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CARLO ACUTIS

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3 éditorial 4 dossier :

CARLO ACUTIS

14 œcuménisme 15 ∙ "Que feriez-vous si votre service du dimanche n'existait pas ?", interview de B. Shearer, Sr K. Lakatos

20 formation chrétienne 21 ∙ Martin Luther King, "I have a dream" : le rêve d’un Monde Nouveau, J-C. Girondin 24 ∙ De la hiérarchie sociale au préjugé de couleur, R. Rabathaly 26 ∙ Lire pour mieux comprendre, Bibliographie 28 ∙ La louange de l'Eglise entière, J-S. Laurent

30 fraternité œcuménique internationale 31 ∙ Un été ré-inventé, B.&A-M. Coutellier 34 ∙ "Est-ce que tu m’aimes ?" Ordinations

La revue FOI (Fraternité œcuménique Internationale) est publiée par la Communauté du Chemin Neuf - 10 rue Henri IV - 69287 Lyon cedex 02

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directeur de la publication : P. François Michon, directeur délégué : Jean-Charles Paté, rédactrice en chef : Pascale Paté, comité de rédaction : Prisca Horesny, Kinga Lakatos, Paulina Pasternak, P. Gabriel Roussineau, Estelle Sogbou, Guillaume Viennot crédit photos : fotolia.com, unsplash, Famille Acutis, ccn abonnement : Véronique Piton, gestion-administration : ACN, maquette : Paolo Fausone, réalisation pao : Stanisław Jamróz, impression : Imprimerie Chaix Dépôt légal : décembre 2017, CPPAP : 0320 G 833338, ISSN : 1770-5436


éditorial

Du multiculturalisme à l’interculturalité Père François Michon Berger de la Communauté du Chemin Neuf

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots  » (Martin Luther King). La fraternité nous oblige donc à devenir intelligents  ! La dimension internationale de la Communauté, qui semble une évidence, nous interroge de plus en plus. Nous connaissons déjà bien le groupe «  Mémoire, Identité, Métissage  ». Dans son article, notre frère Ryan Rabathaly répercute le travail et la réflexion sur leur identité menée par nos frères et sœurs créoles  : «  Il y a en germe dans la diversité et le métissage des sociétés créoles une ouverture possible à une appartenance commune  ». Dans la foulée, des frères et sœurs originaires d’Europe centrale prennent la mesure de ce qui dans leur histoire, impacte aujourd’hui leur relation à l’Occident. Ils se comprennent «  autres  » dans notre Communauté en France. Lors de mes rencontres avec des frères et sœurs brésiliens, j’ai pu percevoir le trouble qui les habite : ils aiment la Communauté qu’ils découvrent, ils perçoivent la richesse spirituelle et ecclésiale qui soutient leur vie à la suite du Christ, ils ont le désir de répondre à cet appel et pourtant, à la longue, ils ne savent pas comment vivre dans la Com-

munauté dans laquelle ils se sentent encore étrangers… Ceci nous convoque pour de bons temps communautaires ! Lors de la session de rentrée des étudiants en philosophie et théologie de la Communauté, le père Aristide Dossou sj, professeur de philosophie d’abord à St Pierre Canisius à Kinshasa puis aujourd’hui au Centre Sèvres à Paris, nous a tracé un itinéraire philosophique conduisant du multiculturalisme à l’interculturalité. La culture est ce qui nous met ensemble en nous identifiant. Elle est aussi ce qui nous sépare en marquant les frontières de nos communautés d’appartenance. « Le multiculturalisme accepte la coexistence de plusieurs identités culturelles dans un même espace public sans qu’il y ait forcément une interaction entre elles. Mais à bien y réfléchir, aucune société n’est entièrement multiculturelle dans la mesure où il y a évidemment une interaction entre les membres des différentes cultures, et leur contact crée une nouvelle culture appelée l’interculturalité. » L’identité internationale de notre Communauté nous met au pied du mur  : l’interculturalité n’est pas à proprement parler une recomposition culturelle qui émergerait de nos rencontres, mais pré-

cisément l’art de vivre et le désir de vivre la rencontre avec l’autre. Comme le dit Emmanuel Lévinas, « la transcendance est vivante dans les rapports à l’autre homme ». L’identité chrétienne dans son origine exprime cette interculturalité. La catholicité de l’Eglise tente de signifier cette unité dans la diversité qui passe par la réconciliation. La vocation œcuménique de notre Communauté informe - "donne forme à" - nos relations interculturelles. Avançant chacun vers le Christ, nous nous rapprochons immanquablement les uns des autres, jusqu’à laisser l’Esprit Saint susciter des espaces où l’Eglise se reconnaît Une. f F. M.

Schéma : unité par la conversion des Eglises (L. Fabre)

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dossier

CARLO ACUTIS UN MODELE POUR LES JEUNES D’AUJOURD’HUI « Madame, votre fils est spécial  ». Cette phrase,  Antonia Acutis,  l’a entendue d’innombrables fois : le curé de la paroisse, les enseignants et les camarades de classe de Carlo, Rajesh, l’employé hindou qui va se convertir au christianisme, le concierge de l’immeuble où ils avaient emménagé en 1994 à Milan, tous lui ont dit. « Spécial », mais pourquoi donc? Carlo aurait-il un truc, une particularité, quelque chose qui le distingue des autres ? Non, le secret de Carlo porte un nom : il s’appelle Jésus. A partir du moment où il fait sa première Communion, Jésus devient l’Ami avec un grand A. Et pour toujours. Carlo, passionné par les nouvelles technologies sera un des premiers à utiliser Internet pour transmettre sa foi. Carlo, c’est le geek de Jésus, le cyber-apôtre, celui qui, en seulement 15 ans nous laisse l’exemple d’une existence remplie, plus remplie que celle de nombreux nonagénaires. Car à 15 ans, en 2006, Carlo Acutis est terrassé par une leucémie foudroyante. Très vite sa réputation de sainteté se répand, à tel point qu’en juillet 2018, il est déclaré vénérable. En cette année 2020, ce garçon très « spécial » devrait être déclaré bienheureux par le pape François.

Ce dossier est réalisé avec l'équipe Net for God, à partir du film d’octobre 2020, "Carlo Acutis, missionnaire 2.0", disponible dans le réseau Net for God et sur le site www. netforgod.tv. Net for God est un réseau de prière, de formation et d'évangélisation, créé par la Communauté du Chemin Neuf en 2000, qui s'engage pour l'unité des Chrétiens, la réconciliation et la paix. Chaque mois, un film traduit en 20 langues est envoyé dans près de 70 pays à tous les membres du réseau qui constituent la Fraternité Œcuménique Internationale. Pour rejoindre le réseau de prière près de chez vous : netforgod.tv Revues et DVD en vente sur le site laboutique-chemin-neuf.com foi66 septembre-octobre-novembre 2020

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Le film

CARLO ACUTIS MISSIONNAIRE 2.0 C’était un garçon de son temps. Il aimait les Pokémon, la play station et les jeux vidéo. Et il sera bientôt déclaré bienheureux. Qui est ce jeune Carlo, mort prématurément à 15 ans que le pape François veut aujourd’hui nous donner pour modèle ? Dans sa lettre apostolique destinée aux jeunes « Christus Vivit », le pape parle de ce monde numérique qui  « peut exposer au risque du repli sur soi, de l’isolement, ou du plaisir vide  ». Mais, il y a une autre voie qui consiste non pas à rejeter les outils modernes mais à apprendre à les utiliser pour le Bien, pour transmettre la beauté de l’Evangile. «  Il y a des jeunes qui sont créatifs, et parfois géniaux, dans ce domaine. C’est ce que faisait le jeune Carlo Acutis », conclut le pape François (§104). Comme le dit avec enthousiasme le père Will Conquer, prêtre des Missions étrangères, « On peut entrer au ciel avec un portable à la main !». Enthousiaste, débordant d’énergie, Carlo l’était vraiment. Petit génie d’internet, surdoué de l’informatique, il va créer un site web pour sa paroisse, un autre pour son collège, réaliser toutes sortes de vidéos souvent très drôles. Nous sommes dans les années 2000, la révolution numérique a commencé. You tube, Facebook

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et les réseaux sociaux n’existent pas encore, mais Carlo se lance avec passion dans l’exploration de ce nouveau continent. Toujours dans le même but : faire connaitre l’extraordinaire amour dont nous sommes aimés. Toute sa courte vie, il brûlera de cette flamme missionnaire. Pourtant ce jeune italien, qui a choisi la sainteté comme programme de vie, a, semble-t-il, une vie très ordinaire. Né à Londres le 3 mai 1991, il est le fils unique d’une famille aisée, qui, en 1994, revient s’installer à Milan. Carlo va à l’école, joue au foot, aime le sport, la musique. Une vie normale. Banale, pourrait-on dire. Mais, c’est justement dans ce quotidien que Carlo va déployer son amour et sa foi rayonnante. Il n’y a pas chez lui de manifestation surnaturelle extraordinaire. Et rien qui pourrait alimenter une légende dorée. Il s’ancre dans la réalité de tous les jours. C’est un héros du quotidien auquel nous pouvons tous ressembler. D’ailleurs, ses camarades le décrivent comme

quelqu’un de très simple, capable de parler avec naturel à tout le monde, sa famille, ses voisins, les gardiens d’immeuble qu’il croise sur son chemin, ou les clochards rencontrés dans la rue. Parmi les petites phrases qui nous sont restées de lui, il y a celle-ci : «  Dieu est très simple, et celui qui souhaite le trouver devra se simplifier, sinon il ne le trouvera jamais. » L’événement déterminant pour Carlo, sera sa première Communion, à 7 ans. Ce jour-là, naît en lui un amour immense de l’Eucharistie. Il va en vivre désormais chaque jour et y restera fidèle jusqu’à la fin. « L’Eucharistie, c’est mon autoroute pour le ciel  » disait-il. Avec la fraicheur de la jeunesse, Carlo s’étonnait de voir autant de personnes faire la queue pour assister à un match de foot ou un concert de rock, et si peu de monde pour saluer le Dieu vivant. Il est comme « aspiré » par l’hôte du tabernacle. « Beaucoup de gens passent des heures à se bronzer au


