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MONCHALIN CHLOÉ

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Nuit Debout, L’espace [de la Ré]publique Spatialisation d’une revendication

Master « Architecture, Villes, Ressources »


Photo de couverture et de quatrième de couverture : Nuit Debout Paris crÊdits : Nicolas Vigier. source : Flickr


Nuit Debout, L’espace [de la Ré]publique Spatialisation d’une revendication

Directeur de mémoire : Dimitri Messu 2017 E.N.S.A.G.


REMERCIEMENTS Je souhaite tout d’abord adresser mes sincères remerciements à mes professeures Cécile Léonardi et Stéphanie Dadour, ainsi que mon directeur de mémoire, Dimitri Messu. Votre aide, vos réflexions ainsi que nos discussions m’ont permis de mener à bien ce travail. Ensuite je remercie chaleureusement Delphine Riant, Marie – Julien Laferrière, Laury-Anne Cholez, Antoine Dézert, David Shariaty, Samuel Chalom et Louis Schmitz. Grâce à leurs témoignages j’ai pu m’immerger dans l’univers Nuit Debout, et leurs dessins ont été un moteur dans l’avancée de ma réflexion. Enfin je remercie ma mère, Véronique Monchalin, pour ses heures de relecture. Ainsi que tous ceux, famille et amis, qui m’ont apporté leur soutien au fil de ce travail.


SOMMAIRE

AVANT - PROPOS/ p. 3 INTRODUCTION/ p. 13-15 1. LA SPATIALISATION DE NUIT DEBOUT : Trois façons de vivre cet espace ?/ p. 16-33 1.1 Bouger et cheminer : les acteurs 1.2 Monter et démonter l’espace : les metteurs en scène 1.3 Relire les limites de la scène : les spectateurs 2. LA FABRICATION DE L’ESPACE DU DÉBAT/ p. 34-45 2.1 L’assemblée générale 2.2 L’ « archipel » 2.3 La structure sociale 3. LA PLACE DES CONCEPTEURS D’ESPACE : Le collectif Archi Debout/ p. 46-55 3.1 Archi Debout : histoire du collectif 3.2 Quels sujets pour les architectes ? 3.3 La mise en place du débat CONCLUSION/

p. 59-61

BIBLIOGRAPHIE/ p. 65-70


AVANT - PROPOS Pour comprendre pourquoi j’ai décidé de travailler sur le mouvement Nuit Debout, il faut d’abord que j’explique mon cheminement dans la recherche de sujet. Retour en septembre 2016, quand, naturellement, mes premières pistes de réflexion se sont portées vers la vaste et dense question de « L’espace public ». L’espace public que nous pratiquons aujourd’hui avec un regard plus critique, nourri par notre bagage architectural et culturel. Delbaere dans son ouvrage « La Fabrique de l’Espace Public Ville Paysage et Démocratie » définit l’espace public comme « le cadre spatial de l’échange et de la confrontation sociale »1 et « l’articulation du social sur le spatial qui fait l’espace public »2. Comme lui je crois impossible la dissociation entre urbain et social, et c’est par cette combinaison d’analyses que j’ai voulu orienter mes recherches. C’est vers la place des usagers dans l’espace public que j’ai dirigé ma réflexion. Comment le piéton reprend-il sa place dans un système urbain souvent imaginé autour de la voiture ? Réfléchir à l’occupation de l’espace public par les piétons est un vaste sujet. Pour le préciser je me suis mise en quête d’une porte d’entrée pour traiter plus spécifiquement l’appropriation piétonne dans la ville. Comment les piétons dans la ville investissent aujourd’hui l’espace public ? Passionnée d’art contemporain et d’expositions, je me suis demandé pourquoi ne pas explorer les manifestations artistiques dans l’espace public en me posant la question : comment l’espace public se transforme-t-il pour devenir le média de l’artiste ? C’est alors que l’idée, qui est devenue ma porte d’entrée, a été que toute occupation de l’espace public nait d’un message, d’une revendication. Très inspirée par les réflexions de Janette Sadik Khan dans son ouvrage « Streetfight : Handbook for an Urban Revolution »3, je puise en ses idées celle que l’espace public peut être instrumentalisé afin de faire passer un message, une revendication. Son « streetfight » à elle est de tester ses idées à échelle 1 pour ensuite convaincre du fait que « oui rendre la rue aux piétons, c’est possible et ça marche ». Alors instrumentalisé oui, politisé oui, l’espace public est l’interface entre le foyer et le pouvoir de l’état. Mais alors comment devient-il un espace de revendication ?

1

Delbaere, Denis. (2010). La Fabrique de l’Espace Public Ville Paysage et Démocra tie. (Ellipses Marketting) Collection La France de demain. France. p.13

2

Ibid. p.79

3

Sadik-khan, Janette; Solomonow, Seth (2016). Streetfight : Handbook for an Urban Revolution. (Viking). New York.

3


INTRODUCTION De l’agora Grecque aux mouvements sociaux actuels en passant par les couronnements des rois de France, l’espace public a de tous temps été le lieu d’événements publics et politiques. Défini par Jürgen Habermas1 en 1962 comme « la sphère du dialogue de l’opinion publique » ou encore « l’espace de la démocratie », l’espace public devient alors cet interface entre l’individu et le pouvoir public. Manifestations de force et de pouvoir «la ville a été régulièrement parcourue à pied par les élites urbaines à l’occasion de manifestations publiques »2 racontent Stéphane Demeter et Cecilia Paredes dans leur article « Quand la marche raconte la ville ». La marche en ville, « un symbole historique de prise de pouvoir »3 comme le démontrent les couronnements mais aussi la prise de la bastille, où « la marche apparaît comme le dispositif central […] qui contribue à asseoir le pouvoir d’un souverain ou de ses représentants sur un territoire»4. Il n’est donc pas nouveau que les manifestations de rue naissent d’un besoin d’asseoir une légitimité, de reprendre un droit que l’on pense bafoué. La manifestation, définie par le Larousse comme « l’action de rendre visible », a pris au cours de l’histoire la forme de marches dans la ville. De facto aujourd’hui le mot « manifestation » est associé dans l’imaginaire commun au mouvement, à l’action de déambuler dans les rues pour porter une opinion. Cependant on observe depuis les années 2000 de nouvelles manières de revendiquer dans l’espace public urbain, pour rendre visibles et entendues ses réclamations. Michel Lussault, dans l’ouvrage « Habiter le campement » écrit que « Occupy et les mouvements d’Indignés paraissent également décalés des types classiques de mobilisations de rue »5. Ces mouvements tels que les Indignados à Madrid, Occupy Wall Street à New-York et plus récemment Nuit Debout en France se sont organisés dans l’espace public dans ce besoin citoyen de reprendre la parole dans la vie politique. Thierry Paquot définit l’agora comme lieu public de rassemblement « où les citoyens se réunissent pour régler les différends, discuter d’un problème qui

1

Habermas, Jürgen. L’espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise. (Payot) Paris, 1988 (première édition : 1962)

2

Demeter, Stéphane ; Paredes, Cécilia. (2013). « Quand la marche raconte la ville : quelques itinéraires de la cour à Bruxelles (XVIe-XVIIe siècles) ». In Clara, n°1. p.81

3

Ibid. p.81

4

Ibid. p.81

5

Sous la direction de Meadows, Fiona. (2016). Habiter le campement. (Actes Sud). Paris. p.253

5


les concerne »6, et comme dans le passé ces espaces publics se transforment aujourd’hui en véritable agora, où les participants sont à priori libres de s’exprimer. Ces places publiques « constituent à la fois un enjeu de pouvoir et un instrument de contrôle »7 pour les mouvements s’y installant.

6

« L’usage du campement public comme moyen principal et principiel est donc une différence de taille »8 souligne Michel Lussault dans son texte « contestation sur places ». Les collectifs contestataires changent leur spatialité dans la ville et investissent l’espace public pour rendre leurs revendications visibles. J’utilise ici le terme « spatialité » comme défini par le Larousse en tant que « caractère de ce […] qui s’organise dans l’espace ». Autrefois occupant des rues, les manifestants d’aujourd’hui concentrent leurs actions sur les places publiques. Ces nouvelles occupations de places publiques prennent la forme de Sit-In. Littéralement « s’asseoir sur » ces sit-in sont des « manifestations pacifiques constituées de personnes assises par terre sur la voie publique »9. Ces mouvements contestataires ont pour point commun spatial un besoin de visibilité au sein de leur ville, où « se réunir dans un espace public répond à un objectif de visibilité vis-à-vis du reste de la population et des pouvoirs publics»10, comme l’écrit Héloïse Nez dans son texte « Délibérer en plein air » . Dans l’ouvrage de Jean-Jacques Terrin « Le Piéton dans la ville : espace public partagé »11 il est écrit que « l’espace public doit être le lieu de l’urbanité, principal support de l’identité d’une ville » comme en témoigne le rigoureux et riche mémoire d’Amandine Langlais, étudiante à l’ENSA Versailles en 201212. En s’installant dans les places publiques emblématiques les manifestants jouent alors directement avec l’identité de leur ville, en face à face avec les pouvoirs publics. Héloïse Nez, elle, écrit que « loin d’être un acte dénué de toute signification symbolique, s’approprier un espace public urbain revient à mettre en avant la dimension publique de cet espace et à dénoncer sa privatisation »13 ce qui démontre le caractère non anodin du choix de l’espace à s’approprier. Les manifestants s’approprient souvent des places emblématiques pour faire passer un message, reprendre leur place et leur droit de dialogue au sein de la société en rebrandissant leur droit d’appropriation de la ville.

6

Paquot, Thierry. (2009). L’espace public. (La découverte). Paris. p.68.

7

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille (2016). Les lieux de la colère : Occuper l’espace pour contester, de Madrid à Sanaa. (Karthala, Vol. 1). Paris.p.27.

8

Meadows, Fiona. Op. Cit. p.253

9

Définition tirée du dictionnaire Larousse

10

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille. Op. Cit. p.198

11

Terrin, Jean-Jacques. (2011). Le Piéton dans la ville, l’espace public partagé. (Paren thèses) Collection la ville en train de se faire. France

12

Langlais, Amandine. (2012). La place de la (SOL)ution. Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles.

13

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille. Op. Cit. p.207


« Investir la place, c’était en quelque sorte se réapproprier ce bien qui nous appartient à tous » explique Béchir Bouderbala, citoyen engagé, à propos du mouvement Nuit Debout14. Mouvements emblématiques d’une génération, ils sont connus pour leurs revendications et grâce aux réseaux sociaux sont facilement relayés, informés et retranscris. On observe souvent une connexion dans l’imaginaire public entre leur nom de mouvement et la place qu’ils occupent. « C’est alors que Puerta del Sol est devenue, aux yeux du pays tout entier, et même à échelle internationale, la place de référence, la « place des Indignés »15, écrit Amandine Langlais en 2012. Aujourd’hui, en 2017, au-delà de Puerta del Sol, c’est la place de la République à Paris et le mouvement Nuit Debout ; la place du Changement à Sanaa et les mouvements du printemps arabe, qui résonnent dans l’imaginaire public comme connectés, comme « place de référence ». Pourquoi « Nuit Debout Paris » ? S’il serait pour moi enrichissant de m’intéresser à tous les mouvements contestataires cités plus haut, à l’échelle de notre mémoire, choisir un mouvement social et en étudier son agencement spatial au sein de la ville me paraît plus adéquat. C’est pourquoi j’ai décidé de me focaliser sur le mouvement très actuel de Nuit Debout, et plus particulièrement Nuit Debout Paris qui a investi la Place de la République en avril 2016. Pour comprendre le soulèvement du 31 Mars 201616, il faut remonter en début d’année 2016 lors de la sortie du film documentaire satirique « Merci Patron ! », réalisé par François Ruffin. Ce documentaire, critique d’une société dirigée par les grands patrons, va ouvrir la voix aux revendications sociales jusqu’ici contenues17. Un mois plus tard, le 24 Mars 201618, la ministre du travail, madame El Khomri présente son projet de loi Travail auprès du conseil des ministres. Quelques jours plus tard des manifestations contre ce projet de loi éclatent partout en France. François Ruffin, réalisateur du documentaire « Merci Patron ! », raconte dans le documentaire « Nuit Debout »19 qu’il a saisi ces mouvements de soulèvements contre la république comme une « bombe d’énergie » pour « tenir tête aux puissants ». « L’initiative de la « Nuit Debout » a été lancée par le collectif Convergence des luttes. Le collectif est né le 23 février dernier, à l’issue d’une réunion publique organisée par le journal Fakir 14

Bouderbala, Béchir. (Avril 2016). « Je vais à Nuit debout : cette agora est bénéfique. Tous les citoyens doivent s’y rendre. » In Le Nouvel Obs

15

Langlais, Amandine. Op. Cit.

16

Cf Frise Chronologique, p.10-11

17

Page Wikipédia de “Merci Patron.”

18

« Loi travail. » (2016). In Droitfinances.net.

19

Louvet, Sylvain ; Favre, Aude. (2017). Nuit Debout. France.

