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octobre M a g a z i n e

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N o u v e l l e

U n i v e r s i t ĂŠ

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B o r d e a u x

Dossier

Cap sur les grandes missions Les assises territoriales Cohorte i-Share solennelle du PRES Harvard Kennedy School

RentrĂŠe


Un automne décisif

pour le chantier

édito

© Lionel Lizet

L

es semaines qui s’annoncent vont être un moment important pour la construction de la future Université de Bordeaux, construction qui va bénéficier de la réflexion engagée à l’occasion des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche comme de la finalisation du Schéma régional. Il ne s’agit pas d’attendre les résultats des Assises pour orienter le chantier de la NUB, mais, au contraire, de prendre appui sur les avancées de ce chantier pour faire des propositions qui ont toutes les chances d’être entendues dans le contexte actuel. Les Assises déboucheront sur des changements législatifs et structurels qui doivent permettre à l’université française de dépasser les factures de blocage et de remédier aux déséquilibres particulièrement accentués ces dernières années. La modification de la LRU devrait créer les conditions pour que la future Université de Bordeaux soit une université de pleine exercice et non un grand établissement. Les Assises territoriales organisées en Aquitaine contribueront à ce grand débat national, tout en prolongeant les réflexions sur le Schéma régional d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation. Engagées depuis plus d’un an par le Conseil régional, en lien étroit avec les universités, ces réflexions se concluront par le vote de ce schéma par l’assemblée régionale en décembre 2012. Enfin, le chantier de la NUB, entré dans une nouvelle phase critique depuis mi 2012, va déboucher très prochainement sur une proposition de structuration institutionnelle. Elle sera soumise aux instances des différents établissements avant la fin de l’année. Suite au projet dit « martyr » présenté le 1er juin et largement débattu depuis dans nos communautés, les périmètres des collèges et des départements ont été repris et une première version du cahier des charges va pouvoir être diffusée largement et servir à la réflexion des acteurs du chantier. Les groupes fonctionnels associés aux différents domaines avancent dans leurs travaux et, grâce à la mobilisation de toutes et tous, les échéances du calendrier devraient pouvoir être tenues. Les propositions issues de ces débats devraient rassurer les inquiétudes de certains : la future Université de Bordeaux qui se dessine collectivement répond à l’impérieuse nécessité de renouer les liens entre des universités très (trop) spécialisées et les grandes écoles pour fonder une grande université pluridisciplinaire. Et avec cette grande Université de Bordeaux, nous répondrons aux attentes d’un véritable service public de formation supérieure et de recherche, pour faire face aux enjeux du vingtième et unième siècle. Yannick Lung


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actu

L’enseignement supérieur et la recherche

en question

Lancées le 11 juillet dernier par la ministre Geneviève Fioraso, les Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche se délocalisent avec les Assises territoriales.

Elles entrent aujourd’hui dans leur deuxième phase, qui permet à la communauté bordelaise de s’exprimer. En effet, si septembre a été consacré à la consultation nationale, octobre est le temps des Assises territoriales. En Aquitaine, rendez-vous est pris le 15 octobre à Bordeaux et le lendemain à Pau. « Au-delà de ces journées, chacun est invité à apporter sa pierre à l’édifice. En organisant des assemblées générales ou, simplement, en déposant sa contribution sur les sites web dédiés aux Assises », explique le rapporteur régional, François Dubet. A l’issue de ces Assises territoriales, le rapport sera rendu à la ministre en décembre. La loi relative aux libertés et responsabilités des universités

et la loi d’orientation et de programme pour la recherche devraient alors être amendées et les nouvelles dispositions soumises au Parlement dès le début 2013. Trois thèmes principaux sont au cœur des échanges : la réussite des étudiants, la réorganisation de la recherche et la gouvernance universitaire. Déjà, des priorités semblent se dégager à l’issue de la consultation nationale : mettre fin au morcellement de l’enseignement supérieur, en rapprochant grandes écoles et universités, simplifier le système de recherche, remettre la pédagogie au cœur de la question de la réussite… Les travaux engagés depuis 18 mois pour la NUB arrivent à point nommé pour contribuer à la réflexion sur la modernisation du système français d’enseiA.O-M. gnement supérieur et de recherche.

© XR Picture-MESR

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nimées par un comité de pilotage présidé par Françoise Barré-Sinoussi, les Assises du supérieur ont pour ambition de « replacer l’élévation du niveau de formation du plus grand nombre, la science et la recherche, au cœur des enjeux sociétaux, culturels, environnementaux et économiques de notre pays ».

Le 11 juillet dernier, G. Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et F. Barré-Sinoussi, présidente du comité de pilotage, lançaient les assises de l’ESR.

Toutes les infos sur www.assises-esr.fr

Sommaire Directeur de la publication : Alain Boudou, président de l’Université de Bordeaux Rédactrice en chef : Annabelle Ouvrard-Milon Préparation et coordination : Adeline Chatron Rédacteurs : Stéphanie Béraud-Sudreau, Delphine Charles, Adeline Chatron, Alix Laymand, Annabelle Ouvrard-Milon, Claire Moras, Jean Petaux, Anne Seyrafian. Maquette : Thierry Piers Photo couverture : Hugues Bretheau Imprimeur : BLF Impression, Le Haillan Imprimé sur du papier PEFC avec des encres végétales

Ligne de mire ACTU : Fusion d’université, « une dimension démocratique absente du secteur privé ». . . . . . . . . . . . Page 4 dossier spécial : Grandes missions : les objectifs se concrétisent. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 6

S comme... subsidiarité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 9 Quid de la structure institutionnelle ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 9

Chantier ACTEUR : Cécile Bébéar : ambassadrice de l’université de Bordeaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 10 PARTENAIRE : Dépasser les frontières Université - CNRS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 11

Ouverture

Contact : Direction opérationnelle - PRES UBx 166, cours de l’Argonne - 33 000 Bordeaux contact.nub@univ-bordeaux.fr http://www.nouvelle-univ-bordeaux.fr

INVESTISSEMENTs D’AVENIR : i-Share, une cohorte unique au monde sur la santé des étudiants. . . . . Page 12

Date de parution : 1er octobre 2012 – Gratuit

événement : Rentrée solennelle du PRES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 14

Prochain numéro : décembre 2012

AILLEURS : La Harvard Kennedy School, une école de l’université de Harvard. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 15

REcherche : SeARCH, un projet pharaonique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 13 vitrine : A la santé de l’université ! . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 14

l’IMAGE DU MOIS : La piscine universitaire, les coulisses du développement durable . . . . . . . . . . . . . . . Page 16

