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La Route du Rock - Hiver

Le magazine du festival

Samedi 20 fĂŠvrier 010


Magnetic Friends sort son billet Quand on est les Magnetic Friends et qu’on a vingt minutes pour meubler entre deux sets, on raconte une histoire. On essaie de partir d’un morceau un peu classe, joli, et à partir de ce morceau, on s’engage dans un parcours. À la manière de l’eau qui se vide dans un siphon, cette histoire se finit souvent avec de la « Turbina ». Qu’est-ce que c’est que la turbina ? La turbina, c’est la techno jihad qui tourne en circonvolutions, qui fait vroum vroum vroum et qui donne mal à la tête. Vous avez tous déjà écouté de la turbina sans le savoir. La turbina, on oublie la mélodie, c’est des sons de moteur, qui montent en fréquence, imaginez une course de côte en R8

Gordini. Alain Prost écoute de la turbina. La turbina, c’est une succession de montées et de descentes incessantes. Pourquoi passe-t’on de la turbina ? Parce que c’est le seuil terminal, le point de nonretour de la musique. Pour faire de la turbina, il faut un moteur, quelques outils, notamment une bonne masse et une enclume. Quelques exemples : Boyz Noize, Vitalic, MSTRKRFT, Sonic C… Procurezvous immédiatement ces turbines. Elles devraient agrémenter vos trajets Rennes-Saint-Malo. Mieux qu’Autoroute FM. Rendez-vous dans dix ans pour la conférence de Christophe Brault sur la Turbina.


Geoff Barrow, immense producteur à l’origine de Portishead et Beak>, rêve de simplicité. Matt préfère les chiens et Bill se réveille. On croise Geoff Barrow, responsable du son de Portishead attablé avec Faris Badwan, chanteur de The Horrors dont il a produit le deuxième album. « J’ai programmé The Horrors au festival ATP. Ils m’ont parlé du disque. Il cherchait un producteur. Enfin, pas vraiment un producteur, mais quelqu’un capable d’enregistrer le disque proprement. » On passe côté loge et on réveille Bill. Matt, le troisième larron de Beak> n’est pas là (il arrivera juste pour la photo, c’est celui qui se cache dans les bras de Geoff, ndlr). « Matt aime les chiens, pas les interviews », précise Geoff. Pour la petite histoire, Geoff a un label à Bristol, Invada Records, sur lequel

sont signés Bill et Matt. Un jour de Noël, ils décident de jouer tous les trois. Trouvant le résultat probant, ils se sont dit : « Il faut qu’on le refasse ! » Un an plus tard, ils ont donc remis le couvert et trouvé la formule « évidente ». Entrés en studio, ils ont enregistré l’album en douze jours. Voilà. Malgré son immensité, le producteur reste un homme simple. Vu l’an dernier en showcase dans un restaurant, il confie que c’est comme ça qu’il aimerait jouer tout le temps. « La présentation du rock se fait vieille et ennuyeuse. On ne va pas se plaindre des foules qui viennent nous voir, mais on préfèrerait jouer exclusivement dans des bars et des cafés… »


Convocation

Horrorigami

« Désolé, il y aurait eu beaucoup plus de journalistes lors de l’édition d’été. », a rappelé l’animateur de la conférence de presse de The Horrors. Problème : le groupe n’était pas là en août dernier. D’ailleurs, ça les a vexés qu’on en reparle dans Paplar. Convoqués. À 21h30. En plein concert des excellents Beach House, les fumiers. Convoqués, c’est la première fois en quatre-vingt-deux numéros de Paplar, trois ans d’existence, que nous sommes convoqués à une conférence de presse par un groupe lui-même. The Horrors, ils voulaient régler leur compte avec nous. « C’est pas vrai qu’à la dernière Route du Rock estivale on a annulé parce qu’on avait mieux à faire avec Nine Inch Nails. » (comme écrit dans une brève dans l’édition d’hier). Non, ils ont fait faux-bond au dernier moment parce que la veille ils avaient joué jusqu’à trois heures du matin. Les pauvres... Pour rappel, DD/MM/YYYY, qu’on a vu avant-hier à la Route du Rock, ils font un peu 53 dates en 53 jours sur cette tournée européenne, sans day-off, et ils ne s’en plaignent pas. Alors on y a été à cette conférence de presse de The Horrors. On n’était pas beaucoup d’ailleurs. Juste une dame de chez Alias, la chargée de communication du festival et un photographe qui a proposé ses services au groupe pour la pochette du troisième album. Julien, qui sert depuis de nombreuses Routes du Rock d’entremetteur anglophone, s’est fait rabrouer d’entrée, dès

