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TransMusicales de Rennes

Le magazine du festival

Jeudi 3 dĂŠcembre 009


Armand Gonzalez sort son billet Hier, c’était notre retour aux Trans. La première fois, c’était en 1994, avec Sloy. Mine de rien, c’était émotionnellement assez balèze. Avec Virginie, on vient du Sud de la France. Les Trans, ça représente l’ouverture musicale. Il n’y a jamais rien de connu. Et c’est de pire en pire... C’est le 31e épisode et c’est toujours pareil : Jean-Louis Brossard n’a pas plié. Il dit : « J’ai les subs et je vous emmerde ». Ce qui est fort, c’est que le disque de 69 n’est pas encore sorti et pourtant on est là. Aucun jeune groupe ne pourrait prétendre jouer un jour aux Eurockéennes ou à Bourges par exemple. Mais bon, Brossard aime le disque et notre histoire le touche aussi. Quand on est arrivé du Sud, dans notre camion, en 1991, et qu’on se disait qu’il y avait tout à découvrir ici à Rennes… Après, il faut se dire qu’aux Trans, tu ne joues pas que pour le public, tu joues pour les pros. C’est souvent le départ d’une certaine diffusion. Bon, hier soir, notre premier concert à L’Aire

Libre, c’était galère. J’ai senti ça d’entrée de jeu. Il aurait fallu que je l’appréhende autrement. Je gueulais dans mon micro et j’avais parfois le sentiment d’être ridicule. J’étais comme dans un jeu vidéo. Je n’étais pas dans le bon tableau. Tu sens que tu te cognes contre le mur et que ça ne sert à rien, tu ne passeras pas le niveau. Ce n’était peut-être pas la salle adéquate pour notre musique… Mais on m’a dit que le vendredi et le samedi, c’est plus fun généralement. En tout cas, on est content de défendre un nouveau projet. On aime trop la musique. On aime autant écouter de la musique que d’en faire. Sloy, c’est loin déjà. Revenir à un nouveau projet, ça ne nous fait pas peur. Avec Virginie, on se connaît depuis l’âge de 11 ans. On a tout connu, on s’est fait ensemble. De toute façon, quel risque on a ? Bon, par contre, je sais qu’en disant ça, Virginie va me refuser l’amour pendant cinq jours, mais elle était très angoissée hier soir avant de monter sur scène. Elle sentait sous les bras.


—del Cielo— C’est à un véritable marathon que se sont livré Gaël et Liz, hier au Village des Trans. Entre interviews et séances photos, le duo s’est vite mis dans le bain du festival, avant leur passage à l’Ubu cet après-midi. La genèse de votre groupe est particulière... On s’est rencontrés en 2006 grâce au label rennais « range ta chambre » et ses idées un peu fofolles d’albums collectifs. L’album fais chanter tes copines avait pour vocation de faire chastement (ou pas) se rencontrer des filles et des garçons selon le principe suivant : les garçons composent des morceaux, les confient à Stéfani, initiatrice du projet, qui convoque alors une assemblée de filles. Là, chacune choisit un morceau, écrit un texte et devient chanteuse. À la suite de ce premier opus (Sleepy Sunday), on n’a pas voulu se quitter comme ça, d’autant qu’après quelques mois de recherche sur le terrain de la pop anglaise, Liz a glissé dans la glaise de l’écriture en français, avec le texte Petite pute (2007). ça a été un moment fondateur, un tournant qui a redessiné l’esprit de notre collaboration. Del Cielo est la rencontre entre la poésie (de Liz) et le rock (de Gaël), quel est votre processus d’écriture ? Chacun dans son coin, résolument. Sans y penser, on a gardé les règles du jeu de l’album collectif. C’est super agréable, de bricoler chacun dans son coin des petits trucs pour l’autre, c’est un peu comme si c’était tous les jours Noël. Ensuite si on est content de ce qu’on a eu chacun dans son paquet, on colle le tout ensemble, ça à l’aide d’un ordinateur blanc.