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POINT DE VUE

Fusion d’universités : « une dimension démocratique absente du secteur privé » Les fusions d’entreprises font chaque jour l’actualité dans un contexte économique caractérisé par des mutations importantes. Parallèlement, la recomposition du paysage universitaire s’accélère. Frédéric Guérineau, ancien élève de Sciences Po Bordeaux et directeur régional Sud-Ouest du groupe BPI, conseil en stratégies de changement, nous livre ses réflexions sur l’impact de ces phénomènes. Un regard, personnel et parfois décalé, du secteur privé sur l’université. H. : Quel regard portez-vous sur le chantier de fusion des universités bordelaises ? Frédéric Guérineau : C’est l’un des plus belles nouvelles qui puisse arriver à notre région. En effet, les grandes entreprises vont chercher leur « ressources humaines » dans les grandes écoles ou les universités. L’effet de taille est l’un des critères essentiels dans ce processus de sourcing*, la notion de polyvalence et d’interdisciplinarité des études en est un autre. Logiquement, cette nouvelle université, avec autant de viviers et de filières va intéresser davantage les grands groupes et faciliter les recrutements. Car d’après moi, la vraie fragilité des universités bordelaises actuellement n’est pas dans la pédagogie mais dans le service qui permet de les promouvoir. La création d’un département de relations aux entreprises puissant et bien structuré avec des spécialistes par secteur permettrait de rendre la future université aussi visible que ses homologues européennes dans lesquels les grands groupes vont dénicher leurs recrues. H. : Les processus de fusion ont-il à votre avis les mêmes objectifs pour les entreprises et les universités et les risques encourus sont-ils identiques ? F. G. : Le premier bénéfice attendu d’une fusion d’entreprises est l’augmentation du chiffre d’affaire

et le développement des parts de marché. Pour des universités, évidemment, la question ne se pose pas en ces termes. Je pense qu’il s’agit plutôt d’être plus lisible au niveau régional et plus visible à l’international, notamment en Europe. Le deuxième avantage d’une fusion dans le secteur privé est la réduction des coûts de structure, optimisation qui permet également de se rapprocher des clients. à l’échelle des universités, la réorganisation des fonctions support doit permettre de mieux servir le soutien aux grandes missions de formation et de recherche. Cette restructuration pourrait contribuer à l’amélioration des cursus pédagogiques, des équipements et bénéficier aux relations université/ entreprises. Sans oublier un soutien accru à une recherche innovante. Quant aux risques éventuels encourus, ils sont en partie inhérents aux cultures des structures qui fusionnent. Le respect de ces cultures est la clé d’une fusion réussie. Cela demande une subtile analyse des différences culturelles et des processus mis en place. Il est important de trouver des voies d’harmonisation et de ne pas uniquement vouloir être dans une logique de pouvoir. Même combat pour les universités, à la grosse différence près qu’ici ce sont cinq établissements qui fusionnent alors que dans la majorité des cas, les entreprises ne sont que deux. Cela complexifie bien évidemment le projet.

Brèves L’IdEx Bordeaux a initié une campagne « Doctorat international 2012 » à titre expérimental. L’objectif est

double : renforcer l’exposition internationale des jeunes chercheurs formés à l’Université de Bordeaux et consolider des relations de recherche dans le cadre de partenariats ou de réseaux internationaux structurants. Concrètement, ce programme ouvert à l’ensemble des Ecoles doctorales bordelaises, permettra de financer une vingtaine de thèses menées dans un contexte international (co-tutelle ou équivalent) sur la période 2012-2015 et sélectionnées sur la qualité de leur dossier.

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La première phase du projet IsTex (Initiative d’excellence de l’Information Scientifique et Technique) est en cours. Ce vaste programme d’acquisition de ressources scientifiques vise à créer une bibliothèque numérique accessible à distance par tous les membres des établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ses deux actions sont l’acquisition des archives scientifiques et la création d’une plateforme de consultation. Les chercheurs ont jusqu’au 20 octobre pour répondre à une enquête sur leurs besoins documentaire.


© Lionel Lizet

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H. : Quelles conséquences pour les salariés ou les personnels des entités qui fusionnent ? F. G. : Justement, au-delà du changement institutionnel l’autre enjeu majeur est celui du changement pour les individus : changement de poste, de contenu et d’environnement professionnel, d’outils, de management… Il faut un temps de préparation et d’adaptation, temps qui dépend aussi de la rapidité des opérations. Les fusions d’entreprises peuvent être très concentrées puisqu’elles sont calées sur le cycle de vie du produit. Dans ce cas, c’est plus difficile pour les salariés. Par ailleurs, il faut être très vigilant sur les aspects de la vie quotidienne. Si cet aspect est négligé, cela peut entrainer le rejet de la fusion par les salariés et donc générer des pertes pour l’entreprise. Or, le diable se niche dans les détails ! D’où une nécessité absolue d’accompagner les personnels dans ce changement. Aujourd’hui, partout en Europe, l’implication des salariés dans les opérations de fusion est obligatoire. Le droit social contraint les entreprises à consulter les syndicats. Des groupes de paroles et d’écoute sont mis en place. Dans les universités, ce n’est pas parce que la loi en fait l’obligation qu’on associe largement les personnels. Cette logique de participation et de consultation est liée à la culture fondamentalement démocratique du monde universitaire. Il faut dire que le

Aquitaine Science Transfert est le nouvel interlocuteur unique en Aquitaine pour les activités de transfert et d’incubation de la recherche publique. Elle e été créée par l’Université de Bordeaux, le CNRS,

contexte est bien différent : on confie à nos universités le fait de former des citoyens. Cette dimension citoyenne n’existe pas dans les entreprises… H. : Concrètement, selon vous, quels vont être les avantages d’une université unique à Bordeaux ?

600 acteurs sont impliqués dans le chantier à différents niveaux. Un exemple de la culture fondamentalement démocratique de la communauté universitaire.

