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MAI 2012 M a g a z i n e

d e

l a

N o u v e l l e

U n i v e r s i t é

d e

B o r d e a u x

A LA UNE

Le pilotage

du chantier Elections, quel impact ? Histoire d’U public NUB Acteur : Paul Vinot

Le premier marché


DR

L

édito

a longue séquence électorale qui vient de s’achever permet raisonnablement d’envisager une nouvelle impulsion donnée au chantier de la Nouvelle Université de Bordeaux, en autorisant notamment le démarrage de sa phase de conception. En effet, les campagnes électorales menées dans les quatre universités du site ont naturellement placé la NUB au cœur du débat. Les équipes élues à Bordeaux 1, Bordeaux Segalen et Bordeaux IV ont clairement réaffirmé dans leurs programmes de campagne la volonté de poursuivre l’objectif stratégique de construction de la NUB. Les différents débats qui ont animé et guidé cette période électorale ont constitué une réelle opportunité pour échanger avec l’ensemble de la communauté universitaire sur les enjeux de la NUB, autour d’un double objectif : convaincre, mais aussi entendre les remarques, questions et critiques qui serviront à améliorer le chantier. Concernant les bénéfices attendus, nos communautés se sont montrées très réceptives : • d’une part, à l’opportunité de simplifier nos organisations de la formation et de la recherche pour en renforcer la cohérence et la visibilité, et pour repousser les limites institutionnelles entre les établissements, freins à toute opération transverse ou pluridisciplinaire, • d’autre part, à l’objectif de créer un acteur universitaire unique ayant un poids politique important, possédant de réelles capacités de coordination des politiques de recherche

Directeur de la publication : Manuel Tunon de Lara, administrateur provisoire de l’Université de Bordeaux Rédactrice en chef : Anne Goudot Rédacteurs : Stéphanie Béraud-Sudreau, Delphine Charles, Camille Forgeau, Anne Goudot, Annabelle Ouvrard-Milon, Jean Petaux. Maquette : Thierry Piers

et de formation du site, et jouant un rôle moteur dans le développement scientifique, intellectuel, économique et culturel à différentes échelles (régionales, nationales et internationales), • et, enfin, à la potentialité d’améliorer l’attractivité et la visibilité de l’université de Bordeaux à l’échelle internationale. Les semaines à venir vont marquer une étape majeure du chantier grâce à la définition des périmètres et prérogatives des collèges de formation et des départements de recherche, avec comme impératif la préservation de l’articulation formation-recherche, principe auquel nous restons tous très attachés. Cette étape ne pourra pas s’affranchir d’une première réflexion sur la gouvernance, notamment pour définir les différents niveaux de subsidiarité et préciser le rôle de chacune des instances décisionnelles en explorant au maximum le champ des possibles offert par la LRU. Cela dans le contexte national où la Conférences des présidents d’université et le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche ont très récemment entamé une réflexion sur les aménagements à apporter à cette loi afin de mieux prendre en compte les problématiques liées aux regroupements d’établissement (subsidiarité, rôle et composition des conseils centraux etc.). Le succès de cette étape cruciale est conditionné par l’implication active d’un maximum d’acteurs de la communauté universitaire selon des modalités de dialogue que nous nous devons de garantir à tous les niveaux. Dean Lewis

Sommaire Ligne de mire

événement : Elections universitaires, pas de changement de lignes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 3 Stratégie : Quels liens entre collectivités locales et université en construction ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 4

Mise en page : Adeline Chatron

Chantier

Photo couverture : © JJphoto - Fotolia.com

ENTRETIEN : Quel pilotage pour la NUB ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 6

Imprimeur : BLF Impression, Le Haillan

ZOOM : Un premier marché public commun. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 8

Imprimé sur du papier PEFC avec des encres végétales

PROJET : Mutualiser et coopérer, l’exemple des services documentaires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 9

ISSN : 0753-3454

ACTEUR : Paul Vinot, la NUB au risque de devenir schizophrène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 10

Date de parution : 9 mai 2012 – Gratuit

Ouverture

Contact : Direction opérationnelle - PRES UBx 166, cours de l’Argonne - 33 000 Bordeaux contact.nub@univ-bordeaux.fr http://www.nouvelle-univ-bordeaux.fr

histoire d’u : Femmes pionnières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 11 REGARD D’EXPERT : Luc Paboeuf, président du Conseil économique social et environnemental régional Aquitaine :

Enjeu de l’université : l’ouverture sur la cité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Page 12


Ligne de mire

ACTUS

Elections universitaires,

pas de changement de lignes Les quatre universités bordelaises ont renouvelé, ces derniers mois, leurs instances dirigeantes. Pour ce qui concerne celles qui sont engagées dans la nouvelle université de Bordeaux, les élections ont largement confirmé l’orientation politique définie dès le mois de décembre 2010 lors du lancement du chantier. Pour la quatrième université (Michel de Montaigne – Bordeaux 3), pas de changement de ligne non plus. Pour autant, au-delà de la confirmation des choix stratégiques déterminés au sein de chaque université, il convient de mentionner quelques renouvellements partiels des équipes.

