit pitch de la version poche de Colocs (et rien d'autre) ? EB : C'est la suite de Colocs (et plus). Cette fois, il s'agit de Ben et Ashley qui sont les personnages secondaires du premier tome qui essayent de trouver leurs marques. Lui, très élégant tandis qu'elle est très folle dingue chantant du Céline Dion. Leur relation est simplement amicale, mais c'est une comédie vraiment faite pour rire. LFC : Vous proposez en novembre un roman uniquement en version numérique, dites-nous en plus ! EB : Ça sort le 29 novembre, c'est un roman chorale qui s'appelle "Tout en haut de ma liste" avec trois couples différents aux destins qui s'entrecroisent au moment de Noël. On le retrouvera l'an prochain en print. J'ai débuté avec le numérique et c'est important pour moi de continuer avec. Il s'agit vraiment d'une comédie romantique pour Noël qui ferait un super cadeau.  

Propos recueillis par Christophe Mangelle et Cédric Adam Photo : julien Falsimagne


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#BANDE DE FILLES

TEAM ROM COM

La TeamRomCom, c'est six plumes féminines : Isabelle Alexis, Tonie Behar, Adèle Bréau, Sophie Henrionnet, Marianne Levy et Marie Vareille. Pour l'hiver, elles nous proposent "Y aura-t-il trop de neige à Noël ?". Rencontre avec trois drôles de dames sur six de la comédie romantique à la française. FEEL SO GOOD INTERVIEW


LFC : Tonie Behar, Sophie Henrionnet, Marie Vareille bonjour. Un grand merci d'avoir accepté l'invitation de La fringale culturelle. Toutes les trois, vous faites partie d'un collectif dénommé la TeamRomCom dont il manque trois personnes ? TB : Il y a aussi Marianne Lévy, Adèle Bréau et Isabelle Alexis que nous représenterons. Alors c'est une initiative provenant d'un blog que j'ai créé s'appelant comedieromantique.com où je m'ennuyais un peu toute seule. Jusqu'au jour où j'ai envoyé un message sur Twitter à Marianne et à Marie. Nous nous sommes rencontrés dans l'idée de faire quelque chose en commun. Et puis, on s'est très vite dit pourquoi rester à trois, on pourrait être plus nombreuses. Marie a invité Sophie et on a convié également Isabelle et Adèle. LFC : Vous vous connaissiez dans le réel où tout s'est fait par le web ? SH : Avec Marie, c'est une vraie rencontre web. Pour les autres cela varie. TB : Adèle et moi étions dans la même maison d'édition tandis que j'avais rencontré Isabelle dans des salons donc on se connaissait mais on se suit évidemment beaucoup grâce aux réseaux.   MV : Par contre, la première fois qu'on s'est écrit sur Twitter avec Tonie et Marianne, nous nous ne connaissions pas du tout.   TB : Je me souviens même de t'avoir vouvoyé dans le message. (Rire) LFC : Et vous avez déjà écrit un livre ensemble ?   SH : Alors oui, l'hiver dernier, un projet à douze mains uniquement sur le web. On a décidé de concrétiser vraiment un objet numérique en faisant un recueil de nouvelles qui s'appelle "Let's now". MV : On a également fait un ensemble de nouvelles qui ont été publiées dans Elle.fr.   TB : Notre premier acte, ensemble, a été d'écrire un manifeste sur la comédie romantique. 

Notre premier acte, ensemble, a été d'écrire un manifeste sur la comédie romantique. Pour dire qu'elle est un art mineur dont on a un besoin majeur et surtout qu'on se revendique comme de vraie auteure romancière avec du fond.

Pour dire qu'elle est un art mineur dont on a un besoin majeur et surtout qu'on se revendique comme de vraie auteure romancière avec du fond. LFC : Vous ne vous ressentez pas légitime dans le milieu de l'édition pour revendiquer cela ?   TB : Par rapport aux éditeurs, je trouve qu'il y a parfois besoin de l'exprimer.   MV : La comédie romantique est un genre littéraire qui n'est pas forcément reconnu. Alors qu'il y a beaucoup de livres d'une qualité exceptionnelle. Des choses qui sont émouvantes, drôles et bien écrites avec des personnages attachants comme au cinéma. Et j'ai parfois  PAGE 132


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l'impression qu'en France, tout est mis dans le même sac malgré qu'il existe de vraies réussites qui ne sont jamais considérées comme de la littérature alors que s'en est. TB : Justement on le voit quand on se compare, nous sommes six et aucune d'entre nous à une façon d'écrire similaire. On tente toutes d'émouvoir, de faire rire, etc ... mais chacune avec notre façon de voir la vie.   SH : La comédie romantique représente la vie en général avec un prisme positif mais on aborde aussi des sujets variés que du drame, de l'amitié et de l'amour.   TB : Elle existe depuis toujours, Shakespeare faisait de la comédie romantique. C'est un reflet du rapport homme/femme de la société dans laquelle on vit. On tente de s'implanter du Monde actuelle où les femmes sont beaucoup plus libres qu'à l'époque.   LFC : Aujourd'hui on se voit pour votre actualité avec votre livre "Y aura-t-il trop de neige à Noël" ? Il s'agit d'un livre qui propose des nouvelles sur le thème de Noël, c'est bien cela ? MV : Exactement, le but est d'allier le côté humour et amour. Les nouvelles publiées l'année dernière en numérique lors du soir du Réveillon avec des rencontres amoureuses. Et bien on les poursuivit en reprenant les mêmes personnages. On peut donc voir leurs évolutions un an plus tard.

TeamRomCom Isabelle Alexis, Tonie Behar, Adèle Bréau, Sophie Henrionnet, Marianne Levy et Marie Vareille, Y aura-t-il trop de neige à Noël ? Charleston 288 pages, 6,50€

TB : Nous étions numéro 7 des ventes Amazon l'année dernière. Le projet a super bien marché et du coup les éditions Charleston nous ont demandé de prolonger en proposant de nouveau six nouvelles qui se déroulent un an plus tard.  

LES DRÔLES DE DAMES DE LA COMÉDIE ROMANTIQUE


LFC : Est-ce que vous pouvez me parler des différents personnages de ces nouvelles ? MV : Pour la mienne, mon héroïne s'appelle Valentine enchaînant les petits boulots comme celui de mère Noël dans un grand magasin pendant les fêtes et son rôle est d'asperger les gens de parfum pour tenter de vendre un maximum de produits. Durant son dernier jour de CDD, le 24 décembre, elle va se changer après avoir fini sa journée mais elle va se retrouver enfermée sans sa cabine après la fermeture jusqu'à qu'elle entende une voix. Pour celle de Marianne Lévy, qui s'appelle "Keep calm and love Christmas" se passant à New-York. C'est l'histoire d'un homme qui déteste Noël et le réveillon. Chaque année, il est invité par sa sœur qui tente de lui arranger des coups avec des inconnus. Tout se déroule comme chaque année, il va la rejoindre chez elle jusqu'à qu'il se retrouve coincé dans l'ascenseur avec une inconnue justement. Qui elle, est une folle de Noël ! SH : Ma première nouvelle s'intitule "La théorie du pingouin". C'est l'histoire de Pauline, comme la plupart de mes héroïnes, c'est une femme qui n'a pas beaucoup de chance. Elle vient de se faire larguer juste avant le réveillon et elle est envoyée en Toscane par son patron. Ce qui peut être sympa au départ va être terriblement ennuyant par la suite. Elle va avoir seulement comme point d'appui un mystérieux traducteur envoyé par son agence à Paris.   Concernant les nouvelles d'Adèle Bréau, elles se passent sur le marché de Noël de Paris avec une histoire d'une rencontre avec un bon fromager en général. (Rire) TB : Pour ma part, ma nouvelle raconte le Noël de Nina, une perfectionniste extrême qui a tout préparé pour passer le réveillon en tête à tête avec son compagnon. Hors une personne qui n'est pas du tout son amoureux débarque dans l'appartement. Tous les deux vont se retrouver coincés à l'intérieur tandis que cet intrus à un métier pour le moins étrange... Résultat : un an plus tard que s'est-il passé ?

Et enfin, Isabelle Alexis offre une histoire totalement déjantée typiquement dans son style avec son écriture bien particulière, pleine de punchlines vraiment très drôles. Cette nouvelle raconte le Noël d'une féministe, animaliste et activiste dans une famille très tradition. LFC : Je trouve votre projet commun assez formidable et assez peu courant au final. Vous proposez une thématique que vous avez choisi ensemble mais que vous travaillez chacune de votre côté. C'est une sorte de featuring littéraire ? SH : En quelques sortes oui, on se nourrit l'une des autres, de nos écrits. On peut donc davantage échanger autour d'une cigarette ou d'un verre. (Rire) Plus sérieusement, cela nous permet de s'entraider énormément sur la culture. Et puis surtout, nous avons une relation de complicité pour le moins incroyable, on est six jeunes femmes à s'être rencontrées sur les réseaux sociaux. On a toute eu une sorte de coup de foudre amical et passionnel.  

Nous avons une relation de complicité pour le moins incroyable, on est six jeunes femmes à s'être rencontrées sur les réseaux sociaux. On a toute eu une sorte de coup de foudre amical et passionnel. PAGE 134


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LFC : Y a-t-il une peur de décevoir ? TB : Oui ! L'intérêt de notre groupe est aussi là. Comme nous sommes entre nous, il y avait déjà l'importance que ces nouvelles plaisent aux copines. On se revendique faire de la comédie romantique de qualité donc on tente d'entre nous de s'entraider au maximum pour mettre en avant notre style littéraire. On se tire toutes vers le haut avec des critiques constructives. LFC : Pour revenir au sujet et aussi à la période de publication. Que représente Noël pour vous ?   MV : Alors j'adore Noël ! Je suis très Disney dans mon approche des fêtes, très traditions aussi avec le sapin, les paillettes, le repas et les cadeaux. C'est vraiment une fête que j'aime beaucoup certainement car je suis très proche de ma famille. TB : Je suis tout le contraire des filles ! C'est la Team RomCom qui m'a fait aimer Noël. Je n'étais pas très réveillon car ce n'était pas tellement dans ma culture déjà mais c'est le côté très romantique à l'américaine qui a fini par me faire aimer Noël. Ce recueil m'a permis de voir les fêtes de fin d'années différemment. SH : Pour moi, le mot qui me vient vraiment à l'esprit à Noël, c'est le partage. J'aime cette ambitieuse festive et chaleureuse accompagnée d'un petit verre de champagne et d'une bonne bûche glacée pour conclure la soirée.  

TeamRomCom Isabelle Alexis, Tonie Behar, Adèle Bréau, Sophie Henrionnet, Marianne Levy et Marie Vareille, Y aura-t-il trop de neige à Noël ? Charleston 288 pages, 6,50€

Propos recueillis par Christophe Mangelle et Cédric Adam. Photos : Philippe Lamy.

LES DRÔLES DE DAMES DE LA COMÉDIE ROMANTIQUE


LES GENS

LFC MAGAZINE • #4

NOVEMBRE 2017

QUI FONT LE BUZZ

SUR LA ROUTE DES PASSIONNÉS AVEC YVAN FAUTH, SANDRINE ROY ET JEAN-CHARLES LAJOUANIE

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LFC Magazine #4


BLOGGEUR PAR MURIEL LEROY

YVAN FAUTH Yvan Fauth est bloggueur littéraire : il parle de polar, de SF, de littérature... Nous lui donnons la parole pour qu'il partage ici son expérience du blogging, qu'il présente son blog EmOtions qu'on adore à la rédaction de LFC Magazine et qu'on vous recommande. Entretien. 137 | LFC Magazine #4

Photo : Grégory Tachet

LFC : Bonjour Yvan Fauth ! Que

création de mon blog, il y a près de

vous apporte cette expérience du

5 ans, j'ai rencontré des gens

blogging ?

formidables, que je n'aurais jamais côtoyés. Des personnes vues

YF : Un blog littéraire est une

ensuite dans la vie réelle et qui sont

ouverture sur le monde. Une

toutes une source

manière unique de se connecter à

d'enrichissement personnel (que ce

la fois aux autres et à l'univers

soit des lecteurs, d'autres

captivant de l'édition. Certains

blogueurs ou des auteurs). Le blog

disent que le virtuel éloigne

me permet d’assouvir mon envie de

d'autrui, c'est faux ! Depuis la

partager des émotions à travers


BLOGGEUR

LES GENS QUI FONT LE BUZZ PAR MURIEL LEROY

Yvan Fauth, EmOtionS les mots. Les livres nous font vivre 1 000 vies, les mots me

Avec ce qu’est devenu mon blog aujourd’hui, mes

permettent d'imprimer ma manière de les appréhender.

motivations sont à la fois toujours les mêmes tout en étant plus prégnantes dans mon esprit : découvrir, ressentir,

LFC : Quel bilan en tirez-vous ?

partager, échanger, découvrir. Le principe de la chaîne parfaite.

YF : Un bilan 100 % positif ! Même si tenir un blog est chronophage, les émotions et les rencontres générées n'ont pas

LFC : Avez-vous d’autres activités littéraires en parallèle ?

de prix. Rencontres ! Je ne sais pas si c’est parce que je lis

YF : Le blog m'a ouvert les portes d'un univers qui, sans

principalement ce qu’on appelle la littérature de genre (je

cesse, me permet d'assouvir ma passion de multiples

déteste ce terme), mais ces auteurs-là sont tous d’une

façons. Depuis plusieurs années, je suis également devenu

gentillesse et d’une humanité confondante. C’est l’auteure

modérateur sur plusieurs salons littéraires, où j'ai le

Gillian Flynn qui disait que les auteurs de romans noirs sont

privilège d'interviewer les auteurs face au public (le

capables d’écrire les pires horreurs mais sont des gens

Festival Sans Nom de Mulhouse, Saint-Maur en Poche,

adorables.