7


autour du film « Merci Patron ! », réalisé par François Ruffin, le créateur du journal »20, raconte Marie Merdrignac dans Ouest France. De ce réveil citoyen spontané, le 31 Mars 2016, est né le mouvement Nuit Debout, Place de la République. Pendant 100 jours et 100 nuits les Nuitdeboutistes21 ont occupé la Place de la République, pour contester la politique en place, pour « se remettre enfin debout »22. « Chaque jour, nous sommes des milliers à occuper l’espace public pour reprendre notre place dans la République. Venez nous rejoindre, et décidons ensemble de notre devenir commun. »23

8

Pendant 100 jours et 100 nuits les nouveaux habitants de la place de la République ont créé un campement organisé, à la manière d’un village, autour de ses nouveaux usages et cheminements. « Un désordre un peu anarchique qui fait tout le charme de la Nuit Debout ! »24 peut-on lire sur « Gazette Debout ». Le mouvement Nuit Debout a connu vers sa fin des soirées plus mouvementées, où le campement était obligé d’être plié le soir jusqu’à ce qu’il ne soit plus remonté le lendemain.

20

Merdrignac, Marie. (Avril 2016). « Nuit Debout, des « Indignés » à la française ? » In Ouest France

21

Appellation des manifestants du mouvement Nuit Debout, Blog « Gazette Debout ».

22

Louvet, s. Favre, A. Op. Cit.

23

Site internet du mouvement Nuit Debout.

24

Gazette Debout. (Avril 2016). « Comment s’y retrouver dans le joyeux bazar de la République. » In Gazette Debout.


9

Bienvenue à Nuit Debout. crédits : Jacques Billaudel. source : Flickr

Rêve Général. crédits : Stephane Burlot. source : Médiapart


CHRONOLOGIE DU MOUVEMENT NUIT DEBOUT

1 Mai 2016 : A la suite de violences, le campement doit être démonté chaque soir 24 Mars 2016 : Loi Travail de Mme El Khomri

5 Avril 2016 : Nuit Debout se décentralise et investit les places françaises

24 Février 2016 : Sortie du documentaire «Merci Patron ! »

23 Février 2016 : Création du collectif « Convergence des luttes »

31 Mars 2016 : 1er rassemblement Nuit Debout

17 Mars 2016 : Première manifestation contre le projet de Loi Travail

24 Avril 2016 : Arrivée du collectif Archi Debout sur la place de la République


Fin Juin 2016 : Fin de l’occupation de la place de la République

Présence du mouvement sur Internet

8 Juin 2016 : Expulsion des Nuitdeboutistes de la place de la République

31 Mars 2017 : Rassemblement anniversaire sur la place de la République


Beaucoup analysée lors de sa livraison, la place de la République laisse les critiques dubitatifs quant à la trop grande surface laissée vide et minérale, qui renvoie à un « un vide mortifère » selon Libération25. Interrogés maintes fois les architectes ont justifié leur choix en exprimant que « La place a été conçue pour pouvoir être dans du collectif, se regrouper, manifester… »26, ils avaient aussi répondu « le vide appelle l’activité humaine »27. Visionnaires ? En tout cas pari réussi lorsque leur théorie s’est vérifiée le 31 mars 2016 quand la place de la République s’est vue appropriée et aménagée par les Nuitdeboutistes autour de pleins et de vides, de rues et de stands, d’espaces citoyens où la joie de vivre était finalement le maître mot. « C’est l’espace public qui est le réceptacle de la protestation. A République, c’est lui qui recueille les réactions des gens.»28 déclare Pierre-Alain Trévelo, architecte-associé de l’agence TVK, concepteurs de la place de la République. Quels sont les enjeux de la spatialisation ?

12

Les auteurs de l’ouvrage Les lieux de la colère font le postulat que « toute mobilisation se constitue, se déploie dans, voire s’empare d’un espace territorial précis, compris ici dans sa matérialité géographique.»29 En tant qu’architecte la question que me pose cet aménagement spontané de « la plus grande place piétonne Parisienne »30 est l’organisation spatiale du mouvement. Comment le sit-in Nuit Debout s’est-il installé dans la place publique pour faire entendre ses revendications ? Et en quoi cette appropriation de la Place joue-t-elle un rôle dans le débat ? Nuit Debout Paris s’est approprié la place de la République et l’hypothèse que je vais développer est que la spatialisation interne du campement est aussi importante dans la manifestation que les revendications elles-mêmes. Revendiquer sa place au sein de la République, en manifestant contre le pouvoir politique Place de la République est fort de sens. « République n’est pas un lieu anodin, le mot a un sens : la République, c’est la «res publicae», la «chose publique».»31 comme le décrit Béchir Bouderbala. C’est pour cette raison que je vais principalement étudier la période où le campement était monté jours

25

Marcelle, Pierre. (Juin 2013). « Place de la République, allégorie d’un vide mortifère. » in Libération.

26

Gauvin, Jean-Baptiste. (Janvier 2016). « Entretien – Pierre-Alain Trévelo, l’architecte qui a rénové la place de la république. » In Point culture.

27

Clavel, Geoffroy. (Octobre 2016). « Comment la Place de la République s’est forgé en un an un statut d’exception. » In Huffington Post.

28

Vincendon, Sybille. (Janvier 2015). « L’architecte de la place de la République : «Cette place a tout de suite joué un rôle de symbole» ». In Libération.

29

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille, Op. Cit. p.17

30

« Réaménagement de la Place de la République » Paris. ( Juin 2013). In Le Courrier de l’Architecte

31

Bouderbala, Béchir. Op.Cit.


et nuits, les 100 premiers jours et 100 premières nuits où la place de la République a fonctionné suivant une organisation « village » que j’expliciterai en première partie. L’objectif de mon mémoire est d’analyser la spatialisation de cet espace de revendication. « En ce sens si l’on considère les mobilisations comme issues de la volonté d’un groupe social de renverser un désavantage profondément enraciné, on peut être attentif à l’agencement spatial »32 comme l’écrit Sewell, sociologue américain, en 2001. Il précise ses dires en ajoutant que ce sont les « manières dont les contraintes spatiales sont retournées à leur avantage dans les luttes politiques et sociales et les manières dont les luttes peuvent restructurer les sens, les usages et les valeurs stratégiques de l’espace »33. Je retiens dans sa phrase l’idée que l’espace de revendication, une fois installé, met à l’épreuve l’espace public en le réaménageant à son avantage, et donc en utilisant ressources et contraintes pour le transformer en élément majeur de la revendication. En observant le fonctionnement de l’agencement spatial du mouvement Nuit Debout on peut alors comprendre en quoi la spatialisation de la Place de la République par les Nuitdeboutistes a joué un rôle dans la revendication à un instant t. En effet dans son texte « Les mobilisations de chômeurs de Rosario »34 Charlotte Pujol convoque la notion théorisée par Céfaï affirmant que « l’action collective, en tant que « configurations d’actions situées », se déroule dans des lieux et des moments qui ne sont pas interchangeables »35, soit comment la place de la République est devenue intrinsèquement liée au rassemblement Nuit Debout Paris ? Cependant, on a aussi vu fleurir en France des « Nuit Debout », toute appelées selon la même nomenclature, à la manière d’une franchise, « Nuit Debout Toulouse », « Nuit Debout Grenoble », etc. A la manière du mouvement Occupy « devenant une référence et même une franchise mondiale, qui essaime dans le monde entier »36, le mouvement Nuit Debout s’est exporté dans nombres de villes françaises pour « gagner les campagnes et les banlieues »37 comme l’a déclaré François Ruffin.

32

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille, Op. Cit. p.19.

33

Ibid. p.19.

34

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille, Op. Cit.

35

Ibid. p.326.

36

Sous la direction de Meadows, Fiona. Op. Cit. p.250

37

Morin, Violaine. (Avril 2016). « Nuit debout : « Si tout commence avec des places, rien n’y finit » » in Le Monde

13


A partir d’un travail de collecte d’information auprès d’anciens manifestants et organisateurs – dont je développerai la mise en œuvre en première partie - je vais tenter de répondre à ces questions. Dans un premier temps je questionne l’organisation de Nuit Debout Paris, et la pratique de cet espace par les Nuitdeboutistes. Je fais l’hypothèse qu’il y a eu trois façons de vivre l’espace de Nuit Debout.

14

Dans une seconde partie c’est à la fabrication de l’espace du débat au sein de ce rassemblement que je m’intéresserai. Le lieu où les Nuitdeboutistes ont débattu de jour comme de nuit, comment cet espace s’est-il spatialisé au sein de l’espace Nuit Debout. « L’espace influe-t-il sur la décision ? »38. Les auteurs de l’ouvrage Les lieux de la Colère écrivent que « William Sewell considère que l’espace constitue une structure sociale qui détermine ou influence l’action collective »39, j’y ferai référence dans la manière dont l’assemblée Nuit Debout s’est constituée autour de règles prônant le respect, la bienveillance et l’acceptation. Organisée spatialement et socialement, l’assemblée de Nuit Debout a rapidement mis en place une structure sociale capable de gérer le bon déroulement du sit-in. Comment l’espace public accueillant Nuit Debout a-t-il pu prendre part, et influencer l’action collective ? Se poser la question de comment l’espace du débat donne le sentiment aux orateurs d’être légitime ? En troisième partie je m’intéresserai à la place des concepteurs d’espace dans l’assemblée Nuit Debout. Je me baserai sur la présence du collectif Archi Debout, créé à l’occasion du rassemblement Nuit debout, et de la question posée par l’exposition « L’Espace du Débat : Tout foutre en l’air ? » : « Qu’est-ce que les concepteurs d’espace apportent au débat ? »40. Comment dans un contexte de mise en débat de l’appropriation d’un espace public l’architecte s’impliquet-il ? Je tenterai de comprendre quels ont été les moyens de ces architectes, urbanistes et paysagistes, pour faire entendre leur voix, et sur quels sujets ontils décidé d’apporter leur expertise ?

38

Exposition : « L’Espace du Débat : Tout foutre en l’air ? », Commissaire d’exposition : BAOBAB Dealer d’espaces, 5 Avril – 7 Mai 2017, Pavillon de l’Arsenal, Paris

39

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille, Op. Cit. p.19

40

Exposition : « L’Espace du Débat : Tout foutre en l’air ? », Commissaire d’exposition : BAOBAB Dealer d’espaces, 5 Avril – 7 Mai 2017, Pavillon de l’Arsenal, Paris


Nous sommes aujourd’hui le « 33 mars 2017 »41, car le drôle de calendrier s’est remis à zéro, et cette année encore « on passera au mois d’avril quand on l’aura décidé ! »42. Un an plus tard le campement Place de la République n’existe plus aujourd’hui. Mais alors, y avait-il trois façons de vivre l’espace de Nuit Debout ?

15

41

Le 2 Avril 2017, Référence au calendrier inventé par les Nuitdeboutistes : Gazette Debout. (Mars 2017) « Nuit Debout : un an après que sont ils devenus ? » in Gazette Debout. Schneidermann, Daniel. ( Avril 2016). « 34 mars : le drôle de calendrier de #Nuit Debout. » in Rue 89

42

Balthazard, Noémie. Xavier, Eutrope. (avril 2016). « Nuit Debout : “On passera au mois d’avril quand on l’aura décidé!” » in Les Inrocks


Accueil Nuit Debout, Paris, place de la République. crédits : Jeanne Menjoulet. source : Flickr


1. LA SPATIALISATION DE NUIT DEBOUT Trois façons de vivre l’espace de Nuit Debout ?


Lorsque j’ai commencé mes recherches sur la spatialisation du mouvement Nuit Debout j’ai été surprise de ne trouver aucun document de type « carte ». Pour se repérer place de la République, un seul article dans « Gazette Debout » fait référence à l’organisation spatiale : « Comment s’y retrouver dans le joyeux bazar de la République ? »1, publié le 14 avril 2016, soit deux semaines après le premier rassemblement. Cet article présente les stands importants et les situe sur la place en fonction des magasins entourant la place de la République, par exemple « le stand Accueil qui se trouve en face du magasin Go Sport »2. Cependant on se rend bien compte à la lecture de cet article que le campement n’est pas vraiment figé et que les organisateurs laissent une part grande à la spontanéité « Quant aux autres stands des mouvements, réunions et commissions, leur place reste très éphémère. Il faudra donc partir à la pêche aux infos pour les retrouver. »3 conclue « Gazette Debout ».