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soleil, mais si on bronzait devant le saint sacrement ? », dit-il. Voilà une idée : on pourrait tous devenir saint ! Né dans un milieu privilégié, Carlo ne vit pas pour autant dans sa bulle. Il fait des maraudes avec les frères capucins pour servir des repas chauds aux sans-abri. Et avec Rajesh, cet homme qui joue à la fois le rôle d’employé de maison, d’homme de confiance, de nounou, de compagnon de jeu, il va aussi chercher à apporter ce qu’il peut. Rajesh peut en dire long sur ce que Carlo a changé dans sa vie. Il dit luimême : « Cet enfant, si petit, a été mon professeur ». Au point que Rajesh s’est converti au christianisme. Flavio, lui, n’a pas connu Carlo direc-

tement. Il l’a rencontré un jour, par hasard sur Internet. Mais cette découverte l’a transformé, lui aussi. Aujourd’hui, Flavio s’occupe du centre Carlo Acutis, créé à Assise, une ville que Carlo aimait particulièrement et où il venait chaque été en vacances. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le tombeau de Carlo se trouve aujourd’hui à Assise, dans le sanctuaire du dépouillement, lieu où saint François a tout quitté pour suivre le Christ dans sa pauvreté. Carlo était issu d’une famille riche, mais, comme François d’Assise, il a préféré le Christ à tout le reste. C’est ce qui peut attirer les jeunes d’aujourd’hui, assoiffés d’authenticité. Et toutes les informations qui circulent sur le web à propos de Carlo le montrent bien. Pour beau-

coup, il est un modèle accessible, un exemple de la manière dont il est possible de vivre la foi. Les deux dernières années de sa vie, Carlo les consacrera à monter une exposition itinérante où il recense 132 miracles eucharistiques reconnus par l’Eglise catholique. Malheureusement, il ne verra jamais le fruit de son travail. La veille de l’inauguration, il tombe malade, et il est emporté en quelques jours par une leucémie foudroyante. Il meurt le 12 octobre 2006. Le fruit, on le voit aujourd’hui. Il suffit, comme disait Carlo, de réaliser ce pour quoi, sans exception, nous sommes tous faits. « Tout le monde naît original mais beaucoup meurent comme des photocopies ». f H.P.

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Interview : Will Conquer

Carlo, un saint ordinaire Nous avons eu la chance de rencontrer le Père Will Conquer quelques jours avant son départ pour le Cambodge, où il vit désormais. Will Conquer est prêtre des Missions Etrangères, mais il est aussi l’auteur du livre Un geek au Paradis, sorti en 2019 aux éditions Première Partie. Un geek au Paradis est la biographie de Carlo Acutis qu’il a réalisée en recueillant plusieurs témoignages, notamment celui, très précieux, de la mère de Carlo, Antonia, et de Nicola Gori, le postulateur de la cause de béatification. Ce livre est né d’une rencontre avec Pierre Chausse et Gregory Turpin. Les trois amis se questionnent sur la manière de rejoindre les foules de jeunes qui ont soif d’une parole authentique : «  Mais qui va être leur modèle, un modèle concret, un modèle tangible, contemporain  ?  » s’interroge Will Conquer. «  On voit bien qu’aujourd’hui on a toutes sortes d’idoles ou de stars qui nous inspirent, des joueurs de football, des chanteurs, des personnalités publiques, mais on a du mal à avoir des modèles de sainteté, on a du mal à trouver des gens qui puissent nous inspirer ». Le Pape François a fait le même constat. Et c’est la raison pour laquelle il a écrit une exhortation apostolique, intitulée Christus vivit, «  Le

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Christ est vivant ». Dans cette lettre, se souvient Will Conquer, «  il propose des modèles aux jeunes, il parle de Jeanne d’Arc, il parle de Pier Giorgio Frassati, et il parle aussi d’un petit bonhomme, que personne ne connaissait en France, et qui s’appelle Carlo Acutis. Il fallait donc faire une enquête sur ce jeune et l’idée me plaisait puisque je me reconnaissais des traits communs avec ce jeune, le côté un peu  «  geek  »,  l’attrait pour les nouvelles technologies…  En m’intéressant à lui, ce qu’il a fait, ce que ses amis sont devenus, je me suis rendu compte que c’était véritablement un jeune de notre génération. Tous ses amis sont sur Instagram aujourd’hui, ses parents sont sur  Whatsapp, il existe des groupes Facebook à son nom ».

Carlo est donc un jeune de son temps. Et s’il est en odeur de sainteté, c’est un saint ordinaire. Il est fils unique comme beaucoup d’enfants de notre époque, et il avait tout pour être l’enfant-roi, immergé dans le matérialisme. Mais, poursuit Will Conquer « ce qui est impressionnant, c’est qu’il a une joie de vivre et une volonté d’entrer en relation avec les autres ». Dans cette grande ville de Milan, Carlo va tisser des liens personnels avec des gardiens d’immeubles, les passants qu’il croise sur le chemin de l’école, les employés de ses parents. C’est là «  le cœur missionnaire de Carlo. Son témoignage de foi il le fait d’abord chez lui. Carlo, c’est celui qui met en œuvre et en pratique la phrase de mère Teresa :


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« Ce qui est impressionnant, c’est qu’il a une joie de vivre et une volonté d’entrer en relation avec les autres ».

‘’On ne peut rien faire de grand mais que de petites choses avec un grand amour’’ ». Avec Rajesh, cet homme qui a quitté l’Ile Maurice pour venir travailler en Italie, et est entré au service de la famille Acutis, Carlo a vraiment voulu vivre une amitié. « Et cette amitié a été transformante pour Rajesh à tel point que Rajesh est allé jusqu’à demander le baptême. Rajesh qui était hindou est devenu chrétien pour avoir ce meilleur ami en commun avec Carlo. Aujourd’hui, Rajesh est un des plus grands défenseurs de sa cause de béatification ». Will Conquer insiste aussi sur la fidélité de Carlo. « S’il n’a rien fait de grand, il a vécu une chose avec beaucoup de grandeur, c’est la fidélité, la fidélité au Christ et à l’Eucharistie. Et ce qui est beau, c’est qu’il n’a pas changé le monde, il n’a pas gagné le Prix Nobel, mais, en toutes choses, il a essayé d’être fidèle au Christ. Voilà qui est Carlo. Carlo, c’est un ami de Jésus. C’est impressionnant de voir qu’à partir du jour de sa Première Communion, il va prendre cette résolution totalement folle d’aller à la messe non pas une fois de temps en temps, non pas juste pour Noël ou pour Pâques ou que le dimanche, mais tous les

jours. Alors, au début, sa maman pense qu’il est un peu exalté parce qu’il vient de faire sa Première Communion. Mais, le lendemain, il retourne à la messe, le surlendemain, puis le dimanche puis la semaine suivante, puis encore la semaine suivante, mois après mois jusqu’au dernier jour de sa vie ». Un enthousiasme qui ne tarira jamais, même en vacances. «  Quand ils veulent partir en vacances, ses parents demandent à Carlo où il veut partir. Ils auraient pu partir à Bali, à Bora Bora ou ailleurs mais Carlo, lui, ce qu’il veut, c’est aller voir les grands sanctuaires et

spécialement les grands sanctuaires de France, il veut aller à Lourdes, au Mont Saint Michel, à Rome, il veut aller surtout à Assise, une ville où il se sent vraiment chez lui ». Dans les années 2000, les nouvelles technologies font leur apparition. Carlo est passionné par tout cela. « Il n’a pas encore les réseaux sociaux, mais il aura un e-mail. Carlo, c’est le premier saint du ciel qui a une adresse e-mail. Il n’avait pas encore Facebook parce que ça n’existait pas. Mais il a les nouvelles technologies, et l’usage qu’il en fait peut

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« Comment faire pour partager ma plus grande passion avec mes amis ? »

nous inspirer aujourd’hui. C’est un usage non seulement social, mais aussi missionnaire, c’est ça qui est impressionnant …. Alors que la plupart des jeunes de son âge vont sur Internet pour chercher des choses qui les éloignent de Dieu, lui il y cherche des outils pour les rapprocher de Dieu. Carlo est vraiment pour moi le nouveau missionnaire de ce continent inconnu, ce 6ème continent qu’il faut évangéliser ». Pour Will Conquer, Carlo est comme un agneau au milieu des loups sur Internet « et ça, il en est totalement conscient. Il se rend bien compte des énormes défis à surmonter, du combat héroïque à mener, pas seulement pour lui-même, mais pour chacun des jeunes de sa génération ». Carlo a beaucoup d’amis. Mais il se rend vite compte qu’ils ont du mal à recevoir le message du catéchisme, parce que le langage employé ne les touche pas. Alors il se demande  : «  Comment faire pour partager ma plus grande passion avec mes amis ? » «  Sa plus grande passion, c’est Jésus dans

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avait été témoin, un miracle eucharistique. Mais pour Carlo, ce qui lui tient à cœur, c’est surtout de montrer que chaque messe est un petit miracle à portée de main, note Will Conquer : «  Il y a un miracle beaucoup plus proche de toi, ce miracle a lieu tous les jours dans Pendant deux ans, Carlo va donc tra- ta paroisse, à chaque fois qu’une messe vailler à la réalisation d’une exposi- est célébrée, le pain et le vin consacrés tion sur les miracles eucharistiques  deviennent vraiment le corps et le sang de «  rappelant ce qu’on oublie souvent, que Notre Seigneur Jésus-Christ ». plusieurs fois dans l’histoire, il y a eu ce qu’on appelle des miracles eucharistiques, Cette exposition pour laquelle il a dédes moments où, de façon très surpre- ployé tant d’énergie a fait le tour de nante, presque incompréhensible, ce qui la planète. Pourtant, Carlo ne verra n’était que du pain, ce qui n’était que du jamais l’aboutissement de ce projet. vin, est devenu un morceau de chair et du La veille de l’inauguration, il tombe subitement malade, et, en entrant à sang ». l’hôpital, il dit à sa mère  : «  Je ne sorC’est aussi pour cette raison que le tirai pas d’ici  ». Le 12 octobre 2006, Pape François a une affection toute quelques jours seulement après particulière pour Carlo. Quand il s’ap- le déclenchement de la maladie, il pelait encore Jorge Maria Bergoglio, s’éteint en disant  : « Je meurs serein et qu’il était évêque à Buenos Aires parce que j’ai vécu ma vie sans en gaspildans les années 90 en Argentine, un ler même une minute pour des choses qui prêtre s’est présenté à lui pour lui ra- ne plaisent pas à Dieu ». Un témoignage conter les faits extraordinaires dont il étonnant pour un jeune de 15 ans, que

l’Eucharistie. Comment est-ce qu’il peut trouver les mots pour la partager avec les jeunes de son âge ? Du coup il va faire des recherches et là, il va se servir de Google, de Wikipédia, il va se servir de tous ces trucs sur Internet où on peut trouver plein d‘informations ».


