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Le Complexe Olympique de Phnom Penh D’une figure du modernisme khmer à un lieu de vie menacé

Charlotte Verdier Mémoire de fin d’études sous la direction de Xavier Dousson

Février 2019 DE 6 : mémoire : Patrimoine ancien, moderne, contemporain Ecole Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val-de-Seine


Le Complexe Olympique de Phnom Penh D’une figure du modernisme khmer à un lieu de vie menacé Charlotte Verdier Mémoire de fin d’études sous la direction de Xavier Dousson

Février 2019 DE 6 : mémoire : Patrimoine ancien, moderne, contemporain Ecole Nationale Supérieure d’Architecture Paris Val-de-Seine


Résumé Ce mémoire présente l’histoire de la construction du complexe olympique de Phnom Penh inauguré en 1964. Dans quel contexte ce complexe olympique a été construit ? En quoi est-il un exemple de l’architecture khmère moderne ? On observe ensuite que par plusieurs dispositifs architecturaux, cet ensemble sportif est lié à l’architecture khmère locale et traditionnelle. De plus, nous verrons comment cet ensemble répond, par des procédés techniques simples à des problématiques de climat et de géographie : ventilation, drainage du terrain etc... On se pose ensuite la question de la place du complexe dans la ville contemporaine de Phnom Penh. Existe-t-il un programme de conservation ? Quelle est sa place aujourd’hui dans la vie des phnompenhois ? Est-il toujours un espace utilisé ? Et quel est son devenir ? Cambodge - Phnom Penh - Modernisme Khmer - Vann Molyvann - complexe olympique - climat - Sangkum Reastr Niyum patrimoine - usages - espace public -

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Note de l’auteure Histoire Bien que certains évènements historiques y soient relatés, ce mémoire n’a pas pour but de présenter l’histoire du Cambodge contemporain. Pour connaître plus en détails l’histoire du pays il est conseillé de lire et de visionner les documents suivants : - François Ponchaud, Cambodge année zéro, Paris, Editions Kailash, 2001 - François Ponchaud, Brève histoire du Cambodge, Paris, Magelland & Cie, 2018 - S21, la machine de mort khmers rouges, Rithy Panh, 2002 Noms de famille Dans la culture khmère, le nom de famille est cité en premier. Ainsi, Vann Molyvann a pour nom de famille Vann et pour prénom Molyvann. Documents graphiques Sauf indication, les visuels de ce mémoire ont été produits par l’auteure.

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Remerciements Je tiens tout d’abord à remercier mon directeur de mémoire, Xavier Dousson, qui m’a aidé à recentrer mon sujet et à me poser des questions sur ce qui m’intéressait tant à Phnom Penh, puis m’a accompagné par ses relectures et ses conseils tout au long de ces derniers mois. Je remercie ensuite Helen Grant Ross pour avoir partagé avec moi sa passion et ses connaissances pour le modernisme khmer et plus particulièrement pour le travail de Vann Molyvann. Je souhaite également dire merci à mes parents, pour leur confiance et leur accompagnement dans mes études et mes envies de découverte et d’expériences lointaines. Je tiens à remercier David et Louise Cole, fondateur de Building Trust pour m’avoir accueillie dans leur équipe à Phnom Penh entre les mois de septembre et de décembre 2016. Enfin, je remercie Isabelle, Julien, Ishq, Annabelle, Suzanne, Antoine, Julie, Corina, Manuel, Emilio, Mathieu, Penglong, Chengda, Pablo, Carola, Sideth, sans qui ma découverte du Cambodge aurait été bien différente.

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Phnom Penh, rue 300 septembre 2016

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Avant-Propos J’arrive à Phnom Penh le 13 septembre 2016 en fin de journée. Le premier ressenti que j’ai de la ville est celui du bruit. Tuktuks, motos, taxis, grosses voitures, klaxons, camouflent en partie les bruits des chantiers de construction disséminés aux quatre coins de la ville. Je comprend vite que Phnom Penh n’est pas une ville où l’on marche. Il n’y a pas de trottoirs. Ou alors ils servent de lieu de stationnement pour les voitures. En 2016, il n’y avait pas de transports en commun non plus. Très vite, j’achète un vélo et je commence à arpenter la ville. Il est facile de s’y repérer et de s’y déplacer puisque le plan suit une grille marquée par quelques grands boulevards. Dans le sens nord-sud on trouve les rues aux numéros impairs et dans le sens est-ouest, celles aux numéros pairs. Comme on ne marche pas dans la rue, on n’y court pas non plus. Or, à cette période j’avais l’habitude de courir deux à trois heures par semaine. C’est ainsi que j’ai pris l’habitude de me rendre au complexe olympique pour courir sur la piste centrale et quand celle-ci était inaccessible, j’empruntais l’esplanade en béton située en haut des gradins. J’ai alors découvert un lieu très différent de la ville qui l’entourait. Le complexe olympique , comme un parc, permet de faire une pause dans la ville tout en continuant à l’observer et à l’entendre. En étant sur place j’ai commencé à m’intéresser au travail de Vann Molyvann. Mais c’est plus tard, une fois rentrée en France, que j’ai vraiment pris conscience de la richesse de son architecture et de l’envie que j’avais d’en savoir plus.

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Sommaire

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Note de l’auteur Remerciements Avant-Propos Sommaire

5 7 9 10

Introduction

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Repères chronologiques

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Première partie : Le modernisme khmer

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1. Phnom Penh : contexte géographique et politique

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Topographie et climat / Phnom Penh française / Norodom Sihanouk et l’indépendance 2. Une nouvelle identité

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Naissance du modernisme khmer / Guerre froide / «La plus belle ville d’Asie du Sud-Est» / Les architectes et les projets 3. Vann Molyvann, leader du modernisme kmer

41

Formation / L’architecte du prince / Fuite et retour

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Deuxième partie : Le stade olympique

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1. Construction

49

Histoire / Une équipe internationale / Financement et symbole politique 2. Événements Inauguration / Un forum sportif et politique

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3. Une architecture inspirée par la culture khmère

61

Composition générale / Une conception angkorienne / Verticalité / La méthode de conception de Vann Molyvann 4. Organisation du complexe olympique Le stade olympique / Le palais des sports / La piscine olympique

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Troisième partie : Le complexe olympique aujourd’hui

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1. Un lieu de vie menacé

91

Le complexe comme lieu de vie / Un manque d’espaces publics ans la ville / Privatisation des espaces publics 2. Projets urbains

103

Extension de la ville / Olympia city / Un nouveau complexe olympique pour les Jeux d’Asie du sud-est de 2023 3. Un symbole du passé

111

Peur du passé / Politique patrimoniale limitée

Conclusion

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Lexique

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Personnalités

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Bibliographie

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Annexes

127

Biographies de Vladimir Bodiansky et Gérald Hanning L’architecture d’Aujourd’hui, n°116, sept-oct-nov 1964 Phnom Penh dans les années 60

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Vue sous les escaliers permettant d’entrer dans le palais des sports Š David Hagerman, The New York Times, https://www.nytimes.com/2017/09/28/obituaries/vann-molyvann-dead-architect-who-shaped-phnom-penh.html

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Introduction Voyager au Cambodge, que l’on soit étudiante en école d’architecture ou non, signifie presque obligatoirement une visite aux temples d’Angkor. C’est au travers de mon guide touristique que j’ai d’abord découvert l’architecture cambodgienne : «Angkor Vat, expression la plus aboutie du génie khmer, fait partie des rares sites sur la planète qui éblouissent le visiteur dès le premier regard.»1 Angkor Thom était la capitale du Cambodge entre le IXe et le XIIIe siècle, et est aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il s’agit d’un des sites archéologiques les plus visités au monde avec plus de 2 millions de visiteurs par an.2 En dehors de celle des temples, l’architecture cambodgienne était peu mentionnée dans mon guide. C’est au travers de mes ballades dans la ville de Phnom Penh que j’ai peu à peu découvert des exemples de l’architecture khmère moderne.

1. Nick Ray & Greg Bloom, Cambodge, Lonely Planet, 9e édition, août 2014 2. En 2016, 2,5 millions de personnes ont visités les temples d’Angkor. Apur & DGRI Ville de Paris, Coopération décentralisée Paris-Phnom Penh, 2016-2018, Rapport de mission du 12 au 15/12/2016, publié en mai 2017 sur le site de l’apur 3. François Ponchaud, Une brève histoire du Cambodge, Paris, Magellan & Cie, 2018, p.113 4. The man who built Cambodia, Phnom Penh, littleBIG films, 2016, 37min

Actuelle capitale du Cambodge, Phnom Penh est tristement célèbre pour avoir été entièrement vidée de sa population par les Khmers Rouges lorsqu’ils ont pris le contrôle entier du pays en avril 1975. Pendant les «3 ans, 8mois et 20 jours»3 qui suivirent, le pays a connu un régime communiste radical d’une grande violence. Ce dont on parle moins c’est qu’avant cette période sombre, le Cambodge vivait son «âge d’or». Celui-ci débute par l’indépendance du pays en 1953 et se termine en 1971, lors de la prise du pouvoir par le général Lon Nol. C’est au cours de ces 18 ans que le mouvement moderne khmer est né. Le complexe olympique de Phnom Penh, dont la construction a été achevée en 1964, est, aujourd’hui encore, un exemple majeur de l’architecture de Vann Molyvann. Celui-ci était le chef de file de ce mouvement moderne porté par le prince Norodom Sihanouk, alors à la tête du gouvernement. Durant ces quatre mois passés à Phnom Penh, entre septembre et décembre 2016, j’ai eu l’occasion de me rendre plusieurs fois sur les terrains du complexe olympique. Cette année 2016 était aussi l’année de sortie du film documentaire The man who built Cambodia, réalisé par Christophe Rompré et Haig Balian4 qui 15


retrace la vie et le travail de Vann Molyvann. Ce film m’a permis de découvrir et comprendre le parcours atypique de cet architecte, né au Cambodge en 1926 pendant le protectorat français, qui a ensuite fait ses études à l’École des Beaux-Arts de Paris, puis est revenu travailler à Phnom Penh. Par la suite, d’autres ouvrages comme le livre Building Cambodia : New Khmer architecture 1953-71 5 écrit par Helen Grant Ross et Darryl Collins en 2004 ou encore le numéro 567 de a+u,6 consacré aux réalisations de Vann Molyvann, et dont Masaaki Iwamoto en était l’éditeur invité, m’ont permis de comprendre la dimension politique et l’étendue de ce mouvement. A la suite de ces lectures, j’ai pu avoir des échanges avec Helen Grant Ross et Masaaki Iwamoto. J’ai également pu obtenir des informations de la part de Gabriel Fauveaud, spécialiste de l’immobilier à Phnom Penh, ainsi que d’Adèle Esposito, spécialiste des questions patrimoniales cambodgiennes. Au cours de mes recherches je me suis rendue compte que plusieurs personnes à différents endroits du monde s’intéressent à la question de ce patrimoine moderne khmer. D’abord les architectes et historiens précédemment cités mais aussi l’ONG Vann Molyvann Project,7 fondée par l’architecte anglais William Greaves et basée à Phnom Penh. Grâce aux informations mises en ligne sur leur site internet j’ai pu récupérer les plans du complexe olympique et de ces différentes sous-parties. Malheureusement, William Greaves n’a jamais répondu à mes mails. J’ai également été en contact avec le réalisateur Christopher Rompré, et l’urbaniste Serge Rémy qui vit à Phnom Penh. Mais ces différentes discussions se sont vite arrêtées et n’ont pas donné suite. J’ai également tenté de contacter plusieurs personnes de l’apur, en charge des études urbaines sur la ville de Phnom Penh mais sans succès. Durant les dernières semaines de rédaction de ce mémoire j’ai été en contact avec le groupe de recherche urban-operators, se trouvant à Hambourg et qui avait réalisé une maquette 3D de l’ensemble du complexe dans son état d’origine il y a quelques années. Ce modèle 3D m’a apporté d’autres points de vue sur le site et a pu compléter les informations dont je disposais déjà.

5. Helen Grant Ross & Darryl Collins, Building Cambodia : New Khmer Architecture 1953-1970, Bangkok, The Key Publisher Company Limited, 2006 6. Masaaki Iwamoto (dir.), Vann Molyvann, 1926-2017, a+u n°567, décembre 2017, 176p. 7. vannmolyvannproject.org

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Ce que je cherchait à comprendre au travers de ce mémoire était la place du complexe olympique de Phnom Penh dans la culture cambodgienne d’aujourd’hui. Pour cela je me suis posée différentes questions. Dans quelle contexte ce complexe olympique a été construit ? En quoi est-il un exemple de l’architecture khmère moderne ? Quels sont ses liens avec la culture et l’architecture khmère ? Quelle est sa place aujourd’hui dans la vie quotidienne Cambodgienne ? Quel est son devenir ? Existe-t-il des programmes de conservation de son patrimoine ? Nous verrons dans une première partie dans quelle contexte géographique et politique s’est construit le complexe olympique de Phnom Penh. Nous verrons qu’il s’agit d’une période particulière dans l’histoire du Cambodge, tant sur le plan politique qu’architectural. Nous nous intéresserons dans une deuxième partie à la conception et à la construction du complexe sous la direction de Vann Molyvann. Enfin, dans une troisième partie nous verrons quels sont les usages du complexe olympique aujourd’hui et les menaces qui pèsent sur son avenir et sa pérennité.

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Repères chronologiques

protectorat français

Vann Molyvann 1926

Naissance

1946

Arrivée à Paris

1948

Entrée à l’école des Beaux Arts

1956

Retour au Cambodge

1957

Devient architecte de l’Etat

1962

-Vann Molyvann est nommé ministre de l’urbanisme -Début de la construction du complexe olympique (inauguré en 1964)

1967

Devient ministre de l’éducation et des Beaux-Arts

1971

Fuite en Suisse, il devient enseignant à l’EPFL et travaille pour le programme UN-Habitat.

1941 Norodom Sihanouk est élu roi

1953 Proclamation de l’indépendance

Sangkum Reastr Niyum

1955 Norodom Sihanouk abdique et prend la tête du gouvernement Norodom Suramarit devient roi

1970

Coup d’état du Général Lon Nol Occupation des campagnes par les Vietcongs et les Khmers Rouges : début des massacres de population Intervention

Guerre civile

vietnamiennes

de

troupes

dans

l’est

américaines du

et

Cambodge.

sudLes

bombardements américains font du Cambodge le pays le plus bombardé de l’histoire. 15 août 1973 : le Sénat américain ordonne à la Maison Blanche de cesser ces bombardements.

République démocratique du Kampuchea

17 avril 1975

Prise de Phnom Penh par les Khmers Rouges mise en place du régime de l’Angkar : désurbanisation, supression de la monnaie, suppression du cadastre, suppression de toute propriété individuelle, écoles fermées, pagodes détruites, organisation de la population selon sa capacité de travail... On estime le nombre de morts à 1.7 millions suite aux exécutions, conditions de vie et famines

7 janvier 1979 Libération de Phnom Penh par les vietnamiens 18


1980 administration vietnamienne

Pars pour 10 ans 1979 au Kenya pour le programme UNHabitat

1989

Déménage au Burundi 1989 pour UN-Habitat

Retour au Cambodge 1993 Devient ministre de la culture et des Beaux-Arts, de l’aménagement du territoire, de l’ubarnisme et de la construction

1985

Le Cambodge retrouve son indépendance et redevient un royaume

1993

UNTAC (United Nations Trasnitionnal Authorithy in Cambodia

Hun Sen devient premier ministre

Vann Molyvann 1995 devient le premier président de APSARA. Il quitte ce poste en 2001.

2001

Vente de la parcelle de 4ha située au nord du copmplexe olympique. Début du projet d’Olympia city

2010

Royaume du Cambodge

Décès de Vann Molyvann

Loi concernant les propriétés foncières publiques / privées de l’État. Vente des terrains contenant les bassins autour du complexe olympique.

2017

19


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Première partie

Le modernisme khmer ««Nous sommes les descendants des bâtisseurs d’Angkor» proclamait Norodom Sihanouk, quand il était au pouvoir en 1960. Le prince était connu pour protester chaque fois qu’une publication étrangère évoquait le «petit» Cambodge. Le pays des héritiers du grand empire ne pouvait pas être petit.» Jean-Claude Pomonti, Cambodge maîtres de la terre et de l’eau, Paris, Editions Nevicata, 2017, p.26

21


Vientiane

LAOS THAÏLANDE VIETNAM Bangkok

CAMBODGE Phnom Penh

Figure 1 . Carte d’Asie du Sud-Est Le Cambodge a une superficie de 181 000 km2 avec une largeur maximum de 440 km et une longueur maximum de 560 km. Il est entouré par la Thaïlande à l’ouest, le Laos au nord et le Vietnam à l’est avec au total près de 26 000 km de frontières. La ville de Phnom Penh se trouve dans les plaines marécageuses au centre du pays.11

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BOEUNG PUMPEAY

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BOEUNG TOMPUN

22

BOEUNG TRABEK

Figure 2 . L’eau à Phnom Penh Routes principales Cours d’eau et lacs


1 . Phnom Penh ក្រុងភ្នំពេញ

contexte géographique et politique

Topographie et climat Phnom Penh devient la capitale du Cambodge après que la ville d’Angkor Thom soit prise par les Siam en 1431. Le roi de l’époque, Ponhea Yat, baptise sa nouvelle capitale Krong Chaktomuk Mongkol Sakal Kampuchea Thipadei Serey Thereak Borvor Inthabot Borei Roth Reach Seima Maha Nokor, ក្រុងចតុមុខមងគលសរលរមពុជាធិបតី

សិរីធរបវរ ឥន្ទបតតបុរី រដ្ឋរាជសីមាមហាន្គរ, que l’on peut traduire par “La

place des quatre fleuves qui donne le bonheur et la réussite du Royaume Khmer, le plus haut dirigeant ainsi que la cité imprenable du Dieu Indra du grand royaume”.8 La ville était plus simplement appelée Chaktomuk, en raison de son emplacement géographique car cela signifie “les quatre faces”. Aujourd’hui, on appelle encore cette région la plaine des quatre bras. En effet, Phnom Penh se trouve à un “noeud fluvial” où l’on trouve quatre bras d’eau : le Mékong 9 et le Tonlé Sap qui arrivent du Nord se mélangent puis se divisent à nouveau en deux cours d’eau distincts : le Mékong et le Bassac (Figure 2). C’est cette particularité géographique qui a permis à la ville de se développer. Comme on peut le voir sur la carte (Figure 1), l’Asie du Sud-Est est parcourue de nombreux cours d’eau dont la plupart sont reliés au Mékong.

8. terredasie.com/phnompen h -la-perle-de-lasie/ consulté le 18.10.18 9. Le Mékong a une longueur totale de 4200 km dont 500 se trouvent au Cambodge 10. Sara Chambard, Phnom Penh, cité de l’eau, 2016, ENSAPVS 11. Sara Chambard, op. cit.