18

Force a été de constater que l’agencement spatial de la place a été spontané dès les premiers rassemblements et que, à ma connaissance, l’agencement n’a pas fait l’objet d’une réflexion en amont par les organisateurs. Ne pouvant analyser de cartes qui aurait pu m’informer sur une quelconque organisation planifiée et fixe de l’espace de Nuit Debout, j’ai dû mettre au point un moyen de recréer moi-même une cartographie des lieux pour en comprendre le fonctionnement. Non présente en France au moment du campement place de la République je n’avais à l’époque pas pu aller moi-même le dessiner. Mais originaire de la région parisienne j’ai eu l’idée de mettre à contribution mes réseaux sociaux élargis. Amis d’amis, collègues de mes parents, compte twitter des organisations, et en quelques semaines j’ai pu récolter des témoignages sous forme de cartes mentales. Une fois en contact avec les manifestants j’ai expliqué ma démarche de récolte d’informations impliquant le dessin de cartes mentales personnelles. La carte mentale est la représentation par la cartographie de souvenirs spatiaux. Pour moi l’intérêt d’aller chercher les informations au plus près des manifestants est d’ajouter aux cartographies habituelles la donnée sensible de ceux qui ont fait de cet espace l’espace Nuit Debout. Aux manifestants d’un soir ou de quinze, j’ai posé la même question : « dessine-moi la carte de Nuit Debout. Tu peux retranscrire tout ce dont tu te souviens, ce qui t’as interpellé, les points de repères pour toi. L’exercice de carte mentale est très personnel, les émotions, les sentiments, le ressenti, tout peut apparaître, il n’y a donc pas de code pour l’effectuer. Dessin, mots-clés, texte, c’est à toi de choisir ! ».

1

Gazette Debout. (Avril 2016). « Comment s’y retrouver dans le joyeux bazar de la République. » In Gazette Debout

2

Ibid.

3

Ibid.


Grâce à cette récolte d’informations et à la lecture d’articles de blog ou du journal indépendant « Gazette Debout »4, je crois être aujourd’hui en mesure d’analyser l’agencement spatial de la place de la République pendant l’occupation de Nuit Debout. Trois façons de vivre l’espace de Nuit Debout ? Suite à la récolte de cartes mentales et de témoignages je fais aujourd’hui l’hypothèse qu’il y a pu avoir trois façons de vivre l’espace de Nuit Debout.

Je vais aujourd’hui explorer dans l’ordre chronologique de ma recherche les différentes catégories supposées de Nuitdeboutistes, place de la République. Ces trois catégories je les emprunte au lexique théâtral car finalement « quand on passe en voiture ou en scooter, enfin, en véhicule motorisé, on se rend bien compte, c’est comme si on regardait une scène. C’est une sorte de scène où il y a des spectateurs et des acteurs »5 déclare Pierre-Alain Trévelo. C’est le théâtre Nuit Debout que je vous emmène explorer.

4

Blog « Gazette Debout ».

5

Gauvin, Jean-Baptiste. (Janvier 2016). « Entretien – Pierre-Alain Trévelo, l’architecte qui a rénové la place de la république. » In Point culture

19 LA SPATIALISATION DE NUIT DEBOUT

Tout d’abord malgré la spontanéité de l’agencement spatial, les instigateurs du mouvement ont tout de même joué le rôle d’organisateurs, tant d’un point de vue de la structure sociale que de l’organisation spatiale. Ensuite les acteurs du mouvement, les participants, qui ont fait vivre l’espace de Nuit Debout grâce à leur présence, leurs mouvements et leur contribution. Ils se sont attachés à faire de la place de la république un campement où ont grouillé des milliers de personnes pendant 100 jours et 100 nuits. Enfin au-delà des limites du campement, se trouvent les spectateurs, ceux qui tous les jours passent place de la République, y travaillent, y habitent mais qui n’ont pas souhaité prendre part aux revendications. Comment ces spectateurs ont-ils vécu le campement de Nuit Debout ?


1.1 BOUGER ET CHEMINER : LES ACTEURS Lors de ma première vague de récolte de cartes mentales j’ai eu la chance de m’entretenir avec des personnes aux profils très différents. Etudiants ou jeunes actifs, fêtards, engagés, voire les deux, j’ai pu découvrir des témoignages de point de vue variés. Comprendre comment les visiteurs d’une nuit ou plus ont pu vivre cet espace m’a aidé à m’immerger dans ce campement dont je ne connaissais quasiment rien. 6 acteurs du mouvement se sont prêtés au jeu de me dessiner une carte mentale personnelle, accompagnée parfois d’un texte explicatif. J’ai compilé toutes leurs données dans une carte, que vous verrez ci-dessous, mais avant laissez-moi vous embarquez grâce à eux dans l’univers Nuit Debout.

LA FOULE DES AG / 20

La foule est importante. Des milliers de personnes se sont rendues sur la place de la République pour soutenir les revendications, faire la fête, écouter, débattre au sein du mouvement Nuit Debout. Je le comprends grâce à leurs cartes, ce que l’on retient avant tout c’est la place de l’assemblée générale.

Carte mentale illustrant l’importance de l’AG sur la place. crédits : Delphine Riant, participante

Héloïse Nez écrit, dans Les lieux de la colère, que « se réunir dans un espace public répond à un objectif de visibilité vis-à-vis du reste de la population et des pouvoirs publics »6, c’est pourquoi la place qu’occupe l’espace du débat est le cœur de la spatialisation du mouvement. C’est l’espace où les sujets de société vont être soulevés, où les participants parlent, argumentent. Cet espace se doit donc d’avoir des qualités spatiales adaptées au bon déroulement du 6

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille (2016). Les lieux de la colère : Occuper l’espace pour contester, de Madrid à Sanaa (Karthala, Vol. 1). Paris. p.198


débat. La fabrication de cet espace du débat est primordiale dans tout mouvement contestataire et je ne m’attarderai pas à en décrypter sa spatialité ici, mais j’y dédierai la seconde partie de mon mémoire.

LE MONUMENT À LA RÉPUBLIQUE / Deuxième point de repère, l’historique monument à la République situé au centre de la place devient un symbole important pour les Nuitdeboutistes. P.A Trévelo constate dans une interview accordée à « Libération » que « la statue a eu un rôle très fort, comme une sorte de mémorial, de lieu de célébration»7. Effectivement un an plus tôt les pieds de la statue sont devenus lieu de rassemblement et de mémorial pour les attentats ayant frappé la France en 2015. Toujours à « Libération », P.A Trévelo remarque que la statue a « aussi servi de podium»8. La statue de Marianne par sa hauteur et son symbole est devenu un point de repère majeur pour se situer au sein du rassemblement Nuit Debout.

C’est un choix des architectes de l’agence TVK que de laisser les usagers venir jusqu’aux pieds de Marianne. En 2010 ils avaient évoqué le souhait de « donner la possibilité de s’asseoir sur les genoux de la République »10. Aujourd’hui, avec l’espace de débat face à Marianne, on observe plutôt les Nuitdeboutistes venir se tenir debout face à la statue. Forte symbolique pour ceux dont les pancartes souvent revendiquent de « se remettre enfin debout face à la République »11. Alors si jusqu’aujourd’hui Marianne n’a jamais été un symbole pour les parisiens, comme le dit P.A Trévelo « c’est quand même frappant parce que, pour nous Parisiens, Répu c’est Répu. On n’a jamais utilisé la statue comme un symbole. Et là, c’est ce que font les gens.»12.

7

Vincendon, Sybille. (Janvier 2015). « L’architecte de la place de la République : « Cette place a tout de suite joué un rôle de symbole» ». In Libération

8

Ibid.

9

Antoine Dezert, entretien personnel, le 1er Mars 2017.

10

Vincendon, Sybille. Op. Cit.

11

Ibid.

12

Ibid.

21 LA SPATIALISATION DE NUIT DEBOUT

Comme l’a souligné Antoine Dézert dans sa description, « en fait ça avait vraiment la tronche d’un petit village avec des quartiers différents, le tout concentré autour du clocher, à savoir la statue de Marianne.»9 . Il n’y a passé qu’une nuit mais il a tout de suite saisi l’essence du rassemblement Nuit Debout, un village où il fait bon vivre au cœur de Paris. Un village où les allées sont concentrées autour d’un point de repère, le monument à la République et qui encerclent l’espace de débat.


Le monument à la République, siège d’expression populaire. crédits : Groume. source : Flickr


L’ÉPHÉMÈRE VIE DES STANDS / Selon la sensibilité de chaque acteur rencontré j’ai remarqué que les stands des différentes commissions n’ont pas le même niveau de souvenir pour chacun. Certains se souviennent de quelques noms de commissions comme le stand « droit au logement » ou encore « Écologie Debout » et les ont replacés sur la carte. D’autres au contraire ont juste signalé un espace libre où les stands s’installaient, sans donner plus de précision sur le nom des stands, ni même sur leur taille. Je remarque aussi que cette variation de « souvenir » est liée au nombre de jours que les acteurs ont passé place de la République. Cela témoigne du caractère éphémère de chaque stand comme retracé dans l’article « Comment s’y retrouver dans le joyeux bazar de la République ? »13 : « Quant aux autres stands des mouvements, réunions et commissions, leur place reste très éphémère. Il faudra donc partir à la pêche aux infos pour les retrouver»14.

Carte mentale de Nuit Debout. crédits : Marie-Julien Lafferriere, participante 13

Gazette Debout. (Avril 2016). « Comment s’y retrouver dans le joyeux bazar de la République. » In Gazette Debout

14

ibid.

15

David Shariaty, entretien personnel, le 28 février 2017.

16

Merdrignac, Marie. (Avril 2016). « Nuit Debout, des « Indignés » à la française ? » In Ouest France

23 LA SPATIALISATION DE NUIT DEBOUT

Cependant les acteurs remarquent une forte sectorisation de la place de la République. Comme me l’a écrit David Shariaty « sur la droite se déroulaient les activités associatives via les stands et les AG, c’est le volet sérieux et politique de Nuit Debout. Sur la gauche se massaient essentiellement des badauds politisés ou non qui se rassemblaient pour faire la fête, boire, fumer et juste passer du bon temps »15. Cet état de « zonage » du campement est aussi relevé par Marie Merdrignac dans son article « Nuit Debout, des « Indignés » à la française ? », où elle décrit que « le « campement » est partagé entre organisation pratique (pour les repas par exemple) et différentes commissions thématiques de réflexion autour de solutions alternatives pour lutter contre le chômage, revoir le statut des intermittents etc. »16 .C’est donc une organisation spatiale qui semble pratique et fonctionnelle, mais a-t-elle été réfléchie en amont ?


1.2 MONTER ET DÉMONTER L’ESPACE : LES METTEURS EN SCÈNE

24

Malgré la spontanéité du mouvement j’ai tenu a contacter quelques organisateurs pour m’en dire un peu plus sur le montage du campement Nuit Debout. Je suis passée par le compte twitter du blog « Gazette Debout » mais depuis que le campement n’existe plus, les organisateurs sont eux même assez éparpillés et occupés. Malgré une forte communauté internet il a été plus difficile d’obtenir des témoignages d’organisateurs. Laury-Anne Cholez, rédactrice à « Gazette Debout », s’est néanmoins prêtée au jeu et m’a aussi fourni l’information tant recherchée : où trouver une « carte » de la place. Je ne m’étais pas aperçue de cette difficulté au début de mes recherches mais très peu de cartes ont été dessinées, et toujours en tout petit sur quelques bulletins de compte rendu. Et eux aussi sont difficiles à trouver dans le dédale d’articles sur le blog « gazette debout » qui est maintenant alimenté depuis plus d’un an. Comme Laury-Anne a pu me le confirmer, il n’y a jamais eu de commission dédiée à l’organisation spatiale du campement. Cependant on peut observer que Nuit Debout reprend les codes d’autres mouvements du même type ayant eu lieu auparavant : un campement pacifique sur une place publique. « Le campement des contestataires n’est pas un abri mais une manifestation. L’installation du camp, sa forme et son organisation visent un projet politique de contestation de l’ordre établi, des inégalités, du système dominant. »17

Pourquoi la place de la République ? Le choix de la place n’est pas anodin. J’ai évoqué jusqu’ici le caractère symbolique que la place a joué dans les revendications, notamment grâce au monument à la République. Dans l’ouvrage Habiter le campement Olivier Mongin explicite que « ces places ne sont pas seulement des contre-pouvoirs mais des territoires de décentrement qui veulent marquer un écart par rapport aux instances de pouvoir et aller à contre-courant. »18. En ce sens s’installer Place de la République, s’approprier une place où de l’argent public a été investi pour sa rénovation, éveille la symbolique de tenir tête aux pouvoirs publics sur leur « territoire ». Cependant d’autres facteurs ont été déterminant pour que la place de la République devienne la scène du mouvement Nuit Debout. La place de la République est « la plus grande place piétonne de Paris »19. S’installer à Bastille 17

Sous la direction de Meadows, Fiona. (2016). Habiter le campement. (Actes Sud). Paris. p.249

18

Meadows, Fiona. Op. Cit. p.272

19

« Réaménagement de la Place de la République » Paris. ( Juin 2013). In Le Courrier de l’Architecte


aurait été tout aussi symbolique seulement Bastille c’est la place des voitures et Répu c’est celle des piétons. « Ce processus «spontané» aurait-il été en effet possible si la place, jadis un rond-point inaccessible pollué par la circulation, n’avait pas été profondément transformée entre 2011 et 2013 ? »20 souligne Geoffroy Clavel dans son article « Comment la Place de la République s’est forgé en un an un statut d’exception ». Il est vrai qu’ « inverser le rapport un tiers / deux tiers entre voitures et piétons au profit de ces derniers »21 a permis aux flux piétons de reprendre une place importante, « la place s’est libérée de la détermination exclusivement automobile. Autrefois rejetés en périphérie comme une centrifugeuse, les piétons ont désormais investi le centre »22 écrit Emmanuel Caille dans D’a architecture en octobre 2013. Aujourd’hui l’appropriation de la place par Nuit Debout mais aussi par d’autres usages en dehors des temps de manifestations est rendue possible par le souhait des architectes d’en faire une « scène ouverte aux multiples usages urbains »23.