D’autres musiciens vont-ils vous rejoindre sur scène ? En invités, oui, avec plaisir et le temps venu, mais pas plus. Pour l’heure on a envie de garder la singularité du duo. On n’a jamais ressenti le besoin d’avoir un «backing band». Et puis les guitaristes ça prend de la place, ça a un caractère de merde, un ego fragile, mal aux pieds, mal aux dents. Les bassistes, c’est pire, c’est toujours en retard… Comment appréhendez-vous ce concert à Rennes ? On a fait très peu de scène avec del Cielo jusqu’à maintenant, c’est hyper important de se mettre à l’épreuve du plateau. Le concert à l’Ubu, c’est un grand plaisir, c’est une salle qu’on aime et qu’on connaît depuis longtemps tous les deux, qui reste mythique, un endroit un peu étrange où on voudrait que le temps s’arrête, peut-être pas jusqu’à la fin des temps, mais pour un bon moment. Votre disque sort sur le label Idwet et vous êtes en tour avec La Station Service. Quels liens vous unissent à ces deux structures ? On trouve seulement qu’on ne va pas assez souvent boire des coups avec Thomas (du label Idwet) parce qu’il n’a pas le temps, Thomas, et il y a un gros déséquilibre, là, par rapport à la Station Service. Faut qu’on bosse ça… Cet après-midi à 17h30, à l’Ubu.


Mr Eleganz

LES TRIBULATIONS DE MR ELEGANZ Présent depuis hier au Village des Trans, Mister Eleganz y occupe même carrément un stand. Au milieu de son décor vénitien et de nombreux disques d’or, le frontman de Success maniera, durant tout le festival, ordinateur et téléphone portable pour narrer ses élégantes aventures sur le blog des TransMusicales. À l’instar d’un désormais célèbre site internet, il distribue des billets de banque à son effigie. lestrans.com/blog/category/eleganz-cyber-party

DÉJÀ VUS QUELQUE PART

Betty Bonifassi de Beast a poussé la chansonnette chez Champion. ///// Gaël Desbois de del Cielo a œuvré pour Mobiil et Laetitia Sheriff. ///// The Withest Boy Alive est un des projets du Norvégien Erlend Oye, dont la voix fut découverte en France sur le single Poor Leno de Röyksopp. ///// Modul Club, c’est un duo réunissant Steph de Darlin Nikki et Dan, batteur du groupe Success. ///// Toby Dammit, qui joue des baguettes pour Jessie Evans, a notamment cogné pour Iggy Pop et notre petite Frenchie Mell. ///// Joe Dahan et Daniel Jamet, bassiste et guitariste de Gaëtan Roussel, ont parcouru le monde entier avec La Mano Negra. ///// Mr Oizo a signé sous son nom de Quentin Dupieux le déjanté Steack, film culte réunissant Éric et Ramzy.

merci «djé»

La rédaction de Paplar est en deuil. Jérôme Maleinge, directeur d’Oscar Productions, est décédé dimanche dernier. «Djé», comme on l’appelait, a contribué grandement au lancement de notre magazine. Nous pensons très fortement à Sonia, sa compagne, et à Bily et Mage, ses deux enfants.

LES TRANS FONT LE MUR

« J’ai croisé un mammouth aux Champs Libres », « Jessica, qu’est-ce que t’as fait des clés de la maison ? Je veux rentrer, je suis crevé. » À partir d’aujourd’hui, le public du festival est invité à laisser des messages sur Twitter qui seront ensuite projetés, dans le cadre de l’opération « Mur Trans Live », sur la façade du 4Bis et sur un écran dans le hall 4 du Parc Expo. Twitter : #lestrans. Mail : transrennes.photos@picasaweb.com SMS : 06 17 65 78 12.


On a triché. On a été débusquer Framix dans son petit appartement nantais avec vue sur le port, quelques jours avant l’effervescence des Trans. C’est peu de le dire, l’homme au chapeau de cow-boy ne tient pas en place. Un lit d’étudiant sur lequel sont éparpillées quelques BD, une chemise qui pend du plafond avec étoile de shérif épinglée sur le torse, des affiches de Tintin, Framix reçoit dans son décor. On est surpris de ne pas entendre de musique. « J’ai fait mon éducation avec des trucs vachement vieux, du début XXe. Je me suis beaucoup nourri du passé, de la musique noire américaine, et c’est vrai qu’aujourd’hui j’en écoute peu. » Il offre le café, mais lui se sert un liquide vitaminé acheté chez LIDL. « Pour la première fois de ma vie, j’ai été interpellé dans ce supermarché par une gamine qui m’a demandé « si c’était moi qui chantait Framix. » Oui, c’est bien lui, et depuis des années déjà. D’abord tout seul, puis en groupe depuis deux ans. Un groupe qui a bien failli perdre son DJ il y a quelques jours, lorsqu’un morceau de tôle est tombé à quelques centimètres de lui sur scène. Le décor construit pour le nouveau show a, pour sa part, tenu le coup. Des cocotiers fabriqués par le beau-père du musicien. « Chez nous, c’est la mafia corse, dit-il en se levant pour la quatrième fois depuis le début de l’entretien. Mon beau-père est également trésorier de Frakamix Production