Lausan'noir, Seille de crime). Échanger en public avec des

Je confirme.

auteurs aussi prestigieux et variés que Michel Bussi, Pierre

Et puis, de simples chroniques, le blog m'a permis ensuite de

Bordage, Karine Giébel, Donato Carrisi ou encore R.J.

m'épanouir dans de nombreux domaines en lien avec le monde

Ellory est une grande richesse. Une magnifique extension

de l'édition.

de ma volonté constante de partage. Je collabore également au site « Les Déblogueurs » (le site de Gérard

LFC : En quelques mots, pouvez-vous présenter l’esprit du

Collard et son équipe). Depuis cette année, je suis membre

blog à nos lecteurs ?

du comité d'organisation du « Festival Sans Nom », le salon du polar de Mulhouse. Ça m'a permis, entre autres,

YF : EmOtionS est un blog qui parle principalement de polar,

d'organiser et présider le jury du prix littéraire lancé par le

mais pas que... J'y propose aussi de la SF ou de la littérature

salon cette année. Une édition 2017 qui s'est déroulée du

générale (au diable les étiquettes, je déteste ça !). Je partage

20 au 22 octobre et qui a été une formidable réussite ! 

également quelques émotions musicales. En presque 5 ans, j'y ai présenté plus de 600 chroniques et près

LFC : Votre top 3 de la rentrée littéraire !

de 300 interviews. Avec toujours cet volonté de partager un ressenti et de privilégier l'échange. J'y parle avec mon cœur,

YF : Entre deux mondes d'Olivier Norek. Un choc. Sans

mes tripes et mon cerveau (enfin, j'espère !), pour donner un

aucun doute l’un des romans qui m’aura fait vivre le plus

retour à la fois factuel et émotionnel. Depuis mon adolescence

d’émotions fortes et contradictoires depuis des lustres. Ce

(il y a fort fort longtemps), j’ai toujours été attiré par la

livre est bien davantage qu'un polar. Tout le monde devrait

nouveauté, toujours à l’affût des sorties et à la recherche

le lire, il devrait même être lu dans les écoles.

constante de découvertes. C’est inscrit dans mon ADN. Je ne saurais pas clairement l’expliquer, sauf à revendiquer ce côté

Candyland de Jax Miller. Par son écriture racée et super

défricheur (me faut-il une psychanalyse ?).

expressive, par son intrigue ahurissante et par ses LFC MAGAZINE #4 | 138


LES GENS QUI FONT LE BUZZ PAR MURIEL LEROY

BLOGGUEUR

Yvan Fauth

personnages mémorables, l'auteure nous propose un roman noir crépusculaire qui frise la perfection. Et ce n'est que son deuxième roman !

Le Top 3 d'Yvan Fauth

Le dernier hYver de Fabrice Papillon. Un roman d'une stupéfiante ambition, entre récit historique, divertissement prenant et thriller scientifique. Et surtout une étonnante aventure humaine. Dan Brown n'a qu'à bien se tenir ! LFC : Quelles sont les trois raisons de lire votre blog ? YF : J’essaye d’être créatif, de mettre en application les idées qui me traversent l’esprit. Premièrement parce que le plaisir créatif est primordial pour moi, deuxièmement parce qu’il y a une multitude de manières de mettre en avant l’inventivité des autres. Échange, toujours. Je propose des chroniques qui font passer mon ressenti. J'ai la volonté de le faire en argumentant, de manière décalée parfois, sans jamais raconter le livre. « Garantie sans spoiler ». Ce sont des émotions que je partage, pas un résumé littéraire. L'autre partie importante de mon blog concerne les interviews d'auteurs (mais aussi des autres métiers en lien avec le livre). L’interview, c’est le vecteur idéal du partage. En tout cas, j’imagine l’exercice dans ce sens. Elle est toujours adaptée à l’auteur et/ou à son livre. Que ce soit une interview longue qui permet de découvrir l’écrivain, ou courte axée sur un livre (la formule « 1 livre en 5 questions » que j'affectionne tout particulièrement), je tente de ne jamais proposer la même chose et d'accorder mes questions à l'interviewé. https://gruznamur.wordpress.com/

REJOIGNEZ SUR INTERNET

EMOTIONS

LFC Magazine #4 | 139


AUTEURE PAR MURIEL LEROY

On croit en son talent ! Et vous ?

SANDRINE ROY

UNE NOUVELLE PLUME SANDRINE ROY LFC Magazine vous présente Sandrine Roy, romancière qui a déjà écrit deux romans. Attention talent ! Entretien.

140 | LFC Magazine #4

LFC :  Vous publiez votre second

couverture sur l’étagère au-dessus

roman. Racontez-nous votre

du lit de mes parents, en imaginant

passion pour les livres. C’est

qu’un jour, il y en aurait un avec

depuis toute jeune ? 

mon nom. Mais bizarrement, le goût de l’écriture m’est venu avant

SR : J’ai commencé à écrire ce que

celui de la lecture. Sans doute par

j’appelais déjà un roman à l’âge de

besoin de m’inventer une autre

huit ans, dans un cahier d’écolier

vie. Aujourd’hui, ma démarche est

où il y avait la photo d’une belle

différente mais mon amour pour

jeune fille et d’un cheval. Enfant, je

les livres est resté le même, ainsi

passais de longs moments à

que celui des belles couvertures.

regarder le dos des livres et leur

Et avec Caroline Lainé comme


LES GENS QUI FONT LE BUZZ PAR MURIEL LEROY PHOTOS : MAGDALENA

AUTEURE

Sandrine Roy directrice artistique, je peux vous dire que les couvertures de mes livres

lecteurs se sont largement exprimés sur

sont vraiment très belles !

ce qu’ils avaient éprouvé à la lecture de ce livre. Et ce sont eux qui en parlent le

LFC : Pourquoi mêler le fantastique et le polar dans votre roman ?

mieux, croyez-moi ! Ce que je retiens de leur ressenti, c’est le sentiment d’avoir

SR : Pour être tout à fait franche, avant d’écrire Lynwood Miller, je n’avais

quitté leur quotidien pour une aventure

pas lu beaucoup de romans policiers et encore moins des

rafraichissante, dans un univers qui les

contemporains. Mon inclination allait naturellement vers le genre de la

transporte, avec une écriture qui casse les

fantaisie, et de préférence en version anglo-saxonne. L’on comprendra

codes.

mieux que j’aie eu envie d’introduire une touche de fantastique d’une

Ce que je désire quand j’écris, c’est

part, et un héros américain d’autre part. L’intrigue policière est venue

emmener le lecteur avec mes

spontanément comme pierre de souche à l’édifice. Et puis il faut dire ce

personnages. S’ils tombent amoureux,

qui est : je n’aime pas trop les choses conventionnelles. 

alors le lecteur doit aussi tomber amoureux. S’ils se déchirent, c’est le

LFC : Les personnages sont-ils le fruit de votre imagination ou est-ce

lecteur qui souffre. Mais comme je suis

des gens que vous connaissez vraiment ?

plutôt positive, pas d’inquiétude, le bien l’emporte toujours sur le mal. Je n’ai pas la

SR : Ça dépend, en fait. Eli est une pure création de mon imagination. En

prétention de donner des leçons ou de

même temps, avec des pouvoirs pareils, il serait incroyable de connaître

faire passer des messages à travers mes

quelqu’un comme elle dans la vraie vie. Lynwood m’a été inspiré par un

textes. Mon seul but est de distraire et, si

acteur américain dont je tairai le nom de façon à laisser aux lecteurs la

j’y parviens, alors je suis heureuse.

liberté de l’imaginer comme ils veulent. Son physique importe peu d’ailleurs, c’est son tempérament de badass totalement dominé par Eli

LFC : Pour conclure, on vous laisse le mot

qui m’intéresse. Les personnages satellites en revanche, sont un joyeux

de la fin.

mix d’invention et de gens que je côtoie chaque jour ou qui ont traversé ma vie à un moment donné. Le jeu, c’est de prendre les caractéristiques

SR : Quand j’ai commencé à écrire L.M. il

de plusieurs personnes et d’en faire un personnage unique. Il m’arrive

s’est très vite imposé à moi que ce

aussi de prendre le nom de quelqu’un que j’apprécie ou dont la sonorité

personnage offrait mille possibilités. Avec

me plaît mais dans ce cas-là, je demande d’abord l’autorisation à la

Eli comme partenaire indissociable, je

personne concernée.

peux me permettre des fantaisies qu’un roman policier classique interdirait. Il est

LFC : S’il y avait un message, une idée que les lecteurs devraient

donc prévu que d’autres aventures de

ressentir après avoir lu le livre, quels seraient-ils ? 

Lynwood Miller vont suivre chez le même éditeur dont la ligne éditoriale ne pouvait

SR : Depuis plus d’un an que le 1er tome de Lynwood Miller est sorti, les 

pas mieux s’adapter à ces personnages.

LFC Magazine #4 | 141


ÉDITEUR

JEAN CHARLES LAJOUANIE Jean-Charles Lajouanie est à l'initiative des éditions Lajouanie qui publie notamment Sandrine Roy. Rencontre avec un acteur de l'édition.

142 | LFC Magazine #4

PAR MURIEL LEROY PHOTO : ©ÉDITIONS LAJOUANIE LFC : Bonjour Jean-Charles Lajouanie.

nous éditons des textes policiers,

Vous êtes président des Éditions

noirs ou même des thrillers. Ces

Lajouanie. Pourriez-vous nous présenter

ouvrages, très bien écrits et

la ligne éditoriale de votre maison

passionnants outre leurs trames

d’éditions ?

policières ont un petit plus parfaitement résumé dans ce

JCL : Nous publions essentiellement des

mais pas que : un ton un peu

romans. Deux collections ont

décalé, un cadre étonnant, une

véritablement les faveurs des lecteurs.

ambiance inattendue, un décor

Dans la série Roman policier mais pas que

curieux, des protagonistes


ÉDITEUR

LES GENS QUI FONT LE BUZZ PAR MURIEL LEROY PHOTO : PABLO BEVILACQUA

Jean-Charles Lajouanie et des héros pour le moins surprenant. Dans la collection Roman pas policier mais presque nous publions des textes très travaillés, quasiment de la littérature blanche. Mais nous sommes loin de l'auto-fiction à la française si déprimante. Les romanciers nous livrent de véritables histoires avec un début, une intrigue, une fin. De véritables romans en somme ! LFC : Après cette rentrée littéraire, que nous proposez-vous aux lecteurs ? JCL : Nous venons de publier le  deuxième épisode des aventures de Lynwood Miller de Sandrine Roy. Le premier va sortir au mois de janvier en poche chez Folio. C'est un beau succès. Nous sommes ravis aussi du

Un bon éditeur aime ce qu'il publie et laisse sa chance à un auteur qui ne vend pas forcément beaucoup mais dans lequel il croit.

premier roman de Malik Agagna, Du passé faisons table rase, et de Punk Friction de Jess Kaan. En décembre sortent Un charmant petit village de Jean-Michel Lecocq, qui vient de nous rejoindre, et Sous pression de Pascal Jahouel dont nous avions déjà publié Un temps de chien !  LFC : Selon vous, c’est quoi un bon éditeur ? JCL : Quelqu'un qui aime ce qu'il publie et qui laisse sa chance à un auteur qui ne vend pas forcément beaucoup mais dans lequel il croit. Un romancier  peut mettre trois, quatre ou cinq livres avant de trouver son public.  LFC : L’obsession de trouver le bon texte, le bon auteur c’est palpitant  et en même temps est ce que ça rend pas un peu fou ?  JCL : Cela ne rend pas fou mais insomniaque. Parce que la nuit on lit beaucoup, et que quand on a achevé sa lecture on ne ferme pas l'oeil on pense à la multitude de choses à faire :  titres à trouver,  couvertures et  textes à valider, auteurs à chouchouter, journalistes à séduire, banquiers à convaincre...

LFC : Pour conclure notre entretien donnez-nous s’il vous plait 3 raisons de lire vos livres. JCL : 1 La qualité et l'originalité des textes. 2 Les livres sont beaux, les couvertures très réussies si j'en crois la rumeur ! 3 L'éclectisme de nos choix éditoriaux. 

LFC Magazine #4 | 143


PAR MURIEL LEROY

L'HOMOSEXUALITÉ DANS LES LIVRES Du fait de l’image qu’elle véhicule dans l’imaginaire collectif, lié aux valeurs morales et religieuses des parents, mais aussi de la société, l’homosexualité naissante se traduit souvent par un douloureux mal de vivre.


145

PARLONS-EN !

HOMO ? ET ALORS ! PAR MURIEL LEROY

Au cours de nos lectures, sur ce thème, nous nous sommes aperçus que toutes traitaient de la difficulté de se découvrir homosexuel. Aujourd’hui, encore, cela peut symboliser, pour le sujet concerné, rejet, marginalisation et provoquer des blessures profondes. Cependant le regard que l’on porte sur soi se révèle, lui, tout aussi cruel que celui de la famille et  de l’entourage, sinon plus. Bien sûr, l’adolescent aurait rêvé d’entrer dans la norme, pour être comme tout le monde, mais il perçoit  cela  comme quelque chose d’impossible.

Presque toutes les oeuvres citées en référence, tels que Un Noël à River Falls de Alexis Aubenque, Revanche de Cat Clarke, Mauvais Fils de Raphaële Frier, ou Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson, démontrent que l’adolescence, période transitoire entre l’enfance et l’âge adulte, correspond à une période déterminante où l’on découvre la sexualité, l’amour, mais aussi la souffrance. Celle-ci est encore plus accentuée chez les jeunes homosexuels. En effet, ils ignorent comment affronter leurs proches, craignent le regard d’autrui, l’exclusion du foyer et ressentent de la honte envers eux-mêmes, n’assumant pas leur différence. Ils deviennent leur propre ennemi  en se répétant les lieux communs homophobes. Dégradation ressentie qui peut les mener par la suite à des conduites à risques, voire le suicide. Leur plus grand souhait : entrer dans la norme, pour ne pas avoir à se cacher, et ne pas subir ainsi l’humiliation publique, l’abandon. Que les maux soient réels ou imaginaires, cette famille tant aimée, mais aussi l’école, peuvent avoir de terribles conséquences sur le devenir de l’adulte. 


PARLONS-EN !

