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Le Printemps de Bourges

Le magazine du festival

Samedi 17 Avril 010


Pony Pony Run Run sort son billet Bon, bah… voilà, c’est le dernier, pour la route, et va bien falloir conclure avec quelque chose… Franchement, j’ai passé une bonne journée, je sais pas pourquoi, rien de spécial, j’ai revu de vieux potes, de bons concerts, et j’ai complètement oublié que j’allais écrire un papier… Alors, on (Pony Pony Run Run ) est censé jouer demain, mais Gaëtan, le chanteur, est bloqué au Portugal à cause des Islandais ; ne me demandez pas pourquoi, je sais pas. Paraît qu’ils ont fait péter un truc, et ça fait chier tout le monde (comme par hasard, y a pas de groupe islandais à Bourges…). En plus, y a des grèves de train, bon, c’est plus commun me direz-vous, mais ça fait chier quand même… (À mon avis, on sera pas les seuls, en fait, tout est annulé, fin de chantier, on remballe...)

Que quelqu’un m’explique comment une éruption en Islande peut empêcher un vol Lisbonne/Paris ? C’est quoi le problème ? Ils envoient des gars sur la lune et y sont pas foutus d’avoir des anti-brouillard dans leur coucou, ou du lave-glace efficace ? Et puis les volcans ça sert à rien du tout, c’est vrai ; avoir des volcans dans son pays, c’est comme mettre des mines antipersonnel dans son salon : c’est pas malin et puis c’est pas drôle... Merde ! y peuvent pas mettre un gros bouchon sur leur volcan de merde, qu’y gardent leur salle fumée pour eux ? Bon, au pire vous allez voir de bons trucs quand même, mais, bon, c’est frustrant, j’ai vu des concerts toutes la semaine, j’ai bossé avec une équipe mortelle (à tous les niveaux), je voudrais finir ça en beauté...En tout cas merci à Sylvain, Greg, Marie, Marion, Fred, Jocelyn, Émeline, Jérôme. On se voit aux Francos ?


Quand je pense à We Have Band, je… We Have Band nous a « endansés » depuis les Trans de Rennes 2009 avec leurs prestations live alors même qu’aucun album n’était sorti. WHB est dans les bacs depuis le 5 avril. Un produit qui devrait accentuer la transe… WHB, c’est la première chanson que l’on ait écrite, fin 2007. Avant même de créer un MySpace, on s’est isolé pendant sept mois pour le bien du processus d’écriture. Cependant, la production a été très lente. Du coup, l’album n’a été fini qu’en novembre 2009. Mais, comme c’est un work in progress, il n’y a pas que de vieilles chansons dessus.

Pourquoi cette formation linéaire inhabituelle, sur scène ? Nos premiers concerts, on les a joués en formation triangulaire. Mais Dede n’avait jamais fait de musique auparavant et elle était terrifiée à l’idée de monter sur scène. Alors on a commencé à se placer en ligne, histoire qu’elle soit proche de son mari, son protecteur.

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Dede et Thomas, c’est un cliché, se sont rencontrés au travail et se sont mariés. J’ai (Darren, ndlr) rencontré Dede à une fête. J’ai naturellement rencontré son mari par la suite… Le plus difficile dans un groupe, c’est d’obtenir l’alchimie adéquate pour créer. Beaucoup de groupes sont malheureux parce qu’ils ne s’entendent pas forcément tous et doivent néanmoins se supporter en tournée. Nous, on est la combinaison parfaite.

Les batteurs qui jouent debout, c’est toujours impressionnant. On a l’impression qu’ils dépensent trois fois plus d’énergie dans un set que s’ils avaient couru un marathon… Chacun son truc. C’est difficile au début mais tu finis par prendre tes marques. Et puis, parfois, la vie ne te donne pas le choix : c’est ridicule un batteur qui chante en étant assis. Mais si un jour on fait un album de death métal, on prendra tous des chaises…


Die Antwoord

—Class Affair— Il y a quelques mois, Die Antwoord avait donné son accord pour jouer au Printemps de Bourges. Un cachet de 2000 euros et quatre chambres d’hôtel. Puis pas de confirmation... En mars, les organisateurs du festival, n’ayant toujours pas reçu de nouvelles du combo sud-africain, se sont finalement confrontés face à un avocat américain qui demandait 10 000 euros, des chambres quatre étoiles, des billets en Class Affair. Échanges de mails et d’insultes, c’est face à un groupe ayant pris le melon que se sont retrouvés les programmateurs du Printemps. « On devrait vous attaquer pour avoir utilisé notre nom sur l’affiche du festival », ont en effet rétorqué les trois membres de Die Antwoord. On s’en passera, tant pis...