F. G. : Cette fusion va permettre à l’université de Bordeaux d’avoir accès à des moyens plus importants et de devenir une véritable référence, une marque. C’est important pour les recruteurs qui sont contraints à faire des « hyper sélections » de CV. Il faut attirer leur attention par une image forte. Au sein d’une université, ils cherchent à la fois la notoriété, la diversité mais aussi une certaine forme d’esprit critique et de capacité au changement. L’université permet de garantir l’égalité des chances à tous. Elle doit être attractive pour les entreprises mais aussi pour les familles et les étudiants. Bordeaux a beaucoup d’atouts. Les universités ont fait beaucoup de progrès dans l’art d’enseigner, il faut à présent qu’elles évoluent dans l’art de « dire ». C’est un défi que devra relever cette nouvelle université bordelaise. Propos recueillis par S.B-S. * Processus ayant pour objectif d’identifier des candidats correspondant aux profils recherchés par le client.

l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, l’Inserm et la Caisse des Dépôts et Consignation pour le compte de l’Etat, dans le cadre du volet valorisation des « Investissements d’Avenir ». Dotée d’un capital de 1 million d’euros, elle est dirigée par Maylis Chusseau.

La réflexion est engagée entre les membres fondateurs du PRES Université de Bordeaux et l’Université Pau Pays de l’Adour sur la création d’un PRES Aquitain, en lien avec le Conseil Régional. L’objectif : créer une vraie

dynamique régionale de coopération entre l’Université de Bordeaux et l’université sud-aquitaine. Ce réseau de compétences pourrait jouer un rôle important dans le cadre de l’euro-région. Ces premières réflexions devraient prochainement se traduire par la mise en place d’un groupe projet dédié au sein du chantier NUB.

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Grandes missions : Dossier spécial

La phase de conception du chantier NUB bat son plein. Avant l’été, les comités formation, recherche et vie de campus ont planché sur les objectifs des grandes missions du futur établissement qui sont aujourd’hui finalisés. Tour d’horizon de ces enjeux essentiels avec les coordonnateurs des comités.

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ne université bien ancrée dans son territoire et rayonnante à l’international, une formation pluridisciplinaire permettant la réussite de tous les étudiants adossée à une recherche innovante et bien structurée, le tout sur un campus vivant et ouvert sur la cité… telles sont les ambitions de la nouvelle université de Bordeaux. L’équation est complexe mais le résultat des réflexions menées au sein des comités dédiés à chacune des missions que sont la formation, la recherche et la vie de campus a mis en lumière des objectifs concrets, complémentaires et ambitieux.

Une offre de formation cohérente et interdisciplinaire adossée à la recherche Les étudiants sont au cœur du projet de la nouvelle université de Bordeaux. Tout sera mis en œuvre pour accroitre leur réussite tout au long de leur cursus et les accompagner dans leur orientation et leurs choix professionnels. L’offre de formation devra évoluer et s’adapter au contexte actuel. Pour ce faire, les acteurs du comité formation ont identifié quatre grands objectifs. Le premier d’entre eux concerne directement la réussite des étudiants et leur orientation, deux problématiques indissociables selon Achille Braquelaire. « Il y a un enjeu très fort dans les passerelles ; la problématique du « -3+3 » (bac -3 à bac+3 ndlr) commence en 2nde et finit en L3. Permettre aux étudiants de réussir leur cursus mais aussi éventuellement de rebondir se prépare dès le lycée. Il est indispensable de faire évoluer les dispositifs d’orientation dans les lycées et d’harmoniser nos procédures. Il faut également poursuivre le travail engagé sur les projets personnels des étudiants et mettre la professionnalisation au cœur de la construction de l’offre de formation. » Les coordonnateurs du 6

comité s’accordent à dire que le projet NUB est un terrain d’expérimentation nationale particulièrement intéressant qui apporte une opportunité de pouvoir mutualiser les bonnes pratiques. Si concrètement, différents dispositifs existent déjà au sein des établissements, la NUB va permettre de réfléchir au deuxième étage de la fusée. L’amélioration de la qualité de la pédagogie est une autre priorité. L’une des pistes identifiée est la création d’un Service Universitaire de Pédagogie dont la fonction principale est d’accompagner et de promouvoir les innovations pédagogiques des

© Hugues Bretheau

Les objectifs se concrétisent


Dossier spécial

enseignants chercheurs et des enseignants (forma- étudiants dans les laboratoires, sans pour autant tion aux nouvelles pratiques pédagogiques, appui que cela soit préjudiciable à l’activité de ces derà l’évaluation et à l’amélioration continue des for- niers », précise Anne Beuter. mations, etc) et de partager les bonnes pratiques… La phase de conception est très productive pour le « L’université est certes un lieu comité formation. La réorganide diffusion du savoir, elle doit sation du chantier en domaines « Avec la NUB, nous allons être aussi celui du développefonctionnels s’avère être partiment des compétences et des pouvoir mieux soutenir les culièrement efficace. aptitudes. Cela passe par une grandes missions et mettre « Nous avons des objectifs à long évolution des pratiques pédago- en commun les compé- terme et nous nous mettons acgiques. » tences. La force de la NUB tuellement en ordre de marche. Autre point : la fameuse interdisest d’apporter une vraie Nos idées sont fortement dans ciplinarité. Concept incontourl’air du temps, nous ne partons nable qu’il est fondamental de plus-value » A. Braquelaire pas de rien. Nous installons un développer car la formation doit processus dynamique et non s’ouvrir, les savoirs et les cursus se croiser. « C’est pas figé. Le défi aujourd’hui est de mettre en place un enjeu principal pour l’université du XXIème siècle. ces objectifs dans une organisation stable mais évoEn France nous avons trop souvent dérivé vers une lutive », conclut Achille Braquelaire très confiant. hyperspécialisation des formations. Aujourd’hui le spectre doit être plus large car les problématiques Interdisciplinarité, internationalisation et le sont aussi. Un étudiant qui sort de l’Université de Bordeaux doit être certes spécialiste dans un do- promotion de l’excellence pour la recherche maine mais le socle de sa formation doit être plus global », insiste Achille Braquelaire qui ajoute que la L’organisation de la recherche, doit tenir compte de NUB est une véritable opportunité de construire ce la diversité des champs scientifiques (Sciences et technologies, Biologie – Santé, Sciences humaines type de formations. Le dernier volet des objectifs de la mission forma- et sociales). En effet les sciences humaines et sotion est son articulation avec la recherche pour tous ciales ne s’appréhendent pas de la même façon que les cursus et à tous les niveaux. Un processus qui les sciences dites dures et pourtant, de nombreux doit se développer davantage, affirme Achille Bra- dispositifs organisationnels actuels sont identiques. quelaire. L’une des idées est d’impliquer plus les La fragmentation des disciplines et la diversité des laboratoires et les départements de recherche dans pratiques selon ces disciplines peuvent compliquer la formation. « Lors de son passage à l’université, la gestion globale de la recherche dans une grande l’étudiant doit avoir pris conscience qu’il a été for- université multi-disciplinaire. mé dans un univers qui diffuse le savoir, mais aussi La tendance actuelle est à l’individualisation des qui le construit. Il faut absolument rendre concret programmes de recherche mais également à une ce qu’est la recherche aux yeux des étudiants. Cela ouverture plus grande à l’international. Enfin, les suppose par exemple de développer l’accueil des missions de la recherche, la découverte de nou-