L

A l’université Bordeaux 1, le président sortant Alain Boudou, à la tête de l’université depuis 2005, ne se représentait pas. Son VP CS depuis décembre 2010, Dean Lewis, professeur d’électronique, ancien directeur de l’UFR de physique, a présenté sa candidature à la présidence avec, à ses côtés, un autre des vice-présidents sortants, Achille Braquelaire. La liste conduite par Dean Lewis l’a largement emporté et celui-ci a été élu président par 17 voix sur 22, le 20 mars 2012. Outre Achille Braquelaire, réélu VP CEVU, deux nouveaux viceprésidents font leur entrée dans l’équipe dirigeante de Bordeaux 1 : Serge Dulucq, professeur à l’IUT Bordeaux 1 (VP CA) et Eric Papon, professeur à l’IPB (VP CS). Pour l’université Montesquieu – Bordeaux IV, la liste conduite par Claude Dupuy (VP CA sortant) l’a emporté dans le Collège A et une liste intersyndicale soutenant le Président Lung dans le Collège B. Le président de l’Université, Yannick Lung, professeur d’économie, a été reconduit dans ses fonctions, le 16 avril 2012, par 17 voix sur 22. Un seul nouveau vice-président dans la nouvelle direction de Bordeaux IV : Olivier Pujolar, maître de conférences en droit, spécialiste de droit du travail et de droit social, élu le 17 avril 2012, VP CEVU. Les VP CA, Claude Dupuy, et CS, Daniel Bourmaud, ont été renouvelés dans leurs responsabilités respectives.

© MG1408 - Fotolia

’université Bordeaux Segalen, première à s’engager dans ce « round électoral » universitaire bordelais, a confirmé Manuel Tunon de Lara pour un deuxième mandat de président. D’autant plus facilement qu’une seule liste s’est présentée aux électeurs. Deux nouveaux arrivants parmi les vice-présidents (VP) : Pierre Dos Santos, professeur en physiologie animale, VP CS (Conseil scientifique) et Philippe Barthélémy, professeur de chimie, VP Projets immobiliers, rejoignent Antoine de Daruvar, VP CA (Conseil d’administration), Nicole Rascle, VP CEVU (Conseil des études et de la vie universitaire) et Vincent Dousset VP Relations extérieures.

Les quatre universités ont renouvelé

À Montaigne Bordeaux 3, Jean-Paul Jourdan, VP leurs instances dirigeantes ces deux CA dans l’équipe précédente, a été élu président derniers mois. Fin juin, ce sera au tour de le 23 mars 2012, au deuxième tour de scrutin, face SCiences Po. à deux autres candidats, Pierre Beylot et JeanYves Coquelin. Professeur d’histoire contemporaine, Jean-Paul Jourdan a dirigé l’UFR d’histoire de 2005 à 2009. Au regard des déclarations faites avant l’élection, la position de la nouvelle équipe dirigeante de cette université sur le chantier NUB ne devrait pas être sensiblement différente de celle de l’ancienne équipe : un refus de participation au processus actuellement engagé. Trois nouveaux vice-présidents entourent désormais Jean-Paul Jourdan : Hélène Velasco (VP CA), professeur de géographie ; Linda Lawrance (VP CEVU), professeur d’anglais et Guillaume Le Blanc (VP CS), professeur de philosophie. Dernière élection à venir dans ce semestre très électoral : au CA du 29 juin 2012 à Sciences Po Bordeaux. Le directeur actuel, Vincent HoffmannMartinot est candidat à un second mandat de cinq ans. Horizons #4 - Mai 2012

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Ligne de mire

Christophe Giraud, nouveau Délégué régional du CNRS depuis avril. Il s’est donné pour mission de valoriser

la recherche en Aquitaine et dans le Limousin, en partenariat avec les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, et les collectivités territoriales.

© Zoé Fontaine

En bref

stratégie

Une charte éthique pour l’université Bordeaux Segalen. Bordeaux Segalen est la première université en France à

Quels liens entre

Les travaux ont commencé sur la plaine des sports Monadey, dans le cadre de l’Opération Campus. La

En posant les premières pierres du « nouveau modèle cadre de l’Opération Campus, l’ambition est clairement université au cœur de la métropole bordelaise.

se doter d’une charte éthique. Ce document qui réaffirme les valeurs fondatrices de l’établissement, constitue un cadre de référence pour toutes les personnes engagées de près ou de loin dans la recherche et la valorisation de l’université Bordeaux Segalen. Cette charte vise à promouvoir l’intégrité scientifique sous toutes ses formes et définit les procédures en cas de fraudes.

réouverture est prévue pour 2013, mais deux terrains de football resteront accessibles pendant toute la durée du chantier.

et l’université

C

’est notamment par le prisme de l’aménagement urbain et de la vie de campus que cette question d’interpénétration université-métropole peut être traitée. « La vie de campus ne peut se construire sans une réflexion conjointe sur le cadre de vie. Cela se traduit par des questions sur la mobilité des usagers, la qualité et le choix en matière de restauration, les lieux de résidence ou encore les besoins en services de proximité qui induisent une réflexion sur le temps consacré à l’étude et celui consacré aux loisirs sur le campus » indique Nicole Rascle, en charge du comité NUB vie de campus.