146

LA LITTÉRATURE JEUNESSE EN PARLE Dans quatre romans : Mauvais fils de Raphaële FRIER, Un Noël à River Falls de Alexis Aubenque, Betty de Arnaldur Indridason, Blackstone de Guillaume Richez, on constate que l’homosexualité d’un de ses enfants représente un choc terrible au sein de la cellule familiale. Il devient le sujet d’une très grande déception pour les parents. Le dialogue se rompt, l’enfant en demande de reconnaissance et de soutien s’en trouve privé et sera, dans quelques cas, mis à l’ index ! Ce mal être est vécu, par tous, dans la culpabilité. Les parents vont se demander à quel moment ils ont échoué, l’intéressé, lui, s’en voudra de ne pas être à la hauteur de leurs attentes. Dans ce contexte d’incompréhensions réciproques, toute discussion semble vaine, chacun perçoit dans le regard de l’autre l’image de l’échec ! Dans Revanche, le comportement de la fratrie, ellemême, peut jouer aussi un rôle. Certains acceptent cet état de fait sans difficultés, quand d’autres, par contre, s’en  détournent brutalement, niant avec véhémence ce frère ou cette sœur considérée comme sujet d’opprobre. Ces violences verbales impacteront fortement le développement psychologique de l’adolescent, humilié. Comme dans L’été  où papa  est devenu gay Ernst Lund ERIKSEN, l’auteur nous explique que ce rejet se produit aussi à l’âge adulte, lors du passage de l’hétérosexualité à l’homosexualité. Changement soudain et incompréhensible par les proches, qui peut se répercuter sur leur progéniture, elle-même raillée. 

L'HOMOSEXUALITÉ À L'ÉCOLE L’accent est mis sur l’école, dans les livres : Un Noël à River Falls, Revanche, Mauvais fils et Arrête avec tes mensonges. Considérée comme un lieu de socialisation et un microcosme de la société, elle constitue donc un lieu où les enfants, pour la première fois, sont soumis à une sorte de hiérarchie où les plus forts dominent, en dehors de la fratrie ! Plaider le droit à la différence va demeurer vain, car instantanément les jeunes homosexuels sont sujets de moqueries. Proies privilégiées des plus nocifs, ils vivent de surcroît leur sexualité eux-mêmes dans l’avilissement… Ils n’ont pas les armes pour réussir à riposter. Ils restent  souvent dans l’ombre et jouent un rôle, en espérant ne pas se faire remarquer. En outre, les clichés, qui circulent partout, deviennent un prétexte pour casser  du  pédé. Par exemple, un raccourci est alors vite établi entre pédophile et homosexuel. L’école républicaine, lieu d’apprentissage, ne ressemble pas à un temple de la tolérance. Les adolescents le découvrent très vite à leurs dépens et feront leur premier apprentissage de la vie en communauté.  


PARLONS-EN !

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LA DIFFICULTÉ D'ASSUMER Sonja Delzongle, elle, dans Récidive, souligne la difficulté d’être homosexuel dans le milieu professionnel. Ceux-ci sont quelques fois obligés de se dissimuler, pour ne pas attirer l’attention. Dans Arrête avec tes mensonges, Philippe Besson, lui, tend à prouver que certains adultes vivent dans le déni, se marient, fondent un foyer classique avec un conjoint de sexe opposé et des enfants, au détriment de leur épanouissement personnel, de leur nature profonde. Il s’agit donc là de sauver les apparences, tout en menant parfois une vie parallèle. En revanche, dans Blackstone ou l’été où  papa  est devenu gay, les auteurs mettent l’accent sur le coming-out tardif lors d’un divorce, une séparation, voire un enterrement. Ceux-ci peuvent les inciter à se dévoiler. Cet évènement, ayant un impact salvateur et épanouissant, sera susceptible de provoquer un certain désarroi chez les enfants. Ce glissement de l’hétérosexualité à l’homosexualité bousculera leur perception, leurs certitudes, avec un deuil à la clé : maman et papa ne seront plus jamais ensemble ! Ce déni et ses conséquences, mis en exergue dans Un Noël à River Falls, Arrête avec tes mensonges et Betty, permettent avant tout aux homosexuels d’avoir un semblant de vie normale, car l’avilissement, l’exclusion, la culpabilité influent sur le développement psychologique. Quand l’image de soi est gravement perturbée, l’évolution psychosociale ne se poursuit pas sans risques. Ils tombent alors dans les filets de personnes sans scrupules, qui leur procurent seulement l’illusion d’exister pour quelqu’un. Ils se contentent du peu que l’autre va apporter. Dans certains cas, ils finiront par se suicider. 

L’ensemble de ces ouvrages montre la difficulté d’obtenir reconnaissance et soutien quand on vit une autre sexualité. Si la famille l’accepte parfois, elle joue là un rôle déterminant en la matière. Malgré l’évolution notable de la société comme en témoigne, notamment le mariage pour tous, nombre de préjugés persistent et contribuent à empoisonner la vie des homosexuels. Notamment dans le monde du travail où ils subissent encore de la discrimination ! Les agressions homophobes, tant verbales que physiques, sont légions chaque année en France et peu de victimes osent déposer plainte. Il reste encore un long chemin à parcourir pour qu’enfin ils obtiennent une vraie reconnaissance et ne soient plus considérés comme une menace, des parias, ou encore un mauvais exemple parental. Le droit à la différence n’est encore pas totalement acquis !  

LA SÉLECTION DE LA RÉDACTION > UN NOËL À RIVER FALLS, ALEXIS AUBENQUE, CALMANN LÉVY, 512 PAGES (2010) > REVANCHE, CAT CLARKE, ROBERT LAFFONT 491 PAGES (2013) > MAUVAIS FILS, RAPHAËLE FRIER, TALENTS HAUTS (2015) > L’ÉTÉ OU PAPA EST DEVENU GAY, ENDRE LUND ERIKSEN, THIERRY MAGNIER, 284 PAGES (2014) > ARRÊTE AVEC TES MENSONGES, PHILIPPE BESSON, JULLIARD, 194 PAGES (2017) > RÉCIDIVE, SONJA DELZONGLE, DENOËL, 416 PAGES (2017) > BETTY, ARNALDUR INDRIDASON, METAILLIÉ NOIR, 214 PAGES (2011) > BLACKSTONE, GUILLAUME RICHEZ, FLEUR SAUVAGE, 552 PAGES( 2017)


NOVEMBRE 2017 |   LFC MAGAZINE #4   >>>>>>>>>>>>    

TELEVISION

CHRISTINE KELLY INTERVIEW                                                      +                                            LES 5 SÉRIES                                               DU MOIS


CHRISTINE KELLY L'INTERVIEW Propos recueillis par Christophe Mangelle et Quentin Haessig Photos : Ch. Lartige/CL2P

149 | LFC MAGAZINE #4

NÉE EN GUADELOUPE, CHRISTINE KELLY EST UNE JOURNALISTE FRANÇAISE DE TÉLÉVISION ET ÉCRIVAIN. ELLE EST ACTUELLEMENT PRÉSIDENTE DU MUSÉE EUROPÉEN DES MÉDIAS, DONT L'OUVERTURE EST PRÉVUE EN 2019. ELLE A ÉTÉ MEMBRE DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'AUDIOVISUEL (CSA) DE JANVIER 2009 À JANVIER 2015.


L'interview PARTIE 1 Les médias, c'est sa vie !

Deuxième chose, je trouve qu’aujourd’hui nos médias sont en danger face aux fake news. On met sur le même niveau un tweet, un WhatsApp, un Facebook ou une information donnée par un journaliste qui a une carte de presse. Les fake news incitent les gens à se méfier des média traditionnels, ils ne croient plus forcément à l’information véritable. Voilà pourquoi je souhaite me battre pour que cette journée existe. LFC : Pourquoi avoir choisi la Guadeloupe pour cette édition 2017 ?

LFC : Christine Kelly, merci d’avoir accepté l’invitation de LFC Magazine. On se rencontre dans le cadre de la Journée d’éducation aux médias qui a eu lieu en Guadeloupe. Pouvez-vous nous parler de cet évènement ? CK : Après le succès des deux premières éditions : « Médias et terrorisme » en 2015 et « Médias et politique en 2016 », le thème abordé cette année sera « Médias et outre-mer ». L’édition 2017 est assez spéciale puisque nous allons jusqu’en Guadeloupe pour faire un peu l’état des lieux. Quels sont les points forts ? Quels sont les faiblesses des médias ? Nous allons en débattre avec des collégiens, des étudiants, des journalistes, l’éducation nationale… L’objectif de la journée : décrypter les médias. LFC : Comment est née l’idée de créer cette journée sur les médias ? Après avoir été journaliste presse, télévision, radio, reporter, présentatrice, je me penche sur le CSA et je découvre qu’il y a neuf cent chaines, deux cent radios, je découvre le monde de l’audiovisuel et je remarque que j’ignore beaucoup de choses. C’est le premier constat. 

CK : J’ai été très choquée, comme beaucoup de monde, par la puissance des fake news lors des ouragans Irma et Maria. Beaucoup d’informations fausses ont circulé. Je souhaitais décrypter ces réseaux sociaux, les forces, les faiblesses, les enjeux. C’est un sujet très vaste avec beaucoup d’interrogations. Derrière des informations se cachent des vies, une maman, un enfant, une famille. On ne peut pas lancer une information en direct sans savoir si la famille est au courant ou non. Il faut faire preuve de prudence et de professionnalisme. LFC : Nous avons l’impression qu’aujourd’hui c’est la course à l’information, qui décrochera le scoop en premier et parfois les informations ne sont même pas vérifiées. CK : Oui tout à fait. Aujourd’hui on va se servir directement sur les réseaux sociaux. Il y a deux types de journalistes pour moi : celui qui ne vérifie pas et celui qui est plus scrupuleux et qui prend plus de temps pour vérifier 

IL Y A DEUX TYPES DE JOURNALISTES POUR MOI : CELUI QUI NE VERIFIE PAS ET CELUI QUI EST PLUS SCRUPULEUX ET QUI PREND PLUS DE TEMPS POUR VERIFIER L’INFORMATION. JE CROIS QUE PARFOIS C’EST UNE HISTOIRE DE MOYENS.

150 |  LFC MAGAZINE #4

JE TROUVE QU’AUJOURD’HUI NOS MEDIAS SONT EN DANGER FACE AUX FAKE NEWS. ON MET SUR LE MEME NIVEAU UN TWEET, UN WHATSAPP, UN FACEBOOK OU UNE INFORMATION DONNEE PAR UN JOURNALISTE QUI A UNE CARTE DE PRESSE. LES FAKE NEWS INCITENT LES GENS À SE MEFIER DES MEDIA TRADITIONNELS, ILS NE CROIENT PLUS FORCEMENT A L’INFORMATION VERITABLE. VOILA POURQUOI JE SOUHAITE ME BATTRE POUR QUE CETTE JOURNEE EXISTE.


19

LFC : Les médias c’est toute votre vie ? CK : J’aime vivre avec les médias, j’aime les médias et je trouve qu’ils manquent de défenseurs. J’aimerais que les législateurs se positionnent comme cela, les députés également. Je ne trouve pas normal que l’état donne trois cent millions d’euros par an à la presse écrite et qu’ils les taxent systématiquement. Les médias jouent un rôle social important aujourd’hui, que ce soit dans la lutte contre l’obésité, le lien social… Ils ne sont pas à jeter ou à critiquer, ils sont à défendre. Nous pouvons vivre tous ensemble grâce à eux.

l’information. Je crois que parfois c’est une histoire de moyens. Je m’explique. Les patrons de chaines de télévision ne donne pas forcément les moyens à leurs journalistes de vérifier les informations. Aujourd’hui, le journaliste a une chance inouïe de sortir de l’ordinaire et de se faire remarquer par rapport à toutes ces mauvaises informations qui circulent pour montrer qu’il a une information certifiée. LFC : Il est important de souligner que vous n’êtes pas contre les réseaux sociaux… Bien sûr. Je me suis d’ailleurs battue pour que l’on puisse citer Facebook et Twitter dans les médias car c’était interdit il y a quelques années Les réseaux sociaux sont indispensables pour les médias et nous nous devons de vivre avec. Tout le monde est sur le net aujourd’hui, vous, moi, les médias traditionnels… Ce qui prime aujourd’hui c’est la vérification de l’information.

CK : Oui, on fait de moins en moins confiance aux médias traditionnels (presse/télévision/radio). On privilégie le web. Les médias sont en danger car ils ne sont plus compétitifs au niveau européen à cause de la puissance des textes législatifs qui pèsent sur les médias traditionnels français. L’uberisation de la société ou des taxis est aussi présente dans les médias, nous avons besoin d’être entendu pour évoluer. Aider les médias c’est aider son enfant qui grandit en société. On apprend par les médias, on s’amuse par les médias. Quelques exemples, DSK a réuni plus de treize millions de téléspectateurs à la télévision, la finale de la Coupe du Monde 1998 reste la plus grosse audience de toute l’histoire de la télévision. Les médias sont là pour faire passer des messages, ils fédèrent et permettent de se réunir autour d’une information.

151 |  LFC MAGAZINE #4

LFC : Est-ce que vous pensez que les médias sont en danger aujourd’hui ?


LA SÉLECTION SÉRIE/DOC DE LFC MAGAZINE

PAR QUENTIN HAESSIG

VOTRE PLATEAU TV

NETFLIX

ARTE/NETFLIX

PEAKY BLINDERS

JIM AND ANDY : THE GREAT BEYOND.

        e clan des Shelby est de retour ! Après avoir

L

échappé à la prison et à la mort dans la saison trois, la famille est enfin recomposée et prête à de nouvelles

     À       travers le prisme de son

affaires du coté de Birmingham. Au casting un petit

inoubliable performance dans le

nouveau : Adrian Brody, rien que ça. Il jouera le rôle d’un

rôle d'Andy Kaufman, Jim Carrey

gangster italien voulant venger la mort de son père, tué

s'interroge sur le sens de la vie, la

par… Les Shelby. On a hâte !

réalité, son identité et sa carrière

Peaky Blinders, saison 4, en janvier 2018 sur ARTE puis sur Netflix.

dans un documentaire hallucinant et émouvant.