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L’articulation de la formation avec la recherche est au coeur des préoccupations des comités

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Dossier spécial

veaux savoirs, la formation à et par la recherche ou la construction de programmes multi- ou trans-disciplinaires pour répondre à de grands enjeux sociétaux, doivent être renforcées par la nouvelle organisation. C’est forts de ce diagnostic que les membres du comité recherche travaillent afin de définir au mieux les objectifs d’une politique scientifique optimale cohérente, résolument interdisciplinaire et capable de servir les intérêts de tous. La définition des subsidiarités ainsi que les grands objectifs opérationnels d’un département scientifique de la NUB sont en cours de consolidation. Ils devraient être validés courant octobre. Le comité doit ainsi proposer une organisation de la recherche en départements scientifiques qui devront assurer la gestion des crédits, l’allocation de moyens, la gestion des carrières des personnels, etc. La définition de la stratégie reviendra au conseil scientifique de l’Université. La question du pilotage de ces départements est également au cœur des débats, qui intègrent à la fois les dimensions humaines et structurelles, mais également l’IdEx Bordeaux et l’ensemble des programmes de recherche d’excellence. Si la structure d’organisation de la future université en collèges de formation et en départements de recherche n’est plus un scoop, il reste à réfléchir à la coordination pour que l’articulation recherche / formation se fasse le mieux possible. Le renforcement Animer la vie de campus de l’adossement de la recherche à la formation et la pour faire de l’université un cohérence pédagogique globale en dépendent. « Il lieu où l’on se sent bien. y a forcément une zone de recouvrement entre les

collèges et les départements. Les départements sont les émanations des grands champs scientifiques. Ils sont des structures de gestion, des éléments de mise en cohérence. Ils vont permettre d’organiser la recherche, de faciliter la synergie entre labos », affirment Eric Papon et Claude Sorbets. L’IdEx, qui est un autre des grands chantiers portés par le PRES, constitue lui aussi un outil structurant. La création de pôles thématiques pluri et transdisciplinaires augmentera l’interaction entre les unités, au sein et entre les départements. « Le pôle est la structure de mission, d’impulsion. » explique Eric Papon.

« Toute la problématique du chantier NUB pour la recherche consiste à trouver un juste équilibre entre une intégration plus forte et une autonomie plus grande. » « Nous devons arriver à mettre en place une recherche forte, durable, lisible et visible. Il faut faire sauter les verrous technologiques et scientifiques, croiser les champs disciplinaires parce que ce sont souvent aux interfaces que sont produites les innovations majeures. » , ajoutent les coordonnateurs. Le dernier point de cette vaste structuration concerne les écoles doctorales. Elles sont aujourd’hui au nombre de neuf à l’échelle du PRES. Véritables viviers de renouvellement des projets de recherche, ces écoles doivent optimiser leur fonctionnement. Un conseil des écoles doctorales élargi sera à créer afin de veiller à la mise en cohérence des pratiques qui concernent par exemple l’accompagnement des doctorants dans leur projet professionnel.

© Université Montesquieu - Bordeaux IV

Une université présente au cœur de la cité

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Si l’université répond essentiellement aux missions de production et de diffusion du savoir, elle a également pour mission d’animer la vie de campus. C’est en tous cas l’une des priorités du chantier de la nouvelle université de Bordeaux. « L’objectif principal est de faire de l’université un lieu où l’on se sent bien, où l’on a envie d’être, où il est possible de s’épanouir personnellement » affirment Nicole Rascle et Paul Vinot, coordonnateurs du comité vie de campus. « Nos pistes de réflexions partent du constat que les étudiants sont, à quelques exceptions près, très peu impliqués dans la vie de leur établissement car ils ne savent pas quelle est leur place dans le dispositif. Il faut y remédier. Le but est d’améliorer les conditions de vie des étudiants et des personnels pour leur donner envie de participer. Un campus est une entité géographique mais aussi humaine qui s’anime autour d’un projet commun », ajoutent-ils. Il apparaît aujourd’hui incontournable de raisonner plus globalement et de développer les liens entre la cité et l’université. Car une université bien ancrée dans sa ville représente un enjeu de valorisation pour cette dernière, d’où l’importance de créer sur


Dossier spécial

les campus des conditions de vie agréable (améliorer les conditions de logement, de transport, de restauration de services…) et de multiplier les actions de coopération mutuelle. C’est un intérêt stratégique pour la visibilité à la fois de l’université et celle de la ville. Des étudiants bien formés et heureux véhiculent une image très positive sur le plan local, national mais aussi international. « Aujourd’hui, la vie de campus existe mais elle n’est pas vraiment pilotée. Nous réfléchissons à une structure permettant de mettre en place une politique commune qui anime le tout, la culture, le sport, la valorisation des sciences… L’hypothèse avancée est la création de plusieurs « campus de site » avec comme élément de concertation un « conseil de site ». Il pourrait être constitué de représentants des collèges, des étudiants, des laboratoires et des partenaires extérieurs, pour coordonner les actions, dans le cadre d’une stratégie cohérente définie par le Conseil des études et de la vie universitaire. Pour ce faire, nous devons tisser des liens étroits avec la ville afin de créer des interactions enrichissantes », précise Nicole Rascle. L’essentiel de ces objectifs sera en œuvre après 2014. En attendant, le chantier se poursuit et les étudiants seront très prochainement invités à une série de consultations afin de donner leur avis sur leur future université. Promotion de l’excellence, réussite pour tous, ouverture sur la cité et sur le reste du monde sont concrètement des objectifs bel et bien au cœur des préoccupations de ce chantier. S.B-S.