L’Opération Campus sur la toile. Tout ce que vous

avez toujours voulu savoir sur l’Operation Campus de Bordeaux en un clic ! Un site internet tout spécialement dédié à l’Opération Campus est en ligne. Grâce à un contenu pédagogique et convivial, cet outil offre aux intéressés les clés de compréhension du projet et de son avancement. Bonne navigation ! www.operation-campus-bordeaux.fr

Un nouveau site pour la fondation Bordeaux Université ! Enrichi de nouveaux contenus et fonctionnalités, il vous permet de découvrir les missions de la fondation, son organisation, les actions et les projets soutenus, suivre son actu, proposer des projets ou faire un don en ligne. http://www.fondation.univ-bordeaux.fr

Site internet de la fondation Bordeaux Université

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Les problématiques sont différentes selon les territoires universitaires. Si pour le site de la Victoire, inscrit dans une trame urbaine ancienne et déjà constituée, les liens avec la ville sont évidents, les enjeux, pour le site de Talence-Pessac-Gradignan (TPG), sont d’une autre nature.

Le site de TPG, un enjeu d’ouverture entre l’université et la ville. L’université de Bordeaux a lancé avec les communes alentours et la CUb - le Conseil Régional se joindra ultérieurement - une vaste étude d’urbanisme qui permettra, d’ici moins d’un an, de disposer d’un plan-guide pour assurer le développement harmonieux du campus, en coordonnant tous les investissements à venir. Il s’agit aussi de déterminer les services qu’il faut introduire sur le territoire, ainsi que leur modèle économique afin de garantir leur pérennité. Les agences d’architectes et de paysagistes en charge de ces études ont commencé à interroger un grand nombre d’usagers : personnels, étudiants, services techniques et culturels, habitants des villes concernées dans une première étape de recueil des besoins. « Les études menées per-


Ligne de mire

Aménagement possible - secteur sciences et technologies

collectivités locales

en construction ?

d’université » pensé en 2008 dans le réaffirmée : construire une grande

mettront d’établir des scénarii de qualification des espaces publics qui incluent de fait l’ensemble du territoire : la communauté universitaire mais aussi les habitants des communes ont leur mot à dire sur le tracé d’une voie d’accès, d’une piste cyclable ou sur l’installation d’un éclairage public. Les modalités de la concertation à mettre en œuvre sont essentielles » précise Jérôme Goze, directeur de l’Opération Campus.

« Il s’agit de déterminer les services aux usagers qu’il faut introduire sur le territoire » Dans le jargon des urbanistes, on parle de « vocation d’agglomération à affirmer ». Il est vrai que le potentiel de ce morceau de territoire est important pour les collectivités directement concernées et engagées dans un projet de métropole. L’exemple du projet de requalification de la plaine des sports Monadey illustre cette orientation forte : « Il ne s’agit pas de repenser la plaine uniquement en termes d’équipements sportifs mais également en termes d’espace public ; il faut redessiner des espaces qui permettent de mixer les usages et de penser aussi cet espace pour la détente et la promenade, pour les étudiants et la communauté universitaire comme pour les habitants des quartiers environnants », précise Christian Guillaume, adjoint du directeur de l’Opération Campus en charge du développement durable. Et pour ceux qui ne seraient pas encore totalement convaincus, attendons de voir sur pièce puisque l’aménagement de la plaine Monadey entre dans sa phase de travaux.

Aménagement du site TPG les étapes franchies

Les études urbaines actuellement menées sur le campus de TPG sont le fruit d’une réflexion ancienne. • Dès 2004, dans le cadre du Contrat de plan Etat Région 2000/2006, une étude d’aménagement du campus est confiée au Cabinet T. Conko par l’université Bordeaux 3, mandatée par l’ensemble de la communauté universitaire. Cette étude a réintroduit une vision d’aménagement à l’échelle de l’agglomération. • En 2006, ces orientations sont traduites dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la CUb. Elles s’imposent à tous. • En 2008, le PRES est retenu pour l’Opération Campus. Dans ce cadre et sur la base du PLU, un Schéma directeur immobilier et d’aménagement est approuvé par le conseil d’administration de l’université de Bordeaux en septembre 2010. Ce schéma développe les quatre sites concernés par l’Opération Campus et détermine les grandes orientations de réaménagement du campus. Pour le site de TPG, complexe par sa diversité territoriale et ses enjeux urbains, le schéma insiste sur la nécessité de valoriser la zone verte centrale en parc urbain, de déterminer des secteurs de densification urbaine et universitaire prioritaire et enfin d’insuffler davantage de vie sur le campus.

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Chantier

LE POINT D’étape

entretien

Vol de NUB...

de la direction

opérationnelle

Trois questions à la directrice opérationnelle du chantier Nub, Anne Goudot, sur les rôles et le fonctionnement des différentes instances de pilotage et d’aide au pilotage du projet.

L

e chantier est encore, en ce début de mois de mai, en transition, mais plus pour longtemps : le 1er juin, une « assemblée des acteurs », qui réunira les quelque cinq cents personnes ayant participé à la première phase, viendra marquer symboliquement le basculement dans la conception.

Donc, on s’active dans le chantier, avec en ligne de mire cette échéance de juillet. Le directoire peaufine l’hypothèse de travail qu’il soumettra aux comités et qu’il a construite sur la base de leurs propositions. Le groupe gouvernance progresse dans son expertise de la subsidiarité, orchestrant des séances de travail avec les comités recherche et vie de campus. Les comités formation, recherche et vie de campus, achèvent de traduire un an de bilan et réflexions en propositions d’objectifs opérationnels. Toutes ces propositions seront croisées et harmonisées courant mai par le comité de pilotage, pour qu’en juin la balle puisse passer dans le camp des établissements NUB. Pour l’heure, la connaissance mutuelle acquise par l’état des lieux est partagée par des centaines de personnels au travers d’assemblées métier. Des groupes de travail supplémentaires se mettent en place, les groupes existants s’élargissent, les modalités de dialogue social se précisent, les périmètres d’étude s’affinent, les points de vigilance à prendre en compte pour la suite sont extraits de l’état des lieux, et les outils/méthodes et supports qui créeront les conditions d’une conception collective sont en cours de préparation. Le chantier NUB se fait ruche, et ça n’est pas prêt de s’arrêter.