⁄⁄⁄ TÉLEX

Interviewé hier après-midi par Le Monde lors de son passage à Bourges, Frédéric Mitterrand a affirmé que « Bourges était l’une des plus belles villes de France ». De mémoire, le ministre de la Culture a dit la même chose de La Rochelle aux Francofolies en juillet 2009. ///// La fédération internationale des festivals de concert présente ce matin même le magazine « Festivals » à la presse. Celui-ci dévoile, comme chaque année, l’état d’esprit et une première mouture des programmations de l’ensemble des acteurs de l’opération. Magazine à se procurer d’urgence pour découvrir ceux qui compteront en 2010. ///// Camille s’est fait refuser l’accès à une scène par un régisseur un peu tatillon. Contrairement à Rocé, elle n’avait pas de Paplar sur elle. ///// À l’heure où nous imprimons ces lignes, nous ne savons pas si Gaetan, chanteur de Pony Pony Run Run, pourra rejoindre ses collègues pour le concert de ce soir. Il était hier bloqué au Portugal.

Empêtrés comme tout le monde dans des problèmes de transport, les Two Doors Cinema Club ont fait l’effort de louer un van pour rallier Lyon hier. En provenance de Copenhague, les Anglais ont mis plus de vingt-deux heures pour atteindre la capitale rhodanienne, avant de reprendre la route pour le concert de ce soir à Bourges. ///// Il y a trente-cinq ans, Jacques Higelin s’est fait piquer sa femme par Iggy Pop. C’était la première fois, jeudi soir, que les deux artistes se recroisaient. Dans les loges du Phénix... ///// Les Sud-Africains invités au Printemps de Bourges ne savent pas encore comment rentrer dans leur pays. Grève SNCF, perturbations aériennes, il leur est pour l’instant impossible de rallier leur contrée. On espère pour eux qu’ils pourront au moins assister à la prochaine Coupe du Monde de football dans leur pays.


Une interview revival qui se termine par l’improvisation d’un concert revival. Vingt ans après leur passage au Printemps de Bourges, quatre anciens de la Mano Negra ont, avec leur manager de l’époque Bernard Batsen, organisé un concert à l’arrache, hier soir, sur la Scène Pression Live. On y était, évidemment. Loges du Phénix. Quinze heures. On boit de la bière, on fume des clopes alors qu’on n’a pas le droit. Tom Darnal, notre collaborateur vedette depuis deux ans, a fixé rendez-vous à ses anciens collègues de La Mano Negra : Joseph Dahan, Philippe Teboul et Daniel Jamet. Les trois, qui officient avec Gaetan Roussel, balancent à quelques mètres de là. Arrive Bernard Batzen, ancien programmateur du Printemps de Bourges devenu manager il y a vingt ans de ce qui restera un des meilleurs groupes de rock français. On se fait la bise, on s’échange les numéros de portables. « Bouge pas, je te prends en photo, comme ça ta tête s’affichera quand tu m’appelleras ». Et on se remémore. Puta’s fever ! Leur passage à Bourges en 89 ? « C’était le premier concert de Kropol, on faisait la première partie d’OTH », raconte Joe. « On était gênés d’avoir plus de succès qu’eux, ajoute Daniel. Pas mal de gens sont partis lors de leur concert… Nous, on a mis la sauce, on ne s’est pas gêné ! » « Faut dire qu’à l’époque, on en voulait… » conclut Tom. Ensuite, le sujet Lulu arrive sur la table. Lulu, ce clebs qui puait et qui suivait la tournée de la Mano à l’époque. « Ce chien avait la chiasse. On était à neuf dans le camion. On le mettait dans le sas. Mais il nous donnait mal au crâne avec l’odeur chimique de sa merde. Il y a même eu une fois où une chambre d’hôtel avait été condamnée rien que pour lui tellement il puait… » « À Marseille, je me rappelle qu’il avait chopé la gastro », ajoute Philippe Teboul. « Fallait pas lui filer de trip… », renchérit Tom. « J’ai l’impression de revoir le DVD », intervient Joseph. Ce DVD, « Out of time », sorti en 2005 retrace le parcours de la Mano. Cette interview a débouché sur une idée lumineuse ; un petit concert vaut mieux qu’un long discours. Les quatre cocos, drivés par un Bernard Batzen content de se replonger dans sa période pré-Popopopops, ont en effet joué trois quarts d’heure devant le public de la Scène Pression Live. Un set punk rock endiablé, comme dirait la PQR.