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Will Conquer a essayé, dans son livre, de retracer à partir des sept vertus chrétiennes. « J’ai voulu construire le livre comme un parcours pour grandir en sainteté, à partir des vertus chrétiennes. Aujourd’hui, au catéchisme, on parle beaucoup du témoignage et de la rencontre avec Jésus et c’est en effet très important, mais il doit également y avoir une éducation aux vertus chrétiennes. On connait souvent les sept péchés capitaux, connaît-on aussi bien les sept vertus ? Dans les vertus chrétiennes, il y a cette rencontre extraordinaire entre les vertus cardinales, justice, tempérance, force et prudence qui sont comme les quatre murs d’une maison, couronnés par les trois vertus théologales, foi, espérance et charité, qui viennent comme la coupole d’une église sur ces murs ». «  Aujourd’hui, quand je vois des ados, je

leur dis : ‘’Mais allez-y les gars, soyez les héros dont le monde a besoin, vous êtes à un moment où les gens vont vous dire que vous déciderez plus tard, que vous n’avez pas besoin de vous poser toutes ces questions, et bien si, posez-vous ces questions et trouvez les réponses, vous êtes au moment de votre vie où vous posez les bases, les fondations pour une vie réussie. Et si vous posez ces bases avec le Christ, si vous vivez de ses vertus, de sa foi, de son espérance, de sa charité, alors vous pouvez vraiment transformer non seulement votre vie mais transformer le monde’’ ».

plus intelligent ou plus bête, est-ce que ça m’a rendu plus proche de Jésus ou est-ce que ça m’en a éloigné ? ». Un immense défi pour les jeunes, mais aussi pour chacun de nous. f W.C.

Will Conquer, Un Geek au Paradis Editions Première Partie, 2019

Pour terminer, Will Conquer suggère quelques pistes de réflexion : « Est-ce que internet, les réseaux sociaux, ça me rapproche des gens ou est-ce que ça m’en éloigne  ? Souvent on peut se poser cette question, est-ce qu’Internet m’a rendu

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Temoignages en pastorale

Une vie qui parle aux jeunes Juliette Thieffry Animatrice Pastorale 3ème Collège SAINT ADRIEN Villeneuve d’Ascq En juin dernier, lors d’une journée de relecture, notre aumônier nous a parlé d’un jeune italien ayant eu un parcours de vie exemplaire et dont on parlera surement longtemps. Une animatrice pastorale nous a offert à chacune d’entre nous, animatrices pastorales chacun le petit livre relatant la vie de Carlo Acutis. Cela ne nous a pas laissées indifférentes. En octobre dernier (2019), on nous fait part de l’ouverture d’un foyer de jeunes pour tous les collégiens, lieu convivial avec babyfoot, fauteuils… où tous peuvent se retrouver le matin tôt, midi et après les cours. Il fallait trouver un nom pour ce foyer et chacun avait son idée, on pensait plutôt à l’Oasis... Puis, notre conseiller d’éducation qui est en lien avec les jeunes nous a dit que notre directeur avait décidé qu’on lui donnerait le nom d’un Saint. Ce fut une surprise car ce n’est pas un oratoire mais un foyer de jeunes. Alors, quelle est la personne, jeune, qui peut le mieux parler aux jeunes même s’il n’est pas Saint (du moins pas encore), c’est CARLO ACUTIS car il est un modèle pour les jeunes. Nous avons affiché dans le foyer sa photo ainsi qu’une courte biogra-

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phie. Cela questionne les jeunes car la vie de Carlo nous parle d’un monde qui est le leur, d’un jeune qui a une vie ordinaire avec des amis, des passions, engagé, habité d’une grande foi et imprégné de l’amour du Christ et des autres. Nous avons parlé de lui lors de nos temps de rencontres avec les 3èmes et le groupe Alpha jeunes en échangeant aussi autour de ses phrases : « Tous naissent comme des originaux mais beaucoup meurent comme des photocopies » « L’Eucharistie est mon autoroute pour le ciel » « Trouve Dieu et tu trouveras le sens de ta vie » Durant l’année à venir, Carlo doit continuer à être présent au milieu de nous, nous aurons donc l’occasion de le découvrir en catéchèse avec les élèves de 6ème et de leur montrer comment il a mis le Christ au centre de sa vie et que tout ce qu’il a fait, il l’a fait par Amour. Puis nous verrons avec les plus âgés – à partir de son exemple - comment s’engager et se mettre au service des autres.

Bénédiction du foyer par le P. Luc-Emmanuel Dupont


dossier

Nuit d'Adoration proposée aux élèves de 3ème à Marcq-en-Baroeul, sous la protection de Carlo Acutis

Ségolène d’Alançon Responsable Pastorale Marcq-Insitution Marcq-en-Barœul Juin 2018 – Je me « balade » sur Internet à la recherche d’idées afin de préparer ma première rentrée scolaire en tant que chargée de pastorale auprès des collégiens à Marcq-Institution. Je tombe sur site du synode des jeunes - alors en pleine préparation - et je découvre sur son site une sélection de « jeunes témoins ». C’est alors que je suis interpellée par le visage d’un jeune italien, qui aurait pu être un élève de notre école. C’est donc via Internet, que je vais faire la connaissance de celui qui sera très vite surnommé « le geek du Paradis ». Le coup de cœur est immédiat et je partage à l’équipe l’idée de proposer Carlo Acutis comme « saint patron » des grands collégiens. Adhésion immédiate ! Septembre 2018 – Pas simple de transformer l’idée… En effet, je ne trouve quasi aucun livre, reportage, témoignage en français. Devant le peu d’informations exploitables, je songe à renoncer. Mais, persuadée que Carlo peut être un modèle pour nos jeunes, l’équipe de la pastorale souhaite quand même le présenter aux élèves, même si ce sera encore très succinctement ! Et l’évènement qui suit, nous a montré que, malgré les apparences, ce n’est pas nous qui avions choisi Carlo, mais c’est bien lui qui nous a choisis et avait le désir de rentrer dans notre collège ! Sans connaître la date anniversaire de sa mort (12 octobre), nous décidons de faire une séance sur Carlo le jeudi 11 octobre en leur proposant de lui confier une intention de prière, écrite sur un petit papier. Ces in-

tentions seront offertes lors de la messe hebdomadaire, qui sera donc, cette semaine… le vendredi 12 octobre ! Nous devrons attendre la fin de la journée pour réaliser cette « coïncidence » de date, ce qui nous a fortement émus et mis dans la joie ! Mais, les signes de Carlo ne s’arrêtent pas là !  Durant l’été, j’avais écrit, via le site de Carlo, en espérant recevoir quelques images - Aucun retour- Ce même jeudi 11 au soir, coup de fil de l’accueil me prévenant qu’ils avaient retrouvé un carton venant d’Italie à mon intention. INCROYABLE !! un carton entier d’images et de tracts que nous avons pu commencer à distribuer ce même 12 octobre !  Plus de doutes possible… Carlo est bien présent et nous sommes tous dans la joie de présenter, lors de cette messe, toutes les intentions des élèves confiées à l’intercession de Carlo ! Les élèves sont très touchés par Carlo ! Un jeune, non croyant, nous a même confié garder toujours sur lui une image de Carlo. « Ne pas être une photocopie » parle particulièrement à tous les jeunes ! 16 mai 2019 – Nous lançons une nuit d’adoration - 24 jeunes relèvent le défi ! Et nous mettons cette nuit sous la protection de Carlo. Certains que Carlo est un très beau modèle, tant pour les croyants que pour ceux qui sont loin de la foi, nous avons décidé de donner à un oratoire que nous rénovons, le nom d’ « oratoire Carlo Acutis ». Inauguration prévue fin 2021 !

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œcumé

nisme "Que tous soient un, afin que le monde croie !" (Jean 17), telle est la prière de Jésus. Recevons de Lui l'Unité des Chrétiens. "Que feriez-vous si votre service du dimanche n'existait pas ?"

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œcuménisme Eglise et réseaux sociaux

"Que feriez-vous si votre service du dimanche n'existait pas ?" Une discussion passionnante et inspirante avec Brady Shearer. Ce jeune Canadien de 29 ans est le fondateur et directeur de "Pro Church Tools" (« Outils pour l’église »), une plateforme chrétienne qui aide les églises à repenser leur mission et leur présence en ligne dans les 167 heures de la semaine qui suivent la messe/service du dimanche. Il répond aux questions de Kinga Lakatos (FOI) sur l'importance et les règles de ce nouveau champ de mission, les plateformes de médias sociaux.

F.O.I : Comment est née l'idée de « Pro church tools » ? Brady Shearer : Pendant mes études pour obtenir le diplôme de théologie pour devenir pasteur de jeunes, en troisième année, j'ai travaillé dans une église où j'étais directeur des médias. C'était à mi-temps, 20 heures par semaine et je n'avais aucune compétence à l'époque. Mais, le pasteur m'a mis une caméra dans les mains et m'a donné un ordinateur en me demandant de m’occuper de toutes les communications de la paroisse (vidéos, médias sociaux et autres médias). Il m'a dit : "Nous savons

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que tu n'as pas beaucoup de compétence, mais nous avons la conviction que tu peux les acquérir sur le terrain, alors vas-y ! ». En regardant autour de moi, je voyais les étudiants en théologie et je me disais : "Ils auront besoin de toutes les compétences dont j'ai besoin moi-même, ils seront des leaders de louange, pasteurs de jeunes, ils implanteront leurs propres églises, donc ils auront tous besoin de comprendre comment fonctionne une caméra et ce que sont les médias sociaux". Et donc, tout en apprenant les compétences dont j’avais besoin, j'ai commencé à les leur enseigner. C'est de là que vient « prochurchtools.com », j'ai lancé une chaîne Youtube, un podcast, j'ai commencé à écrire des contenus et à enseigner toutes les compétences que j'apprenais. C'est donc là que tout a commencé. J'étais marié depuis peu et nous habitions dans un appartement d'une chambre. Chaque jour, j'installais tout le matériel pour filmer dans le salon, puis le désinstallais le soir, car c’était aussi l'endroit où nous mangions. C'était il y a sept ans; maintenant, nous sommes une équipe de vingt personnes et nous avons trois sites différents, mais nous faisons la même chose depuis le début. C'est-à-dire enseigner ces compétences aux églises ou, comme nous aimons le dire, "Aider les églises à traverser le plus grand changement de communication des 500 dernières années". F.O.I. : S’occuper des médias sociaux et de la communication dans l’Eglise nécessite tout un concept, des connaissances, du temps et des ressources. A votre avis, est-il important d'investir dans ce domaine et comment peut-on le faire efficacement même si l'on n'est pas un professionnel ? B.S. : Pour commencer, je tiens à dire qu'il n'y a pas de professionnels. Les médias sociaux ont environ 10 ans, Facebook, la plateforme la plus ancienne, a ouvert en 2007. Ce sont de nouvelles constructions dans la culture. Je nous compare à des pionniers qui arrivent dans un nouveau pays. Au Canada, les gens sont venus, et le réveil fut brutal, parce qu'il faisait très froid, et la première décennie était difficile. Ces pionniers ont dû trouver comment vivre, travailler le sol en été et comment survivre en hiver. Ils n'étaient pas des professionnels, ils voulaient juste survivre une année de plus. Aujourd'hui, ce n’est pas une terre physique que nous devons découvrir, mais une terre « en ligne ». Je repousse cette idée de « professionnels ». Je préfère utiliser le mot "praticiens", nous sommes essentiellement des étudiants du jeu, des médias sociaux. Les