La topographie au centre du Cambodge étant quasiment plate, associée au fait que chaque année les crues du Mékong déposent du limon sur les terres alentours, a favorisé le développement de zones marécageuses très fertiles et idéales pour l’agriculture (rizières, etc...). On trouve, lié aux crues, un système de lacs et de canaux naturels qui permettent de garder de l’eau et des poissons entre les périodes de mousson. Ces lacs sont appelés Boengs et on en trouve plusieurs autour de Phnom Penh.10 Aujourd’hui, par manque d’espace et pour étendre la ville, plusieurs de ces zones humides ont été asséchées afin d’en faire des terrains constructibles. L’exemple le plus connu est celui du Boeng Kak (Figure 2) située au Nord de la ville, derrière la gare. Les combats des habitants et des différentes ONG ont dissuadés les entreprises chinoises qui 23


en ont financé l’assèchement de construire dessus. Aujourd’hui le Boeng Kak est une grande étendue sableuse marquée par une grille de routes. Dans son livre écrit en 2017, Jean-Claude Pomonti parle de ce projet immobilier comme étant l’un des plus compliqué de Phnom Penh, «Ce qu’il adviendra de ce terrain demeure une énigme, les investisseurs ayant été échaudés par la mauvaise publicité des crises dont il a fait l’objet.»12 Le climat à Phnom Penh se compose de deux saisons : une saison sèche et une saison de mousson. Cette dernière s’étend de mai à novembre et est caractérisée par un temps humide avec des fortes pluies en fin de journée et parfois durant la nuit. Toute l’année, la température moyenne à Phnom Penh se situe entre 25 et 35°C et peut monter jusqu’à 40°C certains jours d’avril et mai, les mois les plus chauds.13 Cette situation climatique rend donc la présence d’eau et la gestion de celle-ci très importante dans tout le pays.

Phnom Penh française En 1863, le Cambodge est menacé par l’Annam (actuel sud du Vietnam) et le Siam (aujourd’hui le nord de la Thaïlande) et devient un protectorat français afin de conserver ses frontières.14 Au cours de la période française, la ville de Phnom Penh se développe et s’agrandit. Elle se divise en quartiers aux fonctions et aux populations définies : - au nord les français développent un nouveau quartier où se trouvent alors les principaux bâtiments administratifs et des logements, - au centre le quartier chinois avec une majorité de commerces, - au sud le quartier khmer qui est surtout résidentiel Entre 1889 et 1897, Daniel Fabré, un architecte et urbaniste français, est nommé comme architecte de la ville.15 Il est alors en charge de dessiner le cadastre de Phnom Penh et ce qui deviendra le quartier administratif, aujourd’hui encore appelé le «quartier français». Les bâtiments les plus remarquables construits durant cette période sont la poste, la banque d’Indochine, ou encore le commissariat. Détail surprenant, cet ensemble est dessiné dans un style très 1800 alors qu’on est à l’aube du 20e siècle. «Un anachronisme qui peut s’expliquer par l’impatience colérique du 24

12. Jean-Claude Pomonti, Cambodge maîtres de la terre et de l’eau, Paris, Editions Nevicata, 2017, p.20 13. Sara Chambard, op. cit. 14. François Ponchaud, Une brève histoire du Cambodge, Paris, Magellan & Cie, 2018, p.51-56 15. Jean-Michel Filippi, Traditions : le Cambodge, une histoire architecturale en boucle ? Cambodgemag, 26 juillet 2018 https://cambodgemag. com/2018/07/jean-michelfilippi-tradition-cambodgeune-histoire-architecturaleen-boucle.html


résident supérieur de la même période, Huynh de Verneville, qui veut tout et tout de suite.»16 On doit aussi à Daniel Fabré et son équipe d’ingénieur le système de canaux qui évitait à la ville d’être inondée en période de mousson. Malheureusement, ces canaux de drainage ont été abandonnés et fortement détériorés pendant le régime khmer rouge et sont inutilisables depuis.17 A partir de 1925, Ernest Hébréard, architecte, archéologue, et urbaniste français, est en charge de l’urbaniste de Phnom Penh.(Figure 6) Il a auparavant dessiné les plans directeur de Thessalonique en Grèce et de Hanoï au Vietnam. On dit de lui qu’il a créé le style indochinois et qu’il considérait la capitale du Cambodge comme étant à l’époque, «la plus intéressante et la plus curieuse de l’Indochine».18 Il utilise le plan de la ville dessiné par Daniel Fabré pour «recomposer et hiérarchiser le plan en damier de la ville traditionnelle»9 notamment en élargissant et en traçant les avenues et boulevards plantés, encore présents aujourd’hui. Il a également amené à Phnom Penh une architecture moderne (parfois qualifiée d’avant-gardiste) avec la construction de l’hôtel Le Royal, la gare, (Figure 4) ou encore le marché central (Figure 5). Ces bâtiments sont tous réalisés avec une structure en béton armé, ventilée et ainsi adaptée au climat local.19

16. Ibid. 17. Yves Nacher, Phnom Penh, Chronique d’un désastre annoncé, D’A, mars 1993 18. Ibid. 19. Jean-Michel Filippi op.cit. 25


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(page de gauche, en haut) Figure 4 . La Gare de Phnom Penh Elle aurait été construite en 1932 par l’architecte Louis Victor Chauchon dans un style art déco et en béton armé. A l’époque de sa construction les voies ferrées permettaient de rejoindre les villes de Battambang et de Poïpet en Thaïlande. Le réseau ferroviaire a ensuite été mis hors service par les Khmers Rouges. Depuis le printemps 2018 une nouvelle ligne de chemin fer est en service et permet de rejoindre l’aéroport de Phnom Penh en moins de 25 minutes avec un départ toutes les 45 minutes. © Sven Prinzler, 2012, https://structurae.info/ouvrages/gare-de-phnom-penh/photos https://www.phnompenhpost.com/national/city-plan-spares-railway-station-wreckers-ball (page de gauche, en bas) Figure 5 . Le marché central en 1951 Construit entre 1935 et 1937 par les architectes Jean Desbois, Louis Chauchon et l’ingénieur Wladimir Kandaouroff, le Psar Thom Thmey (nouveau grand marché) était, au moment de son inauguration, le plus grand marché d’Asie (13 000m2). Sa forme en croix symbolise le «noeud fluvial» où se trouve Phnom Penh ainsi que les quatre bras d’eaux. Des travaux de rénovation ont eu lieu entre 2008 et 2011 pour un montant de 3,2 millions d’euros financés par l’Agence Française de Développement. L’agence Arte Charpentier a réalisé ces travaux sous la direction de Vann Molyvann. © http://lc.oiapmm.org/ http://www.arte-charpentier.com/fr/projet/marche-de-phsar-thmey-a-phnom-penh/ Figure 6 . Plan d’expension de la ville de Phnom Penh 1920 Dessiné par Ernerst Hébrard en 1920, ce plan directeur prévoyait la création d’un jardin au bord du Boeung Kak, deux nouvelles gares pour le transport de marchandises ainsi que des routes périphériques pour éviter les embouteillages en traversant la ville. Ce plan sera abandonné au profit de celui dessiné par le cabinet Chauchon en 1950. L’emplacement du champs de courses est l’emplacement actuel du complexe olympique. © apur, Phnom Penh Croissance et transformation, 2009, p.19 27


Figure 7 . Norodom Sihanouk saluant la foule © Micheline Dullin, photographie prise http://3.bp.blogspot.com/-tQG7mXt5Gwc/UpjMNBLKN0I/AAAAAAAABa8/iyYOdFowllU/s1600/13.jpg

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Norodom Sihanouk et l’indépendance Norodom Sihanouk est élu roi20 en 1941 alors qu’il n’a que 19 ans. Le gouvernement français appuie sa candidature voyant en lui, selon Jean-Michel Filippi, un jeune homme désintéressé par le pouvoir, «il aime le sport, les belles voitures, chanter, danser... »21. Mais Norodom Sihanouk cache bien son jeu «Une fois de plus, une belle myopie historique était à l’œuvre. Avec une extraordinaire patience Norodom Sihanouk entretiendra l’illusion le temps nécessaire à l’avènement de circonstances plus favorables.»22 4 ans plus tard, le 11 mars 1945, le jeune roi déclare l’indépendance du Cambodge, soutenu par les japonais qui imposent un premier ministre, Son Ngoc Than. Les français parviennent à arrêter ce dernier et commencent à se méfier de Sihanouk. Celui-ci passe les 6 années suivantes à rencontrer les dirigeants français, américains, canadiens dans le but de trouver des soutiens à l’indépendance de son pays. Un de ses arguments majeurs auprès du président français Vincent Auriol, est que grâce à l’indépendance, le Cambodge pourrait être préservé du communisme. En effet, au Vietnam, la première guerre d’Indochine a commencé.

20. Au Cambodge, la monarchie est élective. Un «conseil du trône» composé d’anciens membres du gouvernement et de la famille royale est chargé de désigner des candidats et d’élire le nouveau roi. 21. Jean-Michel Filippi, Norodom Sihanouk, Histoire moderne, kampotmuseum. wordpress.com, 16 décembre 2012 22. Ibid 23. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit p.5 24. François Ponchaud, op. cit. p.65 25. François Ponchaud, op. cit. p.65 26. François Ponchaud, op. cit p.72

L’indépendance du Cambodge est finalement accordée par la France le 9 novembre 1953. Norodom Sihanouk conserve sa place en tant que roi. Il abdique en mars 1955 au profit de son père, le roi Norodom Suramarit. Au Cambodge, le roi ayant un rôle très réduit, il ne peut pas prendre part aux décisions du gouvernement. Norodom Sihanouk crée alors une nouvelle organisation politique qui lui permet de prendre la tête du gouvernement : le Sangkum Reastr Niyum qui peut être traduit par “République populaire du peuple”. La même année, le Cambodge devient membre des nations unies et commence à être présent sur la scène politique internationale.23 ««Le roi est fou, mais c’est un fou génial» s’exclamera un général français au vu des prouesses de Sihanouk.»24 Norodom Sihanouk, devenu prince, était connue pour sa personnalité étonnante. Il se faisait appeler «Monseigneur Papa»25 et était très populaire. Le grand objectif de son gouvernement est de rendre le peuple khmer fier de sa culture au travers des trois devises de celui-ci : Cheat, Sassna, Reach balang (la nation, la religion, le trône royal).26 29


Figure 8 . Le boulevard Sihanouk et le monument de l’indépendance dans les années 60 © Page Facebook, Amazing Cambodia https://www.facebook.com/amazingcambo/photos/a.310217092370923/530316463694317/?type=3&theater

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A côté de son rôle de chef de l’état il a publié plusieurs textes et chansons faisant polémique, et a réalisé plusieurs films. Aujourd’hui, Norodom Sihanouk semble être un modèle politique pour l’opposant au pouvoir actuel, Sam Rainsy, «Sihanouk, de son temps était un dieu pour la majorité des Cambodgiens. Pour tous ceux qui l’ont connu, c’était un homme charismatique. Doué en tout, charmeur, très intelligent, ondoyant et divers, ce maître du verbe a fait de son mieux pour préserver l’indépendance de notre pays alors que la guerre du Vietnam l’enserrait et le menaçait. (...) J’admirais Sihanouk et son amour tenace du pays.»27

27. Sam Rainsy Le cambodge à nouveau étonnera le monde, 2018, p.81 28. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.5

L’indépendance du Cambodge s’accompagne d’une ouverture au monde et de l’apparition de nouveaux échanges qui ne sont plus limités à ceux avec la France et les autres pays francophones, comme c’était le cas pendant les dernières décennies. Le Cambodge commence à prendre part à des compétitions sportives, des conférences, des expositions internationales, etc.28 Ainsi, Phnom Penh accueille l’exposition internationale de 1955 qui a lieu autour du Wat Phnom, au nord de la ville. C’est l’occasion pour le Cambodge de mettre en avant sa culture et de plus être mélangé aux cultures laotienne et vietnamienne comme c’était le cas au sein des expositions Indochinoises organisées à Paris29. Phnom Penh reçoit également le sixième congrès mondial du bouddhisme où sont invitées 101 délégations de 28 pays différents. Cet évènement a lieu en novembre 1961 dans le nouveau centre de Conférence Chaktomuk financé par les Etats Unis et dessiné par Vann Molyvann30. La ville de Phnom Penh s’embellit et devient un modèle pour toute l’Asie. Cette période s’interrompt brutalement en 1970 avec le coup d’état du Général Lon Nol qui soutiendra plus tard les Khmers Rouges. Cette évènement marque, comme le dit Sam Rainsy, la fin de la légèreté au Cambodge «Les Américains ont, un jour de 1970, décidé de cesser de tolérer l’indépendance de Sihanouk. Ils ont soutenu le Général Lon Nol qui l’a renversé. Ce fut le début de la destruction du Cambodge.»31

29. Ibid. 30. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.9 31. Sam Rainsy op.cit. p.81 31


(en haut) Figure 9 . Norodom Sihanouk et Vann Molyvann lors d’une cérémonie dans les années 60 © Page Facebook Amazing Cambodia, https://www.facebook.com/amazingcambo/photos/a.310217092370923/99722 9933669632/?type=3&theater (en bas) Figure 10 . Norodom Sihanouk nomme Vann Malyvann ministre de l’urbanisme en 1957 © The man who built Cambodia, Big Little Films, 2016

32


2 . Une nouvelle identité “This book is about the development of Cambodia after independence but it is also the story of a prince and an architect.” 32

Naissance du modernisme khmer Alors que la ville de Phnom Penh fête le 2500e anniversaire de la naissance de Bouddha en 1957, le prince Norodom Sihanouk commande à un jeune architecte ayant fait ses études en France la construction d’un stoupa. Ce projet marque la rencontre et le début de l’amitié entre le prince Norodom Sihanouk et l’architecte Vann Molyvann. Le prince, admiratif du travail de Vann Molyvann, le nomme ministre de l’Urbanisme et lui demande une série de bâtiments administratif et culturels. Selon Darryl Collins33, historien,

32. «Ce livre traite du développement du Cambodge après son indépendance mais il s’agit aussi de l’histoire entre un prince et un architecte» Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit.p.XX 33. interview de Darryl Collins, historien, dans le film documentaire The man who built Cambodia, Christopher Rompré, 2016 34. Jean-Michel Filippi, Traditions : le Cambodge, une histoire architecturale en boucle ? Cambodgemag, 26 juillet 2018

Vann Molyvann représente exactement la personne dont le prince a besoin à cette époque. En effet, Norodom Sihanouk, souhaite rompre avec la période du protectorat français et son architecture coloniale qui est très présente dans la ville de Phnom Penh (villas, ensembles administratifs, banques, écoles,...). La capitale a aussi besoin de nombreux nouveaux bâtiments administratifs. Norodom Sihanouk voit dans l’apparition d’une nouvelle architecture cambodgienne, le signe d’une rupture avec le colonialisme ainsi que l’affirmation de l’indépendance du Cambodge. «des formations solides à l’architecture mondiale de l’époque et une modernité repensée sur le terroir du Cambodge ; l’utilisation du pilotis en est l’exemple type.»34 . L’idée de cette nouvelle architecture khmère, comme l’explique JeanMichel Filippi est de mélanger des principes de l’architecture traditionnelle cambodgienne à ceux du mouvement moderne. Norodom Sihanouk entame une série de grands travaux et de développement des infrastructures. Il utilise l’architecture comme moyen de développement pour son pays. Cette période, qui s’étend jusqu’au coup d’état du Général Lon Nol en 1970, appelée l’âge d’or du Cambodge par les historiens, représente un moment particulier dans l’histoire politique du Cambodge mais aussi dans l’histoire de son architecture. Le résultat de cette démarche se voit principalement à Phnom Penh où des bâtiments 33


administratifs et culturels sont construits : sénat, théâtres, hall d’expositions, cinémas, conseil des ministres,... mais également sur la côte où le port et la ville de Sihanoukville sont nouvellement créés35, ainsi que la première autoroute du pays qui relie Phnom Penh et Sihanoukville. Dans leur livre, Darryl Collins et Helen Grant Ross font la liste de 1300 projets d’architecture réalisés pendant cette période du Sangkum Reastr Niyum, principalement à Phnom Penh. 36

Guerre froide En cette période de guerre froide, le Cambodge faisait partie du “troisième bloc”, celui des pays non alignés, auprès d’autres pays nouvellement indépendants tels que l’Inde, la Birmanie, le Sri Lanka ... Ainsi, le prince Sihanouk reçoit de l’aide financière de la part de plusieurs puissances internationales : pays européens, États-Unis, Chine, Russie... Tous souhaitent apporter leur aide au pays en développement. Les États-Unis ont financé le nouveau réseau routier du pays, la France finance des infrastructures comme l’aéroport ou le nouveau port de Sihanoukville, les Russes financent plusieurs bâtiments administratifs... Ce soutien international au développement du Cambodge explique pourquoi parmi la grille numérotée qui forme les rues de Phnom Penh, on trouve au même niveau que les boulevards portant les noms de la famille royale, les boulevards au nom de la confédération de la Russie, Charles de Gaulle, Mao Tse Toung, la République Tchèque... Dans un article publié en 1960, Suyin Han, écrivain et sinologue dresse la liste des constructions déjà réalisées au Cambodge «Being neutral, Cambodia gets help from everyone. The airport was french aid, the road was American; an enormous dazzling white hospital was Russian, something else was Czech : three factories were given by China, the Japanese were taking out rusty water pipes and replacing the lot with Made-inJapan plumbing; and so it went on.»37 Mais, comme nous le verrons avec le fiancement du complexe olympique, le prince Sihanouk avait un fort désir d’indépendance pour son pays et ne souhaitait pas avoir des dettes envers d’autres états.

