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paris et londres : un nouveau regard le cradle to cradle une révolution la famille en espagne en mutation vers la fin du couple ? les tendances de l’hiver

reportage :

que reste-t-il des utopies ?

Le bonheur n’est pas ce que vous croyez 3,50€ Janvier/Février 2011 • n°2


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2 • Rézo • Janvier/Février 2011


sommaire Janvier/février 2011 • nº2

2

Collaborateurs

3

Edito

4

Actu France/Espagne

6

L’œil de Rézo L’équilibre du pouvoir

10

L’invité de Rézo

6

Daniel Cordoba Mendiola et Marta Marín Anglada

12

Politique et économie - Le système capitaliste sous monitoring - l’Ambassadeur de Belgique fait le point sur la crise

18

16

Développement durable Le Cradle to Cradle la nouvelle révolution industrielle

18

Société Ne pas avoir d’enfant, un choix décomplexé

22

Que justice soit faite ! Assistance juridique gratuite en Espagne et en Europe

14

24

Dossier

30

Le bonheur n’est pas ce que vous croyez

30

Reportage photos Que reste-t-il des utopies ? Par Andres Arias

36

Petit manuel des dîners en ville Rézo vous aide à lancer des sujets de conversations dans vos dîners ! Culture : ciné, expos, musique,…

46

Tendances - J’ai testé : Adèle M. - Shopping pour elle et lui - Humeur in mojito veritas

54

Plaisirs - La touche du chef - Le conseil du sommelier, Eric Lahon

58

Escapades - Tourisme : Au cœur de l’Espagne - Petites astuces pour rouler intelligent

62

24

rézo sur

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Couple et sexualité Vers la fin du couple ?

64

Horoscope Janvier/Février 2011 • Rézo • 1


collaborateurs

luciano insua

Editeur : CIF : B 64203847 Publication Co-fondateurs : Valérie Zoydo Philippe Cusumano Rédactrice en chef Valerie Zoydo valerie.rezomag@gmail.com Tél. 661 12 09 27 Publicité et communication Philippe Cusumano philippe.rezomag@gmail.com Tél. 603 78 18 39 Production et communication Emmanuelle Pasquer emmanuelle.rezomag@gmail.com Tél. 650 41 32 03 Création graphique Christine Risé kris.rezomag@gmail.com Tél. 660 21 30 27

Photographe de mode Argentin basé à Barcelone, il collabore avec de nombreux médias comme Hercules, Woman, Vanidad, Tendencias Mag, H Mag, Spend-IN, LeCool… http://www.lucianoinsua.com

adèle cany

Styliste Styliste photo et designer d’accessoires, elle a suivi des études de mode et textile à Paris avant de s’orienter sur l’accessoire. Actuellement basée entre Barcelone et Paris.

andrea gonzález

Photographe Photographe et caméraman, diplômée d’une licence en sciences humaines et d’un master en reportage TV de L’Université Pompeu Fabra de Barcelone. A étudié la photographie à l’IEFC.

marjorie grassler

marc markus

Journaliste Quelques expériences et son diplôme de l’Institut des Médias de Paris, spécialisation documentaire en poche, elle file tenter sa chance à Barcelone.

Chroniqueur Coolhunter, il a reçu une formation de publicité et de relations publiques à la Blanquerna à Barcelone. Il collabore avec Rezo pour les pages tendances femme.

emmanuel haddad

Journaliste Diplômé de Sciences Politiques de Rennes et d’un master 2 de journalisme culturel à Paris La Sorbonne Nouvelle. Journaliste, radio sur le moyen-orient puis web sur l’Europe pour le site cafebabel.com

Design logo Pierre Moreau Illustrations Philippe Geluck Remerciements Danae Fischer (mannequin de couverture), Eric Lahon, Tanja Lederer (mannequin), Rudy Van Der Berg (maquilleur) Impression : IMGESA Dépôt légal B-25.239-2010

aurélien le genissel

andres arias

Journaliste Licencié en journalisme, philosophie et histoire, travaille actuellement comme journaliste freelance avec plusieurs revues culturelles en France et en Espagne.

Photographe Architecte et photographe à Barcelone pour a+. Ses photos ont été publiées et primées dans de nombreux médias.

noé moulin

photo de couverture : luciano insua - Stylisme : Adèle cany

Nous contacter info.rezomag@gmail.com Points principaux de distribution : • Barcelone : Consulat de France, Consulat de Belgique, Consulat Suisse, Maison du Québec, Institut français, Lycée français, Ecole primaire française Ferdinand Lesseps, Boulangeries Paul, Le Comptoir Marseillais… • Madrid : Ambassade de France, Consulat de France, Ambassade de Belgique, Ambassade du Canada, Ambassade de Suisse, Ubifrance, Chambre de commerce franco-espagnole, La Maison de la France, Institut français, lycées et écoles françaises. Rézo n’est pas responsable des opinions, illustrations et articles de ses collaborateurs.

Chroniqueur Licencié en Traduction de l’École d’Interprètes Internationaux (Belgique).Documentaliste pour l’agence de presse DowJones. Intérêts : musique indie et électronique, deejaying, art contemporain.

albert soro

Chroniqueur Publicitaire de formation à la Facultat de Comunicació Blanquerna, coolhunter et responsable des pages Tendances de Rézo.

adèle m.

Chroniqueuse Chroniqueuse imaginaire, diplômée d’un master de psychologie comportementale, ex-journaliste chez Elle, ex-chroniqueuse de TV Moustique.

ugo lou

Chroniqueur La presque quarantaine, trois enfants, entrepreneur, patron de bar et d’une e-boutique d’articles de Poker, il dédie ses heures libres à son vrai plaisir, l’écriture.

claudia carrillo

Illustratrice Illustratrice et styliste barcelonaise, elle est l’étoile montante artistique catalane, ses dessins ont été exposés récemment au CCCB. http:// claudiacarrillo.blogspot.com/

2 • Rézo • Janvier/Février 2011


edito

Une idée neuve semble faire son chemin… Le bonheur. Et comme il paraît qu’il est contagieux, nous avons envie de vous le faire partager à travers notre dossier, pour bien commencer l’année 2011. Ne nous méprenons pas : il ne s’agit pas de devenir des “imbéciles heureux” et d’ignorer la situation dans laquelle nous sommes ! C’est vrai, nous craignons, sur le plan économique, une année compliquée pour l’Espagne, avec son taux de chômage record et sa dette qui lui donne droit de faire partie du quatuor des PIGS (Portugal, Irland, Greece, Spain), les quatre pays de la zone euro les plus fragiles. Quant à l’euro, il est entré dans la guerre des devises. Enfin, l’U.E. doit faire face à un défi énorme pour ne pas risquer d’être ruinée. C’est vrai, l’heure est aussi à l’urgence écologique, nous vous le rappelions dans le dernier numéro de Rézo. Certains vont même jusqu’à décider de ne pas avoir d’enfants au vu des faibles perspectives du monde à offrir en héritage. D’autres encore, parient sur la fin du couple. Mais… Détrompons-nous ! valérie zoydo Les crises, qui revêtent parfois des allures apocalypRédactrice en chef tiques, sont au contraire l’occasion d’un changement de société. Dans l’apocalypse selon Saint Diplômée de l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon et de Jean, il ne s’agit pas de la fin du monde, mais l’Institut Pratique de Journabien du passage d’un monde vers un autre. lisme (IPJ), elle a collaboré pour l’Express, Matin Plus, Avantages Alors dans ce marasme, chez Rézo, nous et 20minutes.fr, spécialisée dans les sujets de avons envie d’entrevoir, avec vous, des bribes politique et d’économie. Installée à Barcelone depuis février 2009, elle s’est tournée vers de solutions : pourquoi ne pas réfléchir enl’audiovisuel et le documentaire. Elle renoue semble à de nouveaux  modèles ? Soyons avec la presse écrite en devenant la rédactrice en chef de Pilote Urbain spontanés ! Soyons créatifs ! Réinventons-nous ! en mars 2010, puis de Rézo. Réapproprions-nous notre avenir ! Et si c’était ça le bonheur ? Au menu : en apéro, nous vous proposons une révolution industrielle avec l’avènement du Cradle to Cradle qui réinvente la production : les déchets et la pollution n’existent plus, puisque “rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme”. Ensuite, en guise d’entrée, nous vous proposons des utopies… Nous allons vous faire voyager à travers le reportage du photographe Andrés Arias Fuentes. Il est parti sur les terres oubliées du Mexique, dans le Michoacán, pour revisiter les villages utopiques battis par l’humaniste espagnol Vasco de Quiroga, il y a 500 ans. Que reste-t-il de ces utopies ? Vous apprendrez au fil des pages que ces modèles ont persévéré et n’ont pas été altérés par la mondialisation. En plat principal, nous vous avons mijoté du bonheur altruiste. Figurez-vous qu’il s’insinue peu à peu comme alternative à la société individualiste. Il se fraye un chemin dans notre actualité et n’échappe désormais pas aux penseurs, écrivains, moines bouddhistes, politiques et même les scientifiques. Car avant de vendre père et mère pour relancer la croissance, supporter un job sclérosant et faire du chiffre à tout prix, la question du bonheur mérite d’être posée : la croissance nous rend-elle heureux ? Depuis les années Thatcher, et leurs cortèges de Golden boys, l’humeur aurait été davantage aux cocktails d’anxiolytiques et autres antidépresseurs qu’aux bulles de champagne. Au revoir tristesse, bonjour l’altruisme. Le bonheur au contact des autres est arrivé. On n’arrête pas le progrès !

Janvier/Février 2011 • Rézo • 3


actu france/espagne

Actualité

France, Espagne

Rézo vous propose un tour d’horizon de l’actualité française et espagnole de ces dernières semaines et de celles à venir. Une revue de presse qui vous donnera une idée des informations que vous avez manquées et qui vous attendent. n “Le Pape en Espagne”

Saison 2

Après Barcelone, Madrid ! Le pape revient en Espagne pour les Journées Mondiales de la Jeunesse en juillet 2011. La page Facebook de l’évènement avait déjà atteint plus de 200.000 adhérents au début du mois de décembre ! Les nombreuses protestations qu’avaient entraînées la visite de Benoît XVI ainsi que les divers Flashmob n’avaient pas empêché celui-ci de défiler à bord de sa papa-mobile dans les rues de Barcelone lors de sa venue en novembre dernier. Son déplacement avait coûté pas moins de 1,8 millions d’euros à la communauté catalane. Ses propos également avaient fait l’objet de vives réactions de la part des médias et des associations pour la défense des malades du Sida. Quelques semaines plus tard, il avait encore une fois choqué en intégrant, certes le terme préservatif dans son livre, mais en jugeant pénible la focalisation sur le …préservatif ! En attendant, on se souvient notamment que José Luis Zapatero avait refusé de le rencontrer tandis que toute la famille royale avait pu être bénie par le chef de l’Eglise. 

n La loi anti-tabac :

du tout au rien !

L’Espagne a commencé l’année sans fumée. Une des lois anti-tabac les plus dures d’Europe est appliquée depuis le 1er janvier 2011. Non seulement les lieux publics ont été rendus non-fumeur mais en plus les airs pour enfants, les zones extérieures des écoles et des hôpitaux. Cette loi met fin à la législation précédente qui était considérée comme la plus laxiste du continent européen !

4 • Rézo • Janvier/Février 2011

Figueras-Paris, ça y est !

D

ésormais ce ne sont plus que 5h30 qui séparent Figueras de Paris. Depuis le 19 décembre dernier, la ville connue pour son musée Dali accueille le train à grande vitesse. “La France n’a pas voulu attendre la finalisation de la ligne BarceloneF i g u e r a s”, ex p l i q u e La Vanguardia qui indique également qu’il faudra attendre 2012 pour voir la finalisation de ce tronçon. “La connexion avec l’Espagne à travers le couloir méditerranéen”, rapporte toujours La Vanguardia “constitue l’une des priorités de la France”. Ce sont deux trains par jour qui partiront de Figueras, à 11h06 et à 15h02 et de Paris, à 7h20 et à 15h20. Et afin de fermer le corridor méditerranéen entre Barcelone et Paris, le réseau ferré de France a également dans ses projets de réaliser la ligne Montpellier-Perpignan. Mais comme le précise à La Vanguardia Édouard Parant, ingénieur au réseau ferré de France (RRF) : “La ligne sera terminée en 2012 seulement s’il y a l’argent”. Le même jour, Madrid et Valencia n’étaient plus qu’à 90 minutes l’une de l’autre en train.

L’Espagne, championne… européenne du chômage “Le plus austère de ces dernières années”. Il ne s’agit pas du budget français, mais bien de l’espagnol. Cette phrase a été prononcée par Elena Salgado ministre de l’économie espagnole en parlant du budget 2011, approuvé en septembre dernier. Après avoir vécu au-dessus de ses moyens, l’heure est à la resaca pour l’Espagne et à la diète surtout ! Une réduction de près de 8% des dépenses est prévue. D’ailleurs, les champions du monde de football 2010 vont devoir assumer un autre titre mais, cette fois, moins glorieux : en 2011 ils seront les champions européens du chômage. “L’économie espagnole paie encore les conséquences de l’éclatement de sa bulle immobilière et de la crise financière internationale de 2008 et 2009”, explique LaTribune.fr. Le retour du pape en Espagne en Juillet prochain pourra peut-être générer de l’argent, bien que lors de sa venue à Barcelone, les hôtels n’avaient pas fait le plein.

Wikileaks trahit Aznar C’est une des infos révélées par le site Wikileaks, l’ancien président espagnol José Maria Aznar, durant un dîner avec l’ambassadeur américain Eduardo Aguirre en juillet 2007, révélait sa désespération de voir l’érosion de l’Espagne par l’attribution croissante de pouvoirs à la Catalogne et aux Pays Basques. Monsieur Aznar, connu pour ses phrases chocs, en 2009, avait aussi recommandé aux parents catalans d’envoyer leurs enfants apprendre le castillan. Le nouveau président de la Catalogne Arthur Màs lui avait, quant à lui, suggéré d’aller en Catalogne et d’y apprendre la langue : “ça lui ouvrira un peu plus le cerveau et il pourra mieux parler l’anglais”. Ambiance ! En attendant, Arthur Màs consacrera son mandat à l’obtention de l’autonomie financière de la Catalogne. Arthur Màs C’est Aznar, qui va être content… ! marjorie grassler


L ’apéro tapas français de Barcelone

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l’Œil de Rézo avec la galerie artevistas

L’ équilibre du pouvoir La politique d’Obama, le pouvoir, la tauromachie, les guerres en Irak, en Afghanistan… Autant de sujets que traite l’artiste américain Matt Sesow, exposé à Barcelone pour son exposition “Balance Of Power”. Tous ont en commun, le rapport de forces, le rapport dominants-dominés, en somme, l’équilibre du pouvoir. Explications de cinq de ses œuvres.

M

att Sesow explore une série d’inégalités qui existent dans la vie politique, la famille, l’amour, et le règne animal. Il a commencé à peindre en 1994 comme passe-temps les soirs et les week-ends comme pour échapper à sa vie de programmeur pour IBM. Cette envie de s’exprimer par la peinture lui vient de son enfance. Il a grandit sur les terres cultivées du Nebraska aux USA et vit maintenant à Washinghton DC. À 11 ans, Matt Sesow a été heurté par le propulseur d’un avion lors de son atterrissage, qui a provoqué l’amputation de sa main dominante. Ce traumatisme d’enfance est pour lui le facteur principal qui l’a conduit à prendre la décision de s’exprimer par la peinture… Matt Sesow a exposé dans des galeries du monde entier et ses œuvres font parties intégrantes de nombreuses collections d’Art Brut. Il explique à Rézo son regard sur l’équilibre du pouvoir, à travers cinq de ses œuvres. Revue de détail.

6 • Rézo • Janvier/Février 2011


Obama’s War (75 x 100 cm) “Ce tableau se réfère à la guerre en Afghanistan héritage du président Bush et assumé par notre président Obama Les personnages de cette œuvre semblent être en équilibre. Mais en y regardant de plus près et face aux horreurs décrites, tout paraît déséquilibré. Les deux grandes figures de chaque côté, telles deux montagnes qui s’érigent, représentent l’Afghanistan qui prend forme humaine. Et pourtant, des trous percent leurs entrailles. Ces figures nues, révèlent les stigmates de traumatismes… Des cicatrices marquent la colonne vertébrale. Les bras amputés de la main, essaient d’atteindre le ciel pour écraser le parachute diabolique et le missile qui descend vers la vallée pour tuer les innocents civils depuis un avion prédateur. Dans la partie inférieure gauche et droite, il y a des soldats aux commandes d’avions. Devant leurs ordinateurs, comme dans un jeu vidéo, ils jouent à la guerre mais toujours hors du champ de bataille réel.”

Balance Of Power (140 x 135 cm) “Avec cette œuvre, je souhaitais dénoncer le mécontentement des gens par rapport au manque de changement dans la politique américaine sous la présidence d’Obama. Les encarts dans la partie gauche du tableau représentent les politiques impopulaires et les actions adoptées par le gouvernement d’Obama ou héritées de la présidence de Bush. Je souhaitais montrer la relation prédateur/prisonnier qu’il y a dans chaque politique ou décision. Sur la partie droite, j’ai fait une de mes versions de la célèbre affiche de campagne d’Obama utilisée pour son élection. La tête d’Obama y est plus grande que la normale, l’espace utilisé à droite du tableau est plus important qu’à gauche, à l’image de son style Hollywoodien. Il reçoit davantage d’attention que les politiques réelles susceptibles de changer la vie des gens. C’est là où le pouvoir ment.” Janvier/Février 2011 • Rézo • 7


l’Œil de Rézo

Crossing the Rubicón (127 x 120 cm) “Franchir le Rubicon” est un terme communément utilisé par l’administration Bush pendant la guerre en Irak en 2003. Il signifie le fait de passer le point de non retour et il fait référence à Jules César qui traversa la rivière Rubicon en Italie en 49 avant J.C. Dans ce tableau, le cowboy américain monte son poulet fantastique et part en guerre le poing levé. A droite, l’avion bombardier lâche un phénix, peut-être mort. Quant au cowboy, il a perdu sa main gauche dans une guerre précédente. Lorsqu’il aura franchi la ligne, l’équilibre sera rompu.”

Balancing Act (100 x 100 cm) “Cette œuvre s’inscrit dans le sujet de l’exposition, l’équilibre du pouvoir, et a de plus un rapport direct avec l’Espagne. Les toréadors sont ici représentés face au taureau. Je suis végétarien, logiquement j’espère que le taureau ne sera pas le plus lésé. Le taureau porte un lapin sur son cœur. Le lapin est pour moi l’image même de l’innocence. Le taureau porte sur son dos les trois signes de ma cicatrice – traumatisme. Il s’agit d’une image que j’utilise pour montrer la tristesse et la douleur dans ma peinture. Les toréadors paraissent innocents voire même heureux. Ils soutiennent le taureau majestueux. L’étoile nous rappelle qu’il y a une inévitable bataille à vivre par rapport au sujet de la tauromachie.” 8 • Rézo • Janvier/Février 2011

Top Dog Mad Dog (100 x 100 cm) “Le terme Top Dog, le chien d’en haut, se réfère aux personnes qui sont au pouvoir. Sur le chien, on reconnaît une ébauche du drapeau américain et le capitalisme est symbolisé à gauche par l’homme-porc. Le lapin mort représenté à gauche sous les traits d’un ange symbolise les victimes innocentes des politiques et des actions du “chien d’en haut”. L’homme-porc ne le voit même pas. Le petit viking à côté du chien symbolise la conquête et l’impérialisme. Le chien fou, celui du dessous est probablement la victime du “chien d’en haut”. Pour moi le chien fou est plus innocent, il est symbolisé par les lapins qui vivent dans son cœur et son ventre. Le phénix à l’envers représente la chute, une certaine chute en quelque sorte du capitalisme.”


Il n’est pas nécessaire d’être un professionnel pour entrer dans l’intimité d’un vin et l’apprécier à sa juste valeur. Il a une vie qui lui est propre, arôme, saveurs, année, origine, toutes ces caractéristiques font qu’un vin est unique et reconnaissable. L’ambition de Mas Lahon est de produire des vins naturels, à forte typicité, privilégiant les cépages autochtones et permettant au terroir de s’exprimer par une vinification douce… tout en laissant la magie s’exprimer naturellemnent. Eric Lahon

Tous les mois, Mas Lahon organise pour des groupes des dégustations de vin thématiques dans son local situé au centre de Barcelone Calle Arago 145. Il est reconnu qu’un apprentissage répété permet, généralement, de passer du statut d’amateur à celui de connaisseur… alors à vous de jouer. Pour en savoir plus, contactez-nous au 666 40 99 71 ou info@maslahon.com

Rosé Lou

Le Lou

Le Lou

Blanc

Variedades: Elaborado 100% con la variedad Garnacha Blanca Cosecha: 2008 (14,5ºC) Nota de cata: De color amarillo pajizo, limpio y brillante con destellos verdosos. En nariz, intensidad media y elegante. Floral, con cítricos, piña, fruta de la pasión. Muy fresco en boca, elegante e intenso pero con un toque de complejidad y personalidad. Vino graso, con volumen y muy bien equilibrada la acidez con el alcohol y la fruta. Servir entre 8 y 12 grados.

Comment se les procurer ?

Rouge

Variedades: Garnacha tinta y Syrah

Variedades: Garnacha tinta, Mazuelo y Syrah.