Une bande de barbus sous Tranxène qui joue une musique pour chevelus sous LSD, c’était forcément pour Deviendra Bernard et Coco Roussie que l’on a croisés au premier rang au concert de Midlake, hier… Les petits buvards spécialement dessinés pour l’occasion par les sœurs Casse-toi-dissi étaient à l’effigie de l’homme crabe ornant le premier opus des Texans. « Ce personnage a été inventé par accident. J’avais tout un monde dans ma tête et le « crabman » était un peu le policier de ce monde », explique Tim Smith, chanteur-guitariste-claviériste-flûtiste de Midlake. Spleef, unique participant du pogo, en a vomi sa salade de surimi. Pourtant, Midlake, c’est juste sept « gars normaux qui aiment les Flaming Lips et Grandaddy ». Ils sont même plutôt sérieux. Ils se sont rencontrés à l’université de Denton, Texas, réputée pour son enseignement musical. La version béta de Midlake, c’était des étudiants jouant du jazz funk. Midlake est devenu Midlake quand Tim a abandonné le sax pour la guitare à cause d’un borgne au nez rouge (Radiohead) et d’une freak islandaise (Björk). On

comprend donc les « difficultés éprouvées à apprendre à chanter » et le « traumatisme crabien »… Et puis, il y a eu une chanson : Roscoe. « Le premier album s’est peu vendu. À Paris, on jouait devant sept personnes. Ce hit nous a pris par surprise. » Ils se savaient donc attendus au tournant pour le troisième disque laser mais, « pas inquiets ». Ils ont viré en secte médiévale gavée au folk rock british. Spleef, Deviendra Bernard, Roussie et Cocompagnie en ont presque fait une overdose. Remballez vos pilules colorées les hippies, Midlake est une bande d’ascètes nourris aux très longs métrages russes en noir et blanc des années 60. L’austère pochette de The Courage Of Others est inspirée des costumes du film Andreï Rublev d’Andreï Tarkovsky. Pony Pony Run Run n’a pas le monopole de la répétition, les cocomunistes ont toujours eu le sens du partage…


Flaques et rites

—Septième ciel— Quentin Dupieux, alias Mr Oizo, est de joyeuse humeur. Et pour cause : rien ne lui plaît plus que les projets qui aboutissent. Avec un long métrage qui sortira en octobre sur nos écrans, un autre, (très) court, qui hystérise la blogosphère, et un nouvel album en gestation, Oizo est au septième ciel. Le court « Pharell Williams m’a abordé dans un aéroport. Il m’a dit qu’il était fan de Flat Éric (la petite marionnette jaune qui a fait le tour du monde et la gloire de Quentin Dupieux, NDLR) et m’a demandé de le ressortir. Je les ai donc emmenés à Londres et on a tourné Where is the money George ? » La plus craquante des bestioles jaunes et la plus hype des stars forment un duo comique tout à fait crédible. On en est béat d’admiration. http://www.youtube.com/watch?v=zNhArDeuPOI&feature=player_ embedded Le long « Rubber est l’histoire d’un pneu vivant, explique très sérieusement Mr Oizo. On a tourné six mois aux États-Unis, en anglais, avec des acteurs américains, mais c’est un film français. Il sort en octobre ; j’en suis hyper content. J’ai fait la B.O. avec Gaspard, de Justice. J’espère qu’il ira à Cannes, mais je préfère ne pas en parler. S’il n’y va pas, c’est la loose… » Rubber, de Quentin Dupieux. Sortie en France en octobre 2010. Le son Quentin Oizo-Dupieux semble aux anges, détendu, heureux. « J’attaque un nouvel album. Il est trop tôt pour en parler, mais je m’éclate, j’adore ce que je fais. » Qu’elles soient jaunes, poilues ou internationales, les trouvailles visuelles et sonores de Mr Oizo, sont des remèdes à la morosité. D’utilité publique. www.myspace.com/oizo3000


Gaetan Roussel Un jour de printemps de l’an de grâce 2010, Gaetan Roussel, cheminant vers la scène du Phénix pour le sound check, rencontre sur son chemin une vieille lampe à huile ornée de riches motifs orientaux. Comme ce splendide objet était couvert de poussière, le jeune Gaetan entreprit de l’épousseter du revers de sa manche. « Oh miracle ! ». Un djinn apparut et s’exprima en ces termes : - Merci Prince, tu m’as délivré du sortilège qui me retenait prisonnier de cette lampe. Afin que tu en sois remercié, j’exaucerai trois de tes vœux les plus chers. Gaetan, surpris, répondit : - On a le droit à trois vœux ? … Et la téléportation, on a le droit ? -Bien sûr, répondit le djinn. -Ah putain c’est chaud... J’suis pas inspiré là ! Alors trois vœux… Trois vœux. (Il réfléchit longuement). Mon premier vœu, ce serait de connaître ton premier vœu.