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choses changent si rapidement. Il y a un mois et trois jours, on a annoncé "Instagram reels", un nouveau format d'affichage sur Instagram. Donc, si vous étiez un expert il y a un mois et trois jours, vous ne l’êtes plus aujourd’hui. Nous ne faisons que commencer, nous sommes tous nouveaux. Vous n'avez donc pas à vous inquiéter. Mais si vous me demandez pourquoi nous devons être là, je dirais que c'est à cause de cette idée de l' « attention » aux autres et des autres, la marchandise la plus précieuse qui existe dans le monde. Nous aimons à penser, en tant que disciples du Christ, que nous avons la plus grande histoire de tous les temps. Mais, quand vous n'avez pas l'attention de quelqu’un, peu importe à quel point cette histoire est étonnante, vous ne pourrez pas la partager avec lui. Le réseau social est donc étonnant, il n'y a vraiment rien de tel dans l'histoire de l'humanité. En Amérique, en 2005, 5 % de la population active était présente sur les réseaux sociaux, aujourd’hui, c’est 75 %. En 15 ans, les médias sociaux sont donc devenus les forces dominantes. Pas seulement en nombre de personnes qui utilisent ces plateformes, mais aussi en termes de fréquence. Ainsi, parmi toutes les grandes plateformes sociales - Youtube, Instagram, Facebook etc... les personnes qui y sont actives les utilisent tous les jours. Cela a commencé comme un "truc de jeunes", comme le font la plupart des grands changements, mais maintenant la société est


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largement représentée : chaque ethnicité, chaque sexe, les écarts d'éducation, les écarts de niveau de revenus, tout le monde est actif sur ces plates-formes. Pensez-y donc de manière pratique : « J'ai la plus belle histoire de tous les temps, je veux la partager avec les gens, où dois-je aller ? ». Allez là où les gens sont et faites des disciples, allez au bout du monde. Nous pouvons aller là où sont les gens : c'est le media social!

Par exemple, vous voulez annoncer une soirée de prière. Il y aura une différence entre faire la publicité pour cet événement qui aura lieu dans les jours prochains et dire : « Vous êtes en ligne, nous aimerions que vous veniez à la prière, mais pourquoi ne pas prier tout de suite et utiliser utilement une partie du temps que vous passez en ligne? ». F.O.I. : « Naviguer à travers le plus grand changement de communication de ces 500 dernières années », cela semble exaltant. Comment le vis-tu?

Allez là où les gens sont et faites des disciples, allez au bout du monde. Nous pouvons aller là où sont les gens : c'est le media social!

B.S. : Il y a 500 ans, l'imprimerie est apparue, la Bible est devenue disponible et les gens ont pu lire par eux-mêmes et se dire : « C'est un peu différent de ce que je pensais ». Quelque chose de similaire est en train de se produire maintenant parce que chacun peut avoir sa propre plateforme pour partager ses opinions. Cela supprime les gardes-barrières (gatekeepers). Comme l'imprimerie a supprimé les gardiens des Ecritures, maintenant, nous assistons au même phénomène. Ce qui m'inspire le plus, c'est la possibilité d'être en contact avec

F.O.I. : On entend souvent dire qu'Internet est le 6ème continent. Cela signifie donc que nous devons repenser et nous réinventer en tant qu'église d'une manière ou d'une autre, pour être présents sur ce nouveau continent. Dans quels domaines, selon vous? B.S. : En fait, nous devons « prendre » la mission de nos églises et trouver le moyen de remplir cette mission sur les plateformes sociales. Généralement, l'impulsion de l'église est d'utiliser les médias sociaux pour promouvoir ce qu'elle fait. Et c'est un bon point de départ, mais ce n'est pas vraiment la façon dont les médias sociaux sont censés être utilisés. Quelle est la mission des églises? C'est aimer Dieu, aimer les autres et faire des disciples, et aider les gens à faire cela aussi. C’est le plus grand commandement dans la Bible. Et la question que nous devons nous poser est la suivante : « Comment utiliser les médias sociaux pour remplir la même mission ? ». Et depuis des années, je demande aux églises de réfléchir à cette question : « Comment rempliriez-vous votre mission si votre service du dimanche n'existait pas ? ». La pandémie mondiale l'a malheureusement fait devenir réalité pour chaque église. Je n'ai jamais suggéré que ce que nous faisons sur les réseaux sociaux remplace ce que nous faisons en personne ! Je pense que le ministère en personne et le ministère en réseau social doivent être partenaires. L'essentiel est d'utiliser chacun d'eux pour le rôle unique qu'il joue. Ils ne travaillent pas ensemble si nous utilisons le social juste pour promouvoir ce qui se passe en personne. Ce n'est pas pour cela que les gens utilisent les médias sociaux. Les gens utilisent le social pour se divertir, obtenir des informations, ils l'utilisent pour passer le temps. C'est fondamental. Donc si vous utilisez le social uniquement pour promouvoir, vous n'aurez pas d'impact.

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"La mission de nos églises n'est pas d'amener les gens à assister à nos services ! La mission est d'aider les gens à aimer Dieu, à aimer les autres et à faire des disciples !"

les gens, alors que cela semblait impossible. Cela signifie que nous avons la possibilité d'effectuer des changements de vie et d'inspirer les gens à suivre Jésus d'une manière qui n'a jamais existé auparavant ! Et c'est un privilège incroyable ! Je suis né en 1991. Je n'ai pas choisi ni où ni quand je suis né. Mais je suis tellement reconnaissant d'être né à cette époque ! C'est tout simplement fou d'y penser, parce qu'il est si difficile de comprendre la quantité de possibilités et d'opportunités qui existent maintenant. C'est notre responsabilité d'utiliser ces opportunités autant que possible pour aider à changer des vies et faire le bien. F.O.I. : Mais comment mesurer ce changement de vie ? Normalement, de manière traditionnelle, nous le mesurons par la participation à nos événements. Mais les médias sociaux sont un monde différent, comment pouvez-vous savoir qu'il y a eu une « prochaine étape », un changement de vie ? B.S. : Mon point de vue est que ce que nous faisons a des conséquences sur la terre, donc pour moi il est important d'être efficace. Je fais tout ce que je peux pour faire la différence. Et la seule façon de le faire, c'est d'avoir un moyen de mesurer et d'évaluer ce que je fais. En Amérique du Nord, mais aussi dans une grande partie des églises occidentales, nous comptons la fréquentation et nous pensons avoir rempli notre mission. Donc, quand les gens viennent à l'église, nous disons : super, nous avons fait notre travail. Mais

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comme je l'ai déjà dit, la mission de nos églises n'est pas d'amener les gens à assister à nos services ! La mission est d'aider les gens à aimer Dieu, à aimer les autres et à faire des disciples ! Donc, ce que nous encourageons les églises à faire, c'est d'abandonner la fréquentation comme premier critère d'évaluation pour les « prochaines étapes » ! Assister au service est un type de « prochaine étape », mais il en y a une vingtaine d’autres: donner, servir en étant volontaire, rejoindre un petit groupe... Et lorsque vous commencez à suivre toutes ces étapes ensemble, vous obtenez une image plus claire de la direction que prend votre église. F.O.I. : Revenons aux médias sociaux, parce que tu as dit que nous n'avons pas à nous inquiéter, car tout le monde « apprend » dans ce domaine et tout change si rapidement. Mais on peut le faire de manière efficace ou moins efficace. Quelles sont les erreurs les plus courantes des églises sur les médias sociaux et comment peut-on les corriger ? B.S. : L'une d'entre elles est l’irrégularité. La clé du succès dans le domaine des médiaux sociaux est simplement un effort durable sur le long terme. Le social est une affaire de relations humaines, il n'y a pas moyen d'accélérer les choses. Vous devez réfléchir : comment puis-je publier de manière cohérente sur les plateformes que j'ai choisies et comment puis-je faire en sorte que cela soit durable pour les dix prochaines années ? La plus grande erreur


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est donc la rareté. Vous postez pendant un certain temps puis vous disparaissez, vous revenez et vous disparaissez à nouveau, vous ne pouvez pas réussir sur les médias sociaux de cette façon. La deuxième erreur est d'utiliser les médias sociaux pour faire la publicité et non pour faire votre pastorale. Comme nous le disons : les médias sociaux sont une pastorale, ce n'est pas un moyen de faire la publicité pour les pastorales. Et la troisième qui me vient à l'esprit est de faire en sorte que tout tourne autour de vous et de votre église et de ce que vous faites et n'implique pas votre congrégation. L'un des meilleurs posts que vous pouvez poster pour votre église consiste donc à poser des questions. Je vous donne donc trois exemples. Numéro un : « Quel est le passage de l'Écriture qui vous a permis de traverser une période difficile ? ». Et vous demandez à vos paroissiens de vous raconter leur histoire. Deuxième question : « Nommez un chant de louange qui vous tient à cœur ». Et le numéro trois : « Quelle est la première voiture que vous avez possédée ? ». Tu peux me demander : « Qu'est-ce que cette question a à faire avec l'église ? ». Il y a beaucoup de choses que nous faisons dans notre pastorale qui n'ont rien à voir directement avec Jésus. Ce genre de questions reçoit par exemple une centaine de réponses, du genre : "Ma première voiture était une Chevrolet 1996 Malibu et elle était verte, je ne l'ai eue qu'un an, puis elle est partie en fumée parce qu'elle était si vieille". Lorsque cette personne va à l’église, maintenant, on sait cela d’elle. On peut s’approcher d’elle et lui dire : « Hé, j'ai vu que tu avais cette Chevrolet Malibu 1996, elle était verte et elle fumait, c'est drôle ! ». Et peut-être qu’on s’était vu le dimanche, mais sans se rencontrer. Maintenant nous avons quelque chose à nous dire qui a commencé en ligne et s'est déployé hors ligne. Toute relation peut commencer par une relation de base comme celle-là.