Nota de cata: Intenso color frambuesa con destellos azulados, límpios y brillantes. En nariz despliega un amplio abanico de frutas silvestres: fresas, frambuesas, arándanos, grosellas, que junto a otros aromas hacen un rosado diferente, único y de intensas sensaciones aromáticas. Su paso por boca es lento, suave, y amplio, con una potencia inusual para un rosado. Es a la vez fresco, con una buena acidez que equilibra perfectamente el alcohol. Servir a temperatura entre 8 y 10 grados.

Cosecha: 2008 (14,5ºC) Crianza: Envejecimiento de 6 meses en barricas de roble. Nota de cata: Vino tinto de color cereza con menisco violáceo, buena capa, limpio y brillante. En nariz destaca un primer plano de fruta madura, fresa, grosella, cassis y en un segundo lugar las notas de la barrica, torrefactos y especias. En boca tiene un buen ataque, es denso, de tanino firme pero redondeado. Una buena acidez y persistente. Vino complejo que invita a disfrutar de un Montsant moderno lleno de matices y elegante. Servir entre 16 y 18 grados.

- Adresse du magasin : C/ Aragó 145, Bjos 1º Tél. 93 452 46 93 / 666 40 99 71 - Par mail : info@maslahon.com - Par la web : www.maslahon.com


l’invité de rézo

Un autre regard sur Paris Daniel Cordoba Mendiola, l’analyste de tendances le plus reconnu d’Espagne, et Marta Marín Anglada, professeur experte en Art, proposent un regard différent sur Paris et Londres, loin des clichés touristiques, à travers un nouveau concept de guide de voyage.

E

xit la Tour Eiffel. Pour le coolhunter Daniel Cordoba Mendiola et la spécialiste en esthétique Marta Marín Anglada, Paris est aussi celui de Daft Punk, l’immeuble où a vécu Proust, ou un chocolat chaud chez Angelina. Quant à Londres, au-delà du Big Ben, il est possible aussi de lui découvrir un autre visage : le quartier de Kensington vu par Virginia Wolf, les influences de Vivienne Westwood ou Alexander Mc Queen. Daniel Cordoba et Marta Marín Anglada nous proposent, à travers la lecture de leurs guides Retorno… a Paris et Retorno… a Londres et de leur regard d’espagnols, de les suivre dans leurs flâneries urbaines, empruntes de poésie, d’art, de mode, de culture et surtout d’art de vivre. Etat des lieux de la marque Paris et Londres sur la scène internationale. Interview.

la rend spéciale.”

Ces livres ont été écrits d’un point de vue espagnol ? N’y a-t-il pas un risque qu’ils soient perçus par les parisiens ou les londoniens de la même façon que les barcelonais ont accueilli le film Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen ? D.C.M. : Des amis à moi de Londres ont lu le livre et ils ne l’ont pas apprécié ! Ils ont dit “mais on n’est pas du tout comme ça !”. En effet, ces deux livres n’ont pas été écrits d’un point de vue anglais ou français ! Nous avons plutôt cherché à décrire l’impact et les émotions que ressentent les étrangers en visitant ces deux villes. Effectivement, Woody Allen a eu avec son film beaucoup plus de succès à l’étranger qu’en Catalogne !   Entre le Londres de Virginia Wolf, Alexander Mc Queen et Vivienne Westwood et le Paris de Gainsbourg, Proust ou Coco Chanel, le choix de vos flâneries est assez élitiste. Que vient faire le personnage de Carrie Bradshaw dans le guide parisien ? D.C.M. : Les livres sont très fidèles à l’esprit des deux villes. Une ville aujourd’hui n’est pas seulement le produit de son histoire, mais elle est aussi modelée par la musique, le cinéma, l’art, etc. Dans le livre Retorno … a Paris, il y a beaucoup de personnages comme Gainsbourg que les gens en Espagne ne connaissent pas forcément. En revanche, Carrie Bradshaw fait partie des personnages que les Espagnols connaissent. C’est la petite touche frivole ! Dans les épisodes de Sex And The City, elle est à Paris et mange des macarons Ladurée. Elle finit par associer son image à Paris dans l’imaginaire des étrangers. C’est vrai que cela met surtout mal à l’aise le lecteur français de la même façon que les artistes Jeff Koons ou Mourakami ne font pas l’unanimité en France quand ils “envahissent” Versailles. Ce qui a été amusant c’était de prendre tous ces axes et essayer de les véhiculer dans un discours cohérent.

© luciano insua

Vous avez sorti deux livres Retorno… a Paris et Retorno… a Londres, d’ailleurs conseillés dans les must have du quotidien espagnol El Mundo. D’où vous est venue l’idée de ce nouveau concept de guide de voyage ? Daniel Cordoba Mendiola : L’idée était de proposer un objet à mi-chemin entre les guides et la littérature de voyage. Nous avons voulu faire un produit différent : très peu de guides touristiques ont une dimension émotionnelle. Le livre s’adresse à ceux qui connaissent déjà Paris ou Paris n’a pas un seul ADN, Londres et qui cherchent un autre regard. Marta Marín Anglada : Ce livre a été fait pour des gens qui veulent quelque chose de elle en a plusieurs ! plus. L’idée principale était de s’éloigner d’un “tu dois être ici, ici et ici sinon tu n’auras C’est ce phénomène qui rien vu”.

Marta Marín Anglada et Daniel Cordoba Mendiola.

10 • Rézo • Janvier/Février 2011

Les étrangers perçoivent Paris comme la ville de l’amour. Cette image, un zeste cliché, persiste-t-elle ? D.C.M. : Dans les campagnes publicitaires on continue à vendre Paris comme la ville de l’amour et dans l’imaginaire symbolique on respire l’amour. Même si la ville de l’amour c’est Venise, Paris se vend comme la ville de la lumière, du romanticisme, de la gastronomie, de la mode, etc.


© luciano insua

et Londres

Au-delà du cliché, que se passe-t-il à Paris aujourd’hui ? Est-elle toujours en ébullition ? M.M.A. : Paris est underground, encore plus que ne l’est Berlin. En ce moment, il y a un mouvement d’art qui est en pleine ébullition, subversif, dans le Marais, Ménilmontant, Belleville, etc. La France a toujours eu une tradition culturelle très marquée, parce que les Français naissent et s’éduquent à travers la culture, et ce grâce à leurs institutions. En France la culture est un droit, un art de vivre. Les gens consomment de la littérature, de l’art, vont aux expos, n’ont pas peur d’entrer dans une galerie d’art, etc. Tandis que les touristes, qui n’ont pas cette éducation, vont chercher à Paris de la culture institutionnelle, par exemple l’art dans les musées (ex : Le Louvre). Mais, comme je vous le disais, la rue lance aussi de nouvelles propositions d’art : elle vous parle constamment, avec des propositions singulières, innovatrices. Ce qui est dommage, c’est que les touristes aillent voir les clichés… Dans une ville, quelles sont les différences entre les quartiers inconnus ou secrets et les quartiers émergents ? D.C.M. : A Barcelone par exemple, émergent serait “El Born” ou “El Raval”. Quant au quartier de Gracia, il est secret car il se renferme hermétiquement au tourisme. Il s’ouvre au public seulement deux semaines par an pour les fêtes de Gracia et se retire à nouveau. Berlin, par exemple s’inscrit dans l’émergence et se vend dans l’occulte. Tout le marketing de Berlin est là : il vend cet apparent état de secret alors qu’il est facilement accessible ! Quant à Londres, la ville a beaucoup de choses occultes et émergentes, mais elle vend directement l’émergent, c’est plus facile. Finalement, quel est l’ADN de la marque de Paris ? D.C.M. : Paris n’a pas un seul ADN, elle en a plusieurs ! C’est ce phénomène qui la rend spéciale. C’est LE référent universel. Chaque personne porte l’image de son propre Paris dans son espace personnel. Paris a volé cette image à Rome dans le passé, qui a été volée à son tour par New York… Il y a des villes qui naissent et qui meurent dans le panorama du positionnement mondial, mais Paris reste toujours présente. S’il fallait donner un qualificatif aux villes, Londres serait par exemple l’alternative, Berlin l’effervescente, le Japon la vitrine, le Disney world asiatique, et Paris au lieu de vendre une seule chose, elle vend tout. Cela vient du XVIIIe siècle quand les rois de France voulaient que Versailles devienne une référence mondiale. Il existe une cohérence entre l’image qu’elle projette et la position de sa marque. Ce n’est pas le cas de Barcelone, par exemple. L’image de Barcelone est très faible, elle se vend comme une ville cool et elle ne l’est plus. On pourrait dire que son ADN serait la confusion, elle ne sait pas ce qu’elle veut être. En revanche, Londres, quant à elle, est à nouveau en ébullition, en pleine expérimentation. propos recueillis par albert soro

Janvier/Février 2011 • Rézo • 11


économie

Le système capitaliste Une nouvelle manière de faire la guerre semble faire son apparition et elle se passe sur les marchés. L’ euro donne des frissons à la communauté européenne et les plans d’austérité se succèdent. Ne serait-ce pas la population, plus que les rentiers, qui souffre de l’essoufflement du système ?

L’

ère de la guerre virtuelle est finalement arrivée. Les conflits ne sont plus résolus à coup de bombes sur les positions stratégiques de l’ennemi mais à coup de milliards de dollars, de privatisation des banques, de relèvement des taux d’intérêts, de dévaluation des devises. Les batailles portent des noms de valeurs, les armes sont remplacées par les avoirs, assurances-vie et Les plans d’austérité autres investissements. Quant s’inscrivent dans une politique aux soldats en costumes cravates et chaussures vernies, de reconquête intégrale leur cri de guerre invoque le cadu libre-échange.” pitalisme et le dollar. Ils prient le Dieu de la bourse, lui supplient d’être stable et généreux. Les conseils de guerre s’appellent G8, G20, G27. Finance, économie, emploi : la guerre monétaire ou guerre des devises est déclarée.

“Réfléchir à une tactique de combat efficace pour sauver l’euro” L´euro a fini en hausse en 2010, un rebond qui minimise sa baisse de 6,7% dans l´année alors que la devise europénne a commencé l’année vers 1,45$ avant de plonger jusqu’à 1,19$ début juin puis d’entamer une remontée chaotique en fin d’année. Des chiffres qui en disent long Vers le crash de l’Euro ? sur l’instabilité du système L´été a été rude pour la monnaie européenne et monétaire international. “Il a c´est non sans mal qu´elle s´est relevée puis a montré ses limites pendant rechuté. L´économiste Niño Becerra et auteur la crise financière mondiale”, du livre “El crash del 2010” avait annoncé, confirme Christine Lagarde, dans une interview accordée à Euronews en la ministre de l’économie lors janvier 2010, le crash de l´euro durant l´été. Une d’un séminaire à Paris. des raisons principales de ce  crash comme il Ainsi, la devise chute et se l´appelle,  viendrait de l´incapacité de l´Europe reprend, mais ses vacilleà s´unir. ments fréquents font palpiter “Quand les choses iront réellement très mal, les portefeuilles de plus d’un ce sera l’heure de l’examen final pour l’Europe actionnaire. Les pays à dette et ce sera l’ultime opportunité. En clair, “soit record mais à économie l’Europe s’unit maintenant, soit elle ne s’unit for te se réunissent donc jamais”, expliquait-il. (ndlr : voir notre interview pour réfléchir à une tactique sur le bilan de la Présidence belge de l’U.E de combat efficace. pages 14-15) Pour l´heure, l´euro poursuit sa Réformer, voilà le terme qui glissade en ce début d´année, reste à savoir pourrait sauver le système si les prédictions de l´économiste espagnol monétaire mondial. C’est vont se confirmer en cette nouvelle année où en tous cas la priorité que Nicolas Sarkozy devra trouver les outils pour la s’est fixée la France depuis réforme du système monétaire. qu’elle a pris la présidence du G20.

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Bientôt plus assez de crans pour serrer la ceinture européenne Pendant ce temps, tour à tour, les pays s’effondrent et se relèvent à coup d’aides européennes et du FMI. La Grèce fut le premier pays à devoir répondre de ses actes, 110 milliards d’euros lui ont été accordés. Malgré cette aide, les déficits sont régulièrement revus à la hausse et le FMI n’exclut pas de refaire un autre prêt. L’Irlande, quant à elle, en chute libre, a d’abord hésité jusqu’à se réveiller pour demander de l’aide et imposer un plan de rigueur drastique. En décembre, un accord a donc été signé pour renflouer les banques et le budget du pays de près de 85 milliards d’euros. Et pourtant, en novembre dernier, DSK soutenait encore que l’Irlande n’avait pas besoin de l’aide du FMI. En attendant, les Irlandais vont devoir se serrer la ceinture au moins durant quatre ans.

Les droits des populations  Et les citoyens, justement, dans tout ça ? Leur imposer la rigueur est-elle la solution ? “La programmation de l’austérité a été instaurée en 1991 avec le Traité de Maastricht”, affirme la professeur en sciences sociales à l’Université libre de Bruxelles, Corinne Gobin. Elle explique que “les plans d’austérité s’inscrivent dans une politique bien en place, de reconquête intégrale du libre-échange contre les droits démocratiques des populations”. Et en ef fet, à force de donner des chiffres, des plans, des solutions finan-


sous monitoring cières, on en oublierait presque les citoyens européens. “La réduction de l’Etat à un Etat minimal de type régalien, appauvrit la partie la plus fragile de la population (nldr : un minimum de 15% de pauvres en Europe) mais accroît la richesse détenue par les rentiers qui s’alimentent depuis plus de 20 ans des dettes publiques, et des taux d’intérêts scandaleux.”, explique Corinne Gobin au sujet des plans d’austérité.

Et si c’était la fin ? En fin de compte, l’obsession de réanimer le système capitaliste tourne à la dérision. Les Etats ne veulent plus aider les pays en déroute, les banques sont terrifiées à chaque discours de la Présidence

européenne ou à la moindre dégringolade de l’euro. L’Union européenne est prête à imploser, les investisseurs quittent les marchés trop flottants et se réfugient vers des valeurs sécuritaires. L’or bien évidemment est un classique : quand l’économie mondiale est au bord du gouffre, les conseillés financiers ressortent les lingots… Mais l’heure est toujours à la crise, Santiago Niño Becerra en est certain. Il l’avait écrit en 2009 dans un livre intitulé “El crash del 2010” (voir encadré). Dans cet ouvrage il donne aux lecteurs une vision noire des prochaines années. Le début de la fin de la crise ne devrait pas arriver avant 2020 et la fin du système capitaliste serait prévu, selon lui, pour… 2070 ! marjorie grassler

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politique

n

interview

U.E. : “Les

crises ne sont

La Belgique vient d’achever six mois de Présidence de L’Union européenne. Quel bilan peut-on en tirer sur le plan économique et financier ? Qu’en est-il de la dette publique européenne ? Couronsnous à la catastrophe ? Johan Swinnen, ambassadeur de Belgique en Espagne, se montre rassurant, sans langue de bois. Interview. Le 1er janvier, la Belgique a passé le flambeau de la Présidence du Conseil de l’U.E. à la Hongrie. Malgré une conjoncture extrêmement compliquée, les objectifs en termes de lutte contre la crise économique et la pauvreté ont-ils été remplis ? Johan Swinnen : De nombreuses avancées ont été réalisées sur le plan institutionnel, économique et financier. Le Traité de Lisbonne est désormais mis sur les rails, le budget 2011, malgré les difficultés, a été adopté. L’U.E. s’est lancée dans une grande entreprise de stabilisation de la zone euro et de gestion de la crise. Mais ne nous leurrons pas. Les crises ne sont pas encore jugulées. Des stratégies se mettent par ailleurs en place comme celle de la croissance et de l’emploi “Europe 2020”, lancée par le Conseil européen de juin 2010. L’année 2010 était, par ailleurs, l’année européenne de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Ce thème a naturellement été une priorité de la Présidence, qui a multiplié les initiatives. Mais il ne reste pas moins vrai que l’Europe sociale a encore du chemin à faire… La Présidence belge a-t-elle permis de dessiner les contours de la future gouvernance économique et financière de l’Union ? J. S. : Face à la pression croissante sur la zone euro, la première priorité de l’U.E. a été le renforcement de la gouvernance économique. Une avancée importante est l’introduction du “Semestre européen”. Les Etats membres devront dorénavant soumettre leur budget à un contrôle L’U.E. s’est lancée dans préalable des autres Etats membres et de la Commission lors du premier semestre de une grande entreprise de chaque année. En matière de supervision financière, on peut se féliciter de l’accord obtenu sur la stabilisation de la zone euro et création d’agences européennes chargées du contrôle prudentiel des banques, des de gestion de la crise” sociétés d’assurances et des marchés financiers, ainsi que la création d’un Comité européen du Risque systémique (CERS). A cela s’ajoute l’approbation de la directive sur les gestionnaires de fonds d’investissement alternatifs et la révision de l’ordonnance sur les agences d’évaluation du crédit.

La création au printemps dernier d’un Fonds de secours pour les pays de l’Union monétaire en difficulté financière jette-t-elle les bases d’un mécanisme d’aide ? Pensez-vous que l’Espagne se trouve dans une situation critique ? L’Union européenne sera-t-elle en mesure de voler à son secours si nécessaire ? J. S. : Le fonds mis en place au printemps dernier a permis le sauvetage de la Grèce, puis de l’Irlande. Lors du Conseil européen de décembre, les Etats membres se sont mis d’accord pour procéder à une réforme limitée du Traité, qui permettra de mettre en place un mécanisme permanent. En décembre également, la Banque Centrale Européenne doublait son capital, afin de disposer de plus de marge de manœuvre. L’économie a d’ores et déjà repris en Allemagne et dans plusieurs pays de l’U.E., dont la Belgique. Dans certains pays, le chômage a déjà reculé. Dans l’ensemble, il y aura de la création d’emplois dès 2011. Ce n’est malheureusement pas le cas partout, mais là aussi les efforts doivent se poursuivre, de concert avec les instances européennes notamment.   Qu’en est-il de la dette publique européenne ?  J. S. : La situation varie fortement d’un pays à l’autre. Les pays présentant les déficits budgétaires les plus élevés ont adopté des programmes drastiques d’assainissement, afin de restaurer l’équilibre

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pas encore jugulées…” le plus rapidement possible. Je le répète : d’importants efforts sont encore nécessaires, comme vient de le rappeler également le Gouverneur de la B.C.E. Jean-Claude Trichet. Courons-nous à la catastrophe comme semble mettre en garde certains intellectuels tels que Jacques Attali, auteur de Tous ruinés dans dix ans ? J. S. : Toute crise doit nous mobiliser plutôt que de nous décourager. Les gouvernements, individuellement et collectivement -mais pas seulement eux !- doivent prendre leurs responsabilités. Les Européens sont en train de se doter de remèdes et d’instruments adéquats. Mais le défi reste énorme. Comment refinancer la dette rencontrée par plusieurs pays en Europe ? Que pensez-vous de l’idée d’émettre des euro-obligations, défendue notamment par le gouvernement belge ? J. S. : La Commission et la Banque européenne d’investissement émettent déjà des euro-bonds pour des projets précis. L’idée serait d’émettre des euro-obligations pour financer les emprunts des Etats membres. Mais le débat vient seulement d’être lancé. Le dossier doit encore être approfondi du point de vue technique et devra également mûrir politiquement.

Comment l’Espagne peut-elle contribuer à  l’avancée du projet européen ? J. S. : L’Espagne est un pays fondamentalement européiste et contribue quotidiennement, par son attitude constructive dans les dossiers, à l’avancée du projet européen. La Présidence espagnole a débuté juste après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Le respect montré par Madrid vis-à-vis des nouvelles institutions a été essentiel pour la bonne mise en œuvre du Traité.

Johan Swinnen, ambassadeur de Belgique en Espagne

O ù e n e s t, s e lon vous , la con s tr u ction e u r o péenne ? Est-elle bloquée ?  J. S. : Le 1er janvier 2011, l’Estonie est devenue le 17e pays de la zone euro. Si je cite cet exemple, c’est pour mieux illustrer le fait que les difficultés rencontrées dans la construction européenne ont parfois tendance à éclipser les progrès accomplis. C’est à petit pas que l’Europe s’est construite et continuera à le faire. Certes, ces derniers mois ont été éprouvants pour l’U.E., mais des avancées considérables, ont été également accomplies, par exemple en matière de gouvernance économique et de supervision financière.

“Dans l’ensemble, il y aura d’emplois

Quelles sont les priorités pour 2011 que devra se fixer le successeur de la Belgique à la de la création Présidence du conseil de l’U.E. ? J. S. : Les priorités de la Présidence hongroise s’inscrivent dans le cadre du programme du dès 2011 Trio de présidences, élaboré fin 2009 par l’Espagne, la Belgique et la Hongrie. La Présidence hongroise souhaite maintenir son action dans ce cadre. La Présidence hongroise ne démarre cependant pas sous les meilleurs auspices. J’ose espérer que les mesures controversées en matière de presse et de fiscalité discriminatoire feront l’objet d’un examen attentif et n’hypothèqueront pas le rôle propos recUEillis par valérie zoydo important que la Hongrie est appelée à jouer.

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développement durable

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Geste éco-citoyen

Le Cradle to Cradle,

la nouvelle révolution industrielle

Le terme est encore peu connu et pourtant, il s’agit de l’actuelle révolution industrielle. Le Cradle to Cradle réinvente la production, le processus de conception des objets, le design, en somme, le système capitaliste. Quant aux déchets, ils n’existent plus ! Explications.