20

Clavel, Geoffroy. (Octobre 2016). « Comment la Place de la République s’est forgé en un an un statut d’exception. » In Huffington Post

21

Caille, Emmanuel. (Octobre 2013). « Paris, pour le meilleur et pour le pire - 1/ Place de la République. » In D’a Architecture, n° 221.

22

Ibid.

23

« Réaménagement de la Place de la République » Op. Cit.

24

Caille, Emmanuel. Op. Cit.

25

Desbos, Camille. (Mai 2016). « Rencontre avec les architectes de la place de la République : “Notre ambition était de créer une scène à ciel ouvert.” » In Les Inrocks

26

Fromonot, Françoise. (2014). « Surface de réparation. » In Criticat. n°14

27

Gauvin, Jean-Baptiste. (Janvier 2016). « Entretien – Pierre-Alain Trévelo, l’architecte qui a rénové la place de la république. » In Point culture

25 LA SPATIALISATION DE NUIT DEBOUT

Architecturalement ce souhait d’une grande place vide et appropriable se traduit par « une homogénéité et une continuité du sol par un unique matériau, de l’esplanade aux trottoirs. »24. Les 122 000 dalles25 disposées sur la place ainsi que les quelques marches séparant les piétons des voitures permettent effectivement une appropriation piétonne sécurisée et rassurante. En effet « la séparation fonctionnelle entre les types de flux »26 opérée place de la République permet au piéton une mise à l’écart avec la voiture. On surplombe la voiture, les enfants peuvent jouer, on peut se rassembler, rassembler une foule, grâce à un lieu le permettant sans perturber les autres usages. Pour l’agence TVK, les architectes concepteurs de la place, « la place a été conçue pour pouvoir être dans du collectif, se regrouper, manifester […] Avant, sur la place de la République on ne pouvait manifester qu’en bloquant le système, qu’en se mettant sur la chaussée, la voirie et bloquer les voitures. »27. Si Nuit Debout avait dû perturber l’ordre public en bloquant la voirie, le campement n’aurait jamais pu s’installer pendant 100 jours et 100 nuits.


Mobilier urbain place de la République. crédits : Photo personnelle

26

«L’R de jeux» place de la République. crédits : Photo personnelle

Place de la République. crédits : Photo personnelle

Campement Nuit Debout. crédits : Francis Mckee. source : Flickr


Si Nuit Debout s’est installé place de la République c’est grâce à « ce grand sol continu, cette quantité d’espace, a permis cette foule. Elle était en capacité de l’accueillir »28 déclarait P.A Trévelo, peu après le début du campement. Au-delà du choix des architectes de vouloir que plusieurs usages se rencontrent, les 3 hectares de sol disponibles pour les piétons rendent possible cette multiplicité des usages urbains. Eux même étonnés par les usages se déclinant sur la place de la République, les architectes déclarent qu’« on nous a beaucoup demandé ce que nous imaginions comme usages de la place. Mais il y en avait surtout beaucoup qu’on n’avait même pas imaginé »29. Autre que la praticité de s’implanter sur une place non prédestinée à un quelconque usage c’est aussi le besoin de visibilité qui a pu déterminer le choix d’établir le campement place de la République.

28

Vincendon, Sybille. Op. Cit.

29

Ibid.

30

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille . Op. Cit. p. 197

31

Caille, Emmanuel. Op. Cit.

27 LA SPATIALISATION DE NUIT DEBOUT

Héloïse Nez écrit, dans son texte « Délibérer en plein air », que « le choix d’une place si visible résulte de la volonté d’« ouverture, la publicité et la transparence des débats que ces lieux impliqueraient leur permettent ainsi de se distancier de « la corruption », de « l’élitisme » et de « la fermeture » des cercles de décision institutionnels »30. En effet depuis sa rénovation la place de la république, comme l’écrit Emmanuel Caille, est « la plus grande place piétonne de Paris et peut ainsi s’offrir au regard dans sa totalité »31. L’homogénéité de la place et son plan libre offrent une continuité visuelle de part et d’autre de la place. J’ai pu expérimenter cette vue lors de ma visite, sans obstacles visuels autre que la statue : n’importe où où l’on se place on jouit d’une grande visibilité sur les activités de la place. Dans le cas de Nuit Debout, cela permet une transparence pour les visiteurs extérieurs et devient un point d’appel pour les curieux. Et les spectateurs, ont-ils pu devenir acteurs ou ont-ils subi l’occupation Nuitdeboutistes ?


1.3 RELIRE LES LIMITES DE LA SCÈNE : LES SPECTATEURS J’ai été interpellée par certaines cartes mentales, car le contexte n’y est pas dessiné. Sur certaines cartes le contexte - rues et bâtis environnant - est très légèrement représenté mais sur ces deux dessins particuliers il n’apparaît pas du tout. Au-delà des rues et bâtis non représentés, la place de la République s’est réduite de moitié dans le dessin, ne représentant plus que l’espace où Nuit Debout prenait place. J’ai réalisé à la lecture de ces cartes que l’appropriation de la place de la République par les Nuitdeboutistes avait peut-être eu ses limites de fonctionnement. Auraient-ils oublié ce qui se passait au-delà des limites du campement Nuit Debout ?

28

Carte mentale illustrant l’abstraction du contexte. crédits : David Shariaty, participant

Carte mentale illustrant l’abstraction du contexte. crédits : Laury-Anne Cholez, Organisatrice


Parmi les spectateurs il y a ceux qui ont vécu Nuit Debout de l’extérieur et qui en ont été ravis. Heureux de voir un soulèvement populaire venir animer la grande place de la République, portant des valeurs en débat, créant des activités pour tout âge et à toute heure de la journée. Finalement Nuit Debout est devenu un usage de plus au même titre que les skateurs ou « l’R de jeux » aux yeux de ces spectateurs. Comme le rappelle les architectes de l’agence TVK « les véhicules continuent de circuler autour, les commerces sont ouverts, les skateurs y tentent des tricks sous le soleil ou sous la pluie »32. Anne Hidalgo, la maire de Paris avait, elle aussi déclaré que « la place de la République n’appartient pas davantage à ceux qui veulent en faire un forum, qu’à ceux pour laquelle elle est un lieu de passage, de loisirs, ou encore un mémorial »33 tranchant sur le caractère public de la place et répondant à ceux qui trouvent Nuit Debout trop occupant. En effet « même si elle prend de la place, Nuit Debout n’annihile pas les autres usages de la place »34 selon les architectes concepteurs, P.A Trévelo et Antoine Viguer-Kohler.

Pour le café Fluctuat Nec Mergitur, Nuit Debout a atteint ses limites et a nui à l’ordre de la place. En effet leur installation sur la place de la République a pu à certains moments engendrer des difficultés pour les autres occupants habituels de la place. Si les skateurs ont pu facilement continuer leurs figures au 32

« Pour l’architecte qui a rénové la place de la République, « Nuit debout n’annihile pas ses autres usages » ». (Avril 2016). In Blog le Monde

33

Ibid.

34

Ibid.

35

Site internet du « café Fluctuat Nec Mergitur ».

36

Entretien avec Grégory, du café « Fluctuat Nec Mergitur », le 9 Mai 2017.

37

Ibid.

29 LA SPATIALISATION DE NUIT DEBOUT

Lorsque je me suis rendue sur la Place de la République en mars dernier, j’ai consommé un café au Fluctuat Nec Mergitur pour me réchauffer. Le café Fluctuat Nec Mergitur est situé de l’autre côté de la statue de Marianne et est sorti de terre en même temps que la place, en 2013. Conçu par les architectes des agences parisiennes TVK et NP2F, il est qualifié par son gérant de « lieu convivial, accessible à tous et ouvert sur le monde »35. Je me suis rapidement entretenue avec un serveur qui m’avait alors affirmé que le café avait dû fermer pendant l’occupation de Nuit Debout. Curieuse de savoir pourquoi, s’il était fermé, il apparaissait sur certaines cartes mentales, j’ai recontacté le café, le 9 mai dernier. Par téléphone j’ai discuté brièvement avec Grégory, un serveur du café Fluctuat Nec Mergitur, qui n’a pas eu des mots tendres à l’égard du mouvement Nuit Debout. Selon ses dires le café a fonctionné plus ou moins normalement, seulement le chiffre d’affaire a beaucoup baissé pendant la période du sit-in. En effet la fréquentation était en baisse car seuls les habitués ont continué à venir et les touristes préféraient visiter le campement Nuit Debout. Pour eux Nuit Debout ne leur a apporté que du « négatif et du néfaste »36 et il conclut que finalement pour eux « Nuit Debout n’a pas été bénéfique »37.


sein du campement de Nuit Debout, l’activité économique du café Fluctuat Nec Mergitur en a, elle, directement pâti de par sa proximité avec le village Nuit Debout et la double fonctionnalité qu’est d’offrir un « lieu convivial et accessible à tous »38. Je comprends finalement que les spectateurs sont ceux qui témoignent le mieux de l’appropriation de la place de la République. Ils ont pu observer le ballet qu’offre la foule parcourant les différentes commissions au fil des jours d’occupation ainsi que les usages se développant au gré des occupants. Que leurs critiques soient positives ou négatives, tous ont pu contempler l’ampleur du mouvement Nuit Debout, spatialement, humainement et idéologiquement.

30

Après avoir exploré cette idée qu’il y avait trois façons de vivre l’espace Nuit Debout je pense aujourd’hui qu’il y en réellement eu deux. Les acteurs et metteurs en scène ont par la pratique quotidienne de l’espace fusionné pour améliorer au quotidien le village Nuit Debout. Ils ont fait de cet espace un campement agréable à vivre, spatialisé à la fois spontanément et fonctionnellement pour la vie de milliers de personnes sur la place. « Une famille d’actions peut donc être mise en exergue, qui trouve son genre commun dans le fait que des acteurs s’emparent de la puissance politique du campement revendicatif, qui constitue une sorte de «performatif spatial», un acte qui en lui-même tente de médiatiser un diagnostic critique de la société, de proposer des solutions et de ce fait ajoute ipso facto un état à la sphère politique et pousse la société à réagir »39 écrit Michel Lussault sur l’appropriation des places au sein des mouvements contestataires. Le maire du Xème arrondissement limitrophe avait déclaré « les Parisiens lui ont conféré un imaginaire politique tout à fait inattendu »40, la place de la République, habituellement le lieu de rencontre des familles et des touristes lors des samedis ensoleillés s’est transformée, le temps d’un campement, en un village participatif, où tout le monde amène sa pierre à l’édifice. La dimension participative instaurée dans le montage du campement se retrouve aussi à plus petite échelle : au cœur du village, au sein de l’assemblée participative de Nuit Debout. Comment la spatialisation de ce village a-t-elle contribuée à la qualité du débat qui a pris forme place de la république ?

38

Site internet du « café Fluctuat Nec Mergitur ».

39

Sous la direction de Meadows, Fiona. Op. Cit. p.254

40

Clavel, Geoffroy. Op. Cit.


31

LA SPATIALISATION DE NUIT DEBOUT


MOUVEMENT NUIT DEBOUT


Place de la republique, Nuit Debout , global debout , 76mars. crĂŠdits : Filou. source : Flickr


2. LA FABRICATION DE L’ESPACE DU DÉBAT


A l’issu de cette première observation de la spatialisation de Nuit Debout, on peut facilement comprendre que le point central de ce mouvement démocratique et participatif est l’espace de débat. Réunis pour faire bouger la société, les Nuitdeboutistes mettent en débat les sujets sociétaux qui leur tiennent à cœur. « Les sujets de désaccord sont nombreux : le mariage pour tous, l’avortement, mais aussi le fonctionnement de la démocratie »1 écrit Alain Tréard sur le blog Gazette Debout, et pour en débattre ils ont mis en place un espace de débat participatif : l’assemblée générale.

36

La fabrication de l’espace du débat est liée à la fabrication du village Nuit Debout. Pour filer la métaphore du village, c’est en quelque sorte la place publique du village où se réunissent les habitants pour discuter, débattre, échanger, etc. Héloïse Nez, en écrivant sur les indignés espagnols dit « que l’organisation spatiale des conditions du débat contribue nettement à le façonner »2. La spatialisation de l’espace du débat étant lié à la temporalité du lieu, je crois comme elle que « le choix et la disposition du lieu de débat génèrent un ensemble d’opportunités et de contraintes »3. Dans le cas du rassemblement Nuit Debout, il est question ici de comprendre comment, au cœur du village, l’espace de débat a pris forme. « Cette double dimension, structurée et structurante, de l’espace a été mise en valeur par Sewell qui montre comment la protestation se construit dans et par l’espace : façonnée et contrainte par son environnement, la protestation peut également engendrer de nouvelles structures spatiales »4 écrit Charlotte Pujol dans son texte « Les mobilisations de chômeurs de Rosario » issu de l’ouvrage Les lieux de la colère.