LA SÉRIE ÉVÉNEMENT

Sorti en 1999, le film de Milos Forman raconte la vie du comique américain Andy Kaufman à travers de nombreuses scènes tirées de faits réels. Au casting, on retrouve Jim Carrey, Danny DeVito, Courtney Love. Dans ce documentaire où l’on se demande parfois si tout est vrai tellement certaines scènes sont surréalistes, Jim Carrey livre avec émotion son témoignage sur le tournage de ce film devenu culte. Il revient également sur certains

NETFLIX

THE CROWN

Produite à Londres dès octobre 2016 et prévue pour le 8 décembre 2017 sur Netflix, cette saison s’intéressera à l'enfance du

moments charnières de sa

   A        près une première de grande envergure,

prince Charles et à la vie du prince Philip.

carrière. Une belle surprise !

certainement l’une des meilleurs séries de

Michael C. Hall y interprètera le rôle du

Le documentaire Jim and Andy : The Great Beyond est disponible sur Netflix.

l’année 2016 tant par la qualité de son scénario

président américain John Fitzgerald

que par sa photographie, The Crown sera de

Kennedy.

retour pour une deuxième saison qui promet beaucoup de surprises.

Vous devrez profiter un maximum du talent de Claire Foy dans cette deuxième saison

Cette deuxième saison se déroulera dans les

puisque c’est la dernière fois que vous la

années 60, une période assez chaotique pour le

verrez incarner le rôle de la reine Elizabeth II.

royaume, ce dont on peut se rendre compte

En effet, Olivia Colman la remplacera pour

immédiatement dans le tout dernier teaser sorti

les saison 3 et 4 dans le but de rendre la série

il y a quelques semaines.

la plus réaliste possible.

The Crown, saison 2 disponible en intégralité dès le 8 décembre sur Netflix. LFC MAGAZINE | #4 | 152


LA SÉLECTION SÉRIE/DOC DE LFC MAGAZINE

DU MOIS DE NOVEMBRE NETFLIX

NETFLIX

THE PUNISHER

GOMORRA

       i vous avez vu les deux premières saisons de

S

 L    a suite de l’adaptation des romans de

Daredevil (disponibles sur Netflix), vous vous souvenez

Roberto Saviano est de retour pour notre

certainement de The Punisher. Il a aujourd’hui droit à sa

plus grand plaisir

série réalisée par Steve Lightfoot (réalisateur notamment d’Hannibal). Après Luke Cage et Iron Fist, deux séries

Si vous n’avez pas vu les deux premières

assez décevantes, espérons que Marvel réussisse son

saison, la série s’intéresse à la mafia

pari avec Frank Castle !

napolitaine et aux rivalités des clans dirigés

The Punisher, saison 1 disponible en intégralité sur Netflix.

par Don Pietro Savastano et Don Salvatore Conte. La jeune génération issue des deux partis est prête à tout pour défendre

NETFLIX / LA SÉQUENCE FLASHBACK

l’honneur de leurs familles, quitte à renverser le pouvoir en place. La série a déjà battu tous les recors d’audience en Italie pour la diffusion du premier épisode avec plus d’un million de téléspectateurs soit deux fois plus que Game of Thrones. De quoi nous faire saliver. Il faudra s’armer de patience pour la saison 3 qui sera diffusée sur Canal+ en 2018. Gomorra, saison 3 disponible en 2018 sur Canal+.

THE TRUMAN SHOW      T      ruman Burbank, marié à Meryl, infirmière, vit paisiblement dans la cité paradisiaque de Seahaven, remplie de gens sympathiques et de jardins bien entretenus. Néanmoins Truman a envie de voyager à l'étranger, de découvrir de nouvelles choses, et surtout de retrouver une femme, Sylvia, dont le regard l'a envoûté dans sa jeunesse. Cependant, tout semble contraindre Truman à rester dans la ville. Sans le savoir, il est le héros d'une émission de télé-réalité qui le suit Porté par un Jim Carrey au sommet de son depuis sa naissance…

art, qui gagnera d’ailleurs un Golden Globe pour ce rôle, le film raconte la vie de Truman

Sorti il y a presque vingt ans, ce film de Peter

Burbank, star d’une télé-réalité à son insu. Lui

Weir est devenu culte au fil des années et

seul ignore la réalité. La télévision ayant pris

s’inscrit dans cette liste de films à visionner

une place encore plus importante qu’il y a

encore et encore tellement il en dit long sur

vingt ans, ce film s’est inscrit définitivement

notre société actuelle.

dans le panthéon du cinéma moderne.

Le film The Truman Show est disponible sur Netflix. LFC MAGAZINE | #4 | 153


NOVEMBRE 2017   |   LFC MAGAZINE #4   >>>>>>>>>>>>    

SPECTACLE VIRGINIE LEMOINE ET SOPHIE FORTE INTERVIEW

    + JEREMY LORCA       +   JORDAN CHENOZ       + LES 5 PIÈCES DU MOIS


LFC SPECTACLE

VIRGINIE LEMOINE ET SOPHIE FORTE Duo de choc pour rire !

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JEREMY LORCA Bon à marier ! Rencontre.

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JORDAN CHENOZ Un petit nouveau sur les planches à Paris.

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ET AUSSI La petite fille vêtue de

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rose, Le syndrome du

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Playmobil,

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Les nœuds au mouchoir, Les jumelles, Les darons.

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L'INTERVIEW CROISÉE

Au Théâtre La Bruyère, Sophie Forte cartonne dans la pièce de théâtre "Chagrin pour soi" aux côtés de Tchavdar PENTCHEV, William MESGUICH en alternance avec PierreJean CHERER dans une mise en scène de Virginie Lemoine. Propos recueillis par Quentin Haessig. Photos : Karine Letellier

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VIRGINIE LEMOINE ET SOPHIE FORTE


LFC : Merci à toutes les deux de répondre à nos questions pour parler de la pièce « Chagrin pour soi » qui se joue au Théâtre La Bruyère depuis le 15 novembre 2017. On sait que vous êtes amies depuis très longtemps pourtant c’est la première fois que vous collaborez ensemble. Expliquez-nous !  

NOUS AVONS VRAIMENT TRAVAILLE MAIN DANS LA MAIN POUR ARRIVER A CE RESULTAT DONT NOUS SOMMES TRES FIERES.

SF : J’avais envie de travailler avec Virginie depuis très longtemps. À l’époque nous étions dans la même équipe de « Rien à cirer » et nous écrivions de façon très indépendante. Cependant, il nous arrivait de nous aider l’une et l’autre sur nos chroniques respectives de temps en temps, cela fonctionnait plutôt bien. Après cette période, nous nous sommes un peu éloignées artistiquement tout en suivant ce que faisait l’autre, et un jour j’ai eu l’idée de ce chagrin mais je ne voulais pas l’écrire seule.

SF : Ce qui est amusant aussi, c’est qu’aujourd’hui lorsqu’on lit le texte, nous sommes incapables de dire qui a écrit quoi. L’idée du chagrin personnifié venait de moi mais nous n’avions que cela au départ. Nous avons vraiment travaillé main dans la main pour arriver à ce résultat dont nous sommes très fières. 

VL : Merveilleusement bien. Nous n’avions pas forcément de méthode de travail. Au départ, j’ai pris un petit cahier et j’ai demandé à Sophie ce que ce chagrin lui évoquait. Elle m’a donné un tas d’idées et j’avoue que je riais beaucoup. En relisant ce cahier au fur et à mesure, nous rebondissions sur telle ou telle anecdote, c’était très vivant. Nous échangions même par téléphone lorsque l’une avait une idée. Ce qui est amusant, c’est que les premières idées que nous avons eu sont présentes dans le spectacle.

SF : On ne pouvait pas rêver mieux. Il y a eu un monde fou dès le début. VL : Je n’ai jamais vécu cela. On refusait parfois trente personnes par jour. LFC : Est-ce que vous aviez une petite appréhension tout de même avant de le jouer à Avignon ? SF : Une création pour Avignon c’est toujours extrêmement flippant. Avignon c’est un peu la jungle, il y a des

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LFC : Comment s’est passé votre collaboration sur l’écriture de cette pièce ?

LFC : Vous avez joué pour la première fois ce spectacle cet été au Festival d’Avignon. Racontez-nous !


VL : Ce qui m’a mis le plus de baume au cœur c’est que cette pièce parle d’une femme plaquée mais il y a beaucoup d’hommes qui sont venus voir le spectacle et qui nous ont dit à la fin avoir pris énormément de plaisir. Ils ont ri, ils ont pleuré, c’est quelque chose qui nous va droit au cœur. SF : Le vrai thème de cette pièce ce n’est pas tant la rupture ou les problèmes de couple mais plutôt le chagrin en luimême, comment s’en débarrasser. LFC : À travers une situation malheureuse, vous parvenez à faire rire le spectateur. Quelle est votre recette ? VL : Toutes les comédies procèdent de thèmes abominables. Prenez l’exemple de Molière, certaines pièces sont atroces, idem pour les comédies avec Louis de Funès. Mais il faut en rire, avec tendresse. SF : On rit du malheur mais parfois cela fait du bien. Nous avons beaucoup d’autodérision et c’est très important lorsque l’on se lance dans un projet comme celui-ci. LFC : Virginie Lemoine, vous êtes la metteur en scène de cette pièce, pouvez-nous présenter les personnages ? VL : Il y a trois personnages dans cette pièce. Au tout début de la pièce, on fait la connaissance de Pauline, jouée par Sophie, qui est une femme lambda, mère de famille, elle a deux enfants et on la retrouve accablée sur son lit. C’est à ce moment que frappe « Le chagrin » à la porte, joué par Tchavdar Pentchev, qui va la suivre dans sa reconstruction. C’est un peu un Faust, nous avons eu des débats 

TOUTE CETTE EXCITATION EST TRES MOTIVANTE ! NOUS SOMMES DANS UN BAIN EUPHORIQUE. sympathiques à ce sujet d’ailleurs avec Sophie, nous lui avons inventé une vie. Il n’est pas consolant mais il est réparateur. Et ensuite il y a toutes les apparitions qui peuplent la vie de Pauline, qui sont jouées par William Mesguich. SF : Le personnage de Pauline en prend plein la tronche. J’aime beaucoup faire des ruptures, c’est la dualité du personnage. Je suis un peu comme cela dans la vie, on passe d’une émotion à une autre. Il y a quelque chose de libérateur et de thérapeutique. LFC : La pièce se joue au Théâtre La Bruyère depuis le 15 novembre 2017, comment abordez-vous ce rendez-vous parisien ? VL : Tout est tombé en avalanche car nous devions à la base commencer de jouer la pièce en janvier et finalement la date a été avancée. Toute cette excitation est très motivante ! Nous sommes dans un bain euphorique. SF : Le Théâtre La Bruyère est un lieu formidable, la directrice Marguerite Gourgue nous fait confiance, elle nous produit, nous avons son soutien et c’est assez rare de nos jours. C’est une grande chance que nous avons et nous espérons vous voir nombreux ! 

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programmateurs qui viennent dès le début, le bouche à oreille va très très vite et si l’on n’est pas prêt, ce peut être une vrai catastrophe. C’est quitte ou double.


JEREMY LORCA BON A MARIER ? Propos recueillis par Christophe Mangelle Photos libres de droits fournies par Jérémy Lorca

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ONE MAN SHOW


JEREMY LORCA, ON L'A RENCONTRE IL Y A QUELQUES ANNEES POUR SON PREMIER ROMAN "CHERCHER LE GARCON" QU'ON VOUS RECOMMANDE VIVEMENT. AUJOURD'HUI, IL PRESENTE DEUX SOIRS PAR SEMAINE A L'ALHAMBRA SON ONE MAN SHOW "BON A MARIER". INTERVIEW.

JL : Chercher le garçon était une photographie de mes 25 ans avec des parties romancées importantes, par exemple les deux meilleurs amis du héros étaient purement fictifs et ils prennent une grosse place dans l'histoire. En plus, le truc c'est que je l'avais écrit pour le plaisir et j'ai eu la chance qu'on me propose de le publier mais quand j'avais déjà la trentaine, du coup, quand il est sorti, je n'étais déjà plus ce garçon dont je parlais. Le one man est en plus en phase avec ce que je vis aujourd'hui, j'aborde comme dans le roman, le célibat et la recherche de l'amour mais mon regard a changé, je parle également d'un tas d'autres trucs, les réseaux sociaux, les pervers narcissiques, les vacances, les leçons de conduite etc et quand il m'arrive quelque chose, je le rajoute quitte à ce que ce soit un one shot et puis je parle aussi de l'actualité. LFC : Comment est né ce spectacle dans votre esprit ? Comment est-il devenu possible pour vous de produire deux soirs par semaine à l’Alhambra ?

J'ABORDE COMME DANS LE ROMAN, LE CELIBAT ET LA RECHERCHE DE L'AMOUR MAIS MON REGARD A CHANGE, JE PARLE EGALEMENT D'UN TAS D'AUTRES TRUCS, LES RESEAUX SOCIAUX, LES PERVERS NARCISSIQUES, LES VACANCES, LES LECONS DE CONDUITE, ETC. JL : J'avais écrit un ou deux sketchs depuis longtemps et ça a été un concours de circonstances, je sortais d'une pièce que j'avais écrite, qui s'est jouée en tournée et à Paris avec deux équipes différentes et dans les deux cas le scénario était identique : le producteur faisait des modifs, le metteur en scène et les comédiennes idem et au final ça ne ressemblait plus à ce que je voulais faire, ça m'a soulé, j'ai eu envie de faire complètement autre chose pour me changer les idées et surtout, j'ai recroisé une amie que j'avais perdue de vue depuis 10 ans, Lea Lando qui jouait son one woman et qui m'a proposé de faire ses premières parties. C'était le bon moment pour me lancer.

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LFC : Nous nous étions vus la dernière fois pour votre excellent premier roman « Chercher le garçon », aujourd’hui, nous avons assisté à votre one man show « Bon à marier ». Existe-t-il un lien entre votre roman et ce spectacle ?


JL En tout ! Non heureusement je suis peut-être un peu moins brut de décoffrage que lui mais c'est vrai qu'un one man c'est personnel donc j'essaie d'être le plus sincère possible même si je force le trait parfois mais la quasi totalité des choses que je raconte me sont arrivées ou ceux sont des choses que j'ai déjà pu penser. La seule partie où je mens vraiment c'est lorsque j'évoque mes parents. LFC : Le soir où nous sommes venus vous voir, la salle réagissait beaucoup, ça riait à gorge déployée et vous étiez très complice avec eux. Quels sont vos impressions ? JL : C'est toujours cool quand les gens sont réceptifs. J'essaie au maximum de m'amuser avec eux, avant j'étais concentré sur le texte maintenant j'essaie de passer un bon moment à chaque fois et surtout de réagir à ce qui se passe dans la salle. Par exemple, avant quand un téléphone sonnait mon max d'interaction c'était "Decrochez pas svp" !!!! L'horreur ! Maintenant je m'autorise à improviser et à déconner avec eux hors texte, comme si je parlais à mes potes et c'est beaucoup plus détendu comme ça... Enfin je trouve.