- Et bien, répondit le génie, mon premier vœu sera d’avoir cinquante vœux en plus. - Ah pas mal !, répondit Gaetan - Et bien mon second vœu sera le même vœu que ton premier vœu. Très bien, exaucé ! Mais maintenant, il ne te reste plus qu’un vœu ! - Et bien mon dernier vœu sera de changer mon premier vœu si c’est encore possible. Cette nuit il semblerait que l’un des vœux de Gaetan se soit réalisé, le Phénix à son comble a acclamé le chanteur de Louise attaque.


Luke et Lewis font de la musique depuis qu’ils ont quinze ou seize ans et puis dans un esprit anti chasse aux sorcières, ils se sont dit : « si n’importe qui pouvait participer à nos sets, ce serait génial ! » Et, de tambourins en maracas, ils ont trouvé le nombre qu’on ne peut pas vous citer de musiciens pour former Fool’s Gold, « l’or du débile », en français dans le texte. « La Californie, c’est la ruée vers l’or, mais il y a beaucoup d’orpailleurs qui prenaient du minerai banal pour de l’or des trucs sans valeur ; c’est ça « l’or des innocents » … » Finalement, les diamants d’Afrique étaient peut-être plus enrichissants que « Britney Spears qui est une toute

petite partie de la ville ». Mais le plus « full of fric » de tous les projets, c’était en fait l’usine à sandwiches. « Il y a un sandwich du nom de Fool’s Of Gold. Tu prends deux tranches de pain amputées de leur mie que tu enduis de beurre de cacahouètes. Au milieu, tu mets une tranche de jambon et une tranche de bacon frit et encore du beurre de cacahouètes sur le pain et tu obtiens le sandwich préféré d’Elvis… D’ailleurs il en est mort… » Ou il en vit encore et il avale des soupes qui, vraiment s’appellent « Fool’s Gold » et te « propulse dans l’état, animal, qui te font sentir comme un zéro qui a mis une ceinture, assez serrée pour se transformer en huit… »


Les Crados La peur de l’uniforme est un mal typiquement français. La peur de passer pour un ringard également. Les cerveaux du Printemps ont donc travaillé l’équation pour dégueulasser la formule parfois un poil trop proprette. Tout bon festival a ses us et costumes. L’invariabilité de celles-ci permet à tout le monde de savoir où il met les pieds pour se repérer. Bourges a donc lancé cette année une parade pour contrer les attaques sur sa préciosité clinique en commandant un bataillon de punks à chien. Malheureusement, erreur de livraison, ils sont ici polis, te ramassent ton portefeuille pour te le rendre, et sont moins saouls que la majorité des pros aux pots des antennes du réseau. Plusieurs explications possibles pour ce bourbier : pas assez de discounters en centre-ville pour les palettes de pisseuse, pas d’endroit où poser des enceintes pour mixer leurs dernières nouveautés ambiance boîte à rythme des années 80, ni aucun stand de la Croix Rouge pour tester les pilules. J’ai poussé l’enquête pour savoir si ces erreurs stratégiques se répercutent sur les artistes. Recherche du tour bus des Mustang : aucune corvette immonde tunée à la Nord Pas-deCalais, le Pento n’est donc nullement conforme à la carrosserie. Le stratagème est aussi bancal qu’une armoire IKEA montée par les poliopathes de Staff Benda Bilili. En épitaphe de l’embrouille, nous a été proposé Fool’s Gold. À l’écoute du cd, on s’imagine des zoulous en habits de lumière, mais que nenni. Ce

groupe aurait juste été parfait pour une manifestation bête et méchante de crétins à chapeaux en croco pour le retour du bon temps de l’Apartheid. Cette blague est ma plus honteuse, niveau déontologie, mais elle est mon seul remède face à la poussée allergique de cette musique conçue pour rendre les gens heureux. Un anachronisme aussi stupide que celui de placer les Plasticines à 1h20 devant un public ivre mort qui va pouvoir se libérer d’une tension sexuelle accumulée depuis quatre jours en criant « à poil » ou « j’ai baisé une des musiciennes ». Une ritournelle somme toute différente de celle des concerts de Gossip où le public modifie cet appel à la nudité par « Attention au slam ». En tant qu’analphabète de la musique, je ne devrais donc avoir le droit de ne rien dire. Malheureusement il y a eu trop de hold-up hier soir pour la mise sous silence : les Rodrigo Y Gabriela nous ont pourri nos hymnes métal et Caravan Palace abreuve de gitanisme son jazz pour récupérer la sympathie et le pouvoir d’achat des voleurs de poules. On attend donc le résultat de la Rock’n’Beat Party II, le retour de la vengeance et la prestation des Sexy Sushi, pour qu’enfin tous ces travelos du rock business se prennent une leçon de non savoir-vivre.



Paplar , Printemps de Bourges 2010 ,Samedi