dans l'église. Pensez-vous qu'ils vont avoir une conversation sur les mérites des médias sociaux/le numérique et se demander s'ils doivent les utiliser ? Les médias sociaux feront tellement partie intégrante de la culture à ce moment-là qu'il n'y aura pas de discussions à ce sujet. La pandémie a servi d'accélérateur et cela nous fait avancer plus vite vers ce but, mais c'est la trajectoire que nous avons suivie depuis le début. L’ignorer, c'est ignorer une énorme opportunité de se connecter aux gens et de changer leur vie. Comme nous utilisons une voiture pour notre ministère parce qu’elle est utile, nous utilisons les médias sociaux, parce qu'ils sont utiles. Nous pouvons les utiliser de manière négative, parce que des êtres humains sont impliqués. Il s'agit simplement d'utiliser des outils, qui sont disponibles pour changer la vie. Ce sont des plates-formes naturelles et nous, les Chrétiens, avons la possibilité d'être cette lumière qui brille, qui se pose sur la colline. Les Bonnes Nouvelles doivent être prêchées et entendues dans des endroits où on ne les entend pas très souvent. Le paysage que nous avons devant nous aujourd’hui, c’est celui des médias sociaux. f K.L. www.prochurchtools.com YouTube: Brady Shearer

F.O.I. : Comment pourriez-vous encourager les églises qui pensent encore que le monde en ligne n'est pas naturel, pas réel et compliqué pour y être présentes ? B.S. : Oui, cela peut être dur, surtout lorsque votre église compte davantage de membres âgés, ce qui est très courant pour la plupart de nos églises. Je propose un exercice d’imagination : pensez à la jeune génération, la génération Z, c'est la "génération tik-tok" (un social media platform, pour partager les vidéos); ils sont au lycée maintenant. Pensez à eux dans dix ans. Ils occuperont un poste de direction

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formation chretienne Croire pour mieux comprendre. Comprendre pour mieux croire, afin que le Règne de Dieu advienne ! Martin Luther King, "I have a dream" : le rêve d’un Monde Nouveau De la hiérarchie sociale au préjugé de couleur Lire pour mieux comprendre La louange de l'Eglise entière

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formation chretienne Lutte contre le racisme

Martin Luther King, "I have a dream" : le rêve d’un Monde Nouveau Jean-Claude Girondin Pasteur Mènonite, Président d'Agape France, Guadeloupe

Hormis la crise sanitaire mondiale, ce qui nous frappe cette année, c’est la vague de protestation à la suite de l’assassinat, aux Etats-Unis, de l’Africain-Américain George Floyd par la police du Minnesota. Ce meurtre ignoble a traumatisé la conscience du monde, réveillé les mémoires blessées et transformé les cris et les peines en appel à un monde nouveau et à une société post raciale. Le monde d’après n’est pas étranger aux Chrétiens.

disaient déjà que «le cyclone vient détruire tout ce qui n'aurait pas dû être construit».

La mort brutale de George Floyd a engendré un mouvement de colère noire entraînant également des Blancs qui, telle une onde de choc, a traversé les continents. Dans l’hexagone et les Antilles françaises, pendant des semaines, des vagues de protestation ont échoué sur les statues de Victor Schœlcher, Colbert, etc. pour les déchouquer, les déboulonner, les renverser jusqu’à les briser. Ces manifestations ont une fonction positive : poser un acte d'affirmation de son identité et dénoncer une injustice mémorielle. Les Amérindiens

En quoi ce mouvement concerne-t-il les Chrétiens ? Le souhait d’un « monde d’après » est-il étranger aux Chrétiens, ou pas ? Je pense que les Chrétiens, annonçant le projet Shalom de Dieu, sont porteurs de ce monde rêvé. Les problématiques soulevées par l’affaire George Floyd ne peuvent laisser l’Église indifférente et l’invitent à la réflexion, à l’engagement et à un christianisme de transformation. Aimer le monde, c’est être à son écoute, solidaire avec compassion dans les problèmes qu’il rencontre,

c’est chercher à incarner en son sein les valeurs de l’Évangile. Cela interpelle l’Église, qui a la responsabilité d’apporter des réponses sincères et d’engager des actions concrètes. Comment inventer le « monde d'après », bâtir une société post raciale et réconcilier les mémoires ? Nous savons que nous, les Chrétiens, avons, malheureusement, contredit les valeurs de l’Évangile en tolérant la ségrégation raciale et sociale à l'intérieur de nos communautés et dans la société. A cause des échecs passés et présents de l’Église, nous manquons souvent d’audace, de hardiesse, pour proclamer ce message

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au monde. Nous devons tout faire pour combattre par des actions dignes « ces dérives afin de démontrer l'unité transculturelle de la nouvelle société de Dieu. Dieu veut que son peuple soit une expression vivante de l'Évangile, une démonstration publique de la bonne nouvelle et de la réconciliation (…) » 1. Jésus a aboli les anciennes divisions et créé une nouvelle humanité d'amour. Membres de la Cité de Dieu, nous désirons encourager ce monde à relire son histoire politique, culturelle, philosophique dans la perspective de l’éternité, à découvrir la vanité de sa "théologie civile", à confesser son besoin de Dieu. Mais la cité terrestre qui aspire au monde d’après va-t-elle s'ouvrir à ce chemin de vie ou de salut, à cette intelligence de l'histoire qui pourra éclairer sa destinée politique, sociale et économique et ainsi lui permettre d’avoir un avenir, une espérance et reprendre un nouveau départ ? L’Église est le monde d'après, le commencement d’un monde nouveau. Elle est la réponse de Dieu. L’affirmer, c’est témoigner que Dieu répond à ces défis de manière évidente à travers l’humanité nouvelle. Ainsi les Chrétiens ne doivent

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pas se contenter de rêver ce monde, mais être l’incarnation vivante et rayonnante de ce monde annoncé par les prophètes de la Bible. Le monde d’après n’est pas un monde à inventer ; il est déjà là, c’est le monde dans lequel nous sommes appelés à entrer. Le monde d’après n’est pas un monde à inventer ; il est déjà là, c’est le monde dans lequel nous sommes appelés à entrer. Un texte porteur de vie et d’espérance Le 28 août 1963, devant 250 000 personnes au Memorial Abraham Lincoln, Martin Luther King Jr prononça un des plus célèbres discours. « I have a dream » est entré dans l’histoire. King rêve tout haut d’un autre monde. C’est la meilleure réponse qu’un chrétien ait apportée à un monde qui vit un cauchemar réel. Un texte porteur de vie et d’espérance qui inspire et insuffle un souffle indicible en transformant le désespoir en espérance et énergie créatrice. Il exprime la vision d’une fraternité universelle : « Je fais le rêve que les hommes, un jour, se lèveront et comprendront

enfin qu’ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères ». Au cours de ses combats, King n’a cessé de répéter que « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots ». Le concept de Communauté BienAimée décrit sa vision du monde. Ainsi, dans une envolée poétique, l’apôtre de la paix a mis le rêve d’humanité de Dieu en image pour nous. Il rêve d’une communauté d’hommes et de femmes égaux en droit que Dieu a créés à son image, à des relations qui ne sont pas basées sur la culture ni sur le rang social. Noirs et Blancs sont invités à la « table de la fraternité » dressée par Dieu lui-même. Les murs, les barrières raciales et l’indifférence, érigés par l’orgueil et la haine sont renversés, l’amour-agapè règne dans une Totalité-Monde réconciliée, exempte d’injustice sociale, économique et politique, parce que fondée sur le projet-shalom de Dieu. Voilà ce que King voulait vivre, partager et proclamer comme une Bonne Nouvelle : un mandat de réconciliation et de libération à tous les hommes et les femmes de bonne volonté qui aspirent à l’amour, la paix et la justice bien-aimée.


formation chrétienne

« Le problème du XXe siècle est le problème de la ligne de partage des couleurs », écrivait W.E.B. Du Bois (1868-1963) dans Les âmes du peuple noir King, lui, voit une communauté où la dignité de la personne humaine est respectée et où le cri de Black Lives Matter s’étend à tous les hommes. Il l’exprime en ces termes : « Je rêve que mes petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère ». La dignité humaine et la valeur ultime de tout être humain sont mises en exergue. Vivre comme des frères avec nos différences c’est le projet de Dieu pour une humanité rachetée, sauvée, libérée, guérie, réunie et transfigurée, parce que réconciliée avec lui en Jésus-Christ. La Bible enseigne que Dieu a créé l’homme à son image. Il n’a créé qu’une seule race : la race humaine (Gn 1.26-27). La vie de tous compte aux yeux de Dieu, celle du Blanc comme du Noir, du riche comme du pauvre. La dignité humaine est fondée sur cette affirmation biblique : l’homme et la femme étaient créés à son image Dieu, ce

[1]

qui lui confère une valeur ultime devant Dieu. La vie humaine est sacrée (Gn 9.6 ; Jc 3.9). King prend aussi en compte les douleurs du passé esclavagiste qui a laissé des séquelles dans la mémoire des peuples et des relations entre les peuples. Ce passé, qu’on pourrait croire lointain, continue de peser sur notre actualité. Les mémoires ne sont pas guéries, ni apaisées. Elles sont en guerre, encore vives et sensibles ! Malgré tout, King rêve de réconciliation entre d’anciens ennemis comme signe d’une « Nouvelle Création », car il croit à la guérison et à la pacification des mémoires. « Je rêve qu’un jour (…) les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité ».

« Je rêve que mes petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère ».

Un monde nouveau Parler du « monde d’après », c’est affirmer deux choses  : nous laissons un monde ancien et nous entrons dans un nouveau ! Dieu dit à son serviteur Esaïe (65.17) : « Je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, si bien qu'on n'évoque plus le ciel ancien, la terre ancienne ; on n'y pensera plus ». Voilà l’annonce du Monde d’Après qui est encore voilé, caché. L’apôtre Pierre (1Pi 3.13) nous dit : « Mais Dieu a promis un nouveau ciel et une nouvelle terre, où la justice habitera, et voilà ce que nous attendons ». Et, en Apocalypse 21/5, nous voyons l’accomplissement de ce monde nouveau que Dieu a promis à ses enfants. Alors, nous dit Jean, celui qui siège sur le trône déclara : « Maintenant, je fais toutes choses nouvelles ». Oui, la Bible nous parle du monde d’après que la venue de Jésus a inauguré et que nous vivons déjà par anticipation. f J.C.G.