sa première pertinente question. Joshua Third, le guitariste à la mèche tokyohotelesque, a balancé un sale rire moqueur. Tout ça pour avoir osé évoquer la différence entre le nullissime premier album et le bon deuxième opus. Joshua, on n’a plus entendu son rire de hyène par la suite puisqu’il a tout simplement passé tout son temps à fabriquer des cocottes en papier. Plus le temps défilait dans cette parodie de conférence de presse, plus on se disait qu’on était en train de manquer Beach House. Bon, sinon, pour parler de choses plus enthousiasmantes, on a bu un verre avec Christophe Brault, qui présente aujourd’hui une conférence sur le Kraut-Rock. Brault, il est fascinant quand il parle de sa manière d’aborder les quarante-trois thèmes différents qu’il compte à son répertoire, quand il évoque ses voyages de Lille à Strasbourg, de Brest à Toulon, lorsqu’il parle du spectateur qui a ronflé, au premier rang, lors d’une de ses interventions à La Rochelle. On lui a posé plein de questions sur le speech d’aujourd’hui à 15 h, mais, finalement, on n’a tellement pas envie de déflorer une seule miette de ce qu’il va vous raconter qu’on ne va rien vous en dire.


—Indice de bonheur—

Clues, c’est le benjamin des groupes du label canadien Constellation. C’est aussi la moitié des Unicorns associée à un ancien batteur d’Arcade Fire et trois musiciens américains qui créent des hymnes aussi pop que punk à vous décomplexer d’avoir un jour repris en chœur Free From Desire de Gala et ses « Nanananananana Nanana Nana ». Entretien avec Nicholas (guitare, basse, trompette, voix). Quel est ton premier souvenir musical ? Je me rappelle de ma mère jouant Tracy Chapman et les Beatles. Ensuite, quand tu crées quelque chose de personnel, tu amalgames les expériences passées et ce que tu aimes pour convaincre une audience. Mon but est de relier émotionnellement les gens entre eux et je ne sais pas le faire autrement qu’en musique.

Vos chansons sont effectivement très fédératrices, comme des hymnes… Nos hymnes sont plus primitifs que politiques. C’est très plaisant de contribuer à bâtir quelque chose de plus grand que soi, que ce soit des infrastructures ou des idées. Être enfermé dans une pièce avec 200 personnes qui crient la même chose que toi, ça fait éprouver le même sentiment de communauté assez jouissif, non ?


On nous avait demandé d’interviewer Mondkopf. C’est finalement Paul que l’on a rencontré. On pensait tomber sur un pro Mac. Voilà que Paul nous conte son amour pour un PC usé. Rencontre schizophrène avec un jeune homme bien loin de la hype qui aimerait se faire Mondkopf.

D’où le côté presque animal de Clues ? Durant la croissance, l’esprit punk est tel un tigre affamé que tu trimballes partout en laisse. Plus tu vieillis, plus tu laisses le tigre à la maison, mais tu dois toujours le sortir et le nourrir. Quand tu pars en tournée, tu enfermes le tigre, mais il s’échappe et parcourt tout le pays pour te retrouver, te sauter dessus et te lécher la figure. Et toi, tu cries : « Rentre à la maison ! Sors d’ici ! » Ta voix chevrote et tu as la larme à l’œil… Et, chaque nuit, le tigre revient pour jouer avec les autres tigres et manger de la bonne viande en backstage. C’est cet esprit punk qui vous rapproche de Constellation ? On partage cette idée de la beauté brute avec les groupes plus connus de Constellation, c’est le fond. Mais la densité, le timing et la progression de nos morceaux sont différents