V

Comment mettre le système en place ? L’étiquetage C2C est un protocole de certification basé en 5 points : 1 - L’évaluation des maté r i a u x (c o m p o s i t i o n chimique du produit). 2 - La conception et le design de l’emballage et du désemballage du produit, la prise en compte de la totalité de son cycle de vie. 3 - La promotion de systèmes industriels qui ne polluent pas l’eau. 4 - L’utilisation d’énergies renouvelables. 5 - La Responsabilité Sociale corporative.

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ous connaissez le compostage  des matières organiques, épluchures de pommes de terre, os de poulet et autres écorces de clémentine ? Et bien le Cradle to Cradle se propose de l’appliquer à tous les objets ! Soit le produit retourne au sol et constitue un nutriment biologique, comme les feuilles qui tombent des arbres. Soit le produit retourne à l’industrie, comme nutriment technique, indéfiniment réutilisable.

lisme gère la rareté, mieux dit, il crée artificiellement de la rareté pour générer du profit. Or, le Cradle to Cradle gère l’abondance. Pour autant, le Cradle to Cradle ne milite en aucun cas pour la décroissance : il ne s’agit pas de réduire la consommation, mais plutôt les processus industriels de production. Un des objectifs : éviter, l’extraction des minéraux (pétrole, voir encadré). En somme, il s’agit d’un système redessiné pour devenir entièrement renouvelable.

“Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”

Promouvoir l’abondance

L’idée : repenser tout le cycle de vie du produit depuis sa création jusqu’à sa transformation. En utilisant une métaphore bouddhiste, c’est un peu comme si l’on cherchait à ce que le produit se réincarne à travers plusieurs vies. Ce sont William Mc Donough, architecte et designer et Michael Braungart, chimiste qui sont à l’origine du mouvement. Leur livre, Cradle to Cradle est un manifeste pour une philosophie et une pratique nouvelle de la production et de l’écologie. Les deux auteurs soutiennent une “empreinte écologique positive”, à travers l’éco-conception et une garantie de qualité. Et cela va bien au-delà du recyclage pratiqué jusqu’alors. Avec le Cradle to Cradle, autrement dit “Berceau à Berceau”, tout est propre dans le processus de création et tout est recyclable à l’infini. Pourquoi Berceau à Berceau ? Car tout doit revenir d’où il vient. Souvenez-vous de vos cours de Physique-Chimie : “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”, Lavoisier. Le maître mot donc, l’“éco-efficacité” qui n’opposerait plus croissance économique et écologie.

Une autre vision de l’économie Ainsi, le processus de production n’est plus linéaire mais bien circulaire. “Nous partons du principe que les déchets, quels qu’ils soient, constituent de la nourriture, waste = food”, explique Ignasi Cubiña, directeur et cofondateur de Eco Intelligent Growth, une entreprise qui promeut l’écologie industrielle à travers le procédé du Cradle to Cradle en Espagne. Ce principe change totalement la vision de l’économie. En effet, le capita-

Ainsi, selon Ignasi Cubiña, il faut promouvoir l’abondance de la matière vivante et non-vivante, et non pas l’accumulation de la richesse monétaire, pour un monde plus juste. Tout repose sur la circulation de l’énergie. “C’est la seule chose qui ne soit pas limitée !”, s’enthousiasme Ignasi, et de poursuivre : “Nous voulons concevoir un monde pour 9 milliards de personnes. Lorsque nous affirmons que nous nous inspirons de la nature, c’est que nous partons du principe que dans la nature il n’existe pas le concept de déchet ni de pollution”, insiste-t-il. En effet, dans la nature, les espèces animales et végétales cohabitent et s’enrichissent mutuellement : les déchets des uns deviennent la nourriture des autres. La question est d’appliquer ce système à l’économie… Or, celle-ci se définit par l’organisation politique de la production et de l’échange des richesses sociales. Les solutions existent bel et bien, tout repose donc sur une volonté politique et une détermination individuelle de changer les choses. Valérie Zoydo

Faire revenir le C02 dans le sol “La véritable crise que nous vivons est celle des minéraux !”, indique Ignasi Cubiña. Quant au problème du réchauffement climatique, il ne réside pas dans les excès de CO2 en soit, mais dans l’accumulation de C02 dans l’atmosphère au lieu d’être dans le sol. Et c’est bien le fait de brûler du pétrole qui dégage un surplus de CO2 dans l’atmosphère. Il s’agit donc de récupérer la tenue du carbone dans le sol. Pourquoi ? D’une part, le CO2 et les matières organiques fertilisent le sol. D’autre part, pour augmenter la capacité de rétention de l’eau. Enfin, s’il existe un bon équilibre entre le carbone, le phosphore et les nitrogènes dans le sol, il n’y a aucun besoin d’utiliser des fertilisants.


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société

n

la famille en Espagne en mutation

Ne pas avoir d’enfants un choix décomplexé

Finie, l’angoisse de l’horloge biologique. Le choix de ne pas avoir d’enfants, c’est la nouvelle tendance incarnée par le mouvement Child free. Un phénomène déjà bien répandu aux Etats-Unis, et qui prend forme en Europe. Reportage.

“L

es enfants, encore et encore”, écrivait Sofia Tolstoï dans  sa biographie Ma vie. Qu’aurait fait la femme de Léon Tolstoï si elle n’avait pas mis au monde 13 enfants entre 1863 et 1888 ? Impossible de réécrire l’histoire. Restent les traces nostalgiques d’une jeunesse sacrifiée par le poids de la progéniture : “Comme les rêves d’un avenir se brisèrent contre les soucis quotidiens de la vie familiale.”

En finir avec l’obligation sociale de la procréation Cette nostalgie, nombreuses sont les femmes qui souhaitent s’en passer aujourd’hui, en repoussant au plus tard la procréation, voire en y renonçant. Mais ce n’est pas toujours de tout repos. Dans une Espagne étirée entre post-moderPour les femmes, nisme et traditionalisme catholique, être mère est censé être l’acte de procréation reste synonyme de bon sens religieux. Et dénonimprimé dans le cerveau cer cet état de fait, en renonçant au dès la naissance” calque femme-mère est souvent mal vu :  “Nous voulons en finir avec cette obligation sociale de la procréation dont nous sommes les victimes, les femmes au premier rang”, s’indigne Théophile de Giraud, organisateur de la fête des non-parents à Paris le 15 mai 2010, un rendez-vous fondateur pour ceux que l’on nomme Child free. Nous en avons assez des remarques du style “et si tout le monde fait comme vous, qui paiera vos retraites ?” Les non-parents ont du pain sur la planche. Au premier chef, briser le mythe de l’instinct maternel  comme une part essentielle chez toutes les femmes :  “l’hédonisme est plus grand que le désir maternel”, témoigne Cristina, barcelonaise de 32 ans, en couple et sans enfants.

Les origines du mouvement Le mouvement, appelé à son origine The National Organization for Non-Parents (N.O.N.) a démarré à Palo Alto aux Etats-Unis, en 1972. L’objectif était d’avancer l’idée que les hommes et les femmes avaient le droit de choisir de ne pas avoir d’enfants. Devenu  “National Alliance for Optional Parenthood” o “National Alliance for Optional Parenthood”, il a continué dans les années 80 en soutenant ceux qui ont décidé d’être Child free, en luttant contre les politiques de natalité et véhiculant l’idée que la non-parentalité est un mode vie et une solution vis-àvis de la surpopulation.

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A 52 ans, Maria Teresa n’aura jamais senti le besoin d’être mère : “Le sentiment maternel ne m’a jamais manqué. Pour les femmes, être mère est censé être imprimé dans le cerveau dès la naissance. Mais moi j’ai toujours préféré mon indépendance. L’exemple de ma mère ne m’a jamais trop inspiré non plus”. Idem pour Magenta Baribeau, réalisatrice en plein tournage du documentaire Maman ? non merci !  sur les femmes qui décident de ne pas avoir d’enfants :  “Pour certaines personnes, la question écologique est une raison pour ne pas avoir d’enfants. Pour moi c’était avant tout l’absence de désir d’être mère.”

Entre hédonisme, précarité et démarche écolo Le schéma mariage-fécondité s’effrite  dans les mentalités et les chiffres y répondent comme un écho en Espagne : en 2009, aussi bien le taux de natalité que le nombre de mariages religieux ont connu une baisse notable selon l’Institut National de Statistiques. La baisse de la fécondité se résume-t-elle au parachèvement de la modernité et au triomphe de l’individualisme, comme l’avancent les philosophes Jean Baudrillard et Peter Sloterdijk dans le dossier “Pourquoi fait-on des enfants” de mars 2009 de Philosophie magazine ? Les témoignages des non-parents espagnols le nuancent. “Pourquoi sacrifier mon bien-être pour avoir une si grande responsabilité ?” Si la question de Cristina confirme un réflexe hédoniste, la jeune espagnole avance d’autres raisons pressentes : “La situation économique actuelle est compliquée en Espagne. On sait que les femmes ne peuvent avoir d’enfants après un certain âge, or avant 35 ans, il est dur d’envisager matériellement une telle démarche. Le travail de mon conjoint n’est pas fixe, il peut se faire virer à tout moment. En plus, on vit dans un logement partagé. Je sais qu’on dit que les enfants s’adaptent à tout mais…”

Vivre à contre-courant Et pourtant, ce qui paraît évident pour ces femmes, reste étrange, voire tabou dans une société où l’influence de l‘Eglise catholique dépasse le stade de vieille relique. Lors de son passage à Barcelone pour inaugurer la basilique de la Sagrada Familia le 7 novembre dernier, Benoît XVI a souhaité “que soit défendue comme sacrée et inviolable la vie des enfants dès le moment de leur conception”. Les associations catholiques mènent la vie dure aux non-


Laisse pas traîner ton fils !

parents assumés. Théophile de Giraud se veut rassurant sur cette pression : “C’est un combat d’arrière-garde”, pense l’organisateur de la fête des non-parents. Outre ce blocage idéologique, un phénomène plus insidieux limite l’influence de ces non-parents : l’argument économique, “l’Etat espagnol avait instauré un chèque bébé de 2.500 euros pour chaque nouvelle naissance. J’ai entendu beaucoup de témoignages de jeunes couples qui avaient décidé de faire un enfant pour toucher cette somme.”, raconte Mélanie Tarrier, fille de l’écosophe (écologue-philosophe, ndlr) dénataliste Michel Tarrier auteur de Faire des enfants tue. Eloge de la dénatalité. Sans oublier le problème du financement des retraites.

Pour un autre regard sur la parentalité Si l’armée antinataliste ne cesse de s’étendre, c’est aussi en réaction à ce sentiment de dénigrement permanent :  “Je reçois une dizaine de commentaires par semaine sur mon blog “Maman ? Jamais

“Interdit aux enfants”, la formule surprend et pourtant elle fleurit dans certains lieux publics qui sont tout sauf des sex shops. Au contraire. C’est ainsi qu’à Berlin, le café Prenzlauer Berg, a interdit sans complexes son accès aux enfants, pour permettre à ses clients célibataires et sans bambins de profiter d’un café sans cris et autres poussettes. Même La Vanguardia, dans son édition du 15 juillet dernier a publié un article sur ces établissements touristiques Child free qui commencent à proliférer en Espagne. C’est le cas de l’hôtel 4 étoiles Magnolia à Salou. Mais il y en a aussi à Majorque ou encore à Benidorm. Choquée, une Espagnole, auteur du blog Abracitos dénonce une forme de discrimination à l’égard des enfants. “(…) Nous pourrions alors trouver des hôtels sans blonds, sans gros, sans maigres, sans Chinois, sans noirs, sans femmes…”, s’insurge-t-elle. Attention donc, à ne pas tomber dans la ségrégation anti-enfants ! Le terme Child free peut parfois être mal compris et porter à confusion. Valérie Zoydo

de la vie !” qui décrivent tous le même ras-le-bol, raconte Magenta Baribeau. La pression vient souvent de la famille : les mères qui demandent quand elles vont enfin être grand-mères, etc. Certaines disent même subir la menace d’être déshéritées”. En résulte une tension permanente : “Les gens se sentent toujours agressés quand tu parles de dénatalité. J’ignore pourquoi ça choque tant mais tu te retrouves toujours à devoir te défendre ou t’excuser pour au minimum être écouté.”

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société

n

la famille en Espagne en mutation

ce serait la

Et pourtant, qu’ils choisissent de ne pas enfanter par conviction écologique ou par individualisme, les non-parents sont tout sauf des intégristes. “Je n’avais jamais entendu parler des Child free, confesse Manuel Alfonso - un Espagnol de 55 ans qui refuse de procréer parce que “faire des enfants, c’est amener des esclaves au L’adoption, monde” - “je n’avais jamais enparler non plus de la théorie seule manière de tendu dénataliste.” me rendre utile” La plupart des non-parents n’ont pas le sentiment de faire un choix : “Tu ne le décides pas de manière rationnelle… Tout ça résulte d’un ensemble de circonstances souvent imprévues”, confirme Maria Teresa. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils ne haïssent pas les enfants ! “Je ne veux pas qu’il n’y ait plus d’enfants sur Terre. Au contraire, j’aime les enfants. Je revendique simplement “le droit au respect” de ne pas en avoir, au même titre que moi j’aime et je respecte les parents.”

Procréer non, adopter oui Finalement, le comportement des non-parents appelle à déplacer la définition de la parentalité :  “Comme on dit en Espagne, “el roce hace el cariño” (ndlr : “la caresse entraîne l’affection”). Je n’ai jamais partagé le désir de certains de mes conjoints d’avoir un enfant biologique, déclare Mélanie Terrier, rappelant une étude de Philosophie magazine soulignant que les motivations des parents à se reproduire provenaient toujours de l’égo ou de l’idée de sa propre perpétuité. Le fait est que j’aimerais un jour avoir une famille avec des enfants, mais ce que je refuse c’est d’amener des enfants supplémentaires sur Terre.” La solution envisagée par Mélanie, Maria Teresa et tant d’autres, c’est l’adoption :  “Ce serait la seule manière d’apporter quelque chose à quelqu’un, de me rendre utile, de donner de l’amour et un foyer à un enfant qui était seul sur Terre”, argue Mélanie. En prêtant une oreille attentive à la parole de ces nonparents, mélange de liberté de choix et de responsabilité face aux générations futures, on se dit que les Espagnols comme les autres pourraient bientôt raisonner à l’image de Mélanie Tarrier :  “Le plus cohérent aujourd’hui ne devrait plus être de demander aux gens pourquoi ils ne veulent pas d’enfants, mais plutôt pourquoi ils veulent en avoir.” Emmanuel Haddad

Pour aller plus loin : - Le blog de Magenta Maribeau : http://mamannonmerci.blogspot. com/ - Michel Tarrier, Faire des enfants tue. Éloge de la dénatalité, Éditions du Temps, 2008. - Corinne Maier - No Kid, Quarante raisons de ne pas avoir d’enfant, 2007 (traduction en espagnol et en catalan). www.corinnemaier.info/

Trois questions sur les Child free à Eulàlia Torras, présidente d’Alba lactancia materna : “C’est une décision tout à fait respectable” En tant que présidente d’une association de mères qui souhaitent allaiter leurs enfants, que pensez-vous des individus Child free ? C’est une décision qui me semble tout à fait respectable. A Alba, nous défendons le droit de chaque femme de disposer librement de son corps. Et bien qu’entourée de mères et moi-même mère, je me suis posée la question pendant pas mal d’années avant d’avoir un enfant et je ne l’ai fait que parce que j’en avais envie. Certains individus militent contre la natalité pour des raisons écologiques. Vous le comprenez ? Ça me fait penser aux livres de science-fiction que l’on trouvait dans les années 1990. L’avenir de la planète était dépeint, à cause de la surpopulation, comme noir et apocalyptique. On est en 2010 et rien de tout ça ne s’est produit. Je doute que les

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mères aient ce genre de réflexion quand elles décident d’enfanter et j’ignorais que l’on pouvait adapter son comportement selon ces considérations. Pour ma part, étant incapable de prédire l’avenir, je ne prends pas part à ces spéculations… On verra dans dix ans s’ils avaient raison ! Quels services procure Alba lactancia materna à Barcelone ? Depuis 1992, nous accueillons les jeunes mères qui souhaitent allaiter leur(s) enfant(s). Elles reçoivent aide et conseils lors de réunions de groupe hebdomadaires. Nous ne nous arrêtons pas sur les motivations personnelles de chacune. Aujourd’hui, Alba reçoit plus de 1.000 consultations. Nous répondons aussi aux demandes de conseils par téléphone et sur le forum de notre site internet www.albalactanciamaterna.org  propos recueillis par emmanuel Haddad


Le désir d’enfant :

le cas de la reproduction assistée Alors que certains couples hétérosexuels ne veulent pas avoir d’enfants, d’autres, malgré les difficultés telles que le célibat ou l’homoparentalité, désirent en avoir grâce à la reproduction assistée, favorisée par le cadre législatif espagnol. Michèle Rodriguez, PsychanalystePsychothérapeute, explique cette technique et ce qu’elle implique.

L

Les femmes célibataires quadragénaires Parmi les candidates, il s’agit parfois de femmes hétérosexuelles seules ayant dépassé la quarantaine qui souhaitent devenir mères. Les dons de gamètes mâles et femelles permettent, au-delà de l’acte sexuel, de porter un enfant, fruit de ces dons. Que l’enfant soit conçu par des gamètes mâle et femelle provenant d’un don, n’est pas un cas extrême. Au contraire. Au-delà de 40 ans, les Centres de Reproduction Assistée conseillent fortement d’utiliser des ovules de donneuses qui sont des femmes jeunes, ce qui augmente de 30% le taux de réussite.

Les couples lesbiens et gays Pour les couples lesbiens, on peut utiliser l’ovule d’une des deux femmes qui devient donc donneuse. Des hommes gays peuvent aussi devenir pères en donnant leur sperme qui servira à féconder une femme de leur choix. La sexualité aujourd’hui est, de par ces techniques, dissociée de la parentalité dans ces cas-là. Il se trouve donc même qu’une femme n’ayant jamais eu de rapport sexuel, donc vierge, donne naissance à un enfant. Ces situations semblent rocambolesques mais elles sont devenues relativement courantes. Il s’agira d’enfants conçus en dehors des rapports sexuels, issus d’un désir exclusif de parentalité.

Etre parent : à chacun sa réponse Comment parlera-t-on à ces enfants de leur Histoire ? Que sauront-ils de leurs origines ? Quelles informations donne-t-on aux parents à propos des donneurs ? Faut-il tout dire à l’enfant ? A l’entourage ? “Aujourd’hui il y a une Les femmes et les hommes qui sont multitude de modalités confrontés à ces situations se posent de multiples questions, non sans angoisses, parentales souvent provoquées par une certaine culpabilité, la peur de l’inconnu ou de la pression sociale et familiale. Ce que la pratique de la psychanalyse nous enseigne, c’est que souvent, il y a derrière ces situations une certaine souffrance qu’il faut savoir entendre. Ces dernières années, je reçois dans mon cabinet de plus en plus de patients qui se trouvent confrontés à leur désir d’être père ou mère bien que n’étant pas dans les schémas classiques de vie. La rencontre avec un analyste permet de se poser toutes ces questions ou de les faire émerger, et ainsi de se construire et de se projeter en tant que parent, chacun à partir de son désir et selon sa propre histoire. Aujourd’hui, il y a une multitude de modalités parentales, et il convient de ne pas prendre position en fonction d’un moule établi mais d’écouter chacun dans ce qu’il a à dire de Michèle Rodriguez sa position. PsychanalysteIl n’y a pas de recette, chacun devra trouver ses Psychothérapeute propres réponses, et nous devons écouter au cas Educatrice Spécialisée par cas ces sujets qui, face à ces avancées méPlaça llibertat, 4, pral dicales et aux possibilités qu’elles offrent, peuvent 08012 Barcelona traverser ces nouvelles portes ouvertes qui mènent Tél. 933 68 62 29 à des situations encore peu explorées. Toutes simichele.r.astuguevieille@ tuations parentales a des effets sur les parents et hotmail.com sur les enfants. Il faut donc donner une place et une Reçoit adultes, écoute à part entière à ce qui aujourd’hui est une adolescents, enfants. réalité dans la construction de ces nouvelles situations. Michèle Rodriguez

e paradoxe espagnol : le pays est réputé pour son lourd passé conservateur et catholique, pourtant, l’Espagne s’avère être à la pointe sur l’accès à la technique de reproduction assistée. La loi de 1988 élargie en 2006 a suivi l’évolution de la société et s’est adaptée aux situations nouvelles ouvertes par cette technique. Du coup, les cliniques et hôpitaux de Barcelone accueillent de nombreuses femmes en provenance des pays européens dont la législation limite ce genre de pratiques, comme la France. Les femmes hétérosexuelles seules ainsi que les couples gays ou lesbiens parmi d’autres cas de figure, n’y ont pas accès. Ce sont surtout ces trois catégories qui sont les plus nombreuses parmi les demandeurs à Barcelone. Ainsi, les cliniques et hôpitaux qui reçoivent ces femmes sont équipés d’un système d’accueil très performant ainsi que de traducteurs qui accompagnent les demandeurs tout au long de leur périple.

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que justice soit faite !