et ma mère est présidente. » De l’aide, il lui en faut. Le Nantais avoue ne plus tellement travailler la création musicale pure depuis le mois de mars. « Je me lève le matin et je me mets à l’ordi. Des tonnes de mails à envoyer, de choses à gérer... » Un disque à promouvoir, un clip à terminer et des résidences dans le cadre du programme « Artistes en scène » (80 heures de formation avec trois intervenants différents) et une sélection aux TransMusicales par le biais de Focus. De son passage à Rennes, l’auteur du tubesque The Mistake (programmé notamment sur les radios de 35 pays dans le monde par l’intermédiare de Francophonie diffusion) espère surtout engranger les dates pour 2010, avec l’aide de Groove Production. « En tout cas, je suis ravi d’aboutir aux Trans et de voir qu’il reste encore quelques rares « découvreurs » en France qui font leur travail avec cœur, des passeurs de musique qui assument leur rôle et qui ne vont pas chercher à savoir si c’est bankable avant de faire tourner et partager le son. » Ce jeudi à 14h, au 4 Bis.


Damepipi.TV

DAMEPIPI, AVEC APPLICATION Parée de son inséparable Iphone, Yvette «DamePipi» parcourt tous les recoins du festival à l’affût d’images et de sons en tous genres. Après Astropolis à Brest et Scopitone Nantes, la dame au manteau coloré s’attaque aux TransMusicales de Rennes. Le résultat de ses pérégrinations nocturnes sera publié sur son blog damepipi.tv.

Mieux vaut rouler en 4X4

TÉLEX

Le vélo, c’est dangereux. On se rappelle de la fin malheureuse de Nico, mythique chanteuse du Velvet Underground, décédée il y a 21 ans d’une hémorragie cérébrale après une chute de bicyclette. Le chanteur de The National Parcs en est, quant à lui, quitte pour un bras et un poignet cassés. Les concerts du groupe montréalais, initialement prévus ce soir et samedi à L’Aire Libre, sont de fait annulés. Ce sont nos rédacteurs en chef invités de 69 qui les remplacent au pied levé.

Dans le cadre de l’Agenda 21, le festival a mis en place, pour la première fois cette année, un système lumière écologique et plus économe en énergie : les leds remplacent désormais les filaments.

Valentinos définitivement perdus

PAPLAR fête sa SAISON 3

Ni accident de vélo ni intoxication alimentaire revendiqués, mais Lost Valentions annulent également leur concert aux Trans. Ils sont remplacés par Slow Joe & The Ginger Accident. Hall 4 du Parc expo, vendredi à 22h.

À première vue, Jean-Louis Brossard ne coûte pas cher en notes de frais. Hier soir, il nous confiait avoir mangé au Mac Donald’s pour son premier jour de festival.

LED À DOMICILE

Samedi soir, à 17 heures, Paplar organise un pot au bar Le Papier Timbré, à côté du Théâtre du Vieux SaintÉtienne. Et ce pour fêter le lancement de sa troisième saison.


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#1. Gaëtan attaque. #2. Cinq premières parties pour le prix de trois. #3. Contre les piqûres de méduses, un seul remède : se faire pipi dessus.. #4. Misty Socks. Un groupe qui intitule un de ses morceaux Pavement ne peut pas avoir mauvais fond. #5. Duchamp Libre.


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#6. Fumer nuit à votre poignet #7. Slow Joe avant l’accident. #8. Tu te crois aux Vieilles Charrues ? #9. Laetitia Sheriff, darling of our magazine.


Billet doux

Un vent de Liberté ?

Cette édition des TransMusicales est marquée par le retour en centreville. La lutte des classes repointe son nez... Les vacances de Noël sont proches, on peut donc griller nos dernières cartouches aux Trans. En plus, on célèbre cette année le retour aux sources du fun : la fête en centre-ville. Les Trans reviennent aguicher le chaland dans les beaux quartiers. Et on s’en ravit. Ce n’est pas que l’on n’aime pas le Parc Expo, entendons-nous bien. On aurait du mal à se priver de cet enchantement annuel où il est possible d’aller voir des concerts dans des parkings pour avions, où l’acoustique est si proche du son cristallin que, depuis deux ans, il y a huit fois plus de DJ testostéronés en bass que de groupes à amplis. On passera aussi sous silence la joie des navettes du vomi, pour lesquelles on espère que les conducteurs ont une prime de risque ou un sacré sens de l’humour. La dernière année au Liberté, en 2003, les Béruriers Noirs avaient opéré leur grand retour. Ce soir-là avait été lancé un nouveau concept : tu pouvais rentrer sans billets, et tout casser dans la ville. Back to the dirty west donc en 2009, pare-toi des couleurs de ton gang. Ne prévois cependant pas d’habits trop stylés car parfois les forces de l’ordre sortent les canons à eau. Avec une spécialité rennaise, l’eau mélangée aux produits détergents qui te bousille les vêtements. Au-delà des contingences vestimentaires, il serait bien de parler musique et organisation. Conseil d’animateur musical, pas la peine de surligner en jaune ce que tu ne veux absolument pas rater au Liberté car il existe une règle d’or aux Trans : « Les horaires, tu ne pourras jamais respecter ». Entre les happy-hour, les copains, les concerts dans les bars sur le chemin, tu es certain de

