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La naissance du maillot jaune En 1919, le spectateur reproche au créateur du Tour que son épreuve va trop vite et que le premier du classement passe anonymement dans le peloton ! Desgrange tourne et retourne le problème dans sa tête et l’inspiration jaillit. Un emblème distinctif sera porté par le leader de la course. Il sera de couleur jaune comme celle de son journal, L’Auto. C’est la naissance du maillot jaune.

À gauche, maillot jaune de 1950. À droite, reproduction d’un maillot jaune de 1952.

À gauche, maillot jaune des années 1980. À droite, maillot jaune porté par Contador en 2009.

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Victoire d’étape (19 juillet 1925) pour Oavio Boecchia et première place au classement général.

Le temps de sa confection et, en plein Tour de France, au départ de Grenoble, Eugène Christophe se voit remettre la parure qu’il perdra pour l’incident que l’on sait. Objet d’un véritable culte, le maillot jaune fera désormais avancer les hussards cyclistes au pas de charge. Ce Tour est celui de la première année de paix et la France panse ses plaies. Les routes sont littéralement défoncées, négligées et vieillies sous le silex. Les anciens champions ont disparu, victimes du conflit mondial : Faber, engagé dans la Légion étrangère, tué à Carency en 1915 ; Lapize tombé en combat aérien en 1917 ; Petit-Breton, mort au front, cette même année, dans un accident d’automobile.

e s t i m a n t q u e c ’e s t l’épreuve qui lui rapporte le plus de profit, directement ou en raison d’engagements ultérieurs. Il y consacre tous ses efforts. Qu’importent pour lui les Bordeaux-Paris, les ParisTours ou les Paris-Roubaix ! Il se présente immédiatement au Tour dans le rôle de l’homme à battre. À l’étape, il est soucieux de sa santé, de sa nourriture. On rit souvent de «  maniaquerie  ». Il ajoute effectivement le souci du d ét ail e n alla nt ju s q u’ à emporter avec lui au départ de l’épreuve, 22  maillots, 22 paires de chaussettes et 22 caleçons pour autant de jours que présente le profil du Tour ! En cette édition de 1 91 9, des  69  coureurs au départ, il n’en restera que 10 à l’arrivée. Désormais il n’est question que de la dynastie des Pélissier. Ils sont d’abord deux frères, Henri et Francis qui, sur la route, partagent le même destin. Les sentiments de Francis pour Henri, son aîné de cinq ans, dépassent l’amour fraternel. On peut évoquer

Couverture d’un cahier de 1947 regroupant tous les maillots jaunes du Tour de France de 1903 à 1947. Dessin de Pellos.

le mot vénération. Celle-ci vient sans doute de leur petite enfance où ils ont côtoyé l’insoutenable. Francis a assisté avec effroi au terrible face-à-face d’Henri et de leur père, tyran familial et bourreau de travail, préoccupé uniquement du rendement des quarante vaches

Nicolas Frantz le « maniaque »

Frant z était un routier régulier qui s’était amélioré peu à peu dans toutes les spécialités à force de soin et de sérieux. Il ne négligeait aucun détail et accumulait les réserves comme on accumule les économies. Durant toute l’année, le coureur luxembourgeois prépare exclusivement le Tour de France, Publicité de 1928 pour la marque de cycles Alcyon. 17

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Tour de France 1929. Armand Van Bruaene et Nicolas Frantz lisant Le Miroir des Sports avant le départ de l’étape Cherbourg-Dinan.

Pélissier ne sait pas souffrir, écrivait Henri Desgrange dans L’Auto, et son caractère de grand seigneur l’empêchera toujours de triompher dans le Tour, malgré sa classe. » Il ne gagne pas, en effet, l’épreuve suivante, qui sourit au Belge Léon Scieur, ni le Tour 1922 qui voit triompher une nouvelle fois Firmin Lambot. Cette même année, profitant du duel Thys – Alavoine, les Belges intensifient leur offensive. Le Français est à la merci d’une seule crevaison . Il percera en vérité à six reprises et, à chaque fois, il verra le peloton s’enfuir.

Le colosse belge Hector Heusghem endosse le maillot jaune à Metz, à deux jours de l’arrivée, devant Lambot et Alavoine. Le solide Hensghem, pense-t-on, ne peut en être dépossédé. Coup de théâtre, cependant : il sera pénalisé d’une heure pour avoir changé de machine. C’est ainsi que, pour la deuxième fois, Lambot va remporter le Tour, sans avoir, cette fois, remporté d’étape… 1922 : le duel Alavoine-Thys