de ceux d’A Silver Mt. Zion ou de Do Make Say Think. On est aussi timide et introverti mais c’est moins évident du fait de la forme musicale frénétique qui est la nôtre. Le français dans le texte, acte militant ? In The Dream inclut du français parce qu’Alden a, en partie, grandi au Québec et est bilingue. Certaines idées évoquées n’auraient pas eu le même sens si les paroles avaient été en anglais. Mais c’est vrai qu’au Québec, si tu ne parles pas français, c’est considéré comme un manque de respect à la culture francophone canadienne. Or, ce n’est pas vrai. La culture québécoise a une grande influence sur nous. Clues est certainement un album plus français qu’il n’y paraît. Album : Clues, Clues, Constellation, 2009. Ce soir à 20 heures à l’Omnibus.


Les rois du freak rock depuis que Lux Interior a passé l’arme à gauche sont bien plus réservés que le feu turbulent leader des Cramps. Farid, chanteur des Horreurs se voyait déjà… fonctionnaire. Petite mise au point directe avec Farid, longiligne chanteur de The Horrors : « Ce n’est pas vrai, ce que vous avez écrit, on n’a pas annulé le concert à la Route du Rock, l’été dernier, pour faire la première partie de Nine Inch Nails mais parce que l’on était fatigué de notre concert de la veille qui s’est fini à trois heures du matin… » Dur dur la vie de rock-star. « Pour être honnête, le groupe n’est pas ce que j’aurais fait a priori. Je n’avais pas vraiment de plan, mais je m’imaginais plutôt dans un job classique, même si la vie que l’on mène a beaucoup de points communs avec un boulot normal. » Pour preuve, le manager qui vient nous tirer les oreilles parce qu’on l’a un peu squeezé. Et oui,

Farid a lui aussi un boss sur le dos. « Vas-y, je ne l’écoute pas de toute façon. » Farid se voyait dans un boulot « classique », mais a quand même fait une école d’art. Il continue, malgré sa vie trépidante à faire des illustrations. Et… ça t’es utile l’art dans ta vie d’Horrors ? « Cela n’est jamais utile. Je le fais parce que j’aime ça, c’est tout… » Et la musique, tu kiffes aussi ? « Oui, c’est ce que je préfère. » Et jouer l’hiver plutôt que l’été, ça te va ? « Je suis excité. Dans deux jours, on a fini la tournée, j’ai hâte d’enregistrer le prochain album qui se fera dans notre studio à nous, actuellement en construction. » On va finir par, nous aussi, avoir hâte de rentrer à la maison…


©kg

On a interrogé l’homme qui a envoyé son album accompagné d’une balle gravée aux initiales de chaque journaliste réceptionnant le colis. On est encore en vie. La boîte mail qui a reçu les drôles de réponses lapidaires de Krikor est tombée en rade… Tu es programmé à L’Escalier à l’horaire club en dj set. Cela change-t-il fondamentalement l’image de Krikor par rapport à un live ? En dj, la seule chose qui change suivant l’heure c’est le nombre de bières que j’aurai bues, et cela peut évidemment avoir une influence sur le set ! Un live aurait pu fonctionner, mais cela aurait ressemblé à une messe noire ! Quelle est la symbolique derrière l’imagerie western utilisée dans Land Of Truth ? Dans l’absolu, cela me fait plutôt penser à La Horse avec Jean Gabin, mais la symbolique est libre. Chacun peut y voir ce qu’il veut... Le concept était-il essentiel à l’élaboration de cet album à une époque où le concept même d’album semble dépassé par les singles ? Oui, c’était important pour moi. C’est le souvenir de mon adolescence, acheter un disque avec une belle pochette, j’aimais ce fétichisme, je sais qu’il disparaît, mais il reste encore des gens à qui cela parle...