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© Séverine Léonardon

De quoi aura-t-on besoin pour « concevoir la NUB » ? De l’état des lieux des organisations existantes ; des périmètres et prérogatives des collèges  ; des objectifs pour la mise en place de l’administration, en soutien et support aux grandes missions (formation, recherche, vie de campus). Tous ces prérequis au travail de conception doivent être stabilisés en juillet. Alors pourra démarrer en septembre l’analyse des besoins, première étape de la phase de conception de l’organisation administrative. Une étape cruciale pour que le service aux usagers de la NUB soit à la mesure de l’ambition.

Horizons : Depuis le démarrage du chantier on entend souvent parler de pilotage, à travers notamment les « instances de pilotage » ou l’ « aide au pilotage ». Finalement, piloter un chantier, qu’est-ce que ça veut dire ? Anne Goudot : Dans la vie de tous les jours, on pilote un navire (le fameux paquebot évoqué dans un précédent numéro d’Horizons), une voiture ou un avion. On le conduit. Un projet, lui aussi, doit être conduit. Et le choix de ce mot pour un chantier d’envergure comme le nôtre n’est pas anodin. Comme dans un avion, il faut donner le cap, les orientations stratégiques que ce soit avant ou après le décollage. Il faut aussi, en vol, prendre des décisions. Pour la NUB, ce sont les choix à faire pour définir le futur établissement, mais aussi les modalités d’organisation du chantier lui-même. H : Concrètement, comment est organisé le pilotage du chantier NUB ? A.G. : C’est le directoire, c’est-à-dire les présidents et directeurs des cinq établissements, qui pilote le chantier. Pour autant, il n’est pas seul aux commandes. Comme le veut la « démocratie universitaire », ses décisions s’appuient sur les conseils d’administration des établissements engagés dans le projet. Le directoire et les conseils d’administration (CA) sont donc les instances décisionnelles du chantier.


Chantier

Le saviez-vous ?

Dans la même logique, avant d’être examinées par les conseils d’administration, les propositions sont soumises à l’avis des instances consultatives des établissements (comités techniques, en particulier), comme c’est habituellement le cas au sein de tout établissement. Et parce que le directoire a besoin d’échanges pour prendre ses décisions, un comité de pilotage vient alimenter sa réflexion, comme le président ou le directeur d’un établissement échange avec son équipe de direction pour rendre ses arbitrages. Le « copil » de la NUB est composé, outre le directoire, de membres des équipes de direction, des responsables des comités thématiques, des chefs de projet Investissements d’avenir, Opération campus et SdN, et de membres de la direction opérationnelle. H : Vous ne parlez ni de la direction opérationnelle ni du comité de coordination, récemment mis en place, dans cette organisation. Quel est leur rôle dans le pilotage du chantier ? A.G. : Effectivement, un comité de coordination (comcor), composé d’un représentant par établissement, a été institué en début d’année. Avec la direction opérationnelle (Dirop), il aide au pilotage du chantier de la NUB. S’ils ne sont pas directement derrière les commandes, tous deux veillent à ce que les pilotes,

Toutes les décisions du directoire sont recensées dans les relevés de décision du comité de pilotage et accessibles à tous dans nuxeo. L’astuce pour être tenu informé des dernières mises à jour sans avoir à chercher les derniers documents publiés ? Il suffit de s’abonner à la liste NUBcr pour recevoir régulièrement dans sa boîte mail les relevés de décision et les compterendus importants du chantier NUB, à commencer par ceux du comité de pilotage.

eux, aient en main tous les éléments pour prendre les bonnes décisions au bon moment. Concrètement, ils s’assurent que les dossiers remontés au directoire soient suffisamment complets et argumentés pour lui permettre de décider. Ils lui font aussi des propositions quant à l’organisation même du chantier (méthodes, répartition des tâches, planification…). Enfin, leur rôle est également de vérifier que les décisions prises par le directoire sont bien mises en œuvre.

Quel pilotage pour le chantier ? Aide au pilotage Comité de coordination

Direction opérationnelle

Pilotage / Pouvoir décisionnel proposition sur la conduite du chantier instruction des dossiers

DIRECTOIRE

Avis consultatif

avis

CA des établissements

Instances consultatives

Comité de pilotage

PROPOSITIONS SUR LA CONCEPTION DE LA NUB

acteurs du chantier NUB Horizons #4- Mai 2012

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ZOOM

Un premier marché public

commun

Chaque mois qui passe rend la nouvelle université de Bordeaux plus concrète. Alors même que son organisation est en cours de construction, le futur établissement commence déjà à s’incarner sur le terrain. C’est le cas avec le premier marché public « Nub » qui vient d’être passé pour l’acquisition du mobilier de bureau des trois universités, des deux instituts et du PRES.