Expression John Stott, La lettre aux Éphésiens : vers une nouvelle société, 2010, p. 106-107

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Réflexion sur la créolité

De la hiérarchie sociale au préjugé de couleur Ryan Rabathaly Groupe MIM, Lyon, ccn

Le sujet des discriminations raciales touche de manière intérieure les populations aujourd’hui très métissées des territoires ayant connu la colonisation et l’esclavage. Depuis deux ans, avec des frères et sœurs de la communauté originaire de plusieurs de ces territoires nous réfléchissons ensemble sur cette histoire particulière. Les peuples « créoles » 1 des Antilles et des îles de l'Océan indien sont réputés pour la richesse et la diversité de leurs cultures, de leurs langues, de leurs cuisines, de leurs musiques et de leurs poésies. Toutefois, il n'est pas inhabituel, dans des discussions en Martinique comme dans d’autres de ces territoires, qu’on puisse désigner une personne en disant « béké » ou « mulâtre », « chabine », « créole » ; or ces appellations qu’on pourrait qualifier de « racistes » ne sont rien de moins que l’expression d’une mémoire encore bien imprégnée par l’histoire de la colonisation et de l’esclavage. A l’origine de ces « sociétés créoles » il y a l’histoire de l’esclavage et de la colonisation au 16ème siècle, c’est-à-dire la rencontre violente entre deux populations :

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l’une venue d’Europe pour prendre possession de territoires nouveaux et les coloniser en y développant une agriculture de plantation ; l’autre, venue d’Afrique, vendue comme esclave pour servir de main d’œuvre dans ces plantations. Pendant plus de trois siècles, ces populations se sont côtoyées sous les modes de la servitude et de l’opposition, avec, d’un côté, les maîtres européens « blancs » et, de l’autre, les esclaves africains « noirs ». Au 19ème siècle, cette histoire de rencontre de populations s’est amplifiée avec « l’engagisme », mouvement de populations venues majoritairement d’Inde mais aussi de Madagascar ou de Chine, pour travailler dans certaines de ces colonies, afin de suppléer au manque de main d’œuvre, lié à la fin de la traite des esclaves.

Ces sociétés se sont construites à partir d'une double réalité : une hiérarchie sociale bien particulière (la colonie d’habitation sucrière) ; et une diversité de personnes, caractérisées par leur origine géographique, et donc par certains traits physiques (coloration de la peau, mais aussi forme du visage, etc.). Il y a d’un côté le groupe des maîtres, d'ascendance européenne, et de l’autre le groupe des esclaves, d'ascendance africaine. Le type physique et notamment la couleur de peau coïncide ainsi d'emblée avec une répartition des rôles, dans des sociétés extrêmement inégalitaires 2. Au fur et à mesure des jeux de pouvoir et d’oppression (entre défense de privilèges et image dégradée du noir), on passe de cette hiérarchie sociale, où le maître est blanc et


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Le type physique et notamment la couleur de peau coïncide ainsi d'emblée avec une répartition des rôles, dans des sociétés extrêmement inégalitaires

Esclaves coupant la canne-à-sucre sur l'île d'Antigua, 1823 l’esclave est noir, à un préjugé de couleur : le noir est esclave en soi, par nature et c’est la nature du blanc que d’être maître. La relation de supériorité et d’infériorité s’inscrit dans la couleur de peau. Au gré des mélanges entre le groupe des blancs et celui des noirs apparaît une large palette de types physiques. Se dessine alors une pyramide sociale de couleur, allant du noir le plus foncé au blanc le plus « pur ». Ce système se trouve renforcé par l’impossibilité de passer du statut de noir à celui de blanc, quel que soit le résultat effectif du métissage. Ainsi, à l’apparence physique et à la couleur de peau se rajoute l’idée d’hérédité. Seul est blanc celui qui a une hérédité cent pour cent blanche. Cette stratification socio-raciale n’a cessé de se renforcer au cours des siècles, notamment à travers une intériorisation de ce préjugé de couleur par les populations, et également par le développement des théories raciales «  scientifiques  » auxquelles elle a donné une justification socioéconomique importante. Ainsi, contrai-

rement au type de racisme qui a pour but d’exclure ou d’exterminer une partie de la population en fonction de sa couleur de peau ou de son origine (par exemple le nazisme avec l’extermination des personnes juives), le système raciste mis en place dans les sociétés créoles intègre chacune des catégories de couleur en lui attribuant de manière essentielle un statut social et donc une identité raciale. Plusieurs éléments actuels montrent que ces sociétés peinent à sortir de la catégorisation raciale. Dans plusieurs de ces territoires créoles et bien que les choses évoluent un peu, il semble exister un plafond de verre infranchissable qui limite l’accès à un certain type de responsabilité comme recteur de l’académie ou encore préfet, en fonction de la couleur de la peau. En Martinique, les descendant de colons (les békés), qui représentent 1 % de la population, détiennent encore plus de 20 % de l’activité économique de l’île. Un travail de justice est nécessaire, mais le plus essentiel dans ces sociétés créoles semble

être l’intériorisation profonde par les individus d’une identité raciale, ce qui peut aussi conduire à s’interdire soimême l’accès à certains statuts sociaux (par exemple : en tant que « noir », je ne peux pas être responsable) ou encore à s’enfermer mutuellement dans des rôles. Pourtant, il n’est pas inévitable que les populations créoles restent enfermées dans ces appartenances raciales qui les catégorisent jusqu’à aujourd’hui. Le travail de mémoire qui se poursuit doit intégrer une lecture lucide de l’histoire – prenant en compte les violences et les blessures entre groupe différents, mais également la force de vie et la fécondité qui ont pu se frayer un chemin par-delà ces oppositions entre groupes. Il y a en germe dans la diversité et le métissage des sociétés créoles une ouverture possible à une appartenance commune ; celle-ci pourrait à long terme faire disparaître les divisions raciales – et se révéler riche d’enseignements pour accueillir la diversité d’une planète sans cesse plus « métissée ». f R.R.

Expression utilisée par plusieurs anthropologues cf. Jean Benoist et Jean-Luc Bonniol, “La diversité dans l'unité: la gestion pragmatique du pluralisme dans les sociétés créoles”. Un article publié dans l’ouvrage sous la direction de Sélim Abou et de Katia Haddad, La diversité linguistique et culturelle et les enjeux du développement, pp 161-172. Beyrouth: Université St Joseph et Montréal, AUPELF, 1997, 413 pp. [2] Au contraire des sociétés esclavagistes de l’Antiquité, où la condition d'esclave était beaucoup plus "aléatoire", liée à une défaite militaire, à une accumulation de dettes... [1]

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Bibliographie

Lire pour mieux comprendre Il y a différentes manières d’essayer de comprendre les temps que nous vivons : chercher une information vérifiée et équilibrée, écouter des enseignements ou des témoignages de ceux qui ont l’expérience et la connaissance. Il est aussi un registre puissant qui donne des clés de lecture du monde, l’écriture. Aussi bien celle qui provient des sciences que celle offerte dans la littérature. Bonne lecture! Jean-Luc Bonniol, La couleur comme maléfice ; une illustration créole de la généalogie des blancs et des noirs, Albin Michel, 1992. Lors de la découverte du Nouveau Monde, juste avant le mouvement de colonisation et la mise en place de la traite négrière, une assemblée de sorciers qui en voulaient particulièrement au genre humain aurait eu l'idée d'un maléfice particulièrement redoutable : faire en sorte que la couleur de la peau, dans les sociétés à venir, soit liée au rang... Du fait de la transmission héréditaire des caractères physiques, c'était condamner l'humanité tout entière à se segmenter interminablement,

James Baldwin, Raoul Peck, I am not your negro, Robert Laffond, 2017. " Ce que les Blancs doivent faire, c'est essayer de trouver au fond d'eux-mêmes pourquoi, tout d'abord, il leur a été nécessaire d'avoir un "nègre', parce que je ne suis pas un "nègre'. Je ne suis pas un nègre, je suis un homme. Mais si vous pensez que je suis un nègre, ça veut dire qu'il vous en faut un. " James Baldwin.

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génération après génération, en fonction d'apparences fatalement inscrites sur le corps. Professeur d'anthropologie à l'université d'Aix-Marseille-III, Jean-Luc Bonniol propose dans cet ouvrage une réflexion sur la manière dont s'articule un destin biologique - la couleur de la peau - avec la gestion sociale de cette marque, à partir de l'histoire des Antilles de colonisation française du XVIIIe au XXe siècle. Il montre comment ces sociétés, confrontées à une correspondance originelle, au départ fortuite, entre une inégalité sociale et un contraste de couleur, ont géré les traits biologiques et surtout la transmission de ces traits par une « économie » matrimoniale bien surveillée, comment en quelque sorte le biologique a enregistré en lui l'ordre du social et comment par là une idéologie s'est véritablement incarnée.

Dans ses dernières années, le grand écrivain américain James Baldwin a commencé la rédaction d'un livre sur l'Amérique à partir des portraits de ses trois amis assassinés, figures de la lutte pour les droits civiques : Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr. Partant de ce livre inachevé, Raoul Peck a reconstitué la pensée de Baldwin en s'aidant des notes prises par l'écrivain, ses discours et ses lettres. Il en a fait un documentaire – salué dans le monde entier et sélectionné aux Oscars – aujourd'hui devenu un livre, formidable introduction à l'oeuvre de James Baldwin. Un voyage kaléidoscopique qui révèle sa vision tragique, profonde et pleine d'humanité de l'histoire des Noirs aux États-Unis et de l'aveuglement de l'Occident.


formation chrétienne

Jodi Picoult, Mille petits riens, Acte Sud, 2018. Un nourrisson de quelques jours, jusqu'ici en bonne santé apparente, décède brutalement à la maternité de l'hôpital de New York où Ruth est infirmière obstétrique depuis vingt ans. Les parents sont de violents suprémacistes blancs, Ruth a la peau noire. Cela suffit pour que la malheureuse se retrouve aussitôt accusée de meurtre par le couple aveuglé par la douleur et la haine, licenciée avec interdiction d'exercer sa profession, et bientôt au centre d'un procès retentissant, où la défense est assurée par Kennedy, avocate commise d'office, Le thème central du roman est le racisme aux Etats-Unis et

Harper Lee, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Livre de Poche. Situé dans la ville fictive de Maycomb, Alabama, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (To kill a mockingbird) est ainsi un portrait de la société raciste et ségrégationniste du sud des Etats-Unis, vue à travers les yeux d’une enfant, la jeune Scout, fille de l’avocat Atticus Finch, un honnête homme de loi qui croit en la justice et en l’égalité des hommes. Fiction humaniste et touchante, le roman a obtenu le prix Pullitzer en 1961.