Le Tour de 1922 suscite un intérêt comme il n’en a jamais connu depuis l’empoignade Lapize–Faber, en 1910. La lutte des marques devient féroce. La bataille pour la conquête du maillot jaune attise les passions. Les Belges semblent avoir trouvé enfin

de sa ferme-laiterie – «  La Vacherie de l’espérance  »  – située dans le XVI ème arrondissement de Paris, rue Mesnil. Henri, bientôt, claquera la porte de la ferme après que son père, dans un accès de folie, a piétiné son beau vélo de course. Francis, nullement épargné par la vindicte paternelle, se tournera alors vers Henri, qui dans son univers était devenu un dieu. Sa voie était toute tracée : il serait coureur cycliste, comme le grand frère, lequel calculait, ordonnait, provoquait, tandis que Francis approuvait les yeux fermés. Il était le percheron et Henri le pur-sang. La rivalite franco-belge

Mais il faut encore patienter avant de voir un Pélissier inscrire son nom au palmarès de la grande épreuve car, en 1920, c’est le Belge Philippe Thys qui revient en triomphateur. Au demeurant, Henri Pélissier connaît toujours un certain nombre de problèmes avec Henri Desgrange. L’aîné des Pélissier est en effet pénalisé pour avoir jeté un boyau sur la chaussée. Il menace alors d’abandonner, ce qu’il fait après avoir remporté les étapes de Brest et des Sables- d’Olonne. «  Henri 18

Supplément de L’Équipe consacré à l’histoire du maillot jaune au Tour de France 1949. Couverture d’après P. Abrioux.

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Philip pe Thys À c e t te é poque de la Pre m iè s p io n n ie re G u e r r r s , q u i s’é e m o n d ia te n d ju s q s’i n s c r it e le , le n o m u ’à n le t t re s d e Ph il ip p e d ’o r d e m en 18 9 0 à T h a ys n iè re in c o Anderlec n te s t a b le ht (B elgiq l’ h is to ire . u Né e), il sera à re m p o r le premie te r t ro is T et 19 2 0). r dans ours de F En 19 13 , il r a n ce (1 9 l’e m p o r te H e n r i Pé 13 , 19 14 d ev a n t G li s s ie r, q u a r r igo u ; e i a t r io m p en mesu n 19 14 , h é d a n s le re r iv a li s s A lp e s , s e r ave c lu s o n av a n e vo it i. M a is le ce d e m o B e lg e c o in s d e d e v ic to ire d n s u er va x m in u te s , m ’H e n r i Pé a lg ré l’u lt li s s ie r a u im e Pa rc d e s P r in c e s . N ullem en t at tiré pa v ire le s fo r le geste u le s , il e s spec tacu t laire qui c d e ce ux qu to u te s le ha s a ll u re s i s u ive n t o e u d ev a n c t qui obs l’a t te n te ent e r ve n t p d e la fa u a t ie m m e te d e l’a d m e n t s t ro nt dans ve r s a ire . u ve n t le u To u s s e s r s o u rce une brus m o u ve d a n s la r q u e r ie , r é f lex io n a re m e nt s a cc a d é q : ja m a is un coup u e l’a ut re de péda . Il p è s e e – 69 kg – le p lu s x a c te m e nt à l’a r r ivé le m ê m e e d u To u aucune c p r o id s q u ’a u d é p o m p la is a a r t . Il n’a n ce . S a c é d if ia n te c c e a p te r r iè e t ré c o n fo re s e p ré s e n te d ’u r t a n te m Pe u ge ot o ne r a li té . Av ret ro u ve e c lu i, la son hégé d e r n ie r s fi rme m o n ie , s u ccè s o ù a u f lo r s il a p p a r t ie t ive . Le te d e s n on t a u co n s o r t mps des m a is o n s d iu m L a S p é p ro u vé e o rc yc le s et p a r la g u d ’a cce s s o e r re , ret r o u ve s o n ire s , p lu s b e l h o r izo n .

à qui parler. Ils ne font plus la loi comme auparavant. Henri Jacquinot enlève la première étape et Eugène Christophe, 3 8 ans , endosse le maillot jaune aux Sables-d’Olonne. Il le conserve jusqu’à la septième étape Luchon–Perpignan et doit le céder à Jean Alavoine. S’engage alors un duel magnifique entre ce dernier, qui remporte coup sur coup trois étapes des Sables à Perpignan, et Thys qui empoche les trois suivantes. Dans la boue du col de l’Izoard, Alavoine, dans une forme étourdissante, franchit le sommet en première position. Dans l’ombre des deux géants, deux autres hommes se hissent au plus haut sommet du courage : Honoré Barthélémy, tombé à 60 km/h dans un torrent pyrénéen, parvient à « durer » trois étapes encore. Il abandonnera avant Briançon à la suite d’une nouvelle chute, et Christophe qui, pour la troisième fois dans l’histoire du Tour, casse sa fourche !

Dessin de Jack Plumkell représentant Jean Alavoine.

Dessin de Jack Plumkell représentant Philippe Thys.

Publicité de 1926 pour les bicyclees J.B. Louvet. 19

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Chroniques du tour de France - Larousse Editions  

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