L

e premier marché public commun est effectif depuis la mi-avril. L’aboutissement de plusieurs mois de travail collectif entre les services marchés publics et les experts en achat de mobilier de bureau dans chacun des six établissements concernés. C’est pendant qu’ils travaillaient sur l’état des lieux de leurs services que les responsables des cellules marchés se sont dits que leurs établissements étaient mûrs pour expérimenter un premier appel d’offres commun. « Bien sûr, notre choix s’est porté sur des achats qui ne sont pas sensibles et pour lesquels nos besoins étaient objectivement très proches. Avec le mobilier de bureau, on ne touchait pas à des procédures internes complexes, ni à des enjeux stratégiques majeurs, donc nous nous sommes lancés », explique Dominique Feuillan, responsable de la cellule marchés à Bordeaux Segalen et coordinatrice du marché commun.

Des économies

en perspective

En regroupant les marchés mobilier de bureau  de six établissements, les volumes potentiels de commande sont cumulés. Ces quantités plus importantes permettent aux entreprises candidates de proposer des prix plus attractifs. Ainsi, un aménagement standard de bureau (1 bureau avec caisson à tiroirs + 1 fauteuil dactylo + 1 siège visiteur + 1 armoire) coûtera moins de 820  euros TTC avec ce nouveau marché contre 1038  euros TTC par exemple sur le précédent marché de Bordeaux Segalen.

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Un groupement de commande, en attendant la création du nouvel établissement Concrètement, la phase du projet a porté sur la mise en commun de tous les dossiers d’appels d’offres. Une étape franchie aisément, pour aboutir un à seul dossier de consultation. Restaient à définir les modalités concrètes de passation du marché, puisque la nouvelle université de Bordeaux n’a pas d’existence juridique à ce jour.

Le choix s’est porté sur la formule du groupement de commande, porté par un des établissements, en l’occurrence Bordeaux Segalen. Une solution qui permet de tenir compte du décalage des dates de fin de marché de chaque partenaire : chacun basculera sur ce nouveau marché en fonction de son propre calendrier. L’analyse des offres, sur la base de critères communs, a été partagée entre les services marchés publics, en veillant à ce qu’aucun établissement n’ait à analyser l’offre d’un candidat avec qui il travaillait déjà. Une méthode qui permet de garantir l’impartialité du marché.

Des critères environnementaux et sociaux Au-delà de l’incontournable critère du prix, des critères qualitatifs ont été intégrés, en particulier des critères dits de « développement durable ». Ainsi une attention toute particulière a–t-elle été portée aux normes environnementales et aux clauses d’insertion de publics en difficulté, même s’il ne s’agissait pas de critères discriminants. L’entreprise retenue affichait les prix les moins élevés, tout en garantissant fournir des meubles fabriqués sous le label NF environnement et avoir embauché une personne en difficulté. Le choix définitif du candidat, le groupe girondin TAB’M – TSABE’M, a été validé en commission de marché par les présidents et directeurs de chaque établissement ou leurs représentants. Ce tout nouveau marché public d’achat de mobilier de bureau, commun à Bordeaux 1, Bordeaux Segalen, Montesquieu - Bordeaux IV, Sciences Po Bordeaux, à l’IPB et au PRES pour un montant annuel de 500 000 € HT est valable pour un an ferme reconductible trois fois. Et s’il ne change rien aux procédures internes de commande dans chaque établissement (chaque acheteur effectue sa commande auprès du titulaire du marché qui facture directement l’établissement concerné), il constitue une des toutes premières matérialisations très concrètes de l’émergence d’une nouvelle université de Bordeaux dans le tissu économique régional.

© terex - Fotolia

Chantier


Chantier

LA nub a du talent

Mutualiser et coopérer, l’exemple des services documentaires

Les services documentaires des universités bordelaises ont une longue tradition de travail en commun. La création en 2008 du département documentation du PRES Université de Bordeaux a permis de conforter les établissements dans cette dynamique de coopération. Gros plan sur une réussite exemplaire.

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ès 1995, les quatre universités du site bordelais se sont mobilisées pour la constitution d’un catalogue commun des documents disponibles dans les bibliothèques universitaires. Ce travail a conduit les établissements à échanger sur leurs pratiques pour les harmoniser et a été l’occasion d’une mutualisation des moyens remarquable. La création en 1995 d’un service commun de la coopération universitaire devenu en 2008 département documentation du PRES Université de Bordeaux a renforcé cette logique de collaboration. Il agit par conséquent en coordination avec les services communs de la documentation (SCD) de chacun de ses membres, et en lien avec les réseaux de coopération documentaire régionaux, nationaux et internationaux. « Nous avons toujours travaillé ensemble, nos outils sont communs, nos pratiques de travail sont mutualisées. Ce service est fonctionnel et opérationnel, il répond aux besoins de l’ensemble de la communauté universitaire bordelaise » précise Anne-Marie Bernard, responsable du Département documentation.

Un réseau remarquablement actif et structuré Le réseau des bibliothèques universitaires bordelaises (ou « ReBUB » pour les initiés) est particulièrement dense. Il compte en effet soixante-douze bibliothèques réparties au sein des SCD de chaque établissement qui regroupent dans le catalogue commun plus d’un million de références. Pas moins de deux cent cinquante professionnels animent ce réseau et font vivre ces bibliothèques qui totalisent trois millions d’entrées par an ! Portés par le besoin de toujours optimiser le service rendu aux usagers, l’ensemble des bibliothécaires impliqués ont ainsi pris depuis plusieurs années, l’excellente habitude de partager leurs expériences en se réunissant régulièrement au sein de groupes de travail thématiques. Une charte de coopération formalise ces modalités d’échanges et détermine les axes de travail annuel.