J’AIME L’INTIMITE, J’AIME QU’ON FASSE COPAIN -COPAIN AVEC LE PUBLIC, C’EST CELA QUI M’IMPORTE LE PLUS. LFC : Votre spectacle se joue jusqu’à la fin d’année. Vous êtes chroniqueur sur Europe 1 aux côtés d’Anne Roumanoff. Et après, que faites vous ? JL : Si Anne veut toujours de moi, je continue ! Non, je m'amuse beaucoup dans cette émission, en plus ça m'oblige à écrire toutes les semaines donc c'est un bon sport et puis ça fait plus d'un an qu'on bosse ensemble donc on se connait tous bien, c'est agréable. Pour le one man show, à priori, je suis prolongé, je touche du bois. Et sinon je bosse, sur des projets télé et ciné, je croise les doigts. Le gars pas superstitieux du tout ! LFC : Et l’écriture, un prochain roman ? JL : Yes je suis en plein dedans, ça fait un an que j'en parle à mon éditeur. Pour l'instant j'ai toute l'histoire mais j'ai ecrit que 50 pages donc faut que je me bouge grave !

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LFC : Vous personnage est homo, il a 35 ans, il rame un peu niveau amour, et a un avis sur tout. Il est drôle mais aussi touchant. Ce personnage, en quoi vous ressemble-t-il ? Et en quoi il ne vous ressemble pas ?


MES PREMIERS PAS...AU THÉÂTRE

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JORDAN CHENOZ


JC: J'ai toujours été attiré par le monde du spectacle que ce soit la danse, la comédie, ou le chant... J'ai commencé très jeune par prendre des cours de danse pendant plus de 10 ans. Ensuite, un ami qui montait une pièce de Molière pour une reconstitution historique au château de Maintenon m'a proposé le rôle de Dorante dans le bourgeois gentilhomme.. C'es très naturellement qu'on a décidé de monter notre compagnie ensemble en 2012 avec le spectacle "Comme ils disent" en projet principal ! LFC : Comment avez-vous découvert la pièce « Comme ils disent » ? JC : J'ai découvert cette pièce un peu par hasard en 2011. J'avais envie d'allez voir une pièce de théâtre en cherchant sur un site de billetterie, je suis tombé sur ce choix et je me suis dit : pourquoi pas ! (Rire) Cette pièce était jouée par les auteurs ce soir-là ! Je suis totalement tombé amoureux de cette pièce drôle et tellement bien écrite... Quand j'aime, je suis du genre à y retourner avec des amis 

JE N'AI JAMAIS EU UN SPECTACLE AUTANT EN PHASE AVEC L’ACTUALITE. pour leur faire découvrir, ce que j'ai fait cinq fois... Ce qui m'a permis de sympathiser avec les auteurs à la sortie du théâtre. LFC : Vous avez donc eu un coup de cœur pour cette pièce au point de vouloir endosser l’un des rôles… Qu’aimezvous défendre dans ce rôle ? JC : Absolument! Après être allé la voir plusieurs fois, je savais que l'équipe était sur le point de finir leur tournée et il ne prévoyait pas de reprendre le spectacle... Je leur ai donc dis que je souhaitais prendre le relais. Lorsqu'ils ont fait leur dernière représentation, l'un des auteurs m'a contacté pour me donner l'autorisation de jouer la pièce. De là, il m'a envoyé le texte. Lorsqu'on a commencé à monter la pièce, le choix du personnage a été presque

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LFC : Bonjour Jordan, comment est née votre passion pour le théâtre ? Pourquoi avez-vous créé "La compagnie d'eux" ?


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PAR CHRISTOPHE MANGELLE PHOTOS : FOURNIES PAR JORDAN CHENOZ

évident pour moi comme pour mon partenaire... C'est une pièce qui parle du couple à travers un couple homo. Le public est en immersion dans l'agenda des deux hommes. Nous les faisons voyager dans le quotidien de ce couple. Nous les retrouvons chez des amis, chez eux en plein branchement d'une boxe TV, en train de faire les magasins, dans un parc d'attraction, à la mer... et le public peut se reconnaître dans tel ou tel situation car après tout, que ce soit un couple d'hommes, de femmes ou un couple hétéro, l'amour est universel ! Et nous vivons tous les mêmes situations... LFC : Parlez-nous de votre partenaire de jeu. Qui est-ce ?

LFC : Quelle est la réaction du public une fois avoir vu la pièce ? JC : Très honnêtement, le public réagit tres bien à ce spectacle! Ils se retrouvent dans les personnages... Quelques fois, certaines personnes nous racontent que pendant le spectacle, ils se retournent vers leur conjoint et leur dit : Tu n'as pas l’impression de nous voir... (rire). La question qui revient souvent, c’est : sommes-nous réellement en couple ? Une fois, j’ai une femme qui m’a raconté que son mari était réticent à venir voir la pièce car il ne comprenait pas l’homosexualité, mais il est venu pour lui faire plaisir ! À la fin du spectacle, ce monsieur est venu nous voir pour nous remercier car il a compris que finalement un couple homo etait un couple comme les autres. J’aime l’idée que cette pièce fasse réfléchir. Si en plus, elle peut faire évoluer les mentalités, j'en suis très heureux. Mission accomplie !

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JORDAN CHENOZ

JC : J'ai commencé cette pièce avec le comédien Mickaël Leduc avec qui j'ai joué pendant trois merveilleuses années, puis il a décidé de se concentrer sur un projet plus personnel. Puis j'ai proposé au comédien Sébastien Boisdé, qui nous avait déjà vu sur scène, de reprendre le rôle ! Cette pièce l'a convaincu dès le départ, et trouvait que c'était un bel hymne à la tolérance. Au fur et à mesure de la pièce, le public oublie que c'est un couple homo.


PAR NATHALIE GENDREAU // PRESTAPLUME PHOTO : NATHALIE GENDREAU

"LA PETITE FILLE VETUE DE ROSE", OU L'ENFER CARCERAL AU FEMININ l'esprit du public est mis en détention, son cœur se rend. Le drame peut survenir, les effets sont assurés. Gaëlle est une jeune gynécologue, à l'avenir tracé en ligne droite. Mais au volant de sa voiture, elle provoque un grave accident qui la conduit en prison. Son arrivée dans la cellule de Nevena qui purge une lourde peine ressemble au jeu de l'intrus. Jeune femme sans histoire, elle n'est pas préparée à la brutalité du lieu, ni à la violence d'Amanda, la matonne (Thaïs Lamothe), l'incarnation de la perversité et du sadisme, ni aux maltraitances physiques et psychologiques. Nevena est isolée, silencieuse, occupant son temps à fabriquer des miniatures de maisons et couchant sur le papier son rêve de liberté. Bientôt, la défiance dépassée, les deux femmes que tout oppose, tant leur vie d'avant que leur personnalité, vont se rapprocher et tisser des liens que l'isolement et le soutien dans l'épreuve renforcent. L'une apprenant à l'autre comment

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Jusqu'au 27 décembre 2017, le théâtre Montmartre Galabru se réinvente en prison pour une pièce édifiante sur les conditions de détention des femmes aux États-Unis, en 1999. Derrière la candeur du titre, "La petite fille vêtue de rose" s'exprime le monde intérieur des personnages. Si les prisonnières évoluent en survêtements gris dans leur cellule glauque et insalubre, leurs rêves sont colorés d'un camaïeu de rose, entre innocence et ingénuité, imprimant dans les cœurs un désir vigoureux de liberté et une faim dévorante d'amour. Les codétenues Gaëlle (Sevda Bozan) et Nevena (Coralie Miguel), deux femmes au profil différent, doivent cohabiter de gré ou de force. De force, se supportant, de gré s'apprivoisant. Les mois défilent, passant du silence brutal à la complicité mutine, jusqu'à l'amour et la libération. L'une effective, l'autre sublimée. Le texte de Coralie Miguel touche et la mise en scène au souci du détail soigné de Marina Gauthier frappe par son réalisme et sa crudité. Une histoire qui prend au col. Une cellule aux murs souillés, deux lits de camp squelettiques au milieu desquels s'insèrent les commodités à l'aspect peu ragoûtant. Le décor est planté,


tenir tête à la vie qui la malmène, et l'autre réapprenant à l'une à faire de nouveau confiance. Chacune découvrira une nouvelle aptitude à aimer, différemment et puissamment, au-delà des frontières du commun. Rien ne s'échappe des murs de la prison de York, hormis le parfum d'amour qui noue pour l'éternité deux femmes hétéros.

Ce drame ponctué de moments joyeux, précieux car intervenant comme une pause au malheur et une respiration à la douleur, saisit le public dès la première scène et l'installe dans une réalité terrifiante. Les femmes en prison ne sont pas exemptes de violence carcérale. En cela, l'égalité de traitement entre les hommes et les femmes est parfaite ! Quant à l'humanité, la copie des gouvernements est à revoir. Le savoir est une chose, le vivre à travers le théâtre vivant en est une autre. Quels

sont les ressorts de l'âme humaine pour survivre à des situations psychologiques extrêmes ? D'où vient la force intérieure ? Coralie Miguel propose une réponse avec sa pièce. Elle lui appartient, en même temps qu'elle en exprime l'universalité. La force de chacun ne prendrait-elle pas d'abord naissance chez l'autre ?

La petite fille vêtue de rose Spectacle écrit par Coralie Miguel. Mis en scène : Marina Gauthier. Avec Sevda Bozan, Coralie Miguel, Thaïs Lamothe Avec en alternance : Eléonore Hendriks, Sarah Scotté, Roxane Turmel. Production Lyan Concept Prod. Au Théâtre Montmartre Galabru, 4 rue de l' Armée d'Orient, 75018 Paris. Tous les mercredis, à 21 h 30, jusqu'au 27 décembre 2017. Durée : 1 h 30.

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Dans ce milieu carcéral, une chape de plomb recouvre les cris de peur et les pleurs de détresse. Le public est happé par ce maelström d'émotions intenses et déchirantes qui défilent avec les différents tableaux symbolisant les mois qui passent. Les moments d'horreur sont conditionnés par le tintement des clés annonciateur de l'entrée de la matonne et de ses sévices. À l'abri des regards, les codétenues s'étranglent puis s'ébattent avec la même énergie. Les comédiennes occupent tout l'espace, souffrent avec leur personnage. Coralie Miguel est une Nevena aux émotions exacerbées qui explosent de peur d'être touchées au cœur. Sous son survêtement gris, sa pâleur ajoute à la gravité, à l'espoir meurtri, à l'effacement d'une féminité brimée, puis réprimée. Pour son premier rôle sur les planches, Sevda Bozan joue sans retenue une Gaëlle à l'ingénuité pleurnicharde avant de muer son personnage en femme résolue et hardie, prête à en découdre avec le monde entier.


PAR NATHALIE GENDREAU // PRESTAPLUME PHOTOS : QUENTIN LE GALL

ELODIE POUX LE SYNDROME DU PLAYMOBIL, LA CONTAGION DU RIRE Si l’humoriste reconnaît détester les chats, elle adore les enfants au point d’avoir recueilli leurs merveilleuses réparties décalées ou amusantes. Par une écriture simple, crue et si vraie, elle touche juste, puisque tiré de l’expérience vécue et de l’observation des parents qui, « le cerveau en mode avion », s’ingénient le plus souvent à « construire des décérébrés ». Finalement, se promener dans un parc serait « un excellent moyen de contraception ». Il fallait y penser !

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S’il y a un syndrome dont on aimerait être frappé, c’est bien celui du Playmobil ! Il faut quand même réunir plusieurs conditions pour y parvenir. Choisissez par exemple Élodie Poux, une jeune humoriste pétillante comme ces petites bulles de champagne qui éclatent de plaisir dans la tête. Puisez votre inspiration dans une source intarissable que sont les enfants, de préférence en maternelle. Ajoutez-y un soupçon de délire généré par le comportement excessif des parents. Une dernière touche avec des glaçons colorés de cynisme et vous obtenez un spectacle sur l’éducation qui se savoure comme un cocktail renversant. Le sourire béat du Playmobil ne vous quitte plus. « Le syndrome du Playmobil », c’est un peu plus d’une heure d’empathie joyeuse qu’éprouve le public envers l’ancienne animatrice périscolaire Élodie Poux qui confie sur scène ses douze années passées dans l’arène des fauves en culotte courte. Mais qu’on ne s’y trompe pas !


ELODIE POUX LE SYNDROME DU PLAYMOBIL

Le syndrome du Playmobil Texte écrit et joué par Elodie Poux Mise en scène de Florent Longépé L'Apollo Théâtre , 18 rue Faubourg du Temple, 75011 Paris Durée : 1 heure Horaires : tous les mardis à 20 h jusqu'au 26 décembre 2017.

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Mais qu’est-ce donc le syndrome du Playmobil ? « C’est ma philosophie de vie : garder le sourire malgré les difficultés que l’on rencontre dans sa vie », nous confie Élodie Poux, collectionneuse passionnée de ces petits personnages au sourire ineffable. L’humoriste est l’exemple vivant que le syndrome du Playmobil fonctionne, puisque ses rêves se sont réalisés. Il y a cinq ans, elle suit des cours sur l’art du conte et de l’expression corporelle pour ajouter une corde à son arc d’animatrice périscolaire. Le spectacle de fin d’année est une révélation pour elle. Elle écrit quelques sketches qui seront le fonds de commerce du spectacle futur, et gagne une « résidence théâtre » où elle peut plancher avec un metteur en scène de son choix sur l’écriture de son one woman show. C’est ainsi qu’Élodie Poux se retrouve sur scène avec un spectacle caustique et malicieux qui pénètre avec délectation le monde de la petite enfance. En tenue désopilante, elle dégage une présence rayonnante et dégaine sa botte secrète : un rire communicatif. La morosité est persona non grata. Soit elle se retire dans une dignité silencieuse, soit elle se convertit en fanfare. Elle n’a pas le choix ! Et ce d’autant plus que le succès se propage comme une trainée de poudre. Celle qui compare le succès à une grossesse, c’est-à-dire « au nombre de fois qu’il faut baiser pour être enceinte », a ajouté la chance au talent. Le succès est bien là, à portée de rires.