Tahar Ben Jelloun, Le racisme expliqué à ma fille, Edition augmentée et refondue, Seuil, 2018. Jelloun doit répondre aux questions d'une enfant qui veut comprendre le sens du mot racisme. T.B. Jelloun a choisi le dialogue pour rendre plus simple la compréhension d'un sujet si difficile pour un public d'adolescents. L'inspiration du livre a été une manifestation contre le projet des lois Pasqua-Debré.La nouvelle édition prend en compte l'évolution, depuis 20 ans, dans nos sociétés de la question du racisme.

l'hypocrisie qui l'entoure : le racisme extrême et sans fard, aisément reconnaissable et condamnable, des suprémacistes blancs et autres mouvances descendant en ligne droite du KKK, mais aussi celui, plus subtil et plus pernicieux, qui se cache au plus profond des perceptions et des préjugés, biaise les comportements parfois les mieux intentionnés, nourrissant un racisme institutionnel qui continue à structurer l'ordre social malgré les lois qui proclament l'égalité. En alternant les points de vue, quitte à revivre les mêmes scènes sous plusieurs angles, blanc ou noir, Jodi Picoult réussit à faire entrer les lecteurs blancs, le temps du livre, dans la peau d'une femme noire, leur faisant vivre de l'intérieur les grandes injustices, mais aussi les mille détails du quotidien qui, insidieusement, stigmatisent en permanence l'existence des noirs américains.

Kathryn Stockett, La couleur des sentiments, Actes Sud, 2011. Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre État.

" - Dis, papa, c’est quoi le racisme ? - Le racisme est un comportement assez répandu, commun à toutes les sociétés, devenu, hélas !, banal dans certains pays parce qu’il arrive qu’on ne s’en rende pas compte. Il consiste à se méfier, et même à mépriser, des personnes ayant des caractéristiques physiques et culturelles différentes des nôtres."

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Liturgie et inter culturalité

La louange de l'Eglise entière P. Jean-Sébastien Laurent Master de Musicologie, Londres, ccn

Grâce aux encouragements de ma communauté, j’ai eu la chance de faire des études supérieures de musique en suivant un master de musicologie à l’Université d’Evry entre 2014 et 2018. Dans le cadre de ce diplôme, et à la suite de conversations que j’avais avec des frères Congolais de la communauté, j’ai choisi de consacrer mon mémoire de recherche à l’histoire de la musique liturgique à Kinshasa. J’ai été très surpris de voir l’enthousiasme de mes professeurs à la fac, alors que la grande majorité d’entre eux n’ont aucun rapport avec l’Église ! Il faut dire que la ville d’Évry, dans l’Essonne, est riche d’une population aux origines très diversifiées et que les enjeux liés à l’interculturalité y ont une place importante.

Après une première étape consacrée à l’étude de l’ethnomusicologie d’Afrique Centrale, je suis allé à Kinshasa pendant deux semaines pour connaître la réalité sur le terrain, rencontrer des musiciens et chercher des documents (archives de l’Église, enregistrements, recueils de chants etc.). Providentiellement, mon déménagement à Rome en 2017 m’a permis de compléter mes recherches en ayant accès à d’abondantes archives missionnaires de l’époque coloniale. A ma grande surprise, ce mémoire de recherche a été très bien accueilli et a donné lieu à une publication aux éditions Karthala (Paris).

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Ma première joie, dans ce travail, fut de comprendre pourquoi, Africains ou Occidentaux, nos manières d’appréhender la musique sont réellement différentes. Cette différence se joue d’abord dans la perception des événements sonores : les Occidentaux ont l’habitude d’organiser la musique qu’ils entendent en détectant des temps forts, une tonalité, ainsi que l’évolution de ses tensions et résolutions dans le cadre d’une harmonie dite « fonctionnelle » (ce qui permet par exemple de repérer l’accord final qui conclut le « discours »). En Afrique Centrale, la musique traditionnelle s’organise sur la base d’une pulsation régulière, sans temps forts, et

la superposition des voix n’a pas de valeur fonctionnelle comme en Occident. Ceci permet de construire par couche des textures polyrythmiques et polyphoniques parfois extrêmement complexes ! Dans ce cadre, l’évolution du discours musical ne cherche pas de développement rhétorique, mais plutôt à favoriser le jeu en commun. À cette première différence structurelle, disons « linguistique », s’ajoute aussi la valeur sociale que l’on attache à la musique. En Occident, l’émergence de l’écriture musicale à la fin du Moyen-Âge, puis l’humanisme de la Renaissance, ont rendu la


formation chrétienne

musique intéressante en soi, indépendamment de son usage social. Au contraire, dans les pratiques traditionnelles du Congo, comme dans 70% des cultures du monde, il n’y a pas de mot pour dire « musique », elle n’est pas un objet autonome mais elle fait partie d’un tout avec les célébrations coutumières, un peu comme la bande son d’un film. Même si les milieux urbains comme Kinshasa sont fortement influencés par le modèle culturel occidental, beaucoup d’ethnologues s’accordent à penser que la perception traditionnelle de la musique reste profondément enracinée dans l’oreille des kinois. Nos manières d’appréhender la musique sont réellement différentes Les nombreuses rencontres avec des musiciens congolais, notamment pendant le séjour à Kinshasa, furent la deuxième grande joie de ce travail. Je trouvais toujours un accueil bienveillant, chaleureux, disponible. Ensemble, nous tentions de répondre à des questions qu’on ne se pose jamais : « Pour toi, qu’est-ce que la musique ? D’après toi, qu’est-ce qui différencie le rythme en France et au Congo ? Pourquoi a-t-on voulu africaniser la musique liturgique au Congo ? Dans telle musique, explique-moi ce que tu perçois… » Souvent donnés par Providence, ces témoignages avaient pour moi une valeur irremplaçable. En effet, ils orientaient mes recherches dans l’abondante documenta-

tion que j’avais rassemblée mais qui, sans eux, aurait pu rester bien abstraite. Dans cette rencontre avec la culture musicale congolaise, deux difficultés faisaient obstacles. La première est le revers de cette différence de perception dont nous parlions. Musique occidentale et africaine sont un peu comme deux systèmes linguistiques différents. On peut toujours parler la langue d’un autre mais elle ne sera jamais notre langue maternelle, on la parlera toujours sous le mode de l’imitation, même si l’on est très doué. Ainsi, la perception que les Congolais ont de leur musique me reste profondément opaque : je la comprends intellectuellement, j’essaie de l’analyser, mais elle me reste étrangère et je fais régulièrement l’expérience de ne pas «  comprendre  » cette musique. La deuxième difficulté concerne l’histoire douloureuse du rapport entre nos nations. Une enquête sur l’africanisation du chant liturgique ne peut pas faire l’économie de l’histoire, d’autant plus au Congo où l’importance sociale de la musique peut en faire le support d’une revendication culturelle, politique ou ecclésiale. Mon travail de recherche m’a amené à remettre en question certains a priori, à prendre position contre des publications qui ne me paraissaient pas suffisamment fondées, au risque de bousculer voire de déplaire. En plus de l’intérêt universitaire suscité

par ce travail, j’ai été très heureux de voir l’aide qu’il apportait à certains frères et sœurs de communauté : « J’ai l’impression de mieux comprendre mes frères », m’a-t-on dit. Aujourd’hui, notre communauté s’internationalise de plus en plus, c’est une chance et un défi pour notre liturgie communautaire. Nous avons le désir légitime d’une certaine unité entre nous, et pourtant nos pays parlent des «  langues musicales  » différentes avec lesquelles nous devons composer. On serait tenté de rêver une langue universelle commune, et de fait certaines tentatives sont de vraies réussites – pensons à l’abbaye de Keur Moussa au Sénégal. Mais il serait vain d’espérer une musique qui fonctionnerait au Congo, en Chine, en France et en Inde ! Le travail doit donc continuer. Ma conviction, au sortir de cette recherche, est que la musique de l’Église ne devrait jamais être ni le lieu d’une revendication identitaire, ni celui d’une uniformisation universaliste, mais la louange de l’Église entière, diversité réconciliée, le chant du Christ cosmique et universel vers son Père. f J-S.L.

Jean-Sébastien Laurent, Cantiques et tambours à Kinshasa, Editions Karthala, 2020.

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fraternité œcuménique

internationale Découvrez la diversité de la Fraternité Œcuménique Internationale! Un été ré-inventé "Est-ce que tu m’aimes ?"

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f o i 65 86 2018 septembre-octobre-novembre 2020


fraternité œcuménique internationale Mission : Vacances et spiritualité

Un été ré-inventé Bruno et Anne-Marie Coutellier ccn, Lyon

La communauté ayant

des propositions de sessions plus contexte pandémique particulier.

rapidement compris pendant

petites, réparties sur l’ensemble

Cette formule, déjà tentée avec

la période de confinement

de l’hexagone.

succès par Ephata en Israël et

du printemps que les

Parmi elles, une petite nouvelle

en Espagne, devait trouver son

rassemblements estivaux ne

intitulée « Vacances et

équilibre dans la répartition entre

pourraient se tenir dans les

spiritualité », prise en charge

des temps réservés à la vie de

conditions habituelles, une

par la mission Ephata, essaie

famille et des temps en commun

refonte complète des missions

de répondre aux besoins des

dévolus à la rencontre et à des

fut élaborée dans les premiers

familles qui désirent prendre des

apports spirituels, temps de

jours du dé confinement, début

vacances tout en bénéficiant

prière liturgiques ou personnels.

mai, avec, notamment en France,

d’un apport spirituel, dans ce

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Très vite, en à peine deux mois, une vingtaine de semaines sont élaborées sur une trame commune et se concrétisent dans quatre maisons de la communauté dans des régions choisies pour être attrayantes en terme de vacances : Auvergne, Landes, Charente Maritime, Provence. Dans la réalité, 17 se réaliseront effectivement regroupant chaque fois de 30 à 70 personnes. Deux semaines spécialement réservées aux «  Jeunes pros  » à BelleIle en mer et au Cap Breton seront proposées dans le même esprit. Quelque 700 personnes, y compris les enfants s’inscrivent pour tenter l’expérience ! Disponibles pour nous mettre au service de deux semaines à l’abbaye de Sablonceaux en juillet, nous participons en juin Anne Marie et moi à l’élaboration du projet piloté par Ephata à l’occasion de plusieurs rencontres dématérialisées puisque nous sommes aux quatre coins de la France. L’idée est d’avoir une trame commune à l’ensemble des quatre sites, avec des variantes liées aux identités touristiques régionales et aux charismes particuliers des personnes au service. Pour cette première saison, deux thèmes sont retenus assez rapidement  : les cinq sens, sujet permettant de rejoindre adultes et enfants de tous âges en développant un sens par jour; Laudato Si, thème toujours plus actuel dans notre appel à suivre le Christ dans la sauvegarde de notre maison commune pour une écologie intégrale.

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D’emblée, la beauté de l’abbaye restaurée et habitée depuis une trentaine d’année par la communauté est un gage de réussite : quel privilège de pouvoir partager non seulement des lieux où une vie monastique de prière a   imprégné la pierre, mais aussi des lieux habités par une communauté priant et célébrant, qui plus est vous invite à vivre et prier avec elle.