Assistance juridique gratuite en Espagne et en Europe Maître Maria E. Pontigo Drabs, avocate francophone au barreau de Barcelone répond à vos questions. Pour ce numéro de Rézo, elle traite des recours pour faire valoir ses droits gratuitement.

L

e droit à la justice est un droit reconnu par la Constitution espagnole mais également par les règlements européens, de sorte que tout résident européen y a droit s’il se trouve dans une situation financière difficile.

Maître Maria E. Pontigo Drabs, avocate francophone au barreau de Barcelone

J’ai reçu une réclamation judiciaire pour dette non payée, ma situation financière ne me permet pas de me payer un avocat. Comment puisje me défendre ? Etant donné les brefs délais légaux existants pour présenter votre défense, rendez-vous le plus vite possible auprès du service SERTRA du barreau des avocats de votre localité et sollicitez la justice gratuite. Les conditions économiques pour y accéder sont prévues pour un plafond de rentes familiales totales de 1.065,02 € pour 2010. Sous certaines conditions ce plafond peut s’élever jusqu’à 2.130,04 € par foyer. Le fait d’être propriétaire ne vous épargnant pas de soucis économiques, l’accès à la justice gratuite n’est pas conditionnée par cet aspect particulier. La justice gratuite sollicitée, les délais de défense sont paralysés jusqu’à ce qu’un avocat commis d’office et un avoué vous soient nommés. Dès lors, il est conseillé de contacter l’avocat dans les meilleurs délais afin qu’il puisse vous défendre au mieux et ce durant toute la durée de la procédure judiciaire. Mon épouse et moi sommes séparés et elle vit aujourd’hui en France avec mon fils. Ai-je droit à un avocat commis d’office en France si je suis domicilié en Espagne ? Toute personne résidant légalement sur le territoire de l’Union Européenne a accès à la sollicitude de

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la justice gratuite dans l’Etat membre dans lequel il a un intérêt légitime afin de défendre ses droits devant les Tribunaux. En effet, d’une part la justice gratuite est un droit européen, qui se demande auprès du barreau de la localité du pays où vous prétendez vous défendre, tant devant une procédure existante à votre encontre que pour initier vous-même une procédure contre une tierce personne et ainsi faire valoir vos droits. D’autre part, les plafonds et autres conditions économiques requis pour ladite sollicitude de justice gratuite sont soumis à la législation locale. Ainsi, vous devez vous diriger auprès du barreau des avocats français de la localité où résident votre épouse et votre fils et y demander ce service dans le respect maria e. pontigo drabs de la loi française. Attention : Un avocat commis d’office est un avocat imposé, il n’implique pas nécessairement un accès à la justice gratuite, qui elle, doit être sollicitée. L’avocat peut-être imposé soit parce que vous demandez ce service, soit parce que vous renoncez au choix de votre avocat dans une procédure pénale. Mais si la justice gratuite ne vous a pas été autorisée, l’avocat commis d’office n’est pas gratuit et vous lui serez redevable des honoraires applicables pour la défense et représentation.

Dans notre prochain numéro… Si vous souhaitez que Maître Maria E. Pontigo Drabs traite un sujet en particulier sur lequel vous avez besoin de conseils d’un spécialiste, vous pouvez nous faire parvenir vos suggestions ou interrogations à info.rezomag@gmail.com Reconnue comme l’avocate des francophones en Espagne, elle se fera un plaisir d’aborder les thèmes proposés en répondant au plus juste à vos préoccupations. Participez à Rézo Mag !


Paris - Cannes - London – Rome Geneva - Moscow - New York - Dubai Janvier/Février 2011 • Rézo • 23

www.zilli.fr

THE FINEST GARMENT FOR MEN IN THE WORLD


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dossier

Le ceBonheur n’est pas que vous croyez

Rebellez-vous, soyez heureux ! Malmené, usurpé, détourné, le bonheur est une manière d’être, loin des clichés médiocres qui lui sont infligés. Rézo a essayé de comprendre ce qu’être heureux veut dire. Une notion bien plus subversive qu’elle n’en a l’air…

E

t si le bonheur était un concept révolutionnaire ? Le bonheur, le vrai, l’authentique, l’intense. Pas le bonheur vendu dans les kits de vacances, les gorgées de coca-cola, les assurance-vie, ou dans les bocaux de pâte à tartiner. Pas non plus le bonheur des sourires Colgate sur les photos de Facebook. Encore moins la très agaçante expression “Que du bonheur ! », prononcée régulièrement dans les prime time de TF1. Non, pas celui-là. Mais plutôt le bonheur subversif. Celui que l’on “fuit (à tort) de peur qu’il ne se sauve”, celui qui ne cherche pas à tout prix la normalité. Celui qui se moque des mascarades sociales. Celui qui se fout d’être fou. Celui qui ressemble à cette fameuse humeur de champagne, expression si chère à Vincent Cespedes, philosophe et auteur de Magique étude du bonheur. Celui surtout qui s’expérimente au contact de l’autre. Mais, c’est quoi exactement le bonheur ? Peut-on le mesurer ? C’est quand le bonheur ? Tout le monde court après et peine pourtant à le définir… Enquête.

Quand la révolution prend forme En apparence intemporel, le bonheur semble être une idée neuve, un courant émergent dans un contexte d’une société mondialisée et pourtant individualisée et consumériste. Le bonheur de l’homme redevient d’ailleurs une question politique. Et si c’était ça le progrès ?

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Le Bhoutan, précurseur du BIB Le Bo n h e u r Inté r i e u r Br ut a été en réalité préconisé par le roi du Bhoutan, Jigme Singye Wangchuck en 1972. Son but étant de bâtir une économie qui servirait la culture du Bhoutan basée sur des valeurs spirituelles bouddhistes.

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i le concept philosophique du bonheur s’avère complexe, en tout cas son idée a le vent en poupe en ces temps de crise. Chez les journalistes d’abord… Ainsi, le 17 décembre dernier, le quotidien Le Soir, de Belgique, diffusait sur son site un webdocumentaire intitulé “Le bonheur brut” réalisé par un journaliste indépendant, Arnaud Grégoire. “Une première pour un média d’information en Belgique francophone”. Chez les politiques ensuite, qui se piquent même de vouloir l’évaluer… Quelques jours avant la diffusion du webdocumentaire belge, le Guardian annonçait que le premier ministre britannique, David Cameron, s’apprêtait à entamer une vaste étude sur le Bonheur Intérieur Brut des Anglais. Celle-ci devrait être intégrée dès le printemps prochain au sondage traditionnel réalisé par l’Office national des statistiques. Le but : mesurer le bien-être et le sentiment de satisfaction des citoyens, comme alternative aux indicateurs de croissance… En 2008, Nicolas Sarkozy s’était lui aussi penché sur le bonheur de ses concitoyens, en commandant le rapport Stiglitz.

L’économie du Bonheur En attendant, le bonheur finit par devenir une véritable science -on parle désormais d’économie du bonheur- il se conjugue aussi avec le monde de l’entreprise, les politiques publiques…Une révolution qui prend forme au point que La New Economics Foundation (Fondation pour les nouvelles économies), un think tank britannique, a réalisé un Happy Planet Index (HPI), rapporte le site de Terra Eco. Les critères ? L’espérance de vie, la satisfaction personnelle et l’empreinte écologique. N’en déplaise à David Cameron et Nicolas Sarkozy, les vainqueurs de ce classement sont les pays nordiques, la Suisse, l’Autriche et la Slovénie. Quant à l’Angleterre, elle arrive à la 21e place sur 30 pays étudiés derrière la France et l’Allemagne !

Un phénomène littéraire Mais le bonheur n’intéresse pas seulement les politiques et les journalistiques, il fait son retour dans la littérature et chez les penseurs depuis quelques années. Ce n’est pas anodin, si Vincent Cespedes, qui figure parmi “la jeune garde” dans un classement effectué par Le Nouvel Observateur sur les


© luciano insua - Stylisme : Adèle cany • Vestido Antik Batik, Cuello Teresa Helbig, pendiente & collares Stylist Own.

Le malheur naît de l’ignorance, qui conduit à l’attachement égocentrique, au désir et à la haine et, finalement, à la souffrance.”

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dossier

“50 stars de la pensée”, ainsi que parmi les neuf portraits d’”intellectuels du XXIe siècle” faits par Le Journal du dimanche, se soit, lui aussi, intéressé à la question, avec son livre Magique étude du Bonheur (voir notre article page suivante). Enfin, on ne compte plus les ouvrages sur le sujet : Vivre Heureux du psychologue Christophe André, Les gens heureux ne s’inquiètent pas de savoir si c’est vrai, ils se racontent de belles histoires, d’Yves Alexandre Thalman… Quant à Roger Pol-Droit, philosophe spécialiste des sagesses antiques, il invite à redécouvrir les enseignements des ancêtres, dans son ouvrage Vivre aujourd’hui avec Socrate Epicure, Sénèque et tous les autres, ou encore

Tal Ben-Shahar avec son livre L’apprentissage du bonheur, principe, préceptes et rituels pour être heureux, pour ne citer que ces exemples… Cependant, le phénomène littéraire est tel que des amalgames finissent par avoir lieu entre les ouvrages servant la pensée et les livres de recettes empêchant justement la spontanéité, et donc le bonheur en tant que tel. Le philosophe Pascal Bruckner finit même, lui, par dénoncer ce devoir pesant d’être heureux à tout prix, dans son livre L’euphorie perpétuelle. S’il ne faut pas avoir peur du bonheur, (ndlr : être heureux ne tue pas ! ) en revanche, trop de recettes du bonheur tue… le bonheur. valérie zoydo

La prêtresse coréenne du bonheur… se suicide !

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ela ne pourrait être qu’un simple fait divers en Corée du Sud, là où la première cause de décès chez les personnes de 20 à 40 ans est le suicide. Seulement voilà : c’est bien la prêtresse du bonheur et son mari qui se sont pendus le 8 octobre dernier dans une chambre de motel au nord de Séoul. Choi YoonHee, 63 ans, était l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur le bonheur et… l’espoir ! Celle qui a remonté le moral de ses concitoyens n’a pas réussi à appliquer ses propres conseils… Dans une lettre, elle explique que depuis deux ans, elle vivait des moments difficiles, souffrant des poumons et du cœur. Cette nouvelle n’a finalement pas été vraiment commentée dans le pays. Mais il a suffit d’une dépêche du Korea Herald pour qu’elle soit reprise partout dans le monde. L’événement n’a bien sûr pas laissé indifférente la blogosphère qui n’a pas manqué de commenter “l’inutilité” des livres de développement personnel. Comme l’auteur d’un blog espagnol qui expose son avis sur les dégâts que peuvent causer ce genre nouveau. “Au fond, les livres de développement personnel font plus de mal que ce que leurs propres auteurs voudraient être disposés à admettre”, médite-il. Et il conclut son dégoût par cette phrase “La pauvre Yoon-Hee a trouvé à l’ombre de ce grand bonheur dont rêvaient ses lecteurs, des raisons pour se suicider”. Quant à son œuvre, et bien disons qu’il n’en reste plus grand-chose. Marjorie Grassler

Le

bonheur c’est quoi pour vous ?

Rezo a interviewé cinq profils différents au sujet de leur conception du bonheur. Tous ont en commun dans leur définition le lien à l’autre. Témoignages.

Cristian Oliva Saenz, 35 ans, espagnol, photographe “Pour moi, le bonheur, c’est la liberté, l’harmonie, l’authenticité et l’amour au sens large”.

Alexandra Garcia, 37 ans, française, diététicienne “Ce qui me rend heureuse, ce sont les autres, être connectée avec mes proches. C’est d’ailleurs pour ça que je raffole du I-phone, Wassap et autres Facebook !”

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Le

bonheur c’est les autres

Dans une société qui prône l’individualisme, la compétition, le chacun pour soi, la véritable révolution, c’est d’affirmer que le bonheur, c’est les autres ! C’est la philosophie que propose le penseur en vogue Vincent Cespedes. Explications de ses préceptes.

L’

art de l’autre, c’est ce que prône Vincent Cespedes, auteur de Magique étude du bonheur. Pour lui, savoir jouer de l’onde de charme, -c’est à dire cette capacité à rire de la vie, à s’abandonner à l’autre, à lui communiquer sa gourmandise de vivre et son plaisir d’être soi- est garant d’une capacité au bonheur. Car lorsqu’on a la chance d’irradier de l’onde de charme, le bonheur devient contagieux. “Parce qu’il me rend charmant, mon bonheur attire l’autre”, explique à Rézo, Vincent Cespedes. Seul problème, selon lui, la société de consommation endiguerait cette contagion. Car l’onde de charme est subversive, spontanée, elle libère, autorise cette insolence d’être et de devenir soi. “Le bonheur anormalise, comme lorsqu’on chante alors que tout le monde ferme sa gueule ! Le bonheur nous rend spéciaux, fous, subversifs. Il cultive l’authenticité et refuse la mascarade sociale. C’est le diablotin qui sort joyeusement de la boite”, s’enthousiasme Vincent Cespedes.

L’ivresse d’être soi se partage au contact des autres Or justement, la société vend de la normalité. Elle

l’impose. Elle conditionne. Craint la folie. ModeVincent Cespedes lée par ce que Vincent Cespedes appelle le bonheurisme, “le bonheur privé, esseulant”, la société constituerait alors, selon le philosophe une sérieuse entrave à notre propension à être heureux. Car celle-ci propose Matthieu Ricard, l’homme le plus un bonheur qui a un prix et qui heureux du monde est même une marque dépoUn journaliste de l’Independant l’avait qualifié sée. Mais ce bonheur-là n’a pas d’homme plus heureux du monde, et depuis d’odeur, ni d’aspérité. Aucune cette étiquette lui colle à la peau. Matthieu Rionde sensuelle. Et en citant Baucard, moine bouddhiste, ancien biochimiste drillard, Vincent Cespedes va chez Pasteur, est en tout cas un homme jusqu’à accuser les bonheuristes écouté dans le monde entier pour ses leçons d’exterminer le bonheur. “Ces de sagesse sur le bonheur. Pour lui, “c’est gens qui veulent être normaux, une manière d’être, fondée sur la liberté inne veulent surtout pas être heutérieure, la force d’âme, l’amour altruiste et reux, car ils ont peur de remanier la sagesse qui donne les ressources nécesleur identité”. saires pour faire face aux hauts et aux bas de Or notre identité, cette ivresse l’existence”, écrit-il sur son blog. A l’inverse, d’être soi-même ne peut se parle malheur “naît de l’ignorance, qui conduit à tager qu’avec d’autres. Et dans l’attachement égocentrique, au désir et à la ce partage, ce mélange, l’autre haine et, finalement, à la souffrance”. “devient une usine à fabriquer de l’amour”. Ce complice, “entre

© photos luciano insua - stylisme adèle cany

Ramiro Ochova Gamble, 32 ans, argentin, directeur de la société Scouting BCN “Ce qui me rend heureux, c’est de transmettre des valeurs à mon fils, de partager, d’aider les autres et de vivre des moments uniques. Cela me permet d’évoluer en permanence”.

Tanja Lederer, 25 ans, Allemande, mannequin “Pour moi le bonheur c’est essentiellement avoir du temps pour voir ma famille et mes amis. En revanche, mon petit plaisir, c’est mon addiction aux chaussures !”.

Frank Diaz, 39 ans, espagnol, chanteur, ancienne vedette du Groupe espagnol Parchis, des années 80 “Pour moi, le bonheur, c’est d’être sur scène, et donner à ressentir aux gens des émotions à travers ma musique”.

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dossier

Les marques, marchandes de “bonheur” Le marketing vend du rêve et usurpe souvent la notion de bonheur dans ses discours. C’est ainsi, qu’en Espagne, par exemple, la marque Happy Pills, vend littéralement des pilules de bonheur, qui ne sont autre que des bonbons ! Voici quelques exemples de slogans de marques qui ont fait du bonheur leur A.D.N. : Club Med : “Créateur de bonheur depuis 1950”, “Club Med : bonheurs tout compris”, “Tous les bonheurs du monde” Coca-Cola : “Ouvre un Coca-Cola, ouvre du bonheur” Nutella : “Chaque jour c’est du bonheur à tartiner” Babybel : “Babybel, 360° de bonheur” Castorama : “Partenaire du bonheur : chez Casto, ya tout ce qu’il faut” MMA : “Zéro tracas, zéro blabas, MMA, c’est le bonheur assuré” Président : “Le bonheur est dans le beurre”.

dans nos plis intimes, nous met dans une sorte d’ébullition”. C’est alors que notre identité selon le philosophe, évolue en permanence, s’enrichit, déborde dans une coproduction bienveillante et une spontanéité créatrice, pour terminer, au final, dans une “partouze existencielle !”, s’amuse Vincent Cespedes.

Tout devient aliment Ainsi, ce bonheur -qui ne doit pas être confondu

avec un sourire béat, ni le plaisir en soit-, se nourrit des autres et de l’environnement. Tout, absolument tout, devient aliment. Les émotions, l’imprévu, les peines, les imperfections, les deuils, la maladie, la déception. “C’est une chance d’être déçu, car la blessure montre qu’on a été capable de s’abandonner à l’autre”, insiste Vincent Cespedes. La vie, transformée en une soif de l’autre, (“Je veux me saouler de printemps” écrivait Barbara…) en une curiosité permanente, une “mélodie improvisée”, une danse, une “joie de l’aléatoire” s’écrit comme un roman. Au gré des rencontres des autres, tout devient alors possible. Et le philosophe de conclure : “La vie est une aventure, pas un plan de carrière !”. Valérie Zoydo Magique étude du bonheur, de Vincent Cespedes est publié chez Larousse (238 pages, 17€).

rient

“Les gens ne pas assez”

De plus en plus de personnes consultent un coach. Qu’enseignent-ils ? Frédéric Adida travaille la connaissance de soi, la confiance en soi, la cohérence des projets. Interview. En tant que coach, quelle est votre définition des gens heureux ? Frédéric Adida : Je parle plutôt d’émotions positives. Car les gens heureux savent d’abord maîtriser leurs émotions. Ils ont compris que ce sont elles qui déterminent la qualité de leurs expériences, rien de plus. Ils ont aussi la capacité de gérer aussi les émotions d’autrui. Les gens heureux ont des rêves qu’ils vont poursuivre coûte que coûte. Ils vont arrêter d’avoir des peurs qui sont souvent alimentées par leur mental. Pour eux, la vie est le moment de tout oser. Ils savent qui ils sont et où ils veulent aller et ont la capacité de changer leur approche en fonction de l’environnement. Frédéric Adida

Frédéric Adida Coach spécialisé en carrière et en management. Président de Assaté www.assate.com fredericadida@yahoo.fr

Trouvez-vous que la pub a usurpé cette notion ? F. A.: La publicité peut quelquefois exagérer ou mentir, mais pas tout le temps. Elle peut nous apprendre beaucoup sur l’état actuel de la société de consommation ou sur nos besoins. La marque Nike, par exemple, prône le Just Do It, elle incarne la peur de rater sa vie. C’est la théorie de l’épanouissement personnel très américain. “Bats toi contre toi-même, Eteins ta télé et fais le tour du pâté de maison en courant”. Cette idée publicitaire est une révolution en soi. Une des premières annonces de Nike se termine par : “Après tout, vous n’avez rien à perdre, vous n’avez qu’une vie”. C’est la phrase de Bob Dylan en 1966 dans sa chanson Like a Rolling Stone, “When you got nothing, you got nothing to lose”. Cela revient à l’idée de “Call her”, appelle-la ! Ces filles qu’on n’ose pas rappeler par peur de se prendre un râteau ! Autre définition du bonheur avec la marque Levi’s : c’est le rock, l’adolescence éternelle. Ne notez-vous cependant pas un cer tain

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désespoir chez vos clients ? F. A.: Non, les gens que je coache veulent seulement créer une rupture, un changement et être accompagnés pendant cette phase. Ils doivent se reconnecter avec leurs racines profondes pour pouvoir grandir. Ils doivent apprendre à ouvrir pour recevoir. Que viennent-ils chercher en vous consultant ? Quels sont leurs besoins ? F. A.: Les gens qui se font coacher veulent vivre leur existence, pas la consumer. Ils ont besoin de mouvement et d’échanges. Ils veulent apprendre à se dominer pour éviter l’envie et la jalousie. Ils rêvent de projets à long terme. Ce qu’ils veulent accomplir se résume en quelque chose de construit, nouveau, intelligent et drôle. Les gens ne rient pas assez. N’y a-t-il pas un risque d’une forme de “dictature” du bien-être ? F. A.: Oui c’est le fameux “devoir de bonheur”. Si la dictature du bonheur existe, les personnes peuvent s’extraire du formatage, des idées préconçues et de la forme de bonheur que le monde voudrait leur imposer. Le bonheur n’est accessible qu’aux personnes qui apprennent à désirer ce qui est à leur portée et qui acceptent ce qui leur arrive. Pouvez-vous citer des personnalités qui soient pour vous des modèles de bonheur ? F. A.: Ce sont principalement des philosophes : Alain, Marc Aurèle, Sénèque, Kant… En résumé, en un mot, le bonheur c’est quoi ? F. A.: Le bonheur, c’est une création collective… c’est se satisfaire des joies simples de la vie …ou alors… c’est l’absence de conflit en soi. Propos recueillis par Valérie Zoydo


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Tout devient aliment. Les émotions, l’imprévu, les peines, les imperfections, les deuils, la maladie, la déception. Le bonheur se nourrit des autres et de l’environnement.”