34

35. Pendant la période Indochine française, tous les échanges maritimes se faisaient depuis le port de Hanoï au Vietnam. La côte Cambodgienne était principalement utilisée comme lieu de détente notamment avec la cité balnéaire de Kampot et son Casino où les français se rendaient les week-end. 36. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.XXIV

«La plus belle ville d’Asie du Sud-Est»

37. «En étant neutre, le Cambodge a reçu l’aide de tout le monde. L’aéroport était français, les routes américaines; un énorme hôpital blanc éblouissant était russe, quelque chose d’autre tchèque : trois usines ont été données par la Chine, les japonais sortaient les canalisations d’eau rouillées et les remplaçaient par de la plomberie made in Japan et ainsi de suite.» Suyin Han, The laughing Cambodians, Eastern Horizon, n°1, July 1960, p.24 cité dans l’article de Roger Nelson, Locating the domestic in Vann Molyvann’s National Sports Complex,

Bien que le nouveau gouvernement cambodgien souhaite

ABE Journal n°11, 2017


affirmer l’indépendance du Cambodge, l’héritage urbain et architectural de la période coloniale est conservé. Les tracés des grandes avenues plantées sont entretenus et embellis. Un guide botanique de l’époque souligne l’organisation harmonieuse des plantes et ajoute : «This vegetation that suits the city well certainly contributes to the idea that Phnom Penh is the most beautiful city of Southeast Asia.»38 La ville acquiert alors un statut de «ville branchée» que les autres nations nouvellement indépendantes veulent imiter.39 Comme le précise Jean-Michel Filippi, il s’agit du seul pays asiatique à avoir autant marqué son indépendance par son architecture. «Sihanouk transformera le Cambodge en un immense chantier et on peut toujours aujourd’hui contempler les bâtiments de la nouvelle architecture cambodgienne à Phnom Penh et dans les capitales provinciales, ce qui vient nous rappeler à point que de tous les pays d’Asie du Sud-Est, le Cambodge a été le seul à concevoir une modernité architecturale empreinte d’une fonctionnalité remarquable.»40

Les architectes et les projets

38. «Cette végétation qui convient très bien à la ville, contribue certainement à l’idée que Phnom Penh est la plus belle ville d’Asie du SudEst.» Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.7 39. Ibid. 40. Jean-Michel Filippi, Norodom Sihanouk, Histoire moderne kampotmuseum. wordpress.com, 16 décembre 2012 https://kampotmuseum. wordpress.com/category/ histoire-moderne/ 41. Norodom Sihamoni, préface, Helen Grant Ross & Darryl Collins, New Khmer Architecture 1953-1970, Key Publisher, 2004

Vann Molyvann, par sa position auprès de Norodom Sihanouk et par ses travaux réalisés, est aujourd’hui vu comme le chef de file du mouvement d’architecture moderne khmère. Mais il n’était pas seul et était entouré d’autres architectes qui comme lui avaient fait une partie de leurs études à l’étranger, souvent en Europe et parfois aux États-Unis. On peut citer comme exemple Lu Ban Hap, Sahachivins Ing Kieth, Henri Chatel, Keat Chhon, Mam Sophana,... «C’est en développant la formation d’architectes, d’urbanistes, de paysagistes et d’ingénieurs de haut niveau au sein des universités du Sangkum et en confiant aux meilleurs d’entre eux les grands chantiers nationaux qu’ll lui a donné les moyens de se perpétuer. En leur communiquant Sa vision d’un Cambodge dynamique et ambitieux, se projetant hardiment dans l’avenir en s’appuyant sur ses propres forces, iI a permis à cette ville aujourd’hui encore, de pouvoir épouser son temps.»41 Comme l’écrit Norodom Sihamoni, c’est bien son père, Norodom Sihanouk qui a su créer un groupe porté comme lui, par l’envie de reconstruire une nation.

35


Figure 11 . Le théâtre Chaktomuk en 2017 © Shinkenchiku-sha, 2017 Vann Molyvann, 1926-2017, a+u n°567, décembre 2017, p.30 36


42. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.14-15

Chaktomuk Conference Hall - 1961 Architecte : Vann Molyvann Coût : 1.5 million de dollars Il s’agit d’une salle de conférence et de théâtre commandée par le gouvernement et financée par les américains. L’ensemble est construit sur une parcelle triangulaire coincé entre le Bassac et le boulevard Preah Sisowath. On y trouve certains éléments typiques de l’architecture khmère : un espaces vide sous le bâtiment, celui-ci étant supportés par des pilotis, ainsi que des toits en pente qui évitent aux eaux de pluies de stagner. La structure est en béton, suspendues par des poutres qui donnent l’impression que le bâtiment flotte au-dessus du sol.42

Figure 12 . Le théâtre Chaktomuk vu depuis le boulevard Preah Sisowath © Shinkenchiku-sha, 2017 Vann Molyvann, 1926-2017, a+u n°567, décembre 2017, p.32 37


(de gauche à droite, en commençant par le haut) Figure 13 . Théâtre National Preah Suramarit © Charles Meyer, Vann Molyvann, 1926-2017, a+u n°567, décembre 2017, p.60 Figure 14 . Intérieur du Théâtre National © Lisa Ros, Vann Molyvann, 1926-2017, a+u n°567, décembre 2017, p.60 Figure 15 . Grey Building © Nobuo Goto, Vann Molyvann, 1926-2017, a+u n°567, décembre 2017 p.58 Figure 16 . White Building © Anonyme, http://www.khmer440.com/chat_forum/viewtopic.php?t=42481 38


Front du Bassac - 1960 - 1968 Urbanistes : Gérald Hanning & Robert Hansberger Architectes ayant participé au projet : Vann Molyvann, Vladimir Bodiansky, Gyoji Banshoya, Nobua Goto, Lu Ban Hap, Henri Chatel Ce projet urbain s’étend sur une surface de 80 hectares. L’objectif est de créer un nouveau quartier avec des lieux d’exposition, un hôtel , un office de tourisme, un grand théâtre, une école de travaux publics et une école d’arts, des logements et un complexe de sports nautiques (qui aurait du servir pour les Jeux d’Asie du Sud-Est). Finalement, seulement une partie des logements seront construits ainsi que le hall d’exposition et le théâtre.43 Théâtre National Preah Suramarit- 1967 Architecte: Vann Molyvann Pour ce théâtre, Vann Molyvann s’inspire du travail de Frank Lloyd Wright sur le module triangulaire. Il donne au toit une forme pyramidale qui fait référence à la culture khmère. Comme pour le centre de conférence Chaktomuk, il a aussi utilisé le système du modulor de Le Corbusier pour définir les proportions de l’ensemble. Malheureusement, le théâtre a été très abîmé en 1994 par un incendie et il a finalement été démoli en 2008. 44 Grey Building - 1963 Architecte: Vann Molyvann L’ensemble se divise en deux barres de logements de 258 et 120m de long. Ces logement devaient initialement accueillir les athlètes lors des Jeux d’Asie du Sud-Est de 1963. Les appartements ont finalement été vendus à des fonctionnaires du gouvernement cambodgiens. Dans les années 1990, l’immeuble est vendu à un promoteur qui en fait un ensemble de bureaux et modifie énormément le design de Vann Molyvann.45

43. Masaaki Iwamoto, a+u, n°567, décembre 2012, p.52 44.Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.26-27 45. Masaaki Iwamoto, op.cit.p.58-59 46. whitebuilding.org

White Building - 1963 Architectes: Lu Ban Hap et Vladimir Bodiansky Il s’agissait d’un ensemble de 468 logements sociaux, le premier de la capitale cambodgienne. En 1979, quand la ville est réhabitée, une communauté composée majoritairement d’artistes et de musiciens s’installe dans le White Building. On estime que 2500 personnes y vivaient. Mais le bâtiment a été peu entretenu et se dégrade de plus en plus. Malgré les demandes d’associations et des habitants de le conserver, il est finalement démoli au printemps 2018.46 39


École des Travaux Publics

White Building

Logements pour la Banque Nationale

0

1Om

2Om

Théâtre National Preah Suramarit

Grey Building

Hall d’exposition Sangkum Reastr Niyum

5Om

Figure 17 . Plan urbain du front du Bassac lors de sa conception en 1962 © Vann Molyvann Project, 2015 http://www.vannmolyvannproject.org/archive#/new-page-2/

(page de droite) Figure 18 . Le front du Bassac à la fin des années 60 © Charles Meyer, Vann Molyvann, 1926-2017, a+u n°567, décembre 2017, p.53 40


41


Figure 19 . Vann Molyvann au Cambodge dans les années 60 © a+u n°567, p.4 (source : Archives Nationales du Cambodge)

42


3 . Vann Molyvann,

leader du modernisme khmer

Formation Vann Molyvann est né en 1926 dans la ville de Ream, située au sud du Cambodge dans la province de Kampot.47 Il commence des études de droit en 1945 à l’École Royale d’Administration de Phnom Penh. Cela lui permet d’obtenir une bourse royale pour continuer ses études en France, à la Sorbonne. En effet, durant la période du protectorat français et plus particulièrement après 1945, le gouvernement français envoyait les meilleurs étudiants poursuivre leurs études en France. La seule université d’Indochine se trouvait à Hanoï. Après 1945 le gouvernement craignait «une contamination idéologique auprès des nationalistes vietnamiens».48

47. Masaaki Iwamoto op.cit. p.5 48. François Ponchaud, op.cit. 49. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.202 50. «Le Corbusier était un sculpteur, Frank Lloyd Wright, un architecte.» Vann Molyvann, Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.202 50. «Il était à la fois un sculpteur, un structuraliste et un humaniste .» Vann Molyvann, Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.202 52. The man who build Cambodia, Documentaire, Phnom Penh, Little Big Films 2016, 37min 53. ibid

A son arrivée à Paris en 1946, Vann Molyvann se découvre une forte attirance pour l’architecture. Il rejoint alors l’école des Beaux-Arts en 1948 au sein de l’atelier de Georges Gromort et Louis Arretche.49 C’est dans ce même atelier qu’ont été formés Xavier Arsène-Henri, Henri Gaudin, Jean Castex, Pierre Riboulet, Philippe Panerai,... Vann Molyvann regarde et apprend l’architecture moderne par le travail d’architectes de l’époque tels que Frank Lloyd Wright, Paul Rudolph, Le Corbusier... «Le Corbusier was a sculptor. Frank Lloyd Wright was an architect.»50 Il est particulièrement impressionné par le travail de Paul Rudolph et son utilisation du béton brut. «He was a sculptor, a structuralist and a humanist at the same time»51 Pour Vann Molyvann, Paul Rudolph est une synthèse des idées modernes de Le Corbusier et du travail plus organique de Frank Lloyd Wright associé au travail de design de Louis Kahn. Plus tard, il s’inspirera énormément du travail de Le Corbusier et notamment du système de proportion du modulor pour des plans de logements.52 Entre 1950 et 1952 Vann Molyvann suit également des cours à l’École du Louvre sur l’art Khmer. «Je cherchais à comprendre l’origine des cambodgiens. Les cambodgiens ont dans leur culture une connaissance très mystique très religieuse du monde»53 En 1955, il reçoit le titre d’architecte diplômé par le gouvernement 43


(DPLG) et revient au Cambodge en 1956.

L’architecte du prince A son retour, le Cambodge est indépendant depuis seulement 3 ans et personne ne sait quoi faire d’un architecte. «J’étais marié et j’avais deux enfants avec moi. Tout ce temps-là je n’avais pas de travail, personne ne voulait de moi, on ne savait pas ce que c’était que le métier d’architecte. Est-ce que c’est un dessinateur ? On ne sait pas.»54 Il cherche du travail pendant un an et songe à revenir en France ou à travailler dans un autre domaine quand il reçoit sa première commande : un stoupa à la demande du gouvernement.55 Ce projet marque la rencontre entre Vann Molyvann et le prince Norodom Sihanouk. Celui-ci voit en Vann Molyvann son nouveau Ministre de l’Urbanisme. L’amitié forte qui a lié les deux hommes tout au long de leurs carrières respectives leurs permet de travailler ensemble au développement de la capitale cambodgienne.56 Cette année-là, en 1957, la période la plus productive de Vann Molyvann commence. Vann Molyann dessine plusieurs bâtiments pour l’administration et la culture ainsi que des ensembles de logements dont les plus connus sont le théâtre national chaktomuk, le complexe olympique, le teacher building, le plan urbain du front du bassac, le conseil des ministres... La plupart de ces projets sont construits à Phnom Penh mais certains sont aussi réalisés dans la nouvelle ville de Sihanoukville. Vann Molyvann crée au cours de ses projets le nouveau style d’architecture khmère, mêlant des concepts issus de l’architecture traditionnelle khmère à ceux de l’architecture moderne telle qu’il l’a apprise à Paris. Il reconnaît lui-même s’inspirer de certains principes développés par Le Corbusier qu’il mélange à ceux de la culture khmère. «Pourquoi j’ai choisi Le Corbusier ? Parce que Le Corbusier crée ses unités d’habitation sur pilotis. Les maisons sur pilotis existaient déjà au Cambodge du temps de la préhistoire. Quand on a fait des fouilles, on trouvait que toutes nos maisons étaient sur pilotis. Ça a existé en germe chez Le Corbusier ce que je fais donc comme architecture écologique. Je ne fais donc qu’adapter son vocabulaire à l’architecture Khmère»57 Après avoir été ministre de l’Urbanisme, Vann Molyvann est 44

54. Vann Molyvann in The man who built Cambodia, Documentaire, Phnom Penh, littleBIG Films 2016, 6’’45 55. Vann Molyvann in The man who build Cambodia, Documentaire, Phnom Penh, Little Big Films 2016, 6’’55 56. ibid. 57. Vann Molyvann in The man who built Cambodia, Documentaire, Phnom Penh, littleBIG Films 2016, 5’’30


nommé ministre de l’Éducation en 1967. Il revoit l’enseignement des arts et de l’architecture au Cambodge et crée la première école des Beaux-Arts et d’architecture cambodgienne.58

Fuite et retour En 1971, Vann Molyvann fuit le Cambodge suite au coup d’État du général Lon Nol et s’installe avec sa famille en Suisse. Il devient alors enseignant à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Entre 1979 et 1991 il travaille pour les Nations Unies au sein du programme ONU-Habitat. Il dessine et encadre la construction de projets de logements pour les plus démunis, notamment à Nairobi au Kenya puis au Burundi.59

58. Massaaki Iwamoto, op.cit.p.5 59. ibid. 60. Delphine Vann, in The man who built Cambodia, Documentaire, Phnom Penh, littleBIG Films 2016, 19’’53 61. Masaaki Iwamoto, op.cit.p.5

Vann Molyvann rentre au Cambodge en 1993. Pour la deuxième fois de sa vie, il revient pour aider son pays. «Dès qu’on a su qu’il existait un vrai Cambodge accessible, je crois qu’il y a eu un changement. Il a senti le besoin de rentrer et d’apporter un soutien, une aide pour reconstruire le pays. C’était un sentiment très fort. Et à mon sens, il ressentait peut-être une certaine culpabilité. Il a quitté le pays et la plupart de ces parents ont étés tués ici alors qu’il a réussi à sauver sa propre famille.»60 Vann Molyvann devient Ministre de la culture, des Arts, de l’aménagement du territoire, de la planification urbaine et de la construction.61 Le gouvernement lui confie alors la mission de remettre en état les temples d’Angkor, laissés à l’abandon et détériorés pendant la période Khmer Rouges. L’APSARA (Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la Région d’Angkor) est créée et Vann Molyvann en est le président. Il dirige les réflexions concernant le plan d’extension de Siem Reap dans le but de développer la ville et de permettre aux visiteurs de se rendre sur le site d’Angkor.62 En 2001, suite à différents désaccords avec le nouveau gouvernement, Vann Molyvann quitte la présidence de l’APSARA et prend alors sa retraite.63 Il meurt à l’âge de 90 ans, le 28 septembre 2017 chez lui, à Siem Reap.

62. The man who built Cambodia, Documentaire, Phnom Penh, littleBIG Films 2016, 21’’30 63. ibid. 45


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Deuxième partie

Le National Sport Complex « On peut voir là, pour les hommes de l’art cambodgien, l’origine d’une prise de conscience de leurs capacités de créateurs et de réalisateurs modernes (…) le progrès doit procéder non par simple apport technique occidentale, mais, comme ici, par la synthèse des formes et techniques modernes et des ressources d’une culture originale. » Gerald H. Hanning Complexe Olympique de Phnom Penh L’Architecture d’Aujourd’hui n°116, 1966, p.30-33

47


Figure 20 . Le complexe olympique en 1966 Le complexe devait être l’élément majeur d’un projet urbain visant à développer un nouveau quartier. On aperçoit à l’arrière plan le Beung Kak. La composition de Vann Molyvann basée sur des carrées et maintenue par les bassins qui 48


entourent les espaces sportifs se devine sur cette vue aÊrienne. Š apur, Phnom Penh, croissance et transformation, 2009, p.19

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Complexe olympique Complexe nautique Front du Bassac

Figure 21 . Emplacement prévus pour les différents espaces des Jeux d’Asie de 1963 Les Jeux d’Asie par les trois emplacements prévus sont liés à la politique de développement urbain de la ville. © Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.211

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1.

Construction

Histoire En 1961, le Cambodge obtient l’organisation des troisièmes Jeux d’Asie du Sud Est63 qui doivent avoir lieu en 1963. Le prince Norodom Sihanouk voit là une occasion pour son pays d’afficher au monde entier le retour, la puissance et la beauté de sa culture. Vann Molyvann, alors ministre de l’urbanisme reçoit la commande d’un complexe sportif aux normes olympiques ainsi que de logements qui doivent accueillir les 2000 athlètes et leurs équipes. L’ensemble du complexe olympique dessiné par Vann Molyvann se divise sur trois sites (Figure 21) : - le complexe olympique qui accueille la plupart des épreuves, - le complexe nautique qui accueille les épreuves de nage en eau libre et de voile, - un premier ensemble de logements appelé plus tard le Grey Building que Vann Molyvann intègre dans le plan urbain du front du Bassac sur lequel il travaille alors65 Les travaux du complexe sportif commencent le 25 mai 1962. Ils durent 18 mois et s’étendent sur deux périodes de mousson ce qui ne semble pas avoir ralenti l’exécution des travaux. La majorité de la structure du palais des sports et du complexe des piscines a été faite à partir d’éléments préfabriqués. Cela a permis de construire ces deux ensembles en moins de 10 mois pour ce qui est du gros œuvre.66

64. Les Jeux d’Asie du SudEst (aussi appelés jeux péninsulaires) ont étés créés en 1958 par 6 pays : la Thaïlande, la Birmanie, le Cambodge, le Vietnam, le Laos, et la Malaisie. 65. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.20 66. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.223 67. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.212 68. ibid.

L’entreprise principale en charge des travaux est la Société Française de Dragages et de Travaux Publics basée à Paris. Sur place, elle travaille en collaboration avec une entreprise locale : Khaou Chuly.67 Pour la construction des piscines, le traitement de l’eau et le système de pompage, c’est la société Dègremont, elle aussi française qui est en charge du chantier.68 Dans le livre de Helen Grant Ross et Darryl Collins, Vann Molyvan raconte que le premier bulldozer à arriver sur le terrain s’est progressivement enfoncé dans le sol qui était alors trop marécageux. Le conducteur a dû sauter hors de sa machine «comme une grenouille»69 pour éviter d’être enseveli aussi. Le bulldozer a disparu dans le sol et se trouve toujours quelque part 51


Figure 22 . Le complexe olympique en cours de construction On peut voir le terrassement en cours de réalisation, les douves prévues pour le drainage et a l’arrière plan le palais des sports en cours de construction. © Helen Grant Ross & Darryl Collins, Building Cambodia : New Khmer architecture, 2006, p.