rater le groupe trop mortel que tu tenais absolument à voir, enfin celui sur lequel il sera bien de dire « j’y étais ». Pour contrecarrer ce destin tragique, joue l’aigreur. Un exemple : pour les gens n’ayant pas vu Nirvana en 1991, il fallait dire pour être tendance : « Ouè non mais le crassou là il casse tout on stage parce que c’est un vendu tu vois, il a un partenariat avec sa marque de guitare, je suis sûr qu’un jour cette grosse baltringue aura un jeu vidéo où on pourra le faire jouer de la guitare sur la zoubida et des chaussures a son nom; non sérieusement James qui a joué après c’était bien mieux ». De plus, la musique n’est qu’accessoire dans ton programme. Ce qui doit primer ce sont les rencontres humaines. Et bonne nouvelle en centreville, les loyers sont plus chers, donc les étudiant(e)s qui habitent là sont soit des fortunés qui aiment la décadence et qui seront prêt à t’accueillir sexuellement dans leur for intérieur, soit des pauvres qui se tassent à huit en colocation et pour qui le partage est encore plus probant qu’un refrain des Enfoirés. N’oublie jamais que Pascal Obispo a fait ses études à Rennes. Si un type qui domine les charts et se fait désormais appeler « Capitaine Samouraï Flower » a tout appris ici, tu peux imaginer à quel point la drogue est peu chère et bonne. Plus qu’une étude de territoire, c’est bel et bien la lutte des classes qui est donc promulguée en 2009. Le centre, c’est tendance, alors que le pourtour est peuplé de pauvres âmes qui doivent travailler pour payer leur loyer. Iront-ils se moquer de The Popopopops qui fait office cette année de groupe représentatif du centre-ville rennais ?


L’Ubu Libre

Chauffe Marcel ! Début des hostilités hier soir à l’Ubu. Un départ cependant plus qu’en douceur... Rennes se met doucement en transe. Les rues sont calmes si ce n’est devant le 1929 où il faut faire une heure et demie de queue pour espérer assister au concert de Laetitia Shériff. On renonce à s’insérer dans la cohue pour filer vers l’Ubu. Les préliminaires passés au bar se prolongent avec Peter Winslow. Plaisant en amusegueule. Sans se presser, Slow Joe rejoint ses musiciens impatients. La musique de Bollywood n’est plus ce qu’elle était. Nous avons plus affaire à Andre Williams qu’à Susheela Raman. Compay Segundo était aux anges. Quant à Transformer, ils ont dû se plier en quatre pour se garer. C’est pénible tous ces bancs au bord de l’Ubu, plus aucune place pour parquer sa 205 Kid Tuning. Aucun souci, par contre, pour Breakage qui effectue un slalom sans faute entre les sièges de bois publics pour assommer les derniers survivants à coups de drum’n’bass. Le bar reste l’endroit le plus sûr pour survivre à cette répétition du 21 décembre 2012. La tendance est plus à éviter la catastrophe autour d’un dernier verre avec les amis que l’on voit une fois par an, aux Trans, justement. Le « clitoris du TNB », comme on a entendu qualifier l’Ubu au comptoir, n’a pas frétillé ce soir. Il faut frotter encore pour faire sauter la ceinture de chasteté des TransMusicales. Patience, les verrous sauteront sans doute aujourd’hui lors du véritable lancement des hostilités. On ne sait cependant pas combien la ceinture comporte de cadenas…

SAISON 3 - 78e numéro Rédacteurs en chef / Sylvain Chantal et Jerome Taudon – Invité / Armand Gonzalez – Graphisme / Gregg Bréhin – Journaliste / Marie Gallic, Jean-Paul Kevin. – Photos / DoTheAndyGibbon, Mathieu Jouen – Thanks / LVL pour l’illustration de Framix, Gwenola Lebris et toute l’équipe des TransMusicales. – Imprimerie / Imprimedia. – Mail / sylvain@paplar.com



Paplar, Transmusicales 2009 - Jeudi