2.1 L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

Tout d’abord le débat a pris corps de manière traditionnelle avec un espace dédié constitué d’un « espace speaker » et d’un « espace foule ». L’installation de Nuit Debout place de la République n’est pas anodine, nous l’avons vu : occuper cette place publique offre une visibilité spectaculaire aux yeux des usagers de la ville. Et pour la même raison, l’emplacement de l’espace « Assemblée Générale » est central dans le campement mais aussi facilement accessible de l’extérieur de la place. L’AG est en effet située en bout de place près du boulevard Voltaire dans un espace qui offre une visibilité auprès des 1

Alan Tréard. (Juin 2016). « Une veillée pas comme les autres Place de la République. » In Gazette Debout.

2

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille (2016). Les lieux de la colère : Occuper l’espace pour contester, de Madrid à Sanaa. (Karthala, Vol. 1). Paris. p.195.

3

Ibid. p.195

4

Ibid. p.326


usagers de la ville et des usagers du campement. Le besoin de visibilité de l’espace du débat découle aussi de la volonté de cultiver l’engagement collectif et individuel au sein de l’assemblée. Mis en lumière par le collectif BAOBAB dans sa réflexion de l’exposition « Espace du débat : Tout foutre en l’air ? »5, le collectif évoque l’idée que « l’espace est une donnée structurant des échanges entre les individus. La position des corps dans l’espace a une influence directe sur le déroulement et l’issue d’un débat est sur la capacité des individus à s’en sentir partie prenante »6. Positionner l’assemblée générale au croisement de flux piétons, voitures et vélos permet de pointer l’importance de l’ouverture vers la ville dans les débats. En effet cette accessibilité aisée par les piétons extérieurs au mouvement permet de porter les revendications au-delà des limites du village Nuit Debout. La visibilité spatiale joue alors son rôle dans l’engagement des usagers. Espace piétons, vélos

Espace AG

Schéma position de « l’espace AG ». crédits : dessin personnel

Pour la majorité des Nuitdeboutistes c’est la première fois qu’ils manifestent et prennent part à un mouvement d’une si grande ampleur. Aude Favre et Sylvain Louvet l’évoquent dans leur reportage en suivant Rémi qui « n’avait jamais manifesté de sa vie. C’est un profil qui n’existait pas dans les précédents mouvements sociaux. Rémi descend dans la rue parce qu’il y a Nuit Debout, parce que c’est multi-causes, sans étiquette, et plus vaste que simplement contre la loi El-Khomri »7. L’engagement des Nuitdeboutistes est donc suscité par la nouveauté du débat « multi-causes », et par la manière innovante, transparente et participative de construire des délibérations, a contrario du débat politique institutionnel. « Se réunir dans un espace public répond à un objectif de visibilité vis-à-vis du reste de la population et des pouvoirs publics»8 écrit H. Nez, et c’est exactement ce que reflète Nuit Debout, l’envie d’un débat

5

Exposition : « L’Espace du Débat : Tout foutre en l’air ? », Commissaire d’exposition : BAOBAB Dealer d’espaces, 5 Avril – 7 Mai 2017, Pavillon de l’Arsenal, Paris

6

Ibid.

7

Louvet, Sylvain ; Favre, Aude. (2017). Nuit Debout. France.

8

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille. Op. Cit. p.198

LA FABRICATION DE L’ESPACE DE DÉBAT

Espace voitures

37


politique transparent où le peuple est impliqué, un débat participatif. « Nuit Debout était peut-être une réappropriation par les citoyens de la politique au sens premier, c’est-à-dire de la vie de la cité »9 déclarent A. Favre et S. Louvet, réalisateurs du film Nuit Debout. Enfin pour mettre en place ce débat participatif au cœur de l’assemblée Nuit Debout, il faut, outre une visibilité nécessaire par les visiteurs extérieurs, que la spatialité accompagne les principes de respect et de bienveillance prônés par la philosophie du mouvement, chacun se réapproprie la parole et l’espace public.

38

« En quoi l’espace peut-il représenter une ressource ou une contrainte pour que les conditions d’égalité, d’inclusion et de transparence soient respecté au sein des réunions et des assemblées organisés par un mouvement social?»10 questionne H. Nez, pointant alors ici l’importance de l’égalité au sein de cet espace de débat. Comme l’écrit M. Lussault en parlant des mouvements contestataires des places, « si l’on se centre sur les occupations de type Indignados ou Occupy Wall Street, qu’observe-t-on ? Des individus librement rassemblés, sans ancrage politique évident, ni expérience d’action pour la majorité d’entre eux »11. On retrouve donc à Nuit Debout des étudiants, des actifs, des retraités qui veulent prendre part au débat pour soulever des problèmes sociétaux qui leur tiennent à cœur. Pour autant l’assemblée de Nuit Debout n’est pas une assemblée d’experts, si certains sont à l’aise en public d’autres restent pudiques quant à s’exprimer devant une foule. Le devoir de cet espace de débat est de donner à tous le sentiment de légitimité dans sa participation. L’espace de débat de Nuit Debout doit donc répondre spatialement à cette demande. N’importe qui doit pouvoir intervenir, où qu’il soit placé, quoiqu’il pense, qu’il soit fervent manifestant de Nuit Debout ou un passant qui trouve le sujet assez intéressant pour s’y attarder. Il a donc fallu conférer à cette espace la possibilité de mettre tout le monde à l’aise. Comment l’espace du débat donne le sentiment aux orateurs d’être légitimes ? Comment favorise-t-il la confiance nécessaire pour permettre un débat où vraiment tout le monde pourra s’exprimer ? J’introduis donc ici l’idée d’horizontalité, que j’emprunte au texte d’Héloise Nez « délibérer en plein air». Selon elle « l’espace public urbain favorise également la mise en application de la condition d’horizontalité et d’égalité, vu que toutes les personnes assises à même le sol se trouvent au même niveau »12. « La hiérarchie (sociale) entre ceux qui parlent ne se déploie pas de la même manière suivant le type d’espace considéré »13 écrit le collectif BAOBAB à l’entrée de son exposition. Il relève que, à la différence des assemblées ins9

Louvet, Sylvain ; Favre, Aude. Op. Cit.

10

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille. Op. Cit. p.195

11

Sous la direction de Meadows, Fiona. (2016). Habiter le campement. (Actes Sud). Paris. p.251

12

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille. Op. Cit. p.200

13

Exposition : « L’Espace du Débat : Tout foutre en l’air ? », Commissaire d’exposition : BAOBAB Dealer d’espaces, 5 Avril – 7 Mai 2017, Pavillon de l’Arsenal, Paris


L’assemblée Générale. crédits : Francis Mckee. source : Flickr 14

Gazette Debout. (Juillet 2016). « Mode d’emploi pour organiser sa Nuit Debout estivale. » In Gazette Debout

15

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille. Op. Cit. p.200

16

Fromonot, Françoise. (2014). « Surface de réparation. » In Criticat. n°14

17

Ibid.

39 LA FABRICATION DE L’ESPACE DE DÉBAT

titutionnelles il n’y a pas de rapport de force entre le « haut » et le « bas ». Les spectateurs comme le speaker doivent convaincre par leur parole. Leur positionnement spatial encourage alors un réel échange où chacun peut intervenir, suivant évidemment des règles de politesse pour toujours rester dans un débat bienveillant et respectueux. Il n’y a donc pas de rapport de jugement. Le speaker certes modère le débat mais n’est pas jugé pour ses propos, ni même n’a le droit de juger l’opinion de quelqu’un. « La modération n’est pas un pouvoir exercé sur autrui, mais la possibilité d’émergence d’un dialogue fluide et apaisé» comme il est expliqué dans l’article « Mode d’emploi pour organiser sa Nuit Debout estivale »14, publié afin d’aider les organisateurs des Nuit Debout partout en France à se construire. De par cette installation frugale, ce retour assis au sol, qu’importe son background il n’y a pas de distinction faite entre les âges, les catégories socio-professionnelles ou même le genre. « Sans que les hiérarchies visuelles soient établies »15 chacun est alors libre de prendre la parole, au même niveau que les modérateurs. L’espace permet alors de contribuer au fonctionnement apaisé du débat. Françoise Fromonot quant à elle décrit la place de la république comme « le plan neutre d’une surface « capable », qualificatif qui renvoie aux possibilités offertes par sa flexibilité fonctionnelle »16. En effet la grande esplanade qu’ont dessiné les architectes de l’agence TVK permet un espace piétonnier de près de 3 hectares où le « mobilier urbain est rare »17. C’est aussi grâce au dessin architectural que cette horizontalité est maintenue dans l’espace du débat. Par son homogénéité et sa surface plane, l’espace de débat pourrait finalement avoir lieu partout sur la place et toujours induire cette notion d’horizontalité et d’égalité.


2.2 L’ « ARCHIPEL » Et c’est ce qu’il s’est passé ! L’espace de débat au sein de Nuit Debout n’est pas unique. L’espace des AG est bien entendu l’espace central des débats, celui où les sujets sont annoncés à l’avance et duquel les compte rendus sont écrits sur le blog « gazette debout ». Aux AG les débats sont modérés, des professionnels y sont parfois représentés et l’organisation s’occupe du déroulé avec les horaires, les sujets, etc. Alors comme le qualifie le collectif BAOBAB, à Nuit Debout le débat ne se cantonne pas seulement à l’espace du débat « traditionnel » de l’assemblée générale. Il définisse cette catégorie d’espace de débat comme un « archipel »18.

40

Pour eux « l’archipel est la forme la plus insaisissable du débat et selon nous [eux ndlr] la plus productive à l’échelle collective. Elle se matérialise via des îlots singuliers qui regroupent des individus autour d’une appartenance »19. Il faudrait donc se balader dans les différents stands occupés par les commissions pour entendre des bribes de débat, s’y arrêter, s’y intéresser, et en faire partie. « De très nombreux petits groupes assis au sol un peu partout sur la Place débattaient de thèmes différents. 2 ou 3 personnes s’asseyaient pour parler d’un thème et tout le monde pouvait les joindre et débattre avec eux et ce, jusqu’à pas d’heure »20 m’explique David Shariaty, en commentant son dessin. On observe donc au sein de Nuit Debout que des débats informels se sont déployés sur la place. L’« archipel » reprend les codes des discussions que l’on peut retrouver à l’apéritif avec ses amis, autour d’un repas en famille. Ce sont les débats lancés au gré de la conversation et des sensibilités de chacun. A l’instar des débats de l’assemblée général rien n’y est organisé. Aucun espace n’est prédestiné à la délibération, mais le campement tout entier le devient. Si selon eux la « singularité de l’archipel vient de la combinaison d’une myriade d’îles que chacun occupe à sa guise. L’archipel apparaît et disparaît au gré des vents et des marées »21 il est donc compliqué voire quasi impossible de fixer les espaces du débat à la manière d’architectes, en cartographiant l’espace. La fabrication de l’espace du débat est finalement intrinsèquement liée à celle de l’organisation spatiale du village. Les stands constituant l’espace Nuit Debout deviennent au fil des sujets de conversation, des heures et des individus, l’espace de débat. Sur les cimaises du pavillon de l’Arsenal, écrit par le collectif BAOBAB, on pouvait lire « une croyance, une opinion, et leur permet de rentrer en relation les uns avec les autres. Cette mise en contact est génératrice d’échanges, de partage, de colère, d’utopie et se rapproche de l’assem18

Exposition : « L’Espace du Débat : Tout foutre en l’air ? », Commissaire d’exposition : BAOBAB Dealer d’espaces, 5 Avril – 7 Mai 2017, Pavillon de l’Arsenal, Paris

19

Ibid.

20

David Shariaty, entretien personnel, le 28 février 2017.

21

Exposition : « L’Espace du Débat : Tout foutre en l’air ? », Commissaire d’exposition : BAOBAB Dealer d’espaces, 5 Avril – 7 Mai 2017, Pavillon de l’Arsenal, Paris


blée »22. Bien qu’informels ces débats ont pu s’avérer ultra productif grâce à cette spatialisation en « petit groupe » qui permet un rapport plus proche entre les individus, plus sincère et plus apte à laisser l’esprit vagabonder vers la construction d’une utopie commune. L’« horizontalité »23 dont parle H. Nez est alors poussée à son maximum puisqu’aucun des individus ne devient leader, la conversation émanant du groupe et non de la suggestion de sujet par une quelconque commission.

Débat en petit groupe. crédits : Francis Mckee. source : Flickr

22

Ibid.

23

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille. Op. Cit.

24

Sous la direction de Meadows, Fiona. Op. Cit. p.255

25

David Shariaty, entretien personnel, le 28 février 2017.