52


sous le complexe. Pour palier à ce problème de terrain humide, le sol a été terrassé (Figure 22) puis imperméabilisé avec une couche d’argile, puis recouvert d’une couche de terre grasse incorporant le système de drainage. Les eaux de pluie provenant de la piste d’athlétisme et du terrain de sport sont collectées par des drains et évacuées dans une rigole d’eau qui se trouve entre les gradins et la piste.70 (Figure 37) En raison de la situation politique instable du Cambodge, les Jeux d’Asie du Sud-Est de 1963 n’ont finalement pas eu lieu. La ville de Jakarta en Indonésie organise à la place les premiers GANEFO71. Finalement cette annulation va permettre aux architectes, ingénieurs et entrepreneurs d’avoir le temps de finir l’aménagement et les finitions de l’ensemble du complexe olympique avant son inauguration en 1964. C’est pourquoi, le complexe olympique de Phnom Penh n’a d’olympique que le nom et les règles de dimensionnement de ses terrains, puisqu’il n’a jamais accueilli d’épreuve olympique. Parallèlement, en 1964 est inauguré le stade olympique de Tokyo dessiné par Mitsuo Katayama ainsi que le palais des sports par Kenzo Tange afin d’accueillir les Jeux Olympiques en octobre 1964 et les 8000 athlètes y participant. Il s’agissait des premiers Jeux Olympiques à avoir lieu en Asie.

Un équipe internationale 69. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.216 70. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.219 71. Games of the New Emerging Forces «Jeux des nouvelles forces émergentes». Il s’agit d’une compétition multisports qui prend exemple sur les Jeux Olympiques mais avec un enjeu politique ce qui est contraire au règlement des JO. En effet ces jeux sont réservés aux nations émergentes (issues de la décolonisation) et communistes.

Vann Molyvann, alors ministre de l’urbanisme est l’architecte en chef du projet et dirige une équipe internationale composée d’architectes, d’urbanistes, et d’ingénieurs : - Um Samuth - Gérald Hanning - Claude Duchemin - Jean-Claude Morin - Vladimir Bodiansky - Mean Kim Ly - Wladimir Kandaouroff - Keat Chhon Plusieurs de ces hommes (Bodiansky, Hanning, Kandaouroff) font partis du programme UNDP (United Nations Development Programme) et sont donc au Cambodge en tant que consultants 53


Figure 23 . L’équpe de conception autour de la maquette du complexe olympique en 1963 Norodom Sihanouk se trouve tout à droite de la photo, Vann Molyvann est derrière lui à gauche. © Helen Grant Ross & Darryl Collins, Building Cambodia : New Khmer architecture, 2004

54


pour l’ONU.

72. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.215 73. Gérald Hanning, Le complexe olympique de Phnom Penh, L’architecture d’aujourd’hui, n° 116, sept oct nov, p.30-33 74. «Mes maîtres étaient Gérald Hanning qui était un urbaniste et Vladimir Bodiansky qui était un ingénieur merveilleux.» Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.204 75. «Mon idée était de construire une tribune avec un toit comme une table se tenant sur quatre pieds. Mais je pensais que cela était impossible car la portée état très grande et aurait besoin de poteaux supplémentaires. Quand j’ai demandé à Vladimir Bodiansky, il est revenu avec une solution structurelle avec seulement quatre colonnes supportant la canopée. J’étais toujours sceptique. Vladimir Bodiansky m’a dit : «Ce projet fera la différence. Si vous faite une architecture remarquable tout le monde vous félicitera. Mais si vous faites quelque chose d’ordinaire, ce sera la fin.» Il m’a donné la force de conviction et le processus technique pour mener à bien le projet tel que je l’avais initialement conçu.» Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit.

Claude Duchemin et Jean-Claude Marin, tout en travaillant depuis Paris ont dessiné la plupart des dessins et des plans d’éxécution d’après les esquisses et les premiers détails de Vann Molyvann. Vladimir Bodiansky avait un rôle de coordinateur entre l’équipe des ingénieurs et celle des architectes et faisait des aller-retours réguliers entre Paris et Phnom Penh.72 L’ingénieur Wladimir Kandaouroff était responsable des calculs de la structure Gerald Hanning travaillait sur l’intégration urbaine du projet et son aspect écologique et paysager. Il considérait que les inondations annuelles du Mékong étaient un excellent prétexte pour travailler le relief et transformer ce terrain avec des canaux et des buttes inspirés des traditions khmères. «Cet ordre de digues et de canaux de «montagnes» (phnom) et de douves, caractéristique des établissements khmers, s’est normalement imposé pour la réalisation du nouveau complexe olympique.»73 Vann Molyvann dirige l’ensemble du projet mais dans plusieurs interviews il explique que c’est grâce à l’appui et aux idées de Valdimir Bodiansky et Gérald Hanning que le projet a été dessiné ainsi. Tout les trois travaillent donc ensemble à la tête d’une équipe internationale. «My masters were Gérald Hanning, who was a town planner, and Vladimir Bodiansky who was a wonderful engineer.»74 «My idea was to build a grandstand with a roof like a table standing on four legs. But I thought this was not possible because the span was so great and would require intermediary columns. When I asked Vladimir Bodiansky, he came up with a structural solution with only four columns supporting the canopy. I was still sceptical. Vladimir Bodiansky said to me: «This project will make or break you. If you achieve great architecture, everybody will congratulate you. But if you do something ordinary, it will be the end.» He gave me the strength of conviction and technical process to see the project through as I had initially designed it.»75

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Figure 24 . Les gradins en cours de construction On peut voir le système de structure supportant les gradins. Ceux ci était fait d’éléments préfabriqués assemblés sur place et ayant des joints réguliers afin de supporter les éventuels mouvements de la terre. © Micheline Dullin http://1.bp.blogspot.com/-G53IHiOF0so/UpjMLuusXcI/AAAAAAAABaY/ncd8PRBxKBU/s1600/06.jpg

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Financement et symbole politique Norodom Sihanouk souhaite que le complexe olympique soit un symbole national et participe à l’image de son pays. En effet, il considérait que les arts et la culture était fondamentaux pour construire une nation. Comme nous l’avons vu plus haut, les projets architecturaux construit pendant le Sangkum Reastr Niyum ont été en grande partie financés par des fonds étrangers. Pour le complexe olympique, Norodom Sihanouk souhaite que le financement soit cambodgien. De cette façon, il souhaite affirmer sa position de neutralité et de non-alignement dans la Guerre Froide et faire de ce complexe sportif un symbole de neutralité.76 Afin de réaliser cet objectif, une nouvelle taxe était nécessaire, les fonds publics n’ayant pas les moyens de financer un tel projet. Les trois produits choisis sur lesquels cette nouvelle taxe s’applique sont : l’alcool, les glaçons et les crèmes glacées. Comme le dit Roger Nelson, ce choix peut paraître étonnant «The governement’s choice of goods to tax is particularly poetic»77 Effectivement, ces trois denrées peuvent apparaître comme étant des produits luxueux mais ils s’agissait de produits considérés comme nécessaires au quotidien par la population cambodgienne du fait du climat tropical. Ainsi, le gouvernement arrive à rassembler les 30 millions de dollars nécessaires à la construction du complexe, faisant alors de ce projet le plus important de la période du Sangkum Reastr Niyum à avoir été construit sans aide financière extérieure.78

76. Roger Nelson, Locating the Domestic in Vann Molyvann’s National Sports Complex, ABE Journal n°11, 2017 77. Roger Nelson op.cit. 78. Roger Nelson op.cit. 79. Roger Nelson op.cit.

Dans son article, Locating the Domestic in Vann Molyvann’s National Sport Complex, Roger Nelson considère que cette taxe était «domestique» pas uniquement par le fait qu’elle soit prélevée au Cambodge mais aussi par le fait qu’elle a été prise dans le quotidien des gens, dans leur vie privée. Ces produits étant régulièrement consommés au Cambodge, la quasi-totalité des foyers de l’époque ont contribué au financement du complexe olympique et de fait, à la politique de neutralité.79 Comme nous le verrons dans le chapitre suivant, le Complexe Olympique devient également un symbole politique par l’usage qui en est fait. Il accueille de nombreuses fois des discours du prince Sihanouk ou des visites officielles de chefs d’états.. 57


(en haut) Figure 25 . Le stade olympique lors d’un évènement sportif dans les années 60 ©https://www.delcampe.net/en_GB/collectables/photography/photographs/anonymous-persons/cambodiacambodge-olympic-stadium-phnom-penh-vintage-old-photo-662264944.html (en bas) Figure 26 . La foule remplissant le stade lors de la visite du général De Gaulle en 1966 © Facebook, Amazing Cambodia, 58


2.

Événements

Inauguration Malgré l’annulation des Jeux d’Asie du Sud-Est de 1963, Norodom Sihanouk organise une grande cérémonie pour l’inauguration du stade Olympique national du Cambodge le 12 décembre 1964 dont Vann Molyvann se souvenait particulièrement «He had a speech prepared but he threw it away and improvised completely»78. On estime que 100 000 personnes ont assistées à l’événement qui alternait défilés, représentations sportives et feux d’artifices. «By

80. «Il avait un discours de préparé mais il l’a jeté et a totalement improvisé» Vann Molyvann in Emily Lodish & Chhay Channyda, Olympic Stadium The Cambodia Daily, 14 avril 2007 81. «Par nos réalisations et nos progrès dans tous les domaines et par la dynamique de l’unité nationale. Nous avons certainement montré au monde que nous n’étions pas une nation bâtarde dépourvue d’intelligence, de courage et d’énergie - comme les ennemis de notre pays et de notre peuple l’ont souvent prétendue. En dépit des critiques et des calomnies de certains de nos voisins et de leurs maîtres impérialistes, nous avons prouvés notre capacité à transformer notre ancien royaume en une nation moderne» Norodom Sihanouk, in Emily Lodish & Chhay Channyda, Olympic Stadium The Cambodia Daily, 14 avril 2007 82. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.214 83. ibid.

our achievements and progress in all fields and by the dynamics of national unity, we have certainly shown to the world that we are not a bastard nation deprived of intelligence, cour­age and energy— as the enemies of our country and people have often pretended. Despite the criticism and slander of some of our neighbours and their imperialist masters, we have proved our capacity to transform our ancient kingdom into a modern nation»81 déclarait dans son discours le prince Sihanouk en référence à la guerre d’Indochine et à la prise de position des États-Unis. Le prince était alors appelé le «père des sports nationaux». Cela en raison de sa volonté d’organiser les Jeux d’Asie au Cambodge et à sa politique orientée vers le sport. En effet, on compte 40 stades construits en province et plusieurs centaines de terrains de football et de basketball installés pendant le Sangkum Reastr Niyum.82 Ce surnom se justifiait également par sa présence constante auprès de l’équipe de conception du complexe olympique. Pour montrer l’exemple, Norodom Sihanouk alla même jusqu’à créer sa propre équipe de football et de basket qui joua contre une équipe formée par le corps diplomatique, des militaires français, et des missionnaires américains. 83

Un forum sportif et politique Le nouveau complexe devient rapidement un lieu de représentations sportives important mais aussi un lieu de représentation politiques et de rencontres. Plusieurs grands discours y ont eu lieux pendant la période du Sangkum Reastr Niyum mais aussi plus tard, pendant le régime Khmer Rouge. 59


Figure 27 .Le stade lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Nationaux en 2018 Il s’agissait de la deuxième édition des Jeux Nationaux du Cambodge qui s’est déroulée entre le 25 mai et le 4 juin 2018. Cette compétition sportive a accueillie 2700 athlètes cambodgiens représentants les 15 provinces du Cambdoge. Un autre édition des Jeux Nationaux va avoir lieu en 2020 dans le but de préparer les athlètes pour les Jeux d’Asie de 2023. © https://cambodgemag.com/2018/05/sports-phnom-penh-ceremonie-douverture-des-jeux-nationaux-2018.html

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Phnom Penh reçoit en 1966 les premiers GANEFO d’Asie, les «1er Jeux des Nouvelles Forces Émergentes asiatiques» où sont invités uniquement des pays asiatiques ainsi que la Guinée. C’est aussi en 1966, dans le stade olympique, que le Général De Gaulle (Figure 26) prononce le célèbre discours de Phnom Penh afin de contester l’intervention militaire américaine au Vietnam. Avec ce discours il montre également son admiration envers le nouveau gouvernement Cambodgien et sa ténacité à moderniser et à développer son pays : «La devise «Le Cambodge s’aide luimême», que Votre gouvernement a inscrite sur tous les chantiers, est, pour le peuple khmer, un motif de juste fierté et, pour d’autres, un encourageant exemple.» 84 Ce discours a marqué les esprits et les hommes politiques cambodgiens d’aujourd’hui comme Sam Rainsy s’en souvienne encore : “Il était tout neuf le 1er septembre 1966, lorsqu’il fut le cadre d’un des grands discours que prononça le Général de Gaulle. Sur le ton prophétique dont lui seul était capable, De Gaulle s’adressait aux Cambodgiens, aux Vietnamiens, aux dirigeants des États-Unis. Les américains n’en tinrent aucun compte, pour leur grand malheur et pour le malheur de toute l’Asie du Sud-Est.” 85

84. Discours de Phnom Penh, Charles De Gaulle, 1er septembre 1966 wikisource. org

En 1968 ont lieu les Cambodian Games, une compétition sportive rassemblant plusieurs sports avec des athlètes cambodgiens. La même année a lieu le festival «The khmer nation will never die» qui célèbre les 15 ans de l’ indépendance du Cambodge. Ces célébrations mettant en avant la culture du pays sont organisées par Vann Molyvann qui est alors ministre de l’Éducation et des Beaux-arts. Jusqu’à aujourd’hui le complexe olympique est régulièrement utilisé pour divers tournois sportifs (football, basket, taekwondo,..) ainsi que des évènements politiques. Parmi les exemples les plus récents, on peut citer les 2nd Cambodian National Sport Games qui ont eu lieux en mai 2018.86 (Figure 27)

85. Sam Rainsy, op.cit. p.95 86. Anonyme, Sport - Phnom Penh : Cérémonie d’ouverture des Jeux Nationaux 2018, Cambodgemag, 28 mais 2018 ht t p s : / /c a m b o d g e m a g . com/2018/05/sports-phnompenh-ceremonie-douverturedes-jeux-nationaux-2018.html 61


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10 Boulevard Preah Sisowath 0

25m

100m

1 Piste d’athlétisme

5 Bassin de plongeon

8 Palais des sports

2 Terrain de football

6 Tribune pour les piscines

9 Esplanade d’entrée

3 Tribune du stade principal

7 Terrains de tennis

10 Bassins

4 Piscine olympique Figure 28 . Plan du complexe olympique en 1964 On peut voir en plan la composition de Vann Molyvann avec les bassins entourant les espaces sportifs et mettant la ville à distance. Le stade olympique se trouve au centre de la composition et les différents équipements sembles tous se rattacher à lui. Un seul élément semble désobéir à la composition générale : le terrain couvert situé en bas à gauche sur le plan et que l’on voit sur la photo (Figure 20) redessiné à partir du plan de Vann Molyvann project (vannmolyvannproject.org) 62


3 . Une conception angkorienne Composition générale Le stade olympique est construit sur le site de l’ancien hippodrome datant de l’occupation française.85 Ce site est un thalweg, ce qui oblige les architectes et les ingénieurs à prendre en compte la question de l’eau dans la conception du projet.86 Le complexe sportif s’étend sur une parcelle d’une superficie totale de 41 hectares bordée par le boulevard Charles de Gaulle à l’ouest, le boulevard Preah Sihanouk au sud et la rue Oknha Tep Phan au nord. On peut diviser le complexe en trois espaces principaux: 1. le stade principal entouré de gradins, accueillant les sports d’athlétisme, 2. le palais des sports accueillant les sports de salle 3. l’espace des piscines accueillant les sports de natation. Autour de ces espaces, on trouve 8 courts de tennis : 4 de part et d’autres des piscines ainsi que 16 terrains de volley, badminton et basket au sud du stade principal.

85. Apur (dir.) Phnom Penh, croissance et transformation, Paris, APUR, 2009, p.19 86. Vann Molyvann, Complexe Olympique de Phnom Penh, Cambodge, L’Architecture d’Aujourd’hui n°116, sept oct nov 1964, p.30-33

Ces trois éléments majeurs ont leurs propres caractéristiques et créent une séquence dont l’élément principal posé au centre est le stade olympique. Celui-ci est mis en valeur par des effets de composition. En effet, l’organisation des cheminements piétons et des différents autres éléments du complexe créent une centralité s’articulant autour du stade olympique. L’emprise du stade et de ses gradins est contenue à l’ouest par le palais des sports et à l’est par l’espace des piscines. Ainsi ces trois éléments se trouvent alignés sur un même axe est-ouest. Ils sont également visibles de l’un à l’autre et sont en relation permanente par leur toits : le toit des gradins de l’espace piscines chevauchent l’esplanade située en haut des gradins du stade central, une partie des gradins du stade central se trouvent accolée au palais des sports. Cet axe sur lequel ces trois éléments se trouvent alignés est également un axe de symétrie qui divise en deux la parcelle. Ainsi, on peut remarquer que l’espace des terrains de basket et de volley 63


ouest

est

Figure 29 . L’axe principal

palais des sports

piscines

stade olympique

Figure 30 . Les trois espaces majeurs

Figure 31 . Les bassins 64


Figure 32 . Axes est-ouest

Figure 33 . Axes nord-sud

Figure 34 . Circulation 65


Figure 35 . Coupe schématique de Vann Molyvann lors de la conception du complexe olympique © a+u, n°567, décembre 2017, p.66-67

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situés au sud et bordés par un chemin piéton, se trouve être symétriques par rapport au bassin situé au nord de la parcelle, lui aussi bordé par un chemin piéton. Ces différents éléments sont de plus organisés dans une composition rectangulaire qui est définie par le tracé des bassins. (Figures 29 à 34) Les bassins quand à eux, en plus de leur rôle technique, encadrent et maintiennent cette composition. Ils se trouvent en bord de parcelle et créent ainsi une distance entre la rue, le reste du quartier et le complexe sportif. De plus, la présence d’eau peut créer des jeux de miroirs et de lumière qui reflètent et mettent en valeur l’architecture de Vann Molyvann.

Une conception angkorienne Orientation et topographie Tout d’abord, on remarque que comme pour le temple d’Angkor Wat, l’entrée principale du stade olympique se fait côté ouest. Angkor Wat est orienté ainsi, pour faire face à Vishnou, le protecteur de l’univers selon la religion hindoue. Il peut aussi s’agir aussi de la direction qui symbolise la fin du jour et donc la mort. C’est l’un des seuls temples au Cambodge à avoir cette orientation du fait qu’il a d’abord été hindouiste avant de devenir bouddhiste.87 Angkor Wat se veut être une représentation du monde selon la religion hindou. Dans celle-ci, le mont Meru représente le centre du monde et pour le symboliser les temples sont placés en hauteur comme c’est le cas ici.88

87. Nick Ray & Greg Bloom, op.cit p .134 88. ibid.

Dans la coupe du complexe olympique imaginé par Vann Molyvann on peut voir cette évocation de la topographie d’Angkor. Le mont se trouve entre la piste centrale est les gradins ces piscines. A son sommet l’architecte a disposé les portes drapeaux et le support de la flamme olympique. L’eau, quand à elle est présente sur tout le site sous forme de bassins qui entourent là aussi les éléments d’architecture. La référence à Angkor Wat est peut-être plus marquante autour du palais des sports où on peut réellement parler de douves qui l’entourent et que l’on traverse à l’aide de passerelles. 67


Figure 36 . Les carrés présents dans la composition de Vann Molyvann Comme sur le site d’Angkor Thom, les bassins peuvent également être divisés en carrés.