Ligne de mire

Quid de la

structure institutionnelle ? La structure institutionnelle, c’est l’organisation générale de la gouvernance de l’établissement : le système des instances (statutaires, consultatives, de direction, de coordination ou d’animation…) et des composantes (unités de formation et de recherche…), leurs compositions et rôles respectifs, les liens entre elles... La structure institutionnelle s’incarne dans les statuts et le règlement d’intérieur de l’établissement. La structuration institutionnelle de la NUB est le fruit d’un important travail collectif et itératif. Depuis plusieurs mois une réflexion a été menée, notamment sur la question de la subsidiarité, à la fois au sein des comités formation, recherche et vie de campus et en groupe gouvernance. L’ensemble des propositions a été rassemblé, avec les dispositions prévues par le code de l’éducation et la LRU, dans une première version de « projet de cahier des charges ». Ce document a ensuite été discuté point par point par le directoire et le groupe de gouvernance à plusieurs reprises, et notamment au cours d’un séminaire les 3 et 4 septembre derniers. Il sera diffusé largement et servira à la réflexion des acteurs du chantier. A.O-M.

Abécédaire

S comme...

subsidiarité

Pour une fois, serait-on tenté d’écrire, l’Union européenne, qui n’est pas vraiment réputée pour la grande limpidité de son expression, se révèle particulièrement claire : « Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la Communauté n’intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et dans la mesure où les objectifs de l’action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les Etats membres et peuvent donc, en raison de dimensions ou des effets de l’action envisagée, être mieux réalisés au niveau communautaire » (Traité sur l’Union européenne - Traité de Maastricht – titre II, art. 3B – 7 févr. 1992). Le principe de subsidiarité réside donc dans le fait qu’une autorité centrale ne peut effectuer que les tâches qui ne sont pas réalisées à l’échelon inférieur. Une organisation, une institution qui relève de

cette règle, confie aux instances locales qui la composent, la majeure partie de ses attributions et de ses compétences. Lorsque le degré de subsidiarité est élevé, les autorités « subsidiaires » deviennent, en quelque sorte, les principales détentrices du pouvoir opérationnel. Le « centre » se réserve, quant à lui, les choix et les grandes orientations stratégiques. La nouvelle université de Bordeaux a affiché, dès le lancement du projet, son attachement au principe de subsidiarité. Elle revendique explicitement, dans ses textes d’orientation et dans ses documents stratégiques, la volonté de confier un maximum d’attributions aux instances qui la structureront, au plus près des acteurs de la communauté universitaire. Manière de dire que ce qui est subsidiaire ne saurait être confondu avec l’accessoire et le secondaire. Bien au contraire ! J.P.

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Chantier

ACTEUR

Cécile Bébéar ambassadrice de l’université de Bordeaux Rencontre avec Cécile Bébéar, élue du comité recherche et co-coordinatrice du groupe fonctionnel Culture de la NUB.

cation ! Rappel des faits. Fin 2007 signe le début de son engagement politique auprès de Manuel Tunon de Lara lors de sa campagne à la présidence de Bordeaux 2. Elu, il lui confie le rôle de chargée de mission en communication, à développer à ce moment là. « Je trouvais le challenge intéressant et il me permettait de sortir de ce que je faisais au quotidien ». Elle lance un audit qui conduira au recrutement d’une nouvelle directrice. On connait la suite : nouveau nom, nouveau logo, nouveau site web… Entretemps, parce qu’elle semble être douée pour les réveiller, une autre « belle endormie » de Bordeaux Segalen lui est confiée : la culture. Tout d’abord chargée de mission, elle devient directrice de service après la réélection de Manuel Tunon de Lara en février 2012. « J’ai découvert encore plus qu’avec la communication ».

© Mathieu Mamontoff

Des campus qui fonctionnent bien

S

a vocation était-elle inscrite dans ses gènes ? Même si sa spécialité est la bactériologie et non la génétique, le professeur Cécile Bébéar vous répondrait que c’est évidemment impossible. Si ce n’est héréditaire, c’est bien son environnement familial « très médicalisé » qui l’a conduite à la carrière de médecin. Et même à suivre les traces de sa mère en reprenant sa suite au laboratoire Infections humaines à mycoplasmes et à chlamydiae (unité mixte INRA / Bordeaux Segalen). L’infection familiale ne semble pas être enrayée : Gabrielle, 6 ans, énonce déjà vouloir être « docteur comme maman » ! Nul doute qu’elle étudiera alors sur les bancs de la nouvelle université de Bordeaux. Projet dans lequel sa mère explique « s’être toujours investie ». Parce qu’elle s’intéresse « à l’organisation de la future organisation de la recherche de la NUB », elle est élue dans le comité s’y rapportant. Depuis mars 2012, elle est également co-coordinatrice du groupe fonctionnel Culture. Comment Cécile Bébéar est-elle passée de la culture de bactéries à la culture… tout court ? Via la communi-

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Et depuis elle court, comme dans les semi-marathons qu’elle affectionne dans ses quelques moments de loisirs, d’une fonction NUB à une autre à Bordeaux Segalen : directrice d’unité de recherche, chef de service adjointe en bactériologie au CHU, et enseignante. « Quand on prend ces responsabilités, on sait qu’on va devoir gérer le personnel, les projets, les recherches de financement, les évaluations… ». Toujours passionnée par la bactériologie, elle continue les astreintes le samedi matin à l’hôpital et les conférences à l’étranger au cours desquelles elle se « sent déjà une ambassadrice de l’Université de Bordeaux ». La NUB est « une belle opportunité de gagner une nouvelle visibilité au niveau international. J’y crois. On a des campus qui fonctionnent déjà bien, je ne vois pas en quoi le fait de les réunir ne marcherait pas ». Mais attention pour une femme aussi déterminée que Cécile Bébéar, ambassadrice n’est pas synonyme de « béni-oui-oui ». Elle sait pointer certaines faiblesses. «  Je trouve que la culture n’est pas assez soutenue politiquement actuellement. J’espère qu’avec la NUB, elle le sera plus ». A faire également : « des efforts de communication et vérifier que les gens aient accès à l’information ». Elle comprend l’inquiétude de certains personnels surtout que l’échéance approche. Mais explique avoir confiance. « Le projet a été superbement porté au niveau des initiatives d’excellence. Et la création de la DIROP a évité une externalisation qui aurait pu entraîner une dépersonnalisation du projet ». Pour sa part, elle souhaite continuer à s’investir dans la culture. D.C.