41 LA FABRICATION DE L’ESPACE DE DÉBAT

« En revivifiant la mythologie du forum, de l’agora, de la place où l’on cause, chacun sur un même pied d’égalité »24 écrit M. Lussault dans le texte « contestations sur places », Nuit Debout a exploré différentes organisations spatiales de mise en débat. Ces deux configurations spatiales, soit l’espace délimité par les organisateurs pour organiser les AG et l’espace organisé par les acteurs du mouvement, permettent que tous les sujets et tous les individus puissent s’exprimer librement au sein de l’espace Nuit Debout. De cette manière au-delà de l’appropriation spatiale on sent dans Nuit Debout une réelle réappropriation de l’espace public comme lieu de discussion de l’opinion publique. Comme le met en valeur le témoignage de D. Shariaty « c’est la réappropriation de l’espace public par le peuple afin de devenir un lieu de discussion et de prise de décision collective, la fameuse Agora grecque »25. Mais si la spatialité a créé dans l’espace Nuit Debout la possibilité de fabriquer cet espace de débat, un ordre social s’est aussi établi au sein du campement pour son bon fonctionnement.


2.3 LA STRUCTURE SOCIALE Dans l’introduction de l’ouvrage Les lieux de la colère les auteurs mettent en avant la pensée de Massey, qui explicite un lien entre l’espace et les rapports sociaux. Il est écrit que selon Massey « c’est dans l’espace en réalité que les rapports sociaux se structurent »26. En effet autre que l’organisation spatiale du mouvement Nuit Debout il a été très rapidement mis en place par les organisateurs une « structure sociale ».

42

L’organisation spatiale du campement n’a jamais fait preuve d’une quelconque hiérarchie, tous les stands ont la même importance au sein du village Nuit Debout, que ce soit la cantine ou la commission « Écologie Debout ». Il en a été de même pour l’ordre social qui a été établi dans le campement. Pour que des milliers de personnes s’entendent et se respectent il a néanmoins fallu que les metteurs en scène organisent quelque peu la manifestation. « L’installation in situ est en général une action collective sans chef désigné »27 à l’instar des manifestations de rue où un leader au mégaphone est souvent reconnu. Violaine Morin, journaliste, écrivait dans « le Monde » en avril 2016 que « le mouvement n’a toujours aucun chef déclaré »28. Et aujourd’hui, une année plus tard on constate que Nuit Debout n’a jamais eu de chef de file. Nuit Debout est un mouvement qui relève de l’action collective, un soulèvement populaire qui ne s’est jamais rangé derrière les idéaux d’une seule personne. Mais pour respecter le caractère pacifique et la sérénité du campement les organisateurs ont assigné des commissions tel que « sérénité », « infirmerie » ou bien « accueil ». L’article « Comment s’y retrouver dans le joyeux bazar de la République. » l’explique : « Vous croiserez également des gens de l’organisation avec différents brassards : blanc pour la Sérénité, rouge pour l’infirmerie et jaune pour l’Accueil »29. Cet ordre social est visible à toutes les échelles du campement Nuit Debout. Au sein de l’assemblée général, outre la régie des modérateurs, les organisateurs ont institué des règles de communication. Comme les Indignados espagnols avant eux « les assemblées suivent un code et une gestuelle bien précis »30. Le panneau est affiché en grand aux yeux de tous et les participants du débat peuvent manifester leur approbation, mécontentement et autres sentiments

26

Combes, Hélène ; Garibay, David ; Goirand. Camille. Op. Cit. p.24

27

Sous la direction de Meadows, Fiona. Op. Cit. p.251

28

Morin, Violaine. (Avril 2016). « Nuit debout : « Si tout commence avec des places, rien n’y finit » » in Le Monde

29

Gazette Debout. (Avril 2016). « Comment s’y retrouver dans le joyeux bazar de la République. » In Gazette Debout

30

Merdrignac, Marie. (Avril 2016). « Nuit Debout, des « Indignés » à la française ? » In Ouest France


via une gestuelle commune, une « langue des signes citoyennes »31 comme la nomment les réalisateurs du documentaire « Nuit Debout ». Au-delà de l’espace qui a permis l’égalité d’expression au sein des débats, on observe des techniques d’expression et de participation qui permettent la mise en place de ce débat participatif, toujours dans un environnement respectueux et apaisé.

Nuit Debout c’est aussi une nouvelle forme d’habiter qui prend place, une nouvelle forme de pratiquer la ville. « Dans les lieux d’occupation, pour peu que les conditions soient remplies de pouvoir stabiliser une expérience de vie en commun, on voit des individus, à partir de la pratique collective, se réapproprier leurs compétences spatiales et leur expertise des habitations ; se dessine alors la perspective d’une tout autre société politique »34 écrit Michel Lussault dans l’ouvrage Habiter le campement. Grâce à leur spatialisation à la forme d’un « village » et à cette structure sociale créée on comprend que Nuit Debout a expérimenté pendant 100 jours et 100 nuits un nouveau mode de vivre ensemble. Entraide, participation, respect et acceptation en sont les bases, et ce test vise à « porter au plus haut une autre idée de la démocratie »35, une démocratie qu’ils qualifient de participative. Toujours dans cette volonté de se réapproprier la ville et l’expression populaire « les membres de «Nuit Debout» ont misé sur leurs propres médias. Exactement comme les Indignés espagnols avant eux »36 explique Gaël Brustier, chercheur en sciences politiques interrogé par L’Obs. En effet autre que la visibilité spatiale dont Nuit Debout a fait preuve place de la République, les 31

Louvet, Sylvain ; Favre, Aude. Op. Cit.

32

Ibid.

33

Bouderbala, Béchir. (Avril 2016). « Je vais à Nuit debout : cette agora est bénéfique. Tous les citoyens doivent s’y rendre. » In Le Nouvel Obs

34

Sous la direction de Meadows, Fiona. Op. Cit. p.258

35

Merdrignac, Marie. Op. Cit.

36

Ibid.

43 LA FABRICATION DE L’ESPACE DE DÉBAT

Aude Favre et Sylvain Louvet témoignent dans une interview à « Gazette Debout » du caractère innovant que la place de la République a pris lors de l’occupation Nuitdeboutiste. « En fait, c’était un énorme laboratoire à ciel ouvert. On a testé tellement de choses. »32 se rappellent-t-ils. L’idée d’expérimentation est prégnante dans l’univers de Nuit Debout. En effet artistes, scientifiques, philosophes, architectes et beaucoup d’autres se côtoient tous les jours et proposent de nouvelles manières de découvrir leur expertise. Les acteurs de Nuit Debout sont alors libres d’utiliser leur curiosité pour découvrir de nouveaux savoirs. Bechir Bouderbala raconte notamment l’histoire de « ce professeur de physique passionné de mécanique et déterminé à réaliser un chauffage solaire à partir de canettes »33. Mais ce sont aussi de nouvelles formes d’entraides urbaines qui font leur apparition notamment via la présence du collectif Archi Debout dont je développerai l’histoire en troisième partie.


Nuitdeboutistes ont aussi mis en place des médias propres au mouvement afin de relayer leurs informations. Michel Lussault écrit qu’ils « occupent des jours, des semaines durant et la transforment [la place ndlr] en lieu-événement, qui va devenir le siège d’une action située et sa plateforme de médiatisation globale - celle-ci indispensable à la tenue de la prise spatiale et à l’efficacité de l’action via sa mise en visibilité, qui est nécessaire et recherchée et il faut souligner que toujours (au moins) un site web emblématise le phénomène »37. Ici pour Nuit Debout c’est une radio qui s’est montée, une chaîne télévisée, un site internet, une gazette, les réseaux sociaux, le tout mis en forme par « une bande de copains qui font la communication numérique du mouvement »38 soulèvent Aude et Sylvain dans leur documentaire.

44

Grâce à l’occupation de la place de la République et à la structure sociale qui s’y est créée, les manifestants ont mis en place un espace participatif où chacun peut s’exprimer et être entendu, le tout pour faire entendre les revendications du rassemblement. « Il n’y a pas UNE idéologie à Nuit debout : tout le monde est pour un changement, tout le monde est pour le débat, tout le monde veut la démocratie, ensuite il y a des centaines et des milliers de personnes qui pensent différemment, et heureusement d’ailleurs ! »39 raconte Béchir Bouderbala, citoyen engagé. Comme l’explique M. Lussault « ce qui compte est d’apparaître, de s’imposer par le campement dans l’espace public concret - pas la sphère publique abstraite du champ politique. Ces occupations retrouvent la racine de la puissance politique de l’espace, en jouant et jouissant du pouvoir que donne la présence in situ d’individus assemblés »40. Toujours dans la volonté de réfléchir pour un nouveau mode de vivre ensemble, une démocratie nouvelle, les Nuitdeboutistes, à la manière des indignés avant eux, ont attiré nombres d’intellectuels. Comme l’écrit « le Monde » « la majorité des participants est diplômée du supérieur long »41 et parmi eux se sont retrouvés les concepteurs d’espace qui ont créé la commission Archi Debout. De leur formation à leur participation au mouvement Nuit Debout, je vais tenter en troisième partie de décrypter la place des concepteurs d’espace dans ce mouvement de revendication.

37

Sous la direction de Meadows, Fiona. Op. Cit. p.251

38

Louvet, Sylvain ; Favre, Aude. Op. Cit.

39

Bouderbala, Béchir. Op. Cit.

40

Sous la direction de Meadows, Fiona. Op. Cit. p.255

41

Collectif de chercheurs en sciences sociales. (Mai 2016). « Nuit debout est un ras semblement plus diversifié qu’on ne le dit ». In Le Monde


Radio Debout. crédits : Jeanne Menjoulet. source : Flickr

TV Debout. crédits : Nicolas Vigier. source : Flickr

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‘Langue des signes citoyenne’ crédits:Nicolas Marincic.source:Flickr

Débattre sous un stand. crédits : Nicolas Vigier. source : Flickr

L’assemblée générale, point de vue «speaker» crédits : Jeff van Straelen. source : Flickr


Le stand Archi Debout crĂŠdits : Archi Debout. source : Facebook du collectif


3. LA PLACE DES CONCEPTEURS D’ESPACE Le Collectif Archi Debout


3.1 ARCHI DEBOUT : HISTOIRE DU COLLECTIF Dans cette dernière partie, après avoir compris comment la spatialisation du mouvement Nuit Debout était partie intégrante de la revendication, je m’intéresse à la place des architectes au sein de cette assemblée. Présents grâce au collectif Archi Debout les architectes ont pu eux aussi mettre en place leur débat. Le collectif Archi Debout est compliqué à joindre et je n’ai donc pas pu m’entretenir avec l’un de ses membres. Cependant ils ont réalisé quelques interviews sur internet, et j’ai pu glaner des informations dans quelques articles en ligne et billets de blog. Au vu des informations que j’ai récoltées, je vais ici tenter de retracer comment le collectif Archi Debout a participé aux revendications sociétales du mouvement Nuit Debout.

48

« Le 1er rassemblement Archi Debout s’est déroulé le 24 avril 2016 place de la République. »1 soit 25 jours après le premier rassemblement du mouvement Nuit Debout. Archi Debout se définit comme un « mouvement populaire d’architectes à Nuit Debout »2. Ce mouvement a été lancé par Olivier Leclerq, architecte associé avec Cyrille Hanappe, de l’agence AIR. Il a eu l’idée de ce mouvement peu après le début des rassemblements place de la République. Leur agence est située près de la place et Olivier Leclerq, face à cette effervescence grandissante de jours en jours, a pensé « important que les architectes soient représentés lors de ce rassemblement »3 comme il a déclaré lors d’une interview au site « Architecture Cree ». Selon Sebastian - un membre du collectif - Archi Debout « est une réunion de concepteurs d’espaces, pour Nuit Debout. Sur une place qui est « hostile au débat » »4. Le mouvement Nuit Debout a su recréer sur cette place « hostile au débat » des espaces participatifs où les nombreux participants ont pris part aux délibérations. Le collectif Archi Debout a-t-il alors, à son arrivée, mis en place des espaces plus adéquats pour la discussion ? Archi Debout a été créé dans le but de mettre en débat aux yeux de la société la profession d’architecte et ses enjeux actuels. La création de ce collectif au sein d’un mouvement contestataire amène une manière différente de réfléchir aux préoccupations actuelles qui gravitent autour de notre métier : l’économie de

1

Wiki “Archi Debout”.

2

Page facebook du collectif « Archi Debout ».

3

« Biennale de Venise : Olivier Leclercq, initiateur d’Archi Debout. » (Juin 2016). In Architecture Cree.

4

UNI MIES. (Juillet 2016) Archi Debout. France.


projet, les crises migratoires, la précarité, le mal logement, l’écologie, etc. Pour O. Leclerq il faut que les architectes « reprennent leur place dans la conception avec les habitants pour une architecture fière et pas seulement basée sur l’économie et les législations »5.