Figure 37 .La présence du carré dans le plan d’Angkor Thom On peut remarquer la présence d’eau sur l’ensemble du site, que ce soit autour des temples ou dans les canaux se déversant dans de grands bassins. La forme carré est également très présente en plan. © illustration de Raphaël Seyfried, 2017, http://travelroll.fr/ 68


L’eau entourant le monde L’eau et les fossés représentent les océans infinis qui entourent le mont Meru dans la représentation du monde hindou. Ces deux éléments sont donc très présents dans l’architecture et l’environnement des temples.89 Sur l’ensemble du complexe olympique, on trouve un système de bassins et de canaux qui permettent de récupérer, d’évacuer et de maintenir les eaux de pluies. L’eau présente sur le palais des sports est évacuée par des gouttières cachées à l’intérieur des poteaux qui se déversent ensuite dans le système de canaux. (Figure 38) Ainsi, en plus de leur signification symbolique, ces canaux d’eau sont des solutions aux problématiques liées au climat et au confort des bâtiments en apportant de la fraicheur. Aujourd’hui, ce système de bassins et de canaux retenant l’eau a été condamné à la suite de travaux de restauration sur le site. Cela amplifie les problèmes d’inondation dans le quartier autour du stade. Le système des gouttières et de douves du palais des sports est lui, toujours existant.

89. ibid. 90. Masaaki Iwamoto, On the rigid compositional disciplines, a+u n°567, décembre 2017, p.90-95

Le carré comme outil de conception Vann Molyvann s’est inspiré de la composition des plans à partir de carrés des temples d’Angkor. (Figure 37) En effet, on retrouve la forme carré dans plusieurs éléments composant le plan du complexe olympique : - le bassin de plongeon - les trois toits couvrants l’espace des spectateurs côté piscine - le toit du palais des sports (73,20x73,20m, dessiné à partir du modulor) - l’espace entourant le palais des sports - la piste olympique et l’ensemble des piscines sont inscrits dans un rectangle presque carré de 320x330m A cela s’ajoute l’orientation stricte nord-sud est-ouest des différents côtés des carrés. Cette composition en carré amène avec elle la notion d’axes de symétrie. Ces principes sont également présents dans le plan d’Angkor Wat. Vann Molyvann utilise ces principes angkoriens et les transposent dans le temps.90

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(page de gauche) Figure 38 .Gouttières inclues dans les poteaux du palais des sports Ces gouttières permettent d’évacuer l’eau présente sur le toit. Lorsqu’on entre dans le palais des sports, une passerelle nous permet de passer au-dessus des douves qui entourent le palais des sports et sont visibles. © Kurt Evans, (cette page) Figure 39 . Canaux permettant l’évacuation d’eau de la piste centrale Ce canal d’eau permet, par un système de drainage, de collecter les eaux de pluie tombant sur le terrain et la piste centrale et de les évacuer vers un bassin. La rigole crée une limite supplémentaire entre les spectateurs et l’espace des sportifs. © Kurt Evans, 71


Verticalité Dans son article, Locating the Domestic in Vann Molyvann’s National Sports Complex, Roger Nelson91 établi des liens entre l’architecture de Vann Molyvann et celle des maisons traditionnelles cambodgiennes. Celles-ci sont la plupart du temps construites sur pilotis, autant pour des raisons d’hygiène, en permettant à l’air de circuler, que pour se préserver des inondations en période de pluie. A cela s’ajoute également une dimension pratique : les familles cambodgiennes ont souvent un ou plusieurs animaux qui ne doivent pas rentrer dans la maison au risque de l’abîmer ou de la salir. Les maisons traditionnelles cambodgiennes sont de plus construites en bois, il s’agit souvent des planches posées à la verticale et maintenues par une structure intérieure. Ainsi les pilotis et les planches composant le façades sont deux éléments qui visuellement peuvent être assimilés à des lignes verticales.92 Le palais des sports dessiné par Vann Molyvann est surélevé du sol. Pour y accéder on doit enjamber les douves qui l’entourent. Ces douves font partie du circuit d’écoulement de l’eau que Vann Molyvann et son équipe ont mis en place sur l’ensemble du site. Il y a donc là une dimension technique et de confort allié à une référence de l’architecture traditionnelle des maisons sur pilotis. De plus, les poteaux placés aux angles du bâtiment et au milieu de chaque côté et dont la fonction est de supporter l’ensemble de la structure rappellent le rôle des pilotis ainsi que leur inscription dans l’espace. En effet, dans ces deux cas, les poteaux comme les pilotis peuvent être résumés à une ligne verticale dans l’espace. Les façades du palais des sports sont faites de planches métalliques plates légèrement espacées afin de laisser passer la lumière et l’air. Cet ensemble dessine une continuité de lignes verticales qui se lisent sur la façade et sont visibles de loin. Ces planches métalliques peuvent être interprétées comme étant une version moderne des façades en bois traditionnelles.93 On peut voir ailleurs dans le palais des sports d’autres éléments se rapportant à des lignes verticales. Selon l’angle d’observation choisi, les escaliers, peuvent aussi faire apparaître une composition basée sur des lignes verticales.94

91. Roger Nelson, op.cit 92. ibid. 93. ibid. 94. ibid.

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La méthode de conception de Vann Molyvann Selon Masaaki Iwamoto,95 les éléments qui caractérisent le travail de Vann Molyvann et se retrouvent dans un grand nombre de ces projets sont : une structure moderniste (en béton le plus souvent), la prise en compte du climat local et des besoins, et pour finir une ornementation liée a ces deux premiers points, faisant référence à la culture khmère.

95. Masaaki Iwamoto, On the rigid compositional disciplines, a+u n°567, décembre 2017, p.90-95 96. «Il convient de rappeler que les constructeurs d’Angkor ont toujours résolu les problèmes liés à leur construction sur la base d’une discipline extrême et« classique »- au sens stylistique -. Leurs plans carrés ont été orientés selon des axes cardinaux avec des significations symboliques précises. Pendant près de mille ans, ils ont tiré un grand nombre d’applications pratiques inattendues de ces principes. Cet ordre fondamental a été exploité dans l'espace et dans le temps, les styles ultérieurs étant généralement intégrés aux mêmes compositions de base. » Vann Molyvann in Masaaki Iwamoto, On the rigid compositional disciplines, a+u n°567, décembre 2017, p.90-95

En parlant de la composition du stade en 1969, Vann Molyvann disait ceci : «It should be remembered that the builders of Angkor always resolved the problems involved in their construction on the basis of an extremely and «classical» - in the stylistic sense discipline. Their square planes were oriented according to cardinal axes with precises symbolic meanings. Over the course of nearly a thousand years, they had extracted an unexpected wealth of practical applications from these principles. This fundamental order was exploited in space and time, since subsequent styles were generally integrated into the same basic compositions.» 96 Par ces mots, Vann Molyvann justifie son inspiration prise au temple d’Angkor : la forme carré ainsi que les axes orientés selon les points cardinaux. Par ailleurs, le toit est un carré de 73,20 m de côté divisé en quatre carrés de 36,60m de côté. Ces mesures seraient inspirées du modulor imaginé par le Corbusier.

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Figure 40 . Terrain centrale vue depuis le haut des tribunes Cette photo est prise sur l’axe principal, est-ouest, en regardant vers l’ouest. On peut donc voir la façade est du palais des sports. Les gradins qui y sont dessinés étaient uniquement en béton à l’origine. Lors des travaux réalisés par l’entreprise Yuanta au début des années 2000, des sièges en plastique aux couleurs du Cambodge y ont étés ajoutés.

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4 . Organisation du complexe Le Stade Olympique Vann Molyvann a dessiné un stade qui semble ancré dans le sol et appartenir au lieu. C’est pourquoi 600 000 mètres cube de terre ont été décaissés afin de dessiner une butte dans laquelle sont implantés les gradins en béton brut entourant la piste d’athlétisme et le terrain de foot. Cette butte qui forme une couronne entourant la piste d’athlétisme, s’ouvre devant la façade est du palais des sports. Les gradins les plus hauts se trouvent à 12m au dessus du sol.98 Accès Depuis le niveau de la rue, on accède au haut des gradins par 8 escaliers en béton construits dans le remblai en terre. Un escalier monumental mène du terrain central a l’esplanade située en haut des gradins près de l’espace des piscines et où se trouve le podiums et les portes-drapeaux.98 Structure La couronne supportant les gradins a une largeur d’environ 70m de long à sa base et de 6 m au point le plus haut. L’ensemble des gradins est réalisé avec des dalles de 20cm d’épaisseur avec des joints de dilatation placés très régulièrement. La butte de terre en-dessous a été compactée et stabilisée afin d’éviter que la structure en béton qui est ancrée dedans ne glisse. Les assises en béton ont été préfabriquées et numérotées pour être placées dans un ordre précis et respecter la forme de la courbe. 99

97. Vann Molyvann, The man who built Cambodia, littleBig films, 2016 97. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. p.219 98. ibid.

Spectateurs Sur les gradins, 50 000 personnes peuvent s’asseoir et 10 000 personnes supplémentaires peuvent être debout en haut des gradins et assister aux épreuves.100 La piste a été conçue dans le respect des normes olympiques de l’époque notamment en ce qui concerne l’orientation aux vents.

99. ibid. 100. ibid. 75


Figure 41 .Façade ouest du palais des sports Il s’agit de la façade que l’on voit en empruntant l’entrée principale sur le site du complexe sportif. Au premier plan, se trouve l’esplanade publique qui met en valeur l’architecture du palais des sports. Les barrières vertes qui la coupent 76


ont été ajoutées dans les années 2010 et ne faisaient pas parties du projet originel de Vann Molyvann © Shinkenchiku-sha, 2017 Vann Molyvann, 1926-2017, a+u n°567, décembre 2017, p.32 77


(de haut en bas) Figure 42 & 43 .Maquette coupe du palais des sports Cette maquette permet de visualiser les 5 niveaux intérieurs du palais des sports qui ne sont pas lisibles sur les façades ainsi que les moyens d’accès et parcours possibles que ce soit par les rampes (façades nord et sud), les escaliers ou les passerelles. On peut également lire sur ces deux photos, les poutres «girafes» supportant les gradins. © Vann Molyvann Project, vannmolyvannproject.org 78


Le Palais des sports Landmark Vann Molyvann a pensé cet élément, sur les conseils de Hanning, comme un landmark, soit un élément architectural visible de loin. L’une des images qu’il avait en tête au moment de sa réalisation est celle du temple d’Angkor Vat qui lui aussi est rendue visible par l’espace qui l’entoure. En effet, autour du palais des sports (qui se trouve du côté ouest de la parcelle soit face à l’entrée principale) Vann Molyvann laisse de grands vides qui servent d’esplanades publiques et accueillent les visiteurs. Ces espaces mettent en valeur le palais et le rendent imposant. Cette sensation de monumentalité est renforcée par sa matérialité, en béton brut, percé de fines ouvertures. A cela s’ajoute le toit plat, de forme carré qui déborde de la structure des gradins. William Greaves, architecte et fondateur de Vann Molyvann Project le note comme un des éléments majeurs du palais de sports : “La première chose que j’ai remarquée c’était les toits suspendus géants que l’on peut apercevoir depuis la rue ou du moins que l’on pouvait apercevoir à l’époque. C’était comme si le stade invitait les citadins à venir se rafraîchir à l’ombre.” 101

101. William Greaves, Fondateur de Vann Molyvann Project. The man who built Cambodia, Little Big Films, 2016 102. Masaaki Iwamoto, op.cit. p.78 103. Anonyme, Complexe olympique de Phnom Penh, L’architecture d’Aujourd’hui, n°116, sept oct nov 1964, p.3033

Parcours d’entrée Pour accéder au stade intérieur, plusieurs parcours sont possibles. On peut ainsi monter un premier escalier large de 80m102 positionné sur la façade ouest, face à l’entrée avant d’accéder à une plateforme (niveau R+1, Figure 44) d’où partent 3 escaliers. Ceux-ci permettent d’accéder à mi-niveau des gradins côté ouest. Il est aussi possible de passer sous ces escaliers, en empruntant les passerelles qui enjambent les canaux d’eau où se déversent les eaux provenant du toit et s’écoulant dans les poteaux. (Figure 41) Il est aussi possible, depuis l’esplanade principale d’utiliser les rampes situées sur les côtés nord et sud du palais des sports pour accéder directement au niveau R+2.(Figure 42) Espace intérieur A l’intérieur, Vann Molyvann a dessiné une salle couverte qui peut accueillir 8000 spectateurs103, répartis sur les trois pans de gradins ouest, nord et sud. Le mur est est «un portique faisant fonction de mur de scène et supportant la tribune d’honneur du 79


Figure 44 . Intérieur du palais des sports «The sight of light streaming into the interior from the countless perforations and cruciform toplight has the sublimity of a cathedral» «La vue de la lumière qui pénètre à l’intérieur des nombreuses perforations associée aux formes de croix au plafond a la sublimité d’une cathédrale» Masaaki Iwamoto, op.cit. p.78

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stade olympique »104 Des matchs de basket, handball, volley, badminton peuvent avoir lieu dans cette salle. On trouve autour et sous le stade intérieur, regroupés sous le même toit, des locaux pour les associations sportives, des espaces de réception, des locaux pour les chaînes de télévision, un restaurant, des rangements et des vestiaires... Structure Le premier projet fait par l’équipe japonaise membre de UNDP prévoyait une structure métallique.105 Mais l’acier devait être importé du Japon ce qui devenait trop cher par rapport au budget. Vann Molyvann, en collaboration avec Vladimir Bodiansky, imagine alors une structure en béton. En plan, le palais des sports a la forme d’un carré d’environ 70m de côté. Le toit est supporté par seulement 4 poteaux massif, hauts de 25m, situés dans les quatre angles. Indépendante de la structure du toit, la structure constituant les murs et les gradins est «faite d’une série de poutres en « girafe » reposant en partie basse sur des poteaux et en leur milieu sur une poutre longitudinale.» 106 Ventilation et lumière Sous les gradins, la structure en béton est faite de percements permettant un éclairage et une ventilation naturels. Les espaces entre les gradins et le toit sont comblés par des persiennes en aluminium qui laissent elles-aussi circuler l’air et évacuent la chaleur.107 Ainsi, il n’a jamais été nécessaire d’ajouter un dispositif d’air conditionné à l’intérieur du palais des sports. En revanche, un éclairage artificiel existe pour que les sportifs puissent utiliser le terrain à toute heure de la journée.108 104. ibid. 105. Masaaki Iwamoto, op.cit. p.78 106. Anonyme, Complexe olympique de Phnom Penh, L’architecture d’Aujourd’hui, n°116, sept oct nov 1964, p.3033 107. Masaaki Iwamoto, op.cit. p.78 108. ibid 81


Figure 45 . Coupe Transversale © Vann Molyvann Project La coupe et la façade mettent en évidence l’axe sur lequel les trois éléments, le palais des sports, le stade central et les piscines sont alignés. On voit aussi les jeux des toits, celui du palais des sports et celui des tribunes des piscines qui viennent couvrir l’espace des tribunes centrales.

Figure 46 . Façade sud de l’ensemble du complexe © Vann Molyvann Project

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Figure 47 . Plan (R+1) du palais des sports On peut voir en gris l’eau qui circulent sous le palais des sports. On remarque également que dans le plan intérieur, comme pour le plan d’ensemble du complexe, la forme du carré est très présente. On la retrouve notamment dans le positionnement des gradins autour du terrain central, le positionnement de la structure (poteaux), les poteaux eux-mêmes, la forme des pièces, les bassins,... Les salles situées côté est se trouvent sous la tribune dirigée vers le stade olympique. Ces deux plans nous montre également qu’il n’y a pas de limite physique entre l’extérieur et l’intérieur du palais des sports. On circule d’un espace à un autre sans franchir ni porte ni grille. redessiné à partir du plan de Vann Molyvann project (vannmolyvannproject.org) 84


2

1

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2

0

5m 10m

1 Accès principal

4 Accès au terrain extérieur

2 Rampes

5 Canaux d’eau (au rez-de-chaussé)

3 Terrain central

6 Poteau supportant le toit

Figure 48 . Plan (R+4) du palais des sports redessiné à partir du plan de Vann Molyvann project (vannmolyvannproject.org) 85


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La piscine olympique Cet espace se trouve à l’est, opposé au Palais des sports par rapport à la piste centrale et à 3m au-dessous du niveau du sol de référence (niveau de la rue). Les bassins On y trouve une piscine olympique de 50x20m et un bassin avec des plongeoirs (hauts de 1, 3, 5 et 10m).109Ce même bassin peut également servir pour des matchs de water-polo. Spectateurs Entre le stade et les bassins, et au-dessus des vestiaires, une tribune de 4000 places accueille les spectateurs.110 Il est aussi possible d’observer les nageurs depuis la galerie souterraine qui entoure les bassins et permet d’accéder aux installations techniques. Situés au nord et au sud, deux bâtiments encadrent les bassins et abritent les vestiaires, un bar et des équipements de maintenance pour les bassins.111

109. Helen Grant Ross & Darryl Collins, op.cit. 110. Masaaki Iwamoto, op.cit p.86 111. ibid. 112. ibid.

Toit Les spectateurs peuvent s’asseoir sur les gradins en partie couverts par le toit composé de trois galettes de béton. Ces trois toits mesurent chacun 27m de long et reposent sur 4 colonnes de 3.5m placés au centre. Le toit central se trouve surélevé de quelques dizaines de centimètre par rapport aux deux autres. 112

Figure 49 . La piscine olympique On peut voir au premier plan le bassin de plongeon dans l’alignement du bassin olympique situé au deuxième plan. Sur la gauche on aperçoit les gradins et les trois toits les couvrant. Au fond, on trouve l’un des deux bâtiments abritant des locaux techniques et les vestiaires. © Kevin Bluseweiz, 2009 , http://www.vannmolyvannproject.org/photography-1#/stadium/ Figure 50 . Le bassin de plongeon Ici encore on trouve en arrière plan l’un des deux ensemble de locaux techniques et vestiaires tandis qu’au premier plan se trouve le bassin de plongeon et ses plongeoirs. © Kevin Bluseweiz, 2009 , http://www.vannmolyvannproject.org/photography-1#/stadium/ 87


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Troisième partie

Le complexe aujourd’hui

olympique

« Le développement d’une ville c’est très délicat. J’ai l’impression que Phnom Penh n’a pas de schéma vraiment. Ça part dans tous les sens et tout. On aurait pu développer un Phnom Penh un peu moins haut ...mais non en Asie, plus c’est haut mieux c’est ! » Rithy Panh, France Culture, Escale à Phnom Penh 2, 10 mai 2015

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Figure 51 . Vue aérienne de Phnom Penh On peut voir qu’aujourd’hui, le complexe olympique est totalement entouré par la ville, contrairement à l’époque de sa construction. Il s’agit d’une des seules parcelles aussi grande ce qui donne l’impression, en vue aérienne, que le complexe est à une autre échelle. © Google Earth, novembre 2018 91


Figure 52 . Les tribunes du terrain centrale en fin de journée On peut voir que l’esplanade en haut des tribunes est utilisé pour des cours d’aérobic en plein air. Les gradins sont également utilisés par des sportifs (joggeurs, etc) ou par des simples promeneurs qui viennent s’y asseoir. novembre 2016

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1.