PAR NATHALIE GENDREAU // PRESTAPLUME PHOTOS : NATHALIE GENDREAU

LES NOEUDS AU MOUCHOIR Daniel (Denis Cherer) et Jean (Pierre-Jean Cherer) sont deux frères opposés en tout : l’un remplit son agenda, l’autre pointe au chômage ; l’un est pragmatique et pressé, l’autre est rêveur et fauché. Avec le temps, c’est une franche détestation qui s’est installée entre eux. Leur seul point commun est leur mère Augustine, à laquelle ils rendent visite à tour de rôle pour ne pas se rencontrer. Mais voilà que Daniel se trompe de jour. Une erreur que ne peut plus appréhender Augustine qui s’enlise chaque jour davantage dans la confusion, les trous de mémoire et les discours fantaisistes. Entre l’évitement et la confrontation, les deux frères tanguent dangereusement. C’est grâce à leur mère Augustine qu’ils ne sombrent pas dans l’irrémédiable. Ils perçoivent bien la dégradation de sa santé mentale. Seulement, chacun a une manière différente de concevoir l’avenir. Daniel entend la protéger

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Fin décembre 2017, au Palais des Glaces, le rideau tombera définitivement sur Les nœuds au mouchoir, une aventure théâtrale intense, alternant situations cocasses et moments poignants. C’est la troisième saison, et pourtant chaque fois, l’engouement est au rendez-vous pour cette comédie douce-amère de et avec Denis Cherer. Cette année, l’engouement se pare d’une solennité émouvante et reconnaissante avec l’annonce d’Anémone, lors du Festival d’Avignon, de quitter le métier à la fin de l’année. Pour son dernier rôle, cette comédienne inclassable, à la gouaille si reconnaissable, compose une majestueuse Augustine, une vieille dame grognonne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Éloquente dans ses oublis et touchante dans ses souvenirs, Augustine émeut et devient, en l’espace d’une soirée, tous les grands-parents et parents qui s’en sont allés ainsi, dans l’oubli de soi et de sa famille. Denis Cherer s’est inspiré de ce qu’il a vécu, avec son frère Pierre-Jean, auprès de leur mère pour aborder les conséquences qu'implique cette maladie et la difficulté de prendre les bonnes décisions pour l'être cher. La mise en scène d’Anne Bourgeois s’est accordée à la justesse de ce texte, en aménageant entre les passes d’armes des frères ennemis des silences essentiels aux fulgurances de la confusion qui s’intensifie.


Les Augustines sont légion, et le drame vécu par les familles ne s’atténue qu’avec le temps. Avec cette position d’en rire, l’auteur ne dédramatise pas, il allège. Il met des mots derrière la colère, les frustrations, l’impuissance et la douleur. Et, grâce à la finesse et l’intelligence de l’écriture, ces mots étouffés diffusent un rire qui panse. Toutes ces subtilités, Anémone les retransmet avec un jeu complexe, entremêlé de joies enfantines, de peines véritables et d’égarements attendrissants. Augustine est un rôle magnifique pour cette comédienne qui n’a pas son pareil pour susciter l’éventail des émotions, profondes et authentiques. Ce grand écart entre Le père Noël est une ordure et Le Grand chemin, peu l’ont fait avec autant de

LES NOEUDS AU MOUCHOIR

souplesse et de réussite. Les frères Cherer mettent à profit leur complicité pour donner à voir ces deux frères de fiction qui s’entredéchirent avec la véhémence de l’amour incompris. Les nœuds au mouchoir n’est pas que la dernière occasion d’admirer Anémone dans un rôle taillé pour son immense talent, c’est aussi une plongée dans un bain de tendresse et de réconfort. Un hymne à ceux dont le souvenir ne s’effacera jamais. Les Nœuds au mouchoir Distribution Avec : Anémone, Denis Cherer et Pierre-Jean Cherer. Créateurs Auteur : Denis Cherer Mise en scène : Anne Bourgeois Décors : Olivier Prost Produit par Temps Libre Production Producteur délégué : Christian Amiable Tous les mercredis, jeudis, vendredis et samedis à 19h15. Matinée les dimanches à 15h30 à partir du 29/10, jusqu'au 31 décembre 2017. Au Palais des Glaces, 37 rue Faubourg du temple, Paris 75010. Durée : 1h20.

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dans une institution médicalisée, Jean souhaite la maintenir à son domicile le plus longtemps possible pour tenir une promesse qu’il a faite sur le lit de mort de leur père. Entre altercations et confidences, c’est le reflux d’un passé agonisant dans l’esprit de leur mère qui ressuscite, presque malgré eux, et qui, sans les réconcilier vraiment, les réunit de nouveau. Ainsi pourront-ils faire front commun pour offrir à leur mère, lucide sur ce qu’elle n’est plus, un havre de sécurité. Les nœuds au mouchoir est une pièce sur l’un des pires fléaux de notre société qui efface tous les souvenirs au point qu’aucun mouchoir ne pourrait être assez grand pour contenir tous les nœuds de la mémoire. La maladie d’Augustine est au stade de cette étrange frontière qui autorise des allers et des retours entre la confusion et la lucidité. Les retours à la réalité se font avec ces ratés dans le moteur qui provoquent des quiproquos prêtant à rire ou à sourire, mais auréolés d’une tristesse infinie. Cette atmosphère ambivalente prévaut tout au long de la pièce qui se distingue par sa grande humanité. N’osant rire de peur d’en pleurer pourrait qualifier le sentiment prédominant de la salle qui oublie de rire devant la tragédie qui se noue. Et pourtant le rire est là, il joue à cache-cache avec nos émotions, au détour de remarques bien senties d’Augustine, ou des exaspérations des frères qui se cherchent des poux avec panache, ou des discussions mélodieuses avec une pigeonne qui a squatté le balcon.


PAR NATHALIE GENDREAU // PRESTAPLUME PHOTOS : PAUL EVRARD

LES JUMELLES, DU RIRE A LA PAIRE départir de leur sourire candide, les deux sœurs y vont de leurs expériences qu'elles assurent vraies, comme l'enfermement dans une prison américaine aussi paumée que Nevers dans la Nièvre – ce trou d'où elles sont sorties il y a... un peu moins de trente ans –, mais trop ravies de revêtir la seyante combinaison orange et d’opérer à des rapprochements... culturels. Dire qu'Anne et Sophie Cordin jouent de leur ressemblance est un euphémisme. Elle n'en joue pas que pour rire, elles en rient pour de vrai. Leurs sketches sont nourris de l'unique aventure d'être en double. Même robe jaune, même sourire taquin, même signe particulier sur la pommette, même coiffure à la drôle de dame sans brushing... Elles sont jeunes et joyeuses, familières avec le

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Dans cette récolte automnale record d'humoristes à l'affiche, un duo women show se distingue par l'entrain et le capital sympathie qu'il dégage, mais aussi par une caractéristique inédite. Anne et Sophie Cordin sont jumelles ! Les deux humoristes jouent de leur charme dédoublé et de leurs blagues en stéréo pour conquérir le cœur des spectateurs. Ce sont deux rayons de soleil qui se lèvent tous les lundis dans la petite salle du Gymnase, pour procéder à un effeuillage en règle de notre société grande consommatrice d'éphémère et de superficialité. À coups de blagues et de jeux de mots absurdes, décalés, déjantés, elles en croquent à pleines dents les contours tapageurs et les travers fondamentaux. De l'aveu même d'une des deux sœurs (Anne ou Sophie ?), proféré avec tout le docte sérieux de circonstance, une bonne moitié du spectacle traite de la bagatelle. Qui s’en plaindrait ? Embarquement grisant dans le grand huit de la dérision pour survoler avec les jumelles un vaste monde débridé ! C'est un monde où la mode oppresse les femmes et où le mal des hommes fait commettre bien des âneries, sans carottes au bout. Un monde qui se débat dans son importance et se noie dans l'immensité du néant. Sans se


LES JUMELLES, DU RIRE A LA PAIRE

Les jumelles Distribution Avec : Anne et Sophie Cordin. Créateurs Auteur : Anne et Sophie Cordin Mise en scène : Anne et Sophie Cordin Tous les lundis à 20h, jusqu'au 18 décembre 2017. Au Théâtre du Gymnase Marie-Bell, 38 Boulevard Bonne Nouvelle, Paris 75010. Durée : 1h20.

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public et très complices entre elles. Elles ne font qu'une, tout en revendiquant leur individualité propre. Elles s'aiment, se détestent, vivent les mêmes blessures, dont celles de n'être que la moitié de l'autre dans le regard de l'amant. La gémellité est une force et une solitude à deux face aux sempiternelles questions de ceux qui ne sont qu'un. C'est tout cela qui est exprimé dans leur spectacle. Un spectacle qui bat la mesure du rire toutes les dix secondes. Mimiques et blagues fusionnent et se répondent en échos. Que ce soit dans l'imitation vocale de Véronique Sanson ou l'imitation faciale de Claire Chazal, les scènes sont tordantes... de vérité. Les regards sur la société sont grinçants et percutants à souhait, le duo de jumelles est nativement synchrone, les mots s'emmêlent et se démêlent dans un désordre syntaxique désopilant. Dommage que les sketches qui se succèdent ne se raccrochent que par le rire. Il manque au spectacle une colonne vertébrale narrative plus solide. Une marche que les jumelles graviront ensemble sous peu, puisque nées sous le signe du talent que l'expérience ne peut qu'embellir.


PAR NATHALIE GENDREAU // PRESTAPLUME PHOTOS : CECILE ROGUE ET FABIENNE RAPPENAUD

La bonne humeur s’enracine dès le lever du rideau par l’enterrement de Patrick. Un pote des cinq joyeux drilles qui entendent lui rendre un vibrant hommage, chacun selon sa personnalité riche et déviante. Car ces quinquas, à

LES DARONS OSENT TOUT, ET PLUS ENCORE ! la maturité inconstante, enchaînent bourde sur bourde, à chavirer les corps de rire ! Vous savez, ce rire merveilleux car scandalisé. Comme pour exorciser la mort, celle qui gagne fatalement du terrain et sait vous le rappeler, les darons s’arrogent le droit de vivre intensément, à bride abattue, sans retenue décente… Ils partent dans une folle sarabande en polyphonie qui ravit les amateurs d’incongrus et de gratinés. Ça court et ça s’éclipse, ça se grime et ça se douche, ça se bouscule et ça s’encanaille, ça se cajole et ça se fouette. Bref, l’esprit est vivifié, le corps purifié et l’âme damnée jusqu’à complète déraison. Mais les darons n’en ont cure ! Ils s’aiment à fond les gamelles, n’hésitant pas à profiter des faiblesses des uns et à se partager les biens des autres avec ce naturel qui laisse pantois le candide. Ce genre d’amitié à la vie à la mort est à ce prix-là.

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Plus de vingt ans d’amitié, ça se célèbre dignement. Avec ces cinq larrons-là… euh pardon ! Avec ces cinq darons-là, elle se fête dans l’insolence comique et l’humeur grivoise. Fred Bianconi, Frédéric Bouraly, Olivier Mag, Emmanuel Donzella et Luc Sonzogni se mettent en cinq pour vous proposer du rire débité en tranches croustillantes et sans interruption. Unis comme les cinq doigts de pied, ils vibrent d’une même excitation pour glorifier l’amitié, solide et stable, qui les a menés vers ce projet à la démesure enivrante. Car, avec Les Darons, leur grain de folie complice, gonflé aux hormones du plaisir, fait craquer toutes les coutures de la bienséance. Tenez-le-vous pour dit ! La bienséance est boutée hors les murs du Café de la Gare. Place nette aux sketches décalés et aux chansons à texte bousculées, à cette profonde irrévérence qui se permet tout, le pire comme le meilleur, et surtout ce pire qui donne toute la saveur au meilleur. Sous la collaboration artistique de Michèle Bernier, la bande des Darons frappe furieusement les esprits et les cœurs emballés, jusqu’à l’insoutenable légèreté des mœurs.


LES DARONS

Les Darons Distribution De et avec : Olivier Mag, Frédéric Bouraly, Luc Sonzogni, Fred Bianconi et Emmanuel Donzella. Collaboration artistique : Michèle Bernier Du jeudi au samedi à 21 heures, jusqu’au 31 décembre 2017. Au Café de la Gare, 41 rue du Temple, Paris 75004. Durée : 1h15.

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En argot, les darons représentent l’autorité parentale. Bel argument de leur délire pour la bande des quinquas qui endosse le costume des pères au statut vacillant. Mais, au fil des sketches, on pense à un autre genre de « daron », celui d’une époque lointaine où ce mot signifiait « maître de maison ». Car il s’agit bien de maîtres sous leur costume de pères à la ramasse. Des maîtres talentueux au jeu et au charme scandaleusement drôles. Ils anéantissent le temps par leur puissance comique et scénique. Leurs sketches délirants mettent à poil toute pudibonderie intellectuelle. C’est du Lauzier en tir groupé, affûté à l’esprit déjanté de cinq humoristes qui déchirent aussi allègrement leurs vêtements que leur pudeur. Grâce à une écriture irrésistible, on exhume des souvenirs empoussiérés de ses propres interdits et l’on emprunte à ces drôles de Darons l’exubérance potache qui a fait les belles heures de notre jeunesse. Un vrai bain de jouvence dans le plaisir viril et l’oubli récréatif !


NOVEMBRE 2017 |   LFC MAGAZINE #4   >>>>>>>>>>>>    

MUSIQUE MAKASSY      

     

+  EVAN ET MARCO  LUDE  ADRYANO


LFC MUSIQUE

EVAN ET MARCO Après un passage à

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succès dans The Voice Kids, les deux jeunes artistes poursuivent leur ascension. 181

ADRYANO Dernière signature du Wati B, un son frais, urbain, aux sonorités latines.