Le département documentation au service des établissements Dans ce contexte très favorable à la conduite de projets communs, le département documentation constitue un appui essentiel pour l’animation du réseau et le développement d’outils innovants. Constitué de vingt-trois personnes, ce département fort bien structuré a plusieurs cordes à son arc. Il anime et coordonne l’ensemble du réseau et se charge du pilotage du système d’information documentaire et de la valorisation des collections patrimoniales. Il gère également les formations de l’Unité régionale de formation à l’information scientifique et technique ainsi que la bibliothèque pluridisciplinaire ouverte à tous publics dans le centre de Bordeaux. Fort de cette logique de mutualisation des services, le Département documentation s’est vu confier en 2010 le pilotage d’un des projets stratégiques des services documentaires : la réalisation d’une nouvelle interface de recherche documentaire, innovante et unique en France, BABORD+. Le développement de cet outil, inscrit au schéma directeur de l’université numérique d’Aquitaine s’appuie sur les dernières technologies du web 2.0 et propose des fonctionnalités d’une grande richesse. Mise en ligne en septembre 2011, l’interface BABORD+ constitue un nouveau point d’accès unique à l’ensemble des collections numériques et physiques des établissements. Paramétrable et personnalisable, cet outil novateur, intuitif et efficace se décline en différents profils pour s’adapter à chaque établissement. Si Bordeaux est à ce jour le seul site universitaire de France à disposer d’une telle solution, BABORD+ (logiciel libre) sera prochainement proposé à la communauté des professionnels de la documentation au plan national. En novembre dernier, BABORD+ s’est vu décerné le prix de l’innovation numérique en bibliothèque… Ce succès est très certainement dû à la cohésion des services documentaires du réseau, qui bien avant l’émergence du chantier NUB avaient mesuré tous les avantages du « travailler ensemble ».

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© Olivier Got

Chantier

acteur paul vinot

LA NUB

au risque de devenir schizophrène Rencontre avec un des acteurs de la NUB, Paul Vinot, coordinateur et élu étudiant du comité vie de campus

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st-ce qu’il y pense parfois - en se rasant ou non, tous les matins - à un engagement politique, Paul Vinot ? Oui, la question est facile. On se le fait doucement remarquer d’ailleurs. Mais voilà, quand on a face à soi le seul étudiant coordinateur d’un des comités de la NUB, membre du comité de pilotage, étudiant de Sciences Po Bordeaux et élu UNEF* de son Conseil d’administration (CA), l’évidence semble être là. En y regardant de plus près, le parcours l’est moins.

Un engagement progressif

« Insuffler dans la NUB un esprit d’étudiant citoyen »

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Académique d’abord. D’une famille d’ingénieurs de Toulouse, Paul Vinot se destine à la même carrière, bac S sciences de l’ingénieur en poche. « C’était encore flou dans ma tête, j’aimais bien la physique mais j’avais de bons résultats en littérature et en philosophie. J’ai pensé naïvement pouvoir jongler entre les deux en faisant du commerce ». Finalement le choix de ses professeurs l’emporte et c’est hypokhâgne au lycée… Rive-Gauche de la ville rose. Le lycée préparant au concours de Sciences Po, il décroche celui de Bordeaux. S’il pense en première année s’orienter vers les relations internationales, c’est plutôt vers l’administration territoriale qu’il se dirige aujourd’hui. D’une famille de gauche, non militante, l’étudiant de 4ème année de Sciences Po voit naître son engagement au lycée au moment des grèves contre le Contrat première embauche (CPE) « sans être leader… mais pas loin quand même ». De simple sympathisant durant ses premières années à l’Institut d’études politiques, il s’investit politiquement au retour de sa troisième année à l’université de Montréal (« un bon exemple de campus international »). En septembre 2011, il reprend, à la suite d’une de ses camarades de l’UNEF, la coordination du comité vie de campus. Son but est « de faire entendre la voix des étudiants » même s’il a conscience que c’est une école qui représente les universités. « A Sciences Po, on est habitué à être associé aux décisions, on est neuf élus étudiants sur trente au CA, ce n’est pas négligeable ». C’est d’ailleurs cet esprit d’étudiant citoyen qu’il souhaite insuffler dans la NUB. Au même titre que son syndicat étudiant, il reste « sceptique vis-à-vis du chantier ».