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reportage photos

Que reste-t-il des utopies ? Lorsque l’Occident découvre le “Nouveau Monde”, il entrevoit la possibilité d’y construire des cités idéales. Que reste-t-il de ces villages-hôpitaux construits dans la province de Michoacán, au Mexique au XVIe siècle et inspirés de l’utopie de Thomas More ? Rézo vous emmène sur ces terres oubliées. Reportage.

C

inq cent ans se sont écoulés depuis la création de ces villages utopiques imaginés par les humanistes occidentaux… En revenant sur ces terres d’Amérique latine, jadis appelée le Nouveau Monde par l’Europe, le fossé parait grand avec la vision de l’actuel Occident. Quel est l’héritage légué par ces utopies de la renaissance, tant dans leurs organisations sociales, que dans leur architecture et leurs coutumes ? Quel apprentissage pouvons-nous en tirer ? Angahuán, Cocucho, Tzintzuntzán… Au vu de la situation géographique de ces villages, très peu d’étrangers foulent ces terres situées dans une Biographie grande vallée volcanique (appelée Andrés Arias Fuentes né en 1981 à meseta Purépecha). Ce qui permet México D.F. est architecte et photoaujourd´hui de pouvoir apprécier graphe à Barcelone. Il a réalisé des traleur héritage. Leur isolement les a vaux de photographie et d´architecture déconnectés de l’évolution de la soen Espagne, Angleterre et au Mexique : la ciété post-industrielle. présente série de photos a fait partie de Les photos sont des regards la 8e Muestra de documentaires et phosimples qui, en se servant de la tographies d´Amérique Latine et fut exréalité immédiate composent une posée en Espagne, au Chilie et en Bolivie. scène dotée d’une esthétique, mêIl a également fait partie de la Biennale lant des couleurs, des textures et de photographie mexicaine Fotosepdes espaces que ces peuples sont tiembre 09. Son œuvre de photographe capables de continuer de produire et d´architecte a été publiée et primée et de conserver. Les photos ont été dans différents medias. Actuellement, il prises durant les célébrations de est architecte et photographe pour a+ l’Ascension de la Vierge : ce sont www.a-mas.com, duquel il est membre des temps de fête, de communion fondateur. Il actualise régulièrement sociale, où les gens habillés pour son site personnel de photographies l’occasion, sortent dans les rues www.flickr.com/photos/andresandres. pour l’un des jours les plus importants de leur calendrier.

La culture Purépecha

Au XVIe siècle, c’était la culture Purépecha qui dominait cette zone… Alors qu’elle avait résisté à la poussée de l’empire mexicain (aztèque) durant l’époque précoloniale, une épidémie de variole a changé la donne. Totalement dévastée et destructurée, elle a laissé place progressivement à une nouvelle culture métisse. Un contexte qui permet d’impulser le développement : c’est ainsi que Vasco de Quiroga dirige la refondation de ces villages et leurs communautés. Utilisant les concepts humanistes de l’Utopie comme son tracé urbain de la Renaissance typiquement géométrique, son système politique et sociale et son contrôle du travail. a. A. F.

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Mais pour comprendre le fonctionnement de ce peuple, simple, sans histoires et qui semble vivre hors du temps, il est important d’en comprendre ses origines utopiques.

L’utopie de Thomas More en Amérique latine C’est en 1516 que le mot utopie est créé par Thomas More avec la publication de son livre Utopia (du grec : lieu meilleur et/ou pas de lieu). Se servant des nouvelles possibilités techniques et des idées humanistes du début de la Renaissance, il décrit dans son livre la ville idéale tant du point de vue politique, social qu’au niveau de l’organisation du travail. Ces idées-là ne peuvent trouver leur application ni à Florence, ni dans les autres villes européennes. Celles-ci ont déjà une structure politique et une forme urbaine établies depuis des siècles… Elles se concrétisent alors dans le fertile terrain de la nouvelle culture métisse qui se forme dans l’actuelle Amérique Latine. Là-bas, pratiquement toutes les villes nouvellement fondées ont un tracé urbain de la Renaissance (voir carte page 32). En revanche, peu d’entre elles appliqueront les idées politiques et sociales… En effet, les petits villages de cette série de photos font partie des rares villes utopiques restées intactes depuis cette période.

L’humanisme de l’espagnol Vasco de Quiroga Si les idées de More ont pu prendre vie en Amérique Latine, c’est entre autres grâce à un personnage de l’élite humaniste espagnole du XVIe siècle, Vasco de Quiroga. Formé à l’université de Valladolid, juriste de la cour royale d´Espagne, à Oran, dans le nord de l’Afrique, il est envoyé par Charles Quint au Mexique pour entreprendre un voyage d’études et d’inspections dans le Michoacán. Il y découvre la façon inhumaine dont les populations indiennes sont traitées par les Conquistadors. A titre d’exemple, un esclave indien vaut moins cher qu’un chien. A partir de 1531, il commence à préconiser à la juridiction chargée des colonies la protection des Indiens des abus, tortures et autres mises en esclavage en les réunissant dans des villages où leur vie serait réglée par le travail et un bon ordre politique inspiré par la philosophie de Thomas More. En 1535, il écrivit “Información en derecho”,


Cocucho Janvier/Février 2011 • Rézo • 31


reportage photos

Angahuán une information juridique en faveur des indigènes.

Les vestiges artistiques et architecturaux

Nommé en 1538 1er évêque de la région, Vasco de Quiroga peut inscrire ses idées de nouvelle société dans la réalité. Il fonde avec ses propres fonds le premier village utopique, situé à Santa Fé (aujourd’hui il s’agit du principal district des bureaux de la ville de Mexico). Puis, le second près de la capitale du Michoacán (à l’ouest de Mexico) quelques années plus tard. Ces villages hôpitaux, ainsi appelés, sont structurés autour d’une Chapelle-hôpital appelée Guatápera. En plus de leurs fonctions respectives, les Chapelles-hôpitaux sont des endroits d’accueil pour les orphelins, les centres d’éducation et le pouvoir. “Ce ne seront pas les grandes agglomérations qu’il avait d’abord proposées, mais la base reste le groupe restreint de familles et l’administration repose sur un système familial et électif. D’autre part, la communauté Autres villes idéales des biens, la journée de travail • New Atlantis. Livre de Francis de six heures, la distribution Bacon XVIIe. des fruits du travail commun • New Lanark, New Harmony. selon le besoin de chacun, le Roberto Owen  XIXe. Etats-Unis. refus du luxe et l’abandon des • Plan Voisin, Paris. Le Corbusier professions inutiles constitueXXe. Non réalisé. ront les vraies règles de la vie • Brasilia. Lucio Costa y Oscar de ces villages hôpitaux”, écrit Niemeyer, XXe. Christian Rudel, dans son oue • Auroville, Inde XXI . vrage Le Mexique.

Dans la région du Michoacán et notamment dans les chapelles, l’architecture est occidentale avec beaucoup de techniques de constructions autochtones, on y trouve beaucoup de décorations et motifs mudéjares (architecture arabe en Espagne). Il y a également des peintures intérieures et des plafonds à caissons datés des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle dont certains des motifs religieux sont abstraits, d’autres, figuratifs. La majeure partie des sculptures religieuses a été pillée. Curieusement, il reste encore quelques pièces de l’époque avec des traits asiatiques. Les sculptures étaient produites aux Philippines et envoyées aux différents lieux de la domination espagnole. A cause de conflits avec le pouvoir, la capitale de Michoacán a déménagé vers une ville avec de nouvelles fondations : Nueva Valladolid, actuellement Morelia. Située à une distance considérable du centre du pays, l’éloignant ainsi de la vie politique et économique. a. A. F.

Cocucho

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Angahuán

Les premiers villages-hôpitaux


Angahuán Janvier/Février 2011 • Rézo • 33


reportage photos

Cocucho D’hier à aujourd’hui : le maintien du lien social

Tzintzuntzan

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Encore aujourd’hui, beaucoup de ces chapelles sont utilisées pour des offices religieux mais également pour la population comme des lieux de réunion sociale. Quant à la variété de métiers que les différents peuples de la communauté Purépecha ont appris, elle est aussi restée intacte. Dans un contexte de mondialisation, d’uniformisation d’une culture de masse, la préservation de ces acquis et de cette identité culturelle Purépecha donne matière à réfléchir sur l’importance du lien social, des rituels et de l’organisation sociale du travail au sein d’une communauté. D’ailleurs, la tendance aujourd’hui est au retour à la communauté, à l’esprit de village et à la culture de proximité, en témoigne l’émergence des “villes en transition”, autosuffisantes et écologiques, à l’image de la ville de Totnes, en Angleterre. Et si les villes-utopies restent par définition des cas isolés, ou difficiles à mettre en place, préservons-les, car elles donnent de l’espoir : sans l’horizon d’un idéal, les combats sociaux n’ont pas d’âme. andrés arias fuentes avec valérie zoydo


Cocucho Janvier/Février 2011 • Rézo • 35


Petit manuel des dîners en ville

n

culture et autres sujets de conversation

Tout le monde en parle

cet hiver

Par ce temps de froid avec son cortège d’écharpes et de manteaux, cette saison invite au pot-au-feu ou coq au vin entre amis. Pour rester au cœur des débats culturels tout en profitant de la chaleur des salons, rien de mieux que le guide tendance concocté par Rézo.

Séries TV n Histoire de redécouvrir l’histoire Les séries télé sont toujours une bonne solution pour bien profiter de ses longues soirées au chaud devant son poste tout en cultivant des sujets de conversation intéressants. Et cela est encore plus vrai quand la série en question est une reconstitution historique ou une série d’époque, un genre sur lequel semblent définitivement parier les chaînes outre-Atlantique. Le filon n’est pas nouveau : des mystères médiévaux Au Nom de la Rose aux interprétations symboliques du Da Vinci Code en passant par le dessin animé pédagogique Il était une fois… l’homme, le genre a toujours très bien fonctionné. La révision de l’histoire a d’ailleurs déjà connu de grands succès avec les sagas Rome (HBO) et Les Tudors (Showtime). n Le succès des Piliers de la Terre

n HBO et Showtime dans le coup

Si Starz a probablement choisi ce créneau pour percer dans l’entertainment yankee, d’autres n’ont pas attendu pour faire de même. C’est le cas de HBO et Showtime, les deux grosses pointures du câble. La première avec la sortie, en mars 2011, de Games of Thrones, sa nouvelle superproduction fantastique dans un royaume aux accents moyenâgeux plein de magiciens, chevaliers et princesses. La seconde avec l’arrivée, plus ou moins simultanée, de The Borgias, une série qui racontera l’histoire mouvementée de la tumultueuse famille italienne et qui vient remplacer The Tudors qui s’est conclue en juin dernier. Si à cela on ajoute d’autres séries d’époque, comme Mad Men, Boardwalk Empire, The Pacific ou Mildred Pierce (qui doit arriver sur HBO), on peut dire que les temps passés ont de beaux jours devant eux. Si vous n’avez jamais rien compris, ou voulu comprendre, à vos classes d’histoire, voilà aurélien le une bonne façon de vous rattraper. génissel

C’est peut-être pour ça que de nombreuses chaînes ont décidé de s’engouffrer dans la brèche. C’est le cas de la petite Starz qui a diffusé cet été la mini-série de huit épisodes Les Piliers de la Terre. Une adaptation du populaire roman de Ken Follett qui arrive ces mois-ci sur les écrans français et espagnols. Et ce n’est pas la première fois. Au début de l’année 2010, Starz avait réussi à se frayer un chemin dans l’abondante programmation américaine avec Spartacus : Blood and Sand, une série de gladiateurs pleine de muscles et de testostérone. Un succès sur lequel elle surfe en lançant, le 21 janvier, une nouvelle version intitulée Spartacus : Goods of The Arena, qui retrace les événements qui se déroulaient avant la série originale.

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Littérature n Anatomie d’un instant : 30 ans de démocratie espagnole Deux images hantent depuis toujours l’imaginaire collectif de la démocratie en Espagne. La première est l’annonce télévisée, devenue quelque peu ridicule avec le temps, de la mort de Franco le 20 novembre 1975. La seconde est le fameux coup d’Etat du 23 février 1981 au Congrès des Députés. Tout le monde connaît cette séquence où l’on voit le lieutenant-colonel Antonio Tejero entrer dans l’hémicycle parlementaire et crier, un pistolet à la main, “Quietos, todo el mundo al suelo”. Pour beaucoup, c’est lors de ce 23-F, comme on l’appelle depuis, qu’est vraiment née la démocratie en Espagne. n 30 ans de démocratie Cette année, l’Espagne fête les 30 ans de ces événements. Tr o i s d é c e n n i e s p e n d a n t lesquelles le pays est entré dans l’Union européenne, a connu l’alternance politique, la croissance économique, le 11-M ou l’explosion de la bulle

immobilière. Autant de progrès et de difficultés, propres à n’importe quelle démocratie, qui n’auraient pas été possibles si le coup d’Etat n’avait pas échoué. L’occasion de revenir un peu en arrière et de se pencher sur cette naissance conflictuelle de la liberté politique espagnole. Et pour cela, rien de mieux que de se plonger dans Anatomía de un instante, le dernier roman de Javier Cercas qui vient d’être traduit en français par Acte Sud (Anatomie d’un instant, même si l’on conseille évidement la version originale). Comme son nom l’indique, ce volumineux et encyclopédique récit documentaire retrace avec d’infinis détails et de multiples anecdotes la façon dont se sont déroulées les choses. Un livre passionnant et érudit qui révèle tous les secrets cachés de cet “instant” qui aurait pu faire basculer le destin de tout un pays. Cercas parle évidement de

ces trois fameux députés qui n’obéirent pas aux ordres de Tejero (Adolfo Suarez, Manuel Gutiérrez Mellado et Santiago Carrillo) et du rôle primordial, mais quelque fois ambigü, du roi Juan Carlos en faveur de la démocratie. Mais, au-delà de sa minutieuse analyse du 23-F, l’auteur brode surtout une profonde réflexion sur la démocratie, la dictature et le pouvoir politique en général. n Premio Nacional de Narrativa 2010 Un document dense et presque académique qui a reçu le Premio Nacional de Narrativa 2010 et qui s’éloigne du style proche et aérien des anciens romans de l’auteur, surtout le magnifique Les soldats de Salamine. Un léger hermétisme qui demande une certaine exigence au lecteur qui veut comprendre ce qu’a été le 23-F pour l’histoire de l’Espagne. Pourtant il ne faut pas baisser les bras face à cette œuvre ambitieuse et magnifique car, au final, le jeu en vaut la chandelle.

Expos n Art et télévision En Espagne, il existe un surnom pour la télévision : la “caja tonta”. Une réputation de média creux, superficiel et médiocre qui se comprend si l’on regarde les concours de téléréalité et les programmes del corazón qui ont envahi nos écrans ces dernières années. Mais n’oublions pas que la culture peut aussi avoir sa place à la télé comme le démontrent des émissions mythiques telles qu’Apostrophes ou Cinéma, de notre temps. C’est ce qu’a voulu rappeler le MACBA, dans son exposition Esteu a punt per a la televisió ?, en montrant le rapport que peut entretenir l’art avec la pensée en général, quand celle-ci quitte l’espace institutionnalisé du musée pour atterrir sur les plateaux télé. n Godard, Fellini, Debord… Un parcours titanesque, encyclopédique et foisonnant dans lequel le centre met à la disposition du spectateur une infinité d’archives, interviews, émissions de vulgarisation et débats intellectuels en tous genres. En flânant dans la salle monumentale, sorte d’énorme cinéma où cohabitent plusieurs écrans de projection, on rencontre Jean-Luc Godard, et ses abscondes analyses, Federico Fellini, et ses interprétations jubilatoires, Guy Debord, et ses critiques poétiques, et bien sûr l’incontournable Bernard Pivot. Sans oublier tous ces artistes, comme Andy Warhol ou Richard Serra, qui ont largement utilisé la télévision pour communiquer sur leurs activités créatrices. n L’effet de l’art à la télé L’exposition est divisée en dix parties qui abordent chacune, avec leur espace indépendant, un aspect de cette relation complexe mais féconde entre la pensée et la télévision. Que ce soit d’un point de vue politique (Place/Presentation/Public : Televisió i Política), humoristique (El Bromista Insaciable), phi-

losophique (El Matrimoni Grecollatí : Visió de llarg abast) ou novateur (L’impacte de la novetat), l’idée de l’exposition est d’analyser la place, le rôle et l’effet que peut avoir l’art ou la philosophie quand elle passe à la télé ainsi que l’intérêt et les possibilités que peut avoir cette dernière à se rapprocher du domaine artistique. Emissions de vulgarisation, débats passionnés et subtils, nouveaux formats, esthétique novatrice, nombreuses sont les problématiques abordées par cette exposition dense. n Culture élitiste versus culture de masse Un rapprochement pour le moins risqué si l’on pense que la télévision a été créée pour être accessible à tous tandis que l’art ou la philosophie ont pour fonction idéale d’être en avance sur leur temps, souvent grâce à une minorité de précurseurs. C’est l’éternel débat entre une vulgarisation de la pensée qui s’avilit en passant par le petit écran et une diffusion nécessaire de la connaissance pour cultiver le grand public. On ne tranchera pas ici cet épineux débat. Mais à découvrir tous les documents qu’Esteu a punt per a la televisió ? expose, on se dit qu’il y a ou il devrait y avoir une place pour la culture dans la programmation audiovisuelle. Et on se dit aussi qu’historiquement la France en a été capable. Il suffit de voir la quantité de matériel issu des médias français que l’exposition utilise, de Lectures pour tous de Pierre Dumayet à Un certain regard. La logique du vivant de François Jacob en passant par L’Abécédaire de Gilles Deleuze. Autant d’émissions passionnantes et d’espaces intellectuels qui prouvent bien que la télévision n’est pas obligée d’être cette fameuse “caja tonta”. Reste maintenant à le prouver.

Un certain regard, La logique du vivant : François Jacob rencontre Claude Lévi Strauss. 1966

Aurélien Le Génissel

Janvier/Février 2011 • Rézo • 37


petit manuel des dîners en ville

n

culture

Cinéma :

le classement de

Rézo

Les nouvelles sorties cinéma sont dans Rézo. Nous vous proposons une sélection des films en salle en Espagne et le classement réalisé par notre spécialiste du grand écran.

n Le plus attendu

n Coup de cœur

El Cisne negro Depuis les bouleversants Requiem for a Dream et Pi, nous avons un faible déclaré et assumé pour Darren Aronofsky. Si l’on rajoute à cela la présence de la toujours fragile et touchante Natalie Portman, il est clair que El Cisne negro, le dernier film du réalisateur américain, est l’un de nos paris en ce début d’année. D’autant plus qu’Aronofsky retrouve dans ce film son grand domaine de prédilection : les troubles psychologiques. Loin des grandes fresques mystiques (The Fountain) ou des portraits humains et réalistes (The Wrestler), il repart à la conquête de la dimension la plus obscure et ambigüe du cerveau humain. On est déjà prêt à applaudir.

n L’OVNI

Balada triste de trompeta On pensait qu’Alex de la Iglesia s’était un peu calmé depuis Acción mutante et El día de la Bestia, les deux long-métrages débraillés et surprenants qui l’avaient fait connaitre du public espagnol. Surtout après Los Crímenes de Oxford et son élection au poste de Président de l’Académie du Cinéma espagnol. Il n’en est rien. Le réalisateur espagnol revient avec un film où cohabitent des touches de gore, de la fantaisie narrative, du surréalisme visuel et des sujets de sociétés traités de manière tangentielle et indirecte. Du pur de la Iglesia. Avec ses excès baroques et son imaginaire foisonnant. Pas étonnant que Quentin Tarantino ait décidé de lui donner le Lion d’Argent cette année à Venise.

n La bonne surprise

Monsters En allant voir un film appelé Monsters, au Festival de Cinema Fantàstic de Sitges, c’est plutôt à un bain de sang, de violence et d’aventures que l’on s’attendait. Rien de cela dans le premier film de Gareth Edwards. Au contraire, une œuvre tout en retenue, non-dits et hors-champs qui se rapproche plus de l’histoire d’amour que d’une énième version d’Alien. Tou t cela se déroule dans un monde post-apocalyptique qui donne aux sentiments des deux personnages un contexte idéal pour ne pas devenir neuneu. Touchant de simplicité bien comprise.