3.2 QUELS SUJETS POUR LES ARCHITECTES ?

Les sujets qu’Archi Debout a développé place de la République sont variés. Ils touchent à la ville, à l’architecture et plus généralement aux enjeux sociologiques liés à l’architecture. « Qu’est-ce que le droit à la ville ? Comment résorber les bidonvilles ? Comment construire des logements d’urgence ? Tels sont quelques-uns des thèmes abordés ce dimanche soir au cours du débat public organisé place de la République par le mouvement Archi Debout rassemblant des architectes engagés et solidaires de Nuit debout »9 peut-on lire dans « le Parisien » en Avril 2016.

5

« Biennale de Venise : Olivier Leclercq, initiateur d’Archi Debout. » Op. Cit.

6

Biennale d’architecture de Venise : « Reporting from the front », Commissaire d’exposition : Alejandro Aravena, 28 Mai – 27 Novembre 2016, Venise.

7

« Biennale de venise 2016: Reporting from the front » (Juin 2016). In AMC.

8

Site Internet du collectif « Roof 4 Humanity ».

9

« Paris : les Archi debout se mobilisent pour créer des logements d’urgence. » (Avril 2016) In Le Parisien.

49 LA PLACE DES CONCEPTEURS D’ESPACE

Pendant ce temps à Venise la biennale d’architecture « Reporting from the front »6 bat son plein autour du sujet du logement dans le monde. Alejandro Aravena, l’architecte commissaire de l’exposition, déclarait que « jour après jour de plus en plus de personnes sur la planète cherchent un lieu décent dans lequel pouvoir vivre ; mais, d’heure en heure, les conditions pour atteindre cet objectif se font de plus en plus ardues »7. S’emparant du sujet de l’habitat, le collectif Archi Debout s’est rendu à l’entrée de la biennale pour construire, en 4 heures, avec des matériaux recyclés, un dôme pouvant servir à l’accueil de public. En visitant la biennale j’ai pu moi aussi être témoin d’un travail similaire. Le collectif « Roof 4 Humanity »8 à l’entrée de la biennale, construisait aussi un dôme préfabriqué pouvant accueillir du public. De nos jours on peut voir que le logement est au cœur des réflexions architecturales et est un sujet dont s’emparent de nombreux collectifs et architectes dans le monde. Sensibiliser quant au sujet du logement – qui regroupe en lui les plus grands maux de la société : la pauvreté, les inégalités, la pollution, etc. - a donc facilement pris place au sein du débat de Nuit Debout.


Ces sujets que nous, élèves architectes, pratiquons dans notre vie universitaire, le collectif Archi Debout, composé de praticiens et d’étudiants, l’ouvre à la discussion envers ceux qui n’ont pas l’occasion d’en débattre. C’est donc une visée pédagogique et informative qui anime ces débats ouverts à tous. Un membre du collectif avait d’ailleurs déclaré que lui-même ne se « rendait pas compte de ce que les gens pouvaient vivre »10 en parlant du droit au logement. Faire partie du collectif lui a permis de redécouvrir le métier d’architecte, pour lui le collectif « change la vision et la place de l’architecte dans la cité »11. Mais c’est aussi une façon pour Archi Debout de rappeler que les architectes peuvent eux aussi être engagés pour des causes sociales. Selon une femme interviewée à Nuit Debout, l’utilité du collectif Archi Debout est de « modifier l’image de l’architecte » qui selon elle a une « très mauvaise image et à juste titre »12. Elle pense que cela peut aider à montrer que les architectes peuvent être engagés dans les combats sociaux actuels malgré les dynamiques politiques dans lesquels ils travaillent parfois.

50

Bien entendu cette assemblée autour des sujets architecturaux est aussi régie par des modérateurs et souvent par des « professionnels certes militants mais portés par la raison sur des sujets qui s’avèrent parfois compliqués pour un auditoire de Béotiens »13. « Par exemple, à un auditeur qui assène, sous le regard approbateur de l’assistance, « qu’il faut plus de réunions participatives avec les habitants », il faut tout le tact et la pédagogie d’Olivier Leclercq pour expliquer plus précisément la réalité de son métier. Bien sûr que la concertation est nécessaire, et le contexte, et l’histoire du lieu mais c’est à l’architecte de trancher et mener son projet »14 raconte C. Leray dans « Chroniques d’architecture ». En effet la recherche d’une société plus participative étant au cœur de l’assemblée Nuit Debout il parait évident que le sujet de l’architecture participative ressorte dans le débat. Et finalement peu connu par une grande partie de la population, les réalités du métier d’architecte ainsi que les réalités des projets participatifs sont importantes à débattre pour une transparence du discours de l’architecte. « C’est dans ce cadre que des architectes, économistes, urbanistes ou citoyens militants animent la géode d’Archi Debout. Parler d’architecture et tenter toujours d’œuvrer à un monde meilleur ? »15 peut-on lire dans « chroniques d’architecture ». Dans une interview accordée à la chaine youtube MIES, un des membres du collectif qualifie leur débats « très ouvert à tout le monde, rien d’imposé : pas

10

UNI MIES. Op. Cit.

11

Ibid.

12

Ibid.

13

Leray, Christophe. (Mai 2016). « Archi debout compte les jours, et les nuits. » In Chroniques D’architecture.

14

Ibid.

15

Ibid.


les sujets, pas les profils, une liberté et libération de la parole »16. C’est en ce sens que le collectif Archi Debout s’est greffé au débat déjà existant place de la République. Nuit Debout finalement relève des sujets similaires quant à la société, avec pour objectif et but que chacun libère sa parole. Nous avons vu en partie 2 que pour ce faire deux sortes d’espace de débat s’étaient mis en place : l’assemblée et l’archipel. Mais alors comment le collectif Archi Debout s’est-il greffé au sein de ces espaces de débat existants sur la place ? O. Leclerq se dit « pour une architecture militante qui se doit de répondre aux problèmes économiques et sociaux »17. Comment le collectif Archi Debout a pu montrer cet engagement au sein du village Nuit Debout ? Selon un architecte, extérieur au mouvement, le collectif Archi-debout à sa manière « fait revenir l’archi sur Terre, sur une place publique faite par des archis et pas des moindres »18. C’est aussi encore une façon de se réapproprier cette place publique, symbole des pouvoirs publics.

« Celui d’Archi debout est sans aucun doute l’espace le plus facile à trouver sur la place »19 écrit Christophe Leray en décrivant le stand du collectif. En effet « les architectes, c’est leur métier, ont construit un bâtiment, certes éphémère mais un bâtiment quand même »20 ce qui permet de les retrouver aisément dans « le joyeux bazar de la République »21. Le mouvement Nuit Debout visant à expérimenter un nouveau mode de vivre-ensemble au sein de la société, Archi Debout a profité de ce « laboratoire à ciel ouvert »22 pour venir eux aussi tester de nouvelles formes d’architecture. Comme ils l’ont réalisé face à l’entrée de la biennale de Venise, les concepteurs du collectif Archi Debout on construit « une géode conçue avec des tuyaux électriques souples, quelques bouts de ficelles et une bâche »23. Une construction de récupération pour une construction facile et rapide. Il est vrai que ce 16

UNI MIES. Op. Cit.

17

« Biennale de Venise : Olivier Leclercq, initiateur d’Archi Debout. » Op. Cit.

18

UNI MIES. Op. Cit.

19

Leray, Christophe. Op. Cit.

20

Ibid.

21

Gazette Debout. (Avril 2016). « Comment s’y retrouver dans le joyeux bazar de la République. » In Gazette Debout

22

Louvet, Sylvain ; Favre, Aude. (2017). Nuit Debout. France.

23

Leray, Christophe. Op. Cit.

LA PLACE DES CONCEPTEURS D’ESPACE

3.3 LA MISE EN PLACE DU DÉBAT

51


mode de construction a dû s’avérer utile lorsque les stands ont commencé à se déconstruire le soir pour revenir au petit matin. Chaque jour une routine de construction du camp s’est alors établie.

52

Grâce aux « techniques employées pour assembler ces espaces qui privilégient une mise en œuvre rapide, avec des tasseaux PVC, des bambous, des cordes, des colliers de serrage plastique et des bâches »24 la construction de ces espaces par le collectif Archi Debout a pu être réalisée par et pour n’importe qui. « La démonstration est encore plus probante quand, en quelques heures, des enfants auront réussi à se construire un petit kiosque de bambou dans lequel ils pourront jouer peinards toute l’après-midi, au cœur et pourtant protégés de la foule oppressante, tandis que des ados, pour leur part, seront tout heureux de se retrouver dans l’intimité d’un tipi édifié aisément par quelques-uns »25 relate toujours C. Leray dans son billet « Archi debout compte les jours, et les nuits ». On voit alors la facilité de mise en œuvre et l’engagement que cela produit de pouvoir « mettre la main à la patte » pour construire son abri. Ces démonstrations et ateliers mis en place par le collectif Archi Debout, selon moi, font passer le message de l’entraide architecturale dans notre société. Si des enfants sont capables de travailler ensemble pour monter leur propre « kiosque de bambou »26 alors pourquoi des adultes ne feraient-ils pas de même pour produire leur logement ? Olivier Leclerq est « persuadé que l’architecte doit prendre part à la politique»27. En 2015 les deux associés de l’agence AIR ont fait partie de la création de l’association « Actes et Cités »28 « pour porter nos [leurs ndlr] actions dans le champ social […] et qui travaille à faire pour la dignité de l’homme dans son cadre de vie »29. Olivier Leclerq dans une interview à « Architecture cree » explique qu’en ce moment - en juin 2016 - ils « travaillent au relogement de familles en grande précarité résidents dans les bidonvilles de la petite ceinture, en proposant des habitats auto-construits et des chantiers écoles »30. A la manière des dômes préfabriqués développés place de la République, O. Leclerq et C. Hanappe développent, via la thématique du logement, l’entraide et la solidarité pour permettre la construction à bas coût de logements décents. On peut aussi faire le lien avec l’engagement de Alejandro Aravena - pritzker price 2016 - l’architecte-concepteur de logements sociaux au Chili qui offrent la possibilité aux habitants d’agrandir le logement en auto-construction selon

24

Makery. (Mai 2016). “Les architectures éphémères d’Archi Debout.” In Makery.

25

Leray, Christophe. Op. Cit.

26

Ibid.

27

« Biennale de venise : Olivier Leclercq présente actes et cités. » (Juin 2016). In Archi tecture Cree.

28

Site internet de l’association « Actes et cités »

29

Site Internet de l’agence AIR.

30

« Biennale de venise : Olivier Leclercq présente actes et cités. » Op. Cit.


leurs usages. Cette construction rapide et facile à mettre en œuvre a aussi permis au collectif de « donner des outils aux commissions de la place qui n’ont pas d’endroit pour être confortablement installées »31. Ils construisent alors « ces sortes d’igloos accueillant les commissions place de la République à Paris »32 pour participer à la construction d’un village confortable. A leur façon les architectes ont alors joué un rôle dans la spatialisation. Ils n’ont certes pas pris part à la planification spatiale du mouvement mais ont joué un rôle dans la pérennisation du campement en apportant du confort et donc de la durabilité à certaines commissions. En améliorant ces espaces de commissions ils ont aussi participé à l’amélioration des espaces de débat plus informels, notamment en habillant l’« archipel » d’« igloos » pour se protéger des intempéries. En effet rappelons que lors de la fin du mouvement Nuit Debout, en Juin 2016, de très fortes pluies se sont abattues sur la capitale et ont joué dans l’abandon progressif du campement par les Nuitdeboutistes.

En partie 2 j’ai expliqué le souhait des architectes concepteurs de laisser la place libre d’appropriation. On peut voir une certaine ironie dans la construction d’un abri par le collectif sur cette même place. « Il y a d’ailleurs une forme d’ironie à ce que, sur une place que d’autres architectes avaient justement décidé de laisser totalement ouverte à l’appropriation, ces Archi Debout ont donc édifié un bâtiment qui se voit de loin et de n’importe quel endroit de la place. […] Et pour chacun qui y pénètre d’éprouver une sensation de confort, de protection, d’accueil »34. On revient alors à l’idée d’appropriation, qui se traduit dans le mouvement Nuit Debout par l’installation d’un campement et qui par les architectes se traduit par la construction d’un bâtiment, d’un abri, permettant plus de confort sur la place, laissée « vide » volontairement.

31

UNI MIES. Op. Cit.

32

Makery. Op. Cit.

33

« Biennale de Venise : Olivier Leclercq, initiateur d’Archi Debout. » Op. Cit.

34

Leray, Christophe. Op. Cit.

53 LA PLACE DES CONCEPTEURS D’ESPACE

Avec la création de ce dôme qui « questionne le rôle de l’espace public dans la société et dans la ville »33 selon l’architecte O. Leclerq, Archi Debout a rapidement pu investir la scène de la place de la République pour y former son espace de débat. Je reprends l’idée développée en seconde partie sur la fabrication de l’espace du débat. On a vu que le débat avait fonctionné de deux manières différentes et indépendantes : l’assemblée et l’archipel. Le collectif Archi Debout a lui combiné les manières de faire débat. En créant leur propre géode ils ont organisé un espace de débat où une assemblée pourrait se rassembler. Mais aussi en l’organisant à part et sous l’étiquette Archi Debout, ils se forment en petit groupe pour parler des sujets d’architecture et d’urbanisme sous cette tente, à la manière des débats informels que l’on peut retrouver disséminés dans le village Nuit Debout.