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partenaire

Dépasser les frontières

Université - CNRS 3 questions à Christophe Giraud, délégué régional Aquitaine Limousin du CNRS depuis avril 2012 concernant un possible partenariat renforcé entre la nouvelle université de Bordeaux et le CNRS. H. : Pourquoi avoir récemment rencontré le Directoire et le Comité administration de la NUB ? C. Giraud : En cohérence avec la stratégie d’accompagnement de la structuration de la recherche en région, nous proposons un partenariat opérationnel global avec la NUB en complément de la vision stratégique partagée qui fait l’objet de la convention quinquennale de site. A l’instar de l’organisation scientifique de la recherche, l’idée est de construire une organisation administrative de la recherche la plus intégrée possible entre le CNRS et les établissements universitaires actuels et futurs. Ceci en harmonisant nos outils (systèmes d’information, référentiels, processus budgétaire…) ainsi que nos réponses, en tant que co-tutelles, aux demandes des unités. Nous pouvons, sur Bordeaux, « dépasser les frontières » entre la future NUB et le CNRS.

tionnels qui concernent notamment les finances, les ressources humaines, le système d’information, l’hygiène et la sécurité… La question de l’intégration du CNRS en tant que membre du PRES Université de Bordeaux sera également examinée. H. : Quel sont les enjeux de ce partenariat ? C.G. : Ils sont doubles : simplifier au maximum la gestion de la recherche et faciliter l’obtention de ressources supranationales, en particulier des financements européens, par nos unités en mettant en commun nos compétences. Propos recueillis par D.C.

C.Giraud (deuxième de dr. à g.), en séance de travail avec 4 des 5 membres du directoire

H. : Ce partenariat est-il une volonté nationale? C.G. : Effectivement, différents accords ont été signés entre le CNRS, la conférence des présidents d’université (CPU) et l’agence de mutualisation des universités et des établissements (AMUE). La création de la NUB peut constituer une réelle opportunité de créer une nouvelle organisation de l’appui à la recherche entre le CNRS et les établissements du site bordelais. Il ne s’agit pas d’une fusion, travailler ensemble ne signifie pas disparition de l’identité juridique de chacun. Nous souhaitons renforcer l’implication du CNRS dans le fonctionnement de la NUB et, pour cela, nous participons à 10 groupes fonc-

Brèves Le 12 septembre dernier, l’Assemblée des comités techniques a réuni les représentants du personnel des cinq établissements et du PRES pour échanger sur l’état d’avancement du chantier. Cinquante élus ont participé à cette rencontre animée par Yannick Lung, en charge du dialogue social pour le directoire. Leurs interrogations ont principalement porté sur le calendrier du chantier, l’articulation avec les Assises du Supérieur, les emplois et conditions de travail.

Cartofac, l’outil de cartographie des fonctions et des activités, va rentrer prochainement dans sa phase d’exploitation. Depuis juillet, les experts des ressources humaines ont travaillé à consolider les données saisies et, désormais, l’application va pouvoir être mise à la disposition des différents domaines fonctionnels. En effet, au-delà de la cartographie d’ensemble produite, Cartofac doit permettre de réaliser des analyses plus personnalisées, pour alimenter le travail de conception administrative de chaque domaine.

Le domaine fonctionnel handicap vient d’être mise en place. Ce domaine fonctionnel répond à une volonté politique forte d’intégrer la problématique du handicap dans les missions de la future université de Bordeaux. Un domaine dont l’enjeu de transversalité est particulièrement important compte tenu des interactions nombreuses qu’il aura avec les autres domaines tout au long de la phase de conception.

Le premier agenda étudiant de l’Université de Bordeaux a été distribué sur les campus depuis la rentrée. Fruit d’un travail collaboratif entre les établissements fondateurs du PRES, au sein du groupe fonctionnel Communication, il permet de rappeler aux étudiants qu’ils appartiennent aussi à la communauté de l’Université de Bordeaux. Diffusé à 40 000 exemplaires, il conjugue des informations communes relatives au site universitaire bordelais et des informations propres à chaque établissement (vie étudiante, services, contacts...). Horizons #6 - Octobre 2012

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Vie de l’Université

investissements d’avenir

i-Share*,

une cohorte unique au monde Le projet i-Share, lauréat des « Investissements d’Avenir », est une aventure hors norme. Cette cohorte de 30 000 étudiants suivis sur 10 ans va permettre d’explorer la santé des jeunes adultes, domaine encore peu investi par les chercheurs. Portée par l’Université de Bordeaux, celle de Versailles St-Quentin et l’Inserm, cette étude XXL est pilotée depuis le site bordelais par Christophe Tzourio, neurologue et épidémiologiste de renommée internationale.

C

urieusement, la santé des étudiants n’a jamais mobilisé les scientifiques que ce soit en France, en Europe ou dans le reste du monde. « Dans le cadre d’un bilan que nous avons fait sur la recherche en santé publique, nous avons réalisé que nous disposions seulement de données parcellaires et généralement ponctuelles sur la santé des adultes jeunes », explique Christophe Tzourio. Or, les problèmes de santé qui touchent cette population sont bien réels et peuvent avoir des conséquences invalidantes sur le plan physique, psychique ou social. Il en est ainsi des pathologies de santé mentale (le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes après les accidents de la route). Idem pour les addictions les troubles du comportement alimentaires, etc. dont les effets dans le temps peuvent générer des complications sévères. i-Share permettra de mieux comprendre les facteurs de risque et d’étudier les marqueurs précoces de certaines maladies qui concernent les adultes jeunes. « Car nous savons que c’est en observant les sujets jeunes que l’on appréhendera mieux les pathologies auxquelles ils seront confrontés dans le futur. C’est pourquoi ce projet représente un enjeu de santé publique capital».

Un projet interuniversitaire phare dans la compétition scientifique internationale La taille exceptionnelle de la cohorte, l’importance des questions posées et des maladies étudiées, la richesse du bilan clinique et la sophistication des projets de recherche translationnels positionnent i-Share comme une étude majeure en recherche biomédicale. Un projet totalement inter universitaire qui ne peut être mené à bien que parce qu’il a été pensé et conçu – pour son volet bordelais dans une logique d’établissement unique. « i-Share s’adresse à la globalité des étudiants des quatre universités et des écoles qui composent l’Université de Bordeaux. C’est cette hétérogénéité des profils et des parcours étudiants qui confère toute sa richesse à cette étude », précise Christophe Tzourio, enthousiaste. Il ajoute que la perspective de la nouvelle université de Bordeaux « donne bien plus de marge de manœuvre à nos actions et un impact plus fort en terme d’image ». Il y a d’ailleurs fort à parier que cette étude contribuera à renforcer chez les étudiants un sentiment de cohésion et d’appartenance à un seul établissement. Au-delà de l’Université de Bordeaux, de nombreux partenariats scientifiques sont déjà mis en place et plusieurs grandes universités internationales, comme Sydney, Oxford et Harvard, ont déjà fait part de leur intérêt…

i-Share, une étude i-tech !