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De dioses y hombres On ne va pas découvrir ici l’énorme et inattendu succès qu’a eu en France le dernier film de Xavier Beauvois. Une adaptation libre et personnelle de la tragédie vécue par les Moines de Tibhirine qui, à priori, n’avait rien du blockbuster classique mais a finalement réussi à conquérir le public français. Au-delà de la trouble affaire politique, le réalisateur réussit surtout à transporter le spectateur dans la vie intime et l’étonnante temporalité des moines. Un film subtil et profond qui a remporté le Grand Prix du Festival de Cannes l’année dernière.

n A voir sans risque

En el centro de la tormenta Bertrand Tavernier qui décide de filmer l’atmosphère étouffante et renfermée de la Louisiane ? Cela pourrait paraitre une surprenante et prometteuse idée. Mais finalement cela reste un exercice de style très bien travaillé mais qui ne fait que rendre avec justesse l’ambiance que le spectateur moyen s’imagine trouver dans le sud des Etats-Unis. Un thriller plein de suspense et bien ficelé mais dont l’atmosphère et le milieu semblent trop peser sur Tavernier qui manque quelque peu de légèreté et de distance. Un film qui tient ses promesses (sans aller plus loin) et qui compte avec l’aide prévisible mais toujours intéressante de Tommy Lee Jones. aurélien le genissel


BA R PR E M I ER French Music et Cocktail Bar en plein centre de Barcelone by Ugo Lou & Yann Fabregoul toutes nos infos et niouzletters sur le groupe “premier” : http://www.facebook.com/home.php#!/group.php?gid=6592548709

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Décembre2010/Janvier 2011 • Rézo • 39


petit manuel des dîners en ville

n

culture

Musique, art

à voir et à écouter Concerts, festivals, expos, soirées, Rézo vous propose une sélection des évènements à ne pas manquer à Madrid et à Barcelone.

n ECM Barcelona Auditori series 10-11

© robert lewis / ecm records

Pour la troisième année consécutive, le label allemand ECM investit l’Auditori de Barcelone pour y présenter quelques-uns de ses meilleurs artistes. Bastion de Keith Jarrett, Steve Reich, Jan Garbarek ou Pat Metheny, ECM a toujours été synonyme d’excellence sonore et musicale en matière de jazz contemporain. Parmi les concerts proposés aux cours des prochains mois, nous avons épinglé la visite du Steve Khun Trio. Grand nom de l’histoire du jazz qui est parvenu à se réinventer à chaque album, Steve Khun est un pianiste sublime et sensible dont les compositions polymorphes s’apparentent souvent à l’émotion à l’état pur. Après avoir joué aux côtés d’Ornette Coleman ou de Don Cherry, le jazz man new-yorkais nous rend visite en format trio pour redonner vie à ces morceaux qui ont marqué sa longue carrière. 1er février, 20h30 à L’Auditorí (Barcelone) www.ecmrecords.com/ http://www.auditori.cat

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n Expo photos : Gervasio Sánchez - Desaparecidos Le M USAC (Le ó n), le CCCB (Barcelona) et La Casa Encendida (Madrid) p rése nte nt sim ul ta n ém e n t D e s a p a r e c i d o s, un impor tant projet de photographie documentaire s’ar ticulant autour de différents cas de disparition forcée recensés dans une dizaine de pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe. Erigée comme un mémorial contre l’oubli, cette rétrospective rappelle à la mémoire collective que des milliers de personnes ont disparu au nom de la guerre ou de la répression, mais elle offre également un regard différent sur ce sujet trop rarement abordé par les médias traditionnels. - Du 29 janvier au 5 juin : MUSAC (León). - Du 1er février au 1er mai : CCCB (Barcelone). - Du 2 février au 20 mars : La Casa Encendida (Madrid).

n Godspeed You! Black Emperor Collectif à géométrie variable originaire de Montréal, Godspeed You! Black Emperor est considéré comme l’un des représentants majeurs de la scène post-rock des années 90. Influencé par le rock progressif, le punk, la musique classique et l’avant-garde, le combo pratique une musique instrumentale alternant passages atmosphériques et envolées lyriques qui laissent parfois l’auditeur dans un état proche de la transe. Alors qu’ils étaient occupés par leurs différents projets (A Silver Mt. Zion, Fly Pan Am ou Set Fire To Flames) depuis près de dix ans, les membres de GYBE ont décidé de ressusciter l’enfant prodige et d’entamer une tournée qui pourrait bien être la dernière du groupe. Ils s’arrêteront à Madrid et à Barcelone à la fin du mois de janvier. 29 janvier - Sala Apolo (Barcelone) 30 janvier - Joy Eslava (Madrid) http://www.myspace.com/gybeconstellation noé moulin


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petit manuel des dîners en ville

n

culture

“La musique n’a plus la même valeur” Deejay français basé à Barcelone, Stéphane Juif est l’un des instigateurs de la French Touch. Il mixe à Madrid régulièrement et vient d’enregistrer une nouvelle compilation mixée, Body Movement. Portrait.

S

téphane Juif le jour, “DJ Fudge” la nuit… Solitaire, mystérieux,  cet artiste français âgé de 37 ans, basé à Barcelone depuis quatre ans, mixe davantage dans le reste de l’Europe et en Asie, que dans sa propre ville. Il vient d’enregistrer une nouvelle compile, intitulée Body Movement. Et ne va pas tarder à s’envoler pour Bali pour inaugurer l’hôtel W. Avec des airs de Jean-Marc Barre dans Le grand Bleu, un sourire franc, un regard qui révèle un parcours sinueux, Stéphane n’est pas seulement un “beau gosse”. Il a ce charme particulier des artistes, des marins et même des brigands. Tous ces personnages qui ont “une gueule”, belle parce qu’un zeste érodée, expressive car riche de plusieurs vies.

Du sport à la French Touch Il faut dire que le parcours de Stéphane est pour le moins romanesque. Ce passionné de jujitsu, ancien professeur au Gymnase Club, puis ex-entrepreneur dans les pompes funèbres, a été aussi… l’un des instigateurs du mouvement de la  French Touch dans les années 90. Mégalo ? Même pas… Mais comment est-il arrivé à la musique ? Fils d’une marocaine et d’un franco-espagnol pied noir, c’est avant tout la banlieue parisienne et la culture black, blanc, beur, qui l’ont façonné. Pas étonnant alors que sa musique ait des influences éclectiques. Il aime les rythmes afro, latino, la soul, le funk, le jazz, la house, le rock La French Touch etc, du moment que la musique a du groove, C’est en 1997 que l’appellation  voire de la “négritude”, comme dirait Isabelle French Touch est employée Dhordain, animatrice du Pont des artistes sur pour la première fois par un France Inter. journaliste du magazine briC’est à l’âge de 13 ans, qu’il a commencé à tannique Muzik qui tente de mixer, dans les soirées. A cette époque, il joue définir cette soudaine efferdu funk et de la disco, “la musique à la mode vescence de la scène house en banlieue à la fin des années 1980”. en France. Puis il découvre la house lors d’un voyage en Puisant son originalité dans Espagne quelques années plus tard. Cette l’utilisation de samples filtrés musique, “influencée par Chicago et Détroit, extraits des classiques du était une house plus organique qui ressemblait funk ou du disco ce mouveaux sons qui m’avaient bercé”. ment représenté par des artistes tels que Laurent Garnier, SuperDiscount, Air, Trouble Men, Benjamin Diamond, Daft Punk, ou encore Cassius est aujourd’hui considéré comme une étape majeure de l’histoire de la musique électronique.

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L’aventure Trouble Men Rapidement, il achète un sampler et commence à produire du Trip Hop et de la Drum’n’Bass avant de créer, aux côtés de Bruno Banner, le groupe Savannah dont le premier maxi atterrit dans le flycase de Laurent Garnier. Présageant l’arrivée de la French Touch, les deux producteurs changent de cap pour se lancer dans

une nouvelle aventure : Trouble Men. “Avec Trouble Men, on a travaillé exclusivement avec des samples et l’on peut dire que notre groupe est l’un des instigateurs de la French Touch”, confirme Stéphane. Tout s’enchaîne rapidement et le succès est à nouveau au rendez-vous avec le single  Do It  qui se place dans les charts et lui permet d’aller jouer aux États-Unis et de sortir un album qui marquera son époque.

DJ Fudge Caméléon, l’artiste décide de mettre fin à ce projet et de se réinventer en solo sous le nom de DJ Fudge dont l’origine est assez cocasse : “Quand j’étais plus jeune, mes potes parlaient le verlan et m’appelaient Feuj. J’ai choisi Fudge, un terme similaire, après avoir gouté le chocolate Fudge à Londres”. Mixant alors aux quatre coins du monde, Stéphane se rappelle de cette époque avec un brin de nostalgie : “Ce sont de très bons souvenirs. A cette époque il s’agissait de quelque chose de nouveau, et c’est ça qui me manque un peu aujourd’hui. C’était très frais, on sortait de la dance et petit à petit la house a pris le dessus. Aujourd’hui les gens sont saturés et la musique n’a plus la même valeur”. Cependant, Fudge n’a jamais perdu la foi. Depuis les années  French Touch,  il a sorti un nombre incalculable de morceaux et de remixes sur des labels tels que Defected, Virgin, Kif Records, Sony ou Soulfuric et lancé son propre label Tejal Records. Quant à la nouvelle compilation qu’il vient d’enregistrer, Body Movement, c’est un autre style. “C’est assez différent de ce que je faisais avec Trouble Men. C’est un mix de house électro latine. Cependant, j’ai du mal à étiqueter ma musique. Pour moi il y a  juste une différence entre la bonne et la mauvaise musique.” A découvrir sur Itunes ou sur Spotify ! noé moulin & valérie zoydo


DJ Fudge partage avec nous ses bonnes adresses de Barcelone et Madrid n MADRID Charada Club L’ambiance y est très sympa et la musique de très bonne qualité. Je recommande la soirée Madactive Collective Nite et le DJ BE.LANUIT. The Room C’est aussi un des clubs de référence de la capitale qui programme des artistes vraiment intéressants. Week-End Club Comme son nom l’indique, ce club n’ouvre que le dimanche. On y retrouve l’ambiance du fumoir du Palace à Paris. n BARCELONE Marula Cafe Un incontournable de la scène Disco, Funk et Latin Jazz. La Paladar del Son Un bar rikiki de Gracia où l’on retrouve l’ambiance des plus grandes discothèques. Un vrai voyage au cœur de la Havane. Salsa en live et délicieux mojitos. Le Bar Premier Soyons un peu chauvins ! Comment ne pas parler du Premier à Barcelone. Le rendez-vous des Français mais aussi de tous les amateurs de house, de funk ou de techno. L’ambiance y est chaleureuse et on peut se retrouver à danser sur le bar sans même s’en rendre compte ; avis aux amateurs.

Janvier/Février 2011 • Rézo • 43


Le Chat par philippe geluck / www.geluck.com

44 • Rézo • Janvier/Février 2011


tendances

n

j’ai testé

Adèle M. a testé pour vous Que réserve l’année 2011 pour Adèle M. ? Elle teste pour Rézo une consultation chez l’astrologue, Véronique Andrée, à Barcelone. Toujours avec sa verve rieuse, un zeste pleureuse parfois et sa gouaille guillerette. Entre récit et chansonnette.

“J

e l’ai trouvée devant ma porte, un soir alors que je rentrais chez moi. Partout, elle me fait escorte, elle est revenue, la voilà. La renifleuse des amours mortes, elle m’a suivie, pas à pas. La garce ! Que le Diable l’emporte ! Elle est revenue, elle est là”. La solituuudeeee… Il faut me rendre à l’évidence : être une femme libérée, c’est pas si facile. Moi, Adèle M., 30 ans, tournant en rond comme un poisson rouge dans son bocal, égarée comme une chaussette sans sa pair à la sortie du sèche linge, abandonnée comme ce petit grain de maïs oublié au fond de sa boite de conserve Bonduelle, et qu’on ne mangera plus jamais. Une vraie Bridget Jones. La grosse culotte-gaine en moins (dépressive et coquette, c’est possible). Adèle votre Lune est en Je ne chante pas encore All By Verseau, celle-ci rêve de liberté My Self à tue-tête mais pour l’instant, je me contente de freet d’humanisme, d’originalité donner le bruit du frigo de Mano et de découvertes…” Negra : “Quand y’a plus rien, qu’il est parti (ndlr : Gonzalo, le bel hidalgo), y’a plus de voisins, y’a même plus l’chien, quand y’a plus d’bruits, pas plus que celui qui rend mélo… Et je prends un verre pour l’oublier, et je mets ma tête sous l’oreilleeeer…” Quand je mets le nez dehors, je rage, tout aussi seule, sur la Rambla de Catalunya à la vue de tous ces couples. Pfffff… Je sais, c’est moche… Et les poussettes ! Vous aussi vous avez vu toutes ces poussettes ? Alors je rentre à la maison, et je retrouve, à nouveau, le bruit du frigo. Puis, avant de faire une razzia de mousse au chocolat, je découvre sur cette éternelle porte du frigo, un post-it collé avec un numéro au bic : “Véronique Andrée, astrologue, 610 61 62 20”. Véronique ! Voilà la solution ! Décidée à m’en aller tordre le cou à cette satanée solitude, je vais consulter les astres. Pluton, Uranus, Jupiter et autres Vénus feront bien un petit effort pour me sortir de cette galère existentielle. Vais-je retrouver Gonzalo ? Suis-je condamnée à écouter le bruit du frigo, ou vais-je faire des rencontres ? Allez, hauts les cœurs ! 2011, l’année du Gonze !

Véronique Andrée Astrologue verobarna@gmail.com Tél. 610 61 62 20 Prix de la consultation : 80 €.

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Les astres prédisposent mais ne disposent pas Que l’on croit ou pas en l’influence des astres sur le cours des choses, on ne perd jamais son temps

en allant consulter Véronique. Elle est comme une grande sœur qui sent tout, voit tout, conseille et console. Véronique est belle, probablement jeune, 40 ans, pas plus. Elle a l’air d’une éternelle adolescente et semble avoir l’expérience d’un vieux sage. Elle vous capte en un regard. Ses yeux pétillent à l’idée de découvrir sous quelle bonne étoile vous êtes né. Elle jubile devant la danse des planètes, elle exulte devant les combinaisons astrales. Et quand elle invoque le dieu de l’amour, du travail, de l’argent, c’est avec l’aide de votre date et heure de naissance et des calculs difficiles à comprendre. Attention, si la poésie de l’astrologie ressemble à celle des oracles de la mythologie grecque, elle n’est pas une religion pour autant. D’ailleurs, Véronique vous mettra en garde, les astres prédisposent, les êtres humains disposent. Vous restez le maître de votre vie. Ah ! J’allais oublier de vous prévenir. On ne comprend pas toujours quand Véronique parle. Ne rebroussez pas chemin tout de suite, si elle vous annonce que votre soleil se situe en Maison VIII et si elle ponctue ses phrases de “trigone” et d’“Uranus”. Ne vous effrayez pas si elle vous explique que vous êtes sauvé par votre Lune. Véronique ne se drogue pas, elle ne se moque pas de vous. Vous n’êtes pas non plus plus piégé par une caméra cachée. Elle est juste super-méga Pro. Posez-lui toutes vos questions, exposez-lui vos doutes, elle prendra le temps de tout vous expliquer. Bas les masques. C’est parti pour un voyage astral.

La consultation - Adèle, il apparaît dans votre thème la possibilité d’une rencontre à partir de juin, mais si vous êtes toujours amoureuse de Gonzalo, vos pensées seront dirigées vers lui, donc vous pourriez provoquer des retrouvailles. - OUF !!! Mais si je rencontre quelqu’un ; Gonzalo, c’est fini ? - Les trigones d’Uranus et de Jupiter qui vous ont fait rencontrer ce jeune homme début 2010 n’ont pas terminé leur transit, ils sont de retour depuis fin décembre et début janvier. - C’est vrai ça ! Nous nous sommes revus pendant les fêtes de Noël… Il est pire qu’une drogue dure ! Vous êtes forte, on ne peut rien vous cacher ! - C’est ce qui me fait dire que votre relation est tou-


l’astrologie 2011 jours en cours. Mais hélas ! Uranus provoque des ruptures soudaines et bloque la possibilité de vivre pleinement la relation. Je suis désolée. - C’est bien ce que je craignais… C’est toujours pareil avec ce Gonzalo, des allées et venues, des hauts, des bas… - Je peux tout de même vous assurer qu’à partir de juin, Jupiter et Neptune seront de votre côté pour stabiliser vos sentiments. Le thème de Gonzalo indique que lui aussi se stabilise en juin, au même moment que vous. Vous pouvez peut-être coïncider… - Véronique, Gonzalo ou pas, vais-je me marier un jour ? (Il faut bien rassurer grand-mère, maman, et toutes ses copines). - Ouh la ! Adèle votre Lune est en Verseau, celle-ci rêve de liberté et d’humanisme, d’originalité et de découvertes, d’enseignement et d’avant-garde. Pourrait-elle supporter des chaînes, comme celles du mariage ? Je ne vous vois pas mariée avant vos 40 ans. - Quoi ???????

L’homme du passé

* Artistes cités dans l’ordre : Barbara, Mano Negra.

Qui est Adèle M ? Ex-parisienne aux allures de Kiraz, nouvellement barcelonaise, femme de son temps, Adèle M cherche juste à être elle-même. Libre. Adèle s’atèle à cohabiter avec ses défauts, ses déboires, ses victoires, ses étourderies, ses drôleries, ses petites faiblesses en tournant le tout en dérision. Elle est maladroite, elle est gaffeuse. Elle est passionnée. Elle est rêveuse, elle est inspirée. Elle est touchante. Elle dit qu’elle testera tout et qu’elle nous surprendra.

© illustrations claudia carillo

L’angoisse m’assaille : j’imagine déjà ma pauvre petite maman se justifiant auprès de ses copines du bridge. - Mais comment Anne-Sophie ? Ta fille n’est pas mariée ? Mais elle a 30 ans, tout de même ! Fiancée au moins ????? - Ecoutez les filles, Adèle est une originâââle. C’est l’artiste de la fââmillle !  Je vous vois froncer des sourcils. Je ne vous ai pas encore parlé de ma petite maman ? Et bien disons que c’est une femme CPCH, Collier de Perles Carré Hermès, (à ne pas confondre avec TTCS, Tasse de Thé Cul Serré). C’est une bourgeoise chic et décomplexée. Rock’n Roll à souhait, mais ça, elle ne le sait pas encore (je vous laisserai découvrir). En attendant, pas un jour ne passe sans qu’elle ne m’annonce un mariage ou une grossesse parmi les enfants de ses amis. - Adèle, es-tu au courant que la petite Constance de La Grosse Chaudière est enceinte ? - Maman, elle a 24 ans ! Et d’ailleurs elle s’appelle Constance de la Glausse Chautière. - Et alors ? Elle vient de se marier ! - Au secours. Véronique me tire soudain de mes rêveries. - Adèle ! C’est incroyable ! Je viens de voir qu’en début 2012, un homme du passé ressurgit dans votre vie pour vivre une grande histoire d’amour. Et cette fois, c’est pour de bon ! - Vous êtes sûre ? C’est Gonzalo ? - Peut-être… - Véronique, vous êtes géniale ! adèle m.

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tendances

n

l’air du temps

Les couleurs

de l’hiver

Des couleurs douces et pastel à porter cet hiver, jusqu’aux accessoires confectionnés avec des animaux empaillés, Rézo vous dévoile l’air du temps et de la mode.

C

omme chaque saison, le prestigieux Pantone Color Institute, dicte les couleurs tendances. Celles-ci ne sont pas choisies au hasard, elles sont contrastées par des études sociologiques sur les mœurs mondiales comme par exemple, les états d’âme de la société ou le bien être économique du monde. Selon l’institut Pantone, cet hiver, ce sont les couleurs pastel, douces et peu brillantes qui sont les protagonistes, en raison de la situation économique actuelle, fragile. C’est pour cette raison que les couleurs Bling Bling ne sont pas au rendez-vous parce que les consommateurs croiraient à une réalité tout à fait erronée. Aux couleurs Pantone, on peut ajouter les propo-

sitions des patrons de la mode comme le doré, le camel ou le vert militaire ou encore le classique et éternel noir. Ce mélange de couleurs, tissus et nouvelles propositions dévoilent un hiver riche en options pour les plus difficiles à satisfaire d’entre vous. La couleur pour cheveux tendance cet hiver est la couleur grise. Des stars et bloggeuses comme Lady GaGa, Tavi ou encore Kate Moss ont déjà adopté cette couleur. Et si on suit les couleurs make-up tendance de cet hiver comme par exemple le rose (dans toutes ses versions) pour les lèvres et le visage et des ongles longs et ovales en gris, violet, turquoise ou vert safari, on réussit le look le plus rock’n roll et glamour du moment. Marc Markus (traduction Albert Soro)

Les animaux empaillés, la nouvelle tendance parisienne selon Daniel Cordoba Mendiola, coolhunter et Marta Marín Anglada, spécialiste en esthétique le nouveau chic… La taxidermie, l’art de donner l’apparence du vivant à des animaux morts a commencé à être à la mode il y a quelques mois. Et elle est partout : en objet de décoration, dans les décors de théâtre, les films, les vidéoclips ou encore les vitrines. C’est le retour

au baroque, à la nature, à la mort. Il y a un point de provocation et de transgression. Tout cela, comme un pied de nez au discours écolo ambiant. Derrière ces propositions, une marque reconnue : la maison Deyrolle. Le plus amusant c’est qu’elle n’aime pas les chasseurs et se voit obligée d’acheter les animaux morts dans les zoos !