Archi Debout a donc joué un rôle dans le débat par l’animation de sujets architecturaux ainsi que par la construction d’espaces abrités. S’ils n’ont pas eu le rôle que l’on pouvait imaginer, soit l’organisation du campement, les architectes du mouvement Nuit Debout ont joué un rôle majeur dans la revendication. Aujourd’hui, un an plus tard, c’est une commission toujours existante qui continue de faire vivre l’agora de la place de la République. Si le campement a fini en juin 2016, aujourd’hui, en juin 2017 Archi Debout est en pleine construction d’une agora avec « Debout l’Éducation Populaire » place de la République35.

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Page facebook du collectif « Archi Debout ».


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LA PLACE DES CONCEPTEURS D’ESPACE


Les stands de Nuit Debout crédits : Habitees source : habitees.fr

L’assemblée générale source : Flickr

Cant


Accueil crédits : Habitees source : habitees.fr

tine crédits : Francis Mckee. source : Flickr

‘Le language des signes citoyen’ source : Gazette Debout


CONCLUSION L’écriture de ce mémoire m’a permis de questionner la spatialisation des mouvements contestataires et comment elle a joué un rôle dans les revendications. Cette spatialisation je l’ai comprise sous deux angles différents : la symbolique d’occuper un espace public et les avantages de se regrouper dans un lieu vaste et visible. Etudiant le mouvement Nuit Debout, j’ai de nombreuses fois croisé leur méthode et organisation avec celles que l’on peut retrouver dans d’autres mouvements des places tel que les indignados espagnols. C’est une nouvelle ère de revendications qui prend forme sur les places publiques avec la généralisation de ce type de mouvements contestataires. Cette forme de spatialisation joue un rôle important au sein du campement et dans le débat qui est institué. C’est une nouvelle forme de débat que les mouvements expérimentent, et la spatialité accompagne le besoin de faire de la politique autrement et avec la population. Si dans le cas de Nuit Debout la visibilité et les intentions du mouvement sont restées des intentions, on a pu voir le mouvement Podemos se former à la suite des manifestations des Indignados. L’organisation spatiale structurée qui a aidé au développement d’un débat clair et construit a donc joué un rôle important dans la suite des actions de ces mouvements. Cependant le mouvement des places pose aussi la question de l’appropriation des espaces publics urbains. En partie 1 j’ai développé la notion d’appropriation et de ses limites dans le cadre de Nuit Debout Paris. De part le point de vue des spectateurs, j’ai compris comment cette appropriation de la place a induit la relecture des limites de celle-ci. Mais la question qui en découle peut être posée comme suit : Comment s’inscrire dans l’espace public sans s’imposer aux autres ? Cette notion de limite et d’appropriation de l’espace public n’est pas seulement applicable aux mouvements contestataires. Tous les usagers de la ville qui utilisent l’espace et les places publiques s’y voit contraints, la voie publique n’est la propriété d’aucun individu mais reste à la disponibilité de tous. Que ce soit un groupe d’artiste, un groupe contestataire ou n’importe quel usager de la voie publique, il faut rappeler la limite dans l’appropriation des espaces publics. Je convoque pour cela la notion de droit à la ville définie par Henri Lefebvre comme « le droit à l’œuvre (à l’activité participante) et le droit à l’appropriation (bien distinct du droit à la propriété) »1. Car si le mouvement Nuit Debout a été bénéfique sur bien des enjeux, il a aussi probablement provoqué du désagrément pour certaines personnes, spectateurs de la contestation.

1

« Remettre la ville en projet : de nouveaux emplois du temps au service de nouveaux jeux d’acteurs... », Cours de Cécile Léonardi, ENSAG

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Aborder ces espaces de contestations par leur spatialisation m’a amené à questionner la place des architectes au sein des réflexions de ces mouvements. Si dans la majorité de ces contestations sur places les intellectuels étaient présents dans les délibérations, je ne sais si les architectes ont été représentés dans d’autres mouvements. Ici à Nuit Debout le collectif Archi Debout a été un des stands les plus importants, les plus visibles et qui semble le mieux perdurer dans le temps. En effet aujourd’hui le collectif Archi Debout travaille à « l’écriture d’un manifeste sur l’écriture de la ville »2, comme le confie Sebastian dans son interview sur la chaine youtube MIES. L’écriture de ce mémoire m’a aussi permis de requestionner la place des architectes dans la société d’aujourd’hui. Par leur présence au sein d’un mouvement de cet ampleur regroupant les gens souhaitant réfléchir à notre société actuelle, les architectes revendiquent la place de l’engagement sociétal de notre profession. Société de surconsommation, pauvreté, mal logement, écologie, tant de sujets qui ont donné lieu à des débats au sein de Nuit Debout, des débats où les architectes ont pu exprimer leurs opinions et leurs propositions de solutions du côté architectural.

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Rappeler et me rappeler que les architectes par leur métier ont la chance de pouvoir s’engager pour les causes sociétales importantes de notre génération est pour moi au cœur de leur présence au sein de l’assemblée Nuit Debout. La découverte, au cours de mes recherches, de l’association « Actes et Cités » ou encore de voir un collectif s’engager un an plus tard pour toujours animer le débat autour de la ville m’a tout simplement rappelé ce pourquoi je me suis passionnée pour l’architecture. La pratique de l’architecture, comme le montre l’engagement des architectes au sein de ce mouvement, est bien plus vaste que celle qui est connue du grand public. La pratique de l’architecture, aussi variée qu’il y a d’architectes, mérite d’être exposée dans la totalité de ses propositions, et c’est ce qu’il s’est passé sous le dôme Archi Debout. L’architecte au sein d’un tel mouvement est bien plus que celui qui offrira la construction d’un abri en cas de pluie, que celui qui offrira la conception d’un espace de débat plus confortable ou même celui qui aura dessiné la place la plus appropriable. L’architecte à travers son engagement dans un tel mouvement de réflexion vient ici démontrer comment la profession d’architecte a évolué pour se placer au cœur des problèmes socio-politiques de sa génération. Aujourd’hui l’architecte est non seulement le metteur en scène de la fabrique de la ville mais aussi l’acteur. Par son jeu il va éclairer le décor pour en comprendre sa signification, à la manière de l’acteur contemporain qui expliquera par ses mots le décor parfois incompris par la salle. Au sein du grand théâtre de la ville, l’architecte metteur en scène et acteur va aujourd’hui, accompagné de tous les concepteurs d’espace, essayer de mettre en lumière les propositions qui feront la ville de demain. Après 100 jours et 100 nuits, l’occupation par le mouvement Nuit Debout a pris fin mi-juin 2016 et a laissé la place de la république libre de toute activité. La vie habituelle a repris son cours, le café Fluctuat Nec Mergitur récupère ses clients. Mais où sont donc passés ces milliers de Nuitdeboutistes qui ont tenu le village de Nuit Debout ? Eux qui pendant des jours et des nuits ont occupé

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UNI MIES. (Juillet 2016) Archi Debout. France.


la place pour repenser notre société ne se sont tout de même pas envolés dans les airs ? Non, ils sont toujours là et bien présents, on les retrouve cette fois sur internet. « On occupe des espaces physiques et on pratique des espaces numériques ». Chaque individu aujourd’hui existe par sa présence physique mais aussi par celle qu’il occupe sur la toile : un, deux, trois profils ou plus nous définissent tous sur le web. Et bien sûr cela n’a pas échappé aux mouvements contestataires actuels, les pages Facebook et autre compte twitter sont nombreux a reporter l’activité de Nuit Debout, et cela même un an après les événements. Certes quelques média traquent encore quelques informations sur les Nuitdeboutistes pour comprendre ce qu’ils sont devenus mais leur trace dans les média traditionnels reste discrète. Finalement Nuit Debout que l’on présente comme un mouvement cloisonné au sein de la place de la république, n’était-il pas « un lieu aussi ouvert qu’un espace numérique »3 comme l’écrit le collectif BAOBAB dans son exposition. Et si finalement les nombreux média créés il y a un an n’étaient pas les prémices d’un Nuit Debout futur, organisé pour ne pas durer physiquement mais virtuellement. Contrairement aux Zones à Défendre qui doivent rester sur place pour ne pas céder de territoires, les revendications Nuitdeboutistes étaient avant tout intellectuelles. Ecrire un manifeste comme le collectif Archi Debout en est une suite logique, la Gazette Debout écrit, elle aussi, toujours sur les faits d’actualité socio-politiques et les agoras de Debout Éducation Populaire sont toujours présentes Place de la République. Ce sont ces actions postérieures qui en font un mouvement singulier où sa spatialisation bien que partie prenante de la revendication n’était qu’une première partie du mouvement. A la différence des Indignados, Nuit Debout n’a jamais eu le souhait de devenir un acteur politique français. Nuit debout a encore de nombreux jours devant lui pour penser, réfléchir et construire ce monde nouveau qui a été l’utopie de milliers de personnes il y a un an.

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Exposition : « L’Espace du Débat : Tout foutre en l’air ? », Commissaire d’exposition : BAOBAB Dealer d’espaces, 5 Avril – 7 Mai 2017, Pavillon de l’Arsenal, Paris

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L’assemblée Nuit Debout Paris crédits : Nuit Debout. source : Facebook du Mouvement


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EXPOSITION / « L’Espace du Débat : Tout foutre en l’air ? » Commissaire d’exposition : BAOBAB Dealer d’espaces 5 Avril – 7 Mai 2017, Pavillon de l’Arsenal, Paris, Visitée le 15 Avril 2017 Biennale d’architecture de Venise : « Reporting from the front » Commissaire d’exposition : Alejandro Aravena 28 Mai – 27 Novembre 2016, Venise, Visitée le 11 Novembre 2016

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LA VILLE RESSOURCE, mémoires 2016.2017 - « Grandeur, Déclin, Décadence : à la reconquête des espaces commerciaux délaissés, reconversions de la grande distribution au commerce de proximité», Émilie Lairet - « Habiter en hlm dans un hameau, les bogues du Blat », Perrine Faure - « Global Award for Sustainable Architecture : Évolutions et échos du débat durable en France », Gaëtane Eche - « Les tactiques d’occupations de la vacance », Lucie Rousset - « La reconversion d’usines-machines en espace de vie », Cindy Jouanas - « Bunkers anti-atomique : La spatialisation de la survie ... une affaire de typologies », Alexandre Peteul - « Regard Féministe : lecture du Prix des femmes architectes françaises », Coline Verluise - « Etude de cas: Villeneuve Grenoble-Echirolles ou la Bigness grenobloise ? Éprouver les concepts Koolhaassiens sur un quartier «anti-sarcelles» », Sarah Bengoua - « Patrimoine partagé et revitalisation rurale, l’étude de cas de l’atelier communal de Rochefort en Valdaine », Célestine Giffon - « Réinvestir les friches industrielles en milieu périurbain : volonté et capacité à travers ses propres démarches », Tatsiana Smykovskaya - « Retour de flamme : l’héritage Olympique en question », Arthur Mombazet - « Les jeunes collectifs d’architectes à l’heure des réseaux sociaux : démarches, constructions et stratégies de communication. », Camille Ducros - « Les camps de Calais et de Grande-Synthe : L’organisation spatiale d’une politique de fermeture », Geoffroy Maffei-Giordanengo - « Une hybridation architecturale: entre une architecture diagrammatique et phénoménologique », Matthieu Brochier - « Street art l’envers du décor, le cheminement d’une fresque », Nihel Mechmeche


Nuit Debout, l’espace [de la Ré]publique

Spatialisation d’une revendication De tous temps l’espace public a été le lieu d’événements publics et politiques, l’interface entre l’individu et le pouvoir public. Les manifestations dans l’espace public ont pris au cours de l’histoire la forme de marches en ville, de déambulations contestataires. Depuis les années 2000 de nouvelles manières de se rassembler dans l’espace public sont apparues. Les mouvements de places comme les Indignados espagnols ont gagné la France en 2016, à la suite d’une loi Travail très critiquée. 31 Mars 2016, le premier rassemblement Nuit Debout débute. Les manifestants occupent la place de la République à Paris. Pendant 100 jours et 100 nuits ils montent un campement au cœur de la Capitale, où les sujets de société vont être débattus au cœur d’assemblées générales. Nombre de commissions sont présentes et parmi elles, les architectes du collectif Nuit Debout. Leur présence questionne la place des concepteurs d’espace au sein d’un mouvement de revendications sociales. Comment l’espace public se transforme-il alors, sous l’occupation des manifestants, en un espace de revendications ? En quoi la spatialisation est-elle liée à la revendication et comment celle-ci influe-t-elle sur l’issue des contestations ?

Juin 2017 . Ecole Nationnale Supérieure d’Architecture de Grenoble

Mémoire Master 1  

Nuit Debout, L'espace [de la Ré]publique // Spatialisation d'une revendication

Mémoire Master 1  

Nuit Debout, L'espace [de la Ré]publique // Spatialisation d'une revendication

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