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L’ŒIL explore d’étranges architectures labyrinthes de métal créatures géantes épouse leur élan leur mouvement écoute l’espace vibrer à travers les formes traverser les corps les orbites les bouches suit les courbes les torsions les entrelacs retrouve vive la frappe des couleurs tourne autour s’enroule se perd touche les nœuds les creux les sutures déchiffre des alphabets nomades de lune de source et de pistes venus de lointains déserts joue à travers les replis les tamis les grilles les hublots les boucles se déplace multiplie les perspectives les lumières les métamorphoses

L’ŒIL change imagine La vision intérieure anime LA MAIN puissante qui enfante le futur des matières pierre acier bois béton cuivre terre verre résine découpe accouple soude hisse « voit grand avec des fragments » écoute « les contraintes qui font sens » impulse élance rythme plante dans le béton ses oiseaux ses planètes érige ses tours ses généalogies ses emblèmes ses chemins ouverts aux quatre vents


PLANETES

de métal aux milles

trouées courbes de tulipes ou de mains levées célébrant les couleurs primaires sur la blancheur de brume ou de neige Géométries de l’imaginaire Jour et contrejour Elles tournent dans l’air inconnues tamis des mondes miroir des leurres enfance des formes jeux des possibles Ouvertes comme une question


Et soudain l’homme qui court enjambe les collines en foulées de sept lieues les yeux pleins d’air ou d’effroi tête tournée vers quels poursuivants La vitesse ou la fuite l’emportent vers l’horizon Il fait claquer ses couleurs comme un défi Et l’espace fou s’engouffre dans la bouche et le traverse


FENÊTRES insolites déboitées déjetées dormants rebelles sous leurs hiéroglyphes Plantée sur tige une fenêtre fleur où s’enroule la grande interrogation de l’horizon


Une PORTE d’air s’est ouverte face aux frontières une porte à mille fenêtres Ce qui la tient debout sort de terre ou du temps du plus profond des racines anaconda de mémoire enfouie qui resurgit tellurique se déroule au soleil se fait chemin ivre de couleurs et d’espace


La mémoire mère monte dans la main hisse la matière en ses hauts lignages Muettes présences ancêtres et totems tour murmurante des filiations contes et chroniques magies et mélopées Osmose millénaire qui nous pétrit nous interroge Regards d’air ou de pierre bouches béantes qui nous hèlent ou crient du fond du TEMPS


Les pistes s’étreignent se séparent Rose des vents rebelle échappée de sa roue ouvrant la cage claire aux quatre vents aux oiseaux voyageurs aux migrations du regard Palombe bleue des PASSAGES à travers les plombs les cimes les saisons Saxophone immense fou d’infini Souffle qui nous appelle nous illimite


Sans frontière l’Espace peint déploie sa matrice noire ses roulis ses marées ses tentures ses lignes de fuite lait de lune soleil d’encre lumière de jade ou d’oranger constellations pluies de couleurs Source bruissante dans le lit de papier Chorégraphie des quatre saisons du désir CORPS qui s’approchent s’étreignent s’affrontent fuient parades séduction danse du feu Corps nocturnes lunaires ou solaires liés ou déliés piégés bâillonnés divisés printaniers grisés d’horizon rayonnants Onirique dramaturgie des métamorphoses Sylphides mauves Amazones lisses Sorcière Baigneuse de ciel et d’eau sirène d’azur Femme épineuse à peau de rosier Bouquet de visages morose désirant renaissant crânes ras mannequins masques en charpies gymnastes équilibriste bleu athlètes bondissants Danse ardente du temps floraisons et blessures à travers les corps


Les COULEURS claquent s’entrechoquent chantent primaires solaires ou printanières fleurissent les seins de myrtilles ou jasmin feuillissent de saisons mêlées fuient dans la nuit les galaxies tombent en pluie coulent des visages s’étirent se figent grillagent Ou bien plongent oniriques sur la toile dans leur creuset de mystère mauves de songe astre de jade feu d’agrumes corps lunaires chair crevette ou fuchsia jaune faune chevelures méthylène Les couleurs ont leurs secrets


Dehors autour de l’atelier chutes épaves choisies les métaux attendent suscitent leurs devenirs fresque de fonderie célébration de la roue cercles arceaux plaques d’acier où le temps dessine des portulans de patine et de rouille La matière rêve


Dedans au milieu des machines l’atelier plante ses projets ses démiurgies Tour des Quatre gardiens géants trois aux yeux peints le quatrième aux yeux caves qui s’allument s’éteignent sur quatre faces Deux profils patinés qui se regardent Une Sentinelle des Spirales de fer un Dolmen étonnant le Prisonnier le Passage l’Infini et ce haut visage d’acier aux yeux de marbre qui nous fixe du fond de l’énigme

Jacqueline Saint-Jean (février 2011) (Les passages entre guillemets sont extraits d’un entretien avec Christian Aguirre, quelques titres d’œuvres sont en italique)


Présentation Jacqueline Saint-Jean Née dans les Côtes d’Armor, Jacqueline Saint-Jean vit près de Tarbes, au pied des Pyrénées. Membre du comité de rédaction d’Encres Vives, co-fondatrice puis rédactrice de la revue Rivaginaires. Ecrivain, elle a publié une vingtaine de recueils de poésie et d’autres ensembles, nouvelles, articles, notes de lecture, dans de très nombreuses revues et anthologies. Traduite en anglais, bulgare, russe. Prix Poésie-jeunesse 1994 pour Entre lune et loup (Hachette jeunesse Livre de poche). Prix MaxPol Fouchet 1999 pour Chemins de bord, préface de Vahé Godel (Le Castor Astral). Prix Xavier Grall 2007,pour l’ensemble de son œuvre. Dernière publication, « La clairière des ombres », roman policier, 2011. Bibliographie sur les pages des sites de la Maison des écrivains et de la littérature, du Printemps des poètes, du Centre Régional des Lettres de Midi Pyrénées, de Rivaginaires, de Texture, de La Charte des auteurs et illustrateurs. Adresse : 10 chemin de Pouey Ardoun, 65380 HIBARETTE

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Le regard de Jacqueline St Jean  

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