Rêver un campus idéal Au moment de la signature du projet stratégique commun dans les CA des établissements en décembre 2010, les étudiants de Sciences Po s’opposent au texte et contre toutes propositions depuis. Pas tant par « syndicalisme buté mais parce que le statut d’université, encadré par la Loi LRU ne permet pas de subsidiarité et de vraie démocratie universitaire. Et parce que le statut dérogatoire de grand établissement, lui, n’offre pas de garantie ni en termes de diplômes ni pour les personnels ». Pourtant, il s’engage pleinement avec Nicole Rascle (Bordeaux Segalen) pour apporter des propositions au sein du comité vie de campus. Quitte à être qualifié de schizophrène par certains. Il assume. « Le chantier se fera qu’on soit là ou non, donc autant être dedans et ne pas rester dehors à bouder en attendant ». Le jeune homme de vingt-trois ans salue d’ailleurs la création de ce comité. « L’Université française s’est arc-boutée sur la formation et la recherche contrairement aux universités anglosaxonnes et nord-américaines. Tout est à faire et on a essayé de rêver un peu ». Création d’un esprit de campus, où les étudiants s’épanouissent, où ils deviennent des acteurs de la démocratie étudiante, mais également lieu de diffusion des savoirs ouvert sur la société en général. Voici quelques-unes des grandes lignes de ce campus idéal. Réaliste, Paul Vinot sait que ce ne se fera pas à court terme et qu’il faudra des moyens financiers pour atteindre cet idéal. Lui-même ne verra pas l’aboutissement. « Personne n’est irremplaçable. C’est un engagement, ce n’est pas ma chose, même si j’espère avoir apporté autant que possible ». L’important : « que des élus étudiants continuent dans le chantier »... et sa priorité reste ses études aussi. Tout comme la politique sera un engagement un jour si l’occasion se présente, il ne l’exclut pas. Un engagement mais pas un métier !


Ouverture

HISTOIRE d’u

Femmes

pionnières

Laure Gatet, Marie Desport, Simone Quet, Christiane Houdin. Ces noms ne vous disent rien. Elles ont en commun d’avoir été, les unes et les autres, des « femmes pionnières » dans un paysage universitaire bordelais presque uniformément masculin dans les années 40. La première d’entre elles fut même plus que cela.

Autre trajectoire, celle de Marie Desport. Juin 40. La débâcle est totale. Parmi les deux millions de soldats français faits prisonniers et envoyés en Allemagne se trouve l’un des trois maîtres de conférences de la faculté des Lettres de l’Université de Bordeaux, Jacques Thomas. Sa suppléante, Marie Desport, est nommée assistante en latin et devient la première femme enseignant dans les locaux du cours Pasteur. Elle sera la première femme professeur, titulaire de la chaire de philologie latine, nommée dans cette faculté en 1955. On lui doit de nombreux travaux sur la poésie de Virgile et un centre de recherche en littérature latine a été créé à son nom. Elle va demeurer la seule femme professeur d’université, à la faculté des Lettres de Bordeaux jusqu’en 1964, année de la nomination de sa collègue Marguerite Roques en tant que professeur d’histoire de l’art du Moyen-Âge. En 1968, sur 36 professeurs à la faculté des Lettres, on ne compte que deux femmes. Simone Quet est née le 10 avril 1913 à Bordeaux. Inscrite à la faculté de Droit de l’université de Bor-

deaux, elle y obtient sa licence en 1935 et soutient sa thèse de doctorat en juin 1938 sur « L’Election de Guyenne au XVIIIè siècle ». Cette thèse obtient la première mention au concours des thèses de la faculté. Chargée de cours à la faculté de Droit de Poitiers, du 1er janvier au 31 août 1940, elle est nommée à Bordeaux le 9 décembre 1940, en remplacement du doyen Ferradou parti à la retraite. Simone Quet ne va enseigner à l’Université de Bordeaux que pendant l’année universitaire 1940-1941.

Première diplomée Christiane Houdin est plus jeune. Née en 1929, elle est la première étudiante à intégrer l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux à l’âge de 19 ans, comme en témoigne la photo où elle pose fièrement, 60 ans plus tard, avec le livret de l’étudiant(e) ( !...) de l’année universitaire 1948-49. Elle est la première et la seule jeune femme parmi les 14 diplômés de la promotion 1951. Christiane Houdin évoquait en 2008, pour les 60 ans de Sciences Po Bordeaux, sa vie étudiante : « Quand je repense à mes études, je revois de très bons moments, au sein d’une école qui se distinguait par son ouverture. A l’Institut, le groupe était très restreint…. Et puis j’étais la seule fille ! ». Pour autant, la liberté n’était pas totale : « J’ai vécu une fausse vie d’étudiante, telle qu’on l’entend aujourd’hui. Je vivais chez mes parents à une époque où les jeunes, et encore plus les jeunes filles, ne sortaient pas beaucoup. Au sein de l’IEP, l’ambiance était excellente et décontractée, même si l’enseignement s’avérait très rigoureux » (1). L’évocation de ces destins de femmes ne saurait être complète sans la mention de la première femme (et encore unique en 2012) présidente d’une université bordelaise, Anne-Marie Cocula, professeur d’Histoire, à la tête de l’Université Michel de Montaigne Bordeaux 3, de 1994 à 1999.

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n janvier 1940, à la faculté des Sciences, une jeune femme du nom de Laure Gatet, originaire du Massif-Central, soutient sa thèse de doctorat sous la direction du professeur Louis Genevois qui témoigne ainsi sur son élève : « Elle avait «fait» sa pharmacie à Bordeaux en 1937. Mais le métier de pharmacienne «d’officine» ne l’attirait pas du tout. Elle savait la chimie biologique en rapide évolution. Elle est venue me trouver au laboratoire en 1937. Je lui ai proposé de faire une thèse sur la maturation du raisin dans les régions nordiques pour la vigne. Laure Gatet s’est mis au travail avec ardeur. Son travail était assez avancé en 1939 pour qu’il puisse être rédigé. Elle a soutenu sa thèse de doctorat des sciences en janvier 1940. Je craignais des événements dramatiques... ». En octobre 1940, Laure Gatet rejoint le réseau de résistance « La Confrérie Notre-Dame Castille » dirigée nationalement par le colonel Rémy et à Bordeaux par le colonel Fleuret. Agent de liaison, puis de renseignement, passant inlassablement la ligne de démarcation et la frontière franco-espagnole pour des missions de plus en plus dangereuses, elle est arrêtée à Bordeaux, sur dénonciation, en juin 1942. Déportée à Auschwitz en janvier 1943, elle décède à Birkenau, dans les bras de Marie-Claude Vaillant-Couturier, la grande résistante communiste, à l’âge de 30 ans, vers le 15 février 1943. Le nom de Laure-Gatet a été donné à l’ancien lycée de jeunes filles de Périgueux, en 1969.