Axes pathologiques de l’étude i-Share • • • •

Migraine Santé mentale (dépression, anxiété, stress posttraumatique, troubles de l’alimentation ou de l’attention) Infections sexuellement transmissibles Comportements à risque, addictions, accidents...

Pour concevoir le projet, Christophe Tzourio et son équipe travaillent sans relâche depuis plusieurs mois. Aujourd’hui, le protocole scientifique est acté et le premier questionnaire adressé aux étudiants est terminé. Première phase déterminante au cours de laquelle questions, méthodes et moyens de communication ont été testés. A Bordeaux, l’équipe s’attelle à présent à la mise en place concrète de la cohorte. Six personnes travaillent déjà à temps plein sur le projet. Au final, l’équipe comptera entre 20 et 30 personnes dont le recrutement est en cours. « Nous avons besoin de profils assez divers. L’approche multidisciplinaire de cette étude nécessite un effort particulier d’information, de formation et * Internet-based Students HeAlth Research Enterprise

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Vie de l’Université

sur la santé des étudiants

© WavebreakMediaMicro - Fotolia.com

de mise en réseau de tous les interlocuteurs que les jeunes auront en face d’eux. Il est en effet fondamental d’assurer la cohérence et la continuité de nos actions », signale Christophe Tzourio, La première interrogation concerne la participation des étudiants à l’étude. Vont-ils collaborer ? Comment les intéresser ? La première vague de recrutement (qui devrait concerner 2000 personnes) est prévue pour fin 2012 - début 2013. Le reste du recrutement s’étalera sur 5 ans. L’autre défi majeur d’i-Share sera de fidéliser une population mouvante sur une période longue. Une véritable gageure pour les promoteurs de l’étude, qui comptent sur le support essentiel des nouvelles technologies, indissociables de cette fameuse génération Y. Tous les moyens de communications et les usages issus du web seront exploités : questionnaires en ligne, interfaces sur

smartphones et tablettes, applications dédiées, sms, réseaux sociaux… à l’utilisation des nouveaux médias viendront s’ajouter des campagnes d’information plus classiques, sans oublier un vrai travail de terrain, basé sur de l’« humain », où les notions d’échanges et d’intégration des étudiants au fonctionnement de la cohorte seront essentielles. Interactivité, réactivité, rapidité, mais aussi retour d’information immédiat grâce à internet puisque les premiers résultats seront rapidement disponibles et accessibles en ligne. Une grande première en la matière.

Le comportement alimentaire est l’un des axes d’étude d’i-Share

i-Share devrait donc faire référence en Europe et dans le monde. Un immense et passionnant défi à relever pour la future nouvelle université de BorS.B-S. deaux.

recherche

SeARCH*,

un projet pharaonique Les colosses du phare d’Alexandrie recomposés à partir des représentations 3D des pièces archéologiques et reproduites à 1/5 de leur taille originale. Une véritable prouesse technologique.

L

e projet SeARCH, porté par Patrick Reuter, maître de conférences à l’Université Bordeaux Segalen, chercheur au LaBRI et collaborant au sein de l’équipe Inria Manao, débute en 2009 avec le soutien de l’Agence Nationale de la Recherche. L’objectif est le développement de nouvelles techniques de réassemblage virtuel en 3D, avec un cas d’application bien concret : les statues entourant le phare d’Alexandrie. Un projet qui croise les compétences d’experts en archéologie et de chercheurs en informatique, deux communautés dont les méthodes de travail sont très différentes. « Nous donnons de nouvelles possibilités aux professionnels du

patrimoine pour réassembler les pièces de façon virtuelle et semi-automatique. Ce n’est pas l’acquisition de fragments 3D en elle-même qui est novatrice mais les techniques d’analyse géométrique et de visualisation expressive liées aux nouvelles interfaces homme-machine, permettant aux scientifiques de l’archéologie de valider ou de rejeter les hypothèses » explique le chercheur. SeARCH a également permis d’intégrer V-Must, un réseau d’excellence européen sur les musées virtuels dans lequel l’université de Bordeaux est très S.B-S. impliquée. Un grand pas en avant.

*“Semi-automatic 3D Acquisition and Reassembly of Cultural Heritage” Horizons #6 - Octobre 2012

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Vie de l’Université

vitrine

A la santé de l’université ! « U », un nom à retenir en cette rentrée 2012 : celui du vin de l’Université de Bordeaux.

F

ait unique en France, l’Université de Bordeaux vient de créer son propre vin. Les savoir-faire de l’école d’ingénieurs agronomes, Bordeaux Sciences Agro (qui fête ses 50 ans le 19 octobre 2012), ont été mobilisés autour de cette initiative. Olivier Lavialle, directeur de l’école, insiste sur la qualité des terres du Château Luchey-Halde à Mérignac, où est produit le vin : « Le terroir est exceptionnel, caractéristique des meilleurs en Pessac-Léognan. » Fruit de l’ancrage de l’université dans sa région viticole, U a pour objectif de devenir la marque qui illustre l’excellence de l’Université de Bordeaux autour du partage. Proposé lors d’évènements, par les chercheurs, enseignants et administratifs, ce vin a été imaginé pour devenir « un véritable support de communication pour promouvoir l’Université de Bordeaux en France et à l’international. », explique Olivier Lavialle.

Ce nouvel assemblage lancé à l’occasion du millésime 2010 prend pour modèle celui du cru haut de gamme du château. Un mélange tout en finesse, en rondeur et en arômes fruités. « On a eu de la chance, rajoute le directeur de l’école, car l’année 2010 a été une année extraordinaire, l’année du siècle ! » Les 5000 bouteilles de ce millésime réservées pour l’université, sont disponibles à Bordeaux Science Agro ou directement au château. Elles n’attendent plus qu’à être ouvertes, leur contenu dégusté et le nom de l’Université de Bordeaux prononcé au-delà de A.L. nos frontières.

U, le vin de l’Université de Bordeaux, à consommer avec modération !