LUDE « It’s All Right » en

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featuring avec Jim Bauer (fils d’Axel Bauer) cumule 4 millions de streams. Impossible de ne pas connaître ce titre !

MAKASSI P.177

ADRYANO Entretien avec un chanteur talentueux qui présente son premier album pop acidulé au texte sensible.

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MAKASSI DOUCEMENT... MAIS SUREMENT.

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CHANTEUR AU GRAND CŒUR


LA MUSIQUE EST UN EXUTOIRE ET UN MOYEN DE COMMUNICATION. IL FAUT PRENDRE CONSCIENCE AUJOURD’HUI QUE LORSQUE TROIS SOURCES DISENT LA MEME CHOSE CE N’EST PAS LA VERITE. IL FAUT SE POSER DES QUESTIONS ET GARDER L’ESPRIT CRITIQUE, C’EST TRES IMPORTANT.

LFC : Makassy, merci d’avoir accepté l’invitation de LFC Magazine. On se voit aujourd’hui entre deux albums et on apprécie beaucoup que vous nous accordiez un peu de votre temps. Nous sommes actuellement dans les loges de votre prochain clip…

JE VEUX DONNER DU PLAISIR AUX GENS.

M : C’est avec grand plaisir. Oui tout à fait, nous sommes dans les loges de mon prochain clip « Danse comme ça » qui est le deuxième single de l’album. Hier nous avons tourné « Laisse tomber l’amour ». Comme d’habitude, ce sera un très beau clip avec un challenge viral et une chorégraphie à apprendre. On continue notre bonhomme de chemin.

de donner notre avis et j’ai cette chance-là, en tant que leader d’opinion à mon échelle, de rappeler aux gens qu’il faut se poser des questions sur ce qui se passe.

LFC : Il y a un coté très fédérateur dans vos chansons, vous êtes d’accord ? M : Exactement, je veux donner du plaisir aux gens. Pour « Laisse tomber l’amour », vous comprendrez en voyant le clip qu’il s’agit de l’amour superficiel. Pour « Danse comme ça », j’ai voulu parler des thèmes dont on ne parle plus pour que les gens s’amusent en écoutant ce morceau. Aujourd’hui la musique se veut stérile, on n’a plus le droit

LFC : C’est intéressant car c’est un positionnement sur lequel on ne vous attend pas forcément. On vous entend parler d’amour, de danse, mais on ne savait pas que vous aviez cette partie d’engagement. M : C’est l’avantage et l’inconvénient d’avoir eu un titre comme « Doucement ». Ce titre a surpris tout le monde. Je suis quelqu’un d’acoustique et d’engagé. Sur mon album, il y a des titres comme « Soldat », « Mama Sida » ou « I have a dream » qui correspondent aux choses qui me touchent vraiment. La musique est un exutoire et un moyen de

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PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET QUENTIN HAESSIG PHOTOS : DORIAN BURGET


communication. Il faut prendre conscience aujourd’hui que lorsque trois sources disent la même chose ce n’est pas la vérité. Il faut se poser des questions et garder l’esprit critique, c’est très important. LFC : Quelle est votre vision de la société d’aujourd’hui ? M : Il se passe trop de choses. On voit qu’il y a nous et eux. Aujourd’hui, on endort les jeunes avec du divertissement. L’autre jour, nous avons tenté une expérience avec ma femme, nous avons essayé de chercher un reportage ou une émission culturelle sur le câble. Résultat : rien du tout. C’est important que les jeunes soient cultivés de nos jours, qu’ils sachent ce qu’il y a dans leur assiette, qu’ils sachent pourquoi il y a de plus en plus de cancer… LFC : Sans transition, parlons de votre succès. Vous avez réussi votre pari puisque votre album s’est vendu à plus de 40 000 exemplaires.

LFC : On sent chez vous que votre authenticité c’est ce qui fait votre force. Est-ce qu’on se trompe ? M : Non, vous avez raison. Je me sers du web au maximum, c’est ici que tout se passe. C’est une sorte de vitrine. Je suis en contact directement avec les internautes

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M : C’est dingue. Sans promo… Cela prouve que les gens n’ont pas écouté que « Doucement ». Acheter un album physique, c’est un acte militant et je suis déçu qu’il n’y ait pas plus de bruit par rapport à cela. Mon disque de platine je l’ai eu dans un total anonymat, contrairement à ce que l’on peut voir sur certains artistes où ils font des énormes soirées…


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contrairement à ma période entre 2015 et 2017 où j’étais dans un label et où j’avais moins de liberté. J’ai besoin de me reconnecter avec mon public, c’est pour cela que je vais proposer un clip chaque mois. Mon rôle d’artiste c’est de peindre la société comme je la vois.

LFC : Un album est prévu pour 2018, où en êtesvous ? M : J’ai énormément de titres. Trop peut être. Je suis quelqu’un qui écrit beaucoup. Je crois que pour cet album, je ferai appel à un jury dont j’espère vous ferez partie, j’en serai vraiment heureux. Je crois que je manque d’objectivité tellement je suis actif. J’ai du mal à comprendre comment fonctionne les médias de masse, j’ai l’impression d’être en décalage parfois.

LFC : Cet échec au football vous a construit un mental d’acier et ces deux carrières sont assez liées finalement. M : Complètement. Le point commun entre le sport et la musique c’est la performance. Je voyais chaque concert comme une performance et une manière de montrer qui j’étais. Le football m’a endurcit au niveau des critiques. À l’époque il n’y avait pas encore les lois contre les propos racistes, j’ai subi des critiques honteuses. Et cela se passe également dans la musique. Mais il faut s’élever par rapport à tout cela et continuer d’avancer. Si j’en suis là aujourd’hui ce n’est pas un hasard, j’ai saisi ma chance, j’ai charbonné et ça a payé. Pour la petite anecdote, j’ai même nettoyé les toilettes des employés de Virgin pour vous dire… Mais cela en valait la peine !

M : J’ai joué jusqu’en CFA et je me suis déchiré l’adducteur. À l’époque, il n’y avait pas la médecine miraculeuse. Cette blessure m’a éloigné pendant neuf mois des terrains. En même temps, nous avons eu des soucis financiers avec ma famille, nous avons été expulsés de notre appartement. En plus de cela, ma femme de l’époque m’a quitté. Quand je suis revenu au football deux ans après, je me suis senti à la rue physiquement, plus dans le coup. J’ai décidé d’arrêter et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à écrire mes premiers slams, des textes sur la société qui ont eu un super écho auprès de mon entourage. Les gens ont commencé a apprécier mon coté humoristique, je commençais à poser sur des refrains sans savoir qu’il y avait des droits d’auteur… À l’époque, avec mon pote Nico on a fait un DVD démo que l’on a vendu a deux mille exemplaires, tout est allé très vite par la suite, on a commencé à faire le buzz sur Paris, à faire des showcases… À ce moment là j’étais professeur d’EPS et je commençais à être reconnu de mes élèves. J’enchainais les concerts et à un moment j’ai été obligé d’arrêter tout car j’avais trop de demandes. Mais cela a été un bon choix, regardez où j’en suis aujourd’hui !

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LFC : Avant de faire de la musique, vous avez eu une carrière de footballeur, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?


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ADRYANO LATINO STEREO


PAR CHRISTOPHE MANGELLE ET CEDRIC ADAM PHOTOS : WATI B

A : Pour le chant oui, depuis mes 13 ans j'ai commencé à m'acheter mes premiers matériaux dans ma chambre. J'ai exploré la musique vers tous les horizons comme le hiphop américain dont je suis un grand fan mais aussi de la pop et des refrains chantés en espagnol liés à mes origines. J'ai également tenté de toucher un public plus élargi en lançant des musiques clubbings. LFC : Quels sont les artistes qui vous ont donné l'envie de faire ce métier ? A : Tout jeune, j'étais fan d'Akon, sinon rap j'optais pour Eminem, Dr Dre, Puff Daddy. Tous ces gens sont des sources d'inspiration. Ils proviennent tous de la misère et ils prouvent que tout est possible du jour au lendemain.  C'est vrai que mon entourage n'a pas trop compris pourquoi je me lançais dans la musique alors que je n'avais jamais pris de cours de chant. En 2013, je signe mon premier contrat avec le label Madison Music de Big Ali. En 2015, j'arrive sur NRJ et Latina FM avec mon 

J'AI EXPLORE LA MUSIQUE VERS TOUS LES HORIZONS COMME LE HIP-HOP AMERICAIN DONT JE SUIS UN GRAND FAN MAIS AUSSI DE LA POP ET DES REFRAINS CHANTES EN ESPAGNOL LIES A MES ORIGINES. premier single Fuego Loco. Il m'a permis de tourner pendant un an et demi dans les clubs et festivals français ainsi qu'à l'étranger comme en Tunisie, au Maroc et en Belgique. Une très bonne expérience pour un jeune de mon âge. Trois ans après, je termine mon contrat avec mon label et je décide de tenter ma chance ailleurs en me disant que pourquoi ne pas essayer de faire évoluer ma carrière. Par chance, j'ai rencontré Dawala (le créateur du label Wati B) qui m'a proposé de travailler ensemble parce qu'il avait envie de proposer quelque chose de nouveau à son public. Une occasion en or pour moi que je ne regrette pas du tout.  LFC : Alors quand on regarde votre parcours, on se rend 

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LFC : Adryano bonjour, vous êtes un jeune artiste autodidacte de 25 ans. Vous avez tout appris par vousmême ?


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A : C'était mon premier voyage au Portugal chez nos voisins. La population est vraiment chaleureuse là-bas. Pour un premier clip, c'est un très bon souvenir qui me permet en plus de trouver la radio, les scènes, etc, un an après. J'ai eu la chance de faire la Fashion Week et de renouveler mon contrat avec Latina FM. J'ai eu de très bons retours de la part du public qui me soutient.   LFC : On se voit pour parler de votre nouveau titre Stéréo, et la création de votre nouveau clip. A : J'ai fait référence à la stéréo car en langage musicale cela veut dire oreilles droite et gauche. Je voulais faire un clin d'œil à la vie et à l'amour dans la joie et la bonne humeur. Donc pourquoi pas le faire en musique et en dansant.   LFC : C'est un morceau dans lequel vous séduisez ?

compte que c'est du travail et des rencontres ? A : Du travail et surtout de la persévérance car parfois la musique te met des claques dont il faut savoir se relever. Je pense que c'est dans ces moments difficiles qu'on se construit sa personnalité. Si être artiste était donné à tout le monde, ça se saurait. Beaucoup se décourage par sécurité puisque c'est un monde hostile. LFC : Vous, Adryano, vous n'imaginez pas un monde sans la musique ? A : Non, depuis le collège avec mon premier Walkman j'avais toujours des écouteurs aux oreilles. Aujourd'hui, c'est tout le temps en voiture, en déplacement ou à la maison dès que je peux, j'écoute de la musique. Comme je suis très curieux, je me renseigne sur tout ce qui sort et j'essaye d'apporter en France, une touche de renouveau.   LFC : Puis, il y a votre single Damelo tourné au Portugal.

LFC : Vous tentez de performer dans la danse dans vos clips, vous jouez là-dessus aussi ?   A : Oui, j'ai toujours aimé la danse. J'ai beaucoup voyagé dans les pays d'Amériques latines, la bachata, le merengue, sont toutes des danses qui m'ont marquées. Jeune et adolescent, j'étais toujours en train de danser donc je continue d'être moi-même sur scène et dans mes clips pour m'amuser tout simplement.   LFC : Est-ce que vous avez des featurings qui se préparent ? A : Je ne peux pas en parler car rien n'est officiel mais oui pourquoi pas. J'aime énormément les featurings originaux. LFC : Comme on l'a évoqué, vos deux clips sont orientés vers la séduction, est-ce que tout l'album le sera également ? A : L'amour fera la plupart de l'album mais il parlera aussi de ma vie. C'est à dire le travail, les souffrances du quotidien, la fête enfin tout simplement, la représentation la plus fidèle de ce que je suis. Je suis fan de sport pour moi, la musique se fait de saison en saison. Ce n’est pas parce qu'on fait un mauvais match qu'on abandonne pour autant et bien en musique c'est pareil et je veux le faire ressentir dans ma musique.   

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L'AMOUR FERA LA PLUPART DE L'ALBUM MAIS IL PARLERA AUSSI DE MA VIE.

A : C'est toujours un morceau en lien avec la séduction mais dans Damelo, j'étais dans une première approche avec une fille que je venais de croiser qui ne savait pas que j'allais aimer. Dans Stéréo, c'est l'histoire du mec qui veut reconquérir le cœur de son ex et je pense que beaucoup se sentiront concernés.


The Voice Kids 3 a révélé Evan et Marco au grand public. Le manager de Matt Pokora s'occupe de ses talents en herbe. Interview avec les deux jeunes ados qui nous parlent de leur nouveau single, Le Boxeur, écrit par Soprano actuellement disponible. Propos recueillis par  Cédric Adam Photos : Koria 

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EVAN ET  MARCO

TALENT


ON A FAIT LA TRIBU DE DANA CAR ON VOULAIT PARLER AUTANT AUX PERSONNES QUI CONNAISSENT CETTE MUSIQUE MAIS AUSSI LA FAIRE CONNAITRE A NOTRE GENERATION ET LA REMASTERISE A NOTRE FACON.

M : On s'est connu dans les coulisses de The Voice Kids 3, on avait à peu près les mêmes goûts, on écoutait souvent les mêmes musiques, de la pop urbaine ou du rap. Très vite, on a commencé à faire des petits beufs ensemble et on a vite fait copain-copain. E : Le soir, comme on dormait dans le même hôtel on pouvait discuter et on est devenu vraiment pote à la longue. On avait les mêmes personnalités et beaucoup de points communs, du coup on s'est très vite entendu et désormais on se complète. LFC : Pouvez-vous nous raconter votre souvenir le plus fort de l'émission ? E : C'était l'entente entre tous les candidats pendant les battle, où l'on était encore tous ensemble, réunis, en jouant tout simplement et c'était cool. Après, au fur et à mesure du temps, on s'amusait de moins en moins, ce

ON A BEAUCOUP DE POINTS COMMUNS, ON S'EST TRES VITE ENTENDU. n'était plus comme avant. Bien sûr, on était très content d'être dans l'aventure mais l'ambiance n'était plus la même. LFC : Est-ce qu'un esprit de compétition s'est formé à un moment entre vous ? M : Non, je ne pense pas car nous étions tous comme une famille, très proche. On se sentait plus comme une bande de potes qui s'est lancé dans une émission télé. LFC : Comment est venu cette envie de collaborer ensemble après l'émission ? M : Pendant l'émission et même après, en se parlant par 

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LFC : Bonjour Evan et Marco, nous vous remercions d'avoir accepté l'invitation de la Fringale Culturelle. Tout d'abord, comment vous êtes-vous rencontrés ? Racontez-nous !