Christiane Houdin, première femme diplomée de Sciences Po Bordeaux (promo 1951)

En France, en 2011, d’après les chiffres de la CPU, on compte 4196 femmes dans les 21084 professeurs d’université (19,9%). La même année, parmi les 122 présidents d’université membres de la CPU, on ne recensait que 12 présidentes (10%). « Ça manque de femmes ! » comme dirait Plantu...

Horizons #4 - Mai 2012

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REGARD D’EXPERT Luc paboeuf, PRéSIDENT du ceser aquitaine

L’enjeu de l’université : l’ouverture sur la cité

© CESER Aquitaine

Horizons : Quel regard portez-vous sur le chantier NUB ? Luc Paboeuf : Je suis très favorable au dialogue de la société civile avec le monde universitaire. C’est pourquoi ce rôle d’expert extérieur m’a intéressé. Il est pertinent et légitime que les universités établies à Bordeaux réfléchissent ensemble pour répondre à un certain nombre d’enjeux liés à leur proximité. Mais le projet de la nouvelle université de Bordeaux a été mis en place pour répondre aux Investissements d’Avenir et à l’Opération Campus. Or l’enjeu n’est pas seulement celui-là. Au delà de la réflexion sur l’excellence de l’enseignement supérieur et de la recherche, c’est l’ancrage de la future université dans le territoire et son maillage qui sont posés. Je pense qu’il aurait probablement été intéressant d’étudier plus en avant certains éléments permettant d’argumenter ce choix d’établissement unique, comme par exemple l’observation de la mobilité des personnels enseignants et BIATSS entre universités, des fonctions supports qu’elles pourraient partager et des limites de l’organisation actuelle pour voir comment la faire évoluer. Quant à l’organisation du chantier, je trouve pertinent d’avoir mis en place une direction opérationnelle intégrée plutôt qu’un cabinet. En effet, il est utile d’associer des personnalités qui ont une véritable pratique de l’université et d’autres de la conduite du changement, comme dans la commission d’experts extérieurs, plutôt qu’un cabinet conseil qui n’aurait eu qu’un rôle d’ingénierie. C’est un gros défi de vouloir réunir des personnes aussi nombreuses pour produire une nouvelle organisation !

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H : Quel est à votre avis l’enjeu majeur de la nouvelle université de Bordeaux au niveau régional ? L.P. : L’enjeu de l’université est l’ouverture sur la cité. Le projet de la NUB nécessite d’interroger la place de l’enseignement supérieur et de la recherche dans la cité. Trop longtemps, cette problématique s’est tenue loin des préoccupations des collectivités territoriales. Il faut se poser la question

de l’interaction de l’université avec son environnement. Comment développer une action commune ? La conduite de ce changement est également un enjeu pour la société civile. Même à l’heure des TIC, la proximité demeure un facteur d’efficacité. Il faut penser l’interaction avec le territoire et organiser la proximité qui est aussi liée aux dessertes de transports. Par exemple, le tram a rapproché les universités bordelaises, les campus ne sont plus des « no man’s land », l’université est plus présente dans la ville. La question de l’interaction avec le territoire intéresse aussi le département mais également comment la NUB interagira avec les autres départements et l’autre université de la région ? L’ancrage de l’université doit être appréhendé dans ces différentes dimensions pour permettre aux territoires de penser leurs projets avec elle. H : Que pensez-vous de l’articulation de la formation et de la recherche ? L.P. : L’une n’est pas soluble dans l’autre. Il faut considérer qu’il y a deux pôles dans le métier d’universitaire. Les deux doivent faire l’objet d’une préparation spécifique. Un bon enseignant n’est pas forcément synonyme d’un bon chercheur et inversement. Ces deux fonctions requièrent une attention particulière, or l’excellence n’est associée qu’à la recherche. H : Quelles sont vos principales interrogations ? L.P. : Comment préserver une institution à taille humaine et de quelle façon va-t-on faire évoluer l’enseignement au sein de cette nouvelle entité. Aujourd’hui les cursus sont trop cloisonnés, il faut plus de transversalité. Il est également indispensable de prendre en considération la dimension humaine dans la conduite du changement engagé. Enfin se pose la question de la visibilité de la recherche pour la société civile, notamment les entreprises. Je trouve d’autre part qu’il manque un espace de dialogue, des lieux d’échanges et de rencontres entre universités et collectivités locales. Je suis un partisan d’une démocratie dialogique, expression d’une conception délibérative de l’intérêt général qui requiert un espace public. C’est pourquoi le cadre choisi doit favoriser le dialogue.

CESER : Conseil économique social et environnemental régional Aquitaine http://ceser-aquitaine.fr/


Horizons #4