événement

© Les points sur les A

Rentrée solennelle du PRES

L

ors de la cérémonie de rentrée qui a eu lieu le 1er octobre à l’IPB, le Professeur JeanMarc Rapp, invité d’honneur, a prononcé une conférence sur « L’Université française au cœur de l’Europe : comment continuer ?  », qui s’est appuyée sur ses nombreuses activités d’expertise et de conseils en matière de politique européenne de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Deuxième temps fort de cette cérémonie, la 3e édition des prix de thèses de l’Université de Bordeaux, organisée dans le cadre d’IdEx Bordeaux. Quatre lauréats ont été récompensés pour le caractère original et innovant de leurs travaux, l’éclairage qu’ils apportent sur l’avenir de la recherche

du site bordelais ainsi que l’aptitude à présenter ces travaux à un public de non-spécialistes. Jean-Marc RAPP est professeur de droit. Titulaire d’un doctorat en droit de l’université de Lausanne, du brevet d’avocat du canton de Vaud et d’un master of law de l’université de Californie à Berkeley, il a notamment exercé comme avocat à San Francisco et à Lausanne, et substitut du procureur à la Cour suprême de Vaud (Suisse). Ancien recteur de l’université de Lausanne, il a été à la tête de la Conférence suisse des recteurs et de l’Association Européenne des Universités (EUA). Il a également présidé le jury de l’appel à projets sur les initiatives d’excellences dans le cadre des A.S. investissements d’avenir.

Brèves Des étudiants de l’Université de Bordeaux ont participé aux jeux olympiques et aux jeux paralympiques de Londres cet été. Bryan

Coquart, étudiant en STAPS a décroché l’argent en cyclisme sur piste, lors d’une épreuve de l’omnium intelligemment menée et passionnante. Solène Laclau, 20 ans, étudiante en L3 AES et Marion Coadou, 21 ans, étudiante titulaire d’une licence de droite et science politique, toutes deux judokas, ont surmonté leur déficience visuelle, après s’être hissé sur les plus hautes marches des podiums tout au long de l’année.

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Le show des robots français à l’exposition internationale de Corée. Près de 8 millions de visiteurs ont pu profiter cet été du show des robots

bordelais, mêlant danse, concert de rock, et performances motrices. S’appuyant sur des technologies issues du Laboratoire bordelais de recherche en informatique (LaBRI) et de l’Université de Bordeaux, avec le CNRS et l’Inria, ces robots sont dotés d’une souplesse remarquable dans leurs articulations, leur permettant notamment d’interagir avec l’homme.


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AILLEURS

La Harvard Kennedy School, une école de l’université de Harvard « Ask what you can do », c’est la devise de la Kennedy School à l’Université de Harvard… Un rappel de l’aphorisme de JFK, lors de son discours d’investiture à la Maison Blanche, le 20 janvier 1961 : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays ».

H

uitième doyen de la prestigieuse « John F. Kennedy School of Government », plus connue sous le vocable, « Harvard Kennedy School » (dire « HKS » pour ne pas passer pour un plouc), David T. Elwood, professeur d’économie politique, positionne d’emblée son école dans le paysage universitaire : « À la Kennedy School nous nous efforçons de créer un environnement fait d’opportunité et d’apprentissage entre nos étudiants et les autres composantes de l’Université de Harvard ». L’école de management public de Harvard a été créée en 1936, pratiquement au moment du lancement du « New Deal » par le président Roosevelt. HKS s’appelle, à son ouverture, la « Graduate School of Public Administration » (GSPA) et se donne pour ambition de former les futurs cadres d’un Etat providence en gestation, porteur des idéaux du Welfare State. Très vite l’École d’Administration publique de Harvard se révèle une véritable pépinière de futurs serviteurs des Etats-Unis et accueille, rapidement, de nombreux étudiants étrangers. Au tout début des années 60, Richard Neustadt, professeur de science politique à l’Université de Columbia, publie un livre qui va faire date : « The Presidential Power » et devient, rapidement, l’un des principaux conseillers de John F. Kennedy, puis, à la mort de celui-ci, de Lyndon B. Johnson. Nommé à Harvard, Richard Neustadt crée, au sein de l’École d’Admnistration publique, l’IOP (Institut of Politics), qui devient très vite un centre de recherche conçu par son fondateur comme « un mémorial vivant en souvenir du président Kennedy et qui encourage les jeunes étudiants à s’engager en politique et à œuvrer au service du public ». En 1966, la « Graduate School of Public Administration » prend le nom de « John F. Kennedy School of Government ». C’est, aujourd’hui, une des 15 écoles de l’Université de Harvard.

Kennedy School. Son association d’alumni (Anciens élèves) compte plus de 46.000 membres, parmi lesquels de nombreux chefs d’Etat ou de gouvernement du monde entier. L’institution propose plusieurs masters dont les plus connus sont le Master of Public Policy (MPP) et le Master of Public Administration (MPA).

Une forte autonomie mais une place entièrement inscrite dans l’Université HSK, école de l’Université de Harvard, dispose, comme les autres écoles, d’une très grande autonomie lui permettant de conduire sa propre politique de recrutement, de développement externe et collecte des fonds de soutien qui constituent une part essentiel de son financement. Elle s’inscrit, pleinement, dans la dynamique collective et globale de l’Université de Harvard. On retiendra finalement que la HKS fonctionne sur un modèle institutionnel assez réussi plaçant cette prestigieuse école au cœur de l’Université, tout en respecJ.P. tant totalement ses spécificités. À suivre…

Séminaire de management du risque à la Harvard Kennedy School dans le cadre du master Management des Politiques Publiques.

Une pluridisciplinarité revendiquée autour de la science politique

© Kent Dayton

La Kennedy School est, dès l’origine, pluridisciplinaire. Aujourd’hui elle dispose d’une offre de formation très diversifiée en science politique, en administration publique et en développement international. On y conduit de nombreux projets de recherche en développement, gouvernance, leadership public, affaires internationales, management, etc. Environ 1000 étudiants sont inscrits chaque année à la Horizons #6 - Octobre 2012

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l’image du mois

les coulisses du développement durable La piscine universitaire a connu tout l’été des travaux visant à offrir rapidement aux nageurs un meilleur confort d’usage (remplacement du carrelage et réfection de la toiture). Des travaux énergétiques ont également été menés permettant à la fois une division par 3 des consommations en eau et la valorisation de l’eau géothermique. Le bassin de la piscine est en effet alimenté par une eau puisée sur le campus à 700 m de profondeur. Cette eau très pure et naturellement à 35°C nécessite peu de traitement et aucun chauffage. A partir d’aujourd’hui, une partie de sa chaleur sera même réutilisée, grâce à un échangeur thermique et une importante ventilation, afin de chauffer intégralement l’air de la piscine et des vestiaires. C.F.

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© Christopher Guichemerre

Piscine universitaire :

Horizons #6  

Horizons #6, le magazine du chantier de la nouvelle université de Bordeaux : les assises de l'enseignement supérieur et de la recherche, fus...

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