Un lieu de vie menacé

Le stade comme espace public “Je me souviens d’avoir été frappé par la façon dont les gens utilisaient le bâtiment. Certains avaient installés un petit marché, d’autres allaient courir le matin. Il y avaient des gens qui dansaient ou qui faisaient de l’aérobic, qui jouaient au foot, qui flânaient. On aurait même dit qu’ils flirtaient. C’était vraiment un bâtiment vivant.” 112 Pour William Greaves, ce qui rend ce complexe sportif si important dans la ville de Phnom Penh se sont les usages que les gens en font et viennent y créer. En effet, le complexe sportif est l’un des rares espaces publics de la ville de Phnom Penh. Lors des heures d’ouvertures, (de 9h à 18h) on y trouve toujours du monde. Il est intéressant de noter que le complexe olympique possède les seuls terrains de tennis publics du pays.113 Les autres terrains sont également en bon état. Les phnompenhois viennent y faire du sport, mais pas seulement. (Figure 52 à 55)

112. William Greaves in The man who built Cambodia, Little Big Films, 2016 113. Adèle Esposito & Gabriel Fauveaud, The atomization of heritage politics in postcolonial cities : The case of Phnom Penh, Cambodia, Environment and planning C: Politics and Space, 2018 114. «Pour moi, le stade olympique au centre de Phnom Penh restera toujours un projet particulier et mon préféré dans son travail [Vann Molyvann]. Durant les dix dernières années, j’ai visité le stade de nombreuses fois, juste pour m’asseoir, observer, et m’éloigner du bruit et le désordre de la ville.» Luke Duggleby, Photographe Instagram, https://www. instagram.com/p/BZxOGiDxzA/

Autour de ces espaces sportifs on observe tout une organisation : petits marchés, vente de snacks, jus de fruits, etc... Les chemins piétons reliant les terrains entre eux et dessinés par Vann Molyvann accueille aussi les joggeurs, les enfants y jouent,... A chacune de mes visites sur le complexe olympique, j’y ai toujours trouvé des gens en train de courir autour du stade ou sur la piste centrale, de suivre des cours d’aérobic, quand d’autres se contentaient de marcher ou de rester assis et d’observer les autres. «To me the Olympic Stadium in central Phnom Penh will always be a very special place and my favorite of all his designs. Over the last decade I have visited the stadium on countless occasions, just to sit, watch and get away from the noise and mayhem of the city.»114 Luke Duggleby, un photographe anglais basé en Thaïlande a beaucoup photographié l’ensemble du complexe olympique. Comme il le décrit, le complexe olympique permet de faire une pause dans cette ville si bruyante et toujours en mouvement. La parcelle du complexe olympique semble alors être un autre univers au sein de la ville de Phnom Penh.

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Durant les trente premières années de sa vie, le complexe olympique dessiné par Vann Molyvann n’a subit aucune rénovation ni entretien particulier. Aujourd’hui on n’y trouve aucun problème de structure ni marque d’usure majeure. Tous les équipements sportifs fonctionnent très biens. Certains terrains - de basket et de volley notamment - ont étés recouverts afin d’être utilisables en toute saison.115

115. Adèle Esposito & Gabriel Fauveaud op.cit

Témoignages Les témoignages suivants ont été récoltés par l’ONG Vann Molyvann Project durant l’année 2015. Les personnes interrogées sont des usagers des différents équipements du complexe olympique de Phnom Penh «Mon nom est Rattana. J’ai 18 ans. Je vends des nouilles ici. La piscine est mon endroit préféré parce que j’aime nager. J’aime nager et j’aime regarder les autres nager aussi.»

“Mon nom est Cheria Puterot. J’ai 27 ans. Je travaille pour une entreprise. Tous les jours je viens au complexe olympique pour faire du sport. Le complexe olympique, est un endroit pour retrouver ses amis et améliorer sa santé. Mes meilleurs souvenirs viennent du terrain de basketball où je suis assis en ce moment. Tous mes amis sont là en ce moment, à ma droite, en train de jouer au basket.»

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«Mon nom est Sophy. J’ai 46 ans. Je suis chauffeur. J’ai entendu les personnes âgées dirent qu’il y avait autrefois des étangs pour garder l’eau et drainer le terrain. Comme au temple d’Angkor Vat. Je ne connais pas la technique. Mais on devrait garder le complexe olympique comme un artefact.»

“Mon nom est Hout Sivkhen. J’ai 18 ans. Je suis étudiante. Le plus souvent je passe mon temps à marcher sur le périmètre autour du stde central. La raison est que cet espace est facile à pratiquer car l’espace ici est ouvert et libre d’accès.»

“Mon nom est Shanmoly. J’ai 21 ans. Je suis étudiant et je suis aussi un entraîneur ici, au centre de badminton. Le complexe olympique est célèbre dans notre communauté asiatique. (...) L’endroit où je viens le plus est sont les terrains de badminton parce que le matin j’aime jouer au badminton avec les personnes agées. Elles viennent ici pour le plaisir et je les entraîne. Je suis leur entraîneur et je souhaite les voir transpirer pour qu’ils soient tous en bonne santé.»

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Figure 53 . Joggeurs autour du palais des sports © Luke Duggleby, 2015 http://www.uncubemagazine.com/blog/15359429?fbclid=IwAR0-dZuhv_Ol_erREt7xyRW6R1Mh4zhY43HUVCUq2e4TD UqEl8Ux0CCbeew

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Figure 54 . Cours d’aérobic © Luke Duggleby, 2015 http://www.uncubemagazine.com/blog/15359429?fbclid=IwAR0-dZuhv_Ol erREt7xyRW6R1Mh4zhY43HUVCUq2e4T DUqEl8Ux0CCbeew (page suivante) Figure 55 . Marché Plusieurs vendeurs de «street-food» se sont installés sous les auvents crées par les toits de la tribune des piscines en haut des gradins principaux. © Shinkenchiku-sha, a+u, n°567, décembre 2017

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Figure 56 . Les espaces publics dans la ville de Phnom Penh L’’étude de l’ONG Sahmakun Tang Tnaut note que la ville de Phnom Penh possède un potentiel géographique de grande qualité (auquel s’ajoute un potentiel touristique fort) avec la présence d’eau et notamment du Mékong. Ces berges étant situées à proximité du centre ville et des lieux touristiques, il serait dommage pour la ville de ne pas en profiter plus pour la création de nouveaux espaces publics. source : Sahmakun Tang Tnaut, Fact and figures Public Spaces, A report on Phnom Penh’s public spaces, #35, mai 2018

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Un manque d’espaces publics dans la ville L’ONU recommande un taux d’espaces publics, (soit l’addition des rues, des trottoirs ainsi que des parcs et des espaces piétons) de 45%116 alors que la ville de Phnom Penh n’en comporte que 17%117. Ces 17% comporte 14% de rues et de trottoirs et un peu plus de 2% d’espaces ouverts.118 Durant l’année 2018, l’ONG Sahmakun Teang Tnaut, a publié deux rapports sur la question des espaces publics à Phnom Penh. Ces rapports se basent sur des études concernant la superficie occupée par les espaces publics ainsi que les espaces réservés aux piétons associées au résultats obtenus des groupes de discussion. Ceux-ci étaient organisés par l’ONG et les habitants de Phnom Penh étaient invités à donner leur avis et leurs envies par rapport à la présence d’espaces publics dans la ville.119 La conclusion principale que Shamakun Teang Tnaut tire de cette étude est que 88% des gens interrogées souhaitent plus d’espaces publics dans la ville. Notamment à cause de la mauvaise répartition de ceuxci, qui obligent les habitants à dépenser de l’argent en moyen de transport pour s’y rendre.120 En effet, il existe une dichotomie forte dans la répartition de ces espaces dans la ville. Le centreville de Phnom Penh, en contient plus que les nouveaux quartiers périphériques. Ces espaces publiques (parcs, voies plus larges, trottoirs...) sont hérités du dessin de la ville par les différents urbanistes français entre 1863 et 1953. 116. Anonyme, Phnom Penh en souffrance d’espaces publics, Lepetitjournal Cambodge, 22 novembre 2018 (en ligne) 117. ibid. 118. ibid. 119. Sahmakun Tang Tnaut, Fact and figures Public Spaces, A report on Phnom Penh’s public spaces, #35, mai 2018 120. Sahmakun Tang Tnaut, op.cit. p.8 121. Sahmakun Tang Tnaut, op.cit. p.19 122. Sahmakun Tang Tnaut, op.cit. p.8

Enfin, au travers de cette étude, les membres de l’ONG Sahmakun Teang Tnaut rappelle que le manque d’espaces publics dans une ville peut avoir des conséquence à long terme sur la santé, notamment du fait que les habitants ont plus difficilement accès à des espaces pour faire du sport. Mais aussi du fait que ces espaces piétons sont souvent accompagnés d’arbres et de végétaux divers qui permettent de réguler les taux de CO2 dans la ville et amènent alors un air de meilleur qualité et peuvent également réduire les problèmes liés aux inondations.121 Au travers des ateliers de discussion, les habitants interrogés ont fait ressortir certains éléments que doivent inclure les espaces publics : appartenir à un terrain propriété de l’état, accessible et ouvert à tous, aménagé par des espaces pour se reposer, se 101


Figure 57 . Image publicitaire distribuée par l’entreprise Yuanta au début des années 2000 Sur cette image publicitaire, les bassins ont disparus et sont comblés par un mélange d’espaces vert et de construction neuves. Les installations sportives et les différents terrains extérieurs semblent être conservés. Yuanta a voulu accentuer l’impression de parc et d’espace public du complexe olympique par l’ajout d’espace vert d’arbres d’alignement le long des allées piétonnes. © Helen Grant Ross, archives personnelles

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promener,122 faire de l’exercice, et avoir des espaces naturels.123 Ainsi, le complexe olympique, par ses infrastructures sportives et ses espaces généreux semblent être un parfait exemple qui réunit ces différents critères dans la ville de Phnom Penh.

Privatisation de l’espace public Le complexe olympique est construit sur une parcelle appartenant à l’État, plus précisément, au ministère de la jeunesse et des sports.124 Au début des années 2000, la société taïwanaise,

123. Sahmakun Tang Tnaut, op.cit. p.15-17 124. Gabriel Fauveaud & Adèle Esposito 125. Chhay Channyda & John Maloy, Hun Sen orders investigation of olympic stadium contract, Cambodia Daily, 2 Février 2007 https://www.cambodiadaily. com/news/hun-sen-ordersinvestigation-of-olympicstadium-contract-72669/ 126. Anonyme, Phnom Penh en souffrance d’espaces publics, Lepetitjournal Cambodge, 22 novembre 2018 127. ibid. 128. ibid.

Yuanta Construction Engineering Co. s’intéresse aux terrains libres entourant le palais des sports. En échange du droit de leur exploitation, la société propose de prendre en charge l’entretien et les rénovations de l’ensemble du complexe.125 Ainsi, Yuanta fait l’acquisition de près de 5 hectares appartenant à la parcelle d’origine du complexe olympique. Ce phénomène d’espaces publics devenant privés semble très courant à Phnom Penh. La loi sur l’immobilier de 2001 autorise et rend légal ce type de spéculation. En effet, «un espace public est inaliénable tant qu’il est considéré comme une propriété publique».126Mais la loi marque une différence entre les propriétés publiques et les propriétés privées appartenant à l’État. Lorsqu’il s’agit d’une propriété privée de l’État, celui-ci est libre d’en faire ce qu’il veut. Lorsqu’un espace perd sa fonction et son usage «public» l’État a alors le droit classer ce terrain en tant que propriété privée et de le vendre.127 C’est ce qui s’est passé avec les terrains accueillant les bassins et entourant les installations sportives du complexe olympique. Dans le but de les vendre et d’en faire profiter un promoteur, le gouvernement du premier ministre Hun Sen les a classé en tant que propriété privées de l’État. Ces terrains ont ensuite pu être achetés par l’entreprise Yuanta. Selon l’ONG Sahmakun Tang Tnaut «la perte de l’usage d’intérêt public de ces terrains est opérée en l’absence de consultation publique avant qu’ils soient reclassifiés en propriété de l’Etat.»128 Les prises de décisions se font alors sans aucune consultation des habitants et sans réflexion sur le plan urbain. En mars 2018, 92 000m2 ont ainsi été classés en propriété privé de l’État.129

129. ibid. 103


Figure 58 . Phnom Penh, automne 2016

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2 . Projets urbains Extension de la ville “A l’horizon de 2050, le Cambodge aura 22 millions d’habitants. Ce peut être un pays équilibré, si nous arrivons à contenir dans une limite de 3 à 4 millions au maximum la conurbation de Phnom Penh. Ce sera l’enfer, si notre capitale devenait une ville hypertrophiée comme le sont Mumbai ou Lagos, ou congestionnée comme l’est Beijing. (...) La plus grande de nos tâches des années à venir sera l’aménagement du territoire.”130 Dans son programme politique pour le Cambodge, Sam Rainsy place comme un de ses objectifs majeurs celui de la gestion du territoire et de l’expansion des villes. Cela, en raison de la croissance continue de la population phnompenhoise depuis les années 80. En 1970, avant le coup d’état du Général Lon Nol, la population de Phnom Penh était de 760 000 habitants. Après la libération de la ville et le début de la réurbanisation, en 1981,on y comptait 329 000 habitants. 6 ans plus tard, en 1987, ce nombre est passé à 584 000.131 Au début des années 2000, seulement 15% de la population vivait en ville.132 Aujourd’hui, la population de Phnom Penh est estimée à 1.8. millions d’habitants avec un total de 16 millions de cambodgiens répartis sur le territoire.133

130. Sam Rainsy op.cit.p.127 131. Vann Molyvann, Modern Khmer Cities, Phnom Penh, Phnom Penh, Reyum Publishing, 2003 132. ibid. 133. Apur & DGRI Ville de Paris, Coopération décentralisée Paris-Phnom Penh, Rapport de Mission du 12 au 17/12/2016 publié en mai 2017 p.7 134. Apur & DGRI Ville de Paris op.cit. p.5

Depuis le début des années 90, il a été mis en place une coopération «Paris-Phnom Penh» supervisée par l’Apur (l’Atelier parisien d’urbanisme) et la Direction Générale des Relations Internationales (DGRI) de la Mairie de Paris. Ceci, dans le but d’accompagner le développement urbain de la capitale cambodgienne. Au début des années 2000, la ville connait un boom immobilier qui pousse l’état à vendre de plus en plus de terrains à des promoteurs qui veulent construire vite et rendre les terrains le plus rentable possible. Ainsi, la ville comment à s’agrandir sans être pensée de manière globale. «Ces extensions urbaines se traduisent par la construction très rapide de nouveaux quartiers, sans cohérence avec la trame urbaine. Ces quartiers sont mal connectés à la voirie et aux réseaux de drainage et d’assainissement, ce qui accroît le risque d’inondations et renforce la saturation du trafic.»134 105


En 2014, commencent les réflexions autour d’un nouveau schéma directeur à mettre en place en 2020. Celui-ci est devenu nécessaire car comme le rappelle l’Apur «plus de 30% de la population du Cambodge a moins de 14 ans. Les enfants nés dans les années 80/90 sont devenus eux-mêmes parents de jeunes enfants. Le nombre de familles croit très rapidement et avec elles la demande de logements familiaux pour toutes les couches sociales.»135 Le but est de prévoir l’expansion de la ville en avance en gérant les problèmes liés aux transports, au manque de terrains constructibles mais aussi à la gestion de l’eau et aux crues du Mékong. Jean-Claude Pomonti a remarqué au cours des années l’augmentation de la circulation et des problèmes qui y sont liés. «Phnom Penh, plus de deux millions d’habitants, est un embouteillage permanent. Comme sur les routes du royaume, personne n’y respecte les règles de la circulation. (...) Phénomène plus curieux et ennuyeux : les embarras de la circulation accompagnent l’extension territoriale de la cité. Plus la ville s’agrandit, plus nombreux sont les embouteillages.»136 Ce nouveau plan urbain se base sur celui approuvé en 2015, qui lui-même se basait sur celui qui avait été dessiné dans les années 60. Or, ce dernier avait été pensé pour une ville de 800 000 à 1 million d’habitants. Il y aujourd’hui au moins le double d’habitants à Phnom Penh. L’apur estime à plus de deux millions le nombres de personnes présentes dans la ville sans pour autant y vivre à l’année. «Il semble qu’il faille ajouter à ce chiffre de population officielle, [1.8 millions d’habitants] au moins 400 000 ouvriers, dont la très grande majorité dans l’industrie textile sont des ouvrières et une population saisonnière non recensée.»137 Pour cette raison, en 2010, le périmètre de la ville a quasiment doublé en 2010 et est passé de 400 à 678m2.138 Phnom Penh se trouve est alors aujourd’hui «un immense chantier, dans tous les districts.» 139

135. Apur & DGRI Ville de Paris op.cit.p.7 136. Jean-Claude Pomonti, op.cit. p .21 137. Apur & DGRI Ville de Paris op.cit.p.7 138. ibid. 139. ibid.

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Olympia City Au moment de sa construction en 1963, le stade olympique était l’élément majeure d’une stratégie de développement urbain de ce nouveau quartier situé à l’ouest de la ville. Suite aux problèmes politiques puis à la guerre civile ce projet a été abandonné et le quartier n’a pas été construit autant que prévu.139

139. Adèle Esposito & Gabriel Fauveaud, op.cit 140. Front Uni National pour un Cambodge Indépendant, Neutre, Pacifique Et Coopératif. Créé par Norodom Sihanouk en 1981, le pari était alors très populaire. Mais il ne possède aujourd’hui que 2 sièges sur 123 à l’Assemblée nationale 141. Cambodian’s People Party Le parti du peuple cambodgien, ex-parti communiste et ancien parti unique pendant le régime du Kampuchea. Encore aujourd’hui on trouve une antenne du parti dans tous les villages et hameau du pays. 142. Adèle Esposito & Gabriel Fauveaud, op.cit. 143. Depuis une loi de 2001, ce ministère doit donner son accord pour tout projet urbain de plus de 3000m2. Adèle Esposito & Gabriel Fauveaud, op.cit. 144. Adèle Esposito & Gabriel Fauveaud, op.cit. 145. ibid. 146. ibid. 147. «OCIC, le CPP, le MLMUPC et le MEYS semble avoir été les principaux bénéficiaires, tandis que la municipalité de Phnom Penh (MPP) était exclue et que ses membres contestait le développement du projet.» Adèle Esposito & Gabriel Fauveaud, op.cit.