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un peu et d'obtenir une petite communauté. On a fait La Tribu de Dana car on voulait parler autant aux personnes qui connaissent cette musique mais aussi la faire connaître à notre génération et la remasterisé à notre façon. Pour rendre cette musique plus jeune et d'actualité, on a modifié l'instru avec des sonorités beaucoup plus modernes et électroniques. LFC : Pour cette entrée dans le Monde de la musique avec votre reprise, vous comptabilisez plus d'un million de vues sur YouTube, quel est votre ressenti quand on voit de tels chiffres ? M : Ça fait plaisir ! E : Et après, on se dit qu'il s'agit d'une sorte de récompense car on a quand même beaucoup travaillé sur le titre pour faire un contenu de qualité. LFC : Sur YouTube également, on peut retrouver votre titre Boxeur écrit par Soprano, pouvez-vous nous racontez comment est née cette collaboration ?

WhatsApp car j'habite au Portugal, on voulait se revoir et il fallait qu'on fasse quelque chose tous les deux. Dès que l'on a eu l'opportunité, on n'a pas hésité et on l'a fait.  E : En fait, on n'en avait déjà parlé mais c'est le manager de Matt Pokora qui nous a permis de le réaliser et d'en avoir les moyens. Quand un grand manager comme lui te contacte et te propose de réaliser ton projet, tu es juste très ému et tu fonces. Cette proposition était parfaite pour nous, comme nous n'étions pas encore très connus, elle nous a offert la chance de réaliser notre duo comme on l'imaginait pendant The Voice Kids. LFC : Vous avez repris la musique La Tribu de Dana du groupe Manau, un titre qui paraît bien loin de votre génération, pourquoi ce choix ? M : Déjà, il était mieux de débuter avec une reprise plutôt qu'avec un titre inédit afin de se faire connaître 

E : Il provient de l'histoire de la musique, puisque elle raconte l'histoire d'un fils qui veut absolument ressembler à son père qui était boxeur professionnel. Cette chanson rend hommage à son papa en lui disant qu'il va tout faire pour réussir à être un champion comme lui. Je trouve que c'est une musique qui a été très touchante pour nous puisque d'abord, c'est Soprano qui l'a écrite et qu'il nous a laissé la chanter à notre sauce. Tout ça alors que nous débutons, c'est juste énorme ! LFC : Votre premier album est composé d'une moitié de morceaux inédits et de reprises, pourquoi ce choix ? E : On a voulu obtenir un équilibre dans cet album puisqu'il s'agit de notre premier. Nous ne voulions pas donner l'impression au public que l'on s'approprie le travail des autres mais pour autant réaliser que des inédits n'étaient pas non plus dans notre intérêt pour continuer à se faire connaître. Il était donc important pour nous d'avoir des

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QUE CET ALBUM SOIT NOTRE RENCONTRE

M : Il a appris pour la création de notre projet avec Evan, tout de suite, il a voulu nous écrire quelque chose avant même de nous rencontrer. Une fois ensemble, rien n'a changé, il a été très sympa avec nous du début à la fin. Forcément, quand on travaille avec un aussi grand artiste sans même avoir eu à le contacter, on est très honoré et on profite d'un moment formidable.    LFC : Le Boxeur a une signification précise ?


LFC : Pouvez-vous nous expliquer le choix de ces musiques ? M : Comme on peut le remarquer dans l'album il y a un choix varié de musique avec aussi bien du rap que de la pop. On veut que ça reste dans le style pop urbaine tout en proposant différents styles. E : C’est aussi des musiques qu'on apprécie, qu'on aurait même bien aimé écrire si ça ne tenait qu'à nous. En parallèle, ce sont aussi des artistes qu'on admire beaucoup comme Orelsan, Manau... LFC : Au même titre qu'avec Soprano, comment s'est déroulé la collaboration avec Slimane et Black M ? M : Très bien, tous les deux sont restés avec nous en studio toute une journée, ils nous ont donné beaucoup de conseils, à la fois pour notre façon d’être en studio ainsi que des idées pour l'écriture de musique. LFC : Vous venez également de réaliser la première partie du concert de Matt Pokora à Lille et Orléans, quelle sensation avezvous ressentie ? M : C'était la première fois que nous avons pu chanter en live nos musiques de l'album, déjà, c'est une première satisfaction personnelle de pouvoir faire découvrir notre travail. Bien sûr, c'est très stressant car le public n'était pas venu pour nous donc on se retrouve à avoir peur et on se demande s’ils vont être réceptifs. E : On a pu vraiment se rendre compte de la sensation quand on voit des personnes chanter sur notre musique. C'était un moment très intense car on a su trouver les mots pour emmener le public avec nous.

LFC : Désormais est-ce que vous avez des objectifs que vous aimeriez parvenir à réaliser ?

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M : Faire nos propres concerts, si l'album marche c'est vraiment quelque chose qu'on veut continuer à vivre. E : À travers les concerts, on aimerait vraiment savoir si on est capable de divertir des personnes qui cette fois seront venus pour nous. LFC : Après votre expérience avec The Voice Kids, est-ce différent de monter sur une vraie scène de spectacle ? M : Oui bien sûr, déjà pour The Voice Kids, il y avait environ 500 personnes comparé à une salle qui peut varier en quelques milliers. Et puis la grande différence est également liée à la scène, elle t'appartient ! Contrairement à The Voice Kids où tu dois tenter de plaire aux coachs, en salle tu dois accrocher le public. E : La différence est aussi en coulisses, lors de The Voice Kids on doit s'en tenir à ce qu'il a été préparé tandis que sur scène on pouvait discuter avec l'ensemble du staff. L'ambiance est donc beaucoup plus détendue et évidemment cela nous offre beaucoup plus de liberté pour se lâcher lors du concert.

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reprises pour parler aux gens et aussi des inédits pour faire découvrir notre univers musical et tout ce que l'on peut apporter.


I t’s All Right en featuring avec Jim Bauer (fils d’Axel Bauer) cumule 4 millions de streams. Impossible de ne pas connaître ce titre ! Rencontre avec Lude qui nous promet d'autres morceaux à venir tout aussi efficace. Gourmand, on en redemande ! Propos recueillis par Christophe Mangelle et Cédric Adam Photos : Pierre-Henri Janiec

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LUDE

TALENT


"IT'S ALL RIGHT" EST UNE MUSIQUE QUE J'AI REALISE DANS L'AVION ENTRE BOSTON ET PARIS, EN GROS J'AVAIS A PEU PRES SIX HEURES POUR LA FAIRE.

L : C'est une musique que j'ai réalisé dans l'avion entre Boston et Paris, en gros j'avais à peu près six heures pour la faire. Je l'avais déjà produite pendant l'été 2016 et je l'ai ressorti d'un fichier après avoir rencontré Jim Bauer. LFC : Alors vous avez fait cette musique pour lui ? L : Non car je ne le connaissais pas avant. Quand je l'ai rencontré, je savais que sa voix et sa manière de composer allaient être parfaite dessus. LFC : Alors comment vous avez rencontré Jim Bauer, qui est le fils d'Axel Bauer ? L : Exact, je l'ai rencontré dans un bar. J'étais avec mon père un soir et on allait simplement prendre une bière quand d’un coup je le vois en train de faire un guitare-voix au fond du bar. En le regardant avec mon père qui est lui aussi un peu musicien, on a tout de suite accroché. Après son show je suis allé le voir direct.  

A 5 ANS, J'AI COMMENCE LE CONSERVATOIRE ET J'Y AI PASSE UN PEU PLUS DE SIX ANS POUR AVOIR LES BASES. LFC : C'est une histoire amusante car on s'attendait plutôt que vous vous soyez rencontré dans le monde de la musique mais c'est le hasard finalement ? L : C'était le hasard total, j'étais aussi avec ma meilleure amie qui m'a également encouragé à aller le voir car ce n’est pas moi qui l’avais vu en premier. Ensuite, les choses se sont faites très rapidement et naturellement. LFC : J'aimerai également parler de vos débuts, comment avez-vous commencé la musique ? L : C'est mon père qui m'a mis à la musique très jeune. À 5 ans, j'ai commencé le conservatoire et j'y ai passé un peu plus de six ans pour avoir les bases. Ensuite j'ai été pris en main par un mentor en gros qui m'a vraiment tout appris 

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LFC : Lude, bonjour et merci d'avoir accepté l'invitation de la Fringale Culturelle. On est ravi, puisqu'on vous a entendu tout l'été avec votre titre "It's all right". Comment est né ce titre ?


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LFC : It's all right, ce morceau vous a porté. Cet été, votre titre on l'a entendu partout même à l'étranger et cela continue encore aujourd'hui. L : Tant mieux, ça veut dire que le morceau perdure et il continue de grandir avec la récente sortie du clip en octobre, tourné en Espagne. La chanson rentre en radio aussi, le clip passe à la télé donc on est très content. LFC : 4 millions de stream, on fait ça pour ça ? L : Plus on touche une grande communauté, plus ça me fait plaisir. C'est ma première chanson qui prend une telle envergure, je suis tout nouveau et c'est très gratifiant. LFC : Il y a eu deux titres avant cela, Walk of Shame et The Good Ones ? L : Walk of Shame était mon premier titre, j'étais à Boston quand je l'avais composé car j'ai vécu pendant deux ans làbas. Je l'ai composé avec un chanteur qui s'appelle Trevor de Verteuil. D'ailleurs je vais refaire une musique avec lui à l'avenir. 

LFC : Comment pouvez-vous nous expliquer vos influences ? L : À la base, je suis guitariste donc j'ai beaucoup été influencé par mon père qui était plus blues, rock et country-music. Des sons plus originaires du Sud des États-Unis que j'ai souvent joué à la guitare. Je proviens vraiment de cela, la guitare dans le clip ne fait pas que figuration car elle provient de ce milieu-là. J'ai une influence américaine très présente à la fois pour mes goûts musicaux. LFC : L'idée, c'est aussi de toucher un maximum de français ? L : Oui ! Je me permets de dire que c'est une musique internationale, on chante en anglais. Le style musical peut coller à plusieurs continents.   LFC : Vous faites partie de cette vague de jeune producteur DJ français, on pense à plein de gens sans avoir à les citer. Ça vous plait d'en faire partie ou au contraire cela vous mets une pression ? L : Ça me plait car si on me place dans cette vague-là, des gens qui réussissent, et bien cela me fait plaisir. Pour autant, ça ne me donne pas de pression supplémentaire puisque je pense qu'il faut être assez confiant en son projet. Je pense aussi qu'on a chacun notre touche à apporter.

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dans la direction artistique et la production. Il est également un excellent guitariste et il m'a aidé à perfectionner ma guitare. Tout cela a duré tout de même plus de 12 ans. Après, je suis parti un an en Angleterre étudier la musique une bonne année après le bac. Suivi par deux ans aux États-Unis dans la Berklee College of Music, une grande école pour étudier avant de revenir ici faire mon projet. J'ai eu à la longue la chance de me faire un gros bagage grâce à toutes les personnes avec qui j'ai pu travailler.


J'AIMERAI REALISER 14 TITRES ET PROPOSER A MA COMMUNAUTE LE PLUS DE CHOSES POSSIBLES SANS POUR AUTANT EN FAIRE TROP.

L : Alors oui, ce serait plutôt pour mon album. Je reste attaché à ma langue même si je suis très international. Cependant, je suis moins fan du concept de partager un morceau en anglais et en français. Si je dois faire quelque chose en français, il le sera entièrement. LFC : Vous êtes dans la préparation d'un album en ce moment ? L : Techniquement j'en suis à la moitié, je suis désormais dans la pure conception de l'album. J'aimerai réaliser 14 titres et proposer à ma communauté le plus de choses possibles sans pour autant en faire trop.   LFC : Ambitieux et généreux ! L : C'est ce que j'essaye de faire. (Sourire) LFC : Quel sentiment cela vous procure quand aujourd'hui quelqu'un vous dit, j'adore votre morceau ? L : À force d'enchaîner les plateaux télés et radios, de plus en plus de gens ne me connaissent pas mais ils connaissent le projet Lude. Ça prouve que c'est quelque chose qui s'installe et qui marche.    LFC : Lude, pourquoi Lude ? L : Alors tout simplement car ce sont les deux premières  

DANS L'ALBUM, IL VA Y AVOIR DES CHOSES TRES ORIGINALES QUI VONT SE FAIRE DEDANS AVEC DES FEATURINGS QUI LE SERONT AUSSI ! lettres de mon prénom et de mon nom de famille tout simplement. J'ai aussi mon logo derrière qui est le L grec qui si rattache également. LFC : Les meilleures idées sont les plus simples. L : J'ai toujours essayé d'être le plus simple possible dans ma manière d'être et de travailler. LFC : L'album est prévu pour quand ? L : Il n'y a rien d'officiel mais vu la tournure des choses, j'envisage septembre 2018.   LFC : Vous avez envie pour la préparation de l'album de travailler avec d'autres personnes ? L : Oui, alors oui mais pour l'instant je ne peux pas le dire. L'album n'est pas pour tout de suite mais il va y avoir des choses très originales qui vont se faire dedans avec des featurings qui le seront aussi ! C'est vraiment des choses que je voudrais apporter et qui n'ont pas forcément étaient faites pour le moment. 

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LFC : Est-ce que vous aimeriez un jour faire un titre en français ?


LFC LE MAG :

RENDEZ-VOUS LA TROISIÈME SEMAINE DE DÉCEMBRE 2017 POUR LFC #5 Cela semble impossible jusqu'à ce qu'on le fasse. NELSON MANDELA

LFC Magazine #4 - Mathias Malzieu Novembre 2017  

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