Comment doit-on prendre la balle envoyée à la presse ? Invitation au duel ? Il y a tellement de façon d’interpréter cela ! J’aime bien les lectures diverses... C’est comment un cours avec un ressortissant de l’IRCAM (Octavio Lopez a été le prof de Krikor, ndlr) ? Il y a plein de drogues hallucinogènes et on écoute de la musique psychédélique savante. Octavio est un gourou très puissant, il a acheté un bateau et une île vers le Honduras. Le départ est prévu en 2011 et seuls certains bons élèves seront du voyage ! Avec un tel CV, la simplicité des compositions de l’album surprend. Aimes-tu surprendre ? La complexité me fatigue, j’aime la musique simple et venant du cœur. Je préfère écouter un mec jouant de la guimbarde au fin fond de la campagne qu’une orchestration de Boulez... Quant au prochain album : surprise, surprise. En dj set à partir de 2h30 à L’Escalier.

Rédacteurs en chef / Sylvain Chantal et Jerome Taudon – Invités / Magnetic Friends – Graphisme / Gregg Bréhin – Journaliste / Marie Gallic Photos / DoTheAndyGibbon, Marilick, Jakclub35, Hans Krueger – Assistante commerciale / Marion Bourgeon – Diffusion / Amel Boulkour Internet / Charles Loyer – Thanks / François, Alban, Pierre et toute l’équipe de La Route du Rock, Mémé pour sa voiture. Imprimerie Poisneuf. Paplar Mail / sylvain@paplar.com – Saison 3 / n°82 Le magazine Paplar bénéficie du soutien du Conseil Régional des Pays-de-la-Loire et du Conseil Général de Loire-Atlantique.


Les Moulouderies de Charles

—Havanies— De Bamako à Saint-Malo, c’est une histoire de rime, mais ici point de mariage, c’est le jour des coquillages. Horror, au désespoir, pas question de se dépoiler en maillot, sinon tu te les cailles grave, et c’est un coup à se retrouver avec le sex appeal d’un bigorneau en stalactite. Mieux vaut se mettre au chaud à l’Omnibus, se faire un chili con carne, sans « pinocher » au Centre Allende, et retrouver les zaminches, prendre le Ferry pour les Furnaces, pour Beach House, et d’autres plages musicales, avec les Horrors Picture Show,Turzi, La mère Putassière de Jackie, ou Beak… Après avoir dû faire une croix sur The XX, entre une dose de décibels, de vodka stalinienne, il reste du temps pour ne pas braquer toutes les Monica Lewinsky qui en ont dans le cigare. En finitude, rassurons les festivaliers de l’édition été 2009 qui ont été boudés par The Horrors, rien de remarquable dans leur concert. Tout dans la pose, les caprices de candidats à la Star Ac. À oublier.

the xx en deuil

Le groupe londonien a dû annuler sa venue à la Route du Rock Hiver, ainsi que toutes les dates de la tournée jusqu’au 20 mars. Romy Madley Croft, chanteuse-guitariste de The XX, a eu la douleur de perdre son père, décédé subitement jeudi. Il y a une semaine, lors du passage de The XX à l’Olympic Nantes, elle nous confiait justement : « Ma famille me manque beaucoup. Nous sommes tout le temps sur la route… » These New Puritans les remplacera au pied-levé. Pour les spectateurs qui ne souhaiteraient plus assister au concert, deux solutions : ou venir revendre leurs places devant la salle, ou se faire rembourser, jusqu’au 6 mars, à l’endroit où ils ont acheté leur ticket.

À carreaux

La dernière fois qu’on a écrit une brève à quatre heures du matin, le groupe visé s’est énervé, a commandé l’achat d’un ventilateur un 19 février aux pauvres bénévoles qui n’en demandaient pas tant, demandé de la glace dans une soupière. En plus, on nous a demandé un mot d’excuse. Alors forcément on a eu pour consigne de ne pas déconner là, ce soir. On ne vous parlera donc pas de.

Arte en direct de la rdr

Hier et aujourd’hui, Arte Live Web pose ses caméras à l’Omnibus pour retransmettre en direct les concerts de cette Collection Hiver. Le tout est visionnable plusieurs mois durant sur : www.arteliveweb.com


Paplar , Route du Rock hiver 1010 , Samedi  

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