Depuis 1995, le MOEYS (Ministry of education, youth and sports) est responsable de la parcelle où se trouve le stade olympique. De 1995 à 2004, le MOEYS était controlé par le parti royaliste, le FUNCINPEC140 qui est opposé au CPP,141 le parti de Hun Sen, le premier ministre cambodgien. Depuis 2004, c’est le CPP qui a pris le contrôle du MEYS. Indirectement, c’est donc Hun Sen et son parti qui prennent les décisions concernant cette parcelle. A la suite de la vente des terrains au groupe Yuanta, des discussions ont lieu pendant plusieurs années à propos du reste de la parcelle.142 Les principaux membres de ces discussions sont Chea Sophara, (gouverneur de la Municipalité de Phnom Penh de 1998 à 2003), le MLMUPC (Ministry of Land Management, Urban Planning and Construction)143 et des membres du CPP, proches de Hun Sen.144 Durant ces années, des rumeurs courent également sur une possible démolition en raison de l’argent que pourrait générer ce terrain constructible.145 Finalement, aux alentours de 2010, le promoteur OCIC (Overseas Cambodia Investement Corporation) devient propriétaire d’un terrain d’environ 4 hectares situé au nord de la parcelle du complexe olympique.146 Le dirigeant de la société OCIC, Pung Kheav Se, est un ami et conseiller économique du premier ministre Hun Sen et est l’un des promoteur les plus influents au Cambodge. Comme l’explique Adèle Esposito et Gabriel Fauveaud, la raison de ce choix de promoteur et les détails de la négociation n’ont pas étés rendus publics. «The OCIC, the CPP, the MLMUPC and the MEYS seem to have been the main beneficiaries, while the MPP was exluded and its technical advisors contested the development.»147 OCIC dessine alors sur ces 4 hectares le projet urbain d’Olympia City. Celui-ci se compose d’un centre commercial organisé autour d’une place centrale, ainsi que de 13 immeubles dont un gratte-

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Figure 59 . Olympia City depuis la rue (image de synthèse) © OCIC

Figure 60 . Vue aérienne du projet d’Olympia City (image de synthèse) © OCIC

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148. ocic.com.kh

ciel incluant des espaces de bureaux des logements, un hotel de luxe,... le tout pour un budget de 400 millions de dollars. 148 Le nouveau projet urbain empiète sur l’ensemble originel dessiné par Vann Molyvann mais se veut lié avec lui. Cela se voit notamment par le nom d’Olympia city faisant référence à la fonction du stade et en utilisant comme logo le symbole des 5 anneaux des Jeux Olympiques. Une autre référence aux Jeux peut se trouver sur les façades des nouveaux immeubles dans les couleurs utilisées pour souligner les loggias et les terrasses. On y aperçoit du jaune, du bleu, du rouge et du vert, faisant référence aux anneaux olympiques.

Figure 61. Olympia city en cours de construction octobre 2016

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Figure 62 . Nouveau stade olympique en cours de construction (image de synthèse) © OCIC

Figure 63. Vue aérienne du nouveau complexe sportif du Morodok Techo Sport Complex © OCIC

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Un nouveau complexe olympique pour les Jeux d’Asie du sud-est de 2023 En 2023, Phnom Penh va accueillir les Jeux d’Asie du SudEst (comme cela était initialement prévu en 1963). Pour cet évènement, la Chine offre au Cambodge un nouveau stade olympique symbolisant l’amitié sino-cambodgienne et pouvant accueillir 60 000 spectateurs pour un budget de 170 millions de dollars.149 Les travaux commencés durant l’été 2017 devraient s’achever courant 2020. Le projet financé par la Chine inclue le nouveau stade olympique pouvant accueillir 60 000 spectateurs mais aussi un centre commercial, un espace de restauration et un hôtel.150 Cet ensemble en cours de construction fera partie du Morodok Techo Sport Complex qui sera le nouveau site aux normes olympique du Cambodge. Celui-ci se trouve à environ 15km au nord de Phnom Penh.151

149. Anonyme, Cambodian minister visits ongoing construction site of China-funded stadium, 15 septembre 2018 http://w w w.xinhuanet. com/english/201809/15/c_137470359.htm 150. ibid. 151. ibid.

Comme Gérald Hanning le souhaitait pour le palais des sports, ce nouveau projet se voit être un nouveau «landmark» dans la ville.152 Ce nouveau stade est également mis en avant comme un symbole réunissant la tradition khmer et la modernité en utilisant des symboles comme celui du bateau dragon (qui se retrouve dans la forme du stade) utilisé lors des fêtes de l’eau, le pétale très présent sur les bas-reliefs d’Ankgor Wat (utilisé pour décorer les façades) ou encore l’eau qui entoure le stade.153 Mais ces éléments ne sont utilisés que de manière visuelle, pour décorer ou donner l’impression au visiteur que ce nouveau stade est liée à la tradition khmère. Contrairement au travail de Vann Molyvann qui utilisait des techniques propres à sa culture (ventilation, drainage, construction, ...) tout en gardant une architecture sobre. De plus, là ou Vann Molyvann créait une promenade et un parcours autours des espaces sportifs, on trouve sur ce nouveau projet une route pour les voitures qui entoure le stade.

152. vidéo publicitaire pour la construction du nouveau stade olympique par XXXX https://www.youtube.com/ embed/BuymBmrwuAc 153. ibid. 111


Figure 64. Images du film Kampuchea Death and Rebirth, Walter Heynowski et Gerhard Scheumann, 1980 Ce documentaire a été tourné au moment de la libération de Phno Penh par l’armée vietnamienne en 1979, avant que les habitants ne reviennent habiter dans la ville. Sur l’image du haut, on peut apercevoir le marché central en arrière plan. La ville vidée de ces habitants a gardé les traces de son passé par son architecture.

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3 . Symbole du passé Peur du passé Entre 1975 et 1979, pendant «3 ans 8 mois et 20 jours»,154 la ville de Phnom Penh est vidée de ces habitants. La société est réorganisée et tout le monde doit travailler aux champs, l’agriculture étant la seule richesse valable pour les Khmers rouges. ««La ville est mauvaise, car en ville, il y a de l’argent, donc de l’inégalité. En ville, vous ne cultivez pas le riz que vous mangez. Il faut que les khmers sachent qu’ils naissent du grain de riz», disaient les Khmers rouges au matin du 17 avril.»155 Le mouvement khmers rouges se compose en grande partie de jeunes hommes originaires des campagnes. «Sachant qu’ils ne pourront pas gérer la ville, ils veulent détruire, nier tout ce qui est urbain.(...) Ils veulent revenir au peuple ancien , les paysans, purs de toute influence étrangère.»156 Ils ne connaissent pas la ville, et en ont peur car ils ne sauraient pas la gérer. C’est la deuxième raison pour laquelle les villes sont vidées.

154. François op.cit. p.113

Ponchaud,

155. François op.cit. p.117

Ponchaud,

156. Augustin Berque, La ville se refait-elle ? Géographie et culture, n°65, 2008, p.94 157. Augustin Berque, op.cit. p.108 158. François op.cit. p.207

Ponchaud,

159. François op.cit. p.207

Ponchaud,

160. Kampuchea Death and Rebirth, Walter Heynowski et Gerhard Scheumann, 1980

Phnom Penh est libérée par l’armée vietnamienne le 7 janvier 1979.157 Dans les semaines et les mois qui suivent, la population est autorisée à réhabiter les logements abandonnés. Tous les documents administratifs, cadastres, plans, etc.. ont été supprimés par les Khmers Rouges. Il est donc impossible aux habitants de prouver leur adresse précédente. «La plus grande anarchie a présidé aux occupation des terrains et des maisons abandonnés.» 158 Hun Sen, premier ministre depuis 1985, décide en 1991 que toute personne vivant dans un logement à Phnom Penh depuis au moins cinq ans en devient propriétaire.159 Bien que la ville de Phnom Penh ait été abandonnée pendant presque 4 ans, elle est restée intacte, et n’a pas été bombardée ni n’a subit d’importantes dégradations. La plupart des habitations ont étés pillées, une première fois par les khmers rouges en 1975 puis par les vietnamiens lors de la libération en 1979, mais peuvent être réhabitées. Ainsi, en 1979, la ville peut «redémarrer». Comme on le voit dans le film, Kampuchea Death and Rebirth160 de Walter Heynowski et Gerhard Scheumann, une fois les réseaux d’eau 113


et d’électricité relancés, les bâtiments sont habitables. «La ville vide a agi comme un lieu de mémoire, ses structures rappelaient ce qu’était la vie à Phnom Penh avant 1975.»161 Selon Augustin Berque, c’est grâce à la structure de la ville, les tracées des rues et l’emplacement des bâtiments qui ont été conservés, que la vie à Phnom Penh a pu recommencer. Les équipement importants et les monuments comme le complexe olympique ou l’agencement des rues faisaient partie de la mémoire des phnompenhois de leur vie d’avant. «On peut dire que c’est la société qu’il fallait reconstruire, plus que la ville. On n’est pas confronté ici à des habitants réintégrant une ville reconstruite, mais à une société renaissant après être sortie tout juste de l’enfer, et s’installant dans une ville dégradée. Ce faisant, cette société meurtrie a pu petit à petit faire revivre la capitale, contribuant ainsi à relever la nation» 162 Ainsi, on peut aussi penser que la ville agit encore aujourd’hui comme étant un symbole du passé qui a d’abord été bénéfique mais pourrait aujourd’hui rappeler les périodes sombres du Cambodge. On peut alors se demander si aujourd’hui les cambodgiens ne cherchent pas à construire et à changer la ville de Phnom Penh pour effacer leur histoire et ressembler de plus en plus aux autres grandes villes asiatiques ? Rythy Panh, réalisateur de plusieurs films sur l’histoire récente du Cambodge invite à se méfier de ce mouvement d’uniformisation : «Moi je suis parti plutôt de Phnom Penh d’autrefois, Phnom Penh, petite ville calme, tout ça quoi mais bon toute l’Asie est ordonnée quoi. Mais le développement de Phnom Penh, ce que je regrette c’est pas ça, ce que j’ai l’impression c’est que je vois aussi bien à Singapour que Bangkok que Phnom Penh c’est les mêmes immeubles, c’est les mêmes repas, les mêmes cinémas tout ça. C’est ça qui me perturbe. (...) Faut faire attention parce que même pour les touristes, si on va à Bangkok on trouve pareil qu’à Phnom Penh, on trouve pareil qu’à Singapour, je vois pas de raison d’y aller»163

Politique patrimoniale limitée Entre 1993 et 1996, l’APUR recense 615 sites et complexes incluant 1962 bâtiments au Cambodge.164 A partir de ces données, un plan de conservation du patrimoine est proposé. Avec, au sein de ce recensement, une liste de 202 «priority building» qui sont utilisés 114

161. Augustin Berque, op.cit. p.108 162. Augustin Berque, op.cit. p.108 163. Rythy Panh, Escale 2, France Culture, 10 mai 2015 164. Gabriel Fauveaud Adèle Esposito op.cit.

&


comme points de références pour dessiner le nouveau plan directeur de la ville «Phnom Penh 2020». Malheureusement parmi eux, 10% sont détruits entre 1996 et 2004 puis 40% pendant les 10 années suivantes.165 Dans leur article, Gabriel Fauveaud et Adèle Esposito insiste sur le fait que le processus de vente des terrains du complexe olympique projet montre bien que ce sont les intérêts économiques et de pouvoir qui prennent le dessus sur les enjeux de patrimoine dans la ville.

Disparition du modernisme khmer

165. Gabriel Fauveaud Adèle Esposito op.cit.

&

166. Jean-Philippe Hugron, Les héraut de la cité radieuse, Le courrier de l’architecte, 14 février 2018, http:// lecourrierdelarchitecte.com/

Le complexe olympique n’est pas le seul ensemble du modernisme khmer concerné par ce manque de politique patrimoniale. Lorsque j’étais à Phnom Penh en 2016, le White Building qui faisait partie du plan urbain du front du Bassac, était encore debout, bien que dans un état critique. Plusieurs ONG et associations se battaient pour sa sauvegarde. Il a finalement été démoli durant le printemps 2018. Une entreprise japonaise a acheté le terrain et va y construire un nouvel ensemble immobilier 166

Figure 65. Le white building en 2016 © https://www.mirror.co.uk/news/world-news/inside-phnom-penhs-once-grand-7700759

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Figure 66. Superposition des plans de Angkor Wat et du complexe olympique Š Masaaki Iwamoto, mASEANa, The report of mASEANa Project 2017, 4th & 5th International Conference, modern living in Southeast Asia, 18-20 janvier 2018

116


CONCLUSION «Cambodian artist carried out innovation, and enriched his style by borrowings from arts of exterior that he transformed according to his taste.(...) When two cultures exist at the same time, they are necessarily influenced by each other.»169 Dans son essai sur la culture khmère, écrit pendant ses études à Paris en 1949, Vann Molyvann défendait l’idée que la culture khmère pouvait se moderniser en adoptant certains concepts aux cultures occidentales. Cette adoption ne devait pas entraîner la disparition de la culture khmère, il s’agissait de la revaloriser. Selon lui, la culture khmère a en elle un phénomène de syncrétisme, soit une forte capacité à absorber des concepts issus d’autres cultures.170 C’est cette idée d’un mélange, utilisée pour créer une nouvelle modernité, qui est porté par le prince Norodom Sihanouk quelques années plus tard. Comme nous l’avons vu, c’est en s’entourant d’architectes cambodgiens ayant fait leurs études en Europe et forts de ces échanges culturels que le mouvement moderne khmer est créé. C’est aussi en faisant venir des conseillers (comme les urbanistes et ingénieurs Gérald Hanning, Robert Hansberger, Vladimir Bodiansky...) pouvant apporter des solutions techniques particulières que cette nouvelle architecture moderne peut réellement prendre place. On peut alors voir dans le complexe olympique un symbole fort de la politique de développement portée par le prince Norodom Sihanouk.171 Celui-ci a été imaginé par une équipe internationale, 169. Vann Molyvann, Essay on Khmer Culture (Paris, France, 1949), a+u 170. ibid 171. Vann Molyvann Complexe Olympique de Phnom Penh, Cambodge, L’Architecture d’Aujourd’hui n°116, sept oct nov 1964, p.30-33 172. Gérald Hanning, Complexe Olympique de Phnom Penh, Cambodge, L’Architecture d’Aujourd’hui n°116, sept oct nov 1964, p.30-

et construit en béton brut en s’inspirant de l’architecture locale. Sa composition s’inspire de la forme du carré, très utilisée dans la conception des temples d’Angkor Thom. L’eau est également un élément majeur du projet, très liée à la culture cambodgienne. Le Cambodge se trouvant dans le delta du Mékong, il est sujet à des périodes de crues très intenses. Ainsi, en plus d’être un nouvel équipement sportif aux normes olympique, le complexe permet également de résoudre des problèmes d’inondations dans le quartier par la mise en place de bassins qui retiennent les eaux de pluie.172 On peut aussi voir au travers du palais des sports un projet plutôt économique puisque grâce à l’architecture de Vann Molyvann et 117


Figure 67. Olympia City en cours de construction Š https://www.facebook.com/theolympiamall/photos/a.322380048268096/324526918053409/?type=3&theater

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son système d’éclairage et de ventilation naturelle, il n’est pas nécessaire d’ajouter un système d’air conditionné ni d’éclairage artificiel dans la journée. Ces dispositifs architecturaux en font un modèle du modernisme khmer. Vann Molyvann reconnait avoir appliqué des principes de conception issus des temples d’Angkor pour dessiner ce complexe sportif. Pour le groupe de recherche maseana, cela fait du complexe olympique «le nouveau Angkor Vat». «You all know what Angkor Wat looks like, but if you see from this building, it’s nothing, but if you see inside, if you walk or venture inside, you walk into the spirit of the building, the symbolics of the building, then you will see that this is the new Angkor Wat.(...) Even if you are inside you have to pay attention or else you cannot see it. And then this is the main purpose of having the new Angkor made by concrete.»173 173. «Vous savez tous à quoi ressemble Angkor Vat, mais si vous voyez ce bâtiment de l’extérieur, vous ne verrai pas le lien, mais si vous voyez à l'intérieur, si vous marchez ou que vous vous promenez à l'intérieur, vous entrez dans l'esprit du bâtiment, la symbolique du bâtiment, vous verrez qu'il s'agit du nouvel Angkor Wat. (...) Même si vous êtes à l'intérieur, vous devez faire attention, sinon vous ne pouvez pas le voir. Et alors, c’est l’objectif principal de faire construire le nouvel Angkor en béton. » Sockly Yam, Etudiant en master d’architecture Master student, Kyung Hee University, mASEANa project, International Round Table and Colloquium, Conservation Action Priorities for 20th Century Heritage: Sharing Experience of ASEAN Countries and Japan 31 octobre - 2 novembre 2015 174. Discours de Phnom Penh, Charles De Gaulle, 1er septembre 1966 wikisource. org

Bien que le complexe n’est pas servi pour l’événement pour lequel il avait été imaginé, il est vite devenu un symbole du Sangkum Reastr Niyum. En effet, Norodom Sihanouk voulait une nation indépendante. Par son financement, le complexe olympique est l’un des symboles d’indépendance les plus forts de l’architecture moderne khmère. De Gaulle dans son discours en 1966, qu’au travers de son architecture, «Le Cambodge s’aide lui-même».174 La nouvelle taxe mise en place afin d’éviter de faire appel à une aide extérieure fait du complexe sportif un symbole d’indépendance pour le pays et le rend encore plus cambodgien que les autres architectures de la période du Sangkum Restr Niyum. L’indépendance du Cambodge se retrouve aussi dans les évènements accueillis par le complexe. Qu’il s’agisse des GANEFO, réunissant les pays non-alignés, les discours de Norodom Sihanouk ou tout autre évènement populaire. Par son architecture et son organisation, le complexe olympique est un espace ouvert sur la ville, libre d’accès et est facilement appropriable par les habitants par la générosité des espaces qui ont été pensés et les parcours piétons, qui sont plutôt rares dans le reste de ville. Il s’agit d’un des rares endroits de la ville où il est possible de prendre le temps de marcher, de s’asseoir,et d’observer. Par ailleurs, la tribune du stade centrale, faisant référence au Mont Méru, offre un point de vue particulier et 119


Figure 67 . Joueurs de badminton © Luke Duggleby, 2015 http://www.uncubemagazine.com/blog/15359429?fbclid=IwAR0-dZuhv_Ol_ erREt7xyRW6R1Mh4zhY43HUVCUq2e4TDUqEl8Ux0CCbeew

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unique sur Phnom Penh. Aujourd’hui le complexe olympique est toujours une propriété publique bien qu’il disparaisse peu à peu suite aux ventes de ces terrains par l’État et l’apparition de nouveaux projets immobiliers. Beaucoup de questions se posent quand à sa pérennité, et sa conservation dans la ville qui grandit. Pourtant, il semble toujours autant apprécié des cambodgiens. Nous avons pu remarquer grâce aux témoignages recueillis par Vann Molyvann Project que toutes les générations se rendent quotidiennement sur le site du complexe olympique. Les projets immobiliers en cours mangent petit à petit la parcelle où se trouvent les terrains de sports. De plus, la construction en dehors de la ville d’un nouveau complexe olympique voulant donner une image plus contemporaine de la ville de Phnom Penh et des Jeux d’Asie du sud-est, menace la vie et l’usage du complexe dessiné par Vann Molyvann. En effet, ce nouveau complexe olympique se revendique d’être un lien entre la modernité et la tradition khmère comme l’est le projet de 1964. Mais ce nouveau projet utilise des images de la culture khmère (l’eau, les bas-reliefs, la forme du bateau khmer...) comme simple décorations ou symbole collés sur une structure et une achitecture qui n’a rien de traditionnel khmer. «In the 1960s, Cambodia had a grand plan to build a stadium Architecturally speaking, the result was significant, but the modern buildings and urban planning didn’t introduce a modern lifestyle to the citizens of all classes.(...) The design of the National Sports Complex had a potential to be the place of the people, that’s why it is now being used by them»175 Pour Masaaki Iwamoto, c’est

175. Masaaki Iwamoto, mASEANa, The report of mASEANa Project 2017, 4th & 5th International Conference, modern living in Southeast Asia, 18-20 janvier 2018 176. Amily Lodish & Chhay Channyda , Olympic Stadium, The Cambodia Daily, 14 avril 2007

après la fin de la période Khmers rouges, alors que le mode de vie dans la ville était en train de changer que tout le potentiel de l’appropriation de cet espace a été ressenti et pratiqué par les phnompenhois. «Vann Molyvann smiled at the notion of people assembling at the complex for jogging, aerobics and swimming.“It is their own property,” he said. “It belongs to the people.”»176 Comme le dit, Vann Molyvann, le complexe olympique appartient aux habitants de Phnom Penh, il est un symbole important dans leur vie quotidienne et pourrait être revaloriser par des projets urbains afin de redevenir un symbole de fierté et d’identité nationale.