Un temps privilégié d’écoute de l’Esprit Saint tant pour les animateurs que pour les participants La petite alchimie de la vie communautaire fait le reste : deux célibataires consacrées, deux couples plutôt genre grand parents (!) avec quelques personnes à l’entour qui viennent donner un coup de main et les conditions sont réunies pour accueillir les participants. Lors de ces semaines, nous accueillerons entre 10 et 20 familles, 15 et 35 enfants. Des personnes en «  solo  » participeront aussi à ces sessions. Le mi-temps famille - tous ensemble est effectif dès le début  : après une soirée d’accueil et de présentation de

la semaine, les journées en famille terminées par une soirée ensemble à l’abbaye à partir de 17H alternent avec les journées où nous sommes tous ensemble terminées par une soirée en famille à partir des mêmes 17H. Cet équilibre sera largement plébiscité en fin de chaque semaine par les participants. L’apport spirituel se joue d’abord dans l’heure quotidienne du matin, soigneusement préparée pour articuler des temps de louange, de réveil dynamique, de courts jeux d’animation, du thème de la journée et aboutir à un défi que chacun aura à relever au cours de la journée. Cette proposition est constamment à réajuster en fonction des participants et de l’âge des enfants, ce qui fait de cette semaine, comme beaucoup des sessions proposées par la communauté, un temps privilégié d’écoute de l’Esprit Saint tant pour les animateurs que pour les participants. Nous serons conduits, la première semaine par exemple, à prendre à part l’ensemble des enfants du fait de leur jeune âge au cours de cette heure spi pour permettre aux parents un temps de prière personnelle. L’apport spirituel se joue enfin dans le temps de silence et d’adoration quotidien proposé chaque jour en fin d’après-midi comme par les trois veillées qui émaillent la semaine, dans lesquelles chants de louange et de reconnaissance accompagnent danses, jeux, témoignages et animations de groupe. Pour la dimension vacances, même


f.o.i si la vie à l’abbaye bénéficie déjà en soi d’une ambiance estivale, une brochure éditée par Ephata sur les ressources culturelles et touristiques sélectionnées ne laisse pas les participants dans l’inconnu : chaque famille peut, lors des trois journées qui lui sont dévolues, faire un choix dans un nombre non négligeable de proposions d’intérêt, de sites remarquables, de spécialités et propositions à ne pas manquer. Sur Sablonceaux, les deux journées intermédiaires dédiées au vivre ensemble s’articulent entre la découverte de l’abbaye et du patrimoine qu’elle représente et la découverte d’un site fort  : les carrières de pierre de Crazane dont l’abbaye est en partie constituée, à une vingtaine de km qui permettent au groupe de s’équiper de casques et de bottes pour descendre aux profondeurs dont cette pierre lumineuse a été extraite au cours des siècles. Temps privilégié d’ouverture à la vie des carriers qui nous ont précédés, de déplacement ensemble avec baignade dans la Charente si bien venue dans ce temps caniculaire…

Il n’est pas le lieu ici de décrire l’ensemble de ce dont ces semaines sont constituées, mais plutôt d’essayer d’en tirer simplement quelques constats. Cette proposition est réellement bienvenue, après ce temps de confinement, pour un temps de repos devenu nécessaire, assorti d’une mise en route spirituelle, aussi bien pour les couples que les personnes seules ou les familles. Elle donne aux familles un lieu pour se reconstituer, refaire ses forces, son unité, à l’écoute de chacun, dans un autre registre que la mission Cana. Nous avons également constaté qu’elle rassemblait des personnes d’horizons très divers, tout en permettant aux participants de trouver un lieu source près de chez eux. Enfin, cette formule assez « légère » en termes de logistique donne à chacun de trouver sa place dans l’organisation de la vie quotidienne. Pour nous deux, ces deux semaines nous ont replongés dans la joie du service fraternel, la reconnaissance de ce que Dieu nous donne à travers la vie communautaire et l’appel à partager ce trésor. Concrètement, du fait de l’échelle réduite des sessions, nous nous sommes trouvés plus proches et disponibles aux participants pour entrer en relation avec eux comme avec leurs enfants, tant dans les jeux que dans les échanges plus personnels. Avec joie, nous avons pu entendre cette famille s’écrier en fin de relecture  le dernier jour  : «  A l’année prochaine ! ». f B.& A-M.C.

Témoignage Sophie et Guillaume, Irigny

Repartir sur notre chemin, le cœur plus léger

« Nous avons trouvé la formule de ‘’Vacances et spiritualité’’ idéale pour notre famille. Des temps d’enseignement, de réflexions et prières et des temps libres à vivre en famille ou avec d’autres membres du groupe dans le cadre magique du Roucas étaient propices à l’émerveillement et à l’action de grâce.   Nous retenons tout particulièrement trois moments forts : • Le lever matinal pour aller découvrir les calanques, prier et louer le Seigneur tous ensemble, et marcher. De beaux moments d’échange et de partage. • La soirée de réconciliation avec toutes les propositions suggérées par la communauté. Et, pour notre part, l’occasion de nous retrouver en couple, parler, faire le point sur nos différences, et nous demander pardon pour repartir sur notre chemin, le cœur plus léger et en harmonie avec le Seigneur. • Et la richesse des partages en groupe de fraternité.   Sans oublier l’accueil de nos hôtes, inégalable ! » 

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Ordinations diaconales et présbytérales

"Est-ce que tu m’aimes ?" Le 12 septembre 2020, à Ars, douze frères de la communauté du Chemin Neuf ont été ordonnés, sept comme diacres et cinq comme prêtres, par Mgr. Pascal Rolland, évêque de Belley- Ars. Malgré les contraintes dues aux conditions sanitaires, la célébration fut joyeuse et sous la marque du Curé d'Ars.

Témoignage : Albert Zongo « J’ai toujours été très préoccupé par les questions d’injustice, de guerre, de paix, tout ce qui ne va pas dans la société. Je me demandais comment je pouvais m’engager pour transformer le monde. Je voulais devenir journaliste ou faire des études de négociation et travailler pour la paix. Mais, j’avais du mal à comprendre que cet appel pouvait s’incarner dans la vie religieuse. Le Seigneur est venu pas à pas pour me le montrer. Durant une semaine de retraite selon les Exercices de St Ignace organisée par la communauté, le Seigneur m’a dit : ‘’ Tu veux t’engager, me servir, tu veux ce « davantage » avec moi. Est-ce que, d’abord tu m’aimes ?’’.

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A travers la question posée à Pierre (Jn 21), le Seigneur m’a invité à me décider. En relisant alors ma vie, je me suis souvenu que le Seigneur m’avait déjà adressé son appel lorsque j’étais enfant et je l’avais enfoui. Lorsqu’Il m’a demandé : ‘’Est-ce que tu m’aimes ?’’, Il a réveillé cet appel et c’est dans les larmes que j’ai répondu : ‘’Oui, Seigneur, Tu sais tout. Tu sais que je t’aime’’. Et petit à petit, j’ai compris que le Seigneur m’appelait à incarner Son appel dans la communauté du Chemin Neuf qui travaille pour l’unité des Chrétiens, du couple, de la personne, qui travaille, en fait, pour l’amour. »


f.o.i

Témoignage : Christophe Delas « Lors d’un pèlerinage à Ars, il y a plusieurs années, j’ai reçu cette parole du Seigneur : ‘’ Christophe, tu m’as donné ta vie. Est-ce que tu acceptes que je la donne en cadeau aux autres ? - Oui, Seigneur, c’est vraiment ce que je désire. Je veux être prêtre pour les autres’’. Ma vie appartient à Dieu et à mes frères et sœurs de communauté. Et à toutes les personnes auprès desquelles le Seigneur m’enverra. Je voudrais aussi vous partager une joie, celle de la vie communautaire, de la vie fraternelle dans notre diversité. Le Seigneur m’a planté dans la communauté du Chemin Neuf. Nous sommes ensemble, hommes et femmes, couples et célibataires, frères et sœurs de confessions chrétiennes différentes, de cultures différentes, pour annoncer Jésus, pour annoncer l’amour de Dieu.

Je crois que, si je suis ici, aujourd’hui, je le dois d’abord à ce que j’ai reçu dans ma famille de sang, mes parents, mes frères et sœurs ; mais je le dois aussi à ce que j’ai reçu dans la vie communautaire. Au fond, ce sont les frères et sœurs de la communauté qui m’ont façonné. La « diversité réconciliée », dont parle le pape et que nous tentons de vivre chaque jour, m’a façonné. Ce que j’ai reçu de la vie communautaire, c’est que j’apprends à être « frère », et aujourd’hui, je suis « père », mais je suis d’abord « frère ». Je demande aujourd’hui, pour mon ministère, d’être un frère et un prêtre universel, un frère et un prêtre « pour les autres », et de devenir toujours plus porteur du Christ et de la miséricorde du Père. »

P. François Michon, supérieur général de l'Institut du Chemin Neuf « Il y a toujours une émotion pendant les ordinations. On sent quelque chose qui nous dépasse, qui appartient au mystère du sacré et de l’alliance. Nous sommes touchés parce que cela signifie à quel point notre Dieu, le Seigneur des seigneurs, n’a d’autre désir que d’entrer en communion avec le monde qu’Il a créé, avec chacun de ses enfants, à quel point Il veut habiter au milieu de son peuple. Quand un frère entend cet appel au sacerdoce, à Le suivre sur cette voie, et qu’il répond ‘’Oui ‘’, c’est le mystère d’amour de Dieu qui veut rencontrer ses enfants. ‘’Je te choisis pour être le canal de cette grâce, de cette tendresse, de cette

miséricorde. Le canal de cette espérance, de cette confiance, dans un monde qui a tellement besoin de ma présence », dit le Seigneur. C’est une immense grâce. Je crois que chacun de nos frères mesure à quel point il est indigne d’un tel choix de la part du Seigneur. Je crois que nous tous, ici rassemblés, nous ne sommes pas dignes non plus d’un tel amour, d’un tel désir de communion de Dieu avec son peuple, avec le monde qu’il a bâti. Donc, une grande action de grâce au Seigneur et j’aimerais qu’on L’applaudisse. »

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5,50€ foi66 septembre octobre novembre 2020

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Engagements au célibat consacré dans la Communauté du Chemin Neuf, août 2020 foi66 septembre-octobre-novembre 2020

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Revue FOI n°66  

Dossier : Carlo Acutis - Oecumenisme : Que feriez-vous si votre service du dimanche n'existait pas? - Formation chrétienne : De la hierarchi...

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