Des nœuds papillon avec des têtes de hamster Quant au monde artistique, un collectif débarque dans le monde de la mode pour proposer par exemple des nœuds papillon avec des têtes de hamster. La proposition a un point morbide mais les animaux suivent un scénario, ils n’expriment pas de souffrance, ils sont naturels et sont présentés au public de la meilleure façon possible. Cette évolution est logique : dans les époques de crise il y a toujours des propositions de tendances qui deviennent baroques. Elles sont éphémères, plastiques et s’approprient la vie et la mort. Le premier impact de cette tendance a été lors du film de Sex And The City, lorsque Carrie Bradshaw était coiffée d’un grand chapeau avec un oiseau. Propos recueillis par Albert Soro

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© E. Deniset

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tendances

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shopping

La tendance pour Elle

Animal print Cet hiver les filles ont le choix ! Parmi tous les looks ou propositions on peut trouver par exemple le doré ou le cuir rouge chez Pierre Balmain. L’animal print du coté de Alexander McQueen. Les jupes amples de Chloé. Le cuir classique de MET ou Blumarine et si l’hiver devient encore plus froid on peut retrouver des fourrures dans la maison Chanel ou du mouton façon aviator chez Burberry Prorsum. Pour les accessoires les colliers oversize de Marni sont les must have de cet hiver ainsi que les bottines Peep Toe d’Alexander McQueen et les ceintures effet corset de Alaïa. Les sacs à main cet hiver c’est la taille moyenne qui est à la mode. Chic et pratiques, façon lady bag. par marc markus

Robe grise décontractée grise parfaite pour cet hiver. L’élégance dans la simplicité, Mexx.

Jupe Toile en animalprint, imitation léopard. Un indispensable pour un look du soir tendance pour cet hiver, Zara

Pull en laine grise à manches courtes, un classique qu’il faut avoir, Mexx

Sac à main Manteau ample blanc imitation fourrure, encore un autre Must Have, Zara

Escarpin en tulle, un must have cet hiver, Zara

Sac à main carré animal print imitation léopard, Zara

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bleu zippé façon lady bag, Mexx


La tendance pour Lui

Oversizing l’hiver L’époque de crise économique toucherait-elle à sa fin ? Les maisons de mode lancent des propositions sobres et élégantes avec des couleurs simples et qui ont toujours été là. L’hiver se veut discret, avec du noir, blanc et gris et le classique se réinvente avec une touche d’oversize, laissant en arrière les jeans slim ou les chemises de couleurs. Finis, les costumes pour homme qui s’ajustaient au millimètre près façon Viktor & Rolf, maintenant les maisons de couture comme Dior Homme, Krys Van Asche, Kenzo ou Comme des Garçons, voient l’homme cet hiver avec des vêtements amples, confortables et totalement Rock’n Roll. Revue de détail de la sélection de Rézo… par Albert Soro

Pantalon en coton, couleur camel, un classique, Mexx

Look Mexx Pantalon gris, chaussures et chemises bleues, pull couleur lavande, une des couleurs pour homme de cet hiver, Mexx

Chemise bleue entaillée en coton, parfaite pour une soirée décontractée chic, Mexx

Chemise camel en coton, parfaite pour un tour en ville cet hiver, Zara

Veste noire très rock pour un look jeune et alternatif, LE must have de l’hiver, Zara

Sneakers montantes une parfaite combinaison de noir et blanc, LES couleurs tendance de cet hiver, Zara

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Tendances

n

HUMEUR : In mojito veritas ou la petite pensée distillée

Le mardi soir

de Monsieur Lou

Vous l’adorerez ou le détesterez. En tout cas, il ne vous laissera pas indifférent. Monsieur Lou, patron d’un bar jet set de Barcelone, nous embarque cette fois derrière son comptoir, un mardi soir, à l’heure du sacro-saint apéro. A consommer sans modération.

M

ardi 18h, premier jour de la semaine des amis de comptoir. Voilà déjà trois jours que l’homo-sapiens sapiens reprend un rythme de vie normal. Il est grand temps qu’il se réunisse avec ses semblables pour cet incontournable moment appelé “L’ apéro”…  Hormis sa définition qui serait à peu près celle “d’entrer en appétit”, il est souvent symbole aussi de cochonailles, cochonneries diverses et avariées. Car oui, l’apéro est une tradition de transmission buvable qui s’hérite depuis des générations de père en fils ou filles… Je pourrais en faire des phrasés et autres couplettes sur ce moment ô combien viril, tonifiant, chaleureux et néanmoins parfois aussi source de douce engueulade, et amère réprimande de la part de celles qui ont du mal à croire que votre dentiste utilise une anésthesie à la Chartreuse. Mardi donc, 18h15. J’ouvre les portes, la mise en place faite, je suis en train de prendre une jolie déculotté au 421 par un portugais et néanmoins ami. - Quieres tu revancha ? - Claro mon biquet ! Tu que crees ?  Nénette ! - Hola, buenas tardes Mr. Lou ! - Hola mademoiselle ! Que tal desde la semana pasada ? Je vous sers la même chose que d’habitude ? - Oui, merci beaucoup mais… - Oui le Coca sans glaçon, non ? - Oui, merci ! Sourire. Cela fait cinq ans que ce couple inaugure les mardis. Même table cachée sous les escaliers, mêmes murmures, mêmes souQui est Monsieur Lou ? rires… Ça fait du bien de les voir, ils me rasQuadragénaire, il paraît tout droit surent. Pendant longtemps je me suis desorti de la série Californication : il mandé s’ils étaient deux amants du mardi, déride, titille, bouscule les codes deux amis très très proches, ou peut-être établis. Avec son regard d’oiseau simplement un couple qui se réserve deux de nuit, Monsieur Lou distille sa heures pour eux sur un canapé. J’ai ma verpensée au fil des numéros, à sion, celle qui me fait sourire, mais je me la travers des tranches de vie. Son garde ! Savoir vivre et discrétion assurés à ego-trip se libère de toute costous les étages. métique sociétale pour ne garder Ouah nan de diou ! 6 en l’air à fond… pas que la pensée brute sur le temps bon ça ! qui passe, trépasse et nous - Oh Loulou ! Comment tu vaaaaaaaaas ? surpasse. Il boit la vie en jaune - Salut les mectons ! au rythme frénétique des allées - Dis donc va falloir que tu penses à ouvrir et venues, des rires et de ses le lundi bientôt, parce qu’on fait quoi, nous, angoisses mais surtout de ses sinon ?! On reste sur les graviers, à sec, le clients, des passants, des voimuseau tout gercé ! Hahaha ! sins, des on-dits, vacillant entre Huit années le même refrain, mais ça aussi le léger, le doux-amer et l’anisé. ça fait grand bien ! Mes trois piliers privilégiés franchissent bon

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pied bon œil le pas de ma porte. Ils se sont connus ici un soir tard, accoudés au bar, bavards fêtards. - Qu’est qu’on prendra mes biquets ? - On va commencer par trois binouzes pour la soif ! Je replie la piste de dé, je m’en sors bien, hehe Le bistrot se remplit, j’adore, le ton monte, ça va être une belle soirée, croyez-moi ! Un groupe de jeunes femmes vient de prendre place à la table 5, place ô combien stratégique pour se moquer des hommes (oui cela arrive… paraît-il) mais aussi pour y exhiber deshinibées leurs nouvelles bottes Bimba & Lola, chaussées par de longues jambes souriantes, mais également pour ne pas perdre un détail du barman-bogosse en train d’agiter les  quatre Cosmopolitans dans ce shaker-consolateur… le tout dans un silence provisoire et salivaire. Les tournées se suivent mêlant bruits de verres, de glaçons et de “patron !” Je monte de quelques décibels l’intégral “Costes”… 21h. Les momies de pastis ont remplacé les “quintos de cerveza”, beaucoup plus efficace en effet ! Le couple vient de partir aussi discrètement qu’il est arrivé en laissant un billet de 5 euros devant la caisse avec un sourire qui vaut mieux que deux tu l’auras. Merci à vous mes amis et à la semaine prochaine. - Bon les moutards qu’est ce qui se raconte de croustillant ? - Ah, mort de rire ! T’es pas au courant ? - Ben ça dépend ? Au courant de quoi ? - Mais si tu es au courant ! (Voilà ce que l’on appelle une conversation de bistrot, ça ne s’apprend pas, ça se prend comme ça vient !) - Moooooui mais encore… - Bon ok, tu te rappelles de Moustache ? - Evidemment ! - Bon et bien Grincheux a raconté à Rigolard qu’il se serait fait arrêté par les mossos beurré comme un petit Lu… - Ah ouais ? - Yes mais attend, attend, en plus il était en train de se faire faire une gâterie a tutti plenti par une bombasse ! - Naaaaan ! Et on la connaît ? - Mais ouais !!! C’etait TA SŒEEEEEEEEEEEUR !!! Pourquoi je demande moi ? Hein tu peux me le dire ? Ils ne sont pas mignons ces trois gredins là, totalement dilatés de rire à se taper dans le dos à s’en décrocher la légion d’honneur à la blague la plus foireuse de la soirée. Pour ce qui est du reste de la soirée, mes souvenirs sont plutôt vagues…


a la carte • barcelone

Restaurants : la magie d’une A la Carte propose à tout gourmet de Rézo quelques excellentes adresses pour découvrir ou redécouvrir la gastronomie ibérique mais aussi pour mettre à l’épreuve les papilles de ceux qui souhaiteraient se laisser séduire par de nouvelles saveurs venues du monde entier.

soirée les 7 portes • Barceloneta

LA DOLÇA HERMINIA • Gótico

La Dolça Herminia est située où dans le temps se trouvaient les magasins de textiles de la maison Nobeal et en plein centre ville de Barcelone. Ce restaurant offre à ses clients une carte permettant de déguster une large variété de plats inspirées d’une cuisine méditérranéenne. Des carpaccios, des rizs, des viandes et des poissons, diverses salades, sans oublier des desserts faits maison. La décoration du lieu et la qualité de service font de La Dolça Herminia un endroit irréprochable et séduisant par la chaleur de son établissement. Vous serez également agréablement surpris par le rapport qualité-prix ! C/ Magdalenes, 27 • Tél. 93 317 06 76 • Mº Urquinaona Réservation pour les soirées et fin de semaine. Cuisine ouverte de 13h à 15h45 et de 20h30 à 23h30. www.ladolcaherminia.com

Situé sous les portiques “d’en Xifré”, édifice classé monument historique, le restaurant Les 7 Portes reste depuis 1836, fidèle à la plus pure tradition culinaire catalane. Cette enseigne emblématique de Barcelone a vu passer les plus grandes personnalités de ce monde, de Dali à Gaudi en passant par Miro et Picasso, ce restaurant fait partie intégrante de la grande histoire de la capitale catalane. Sachez que plus de 80 % de la clientèle opte pour la paëlla qui est déclinée en quatre versions. Vous pourrez y déguster, dans l’intimité ou dans l’un de ses salons privés, les meilleurs crus et cavas d’Espagne, qui reposent à l’abri de la grande cave située sous le restaurant. Pg. Isabel II, 14 • Tél. 93 319 30 33 • Mº Barceloneta Ouvert tous les jours de 13h à 1h. www.7portes.com - reservas@7portes.com

la fibula • Poble Sec Situé dans la charmante rue piétonne de Poble sec, Carrer Blai, ce restaurant-salon de thé est une véritable merveille tant par son décor que par la qualité de ses produits. C’est la porte ouverte sur le Maroc, dès votre entrée vous êtes surpris par la reproduction fidèle du style architectural, des lampes et autres objets de décoration. Les plats maison font honneur à la réputation de la cuisine marocaine et le tout est couronné avec succès par une large sélection de thés et de pâtisseries arabes. Une invitation au voyage dans un lieu authentique, fier de pouvoir partager les richesses de sa culture. Les meilleurs couscous et tajines de Barcelone !

Calle Blai, 46 • Tél. 93 442 48 35 • Mº Poble Sec Ouvert tous les jours de 9h à 00h www.pasteleria-arabe.com

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plaisir

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secrets de chef

Les ravioles de langoustine au crabe Xanguro, sauce bisque

Jérôme Perraudin•L’Office Jérôme Perraudin est surtout connu pour son légendaire Tartare. Mais comme celui-ci s’avère inimitable, Rézo a choisi de vous faire découvrir le secret de ses ravioles de langoustine au crabe Xanguro, sauce bisque… Rencontre avec le chef du restaurant l’Office, une institution de la French Touch gastronomique à Barcelone.

L’

Office, c’est un incontournable à Barcelone pour ceux qui éprouveraient une nostalgie de la France, de ses brasseries, et autres plats traditionnels mijotés. Car làbas, le tartare est inimitable, l’onglet, à se pâmer. Bien placé dans l’Eixample, ce restaurant est devenu la cantine de (luxe) des consulats. “Certains des clients travaillent au Consulat Français, d’autres dans les Consulats mexicain, japonais, péruvien, anglais”, s’amuse le chef et d’ajouter : “Ils viennent surtout pour le bœuf car en Espagne, on n’a pas forcément la culture du bœuf”. Le petit goût de bœuf justement… Voilà la touche finale qui donne à la recette de ravioles de langoustine au crabe Xanguro, sauce Pour 4 personnes bisque, ce goût si particulier. Car un des 16 queues de langoustine secrets de Jérôme c’est d’y ajouter un jus Acheter de la pâte à raviole dans de bœuf réduit juste avant de servir. “J’aime un supermarché chinois (Type mélanger la terre et la mer”, explique-t-il. Il Won Tong… made in France !) faut dire qu’il peut se permettre de réinven• Farce de Xanguro : ter les plats traditionnels, car ceux-ci n’ont 250g de chair de crabe pas de secrets pour lui. Originaire du pays 75g d’oignons ciselés 50g de blancs de poireaux 75g de dés de tomate 10cl d’huile d’olive 2cl de pastis 25g de persil hâché Piment d’Espelette • La bisque (sauce armoricaine) 2 coffres de homard (peuvent être remplacés par des coffres de langoustine) 50g d’oignons 1 carotte 1 bouquet garni 1 tête d’ail 50g de tomates concentrées 5cl de vin blanc 1/2 litre de jus de moules (ou de l’eau minérale) 100cl de Cognac

L’Office

Calle Villarroel 227, Barcelona. Tél. 934 44 22 88.

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basque, sa culture de Brasserie s’est façonnée Chez Flo à Paris, puis chez le Père Claude, avenue de La Motte Piquet Grenelle. Mais il a “explosé” professionnellement en devenant traiteur à Biarritz. “J’avais Karl Lagerfeld comme client”, s’enorgueillit ce chef qui peut se permettre de s’attribuer quelques lauriers (sans mauvais jeu de mots !). Car en plus d’être sympathique, ses plats valent vraiment le détour. Rézo vous le confirme, L’Office est une valeur sûre ! valérie zoydo

Progression du travail Pour la farce : faire revenir dans l’huile d’olive les oignons et les poireaux. Ajouter le crabe, juste le faire fondre. Ajouter la tomate en dés, et en dernier mettre le pastis, le cognac, le persil hâché et le piment d’Espelette. La bisque : prendre une grande casserole, adjoindre l’huile d’olive, la faire fumer. Jeter les coffres de homard, l’oignon ciselé, la carot te e n gros dés.


Mettre 20g de farce de Xanguro et poser dessus la queue de langoustine préalablement décortiquée. A l’aide d’un pinceau et d’un peu de blanc d’œuf, badigeonner les rebords de la pâte et confectionner les 16 ravioles. Les cuire 3mn dans une casserole à petite ébullition, les retirer délicatement à l’aide d’un écumoire. Mettre 4 ravioles dans une assiette creuse, verser la sauce armoricaine et servir très chaud. Secret du chef : ce plat peut-être agrémenté de champignons, il est possible de mettre un peu de jus de bœuf très réduit qui va donner un mélange “terre et mer”. Bien relever.

Valmador Vin proposé :

© photos : Andrea González Barón

Faire revenir deux minutes, le tout, flambé au Cognac. Adjoindre le vin blanc, l’eau (ou le jus de moule). Porter à ébullition. Ajouter le bouquet garni, la tête d’ail coupée en deux et le concentré de tomates. Laisser mijoter à petite ébullition 20mn. Passer à la passoire fine tout ce mélange. La laisser réduire de moitié jusqu’à obtenir une consistance un peu épaisse. Rectifier l’assaisonnement avec le sel et le poivre. Confection de la raviole : sur la table de cuisine, installer les 16 pâtes à raviole, prendre un pinceau propre et les nettoyer pour enlever la farine.

Valmador Valdamor est situé aux environs de Salnés, au sein de la célèbre région de Rias Baixas (Galice). Son cépage phare est l’emblématique Albariño, de plus en plus reconnu comme un des grands cépages blancs du monde. Ce sont les moines bénédictins qui rapportèrent les ceps d’Albariño d’Europe Centrale au cours de leur pèlerinage à St Jacques de Compostelle, les laissant ainsi au soin des monastères. Aujourd’hui, le plus grand vin de la Galice cristallise ces destins singuliers, avec finesse et complexité.

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eltenedor.es

n

Madrid

Nos offres

gastronomiques Rézo et ElTenedor.es vous proposent une sélection d’offres gastronomiques à Madrid et Barcelone

22 €

Le Café • Salamanca Internationale - Méditerranéenne Situé en plein centre de Madrid, le restaurant Le Café vous propose une expérience gastronomique unique. Dans un décor moderne et cosmopolite, vous profiterez d’une cuisine maximaliste où Le Café sublime par ses mariages culinaires de qualité, talent qui lui a valu le prestigieux prix Martin Berasategui. Ses spécialités : tartare de cerf aux oignons confits, noix de cajou à la mayonnaise de wasabi et thon rouge au poivre noir avec guacamole, coriandre et sauce soja.

-30% -30%

Amayra • Centre Madrid Moderne - Méditerranéenne

The Clover House • Moncloa Spectacle - Méditerranéenne Retrouvez l’ambiance typique d’une taverne irlandaise, sa chaleur d’accueil et son décor intérieur entièrement fait de bois. La carte de The Clover House combine finement plats traditionnels et nouveautés surprenantes comme un carpaccio de viande fourrée de fromage Idiazábal avec de la mangue et de la roquette. A découvrir !

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Ce charmant restaurant a élu domicile dans la rue Alcalá où il vous propose des produits méditerranéens de haute qualité. Son ambiance distinguée, sa décoration élégante et sa cuisine saine et naturelle en font un lieu privilégié. La qualité du service confirme que le restaurant Amayra est une référence pour la ville de Madrid.


eltenedor.es

-50%

n

barcelone

Guana • Sarrià-Sant Gervasi Moderne - Méditerranéenne Une décoration urbaine, moderne, influencée par le style new-yorkais. La Guana et son chef Santi Santfeliu optent pour une cuisine qui valorise la fraîcheur et la qualité des produits. Parmi les spécialités on note les carpaccios, les risottos, les dés de thon rouge sur un lit de confiture de tomate avec une allioli à la noisette et une sauce teriyaki, un foie au sel préparé maison… Une large sélection de desserts est également disponible à la carte !

-40% -20%

Madrid – Barcelona • Eixample Traditionnelle - Catalane Le nom du lieu est dû au train qui passait autrefois devant les vitrines de ce restaurant ! Madrid-Barcelona vous propose une cuisine catalane du marché où l’on retiendra tout particulièrement sa “esqueixada”, de la morue salée. La relation rapportqualité-prix est excellente ! Les palais les plus exigeants seront eux aussi comblés.

Brasserie du Gothique • Gotic Moderne - Française Un endroit privilégié, située à quelques mètres de la Cathédrale, la Brasserie du Gothique fait honneur à la cuisine française. Ses spécialités sont la fondue, le steak tartare, le cassoulet… de nombreux plats sont cuisinés à la braise de charbon de bois façon traditionnelle. Vous profiterez de son décor élégant et de son jardin japonais.

Pour bénéficier de ces offres, vous avez 2 options :

>> INTERNET : réserver gratuitement en ligne

www.eltenedor.es/rezomag

>> TÉLÉPHONE : en appelant au 93 301 42 90

Du lundi au samedi de 9h à 21h

(Coût d’un appel normal - appel local/national)

* Offre valable jusqu’au 15/03/2011 Consultez les conditions et la validité des offres sur l’adresse internet : www.eltenedor.es/rezomag

Découvrez encore plus d’offres sur www.eltenedor.es/rezomag

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escapades

n

tourisme

Au cœur

de l’Espagne Pas besoin de partir dans les Bermudes pour pouvoir profiter d’un week-end de détente. Rézo vous suggère son nouveau coup de cœur en Espagne, La Torre del Visco, un hôtel charmant près de Valderobres, à quelques kilomètres du Delta del Ebro.

L’

Espagne regorge de petits coins inconnus et de plaisants secrets encore à découvrir. L’un d’eux se trouve à seulement 2 heures et demie de voiture de Barcelone et à un peu plus de quatre heures de Madrid. C’est au nord de la province de Teruel que l’on trouve cette masia du XVe siècle reconvertie en hôtel de luxe. Un bâtiment qui rappelle le faste qui régnait il n’y a pas si longtemps, parmi l’aristocratie de ce que l’on a appelé la “España profunda” (L’Espagne profonde). De cette magnificence, La Torre del Visco en a fait un lieu accueillant et familial qui permet de profiter aussi bien des influences méditerranéennes que des paysages majestueux du centre de l’Espagne. Placé au cœur d’une propriété de cent hectares dans la vallée de la rivière Tastavins, l’hôtel permet d’apercevoir les montagnes qui surplombent le domaine ou d’aller faire un tour sur les bords de la rivière qui coule à ses pieds.