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Lexique APSARA 1. Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la Région d’Angkor. Créé en 1992, Vann Molyvann en est le premier président. 2. Est aussi le nom des nymphes associé à la fertilité dans la religion hindouiste. Elles sont très représentées sur les temples d’Angkor notamment dans les basreliefs d’Angkor Vat. Khmer Il s’agit de la langue officielle du Cambodge ce qui en fait la langue la plus parlée du pays avec 13 millions de locuteurs. C’est aussi l’ethnie la plus présente au Cambodge. On trouve également des khmers au nord de la Thaïlande (les khmers Surin) et au Vietnam (les khmers Krom Sangkum Reastr Niyum Peut se traduire par «communauté socialiste populaire», «communauté du peuple» «communauté qui aime le peuplesujet». Il s’agit de l’organisation politique qui permet au prince Norodom Sihanouk d’exercer le pouvoir entre 1953 et 1971. Stoupa Monument reliquaire ou commémoratif d’origine indienne, caractéristique du bouddhisme, dont il est l’édifice essentiel et que l’on retrouve dans le jaïnisme (religion hindoue dérivée du brahmanisme). Thalweg ligne qui relie les points les plus bas d’un cours d’eau ou d’une vallée

Vishnou Il est l’un des trois dieux de la «trinité hindoue» aux côtés de Brahma et Shiva. Vishnou est le protecteur de l’univers et est souvent représenté en homme bleu à quatre bras.

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Personnalités & auteurs cités Vladimir Bodiansky (1894-1966) voir annexe Gerald H.Hanning voir annexe Jean-Michel Filippi Professeur de langue à l’université de Phnom Penh. Il est un spécialiste de la culture khmère qu’il cherche à vulgariser au travers de son blog, de la pulication de livres et de visites guidées dans Phnom Penh. Hun Sen (né en 1951) Premier ministre du Cambodge depuis 1985. C’est un ancien officier Khmer rouge qui a rejoint les vietnamiens en 1977 et a ainsi participé à la libération de Phnom Penh en 1979. A 32 ans, en 1983, il devient le plus jeune ministres des Affaires Etrangères au monde. Il est le premier ministre du Cambodge depuis 1985. Lon Nol (1913-1985) Il est premier ministre du Cambodge en 1970 lorsqu’il fait voter la destitution de Norodom Sihanouk. Il devient ensuite président du pays avant de s’éxiler aux États-Unis en 1975. Lu Ban Hap architecte cambodgien, il fait ses études à Paris en même temps que Vann Molyvann. Sur le projet du front du bassac, c’est lui qui dessine le White Building. Norodom Sihanouk (1922-2012) il devient roi du Cambodge en 1941 à l’âge de 19 ans. Il abdique en 1955 au profit de son père et devient premier ministre et chef d’Etat. Il est chassé du pouvoir en 1970 par le coup d’État du général Lon Nol. Il redevient roi en septembre 1993 et abdique en 2004 pour laisser la place à son fils, Norodom Sihamoni, actuel roi du Cambodge.

Jean-Claude Pomonti (né en 1940) Journaliste pour le Monde, spécialiste de l’Asie du SudEst. Il est connu pour avoir critiqué les régimes vietnamiens et khmers dans les années 80. Il reçoit le prix Albert Londres en 1973. François Ponchaud (né le 8 février 1939) prêtre pour la mission catholique au Cambodge, il y vit en 1975 et vit la prise de Phnom Penh par l’armée khmère rouge. Il est l’un des premiers à parler de l’horreur des khmers rouges notamment par son livre Cambodge, année zéro, publié en 1977. Il écrit ensuite sur l’histoire du Cambodge et la culture khmère. Il a également traduit la bible en khmère. Après la libération du pays, il participe à la reconstruction de zones rurales. 124


Il vit toujours au Cambodge entre Phnom Penh et quelques villages ruraux où il continue d’apporter son aide. Il dit de lui qu’il est un khmère qui «s’est réincarné en français». Sam Rainsy (né le 10 mars 1949) Formé à Sciences Po Paris. Il a été ministre des finances au Cambodge et a perdu son poste en 1994 alors qu’il luttait contre la corruption dans son pays. Il a ensuite fondé le PSNC (Parti du Salut National Cambodgien) seul parti d’opposition présent à l’Assemblée nationale cambodgienne. Depuis 2010, Sam Rainsy vit en exil en France, suite aux menaces répétées de la part de Hun Sen portant sur sa vie et sa liberté Paul Rudolph (1918-1997) architecte, ancien élève de Walter Gropius. Il est notamment connu pour avoir réalisé le Massachusset Institute of Technology en ainsi que l’université de Yale en 1964

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Bibliographie Ouvrages Apur (dir.) Phnom Penh développement urbain et patrimoine, Paris, APUR, 1997 Apur (dir.) Phnom Penh, croissance et transformation, Paris, APUR, 2009 BERQUE Augustin La ville se refait-elle ?, Paris, L’Harmattan, 2009 GRANT ROSS Helen & COLLINS Darryl Leon Building Cambodia : New Khmer Architecture 19531970, Bangkok, The Key Publisher Company Limited, 2006 POMONTI Jean-Claude Cambodge Maîtres de la terre et de l’eau, Bruxelles, Nevicata, 2017 PONCHAUD François, Cambodge année zéro, Paris, Editions Kailash, 2001 PONCHAUD François, Brève histoire du Cambodge, Paris, Magelland & Cie, 2018 SAM Rainsy, Le Cambodge à nouveau étonnera le monde, Paris, Balland, 2018 VANN Molyvann, Modern Khmer Cities, Phnom Penh, Phnom Penh, Reyum Publishing, 2003

Articles et revues ANONYME, Cambodian minister visits ongoing construction site of China-funded stadium, Xinhuanet, 15 septembre 2018 (en ligne) ANONYME, VANN Molyvann & HANNING Gérald, Complexe Olympique de Phnom Penh, Cambodge, L’Architecture d’Aujourd’hui n°116, sept oct nov 1964, p.30-33 ANONYME, Phnom Penh en souffrance d’espaces publics, Lepetitjournal Cambodge, 22 novembre 2018 (en ligne) ANONYME, Sport - Phnom Penh : Cérémonie d’ouverture des Jeux Nationaux 2018, Cambodgemag, 28 mai 2018 (en ligne) BOURRU Thibault, Voyage au coeur de Phnom Penh, Lepetitjournal Cambodge, 22 avril 2018 (en ligne) CHANNYDA Chhay & MALOY John, Hun Sen orders investigation of olympic stadium contract, Cambodia Daily, 2 Février 2007 ESPOSITO Adèle & FAUVEAUD Gabriel, The atomization of heritage politics in post-colonial cities : The case of Phnom Penh, Cambodia, Environment and planning C: Politics and Space, 2018 FILIPPI Jean-Michel, Tradition : Cambodge, une histoire architecturale en boucle ? Cambodgemag, 26 juillet 2018 (en ligne) GOLDBLUM Charles & FRANCK Manuelle, Les villes aux marges de la métropolisation en Asie du Sud-Est, L’espace géographique tome 36, Belin, 2007 GRANT ROSS Helen, The enigma of the Independence Monument, The Phnom Penh Post, 7 novembre 2003 (en ligne) IWAMOTO Masaaki (dir.), Vann Molyvann, 1926-2017, a+u n°567, décembre 2017, 176p. LAM Gilbert & LERON Nicolas, Cambodge - Entretien avec François Ponchaud, nonfiction.fr, 23 mars 2015 (en ligne) 126


NELSON Roger, Locating the Domestic in Vann Molyvann’s National Sports Complex, ABE Journal n°11, 2017 LODISH Amily & CHHAY Channyda, Olympic Stadium, The Cambodia Daily, 14 avril 2007 (en ligne) NACHER Yves, Phnom Penh Chronique d’un désastre annoncé, D’A n°33, mars 1993, p.42-45 NGI Céline & ULISSE Sylvain, Phnom Penh : les défis d’une capitale qui grandit trop vite, Gavroche Thaïlande, 14 mars 2015 (en ligne)

Mémoires et thèses FAUVEAUD Gabriel, Produire la ville en Asie du Sud-Est. Les stratégies socio-spatiales des acteurs immobiliers à Phnom Penh, Cambodge, Géographie, Université Panthéon-Sorbonne - Paris I, 2013 CHAMBARD Sara, Phnom Penh, cité de l’eau, ENSAPVS, 2016

Publications Apur & DGRI Ville de Paris, Coopération décentralisée Paris-Phnom Penh, 2016-2018 «Appui institutionnel et accompagnement à un développement urbain maîtrisé» Rapport de mission du 12 au 15/12/2016, publié en ligne sur le site de l’apur en mai 2017 IAU-IDF (dir.) La composition urbaine Trois textes de Gérald Hanning, 1973, réédition juin 2016 mASEANa project, International Round Table and Colloquium, Conservation Action Priorities for 20th Century Heritage: Sharing Experience of ASEAN Countries and Japan 31 octobre - 2 novembre 2015 mASEANa, The report of mASEANa Project 2017, 4th & 5th International Conference, modern living in Southeast Asia, 18-20 janvier 2018 SAHMAKUN TANG TNAUT, Fact and figures Public Spaces, A report on Phnom Penh’s public spaces, #35, mai 2018

Films

Apsara (អប្សារា), Norodom Sihanouk, 1966 Bophana, une tragédie cambodgienne, Rithy Panh, 1996 Kampuchea Death and Rebirth, Heynowski Walter & Scheumann Gerhard, 1980 S21, la machine de mort khmers rouges, Rithy Panh, 2002 The man who build Cambodia, Phnom Penh, Little Big Films, 2016, 37min

Emissions de radio LIBER Catherine Phnom Penh Ville-Mondes Escale 1, France Culture, 3 mai 2015, 59min LIBER Catherine Phnom Penh Ville-Mondes Escale 2, France Culture, 10 mai 2015, 59min

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Sites web consultĂŠs apur.fr arte-charpentier.com/ cambodgemag.com cambodiadaily data.bnf.fr iau-idf.fr kampotmuseum.wordpress.com ocic.com.kh phnompenhpost terredasie.com/phnom-penh-la-perle-de-lasie/ www.vannmolyvannproject.org

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Annexes - Biographie de GĂŠrald Hanning - Biographie Vladimir Bodiansky - Dossier de presse - Phnom Penh dans les annĂŠes 60

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Ces deux biographies sont réalisées à partir des sources suivantes : - GRANT ROSS Helen & COLLINS Darryl Leon Building Cambodia : New Khmer Architecture 1953-1970, Bangkok, The Key Publisher Company Limited, 2006 - IAU-IDF (dir.) La composition urbaine Trois textes de Gérald Hanning, 1973, réédition juin 2016

Valdimir Bodiansky Valdimir Bodiansky est né en Russie en 1894. Il entre à l’Institut des Ponts et chaussées de Moscou en 1910 d’où il sort diplômé en 1914 en génie civil, spécialisé dans la construction des ponts et barrages. Pendant la première guerre mondiale, il est d’abord pilote pour l’armée de l’air de l’armée tsariste avant d’immigrer en France en 1917 et de rejoindre la Légion étrangère. Après la guerre, il continue ses études à l’école supérieure d’aéronautique et de construction mécanique de Paris dont il est diplômé en 1920. Valdimir Bodiansky part alors au Congo Belge où il travaille en tant qu’ingénieur sur des projets de chemin de fer, de mines de charbon et de nouvelles villes. A côté, il dessine et construit ses propres avions. Il revient en France en 1923 et rejoint alors l’industrie aéronautique notamment au sein des usines des frères Caudron à Issy-les-Moulineaux (1923-1925) puis en tant que directeur général des Ateliers d’aviation François Villiers à Meudon (1925-1930). Il crée ensuite son propre bureau d’études d’aviation. Vladimir Bodiansly rencontre alors l’architecte Marcel Lods, lui aussi passionné d’aviation. Durant les années 30 ils travaillent ensemble sur le projet de la cité de la Muette à Drancy ainsi que sur celui de la maison du Peuple à Clichy. En 1945 il part aux États-Unis pour le compte du gouvernement français qui organise sous la direction de Le Corbusier une mission française d’architecture et d’urbanisme dans le but de voir ce qui se construit de l’autre côté de l’Atlantique. A son retour, il s’associe avec Le Corbusier en créant l’AtBat, l’Atelier des Batisseurs. Ils travaillent ensemble sur le projet de l’unité d’habitation de Marseille construite entre 1947 et 1952. Suite à plusieurs désacords, Bodiansky et Le Corbusier se sépare en 1949. Pendant les années 50 Vladimir Bodiansky enseigne à l’école des Beaux Arts. Il aurait pu rencontrer Vann Molyvann là-bas. Parralèlement, il dessine des stations polaires pour les expéditions de Paul Emile Victor au Groenland et en Antarctique. On ne sait pas vraiment quand il arrive au Cambodge, mais en 1961 il travaille comme expert de la construction au Ministère des Travaux Publiques cambodgiens. Entre 1962 et 1963 Bodiansky travaille avec Vann Molyvann en tant qu’ingénieur sur la conception et la construction du Complexe Olympique. Pendant qu’il est au Cambodge, Vladimir Bodiansky travaille aussi à la conception du port de Sihanoukville ainsi que sur les premières idées pour l’école des professeurs ensuite redessinée par Vann Molyvann. Il semble aussi qu’il ait travaillé sur le projet originel du Chruoy Changvar et qu’il ait contribué 130


au plan urbain du «grand Phnom Penh»

Gérald Hanning Gérald Hanning est né en 1919 à Madasgascar. En 1937, alors qu’il est étudiant à l’école des Beaux Arts, il rentre dans l’atelier de Le Corbusier. Ensemble, ils créent en 1943, le groupe de recherches Ascoral sur le thème de la proportion en architecture qu’il quittera en 1947. Il fait ensuite partis du voyage d’études aux Etats-Unis avec Le Corbusier et Bodiansky. Au retour des Etats-Unis, Gérald Hanning travaille en Côte d’ivoire à la conception d’écoles et de centres de santé, puis à la Réunion comme urbaniste chargé du développement de la ville. Au début des années 50, Gérald Hanning travaille avec Vladimir Bodiansky sur des projets de logements au Maroc et en Afrique ? Il devient urbaniste en chef de la ville d’Alger en 1953 ce qui lui permet de développer ses théories sur l’intégration de la géographie et de l’environnement dans le développement urbain. Durant cette période il reste urbaniste pour la ville de Paris et est régulièrement consulté. Gérald Hanning est présent au Cambodge en tant que conseiller technique pour les Nations Unies entre 1959 et 1965. Il travaille principalement sur le Stade Olympique de Phnom Penh, et en collaboration avec Robert Hansberger sur le développement urbain de Phnom Penh et de Sihanoukville. Malheureusement ce dernier plan ne sera pas suivis, ce qui selon Vann Molyvann est vraiment dommage. C’est Hanning qui introduit Vann Molyvann au système de proportion de Le Corbusier ainsi qu’à la notion de «landmarks» dont ils se serviront pour la conception du stade Olympique de Phnom Penh. Il partage avec Vann Molyvann un intéret fort pour l’environnement et la topographie des lieux. Gérald Hanning quitte le Cambodge pour se rendre au Bangladesh où il continue à travailler pour l’ONU. Il rentre en France brièvement où il dessine la station de ski d’Isola 2000 dans les

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Le complexe olympique de Phom Penh, L’architecture d’aujourd’hui, n°116, sept oct nov 1964 p.30-33

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Phnom Penh dans les années 60 source : https://www.facebook.com/amazingcambo/

Hôtel Monorom - années 60

Palais Royal - 1952 136


Independance monument - annĂŠes 60

Independance monument - annĂŠes 60 137


Profile for Charlotte Verdier

Le complexe olympique de Phnom Penh - D’une figure du modernisme khmer à un lieu de vie menacé  

Charlotte Verdier - Mémoire de fin d'études - ENSA Paris Val-de-Seine - Février 2019

Le complexe olympique de Phnom Penh - D’une figure du modernisme khmer à un lieu de vie menacé  

Charlotte Verdier - Mémoire de fin d'études - ENSA Paris Val-de-Seine - Février 2019

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