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Découverte gastronomique Un havre de sérénité dans lequel on vient pour oublier les contraintes et les exigences de la vie quotidienne. Comme le disent les propriétaires, “Ici, l’idéal c’est de ne rien faire mais si vous préférez…”. Car en plus de ce cadre reposant, l’hôtel offre d’autres attraits qu’il ne faudrait pas négliger. A commencer par une excellente gastronomie qui peut transformer le voyage en une véritable découverte gastronomique grâce aux produits du terroir comme l’huile d’olive, le pisto ou le cordero. Si à cela on ajoute les cours de cuisine, de Miguel Oscar Verdú et Fanny Oliva, l’agréable terrasse avec vues sur les montagnes, les légumes et les herbes écologiques cueillis directement du potager, on comprend que le plaisir des papilles soit au rendez-vous. Pour les plus casaniers, La Torre del Visco offre un salon rustique et


La Torre del Visco

convivial, où il fait bon profiter du piano ou de la chemi- Hotel Restaurante née, une cave intéressante pour découvrir les vins de Relais & Châteaux la région et une bibliothèque pour lire et se détendre. Tél. 978 76 90 15 / 978 76 90 56 Au contraire, les plus aventureux pourront aussi dé- torredelvisco@torredelvisco.com couvrir la nature environnante. Que ce soit avec les www.torredelvisco.com randonnées près de la rivière, pour découvrir les piscines artificielles, ou avec des activités plus physiques, comme le VTT, le cheval ou la marche à pieds dans la montagne.

Loin du stress de Barcelone et de Madrid…

publi-reportage

La Torre del Visco apparait comme un bon compromis pour oublier le stress de Barcelone ou de Madrid, puisqu’il propose le grand air, la douceur champêtre, la tranquillité romantique et le bien-être d’un endroit isolé. Tout cela sans rien sacrifier de l’élégance et des dispositions que l’on peut attendre d’un hôtel qui fait partie des Relais & Châteaux. Mention spéciale pour le service, attentif ! Sans oublier aussi le bâtiment, majestueux, ses chambres qui bénéficient d’une belle luminosité. Indéniablement confortables, elles ont le mérite d’allier la commodité des prestations modernes sans perdre le style ancien et l’ambiance d’époque qui font tout le charme de l’endroit. Une bonne idée d’escapade qui devrait permettre à tout un chacun de découvrir quelques-uns des délices que nous offre l’Espagne. aurélien le Genissel

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escapades

n

Petites astuces pour rouler intelligent

Faites le plein… d’idées pour réduire votre consommation de carburant, pour le bien de votre porte-monnaie, et pour l’environnement !

Moins de carburant …plus Economiser du carburant et respecter l’environnement, en adoptant une nouvelle façon de conduire, est à la portée de tous… Bertrand Gourmelin, spécialiste en automobile, vous donne quelques conseils. Les pneus Faites votre pression des pneus aussi souvent que possible, c’està-dire au moins une fois par mois. Car des pneumatiques sous gonflés feront augmenter votre consommation de carburant et ce d’une façon considérable. Petit aparté concernant les pneumatiques, n’achetez pas des pneus d’une marque de grande surface ou d’une marque inconnue ! En Espagne l’expression “lo barato cuesta caro”, autrement dit, “le bon marché revient cher” se vérifie assez facilement. Souvent ces pneumatiques bon marché ont une très faible durée de vie.

L’air conditionné Son utilisation engendre un surcoût de consommation de 1 litre/100 km. Le compresseur de climatisation puise de l’énergie sur votre moteur. Par exemple, votre véhicule dispose de 100ch/din, il en perdra 10 (ch) une fois la climatisation enclenchée, d’où le surcoût de consommation pour compenser la perte de puissance. L’air conditionné n’a rien d’écologique, et pour la santé rien de bon non plus. Savoir régler la température est primordial. Et baisser, voire arrêter la climatisation avant d’arriver à destination l’est tout autant.

Couper (arrêter) son moteur quand vous êtes à l’arrêt Cela peu paraître absurde, mais dans des em-

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Bertrand

d’environnement bouteillages, ou au feu rouge, nous laissons nos moteurs tourner. L’idée toute simple est de couper son moteur quand il n’a aucune raison de fonctionner. Un arrêt d’une minute suffit ! Petite recommandation cependant : ne le faites que quand celui-ci est chaud, car redémarrer un moteur froid dépense plus d’énergie. Certains véhicules disposent du système “stop and start” ou “stop and go” qui s’active dès que le véhicule s’immobilise.

Le covoiturage

L’une des très bonnes idées de ces dernières années. Partagez la route ! Frais d’essence et de péage : l’économie est surprenante ! De plus, vous ferez des rencontres souvent enrichissantes, et votre voyage vous paraîtra beaucoup moins long. Gourmelin

Français vivant à Barcelone, conseiller commercial automobile indépendant, il a 20 ans d’expérience chez Ford. Pro en indications et autres conseils de conduite. Il est le roi des bonnes adresses pour acheter un véhicule neuf ou d’occasion sur Barcelone et le Vaucluse (France-Provence). http://lautentic.e-monsite.com bgourmelin@gmail.com Tél. +34 633 29 37 06

Les accessoires Remorques, galeries de toit : Les enlever en cas de non-nécessité. Une galerie de toit par exemple offre plus de résistance à l’air, et donc augmente votre consommation de manière excessive (40 % environ).

Pourquoi pas changer votre itinéraire  ou le rendre plus économique ? Avec un GPS, ou grâce aux infos routières, gérez vous-même votre itinéraire !  Evitez ainsi des zones de forte concentration, privilégiez les routes annexes qui ne vous prendront pas beaucoup de votre temps. Et profitez de la vie ! Bertrand Gourmelin


VOTRE ANNUAIRE

MÉDECINS n BARCELONE n n Ophtalmologue

n Médecine vasculaire

Dr. Juan A. Garcia de Oteyza Ophtalmopédiatrie, chirurgie de la cataracte et réfractive. Lentilles de contact C/ Dr. Carulla 31-33, bajos 08017 Barcelona Tél/Fax. 934 18 67 89 jgf7733@comb.cat

Dr. Maya Gracia Graells Centre des maladies vasculaires Médecine vasculaire, angiologue, phlébologue Ronda Sant Pere 25, pral 1° 08010 Barcelone Tél. 933 43 61 29 672 30 96 57 mayagracia@yahoo.es www.medicinavascular.es

n Psy Dr. Michèle Rodriguez Psychanaliste, psychothérapeute, éducatrice spécialisée enfants, ados, adultes Plaça Llibertat, 4, pral 08012 Barcelone Tél. 934 15 30 28 michele.r.astuguevieille@hotmail. com

n Dentistes Dr. Christian Eickhoff Clinique dentaire : deutsche-zk Chirurgien dentiste spécialiste en odontologie, implantologie, orthodontie C/ Consell de Cent, 249 bajos 08011 Barcelone Horaire : Lundi-Vendredi 10-14h et 16-21h Tél. 933 23 96 29 info@deutsche-zk.com www.deutsche-zk.com Mutuelles associées : AXA, Allianz Dr. Jorge Hernan Brion Odontologie générale, orthodontie, implants, esthétique dentaire, chirurgie dentaire, réhabilitation intégrale C/ Capitan Arenas, 28 1º- 4ª, esc.A 08034 Barcelone Tél. 932 80 33 46 jhbrion@hotmail.com www.cdbrion.com

n MADRID n n Psy Dr. Martine Burdet-Dombald Psychologue, psychanaliste C/ Asura 91, 5ª E 28043 Madrid Tél. 913 88 73 10 mburdet@terra.es

n Dentistes Dr. Mya Choufani, DDS Dr. Victor Begara Medina Equipe spécialisée en Implantogie, orthodontie, pédiatrie dentaire et dentisterie esthétique Clinica CLOE Avda. de los Prunos, 5-7 28042 Madrid Tél. 913 71 79 19 clinica@clinicacloe.com www.clinicacloe.com Dr. Sophie-Karine Gras Implantologie, chirurgies parodontales C/ Almirante, 11 28004 Madrid Tél. 915 22 91 68 dasl7000@gmail.com www.dentisarts.com

n BARCELONE n

n MADRID n

Me Maria E. Pontigo Drabs C/ Diputación, 302 3º 1ª 08009 Barcelone Tél. 933 42 99 97 contact@avocatfrancophone.com www.cabinetglobaldefense.com

Me Miguel Morillon Pº Castellana 102, 2 Dha. 28046 Madrid Tél. 911 85 17 37 - 670 222 258 Fax. 914 11 64 85 mmorillon@morillon.es www.morillon.es www.morillon-avocats.com www.miguelmorillon.com

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couple et sexualité

Vers

la fin du couple ?

Le contexte socio-économique a modifié le couple. Celui-ci ne parvient plus à s’afficher dans le temps. Carina Bentolila, psychotérapeute à Madrid, analyse pour Rézo les causes de ces changements. Le couple est-il condamné pour autant ? Pas si sûr.

N Carina Bentolila Psychologue Psychothérapeute Adultes, enfants, adolescents, thérapie individuelle, de couple et de famille. Tel : 639 926 795 C/ Clara del Rey, 79, 4ºD Madrid. Metro Alfonso XIII

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ombreux sont les auteurs qui pensent que le couple actuel est en crise et qu’il va disparaître. Ils se basent sur les taux de divorce élevés, la diminution des mariages, l’existence de couples homosexuels, de familles homoparentales ou multiparentales (voir l’enquête sur la famille en Espagne pages 18-22) qui imposent de nouveaux systèmes de relation. A cela, il faut ajouter les conflits classiques du couple tels que les jalousies, les infidélités, et de nouvelles situations comme la peur de l’intimité émotionnelle. Zygmunt Bauman, dernier lauréat du prix Principe de Asturias, caractérise la modernité comme un “temps liquide”, nous passons d’une modernité solide et stable à une modernité liquide et flexible, où les structures sociales ne durent pas le temps nécessaire pour se solidifier afin de servir de référence aux êtres humains. Le leitmotiv n’est pas d’accumuler des biens mais de les utiliser et s’en défaire pour faire place à de nouveaux biens.

En général les êtres humains ont de grandes attentes dans les relations de couple. Nous voulons tomber amoureux, sentir la passion. Mais l’idéal du “jusqu’à ce que la mort nous sépare” et le mythe de “mon autre moitié” ont changé et sont remplacés par une relation consensuelle pendant un temps indéterminé entre deux personnes qui cherchent des relations sexuelles dans un cadre affectif d’intimité et de camaraderie.

La peur d’établir des relations stables Bauman explore les conséquences de la globalisation, de ce qu’il appelle “l’amour liquide”, la peur d’établir des relations stables et la fragilité des liens qui semblent ne dépendre que des bénéfices qu’ils génèrent. Il postule que l’amour a dégénéré à tel point que la mentalité commerciale imprègne tout et les relations se mesurent en termes de coûts et de bénéfices. Trouver la personne idéale est planifié comme le serait un bon investissement.


Les individus sont à la recherche de compagnons de voyage qui leur ressemblent (classe sociale, emploi, éducation, amitiés…). Or l’idée qu’il n’existe qu’un seul schéma de couple idéal est fausse, surtout parce que le couple est changeant. Comme dit le psychanalyste Miguel Spiwakof, auteur de Clinica psicoanalitica con parejas, chacun évolue différemment, personne n’est éternellement idéal, il s’agit plutôt d’accepter ces changements et de les vivre positivement, comme un enrichissement. Les crises existent, bien sûr, mais elles peuvent être surmontées si le désir vient des deux côtés.

Se connaître prend du temps La société actuelle appuie la stabilité du couple mais elle stimule aussi le changement de partenaire. Les gens veulent être heureux ici et maintenant : les couples ne se marquent pas un temps d’attente, les situations tendent à être résolues le plus rapidement possible sans essayer d’améliorer la situation. Souvent, les individus se séparent sans que ce soit le moment adéquat pour rompre. Ces personnes cherchent à résoudre de façon compulsive leurs conflits non résolus dans leur enfance et exigent à leur couple de remplir leur vide intérieur. Quand la passion finit, le couple rompt puisque la tendresse et la compagnie ne suffisent pas, l’engouement est confondu avec l’amour. Et se connaître prend du temps.

L’indépendance des femmes : la fin du partage des rôles Les limites rigides entre les rôles des hommes et des femmes ont disparu, les femmes sont de plus en plus indépendantes et sont capables de prendre leurs propres décisions. Elles ne recherchent plus dans le couple une stabilité économique et sociale. Selon Ramon Corominas, auteur de La pareja en conflicto, en Espagne, la femme se sent puissante et utilise désormais son pouvoir. Maintenant c’est elle qui crie “si tu ne fais pas ceci je me sépare”. Elle ne se rend pas compte qu’elle peut aussi profiter du plaisir de vie en commun et ce n’est qu’en se séparant qu’elle s’aperçoit ce que c’est de vivre seule. Aussi, je retrouve souvent dans mon cabinet des femmes qui ont étudié, travaillé durement pour atteindre un statut et qui ont des difficultés à devoir abandonner tout ce pour quoi elles ont lutté pour suivre leur conjoint, dans le cas d’une expatriation par exemple. Ces femmes sentent que leur vie est vide et trouvent injuste de ne pas pouvoir exercer leur métier alors qu’elles ont fait des études aussi importantes que leur époux. C’est pourquoi, il est très important d’arriver à un consensus dès le début, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, pour que les rôles soient partagés.

Quand l’amour rime avec narcissisme De nos jours les individus ont besoin de se sentir aimés pour pouvoir se sentir formidables. Ils cherchent le coté romantique de leur union, les émotions prennent de l’importance, la séduction, le cortège, l’érotisme sont intensément vécus. La surévaluation des attributs physiques et économiques sur le choix d’un conjoint est aussi l’un des aspects qui ont un impact négatif. Il semble que notre estime va dépendre du partenaire, et narcissiquement parlant nous avons besoin d’avoir à nos côtés “su-

perman ou superwoman” pour nous sentir épaulés. Pourquoi ne pouvons-nous pas être avec quelqu’un simplement parce qu’il nous fait rire, nous traite bien ou nous rend heureux ?

La liberté sinon rien… Actuellement la tendance va vers des relations sexuelles superficielles dépourvues d’affection, détachées de la reproduction, de l’amour, de la sécurité et de la permanence des liens. La jalousie et les infidélités provoquent des traces difficilement réparables dans des liaisons où s’installent le manque de confiance et l’insécurité. Les relations durables, disparaissent, former une famille et avoir des enfants sont des projets qui représentent de véritables obstacles pour la liberté que les sujets liquides réclament. Si les besoins de sécurité et d’affectivité n’ont pas cessé d’être présents pourquoi avoir peur de l’intimité émotionnelle, du compromis ?

Manque de maturité et d’altruisme Crainte de se montrer tel qu’on est devant notre partenaire, peur de la vulnérabilité devant l’amour, d’être heureux, de se donner : pour éviter la frustration, on aime mais avec prudence, par morceaux. Nous retrouvons le cas de personnes qui préfèrent arrêter une relation de peur que ce soit l’autre qui l’abandonne. Il serait bon de commencer à laisser de côté notre besoin d’être heureux à outrance, égoïstement, et chercher aussi à rendre heureux notre partenaire, être attentif à ses besoins, à ses silences, à ses changements. Apprécier les moments de complicité, d’échanges.

Accepter l’autre tel qu’il est Malgré un manque de maturité pour affronter les relations, en tant que psychologue je pense que la vie en couple ne va pas disparaître. Elle est sujette à des modifications, c’est un projet de vie en commun avec des nouveaux codes et des nouvelles valeurs. Vivre en couple demande une adaptation, un échange continu, faire l’effort d’accepter l’autre tel qu’il est. Les couples qui consultent un thérapeute sont de plus en plus nombreux. Ils demandent une aide pour connaître et résoudre les motifs de leur désenchantement ou de leurs discussions constantes. Les psychologues de couples offrent un espace pour penser ensemble, apprendre à se comprendre, à se parler en évitant les reproches, dans une attitude de respect mutuel. Carina Bentolila

Certains changements de la société actuelle - Participation active de la femme dans le monde du travail et dans l’économie familiale - Moindre pression sociale sur la durabilité du couple - Rapide succès économique - Plus grande participation de l’homme dans la vie familiale - Acceptation des familles homoparentales - Acceptation des couples homosexuels - Utilisation de contraceptifs - Contacts à travers internet - Sexualité sans tabous

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l’horoscope de Véronique Andrée

BALANCE (23/09 - 22/10)

BELIER (21/03 - 20/04)

Des remises en question seront nécessaires pour aller de l’avant, surtout pour les Balance du second Enfin ! Jupiter entre dans votre signe, une décan. Attention, vous pourriez vous disputer avec vos supérieurs ! Où est donc cette merveilleuse énergie nouvelle vous poussera à prendre diplomatie qui vous caractérise ? Rassurez-vous, le Soleil et Mars vous donneront l’énergie de prendre de grandes décisions, les affaires sont en de bonnes décisions et vos amis de toujours seront là pour vous soutenir. expansion et de nouveaux départs s’annoncent. Mars vous stimule et vos décisions seront SCORPION (23/10 - 22/11) rapides et justes. Restez tout de même prudents Rengainez vos épées car les disputes ne seront pas en votre faveur, utilisez plutôt et ne foncez pas tête baissée car Saturne en votre magnétisme et vos dons psychologiques pour résoudre le casse tête dans lequel vous Balance vous demande encore de mettre un frein à vous trouvez en ce moment, celui-ci ne devrait pas durer et les mots de tête disparaîtront. votre impatience. Côté cœur, des rencontres et des Bientôt Aphrodite (Vénus) mettra du baume sur vos plaies et qui sait, fin février, une nouvelle retrouvailles se profilent à l’horizon, l’année s’annonce romance ? Je vous souhaite bonne chance ! bien !

SAGITTAIRE (23/11 - 21/12)

TAUREAU (21/04 - 21/05)

C’est la fête ! Voyages et plaisirs à la carte, de belles rencontres vous rempliront de bonne humeur. Les célibataires ne le seront peut être plus et vous serez au top de votre forme. Votre goût pour les découvertes est rehaussé par Jupiter, si vous comptez entreprendre de nouvelles études le moment est bien choisi. Mais attention à votre budget car vous aurez tendance à dépenser sans compter…

Des nouvelles et encore de la paperasse en ce début d’année : il se pourrait fort que l’on arrive à vous faire sortir de votre calme légendaire ! Ne laissez pas une petite dispute meurtrir une grande amitié. Ménagez-vous car les Astres vous mettent à l’épreuve, cela ne durera pas car Vénus vous enverra des ondes positives en février et votre charme fera de nouveau son effet.

GEMEAUX (22/05 - 21/06)

Le ciel est avec vous, de vieilles affaires se résoudront et des liens se resserreront, Cronos (Saturne) vous aidera à vous concentrer sur des projets qui auront de grandes chances de longévité, pourquoi pas l’achat d’une maison ? Vous aurez des allures de guerriers et les conquêtes se profilent à l’horizon, vous ne devriez pas être seuls pour la Saint Valentin, préparez-vous mesdames !

CANCER (22/06 - 22/07)

CAPRICORNE (22/12 - 20/01)

Vous aurez la bougeotte en janvier, des déplacements et beaucoup de travail en perspective. Ne vous submergez pas trop de responsabilités ou votre dos s’en ressentira. Vénus vous apportera de la détente en février, des rentrées d’argent sont à prévoir, alors soufflez un peu et amusez-vous pour démarrer cordialement cette nouvelle année !

Soyez patients, même si la pleine lune dans votre signe vous fera rêver plus que d’ordinaire, Saturne rétrograde en Balance, vous demandera de rester ancrés dans la réalité. Profitez-en pour vous débarrasser de l’innécessaire et de faire le ménage pour la nouvelle année. Des nouvelles du passé referont surface, surtout, ne vous laissez pas déborder par les obligations familiales, votre sensibilité en souffrirait un peu plus que de coutume et vous obligerait à rentrer dans votre coquille…

VERSEAU (21/01 - 19/02)

Vos nerfs seront mis à rude épreuve car Mars est dans votre signe, vous devrez prendre des décisions rapides concernant vos amis proches, il vous sera parfois difficile de garder votre calme. Fort heureusement les relations sentimentales se consolideront et vous aurez la capacité mentale de démarrer de nouveaux projets basés sur de solides fondations. Tout se calmera après votre anniversaire. Mes meilleurs vœux !

LION (23/07 - 22/08)

Envie de créer en ce moment ? De voyager ? Jupiter devrait vous apporter de nouvelles opportunités, ne les laissez pas s’échapper ! Mais prenez garde de ne pas vous surestimer car Mars en opposition à votre signe pourrait vous faire prendre des risques inconsidérés. Ne vous fâchez pas même si l’on vous provoque, laissez place à votre bon cœur. Les coups de foudre sont normalement rares en hiver, mais l’influence de Jupiter est à saisir, sortez le soir !

POISSON (20/02 - 20/03)

Un peu de répit en ce début d’année, Mars le guerrier vous laisse enfin tranquille, vous pourrez vous laisser porter par les courants doux du calme après la tempête. De la poésie et des cadeaux seront en votre honneur, sachez les recevoir. Les Astres vous laissent en paix, profitez-en pour VIERGE (23/08 - 22/09) vous refaire une santé et vous occuper Après une année 2010 mouvementée mais surprenante, vous allez enfin pouvoir souffler un peu. De de vous mêmes sans culpabiliser. bonnes nouvelles venant d’Hermès (Mercure) annoncent des transactions intéressantes et du renouveau Bonne année ! professionnel. Vos finances devraient s’améliorer car les trigones de Vénus vous aideront à retrouver une vie agréable, vous l’avez bien mérité, des soirées “cheminée” et de la tendresse en perspective.

Le Chat par philippe geluck / www.geluck.com

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REZO nº2